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Full text of "Dictionnaire d'ascétisme"

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NOUVELLE 


ENCYCLOPEDIE 

THÈOLOGIQUE , 

OU  NOUTBIXB 

9Jbin  DB  DicnomiAiHis  sua  Tounts  les  partiis  dr  la  scikhcb  RiuenusB , 

LA  PLUS  CLAIRB.  Là  PLUS  FACILE,  LA  PLUS  GOMIIODE,  LA  PLUS  VARIÉS 

ET  LA  PLl)S  COMPLÈTE  DES  THÉOLOGIES. 

CES  UCnOlWAIRKt'  SORT  CEUX  : 

•B    BKKSKAraiE    CHII£tIB1VNE   BT    AMTI-CHRiTIEMNB  «    —  DBS  PEBSftCUTIONS,  — 
D'iLOQVENÇB  CHRÉTIENNE,   —  DE  LITTÉRATURE  td.^  —  DE  BOTANIQUE  !(<.,  — DB  RTATI8TIQUB  îd  ^  — 
D*A!IECDOTE8Ûi.,"*I>'^I^CHÉQL0GIE  td., —  D^lIÉRALDIQDRtct.,  —    DE    ZOOLOGIE, —   DB    MÉ^DECINE  PRATIQUBt 
—  DBS  CROISADES,  —  DBS  ERREURS  SOCIALES,  —    DE   PATR0L06IE,   —    llt|E^    PROPHÉTIES  ET    DES    MIRACLES,—* 
DBS  DÉCRETS  DES  CONGRÉGATIONS  ROMAINES,  —  DES  INDULGENCES,  —  D*AGRi-SILVI-VITMlORTiCULTURB  » 
—  DE  MUSIQUE    td., —  D*ÉPIGRAPHIE  t(<.,  —    DE   NUMISMATIQUE    t(/.,  —  DES    CONVERSIONS 
AD  CATHOLICISME,  —  D^DUCATION,  —  DES   INVENTIONS  ET  DÉCOUVERTES,  —  d'eTHNOGRAPHIE,  — 
DBf  APOLOGISTES  INVOLONTAIRES, —  DES  MANUSCRITS, — D*ANTHROPOLOGIE,  —  DES  MYSTÈRES  ,  —  DBS  MERVEILUM» 
— D*ASGÉT1SMB  ET  DES  INVOCATIONS  A  LA  VIERGE, —  DE  PALÉOGRAPHIE,  DE  CRYPTOGRAPHIE,  DB  DACtTLOIiO«IB| 
D*H1ÉR0GLYPB1E,    DE    STÉNOGRAPHIE    BT     DE    TÉLÉGRAPHIE ,    —  DR    PALÉONTOLOGIE,  — 
DB  L*ART  DB  VÉRIFIER  LES  DATES,  —  DES  LÉGENDES,  —  DBS  OBJECTIONS  POPULAIBBS^ 

—  DBS  OBJECTIONS  SCIENTIFIQUES. 

• 

PUnLIBE 


4BI' 


PAR  M.   L*ABBÉ  MIGNB, 

l  BIILIOVMÉSVB  VMIVBmSBLB 


OU 
DU  COVaS  OOBCTBiBVB  SUR  CHAQUE  BRANCHE  DB  LA    SCIENCE  ECCLÉSIASTIQUE. 

rRlR  •  ft  FM.  LE  VOL.  FOUR  LE  SOUSCRIPTEUR  A  LA  COLLECTION  ENTIÈRE,  7  FR.,  8  FR.^  BT  l|ftMB  10  FR»  POUR  1.8 

SOUSCRIPTEUR  A  TEL  OU  TEL  DICTIONNAIRE  PARTICULIER. 


TOME    ÇUARANTE-HUITIÉHE. 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALÉONTOLOGIE. 


TOMB  UNIQUE. 


PRIX   :   8  FBARC8. 


8*1MPR1ME  BT  SE  VEND  CHEZ   J.-^P.  MI6NE ,  BDITBUR^ 

AUX  ATELIERS  CATUOJLIQUES,  RUE  D'AMBOISE,  AD  PETIT-MONTROUGB, 

BAr.klàRB    d'BNBBB    DB    PiiBII» 

185( 


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27 


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DICTIONNAIRE 


DE  COSMOGONIE 


PALÉONTOLOGIE. 

t  _ 

KTillinBFf  CRITIQUE 

DBS  STSriltSS  AXaEXS  KT  HODEBHES  SCS  l'OBIfilIIB  DU  MOSDB, 

\UES  SOR  LA  CRÉATION  DE  LA  TERRE  ET  DES  CORPS  CÉLESTES 

wscsjmas  stratigraphique,  géographique,  zoologique  et  chronologique 

wu  nBiAim  FOSsiLirius  et  m  unms  Ataces. 
HiSTÙnOB  DE  LA  GÉOLOGIB,  SES  APPLICATIONS  AUX  ARTS,  ETC. 

PAR  L^^'F*   JEHAN  ow  màjanAiM^rmin. 

BU  M  LA  WOatrÈ  CiOLOGfQinS  »l  ntÂHCE,  DE  VkCl^imtE  mOTlLB  BCS  SCIENCES  DE  Tninr,  ETC. 

MaigMBi  fflam  Tariimqiie  divini  opifidi  oficiium  cir- 
cumsuntes,  et  mmsqnisqiie  ad  tnmsacU  tempora  mente 
retiogreasiy  nimdi  totiai  ordinatiODeiD  «ontemplabinMir. 

S.  Basojcs,  m  hexameran  Aonmta  4. 
Primo,  Tolomen  Scriptoramm,  qos  Toiontatem  Dei , 
deiD,  ▼olnmen  creatimnnn,  cpuB  poteiitiam  teTelam. 

F  BAGoir. 
Si  Dieo  n*a  pas  besoin  de  notre  science,  il  doit  eneorf 
moÉBs  aToir  bôoin  de  notre  ignorance. 

If  Som. 

PUBLIÉ 

PAR  M.  L'ABBE  MIGNE, 

ÉDITEUR  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  UNIVERSELLE  DU  CLERGÉ, 


"MS  eomam  coHVi«n  soi  chaqcb  beahcsb  de  la  science  délicieuse. 


TOME  UNIQUE. 


PBIX  :  8  FBAKCS. 


SfMPBIME  ET  SE  YENB  CHEZ  X.-P.  MIGNE,  EDITEUR, 

AUX  ATELIERS  CATHOUQDES,  RUE  D'AMROISE,  AU  PETIT-MONTROUGE» 

BABBliBB  D'BUrBB   DE   PABIS. 


18U 


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OUVRAGES 


PB 


I.  L-F.  AN  (DE  SM-OAmi), 

Membre  de  la  Société  géologiciae  de  France,  derAcàdétnie  royale  des  Sciences  de  Tarin,  etç,  etc. 


DU  LANGAGE  ET  WE  SON  ROLE  DANS  LA 
CONSTITUTION  DE  LA  RAISON,  ou  tues  philoso- 
phiques SUR  l'origine  des  GOIIMAISSANCES  HUMADiES.  t 

Yol.  grand  in-18  Jésus;  prix  :  2  fr.  6a  c.  -  Che* 
Jacques  LecoiTre,  rue  du  Yieux-Golombier,  29,  k 
Pairiâ.  —  Voir  les  articles  qui  ont  été  pubHés ,  sur 
cet  Qiivrage,  par  M.  Du  Lac  (Univerêdu  21  mars  1853), 
par  M.  Laurentie  dans  YUnion  du  20  février  1835, 
par  la  Revue  catholique  de  Louvain,  livraison  dV 
vril  1853. 

NOUVEAU  TRAITÉ  DES  SCIENCES  GÉOLO- 
GIQUES» considérées  dans  leurs  rapports  avec.k 
religion ,  et  dans  leur  sy[)plication  générale  à  rindus- 
trie  et  aux  arts,  avec  un  tableau  figuratif  des  ter- 
rains, et  la  représentation  des  fossiles  les  plus  carac- 
téristiques et  les  plus  curieux.  Ouvrage  dédié  k  Son 
Éminence  M^r.ie  cardinal  archevêque  de  To^rs,  et 
adopté  pour  renseignement  dans  la  plupart  des  pe- 
tits et  grands  séminaires.  Nouvelle  édition,  1  vol. 
in-12.  —  Chez  J.  LecoiTre,  rue  du  VieuxHC^olomr: 
hier,  29,  à  Paris.  Prix  :  2  fi.  80. 

ESQUISSES  DES  HARMONIES  DE  LA  CRÉA- 
TIQN ,  eu  les  sciences  naturelles  étudiées  du  point 
de  vue  philosophique  Qt  religieux.  1  fort  vol.  in-12 
avec  de  nombreuses  gravures  en  taille-douce  — 
Chez  J.  Lecofire,  rue  du  Vieux-Colombier,  29,  x 
Paris.  Prii  :  5  fr. 

ISOLA,  SOUVENIRS  DES  VALLÉES  DE  BRETAGNE.  2  VOl. 

ki-18  avec  fig. 

TABLEAU  DE  LA  CRÉATION,  ou  dieu  manifesté 
PAR  SES  ciuvREs,  2  bcRux  volumcs  in-8  avec  flg.  sur 
licier  et  sur  bois. 

BOTANIQUE  ET  PHYSIOLOGIE  VÉGÉTALE,  1 
yol.  in-8  avec 


BEAUTÉS  DU  SPECTACLE  Dg  LA  NATURE, 
par  Pluche.  Ouvrage  mis  au  niveau  des  connais* 
sauces  actuelles.  1  vol,  in-12  avec  fig. 

Série  de  Dictionnaires  embrassant  in  extenso  les 
lois  et  tous  les  ordi-es.de  phénomènes  du  monde 
physique,  Thistoire  naturelle  des  êtres  organiques  et 
inorganiques  qqi  le  composept,  Texamen  critique 
des  questions  scientifiques  qui  se  rattachent,  è  nos 
livres  saints,  la  réponse  aux  objections  et  aux  princi- 
pales difficultés  soulevées  contre  la  religion,  etc.,  etc. 
Chaque  dictionnaire,  dans  le  format  in-4  à  2colonnes» 
renfermé  de  1,600  à  1,800  colonnes. 

DICTIONNAIRE  D'ASTRONOMIE,  DE  PHYSIQUE 
ET  DE  MÉTÉOROLOGIE,  1  vol. 

DICTIONNAjr.  DE  CHIMIE  ET  DE  MINÉRALO* 
GIE,  applications  à  la  médecine,  à  Tindustrie,  etp., 
1  vol. 

DICTIONNAIRE  DE  BOTANIQUE  ET  DE  PHY- 
SIOLOGIE VÉGÉTALE,  applications  à  la  médecine, 
à  réconomie  industrielle  et  domestique,  etc.  1  voK  . 

DICTIONNAIRE  DE  ZOOLOGIE.  3  vol.  avec  grav. 
•r-  Le  V'  volume  renferme  Thistoire  naturelle  des 
trois  premiers  embranchements  du  règne  animal, 
Zoophytes,  Mollusques  et  Articulés.  —  Le  2'  volume 
renferme  T histoire  naturelle  des  Poissons,  des  Rep- 
tiles et  des  Cétacés,  avec  Tanatomie  et  la  physiologie 
comparée ,  etc.  —  Le  3'  volume  renferme  Thistoire 
naturelle  des  Oiseaux  et  des  Mammifères. 

DICTIONNAIRE  D'ANTHROPOLOGIE,  ou  histoire 

NATURELLE  DE  L'hOMME  ET  DES  RACES  HUMAINES,  CtC. , 

I  vol.  avec  figures. 


Imprimerie  MIGNE,  au  Petii-Montipugc. 


AU   LECTEUR. 


Le  DUU&muàre  de  CotWÊogame  et  de  PaUmtiologie  termine  h  série  des  Dictioanaires  sor  jes  scîeneef 
phjrsiqoes  ec  oatardles,  qoe  nous  aTÎons  eDtrepds  de  publier.  Notre  bat  a  été  de  jM^lariser  la  science, 
de  la  rendre  accessible  an  moindre  cnré  de  ^îllage,  afin  qoe,  dans  ce  siècle  si  orgneilleax  de  son  savoir,  il 

« 

n*j  ait  pas  nn  prêtre  qoi  ne  poisse  avec  antorité,  dans  cbaqoe  branche  des  connaissances  bomaines,  assi- 
gner à  chaqne  question  scientilifae  son  degrë'de  valenr  an  moment  où  il  parle.  Noos  croyons  être  en  droit 
d'affirmer  qvll  n*j  a  pas  on  phénomàM,  pas  n n  iladt  on  an  résoltat  de  quelque  importance,  pas  une  ques- 
tion, une  opinion  ou  un  système  de  quelque  intérêt,  que  nous  n*ayons  indiqué,  apprécié,  discuté. 

Cependant,  nous  derons  le  ifire  à  la  glorificalion  de  FEtie  infini,  ces  boit  énormes  volumes  oè  nous  avons 
concentré  le  résoltat  de  toutes  les  investigations  du  génie  deiliomme  dans  fétude  de  la  nature,  ne  sont 
qu*nne  simple  feuiDe'.détachée  de  cet  arbie  immense  et  merveilleux  oà  fleurissent  les  cenvres  de  Celui  qui, 
d*nne  parole,  fit  jaillir  Tuniveradu  néant  ;  e*e8t  une  goutte  d*eau  puisée  à  cet  océan  sans  rivages  où  la  Sa- 
gesse étcmdk  a  répandu  comme  des  flots  les  créations,  le  mouvement  et  la  vie;  c*est  un  pMe  reflet  de 
cette  lumière  sptodide  qui  nous  presse  de  lentes  parts,  et  que  le  regard  bumain  le  plus  assuré  H  le  plus 
étendu  ne  peut  contempler  sana  éMoaisseaMOt.  Naâs  avons  voulu  mêler-  notre  raible(volx  à  ce  concert  inef. 
IbMe  qui  monte  wcessamment  de  la  terre  au  del,  et  rendre  hommage  au  Créateur  en  raconUnt  les  mer- 
veilles de  cette  Sagesse  suprême  qui  a  disposé  toutes  choses  dans  de  justes  rapports  de  dimension,  de 
nambrt  et  de  poids,  et  dont  les  pensées  sont  plus  vastes  que  la  BMr,  et  les  conseils  plus  profonds  que  Fa- 
binw.  Mais,  au  milieu  de  tous  ces  prodiges  de  bi  poisnance  créatrice,  nous  ne  sommes,  pour  nous  servir 
d*une  comparaison  de  Newton,  que  «eaune  mm  emfami  ifmi  t*maÊmae  tmr  U  rivofe  ^ei^imàu  rijindt  de  iromver 
de  iemipê  em  temilp»  mm  emiUfmftmêmMiommmeeppùUepimejûGe^^àroTdinmfe^  iamdis  qme  U  gramd  Oeêamde 
lm9éïïiiére$UfÊoiiéde9mUmoêffem^, 

Des  considéraUons  d'une  haute  importance  doivent  surtout  hlre  aimer,  rechercher,  cultiver  la  science 
parle  clergé;  c'est  que  b  science  est  désormais  une  des  conditions  du  succès  de  son  ministère  et  de  Tin- 
flnencequll  doit  eiercer  sur  un  monde  infatué  de  ce  quH  sait  ou  croit  savoir.  Au  moment  oà  nous  allions 
développer  nos  idées  sur  ce  grave  sujet,  nous  avons  trouvé  dans  le  Mêmonml  emtkoiiqme  unâoquent  article 
de  M.  Tabbé  Sa]ettr,qui  envisage  au  même  point  de  vue  la  sitBation  du  dergé  et  ses  oMIgations  vis-à-vis 
4es  exigences  du  Mède.  Après  avoir  montré  qoe  le  titre  de  prêtre  n*est  pfais  malheureusement  aujourdliui 
que  d'un  bien  médiocre  poids  dans  la  balance  des  choses,  et  que  si  le  prêtre  veut  que  son  action  soit  fruc- 
luense,  s*il  vent  jouir,  à  cette  fin,  d'mie  légilinie  influence,  il  dut  qui!  sache  la  conquérir,  M.  Tabbé  Salenr 
aVxprime  ainsi  : 

f  Noos  avons  deux  moyens  de  conquérir  cette  influence  :  b  vertu  et  b  capacité.  Ici  je  n'ai  pas  à  mon- 
trer b  puissance  toujours  merveiUease  de  b  vertu.  J'ai  plotdt  à  m*âbver  contre  ceux  qui,  nbnt  b  néces- 
sité de  b  science,  pensent  que  b  vertu  et  le  strict  accomplissement  des  devoirs  privés  suffisent  seob  peur 
attirer  tonte  b  considération,  tout  b  crédit,  toute  Finfluence  dont  nous  avons  besoin. 

f  n  y  a  eu  des  temps  de  grande  foi  oà  b  vertu,  le  zèle,  b  dévouement,  Fanlente  charilé  pouvaient  tenir 
fien  an  prêtre  de  tout  te  reste.  Mab,  encore  une  fob,  ces  temps  ne  sont  plus  les  nôtres.  A  des  époques 
comme  cdMà,  b  prêtre  qui  manque  gravement  à  ses  devoirs  tombe  dans  b  mépris.  Or,  dans  des.  jours 
dignoraneeet  de  doute,  ii  faut  plus  qu'une  vie  sainte  ponr  être  quelque  chose  aux  jeux  du  auMide;  il  f^n^ 
certaine  capacité  inteHectnelb.  Il  y  a,  je  l'avoue,  des  circonstances  assoi  rares  oà  un  ièla,un  dévoue- 
ine  charité  d'éclat,  attirent  vivement  les  regards  et  ^ipelbnt  les  bénédictions  des  hommes.  Mab  les 
vertus  jovnalières  et  obscares  du  prêtre,  sa  r^ubrité,  toptce  qui  constitne  nui  jfcux  de  Dieu  sa  belb 
vb  de  chaque  jour,  croyes-vous  que  ceb  excite  une  profonde  impresnon  dans  b  monde?  Qui  ne  sait,  au 
eaniraire,  que,  dans  les  temps  difficiles,  b  zèb  et  b  dévouement  nous  attirent  mêaM  des  ennemis,  et  que, 
loin  de  toucher,  ib  irritent  b  plus  souvent?  Qui  ne  sait  que,  dans  b  train  ordinaire  de  b  ne,  bs  vertus 
sacerdotales  sont  taxées  de  niaiserie,  d'étroitesse  d'esprit,  de  mauvaise  éducation,  quand  on  ne  bs  regarde 
pas  tout  simpbment  comme  une  affaire  de  position,  une  nécessité  d'état?  fit,  comme  je  rai  déjà  dit,  il  est  im- 
possiMe  qu'y  en  soit  autrement  ;  car  pour  comprendre  et  apprécbr  essentielbment  b  vie  du  prêtre,  il 
fMdrait  b  conviction  du  prêtre ,  et  c'est  prédsémant  ce  qui  manque  aux  hommes  de  b  génération  pré- 


c  U  but  donciAerdier  à  ce  monde,  moitié  indifférent- et  incrédule,  moitié  frondeur  et  raisonneur,  un 
autre  cêté  tangibte,  s'il  en  est  un.  Ce  cêté,  je  db  qu*il  existe.  Oui,  il  y  a  encore  quelque  chose  de  bon,  de 

DiCnO!!.  DE  COSXOGOlflB  ET  DE  PALi05T0LO0IE.  1 


H  AU  LECTEUR.  it 

grand,  de  noble,  que  pourunt  ce  monde  goèie  et  comprend,  devant  lequel  il  s'incline,  el  pour  lequel  il  s'é- 
prend. Qu*esC-ee  donc  ?  C'est  la  science,  la  capacité  intellet^tuelle.  Que  lestaient  le  plus  élevé  et  la  science  la 
plus  étendue  ne  soient  rien  en  comparaison  de  la  vertu,  mon  Dieu  !  je  le  sais  bien,  et  je  ne  prétends  pas 
le  contraire.  Mais,  selon  cette  parole  de  saint  Paul  que  noui  devotu  nom  faire  tout  à  tou$  ffour  tes  gagner 
toM,  n'en  esi-il  pas  moins  vrai  que  si  la  science  est  pour  nous  un  moyen  de  plaire  au  monde,  d'avoir  près 
de  lui  de  nnflueu:e,  il  faut  nous  efforcer  d'être  savants;  puisque,  d'ailleurs,  la  science  est  pour  nous  une 
bonne  et  sainte  chose?  Or,  que  la  science  et  la  capacité  prêtent,  aux  jeux  du  monde,  plus  de  lustre  à  no- 
tre zèle,  à  noire  dévouement,  à  notre  chanté  pastorale,  il  me  semble  que  ce  point  est  hors  de  doute. 

c  J'ai  entendu  ce  médecin,  cet  avocat,  ce  notaire,  ce  jeune  collégien,  me  dire  de  quantité  d'ecclésiasti- 
ques avec  une  bienveillance  ironique  :  C'^il  tiii  bon  AomiM,  inati  ii  n'ett  pa%  grand  tatani;  et  ce  qu'ils  me 
disaient  tout  bas,  ailleurs  ils  le  répètent  tout  haut,  surtout  aux  paroissiens,  et  ce  ne  sont  pas  trente  ser- 
mons du  pasteur  qui  peuvent  contre-balancer  le  mal  fait  par  ce  mot  jeté  au  milieu  d'une  conversation.  Or, 
Je  suppose  que  les  prêtres  dont  il  s'agit,  au  lieu  d'être  ce  qu'ils  sont,  fussent  non-seulement  des  hommes 
possédant  plus  ou  moins  bien  les  connaissances  >ssez  restreintes  acquises  dans  leurs  classes,  mais  des 
prêtres  solidement  instruits  et  parfaitement  au  coûtant  des  tendances  de  leur  siècle  et  de  ses  idées  scienti- 
fiques et  philosophiques,  et,  par  là  même,  toujours  prêts  à  rmidrt  rauon  éê  ieur  foi  :  croyes-vous  qu'ils  ne 
seraient  pas,  d'une  part,  plus  justes  appréciateurs  des  hommes  qu'ils  ont  à  combattre,  et  plus  réservés  dans 
leur  jugement  ;  et,  d'autre  part,  plus  forts  contre  toutes  sortes  d'attaques?  Croyez-vous ,  surtout ,  qu'ils 
n'en  imposeraient  pas  à  tant  de  demi-savants,  qu'ils  ne  les  rendraient  pas  au  moins  plus  circonspects,  et 
qu'ils  ne  donneraient  pas  au  monde  une  haute  idée  du  clergé  en  montrant  que  tous  ses  membres  sont  à  la 
hauteur  deseonnaissances  les  plus  en  vogue  ? 

«  On  la  vu,  les  sdeuces  ont  jeté  la  pierre  à  la  religion  :  l'archéologie,  la  physique,  la  chimie,  la  cos- 
mogonie, la  littérature ,  la  poésie,  Thistoire,  la  philosophie ,  lui  ont  fait  une  guerre  de  paradoxes,  de  sub- 
tilités. Eh  bien  !  ai  le  clergé  se  fût  trouvé  dans  de  telles  conditions  qu'il  eût  pu  être  regardé,  non-seulement 
au  poiijf,  de  vue  de  la  religion  et  de  la  morale,  mais  au  point  de  vue  de  la  science  et  de  la  philosophie, 
comme  la  piu$  haute  ration  ;  s'il  eût  compté  dans  son  sein,  en  nombre  imposant,  des  archéologues,  d«*8 
physiciens,  des  chimistes,  des  cosmographes,  des  littéraCeurs  de  premier  mérite,  des  historiens 
distingués,  des  penseurs  profonds  ;  croyez-vous  que  nous  eussions  vu  cet  acharnement  contre  la  révâation 
et  contre  l'Eglise  ?  Assurément  non  :  ou  tout  au  moins  tant  de  savants  orgueilleux  et  enflés  de  leurs  scien- 
eeç  auraient  mesuré  leurs  attaques,  sachant  que  toute  une  armée  de  prêtres  pouvait  lutter  avec  eux,  et» 
dans  tous  les  cas,  on  les  eût  vus  plus  disposés  à  (aire  alliance  avec  nous. 

c  Me  dira-t-on  que  je  m'abuse,  si  je  ne  vois  pas  que  les  attaques  contre  la  révélation  et  contre  l'Eglise 
venaient  de  cette  profonde  corruption  du  cœur  qui  inspire  à  ceux  qu'elle  dévore  une  haine  de  la  vérité 
et  une  mauvaise  foi  ||ir  lesquelles  ne  peut  rien  tout  le  prestige  de  la  science,  du  talent  et  même  du  génie? 
Sans  doute,  je  le  sais,  les  passions  nous  susciteront,  dans  tous  les  temps,  d'implacables  adversaires.  Mais, 
outre  qu'il  ne  faut  pas  faire  les  hommes  plus  méchants  qu'ils  ne  sont,  il  est  certain  que  beaucoup  ne 
nous  attaquent  que  par  préjugés,  par  ignorance  des  vérités  religieuses,  et  que  si  notre  science  ne  nous 
les  ramenait  pas  tout  d'un  coup,  elle  les  maintiendrait  au  moins,  et  les  rendrait  plus  justes  et  plus  loyaux. 

<  Au  surplus,  ce  que  je  veux  prouver  est  si  clair  et  si  évident  de  lui-même  que,  pour  les  uns,  c'est  chose 
presque  superflue,  et  que,  pour  les  autres,  il  est  inutile  d'essayer  de  le  démontrer  davantage.  Qu'il  me  suf- 
fise donc,  pour  me  résumer,  de  rappeler  ces  paroles  d'un  évêque  que  le  Mémorial  catholique  a  citées 
nagnère  : 

c  Par  U  même  que  la  foi  n'est  ploa  parmi  nous  ce  qu'elle  était  jadis,  on  devient  plus  exigeant  pour  ses 
c  ministres.  On  ne  souifre  plus  quils  soient,  en  fait  d'instruction,  comme  dans  beaucoup  de  positions  so- 
^  dales,  de  vulgaires  médiocrités  ;  on  demande  qn*ils  soient  des  hommes  de  valeur,  d'intelligence  et  de 
4  sens  :  U  9ueeè$  de  leur  minUtère  éti  à  ec  prix.  >  Je  livre  ces  paroles  de  Mgr  l'Evêque  de  Saint-Flour  aux 
4  médiutlons  de  tous.  >  Voyez  dans  ce  DtcttoitiiAtre  l'article  Cosmogeaprie  dks  Pfeaas  dc  l'Eglise  9ub  fin. 


INTRODUCTION. 


LA  GAiATlOH  Wt  LA  MSTUBCnOH  DBS  SUBSTAHCBS  MlllftRALBS,  OOHDlTIOirS  nSHlimB»  DB  LA 

cnrajflATioii  bt  db  l'biistbhcb  dus  sociétés,  DÉMONTBKifT,  DABs  l'obaaiiisatiob  OB 
MormB  6LOBB9  vn  flab  flbib  db  bibbtbillaiigb  roub  l*hoiimb. 

toutes  les  œuvres  de  Dieu  sont  pleines  de  sa  proyidence. 

(  ly  MtMkl.  ) 

La  yéritable  sagem  consiste  à  Toir  que  tontes  les  faenltës  de  Tes» 
prit  el  tontes  les  parties  de  nos  eonnaissanees  marchent  d'un  comainB 
accord  vers  nn  but  uniqne,  qui  est  de  senrir  en  même  temps  le  bon- 
henr  de  Thomme  et  la  gloire  dn  Créatenr. 

(Sedgwici,  JHsamrs^  etc.) 

Four  comprendre  la  prééniineace  de  notre  destinée  et  les  mes  pleines  de  bonté  dn  Créa- 
teur pour  respècebomaine,  il  sniBt  de  considérer  ce  que  la  Sagesse  étemelle  a  fait  ponr 
nous  préparer  une  demenre...  Entendez-Yoos,  à  trayers  les  âges  antiques,  le  bruit  dn  long 
trayait  de  la  nature,  de  ces  réyolutions  qui  se  succèdent  pour  pétrir,  élaborer,  façonner 
notre  planète,  pour  entasser  couches  sur  coudies,  aceumuler  débris  sur  débris,  pour  eom- 
biner,  modifier  de  mille  manières,  fixer,  coordonner  harmonieusement  les  éléments  inor- 
ganiques de  notre  globe  7  Pourquoi  ces  yallées  qui  se  creusent ,  ces  montagnes  qui  s'élè* 
iFent,  ces  plaines  qui  se  déroulent,  ces  innombrables  niyeaux  qui  s'étabUssent  ?  Dans  quel 
but  tous  ces  exhaussements  et  ces  affaissements,  ces  remaniements,  ces  mélanges  de  maté- 
riaux si  diyers,  et  tous  ces  grands  mouyements ,  à  la  surlkce  et  dans  les  entrailles  de  notre 
terre  7  Où  tend  Faction  de  ces  lois ,  de  ces  forces ,  de  ces  agents,  de  tous  ces  moteurs  que 
dirige  le  doigt  du  Très-Haut,  durant  cette  laborieuse  éyolution  de  notre  planète  7  N*est-ce 
pas  afin  que  nous  ayons  sous  nos  pieds  un  sol  ferme  et  stable  ;  des  granits ,  des  marbres, 
des  pierres  de  toutes  sortes,  pour  éleyer  nos  temples,  construire,  décorer  nos  places,  bfttir 
nos  cités  ;  d^ounenses  magasins  de  bouille  combustible  dans  les  débris  fossiles  de  la  yégé- 
tation  primitiye  ;  d'inépuisables  mines  de  sel  gemme  pour  les  contrées  éloignées  de  la  mer  ; 
de  Tor,  de  l'argent,  du  fer,  du  cuiyre,  du  plomb,  etc.,  métaux  si  précieux  que,  sans  eux, 
nulle  culture,  nulle  civilisation  ne  serait  possible  7  N*est-ce  pas  encore  pour  que  [nous 
ayons  aujourd'hui  des  sources  et  des  fontaines,  des  fleuves  et  des  rivières,  lesquels,  obéis- 
sant aux  déclivités  habilement  calculées  des  terrains,  s'écoulent,  sans  interrompre  leur  coiïrs, 
vers  le  réservoir  commun  des  mers  7  N'est-ce  pas  enfin  pour  que  nous  ayons  une  terre 
végétale,  présentant  les  conditions  les  plus  avantageuses  au  travail  et  à  la  culture  1  et  avec 
ce  sol  ftcond,  des  gazons,  des  arbres,  des  fleurs  et  des  fruits;  et  avec  les  plantes,  une  atmos- 
phère épurée  et  des  animaux  destinés  à  nous  servir,  à  nous  vêtir,  à  nous  nonrrir^  à  peu[  1er 
et  animer  tous  les  districts  de  la  nature?... 

Ainsi  donc,  beauté,  variété,  grandeur,  harmonie;  richesses,  jouissances,  ressources 
sans  nombre,  préparées  pour  Fhomme;  innombrables  {neuves  de  la  sagesse  et  de  la  pro- 
vidence du  Créateur  :  voilà  ce  que  la  science  découvre  à  chaque  pas,  avec  une  admiration 
profonde,  en  étudiant  la  merveilleuse  oi^nisation  de  notre  globe. 

Les  beUes  lois  qui  ont  présidé  à  cette  évolution  de  notre  planète  seront  étudiées  dans 
le  cours  de  cet  ouvrage.  C'est  un  vaste  et  fécond  objet  de  méditations  bien  propre  à  laire 
naître  dans  l'esprit  du  penseur  un  profond  recueillement.  Bans  cette  introduction,  nous  ne 
nous  proposons  de  considérer  la  géologie  qu'au  poinr  d«r  vue  de  S9S  applications  généraîts 


f&'  DtCTfONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  16 

et  utiles,  et  de  reproduire  un  faible  aperçu  du  commentaire  immense  et  magnifique  que  Toii 
pourrait  écrire  sur  ces  paroles  du  Psalmiste  :  O  Dieu!  que  voê  cmvre$  $ont  bellet!  vo%u  avez 
fait  touteê  cfioêes  avec  iagute;  la  terre  est  remplie  de  vos  biens  ! 

Les  éléments  inorganiques  primordiaux,  qui  entrent  dans  la  comp^ition  de  tous  les 
corps,  ne  paraissent  pas  avoir  augmenté  en  nombre  depuis  leur  création,  ni  avoir  subi 
aucune  altération  dans  leur  nature.  Tout  prouve,  au  contraire,  qu'ils  ont  toujours  été  régis 
par  les  mêmes  lois,  et  qu'ils  ont,  durant  toutes  les  périodes  géologiques,  rempli  les  mêmes 
fonctions  dans  l'économie  des  êtres  organisés. 

Les  substances  inorganiques  qui  composent  le  règne  minéral  peuvent  se  diviser  en  corps 
élémentaires,  en  minéraux  simples  et  en  minéraux  composés. 

Les  corps  ou  principes  élémentaires^  ou  simplement  éléments^  sont  au  nombre  de  cin- 
quante-cinq. Le  calcium,  le  silicium,  Toxygène,  l'or,  le  fer,  etc.,  sont  des  corps  simples, 
c'est-à-dire,  jusqu'à  présent  indécomposés. 

Les  minéraux  simples^  ou  espèces  minérales,  ne  renferment  pas  seulement  les  substances 
minérales  non  combinées  ou  à  l'état  natif,  lesquelles  ne  sont  guère  au  nombre  de  plus  de 
dix  on  douze,  telles  que  l'or,  l'argent,  le  soufre,  etc.,  mais  encore  toutes  les  substances 
inorganiques  composées  qui  offrent  une  structure  cristalline  régulière  avec  des  proportions 
définies  et  invariables  dans  leurs  éléments  chimiques,  telles,  par  exemple,  que  le  spath 
calcaire  ou  carbonate  *  de  chaux  cristallisé,  dont  les  éléments  primitifs  sont  le  calcium, 
l'oxygène  et  le  carbone.  Suivant  Berzelius,  le  nombre  total  des  minéraux  simples,  recon- 
nus jusqu'à  ce  JQur,  est  d'environ  six  cents. 

Les  minéraux  composés  constituent  les  roches  stratifiées  ou  non  stratifiées  qui  forment 
la  croûte  ou  enveloppe  de  notre  planète,  telles  que  le  granit,  le  grès,  le  calcaire,  etc. 
Parmi  pes  roches,  les  unes  en  masse  cristalline,  comme  le  granit,  paraissent  avoir  été 
originairement  à  l'état  dç  fusion  ;  les  autres ,  disposées  par  couches ,  sont  le  résultat  de 
l'action  des  eaux  en  mouvement. 

Ces  préliminaires  établis,  qu'une  personne  heurtant  du  pied  une  pierre  au  fond  4'un 
désert ,  avance  que  cette  pierre  est  là  de  toute  éternité. 

Non ,  répondrons-nous ,  cette  pierre  n'est  pas  là  de  toute  éternité.  Si  c'est  un  caillou 
ordinaire,  il  peut  avoir  traversé  des  événements  nombreux ,  et  présenter  des  témoignages 
d'événements  physiques  qui  ont  modifié  la  surface  du  globe ,  et  son  aspect  roulé  nous 
racontera  les  déplacements  considérables  que  lui  a  fait  subir  l'action  des  eaux. 

Est-ce  un  morceau  de  grès,  un  conglomérat  formé  de  détritus  arrondis  provenant  d'au- 
tres roches?  Les  ingrédients  qui  entrent  dans  sa  composition  offrent  des  témoignages  tout 
semblables  de  mouvements  imprimés  par  l'action  des  eaux,  qui  les  ont  réduits  à  l'état  de 
sables  ou  de  cailloux,  puis  transportés  à  la  place  qu'ils  occupent  à  l'heure  actuelle,  anté- 
rieurement à  l'existence  de  la  couche  dont  ils  font  partie.  Une  couche  de  cette  nature  n  a 
donc  pas  occupé  de  toute  éternité  la  place  où  nous  la  voyons  maintenant 

Si  cette  pierre  contenait  les  débris  fossiles  de  quelque  plante  ou  de  quelque  animal , 
non-seulement  nous  y  trouverions  la  preuve  qu'elle  est  d'une  formation  postérieure  à  la 
cr^tion  de  la  vie ,  soit  chez  les  animaux ,  soit  chez  les  végétaux ,  mais  il  y  aurait,  dans  la 
structure  organique  même  des  restes  qu'elle  contient,  des  témoignages  de  coordinations 
et  d'uii  plan  qui  nous  attesteraient  hautement  l'action  d*une  cause  intelligente  et  puissante , 
de  même  que  les  mécanismes  d'une  montre  où  d'une  machine  à  vapeur  nous  prouvent , 
dans  l'auteur  ou  dans  Tinventeur,  la  réflexion  qui  prépare  et  l'habileté  qui  exécute. 

Supposons  que  ce  soit  un  morceau  de  roches  cristallines,  un  fragment  de  granit,  par 
exemple.  Le  granit  est  une  substance  composée  de  trois  autres  minéraux,  feldspath, 
quartz  et  mica,  dont  chacun  présente  une  forme  extérieure  et  une  structure  interne  parti- 
cuUères ,  en  même  temps  que  certaines  propriétés  physiques  qui  lui  sont  inhérentes.  Or 
il  est  démontré ,  par  l'analyse  chimique,  que  ces  trois  minéraux ,  feldspath,  quartz  et  mica , 
sont  composés  eux-mêmes  d'autres  substances,  oxygène,  silicium ,  aluminium,  potassium. 


<7  INTRODUCTION.  1^ 

fer,  etc.,  qui  les  ont  précédés  en  existence  à  un  état  de  plus  grande  simplicité  avant  que 
de  s'être  combinées  pour  former  les  minéraux  constituants  des  roches  granitiques  Ce 
fragment  de  roche  n'a  donc  pas  toujours  été  dans  les  conditions  où  il  se  trouve  maintenant; 
Un  existe  donc  pas  de  toute  éternité  sur  le  point  où  on  le  rencontre  aujourd'hui,  non 
plus  que  la  masse  d'où  il  provient. 

De  plus ,  il  a  été  reconnu,  comme  loi  universelle  et  permanente,  que  toutes  les  sub- 
stances minérales,  lorsqu'elles  passent  de  l'étal  liquide  ou  de  fusion  à  Tétat  solide ,  pren- 
nent,  quand  aucune  circonstance  extérieure  ne  vient  troubler  l'arrangement  de  leurs 
molécules ,  des  formes  régulières  nommées  crislaKx.  Le.  cristallographe  prouve  donc  que 
les  divers  minéraux  qui  entrent  dans  la  composition  des  roches  cristallines  sont  com- 
posés eux-mêmes  de  molécules  d'une  petitesse  extrèàè^  formées  à  leur  tour  d'autres 
molécules  élémentaires  plus  simples  encore,  ou  des  derniers  atomes  indivisibles,  se 
combinant,  s'agglutinant  d'une  façon  similaire,  en  vertu  des  forces  polaires  et  des  affinités 
chimiques,  suivant  des  proportions  fixes  et  définies,  et  se  cristallisant  eu  figures  géomé^- 
triques  rigoureusement  déterminées  (1). 

On  ne  peut  pas  recourir  aux  causes  fortuites  pour  expliquer  les  formes  cristallines  des 
minéraux,  car,  dans  cette  hypothèse,  qui  est  la  négation  de  tout  plan,  et  que  Ve^pril 
humain  repousse  invinciblement,  ces  formes  devraient  s'offrir  au  hasard,  avec  des  variétés 
sans  nombre  et  dans  des  proportions  jamais  définies.  Or  il  n'en  est  pas  ainsi;  tout  atteste, 
au  contraire,  l'énergie  d'une  volonté  toute-puissante  et  la  souveraine  intelligence  d'un 
agent  suprême  qui  manifeste  son  action  sur  les  substances  minérales  par  les  plus  harmp- 
nieux  résultats,  en  les  soumettant  à  des  lois  de  combinaisons,  dé  figures  et  dé  proportions 
d'une  parfaite  exactitude  et  d'une  précision  toute  mathématique.  Ainsi  les  corps  crislallisc^s 
ne  présentent  qu'un  nombre  limité  de  formes  secondaires,  dans  lesquelles  le  clivage 
(2)  démontre  une  réunion  de  formes  primaires  plus  simples;  ces  formes  primaires  sont 
composées  de  molécules  intégrantes,  qui,  à  leur  tour,  sont  composées  de  molécules  consti-- 
tuantes,  dans  lesquelles  entrent  les  particules  élémentaires,  elles-mêmes  formées  des 
derniers  atomes  de  la  matière  (3). 

(j)  «  Les  formes  polyëdriqaes  senties  formes  propres  de  la  nature  inorganique,  celles  que  la  matiftre 
tend  toujours  à  prendre,  et  qu*elle  prend  en  effet  toutes  les  fois  que  les  lois  qui  la  régissent  ne  sont  trou-> 
Liées  par  aucune  cause  étrangère.  >  (Beudant.) 

Toutes  le»  substances  peuvent  cristalliser  :  les  liquides  par  la  congélation,  les  vapeurs  par  la  sublima- 
tiop,  les  solides  par  le  refroidissement  après  la  fusion.  Tout  corps  est  donc  composé  d'atomes  dont  les  qua- 
lités sont  invariables;  d'où  Ton  serait  autorisé  à  conclure  que  les  molécules  dernières  de  la  matière  sont 
incapables  d  altération  et  sont  encore  aujourd'hui  ce  qu'elles  étaient  au  moment  de  leur  création.  C'est  l'o- 
pimon  de  Newton,  qui  dit  que  Dieu,  en  créant  la  matière.  Ta  composée  de  diverses  espèces  de  molécules 
élémentaires,  solides,  dures,  invariables,  dont  les  dimensions,  les  figures  et  les  différentes  qualités  sont 
•?*MtiC8  aux  fins  qu'il  se  proposait  ;  et  ces  molécules  sont  d'une  telle  fixité,  qu'elles  ne  peuvent  être  ni  di- 
visées ni  altérées  par  aucun  procédé  de  l'art  ni  par  aucune  force  existante  dans  la  nature,  sans  quoi  l'es- 
«»fe  <"<»  corps  pourrait  cbanger  avec  le  temps.  {Optice  lucis,  lib.  m,  quaest.  31). 

Qn^  &é  également  conduit  à  penser  qu'il  n'y  a  aucune  partie  de  matière  inorganique  qui  ne  soit  dans 
un  état  de  mouvement  relatif,  d'après  ce  phénomène  remarquable  que  certaines  substances  cristallisées , 
comme  le  sulfate  de  magnésie,  etc.,  placées  sous  l  influence  d  une  chaleur  Biéme  trés-modérée,  changent  la 
forme  des  cristaux  intérieurs  qui  les  composent.  Les  cristaux  prismatiques  du  zinc,  exposés  à  la  chaleur 
da  soleil  pendant  quelques  secondes,  se  transforment  en  octaèdres.  Il  n'y  a  donc  nulle  part  de  ^pos  dans 
1  univers  matériel,  iion  plus  que  dans  l'univers  intellectuel. 

(ij  De  Tallemand  kolben  ou  kiowen^  fendre  du  bois.  C'est  la  division  mécanique  des  lamelles  superposées 
les  unes  aux  autres  dans  les  cristaux. 


(3)  c  Si  I  on  ramène  de  cette  manière  tous  les  corps  minéraux  aux  conditions  les  premières  et  les  plus 
simples  de  leurs  éléments  constituants,  on  voit  que  ces  éléments  ont  élé,  à  toutes  les  époques,  régis  par 
ïï'.'PfS"^^'".*!"®  ^^  '^'*  ^^^  c*  universelles  qui  règlent  encore  maintenant  le  mécanisme  do  monde  ma- 
tériel. En  étiidiaDt  l'action  de  ces  lois,  nous  y  reconnaîtrons  une  subordination  tellement  constante  den 
moyens  a  leurs  fins,  une  harmonie,  un  ordre,  des  prévisions  si  parfaites  dans  les  propriétés  physiques,  dans 
les  proportions  numériques,  dans  les  fonctions  chimiques  des  éléments  inorganisés  :  Unt  die  preuves  d'une 
intelligence  ei  d*un  plan  coordonné  à  l'avaRce  pour  adapter  ces  éléments  primordiaux  à  une  infinité  de 
fonctions  complexes  dans  les  systèmes  futurs  d'organisation  soit  animale,  suit  végéule,  qu'il  est  impossible 
que  nous  nous  rendions  un  compte  satisfaisant  de  Pexistenoe  de  tous  ces  mécanismes  si  beaux  et  si  parfaits, 
*' «eus  refusoii»d'admettre  qu  ils  tirent  leur  origine  de  la  volonté  et  de  la  'puissance  d'un  Créateur  su- 
prême* être  dont  nos  facultés  finies  ne  peuvent  arriver  à  comprendre  la  nature,  mais  dont  toit  ce  Çîm- 
existe  nous  p  oclame  la  sagesse,  la  grandeur  cl  la  bonté  infinies.  »  (Bucklam)*) 


If  DiCnœGIAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEMnOLOGIB.  U 

Voor  mieux  fidre  ecMoprendre  rensemble  d'airangemenls  pleins  de  précision  et  de  mé- 
thode» d*où  résultent  les  formes  cristallines  ordinaires  des  minéraux»  étudions  o!Mnme 
axemple  un  minéral  bien  connu»  le  cariionate  de  chaux. 

Les  cristaux  de  ce  minéral  terreux»  que  Ton  rencontre  en  abondance,  présentent  plus  de  cinq 
cents  Tariétés  de  formes  $eeondaire$^  dont  chacune  possède  une  série  quintuple  de  relations 
aobordonnées  d*uB  système  de  combinaisons,  à  un  autre»  systèmes  suivant  lesquels  diaquo 
cristal  en  particulier  a  été  construit  en  yertu  de  lois  concourant  à  produire  d'harmonieux 
résultats. 

Chaque  cristal  de  cartK>nate  de  chaux  est  formé  par  des  millions  de  particules  de  cette  même 
substance  composée»  ayant  une  forma  primaire  inyariable»  qui  est  celle  d*un  solide  rhom- 
boîdal  que  Ton  pourrait  obtenir  en  portant  la  division  mécanique  presqu*à  Tlnfini. 

Les  molécules  ituégranttê  de  ces  solides  rhomboidaux  sont  les  particules  les  plus  petites 
dans  lesquelles  on  puisse  réduire  le  calcaire  sans  ayoir  recours  à  la  décomposition  chi- 
mique. 

Ln  premiers  résultats  de  l'analyse  chimique  sont  de  partager  cas  molécules  ituégranie$ 
«n  deux  substances  composées»  la  chaux  pure  et  Tacide  carbonique»  dont  chacune  est  for- 
mée par  un  nombre  incalculable  de  molécules  eonsiUuantes. 

Une  analyse  ultérieure  de  ces  molécules  can$iiiuanie$  elles-mêmes  prouve  que  ce  sont 
encore  des  corps  composés»  dans  chacun  desquels  entrent  doux  substances  élémentaires 
qui  sont»  pour  la  chaux»  des  molécules  étémeniaireg  d'un  métal,  le  calcium»  et  d'oxygène; 
et»  pour  l'acide  carbonique»  des  molécules  étémeniaires  de  carbone  et  d'oxygène. 

Les  dernières  molécules  du  calcium»  du  carbone  et  do  l'oxygène»  sont  les  atomes  indi- 
visibles dans  lesquels  peut  se  décomposer  chaque  cristal  secondaire  de  carbonate  de  chaut. 

«  Ainsi ,  au  lieu  qu'une  étude  superficielle  des  cristaux  n'y  laissait  voir  que  des  singu- 
larités de  la  nature»  une  étude  approfondie  nous  conduit  à  cette  conséquence  que  Je  même 
Dieu»  dont  la  pmssance  et  la  sagesse  ont  soumis  la  course  des  astres  à  des  lois  jqui  ne  se 
démentent  jamais»  en  a  aussi  établi  auxquelles  ont  obéi  avec  la  même  fidélité  les  molécules 
qui  se  sont  réunies  pour  donner  naissance  aux  corps  cachés  dios  les  retraites  du  globe 
que  nous  habitons  (4).  » 

«  Les  particules  des  diverses  substances  qui  existent  dans  la  nature  peuvent  être  con- 
sidérées comme  une  sorte  d'alphabet,  dont  se  compose  le  grand  volume  où  sont  attestées 
la  sagesse  et  la  bonté  du  Créateur  (5).  » 

Après  ces  préliminaires»  décrivons  brièvement  les  principales  suostances  minérales  em. 
ployées  dans  les  arts, 

§1'. 
Roches  utiles  »  f  origine  ignée. 

Parmi  ,'ces  roches»  le  granit  est  au  premier  rang.  Il  se  compose  de  cristaux  de  feldspath» 
de  quartz  et  de  mica»  à  peu  près  également  disséminés.  Le  feldspath  y  domine.  Sa  nuance 
est  le  plus  souvent  grise»  rose  ou  rougefttre.  Sa  solidité  est  d'autant  plus  grande  que  les 
cristaux  sont  plus  petits  et  plus  serrés.  Le  granit  est  la  pierre  monumentale  par  excel- 
lence. Pour  en  détacher  de  grands  blocs»  on  emploie  la  méthode  des  entailles;  on  pratique 
des  rainures  profondes  entre  lesquelles  on  chasse  des  coins  de  bois  que  l'on  mouille  quand 
ils  sont  bien  enfoncés;  le^ bois* gonfle  par  l'absorption  de  l'eau  et  peu  à  peu  la  masse  se 
fend.  On  continue  à  chasser  de  nouveaux  coins  »  à  les  mouiller  au  fur  et  à  inesure  qu'ils 
sont  convenablement  enfoncés»  et  l'on  finit  par  faire  éclater  ainsi  les  roches  les  plus  dures 
«t  les  plus  compactes.  C'était  la  méthode  d'eiploitation  employée  par  les  ]l^grptiens. 

On  fait  avec  le  granit  de  grandes  auges»  des  bornes»  des  revêtements  de  trottoirs.  Les 

* 

(A)  HACt,  Téèleau  eomptiraUf  de*  rê$uttat$  de  ta  cristaltographief  etc.,  p.  17. 
(5)  D4iieiii,  ÀlomU  Theory^  p.  107. 


«  INTRODUCTION. 

Chinois  ont  construit  en  granit  les  tours  de  leur  fameuse  muraille.  La  plus  belle  ville  de 
rAmérique  méridionale,  Rio^aneiro,  est  presque  entièrement  bfltie  avec  un  beau  granit 
gris.  Rennes,  Lorient,  Limoges,  Cherbourg,  etc.,  n*ont  pas  d'autres  pierres  d'appareil. 
Exploitations  en  Suède,  Norwège,  Angleterre,  Bretagne,  Normandie,  Bourbonnais,  Limou- 
sin, etc. 

Parmi  les  variétés  de  granit  sont  la  syénite  et  la  pegmatite.  La  première  tire  son  nom  de 
la  ville  de  Syène,  en  Egypte,  où  il  en  existe  de  belles  carrières.  C'est  avec  ce  granit  rouge, 
composé  de  feldspath  et  d'amphibole ,  qu'ont  été  construits ,  par  les  anciens,  un  grand 
nombre  de  monuments  qui  remontent  à  la  plus  haute  antiquité,  statues,  sphinx,  colonnes, 
qui  ornent  aujourd'hui  la  plupart  des  musées  de  l'Europe.  Le  fameux  bloc  erraticpje  dont 
on  a  fait  le  piédestal  de  la  statue  de  Pierre  le  Grand,  à  Saint-Pétersbourg,  et  qui  pèse  800,000 
kilogrammes,  est  en  syénite.  Les  boulets  de  fonte  s'étant  écrasés  sous  un  si  grand  poids, 
pendant  qu'on  le  transportait,  on  eut  recours  à  des  boulets  de  bronze.  Le  soubassement  de 
la  colonne  de  la  place  Vendôme,  Tobélisquc  de  Louqsor,  sont  aussi  en  syénite. 

La  pegmcuUe  est  un  granit  sans  mica.  Elle  se  désagrège  facilement  par  l'action  des  agents 
atmosphériques;  c'est  ce  qui  la  rend  très-utile  dans  une  branche  importante  de  l'industrie, 
car  le  kaolin,  ou  l'argile  blanche,  résultat  de  cette  décomposition,  sert  à  la  fabrication  de 
Ja  porcelaine. 

D'un  aveu  unanime,  les  granits  sont  particulièrement  les  roches  à  Taide  desquelles  les 
hommes  peuvent,  en  dépit  du  temps,  communiquer  le  plus  sûrement  avec  la  postérité.  Et 
en  effet,  les  tableaux  s'obscurcissent  ou  tombent  en  vétusté,  les  livres  deviennent  trop  sou- 
vent la  proie  des  flammes*  les  marbres  se  corrodent,  les  métaux  tentent  la  cupidité  des, 
ravisseurs  ou  sont  impitoyablement  fondus  à  la  suite  des  guerres  ou  des  commotions  poli- 
tiques. Quelques  roches  granitoïdes  seules,  échappant  à  tous  les  genres  de  destructions, 
sf^mblettt  défier  la  main  du  temps  qui  efface  toutes  choses  :  témoins  ces  pionuments  de  la 
vieille  Egypte  qui  ont  traversé  tant  de  siècles,  qui  ont  vu  passer  tant  de  révolutions  et  qui 
n'en  sont  pas  moins  aussi  frais  que  si  l'on  venait  d'y  mettre  la  dernière  main.  Il  y  a  dan^ 
la  prodigieuse  durée  de  cçtte  pierre  un  caractère  de  grandeur  qui  semble  se  rapprocher 
de  celui  que  possèdent  les  choses  éternelles.  La  belle  conservation  des  hiéroglyphes  sculptés 
sur  les  roches  granitoïdes  devrait  commander  aux  nations  modernes  de  ne  confier  les 
inscriptions  de  leurs  monuments  qu'à  ces  substances  indestructibles. 

En  donnant  la  préférence  au  granit  et  h  la  syénite  pour  transmettre  à  la  postérité  des 
faits  importants,  rappelons  à  la  mémoire  des  artistes  qu*un  vandalisme  brutal  détruisit  à 
Rome  un  grand  nombre  de  statues  et  autres  chefs-d'œuvre  anciens,  et  que  la  perte  qui  en  es| 
résultée  pour  l'histoire  et  pour  les  arts  n'a  tenu  qu'à  la  nature  particulière  du  marbre  sac- 
charoïde  ou  statuaire  qui  produit,  par  la  calcination,  une  excellente  chaux  grasse.  Ce  n'est 
donc  ni  £ur  le  marbre,  ni  sur  l'airain  que  les  peuples  doivent  écrire  leurs  noms;  s'ils  veu- 
lent l'écrire  en  caractères  ineffaçables ,  qu'ils  le  gravent  sur  le  granit,  pierre  modeste  en 
apparence,  qui  ne  reçoit  les  empreintes,  du  ciseau  qae  difficilement,  mais  qui  les  garde,  en 
bravant  à  la  fois  le  temps. et  la  barbarie. 

.  Le  kenanion  (  amphibole ,  feldspath ,  mica  et  pinité  )  ae  trouve  en  Bretagne-  et  convient 
aux  ouvrages  de  sculpture,  principalement  pour  les  monumenis  religieux  et  funèbres,  car 
il  est  d'une  cottleur  grave. 

Le  porphyre  (feldspath,  quartz  et  quelquefois  amphibole)  présente  des  cristaux,  le  plus 
souvent  blanchAtres,  enchâssés  dans  une  pflte  dont  la  teinte  varie  du  brun  rouge  et  du 
bleu  violAtre  au  rosfltre,  et  verdAtre.  On  le  trouve  surtout  dans  les  terrains '«t'/unen,  dévo- 
mim  et  carbonifère  (Corse,  Vosges).  Comme  il  prend  un  très-beau  poli,  on  s'en  sert  pour 
la  décoration  des  édifices,  et  pour  la  construction  de  vases  et  de  colonnes  de  prix.  Les 
anciens  estimaient  surtout  le  porphyre  rouge  d'Egypte,  qu'ils  tiraient  des  montagnes  qui 
s*élèvent  entre  le  Nil  et  la  mer  Rouge.  L'obélisque  de  Sixte-Quint,  à  Rome,  est  en  porphyre^ 


0  *  MCTiONNAlRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  M 

iggrplien.  Gafe  des  fonds  baptismaux  de  b  oatbédrale  de  Metz  ;  socles,  colonnes,  statues, 
baignoires  antiques,  au  Musée  égy.ptien  du  Louvre,  à  Paris. 

La  terpetUine  (diallage,  feldspath  et  talc)  est  généralement  verdâtre  arec  des  bigarrures, 
qu'on  a  comparées  à  la  peau  des  serpents.  Quand  elle  est  assez  dure  et  susceptible  de  poli, 
on  remploie  pour  la  décoration  et  pour  la  confection  d'objets  d'arts ,  rases ,  socles  et  co- 
lonnettes.  Si  elle  est  tendre  et  onctueuse,  on  en  fabrique  des  rases,  des  marmites,  très- 
solides  quoique  minces  (Corse,  Valais). 

Le  trachytt  est  une  roche  Volcanique  grisâtre  ou  roussAtre,  rude  au  toucher  (feldspath, 
mica,  amphibole  et  fer  titane).  On  le  trouve  particulièrement  en  Amérique,  dans  la  grande 
ehalne  des  Andes;  en  Frauce,  dans  le  Puy-de-Dôme,  Cantal, .Haute-Loire.  Le  bel  établis- 
sement des  bains  de  Hont-Dore,  en  est  entièrement  construit,  ainsi  que  l'immense  cathé- 
drale de  Cologne. 

Le  boêolie  (feldspath,  pyroxène,  fer  titane  et  péridot)  est  une  roche  noirAtre  et  très-solide. 
n  appartient  aussi  au  terrain  rolcanique  des  périodes  supracrétacées.Il  se  présente  en  cou- 
ches divisées  en  prismes  qui  ont  parfois  ringt  et  trente  mètres  d'élération  d^in  seul  jet.  Il 
sert  au  pavage  (Hontélimart).!!  peut  au  besoin  remplacer  la  pierre  de  touche  des  bijoutiers, 
car  il  est  inattaquable  par  les  acides.  Les  anciens  le  sculptaient. 

Le  boÊoniié  ou  lave  de  VoMe  est  une  rariété  du  basalte.  La  cathédrale  de  dermont  en  est 
entièrement  construite. 

Tout  le  monde  connaît  l'usage  de  la  pouzzolane^  résultat  de  la  décomposition  des  scories 
volcaniques,  pour  la  fabrication  des  chaux  hydrauliques.  Mais  aujourd'hui,  grâce  aux  tra- 
vaux de  H.  Vicat,  on  remplace  arantageusement  la  pouzzolane  par  un  calcaire  argileux 

Les  iufe  vokaniquei  sont  des  cendres  basaltiques  qui  se  sont  durcies  par  infiltrations.  Us 
recouvrent  les  anciennes  villes  d'Herculanum  et  de  Pompe!.  Les  anciens  trottoirs  de  ces 
deux  villes  sont  pavés  d'une  lave  présentant  la  plus  grande  analogie  avec  celle  que  vomit 
encore  le  Vésuve. 

Vobiidienne  est  une  stibstance  vitreuse  et  translucide,  couleur  verre  de  bouteille,  d'ori- 
gine volcanique  (Mexique,  Pérou,  Islande).  Le  célèbre  miroir  des  Incas,  qu'on  voit  au  Mu- 
séum d'histoire  naturelle  de  Paris,  est  une  belle  obsidienne  taillée.  Les  Mexicains,  au  temps 
de  Montézuma,  en  confectionnaient  des  dards,  des  flèches,  des  couteaux,  etc. 

La  pierre  ponce  (composée  de  feldspath,  etc.)  et  d'origine  volcanique  est  poreuse  et  gri- 
sâtre. Réduite  en  poudre  et  délayée  dans  l'eau,  elle  sert  à  polir  le  bois,  l'ivoire,  et  même 
les  métaux  ;  on  l'emploie  encore  pour  adoucir  ou  polir  la  surfiice  des  peaux ,  des  parche- 
mins, etc.  En  Orient,  et  sur  le  littoral  de  la  Méditenanée,  on  s'en  sert  pour  iV*otter  les  cors 
et  les  durillons  des  pieds,  et  l'on  assure  que  c'est  Ik  le  meilleur  moyen  de  s'en  délivrer. 

m- 

Roehee  utiles  d^origine  eédimentaire. 

Les  nkieiee  argileux ^  talqueux ,  ardoisiers ,  etc.,  proviennent  des  détritus  produits  par 
l'action  érosive  aux  dépens  du  sol  primitif.  Tout  le  monde  connaît  l'usage  de  l'ardoise  {kn^ 
gers,  Maine-et-Loire  ;  Rimogae  et  Fumay  dans  les  Ardennes).  La  torréfaction  dans  un  four 
donne  i^ux  ardoises  une  tejpte  roug^ftlre  e\  en  prolonge  considérablement  la  duré«.Les  ar- 
doises d'Angers  ne  durent  guère  que  cinquante  ans,  bien  moins  que  celles  da  département 
des  Ardennes  et  de  la  Belgique. 

D'autres  schistes  servent  au  carrelage  ou  pour  faire  des  tablettes  à  écrire  avec  un  crayon 
de  graphite  ou  d'une  ardoise  plus  tendre.  La  cotieule  ou  novaeulite  sert  h  aiguiser  les  ra- 
soirs et  les  lancettes. 

Le  calcaire  pu  earbonaie  de  chaux  est  très-répandu  dans  la  naturCi  dans  les  terrains  les 
plus  anciens  comme  dans  les  plus  modernes^  mais  fréquemment  mélangé  d'argile,  de  silice^ 
de  magnésie»  etc. 


t5  INTRODUCTION.  26 

Les  usages  du  calcaire  sont  si  nombreniLt  si  Yariés»  que  cette  substance  nous  est ,  pour 
4^insi  dire,  indispensable  :  non-seulemeat  elle  fournit  à  l'architecture  des  malériaui  de  tous 
genres,  mais  elle  sert»  à  Tétat  de  chaux,  dans  un  grand  nombre  d'industriel.  Comme  pierre 
monumentale,  le  calcaire  donne,  pour  la  décoration,  tous  ces  marbres  aux  couleurs  rariées,  ' 
quelquefois  d'une  blancheur  éclatante,  et  qui  se  prêtent  si  bien  à  la  délicatesse  de  la  sculp- 
ture. Moins  pur,  sous  le  nom  de  calcaire  groêêxer^  11  fournit  à  la  construction  d'abondantes 
pierres  d'appareil  ;  et  tout  le  monde  sait  combien  cette  dernière  rariété  a  exercé  d*iufluence 
sur  la  beauté  des  monuments  de  Paris^  Les  pierres  lithographiques ,  qui  ont  donné  nais- 
Muce  à  un  nouveau  mode  de  transmission  de  la  pensée,  ne  sont  que  du  calcaire  compacte 
ou  à  grains  d'une  finesse  çxtréme.  Enfin,  la  craie,  la  marne,  reçoivent,  dans  les  arts  ou  en 
agriculture,  des  applications  diverses  sur  lesquelles  nous  reviendrons. 

Aucune  substance,  dit  H.  Boudant,  ne  se  présente  dans  la  nature  sous  autant  d'aspects 
différents  que  le  calcaire,  ce  qui  tient,  sans  doute,  à  son  extrême  abondance  à  la  surface 
de  la  terre,  dans  foutes  les  positions  imaginables.  Ses  formes  régulières  et  accidentelles  sont 
extrêmement  nombreuses;  les  struetures,  les  coulours,  les  mélanges,  etc.,  donnent  égale- 
ment lieu  à  une  multitude  de  distinctions  dont  on  peut  encore  augmenter  le  nombre  par 
des  considérations  de  gisement.  Aussi  les  calcaires  se  subdivisent-ils  en  un  grand  nombre 
de  variétés;  nous  allons  rapidement  passer  en  revue  celles  qui  présentent  une  application 
plus  ou  moins  générale. 

Le  calcaire  saccharoidCf  uniquement  formé  de  carbonate  de  chaux.Tel  est  le  marbre  blanc 
antique  de  Paros,  dont  il  reste  encore  plusieurs  anciens  chefs  -  d*OBuvre  {Vénu$  de  Médicir^ 
Dùmê  choêêtrenef  etc.).  Le  marbre  de  Carrare,  sur  la  c6te  de  Gênes,  est  le  type  de  cette  va- 
riété. 

Les  marbres  blm$  turq^in^  colorés  en  gris  bleuâtre  par  une  faible  proportion  de  bitume, 
le  marbre  jaune  onlîftie,  mélangé  d'une  petite  quantité  d'hydrate  de  fer,  sont  des  calcaires 
saocharoldes. 

Le  calcaire  dolamilique  ou  dolomie  renferme  de  la  magnésie.  Pure  et  blanche  ,  elle  peut 
être  employée  pour  la  statuaire. 

Le  calcaire  carbonifère^  vulgairement  petit  granit  ou  marbre  des  écauseinee  est  parsemé  de 
débris  organiques  (encrines).  Il  contient  une  certaine  quantité  de  matières  charbonneuses 
et  bitumineuses  qui  lui  donnent  une  couleur  grisâtre  ou  noirâtre.  On  en  fait  des  tables, 
des  chambranles,  etc. 

Le  calcaire  eempacte^  très-répandu  eu  Italie,  en  Espagne,  en  France,  etc.,  fournit  une  in- 
finité de  marbres  tachés,  veinés  ou  rubanés,  ainsi  que  la  pierre  lUhâgraphique  si  employée 
dans  Tart  du  dessin,  etc.  (Ghâteauroux,  Dqon,  Périgueux,  Bavière,  etc.). 

Le  calcaire  brocatelle  présente  une  agglomération  de  tubercules  rudimentaires  de  forme 
très-irréguliire  et  réunis  par  un  ciment  calcaire.  U  fournit  des  marbres  très  -  recherchés 

(Tortose,  en  Espagne). 

Le  calcaire  lumaelulle,  conglomérat  de  débris  de  coquilles  et  de  polypiers.  On  cite  la 
belle  lumaeheUê  d^Aêtracan^  composée  de  débris  de  coquiliiers  d'un  jaune  orangé  vif,  réunis 

ptf  un  ciment  brun. 

Le  calcaire  briclu,  marbre  résultant  de  fragments  anguleux  réunis  par  un  ciment  calcaire 
(In-iche  dAUt  et  de  Tolonet,  prts  d'Aix,  en  Provence).  Le  calcaire  poudingue,  agglutination 

de  fragments  roulés. 

Le  calcaire  crayeux  ou  craie  blanche,  propre  à  la  bâtisse,  résultat,  suivant  les  uns  (Lyell), 
de  la  trituration  des  coquilles  et  des  polypiers;  attribuée,  suivant  les  autres,  à  la  tritura- 
tion des  roches  calcaires  préexistantes. 

La  craie  sert  à  préparer  le  blanc  d: Espagne,  le  blanc  de  Meudon:  c'est  particulièrement 
en  Champagne  qu'on  s'occupe  de  cette  industrie.  Pour  amener  la  craie  à  cet  état  de 
pureté,  il  faut  la  délayer  dans  feau ,  en  laisser  déposer  les  parties  grossières  et  trans- 
vaser le  liquide  qui  la  tient  en  suspensi«»n  ;  puis,  lorsque  cette  craie  s'est  déposée,  on  la 


%7  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  28 

4 

44can(6  ;  on  la  f«it  sécher  ;  et,  quand  elle  a  pris  une  consistance  convenable,  on  la  moule 
en  forme  de  cylindres  ou  de  pains  dont  la  dessiccation  s'achève  k  Tair.  Ce  blanc  s'emploie 
comme  crayons;  il  entre  dans  la  plupart  des  peintures  en  détrempe  et  des  couleurs  ;  on 
en  fait  un  grand  usage  dans  les  ftibriques  de  produits  chimiques,  etc.  ;  mélangé  avec  di- 
verses substances ,  il  sert  à  composer  diverses  sortes  de  mastics ,  et  à  modeler  les  orne- 
ments des  cadres  destinés  à  la  dorure  ;  il  entre  aussi  en  proportion  notable  dans  la  fabri- 
cation des  faïences  et  s*emploie  chaque*  jour  pour  une  foule  d'usages  domestiques,  comme, 
par  exemple ,  pour  nettoyer  les  métaux  et  le  verre. 

Le  calcaire  groaier,  presque  entièrement  composé  de  débris  coquilliers  marins,  triturés» 
réunis  par  un  ciment  calcaire.  Paris,  Bordeaux',  Marseille,  etc.,  sont  bAtis  avec  des  cal- 
caires grossiers  de  Tépoque  supercrétacée.  Suivant  la  flnesse  du  grain ,  on  distingue  la 
pierre  de  /laù,  le  cliquartf  la  lambourde ^  etc.  Le  vergehi^  employé  pour  la  statuaire,  pro- 
vient du  département  de  TOise. 

Valbdire  calcaire  provient  de  la  concrétion  du  carbonate  de  chaux  sous  forme  de  stalac- 
tites et  de  stalagmites.  Le  plus  estimé  vient  d'Italie.  On  en  connaît  l'usage  pour  vases,  so- 
cles, chAsses  de  pendules,  etc. 

Le  tuf  calcaire  ou  iraveriin  se  forme  journellement.  Il  est  blanc  ou  jaunAtre.  C'est  k  une 
variété  du  tuf  calcaire  (travertin)  que  plusieurs  monuments  de  Rome  doivent  leur  magni- 
iicence.  L'immense  coupole  de  Saint-Pierre  et  la  plupart  des  églises  modernes  de  cette  ca- 
pitale de  la  chrétienté  sont  construites  en  travertin. 

Le  meilleur  moyen  de  reconnaître  si  les  pierres  calcaires  ne  sont  pas  géliveif  consiste  k 
les  laisser  séjourner  k  l'extérieur  pendant  l'hiver ,  afin  de  reconnaître  comment  elles  se 
comportent  k  la  gelée. 

On  polit  les  marbres  successivement  avec  la  pierre  ponce ,  l'émeri,  avec  la  limaille  de 
plomb,  la  potée  rouge  (rouge  d'Angleterre) ,  et  la  potée  d'étain  de  première  qualité. 
.  Pour  tailler  les  colonnes  et  les  vases,  on  se  sert  de  scies  particulières  mues  par  des 
machines,  de  telle  sorte  qu'on  peut  enlever,  de  l'intérieur  des  pièces,  des  noyaux  pleins 
qui  servent  k  fabriquer  des  objets  de  moins  grandes  dimensions.  Lorsque  la  matière  est 
précieuse,  on  détache  ainsi,  d'un  seul  cylindre,  deux,  trois  ou  quatre  colonnes  qui  s'em- 
bottent  les  unes  dans  les  autres.  Les  instruments  perforants  dont  on  se  sert  pour  exécuter 
ces  divers  travaux  sont  très-ingénieux ,  et  surtout  très-économiques,  puisqu'il  n'y  a  de 
matière  perdue  que  celle  que  les  instruments  détachent  sur  leur  passage. 
.  Parmi  les  chaux ,  on  distingue  la  chaux  hydraulique  qui  se  fabrique  en  calcinant  des 
calcaires  contenant  90  k  30  pour  100  de  parties  argileuses.  La  propriété  qu'elle  a  de  pren- 
dre sous  l'eau  une  grande  dureté,  est  de  la  plus  haute  importance  pour  la  construction 
des  piles  de  pont,  des  digues,  etc. 

Puisque  la  chaux  hydraulique  diffère  seulement  de  la  chaux  grasse  en  ce  qu'elle  est 
produite  par  la  calcmation  de  calcaires  contenant  une  certaine  proportion  d'argile,  il  était 
naturel  de  recUercber  si  des  calcaires  plus  ou  moins  purs,  susceptibles  de  se  délayer,  et 
auxquels  on  lû^^^^i^ût,  dans  des  proportions  convenables  ,  une  dose  d'argile,  ne  don- 
neraient pas,  parla  cuisson,  la  même  chaux  hydraulique.  M.  Vicata  résolu  affirmativement 
ee  problème  ;  en  sorte  qu'aujourd'hui  divers  mélanges  de  craie  et  d'argile ,  réduits  en 
poudre  et  pétris  avec  un  peu  d'eau,  peuvent  servir  k  faire  des  pains  qui,  soumis  k  la 
calcination,  fournissent  une  excellente  chaux  hydraulique  artificielle. 

On  prépare  la  chaux  hydraulique,  aux  environs  de  Paris,  en  délayant  dans  l'eau  un  mé- 
lange d'une  partie  d'argile  et  de  quatre  parties  de  craie  ;  la  bouillie  obtenue  ainsi  se  sèche 
k  l'air  sous  forme  de  petits  pains  ;  puis  on  la  soumet  k  une  calcination  modérée  ;  si  bien 
que  le  calcaire  et  l'argile  entrent,  sinon  (en  combinaison,  du  moins  dans  une  disposition 
moléculaire  telle,  que 4a  cbauic  qui  en  résulte»  après  avoir  été  gAdiée,  est  susceptible  de 
durcir  dans  Teau.  Quand  on  n'a  pas  de  calcaires  délayables  comme  la  craie  ou  la  inarncy 
on  peut  employer  la  chaux  elle-même  qu'on  laisse  éteindre  k  l'air,  et  qu*on  mêle  ensuite 


M  INTRODUCTION.  SO 

avec  des  argiles  délayées  dans  l'eau  ;  il  en  résulte  une  pâte  dont  Cfn  fitit  -des  pains  que  l'on 
cuit  lorsqu'ils  sont  entièrements  secs. 

La  chaux  hydraulique  prend  le  nom  de  ciment  romain  quand  elle  contient  jusqu'à  40 
pour  100  d'argile.  Un  bon  ciment  romain  acquiert  souvent»  après  une  immersion  d'un  quart 
dlieure,  la  dureté  de  la  pierre  elle-même. 

Dans  la  fabrication  de  la  chaux  hydraulique,  on  employait  autrefois  des  pouzzolanes,  ou 
des  scories  altérées,  qu'on  faisait  venir  de  fort-loin,  pour  les  mélanger  h  la  chaux  et  au 
sable  ;  il  en  résultait  que  la  chaux  hydraulique  était  toujours  à  un  prix  assez  élevé  ;  au-, 
jourd'hui,  grâce  à  la  belle  découverte  de  M.  Vicat ,  on  fait  d'immenses  économies  dans  les 
constructions  publiques  :  en  effet,  une  écluse  qui  coûtait  autrefois  200,000  fr.,  peut  être- 
faîte  maintenant  pour  40  à  50,000  fr,  Des  économies  non  moins  considérables  ont  été  réa- 
lisées sur  la  construction  des  barrages,  des  digues,  des  ponts  en  pierres,  etc. 

On  a  cru  pendant  longtemps  que  la  solidification  du  mortier  provenait  de  la  combinaison 
de  la  chaux  avec  le  sable  quartzenx  qu'il  reçoit.  Il  n'en  est  rien.  Des  observations  récentes 
ont  lodt  reconnaître  que  cette  solidification  résulte  de  la  combinaison  de  la  chaux  avec  l'acide 
carbonique  de  l'atmosphère.  Le  mortier  ordinaire  ne  durcit  pas  quand  il  est  totalement 
privé  du  contact  de  l'air.  Un  mur  très- épais,  bâti  à  Potsdam  depuis  plus  de  trente  au,  a 
présenté,  lors  de  sa  démolition,  du  mortier  encore  mou  dans  l'intérieur  du  .  mur,  parce 
qu'en  de  telles  cx>nditions  il  n'avait  pu  absorber  assez  d'acide  carbonique  pour  se  solidifier. 
Ainsi  le  mortier,  en  durcissant  par  le  dessèchement  et  par  la  combinaison  de  la  chaux  avec 
Tacide  carbonique  de  l'atmosphère,  donne  lieu  à  la  formation  d'un  carbonate  de  chaux. 

Les  griê  sont  des  roches  à  base  de  quartz  provenant  de  sables  agglutinés  par  un  ciment 
siliceux  ou  calcaire,  de  diverses  couleurs.  Il  y  a  des  grès  à  grains  fins,  pourprés,  suscepti- 
bles d'un  beau  poli.  Tel  est  celui  qu'on  emploie  aujourd'hui  à  Paris  pour  le  sarcophage  du 
gigantesque  tombeau  de  l'empereur  Napoléon.  Ce  magnifique  grès  pourpré  et  aventuriné 
a  été  extrait  des  carrières  de  Schokscha,  sur  le  bord  occidental  du  lac  Ladoga,  k  quelques 
lieues  de  Saint-Pétersbourg.  Il  a  été  donné  par  Tempereur  de  Russie. 

Tout  le  monde  connaît  l'usage  des  grès  pour  aiguiser  la  coutellerie,  pour  filtrer  et  clari- 
fier les  eaux  (la  Navarre,  les  lies  Canaries,  etc.,  grès  exploités  pour  le  pavage  à  Orsay,  Pa- 
laiseau,  Fontainebleau,  Anvers,  etc.). 

Les  êoblei  servent  aune  multitude  d'usages.  Les  objets  en  fonte,  en  cuivre,  en  laiton,  tic.9 
sont  presque  toujours  coulés  dans  des  moules  terreux^  construits  avec  du  sable  un  peu  ar- 
gileux, humide  et  tamisé.  Dans  les  fonderies  des  environs  de  Paris,  on  se  sert  du  nble  de 
Fontenay-aux-Roses. 

L'application  la  plus  intéressante  du  sable  a  lieu  dans  les  verreries  et  dans  les  cristalle- 
ries. Tout  le  monde  sait  aujourd'hui  que  le  sable  quartzeux,  rendu  fusible  par  l'addition 
d'un  peu  de  souJe  ou  de  ('Otasse,  constitue  la  matière  .principale  du  verre.  Cette  décou- 
verte, attribuée  aux  Phéniciens,  a  rendu  les  plus  grands  services  k  l'humanité  ;  car.  non- 
seulement  le  verre  sert  k  une  foule  d'usages  dans  les  besoins  habituels  de  la  vie  ;  mais  en- 
core les  sciences  naturelles  lui  doivent  une  partie  de  leurs  progrès.  L'astronomie,  la  phy- 
sique, la  chimie  sont  parvenues,  k  l'aide  du  verre  et  du  cristal,  k  un  admirable  degré  de 
perfection. 

Pour  fabriquer  le  verro  grossier,  celui  des  bouteilles,  par  exemple ,  on  peut  indistinc- 
tement s*i  servir  de  tous  les  sables  plus  ou  moins  pulvérulents,  plus  ou  moins  impurs , 
auxquels  on  ajoute. des  oxydes  de  fer  et  de  manganèse  comme  matières  colorantes;  mais, 
pour  obtenir  dos  verres  blancs,  on  évite  avec  soin  les  matières  qui  contiennent  des  oxydes 
colorants  ;  on  rceherehe  les  sables  quartzeux  les  plus  blancs,  auxquels  on  ajoute ,  dans 
des  proportions  convenalles,  certains  fondants,  tels  que  de  la  soude  ou  de  la  potasse  , 
ainsi  que  du  carbonate  de  chaux,  ou  seulement  de  la  chaux.  Ces  diverses  substances  sont 
SDélangées  de  la  manière  la  plus  intime  rpuis  calcinées  jusqu'k  ce  que  le  tout  soit  agg}u« 
tiné  en  une  masse.  On  fait  fondre  ensuite  ceJle-ci  dans  de  grands  creusets;  en  chaufTabi 


M  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  MLilONIOLOGIE.  Z/i 

cpntenablement»  la  combinaison  s*opère  et  la  matière  vitreuse  entre  en  fusion  :  en  cet 
état  on  la  coule»  on  la  moule,  ou  bien  on  la  souffle. .  Quant  à  Tespèee  de  verre  nommée 
criatalf  sa  composition  reçoit,  en  outre,  une  assez  forte  proportion  d*oiyde  de  plomb  ; 
il  en  devient  plus  lourd  et  acquiert  un  pouvoir  réfrangible  qui  le  rend  plus  agréable. 
Le  cristal  qu*on  emploie  à  la  fabrication  des  iustruments  d*optique  est  désigné  sous  le 
nom  de  /hW-jjr/oM,  et  celui  qui  imite  les  pierres  fines  porte  le  nom  de  '$ira$$. 

Les  sables  des  verreries  et  cristalleries  du  nord  de  la  France  s^exploitent  aux  environs 
de  Reims,  à  la  base  du  terrain  supercrétaoé  ;  ceux  d*Étampes,  d'Aumont ,  de  I^ngjumeau, 
de  Fontainebleau,  s*emploient  de  préférence  dans  la  cristallerie  des  environs  de  Paris.  On 
choisit  les  plus  purs  et  les  plus  fins.  La  finesse  est  une  condition  essentielle  pour  un  bon' 
mélange  du  sable  avec  les  fondants. 

On  appelle  iitex  ou  iit$x  pyromaque  une  matière  siliceuse,  compacte,  translucide  sur 
les  bords  des  éclats  et  à  cassure  conchoîdale.  Quelle  est  Torigine  des  silex  de  la  craie? 
Les  uns  l'attribuent  à  une  notable  quantité  de  silice  que  tenaient  en  solution  les  eaux 
dans  lesquelles  a  eu  lieu  la  précipitation  de  la  craie  blanche.  La  silice,  au  lieu  de  se  mé- 
langer au  calcaire,  se  serait  réunie  par  séries  de  nodules.  D'autres  ne  voient,  dans  la  for- 
lAation  des  silex  qu'un  phénomène  purement  électrique  (Recquerel).  Selon  cette  hypo- 
thèse, les  particules  siliceuses  auraient  été  amenées  sur  certains  points  par  des  courants 
électro-chimiques  et  se  seraient  agglomérées  par  séries  de  nodules. 

Le  iilex  meulière  a  servi  à  bâtir  les  fortifications  de  Paris.  Il  est  surtout  utilisé  pour 
la  confection  des  meules  à  moudre  le  grain  (La  Ferté-sous-Jouarre  ;  dans  la  Touraine  ; 
k  Bergerac;  etc.) 

Passons  aux  roches  gharbonhecses,  ou  combustibles  fossiles. 

L'a»/&ract7a  est  une  substance  charbonneuse,  noirâtre,  brûlant  avec  difficulté,  sans 
flamme  ni  fumée.  On  pense  que  la  houille  a  été  changée  en  anthracite  au  contact  des  ro- 
ches ignées.  11  convient  surtout  aux  usines.  Si  TAngleterre  est  le  pays  classique  de  la 
houille,  l'Amérique  du  nord  est  celui  de  l'anthracite.  Aujourd'hui  que  les  Américains 
ont  appris  à  s'en  servir,  ils  1  estiment  presque  à  Tégal  de  la  houille.  Il  a  l'inconvénient 
de  décrépiter  en  brûlant,  ce  qui  est  dû  à  une  petite  quantité  d'eau  renfermée  dans  les 
pores  microscopiques  de  la  roche. 

La  houille  ou  charbon  de  terre^  composée  de  carbone,  d'hydrogène  et  d'oxygène,  diffère 
de  l'anthradte  par  une  proportion  de  matière  bitumineuse.  Il  en  sera  question  dans  plu- 
sieurs articles  de  ce  Dictionnaire.  On  sait  qu'un  grand  obstacle  que  présente  souvent  l'ex- 
ploitation des  houillères  est  la  présence  de  l'hydrogène  carboné  qui  s'en  dégage  et  qui 
est  connu  sous  le  nom  de  grisou  ou  gax  inflammable^  d'un  poids  spécifique  très-iuférieur 
à  celui  de  l'air.  On  doit  au  célèbre  chimiste  anglais,  Davy,  la  lampe  de  eAreté,  décrite 
dans  Botre  Dictiomnaire  de  physique^  etc.  Les  prodiges  de  Tapplication  de  la  vapeur  sont 
dus  h  ce  combustible.  Le  gaz  hydrogène  carboné  qui  sert  h  l'éclairage  s'obtient  de  la  houille 
distillée. 

Toutes  las  qualités  de  houille,  dit  un  savant  professeur,  H.  Payen,  ne  sont  pas  égale- 
ment propres  à  la  distillation.  On  doit  préférer  celles  qui  contiennent  les  plus  fortes  pro- 
portions de.carbures  d'hydrogène,  et  qui  présentent  à  l'analyse  le  plus  d'hydrogène  en  excès 
sur  la  quantité  nécessaire  pour  former  de  l'eau  avec  l'oxygène  de  la  même  bouille.  Les 
diverses  espèces  de  houille  donnent  des  quantités  el  des  qualités  différentes  de  gaz  ;  elles 
exigent  une  température  plus  ou  moins  élevée  et  soutenue,  laissent  un  coke  plus  ou  moins 
estimé,  enfin  dégagent,  suivant  les  proportions  de  bisulfure  de  fer  qu'elles  contiennent, 
des  combinaisons  de  soufra  avec  l'hydrogène  et  avec  le  carbone,  qui. altèrent  la  qualité  du 
gaz  rt  nécessitent  une  épuration  dispendieuse.  On  doit  avoir  égard  à  toutes  ces  circons- 
tances dans  le  choix  des  matières  premières.  Les  houilles  de  Mons  et  de  Commentryt  qu'on 
emploie  généralement  h  Paris,  donnent  en  moyenne  23  mètres  cubes  dt?  gaz  par  100  kilo- 


S5  INTRODUCTION.  U 

grammes.  On  en  obtenait  un  plus  grand  volume  en  fiiisant  usage  de  la  houille  de  Saint* 
Etienne;  mais  le  gaz  était  plus  sulfuré. 

La  houille  est  aujourd'hui  le  principal  motovr  de  Tind^strie,  le  grand  ausiliairexiu  corn» 
merce,  Tagent  indispensable  du  bien-6tre  matériel  des  peuples.  ;  elle  est  désormais  aussi 
indispensable  aux  sociétés  civilisées  que  le  fer,  cet  autre  élément  qui  prête  un  si  puissant 
concours  aux  conquéieade  Findustrie.  De  la  combustion  de  la  houille  résulte  la  chaleur; 
celle-ci  gazéifie  l'eau  ;  ce  gaz»  ou  plutôt  cette  Tapeur,  étroitement  emprisonnée  dans  dee 
chaudières  en  fer,  obéit  au  génie  de  Thomme,  qui  ne  lui  accorde  ensuite  la.  liberté  qu'au- 
tant que  sa  force  expansive  pourra  imprimer  le  mouvement  à  ses  mashines.  A  l'aide  de  ce 
paissant  moteur,  les  manufactures  les  plus  compliquées  marchent  el  exécutent  leurs  tra- 
vaux avec  précision  et  célérité.  Au  mépris  des  vents,  et  sans  voiles,  les  navires  sillonnent 
les  mers  ou  remontent  les  jSeuves  comme  par  enchantement.  Les  chariots,  sans  attelage, 
courent  spontanément  sur  les  chemins  de  fer,  avec  une  vitesse  prodigieuse.  C'est  à  la 
houille  que  sont  pariiculièrement  dus  la  plupart  de  ces  résultats,  et  le  gaz  éclairant  qu'on 
en  retire  vient,  quand  l'astre  du  jour  a  disparu ,  nous  verser  à  son  tour  des  flots  de 

lumière  I 

Ici  se  présente  une  réflexion  du  plus  haut  intérêt  :  ne  dirait-on  pas  que  c'est  pour  le  pro- 
grès de  rhumanité  que  la  végétation  des  premières  époques  géologiques,  au  lieu  de  se  dis- 
siper sans  rien  laisser  après  elle,  est  venue  s'enfouir  dans  les  entrailles  de  la  terre?  Ne  di- 
rait-on pas  qu'avant  la  création  de  l'homme  la  nature  s'occupait  déjà  de  ses  besoins  future, 
en  lui  conservant  ces  préeieuseç  couches  de  houille  qui  lui  permettent  aujourd'hui  de  cbaiv- 
ger  le  caractère  de  son  industrie  et  de  rêver  un  autre  avenir  7 

Le  lignite  est  un  autre  combustible  aussi  d'origine*végétale.  Quand  il  est  luisant,  assez 
dur  et  assez  compacte,  il  est  susceptible  de  poli  et  prend  alors  le  nom  de  jûi$  ou  de  jay^t 
(Catalogne). 

La  iourbe  est  un  combustible  qui  se  Jforme  journellement  dans  le?  mardis  des  zones  tem- 
pérées par  l'accumulation  des  plantes  aquatiques.  On  mejt  les  marécages  tourbeux  en 
coupe  réglée  comme  les  bois  eux-mêmes. 

Suivant  H .  Diifrénoy,  il  résulte  de  nombreuses  analysée  que  laridiesse  en  carbone  des 
combustibles  fossiles  diminue  d'autant  pbis  qiie  ces  mêmes  combustibles  sont  moins  an- 
ciens. En  effet,  l'anthracite  contient  de  80  à  90  pour  100  de  carbone;  les  houilles  en  renfer- 
ment de  60  à  80;  les  lignites  de  40  à  50;  enfin ,  dans  les  tourbes,  là  prc^xirtion  de  caii>one 
varie  de  25  à  36  pour  100  :  c'est  le  principal  combustible  de  la  Hollande.  (Bh  France  , 
Somme,  Oise,  Meurthe,  Doubs.) 

Parmi  les  autres  substances  précieuses  qui  appartiennent  aux  roches  sédimentaires,  nous 
devons  mentionner  le  gypse  qui  fournit  lé  plfltre  :  c'est  un  sulfate  de  chaux  hydcaté,  c'esV 
à-dire  renfermant  une  certaine  quantité  d'eau  ;  sa  formation  est  attribuée  soit  à  des  vapeurs 
acido-sulfureuses  dégagées  du  foyer  central,  soit  à  des  sources  d'acide  sulfurique  qm  aurait 
pénétré  cert4ins  calcaires.  Il  est  très-abondant  dans  l'étage  parisien.  Le  plAtre.est  du  gypse 
cuit  :  on  en  connaît  les  usages  variés.  Le  gypse  compacte  est  connu  sous  le  nom  d'Mâin 
gyptêusB  ;  pn  en  fait  des  vases,  des  fla«ibeaux,  etc.  (Tosrane). 

Le  $ei  (chlorure  de  sodium)  est  un  des  produits  les  plus  répandus  dans  la  nature  et  des 
plus  indispensabjles  à  l'homme.  Le  tel  marîn  s'extrait  des  eaux  de  la  mer;  le  ul^nmnê 
existe  en  couches  solides  daps  des  terrains  d'Ages  différents,  depuis  le. trias  jusqu'au  ter- 
rain supercrétacé.  Il  y  a  des  gttes  qui  ent  100  et  150  mètres  de  puissance.  On  en  attribue 
Torigine  à  des  eaux  marines  isolées  qui  ont  subi  une  évaporation  plus  ou  moins  prolongée. 
On  admet  qu'à  la  suite  des  cataclysmes  quelques  parties  des  eaux  de  la  mer  oqt  pu  être 
séparées  ou  jetées  dans  des  dépressions  ne  recevant  aucun  cours  d*eau  douce  ;  avec  le 
temps  et  sous  l'inflence  d'une  température  élevée,  ces  eaux  salées,  en  se  réduisant,  au* 
raient  donné  lieu  aux  phénomènes  qui  se  manifestent  dans  nos  marais  salants. 

On  cite  on  très-grand  nombre  de  dépôts  salifèrcs  dans  toutes  les  parties  du  monde;  et 


SS  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  56 

tùn  remarque  que  les  plus  considérables  etistent  généralement  sur  les  bords  des  vastes 
plaines  ou  des  déserts.  Les  débris  organiques  qu'on  rencontre  dans  ces  gisements  sont  des 
lignites,  mêlés  quelquefois  à  des  sables  eWi  des  caiHoux  roulés.  Parmi  les  montrées  les 
plus  riches  en  sel  gemme ,  nous  citerons  les  deux  versants  des  Carpathes,  où  Ton  trouve* 
d'un  côté,  les  abondantes  mines  de  Hongrie  et  da  Transylvanie,  et,  de  l'autre,  les  célèbres 
salines  de  Wieliezka,  aux  environs  de  Cracovie,  dans  la  Pologne  autrichienne.  Ce  dernier 
dépAt  salifère,  le  plus  riche  que  Ton  connaisse,  présente  «ne  masse  évaluée  à  plus  de 
rl60  lieues  de  longueur  sur  40  de  largeur.  Les  travaux  d'exploitation  s'étendent  sur  environ 
3,000  mètres  en  longueur,  1,600  mètres  en  largeur,  et  900  mètres  en  profondeur.  Ces  im- 
posantes excavations  présentent  des  salles  taillées  carrément  dans  le  sel  gemme,  et  sou- 
tenues par  des  piliers  de  la  même  matière  blanche  et  transparente  comme  la  glace.  On  y 
voit  des  écuries  habitées  par  les  chevaux  qui  font  le  service  de  la  mine,  et  des  lacs  d'eau 
salée ,  sur  lesquels  on  peut  se  promener  ea  bateau.  Quelques  milliers  d'ouvriers  vivent 
dans  ces  souterrains  durant  plusieurs  années,  sans  être  incommodés  de  Tair  qu'on  y 
respire  et  des  travaux  auxquels  ils  sont  employés.  Il  faut  dire  aussi  qu'à  tour  de  WHe,  ces 
hommes  viennent  à  la  surface  ;  ccr,  bien  que  ces  souterrains  soient  parfaitement  aérés,  la 
lumière  du  jour  est ,  pour  l'homme ,  une  condition  de  santé  et  même  d'existence.  Les 
-raines  de  Wieliezka  sont  ouvertes  depuis  le  xin*  siècle,  et  comme  les  travaux  y  sont 
poursuivis  chaque  jour  avec  une  grande  activité,  il  en  résulte  des  excavations  considér 
râbles  qui  deviennent  de  plus  en  plus  imposantes.  On  y  voit,  taillé  dans  le  sel  même,  un 
escalier  de  plus  de  mille  degrés,  une  chapelle  assez  vaste,  et  plusieurs  grandes  galeries 
admirables  par  leurs  dimensions  et  par  la  régularité  de  leurs  formes.  Si,  à  toutes  ces 
merveilles  exécutées  patiemment  par  la  main  de  l'homme,  on  igoute  l'éclat  des  parois 
réfléchissant  la  lumière  des  lampes,  la  hauteur  et  la  hardiesse  des  voûtes,  l'élégance  des 
piliers  translucides,  on  aura  une  légère  idée  de  cet  aspect  en  quelque  sbrte  féerique! 

I^es  exploitations  de  sel  gemme  sont,  en  France,  à  Vie  et  à  Dieuze  (Lorraine)  ;  en  Angle- 
terre à  Norwick;  en  Espagne,  à  Cordona;  en  Suisse,  à  Bex. 

Outre  les  iourees  iaUe$  dont  les  eaux  sont  exploitées  dans  l'intérieur  des  continents  et 

que  nous  ne  ferons  que  mentionner  en  passant,  tout  le  monde  sait  qu'on  retire  aussi  le 

«sel  des  eaux  de  la  mer,  au  moyen  de  l'évaporation  naturelle  de  l'eau  marine,  amenée,  en 

.coudlies  DHnces,.dans  de  vastes  réservoirs  tapissés  d'argile,  qu'on  nomme  marait  ialana 

(Charente-lDférieQre,  Hérault,  Bouches*<iu-Rh6ne). 

De  nombreux  lacs  salés  existent  en  Asie  et  en  Afrique. 

Le  sel  doit  à  son  avidité  pour  l'eau  la  propriété  qu'il  a  de  conserver  longtemps  les  ali- 
ments destinés  aux  approvisionnements.  C'est  en  soutirant  l'humidité  des  viandes ,  des 
«poissons,  etc.,  qu'il  préserve  ces  sulistanoes  de  ia  fermentation  putride. 

On  se  tromperait,  si  Ton  croyait  que  le  sel  n'est  employé,  dans  la  préparation  de  nos 
mets»  que  comme  condiment,  et  qu'il  serait  facile  de  s'en  passer;  tout  nous  prouve,  au 
«catraire ,  que  l'homme  et  beaucoup  d*animaux  ne  pourraient  longtemps  subsister,  s'ils 
en  étaient  tout  à  fait  privés.  N<m-seulement  le  sel  communique  une  saveur  agréable  aux 
aliments;  mais,  en  stimulant  les  glandes  salivaires  et  les  parois  de  l'estomac,  il  facilite  la 
digestion  ;  aussi  n'est-ce  point  un  caprice,  un  raffinement  de  sensualité,  qui  porte  l'homme 
à  saler  tout  ce  qu'il  mange  ;  mais  bien  un  besoin  très-impérieux,  remontant  au  premier 
âge  de  l'humanité,  et  auquel  tous  les  peuples  sont  instinctivement  soumis. 

Les  argiln  sont  des  roches  composées  de  silice,  d'alumine  et  d'eau,  dans  des  proportions 
très-variables.  Elles  doivent  surtout  leur  origine  à  la  décomposition  des-matières  feldspa- 
thiques  qui  forment  la  base  de  la  plupart  des  roches  d'origine  ignée.  Elles  présentent  un 
grand  nombre  de  variétés.  Vargile  pbuiique  est  employée  dans  la  confection  de  la  porce'- 
laine  la  plus  aristocratique  comme  dans  la  fabrication  de  la  poterie  grossière.  Nous  avons 
déjk  dit  que  le  kaolinj  employé  dans  la  fabrication  de  la  porcelaine,  est  une  argile  particu- 
lière qui  i-ésulte  de  la  décomposition  sur  place  de  certaines  variétés  d^  feldspath.  La  ma» 


57  1NTII0D13GTI0N.  St 

nofacltttre  de  Sèvres  le  tire  de  SaiBt-Yrieir,  près  de  Linoo ges.  L'arl  eéramique  a  été  pott4| 
chez  BOUS  aa  plus  haut  d^^ré  de  perfecliao  (Sèvres). 

Nommons  seulemenl  YargiU  smecêifuCf  ou  Urre  à  foÊ^an ,  qui  sert  à  enlever  aux  étoffes 
ds  laine  Thuile  dont  on  imbibe  la  laine  pour  la  filer  et  la  tisser  ;  la  pierre  à  déiaeher^  qui 
absorbe  les  corps  gras  qui  font  tache  sur  les.  étoffes  ;  les  ocrée  rouges,  jaunes,  dont  on 
fabrique  des  crayons,  etc. 

I  m. 

Jke  eepieee  wdnéraUe  uiitee ,  non^méialUfèree. 

Le  grûphyU  ou  plombagime  est  composé  de  carbone,  associé  à  une  petite  quantité  d'oxyde 
de  fer.  Sa  présence  dans  les  plus  anciennes  roches  primordiales  indique  que  le  carbone 
a  eiisté  avant  la  solidification  de  la  première  enveloppe  terrestre.  On  en  fabrique  des 
erayons  (Gumberland,  en  Angleterre  i  Passaw,  en  Bavière).  Pétri  avec  la  graisse,  il  est 
utilisé  pour  adoucir  le  frottement  des  essieux  des  machines  en  fer. 

Les  iiliMief,  matières  liquides  et  visqueuses,  sont  probablement  le  résultat  de  la  dé- 
composition de  masses  de  végétaux  qui  auraient  subi  Faction  d'agents  plutoniqnes.  C*est 
toujours  du  carbone  uni  à  une  certaine  quantité  d'hydrogène  et  d'oxygène. 
Nous  citerons  : 

Vaephalief  qui  flotte  en  abondance  sur  le  lac  de  Judée,  servait  à  embaumer  les  cadavres 
des  hommes  et  des  animaux  chez  les  Egyptiens. 

Le  pieeaephalu  ou  goudron  minéral  (Dax,  Seyssel,  etc# 

Le  naphte  et  le  pétrole  ressemblent  à  des  huiles  volatllsc. 

Les  bitumes  s'appliquent  à  divers  usages  :  ceux  qui  sont  huileux  (naphte  et  pétrole)  ser- 
vent à  graisser  des  machines,  à  enduire  des  agrès,  des  cordages.  On  les  emploie  avec  suc- 
cès pour  la  ccmservalion  des  bois,  des  grosses  toiles  ;  dans  quelques  localités ,  on  s'en  sert 
pour  l'éclairage  des  phares  qui  bordent  les  cAtes  maritimes.  Le  bitume  pissaslphate  entre 
dans  la  fabrication  de  quelques  ciments  qui  s'opposent  au  passage  de  l'humidité.  Enfin, 
depuis  un*  certain  nombre  d'années,  le  pissasphalte  est  la  base  essentielle  du  dallage  des 
places  publiques  et  des  trottoirs.  On  le  mélange  à  chaud  avec  des  matières  crayeuses,  des 
sables  et  des  graviers;  il  en  résulte  un  poudingue  pAteuxqui,  s'appliqnant  sur  un  sol 
préparé  et  résistant,  le  recouvre,  en  quelque  sorte,  d'une  seule  dalle  élégante  et  solide. 

Le  euccin  ou  ambre  est  une  résine  fossile  qui  découlait  jadis  des  arbres  aujourd'hui 
convertis  en  lignites.  Il  renferme  souvent  des  insectes  d*une  délicatesse  extrême.  On  le 
trouve  dans  les  dépôts  postérieurs  à  la  craie ,  parmi  les  sables  et  les  argiles  qui  accompa- 
gnent les  lignites  (Auteuil,  Meudon ;  c6tes  delà  Baltique,  etc.).  Au  temps  de  la  république 
romaine,  il  formait  un  des  principaux  objets  d'échange  entre  le  Nord  et  le  Midi.  Les  dames 
surtout  en  fSsisaient  une  très-grande  consommation  pour  une  foule  d'ornements. 

Le  fwmo  doit  son  origine  à  l'accumulation  séculaire  d'excréments  et  de  cadavres  d'oi- 
seaux de  mer  (cAte  du  Pérou,  cAte  occidentale  d'Afrique ,  etc.).  Ce  prédeux  engrais  est 
importé  en  Europe  depuis  quelques  années. 

Le  nairon  est  une  substance  saline  employée  pour  la  fabrication  du  savon  et  du  verre 
(Espagne,  Bgypte). 

Le  eomfre  est  un  corps  simple  qui  se  montre  avec  le  plus  d'abondance  dans  le  voisinage 
des  volcans  en  activité. 

Les  usages  du  soufre  sont  nombreux.  La  consommation  qu'on  en  fait ,  dit  M.  Payen  « 
suffit  pour  donner  la  mesure  de  l'état  ou  de  l'importance  de  la  chimie  industrielle  chez 
les  peuples  civilisés.  Le  soufre  s'emploie  pour  la  fabrication  de  la  poudre  à  canon,  pour 
la  préparation  de  l'acide  sulfureux  et  surtout  de  l'acide  sulfurique,  précieux  agent  de  la 
pinoart  des  manufiictures,  et  qui,  à  lui  seul,  en  absorbe  d^énormes  quantités.  On  se.sert 
aussi  da  soufre  pour  la  préparation  d'un  grand  nombre  de  sulfures  d'un  usage  continuel  » 


59  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  iC 

tels  que  le  vermillon^  Vorpimenif  etc.  Il  entre  dans  beaucoup  de  manipulations  pharmaccTi 
tiques.  Les  modeleurs  et  les  graveurs  se  servent  du  soufre  fondu  pour  obtenir  de  belles 
empreintes  de  médailles;  pour  cela,  ils  coulent  sur  la  médaille,  légèrement  huilée,  du 
plAtre  gâché,  et  obtiennent  ainsi  un  moule  en  creux ,  dans  lequel  ils  versent  ensuite  du 
soufre  qui  prend'  Tempreinte  de  la  médaille.  Liquéfié,  le  soufre  s'attache  aux  tissus  de 
toile  qu*on  y  plonge  ;  on  obtient  ainsi  des  mèches  soufrées  qu'on  fait  brûler  dans  le$ 
barriques  humides,  afin  d'y  produire  du  gaz  acide  sulfureux  qui  s'oppose  à  la  putréfac- 
tion de  divers  liquides ,  notamment  des  vins,  de  la  bière  et  du  cidre.  Enfin  Tadmirable 
facilité  avec  laquelle  le  sontre  s^enfiamme  le  rend  précieux  dans  les  usages  domestiques; 
aussi  son  intervention  est-elle  nécessaire  dans  les  allumettes  de  tous  genres.  Une  particu- 
larité qu'il  importe  de  signaler,  c'est  qu'il  peut  servir  facilement  à  éteindre  les  feux  de 
eheminées  :  il  sufiit,  pour  cela,  de  jeter  quelque^  poignées  de  fleur  de  soufre  dans  le  foyer, 

> 

dont  on  ferme  aussitôt  l'ouverture  à  Taide  d'un  drap  mouillé;  alors,  par  sa  combustion, 
le  souflre  se  transforme  en  acide  sulfureux ,  et  dans  cette  transformation  il  absorbe  assez 
rapidement  l'oxygène  pour  arrêter  et  même  pour  éteindre  le  feu, 

Valun  est  composé  de  sulfote  d*alumine  et  de  sulfate  de  potasse  ou  d'ammoniaque,  et  se 
trouve  en  elBorescence  à  la  surface  de  certains  schistes  argileux  de  la  formation  houiNère. 
L'alun  s'emploie  en  teinture  comme  mordant,  pour  fixer  les  couleurs  sur  les  étoffes.  Pour 
bien  comprendre  son  action ,  supposons  qu'une  goutte  de  vin  rouge  tombe  sur  un  linge 
sec  et  blanc,  l'eau  enlèvera  facilement  cette  tache;  mais  si  une  goutte  semblable  tombe 
sur  le  même  linge  imprégné  d'une  solution  d'alun,  la  tache  sera  persistaate  ;  ainsi ,  dans 
la  teinture,  l'alun  sert  d'intermédiaire  entre  la  couleur  et  le  tissu. 

La  magnéiiie  est  composée  de  magnésie ,  de  silice ,  d'alumine  et  d'eau.  C'est  Yécume 
de  mer  dont  on  fait  des  pipes  si  estimées. 

Le  borax  est  une  substance  cristalline,  composée  d'acide  borique,  de  soude  et  d'eau.  On 
l'extrait  de  l'acide  borique  qu'on  retire  des  lacs  de  Toscane.  C'est  un  fondant  pour  beau- 
coup d*opéra(ions  chimiques  et  métallurgiques,  par  exemple,  pour  appliquer  les  métaux 
sur  la  porcelaine. 

Le  «olpAre,  nitre^  ntV^a/e  de  potaae^  est  un  azotate  de  potasse.  La  cause  de  ^  formation 
est  encore  un  mystère  ;  mais  il  est  positif  qu'elle  prend  sa  source  dans  l'air  humide  en 
contild  avec  des  matières  calcarifères  poreuses.  Mélangé  avec  du  soufre  et  du  charbon 
puTvérisés,  dans  des  proportions  diverses ,  il  constitue  la  poudre  à  canon.  C'est  par  la  dis- 
tillation qu'on  extrait  du  salpêtre  l'acide  azotique  qui  sous  le  nom  d'eati  fortei  sert  à  un 
grand  nombre  d'usages. 

Le  id  ammoniaque  est  un  hydroch  orate  d'ammoniaque  qui  s'obtient  en  décomposant  le 
ralfate  d'ammoniaque  par  le  chlorure  de  sodium.  On  l'emploie ,  comme  le  borax,  pour  les 
ioudfires.  II  sert  h  décapa  la  surface  des  métaux  qu'on  veut  étamer,  etc. 

Le  mico,  quand  il  se  divise  en  grandes  lames,  sert,  particulièrement  en  Sibérie,  k  vitrer 
les  habitations.  Il  est  surtout  propre  au  vitrage  des  vaisseaux  de  guerre,  parce  qu'il  résiste 
à  la  pression  atmosphérique  que  produi  subitement  une  décharge  d'artillerie. 

Le  iale  est  une  substance  très-tendre ,  le  plus  souvent  feuilletée.  Une  variété,  la  itéatiUy 
est  douce  et  grasse  au  toucher,  comme  du  savon.  Sous  le  nom  dé  craie  deBriançon^  les  tail- 
leurs s'en  servent  pour  tracer  la  coupe  des  habits,  les  cordonniers  l'introduisent  en  poudre 
dans  les  bottes  pour  en  rendre  l'intérieur  sec  et  glissant.  C'est  aussi  avec  du  talc  laminaire 
du  Tyrol  qu'on  fait  la  pAte  fine  dont  sont  composés  les  crayons  colorés  qu'on  nomme 
peneielt. 

Le  tripoli  est  presque  entièrement  composé  de  silice  terreuse  ou  de  matières  argileuses 
ayant  subi,  sous  l'influebce  de  la  chaleur,  une  altération  plus  ou  moins  grande.  En  exa- 
misant  les  tripolis  au  microscope ,  M.  Ehrenberg  a  reconnu  qa*ils  étaient  quelquefois  for- 
més, en  grande  partie,  de  carapaces  d'infu&oires  siliceux,  particularité  qu'il  est  difficile  de 
s'etpliquer.  Au  reste  le  nom  de  trip^'^U  est  souvent  employé  peur  désigner  diverses  matiè- 


41  fiOUODUCTim.  4^ 

res  qui  ont  la  propriété  de  polir,  ponce  tritarée,  ierre  pourrie  d'Angleterre»  etc.  Le  tripoli 
se  troaye  dans  les  plus  anciens  terrains  sédimentaires.  On  s*en  sert  pour  polir  les  métaux, 
la  ewne»  Técaille,  les  pierres  flnes. 

|IV. 

Pierres  employées  dans  Fomementittion  ei  la  joailltnr. 

Les  nEmmss  comcmKs  pour  romemcntation  et  la  bijouterie  sont  :  les  quartz  avec  leur? 
nombreuses  Tariétés,  quartz  hyalin  ou  cristal  de  roche  ;  améthyste ,  rubiSt  topaze. 

Les  agates,  cateidoine^  cornaline,  sardoincj  anyx»  chrysoprase. 

La  plus  grande  partie  des  agates  qui  circulent  dans  le  commerce  rient  d*Oberstein,  dans 
la  Frasse  rhénane,  où  on  les  façonne  en  objets  divers,  tels  que  ^^s^s,  socles,  poignées 
d'instruments  et  bijoux  de  médiocre  râleur.  Les  belles  rariétés  sont  réservées  pour  y  gra- 
ver des  sujets  d'art,  qui,  en  rertu  de  l'inaltérabilité  de  la  substance,  peurent  être  regardés 
eonune  de  mis  monuments  capables  de  passer  à  la  postérité  la  plus  reculée.  Les  anciens 
nous  ont  laissé,  en  ce  genre,  de  superbes  ourrages,  auxquels  la  main  du  temps,  qui  efface 
toute  chose,  n'a  pu  jusqu'à  présent  porter  la  plus  légère  atteinte.  Telles  sont  les  apothéc* 
ses  d^Auguste  et  de  Germanicus,  grarées  sur  des  onyx  à  quatre  couches  de  couleurs  diflé* 
rentes.  Les  artistes  modernes  font  aussi  chaque  jour,  sur  cette  substance  indestructible, 
de  petits  cheb-d'oeurre  qui  ne  le  cèdent  en  rien  à  ce  que  la  grarure  antique  a  produit  de 
plus  beau,  et  qui  feront  peut-être  aussi  l'admiration  des  siècles  futurs.  Cest  principalement 
sur  les  onyx  que  sont  exécutés  ces  magnifiques  ourrages;  car  cette  rariété  d*agate  présen- 
tant des  zones  de  couleurs  rariées  et  d'une  très-petite  épaisseur,  il  en  résulte  une  dispo- 
âtion  très-Surorable  au  trarail  du  grareor  qui ,  en  fouillant  plus  ou  moins  profondément 
dans  la  substance,  exécute  le  relief  sur  Tune  des  couches,  en  laissant  Tautre  pour  fond  : 
c*est  ce  qu'on  appelle  des  camées.  Quelquefois  la  rariété  et  la  disposition  des  couleurs  sont 
si  ftrorables  au  déreloppement  du  sujet ,  que  l'artiste  peut  détacher  les  cheveux,  le  risage 
et  les  rètements  de  ses  personnages  sur  des  teintes  différentes,  et  marier  ainsi  la  peinture 
à  la  sculpture,  le  charme  du  coloris  à  celui  de  la  forme. 

Les  jaspes  forment  une  troisième  sous-espèce  de  pierres  quartzeuses,  employées  pour 
les  petits  ornements.  Ceux  de  couleur  brunAlre  ou  rougeâtre  sont  assez  communs.  Il  y  en 
a  de  rmbamés ,  de  panachés ,  de  tigrés  (  Sicile }. 

le  feldspath  forme  aussi  un  groupe  d'espèces  minérales,  or/kote,  albite^  labradorite^ 
pierre  de  lune^  pierre  de  soleil^  pierre  des  Amazones,  et  \ejade,  apporté  d'()rienl  et  d'une 
ténacité  extrême.  Les  sauvages  en  font  des  instruments  tranchants. 

Le  lapis^axuli,  ou  outre-mer,  est  une  belle  substance  bleue  qu'on  trouve  dans  les  roches 
granitiques  (Sibérie ,  Thibet,  Perse). 

La  malachite,  d'une  belle  couleur  verte,  à  nuances  variées,  est  une  substance  rare 
employée  aux  décorations  les  plus  somptueuses. 

La  fuorme  ou  spath  fluor  est  remarquable  par  la  vivacité  de  ses  teintes  vertes ,  jaunes  « 
Menés  et  violettes ,  souvent  réunies  par  zones  (Angleterre,  Saxe}.  C'est  avec  de  la  fluorine 
qn*on  prépare  l'acide  fluorhydrique  dont  on  se  sert  pour  graver  sur  le  verre. 

Les  nenaBS  Fmss  ou  FaiciEcsas  sont 

Le  diamant ,  qui  obtient  la  prééminence  sur  les  autres  pierres  précieuses.  Ce  n'est  autre 
diose  que  du  carbone  cristallisé  et  dans  un  état  particulier  de  condensation  moléculaire. 

En  effet,  on  a  parfaitement  constaté  que  le  diamant  brûle  k  une  très-haute  température, 
en  consumant  la  même  quantité  d'oxygène  que  le  charbon  pur  lui-même,  et  qu*il  fournit 
une  quantité  d'acide  carbonique  dont  le  poids  représente  exactement  celui  de  l'oxygène  et 
celui  du  diamant  soumis  à  la  combustion.  Par  la  décomposition  chimique ,  on  peut  retirer 
de  cet  acide  carbonique  du  charbon  noir  et  pulvérulent ,  absolument  identique  au  charbon 
domestique ,  car  il  en  a  les  caractères  et  les  propriétés  ;  on  a  pu  s'en  servir  pour  faire  de 
Tacier  qui  he  diffère  en  rien  de  l'acier  ordinaire.  Ainsi,  c'est  un  fait  bien  acquis,  le  plus 

DiCnOX.    UE  CoSWOGOfflE  ET  Vm  PALiOTTOLOCn.  S 


45  DICTIONNAIRE  DE  COSMOCONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  44 

brillant ,  le  plus  limpide  »  le  plus  dur  des  minéraux  ^  et  ce  corps  noir,  opaque  et  friable 
que  nous  brâlons  obaque  jour  dans  nos  foyers  sont  de  même  nature.  C'est  le  cas  de  dire 
Bjec  BàXkj  que  le  proverbe  :  Les  extrêmes  se  touchent ,  n'a  jamais  été  plus  rrai. 

Les  expériences  récentes  de  H.  Despretz ,  sur  le  diamant ,  jettent  un  nouveau  jour  sur 
ce  sujet.  Au  moyen  d'une  pile  de  Bunsen ,  de  cinq  à  six  cents  éléments  réunis  en  plusieurs 
séries»  ce  savant  physicien  a  pu  dégager  une  si  grande  quantité  d'électricité ,  que  la  pro- 
duction de  chaleur  qui  en  est  résulté  aux  pdles  de  la  pile  a  suffi  pour  y  fondre  le  diamant 
et  le  transformer  en  graphite  9  charbon  pur  et  traçant  «  identique  au  graphite  qu'on  emploie 
|X)ur  faire  des  crayons  de  première  qualité.  A  l'aide  du  même  feu  électrique ,  M.  Despretz 
a  fondu  et  volatilisé  les  corps  les  plus  réfractaires ,  ceux-là  même  qui  jusqu'ici  avaient 
résisté  aux  agents  calorifiques  les  plus  énergiques.  Le  charbon  lui-même ,  réputé  infi^sible 
par  tous  les  chimistes  et  par  les  physiciens ,  n'a  pu  résister  à  cette  épreuve  ;  il  s'esi 
transformé  en  graphite;  il  a  pu  être  ramolli 9  courbé  et  soudé  à  plusieurs  reprises.  Ces 
expériencesi  qui  auront  du  retentissement  dans  le  monde  savant ,  ont  été  faites  dans  le 
vide»  ou  dans  un  gaz  non  comburant»  comme  l'azote»  et  à  diverses  pressions.  On  comprend 
les  conséquences  qui  peuvent  en  résulter  ;  en  effet»  de  la  fusion  du  charbon  pur  à  la  dé- 
couverte de  la  fabrication  du  vrai  diamant»  c'est-à-dire  du  carbone  cristallisé»  il  n'y  a 

peut^tre  qu'un  pas^ 

4  Le  diamant  a  pour-gisement  originaire  la  partie  supérieure  du  terrain  primitif.  On  le 
trouve  au  Brésil»  dans  la  province  de  Minas  Geraes,  sur  tous  les  points  d'une  vaste  chaîne 
de  montagnes  qui  se  prolonge  depuis  les  environs  de  la  ville  do  Principe  jusqu'à  la  Serra 
do  GrammagoOf  c'est-à-dire  sur  une  longueur  de  plus  de  cinquante  lieues»  et  dans  une  di- 
rection à  peu  près  nord  et  sud.  Cette  chaîne»  que  nous  avons  habitée  nous-même  pendant 
un  certain  nombre  d'années,  présente  des  points  culminants  assez  élevés  pour  y  motiver 
un  abaissement  très-sensible  de  température.  Comparativement  aux  autres  contrées  du 
Brésil,  on  peut  dire  qu'elle  ne  porte  qu'une  végétation  chétive  et  rabougrie.  On  y  remar- 
que une  foule  de  petits  cours  d'eau  vagabonds  qui  la  traversent  dans  tous  les  sens. 
Les  plus  grands»  tels  que  les  rivières  Jiquitinhonaj  Rio-^Pardo^  Itacambiroussou^  roulent 
dans  leurs  eaux  un  sédiment  arraché  aux  nu)ntagnes  voisines»  et  où  domine  le  quartz  lai- 
teux» sous  forme  de  cailloux  arrondis  et  de  sable  blanc  à  gros  grains.  C'est  dans  ce  sédi- 
menl'  quartzifère  que  se  trouve»  avec  plus  do  facilité,  le  diamant»  usé  quelquefois  lui-même 
par  le  frottement  des  graviers  quartzeux  qui  l'accompagnent.  Nous  en  avons  vu  de  com- 
plètement ronds  ;  d'autres  n'ayant  perdu  qu'une  partie  de  leurs  angles.  Ce  fait»  qui  n'est 
point  rare  sur  les  rives  de  là  Jiquitinhona,  indique  que  le  diamant»  malgré  sa  dureté»  cède 
à  la  longue  au  mouvement  incessant  que  lui  imprime»  en  certains  endroits  des  rivières» 
le  continuel  remous  des  eaux  ;  car  il  est  évident  que  ce  minéral  est  trop  rare  dans  la  na- 
ture» pour  qie  cette  usure  soit  seulement  le  résultat  du  frot(cment  des  diamants  les  uns 
sur  les  autres. 

«  La  gangue  de  cette  pierre  précieuse,  qu'il  ne  nous  a  pas  été  donné  de  reconnaître» 
malgré  les  eflforts  que  nous  avons  faits  pour  la  constater  avec  précision  a,  dit-on»  été  dé- 
couverte depuis  quelques  années.  Il  paratt  que  c'est  un  quartz  blanc  laiteux  et  grenu» 
substance  qui  abonde»  en  effet»  dans  les  contrées  diamantifères»  et  que  nous  avions  toujours 

soupçonnée  d'être  la  matrice  originaire  du  diamant. 

«  Comme  toutes  les  autres  gemmes,  on  recherche  le  [diamant  dans  les  dépôts  d'alluvions 
anciens  et  modernes»  provenant  de  la  désagrégation  des  gîtes  originaires,  et  c'est  au  moyen 
de  lavages  habilement  exécutés  qu'on  le  retire  de  ces  sédiments.  Nous  entrerons  dans 
quelques  détails  sur  cette  exploitation  que  nous  avons  pratiquée  nous-même»  soit  à  Tqucof 
:hef-lieu  de  la  chatne  diamantifère»  soit  à  la  Serra  do  Grammagoa^  qui  en  est  la  partie  la 
plus  septentrionale;  et  nous  espérons  que  l'exposition  rapide  que  nous  allons  en  faire  sera 
lussi  exacte  que  neuve. 
^  «  Le  sédiment  quartzeux  qui  contient  le  diamant  a  reçu  au  Brésil  le  nom  de  cascalho  ;  il 


JS  LNTRODtCTlON.  M 

existe  sur  des  plateaui  é1e?és;  et,  dans  ee  cas,  il  appartient  aux  allovions  anciennes;  mais 
on  te  rencontre  pins  facilement  dans  les  yallées,  les  bas-fonds  où  circulent  les  eaux;  et 
Ton  comprend  qu'alors  c*est  souvent  un  produit  de  transport  plus  ou  moins  récent  de  Tépo- 
qne  actuelle.  Dans  l'un  comme  dans  l'autre  cas ,  la  puissance  du  cascalho  n'est  jamais  c<mi- 
siSérable  ;  rarement  elle  dépasse  un  mètre.  Ce  sédiment  est  presque  toujours  à  la  surface 
du  sol  ;  en  effet,  il  ne  s'agit  d'enlever  qu'un  peu  de  sable  quartzeux  légèrement  argilifère, 
seule  tCTre  végétale  du  pays,  pour  le  mettre  à  nu.  On  défonce  ensuite  ces  cailloux  roulés 
avec  un  pesaïkt  levier  et  les  ésclaVes  transportent  le  cascalho  dans  un  endroit  voisin  d'un 
petit  ruisseau  pour  lui  faire  subir  un  premier  lavage. 

«  A  cet  effet,  on  ouvre  une  tranchée  en  pente,  soutenue  par  des  platiches;  cette  tran- 
chée, longue  de  quatre  à  cinq  mètres  sur  un  et  demi  de  large,  reçoit  à  sa  partie  supérieure 
une  petite  chute  d'eau  d'environ  un  mètre  de  hauteur.  Cela  fait,  on  jette  successivement  le 
cascalho  au-dessous  de  la  chute  d'eau;  là,  il  est  agité,  dans  tous  les  sens,  par  deux  nègres,* 
qui  né  cessent  de  remonter  le  sédiment  que  le  courant  entraîne  vers  le  bas  de  la  tranchée. 
Ils  se  servent  de  petites  pioches  qui  leur  permettent  de  rassembler  les  plus  gros  -cailloux 
à  la  surface  et  de  les  rejeter  au  dehors  au  fur  et  à  mesure  qu'il  j  en  a  un  tas  suffisant  ;d'un 
aatre  côté,  les  parties  pulvérulentes  sont  entraînées  par  le  courant.  En  opérant  ainsi  et  en 
continuant  de  jeter  du  cascalho  sous  la  chute  d'eau,  on  finit  par  le  concentrer  à  un  ving- 
tième environ  de  son  volume  primitif.  En  cet  état,  le  cascalho  ne  présente  plus  que  d% 
petits  cailloux  quartzeux  mêlés  à  une  iaible  portion  de  sable  blanc  grenu  et  ferrugineux. 
Cest  là  que,  par  le  seul  fitit  de  sa  densité ,  se  trouve  le  diamant  en  compagnie  du  (er,  de 
l'or,  et  quelquefois  du  platine. 

«  Le  cascalho  réduit  est  ensuite  soumis  à  un  autre  lavage  spécial ,  qui  réclame  la  plus 
grande  attention  de  la  part  du  laveur,  d'abord,  puis  de  celle  du  surveillant.  C'est  ici  que 
le  nègre  déploie  son  adresse  et  la  fécondité  de  son  esprit  rusé  pour  arrêter  le  diamant  au 
passage,  et  pour  l'escamoter  quelquefois  à  son  profit.  On  a  vu  des  laveurs  feindre  des  atta- 
qaes  subites,  se  tordre  en  contorsions,  et  cela  pour  avoir  la  faculté  de  porter  la  main  à  la 
bauehe  dans  le  but  d'avaler  un  gros  diamant.  D'autres,  plus  adroits,  placent  furtivement, 
entre  leurs  doigts  de  pieds,  le  diamant  trouvé,  et  gardent  ainsi  ce  précieux  dépôt  pendant 
une  îoumée  entière,  sans  que  rien  d'apparent  les  trahisse  ou  les  gêne  dans  leur  allure; 
aussi,  quand  on  exécute  le  dernier  lavage  du  cascalho,  les  esclaves  sont-ils  surveillés  avec 
une  vigilance  extrême  ;  et  malheur  à  eux  s'ils  font  des  mouvements  suspects  ;  car,  dans 
cette  opération ,  le  commandeur  est  toujours  armé  de  son  fouet  en  cuir  de  boBuf .  Cette 
surveillance  redouble  si  le  cascalho  montre  une  certaine  richesse  ;  et,  malgré  toutes  les 
précautions  dont  s'entoure  son  argus,  le  nègre  parvient  assez  souvent  à  mettre  sa  vigi  « 
lance  en  défaut.  Hais  revenons  à  la  manière  de  procéder  à  ce  dernier  lavage. 

«  Sous  un  hangar,  couvert  d'herbes  sèches  ou  de  feuilles  de  palmier,  se  trouve  préparé 
un  lavoir  quadrangulaire  dont  l'eau  n'a  jamais  plus  d'un  mètre  de  profondeur.  Chaque  la- 
veur s'assied  là,  sur  les  bords,  après  avoir  mis  dans  sa  sébille  environ  deux  ou  trois  kilo- 
grammes de  cascalho  concentré.  Il  fait  entrer  dans  le  vase  une  certaine  quantité  d'eau  ; 
agite  avec  la  main  droite  le  contenu,  en  communiquant  un  mouvement  gyratoire  à  la  sé- 
bile, qu'il  tient  de  la  main  gauche,  et  à  laquelle  il  imprime  en  outre  de  petites  secousses 
brusques  et  particulières.  On  comprend  que  les  corps  les  plus  denses  gagnent  le  fond  du 
vase,  tandis  que  les  parties  légères  de  la  surface  sont  habilement  rejetées  dans  le  lavoir. 
Lorsqu'enfin  le  cascalho  est  réduit  à  sa  plus  simple  expression,  le  laveur  soulève,  en  l'in- 
clinant, sa  sébille  qu'il  tient  toujours  de  la  main  gauche,  et  prend,  dans  le  creux  de  la 
main  droite,  de  l'eau  qu'il  jette  délicatement  sur  les  bords  du  vase  ;  peu  à  peu  le  reste  du 
sédiment  qui  s'j  trouve  est  entraîné  et  tombe  très-lentement  avec  l'eau  que  jette  constam- 
ment le  laveur.  Quand  cette  opération  est  bien  faite,  aucun  diamant,  si  petit  qu'il  soit,  ne 
peut  passer  inaperçu  ;  et,  ici,  il  n'y  a  aucune  équivoque  possible,  le  diamant,  même  à  l'état 
brat,  ayant  un  vif  éclat.  Cette  pierre  précieuse  a  presque  toujours,  d'ailleurs,  une  ferme  et 


47  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  U 

une  apparence  remarquables.  Aussitôt  qu*un  esclave  a  trouvé  un  diamant,  il  se  lère  en 
s'écriant  :  Lovado  ieja  nosso  Senhor  Jesus-^hriito  I  [\oxxé  soit  notre  Seigneur  Jésus-Christ  i) 
le  surveillant  prend  la  pierre  précieuse,  Texamine  un  instant,  sans  perdre  de  vue  les  autres 
laveurs,  et  la  dépose  dans  un  petit  tuyau  de  bambou  appelé  iaquara. 

«  Si  le  diamant  est  d'une  grande  valeur,  Tesclave  qui  Ta  trouvé  reçoit  une  prime;  quel- 
quefois même  il  est.  affranchi  ;  mais  on  a  beaucup  exagéré  cette  particularité  qui,  autre- 
fois, était  religieusement  observé  par  le  gouvernement  portugais,  alors  qu*il  avait  ex- 
"Olusivement  le  monopole  de  cette  exploitation*  Le  fait  est  qu*aujourd'hui  le  propriétaire 
de  Tesclave  agit  comme  il  Tentend,  et  qu'il  ne  manque  pas  de  prétextes  pour  se  justifier  et 
pour  faire  taire  les  scrupules  de  sa  conscience.  11  est  juste  aussi  d'ajouter  qu'un  diamant 
de  quinze  carats,  limite  inférieure  qui  donnait  lieu  à  cette  condition  d'affranchissement  » 
jpeut  quelquefois,  pur  sa  défectuosité»  ne  pas  représenter  la  valeur  de  l'esclave  lui- 
même. 

^  A  répoque  de  la  sécheresse,  un  grand  nombre  de  grimpeiros  (c^est  ainsi  qu'on  nomme 
les  exploitants  errants),  descendent  des  montagnes  et  des  plateaux,  pour  opérer  dans  le  lit 
des  rivières  qu'ils  détournent,  en  partie,  au  moyen  de  barrages.  Le  cascalho  qu'on  y  trouve 
^n  abondance  y  est  aussi  plus  riche  qu'ailleurs.  On  conçoit,  en  effet,  que  le  sédiment  ; 
subit,  en  de  certains  endroits,  un  vrai  lavage;  aussi  est-ce  dans  les  parages  accidentés,  là 
où  le  courant  agit  en  tournoyant,  qu*on  voit  le  cascalho  présenter  la  plus  grande  richesse. 
On  le  reconnaît  pour  tel  à  l'abondance  des  corps  denses  qu'il  recèle.  Du  reste,  son  épu- 
ration, qui  donne  souvent  assez  de  poudre  d  or  pour  couvrir  tous  les  frais,  s'y  exécute 
comme  il  a  été  dit. 

«  L'exploitation  du  diamant  au  Brésil  n'admet  aucune  machine,  aucun  travail  prépara*- 
toire  sérieux;  car,  bien  que  chaque  concession  soit  faite  parle  gouvernement,  moyennant 
une  très-modique  somme,  les  diverses  mines  ou  lavraSf  comme  on  les  appelle,  ne  sont> 
de  fait,  la  propriété  de  personne.  Ea  effet,  si  une  lavra  fait  du  bruit  par  sa  richesse,  elle 
est  bientôt  envahie  malgré  l'autorité,  dont  la  force  est  impuissante  à  réprimer  cet  abus> 
Des  bandes  de  laveurs  arrivent  de  toutes  parts  ;  chacune  veut  son  lot,  et  plus  d'une  rixe 
sanglante  est  le  résultat  de  ce  partage  arbitraire,  où  les  forts  ne  s'adjugent  jamais  la  plus 
iaible  portion.  Parfois  une  fausse  alerte  est  simulée  sur  un  point  pour  y  attirer  la  foule 
inconstante,  tandis  qu'ailleurs  on  exploite  en  silence  un  précieux  dépôt  ;  mais  c'est  en 
vain  qu'on  voudrait  le  cacher,  l'activité  des  travaux,  les  ventes  de  diamants,  les  dépenses 
s«perflues  trahissent  les  heureux,  malgré  tous  les  mystères  dont  ils  s'environnent,  et  la 
foule  accourt,  quelquefois  trop  tard  il  est  vrai  ;  mais,  à  la  suite  des  grandes  trouvailles, 
il  se  présente  toujours  des  amateurs  pour  soumettre  le  cascalho  lavé  à  un  nouveau  lavage 
exécuté  avec  plus  de  soin.  Ceux-là,  sans  faire  fortune,  ne  perdent  jamais  leur  temps. 

4  Un  fait  important  à  signaler,  c'est  qu*en  général  les  différents  cascalhos  de  la  chaîne 
diamantifère  du  Brésil  donnent,  selon  les  localités,  des  diamants  qui  diffèrent  sensible* 
ment  entre  eux  ;  ainsi  certains  parages,  comme  les  environs  de  Tejuco,  sont  renommés 
par  les  gros  diamants  (pedras  grandes)  qu'on  y  trouve;  d'autres,  au  contraire,  comme  la 
Serra  de  Grammagoa,  ne  donnent  guère  que  de  petits  diamants  {mousquitoi)^  mais  ils  s^ 
montrent  en  plus  grande  abondance,  ce  qui  établit  une  sorte  de  compensation.  Même 
observation  à  l'égard  de  la  couleur  :  sur  quelques  points  la  nuance  prédominante  est  ver-  i 
dâtre ,  sur  d'autres  elle  est  jaunâtre  ou  roussAtre;  enfin,  et  le  plus  souvent,  elle  est  inco- 
lore. Ce  sont  là  les  nuances  de  la  presque  totalité  des  diamants  de  la  province  de  Minas 
Geraes,  dont  l'extraction  peut  occuper  environ  de  cinquante  à  soixante  mille  individus 
de  tout  sexe,  parmi  lesquels  les  deux  tiers  sont  esclaves 

«  Rien  n'est  plus  capricieux  et  plus  variable  que  la  valeur  des  différents  cascalhos  : 
ici  une  journée  compense  amplement  des  travaux  restés  stériles  pendant  des  mois  en- 
tiers ;  ailleurs  les  plus  habiles  ne  font  pas  leurs  frais  ;  car  les  viyres  son  fort  chers  .dans 
ces  réf^ions  d'un  difficile  accès  ;  quelquefois  ils  manquent  totalement,  ce  qui  n'empêche 


if  INTR0D€CT1<»I.  M 

pas  le  Joyeax  griw^nû  de  lroa?er  le  secret  de  danser  le  bahuo  au  son  de  sa  guitare ,  eu 
foulent  dédaigneusement  à  ses  pieds,  comme  il  dit  lui-même»  For  et  les  diamants. 

4  Cependant,  nous  avons  tu  quelquefois  le  laveur  désappointé  abandonner  ces  lieuT 
arides  pour  demander  sa  subsistance  aux  travaux  de  Tagriculture  ;  mais  telle  est  la  puis- 
sance magique  de  la  valeur  du  diamant,  qu'au  moindre  bruit  d'un  nouveau  gisement  im- 
portant, chacun  se  hAte  d'abandonner  ses  olantations,  et  se  dirige  vers  le  point  signalé 
pour  tenter  la  fortune,  qui,  là  comme  ailleurs,  ne  sourit,  bêlas  !  qu'à  quelques-uns. 

c  T..es  gros  diamants  sont  extrêmement  rares  au  Brésil.  Pendant  huit  années  de  séjouf 
sur  les  lieux  du  gisement,  à  peine  en  avons-^nous  vu  huit  ou  dix  du  poids  de  vingt  à  trente 
canUs;  le  nombre  même  de  ceux  qui  pèsent  cinq  ou  six  carats  est  ti'ès-limité.  En  revanche, 
ceux  d'un  carat  ou  de  deux  carats  sont  assez  abondants;  ils  forment  avec  les^  tout  petit* 
diamants,  appelés  mofisquilos^  la  presque  totalité  du  produit  général,  qu'on  estimait,  il 
n'y  a  pas  encore  longtemps,  à  sept  ou  huit  kilogrammes  par  an  ;  mais  la  découverte  du 
gisement  de  Stficura,  dans  la  province  de  Bahia^  doit  porter  ce  chiffre  à  un  taux  plus 
élevé.  Ces  mines  que  nous  n'avons  pas  explorées  ont,  dit-on,  été  trouvées  plus  riches  que 
les  anciennes.  Cela  est  fort  douteux  pour  nous,  qui  savons  par  expérience  combien  est 
grande  Texagération  à  laquelle  on  se  livre  dans  de  semblables  découvertes.  Quoi  qu'il  en 
soit,  ce  nouveau  gisement,  situé  à  cAté  du  plus  grand  centre  de  la  population  brésilienne, 
pourrait  s'il  est  riche  et  étendu,,  donner  lieu  à  une  assez  forte  extraction  de  diamants, 
d*ou  résulterait,  sans  doute,  une  certaine  dépréciation  de  cette  pierre  précieuse.  Mais  le 
diamant  conservera  toujours,  quoi  qu'il  arrive,  une  haute  valeur  en  couvre,  à  raison  de 
la  grande  difficulté  qu'on  éprouve  à  le  tailler,  et  dont  il  sera  bient6t  bit  mention. 

c  Le  diamant  se  montre  aussi  dans  llnde  ;  on  l'y  exploite  depuis  une  époque  très^re- 
culée.  C'est  au  Deocan,  au  Bengale,  particulièremeat  dans  la  contrée  de  Raolkunda,  à  cinq 
journées  de  l'ancien  royaume  de  Golconde,  qu'on  l'a  d'abord  connu.  Les  plus  gros  et  les 
plus  beaux  diamants  qui  ornent  les  couronnes  royales,  viennent  de  ces  localités.  On  ren- 
contre également  cette  pierre  précieuse  dans  l'Ile  de  Bornéo^  ainsi  que  sur  les  monts 
Onrals;  mais  il  s'en  laut  que  ces  derniers  gisements  soient  aussi  abondants  que  ceux  di^ 
Brésil,  d'oik  provient  aujourd'hui  la  presque  totalité  des  diamants  qui  circulent  dsfis  la 
commerce  d'Europe. 

c  Les  anciens  connaissaient  le  diamant.  Igno/ant  l'art  de  le  tailler,  ils  le  montaient  dans 
un  état  brut,  parfois  assez  éclatant ,  ce  qu'on  fait  encore  souvent  dans  l'intérieur  du  Brésil. 
On  recherche,  pour  cela,  ceux  qui,  à  des  facettes  polies,  réunissent  une  belle  couleur  et 
une  forme  gracieuse  ;  mais  il  y  a  loin  de  cet  éclat  naturel  aux  brillants  fiûsceaux  de  lu- 
mière qui  jaillissent  de  cette  pierre  convenablement  taillée.  Ce  ne  fut  que  vers  le  milieu 
du  XV*  siècle  qu'un  jeune  homme  de  Bruges,  Louis  de  Berquen,  trouva  le  moyen  de 
vaincre  le  diamant  par  le  diamant  lui-même,  c'est-à-dire  de  le  polir  en  le  frottant  avec  sa 
propre  poussière.  C'est  de  cette  époque  que  date  réellement  la  splendeur  de  cette  gemme. 
Plus  tard,  à  Bruxelles  et  à  Amsterdam,  on  imagina  des  appareils  ingénieux  pour  abréger 
l'opération  de  la  taille,  et,  sous  une  forme  nouvelle  qui  focilitait  son  jeu  de  réfraction,  le 
diamant  décora  les  sceptres  et  les  couronnes.  Depuis  ce  temps,  il  n'a  jamais  cessé,  malgré 
les  caprices  de  la  mode,  de  dominer  en  souverain  sur  toutes  les  autres  pierres  fines  que 
l'artiste  place  quelquefois  à  côté  du  diamant,  comme  des  ombres  destinées  à  faire  ressortir 
tout  sou  jet  lumineux;  car  la  lumière,  en  traversant  le  diamant,  s'y  réfracte,  en  ressort 
déeomposée  par  les  facettes  de  la  pierre,  et,  se  répandant  eu  gerbes  scintillantes,,  inonde^ 
de  ses  feux  diaprés  la  surftce  des  autres  gemmes  (6).  » 

Les  pierres  les  plus  redierchées  après  les  diamants  sont  les  diverses  variétés  de  certn-. 
deu  qui  prend  le  nom  de  saphir^  quand  il  est  bleu  ;  de  rubis  arimUUf  quand  il  est  rouge  ; 
de  topaze  orimUtUe^  quand  il  est  jaune  ;  d'améihyite  orientale^  quand  il  est  violet  ;  dkémtraud^ 
erûmolf,  quand  il  est  vert.  Les  coriindons  viennent  surtout  de  l'Asie  méridionale. 

Le  êpifuUe  est  généralement  rouge,  tirant  un  peu  sur  le  rose.  S'il  est  d'un  beau  roage^u 
les  lapidaires  le  nomment  rubis  spintlle^ei  rubis  balais  s'il  a  des  teintes  lie  de  vin,,ete. 

^ù)  Ch.  P*0iiBi09V.  natvralîstt  d  Toyagcvr. 


51  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  91 

L*oj9afe  décompose  et  refléchit  les  rayons  lumiaeux,  sous  les  couleurs  de  rarc-en*cieU 
d'une  manière  qui  n'appartient  qu'à  elle,  et  de  l'effet  le  plus  agréable  ;  aussi  cette  char- 
mante et  magnifique  pierre,  dont  le  prix  est  souvent  très-élevé,  jouit-elle  d'une  grande 
faveur.  On  l'entoure  presque  toujours  de  diamants  (Hongrie,  Saie,  Mexique). 

Le  zircon  ou  hyacinU  employée  quand  elle  est  rouge,  est  de  toutes  les  pierres  précieuses 
celle  qui  présente  la  plus  forte  densité. 

Les  grenats  sont  de  couleurs  rougeâtres  quelquefois  très-belles, 

La  turquoise  est  une  pierre  bleue.  On  en  distingue  deux  espèces  :  l'une  dite  orientale 
se  trouve  en  Perse,  sous  forme  de  veines  ou  de  petits  rognons  dans  certains  terrains  ;  l'au- 
tre dite  occidentale  est  d'origine  organique  et  provient  de  dents  ou  d'ossements  de  mam- 
mifères ensevelis  dans  le  sein,  de  la  terre. 

Avant  de  terminer  cet  article,  disons  un  mot  des  produits  ai[;tiQciel3.  qui  imiter^t,  ^vec 
plus  ou  moins  de  perfection,  les  pierres  précieuses  dont  nous  venons  de  parle^.  Les  rares 
qualités  du  diamant  lui-même  n'ont  pu  le  mettre  à  l'abri  de  la  contrefaçon.  Il  y  a  des  dia- 
mants en  strass  qui  sont  très-étincelants  aux  lumières  ;  ou  assure  même  qu'ils  peuvent 
tromper  l'oeil  des  personnes  les  plus  expérimentées;  mais  cette  assertion  est  évidemment 
exagérée.  D'ailleurs,  et  tout  en  faisant  la  part  du  mérite  de  la  composition  de  ce  strass^  il 
est  bien  certain  que  les  diamants  artificiels  n'ont  qu'un  brillant  éphémère  ;  la  moindre^ 
poussière  les  ternit  et  les  raye,  tandis  que  le  yrai  diamant,  le  diamant  naturel,  protégé  par 
son  extrême  dureté,  sauvegarde  de  son  poli  et  de  son  éclat,  passe  s^tns  vieillir  à  la  postérité 
la  plus  reculée. 

Mais,  si  l'on  n'a  pas  encore  pu  produire  artificiellement  de  véritables  diamants,  il  en  est 
autrement  quanta  la  fabrication  d'autres  gemmes  de  prix;  en  effet,  une  découverte,  qui 
pourrait  avoir  les  plus  grands  résultats,  a  été  récemment  communiquée  à  l'Académie  des 
sciences  :  il  s'agit  do  l'exacte  el  complète  reproduction  de  diverses  pierres  précieuses.  Par- 
tant de  ce  principe  que  les  substances  minérales  en  dissolution  dans  l'eau  cristallisent,  le 
^Ins  souvent,  par  la  lente  évaporation  de  ce  ce  liquide,  à  l'aide  du  même  principe  et  en  se 
servant  d'acides  volatils  à  une  très-haute  température,  M.  Ehelmen  a  obtenu  des  combi- 
naisons cristallines  très-intéressantes.  Cet  habile  chimiste  a  constaté  qu'avec  un  dissolvant 
énergique,  comme  l'acide  borique,  l'acide  phpsphorique,  etc.,  élevé  à  une  certaine  tempé- 
rature, on  peut  dissoudre  les  éléments  minéralogiques  qui  entrent  dans  la  composition  de 
quelques  gemmes,  et  qu'en  exposant  ensuite  ce  mélange  liquide  pendant  deux  ou  trois 
jours  à  l'action  d'une  chaleur  très-intense  on  obtient,  par  Tévaporalion  lente  du  dissolvant, 
des  combinaisons  cristallines.  M.  Ebelmen  a  reproduit  ainsi  des  cristaux  de  rubis  spinelle^ 
de  corindon  ^idepéridot^  ayant  tous  les  caractères  physiques  et  Is^méme  composition  que 
l'analyse  chimique  trouve  à  ces  substances  naturelles.  Les  cristaux  ainsi  obtenus  ne  sont, 
à  la  vérité,  que  de  la  grosseur  d'un  grain  de  blé  ;  mais  tout  lait  présumer  qu'en  opérant 
sur  des  masses,  on  en  obtiendra  de  plus  volumineux. 

Qui  sait  si  la  reproduction  des  autres  pierres  précieuses  résistera  encore  longtemps  aux 
efforts  de  la  fbimie»  et  si  l'on  ne  parviendra  pas,  un  jour,  à  les  fabriquer  de  toute  pièce  à 
l'aide  du  même  principe  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  belle  découverte  restera  dans  les  annales 
de  la  science,  et  désormais,  quand  les  géologues  disserteront  sur  l'origine  et  sur  le  mode 
de  formation  des  espèces  minérales  les  plus  réfractaires  à  la  chaleur,  ils  devront  avoir 
présentes  h  l'esprit  les  remarquables  expériences  de  M.  Ebelmen,  et  tenir  compte  de  l'in- 
tervention possible  des  dissolvants  dont  on  avait  jusqu'ici  méconnu  l'importance 

Quant  à  ces  imitations  grossières,  qui  ne  ressemblent  que  par  le  nom  aux  gemmes  bril- 
lantes mystérieusement  élaborées  par  la  force  de  la  nature,  elles  sont  encore  bien  loin  de 
leors  modèles.  On  sait  que  tous  ces  produits  artificiels  ne  sont  que  du  verre  coloré  à  l'aide 
de  divers  oxydes  métalliques.  Quelques-uns  imitent  assez  bien  la  nuance  et  la  transparence 
des  pierres  fines  ;  mais  n'en  ont  ni  le  jeu,  ni  l'éclat.  N'ayant  d'ailleurs  aucune  dureté  re- 
marquable, ces  cristaux  se  dépolissent  promptement;  et  bientdt  leur  éclat  blafard  ne  les 


55  INTRODUCTIONS  u 

trahit  pas  moins  que  la  large  surface  qn*on  leur  djonne,  comme  si  le  lapidaire  craignait 
de  commettre  un  faux,  en  les  produisant  sous  la  forme  élégante  et  sous  le  volume  limité 
des  rubis,  des  émeraudes,  des  saphirs  et  des  opales,  pierres  éclatontesi  incomparables,  que 
VoBi]  charmé  ne  peut  se  lasser  de  contempler. 

§  V. 

Des  minerais. 

Nous  qa  pQuvons  nous  étendre  ici  sur  la  théorie  des  gtles  métallifères ,  sur  les  indices^ 
positifs  et  n^égatifs  de  ces  gttes,  sur  les  travaux  de  recherches,  l'exploitation  générale  et 
la  métallurgie  des  métaux  usuels.  Nous  sommes  obligé  de  laisser  ce  sujet  intéressant  aux 
ouvrages  spéciaux. 

Les  métaux  connus  aujourd'hui  sont  nombreux  :  on  en  compte  jusqu'à  quarante  et  un  ; 
plusieurs  ne  se  trouvent  à  l'état  métallique  que  dans  les  laboratoires,  où  l'on  ne  se  les^ 
procure  qu'avec  beaucoup  de  peine  et  dans  un  intérêt  purement  scientifique.  Nous  ne  . 
parlerons  que  de  ceux  qui  sont  généralement  appliqués  dans  les  arts  ;  et  l'ordre  dans 
lequel  ces  métaux  vont  être  décrits  sera  celui  de  leur  plus  grande  utilité,  ainsi  qu'on  peut 
le  voir  dans  le  tableau  suivant^  où  nous  mettons  en  regard  leur  poids  spécifique  et  leur 
point  de  fusion. 

MÉTAUX  POIDS  SPÉCIFIQUE,  POINT  DE  FUSION 

»'eifE  APPticATioK  PLUS  OU  Moms]   Teau  distillée  et  à  la  température   exprimé  en  degrés  du  thermomètre 
G^îfÉBàLE.  de-f  l'hélant  prise  pour  unité.  centigrade. 

1  Fer,  7,7  +    «,590* 

2  Cuivre.  g,8  +       788 

3  Plomb.  il                                           4-       334 

4  Etain.  7.2                                           4-228 

5  Zinc.  l]i  4-      ***' 

6  Mercnne.  45,5  •—       ^ 

7  Argents  10,4                                           +  «,W0 

8  Or.  19,2                                           +    1,100 

9  Platine.  ;31,5                    .    n'est  fusible  au*aa  chalum.  à  gaz 

byd.  et  01. 

10  Antimoine.  6.7  +       450 

11  Bismuth.  9i,8  +       247 

12  Arsenic.  5,7  Se  vaht.  vers  500*  sans  passer  par  ] 

rétat  liquide. 

13  Cobalt.  8,6  ?4rè8-dîfficile  à  foudre. 

14  Manganèse,  7,5  ?  idem. 

15  Chrome.  5,9  T  idem.' 

16  Nickel.  8|5  î.  idem. 

N.  B.  Le  signe  4-  veut  dire  plus^  c'esl-à-dire 'au-dessus  de  léro;  ei  le  signe  —  veut  dire  moinst  c*est- 
2h4ire  au-dessous  de  zéro.  Le  signe  ?  marque  Tincertitude. 

MinEBAia  DE  FBB.  —  Lo  for  ne  parait  pas  avoir  été.  trouvé  Jusqu'ici  à  l'état  natif, 
excepté  dans  les  aérolithes  ou  pierres  tombées  du  ciel.  Il  ne  peut  s'extraire  avec  avantage 
que  des  oxydes  ou  des  carbonates  de  fer.  Ce  sont  ces  substances  qu'on  appelle  minejçais 
de  fer.  Les  principaux  sont  : 

Le  fer  oxjdulé  ; 
LO  fer  oligiste  ; 
Le  fer  hydraté  ;, 
Le  fer  carbonate, 

Le  fer  oxydulé  ou  aitnant,  le  plus  riche  des  minerais  de  fer,  est  simplement  une.  aorn-^. 
binaison  de  fer  et  d'oxygène  renfermant  jusqu'à  72  pour  100  de  métal.  On  le  trouve  ei\ 
ffloQs  exclusivement  dans  les  anciens  terrains  de  cristallisation  (Suède,  Sibérie).  Il  sert  ii 
fabriquer  les  aciers  de  première  qualité. 

Le  fêr  oli^ie  ou  peroxyde  de  fer  est  plus  oxygéné  quQ  le  précédent.  Il  se  trouve  aussi 


5S-  DICTIONNAIRE  DE  GOSMOCiONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.,  M 

iîaas  les  terrains  primitifs  ou  dans  les  anciens  terrains  sédimentaires;  dans  ce  dernier 
cas,  il  est  presque  toujours  terreux  et  prend  le  nom  d'hémalUe  rouge  (île  d'EUw,  Suède» 
Brésil).  Il  peut  être  regardé  comme  le  principe  colorant  des  matières  rouges  ou  rougeAtres 
qui  abondent  dans  l'écorce  terrestre. 

Le  fer  hydraté  ou  Hmonite  se  compose  de  fer,  d'oxygène  et  d'eau,  sai  'poussière  est  tou" 
jours  jaune.  Il  se  montre  dans  les  dépôts  les  plus  modernes.  Exploité  en  Normandie,  en 
Bourgogne,  en  Lorraine,  en  Franche-Comté,  etc. 

Le  fer  carbonate  ou  sidérose  est  une  combinaison  d'oxyde  de  fer  et  d'acide  carbonique. 
11  est  trè»<ommun  en  Angleterre  dans  les  grès  houillers  et  dans  les  couches  de  houiHe 
elles-mêmes.  Nous  ne  pouvons  entrer  dans  aucun  détail  sur  les  deux  méthodes  d'expfoi- 
tation,  la  catalane  et  celle  dite  des  hauts  fourneaux. 

Le  fer  est  un  des  plus  beaux  présents  que  la  nature  ait  faits  à  l'homme,  et  Tabondance 
avec  laquelle  elle  l'a  répandu  atteste  la  juste  répartition  de  ses  bienfaits. 

Le  fer  est,  sans  contredit,  le  plus  utile  des  métaux  ;  il  surpasse  tous  les  autres  en  dureté 
ot  en  ténacité;  sa  puissance  de  résistance  est  si  grande,  qu'un  fil  de  fer  de  2  millimètres  de 
diamètre  exige,  pour  se  rompre,  un  poids  de  249  kilogrammes.  On  sait  que  le  fer,  chauffé 
à  blanc,  so  pétrit,  en  quelque  sorte,  sur  l'enclume  et  prend  toutes  les  formes,  avantage 
précieux  que  n'ont  pas  la  plupart  des  autres  métaux.  On  peut  juger  de  l'industrie  d'une 
nation  par  la  quantité  de  fer  qu'elle  consomme  et  par  le  degré  de  perfection  avec  lequel 
elle  le  travaille.  En  effet,  il  n'est  pas  de  machines  dont  la  construction  ne  soit  en  grande 
partie  fondée  sur  l'emploi  du  fer.  Tous  nos  instruments  tranchants,  sciants,  limants,  perfo- 
rants et  contondants,  indispensables  agents  de  l'industrie,  sont  fabriqués  en  fer.  La  méde- 
cine a  trouvé,  dans  les  combinaisons  de  ce  métal ,  plusieurs  médicaments  utiles;  la  pein<- 
ture,  de  très-bonnes  couleurs;  enfln,  pour  terminer  par  une  de  ses  principales  et  de  ses 
plus  fécondes  applications,  citons  les  chemins  de  fer,  au  moyen  desquels  les  hommes  ont 
réussi  à  donner  à  leurs  chariots  une  vitesse  extrême,  résultat  immense  de  la  plus  haute 
portée,  destiné  non-seulement  à  augmenter  le  bien-être  matériel  des  peuples,  mais  è  aug-^ 
•  menter  aussi  la  somme  de  leur  bonheur  moral,  en  leur  facilitant  les  moyens  de  se  connaît 
tre  et  de  fraterniser  I 

Remarquons,  en  passant,  que  le  fer,  ce  métal  si  humble  sous  le  rapport  de  la  valeur  in-s 
trinsèque,  joue,  en  Europe,  un  rôle  très-important  dans  la  richesse  sociale;  tandis  que  les 
métaux  précieux,  comme  l'or  et  l'argent,  n'y  figurent  comparativement  que  pour  des  som*? 
mes  minimes,  Cette  simple  observation  peut  donner  une  idée  de  l'énorme  quantité  de  fer 
qu'on  retire  annuellement  des  entrailles  de  la  terre.  On  pourrait,  à  )a  rigueur,  se  passer 
des  autres  métaux  ;  mais  jamais  du  fer,  sous  peine  de  retomber  à  peu  près  dans  l'étal  de 
barbarie. 

Minerais  de  cuivre.  —  Le  cuivre  se  trouve  à  Vétai  natif;  aussi  ce  métal  fut-il  un  de 
C5eux  que  les  hommes  utilisèrent  dès  la  plus  haute  antiquité.  On  a  découvert,  il  y  a  peu 
d'années,  des  gîtes  de  cuivre  sur  les  rives  méridionales  du  lac  supérieur  (EtatsJJnis),  ex- 
ploités par  plus  de  cent  quarante  compagnies.  Ce  métal  y  est  disséminé  en  veines,  en  no- 
dules et  en  masses  quelquefois  de  plus  de  500  kilogrammes. 

Ses  principales  combinaisons  sont  les  cuivres  sulfurés  et  les  cuivres  carbonate?,  j 

Les  cuivres  sulfurés^  c'est-à-dire  combinés  au  soufre,  sont  les  plus  importants.  Les  va- 
riétés sont  le  cuivre  pyriteux,  le  cuivre  vitreux,  le  cuivre  gris  ou  panobase  (Saxe,  Angle- 
terre). 

Le  cuivre  carbonate  présente  deux  principales  espèces  :  la  mabichitê  (verte)  et  Voxarite 
(bleue). 

Le  cuivre  pur  sert  à  fabriquer  des  chaudières,  des  al^mbids,  ft  une  multitude  de  wses 
domestiques.  Malheureusement  le  contact  prolongé  de  licfueurs  acidulées,  ou  de  corps 
gras,  oxyde  facilement  ce  métal,  et  donne  naissance  à  un  poison^très-ajetitoomsié  twrM*- 


57  I»TROUIjCTION.  U 

çriê.  Aussi»  dans  certaines  ocmtréeSi  «otammeut  en  Suède,  le  cuivre  a*Ml  été  banni  des 
foyers  domestiques. 

Le  cuiTfe  eonsiitue  une  grande  psrtie  de  la  monnaie  de  bilion  ;  on  en  consomme  une 

énorme  quantité  pour  doubler  et  cbenUer  les  navires  de  long  cours  ;  mais  les  services 

qu'on  en  retire,  alors  quil  est  pur,  sont  très*limités  comparativement  à  ceux  qu'il  nous 

rend  sous  forme  d'alliages,  combinaisons  méUiUiques  qui  forment,  pour  ainsi  dire,  de 

nouveaux  métaux.  Allié  à  Tétain,  le  cuivre  produit  le  bronze^  avec  lequel  on  fabrique  les 

cloches,  les  canons,  les  statues,  etc.  ;  combiné  avec  le  zinc,  il  constitue  le  laiton^  ou  cuivre 

jaune,  d'une  application  si  générale  et  si  variée.  Le  mailleckori  dont  la  blancheur  et  Té* 

dal  argentin  se  prêtent  à  la  confection  d'olgets  culinaires,  n'est  autre  chose  qu'un  alliage 

de  euivre,  de  zinc  et  de  nickel,  dans  des  proportions  convenables.  Le  cuivre  entre  pour 

un  dixième  dans  la  composition  de  nos   monnaies    d'or  et  d'argent ,   auxquelles  il 

communique  assez  de  dureté  pour  leur  permettre  de  garder  longtemps  la  forme  qu'on 

.eur  donne.  A  ces  applications  du  cuivre,  il  faut  encore  ajouter  celles  qui  résultent  de 

^es  composés  salins,  comme  le  sulfate  de  cuivre  ou  vitriol  bleu  du  commerce,  si  précieux 

pour  la  fabrication  des  teintures,  etc.,  et  qui  sous  le  nonl  de  magistral  joue  un  si  grand 

rôle  dans  le  traitement  des  minerais  d'argent  par  la  méthode  américaine.  Enfin,  au 

contact  de  certains  acides,  le  cuivre  donne  naissance  à  de  belles  couleurs  vertes,  utilisées 

pour  la  peinture. 

Comme  pour  le  fer,  TAngleterre  est  au  premier  rang  pour  la  production  du  cuivre.  La 
France  sous  ce  rapport,  est  d'une  extrême  pauvreté. 

HiRBBAis  HE  PLOMB.— On  n'en  connaît  qu'un  seul;  c*est  lep/om5  sulfi$réf  connu  sous  le 
nom  de  gaUne^  qui  se  compose  de  87  parties  de  plomb  et  de  13  de  cuivre.  II  se  présente 
en  filons  dans  les  anciennes  roches  de  cristallisation  comme  dans  les  anciennes  roches 
sédimentaires ,  gneiss,  etc. 

Les  propriétés  qui  font  rechercher  le  plomb  sont  sa  grande  fusibilité ,  sa  malléabilité , 
et ,  dans  quelques  circonstances ,  sa  pesanteur.  Ce  métal  a  une  ténacité  très-faibl«9  ; 
sa  couleur,  d'un  gris  assez  éclatant,  se  ternit  promptement  à  l'air.  Il  entre  facilement 
en  fusion ,  et  se  volatilise  à  une  haute  température!  On  sait  que ,  dans  l'espérance 
de  transformer  le  plomb  en  argent ,  les  alchimistes  l'ont  soumis  à  une  fouie  d'épreuves 
qui,  au  moins,  ont  eu  pour  résultat  de  nous  en  bien  faire  connaître  les  propriétés  ;  aussi  esl^ 
ce  un  des  métaux  les  plus  connus  et  les  plus  estimés. 

Le  plomb  laminé  sert  à  couvrir  des  édifices,  à  faire  des  bassins ,  des  conduits  de  toute 
grandeur;  converti  en  feuilles  plus  minces,  on  l'emploie,  comme  le  papier,  pour  envelop- 
f'er  certains  produite  d'une  altération  facile.  Aujourd'hui  on  l'élire  en  fils,  qui  sont  très- 
commodes  en  horticulture  pour  attacher  les  espaliers,  etc.  La  densité  du  plomb  le  rend 
très-propre  à  servir  de  projectile;  car  toute  proportion  gardée,  la  résistance  de  l'air  étant 
en  raison  de  la  surface  du  corps  en  mouvement,  une  masse  de  plomb  éprouve  bien  moins 
de  résistance  de  la  part  de  l'air  que  n'en  éprouverait  toute  autre  matière  spécifiquement 
moins  pesante;  aussi  est-ce  avec  le  plomb  que  se  font  les  balles  et  les  grenailles.  Allié  à 
•'étain,  le  plomb  forme  la  soudure  des  plombiers  et  des  ferblantiers.  A  l'état  de  combinai- 
son, et  sous  divers  noms  qui  en  masquent  la  présence,  ce  métal  rend  encore  un  grand 
nombre  de  services  :  ainsi  la  céruse^  le  plus  beau  blanc  que  possède  la  peinture,  et  qu'on 
fabrique  en  grand  à  Clicby,  n'est  qu'un  carbonate  de  plomb*  A  l'état  d'oxyde,  le  plomb 
donne  le  tumîtini,  qui  entre  pour  plus  de  moitié  dans  la  composition  du  verre  dé  cristal. 
Avec  une  moindre  proportion  d'oxygène,  il  produit  la  litbarge,  dont  l'usage  est  si  commun 
dans  les  arts.  On  en  fait  surtout  un  grand  usage  en  peinture,  parce  qu'elle  épaissit  et  rend 
siccatives  les  huiles  de  lin,  de  noix,  d'ceiilette  ou  de  graines  de  pavots«  Autrefois  les  vins 
acides  étaient  adoucis  avec  de  la  liUiarge  ;  mais  cette  criminelle  fraudn  a  cessé  depuis 
qu'on  eoonaft  le  danger  de  pareilles  boissons. 

Venpioi  le  phis  ialéressaiit  du  plomb  9st  celui  qui  a  pour  objet  la  confaction  des  oarafiF 


5^  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  W 

lèresM'imprimerie.  C'est  avec  un  alliage  de  cpiatre  parties  de  plomb  et  d'une  d^antimoine 
au'on  moule  ces  caractères  qui  ont  déjà  tani  fait  pour  l'humanité,  et  qui  feront  plus  encore 
en  répandant,  nous  l'espérons,  dans  toutes  les  classes  et  chez  tous  les  f^PÏ^j  1«^  bien- 
faits de  la  civilisation;  en  sorte  que,  si  d'un  côté  le  plomb,  converti  en  balles,  décide  vio- 
lemment  du  sort  des  nations  pendant  la  guerre,  ilest,  comme  on  le  voit,  heureusement 
appelé,  sous  une  autre  forme,  à  exercer  une  influence  plus  considérable  encore  par  la 

propagation  de  la  pensée. 
La  France  est  pauvre  en  plomb.  L'Angleterre  et  l'Espagne  en  exportent  une  très-grande 

quantité. 

Minerais  d'étain.  -  Le  seul  minerai  d'étaîn  qui  soit  l'objet  de  sérieuses  exploitations, 
e?t  Yétainoxydé  pu  cassitérite  qui  se  trouve  dans  tes  anciens  terrains  de-crislallisaUon  et 
donne  79  pour  lOO  d'élain  (Angleterre,  Indes  orientales,  etc.). 

Les  usiiges  de  l'étain  sont  nombreux  et  intéressants  :  on  en  fabrique  un  grand  nombre 
d'ustensiles  précieux  pour  la  campagne.  La  vaisselle  d'ét{iin  a  été  longtemps  en  honneur,  et 
on  la  rencontre  encore  dans  certaines  contrées  qui  tiennent  aux  vieilles  habitudes.  L'étain  est 
fréquemment  employé  pour  l'étamage  de  la  plupact  des  vases  de  cuivre  ;  il  sert  à  la  fabrica- 
tion du  fer-blanc,  qui  n'est  autre  cho$e  que  du  fer  laminé  recouvert  d'une  pellicule d'étam. 
Le  moiré  qu'on  obtient  sur  ce  fer  étamé  est  produit  par  la  cristallisation  de  l'étain,  mise  en 
évidence  aussitôt  qu'on  lave  le  fer-blanc  avec  une  liqueur  acidulée  ;  car  la  pellicule  d'étain 
de  la  surface  entrant  alors  en  dissolution  laisse  à  nu  la  couche  inférieure  qui  se  montre 
avec  une  belle  upparence  cristalline  et  chatoyante.  Lorsqu'on  veut  avoir  de  beaux  cris- 
taux, il  feut,  en  étamant,  laisser  lentement  refroidir  l'étain.;  un  résultat  contraire  s'obtient 
quand  on  fait  refroidir  promptemenl  ;  car  alors  la  cristallisation,  gênée  dans  sa  principale 
condition,  ne  donne  plus  que  des  cristaux  croisés  et  petits,  que  fait  également  ressortir 
un  lavage  à  l'eau  acidulée  (mélapge  d'eau,  d'acide  azotique  et  d'acide  chlorhydrique).  On 
a  longtemps  tiré  parti  de  ce  secret  pt)ur  l'exploiter  avec  profit,  et  le  moiré  avait  d'autant 
plus  de  vogue,  qu'on  le  couvrait  de  vernis  colorés  qui  lui  donnaient  un  aspçct  chatoyant 
plus  séduisant  encore. 

L'étain  entre  dans  la  composition  de  la  soudure  des  plombiers  et  des  ferblantiers  ;  allié 
au  cuivre,  il  forme  le  bronxej  et  combiné  avec  le  mercure,  il  sert  à  la  fabricai,io|i  des  glaces. 
Il  fournit  à  la  teinture  de  très- vives  couleurs];  enfin  sa  malléabilité  permet  d'en  faire  des 
feuilles  minces,  propres  à  garantir  du  contact  de  l'^ir  diyers  objets  et  divers  comestibles. 

Cet  utile  métal  est  loin  d'être  abondant  :  à  l'exception  des  mines  d'Angleterre,  qui  en 
produisent  une  assez  grande  quantité,  on  ne  cite  guère  en  Europe  que  celles  de  la  Saxe  et 
de  la  Bohême  dont  les  exploitations  soient  lucratives. 

Minerais  de  ziifc.  —  Le  zinc  se  trouve  en  abondance  à  l'état  de  carbonate,  de  silicate  et 
de  sulfure.  Ces  minerais  sont  assez  communs  dans  les  filons  métallifères.  (Belgique,  Silésie, 
Angleterre,  etc.) 

La  découverte  du  zinc  ne  date  que  du  xvi*  siècle. 

Autrefois  le  zinc  n'était  employé  que  pour  la  fabrication  du  laiton  (alliage  de  zinc  et  de 
cuivre);  mais,  depuis  quelques  années,  l'emploi  de  ce  métal  a  pris  parmi  nous  un  dévelop- 
pement considérable,  surtout  depuis  qu'on  est  parvenu  à  laminer  le  zinc;  car,  sous  forme 
de  feuilles,  il  remplace  avec  avantage,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  les  feuilles  de  plomb, 
de  cuivre  et  de  fer-blanc.  On  s'en  sert  pour  couvrir  des  édifices,  pour  le  doublage  de  quel- 
ques navires  de  commerce;  on  [en  fait  un  très-grand  nombre  d'ustensiles  domestiques,  et 
une  foule  d'objets  de  décoration  ;  mais  la  facilité  avec  laquelle  le  zinc  est  attaqué  par  les 
acides  les  plus  faibles  doit  en  faire  repousser  l'usage  pour  la  cuisson  de  certains  aliments^ 
car  les  sels  qu'il  forme  sont  dangereux  pour  l'économie  animale.  Les  propriétés  du  zinc  la 
rendent  précieux  pour  des  expériences  scientifiques  :  il  constitue  l'un  des  éléments  de  1^ 
pile  do  Volta,  instrument  qui  a  exercé  une  grande  infuence  en  physique  el  çn  chîn\ie.  Au- 


Cl  «TRODUCTION. 

jonrdliai  on  recoayro  de  zinc  aoe  foule  d'objets  en  fer,  -tels  que  cbalaes,  (reinis ,  outils  de 
jardinage,  etc.,  ee  qui  les  présenre  de  la  rouille  ou,  en  d'autres  termes,  de  Toxydation. 

L*oxvde  de  zinc  ou  blanc  de  snnc  vient  récemment  d*étre  substitué  à  Foxyde  de  plomb 
pour  toutes  les  couleurs  dont  la  cérase  est  la  base.  Cette  application,  introduite  dans  Tin- 
dustrie  par  M.  Leclaire,  est  reconnue  chaque  jour  plus  utile,  car  le  blanc  de  zinc  ne  paraU 
pas  exercer,  conune  la  céruse,  une  action  délétère  sur  la  santé  des  ouvriers.  Des  chie  n$ 
ont  été  frottés,  à  différentes  reprises,  les  uns  avec  une  pommade  contenant  de  Toxjde  de 
plomb,  les  autres  avec  une  pommade  contenant  de  Toxyde  de  zinc  :  les  nremiers  sont  morts 
au  bout  d'un  mois,  les  seconds  n'ont  ressenti  aucun  effet. 

M iSBBAis  iNs  macumB.  —  Le  principal  minerai  de  mercure  est  le  cinabre  ou  mercure  $ul^ 
furéf  d'une  liellé  couleur  rouge  (86  parties  de  mercure  et  \k  de  soufre).  Il  se  trouve  prin- 
cipalement en  filons  ou  en  veines  dans  les  terrains  de  cristallisation  ou  de  transition.  11  est 
assez  peu  répandu  (Almaden,  en  Espagne;  Idria,  en  Illyrie). 

Ijts  exhalaisons  du  mercure  sont  dangereuses  pour  l'économie  animale.  Ce  sont  ordinai- 
rement des  condamnés  qui  travaillent  aux  mines  de  mercure,  et  l'existence  si  courte  de  cçs 
malheureux  est  rendue  affreuse  par  le  continuel  dépérissement  de  leur  santé.  Ailleurs,  dans 
les  ateliers  où  l'on  emploie  le  mercure,  les  ouvriers  sont  plus  ou  moins  victimes  des  vflr 
peurs  délétères  qui  résultent  de  cet  emploi. 

Le  mercure  se  distingue  de  tous  les  autres  métaux  par  sa  fluidité  constante  dans  nos  cli-» 
mats.  Sa  couleur,  d'un  éclat  argentin  un  peu  bleuAtre,  et  la  mobilité  qu'il  affecte  sur  une 
feuille  de  papier  qu'on  tient  à  la  main  lui  ont  valu  le  nom  vulgaire  de  vif-argenl.  Il  est  doué 
de  la  propriété  de  dissoudre  l'or,  l'argent  et  le  cuivre.  Il  se  solidifie,  par  un  grand  abaisse- 
menl  de  température,  à  40*  au-dessous  de  zéro;  et,  ce  qu'il  y  a  de  singulier,  c'est  qu'en  cet 
état  il  produit  sur  nos  organes  la  même  sensation  qu'un  corps  très-chaud  :  au  moins  est- 
ce  l'effet  qu'on  ressent  lorsque,  après  l'avoir  solidifié  à  l'aide  de  réfrigérants ,  on  le 
met  un  instant  dans  le  creux  de  la  main.  Cette  sensation  va  jusqu'à  désorganiser  la  peau. 

Là  liquidité,  la  pesanteur,  l'éclat,  la  dilatibilité,  et  surtout  la  tendance  du  mercure  à  s'u- 
nir à  quelques  métaux  pour  former  des  alliages  que  l'on  nomme  amalgames^  sont  autant  de 
qualités  précieuses  qui  le  rendent  très-utile.  On  l'emploie  dans  la  confection  des  thermo- 
mètres, si  nécessaires  pour  apprécier  le  degré  de  température,  et  dans  celle  des  toromètres 
destinés  à  mesurer  la  pression  qu'exerce  l'atmosphère  à  tel  ou  tel  niveau ,  et  qui  annon- 
cent, avec  plus  ou  moins  d'exactitude,  la  variation  du  temps. 

La  facilité  avec  laquelle  le  mercure  dissout  l'or  et  l'argent  est  mise  à  profit  pour  isoler 
ces  deux  métaux  précieux,  quand  ils  sont  associés  à  d'autres  matières.  Amalgamé  à  l'argent, 
il  sert  aux  dentistes  pour  plomber  les  dents  cariées.  Le  mercure  n'absorbant  pas,  comme 
Feau^  les  gaz  avec  lesquels  il  est  en  contact,  on  s'en  sert  dans  les  laboratoires  de  chimie 
pour  recueillir  et  mesurer  les  différents  gaz.  Uni  à  l'étain,  le  mercure  constitue  l'élamage 
des  glaces;  combiné  au  soufre  et  broyé,  il  fournit  une  poudre  d'un  rouge  très-vif  qu'on 
emploie  dans  les  arts  sous  le  nom  de  vermillon.  La  plus  grande  partie  du  mercure  que  pro- 
duit l'Europe  passe  en  Amérique  pour  y  être  employée  au  traitement  des  minerais  argen- 
tifères et  aurifères  par  le  procédé  d'amalgamation. 

MursBjus  d'aegext.  —  On  compte  quatre  minerais  argentifères  :  l'argent  natif  p  l'argent 
sulfwréy  l'argent  àntimonié  sulfuré^  et  l'argent  chloruré, 

A  Vétat  natif,  l'argent  se  présente  ou  sous  forme  dendritique,  et  dans  quelques  alluvions 
en  pépites  et  même  eq  masses  volumineuses.  Les  mines  du  Pérou  en  ont  fourni  des  blocs 
de  quarante,  soixante  et  cent  kilogrammes. 

L'argent  sulfuré  on  argyrote  est  le  minerai  argentifère  le  plus  riche  et  le  plus  abondant. 
En  filons  et  en  amas  dans  les  terrains  de  transition  fracturés  (Hongrie,  Norwége,  et  surtout 
le  Mexique  et  le  Pérou). 

L'argent  aii/tifii>nî/«u//tfrf,  ou  argent  rouge,  forme  en  Amérique  une  partie  importante  de 
certains  dépôts  qui  sont  la  source  de  produits  copsidérables. 


es  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGOIOE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  et 

L*argent  chloruré  ou  argent  corné ^  d*une  coosistance  analogue  à  celle  de  la  cire,  est  très- 
aoudant  au  Mexique  et  au  Pérou..  *  I 

L*argent  pur  est  sonore  et  d*un  blanc  trèsréclatant.  Il  perd  son  éclat  au  contact  de 
l*hydrog^ne  sulfuré;  il  en  est  de  même  au  contact  des  œufs,  car  les  œufs  contiennent  un 
peu  de^  soufre  qui  se  combiae  avec  Targent.  L'argent  est  difficilem^ent  attaquable  par  les 
acides  organiques,  et  c'est  sur  cette  propriété  qu'en  est  basé  remploi  dans  Téconomie  do- 
mestique. Après  Tor,  c'est  le  plus  malléable  et  le  plus  ductile  de  tous  les  métaux  :  on 
peut  le  réc^uire  eu  feuilles  extrêmement  minces,  et  l'étirer  en  fils  très-déliés.     - 

La.  beauté  et  rinaltérabilité  de  l'argent  l'ont,  de  tout  temps,  fait  rechercher  :  aujourd'hui 
encore  on  en  fait  toutes  sortes  de  vases  et  d'ornements  pr:écieux.  Le  principal  usage  de 
l'argent  est  de  servir  de  signe  représentatiif  de  la  richesse  sociale  et  de  la  valeur  de  tous  les 
produits.  L'alliage  de  neuf  parties  d'argent  et  d'une  partie  de  cuivre  est  celui  que  la  France 
a  déterminé  pour  la  confectioa  de  ses  monnaies  d'argent.  Employé  dans  l'orfèvrerie, 
l'argent  est  également  combiné  avec  le  cuivre  à  deux  titres  différents  et  suivant  des  pro- 
portions déterminées  par  la  loi.  Le  but  qu'on  se  propose  en  alliant  à  l'argent  une  petite 
quantité  de  cuivre,  est  d'en  augmenter  la  duceté  et  la  consistance  ;  car,  pur,  ce  métal  ne 
conserverait  pas  longtemps  le  modelé  des  formes  délicates.  Réduit  en  pellicules  d'une  té- 
nuité extrême,  Targent  s'applique  à  froid  sur  différents  objets  ;  uni  au  mercure  il  s'étend 
à«  chaud  à  la  surface  des  autres  métaux. 

Mais  l'art  d'argenter  et  de  dorer  sur  métal  a  reçu  depuis  quelques  années  un  immense 
développement.  C^st  maintenant  par  le  procVd^/f^cfro-cAJmtQtie  qu'on  applique  à  volonté 
l'or  et  l'argent  sur  des  objets  façonnés  avec  des  métaux  moins  c>her  et  plus  tenaces.  Cette 
remarquable  découverte^ due  à  MM.  de  Ruolz  et Elkiugton^ met ,  pour  ainsi  dire,  lusage 
des'métaux  précieux  à  la  portée  de  tous.  L'argent  rend  encore  d'autres  services,  mais 
d'une  tout  autre  nature  :  combiné  av^c  l'acide  azotique,  on  l'emploie  en  chirurgie  pouç 
brûler  certaines  excroissances  charnues,  ce  qui  lui  a  valu  le  nom  de  pierre  infernale  ; 
enfin,  diverses  combinaisons  argentifères  entrent  dans  la  fabrication  des  poudres  {ulmi^ 
nantes. 

Nous  ne  possédons  en  France  qu^un  très-petit  nombre  de  m.  nés  d'argent  :  les  plus  im* 
portantessont  celles  de  Huelgoat  etde  Poullaouen,.dans  le  département  du  Finistère,  et, 
bien  qu'elles  soient  dans  un  état  de  prospérité,  leur  production  est  fort  limitée.  L'Autri- 
che, la  Russie,  la  Suède  et  la  Saxe  produisent  la  presque  totalité  de  l'argent  qu'on  retire  en 
Europe,  production  bien  minime,,  comparativement  h  celle  du  Mexique,  du  Pérou,  de 
Buenos-Ayres,  du  Chili,  etc.  C'est  donc  de  l'Auiérique  que  vient  la,  plus  grande  partie 
de  l'argent  qui  circule  dans  le  commerce.  Le  kilogramme  d'argent  vaut  environ  222  francs. 
MuvBRAis  o'oR.-— L'or  ne  se  trouvci  pour  ainsi  dire»  qu'à  l'état  natifs  en  petits  cristaux  ou 
enpépiiee.  Toutefois  il  est  fréquemment  allié  à  una  faible  quantité  d'argent.  Ce  n'est  pas 
ordinairement  dans  les  gisements  originaires,  les  roches  quartzeuses  du  terrain  primitif, 
qu'on  recherche  ce  métal,  mais  dans  les  terrains  d'alluvion  formés  aux  dépens  de  la  des- 
truction des  gîtes  primitifs  (Brésil,  Colombie,  Mexique,  Haute-Californie,  Monts  Ourals 
en  Sibérie).  Voici  le  mode  d'exploitation  au  Brésil,  suivant  M.  Ch.  d'Orbigny  : 

€  Le  premier  soin  à  prendre  quand  on  veut  exploiter  ces  alluvions  aurifères»  provenant 
évidemment  de  la  destruction  de  gîtes  originaires,  consiste  à  détourner  un  petit  cours  d'eau 
et  à  le  faire  arriver  sur  un  point  qui  domine  le  dépôt  aurifère  qu'on  se  propose  de  laver. 
Cette  disposition  obtenue,  on  taille  dans  le  sol  de  larges  gradins  eu  forme  d'escalier,  au  bas 
duquel  on  pratique  une  fosse  de  dimension  variable.  Puis  les  laveurs  sont  placés  de 
distance  en  distance  sur  les  gradins  ;  et  à  mesure  que  l'eau  coule  en  petites  cascades  sur  ces 
gradins,  ils  remuent  la  terre  avec  des  pioches.  Peu  à  peu,  le  sédiment  se  convertit  en  une 
bouc  liquide  que  le  courant  entraîne  ;  mais  au  pied  de  l'escarpement,  se  trouve  la  fosse  où. 
viennent  se  déposer  tous  les  sables  denses  et  ferrugineux,  parmi  lesquels  se  trouve  natu- 
rellement l'or.  En  continuant  cette  opération  pendant  quelques  jours,  et  en  ayant  soin  de 


a  WTRODIJCTKM.  66 

rejeter  les  eaillooxy  le  minerai  deyient  assez  coneeniré  pour  être  soamis  à  d-antres  prépa- 
rations  mécanlqpies. 

«  Ainsi  réduit,  le  minerai,  ou  cai'aJho^  comme  rappellent  les  habitants  du  pays,  tiï 
transporté  sons  nne  antre  chute  d'eau,  où  il  subit  un  noureau  layàge  analogue  au  premier, 
mais  exécuté  arec  plus  de  soin.  On  prend  ici  les  précautions  les  plus  minutieuses  pour 
arrêter  une  partie  des  paillettes  d*or  qui,  à  raison  de  leur  grande  ténuité,  sont  susceptibles 
d*étre  entratnées  par  Tean.  A  cet  effet,  on  dispose,  dans  la  partie  inférieure  du  laToir,  des 
peaux  de  boeufs  dont  le  poil  est  tourné  à  rencontre  du  courant.  Ces  peaux,  lavées  de  temps 
à  autre,  rendent  toujours  une  certaine  quantité  de  paillettes  microscopiques.  Lorsque  ce 
second  larage  a  couTcnablement  réduit  le  minerai,  on  retke  celai-d  du  kToir  et  l^on  pro- 
cède à  la  dernière  opération^  qui  a  pow*  but  d'isoler  Tor. 

«  Chaque  lareur  prend  dans  sa  sébfle  envifon  quatre  ou  cfnq  kilogrammes  de  cascaibo 
encentré,  fidt  entrer  Tean  dans  ce  vase,  qu'il  tient  de  )a  talin  gauche  et  auquel  il  im- 
prime  un  mouvement  giratoire,  en  même  temps  qu'il  remue  le  casealho  arec  Ja  main 
droite,  de  manière  à  le  tenir  en  suspension  dans  Feau.  L*or  se  précipite  au  fond,  par  le 
seul  iait  de  sa  grmde  densité,  tandis  que  les  substances  légères  sont  |>eu  %  peu  adroite- 
ment rejetées  dans  le  lavoir.  En  continuant  ainsi,  il  ne  reste  bientôt  plus  dans  ta  sébile  que 
des  parcelles  d'or  et  des  grains  pulvérulents  de  fer  oxydulé  qu'on  fait  tomber  dans  un  vase 
destiné  à  les  recevoir.  A  la  fin  de  la  joornée,  rien  n'est  plus  simple  et  plus  fiicile  que  la 
séparation  des  sables  ferrugineux  de  Tor  successivement  ainsi  accumnlèi  soit  avec  la  main 
quand  le  mélange  est  bien  sec,  soit  en  y  promenant  un  aimant,  qui  s'empare  du  fer  oxj- 
dulé.  Telle  est  la  méthode  usitée  dans  la  presque  totalité  des  exploitations  aurifères  du 
Brésil. 

«  La  province  de  Minas-Geraes  présente  une  surface  presque  égale  à  celle  de  la  Franee 
entière  ;  et  malgré  cette  grande  étendue,  ]a  dispersion  de  l'or  y  est  telle,  que  tous  les 
^eoiffs  d*eaQt  grands  ou  petits,  en  charrient  des  paillettes  et  quelquefois  des  pépites.  C'est 
ym  tàii  certain  que  nous  avons  eu  occasion  de  constater  en  parcourant  cette  contrée  dans 
tous  les  sens.  Il  est  vrai  que  cette  richesse  n'est  pas  très-eonsidérable,  mais  elle  est  près- 
tme  {SariDut  suffisante  pour  que  les  esclaves  aient  intérêt  à  s'occuper  du  lavage  aurifère 
le  dimanche,  jour  où  ils  peuvent  disposer  du  fruit  de  leur  travail.  » 

Quant  aux  gisements  de  la  Californie,  qui  sont  incomparablement  plus  riches  que  ceux 
du  Brésil,  c'est  dans  les  grandes  vallées  du  Sacramenio  et  du  San  Joaquim^  comprises  dans 
la  Sùrra  Nevada  et  les  montagnes  de  la  côte,  qu'on  a  principalement  exploité  jusqu'ici 
les  sables  aurifères.  Ces  vallées,  sillonnées  par  une  multitude  de  petits  cours  d'eau,  em- 
brassent une  étendue  de  plus  de  deux  cents  lieues  de  long  sur  vingt  de  large;  et  partout 
un  y  trouve  des  paillettes  d'or.  Les  riches  sédiments  aurifères  se  rencontrent  à  une  faible 
profondeur,  surtout  au  pied  des  collines,  dans  les  gorges  resserrées,  autour  des  blocs  de 
rochers  sur  lesquels  ont  passé  d'anciens  torrents.  Ces  sédiments,  formés  de  débris  arrachés 
et  charriés  sans  doute  de  la  Sierra  Nevada,  lors  du  grand  cataclysme  diluvien,  sont  en 
partie  recouverts  par  les  détritus  des  alluvions  modernes. 

Le  lavage  des  minerais  d'or,  en  Californie,  s'exécute  à  peu  près  comme  au  Brésil,  peut- 
être  même  avec  moins  de  soin  ;  car,  lorsque  les  gttes  sont  très-riches,  on  néglige  toujours 
les  précautions  qui  entraînent  des  lenteurs.  Ce fisdt  se  reproduit  souvent  dans  l'exploitation 
de  For  et  du  diamant,  et  il  explique  très-bien  pourquoi  les  riches  sédiments ,  exploités 
STec  trop  de  précipitation,  sont  soumis  à  des  lavages  subséquents  aussitôt  que  la  bonne 
Teine  est  épuisée. 

On  distingue  en  Californie  deux  sortes  de  mines  :  les  unes,  qu'on  nomme  wel'^diggings 
(mines  humides),  ne  sont  guère  exploitables  que  six  mois  de  l'année  ;  elles  se  trouvent 
dans  les  vallées,  les  bas-fonds,  à  proximité  des  cours  d'eau,  des  lacs  ;  les  autres,  dry^dig^ 
gings  (mines  sèches)  sont  dans  les  régions  élevées,  à  l'abri  des  inondations  des  cours  d*ean 
actuels.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  on  pratique  des  excavations  de  un  mètre,  deux  ou  trois 


67  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  68 

mèires  de  proiondeur  :  c*e$t  ordinairement  à  ce  niveau,  sur  le  roc  vif,  quç  se  trouve  lemclal 
précieux  dans  un  sédiment  quartzeux  que  Ton  soumet  au  lavage.  Quelques  mineurs,  plus 
experts  ou  plus  hardis,  recherchent  les  gttes  originaires  dans  les  roches  quartaeuses  qui  leur 
s<)rvent  de  gangue,  et  qu'ils  font  voler  en  éclats  à  Taide  de  pétards.  Cette  exploitation  ^ 
dans  ce  pays  désert  et  malsain,  entraîne  beaucoup  de  peines,  de  fatigues,  de  tribulations 
de  tout  genre;  oeaucoup  de  malheureux  y  succombent  avant  d'avoir  aperçu  une  parcelle 
d*or,  mais  en  revanche  quelques-uns  s'enrichissent  eu  peu  de  jours. 
.  Jusqu'à  présent»  on  peut  dire  que  l'art  du  mineur  et  surtout  la  science  du  géologue ,  si 
utiles  dans  les  exploitations,  n'ont  pas  pénétré  en  Californie.  Les  Américains  en  sont  en- 
core aux  hypothèses  sur  la  véritable  étendue  et  sur  la  richesse  de  leurs  mines  aurifères. 
Peut-être  le  versant  oriental  de  la  Sierra  Nevada  possède-t-il  des  trésors  inconnus.  Quoi 
qu'il  en  soit,  en  s'en  tenant  à  l'exploitation  des  gîtes  connus,  l'extraction  de  l'or  est  telle 
dans  ce  pays,  qu'on  l'évalue  annuellement  à  plus  de  200  millions  de  francs  (le  relevé  of- 
ficiel de  l'or  extrait  en  1850  s'élève  à  35  millions  de  dollars).  Si  l'on  refléchit  au  nombre 
chaque  jour  croissant  des  laveurs  qui  arrivent  de  toutes  parts,  aux  découvertes  pro- 
bables de  nouveaux  placert^  à  l'emploi  probable  de  machines  et  de  méthodes  d'extrac- 
tion plus  expéditives  que  celles  dont  on  se  sert  maintenant,  on  ne  sera  pas  éloigné  d'ad- 
mettre que  la  production  de  l'or,  dans  cette  partie  du  nouveau  monde,  est  susceptible  de 
^'accroître  annuellement  dans  des  proportions  considérables»  comme  cela  est  successive- 
ment arrivé  aux  dépôts  aurifères  des  monts  Ourals,  exploités  par  les  Russes» 

L'or,  comme  on  le  sait»  et  trèsHiense,  très-brillant  est  d'une  belle  couleur  jaune.  Il  a  en- 
viron quinze  fois  plus  de  valeur  que  l'argent  ;  malts»  à  quelques  exceptions  près,  il  est 
aussi  quinze  fois  plus  diflicile  à  recueillir.  Son  inaltérabilité  est  remarquable:  les  acides  azo- 
tique et  sulfùrique  ne  l'attaquent  pas.  On  parvient  seulement  à  le  dissoudre  dans  Teau  ré- 
gale (mélange  d'acide  azotique  et  d'acide  chlorhydrique)  et  alors  cette  liqueur  prend  une 
belle  couleur  jaune.  L'or  est  le  plus  ductile  et  le  plus  malléable  de  tous  les  métaux;  on 
peut  le  réduire  en  feuilles  si  minces,  que  le  moindre  souffle  suffit  pour  les  enlever.  Sa 
jjrande  malléabilité  est  très-utile  dans  les  arts;  car  elle  permet  de  l'employer  en  dorure  par 
couches  extrêmement  minces.  Il  peut  se  combiner  avec  un  grand  nombre  de  métaux  ;  mais 
on  ne  l'allie  guère  qu'au  cuivre  et  à  l'argent. 

Les  remarquables  qualités  de  l'or  l'ont  fait  rechercher  de  tout  temps  pour  la  confection 
des  vases  et  (\es  bijoux  de  prix.  Presque  toujours  il  a  été»  conjointement  avec  l'argent,  le 
signe  représentatif  de  la  richesse  publique.  Employé  dans  la  monnaie  française,  l'or  re- 
çoit, comme  l'argent,  un  dixième  de  cuivre,  qui  lui  communique  delà  dureté;  les  objets 
d'orfèvrerie  et  de  bijouterie  en  reçoivent  aussi  k  deux  titres  différents  fixés  par  la  loi»  et 
c'est  à  cette  addition  de  cuivre  que  l'or  doit  la  faculté  de  pouvoir  être  finement  travaillé. 
Ce  métal  est  employé  dans  la  dorure  par  différents  procédés  :  on  dore  sur  bois,  sur  porce- 
laine, sur  papier,  etc.,  et. sur  métaux  par  la  méthode  électro-chimique.  Enfin,  diverses 
préparations  d'or  sont  fréquemment  mises  en  œuvre  dans  les  arts. 

Pour  apprécier  les  titres  des  alliagesd'or,  titres  et  alliages  qui  varient  d'un  pays  à  l'autre»  on 
sesert  habituellementd'une  pierre  noire,  en  partie  silii'euse  {pierre  de  <oucA€),sur  laquelle  on 
frotte  l'alliage  à  essayer  de  manière  ày  laisser  une  trace  métallique.  On  passe  ensuitesur  cette 
trace  un  peu  d'acide  azotique  {eau  forte)^  sans  aucune  action  sur  l'or,  mais  dissolvant  tous 
les  autres  métaux  qui  s'y  trouvent;  en  sorte  qu'on  peut  approximativement  reconnaître,  à 
l'affaiblissement  qu'a  subi  la  trs^ce  métallique,  la  valeur  de  l'alliage  soumis  à  l'opération.  Ce 
moyen,  qu'emploient  les  orfèvres,  exige  une  certaine  habitude  pour  comparer  les  résultats 
obtenus  à  ceux  que  fournissent,  de  la  même  manière,  des  morceaux  d'alliage  de  titres 
connus,  et  qu'on  nomme  touchaux. 

,  Si  l'on  considère  qu'on  extrait,  chaque  année,  une  quantité  d'or  et  d'argent  dépassant 
de  beaucoup  celle  qui  se  consomme,  il  semble  qu'on  soit  en  droit  de  conclure  que  la  valeur 
de  ces  deux  métaux»  comparée  à  la  valeur  du  travail  et  des  produits  agricoles,  doit  dimi- 


69  INTRODUCTION.  70 

nuer  gradaellemcnt  au  fur  et  à  mesure  que  leur  masse  s'augmente.  Il  y  a  trois  siècles  que  TA- 
iBérique,  en  donnant  à  FEurope  des  mines  plus  riches  et  plus  faciles  à  exploiter,  détermina 
brusquement  une  dépréciation  analogue  ;  il  en  est  résulté  que  divers  produits,  tels  que  les 
produits  agricoles,  par  exemple,  sont  plus  chers  aujourd'hui  qu'autrefois  ;  et  cette  aug- 
mentation considérable  dans  le  prix  des  denrées». et  conséquemment  de  la  main-d'œuvre, 
serait  bien  plus  grande  encore  sans  le  perfectionnement  des  arts  et  de  l'agricult^ire^  qui 
tend  vers  un  but  contraire  en  simpliûant  les  moyens  de  production.  Aujourd'hui  même,  si,. 
par  une  cause  quelconque,  les  frais  d'extraction  de  For  et  de  .l'argent  étaient  subitement 
abaissés  de  moitié,  nous  verrions  se  reproduire  un  irésultat  analogue  à  celui  qui  boule- 
yersa  le  monde  financier,  il  y  a  trois  siècles  ;  seulement  la  crise  serait  moins  violente,  parce 
que  la  masse  de  métaux  précieux  que  possède  Tancien  coutnient  étant,  à  présent,  très- 
grande,  l'influence  d'une  quantité,  même  considérable,  jetée  sur  le  marché,  serait  plus  lente 
^  se  faire  sentir  ;  mais  elle  produirait  assurément  une  perturbation  dans  la  fortune  des  Etats 
et  des  particuliers  délenteurs  dès  métaux  précieux. 

Eh  bienl  pour  l'argent,  un  tel  résultat  ire  tient  qu'à  la  découverte  de  riches  gisements 
de  mercure  en  Amérique  ;  car,  avec  lé  mercure  à  vil  prix,  les  mines  argentifères  du  nouveau 
monde  pourraient  facilement  doubler  et  tripler  leur  production  annuelle. 

Quant  à  l'or,  la  diminutioh  de  la  Valeiilr  réelle  de  ce  métal  est  à  peu  prèé  certaine,  si  les 
produits  de  la  Californie  viennent  à  s'accroître,  comme  on  est  fondé  à  le  penser.  On  sait 
positivement  aujourd'hui  que  les  sables  aurifères  de  ce  pays  dépassent,  par  leur  richesse, 
tout  ce  qu'on  avait  osé  rêver  dans  les  plus  riches  gisements  de  l'Amérique  méridionale. 
Des  villages,  des  villes  mêmes,  ont  été  subitement  élevés  et  peuplés  dans  dès  lieux  autrefois 
déserts.  Des  rivières,  uaguères  inconnues,  sont  maintenant  sillonnées  en  tous  sens  par  de 
nombreux  bateaux  à  vapeur.  De  toutes  parts  des  navires  arment  pour  la  Californie,  tant 
les  populations  se  précipitent  avec  entraînement  vers  ce  nouvel  Eldorado.  Sans  doute,  plu$ 
d'un  individu  n'y  trouvera  que  regrets  et  déceptions;  car,  dans  la  recherche  dés  minéraux 
précieux,  le  nombre  des  laveurs  heureux  représente  bien  plus  l'exception  que  la  règle; 
ruais,  tout  en  faisant  la  part  de  l'exagération,  on  ne  saurait  douter  que  les  sédiments 
aurifères  de  la  Californie  ne  soient  les  plus  riches  gisements  découverts  jusqu'à  ce  jour;  et 
si  leur  étendue  est  telle  qu'on  l'annonce,  la  dépréciation  de  la  valeur  de  l'or  qui  en  résultera 
sera  surtout  fatale  au  pays  dont  la  monnaie  est  en  grande  partie  fabriquée  avec  ce  métal , 
comme,  par  exemple,  l'Angleterre. 

Toutefois,  cette  déprédation,  si  elle  se  réalise,  ne  saurait  être  que  lente  et  graduelle, 
car,  h  mesure  qu'elle  se  fera  sentir,  elle  aura  pour  conséquence  inévitable  de  faire  abandonner 
successivement,  dans  presque  toutes  les  parties  du  globe,  l'exploitapon  des  gttcs  aurifères 
dont  le  rendement  tsl  médiocre  ;  en  sorte  que  la  grande  production  d'une  contrée  suspendra, 
en  partie,  la  production  des  autres  contrées. 

Nous  finirons  cet  article,  qui  termine  là  série  des  métaux  usuels,  en  donnant  l'évaluation 
la  plus  récente  de  la  production  de  ces  métaux,  telle  qu'elle  a  été  publiée  par  M.  A.  Burat, 
dans  son  excellente  Géologie  appliquée  à  la  recherche  et  à  Vexploitation  des  minéraux  utiles. 
—  «  Les  États  de  l'Burope,  dit  cet  habile  géologue,  ont  été  classés  ainsi  qu'il  suit ,  d'après 
l'évaluation  de  leurs  produits  en  métaux  bruts.  La  Russie,  qui  est  en  seconde  ligne,  ne 
viendrait  qu'après  l'Autriche,  si  l'on  retranchait  les  produits  de  ses  lavages  d'or  situés  en 
Asie.  » 

« 

Angleterre,  440  millions  de  francs. 

Russie  et  Pologne,  435 

France,  158 

Aulriche,  U7 

Confédération  germanique,  62 

Espagne,  54 

Suéde  et  Norvège,  54 

Prusse,  .49 

A  reporter,  W3. 


DICTIONNAIRE  dfe  COSMOGONIE  ET  DG  PALEONTOLOGB.  72 

Htport.  995 

Belgique,  iO 

Toscane,  15 

Piëmoiu  et  Savoie^  Il 

.  DsaeiiMurkt  9 


ToUl        1,068 

«  Si  Voh  détaille  actuellement  ces  valeurs,  dokit  le  total  s*ëlète  k  plus  d*uh  milliard  »  on 
reconnaît  qu'il  y  a  des  États  qui  pitKÎuis^enl  à  eux  seuls  la  presque  totalité  de  certains 
roétaui  (7). 

ÉTÂIlfk     CVITRE.  MERCV&B.       ZRiC.     PtOllB.     ARGEIfT.     OR.    i^R  ET  FONfE 

OMNllée. 

qolilt  m.       q.  n.       q,  ».         q,  m.      q.  m.    marrs  ($).  marci.  quinL  méu 

Des  BrîUimiqaes«  iO.OOO  250,000  >  25,000  500,000    26,000  i       I4,000,(K)0 

Russie.  I  S8,0e0  >  30,000  25,000    90,000  25*000  1,150,000 

France.  »  1^000  i  >  i^TOO      8,000  >        3|700}000 

Autriche.  [600  25,000  5|000  5t000  35,000  340|000  5,500  l,SOU,000 

Zolverein  ou  Allemagne  septi  3,500  45,000  i        180,000  95,000  150,000  120  1,800,000 

Suède  et  Norwége»  700  18,000  i  >  600    40,000  20      850,000 

Belgique.  »  i  »  75,000  50,000       i  >           880,000 

Espagne.  >  50,000  22,000  2,000  450,000 160,000  i*  250,000 

Etats  sardes.  ^  >  >  »  2»000      1,200  40     .  90,000 

Toscane,  lie  d^EIbe.  >  4|000        100  i  »  ^  i          100,000 

«  La  production  des  autres  parties  du  monde  n'est  connue  qu'autant  qu'eues  sont  nées 
par  des  rapports  commerciaux  avec  TEurope.  Les  exploitations  des  Amériques,  par  exemple, 
fournissent  les  f^  de  l'or  et  de  Targent  extraits  annuellement;  le  Pérou  produit  la  plus 
grande  partie  du  platine  employé  dans  les  arts;  le  Chili  et  le  Mexique  fournissent  une 
quantité  de  mercure  assez  notable  pour  que  Timportation  européenne  (pour  le  traitement 
des  minerais  d*argent)  ait  subi  une  diminution  sensible.  Mais,  dans  les  riches  contrées  de 
TAsie ,  la  production  suffit  en  grande  partie  à  la  consommation  locale ,  sans  que  nous  en 
connaissions  les  moyens.  La  Chine  fabrique  abondamment  le  fer  et  le  cuivre.  Banca  et 
Malacca.  dans  les  Indes,  exportent  une  quantité  d*étain  évaluée  au  double  de  la  production 
européenne 

«  Le  tableau  suivant  donnera  une  idée  de  la  répartition  et  de  la  production  des  mines 
d'or  et  d'argent  exploitées  actuellement.  «  Il  y  manque  les  produits  de  la  Californie  dont  le 
chiffre  considérable  n'était  pas  encore  connu  lorsque  ce  tableau  a  été  publié  par  M.  Burat. 

ARCBNTk  oa» 

mires»  uarcs* 

Brésil,  >  22,000 

Mexique»  2,196,000  16,000 

,     PëriMi,  600,000  4.000 

AMÉRIQUES.     /     Buénos-Avres,  52?»,000  2,000 

^     Chili,  250,000  11,500 

ColonMe,  1,200  18,000 

Etau-Unts  (Californie  non  comprise),  150,000  10,000 

ASIE,        (     Thibet,  ?  15,000 

noneompris     i 

la  Russie.    (     ArcJiipel  indien,  ?  5,000 

AFRIQUE.  Côtes  méridionales  ?  16,000 

MiNBUAis  DB  PLATINB.  —  Le  platiuc  no/î^  contient  toujours  environ  SO  pour  100  de  mé- 
taux étrangers,  fer,  rhodium,  iridium,  palladium,  osmium  et  cuivre.  Il  se  trouve,  comme 
l'or,  en  grains  ou  en  pépites,  dans  les  alluvions  anciennes  (Pérou,  Colombie,  Brésil,  Bor- 
néo, monts  Ourals).  Le  platine  est  d'un  gris  d'acier,  très-brillant,  très-ductile  et  très-mal- 
léable; il  a  des  qualités  que  nul  autre  métal  ne  possède,  comme  d'être  inaltérable  au 
suprême  degré,  et  de  résister,  sans  se  fondre,  au  feule  plus  violent  de  nos  fourneaux; 

(7)  Les  chUBres  présentés  dans  ce  tableau  ont  été  rectifiés  diaprés  Texcellente  statistique  publiée  par 
M.  Reden. 
W  Le  poids  d*un  marc,  ou  huit  onces,  correspond  à  245  grammes. 


15  INTRODUCTION.  U 

c*est  aussi  le  plus  dense  de  toos  les  corps  connus;  lorsqu'il  a  été  travaillé»  son  poids  spé- 
cifique é^e  environ  Sa  fois  celui  de  Teau  pure.  Il  fond  à  Taide  du  chalumeau  à  courant 
d'oxjgène  et  d*hydrogène. 

L^admirable  propriété  qu  a  le  platioe  de  résister  à  Taction  du  feu  et  des  acides  en  rend 
Tusa^e  précieux  dans  diverses  opérations  physiques  et  chimiques.  On  fait  avec  le  platine 
des  cornues,  des  creusets,  des  capsules,  des  tubes  et  autres  objets  de  laboratoires.  Malgré 
rélévation  de  son  prix,  on  s'en  sert  dans  les  arts  pour  faire  des  bassins  évaporatoires,  des 
alambics,  etc.  Le  bassinet  et  la  lumière  des  armes  à  feu  de  prix  ne  s'exécutent  plus  qu'avec 
ce  métal  inaltérable.  La  constance  de  son  brillant  poli  permet  de  l'employer  avec  avantage 
en  physique  pour  la  construction  de  miroirs  de  télescopes  à  réflexion.  Comme  il  est  le 
moins  dilatable  de  tous  les  métaux,  il  est  éminemment  utile  pour  la  fabrication  des  instru- 
ments de  précision  et  de  graduation;  et  l'on  sait  que  l'étalon  du  mètre,  déposé  à  l'Obser- 
vatoire de  Paris,  est  en  plaiinet  On  a  essayé  d'employer  le  platine  dans  la  byouterie; 
mais  cette  application  n'a  pas  réussi,  car  le  platine  est  plus  cher  et  moins  beau  que  l'ar- 
gent; enfin,  le  platine  s'applique  sur  porcelaine  en  couverte  totale,  et  la  vaisselle  ainsi 
ornée  présente  à  peu  près  l'apparence  de  Targenterie;  mais  la  couleur  en  est  inaltérable. 

Le  platine  serait  sans  doute  bien  plus  utilisé ,  et  l'on  en  ferait  beaucoup  plus  d'objets 
destinés  à  une  longue  durée  ou  à  un  service  difficile  et  continuel,  si  Télévation  de  son  prix 
n*y  mettait  obstacle  ;  et  bien  que  le  prix  en  soit  moins  élevé  depuis  qu'on  a  trouvé  le 
moyen  de  puriGer  le  platine  par  la  voie  humide,  ce  métal  est. encore  fort  cher,  puisqu'il 
yaut  environ  quatre  fois  plus  que  l'argent  ;  aussi  u'est-ce  guère  que  dans  les  laboratoires  et. 
dans  quelques  ateliers  particuliers  qu'il  reçoit  une  application  journalière.  Un  alambic  de 
platine  coûte  jusqu'à  20  et  25,000  francs. 

MiHBAiiis  d'antuioinb.  --  L'autimoiue  existe  à  l'état  natif,  à  l'état  d'oxyde  et  de  sulfure  ; 
ce  dernier  minerai  est  le  plus  important.  * 

Le  êulfure  ^amiimoine  forme  des  filons  dans  le  granit,  le  gneiss,  etc. 

Les  principaux  usages  de  l'antimoine  dans  les  arts  sont  fondés  sur  la  propriété  qu'il  a  de 
durcir  les  métaux  avec  lesquels  il  est  allié,  son  emploi  le  plus  remarquable  consiste  à  le 
combiner  avec  le  plomb ,  alliage  dont  on  se  sert  pour  les  caractères  d'imprimerie.  Seul, 
Tantimoine  serait  trop  fragile  pour  cet  objet;  de  son  côté  le  plomb,  également  seul,  man- 
querait de  dureté  :  le  premier  serait  pulvérisé,  le  second  aplati  par  la  pression,  tandis  que, 
réunis,  ils  forment  un  alliage  résistant.  On  allie  encore  l'antimoine  à  l'étain  pour  en  former 
une  combinaison  connue  sous  le  nom  de  métal  dCAlger^  dont  on  fabrique  des  couverts  de 
table.  L'antimoine  entre  dans  la  composition  des  feux  de  Bengale,  si  remarquables  par 
leur  belle  lumière  blanche;  il  est  très*emp]oyé  en  médecine;  c'est  un  des  éléments 
essentiels  de  Yémêiique^  du  kermès  minéral  et  de  diverses  autres  préparations  pharmaceu- 
tiques. 

La  France  et  l'Autriche  sont,  en  Europe,  les  contrées  qui  fournissent  le  plus  d'anti- 
moine; il  en  existe  aussi  en  Espagne  des  gisements  qu'on  dit  riches,  mais  en  partie  non 
exploités.  Ceux  de  France  sont  situés  dans  les  départements  de  llsère,  de  l'Ardèche,  du 
Gard  et  de  U  Lozère.  La  production  annuelle  de  ce  métal ,  bien  qu'assez  abondante, 
pourrait  être  sensiblement  augmentée,  si  la  consommation  limitée  en  devenait  plus 
eonsidérable. 

MciEBAis  DE  Bisvum.  —  Lc  bismuth  se  présente,  le  plus  souvent,  à  l'état  natif  dans 
les  s^tes  arj^entif&res  et  arsénifères  de  Saxe  et  de  Bohème.  Ce  métal  ne  peut  servir  qu'au- 
tant qu'il  est  allié  à  d'autres  métaux.  Uni  au  plomb  et  à  l'éfain,  il  forme  Yalliagt  de  tkarctt, 
dent  on  fait  quelquefois  encore  des  plaques  de  sûreté  pour  les  machines  à  vapeur.  On  se 
sert  aujourd'hui  plus  avantageusement  de  soupapes  coniques  en  fer,  s  adaptant  très-exacte- 
mont  aux  parois  des  chaudières  et  retenues  par  des  poids  proportionnés  à  Fa  puissance  de 
la  machine.  On  fait  aussi  avec  le  bismuth  allié  à  l'étain  divers  ustensiles  de  ménage,  cou- 
verts de  table,  etc. 

DE  COSMOGO^IIE   ET  DE  PaLÉOKTOLOGIE.  3 


7S  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE.  7B 

•  lliifBAAtt  D*AisBNic.  —  L'arsenic  se  troure  à  T^tat  natif  dans  les  gîtes  métallifères  da 
sulftire  d'argent/ d*oiyde  d'étain»  etc.  Combiné  avec  le  soufre,  il  forme  le  r/a/^ar  d'tin 
rouge  nacré,  et  Vorpiment  d'un  jaune  d'or.  Ils  sont  employés  dans  la  peinture  sous  le  nom 
û'orpin. 

Vartenic  blanc  du  commerce  s'obtient  par  sublimation;  il  Ta  se  condenser  dans  des  ap* 
pareils  destinés  à  cet  usage.  C'est  là  qu'on  le  recueille  avec  les  plus  grandes  précautions» 
sous  la  forme  d'une  poudre  blanclie,  qui  a  causé  de  bien  fatales  méprises;  car  c'est  un 
poison  très-rioJent,  et  qui  jouit,  comme  on  sait,  d'une  triste  célébrité.  Mais,  grâce  aux 
progrès  de  ia  chimie,  l'empoisonneur  ne  peut  plus  maintenant  dérober  à  la  justice  hu- 
maine les  traces  de  son  crime  :  à  l'aide  de  lappareil  et  de  la  méthode  de  Marsh,  on  peut 
aujourd'hui  retrouver,  dans  les  mélanges  les  plus  complexes,  la  moindre  parcelle  d'arsenic. 
Un  autre  bienfait  de  la  science,  c'est  la  découverte  d'un  contre-poison  qu'il  est  facile  de 
se  procurer,  et  qui  s'administre  à  forte  dose  sans  aucun  danger.  C'est  de  l'h/drate  de 
peroxyde  de  fer  (la  rouille  ordinaire),  qui  a  la  propriété  de  neutraliser  l'effet  du  poison  ; 
car  l'acide  arsénieux  se  combine  facilement  avec  l'oxyde  de  fer,  et  cette  combinaison  est 
sans  action  sensible  sur  l'économie  animale. 

L'acide  arsénieux  n'a  besoin  que  d'être  chauffé  avec  un  excès  de  charbon  pour  être 
réduit,  c'est-à-dire  pour  se  désoxyder  et  se  convertir  en  arsenic  métallique ,  qui  se  con - 
dense  dans  le  récipient. 

L'arsenic,' malgré  l'effroi  que  son  nom  seul  inspire,  est  une  substance  nécessaire;  il 
s^emploie  comme  métal,  dans  un  petit  nombre  d'alliages.  Uni  au  platine,  à  l'étainetau 
cuivre,  il  sert  à  la  fabrication  des  miroirs  de  télescopes.  A  l'état  d'acide,  les  naturalistes 
s'en  servent  pour  diverses  préparations  :  ils  l'ajoutent  à  une  bouillie  savonneuse  et  cal- 
caire, appelée  savon  de  Bécceur,  et  qui  a  la  propriété  de  conserver  longtemps  les  animaux 
empaillés.  Sous  le  nom  vulgaire  de  mort  aux  rats^  on  l'emploie  pour  la  destruction  de 
quelques  animaux  nuisibles.  L'acide  arsénieux  est  fréquemment  utilisé,  dans  la  teinture, 
comme  mordant;  ajouté  au  verre,  il  le  rend  plus  brillant;  et,  combiné  avec  l'oxyde  de 
cuivre,  il  produit  une  belle  couleur  verte,  mise  en  usage  dans  la  fabrication  des  papiers 
peints< 

MiiiEBAis  DB  COBALT.  —  Deux  mincrais,  le  cobalt  arténio-sulfuré  et  le  cobalt  arsenical^ 
fournissent,  par  sublimation,  l'oxyde  de  cobalt  qu'on  emploie  à  la  fabrication  du  smalt. 

Le  smtdlf  réduit  en  poudre  impalpable,  sert  à  colorer  en  bleu  le  cristal  et  la  porcelaine. 
Certains  vases  à  fleurs,  d'un  bleu  foncé,  ne  contiennent  qu'une  faible  quantité  de  amalt,  ce 
qui  peut  en  faire  apprécier  la  force  colorante.  Le  smalt  le  plus  fin  s'emploie  pour  rehausser 
la  blancheur  naturelle  des  papiers,  des  toiles,  des  fils,  etc.  Malheureusement,  cette  belle 
substance  ne  se  délaye  point  dans  l'huile,  ce  qui  prive  la  peinture  des  ressources  qu'on 
pourrait  tirer  de  cette  couleur;  mais  on  doit  à  M.  Tbénard  un  très-beau  bleu  qui  porte  le 
nom  de  ce  célèbre  chimiste,  et  qui  ne  présente  pas  le  même  inconvénient.  On  l'obtient  en 
■lAlant  des  dissolutions  d'alun  et  de  cobalt,  en  précipitant  par  le  carbonate  de  soude  et  en 
calcinant. 

.  Diverses  préparations  de  cobalt  servent  à  fabriquer  des  encres  sympathiques,  au  moyen 
desquelles  les  bateleurs  exploitent  si  souvent  la  crédulité  publique.  Ils  s'en  servent  pour 
tracer  sur  des  billets  blancs,  distribués  à  prix  d'argent,  des  caractères  d'abord  invisibles,  mais 
qui,  soumis  à  l'action  d'une  chaleur  modérée,  apparaissent  bientôt,  exprimant  quelque 
sentence  banale  assortie  à  l'âge,  au  sexe  et  à  la  position  présumée  des  badauds  ébahis. 

Minerais  db  MANOAiiàsB.  —  Le  peroxyde  de  manganèse  s'exploite  avec  activité.  On  s'en 
sert  dans  les  verreries  pour  purifier  le  verre  blanc  des  teintes  jaunes  et  vertes  que  lui 
communique  le  protoxyde  de  fer.  On  en  consomme  des  masses  énormes  pour  la  prépara- 
tion du  chlore  et  de  l'eau  de  javelle,  matières  très-utiles  dans  les  fabriques  de  toiles  peintes 
et  dans  les  blanchisseries.  On  s'en  sert  aussi  dans  les  laboratoires  pour  se  procurer  de 
l'oxygène. 

Mi.'fERAis  DE  cuROMB.  —  C'est  avcc  l'oxyde  de  chrome  qu'on  colore  èri  vert'  très-foncé 


.77  INTROniCTlON  7S 

toutes  les  matières  vilreuses,  telles  que  cristal,  strass,  émaui,  etc.  Les  minerais  de  chrome 
serrent  à  préparer  des  chromâtes  jaunes  de  potasse  et  de  plomb  qui  sont  d'un  grand  usage 
dans  la  peinture  à  lliuile  ainsi  que  dans  la  teinture,  caisses  des  Toitures,  etc.  (Autriche, 
Suède.} 
I  Mimeajos  de  kickel.  —  Le  minerais  le  plus  abondant  est  Yarséniure  de  nickel.  A  Tétat 
métallique,  on  le  combine  avec  le  zinc  et  le  cuiyre  pour  obtenir  le  maittechort ,  dont  on 
fabrique  un  grand  nombre  d*ustensiles  culinaires,  des  couverts,  etc. 

Ici  se  termine  rénumération  des  substances  métallifères  utiles.  Comme  conclusion, 
disons  quelques  mots  du  plan  et  des  Tues  pleines  de  bienveillance  que  Ton  ne  peut  mé- 
connaître dans  la  disposition  et  Tarrangement  des  dépôts  minéraux  les  plus  nécessaires  à 
l'homme.  Les  veines  ou  filons  métalliques  nous  en  offrent  un  eiemple  remarquable.  Ce 
sont  des  fissures  ou  fentes  étroites,  irrégulières,  obliques  ou  verticales,  qui  partent  de 
|»rofbndeurs  inconnues  et  se  montrent  fréquemment  et  presque  exclusivement  dans  les 
roches  primitives  et  transitaires.  Ces  fissures  sont  remplies  d'abondants  minerais.  Quelle 
que  soit  la  valeur  des  diverses  hypothèses  que  Ton  a  proposées  pour  expliquer  la  formation 
des  précieuses  richesses  contenues  dàûB  ces  filons,  les  avantages  qui  résultent  pour  l'homme 
de  leurs  dispositions  n'en  sont  pas  moins  évidents  et  les  desseins  providentiels  du  Créateur 
moins  visibles. 

Les  métaux  sont  les  principaux  instruments  de  la  civilisation  ;  il  était  donc  (Tune  haute 
importance  pour  l*homme  qu'ils  fussent  accessibles  à  son  industrie  ;  le  mécanisme  des 
filons  remplit  parfaitement  ce  but.  Les  métaux  ne  sont  point  répandus  dans  les  terrains  de 
tontes  les  formations  où  ils  eussent  nui  à  l'agriculture  et  à  la  végétation  ;  ils  ne  sont  point 
épars  et  disséminés  dans  la  substance  même  des  couches  d'où  leur  extraction  eût  exigé 
des  frais  considérables  ;  mais  le  souverain  Ordonnateur  de  toutes  choses  leur  a  assigné 
des  réservoirs  particuliers  où  ils  sont  répartis  suivant  des  proportions  relatives,  à  l'abri 
d*un  gaspillage  imprévoyant  et  de  l'action  désorganisatrice  des  agents  naturels ,  en  même 
temps  que  les  obstacles  qui  environnent  leur  recherche  sont  autant  d*aiguillons  pour  l'in- 
dustrie  de  l'homme  et  pour  Teiercice  de  son  génie. 

La  sagesse  du  Créateur  et  des  vues  pleines  de  bonté  pour  l'espèce  humaine  se  manifes* 
teni  encore  par  l'arrangement  et  la  nature  des  matériaux  dont  se  compose  la  surface  du 
globe,  principalement  dans  la  disposition  des  couches  secondaires  et  tertiaires,  qui,  malgré 
un  apparent  désordre  dans  leur  formation ,  n'en  présentent  pas  moins  les  conditions  les 
plus  avantageuses  au  travail  et  à  la  culture.  Aussi  est-ce  sur  ces  terrains  que  se  sont  éta- 
blies les  sociétés  les  plus  populeuses  et  les  plus  civilisées.  La  Providence  a  relevé  dans 
les  montagnes  d'un  difficile  accès  pour  l'homme,  les  roches  granitiques  et  stériles,  tandis 
que,  par  le  mécanisme  des  masses  d'eau  en  mouvement,  elle  a  étendu  en  plaines  fécondes, 
les  matériaux  des  différentes  couches  dont  le  mélange  en  proportions  diverses  favorise 
iwiaaammfinf  le  développement  des  productions  végétales  si  nécessaires  à  l'existence  de 
rbomme  H  des  animaux.  Les  agents  atmosphériques,  par  les  alternatives  incessant  s  de  la 
chaleur  et  du  froid,  de  l'humidité  et  de  la  sécheresse,  ont  désagrégé,  pulvérisé  la  subs- 
tance des  roches  les  plus  dures,  et  l'ont  convertie  en  un  sol  où  circulent  des  principes 
de  fertilité,  d'abondants  éléments  de  nutrition  qui  développent  et  multiplient  à  la  surface 
de  la  terre,  ces  plantes  innombrables  qui  la  couvrent  et  qui  en  font  la  richesse  et  le  plus 
bel  ornement. 

Supposez  que  la  croûte  terrestre  ait  reçu  un  arrangement  moins  complexe  dans  la 
disposition  des  matériaux  qui  la  composent  :  donnez,  par  exemple*  à  la  terre  une  surface 
homogène  de  granit,  ou  enfermez  son  noyau  dans  une  série  d'enveloppes  concentriques 
de  roches  stratifiées;  alors  une  seule  de  ces  enveloppes  sera  accessible  à  l'homme,  et  il 
n'y  aura  plus  de  ces  mélanges  de  calcaire,  d'argile,  de  grès,  etc.,  qui,  dans  le  système  de 
coordination  actuelle,  contribuent  si  puissamment  à  la  beauté,  à  la  fertilité,  à  la  richesse 
du  globe  terrestre;  de  plus,  le  sel  gemme,  les  divers  combustibles  et  tous  les  minerais  se 
trouveront  relégués  à  des  profondeurs  inaccessibles ,  et  l'homme  sera  ainsi  privé  de  tous 
trésors  d'un  prix  inestimable  pour  l'industrie  et  la  civilisation. 


79  DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE.  «  SO 

Ne  nous  hAtons  pas  d*accuser  de  désordre  et  de  confusion  Tceuvre  du  Créateur  ;  c*est 
notre  esprit  qu'il  faut  accuser  d'ignorance  et  d'étroitesse  ;  ces  désordres  ne  sont  qu'appa* 
rents ,  et  une  étude  plus  approfondie  des  phénomènes  qui  nous  paraissent  même  les  plus 
désordonnés,  nous  les  fait  bientôt  reconnaître  comme  des  lois  générales  ayant  leur  prin- 
cipe dans  une  sagesse  et  dans  une  prévoyance  infinies,  et  produisant  pour  résultat  défi- 
nitif une  grande  somme  totale  de  biens. 

Ainsi  «  la  terre,  jusque  du  plus  bas  de  ses  fondements,  se  joint  aux  chœurs  des  globes 
célestes  qui  roulent  dans  l'immensité  de  l'espace  pour  proclamer  la  gloire  et  chanter  les 
louanges  du  Dieu  qui  les  créa,  du  Dieu  qui  les  conserve  ;  et  la  voix  de  la  religion  naturelle 
mêle  ses  harmonieux  accords  aux  témoignages  de  la  révélation,  pour  nous  dire  que  l'uni- 
vers a  pris  son  origine  dans  la  volonté  d'une  intelligence  unique,  étemelle  et  placée  au- 
dessus  de  toute  intelligence,  Seigneur  tout-puissant  et  suprême  Cause  première  de  tout 
ce  qui  existe  (9) .  » 


Nous  avons  adopté  dans  ce  Dictionnaire  la  classification  des  terrains  et  de  leurs  étages 
présentée  par  un  des  plus  éminents  paléontologistes  de  notre  époque,  M.  Aie.  d'Orbigny; 
en  voici  le  tableau  dressé  par  lui-même. 


ROCHES  SËDIMENTAIRES  STRATIFIÉES. 


PÉRIODES  OU  TERRAWS. 

C  PÉRIODE.  CONTEMPORAINE. 


5*    PÉRIODE. 

TERTIAIRE. 


i*  PÉR10RS. 

CRETACEE. 


3*  PÉRIODE. 

JURASSIQUE. 


S'  PÉRIODE. 

TRIASIQUE. 


I 


ÉTACES. 

Ëpoqoe  actuelle. 


27.  Subapennin. 
26.  Falunien. 
2S.  Parisien. 
24.  Suessonien. 


23.  Danien. 
22.  Sénortien. 
21.  Turonîen. 
20.  Cénomanien. 
19.  Albien. 
48.  Aptien. 
47.  Neoconiien. 
46.  Portlandien. 
45.  Kimméridgien. 
44.  Corallien. 
43.  Oxfordien. 
42.  Callovien. 
41.  Baihonien. 
40.  Bajoclen. 

9.  Toarcien. 

8.  Liasien. 

7.  Sinémurien. 

6.  Salifërieo. 
5.  CoDchylien. 


4"PÉRI0DE. 

PALEOZOIQUE. 


4.  Permlen. 

3.  Carboniférien. 

2.  Devonien. 

!.  Silurien.  |  Supéncur. 
(  Inférieur. 


AZOIQUE. 


(Groupe  des  talcites 
Groupe  des  niicacltes. 
Groupe  des  gneiss. 


ROCHES  PLUTONIQUES. 

NOM  STRATIFIÉES. 

Amphigénite. 

Péridolite. 

Basalte. 

Basanile. 

Dolérite. 

Tracbyle. 

Leucostite. 

Phonolile. 

Mimosite. 


Minosiie. 

Porphyres  pyroxëniques. 

Basalte? 


\ 


Porphyres  pyroxéniqufi. 

Granit  ? 

Syénite? 


Porphyres  argiloîdes. 

Lherzolite. 

Granit? 

Syénite  ? 

Poiphyre  pétrosiliceux. 

Ophite. 

Aphanite. 

Ophilcn''. 

Porphyre  protogynique. 

Porphyre  dioritique. 

Porphyre  pyromeride. 

Porphyre  syénj tique. 

Syénite. 

Granit. 

Serpentine.. 

Diorite. 

Syénite. 

Armoplianlitc. 

Pegmatite. 

Granit. 


^9)  BucKLAifD,  Céoi  et  tnîo.y  «te.,  p.  525. 


DICTIONNAIRE 

DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALÉONTOLOGIE 


A 


ABAISSEMENT  du  fond  de  là  ver,  son 
influence  sur  la  distribution  des  animaux 
terrestres  fossiles.  Voy.  Animaux  marins. 

ACCROISSEMENT  des    coquilles.    Yoy. 

MOLLCSQUES. 

ACÉPHALES.  Voy,  Lamellibranches. 
AFFLUENTS  TERRESTRES.    Yoy.  Cou- 
ches SÂDIMENTAIRES. 

ALBIEN  (ÉTAGE)  ,  le  troisième  de  la 
période  crétacée,  et  le  dix-neuvième  de 
réchelle  totale  des  terrains.  —  Albien  est 
dérivé  du  latin  Alba^  Aube»  rivière  qui 
donne  son  nom  au  département  de  rAube, 
où  ce  terrain  offre  le  plus  beau  développe- 
ment. C^est  aussi  le  gauHf  le  gris  vert  supé- 
rieur^ la  glauconie  sableusej  etc. 

Cet  étage,  comme  le  précédent  (Taptien), 
se  trouve  très-développé  dans  les  bassins 
anglo-parisien  et  méaiterranéen  en  France, 
en  Angleterre  et  en  Piémont.  Autour  du 
bassin  anglo-parisien ,  Télage  repose  en 
couches  concordantes  immédiatement  sur 
Tétage  aptien,  dans  la  partie  orientale,  de- 

f mis  le  déparlement  de  la  Haute-Marne,  de 
'Aube,  jusque  dans  l'Yonne,  dans  une  exten- 
sion de  1^0  Kilomètres  environ.  Une  concor- 
dance identique  existe  dans  le  pays  de  Bray, 
et  il  paraît  en  être  de  même  sur  presque  tous 
les  points  où  se  développe  l'étage  albien, 
en  Angleterre,  comme  à  1  ile  de  Wight,  etc. 
Ces  faits  sont  suffisants ,  nous  le  pensons, 
pour  proAver  que  l'étage  albien  a  succédé 
régulièrement,  dans  Tordre  chronologique, 
à  j  étage  aptien. 

I  Dans  les  parties  où  l'étajge  est  en  place,  soit 
dans  la  Haute-Marne,  soit  dans  l'Aube,  soit 
enfin  à  Saint-Florentin  (Yonne),  nous  trou- 
Tons  une  épaisseur  variable  de  25  à  kO  mè- 
tres«  tant  en  grès  qu'en  argile.  En  Angle- 
terre, on  lui  reconnaît  jusqu  à  &6  mètres  de 
puissance. 

Perturbation  finale. —  Nous  croyons  trou- 
Terdans  le  plus  grand  nombre  de  points  où 
les  fossiles  de  Tétase  albien  ont  été  rema- 
niés à  Tétat  fossile,  les  dernières  traces  du 
mouvement  des  eaux  qui  s'est  fait  sentir 
entre  la  fin  de  Tétage  albien  et  le  commen- 
eemenf  de  l'étage  cénomanien  Entrons  dans 
quelques  détails  à  cet  égard.  Les  étages  néo- 
oomien ,  aptien  et  albien  n'ont  pas  de  re- 
présentants dans  tout  le  bassin  pyrénéen  et 
sur  tous  les  points  du  massif  breton,  depuis 
la  Loire  jusqu'aux  côtes  du  Calvados.  Les 
mers  crétacées  ont  donc  dû,  sur  ces  vastes 
points ,  être  bornées  par  la  surélévation  des 
terrains  jurassiques  ;  mais  comme  on  trouve, 
sur  tous  ces  points,  au  contraire,  des  dépôts 


de  l'étage  cénomanien ,  on  doit  naturelle- 
ment en  conclure  que  l'étage  albien  a  été 
interrompu  par  un  affaissement  considéra- 
ble de  tout  le  massif  breton  et  du  bassin 
pyrénéen  tout  entier,  qui  a  permis  aux 
mers  cénomaniennes  de  les  envanir  :  dislo- 
cation à  laquelle  nous  attribuons  le  mor- 
cellement et  le  remaniement  presque  gé- 
néral des  couches  de  Tétage  albien  sur 
presque  tous  les  points  où  nous  les  con- 
naissons. 

Caractères  paléontologiques.  —  La  faune 
de  l'étage  albien  commence  à  changer  d*as- 

f)ect;e]le  se  rapproche  bien  encore  de  la 
aune  néocomienne,  mais  déjà  un  grand  nom- 
bre de  genres  y  manquent;  d autres  ne 
montrent  plus  que  quelques  espèces  isolées, 
et  un  assez  grand  nomore  de  formes  nou- 
velles viennent  la  compliquer.  Les  ammo- 
nites ,  qui  dominent,  ont  la  partie  externe 
en  quille  tranchante,  ou  les  côtes  interrom- 

{)ues  sur  le  milieu  du  dos.  Les  caractères  dif- 
ërentiels  de  la  faune  sont  les  suivants  : 

Pour  distinguer  l'étage  albien  de  l'étage 
aptien,  outre  les  deux  genres  nés  et  morts 
dans  ce  dernier,  nous  avons  les  deux  senres 
suivants,  qui  s'éteignent  encore  dans  i  étage 
aptien,  sans  passer  à  celui-ci.  Parmi  les  cé- 

Enalopodes,  le  genre  toxoceras;  parmi  les 
rachiopodes,  le  genre  orbicuhldea. 

Les  limites  négatives  supérieures  que  nous 
avons  entre  1  étage  albien  et  l'étage  céno- 
manien sont  marquées  par  cinquante-six 
genres  qui,  encore  inconnus  dans  ta  période 
albienne,  commencent  à  se  montrer  dans  la 
période  cénomanienne  seulement.  Nous  au- 
rions ,  dès  lors ,  60  senres  pouvant  donner 
des  limites  stratigraphiques  négatives. 

Les  genres  qui,  inconnus  aux  étages  infé- 
rieurs ,  naissent  avec  l'étage  albien.  pour- 
ront donner  des  caractères  positifs,  pour  le 
distinguer  des  éi)oques  antérieures.  Ces 
genres  sont  au  nombre  de  17. 

De  ces  genres,  ceux  qui  naissent  et  meu- 
rent dans  l'étage  qui  nous  occupe  peuvent 
donner  des  caractères  positifs  pour  le  dis- 
tinguer de  l'époque  cénomanienne,  où  ils  ne 
remontent  pas.  Ces  genres  sont  au  nom^ 
bre  de  3  :  parmi  les  gastéropodes,  le  genre 
bellerophina;  parmi  les  bryozoaires,  le  genre 
echinopora;  parmi  leséchinodermes,  le  genre 
hemidtadema.  Nous  y  joindrons  les  genres 
crioceras^  toxaster^  amblocyathus^  également 
éteints  d&ns  cet  étage. 

Sans  compter  les  animaux  vertébrés  et  ar- 
ticulés, nous  connaissons,  en  animaux  mol- 
lusques et  rayonnes,  seulement,  i^lO  espèces. 


ss 


AtfM 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONrC 


AMM 


81 


Sur  ce  nombre,  une  s'est  rencontrée  dans  Té- 
tage  aptien  et  7  ont  été  recueil  lies  dans  l'étage 
cénomanien,  où  elles  ont  été  certainement 
transportées  à  Tétat  frais  ou  à  Télat  fossile. 

II  reste  M2  espèces  comme  caractéristiques 
de  la  faune  de  Tétage  albien  pouvant  en  faire 
reconnaître  les  différents  faciès  sous  toutes 
ses  formes  minéraio^ques  actuelles. 

Chronologie  historique.  —  La  perturbation 
finale  de  l'étage  aptien  a  détruit  les  k  genres 

Jue  nous  voyons  cesser  d'exister  avec  cette 
poque,  en  même  temps  que  les  155  espèces 
d  animaux  mollusques  et  rayonnes  de  cet 
étage.  Lorsque  le  reposa  remplacé  l'agitation, 
sent  nés,  avec  l'étage  albien,  17  genres  de  tou- 
tes les  classes  et  409  espèces  seulement 
parmi  les  animaux  mollusques  et  rayonnes. 
Les  mers  albiennes  ont  les  mêmes  cir- 
conscriptions générales  qu'aux  deux  étages 
Précédents,  à  ces  seules  exceptions  près,  que 
intervalle  du  bassin  anglo-parisien  compris 
entre  la  Haute-Marne  et  le  département  du 
Pas-de-Calais,  jusqu'alors  étranger  aux  dé- 
pôts crétacés,  nous  montre  l'étage  albien;  ce 
Îuî  prouverait  que  la  mer,  crétacée  par  suite 
'un  affaissement,  se  serait  avancée  vers  le 
noxd  pendant  cette  période. 

Les  continents  ont  subi  les  conséguences 
de  ces  petits  changements.  Ils  ont  diminué, 
au  norfdù  bassin  anglo-parisien,  delà  partie 
envahie  par  la  mer,  et  des  quelques  points 
(■liés  dans  le  bassin  méditerranéen  ;  taudis 

Su'ils  ont,  au  contraire,  gagné  une  portion 
ans  les  Alpes  françaises  comprises  entre 
le  Var  et  l'Isère.  Au  continent  de  l'Amérique 
méridionale  s'est  encore  joint,  à  l'extrémité 
sud,  la  surélévation  du  système  fuégien, 
occupant  la  Terre  de  Feu. 

Nous  ne  connaissons  encore  aucun  des 
animaux  terrestres  qui  devaient  exister  à 
cette  époque.  Nous  n'avons  d*autres  traces 

(10)  Ainsi  Tune  des  premières  espèces  que  Ton 
rencontre ,  rammonite  de  Henslow  ne  se  montre 
plus  après  les  formations  de  transition  ;  rammonite 
a  nœuds  {A,  nodoêut)  commence  et  finit  d'exister  en 
même  temps  que  le  muschel-kaik.  Il  y  a  encore  d*an- 
tres  espèces  et  d'autres  genres  d^ammonites  qui  ont 
de  même  commencé  et  fini  en  même  temps  que  cer- 
tains terrains  stratifiés  des  formations  ooliliaues  et 
crétacées;  telle  est  l'ammonite  de  Bucklànd,  qui 
appartient  en  entier  au  lias;  Tammonite  de  Goodhall 


des  végétaux  que  les  nombreux  débris  de 
bois  fossiles  qu'on  rencontre  sur  tous  les 
points  des  dépôts  littoraux  de  cette  époouet 
et  les  plantes  terrestres  suivantes:  Fougères^ 
protopteris  Buvignieri  9  Br.,  de  Grandpré; 
'  Conifères  :  abietiies  oblongus^  Lindk,  Lyme* 
Begis ,  Grandpré. 

Les  o.«ci  Hâtions  ne  sont  marquées  que  par 
la  conservation  des  points  côtiers. 

Quant  à  la  perturbation  finale  qui  a  mis 
fin  à  cet  étage,  elle  est  marquée  par  des 
discordances  d'isolement  et  de  dénudation, 
détermi  nées  par  un  affaissement  considérable 
au  sud-ouest  de  la  France,  qui  a  permis 
l'envahissement ,  par  la  mer  crétacée,  d'une 
partie  du  massif  breton ,  et  de  tout  le  bassin 
pyrénéen,  mouvement  qui  a  déterminé  le 
remaniement  des  fossiles  et  les  dépôts  de 
sables  supérieurs  :  ainsi  rien  ne  manque  à 
cet  étage,  les  causes  et  les  effets,  pour  ex- 
pliquer les  limites  de  la  faune. 

ALLUVIONS.  Voy,  Couches  sÉoiMEimi- 
BRS,  art.  IL 

Alluvions  fluvio-terrestres,  ibid. 

ALPES,  à  quelle  époque  elles  se  sont  soûle- 
vées,  —  Foy.  Subapennin. 

ALUMINE,  son  rôle  dans  la  constitution 
delà  terre.-' Voy.  Matières  élémentaiass  du 
globe  terrestre. 

AMMONITES.  —  On  appelle  ainsi  un  genre 
de  mollusques  de  l'ordre  des  céphalopodes  à 
coquilles  cloisonnées.  On  rencontre  les  am- 
monites dans  toute  la  série  des  formations 
fossilifères,  depuis  les  couches  de  transition 
jusqu'à  la  craie  inclusivement.  M.  Brochant» 
dans  sa  traduction  du  Manuel  de  géologie  de 
De  la  Bêche,  en  compte  270  espèces,  qui  dif- 
fèrent suivant  l'flge  des  couches  où  on  les 
trt)uve  (10)  et  qui  varient  qiiant  à  leur  taille, 
depuis  une  ligne  jusqu'à  plus  de  quatre 
pieds  en  diamètre  (11). 

an  sable  vert,  et  Vammonite  rusticus  à  la  craie.  Il 
y  a  bien  peu  d'espèces,  si  même  il  en  existe  de  telles, 
qui  se  montrent  dans  toute  rétendue  delà  période  se- 
condaire, ou  qui  soient  passées  de  la  période  de 
transition  dans  la  période  secondaira. 

Nous  prenons  dans  un  ouvraoe  dn   professeur 
Ptiilips  (bKi'de  10  Geolo^^  1854,  p.  77)  le  tableau  sui- 
vant de  la  distribution  des  ammonites,  dans  les 
verses  formalioub  géologiques  : 


socs  GRNRE9  D*AIIU0NrTE9. 


e 

o 


8 

t 

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es 

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d 

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3     4 


26    5    It 


9 
tl 


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M 

a 


14 
1t 


15 
4 


VIVANTES. 

Dans  les  t  ucliet  tertbirei. 

Dai^s  le  système  créticé. 

Daqa  le  syatètne  ooiiUti(|u«. 

Dana  le  syaiène  salifère. 

Dans  le  «îiilèine  carbonifère. 

pans  lei  lerraius  stratifiés  prlmiiiros  (a).  17 

c  On  sentira  facilement  combien  Pétude  des  am- 
nio  nites  est  importante  |>our  la  solution  des  questions 
qui  ont  trait  à  Fantiqùité  relative  des  roches  stra- 
liliées  puisque  chacun  de  leurs  groupes  raractérise 
qu  elque  svstéme  de  roches,  i  (Philips,  Guide  to  Geo- 
iogy  ;  in-8%  1854,  sect.  82.) 

(11)  Suivant  M.  Sowerby  (Concliyiiologie  miné- 

ia)  Nous  désignoDs  ici  sous  le  nom  do  prlnaires  les  couches  qui  occupent  la  région  la  plw»  bass*  de  b 
de  iraositioD. 


O 


•> 


S 


rfl/«,  t.  IV,  p.  79 et  p.  81),  et  suivant  M.  MantrH, 
les  ammonites  de  la  craie  ont  un  diamètre  de  trois 
pieds.  Sir  T.  Harvey  et  M.  Kekh  Milnes  ont  mesuré 
des  ammonites  de  la  craie  des  environs  de  Margate, 
d'un  diamètre  de  quatre  pieds,  dans  des  circonsun- 
ces  où  ce  diamètre  n'a  pu  être  accru  que  lrcs-pe« 
par  la  pression  qui  grêlait  exercée  sur  ia  coquille. 


.*.*:•■* 


M 


ÀltM 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


AMII 


m 


Il  est  inutile  que  nous  nous  livrions  ici  à 
les  dissertations  spéeulatives  sur  les  causes 
ihysiques  ou  sur  les  causes  finales  de  ces 
'urieux  changements  dans  les  espèces  de  cet 
'rdre*  le  plus  élevé  des  mollusques  qui  ha- 
ntaient les  mers  aux  époques  les  plus  recu- 
lées» ou  durant  le  moyen  âge  de  la  chronolo- 
K'e  géologique  ;    mais  la  symétrie  exquise, 
beauté,  la  délicatesse  de  structure  qui  se 
montrent  dans  tous  les  arrangements  divers 
qu'offrent  leurs  quelques  centaines  d'esf^è- 
ces,  ne  nous  permettent  aucunement  de  d  u- 
ter  qu*un  plan  primitif  et  une  intelligi?  ce 
suprême  n  aient  présidé  à  leur  construction, 
bien  que  nous  ne  j)uissions  pas  toujours  ren-^ 
dre  compte  du  rôle  que  joue  en  particulier 
chacun  de  leurs  moindres  détails  dans  Tar- 
rangement  que  prennent  des  parties  qui  de- 
meurent fondamentalement  les  mêmes. 

Nous  trouvons  dans  la  distribution  géo- 
graphique des. ammonites  ce  même  fait  de 
aiffuiion  universelle  qui  se  reproduit  si  fré- 
quemment parmi  les  animaux  et  les  végér 
taux  appartenant  à  la  condition  ancienne  de 
notre  globe,  et  qui  diffère  d*une  manière  si 
remarauable  de  la  localisation^  qui  est  un 
fait  prédominant  parmi  les  formes  actuelles 
de  la  vie.  Les  mêmes  genres  ,  et,  dans  quel- 
ques las,  les  mêmes  espèces  d*ammonites, 
se  montrent  dans  des  couches  qui  parais- 
sent être  du  même  âge,  non-seulement  dans 
toute  rétendue  de  l'Europe  :  mais  aussi  sur 
des  points  éloignés  de  l'Asie  et  des  deux 
Amériques  (12). 

Nous  tirerons  de  là  cette  conclusion  que, 
pendant  la  durée  des  périodes  secondaire 
et  de  transition,  les  mêmes  espèces  se  dis- 
tribuaient d'une  manière  plus  générale  que 
de  nos  jours  sur  les  points  du  globe  les  plus 
distants  entre  eux. 
Une  ammonite ,  de  même  qu'un  nautilei. 

(IS)  1.6  docteur  Gérard  a  découvert  dans  les  monts 
Himalaya,  i  une  hauteur  de  i 6,000  pieds,  cer- 
taines espèces  d'ammonites,  telle  que  1*^4.  Wal€0ii  et 
TA,  rvmmvirM,  qui  sont  identiques  avec  les  mêmes 
capéeet  du  lias  de  M.  Wbitby  et  de  Lyme-Regis. 
11  a  trouvé  aussi  sur  les  mêmes  points  de  TUimalaya 
plusieurs  espèces  de  hélemnites ,  en  même  temps 
que  des  térebralules  et  d*autres  biyaKes  que  Ton 
rencontre  dans  Toolithe  de  TAngleterre.  Il  est  donc 
éublique  le  lias  et  Toolithe  existent  dans  ce  point  du 
globe  si  baut  et  si  éloigné.  lia  recueilli  aussi  dans  les 
mêmes  montagnes  des  coquilles,  des  genres  spirifère, 
productus  et  terébratuie»  qui  se  rencontrent  dans  les 
lormaUons  de  transition  de  l^u.rope  et  de  TAmérique, 

Le  sable  vert  du  New-Jersey,  de  même  que  celui 
de  rAngleterre,.  renferme  des  ammonites  mêlées  à 
des  bamites  et  à  des  scaphites;  et  le  capitaine 
Beechey  a  trouvé  9vec  le  lieutenant  Belcber,  des  am- 
monites sur  l^  côtes  du  Cbili,  à  36«  de  latitude  sud 
dans  des  falaises  près  de  la  Conception.  On  voit  un 
fragment  de  Tune  de  ces  ammonites  conservé  dans 
k  musée  de  Tbôpital  de  Hasler,  à  Gasport. 

M.  Sowcrby  possède  des  coquilles  fossiles  du 
Brésil  qui  ressemblent  à  celles  de  FooUte  inférieur 
de  TAngleterre, 

(13)  Cuvier  a  cité  la  petitesse  de  la  chambre  ei- 
lérieure,  où  ranimai  a  son  domicile,  comme  confir- 
mant ropinion  que  les  ammonites  étaient,  ainsi  que 
les  spirales,  des  conuilles  internes  ;  mais  cet  argu- 
9001  repose  probablement  sur  l'observation  d'cclian- 


se  compose  de  trois  parties  essentielles  : 
1*  d*une  coquille  externe,  ordinairement  de 
forme  discoïdale  aplatie  et  à  surface  renfor- 
cée et  ornée  par  des  côtes;  2*  d*une  série  de 
chambres  aériennes  internes,  formées  par 
des  cloisons  transversales  qui  partagent  1  in- 
térieur de  la  coquille;  3*  d'un  siphon  on 
tube,  qui  part  du  Tond  de  la  dernière  cham«- 
bre,  et  qui  traverse  toute  la  série  des  cham- 
bres aériennes.  On  trouve  dans  chacune  de 
ces  parties  des  preuves  d*arrangements  mé- 
caniques disposés  pour  un  but,  et  par  con- 
séquent de  1  existence  d*uu  plan  ;  et  je  vais 
essayer  d'en  esquisser  quelques-unes. 

Coquille  externe. —  La  place  qu'occupaient 
les  coquilles  des  ammonites,  et  l'utilité  dont 
elles  étaient  à  l'animal,  sont  des  points  qui 
ont  grandement  attiré  l'attention  des  géoio- 
sues  et  de.s  conch^liologistes.  Guidés  par 
Tes  analogies  qui  existent  entre  ces  animaux 
et  les  spirales,  Cuvier  et  Lamarck  ont  pensé 
que  les  ammonites  étaient  des  coquilles  in- 
ternes (13).  11  7  a  pourtant  d'excellentes  raio 
sons  de  croire  que  ce  sont  là  des  coquilles 
entièrement  externes,  et  dans  lesquelles 
l'animal  avait  une  position  tout  à  fait  ana- 
logue  à  celle  qu'occupe  dans  la  sienne  le 
mollusque  du  nautilus-pompilius. 

Ainsi  que  l'a  fait  voir  M.  de  L^  9èche,  il 
est  démontré,  par  l'état  minéral  de  la  cham- 
bre antérieure  chez  plusieurs  ammoqites  du 
lias  de  Lyme-Reçls,  que  le  corps  tout  entrer 
de  l'animal  y  était  renfermé,  et  que  ces  mol- 
lusques furent  détruits  soudainement ,  ef 
ensevelis  dans  le  sédiment  vaseux  qui  a 
formé  le  lias,  avant  que  leurs  corps  fussent 
tombés  en  décomposition  ou  qu*ils  eussent 
été  dévorés  par  les  crustacés  carnivorea 
qui  abondaient  à  cette  époque  au  fosid  dos 
QiQrs  (li). 

Comme  ces  coquilles  avajent  h  remplir  1^ 

tlllons  incomplets,  U  est  rare  que  Von  rencontre  !i 
chambre  externe  des  ammonites  dans  un  état  par- 
lait de  conservation;  mais  lorsque  oela  a  lieu,  on  voit 
qu'elle  est  au  moins  aussi  vaste  oue  celle  du  nautile 
par  rapport  à  tout  i*ensemble  de  la  coquille.  Elle  oc- 
cupe souvent  plus  de  la  moitié  du  dernier  tour  de 
spire,  et  quelquefois  même  ce  tour  tout  entier.  Cette 
chambre  ouverte  à  Textérieur  n'est  pas  mince  et 
faible  comme  Test,  dans  la  spirale,  la  longue  cham- 
bre antérieure  qui  est  logée  dans  le  corps  de  rani- 
mai qui  produit  cette  coquille;  mais  son  épaisseur 
estpres(iue  la  même  que  celle  des  chambres  fermées 
qui  la  precèdent. 

En  outre,  le  bord  de  l'ammonite  adulte  est,  dans 
plusieurs  espèces ,  roulé  eu  une  sorte  de  volute^  de 
la  même  manière  que  le  bord  épaissi  de  la  coquiHe 
du  limaçon  des  jardins.  Cette  disposition  parait 
avoir  pour  but  de  donner  h  cette  partie  i^n  surcroît 
de  solidité,  qui  selon  toute  probabilité  ser^ti^  superflu 
dans  une  coquille  interne. 

L'existence  d'épines  dans  certaines  espèees  (A. 
armatuSf  A,  Sowerbu)  est  d'un  argument  puissant 
contre  l'opinion  que  ç^auraient  été  des  coquilles  in- 
ternes. Ces  épines,  qui  sur  une  coquille  externe  eussent 
été  d*excellents  moyens  de  défense,  nous  paraissent 
sans  utilité  ,  et  peut-être  même  nuisibles,  dès.  que 
nous  les  supposons  associées  à  une  coquille  interne; 
et  nous  n'en  avons  d*exempie  dans  aucune  ite  or^ 
ganisations  que  nous  avons  été  à  portée  d'étvater, 

(14)  Dans  les  ammonites  donLil  fest  Ici -quelKou* 


S7 


AMM 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


UM 


8S 


double  oflke/l*uno  armure  défensive  et  d*un 
flotteur,  elles  de?Meat  réunir  la  double  con* 
diUon  de  la  légèreté  et  de  la  solidité  :  elles 
devaient  être  légères  pour  venir  Ûotter  à  la 
surface  des  eaui;  elles  devaient  être  solides, 
pour  supporter  la  pression  à  laquelle  elles 
étaient  soumises  lorsque  Tanimal  descendait 
au  fonllde  la  mer.  Aussi  trouvons-nous  ces 
deux  conditions  remplies  par  la  disposition 
admirablement  calculée  que  prennent  les 
matériaux  qui  entrent  dans  leur  composition. 

En  premier  lieu,  la  coquille  entière  forme 
une  arcade  ou  une  voûte  continue  et  roulée 
en  spirale  autour  d*elle-mème,  de  façon  que 
chaque  tour  externe  s*appuie  par  sa  base  sur 
le  sommet  du  tour  intérieur  qui  le  précède, 
et  qu'ainsi  la  carène  ou  la  face  dorsale  est 
calculée  pour  offrir  à  la  pression  extérieure 
la  même  résistance  qu'oure  la  coijuille  d'un 
ceuf  à  une  pression  agissant  dans  le  sens  de 
^n  plus  grand  diamètre. 

Ou'.re  cette  disposition  en  arcade  continue, 
la  coquille  en  offre  une  seconde,  qui  est 
pour  elle  un  principe  de  solidité,  dans  Texis- 
tence  de  côtes  ou  arcades  tranversales  qui 
donnent  à  plusieurs  de  leurs  espèces  leurs 
traits  caractéristiques  les  plus  importants, 
et  qui  les  embellissent  toutes  de  ce  genre  de 
beauté  particulier  qui  résulte  constamment 
de  la  répétion  symétrique  de  courbes  spi- 
rales en  série. 

L'accroissement  de  force  que  pro«iuit  cette 
disposition  des  côtes  à  la  surface  de  la  co- 

JuiUe  est  une  conséquence  d*un  principe 
ont  l'application  est  fréquente  dans  les  œu- 
vres de  1  art  humain.  Je  veux  parler  de  ce 
principe  diaprés  lequel  une  feuille  mince  de 
métal  s*accroit  considérablement  en  force  et 
en  résistance  si  on  lui  donne  une  surface 
ridée  ou  couverte  de  cannelures.  Un  porte- 
crayon  ordinaire  cannelé  offrira  beaucoup 
plus  de  résistance  qu'un  tube  simple  où  en- 
trerait la  même  quantité  de  malièro;  et  les 
moules  d'étain  ou  de  cuivre  qu'emploie  l'art 
de  la  pâtisserie  reçoivent  un  accroissement 
de  force  considérable  des  bosselures  et  des 
cannelures  dont  leur  surface  ou  leurs  bords 

la  partie  la  plus  antérieure  de  la  première  grande 
chambre  qui  servait  de  logement  a  ranimai  n*est 
re^iplic  de  substance  pierreuse  que  jusqu'à  une  pro- 
fondeur peu  considérable;  le  reste  de  la  cavité  de 
cette  chambre,  est  rempli  par  un  spath  calcaire  brun, 
qui,  d*aprcs  le  docteur  Prout,  ne  doit  sa  couleur 
qu'a  la  présence  d'une  matière  animale,  tandis  qu*au 
contraire  les  chambres  aériennes  internes  et  le  siphon 
sont  o«:cupcs  par  du  spath  calcaire  pur  et  blanc. 
Ainsi  l'espace  où  se  voit  le  spath  calcaire  brun  dans 
la  chambre  antérieure  représente  celui  qu'occupait 
le  corps  de  Taiiimal  après  qu'il  se  fut  retiré  dans  sa 
coquille  au  moment  de  sa  mort,  en  laissant  vide  la 
portion  de  la  chambre  où  s'est  introduit  le  sédiment 
vaseux  dans  lequel  la  coquille  se  trouva  ensevelie. 
Buckland  dit  qu'il  a  en  sa  possession  plusieurs 
échantillons  de  r^t.  commnm»  du  lias  de  Whitby, 
dans  lesquels  la  portion  de  ta  chambre  externe  aîjisi 
remplie  par  le  spath  calcaire  occupe  presque  le  der- 
nier tour  de  spire  tout  entier ,  soii  extrémité  la  plus 
ouverte  ayant  seule  admis  la  matière  du  lias.  Nuiis 
'  pouvons  conclure  de  la  connaissance  de  ces  sortes 
d*échaotilloii^  que  Tanimai  qui  habitait  les  ainmo* 
Dites  ne  posscJait  pas  de  rés€i  vuir  d*encrc.  Si  çii  çf- 


sont  couverts.  On  a  employé  depuis  peu  des 
lames  minces  de  fer  cannelé  pour  en  cons- 
truire des  toitures  se  soutenant  d'elles-mê- 
mes, et  où  les  cannelures  du  fer  remplissent 
Toffice  de  poutres  et  de  chevrons;  cest  en- 
core là  une  application  du  principe  qui  a 
présidé  à  la  construction  des  coouilles  voû- 
tées des  ammonites.  Dans  tous  les  cas  que 
nous  venons  de  citer,  la  combinaison  des 
câtes,  ou  portions  soulevées,  avec  les  can- 
nelures, ou  portions  enfoncées,  donnent  au 
métal  ou  à  la  coquille  Taccroissement  de 
force  que  la  mécanique  sait  tirer  des  cour- 
bes bien  calculées,  sans  que  leur  poids  en 
soit  beaucoup  accru. 

Quant  au  principe  qui  a  présidé  à  la  divi* 
siôn  et  à  la  subdivision  des  côtes,  dans  le 
but  de  multiplier  les  supports  de  la  voûte  à 
mesure  que  celle-ci  prend  de  l'accroisse- 
ment en  surface,  c'est  le  même  qui  guidait 
les  architectes  des  monuments  gothiques, 
lorsqu'ils  soutenaient  par  des  côtes  sail- 
lantes les  voûtes  aplaties  surbaissées  qu'ils 
employaient  dans  leur  sublime  architecture. 

Dans  plusieurs  espèces  d'ainmonites,  on 
voit  une  autre  disposition  destinée  à  accroî- 
tre encore  leur  solidité  :  cette  disposition 
consiste  en  ce  que  certaines  portions  des 
côtes  se  soulèvent  en  forme  de  petits  dômes 
arrondis,  de  telle  fagon  que,  sur  tous  les 

J joints  où  se  voient  ces  tubercules  ou  bosse- 
uresj  la  solidité  du  dôme  s'ajoute  \  celle  do 
la  voûte  simple.  On  voit  de  semblables  dis- 
positions dans  les  voûtes  gothiques,  sur  les 
points  d'intersection  des  côtes  gui  les  par- 
courent; mais  celles  ^es  ammonites  sont  en- 
core d'un  effet  beaucoup  plus  complet  pour 
produire  un  accroissement  de  fol-ce  (i5).  Ce 
sont  en  effet  autant  de  petites  voûtes  ou  de 
petits  dômes  ;  et  on  les  observe  d'ordiifiaire 
sur  les  points  extérieurs  de  la  coquille  qui 
tie  sont  pas  supportés  immédiatement  par 
les  cloisons  transversales  internes  (16). 

Plusieurs  genres  de  coquilles  cloisonnées» 
voisines  des  ammonites,  offrent  de  sembla- 
bles tubercules  qui  ont  pour  effet  de  les 
rendre  plus  solides,  aussi  bien  que  d'ajouter 

fet  un  tel  organe  eât  existé,  on  eti  retrouvé  des  tra- 
ces de  la  couleur  qu*il  contenait,  dans  Tintérieur  de 
la  cavité  où  se  retira  le  corps  de  Tanimal  au  mo- 
ment de  sa  mort.  La  protection  qu'il  trouvait  dans 
sa  coquille  lui  rendait  probablement  ce  moyen  de 
défense  inutile. 

(15)  Dans  les  voûtes,  c*est  à  la  surface  inférieure 
que  3*observent  les  càtei  et  les  bosêeiures  ;  dans  les 
ammonites,  au  contraire,  c*est  à  la  surface  supé- 
rieure et  convexe. 

(i6)  Dans  Vamm.  tarians^  les  cètes  diffèrent  pour 
la  force,  et  les  proportions  des  tubercules  varient 
également  ;  mais  ces  grands  tubercules  qui  naissent 
sur  les  cétes  transversales  constituent  sur  toute  re- 
tendue de  la  coquille  une  triple  série;  chaque  côte 
Ercnd  naissance  dans  un  petit  tubercule  voisin  du 
ord  interne.  A  peu  de  distance  en  dehors,  se  voit 
un  second  tubercule  plus  grand  »  à  partir  duquel  ia 
côte  se  bifurque,  et  eltaconé  des  branches  va  se  ter- 
miner dans  un  troisième  tubercule,  sur  la  face  dor- 
sale de  la  coquille. 

ÎMusieurs  espèces  ont  en  outre  une  crctc  qui  sa 
prolonge  dans  tonte  la  longueur  du  dos  de  la  ccnjuillr, 
immédiatement  au-dcscus  du  sipl  on,  et  qui  daii> 


89 


AMM 


ET  DE  PALEONTOLOGiE. 


AMM 


90 


à  la  beauté  de  leurs  formes  extérieures. 
Dans  tous  ces  exemples,  nous  voyons  une 
sa)2;esse  pleine  de  luxe  et  de  prodigalité,  en 
même  temps  que  de  tempérance  et  d*écono^ 
mie,  ne  distribuer  qu*avec  épargne  les  sup- 

f^orts  internes  aux  portions  qui  tirent  de 
eur  forme  extérieure  une  solidité  suffisante, 
en  même  temps  qu'elle  les  prodigue  à  celles 
qui,  dépourvues  de  ces  supports,  n'eussent 

f»as  trouvé  ailleurs  des  ressources  contre 
'écrasement, 

w  Les  formes  et  la  sculpture  de  la  coquille 
externe  nous  offrent  des  variations  en  nom* 
bre  inOni;  et  les  supports  internes  ne  se 
distribuent  pas  suivant  des  arrangements 
moins  admirablement  variés,  et  dans  les- 
quels se  combinent  tout  à  la  fois  l'utilité  et 
la  beauté  architecturales.  Les  côtes  se  mul«- 
tiplient  aussi  de  mille  façons  diverses,  à 
mesure  que  l'espace  qu'elles  occupent  en 
s'accroissant ,  exige  des  supports  d'une 
force  supérieure  ;  et  elles  s'ornent  de  tuber- 
cules et  de  dômes  en  plus  grand  nombre, 
à  mesure  qu'une  force  plus  grande  leur  de- 
rien  t  nécessaire. 

Cloisons  transversales. —  Chambres  aérien^ 
nés. — On  comprendra  mieux  l'usage  des  cham- 
bres aériennes  internes,  en  se  reportant  aux 
figures,  dans  lesquelles  les  cloisons  transver- 
sales ont  été  partagées  en  deux  parties  égales 
I)ar  une  section  faite  sur  leur  ligne  médiane, 
à  où  leur  courbure  est  la  plus  simple.  A 
mesure  qu'on  s'éloigne  de  cette  ligne  de 
chaque  côté,  la  courbure  des  cloisons  devient 
de  plus  en  plus  compliquée  ;  et  les  bords  par 
où  elles  se  terminent  dans  la  coquille  exté- 
rieure offrent  les  mêmes  découpures,  la  même 
structure  foliacée  que  présente  le  limbe  d'une 
feuille  de  persil  (17). 

Dans  plus  de  deux  cents  espèces  connues 
d*ammonites,  les  cloisons  transversales  of- 
frent des  modifications  agréablement  variées 
de  cette  expansion  foliacée  de  leurs  bords; 
et  dans  toutes,  il  est  facile  de  voir  que  ces 

plagieure  cas  parait  destinée  à  remplir,  par  la  ma- 
nière dont  elle  fend  les  eaux,  les  foncuons  d'une 
guîbre  ou  d'une  quille.  Dans  certaines  espèces, 
comnie  dans  Vammoniteê  lautus,  ou  voit  une  quille 
double,  proJuite  par  un  sillon  profond  qui  règne  sur 
la  face  dorsale,  et  chacune  de  ces  deux  quilles  est 
rendue  plus  solide  par  une  série  de  tubercules  placés 
il  rextrémilé  des  côtes  transversales.  Dans  Vammo^ 
m(et  variatu^  où  la  quille  est  triple,  les  deux  quilles 
btérales  sont  fortiOees  par  des  tubercules,  et  la 
quille  cf  Dtrale  n'est  qu'une  simple  arcade  convexe. 

D'ans  l'A.  ealena,  U  faiblesse,  quiserait  une  con- 
séquence de  la  petitesse  des  cétes  et  de  Taplatis- 
scmcnt  des  faces  latérales  de  la  coquille,  est  com- 
pensée par  l'existence  de  dômes  ou  bosselures  toutes 
semblables.  Les  diverses  portions  aplaties  de  la  co- 
quille sont  supportées  par  les  bords  des  cloisons 
transversales  qui  se  distribuent  dans  tous  les  sens, 
undis  que  les  portions  soulevées  et  renflées,  tirant 
de  cette  construction  même  une  force  suffisante, 
n*oni.  reçu  aucun  autre  support.  Comme  le  dos  est 
ttça'enient  presque  aplati,  il  est  fortement  soutenu  par 
des  ramifications  des  cloisons  internes. 

(17)  Le  capitaine  Smith  a  vu  à  <leux  reprises  dif- 
férentes un  tube  cylindrique  en  cuivre,  rempli  d'air, 
et  filé  au  plomb  d'une  sonde  d'une  construction  par- 
ticulière, écrasé  et  romplciement  aplati  sous  la  pres- 


disDositions  ont  un  but  constant,  celui  de 
multiplier  la  résistance  sur  un  grand  nom- 
bre de  points  de  la  surface  interne.  Nous  sa* 
vonsque  lapression  des  eaux  de  la  mer,  même 
à  une  profondeur  peu  considérable,  peut 
faire  rentrer  un  bouchon  dans  l'intérieur 
d'une  bouteille  remplie  d'air;  qu'un  cylin- 
dre ou  une  splière  creuse  en  cuivre  mince 
sont  écrasés  ;  et,  comme  les  chambres  aérien- 
nes des  ammonites  ont  à  supporter  des'pres- 
sions  pareilles  au  fond  des  eaux  de  la  mer, 
il  était  d'autant  plus  nécessaire  qu'elles  fus- 
sent pourvues  de  quelque  appareil  spécial 
destiné  à  les  en  préserver  (17)  que  suivant  la 
plupart  des  zoologistes  ces  mollusques  ont 
vécu  dans  les  grandes  profondeurs  des 
mers  (18). 

Ici  nous  trouvons  encore  les  procédés  de 
lart  humain  mis  depuis  longtemps  en  œuvre 
parla  nature  ;  ces  supports,  qui  soutiennent 
en  dedans  l'effort  extérieur  de  Teau  sur  la 
coquille  des  ammonites,  rappellent,  par  leur 
disposition,  les  étais  transversaux  qu'emploie 
l'ingénieur  pour  soutenir  l'arche  en  bois  qui 
doit  supporter  la  voûte  en  pierre  qu'il  veut 
construire. 

Dans  toute  la  famille  des  ammonites,  ja- 
mai^  ces  su|)ports  n'offrent  la  courbure  sim- 
ple que  l'on  observe  dans  les  cloisons  trans- 
versales de  la  coquille  du  nautile  ;  et  nous 
trouvons  une  raison  probable  de  cette  diffé- 
rence dans  la  minceur  comparativement  plus 
Srande  de  la  coauille  externe  chez  la  plupart 
es  premières.  Il  résultait  de  cette  minceur 
un  besoin  de  supports  internes  que  rendaient 
inutiles  l'épaisseur  et  la  solidité  de  la  co- 
quille du  nautile. 

Pour  fournir  ces  supports,  les  bords  des 
lames  transversales,  au  lieu  d'offrir  une 
courbure  simple,  se  sont  repliés  en  une  va- 
riété extrême  de  ramifications  sinueuses  et 
de  sutures  ondulées. 

Ces  sinuosités  et  ces  ondulations  qu'of- 
frent, dans  certaines  espëcesi  les  cloisons  à 

sien  d'environ  trois  cents  brassei  d^ean.  Une  bou- 
teille ordinaire  ne  contenant  que  de  l'air,  et  bien 
bouchée,  est  écrasée  avant  d'être  parvenue  à  quatre 
cents  brasses  de  profondeur.  Le  même  observateur 
s'est  assuré  que  si  l'on  remplit  une  bouteille  avec  de 
l'eau  douce,  le  bouchon  sera  refoulé  dans  l'intérieur 
dés  une  profondeur  d'environ  cent  quatre-vingts 
brasses.  Dans  ce  cas  le  liquide  refoulé  est  remplacé 
par  de  Teau  salée,  et  il  arrive  parfois  que  le  bouchon, 
dont  la  résistance  a  été  forcée,  se  trouve  retourné 
dans  une  position  contraire  à  celle  qu'il  avait  aupa- 
ravant. 

Le  capitaine  Beaiifort  dît  qu'il  a  souvent  plongé 
dans  la  mer,  k  plusUe  cent  brasses,  des  bouteilles, 
les  unes  vides  et  d'autres  remplies  d*un  liquide.  L<'s 
bouteilles  vides  étaient  parfois  écrasées;  d^autres 
fois  le  bouchon  étaK  chassé  à  l'intérieur,  et  elles  rc* 
venaient  pleines  d'eau  de  mer.  Le  bouchon  db  celles 
qui  contenaient  un  liquide  était  constamment  re- 
poussé il  rintérieur;  le  liquide  était  remplacé  par  de 
l'eau  salée,  et  le  bouchon  se  trouvait  toujours  de  re- 
tour dans  le  col  de  la  bouteille,  quelquefois  retourné, 
mais  non  dans  tous  les  cas. 

(18)  Voyez  Lamarck  ,  quî  sur  ce  point  dfl9  en  la 
confirmant  l'opinion  de  Bruguières,  Anim  smu  wr* 
tcbres,  t.  Vil,  p.  635. 


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AMM 


MCnœOSAIRE  DE  COSMOGONIE 


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leur  jonction  arec  la  coquille  externe  sont 
d*une  beauté  remarquable  ;  elles  en  ornent 
la  surface  d'un  travail  des  plus  gracieux, 
rappelant  des  festons  de  feuillage,  ou  toutes 
les  délicatesses  dune  élégante  broderie.  Il 
arrive  parfois  que  ces  cloisons  minces  se 
sont  converties  en  pyrite;  et  Ton  dirait  d*un 
filigrane  d*or  se  jouant  au  sein  da  spalh 
transparent  qui  remplit  les  chambres  de  la 
coquille  (19). 

La  coquille  de  YAmmoniitê  heierapkyl' 
lus  est  un  exemple  admirable  de  la  manière 
dont  la  puissance  mécanique  de  chacune  des 
cloisons  transversales  varie  dans  un  rapport 
exact  avec  la  force  ou  la  faiblesse  des  clivers 
points  de  la  coquille  qui  doivent  être  sup- 
portés (19*). 

Siphon,  —  11  nous  reste  à  étudier  le  mé- 
canisme du  siphon,  de  cet  appareil  hydrau- 
li(|ue  important  à  Taide  duquel  les  ammo- 
nites modifiaient  à  leur  gré  leur  poids  spé- 
cifique. Le  mode  d'action  de  cet  organe,  et 
la  manière  dont  il  admettait  ou  renvoyait  le 
fluide,  paraissent  avoir  été  les  mêmes  que 
dans  les  nautiles. 

Nous  rencontrons  donc  en  même  temps 
dans  toute  cette  famille  des  ammonites  et 
des  nautiles  les  mécanismes  du  siphon,  si 
admirables  par  leur  délicatesse,  et  la  réu- 
nion invariable  et  systématique  de  la  force 
et  de  Ja  légèreté  dans  les  cavités  aériennes.' 
Ce  sont  là  des  preuves  frappantes  de  Texis- 

(19)  VA.  keteroph^Uut  est  ainsi  nommée  à  caase 
des  lignes  qui  semblent  dessiner  à  sa  surface  deux 
formes  distinctes  de  feuiUages.  Le  système  de  décou- 
pure est  le  même  que  dans  les  autres  ammonites, 
mais  les  telle»  secondaires  ascendantes,  toujours  ar- 
rondies dans  les  autres  ammonites,  sont  ici  plus  al- 
longées que  d'ordinaire,  et  attirent  Fattention  plus 
qu;;  ni!  le  font  les  pointes  descendantes  des  lobes. 

i^es  fi^j^nres  que  dessinent  les  bords  de  Tune  des 
cloisons  transversales  se  montrent  reproduites  suc- 
cessivement par  toutes  les  autres.  Et  comme  rani- 
mai, à  mesure  quNl  agrandit  sa  coquille,  laisse  der- 
rière lui  une  chambre  nouvelle  plus  vaste  que  la 
précédente,  il  en  résulte  que  les  bords  des  cloisons 
succesèives  u*empiétent  point  les  unes  sur  les  autres 
et  ne  s'encbe^'élrent  jamais. 

Malgré  la  complication  apparente  des  dessins  que 
Ton  observe  dans  cette  ammonite,  le  nimbre  des 
cloisons  n*est  que  de  seize  dans  un  seul  tour  de  la 
coquille  ;  et  ici,  comme  dans  presque  tous  les  cas,  la 
Leauté  et  l'élégance  de  c>es  sortes  de  guirlandes  ne 
connaissent  pas  d'autre  cause  que  la  répétition,  à 
des  intervalles  réguliers,  d'un  seul  système  symétri- 
que de  formes,  système  qui  n'est  autre  que  celui 
que  présente  séparément  le  bord  de  chacune  des 
cloisons  transversales.  Aucune  trace  de  ces  dessins 
ne  se  montre  sur  la  surface  externe  de  la  coquille. 

(19*)  G*est  ainsi  que  sur  le  dos  ou  carène  de  la 
coquille,  là  où  elle  est  étroite  et  où  la  voûte  qu'elle 
forme  est  la  plus  puissante,  les  intervalles  qui  sépa- 
relit  les  cloisons  sont  plus  grands  que  partout  ail- 
leurs, eC  leurs  sinuosités  sont  plus  distantes  entre 
elles;  mais  aussitôt  qu^  lt>s  parois  aplaties  de  la 
même  coquille  viennent  à  prendre  une  forme  qui 
offre  moins  de  résistance  à  la  pression  du  dehors, 
les  sinuosités  des  cloisons  inlenies  se  multiplient  de 
la  même  manière  que  dans  une  voûte  gotiiique  apla- 
tie; les  cotes  so><t  plus  nombreuses  et  se  distribuent 
d'une  manière  |>lu»  c:tmpl'.quée  que  dans  les  voûtes 
en  Oisive,  plus  rct^intantes  vi  plus  simples  de  formes. 

On  Yo!t  se  m  iltiplirr  et  s'etcnirc  de  la  même  ma- 


tence  d*un  ordre  et  d'an  plan  que  nous  of- 
frent ces  débris  des  races  éteintes  qui  habi- 
tèrent les  océans  anciens  ;  et  il  faudrait  qu*un 
esprit  fût  bien  étrangement  organisé  pour 
qu'il  pût  contempler  tant  d'ordre  et  de  mé- 
thode dans  les  cenvres  de  la  création  sa^s 
remonter  à  l'action  directe,  au  commande- 
ment suprême  d'une  haute  intelligence. 

Théorie  de  M.  de  Buch, — Indépendamment 
des  usages  que  nous  avons  attribués  aux  si* 
nuosités  des  cloisons  transversales  des  am- 
monites» en  les  considérant  comme  des  sup- 
ports qui  permettent  à  la  coquille  de  soute- 
nir Tenort  eitérieur  des  eaux,  M.  de  Buch 
assigne  aux  lobes  qui,  par  suite  de  cette  dis- 
position, entourent  la  base  de  la  chambre 
extérieure,  un  autre  usage.  Il  les  considère 
comme  les  points  d'attache  qui  servent  à 
l'animal  pour  se  fixer  plus  solidement  à  la 
coquille  par  le  moyen  de  son  manteau.  Les 
dispositions  de  ces  lobes  varient  suivant  les 
diverses  espèces  d'ammonites,  et  l'illustre 
savant  a  proposé  d'établir  sur  les  modifica- 
tions qu'ils  présentent  les  caractères  spéci  - 
fiques  de  toutes  les  coquilles  qui  font  partie 
de  cette  grande  famille  (20). 

Les  fonctions  qu'assigne  M.  de  Buch  aux 
lobes  des  ammonites  lorsqu'il  les  considère 
comme  servant  à  fixer  la  base  du  manteau 
le  long  du  bord  des  cloisons  transversales, 
ne  contredisent  en  rien  ce  que  nous  avons 
dit  de  l'utilité  de  ces  mêmes  lobes  comme 

nière  les  sinuosités  suturâtes  des  cloisons  internes 
dans  plusieurs  autres  espèces  d'ammoniti^,  dont  les 
faces  latérales  sont  aplaties  et  exigent  que  leurs  sup- 
ports soient  accrus  d'une  manière  analogue,  laLdts 
aue  dans  les  espèces  qui  tirent  de  bi  forme  circulaire 
e  leurs  parois  une  solidité  plus  grande,  les  cloisons 
n'offrent  comparativement  que  des  sinuosités  peu 
nombreuses. 

11  est  probable  que  Ton  eût  pu  soutenir  de  la  même 
manière  le  tube  cylindrique  a  air  de  la  sonde  dont 
il  a  déjà  été  fait  mention,  destinée  à  descendre  i  de 
grandes  profondeurs ,  en  y  introduisant  des  lames 
transversales  construites  d'après  le  même  principe 
que  les  cloisons  internes  des  nautiles  et  des  ammo- 
nites, ou  plutêt  encore  comme  celles  des  orthocéra- 
tites  et  des  baculites. 

(20)  Le  caractère  le  plus  trancbéfqui  sépare  les 
ammonites  des  nautiles,  cVst  la  place  qu'occupe  le 
siphon  dans  ces  deux  genres  :  dans  les  premiers,  en 
eifet,  cet  organe  occupe  cor.slamment  la  portion  dor^ 
taie  de  la  coquille»,  ce  qui  n*a  jamais  lieu  dans  les 
seconds.  Cette  première  différence  essentielle  en  en- 
traîne plusieurs  autres.  L'animal  du  nautile  ayant 
son  sipnon  Ç\\é  d'ordinaire  vers  le  etnîre ,  ou  rap- 
p'ocbe  de  la  face  ventrale  des  cloisons  successives, 
se  t  ouve  lixé  par  conséquent  au  fond  de  la  chambre 
extérieure;  ce  fond  est  généralement  concave,  et  la 
lame  transversale  qui  le  constitue  n'offre  d'ordinaire 
ni  dentelures  ni  sinuosités.  Dans  les  ammonites,  au 
contraire,  le  siphon  étant  proportionnellement  étroil 
et  toujours  placé  vers  la  face  dortale^  il  suffit  lieau- 
coup  moins  que  celui  des  nautiles  à  fixer  le  manteau 
en  place  au  fond  de  la  chambre  antérieure  ;  aussi  cet 
organe  trouve-t-il  un  a'.itre  mode  de  fixation  dans  les 
dépressions  nombreuses  qu'off^re  le  bord  de  ki  cloison 
transversale,  et  d'où  résulte  une  série  considérable 
de  lobes  sur  la  jonction  de  cette  cloison  avec  la  sur- 
face interne  de  la  coquille. 

I^  plus  intérieur  de  ces  lobes,  ou  lobe  ventral^  est 
placé  sur  le  bord  interne  de  la  coquille  ;  du  c6té 
opposé,  et  au  lord  extwne,  est  placé  le  lobettofscî 


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AMM 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


AN! 


n 


snpports  de  la  coquille  externe  contre  la 
pression  des  eaux  à  de  grandes  profondeurs. 
Ces  deux  bienfaits,  qui  résultent  simultané- 
ment d'une  seule  et  mènie  disposition  mé- 
canique, ne  font  qu*aj[outer  à  1  opinion  que 
nous  nous  sommes  faite  de  son  excellence, 
et  accroître  notre  admiration  pour  la  haute 
sagesse  h  laquelle  elle  doit  son  origine. 

Conclusion.  —  En  étudiant,  comme  nous 
Tenons  de  le  faire,  les  preuves  d'un  plan  et 
d'un  dessein  primitifs  qui  nous  sont  offertes 
fiar  les  débris  testacés  de  la  famille  des  am- 
monites, nous  sommes  arrivés  à  rencontrer 
dans  chaque  espèce  des  témoignages  nom- 
breux de  l'existence  de  mécanismes  délicats 
et  spéciaux  qui  avaient  pour  but  de  faire  de 
la  coquille  tout  à  la  fois  un  flotteur  qui 
soutenait  l'animal  au  sein  des  eaux,  et  une 
demeure  qui  protégeait  son  corps  contra  les 
injures  du  dehors. 

A  mesure  que  l'animal  s'accroissait  en  vo- 
lume, et  s'avançait  vers  rorifice  extérieur  de 
la  coquille,  les  espaces  qu'il  laissait  derrière 
lui  se  convertissaient  successivement  en  de 
nouvelles  chambres  aériennes,  d'où  résultait, 
pour  la  coquille  considérée  comme  flotteur, 
un  accroissement  de  puissance.  Ce  flotteur, 
que  dirigeait  dans  ses  mouvements  un  tuyau 
traversant  la  série  tout  entière  des  chambres 
aériennes,  était  un  instrument  hydraulique 
d'une  extrême  délicatesse  qui  permettait  à  l'a- 
nimal de  s'élever  suivant  son  gréé  la  surface 
des  eaux,  ou  de  descendre  dans  les  profon- 
deurs les  plus  grandes. 

Des  êtres  créés  pour  flotter  parfois  au  sein 
des  eaux,  ne  pouvaient  être  chargés  d'une 
coquille  épaisse  et  lourde  ;  et  comme,  d'un 
autre  c6té,  une  coquille  mince  renfermant 
de  l'air  eût  cédé  è  des  degrés  différents  d'une 
))ression  souvent  intense  des  eaux  profon- 
des, nous  trouvons,  soit  dans  la  construc- 
tion mécanique  de  la  coquille  externe,  soit 
dans  les  cloisons  intérieures  qui  constituent 
les  chambres  aériennes,  un  ensemble  de  dis- 

qnî  embrasse  le  siphon  et  se  trouve  divise  par  cet 
organe  en  deux  bras  divergents.  En  dessous  des  lo- 
bes dorsaux  se  voient  des  iobes  latéraux  supérieure 
sur  chaque  côté  de  la  coquille;  plus  bas  eneoi^,  à 
pen  et  aistance  au-dessus  du  lobe  ventral,  les  deux 
Mtê  latéraux  inférieurs. 

Les  intervalles  qui  existent  entre  ces  lobes  constî- 
laentdes  échancrures  ou  sW/«s,  où  reposait  et  se  fixait 
leniauteaude  Panimal  au  fond  de  la  première  chambre, 
et  ersseUes  se  distinguent  de  la  même  manière  que  les 
liibes  eux-mêmes.  Celle  qui  partage  les  deux  lobes 
dorsal  et  latéral  supérieur  s^appeile  selle  dorsale;  la 
selle  latérale  j^rtagc  les  lobes  latéraux  supérieurs  et 
bléraux  ioférieurs;  enfin  b  selle  verttrale  est  située 
entre  les  deux  \obe%  ventral  et  latéral  inférieur.  On 
retrouve,  dans  toutes  les  formes  que  présentent  les 
ammonites,  cette  disposition  générale  avec  des  modi- 
fications diverses  ;  mais  lorsque  la  spire  de  la  co- 
quille s*aocrott  rapidement  en  largeur,  de  telle  façon 
que  le  dernier  tour  de  spire  recouvre  complètement 
ou  en  partie  les  tours  précédents,  on  voit  s>  sura- 
jouter des  lolK*s*auxiliaîre8plus  petits  qui,  suivant  la 
taille  de  Pammonite,  sont  jusqu  au  nombre  de  trois, 
de  quatre  ou  de  cînu  paires. 

Ces  divers  lobes,  a  mesure  qu'ils  se  rapprochent 
«lu  centre,  sont  subdivisés  cux-mémrs  par  des  den- 
ieluies  nombreuses  qni  fournissant  drs  points  d*at- 


positions  tout  à  fait  organisées  pour  la  résis* 
tance  la  plus  complète.  En  premier  lieu,  li» 
forme  même  de  la  coquille  qui  est  celû 
d'un  tube  recourbé  sur  lui-même  et  nlofrran' 
à^  Textérieur  qu'une  surface  convexe;  pui? 
l'accroissement  de  puissance  qui  résulte 
d'une  série  de  côtes  et  de  voussures  forman* 
à  la  surface  convexe  de  ce  tube  enroulé, 
un  ensemble  de  voûtes  et  de  dômes  qui 
ajoutent  à  sa  solidité.  Enfin  les  lames  trans- 
versales qui  forment  les  chambres  aériennes 
y  ajoutent  encore  une  succession  non  inter- 
rompue de  supports,  dont  les  ramifications 
s'étendent  sur  tous  les  points  de  la  coquille 
où  plus  de  solidité  était  nécessaire. 

Si  toute  disposition  régulière  démontre 
l'action  d'une  cause  intelligente,  et  si  plus 
de  perfection  dans  un  mécanisme  est  la 
preuve  d'une  puissance  intellectuelle  plus 
élevée  dans  celui  qui  l'a  produit,  tout  admi- 
rable arrangement  que  nous  offrent  les  dé^ 
bris  pétrifles  de  ces  coquilles  cloisonnées, 
nous  est  une  preuve  aussi  ancienne  et  aussi 
impérissable  que  les  montagnes  mêmes  où 
nous  allons  les  chercher,  qui  nous  atteste  la 
haute  sagesse  à  laquelle  ces  mécanismes  dé- 
licats doivent  leur  oris;ine,  en  même  tennps 
3ue  la  Providence  et  la  bonté  du  Créateur 
ans  l'organisation  de  chacune  des  créaturas 
sorties  de  ses  mains. 

AMPÈRE  (M.),  ses  idées  sur  Vorigine  de  la 
chaleur  intérieure  de  la  terre.  —  Voy.  Terre. 

AMPHIBIES.  Yoy.  Mammifères. 

ANDRIAS.  —  Espèce  de  salamandre  aqua- 
tique gigantesque.    Voy.  Plantes   fossiles 

d'ŒnINGEN  et  SUBAPENNIN. 

ANIMAUX,  ont-ils  couvert  tout  le  globe 
à  la  fois.  —  Voy.  Paléozoïques  (Terrains). 

ANIMAUX  FOSSILES,  leur  respiration. 
Voy.  Physiologie  paléontologiqde. 

ANIMAUX  FLOTTANTS.   Voy.  Couches 

SÉDIMENTAIRES,  art.  1. 

ANIMAUX  MARINS.  —  §  l.  Leurs  ronrfi- 
tions  d'existence.  —  Après  qu'il  eut  été  bien 

taclie  au  manteau  de  Tanimal,  et  chacun  se  trouve 
ainsi  flanqué  d*une  série  de  lobes  accessoires  qui 
eux-mêmes  sont  pourvus  de  dentelures  symétriques, 
dont  les  extrémités  produisent  ces  belles  apparences 
d'un  feuillage  compliqué  qui  s*observent  dans  les 
ammonites. 

L'origine  de  ces  dentelures  est  constamment  aigué 
et  a  sa  pointe  dirigée  en  dedans  vers  la  chambre  aé- 
rienne précédente  ;  mais  elles  sont  lisses  et  arrondies 
antérieurement  vers  le  corps  de  Tanimal,  de  manière 
à  offrir  des  sortes  de  crampons  où  s'attachait  foite* 
ment  la  hase  du  manteau,  et  où  cet  organe  s'enraci- 
nait en  fiuelque  sorte  sur  le  }iourlour  du  plancher  de 
la  chambre  extérieure. 

On  ne  rencontre  de  semblables  dentelures  dans 
aucune  espèce  de  nautile.  M.  Owen  a  vu,  dans  le 
nautilus  pompiliuSf  que  la  base  du  manteau  adhère  à 
la  coquille  extérieure,  tout  prés  de  sa  suture  avec  la 
cloison  transversale,  2i  l'aide  d*nne  forte  cehiturc  cor- 
née ;  et  il  est  probable  qu'une  disposition  toute  pa- 
reille existait  dans  tous  les  nautiles  fossiles.  L<^s  cô 
tés  du  manteau, dans  le  nautilus  pompilius^  sont  aussi 
fixés  sur  les  flancs  de  la  gi-ande  chambre  externe,  à 
I  aide  de  deux  muscles  puissants  et  larges  dont  les 
empreintes  se  voient  dans  la  plupart  des  échantillons 
de  cette  coquille. 


99 


ANI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


INl 


96 


reconnu  que  les  restes  d^aoimaux  et  de  vé- 
giHaux  ensevelis  à  différentes  éooques  et  à 
des  profondeurs  diverses  dans  Vécorce  du 
globe,  provenaient  des  dépouilles  d'êtres  or- 
ganiques qui  avaient  vécu  jadis  à  la  surface 
de  la  terre,  on  admit  assez  généraiement, 
surtout  d'après  les  rec}]ert:lies  de  MM.  Cu- 
vier  et  Brongniart  dans  les  environs  de  Pa- 
ris, et  celles  de  M.  Smith  en  Angleterre»  (}ue 
les  dépôts  contemporains  étaient  caractérisés 
par  des  débris  organiques  semblables.  Tant 
que  l'on  supposa  que  ces  dépôts  se  recon- 
naissaient à  leur  composition  minéralogique, 
ou  autrement,  qu'une  structure  minéralogi- 
que  déterminée  suffisait  à  préciser  Vàge  géo- 
logique d'une  roche,  ce  fut  une  hérésie  que 
de  douter  que  l'on  pût  trouver  dans  un  ter- 
rain fossilifère  donné,  dans  quelque  localité 
que  ce  fût,  d'autres  fossiles  que  ceux  de  cer- 
tains groupes  déterminés  pour  chacun  de 
ces  terrains. 

Cette  opinion  a  été  tant  soit  peu  modiGée, 
mais  on  admet  encore  la  supposition  que 
des  débris  organiques  semblables  caractéri- 
sent les  dépôts  contemporains  sur  des  sur- 
faces très-étendues;  à  tel  point  du  moins  que, 
si  l'on  dé20uvrait  une  bélemnite  dans  la 
chaîne  de  l'Himalaya,  on  serait  disposé  à 
croire  â  ortort  qu'elle  s'y  trouve  dans  une 
portion  de  la  série  des  couches  qui  contien- 
nent des  bélemnites  en  Europe.  On  suppose 
aussi  que  la  même  espèce  de  coquille  fossile 
caractérise  un  même  dépôt  sur  des  surfaces 
considérables, 

Auiourd'hui ,  que  la  science  géologique 
est  plus  avancée,  on  ne  peut  admettre  qu  un 
dépôt  puisse  ou  non  être  déterminé  par  les 
fossiles  qu'il  contient,  avant  que  d'avoir  mû- 
rement examiné  les  conditions  actuelles 
d'existence  de  la  vie  animale  «t  végétale. 
Quelques-unes  de  ces  conditions  sont  assez 
bien  connues,  de  sorte  qu'en  étudiant  soi- 
gneusement les  caractères  zoologiques  et 
botaniques  d'une  roche  fossilifère,  nous  [)0u- 
vons  connaître  par  approximation  jusqu  à 
quel  point  la  vie  animale  et  végétale  a  pu 
exister  jadis ,  dans  des  circonstances  analo- 
gues aux  actuelles,  ou  combien  les  condi- 
tions de  la  vie  organique  peuvent  avoir  va- 
rié depuis  les  époques  anciennes. 

Il  importe  surtout  de  rechercher  avec  soin 
les  conditions  nécessaires  à  la  vie  des  ani- 
maux marins,  que  l'on  reconnaît,  d'après 
les  formes  observées  dans  les  débris  orga- 
niques, avoir  été  le  plus  abondamment  en- 
sevelis dans  les  couches  de  la  terre,  depuis 
que  sa  surface  a  été  appropriée  à  leur  exis- 
tence ;  au  point  que,  si  on  enlevait  de  la 
masse  générale  des  couches  fossilifères  toutes 
les  dépouilles  d'animaut  marins  qu'elles 
contiennent,  le  volume  de  ces  couches  serait 
tellement  réduit  que,  dans  plusieurs  cas, 

(21)  Les  poissons  et  les  mollusques  des  bas-fonds 
sont  sujels  aussi  à  changer  leur  demeure,  à  cause 
de  raj^italioii  des  vagues.  Quelques-uns  d*entre  ces 
animaux  se  réfugienl  dans  des  mers  plus  profondes  ; 
d*aulres  se  retirent  dans  des  baies  ou  des  criques 
pHs  tranquilles.  Quelquefois ,  après  de  srandcs  teiu- 
oètcs  d*ur.c  lo::cue  durée ,  on  trouve  des  animaux 


des  roches  composées  à  peu  près  exclusive- 
ment de  débris  d'animaux  marins  devraient 
presque  entièrement  disparaître. 

La  température  de  la  mer  n'est  point  ex- 
posée à  ces  grands  chanzements  nrusques 
3ue  l'on  observe  dans  1  atmosphère.  Sans 
oute  que  les  changements  des  climats  sui- 
vant les  saisons  produisent  des  variations 
analogues  dans  la  température  des  eaux  des 
zones  correspondantes  ;  mais  ces  variations 
sont  relativement  peu  considérables,  ainsi 
qu'on  peut  s'en  assurer  en  comparant  les 
tables  des  températures  de  la  mer  sur  une 
côte  quelconque  avec  les  températures  de 
l'air  dans  la  même  localité.  Ainsi  les  animaux 
marins  ne  sont  pas  sujets ,  au  même  point 
que  les  animaux  qui  respirent  l'air  libre,  à 
la  nécessité  d'un  changement  d'habitation 
d'après  les  seuls  effets  des  changements  do 
température. 

La  température  de  la  mer  est  nécessaire- 
ment sujette  à  de  plus  grandes  variations 
dans  les  eaux  peu  profondes  que  dans  les 
hautes  mers.  II  s'ensuit  que  les  animaux  qui 
vivent  de  préférence  sur  les  bas-fonds  seront 
exposés  (à  moins  qu'ils  ne  soient  organisés 
de  manière  à  supporter  tous  les  changements 
de  température,  comme  le  sont  sans  doute 
plusieurs  de  ces  animaux}  à  changer  de  de- 
meure plus  souvent  que  ceux  qui  vivent 
dans  la  naute  mer,  en  supposant  que  celle-ci 
soit  habitée  (21).  En  d'autres  termes,  nous 
devons  nous  attendre  à  ce  que  )es  animaux 
marins  qui  habitent  les  bas-fonds  près  des 
côtes  vivent  à  des  profondeurs  moins  cons- 
tantes Que  ceux  qui  habitent  des  eaux  plus 
profonaes. 

Si  l'on  part  du  niveau  de  la  mer  à  t'équa- 
teur,  et  que  l'on  néglige  les  petites  irrégu- 
larités de  détail,  la  température  décroîtra 
verticalement,  soit  qu'on  cfescende  jusqu'aux 
plus  grandes  profondeurs  de  l'Océan,  soit 
qu'on  s'élève  vers  les  plus  hautes  cimes  qui 
se  projettent  dans  l'atmosphère.  On  aura 
ainsi  des  hauteurs  ou  des  profondeurs  aux- 
quelles les  animaux  qui  recherchent  une 
température  donnée  peuvent  la  trouver  entre 
certaines  limites.  Mais  la  température,  quoi- 
qu'elle soit  une  des  conditions  nécessaires 
à  l'existence  de  la  vie  animale,  et  au'elle 
contribue  surtout  à  la  distribution  qu  affec- 
tent les  animaux  h  la  surface  du  globe,  n*est 
point  la  seule  circonstance  à  laquelle  il  faille 
avoir  égard  dans  des  recherches  de  cette  na- 
ture. De  même  que  nous  voyons  les  ani  • 
maux  vivant  dans  l'atmosphère  rechercher 
des  densités  d'air  déterminées,  de  même  il 
y  a  des  densités  d'eau  fixées  pour  la  vie  des 
animaux  marins.  Si  l'on  réfléchit  que  la  vie 
animale  décroît  Si  mesure  que  l'atmosphère 
devient  plus  froide  et  moins  dense,  et  que 
la  vie  marine  est  moins  abondante  à  mesure 

marins  dans  des  embouchures  de  rivières,  où  ils  ne 
pénètrent  jamais  dans  des  temps  de  calme.  Des  pei- 
gnes entrent  souvent ,  lorsqu^il  fait  mauvais  temps 
en  mer,  dans  des  criques  et  des  embouchures  sur 
les  odtes du  Devonshire,  à  moins  qoe  leau  u*en  soit 
entièrement  douce,  et  ils  s'en  éloignent  aussitôt  que 
les  tempêtes  ont  cessé. 


97 


ANl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


km 


9S 


que  la  pression  de  Teau  augmente  et  que  la 
lumière  diminue,  oa  aura,  pour  ainsi  dire, 
deux  séries  de  zones.  Tune  s*élevant  au-des- 
5usde  rOcéan,rautre  descendant  au-dessous; 
et  les  termes  de  chaque  série,  toutes  choses 
^^ales  d'ailleurs,  offriront  les  circonstances 
les  plus  favorables  au  développement  de  la 
vio  animale,  à  mesure  qu'ils  approchent  de 
la  surface  de  FOcéan. 

Tous  les  naturalistes  savent  que  les  ani- 
maux marins  vivent  h  des  profondeurs  d*eau 
déterminées  pour  chaque  espèce  ;  ce  qui  im- 
plique qu  il  leur  faut  une  pression  d  eau  et 
une  température  données.  Ainsi,  les  animaux 
marins  que  Ton  pèche  entre  les  tropiques  à 
de  grandes  profondeurs,  et  qu'on  ne  ren- 
contre jamais  sur  les  bas-fonds,  existent 
habituellement  sous  une  plus  grande  pres- 
sion et  à  une  teinpérature  plus  basse  que 
les  autres  êtres  tropicaux  qui  vivent  dans 
les  basses  eaux.  On  voit,  par  les  expériences 
laites  sur  la  température  des  mers  des  tro- 
pi()ues  à  diverses  profondeurs,  combien  les 
animaux  habitant  les  bas-fonds  sous  ces  lati- 
tudes se  trouveraient  bientôt  dans  des  cir- 
constances défavorables  à  leur  existence, 
sans  même  tenir  compte  de  la  différence  de 
pression  qui,  sans  aucun  doute,  produirait 
des  effets  tout  aussi  désastreux.  Les  ex- 

Eériences  de  MM.  Sabine,  Wauchope  et 
cniz  (22)  prouvent  que,  tandis  que  la  tem- 
pérature de  la  surface  de  la  mer  sous  les 
tropiques  est  de  26"  centigrades  environ,  on 
peut  trouver  une  température  variant  de 
^  22  à  10*  centigrades  à  la  profondeur  de 
mille  brasses  environ,  la  température  des 
grandes  profondeurs  étant  plus  élevée  à  me- 
sure qu'on  approche  de  l'équateur.  La  ma- 
nière dont  décroît  la  température  est  très- 
bien  indiquée  dans  les  expériences  faites 
rir  M.  Lentz  à  21*  IV  de  latitude  nord.  L'eau 
la  surface  étant  à  26*  39,  il  trouva  16*  33 
à  cent  cinquante  brasses,  3*  17  à  quatre  cent 
quarante  brasses,  2*  89  à  sept  cent  neuf 
brasses,  et  2*  50  à  neuf  cent  soixante-seize 
brasses.  On  voit  que  les  changements  de 
température  sont  très-rapides  à  des  profon- 
deurs moyennes,  tandis  que  dans  les  grandes 
profondeurs  la  température  est  plus  cons- 
tante ;  c'est  là  un  fait  général  qui  a  été  re- 
connu, ainsi  gu'on  pouvait  s'y  attendre,  sous 
toutes  les  latitudes. 

Le  changement  de  température  qui  a  lieu 
à  mesure  que  la  profondeur  de  la  mer  aug- 
mente, ayant  quelque  rapport  avec  ce  qui 
se  Yoit  à  mesure  qu'on  s  élève  au-dessus 
de  son  niveau ,  on  est  naturellement  con- 
duit à  se  demander  si  les  êtres  que  l'on 
sait  exister  dans  les  eaux  des  climats  tem- 
pérés, ne  pourraient  pas  vivre  sous  les  tro>- 
piques  à  des  profondeurs  où  ils  trouveraient 
ta  même  température,  tout  comme  les  plan- 
tes qui  vivent  dans  le  Nord  au  bord  de  la 

(22)  Manuel  géohgitfiu ,  art.  Température  ae  la 
mer. 
(25)  Tableau  de  la  nature,  tom.  Il,  p.  106. 
(24)  On  pourrait  dire  à  la  vérité  que  si  les  ani- 
ÈDSérimn  consomment  une  petite  portion  de 


mer,  peuvent  se  retrouver  sur  les  nautes 
montagnes  des  zones  tempérées.  On  pour- 
rait dire,  sous  le  rapport  de  la  pression , 
qu'il  n'y  a  point  de  raison  apriori  pour  oue 
certaines  plantes  pussent  plutôt  soutenir  aes 
pressions  différentes  gue  ne  le  pourraient 
certains  animaux  marins.  Nous  ne  nous  ar- 
rêterons pas  à  examiner  jusqu*à  quel  point 
il  y  aurait  de  l'analogie  entre  les  deux  cas  ; 
car  il  est  une  autre  considération,  beaucoup 
plus  importante,  dont  il  faut  nécessairement 
tenir  compte  dans  toute  recherche  du  genre 
de  celles  qui  nous  occupent  dans  ce  moment. 
Les  êtres  marins  qui  vivent  habituellement 
sur  des  bas-fonds ,  et  par  conséquent  dans 
un  milieu  dans  lequel  Tair  atmosphérique 
est  disséminé  avec  abondance ,  pourraient- 
ils  également  vivre  dans  de  grandes  profon- 
deurs, où  nous  pouvons  juger  que ,  s'il  se 
trouve  de  Tair  atmosphérique,  il  doit  tout 
au  moins  y  être  infiniment  plus  rare? 
Nous  savons ,  pour  ce  qui  concerne  leis 

Soissons  d'eau  douce,  que  si  on  les  plonge 
ans  de  l'eau  distillée,  ils  y  meurent  parle 
manque  de  Tair  que  contiennent  ordinaire- 
ment les  eaux  des  lacs  et  des  rivières,  et 
nous  pouvons  en  conclure  que  les  poissons 
de  mer  ne  pourraient  pas  plus  vivre  dans 
une  eau  qui  ne  contiendrait  pas  d'air  disses 
miné,  que  les  poissons  d'eau  douce  dans 
Teau  distillée. 

Toute  l'analogie  présumée  plus  haut  eur 
tre  les  plantns  et  les  animaux ,  parait  donc 
cesser;  car  1ns  plantes  pourraient  tout  aussi 
Ijien  se  procurer  les  matières  gazeuses  né- 
cessaires à  leur  existence,  dans  une  posi- 
tion que  dans  l'autre  ;  il  importe  cependant 
de  ne  pas  oublier  que,  par  suite  de  l'appro- 
priation de  la  vie  animale  et  végétale  aux 
situations  auxquelles  elle  est  destinée ,  un 

§rand  nombre  de  plantes  qui  vivent  dans 
es  régions  où  la  densité  de  Tatmosphèrc 
est  comparativement  faible,  sont  pourvues), 
suivant  M.  de  Humboldt,  d'une  abondance 
de  vaisseaux  sécrétoires,  en  sorte  que  la 
respiration  des  feuilles  de  ces  plantes  se 
trouve  dérangée  lorsqu'on  les  transporte 
dans  des  régions  où  la  pression  atmosphé- 
rique est  plus  forte  (23). 

On  ne  saurait  çuère  comprendre  comment 
les  animaux  marins  pourraient  décomposer 
l'eau  pour  se  procurer  l'oxygène  qui  leur  est 
nécessaire  ;  c  est  donc  l'air  absorbé  par  l'eau 
et  disséminé  dans  la  massede  l'océan,  qui  doit 
fournir  à  ces  créatures  leur  moyen  principal 
d'existence,  eu  admettant  que  l'oxygène  est 
nécessaire  à  toute  la  création  animale,  et  que 
la  vie  ne  peut  se  soutenir  que  par  l'absorption 
à  intervalles  fixes  d'une  quantité  déterminée 
d'oxygène,  quelque  inégaux  que  ees  inter- 
valles puissent  être  dans  les  différents  ani- 
maux (2/i).  Nous  n'avons  aucune  donnée  sur 
les  profondeurs  jusqu'auxquelles  l'air  peut 

l^oxygène  faisant  partie  de  Tair  atmosphérique  dissé- 
miné dans  les  grandes  profondeurs,  les  intervalles 
entre  les  absorptions  peuvent  être  si  grands  pour 
ces  animaux,  et  la  quantité  d*oxygène  qui  leur  est 
nécessaire  si  petite,  qu'un  très-petit  volume  d'air 


99 


ANl 


DICTiONNAIR&  DE  COSMOGONIE 


ANI 


100 


se  trouTer  disséminé  dans  reâu,  mais  les 
observations  cnrieusesde  M,  Biot  sur  les  f^az 
contenus^  dans  la  vessie  nalatoire  des  pois- 
sous  ,  nous  prouvent  que  ces  gaz  varient 
probablement  suivant  les  profondeurs  aux- 
quelles les  poissons  vivent  d*habitude. 
M,  Biot  trouva  que  ces  vessies  n*étaient 
point  remplies  d'air  atmosphérique,  mais 
d*azote  presque  pur,  dans  les  individus  qui 
vivent  près  de  la  surface;  et  d'un,  mélange 
de  près  de  neuf  parties  d  oxygène  et  une 
d*azote  dans  ceux  qui  vivent  dans  les  pro- 
fondeurs de  500  à  600  brasses  (-25).  On  peut 
en  conclure  que  les  poissons  peuvent  diffi- 
cilement se  procurer  de  Tazote  dans  les 
grandes  profondeurs,   tandis  qu'il  abonde 

Îirès  de  la  surface,  et  que  par  conséquent 
'air  atmosphérique  est  plus  abondamment 
disséminé  à  la  surface  que  vers  le  fond  de 
la  mer.  On  peut  supposer  aussi  que  Teau 
de  la  mer  absorbe  l'oxygène  plus  facile- 
ment que  l'azote,  et  que  par  conséquent  le 
premier  de  ces  gaz  peut  se  trouver  dis- 
séminé dans  l'eau  à  de  plus  grandes  profon- 
deurs. Quoi  qu'il  en  soit,  la  différence  des 
gaz  contenus  dans  les  vessies  natatoires  des 
poissons  est  un  fait  très-remarquable;  il  pa- 
rait indiquer  qu'il  y  a  une  dinérence  dans 
les  matières  gazeuses  disséminées  dans  l'eau 
de  la  mer  à  diverses  profondeurs,  du  moins 
en  ce  qui  regarde  les  quantités  relatives 
d*oxygène  et  d'azote. 

On  pourrait  croire  que  les  poissons  étant 
pourvus  de  ces  vessies  natatoires,  ils  de- 
vraient être  susceptibles  de  s'élever  dans 
l'eau  à  la  hauteur  qu'il  leur  plairait,  et  qu'ils 
pourraient  se  procurer,  en  conséquence, 
toute  la  quantité  de  l'air  disséminé  qui  leur 
est  nécessaire.  11  paraît  pourtant,  quoique 
les  poissons  puissent  mopter  et  descendre 
à  volonté  entre  certaines  hauteurs  d'eau , 
que  leurs  habitations  sont  limitées,  suivant 
les  espèces,  à  des  zones  d'eau  d'une  certaine 
épaisseur.  Comme  les  poissons,  ou  du  moins 
le  plus  grand  nombre  d'entre  eux,  montent  et 
descendent  dans  l'eau  en  dilatant  ou  compri- 
mant les  gaz  contenus  dans  leur  vessie  nata- 
toire, il  est  évident  que  lorsque  ces  gaz  auront 
acauis,  nar  la  pression,  une  densité  égale  à 
celle  de  l'eau  ambiante,  les  poissons  ne  pour- 
ront pas  descendre  plus  bas  sans  de  grands  ef- 
forts miiseulaires;demèmequ'ils  ne  pourront 
qoe  ditBcilement  s'éieviT  au  delà  d  une  cer- 
taine hauteur.  M.  Pouillet  a  remarqué,  à  ce 
propos,  que  le  gaz  contenu  dans  les  vessies 
natatoires  de  poissons  péchés  à  la  profon- 
deur de  mille  mètres,  c  est-à-dire  sous  une 
pression  égale  à  peu  près  à  cent  atmosphè- 
resj»augmenle  tellement  de  volume  en  ar.: 
l'iySIîi  à  la  surface,  que  tout  effort  muscu- 
lair'è  ne  pouvant  le  contenir,  il  s'échappe 
en  fabulant  la  vessie,  l'estomac  et  les  or- 
ganes voisins,  qui  sortent  par  la  gueule  en 
formant  un  ballon  fort  singulier  (26). 

l|i>urrait  leur  suffire  pour  des  temps  considérables. 
S*j)  eu  était  réellement  ainsi,  on  aurait  là  encore  une 
pi%^ve  de  Tapproprialion  des  organes  des  animaux 
aux  condiiions  dans  lesquelles  ils  se  trouvent  places. 


Nous  n'avons  aucune  raison  de  croire  que 
les  diverses  espèces  de  poissons  soient  les 
seuls  êtres  marins  dont  l'habitation  est  li^ 
mitée  à  de  certaines  profondeurs  d'eau  dé- 
terminées; il  est  plus  naturel  de  penser 
que  tous  les  animaux  qui  vivent  dans  l'o- 
céan s'y  trouvent  dans  la  même  condition. 
La  pression  et  la  température  changent  avec 
la  profondeur;  et  il  ne  doit  pas  être  plus 
facile  à  un  animal,  quel  qu'il  soit,  de  vivre 
tout  aussi  bien  près  de  la  surface  de  la  mer 
et  à  mille  brasses  de  profondeur,  qu'il  ne  le 
serait  à  un  homme  de  respirer  aussi  aisé- 
ment à  30,000  pieds  d'élévation  qu'il  le  fait 
dans  nos  plaines.  Dans  toute  l'organisation 
animale,  les  espèces  paraissent  formées  pour 
sujjporter  une  pression  particulière,  soit 
d'air  ou  d'eau,  pression  jqui  est  celle  qui  se 
rencontre  dans  l'habitation  à  laquelle  ces 
espèces  sont  destinées.  Cependant  les  ani- 
maux vivant  dans  l'atmosphère  souffriront 
moins,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  d'un 
changement  vertical  aune  hauteur  déter- 
minée ,  que  ne  le  feraient  des  êtres  vivant 
dans  l'eau.  Un  aigle ,  habitué  à  planer  à  de 
grandes  élévations,  peut  vivre  au  niveau  de 
la  mer  ;  mais  il  est  très-douteux  qu'un  requin 
puisse  vivre  longtemps  à  de  grandes  proion- 
deurs,  quoique  les  animaux  de  proie  soient, 
certes ,  organisés  de  manière  à  supporter 
plus  facilement  de  tels  changements,  par  la 
nécessité  dans  laquelle  ils  se  trouvent  de 
rechercher  leur  proie  à  différentes  hauteurs 
de  l'eau. 

Les  poissons  ne  peuvent  se  tenir  sans  ef- 
fort à  quelque  hauteur  d'eau  que  ce  soit,  si 
leur  pesanteur  spécifique  du  moment  n'est 
pas  celle  exactement  au  milieu  dans  lequel 
ils  se  trouvent.  Il  est  évident  que  dans  plu- 
sieurs poissons  le  chanjjement  de  pesanteur 
spécifique  relative  se  fait  par  la  contraction 
ou  la  dilatation  des  gaz  contenus  dans  la 
vessie  natatoire,  et  nous  avons  vu  plus  haut 

auelles  sont  les  conséquences  du  «transport 
e  ces  gaz  des  grandes  aux  petites  profon- 
deurs. 11  se  présente  maintenant  une  autre 
question*  Le  lloide  qui  cimile  dans  tes  aaî  t 
maux  marins  est,  suivant  toute  probabilité , 
d'une  densité  telle  à  pouvoir  se  mouvoir 
sous  la  pression  d'une  nauteur  d'eau  déter- 
minée ;  un  changement  dans  cette  hauteur 
d'eau  ne  serait-il  pas  suivi  d'un  changement 
correspondant  dans  la  circulation  de  ces  ani- 
maux? Quoique  l'on  puisse  regarder  le  fluide 
circulant  et  l'eau  ambiante  comme  doués 
d'une  certaine  élasticité,  cette  élasticité  ne 
produirait  jamais  des  effets  analogues  à  ceux 
qui  sont  dus  à  l'expansion  des  substances  ga- 
zeuses ;  il  faudrait  donc  probablement  des 
différences  de  pression  très-considéraLlcs 
pour  produire  des  effets  appréciables. 

Partout  où  il  existe  une  créature  ,  nous 
pouvons  la  regarder  comme  contenue  en 
partie  par  une  pression  donnée,  telle  que 

(25)  Biot,  cité  par  Poiiilllt,  Elémenti  de  pHysi^ 
tftie  expérimentale^  tom.  L  p.  187. 

(26)  Elément  de  phyhique  expérimentale^  tom.  I*\ 
p.  188,  seconde  édition.^ 


«•I 


ANL 


ET  DE  PALEOxNTOLOCIE. 


ANI 


102 


cette  eréa'ture  puisse  se  mouvoir  Jibremont 
dans  le  milieu  gazeux  ou  aqueux  dans  le- 
quel elle  Tit  habituellement.  La  force  mus- 
culaire est  proporlionnée  à  cet  état  de  cho- 
ses. Que  .«i  cette  pression  diminuait  par  une 
cause  quelconque,  Tèlre  organique  tendrait 
k  changer  de  volume ,  aûn  de  s'adapter  au 
milieu  ambiant.  Ce  dérangement  se  ferait 
ressentir  d*abord  dans  les  vaisseaux  les  plus 
.  subtils  et  les  plus  délicats ,  construits  avec 
'  une  précision  si  parfaite  que  les  causes  oui 
déterminent  leur  action  sont  toujours  égales 
aux  effets  qu'elles  doivent  produire.  Une 
pression  adaptée  à  Torganisation  de  rani- 
mai, fait  |>artie  de  ces  causes;  et  lorsque 
cette  pression  devient  plus  ou  moins  grande 
que  a  habitude,  Fanimal  souffre  en  propor- 
t:on  de  cette  différence ,  au  point  aue ,  si 
elle  devient  considérable,  1  animal  cesse 
d'exister.  Quoique  Thomme  puisse  vivre 
sous  des  pressions  difféi^entes  sans  en  éprou- 
ver des  sensations  désagréables,  cependant 
sur  les  hautes  cimes  telles  que  le  mont  Blanc, 
et  par  conséquent  sous  une  pression  consi- 
dérablement moindre  que  Thabituelle,  il  est 
exposé,  par  le  manque  de  la  pression  oui 
lui  est  nécessaire,  aux  sensations  les  plus 
pénibles;  chaque  pas  qu'il  fait  est  pour  lui 
un  grand  effort;  sa  respiration  est  accélérée, 
les  vaisseaux  sanguins  les  plus  ténus  com- 
mencent h  c^der,  et  il  se  sent  dans  des  con- 
ditions pour  lesquelles  il  n*est  point  orga- 
nisé. Ce  au*il  éprouve  lui  apprend,  en  un 
mol,  qu*il  ne  peut  continuer  d'exister  que 
sons  une  pression  donnée,'à  laquelle  toutes 
les  parties  de  son  cor|)s  sont  adaptées. 

Lorsque  Ton  étudie  les  effets  de  la  pres- 
sion sur  les  animaux  marins,  il  ne  faut  point 
oublier  que  d'après  la  grande  différence  qui 
existe  entre  l'élasticité  de  Tair  et  celle  de 
Teau,  le  changement  de  pesanteur  sj^écifique 
relative  d*un  animal  qui  s'élèverait  à  une 
hauteur  donnée  dans  l'atmosphère,  serait 
beaucoup  plus  grand  que  celui  d'un  animal 
marin  non  pourvu  de  vessie  natatoire  ou 
d'un  or,^ne  analogue,  qui  descendrait  dans 
la  mer  à  une  profondeur  égale.  En  ce  oui 
concerne  les  fluides,  et  en  estimant  les 
changements  des  pesanteurs  spéciGques  re- 
latives avec  le  milieu  ambiant,  qu'un  ani- 
mal peut  supporter  sans  inconvénient ,  par 
ceux  que  peut  supporter  un  homme  dans  un 
air  raréfié  ou  condensé,  on  peut  croire  que 
la  seule  différence  dans  les  pesanteurs  spé- 
cifiques relatives  de  l'eau  de  la  mer  e!  des 
fluides  qui  circulent  dans  les  animaux  ma- 
rias ne  produirait  pas  de  grands  effets, 
même  par  de  grands  changements  de  pro- 
fonieur.  11  en  est  autrement  pour  ce  qui  a 
rapport  aux  différences  de  pression.  Un  ani- 
mal vivant  à  la  profondeur  de  100  pieds  au- 
rait à  soutenir  une  pression  d'environ  60 
livres  par  pouce  carré  (en  y  comprenant  la 
pression  de  l'atmosphère),  tandis  qu'à  iOOO 
pîeJs,  profondeur  qui  n'est  pas  extraordi- 
naire, un  animal  supporterait  une  pression 
de  1^0  livres  à  peu  près  par  pouce  carré. 
Il  est  impossible,  d'après  ce  que  nous  sa- 
vons sur  la  structure  générale  des  animaux 


et  sur  la  délicatesse  de  leurs  organes,  de 
sup[K)ser  qu'il  existe  uu  animal  capable  de 
supfîorter    impunément  une  différence  de 
pression  si  énorme. 
On  peut  conclure  en   toute  sûreté  que, 

Euisque  la  pression ,  la  température  et  pro- 
ablement  aussi  la  quantité  d*air  disséminé 
changent  dans  la  mer  en  raison  de  la  pro- 
fondeur, les  animaux  marins  doivent  avoir 
une  organisation  adaptée  aux  conditions 
sous  lesquelles  ils  sont  appelés  à  vivre;  et 
comme  ces  conditions  varient,  il  est  pro* 
bable  que  l'organisation  des  animaux  variera 
d'une  manière  correspondante  dans  les  dif- 
férentes profondeurs.  Il  est  encore  un  élé- 
ment dont  il  faut  tenir  compte  ici;  nous  vou- 
lons parler  de  la  lumière:  Il  est  difficile  de 
dire  jusqu'à  quel  point  la  lumière  est  néces- 
saire à  la  vie  des  êtres  marins;  quelques 
animaux  qui  habitent  dans  la  vase  et  les 
bancs  de  sable,  peuvent  en  tous  cas  vivre 
longtemps  sans  lumière,  et  ils  s*en  passent 
de  leur  propre  choix;  mais  la  lumière  doit 
être  essentielle  à  tous  les  animaux  qui  sont 
doués  des  organes  de  la  vision.  11  s'ensuit 
que  ces  animaux  doivent  rechercher  les  hau- 
teurs d'eau  auxquelles  ils  trouvent  le  degré 
de  lumière  qui  leur  est  convenable  :  en  sorte 

Sue  nous  devons  nous  attendre  à  trouver 
ans  des  eaux  relativement  peu  profondes 
la  plus  grande  masse  des  poissons,  des  crus- 
tacés et  de  ceux  des  mollusques  qui  ont  des 
jeux.  Ceux  de  ces  animaux  qui  vivent  dans 
des  eaux  plus  profondes,  où  il  y  a  moins  de 
lumière,  doivent  présenter  quelque  modifi- 
cation dans  les  organes  de  la  vision  qui 
puisse  les  préserver  de  l'inconvénient  de 
vivre  dans  une  obscurité  relative.  C'est  là 
précisément  ce  qui  a  lieu,  et  nous  citerons 
pour  exemple  le  pomalamus  telescopiumf 
péché  à  des  profondeurs  considérables  sur 
les  côtes  de  Nice,  dont  les  yeux,  remarqua- 
bles par  leur  grandeur,  sont  formés  pour 
tirer  parti  de  tous  les  rayons  de  lumière  qui 

E  cuvent    pénétrer  jusqu'aux    lieux    qu'il 
abite. 

Nous  ne  pouvons  nécessairement  avoir 
que  peu  de  données  sur  les  profondeurs 
auxquelles  vivent  les  mollusques  qui  habi- 
tent les  divers  coquillages.  Les  coquilles 
qu'on  trouve  communément  au  bord  de  la 
mer,  y  ont  été  rejetées  par  l'action  des  va- 
gues qui  viennent  se  briser  le  long  du  riva- 
ge. Dans  les  circonstances  ordinaires  la  mer 
ne  rejette  que  les  coquilles  seules;  ce  n'est 

au  après  des  tempêtes  violentes  qui  ont  pro- 
uit  de  grandes  agitations  sur  les  bas- fonds 
voisins  des  côtes,  que  l'on  trouve  encore  les 
animaux  dans  les  coquilles  rejetées  sur  les 
plages.  11  iiaraitrait  que  le  mouvement  de 
l'eau  dans  les  grandes  tempéles,  a  balayé  les 
sables  ou  la  vase  dans  laquelle  vivent  habi- 
tuellement quelques-uns  des  mollusques, 
et  que,  ne  pouvant  résister  à  l'action  des 
vagues,  ces  animaux  ont  été  rejetés  ainsi 
sur  le  rivage. 

Il  est  évident  que,  les  vagues  n'ayant  une 
action  capable  d  enlever  des  coquilles  qu'à 
des  profondeurs  peu  considérables,  l'on  ne 


io:s 


ANl 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ANI 


104 


peut  trourer  sur  les  plages,  dans  les  circons- 
tances ordinaires, -des  coquilles  d*animau\ 
vivant  à  de  grandes  profondeurs:  et  ce  n*est 
qu'en  péchant,  en  draguant,  ou  par  des 
moyens  analogues,  (^u*on  peut  se  procurer 
les  coquilles  des  animaux  qui  se  tiennent 
de  préiérence  à  des  profondeurs  en  dehors 
de  Vaction  des  vagues.  Nous  ne  pouvons 
donc  savoir  quelles  sont  les  profondeurs 
exactes  auxquelles  vivent  ces  animaux,  et 
il  peut  y  avoir  des  espèces  nombreuses,  des 
genres  entiers  peut-Atre  dont  nous  n'arri- 
verons jamais  à  avoir  connaissance  dans 
l'état  ordinaire  des  choses.  On  peut  croire 
cependant  que  la  grande  pression,  et  les  au- 
tres circonstances  que  nous  avons  mention- 
nées plus  haut,  doivent  borner  l'existence 
des  mollusques  à  des  profondeurs  peu  con- 
sidérables. Les  ouvrages  de  conchyliologie 
manquent,  en  général,  de  renseignements 
sur  les  profondeurs  auxquelles  on  a  trouvé 
des  coquilles  avec  leurs  animaux  en  vie,  au 
grand  resret  des  géologues,  qui  sont  privés 
ainsi  de  l'aide  que  les  débris  organiques  qui 
se  trouvent  dans  une  couche  quelconoue, 
pourrait  leur  donner  pour  fixer  la  profon- 
deur probable  à  laquelle  celte  couche  a  été 
formée.  M.  Broderip  a  construit  un  tableau 
dans  lequel  il  indique  la  profondeur  et  la 
nature  du  fond  sur  lequel  on  a  trouvé  les 
genres  connus  des  coauilles  vivantes,  soit 
marines,  soit  d'embouchure  des  fleuves. 

ANNËLIDES  (27). 

Serpula  (comprenant  les  genres  vermiliaeipaleolaria 

de  Lamarck).  Les  espèces,  sont 
en  général  littorales  ;  adhérentes 
aux  rochers,  aux  galets,  aux  co- 
quilles, aux  crustacés,  aux  coraux 
et  autres  corps  marins. 
Sur  les  plantes  marines,  les  coquil- 
les, etc.;  dans  les  mêmes  situations 
à  peu  près  que  le  genre  précédent. 
Sur  les  côtes;  adh&entes   aux  vo- 

Î[uiiles;  dans  les  eaux  peu  pru- 
ondes  en  général. 
Dans    les  mêmes  situations  à  peu 
près. 

Denittiium  (28).  Quelquefois  à    de  grandes  profon- 
deurs; le  plus  souvent  près  des 
rivages. 
Adhérents  ordinairement  aux  rochers 

sur  les  has-fonds. 
Adhérents  aux    rochers ,   etc.  ;    se 
rencx)ntrent  fréquemment  dans  ios 
hautes  mers  sur  des  bois  flottés, 
des  lièges  de  filets,  des  janthines, 
des  bouteilles  ;  iis  adhèrent  q:iol- 
quefois  aussi  au  corps  des  bâti- 
ments. 
Adhérents  aux  coraux,  etc.  ;    en  gé- 
néral près  des  rivages. 


Spirorbii. 


^etla. 


Terebella. 


PoUicipes, 
Penteltumis. 


Sealjfellum, 


(27)  Le  signe  -f  indique  soit  que  la  profondeur 
est  inconnue  soit  que  Ton  n*a  pas  de  données  assez 
précises  pour  la  fixer;  le  0  signifie  que  le  genre,  eu 
regard  duquel  il  est  placé,  se  trouve  quelquefois  à  la 
surface  même  de  Teau  ou  prés  de  cette  surface. 

(28)  Les  ol)servations  de  M.  Savigny  et  celles  de 
M.  Deshayes  portent  à  croire  ^ue  ce  genre  approche 
de  bien  près  oes  mollusques,  si  même  il  ne  doit  pas 
être  rangé  daiis  cette  classe.  Cuvier,  dans  la  dernière 
édition  a!i  Règne  animal^   place  le  genre  dcnialium 


0/fOfi. 


CUiaras, 


Lithotrya, 


Balanui, 


Adhérents  aux  rochers,  et  quelque 
fois  à  des  corps  flouants;  ou  en  a 
trouvé  d*adbërents    à  des  coro- 
nules. 

Mêmes  habiialions  à  peu  près  ;  il  en 
existe  un  groupe  au  Muséum  du 
collège  des  chirurgiens  de  Londres 
qui  adhère  à  la  queue  d'un  ser- 
pent d*eau. 

Adhérents  au  fond  d*une  cavité  régu- 
lière profonde,  creusée  apparem- 
ment par  ranimai  dans  les  rochers. 
Sur  les  rochers  et  les  coquilles, 
jusqu'à  la  profondeur  de  dix  bras- 
ses ;  adhérents  au  corps  dits  bâti- 
ments et  à  d'autres  corps  flot- 
tants. 

Adhérents  aux  rochers. 

Attachés  aux  pierres,  aux  rochers, 
aux  coquilles,  etc. 
Catophragmns.   Adhérents  aux  couia,  mêmes  habi- 
tations probablement  que  œ  der- 
nier genre. 

Sur  les  cétes,  attachées  aux  co- 
quilles. 

Dans  la  graisse  des  baleines. 

Idem. 

Sur  le  dos  des  tortues  ;  adhérentes 
et  quelquefois  amarrées  à  Técaillo 
de  ces  animaux. 

Dans  les  éponges. 


Octomerii. 
Conta. 


ClHia. 

Tubicinella, 

Coronuta. 

Clienolobia, 


Acasta, 
*Crentia. 
Pyrgoma, 


Dans  les  coraux. 


ProFrindeur  eu  hnisses* 


Aipergillum 


+ 


Clavageila  0  à  11 

Fistuïann  -f 

Septaria  (Lam.)     4" 
Gaslroehœna       3  à  tO 


Teredo 


Pholai 


0  .1  10 


Oa    9 


Xglophaga         0  à  45 


Petricola 


0  à  11 


Solen 


0  à  15 


OliservaliODS 

Dans  bs  sables;  probable- 
ment sur  les  bas-fonds. 

Dans  les  rochers. 

Sables  ou  vase  solide. 

Portées  au  jour  par  fac- 
tion volcanique  sur  Ios 
Cistes  de  Sumatra. 

Dans  rintérieur  d'autres 
coquilles,  ou  dans  des  ca- 
vités préexistantes  dans 
les  rochers;  ou  dans  des 
cavités  des  rochers  creu- 
sées et  incrustées  par 
ranimai. 

Il  perfore  les  bois  ;  détruit 
les  pilotis,  les  digues, 
les  bâtiments. 

1i  perce  le  bois,  les  rochers, 
Targile  durcie,  etc. 

Il  perfore  le  bois  ;  un  échar.^ 
tillon  a  été  rejeté  par  la 
mer  à  Gravesend  dans  un 
fragment  de  l)ois. 

Dans  les  rochers  et  les 
coquilles  ;  dans  des  cavi- 
tésque  ranimai  se  creuse 
lui-même. 

Plages  de  sable;  ils  y  creu- 
sent des  cavités  vertical-s 
et  s\v  tiennent  cacliés 
lorsque  les  sables   sont 


dans  ses  annélides  tubicolcs,  mais  avec  une  sorte 
d*hésitation.  I  Si  Topereule,  dit-il ,  rappelle  le  pied 
des  vcrmets  et  des  siliquaires,  qui  déjà  ont  été  trans- 
portés dans  la  classe  des  mollusques ,  les  branchies 
rappellent  beaucoup  celles  des  amphitrites  et  des 
térebelles.  Des  observations  ultérieures  sur  leur  ana- 
tpmie,  et  principalement  sur  leur  système  nerveux 
et  vasculaire,  résoudront  ce  problème.»  (Tom.  111, 
p.  107.) 


ÎÙ& 


ANl 


ET  DE  PALfâONTOLOOIfi. 


ANI 


IM 


Probwtoar  en  brasses 

SoUnieurUu 
Glyefmerii 


Panojma 
AMëtina 

Luiraria 

SoUnella 

Mactra 

CaUomma 

Anaiinelia 

Crauatella 

Pkoladomya 


+ 
7  à  45 

0  à  12 


+ 
Sa  12 

f 


SoUmmya 

Âmpkyde$ma 
Cumîngia 

C&rbuia 

Pandora 

Saxieava 


0  à  40 
0  à    6 

Oà  13 
0  à  10 


PmilastTU 
Sanguinolaria 
Ptammobia 
Tellinm 


C&rbi» 


Unguiina 

Ùoma 

Capta 

AsiarU 

Cyprina 

Cfflhêrea 

Venue 

Wernericardia 
Cardiam 
Cardiia 

Cyffrieardia 
lêocardia 
CmeuUœa 
Bffuoarea 

Area 


Oà  10 

5  à  13 
Oà  13 
Oà  17 
Oà  16 

+ 

6  à  11 

+ 
OàlO 

5  à  12 

Oà  10 

+ 
Oà  50 

0à50 
Oà  50 
0  à  13 
0  à  13 

+ 
10  à  20 

+ 
Oà  75 

0  à  17 


Obserfaiioos. 

découverts   à  la  oiarée 
basse. 

A  de  médiocres  proton- 
deurs. 

Même  habitation  proba- 
blement. 

Plages;  elles  8*y  tiennent 
souvent  ensevelies,  leur 
tube  faisant  à  peine  sail- 
lie; dans  la  vase;  aux 
embouchures  de  rivières. 

Sables  ;  bas-fonds. 

Mêmes  situations  à  peu 
près. 

Sables. 

Vase  molle. 

Yase  sableuse  et  sables. 

Côtes. 

Sables.  Côtes  de  Ceylan. 

Yase  sableuse. 

Probablement  dans  les  eaux 
profondes;  le  seul  échan 
tillon  vivant  connu  (qui 
est  dans  la  collection  de 
M.  Broderip)  a  été  rejeté 
sur  la  plage  à  Tortola, 
après  un  ouragan. 

Probablement  sur  des  bancs 
de  sable. 

Sables  et  vase. 

Dans  Pargile,  la  vase  et  les 
fentes  des  rochers. 

Yase  sableuse. 

Sables. 

Littorales.  Dans  des  pierres 
et  des  coquilles. 

Littorales.  Dans  des  rochers 
et  des  sables. 

Sables  ou  vase  sableuse. 

Yase  sableuse. 

Sables. 

Sables. 

Yase  sab.euse. 

Probablement    sur    les 
sables. 

Yase  sableuse  et  vase. 

Sables  probablement. 

Sable  et  vase  sableuse. 

Yase    sableuse    et   vase 
molle. 

Yase  sableuse. 

Yase  sableuse. 

Yase,  sables,  sables  grn 
siers. 

Idetn, 

Yase  et  sables. 

Yase,  sables  et  graviers. 

Yase  et  sables.  Adhérentes 
aux  pierres  quelquefois. 

Sables  et  sur  les  récifs. 

Yase  et  sables. 

Sables. 

Amarrées  aux  pierres  et 
aux  coquilles. 

Yase  sableuse  et  vase; 
amarrées  aux  pierres, 
aux  coraux,  etc. 


Profondeur 

M  brasses 

Pectuncului 

5  à  17 

Nueula 

Oà  60 

Trigonia 


Myocnama 
Caama 


Cleidothœrm 
Tridacna 

Hipoopui 
Moaiola 

MylHui 
Lythodomus 


6  à  U 


0  à  17 


Oà    7 

0  à    7 
0  à  17 


0  à  10 


Pinna 

Oà  P 

Crenatula 

+ 

Permi 

0  à  10 

Malleus 

0  à    7 

Avkula 

0  à  20 

MeUagnna  0  à  10 


Ptdum 

Lima 

Ptcteu 

PlUaiula 

Spûndylui 

Gryphma 

» 
Ostrea 


VuUella 
Piûcunft 
Anomia 


Plaeunanomia 
Cranta 


Otaervaliona. 

Yase  sableuse  et  sables. 

Yase  sableuse  et  sables. 
Embouchures  et  haute 
mer  (29), 

N'ont  été  découvert<5S  jus» 
qu'ici  que  sur  les  côtes 
d'Australie  ;    vase   sa* 
bleuse. 
Sur  les  irigonics. 

Adhérentes  aux  rochers, 
aux  pierres  et  aux 
coquilles. 

Idem.  Bas-fonds. 

Amarrées,  aux  rochers  et 
sur  IcsVécifs  de  corail. 

Amarrées  aux  rochers- 
Littorales  ;  amarrées  aux 
pierres  et  aux  coquil- 
les (50), 
Idem  *  et  sur  les  crustacés, 
les  coquilles ,  etc. 

Idem,  Adhérents  d'abord 
par  leur  byssns  aux  ro- 
chers, dans  lesquels  tts 
pénétrent  plus  tard  pou  r 
habiter  la  cavité  quih 
y  ont  creusée.  Dansdof 
coquilles. 

Fonds  de  sables;  amar 
rées  par  un  byssus. 

Dans  les  éponges  et  amar- 
rées aux  coraux,  ctc 

Littorales.  Amarrées  aux 
roangliers,  aux  co- 
raux, etc. 

Amarrés  par  un  byssvs 
aux  rocners,  etc.  ' 

Amarrées  aux  mangUers» 
aux  coraux,  aux  co- 
quilles et  aux  rochers. 

Amarrées  aux  rochers  par 
un  byssus. 

Attachés  aux  rochers. 

Amarrées  par  un  byssus. 

Sables,  vase  sableuse  et 
vase. 
4  à  U    Adhérentes  aux  .pierres, 

aux  coquilles,  ^%c. 
0  à  17    Attachés  aux  roclieia,Mix 
coraux,  etc. 
Bas-fonds  Siu*  les  graviers  ci  les  ta- 
bles; embouchures. 
0  à  17    Sur   les   graviers  et  les 
sables  ;    embouchures 
et    haute  mer.  Adhé- 
rentes quelquefois  aux 
rochers,   aux    arbias, 
etc.  (31). 
Dans  les  éponges,  etc. 
Fonds  de  sable. 
0  a  12    Sur  les  huîtres  et  d'autres 
coquilles;  sur  iesro* 
chers,  etc. 
11  à  17  Yase  sableuse. 

•f  Sur  les  pierres  et  les  co- 
quilles. Péché  s  avec 
des  coraux  dans  la 


+ 
0  à  30 

0  à20 


I 


(29)  Suivant  N.  Cuming,  les  espèces  de  ce  genre 
rivesl  à  d^  profondeurs  très  variables  ;  car  il  a 
trouvé  la  iV«  cuneaia  de  14  à  45  brasses  ;  la  N,  obli- 
fMde  14 à  60  br. ;  et  la  N.  Puum  de  17  à  45  br. 

(30)  La  modwladiuors  flotte  librement,  envelop- 
pée Jans  son  propre  byssus  soyeux.  Une  niodiole  vit 
^ns  les  ascidies,  et  une  autre  flotte  dans  les  algues 
Zi  Golfe  ou  de  Saryatêo, 

DtCTIO!>{.  DE  COSMOQO?IIE  ET   DE  PaL^^ONTOLOGIE. 


(31)  M.  Broderip  possède  an  grand  individu  do 
crabe,  sur  le  dos  et  les  pinces  Juquel  sont  atuchés 
plusieurs  huîtres;  quelques-unes  de  ces  huîtres  sont 
très-grandes  et  out  dû  avoir  de  six  à  sept  aus.  Le 
crabe  et  les  huîtres  étaient  vitants  lorsque  l'échap- 
tillon  fut  apporté  à  Londres. 


m  km 

ProfMdeiir  en  braisei. 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONiii 


\^\ 


108 


Orkicuia 


Bypponis 


Terebralutu       10  à  90 


Oteernlions. 

diterranée,  el  aTec  les 
lignes  des  morues  sur 
les  côtes  de  Shetland  : 
très -profondes  proba- 
blemeut. 
0  à  17  Attachées  à  des  pierres, 
des  coquilles,  des  débris 
de  naufrage,  etc.;  vase 
sableuse. 
0  à  16  Adhérentes  aux  pierres  et 
aux  coquilles. 

Amarrées  aux  rochers, 
aux  rochers,  etc. 

Parmi  le  corail  rouge. 
Mers  de  Toscane. 

Trouvées  à  la  marée  basse, 
dans  un  sable  grossier, 
de  quatre  à  six  pouces 
au-dessous  de  la  sur- 
face du  sable.  Sables 
de  corail. 

MOLLUSQUES. 

-|-        Nageant  librement. 
0  a  i5    Rampant  et  adhérant  sur 
les  rochers,  les  pier- 
res, etc.,  et  il  y  adhère. 
Cafndus  (Piieop-  0  à  ÎO    Rampant  et  adhérant  aux 


Thêcidium 


0  à  17 


ByaUa 
CMton 


m,  Lam.) 
Seuulia 

PtaeUa 

Pleurobranchu$ 

Vmbrella 

Parmopkoru$ 

Emarginula 

Sipkonaria 

Ftê9ureUa 

Calyptrœa 

Crepidula 


Bullma 
Àplysia 
Dolabelia 
Mêlama 

NeHia 

Nëiiea 


1 


+ 
t 

0  à  11 

+ 


0  à  40 


Oà  13 


Jamkina 

Stgaretus 
Stonmtia 

Eidiotii 

SeiiiureUû 


coquilles  et  aux  pierres. 
Sable  de  corail  et  plages 
de  sable. 
0  à  30    Côtes  de  rochers  et  pier- 
res ;  algues  marines. 
Idem, 

Idem,  Littorales. 
Idem, 
Idem. 

Idem,  Littorales. 
0  à  95    Idem. 
0  à  95    Rochers ,  pierres  et  co- 
quilles. 
Idem,  Côtes ,  embouchu- 
res ;  rivières  où  monte 
la  marée. 
Sables  et  vase  sableuse; 

embouchures. 
Adhérentes  aux  rochers. 
Sables. 
Embouchures;   dans  les 

eaux  douces  aussi. 
^jîHf  les;  campent   sur 
les  rochers  et  les  algues. 
0  à  40  Idem.  Vase  et  vase  sa- 
bleuse. Embouchures; 
rivières    où  monte  la 
marée. 
Nageant  librement  dans  TO- 
céan. 
à  15    Sable. 

7        Sur  les  méléagrines  et  les 
coraux. 
Littorales;  adhérentes  aux 
rochers,  etc. 


t 


(52)  La  knorina  vulehra  a  été  trouvée  sur  aes 
ttungliers,  ù  14  pieas  au-dessus  de  Teau.  On  en  a 
eonsenré  aussi  de  vivantes,  hors  de  Teau,  pendant 
six  mois.  (Cuming.) 

(53)  Tous  les  genres  dans  lesquels  un  astédsque 
précède  les  observations ,  peuvent  être  regardés 
comme  animaux  de  proie,  et,  par. conséquent,  comme 
chani^ant  de  place  pour  aller  chercher  cette  proie 
soit  vivante,  soU  morte;  et  quoiqu'ils  puissent  se 
trouver  à  dipariîco  profondeurs,  et  sur  des  fonds  de 
nature  difeCse,  oo  les  rencontre  cependant  presque 


Pyramidella 


Yermêtuê 


Profondeur  en  brasses.  Observations. 

Tomateila   Bas-fonds.    Rampant  sur  les  sables  eii 

laissant  des  sillons.       | 
0  à  12    Sur  les  récifs  de  corail,  le»; 

sables  et  les  vases  sa-< 

bleu  ses. 
0  à  12    Dans  les  éponges;  sur  les. 

pierres  et  les  coquilles; 

dans  le  sable  de  corail 

et  le  sable. 
-|*        Trouvées  dans  les  éponges. 

•f  Dans  les  coraux.  A  mesure 
(lue  le  corail  augmente 
de  volume,  le  Magile  sé- 
crète un  tube  très-épais 
et  presque  cristallin , 
dont  Textrémitéest  tou- 
jours à  la  surface  du  co- 
rail. 
Sîylifer  4-        Implantés  dans  les  rayons 

des  Astéries  ;  trouvés  sur 
les  Echinus.  Littoraux. 


SHiquaria 
Magilw 


/à  15    Vase  sableuse. 
4-       Côtes  et  rivages, 
-f        Rampant  sur  les  rochers  et 
les  algues. 
Littoraux;  sur  les  rochers 
et  les  alffues. 
-|-        Idem  probablement. 
0  à  45    Rampant  sur  les  rochers  et 
les  algues;  sables,  vase 
sableuse  et  gravier. 
4-        Sur  les  rochers  et  les  aU 
alffues. 
Idem,  Littorales  (32). 
0  à  10    Sur  les  rochers  et  les  al- 
gues. 
Littorales;  sous  les  pierres. 

profondes.  Iles,  côtes  et  embouchu- 
res. 

5  à  20    Vase  sableuse. 

0  à  17  *  Trouvés  sur  des  fonds  de 
nature  diverse»  Embou- 
chures (33). 

*  Embouchures;    dans    les 
eaux  douces  aussi. 
8  à  16  *  Foods  de  nature  diverse. 
U  à  18  *  Vase  sableuse. 
5  à  16  *  Idem. 
Oà    7  -Vase. 

0  à  1 1  *  Vase,  vase  sableuse  et  sable. 
Oà  9  'Idem. 

0  à  11  *  Fonds  de  nature  diverse. 

5  à  25  *  Idem. 

6  à  11  *Vase  sableuse. 

0  à  50  *  Fonds  de  nature  diverse. 
-f  *  Un  individu  en  a  été  rap- 
porté du  fond  de  la  mer 
dans  la  vase  restée  sur 
b  patte  de  Tancfe  d^un 
vaisseau  de  la  Compa- 
ffnle  des  Indes  dans  le 
détroit  de  M acassar. 


exclusivement  sur  les  côtes  ou  sur  des  fonds  où  Ton 
est  sur  b  sonde.  Le  plus  grand  nombre  de  ces  ani- 
maux percent  les  coquilles  des  conchifères  au  moyen 
d*un  organe  oui  fait  un  trou  aussi  parfaitement  rond 
que  pourrait  le  faire  une  tarière ,  puis  ils  sucent  le» 
chairs  de  leurs  victimes. 

Une  espèce  au  moins  du  genre  certthium  est  trrs- 
vivace;  car  le  C.  tele$cojrium,  envoyé  de  Calcutta  à 
M.  G.-B.  Sov^erby,  dans  de  Teau  de  mer,  a  vécu  pen- 
dant plus  d-une  semaine,  dans  une  petite  botte  d*é- 
tain,  après  avoir  été  sorti  de  Teau. 


Scaiaria 

Rmua 

Delphittula 

Solarium 

Boteilu 
Trochui 


Monodon 

Littorina 
Turbo 

Planaxis 
Pha$ianeHa  Peu 

Turritella 
Cerithium 


Potamides 

Pîeurotoma 

Turbinella 

Cancellaria 

Fasciotaria 

Fi^us 

Pyruta 

Sîruikiolaria 

Ranella 

Murex 

Tyvhis 

Triton 

Roitetlariu 


109 


ANl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


ANl 


110 


Obseraliou. 


Nmua 


Profoodeir  ra  brades. 

Putpcem  -f      Modiques  josqu^ici  comme 

lilloraui  seulemenl. 

S  rviB^M  0  à  13  *  Fonds  de    nature  dWerse 

probablemeni. 

Ccssftfcn'a  .  4*       ^Idem. 

Omêtim  4-      *  Liuorales  ;  sables  grossiers, 

Casaû  5à  8  *  Dans  les  sables. 

Ràâmmim  4-      *  Sur  les  récifs  de  corail  et 

les  rochers. 

Pmrpmrm  Oàia  *Le  plus  grand  nombre  des 

espèces  de  ce  genre  sont 
littorales. 

Memoeeroê  Oà   7  *Sar  les  rochers;  presque 

toutes  les  espèces  sont 
littorales. 

CamcàUepmt  *Ne  sont   connues  jusqu*à 

présent  que  comme  lit- 
torales. 

Bmrpm  5  à  11  *Prises  au  hameçon,  et  pins 

souvent  encore  avec  des 
rùleaux  le  matin ,  lors- 
qu'elles vent  en  quête  de 
leur  proie. 

ËMimm  4-      ^  hur  les  récifs. 

U  a  15  *  SaUe,  vase  sableuse  et  sous 

Ira  pierres. 
0  à  10  *  La  plupart  des  espèces  sont 
littorales. 
10  à  15  *  Dans  la  baie  comprise  entre 
le  cap  des  Glaces  et  ce  • 
lui  de  Lisbonne, 
-f      *Tase  sableuse? 

Ten^m  Oà  17  !  Elles  rampent  quelquefois 

sur  les  récifs  hors  de 
Teau,  mais  à  portée  de 
b  bruine. 

CèUimMU         0  à  16  *  Vase  sableuse  et  vase. 

Mitfm  Oà  17  *  Récifs,  vase  sableuse,  sa- 

bles. Une  espèce  a  été 
rapportée  par  une  ligne 
de  sonde,  a  laquelle  elle 
s*éiait attachée,  dans  la 
Méditerranée. 
WjImU  7  à  14  *  Sables  et  vase. 

Cwmkm  Petites  profondeurs.  *  Idem, 

mdù  Idem.  *  Idem, 

UmrmmdU  0  à  9  *  Sable,  vase  saoleuse. 

Ofuinai  Oàll  *Sous    les   coraux   et    les 

pierres;  sur  les  algues. 
*  Littorales;  sous  les  coraux 
et  les  pierres. 


X 


*€ne  espèce  a  été  draguée 
dans  lot  eaux  d'une  pro- 
fondeur  médiocre  à  la 
Nouvelle-Zélande. 
Oà  12  *Dans  b  vase,  b  vase  sa- 
bleuse, le  sable  gros- 
sier; ramenées  par  des 
lignes  à  pécher. 
0àl7  *Tafle sableuse,  etc. 
•f       Sur  les  récifs  de  corail. 
CêmtMmhu  Petites  profondeurs.  Marins  et  d'embou- 
chure. 
Littorales. 

Elles  flottent  librement  sur 
rOcéan. 

triêteUmrim  Littorales. 

OréiaUima  idem, 

Jfumiiim*  Ils  nagent  librement  et  ram- 

pent sur  le  fond. 
ArfÊmmmim  Bs  nagent  librement. 

Cmrimmrim  Près  des  rivages. 


Oo  Terra  dansée  tableau  que  tons  les  mol- 
lusques qui  7  sont  cités  ont  été  trouvés  à 


des  profondeurs  moindres  que  100  brasses. 
Il  ne  s'ensuit  pas  que  plusieurs  espèces  » 
même  dans  les  genres  cités,  ne  puissent  vi- 
vre à  des  profondeurs  plus  grandes;  il  est 
même  très-probable  qu  il  en  existe  au  delà 
de  600  pieds  ;  mais  c'est  un  fait  remarquable, 
que  tous  les  animaux  mollusques  que  nous 
connaissons  jusqu'ici  9  à  auelques  exceptions 
près,  peut-être,  ont  été  trouvés  vivants  à 
des  profondeurs  moindres.  La  surface  com- 
prise autour  des  îles  Britanniques  par  la  li- 
gne de  sonde  de  100  brasses,  comprend  une 
grande  étendue  sur  laquelle  la  profondeur 
est  plus  grande  de  beaucoup  que  celles  citées 
dans  le  tableau.  U  peut  donc  exister  dans 
cette  étendue  de  nombreuses  esjièces  dont 
nous  n'avons  aucune  connaissance.  Npus 
avons  peu  de  chances  de  connaître  jamais  les 
espèces  oui  vivent  entre  la  ligne  de  60  bras- 
ses et  celle  de  100  brasses.  Tant  que  ces  ani- 
maux sont  en  vie,  ils  peuvent  facilement  se 
maintenir  à  leurs  places,  dans  de  telles  pro- 
fondeurs, car  il  n'v  a  point  de  courant  ou  de 
marée  qui  puisse  les  y  déranger,  et  l'action 
des  vagues,  si  elle  se  fait  ressentir  jusque-là, 
ne  peut  être  que  tout  à  fait  insignifiante.  La 
pression  entre  ces  deux  li$nies  doit  varier 
depuis  près  de  180  jusqu'à  285  livres  envi- 
ron par  {lOuce  carré ,  et  cette  pression  ne 
doit  pas  être  trop  forte  pour  un  grand  nom- 
bre de  mollusques,  puisqu'on  connaît  des 
poissons  qui  vivent  sous  des  pressions  beau- 
coup plus  considérables  ;  mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  des  mollusques  organisés  pour 
supporter  une  pression  de  200  livres  par 
pouce  carré,  doivent  difficilement  s'élever 
jusqu'à  des  hauteurs  où  cette  pression  serait 
de  beaucoup  inférieure. 

On  peut  conclure  a  priori  que  les  mêmes 
espèces  d*animaux  marins  ne  doivent  point 
vivre,  en  général,  à  des  températures  ou  des 
profondeurs  très-différentes.  Cette  conclu- 
sion est  tellement  d'accord  avec  les  faits  ob« 
serves,  que  nous  pouvons  en  tirer  encore  la 
conséquence  que  des  températures  égales  ne 
suffiront  point  pour  re'xiMence  d'un  animal 
marin  quelconaue,  s'il  y  a  de  grandes  dif- 
férences de  profondeur;  c'est  -  à -dire,  qu'il 
n'est  point  vraisemblable  qu'un  animal  oui 
vit  sur  les  bas-fonds  des  régions  plus  froides 
du  globe,  se  rencontre  sous  les  tropiques 
dans  des  eaux  ayant  la  même  température, 
mais  à  une  beaucoup  plus  grande  profon- 
deur; et  réciproquement,  les  animaux  ma- 
rins qui  vivent  sous  les  tropiques  è  des  pro- 
fondeurs considérables  ne  doivent  guère 
pouvoir  exister  sur  les  bas-fonds  des  zones 
plus  froides.  Ainsi,  loraque  nous  nous  occu- 
perons de  la  distribution  des  animaux  ma- 
rins à  la  surface  du  globe,  nous  n'aurons  pas 
à  craindre  d'être  induits  en  erreur,  parce 
que  des  espèces  que  nous  connaissons  sur 
les  bas-fonds  des  climats  tempérés,  se  trou- 
veraient ailleurs  à  des  profondeurs  plus 
grandes  auxquelles  nous  ne  pourrions  les  at- 
teindre. 

Puisque  la  tempéntore,  la  profondeur  de 
Teau,  et  la  quantité  d*air  <fisséminé,  ont  une 
si  grande  influence  sur  Texistouce  des  ani- 


i\{ 


\NI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ANI 


Ut 


maux  marins,  on  pourrait  conclure  que,  tou- 
tes choses  égales  d*ailleurs ,  on  doit  trouver 
lès  mômes  es{)èces  è  des  profondeurs  déter- 
minées et  sous  des  latitudes  semblables.  Ce 
H'est  point  là  cependant  ce  qui  s'observe 
•  dans  la  nature,  où  nous  trouvons,  è  quelque 
exception  près ,  que  des  espèces  fort  diffé- 
rentes se  trouvent  dans  des  conditions  qui 
paraissent  identiques.  En  admettant  donc 
que  les  espèces  sont  des  créations  distinctes, 
et  non  de  simples  modifications  des  genres, 
en  conséquence  du  temps  et  des  lieux,  on 
arrive  à  conclure  que  1  on  ne  trouve  point 
les  mêmes  espèces  sous  des  conditions  éga- 
les ;  et  que  les  espèces  ont  été  créées  sépa- 
rément suivant  que  les  lieux  qu'elles  habi- 
tent étaient  appropriés  à  leur  existence. 

.  Cette  différence  des  espèces  d'animaux  ma- 
rins dans  des  conditions  semblables,  en  ce 
qui  regarde  la  température  et  la  profondeur 
de  Teau,  prouve  combien  il  faut  être  circon- 
spect, en  jugeant  des  époques  anciennes  par 
ce  qui  se  passe  de  nos  jours;  lorsqu'on  serait 
tenté  de  décider  a  priori  que  deux  couches 
sont  d'âge  différent,  parce  qu'elles  contien- 
nent des  fossiles  marins  différents;  car,  si 
nous  n'avons  point  de  motif  pour  nous  atten- 
dre à  trouver  le  même  ensemble  d'êtres  or- 
ganiques dans  les  conditions  les  plus  favo- 
rables à  une  telle  identité,  à  plus  forte  rai- 
son ne  pourrons -nous  trouver  cette  égalité 
d'espèces  dans  des  circonstances  moins  favo- 
rables. 

Que  si  nous  passons  des  animaux  marins 
aux  terrestres,  nous  voyons  encore  que  les 
mêmes  conditions  de  climat  et  d* élévation 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  ne  nous  of- 
frent pas  généralement  les  mêmes  espèces 
d*animaux  ou  de  plantes.  Les  uns  et  les  au- 
tres sont  toujours  admirablement  organisés 
pour  les  circonstances  dans  lesquelles  ils  se 
trouvent  placés,  mais  l'identité  des  espèces 
n'est  pas  une  conséquence  de  Tidentité  de 
ces  circonstances.  Sans  doute  que  plusieurs 
plantes  peuvent  s'accommoder  à  clés  condi- 
tions diuérentes,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  nos 
jardins  ;  et  plusieurs  animaux  peuvent  vivre 
\  sous  des  climats  très-différents ,  et  passer 
i  des  régions  tempérées  aux  tropicales,  ou  vice 
\  versa,  Mais  si  l'on  considère  la  chose  en 
grand,  tout  en  admettant  des  éxecutions  nom- 
breuses, on  peut  dire  que  les  plantes  et  les 
animaux  terrestres  paraissent  destinés  à  oc- 
cuper les  situations  dans  lesquelles  on  les 
trouve,  tout  comme  ces  situations  paraissent 
destinées  pour  l'habitation  des  êtres  organi- 
ques qui  les  occupent.  Ces  êtres  paraissent 

(54)  Nous  ne  prétendons  nullement  que  la  forme 
des  espèces  ne  puisse  être  forlenient  modifiée  par  les 
circonstances  dans  lesquelles  elles  se  trouvent  pla* 
cées  ;  nous  savons  au  contraire  que  c'est  là  un  fait 
bien  constaté.  M.  Gray  a  démontré  que  plusieurs 
des  mollusques  (animaux  si  importants  en  géologie) 
■  peuvent  changer  l'épaisseur  de  leur  test  suivant 
qu*ils  vivent  dans  des  eaux  agitées  ou  tranquilles.  Il 
annonce  que  c  les  coquilles  du  buccinum  undatum 
et  du  buccinum  striatum  de  Pennant,  ne  diffèrent 
entre  elles  que  parce  que  la  première,  formée  dans 
une   eau  agitée,  se  trouve    être  en  conséquence 


avoir  été  créés  à  mesure  que  les  conditions 
de  leur  existence  se  sont  développées,  sans 
que  ces  conditions  aient  causé  dans  des  ty- 
pes déjà  existants  des  modifications  qui  au-; 
raient  donné  lieu  à  de  nouvelles  espèces. 

Si  l'ensemble  de  l'ofganisation  animale  et 
végétale  était  aujourd'hui  le  même  qu'il  a' 
toujours  été,  les  espèces  existantes,  qui, 
lorsque  la  surface  des  continents  éprouva 
des  cnangements,  peuplèrent  les  régions  qui 
venaient  d'être  émergées ,  durent  arriver 
d'autres  localités dontlescirconstancesétaient 
semblables  ou  différentes.  Si  ces  circons- 
tances étaient  différentes,  les  es[^èces  au- 
raient donc  la  faculté  de  vivre  sous  des  con- 
ditions diverses;  et  si  elles  étaient  les  mê- 
mes, il  faudrait  queTancienne  et  la  nouvelle 
localité  fussent  contiguës  Tune  à  l'autre, 
sans  quoi  les  animaux  ou  les  plantes  au« 
raiept  dû  traverser  des  régions  qui  ne  leur 
étaient  point  convenables. 

Si  un  même  ensemble  d'organisation 'ani- 
male et  végétale  avait  donné  lieu  à  toutes 
les  variations  déforme  qui  se  sont  produites 
à  la  surface  de  la  terre  durant  le  coups  des 
siècles,  nous  devrions  nousattendre  à  trouver 
une  grande  uniformité  dans  la  distribution 
de  cette  organisation,  et  les  terrains  fossi- 
lifères de  toutes  les  époques  devraient  of- 
frir, pris  en  masse,  une  grande  ressemblance 
dans  les  débris  organiques  c^u  ils  contien- 
nent. Or,  comme  cette  qonlormité  ne  se 
rencontre  ni  dans  la  distribution  ae:tuelle 
de  la  vie  animale  et  végétale  à  la  surface  du 
globe,  ni  dans  les  fossiles  des  couches  de 
Fécorce  terrestre,  nous  sommes  conduits 
à  admettre  ou  que  le  type  originaire  de 
l'organisation  animale  et  végétale  a  pu  se 
modifier  pour  s'adapter  à  tous  les  change- 
ments survenus  à  la  surface  de  notre  pla- 
nète depuis  que  la  vie  existe,  ou  bien  qu'il 
y  a  eu  des  créations  successives  à  mesure 

3u*il  se  présentait  de  nouvelles  conditions 
'existence,  en  sorte  que  tout  lieu  capable 
d'entretenir  la  vie  a  été  occupé  par  les  êtres 
appropriés  h  ce  lieu.  11  y  aura  probablement 
peu  de  personnes  qui,  voyant  la  beauté  du 
plan  de  la  création,  si  apparente  surtout 
dans  l'organisation  des  animaux  et  des  vé- 
gétaux, veuillent  se  refuser  à  admettre  qu'il 
y  a  eu  une  succession  de  créations  à  mesure 
que  de  nouvelles  conditions  se  présentaient 
à  la  surface  du  globe,  et  qui  préfèrent  croire 

Su'il  y  a  dans  la  vie  organique  une  capacité 
e  se  modifier  suivant  les  circonstances , 
capacité  dont  le  résultat  définitif  serait  de 
convertir  un  polypier  en  un  homme  (34j. 

épaisse,  solide  et  pesante^  tandis  que  la  seconde,  qui 
a  vécu  dans  les  eaux  tranquilles  des  ports,  v  est 
devenue  légère,  lisse  et  souvent  colorée.»  {PML 
Tram,,  1833,  p.  78i.) 

Le  même  auteur  remarque  aussi  que  •  les  coquillef 
qui  présentent  des  varices  brancbuesou  dilatées,  tel 
les  que  les  murex ,  sont  sujettes  à  de  grands  change 
ments  suivant  les  circonstances  dans  lesquelles  elles 
se  trouvent  placées ,  ce  qui  j  fait  que  plusieurs  va 
riétés,  dues  a  des  causes  locales,  ont  pu  être  consi 
dérées  comme  des  espèces  distinctes.  Le  murex  an- 
yuUfer  n'est  autre  chose  que  le  murex  famosUê  avec 


ils 


A^ 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


Am 


tu 


I  II.  Distribution  des  animaux  marins  et 
des  débris  organiques^  par  suite  de  soulève- 
ment  ou  d'abaissement  du  fond  de  la  mer.  — 
Puisque  la  vie  animale  et  végétale  est  distrî- 
buée,  à  la  surface  de  notre  planète,  de  telle 
sorte  que  les  mêmes  conditions  d*existence 
n^offrent  point  nécessairement  les  mômes 
espèces,  il  s'ensuit  que  les  dépouilles  orga- 
niques qui  peuvent  se  trouver  enfouies  dans 
les  coucnes  qui  se  forment  aujourd'hui  ne 
seront  point  nécessairement  identiques, 
même  à  latitude  égale.  La  distribution  des 
espèces  animales  et  végétales  étant  si  variée, 
aucun  géologue  ne  peut  s'attendre  à  trouver 
une  couche  moderne  caractérisée  sur  des 
points  éloignés  Tun  de  Vautre  par  les  mêmes 
débris  organiques,  ce  qui  ne  pourrait  avoir 
lieu  que  dans  des  circonstances  très  favora- 
bles. Certes,  personne  ne  serait  surpris  de 
ne  point  trouver  dans  les  couches  qui  se 
forment  aujourd'hui  sur  les  côtes  de  la 
Grande-Bretagne  une  seule  espèce  identique 
avec  celles  des  couches  qui  peuvent  se  lor- 
mer  aux  Indes.  Même  à  latitudes  égales,  on 
ne  peut  s'attendre  à  ne  trouver  que  des 
espèces  identiques  dans  les  couches  moder- 
nes des  côtes  d'Afrique  et  d'Amérique,  ou 
d'Amérique  et  de  l'Australie;  encore  moins 
s'aitendra-t-on  à  ne  découvrir  que  les  mêmes 
plantes  et  les  mêmes  animaux  d/ins  les  dé- 
pôts lacustres  qui  se  forment  aujourd'hui 
dans  ces  diverses  contrées,  quelque  identi- 
ques que  soient  les  climats  des  localités 
qu'on  voudra  comparer  entre  elles. 

Lorsqu'on  examine  l'hydrographie  géné- 
rale de  notre  planète,  on  est  frappé  de  l'es- 
pèce de  bordure  que  les  lignes  de  sondage 
dessinent  autour  des  continents.  Cette  bor- 
dure est  sans  doute  fort  irrégulière,  la  limite 
extérieure,  c'est-à-dire  le  passage  de  la  pro- 
fondeur de  150  ou  200  brasses  à  la  mer  sans 
fond  f  approchant  quelquefois  de  la  côte  et 
s*en  éloignant  ailleurs,  suivant  les  diverses 
combinaisons  des  circonstances  locales.  Ces 
bordures  présentent  cependant  un  caractère 
général  d  uniformité  :  elles  constituent  des 
plaines  fort  peu  inclinées,  en  général,  qui  se 
continuent  jusqu'à  une  profondeur  qui  est 
entre  600  et  1,200  pieds,  au  delà  de  laquelle 
il  y  a  le  plus  souvent  un  passage  brusque  à 
une  eau  beaucoup  plus  profonde. 

Si  toute  l'étendue  du  fond  où  Ton  est  sur 
la  sonde  était  soulevée  à  la  fois  d'environ 
100  ou  150  brasses,  par  un  mouvement  qui, 
sans  être  assez  brusque  pour  produire  de 
grandes  vagues,  le  fût  assez  pourtant  pour 
empêcher  la  migration  des  mollusques  et 

des  varices  simples  ;  el  les  murex  erinaceus^  torosus^ 
êmbcarinatu»^  ctn^uliferut^  tarentïnus  et  polygonus, 
sont  tiras  des  variétés  d'une  même  espèce.  Le  murex 
mojjfeiiamcutf  lorsqu'on  le  trouve  dans  des  eaux  tran- 
quilles, esl  recouvert  de  larges  expansions  foliacées 
ai^és,  tandis  que  la  même  coquille,  dans  les  mers 
agitées,  n*oflî'e  aucune  expansion  et  n*a  que  des  côtes 
croisées  ;  dans  ces  dernières  localités  elle  atteint  ra- 
rement de  grandes  dimensions;  mais*  quand  elle  les 
atteint,  elle  devient  trés-solide  et  perd  presque  toute 
a;^renee  de  stries.  »  (Ibid.) 
Ces  icodificaiions  des  coquilles,  suiTani  les  con- 


autres  animaux  qui  vivaient  sur  ce  iond, 
tous  ces  êtres  seraient  détruits  sur  la  surface 
ainsi  soulevée.  Ceux  qui  seraient  incapables* 
de  se  déplacer  rapidement  périraient  de 
même,  si  le  soulèvement  était  plus  lent;  car 
ils  ne  pourraient  atteindre  la  nouvelle  ligne^ 
où  ils  trouveraient  la  pression  et  la  tempé- 
rature pour  lesquelles  ils  sont  organisés. 

Que  le  lecteur  examine  maintenant  quels 
seraient  les  effets  d'un  soulèvement  du  fond 
de  la  mer  qui  entoure  la  Grande-Bretagne, 
qui  porterait  la  ligne  de  100  brasses  au  ni- 
veau de  la  surface  de  la  mer  sur  les  ani- 
maux marins,  sur  ceux  au  moins  qui  ne 
Bourraient  changer  rapidement  d'habitation, 
n  tel  changement  de  niveau  peut  paraître 
un  trop  grand  événement  aux  personnes  qui 
ne  sont  point  familiarisées  avec  les  phéno- 
mènes géologiques;  mais  l'étude  de  ces  phé- 
nomènes prouve  d'une  manière  évidente  que 
de  tels  changements  ont  eu  lieu  souvent  à 
la  surface  du  globe,  que  ce  ne  sont  même 
que  des  événements  de  peu  d'importance 
dans  l'histoire  de  la  terre  :  ils  n'ont  rien 
d'extraordinaire  aux  yeux  du  çéologue;  il 
ne  peut  y  avoir  de  doute  que  relativement  à 
la  longueur  du  temps  qu'a  exigé  le  phéno- 
mène. Mais,  soit  que  le  soulèvement  eût  lieu 
graduellement,  ou  qu'il  se  fît  d'un  seul  coup, 
il  y  aurait  de  grands  changements  dans  la 
condition  des  animaux  marins  qui  existent 
maintenant  sur  la  surface  que  nous  suppo- 
sons ainsi  soulevée.  Si  le  soulèvement  était 
tant  soit  peu  brusque,  de  manière  gue  l'en- 
semble des  animaux  qui  vivent  aujourd'hui 
au  fond  de  la  mer  ne  pût  parvenir  a  s'échap- 
per, il  y  aurait  une  immense  destruction 
d'espèces,  car  le  plus  grand  nombre  de  celles 
qui  sont  particulières  à  la  surface  soulevée 
périrait  probablement.  Il  resterait  de  nom- 
breux bassins  peu  profonds  d'eau  salée,  dans 
lesquels  certaines  espèces  pourraient  trouver 
un  refuge  pour  quelque  temps  encore 

Les  personnes  qui  ont  vu  la  marée  se  reti- 
rer sur  des  plages  peu  inclinées,  et  qui  ont 
observé  la  rapidité  avec  laquelle  des  sur- 
faces étendues  de  sable  ou  de  vase  se  trou- 
vent à  sec  tout  à  coup,  n'étant  plus  recou- 
vertes que  çà  et  là  de  petites  flaques  d'eau; 
ces  personnes  concevront  facilement  qu'un 
soulèvement  du  fond  de  la  mer  qui  produi- 
rait un  retrait  analogue  des  eaux  ùterait  à  la 
grande  masse  des  mollusques,  et  même  àr 
quelques  poissons,  toute  chance  de  salut.  Et 
pourtant  le  retrait  de  l'eau  serait  tel,  que  la 
surface  mise  à  sec  ne  serait  pas  plus  ravinée 
que  ne  le  sont  les  plages  de  la  mer  lors  du 

ditions  dans  lesouelles  les  animaux  ont  vécu,  sont 
d*une  fort  grande  Importance  pour  les  géologues, 
qvLÏ  ne  peuvent  jamais  connaître  des  mollusques  fos- 
sdes  que  la  forme  des  coquilles.  Et,,  pour  embar- 
rasser encore  plus  leurs  jugements,  il  parait  que  des 
animaux  différents  peuvent  habiter  les  mêmes  co- 
quilles. De  tels  exemples  sont  probablement  fort 
rares ,  mais  suivant  M.  Gray,  c  les  coquilles  des 
vatella  et  des  lottia  ne  diffèrent  aucunement  dans 
leur  forme  extérieure ,  et  cependant  leurs  animaux 
appartiennent  k  des  ordres  tout  diflérents.  > 


115 


ANI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ANI 


lie 


reQax.  Saivant  toute  probabilité ,  le  retrait 
(les  eaux  pourrait  être  beaucoup  plus  rapide 
encore  sans  que  le  fond  de  la  mer  fût  en- 
tamé. Il  est  peu  de  personnes  qui  se  fassent 
une  idée  exacte  de  Ja  rapidité  avec  laquelle 
la  marée  baisse  sur  certaines  côtes;  la  rapi- 
dité du  reflux  est  assez  connue^au  contraire» 
à  cause  des  dangers  qu'elle  entraîne  avec 
elle.  Nous  demanderons  donc  que  Ton  me* 
sure  la  rapidité  des  changements  de  niveau 
relatifs  du  fond  des  mers,  par  celle  avec  la- 
(pielle  la  marée  monte  sur  les  plages  i>eu 
inclinées.  On  concevra  mieux  ainsi  combien 
il  serait  difficile  à  la  plus  grande  partie  des 
animaux  marins  de  quitter  leurs  demeures 
et  suivre  la  marche  des  eaux;  car  on  sait 
que  sur  certaines  côtes  la  rapidité  du  flux 
est  telle,  que  des  hommes  ont  la  plus  grande 
peine  à  atteindre  le  rivage,  quoiqu'ils  con- 
naissent bien  le  danger  qui  les  menace  ;  et 
dans  Quelques  localités  il  faut  toute  la  vitesse 
d'un  non  cheval  pour  éviter  d'être  atteint 
par  les  \açues.  II  importe  de  remarquer  ici 

S|ue  les  animaux  marins  seraient  pris  tout  à 
ait  au  dépourvu  par  le  changement  de  ni  - 
veau  que  nous  avons  suppose,  et  qu'ils  ne 
sentiraient  le  danger  que  quand  il  serait 
trop  tard  pour  s'en  mettre  à  1  abri.  Ceux  qui 
sont  accoutuqiés  aux  grandes  marées  péri- 
raient à  coup  sûr;  car  lorsque  l'eau  se  reti- 
rerait ils  n  éprouveraient  aucune  inquié- 
tude, et  ne  chercheraient  point  à  changer  de 
place  avant  le  moment  où  la  marée  remonte 
pabituellement. 

Il  est  donc  évident  que  si  un  changement 
de  niveau  avait  lieu  dans  la  partie  des  mers 
qui  entoure  la  Grande-Bretagne,  de  telle 
sorte  que  la  ligne  des  100  brasses  vînt  à  la 
surface  de  l'eau ,  il  y  aurait  une  gr^inde  des- 
truction d'animaux  marins  ;  les  espèces  ap- 
])artenant  à  la  surface  laissée  à  sec,  et  qui 
n'ont  point  d'organes  de  locomotion  tres'- 
actifs,  seraient  surtout  entièrement  perdues; 
et  cela  quand  même  le  .retrait  de  la  mer  ne 
serait  pas  plus  rapide  que  celui  qui  a  lieu  à 
la  marée  descendante.  Que  si  quelques  ani* 
maux  parvenaient  à  la  limite  de  l'étendue 
actuelle  des  sondes,  la  surface  sur  laquelle 
ils  pourraient  s'établir  serait  tellement  bor- 
née (d'après  la  grande  inclinaison  du  fond 
près  de  la  nouvelle  côte),  que,  même  en  sup- 
posant que  toutes  les  circonstances  appro- 
priées à  l'existence  de  ces  espèces  s'y  pus- 
sent trouver  réunies  sur  certains  points,  il  y 
aurait  un  bien  petit  nombre  d'animaux  qui 
sût  reconnaître  justement  les  points  qui  leur 
seraient  convenables. 

Pa3sons  maintenant  à  d'autres  conséquen- 
ces de  ce  changement  de  niveau  autour  de 
)a  Grande-Bretagne.  Il  resterait,  sur  plu- 
sieurs points  de  la  surface  mise  à  sec,  des 
Vassins  peu  profonds,  dans  lesquels  pour- 
"saient  se  réfugier  quelques  animaux;  mais 
ces  bassins  auraient  été  habités  auparavant 
Dar  d'autres  animaux  marins  qui,  si  le  cban- 
^ment  de  niveau  n'était  pas  très-considéra- 
Me,  pourraient  continuer  à  y  vivre,  pour 
quelque  temps  au  moins.  Que  s'ils  ne  trou- 
vaient plus  dans  ces  bassins  la  profondeur 


d'eau  qui  leur  est  nécessaire,  ils  périraient 
probablement,  et  les  bassins  ne  seraient 
plus  habités  que  par  les  animaux  qui  s'y 
seraient  réfugiés  lors  du  soulèvement.  Ces 
bassins  n'existeraient  pas  longtemps  dans 
leur  première  condition  :  la  nouvelle  sur- 
face émergée  se  trouverait  exposée  à  tous 
les  effets  des  actions  atmosphériques.  Les 
rivières  d'une  partie  de  la  France,  celles 
des  lies  Britanniques  et  des  parties  de  TAI- 
lemagne,  de  la  Russie,  de  la  Suède  et  de  la 
Norwégp,  dont  les  eaux  s'écoulent  aujour- 
d'hui vers  la  mer,  qui  serait  desséchée  alors, 
devraient  continuer  leur  cours  jusqu'aux 
nouvelles  côtes,  et  se  frayer  un  passage  à 
travers  différentes  parties  des  nouvelles 
terres.  Il  y  aurait  d  abord  des  inondations 
considérables,  par  la  difficulté  de  l'établisse- 
ment des  nouveaux  lits  des  rivières,  et  il 
s'ensuivrait  une  grande  perle  d'eau  par  éva- 
poration  ;  mais,  dans  un  climat  tel  que  celui 
sous  lequel  s'opérerait  le  changement  de 
niveau  supposé,  les  eaux  accumulées  au- 
raient bientôt  creusé  de  nouveaux  canaux 
d'écoulement,  et  chaque  rivière  irait  rejoin- 
dre la  mer  en  serpentant,  suivant  les  acci- 
dents du  sol  qui  lui  offriraient  le  moins  de 
résistance. 

Une  différence  de  niveau  de  600  pieds  sur 
toute  l'étendue  ainsi  soirievée  tenorait  sans 
doute  à  changer  le  régime  des  eaux  d'une 
partie  de  l'Europe  continentale,  en  suppo- 
sant que  le  soulèvement  fût  en  quelque 
sorte  local  et  que  son  effet  se  perdit  à  diffé- 
rentes distances  dans  toutes  les  directions  ; 
mais  une  grande  partie  des  eaux  n'en  coule- 
rait pas  moins  vers  l'Ouest,  et  les  cours 
d'eau  qui  s'établiraient  sur  la  surface  soule- 
vée elle-même  seraient  assez  considérables. 
Plusieurs  des  bassins  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut  seraient  traversés  par  des  cours 
d'eau  cherchant  à  se  rendre  à  la  mer,  et  par 
l'arrivée  constante  de  cette  eau  douce,  l'eau 
des  bassins  deviendrait  de  moins  en  moins 
salée  ;  car  une  portion  du  sel  serait  cons- 
tamment entraînée  à  la  mer  dès  que  le  trop- 
plein  de  ces  bassins  parviendrait  à  se  déver- 
ser par-^dessus  la  partie  la  moins  élevée  de 
leur  bord.  Quelques-uns  de  ces  bassins  de- 
viendraient des  lacs  d'eau  douce,  et  finiraient 
par  conséquent  par  être  habités  par  les  ani- 
maux d'eau  douce  qui  v  seraient  amenés 
par  les  rivières  ;  car  le  changement  de  ni- 
veau que  nous  avons  supposé,  ne  serait  pas 
très-nuisible  aux  animaux  terrestres  et  d'eau 
douce.  Ils  pourraient  bien  avoir  à  transpor- 
ter leurs  habitations  à  des  niveaux  compara- 
tivement inférieurs ,  mais  il  ne  s'ensuivrait 
aucune  destruction  d'espèces  ;  ils  seraient 
libres  d'aller  coloniser  la  surface  nouvelle- 
ment niise  à  soc ,  et  toutes  les  analogies 
nous  portent  naturellement  à  présumer  que 
leurs  débris  pourraient  être  ensevelis  dans 
les  nouveaux  dépôts  lacustres, 

Il  est  assez  curieux  de  rechercher  les  ra- 
ractères  zoologiques  que  présenteraient  les 
assises  de  sable  et  de  vase  qui  se  trouve- 
raient mises  à  sec.  Les  données  des  diver- 
ses cartes  des  sondes  indiquent  que  la  nou- 


m 


ANl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


Am 


lU 


velle  surface  du  sol  serait  variable  dans  ses 
caractères  roinéralosiques  ,  mais  qu*elle  se- 
rait surtout  arénacée.  Or,  comme  parmi  les 
animaux  marins  les  uns  préfèrent  un  fond 
d'une  certaine  nature,  d'autres  un  fond  de 
nature  diverse,  les  zones  de  la  vie  sous- 
marine  ,  si  nous  pouvons  nous  exprimer 
ainsi ,  ne  devraient  pas  seulement  corres- 
pondre avec  les  zones  d*égales  pressions, 
températures  et  autres  circonstauces ,  mais 
cette  vie  sous-marine,  différerait  encore 
suivant  la  nature  du  fond  dans  chaque 
zone.  On  aurait  ainsi  une  surface  sur  re- 
tendue de  laquelle  ont  été  ensevelis  des 
animaux  contemporains,  et  dont  les  fos- 
siles différeraient  d'un  point  à  un  autre  sui- 
vant les  différences  de  profondeur  et  de 
température,  et  suivant  la  nature  du  fond. 
Les  nouveaux  lacs  contiendraient  des  débris 
d*animaux  et  végétaux  terrestres ,  fluviati- 
les  et  lacustres,  et  Ton  unirait  par  avoir  des 
couches  caractérisées  par  ces  débris  repo- 
sant sur  des  couches  à  fossiles  marins,  et  çà 
et  là  queloues  assises  intermédiaires  conte- 
nant des  débris  organiques  provenant  d*eaux 
saumAtres,  c'est-à-dire  un  mélange  d'ani- 
maux marins  et  d'eau  douce  qui  auront  pu, 
jusqu'à  un  certain  point,  s'adapter  au  nouveau 
milieu  dans  lequel  ils  se  trouvaient  trans- 
portés, avant  que  les  animaux  marins  eus- 
sent entièrement  disparu  pour  laisser  la 
8 lace  exclusivement  aux  animaux  d'eau 
ouce. 

Si  le  changement  de  niveau  était  tel  que 
la  nouvelle  côte  s'élevAt  tant  soit  peu  brus- 
quement, ne  fût-ce  que  de  quelques  pieds, 
au-dessus  du  niveau  de  l'océan,  les  brisants 
entameraient  bientôt  et  feraient  reculer  cette 
côte,  donnant  lieu  à  des  falaises  qui ,  quoi- 

3 ne  peu  élevées  d'abord,  le  deviendraient 
avantage  à  mesure  gue  les  envahissements 
de  la  mer  s'avanceraient  vers  l'intérieur  du 
continent.  Si,  au  contraire,  la  nouvelle  côte, 
an  lieu  de  s'élever  d'une  manière  abrupte, 
se  prolongeait  sous  la  mer  en  une  plage  peu 
inclinée  ,  l'action  de  l'eau  donnerait  lieu  à 
des  amoncellements  de  sable  ou  à  des  dunes 
semblables  à  celles  des  basses  terres  de  l'Eu- 
rope occidentale,  depuis  le  nord  de  la  France 
jusqu'au  Danemark,  ou  à  celles  qui  séparent 
les  sables  des  Landes  de  la  baie  de  Biscaye. 
D'arrière  ces  dunes  il  se  formerait  des  étangs 
pareils  à  ceux  qu'on  trouve  aujourd'hui  dans 
des  positions  analogues ,  et  dans  ces  étangs 
il  se  formerait  des  dépôts  d'une  nature  ana- 
lo^e,  et  avec  des  fossiles  analogues  à  ce  qui 
a  lieu  de  nos  jours. 

11  est  évident  que  les  effets  généraux  de 
destruction  d'espèces  ,  produits  par  un  sou- 
lèvement du  fond  des  mers,  seront  d'autant 
moins  considérables  mie  le  changement  de 
niveau  s'opérera  à  plus  petits  coups;  en 
sorte  que ,  si  le  soulèvement  total  résultait 
d'une  action  n'ayant  pas  une  énergie  plus 
^nde  que  celle  qui  se  manifeste  de  nos 
jours  dans  le  golfe  de  Bothnie,  il  pourrait  n'y 
avoir  aucune  destruction  d'espèces  ;  car  les 
animaux  vivant  sur  les  bas-fonds  se  retire- 
raient graduellement  avec  les  eaux,  de  façon 


qu'il  y  aurait  une  migration  générale  dec 
animaux  marins  vers  la  haute  mer,  chaque 
espèce  en  particulier  conservant  les  mêmes 
positions  relatives  en  ce  qui  concerne  la 
pression  de  l'eau ,  la  température  et  les  au- 
tres conditions  d'existence.  Les  résultats 
géologiques  de  ce  mouvement  seraient  pour- 
tant fort  remarquables;  et  pour  s'en  convain- 
cre, que  l'on  suppose  que  le  retrait  de  la 
mer  se  soit  ainsi  continué  progressivement 
jusqu'à  la  limite  des  sondes,  de  sorte  que  la 
ligne  des  cent  brasses  forme  les  côtes  de  la 
nouvelle  mer.  La  surfiice  soulevée  serait  re- 
couverte sur  des  étendues  très-considéra- 
bles, par  des  débris  d'espèces  littorales  sem- 
blables, laissés  au  fond  de  la  mer  et  enveloppés 
par  les  dépôts  formés  au  fur  et  à  mesure  du 
retrait  des  eaux.  Ces  dépôts  ne  seraient  évi- 
demment point  contemporains,  mais  ils  n'en 
'  seraient  pas  moins  caractérisés  par  des  débris 
organiques  semblables.  Ils  reposeraient  sur 
d'autres  dépôts ,  ayant  la  même  origine,  qui 
seraient  caractérisais  par  des  fossiles  identi- 
ques entre  eux,  mais  différents  des  premiers, 
puisqu'ils  appartiendraient  à  des  animaux 
ayant  vécu  dans  des  mers  plus  profondes. 

Si,  au  lieu  du  changement  de  niveau  que 
nous  avons  supposé  mettre  à  sec  une  éten- 
due considérable  du  fond  de  la  mer,  il  s'é- 
tait fait  sur  cette  même  étendue  un  abaisse- 
ment de  Cent  brasses,  de  sorte  que  la  ligne 
des  cent  orasses  se  trouvât  recouverte  de 
deux  cents  brasses  d'eau ,  et  ainsi  de  suite 
pour  tout  le  fond  do  la  mer,  on  aurait  des 
effets  inverses  des  précédents.  Nous  avions 
supposé  d'abord  que  le  soulèvement  était  le 
plus  grand  sous  les  lies  Britanniques:  nous 
supposerons  de  même  que  rabaissement 
soit  plus  profond  sur  le  même  point,  et 
qu'il  diminue  à  mesure  qu'on  s'écartera  de 
ces  lies  comme  centre.  Si  l'abaissement  se 
faisait  avec  lenteur,  on  ne  voit  pas  de  raison 
pour  qu'il  y  eût  des  espèces  détruites,  car 
elles  pourraient  facilement  se  transporter 
ciu  niveau  qui  leiur  est  convenable.  Une 
grande  partie  des  lies  Britanniques  serait 
submergée,  ainsi  qu'une  étendue  considé- 
rable de  l'Europe  occidentale,  en  supposant 
même  que  la  dépression  de  la  surface  ne  s» 
terminât  point  par  un  amincissement  près» 
que  insensible.  11  s'ensuivrait  nécessaire- 
ment de  grands  changements  physiques, 
surtout  par  l'action  des  vagues  et  des  ma- 
rées sur  les  parties  du  sol  actuel  qui  s'élè- 
veraient à  la  surface  de  l'eau  en  formant  des 
lies  nombreuses.  Des  dépôts  de  détritus 
tendraient  à  combler  les  dépressions,  et  il  se 

{produirait  en  conséquence  de  grands  en- 
ôuissements  de  débris  animaux  et  végé- 
taux. 

Dans  ces  circonstances  un  grand  nombre 
de  dépôts  fluviatiles  ,  lacustres  et  d'embou- 
chure ,  se  trouveraient  recouverts  par  des 
formations  marines,  et  le  passage  entre  ces 
dépôts  se  ferait  plus  ou  moins  brusquement, 
suivant  que  le  cnangement  de  niveau  aurait 
été  plus  ou  moins  rapide  ;  dans  le  cas  d'un 
abaissement  progressif ,  il  pourrait  souvent 
y  avoir  transition  entre  les  animaux  d*eau 


IQ 


ANI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


AN 


fSO 


douce  et  les  marins  ;  dans  le  cas  contraire, 
le  changement  d'un  d(^pôt  à  l'autre  se  ferait 
d'une  manière  presque  tranchée.  11  y  aurait 
an  fond  de  la  mer,  antérieur  au  soulève- 
ment, un  mouvement  général  des  animaux 
marins,  qui  s'approcheraient  des  nouvelles 
côtes  pour  y  chercher  les  conditions  néces- 
saires à  leur  existence ,  et  de  cette  manière 
les  restes  des  animaux  vivant  dans  les  eaux 
profondes  se  trouveraient  recouvrir  ceux  des 
animaux  habitant  de  moindres  profondeurs, 

2ui  avaient  été  déposés  lorsque  les  eaux 
taient  moins  profondes. 
Les  animaux  marins  ne  seraient  point  af- 
fectés par  ce  changement  de  niveau  ;  mais  il 
en  serait  autrement  des  espèces  terrestres 
animales  et  végétales ,  et  dans  quelques  cas 
aussi  des  espèces  vivant  dans  les  eaux  dou- 
ces. La  zone  inférieure  de  la  végétation  de 
l'ancienne  côte  serait  ensevelie  en  quelque 
sorte  dans  les  couches  qui  se  formeraient  le 
long  du  nouveau  rivage,  à  moins  qu^  les 
vagues,  les  marées  et  les  courants  n'eussent 
tout  enlevé  lors  de  l'enfoncement  des  terres. 
Si  les  eaux  s'étaient  élevées  rapidement,  la 
végétation  des  zones  inférieures  serait  dé- 
truite en  grande  partie  :  mais  les  graines 
seraient  probablement  rejetées  sur  le  rivage, 
en  sorte  que  les  côtes  des  nouvelles  îles  pré- 
senteraient une  végétation  approchant  beau- 
coup de  celle  qu'on  trouve  aujourd'hui  sur 
les  côtes  des  îles  Britanniques.  Cependant, 
comme  ces  îles  auraient  600  pieds  de  moins 
d'élévation,  on  devrait  s'attendre  à  quelque 
différence  dans  la  végétation  des  régions  éle- 
vées, surtout  d'après  le  changement  de  cli- 
mat qui  aurait  lieu  dans  toute  l'Europe  occi- 
dentale, par  suite  de  la  variation  dans  l'éten- 
due relative  des  terres  et  de  la  mer,  et  dans 
la  hauteur  des  terres  au-dessus  du  niveau 
de  locéan.  Les  animaux  terrestres  auraient 
aussi  à  s'adapter  aux  nouvelles  circonstan- 
ces dans  lesquelles  ils  se  trouveraient  placés  ; 
une  grande  partie  d'entre  eux  seraient  né- 
cessairement détruits,  sans  qu'il  y  eût  pour- 
tant un  grand  nombre  d'espèces  perdues. 
Gomme  les  parties  plus  basses  du  sot  des  îles 
Britanniques  sont  occupées  principalement 
par  des  marécages  qui  seraient  les  premiers 
envahis  par  la  mer»  les  animaux  qui  vivent 
dans  ces  marais  auraient  à  changer  leur  sta- 
tion, pour  se  mettre  à  l'abri  non^seulement 
de  l'inondation  marine  mais  encore  des 
animaux  voraiîes  qu'apporterait  cette  inon- 
dation. Ils  trouveraient  difficilement  des 
stations  qui  leur  fussent  convenables  ,  à 
moins  que  l'abaissement  du  sol  ne  fût  si 
lent  que  de  nouveaux  marécages  pussent  se 
former  au  fur  et  à  mesure  ;  ce  qui  est  peu 
probante,  vu  la  lenteur  avec  laquelle  les 
marécages  actuels  paraissent  se  propaser 
dans. les  circonstances  les  plus  favorables. 
En  tout  cas  la  surface  des  terres  serait  de 
beaucoup  diminuée,  et  la  même  Quantité 
d'animaux  ne  pourrait  y  trouver  la  place  né- 
cessaire; il  y  aurait  luttes  d  espèces  contre 
espèces  (abstraction  faite  du  pouvoir  de 
l'homme,  car  dans  cet  état  de  choses  imagi- 
oaire,  nous  voulons  retracer  ce  qui  a  pu  se 


passer  lors  d'événements  géologiques  acité- 
rieurs  à  son  existence);  l'espèce  la  plus  fai- 
ble devrait  céder,  et  il  pourrait  y  avoir  ainsi 
extermination  de  quelques  espèces  h  la  sur- 
face des  nouvelles  îles. 

Nous  avons  longuement  insisté  sur  les 
conséquences  qui  suivraient  certains  chan- 
gements de  niveau  relatif  entre  la  terre  et  la 
mer  dans  les  régions  indiquées, -parce  que 
ces  conséquences  peuvent  nous  aider  dans 
l'explication  de  plusieurs  phénomènes  géo- 
logiques, surtout  en  ce  qui  concerne  les  ter- 
rains fossilifères.  Nous  observons  dans  ces 
terrains  des  changements  tantôt  tranchés, 
tantôt  extrêmement  graduels  dans  les  carac- 
tères zoologiques  ou  botaniquesdes  couches  ; 
et  ces  changements  ne  sont  souvent  accom- 
pagnés d'aucun  signe  de  passage  violent  des 
eaux  au-dessus  des  couches  inférieure^s.  Sans 
doute,  il  existe  plusieurs  localités  dans  les- 
quelles on  reconnaît  que  la  surface  des  cou- 
cher inférieures  aélé  fortement  ravinée  avant 
Je  dépôt  des  supt'rieures;  mais  on  voit  très- 
souvent  aussi  des  changements  complets  ou 
presque  complets  dans  la  nature  des  débris 
organiques,  sans  qu'il  y  ait  aucune  trace 
d'une  dénudation  des  couches  inférieures 
avant  le  dépôt  de  celles  qui  les  recou- 
vrent. 

On  sait  que  certaines  espèces  de  coquilles 
sont  communes  aux  côtes  de  TEurope  occi- 
dentale et  de  l'Amérique  orientale ,  d*où  il 
suivrait  que  les  dépôts  qui  se  formentactuelle* 
ment  sur  les  côtes  opposées  de  l'océan  At- 
lantique peuvent  contenir  quelques  espèces 
identiques  de  fossiles.  Dans  ce  cas  on  aurait 
des  dépôts  contemporains  qui,  quoique  fort 
éloignés ,  présenteraient  quelques  fossiles 
communs.  Ces  dépôts  ne  sont  évidemment 
point  contigus  ;  ils  ne  font  simplement 
gu'une  partie  de  la  bordure  que  forment  les 
fonds  où  l'on  est  sur  la  sonde  le  long  des 
côtes  des  deux  continents  ;  car  les  deux  ri- 
vages sont  séparés  par  de.  grandes  profon- 
deurs d'eau,  au  fond  desquelles  les  animaux 
des  coquilles  en  question  ne  sauraient  exis- 
ter. Ce  fait  nous  apprend  qu'il  peut  exister 
dans  deux  localités  différentes  des  circons- 
tances égales  sous  le  rapport  de  la  pression 
de  l'eau  ambiante,  de  la  température,  de  la 
lumière,  de  la  nourriture  et  de  l'air  dissémi- 
né, en  sorte  que  les  œufs  des  animaux  ma- 
rins étant  transportés  par  les  agents  naturels 
d'une  de  ces  localités  à  l'autre,  les  dépôts 
qui  s'y  forment  actuellement  peuvent,  quoi- 
que séparés  l'un  de  l'autre,  contenir  quel- 
ques débris  organiques  d'espèces  identiques. 
Les  mêmes  effets,  è  circonstances  égales, 
auront  plus  facilement  lieu  à  de  plus  petites 
distances;  et  moins  la  distance  sera  considé- 
rable, plus  il  y  aura  de  probabilité  que  les 
deux  dépôts  aient  des  caractères  écologiques 
semblables. 

Nous  avons  fait  voir  déjà  comment,  dans 
la  supposition  d'un  soulèvement  de  600  pieds 
du  fond  de  la  mer  qui  entoure  les  lies  Bri- 
tanniques, on  pourrait  avoir,  si  te  soulève- 
ment se  faisait  d'une  manière  lente  et  pro- 


ISl 


APT 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


APT 


Itti 


gressive,  des  dép6ts  d'âges  divers  caracté- 
risés par  dès  débris  organiques  semblables, 
llous  allons  maintenant  considérer  la  chose 
sous  un  autre  point  de  vue.  Supposons  deux 
côtes  se  trouvant  sous  les  mêmes  conditions, 
mais  l*une  sujette  à  des  oscillations  qui  la 
soulèveraient  ou  l'abaisseraient  relativement 
au  niveau  de  la  mer,  Tautre  immobile  ;  on 
aura  alors  sur  chacune  de  ces  côtes  des  ré- 
sultats tout  différents  l'un  de  Tautre.  L'un 
des  dépôts  contiendra  des  fossiles  exclusive- 
ment marins,  tandis  que  le  dépôt  contem- 
porain de  la  côte  opposée  pourra  présenter 
une  grande  variété,  non-seulement  dans  la 
nature  des  fossiles,  mais  encore  dans  la 
composition  minéralogique  des  couches  qui 
les  contiennent.  Il  pourrait  arriver  aussi 

au'une  espèce  se  trouvât  détruite  s\ir  l'une 
es  côtes,  tandis  qu'elle  continuerait  à  exis- 
ter sur  l'autre.  On  aurait  donc  là  f>eu  «ou 
point  de  ressemblance  entre  les  fossiles  de 
co  iches  contemporaines,  quoique  s'il  ny 
avait  point  eu  d  oscillations  du  sol  sur  un 
point,  tandis  que  la  côte  opposée  restait  im- 
mobile, les  conditions  de  température,  de 
pression  d'eau,  de  lumière,  de  nourriture, 
ei  la  facilité  de  se  procurer  de  l'air,  eussent 
été  telles  que  les  fossiles  des  deux  localités 
auraient  dû  jusqu'à  un  certain  point  être 
semblables. 

ANIMAUX  MARINS,  leur  répartition  géo- 
graphique, et  isotherme.  Voy.  Cocchbs  sédi- 
XETiTAiiiEs,  art.  I. 

ANIMAUX  MORTS,  leur  distribution  dans 
les    couches  sédimentaires  marines.   Yoy. 

COCCBBS  SÉDIMENTAIRES,  art.  I. 

ANIMAUX  PÉLAGIENS,  COTEERS.  Yoy. 

COCCHES  SÉDIMENTAIHES,  art.  I. 

ANIMAUX  TERRESTRES,  leur  distribu- 
tion dans  les  couches  fluvio-terrestres.  Voi\ 

G>CCHB8  SÉDIMENTAIRES.  art.  II. 

ANNÉUDESou  Vers  a  sang  rougb. — Les 
annélides  appartiennent  à  la  première  classe 
de  l'embranchement  des  animaux  articulés. 
Si  nombreuses  qu'aient  été  iadis  les  espèces 
d'annélides  dépourvues  dune  enveloppe 
pierreuse ,  ces  vers  nus  n'ont  pu  laisser  que 
peu  de  traces  de  leur  existence,  si  l'on  en 
excepte  les  trous  qu'ils  ont  creusés ,  et  les 
petits  tas  de  sablesou  les  déjections  vaseuses 
qu'ils  ont  rejetés  à  rorifice  de  ces  trous. 

Les  serpnles  fossiles,  que  l'on  rencontre 
dans  presque  toutes  les  formations ,  depuis 
les  périodes  de  transition  jusqu'à  l'époque 
actuelle,  nous  fournissent  d'abondantes 
preuves  de  l'origine  reculée  et  de  la  conti- 
nuité d'existence  non  interrompue  de  l'ordre 
auquel  appartiennent  les  annélides,  qui 
viveut  dans  des  tubes  calcaires 

ANOPL0TH£RIUM.  Voy.  Mammifères. 

ANTHRACITE.  Voy.  Y  Introduction. 

ANTHIIACOTHERIUM.  Voy.  Mammifères. 

APTIEN( ÉTAGE).— Deuxième  étaze  des 
terrains  crétacés  et  le  dix-huitième  de  l'é- 
dielle  totale  des  formations  géologiques.  Ap- 
ti€%  dérive  d'Apt  {Apta  Julia)  viUe  clu  dépar- 


tement de  Yaucluse,  aux  environs  de  laquelle 
se  montre  le  plus  grand  et  le  plus  beau  type 
de  rétage.  C'est  aussi  Yargile  à  plicalules^ 
le  fer  oolUhiqutj  les  argiies  roses  et  mar^ 
brées^  etc. 

L'étage  aptien  est  presque  aussi  développé 
que  l'étage  néocomien,  puisqu'on  le  trouve 
sur  une  partie  de  l'Europe  et  sur  le  conti- 
nent américain  (détroit  de  Magellan).  Pres- 
que partout,  l'étage  aptien  repose  en  cou- 
ches concordantes  sur  l'étage  néocomien. 
C'est  ainsi  que  nous  le  trouvons  autour  du 
bassin  parisien,  dans  les  départements  de  la 
Hante-Marne,  de  l'Aube,  de  TYonne,  dans 
le  pays  de  Bray  et  en  Angleterre.  Dans  le 
bassin  méditerranéen,  il  en  e-st  de  même 
dans  les  départements  de  Vaucluse,  des  Bou- 
ches-du-Rhône ,  et  des  Hautes  et  Basses- 
Alpes.  Il  ne  peut  donc  y  avoir  aucun  doute 
pour  personne  qu'il  ne  succède  régulière- 
ment dans  Tordre  chronologique  à  l'étage 
néocomien,  qu'il  recouvre  (lartout,  sans  in- 
termédiaire, et  dont  il  suit  souvent  les  al- 
lures. 

Nous  croyons  pouvoir  évaluer  l'épaisseur 
des  couches  aptiennes  dans  les  Basses-Alpes, 
et  surtout  à  la  Bedoule,  à  près  de  200  mètres. 

Caractères  paléontologiques.  —  Dans  son 
ensemble,  la  faune  de  l'étage  aptien  présente 
tous  les  caractères  généraux  de  la  faune  de  l'é- 
tage néocomien  ;  on  voitque  c'est  la  continua- 
tion des  mêmes  genres,  è  côté  d*une  disparité 
presque  complète  des  espèces.  Voici  ses  ca- 
ractères différentiels  : 

Outre  les  20  genres  que  nous  voyons  naître 
et  s'éteindre  dans  l'étage  néocomien,  sans 
passer  à  l'étape  aptien,  nous  avons  encore 
\h  genres  qui  s'éteignent  dans  Tétage  néo- 
comien, et  peuvent  dès  lors  donner  des  ca- 
ractères négatifs  pour  l'étape  aotien;  en 
tout  :  3i  genres. 

Les  limites  négatives  que  nous  donnent 
les  genres  entre  l'étage  aptien  et  l'élage  al- 
bien,  qui  se  suivent  dans  TorJre  chronolo- 
gique, sont  composées  de  16  genres  qui  man- 
quent encore  dans  cet  éfage  et  ne  paraissent 
3ue  dans  le  suivant.  Nous  aurions  donc, 
ans  rétat  actuel  de  la  science,  50  genres 
Pouvant  donner  des  caractères  négatifs  pour 
étage  aptien. 

Pour  distinguer  l'étage  aptien  de  l'étage 
néocomien,  nous  n'avons  que  les  5  genres 
suivants,  qui,  inconnus  à  l'étage  néocomien, 

Faraissent,  au  moins  aujourd'hui,  être  nés  à 
étage  aptien  seulement.  Parmi  les  poissons, 
le  genre  macropomia  ;  parmi  les  céphalopodes, 
le  genre  conoteuthis;  parmi  les  gastéropodes^ 
le  genre  vermetus:  parmi  les  échinodermes, 
le  genre  decameros;  parmi  les  zoophytes,  le 
genre  tetraccenia. 

Deux  genres,  nés  et  morts  dans  l'étage 
aptien,  peuvent  nous  donner  des  caractères 
positifs  pour  le  distinguer  de  l'étage  albien, 
où  ils  ne  paraissent  pas  exister  :  parmi  les 
céphalopocfes,  le  genre  conoteuthis;  (mrmi 
les  zoophytes,  le  genre  tetracœnia.  Ajou- 
tons-y les  genres  toxoceras  et  orbiculotdea^ 
qui  cfisoaraissent  encore  oour  touiours  dan5 


m 


APT 


DICTIOISNÂIRE  DE  COSMOGONIE 


APT 


m 


cet  étage,  sans  passer  au  suivant.  Le  mau- 
vais état  de  conservation  de  beaucoup  de 
corps  organisés  de  cette  époque  est  sans 
doute  cause,  autant  que  le  manque  de  re- 
cherches spéciales,  du  petit  nombre  de 
genres  caractéristiques,  car  la  faune  spéci- 
nque  est  parfaitement  distincte. 

Les  animaux  mollusques  et  rayonnes  nous 
offrent  seuls,  sans  les  animaux  vertébrés,  le 
nombre  de  156  espèces.  Sur  ce  nombre,  si 
nous  dlons  les  7  espèces  mentionnées  à  ré- 
tage  néocomien  comme  se  trouvant  aussi 
dans  Tétage  aptien,  et  le  plicatula  radiola^ 
que  nous  avons  rencontré  encore  dans  l'étage 
albien,  nous  aurons  li8  espèces  caractéristi- 
ques de  cet  étage ,  qui,  sur  tous  les  points 
connus,  se  retrouvent  chaque  fois  qu'on  re- 
marque le  même  faciès  de  dépôt. 

Chronologie  historiaue.  —  Nous  attribuons 
à  une  perturbation  géologique  la  fin  de  l'é- 
tage néocomien  marquée  par  l'anéantisse- 
ment de  3k  genres  et  de  Skk  espèces  d'ani- 
maux mollusques  et  rayonnes  de  cette  épo- 
que. Ce  n'est  probablement  que  longtemps 
après  que  sont  nés,  avec  l'animalisation  de 
cette  nouvelle  époque,  les  5  genres  que  nous 
voyons  pour  la  première  fois  dans  l'étage 
aptien,  en  même  temps  que  les  itô  espèces 
qui  y  sont  caractéristiques. 

Les  mers  ont  en  tout  des  circonscriptions 
identiques  à  l'époque  néocomienne  dans  les 
bassins  anglo-parisien  et  méditerranéen;  de 
même,  la  partie  occidentale  du  bassin  anglo- 
parisien  comprise  entre  les  côtes  du  Calva- 
dos et  la  Loire,  n'a  pas  reçu  les  mers  an- 
tiennes, pas  plus  que  le  bassin  pvrénéen.  Le 
lambeau  d'étage  rencontré  dans  le  détroit  de 
Magellan  annonce,  ])ar  des  fossiles  identi- 
ques, une  mer  cemmuniauant  directement 
avec  les  mers  aptiennes  d  Europe. 

Par  la  même  raison  ]çs  continents  étaient 
les  mêmes  qu'à  l'époque  néocomienne. 

Les  mers,  a  i'exceplion  de  quelques  çenrcs 
de  poissons,  de  mollusques  et  d'animaux 
rayonnes  inconnus  à  l'étage  néocomien,  pa- 
raissent avoir  eu  icur  faune,  peu  différente 
pour  sa  composition,  également  peupiée  de 
nombreux  et  singuliers  céphalopodes,  parmi 
lesquels  nous  signalerons  le  conoteiithis  ^ 
animal  intermédiaire  entre  la  bélemnite  et 
les  ommastrèphcs ,  et  spécial  à  cet  étaire. 
Nous  y  voyons  naître  encore  les  comaluTes 
du  genre  aecameros  et  les  vermeluss 

Quant  aux  continents,  les  nombreux  dé- 
bris de  bois  qu'on  rencontre  dans  les  cou- 
ches nous  donnent  la  certitude  qu'ils  étaient 
peuplés  de  végétaux.  Il  y  avait  aussi  des 
plantes  conifères,  car  M.  d'Orbigny  a  com- 
muniqué à  M.  Brongniart  un  véritable  pinus 
très-remarquable  par  son  cône  long  de  25 
centimètres  et  large  de  ^,  que  M.  Tombeck 
a  rencontré  dans  le  lit  de  la  Marne,  près  de 
Saint-Dizier  (  Haute-Marne  h  le  pinus  elon 
gatus. 

Les  espèces  identiques  que  nous  voyons 
exister  dans  l'hémisphère  sud,  au  détroit  de 
Magellan  et  en  France,  doivent  faire  croire 
qu'elles  vivaient  sur  toute  la  surtace  com- 
orise  entre  ces  deux  iioints.  Dès  lors,  on  doit 


supposer  qu'elles  habitaient  la  zone  torride 
et  les  deux  hémisphères  jusqu'aux  répons 
tempérées  ;  ce  qui  annonce  que  les  lignes 
isothermes  actuelles  n'existaient  pas. 

C'est  peut-être  à  cette  époque  que  la  partie 
sud  de  la  Cordillère  des  Andes,  dirigée  du 
N.  30"  O.  au  S.  30"  E.,  aura  pris  son  relief; 
au  moins  croyons-nous  oue  les  dernières 
couches  disloquées  dépendent  de  l'étage  ap- 
tien. Dès  lors,  nous  aurions  le  moteur  de  la 
perturbation  géologique  qui  a  déterminé  le 
mouvement  dans  les  eaux,  dont  nous  avons 
pour  preuves  les  grès  supérieurs  sans  fos- 
siles, l'anéantissement  et  les  limites  de  la 
faune  aptienne. 

APTYCHUS,  Meyer  {Triqonettiles  de  Par- 
kinson).  —  Genre  de  cirrnipèdes  fossiles. 
«  C'est ,  dit  M.  d'Orbigny,  l'un  des  fossiles 
qui  a  été  le  plus  balloté  par  les  auteurs ,  mais 
sur^e  véritable  classement  duqupl  il  ne  nous 
reste  aucun  doute.  MM.  Bourdet  de  la  Nièvre 
et  G.-B.  Sowerby  en  avaient  fait  des  mA- 
choiresde  poisson,  et  le  premier  les  appelait 
des  ichthtfosagones.  De  ce  qu'on  trouvait 
quelquefois  des  aptychus  dans  la  dernière 
loge  des  ammonites,  MM.  Ruppell  et  Woltz 
ont  conclu  qu'ils  étaient  des  opercules  d'am- 
monites. M.  Deshayes  croyait  aussi  qiie  ce 
devaient  être  des  parties  intérieures  de  l'a- 
nimal des  ammonites.  M.  Hermann  de  Meyer 
croit  que  ce  sont  des  coquilles  intérieures 
de  l'animal  de  mollusques.  M.  Coquand  les 
réunit  au  genre  teudopsiSf  en  faisant  des 
deux  valves  un  seul  tout,  analogue  à  l'osselet 
intérieur  des  calmars,  parmi  les  cépbalo- 

Eodes  acétabulifères.  MM.  Schlotheim ,  Par- 
inson  et  Deslongchamps  les  placent  comme 
des  coquilles  bivalves ,  dans  les  mollusques 
lamellinranches.  Pour  nous,  nous  n'en  faisons 
ni  un  poisson  ni  un  mollusque,  nous  le 
mettons  avec  les  animaux  annelés.  Cette 
opinion  est  basée  sur  la  comparaison  rigou- 
reuse du  fossile  et  sur  les  circonstances  dans 
lesquelles  il  se  trouve. 

«  La  comparaison  des  Aptychus  avec  les 
séries  animales  auxquelles  ils  ont  été  rap- 
portés par  les  auteurs  cités  ne  soutient  pas 
un  mûr  examen. 

«  Cène  sont  assurément  pas  des  mâchoires 
de  poissons.  L'idée  d'en  faire  des  opercules 
d'ammonites  était  contraire  aux  observations 
zoologiques  des  êtres  les  plus  voisins,  les 
nautiles,  et  n'était  due  au'à  la  jonction  for- 
tuite de  ces  deux  corps.  La  réunion  des  ap- 
tychus  aux  teudopsis  n'est  pas  plus  admis- 
sible, puisqu'il  y  a  bien  réellement  deux 
pièces  distinctes,  et  que,  du  reste,  l'épais- 
seur de  VA.  lœvisy  par  exemple,  exclut  tout 
à  fait  ce  rapprochement.  Il  sufQt  également 
de  voir  ce  genre  pour  s'assurer  qu'il  ne 
peut  être  un  mollusque  lamellibranche.  La 
comparaison  la  plus  artificielle  amène,  au 
contraire,  à  considérer  les  aptychus,  non 
pour  aes  valves  operculaires  d'une  balane, 
mais  pour  des  représentants  à  deux  taJtes 
seulement  j  des  anatifa^  qui  en  ont  cinq. 
Bien  qu'on  n'eût  attacné  aucune  importance 
h  1  opinion  de  Scheuchzer  et  do  Knorr,  qui 
réunissaient  les  aotychus  aux  anatifes,  on 


ISS 


API 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


ARA 


ItS 


Toit  que  nous  nous  rangeons  à  cette  judi- 
cieuse opinion ,  qui  esfla  meilleure»  puisque 
nous  considérons  les  aptjchus  comme  un 
genre  à  deux  yalves  voisins  des  anatifes. 
Qu'on  place,  par  exemple ,  une  valve  d'ap- 
tVelius  àcAié  oe  la  grande  valve  d'un  anatire, 
ei  Ton  s'assurera,  tout  de  suite,  que  la 
forme  est  identique;  que  même,  ainsi  que 
chez  ces  animaux,  les  valves  sont  tantôt 
testacées,  tantôt  presque  cornées:  que  de 
même  la  forme  esttrigone;que,  de  ces  trois 
côtés ,  Tun  parait  avoir  été  enchâssé  dans  les 
téguments;  que  Tautre  est  tronqué,  taillé  en 
biseau  en  dedans ,  et  arqué  pour  laisser  sortir 
les  bras;  que  le  troisième  montre  encore  un 
fort  bâillement,  et  de  plus,  la  facette  où  le 
pédoncule  devait  s'insérer.  Du  reste,  cer- 
taines espèces  montrent  un  rebord  extérieur 
i  cette  partie,  analo^e  à  ce  qae  nous  voyons 
chez  quelques  anatifes,  ou  même  les  im- 
pressions d'attaches  intérieures  du  pédon- 
cule. 11  n*est  pas  jusqu*à  la  composition  po- 
reuse et  les  ligues  internes  de  certains  apty- 
dius,  qui  ne  soient  identiques  à  quelques 
espèces  de  eyprij,  crustacés  à  deux  valves, 
comme  l'âge  embryonnaire  de  tous  les  cir- 
rfaipèdes.  De  ces  considérations  et  de  beau- 
coup d'autres  aue  nous  ne  pouvons  examiner 
ici ,  nous  concluons  qu'on  ne  peut  pas  placer 
les  aptychus  ailleurs  qu'à  côté  des  ana- 
tifes. 

«  11  est  dans  la  science  des  faits  importants 
qui  n'en  restentpas  moins  toujours  inconnus 
aux  observateurs  de  cabinet,  tuais  qui  appar- 
tiennent 9n  domaine  des  naturalistes  ca(!ables 
de  risquer  jusqu'à  leur  existence  pour  élar- 
(pr  le  cercle  de  leurs  études.  Nous  voulons 
parler  de  la  présence  des  aptychus  dans  les 
ammonites,  ce  qui  les  avait  fait  prendre 
pour  des  parties  internes  de  céphalopodes, 
tandis  quelle  n'était  ou'une  circonstance 
dépendante  du  mode  d  existence  ordinaire 
de  ces  animaux  considérés  comme  des  cir- 
rhipèJes  analifidées.  Tous  les  voyageurs  sur 
mer  savent  que  les  anatifes  d'aujourd'hui  se 
filent  sur  les  corps  flottants  de  toute  nature. 
Les  navires  non  doublés  de  cuivre  en  ont  au 
niveau  de  la  flottaison  ;  tous  les  morceaux 
de  bois,  les  plumes,  pris  à  la  surface  des 
mers,  sont  couverts  de  ces  animaux  pa- 
rasites; et  chaque  fois  que  dans  TOcéan 
atlantique ,  entre  TAfrique  et  TAmérique, 
nos  filets  de  traîne  apportaient  des  coquilles 
de  gpiruleê^  corps  floiieurs  par  excellence  ^ 
eîUs  élaieni  toujours  couvertes  d^anatifes.  Ce 
fait  actuel,  comparé  aux  faits  passés,  nous 
a  expliqué  pourauoi  les  ammonites  flottantes, 
comme  les  spirules,  renferment desaptychus. 
Cette  réunion,  qui  a  paru  si  extraordinaire, 
et  qui  a  conduit  à  des  considérations  » 
étranges,  devenait,  au  contraire,  indépen- 
damment des  formes ,  le  plus  puissant  argu- 
ment, pour  prouver  Tanalogie  que  nous 
avons  siçnalee.  Où  trouve-t-on,  en  effet, 
les  aptvcnus  fossiles  ?  presque  toujours  sur 
des  points  littoraux  des  anciennes  mers,  où 
ils  ont  été  déposés  avec  tous  les  corps  flot- 
teurs, le  bois ,  et  surtout  les  conuilles  flot- 
tantes, telles  que  les  nautiles  et  les  ammo- 


nites. Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  l'ammo- 
nite ,  qui  était  prooablement  couverte  exté- 
rieurement de  ces  animaux  parasites,  en 
contienne  aussi  quelques-uns  dans  la  vaste 
cavité  formée  par  la  loge  où  était  contenu 
l'animal  ;  et  que  ceux-ci,  abrités  de  tous  les 
chocs  et  des  agents  de  destruction ,  se  soient 
conservés  mieux  que  partout  ailleurs.  On 
voit  que  la  comparaison  zoologique  et  les 
faits  généraux  d  observation  viennent  ici  se 
corroborer,  pour  éclai«"cir  la  question  la  plus 
controversée.  »  (I^'Orbigny.) 

ARACHNIDES.  —  Dans  les  relations  géné- 
rales qui  subsistent  maintenant  entre  les 
deux  règnes  animal  et  végétal,  les  plantes 
terrestres  ont  avec  les  insectes  de  telles  con- 
nexions ,  que  chaque  espèce  des  premières 
peut  être  considérée  comme  une  nourriture 
préparée  pour  trois  ou  quatre  espèces  d'in- 
sectes. 

Nous  serions  donc  déjà  conduits  à  con- 
clure, a  priori  f  et  avec  un  haut  degré  de 
[probabilité,  en  vertu  de  ce  principe  dont 
'action  tend  sans  cesse  à  maintenir  à  la  sur- 
face du  globe  la  plus  grande  masse  de  vie 
possible,  que  cette  masse  énorme  de  végé- 
taux terrestres  que  nous  trouvons  conservée 
dans  les  couches  carbonifères,  offrait  les 
mêmes  relations,  comme  base  de  Talimen- 
tation  avec  les  insectes  de  cette  époque  recu- 
lée, qu'ont  encore  les  végétaux  modernes 
avec  c^tte  classe,  la  plus  nombreuse  parmi 
les  animaux  terrestres,  actuellement  exis- 
tants. 

Si  de  même  nous  étudions  les  lois  de  co- 
ordination qui  dirigent  à  Tépoque  actuelle 
l'accroissement  numérique  des  insectes,  en 
lui  donnant  pour  régulateur  l'action  des 
arachnides  carnivores,  nous  serons  conduits 
à  penser  que  des  araignées  et  des  scorpions 
furent  employés  à  i-emplir  les  mêmes  fonc- 
tions pendant  toute  la  durée  des  époques 
géologiques  où  nous  trouvons  des  preuves 
d'un  grand  développi^ment  des  végétaux 
terrestres. 

Quelques  découvertes  récentes  sont  ve- 
nues confirmer  ces  analogies  de  toute  la 
valeur  d'une  observation  actuelle.  L'ordre 
le  plus  élevé  des  arachnides,  celui  des  arach- 
nides pulmonaires,  se  partage  en  deux 
Srandes  familles,  celle  des  araignées  et  celle 
es  scorpions  ;  et  nous  avons  des  preuves 
certaines  que  des  débris  appartenant  à  l'une 
et  l'autre ,  se  rencontrent  dans  des  terrains 
stratitiés  d'une  très-haute  antiquité. 

ARAGO,  ses  idées  sur  la  nature  des  né- 
buleuses. roy.NÉBt'LEUSES. 

ARAIGNÉES.  —  Bien  que  l'on  n'ait  jus- 
qu'ici rencontré  d'araignées  dans  aucun  ter- 
rain aussi  ancien  que  la  série  carbonifère, 
l'existence  d'insectes  dans  cette  série  en 
même  temps  que  scorpions,  rend  fort 
probable  qu  à  ces  derniers  fut  associée  la  fa- 
mille des  araignées,  qui  en  est  si  voisine, 
dans  les  fonctions  de  réduire  à  de  justes  li- 
mites les  tribus  d*insectes  qui  existaient  à 
cette  époque ,  et  que  Ton  y  en  découvrir* 


157 


B4C 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BAI 


129 


des  restes  fossiles  avant  qu  il  soit  long* 
temps  (35): 

La  découverte  qu'à  faite  le  comte  Munster, 
de  deux  espèces  d  araignées,  dans  le  calcaire 
lithographique  de  Solenhofen,  prouve  que 
cette  famille  existait  aui  époques  jurassiques 
des  formations  secondaires.  M.  Murchison 
et  M.  Marcel  de  Serres  ont  aussi  rencontré 
des  araignées  fossiles  dans  les  terrains  ter- 
tiaires deau  douce,  des  environs  d'Aix,  en 
Provence. 
ARDUINO.    oy.  Géologib. 
ARGENT.  Yoy.  Y  Introduction. 
ARGILE.  Voy.  V Introduction. 
ARGILE  PLASTIQUE.  Voy.  Suessonien. 
ARGILE  DE  LONDRES.  Voy.  Parisien. 
ARGILE  DE  DIVES.  Voy.  Cajllovien. 
ARGILE  D'HONFLEUR.  Voy.  Kimmérid- 
6iEy 
ARGILE  A  PLICATULES.  Voy.  Aptïen. 
ARISTOTE,  son  système.  Voy,  Géologie. 
ASTÉROÏDES.  —  C'est  un  ordre  d'échi- 
nodermes,  embranchement  des  zoôphites. 
Corps  steiliforme,  déprimé,  pourvu  de  cinq 
ou  plus  de  bras  creux,  qui  ne  sont  que  la 
continuité  du  corps  et  aident  à  contenir  les 
viscères.  Une   bouche ,   servant  en  même 
temps  d'anus;  des  pédicules  respiratoires 
rétractiles.  Charpente  osseuse  testacée  exté- 
rieure, composé:?  de  plaques  solides  ,  plus 
ou  moins  espacées,  cfont  le  nombre  et  la 
forme  sont  très -variables   et  portent  des 


épines  testacées;  une  plaque  madrépori- 
forme  ;  la  bouche  est  plantée  au  centre  infé- 
rieur, point  de  réunion  de  sillons  qui 
occupent  la  face  inférieure  des  bras,  et 
où  sont  placés  les  pédicules.  Tous  les  asté- 
roides^  sans  exception,  se  tiennent  la  bouche 
en  bas,  et  rampent  ainsi  sur  le  sol.  Exem- 
ple :  l'étoile  de  mer. 

Nous  nous  bornerons  à  dire  que  le  pre- 
mier genre  connu  s'est  montré  avec  la  pre- 
mière animalisation  du  globe,  à  l'étage  silu- 
rien. On  connaît  1  genre  dans  les  terrains 
paléozoïques,  1  dansles  terrains  triassiques, 
d  dans  les  terrains  jurassiaues ,  3  dans  les 
terrains  crétacés,  1  dans  les  terrains  ter- 
tiaires, et  le  maximum  existe  dans  tes  mers 
actuelles  :  ainsi  les  astéroïdes  seraient  tou- 
jours dans  une  large  voie  croissante  de  dé- 
veloppemeut  générique,  si  nous  connaissions 
toutes  les  espèces  fossiles,  mais  tant  de  causes 
de  destruction  ont  pu  les  anéantir,  que  ces 
données  sont  peu  certaines. 

ASTROGAmE,  Voy.  Méray. 

ATLANTIDE.  Qu'était-ce  ?  Voy,  Klee. 

ATMOSPHÈRE  DES  PLANETES.  Voy, 
Matières  élémentaires  du  globe  terrestre. 

ATTRACTION,  origine  et  nature  de  cette 
force.  Voy.  Laplace  et  Cosmogonie. 

AVICENNE.  Voy.  Géologie. 

AXE,  celui  de  la  terre  a-t-il  été  déplacé. 
Voy.  Klee. 


B 


BACULITES.  —  De  même  que  dans  cer- 
taines roches  de  transition  le  genre  ortho- 
cératito  nous  représente,  pour  ainsi  dire,  les 
nautiles  à  l'élat  de  redressement,  nous  ren- 
controns, dans  la  formation  crétacée  seule  ^ 
ment,  un  genre  que  l'on  pourrait  considérer 
comme  une  ammonite  redressée. 

Les  baculites  ont  reçu  ce  nom  à  cause  de 
leur  ressemblance  avec  un  bâton  droit;  ce 
sont  des  coquilles  coniques  allongées  et  sy- 

(55)  L'animal  trouvé  par  M.  W.  Austice,  dans  1« 
minerai  ferrugineux  de  Coalbrook  Dale,  avait  été 
désigné  par  M.  Prestwicli,  comme  étant,  selon  toute 
apparence,  une  araignée.  (Magas.  phii.j  mai  1854, 
l.  IV,  p.  576.)  M.  Burkland  Ta  observé  depuis,  et  fait 
voir  que  c'était  un  insecte  de  la  famille  des  curru- 
lionides.  A  lepoqne  où  il  fut  figuré,  et  où  on  le  regar- 
dait comme  une  araignée,  la  téta  et  le  corps  étaient 
encore  recouverts  par  du  minerai  ferrugineux,  et 
son  apparence  extérieure  avait  en  effet  lieaucoup 
de  rapport^  avec  un  animal  de  ceUe  famille. 
M.  Prestwich  annonce  aussi  avoir  découvert  dans 
la  même  formation  an  insecte  coléoptère  que 
nous  ferons  connaître  comme  devant  être  vraisem- 
blablement rapporté  à  cette  même  tribu  des  cur- 
culionides.  Il  n'est  guère  possible  de  déterminer 
avec  certitude  la  nature  des  animaux  du  schiste 
carbonifère,  qui  ont  été  grossièrement  figurés  comme 
des  araignées  et  des  insectes,  par  Lhwyd  {Ichnograp,, 
pi.  iv),  et  copiés  par  Parkinson  {Organic  Remains, 
t.  III,  pi.  XVII,  fig.  3,  45  et  6)  ;  mais  les  découvertes 
lecentcs  que  Ton  a  faile>  à  Coalbrook -Dale  donnent 


métriques,  déprimées  latéralement  et  parta- 
gées en  des  cliambres  nombreuses  par  des 
lames  transversales  sinueuses  comme  celles 
des  ammonites,  et  terminées  de  même,  aussi 
à  leur  jonction  avec  la  coquille  externe,  par 
des  dentelures  festonnées  qui  les  partagent 
en  des  lobes  et  en  des  selles  dorsales,  ven- 
trales et  latérales,  toutes  pareilles  à  celles 
des  ammonites  (3()). 
BAJOCIEN  (ÉTAGE).  —  Quatrième  étage 

beaucoup  de  probabilité  à  Topinion  de  ces  deux  au- 
teurs :  Scripsi  olim  suspicari  me  araneornm  quorun- 
dam  icônes^  una  cum  lithophytis  in  schisto  carbonaria 
observasse  '  hoc  jam  ulteriore  experientia  edoctus 
aperte  assero.  Alias  icônes  luibeo,  quœ  ad  scarabœo- 
rum  genus  ffuam  proxime  accedunt.  In  posterum  ergo 
non  tantum  liUiophyta,  sed  et  quœdam  insecta  in  hoc 
lapide  investigare  conabimur.  (Lhwyd,  Epist.  3,  ad 
finem,) 

(56)  La  chambre  externe  est  renflée  et  plus  grande 
que  tontes  les  autres;  et  une  grande  partie  de  rani- 
mai pouvait  y  être  contenue  :  la  coquille  extérieure 
est  mince,  et  des  côtés  obliques  la  soutiennent 
comme  cbez  les  ammonites.  Tout  près  du  bord 
postérieur  de  chaque  cloison  se  voit  Touverture 
pour  le  passage  du  siphon  ;  et  la  position  qu*occu- 
pait  cet  organe,  en  même  temps  que  la  forme  sinueuse 
et  dentelée  des  lames  transversales,  sont  autant  de 
caractères  communs  aux  baculites  et  aux  ammo- 
nites. 

Un  fait  curieux  dans  Thistoire  de  cette  forme,  mii 
ifest  pour  ainsi  dire  qu'une   modification  de  celle 


în 


BAI 


ET  DE  PALEOiNTOLOGIE. 


BAJ 


130 


des  terrains  jurassiques  et  le  dixième  de  la 
série  totale  des  formations  géologiques.  Cet 
étage,  appelé  aussi  calcaire  à  entroques^  ooU- 
ihe  infêrteure,  calcaire  à  polypiers^  terre  à 

{bulon^  etc.,  a  été  nommé  Bajocien  par 
f .  d'Orbigny  qui  tire  ce  nom  de  Bajoce^ 
Bayeux,  Tille  autour  de  laquelle  cet  étage 
est  le  mieux  développé. 

Cet  étage  jurassique,  comme  les  précîé- 
dents,  parait  avoir  recouvert,  partout  en 
France,  les  couches  de  l'étage  toarcien.  En 
effet,  par  le  nombre  assez  grand  des  points 
où  on  Ta  reconnu  positivement,  nous  pou- 
Yons  croire  qu'il  existe,  dans  les  mers  juras- 
siques, sur  une  inGnité  de  lieux  où  il  n'a 
pas  encore  été  signalé. 

Partout  où  l'on  a  rencontré  l'étage  bajo- 
cien, que  ce  soit  au  pourtour  du  plateau 
central,  sur  les  versants  du  Jura  et  des  Vos- 
ges, sur  le  littoral  du  massif  de  la  Bretagne, 
ou  dans  les  Alpes,  il  est,  sur  tous  les  points, 
en  couches  concordantes  avec  les  étages  ju- 
rassiques précédents  dont  il  suit  toutes  les 
allures.  Partout,  en  effet,  où  ces  couches 
forment  des  failles  peu  importantes,  comme 
an  peu  h  Test  de  Sainte -Ilonorine,  les  éta- 
ges toarcien,  bajocien  et  ceux  qui  les  recou- 
vrent ,  ont  souffert  les  mêmes  dislocations 
de  second  ordre.  Lorsque  l'ensemble  a  été 
violemment  disloaué,  comme  dans  les  Alpes, 
l'étage  bajocien  1  a  été  en  même  temps  que 
les  étages  .inférieurs  et  supérieurs.  On  re- 
marque ce  même  fait  en  Angleterre  et  en 
Allemagne,  ce  qui  donne  la  certitude  que 
l'étage  bajocien  a  régulièrement  succédé  à 
l'étage  toarcien  dans  l'ordre  chronologique. 

Les  caractères  minéralogiques  pris  géo- 
graphiquement,  ou  même  sur  un  seul  point, 
ne  peuvent,  à  eux  seuls,  donner  de  limites 
certaines  à  l'étage  qu'autant  que  les  carac- 
tères paléontologiques  viendront  aidei  le 
géologue  à  reconnaître  les  limites  géogra- 
phiques ou  locales  de  l'étage,  qui  n  en  est 
pas  moins  un  des  mieux  caractérisés  et  des 
plus  constants. 

Dans  la  Normandie,  tout  en  réunissant, 
dans  l'étage,  la  terre  à  foulon,  les  calcaires 
blancs  et  I  oolithe  ferrugineux,  on  ne  trouve 

fias  plus  de  25  à  30  mètres  de  puissance  à 
^ensemble.  Dans  les  Basses-Alpes,  à  Chan- 
don,  on  a  cru  pouvoir  évaluer  à  60  mètres 
environ  la  puissance  du  dépôt.  Aux  environs 
de  Lyon,  il  acquiert  une  puissance  de  80 
mètres  environ. 

Caractères  paléontologiquts ,  —  L'ensem- 
ble des  caractères  paléontologiques  de  cet 
étage  offre  des  résultats  généraux  différen- 
tiels bien  plus  tranchés  avec  l'étage  toarcien 
que  les  trois  étages  précédents  entre  eux. 
On  voit,  en  effet,  apparaître  beaucoup  de 
formes  génériques  nouvelles;  mais,  comme 
très-peu  s'éteisnent,  on  acquiert  la  certitude 
que  la  multiplicité  de  ces  formes  est  tou- 


jours dans  une  voie  croissante.  Avec  ces  ca- 
ractères des  eenres,  disoarilé  presque  com- 
pjète  des  espèces. 

Pour  distinguer  l'étage  bajocien  de  l'étage 
antérieur,  nous  avons  d'abord  les  9  genres 
que  nous  avons  vu  naîlre  et  disparaître  à 
l'époque  précédente  ;  et,  de  plus,  les  genres 
conularia  et  spiriferina^  qui,  de  même  que 
les  9  genres,  sont  éteints  dans  l'étage  toar- 
cien, sans  arriver  jusqu'à  l'étape  bajoden. 

Pour  distinguer  l'étage  qui  nous  occupe 
de  l'époque  suivante,  nous  avons  tous  les 
genres  qui  manquent  encore  à  Tétage  ba- 
jocien, et  ne  paraissent  que  postérieu- 
rement avec  l'étage  oathonien,  c'est-à-dire 
51  genres,  pouvant  donner  des  caractères 
négatifs  avec  l'étage  bathouien,  et  10  genres 
avec  l'étage  toarcien;  en  tout,  61  genres 
négatifs,  pour  le  distinguer  des  étages  voi- 
sins. 

L'étage  baiocien  se  distingue  de  l'étage 
toarcien  par  la  présente  de  ik^  genres  incon- 
nus dans  l'étage  précédent 

Lés  genres  suivants^  qui  naissent  et  meu- 
rent dans  l'étage  bcgociën,  sont  encore  au- 
tant de  caractères  positifs  qu'on  peut  invo- 
quer pour  le  séparer  de  1  étage  bathonien, 
où  ces  3  genres  sont  inconnus  :  parmi  les 
poissons,  le  genre  ambljisemius ;  parmi  les 
mollusques  bryoz<>aires,  le  genre  intricaria; 
parmi  les  zoophytes,  le  genre  discocyathus. 
Ajoutons-y  les  genres  suivants,  gui,  nés, 
antérieurement,  se  sont  encore  éteints  dans 
l'étage  bajocien,  sans  passer  à  l'étage  batho- 
nien  :  parmi  les  mollusques  gasteropodeSt 
le  genre  ceirus:  parmi  les  moUusàues  lamel- 
libranches, le  genre  limea;  parmi  les  échino* 
dermes,  le  genre  cœUister:  parmi  les  amor- 
phozoaires,  le  genre  leiospongia  ;  en  tout  7 
genres. 

Aux  caractères  tirés  des  genres,  qui  seuls 
pouvaientservir à  distinguer  l'étage  bajocien, 
viennent  se  joindre  les  caractères  positifs 
tirés  des  espèces.  En  dehors  de  tous  les  ani- 
maux vertébrés,  de  tous  les  animaux  an- 
nelés,  et  des  végétaux,  nous  avons  seule- 
ment, en  animaux  mollusques  et  rayonnes, 
le  nombre  considérable  de  603  espèces 
qui ,  après  avoir  été  sévèrement  discutées, 
se  trouvent  presque  toutes  caractéristiques 
des  faciès  distincts  sous  lesquels  se  présen- 
tent les  différents  lieux  et  les  diverses  zones 
d'habitation. 

Chronologie  historique.  — -  La  fin  de  l'étape 
précédent,  déterminée  par  des  perturbations 
géologiques  oui  nous  sont  connues,  a  été 
marguée  par  l'anéantissement  de  11  genres 
d'animaux  divers,  et  de  288  espèces  d'ani- 
maux mollusaues  et  rayonnes.  Le  commen- 
cement de  celui-ci  reçoit,  pour  composer  la 
faune,  51  genres  inconnus  jusqu'alors,  et 
60j    estèces   nouvelles  de  mollusques  et 


des  ammonites,  c'est  qu'on  ne  la  rencontre  pas  plus 
tôt  que  les  derniers  étages  des  dépôts  secondaires, 
dépdis  dans  tdute  retendue  desquels  cette  famille 
des ammobites occupe  une  place  si  importante;  et 


qu*après  une  période  d'existence  comparativemeni 
courte,  les  baculites  se  sont  éteintes  en  même  tempp 
que  les  dernières  des  ammonites,  à  l'époque  où  sf 
termina  la  formation  de  la  craie. 


J 


131 


BAT 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BAT 


152 


d*aui0iaux  ravonnés,  ({ui  se  joignent  aux 
plantes  afin  d  animer  cette  époque. 

Les  mers  bajociennesi  à  l'exception  de 
quelques  attérissements  côtiers,  au  pour- 
tour de  tous  les  bassins»  paraissent  avoir 
conservé  en  tout  point  les  mêmes  limites 
que  Tétage  précédent. 

Nous  pouvons  en  dire  autant  des  conti- 
nents, qui  n'ont  subi  aucun  changement 
bien  notable,  autre  que  des  attérissements 
riverains  sur  presgue  tous  Jes  ooints,  à  la 
fin  de  Tétage  toarcien. 

Les  mers,  indépendamment  de  leurs  grands 
reptiles  riverains,  sont  peuplées  de  genres 
nouveaux  de  poissons,  de  quelques  formes 
nouvelles  de  mollusques;  mais  surtout  des 
genres  jusqu'alors  inconnus  d*échinodermes, 
qui  prennent  surtout  un  grand  développe- 
ment à  cette  époaue,  en  même  temps  gue 
les  zoophytes  et  les  spongiares  testaciés. 
Les  bélemnites  y  sont  plus  grandes  qu'aux 
époques  antérieures.  Les  ammonites  ont 
des  formes  spéciales,  parmi  lesquelles  do- 
minent des  espèces  ventrues,  à  dos  rond,  se 
rétrécissant  t)eaucoup  vers  la  bouche,  ou  des 
espèces  dont  les  côtes  sont  interrompues  sur 
le  dos. 

Nous  ne  connaissons  que  très-peu  d*ètres 
de  la  faune  terrestre  de  cette  époque,  mais 
quelques  plantes  se  sont  conservées. 

La  fin  de  la  période  bajocienne  s'explique, 
en  Europe,  par  les  lignes  de  discordances 
qui  sont  assez  étendues  pour  suffire  à  l'anéan- 
tissement de  la  faune  et  de  la  flore,  par  suite 
desaffaissements  et  des  surélévations  qu'elles 
indiquent. 

BATHONIEN  (ÉTAGE).— Cinquième  étaçe 
des  terrains  jurassiques  et  le  onzième  de  la 
série  des  formations  géologiques.  Cet  étage 
a  reçu  ce  nom  de  M.  d'Omalius  d'Halloj 
qui  l'a  dérivé  de  Bath^  ville  d'Angleterre, 
où  ce  terrain  présente  un  beau  développe- 
ment. C'est  le  grand  ooUthe  des  géologue» 
français,  le  calemrtàpolffpien  ies^rmaadSf 
le  calemre  oùUiKque^  etc. 

L'étage  bathonien  couvre  en  couches 
eoneordantes  l'étage  bajocien,   sur  tout  le 

fourtour  des  bassins  jurassiques  de  Franco. 
1  offre,  partout  où  il  repose  sur  les  étazes 
précédents ,  et  c'est  presque  sur  tous  tes 
points/ une  concordance  parfaite  de  stratifi- 
cation. C'est  encore  un  membre  d'un  grand 
tout,  suivant,  en  France,  les  lois  qui  ont 
régi  l'ensemble  des  terrains  jurassiques. 
Cette  superposition  se  trouve  dans  les  mers 
anglo-parisiennes  ,  méditerranéennes  ,  et 
pyrénéennes,  aussi  bien  en  Angleterre,  en 
Suisse  qu'en  Allemagne.  Il  n'est  donc  pas 
douteux  que  l'étage  ne  soit  postérieur  à 
l'état  bajocien ,  et  qu  il  ne  lui  ait  succédé 
régulièrement  dans  l'ordre  chronologique. 

Si  l'on  ne  suivait  que  le  caractère  miné- 
ralogiquedes  couche&',  il  serait  impossible 
de  reconnaître  l'étage  qui  nous  occupe;  car, 
véritable  Protée ,  il  se  masque  sous  toutes 
les  formes  et  sous  toutes  les  couleurs  ;  mais 
en  mettant  toujours  en  rapport  la  stratifica- 
tion des  couches  avec  les  corps  organisés 


fossiles  qu'elles  renferment,  on  arrive  à  le 
distinguer  très-nettement  partout. 

Nous  évaluons  la  puissance  de  l'étage,  sur 
la  côte  de  Normandie,  de  50  à  60  mètres. 

Nous  avons  des  traces  encore  visibles  de 
la  perturbation  finale  de  l'étape.  Comme 
pour  les  étages  toarcien  et  bajocien ,  on  re- 
garde comme  telle  la  présence,  à  Saint- 
Maixent,  à  Niort  (Deux-Sèvres),  à  Mausigny 
(Vendée),  l'un  sur  l'autre,  aans  la  m^me 
carrière,  de  deux  dépôts  côliers  de  l'étage 
bathonien  et  de  Tétage  callovien.  Nous  regar- 
dons encore  comme  tel  le  fait ,  observé  à 
Lyon,  à  Uermanville,  à  Colleville,  à  la  roche 
de  Sallenelles  (Calvados),  où  les  dernières 
couches  de  la  falaise  de  la  côte  ont  été  usées, 
corrodées,  polies  par  les  eaux,  avant  que  les 
premières  couches  argileuses,  calloviennes 
s'y  soient  déposées.  A  voir  cette  surface  polie 
avant  ces  premiers  dépôts,  et  comme  ron- 
gée, on  acquiert  la  certitude  que  cette  roche 
était  déjà  consolidée  avant  que  les  premiers 
êtres  de  l'époque  suivante  s  y  fussent  dépo- 
sés ,  ce  qui  amène  à  croire  qu'un  laps  de 
temps  considérable  s'est  passe  entre  la  fin 
de  1  un  et  le  commencement  de  l'autre ,  ré- 
sultat qui  coïncide  parfaitement  avec  les 
limites  des  faunes  respectives.  Peut-être 
devons-nous  regarder  comme  moteur  de  ce 
mouvement  le  vaste  affaissement  du  nord  de 
la  Russie ,  qui  a  permis ,  à  la  fin  de  cette 
époque,  aux  mers  jurassiques,  d'envahir  des 
continents  depuis  longtemps  exhaussés. 

Caractères  paléonioîogiques.  —  Avec  une 
disparité  complète  des  espèces,  avec  un 
grand  nombre  de  formes  nouvelles  incon- 
nues jusqu'alors,  la  faune  de  l'étage  batho- 
nien offre  beaucoup  de  caractères,  généraux 
de  la  faune  précédente.  En  voici  cependant 
les  caractères  distinctifs. 

L'étage  se  distingue  de  l'époque  bajo- 
cienne ,  par  les  7  genres  morts  dans  Vèia^e 
bqocien  m»  passer  à  celai-d. 

L'époque  bathonienne  se  distiBgve  eneore 
de  l'étage  suivant,  par  deux  genres  de  cé- 
phalopodes qui  manquent  encore  dans  celle- 
ci  et  ne  paraissent  que  postérieurement. 

Pour  séparer  l'étage  bajocien  de  l'étage 
1)athonien,  nous  avons  hk  genres  qui,  encore 
inconnus  dans  le  premier,  n'ont  paru  qu'avec 
le  second. 

Pour  séparer  l'étage  de  l'époque  suivante, 
nous  avons  10  genres  qui ,  nés  avec  l'étage 
bathonien ,  se  sont  ^probablement  éteints 
dans  cette  période ,  puisque  nous  ne  les 
connaissons  pas  dans  les  âges  suivants ,  et 
les  4  genres  suivants,  qui,  antérieurement 
nés;  s'y  sont  également  éteints  :  parmi  les 
poissons,  les  genres  leptacanthus^  ceratodus; 
parmi  les  échinodermes,  le  genre  cyclocri- 
nus;  parmi  les  bryozoaires,  le  genre  terebel^ 
laria.  En  tout  14.  genres. 

Les  caractères  positifs  que  donnent  les 
espèces  viennent  se  joindre  à  ceux  donnés 
par  les  genres.  Nous  connaissons,  en  effet, 
en  dehors  de  ces  espèces  d'animaux  verté- 
brés et  annelés ,  en  dehors  des  espèces  de 
végétaux,  et  seulement  en  animaux  mollus- 
ques et  rayonnes,  le  nombre  de  5fc6  espèces. 


IS 


BAT 


ET  0E  PALEONTOLOGIE. 


BEL 


ISi 


Chronologie  hisioriquê.  —  A  la  fin  de 
rétage  précédent,  par  suite  des  perturba- 
tions géologiques  »  se  sont  éteints  avec  les 
plantes,  7  genres  d'animaux,  et  696  espèces 
danimanx  mollusques  et  rayonnes,  sans 
compter  les  espèces  des  autres  embranche- 
ments. Après  cet  événement,  le  calme  revenu 
dans  les  mers  et  sur  les  continents ,  la  na- 
ture s'anime  de  nouveau.  Il  naît  kk  genres 
jusau'alors  inconnus ,  et  5^2  espèces  de 
mollusques  et  d'animaux  rajonnés,  indé- 
pendamioent  des  autres  animaux  et  des 
nombreuses  plantes  qui  nous  sont  iucon- 
noes. 

•  Les  mers  bathoniennes  occupent  les  mêmes 
bassins ,  en  se  rétrécissant,  néanmoins,  sur 
tout  leur  pourtour,  par  des  atterrissements 
successifs  et  littoraux.  Sur  les  régions  du 
nord  de  la  France,  la  mer  anglo-parisienne 
s'est  pourtant  accrue  d'une  sunace  assez 

Eaude  par  suite  de  l'affaissement,  dans  le 
^olonnais,  d'un  lambeau  de  l'étage  carbo- 
Biférien  ;  c'est  un  point  sur  lequel,  jusqu'à 
|N^sent ,  nous  n'avions  pas  tu  de  terrains 
jurassiques. 

Pour  la  même  raison,  les  point  continen- 
taux, accrus  partout  sur  leur  pourtour,  res- 
tent, cependant ,  peu  différents  de  ce  qu'ils 
étaient  pendant  les  étages  précédents  ;  seu- 
lement les  continents  ont  diminué ,  au  nord 
de  la  France,  de  toute  la  partie  gagnée  par 
la  mer  dans  le  Boulonnais. 

Arec  de  grands  reptiles  vivaient,  dans 
ces  mers  ou  sur  leur  littoral,  des  pœcilopleur 
Ton ,  des  teleosaurus  et  des  megalosaurus^ 
autres  reptiles  non  moins  curieux.  Beaucoup 
de  poissons,  de  mollusques  et  d'animaux 
rayonnes,  juscm'alors  inconnus,  se  mêlaient 
k  des  genres  déjà  existants  dans  les  autres 
étages ,  parmi  lesquels  nous  pouvons  citer 
des  bulla,  des  pînnigena,  beaucoup  de  bryo- 
zoaires, d'écbinodermes,  de  zoopbytes  et  de 
spongiaires  testacées.  On  connaît,  en  plan- 
tes marines,  les  sphœrococcites  ramulosus, 
stemb.  de  Stonesneld. 

La  faune  terrestre,  avec  des  tortues ,  pré- 
sentait sans  doute  beaucoup  d'animaux  de 
toutes  les  dasses,  qui  ne  se  sont  pas  conser- 
T^  dans  le  sein  de  la  terre  et  ne  sont  pas 
arrivés  jusqu'à  nous.  C'est  à  c«tte  épooue 
que  rivaient  des  phascoloiherium  et  des  ihy- 
ùuoierium^  que  les  auteurs  croient  être  des 
mammifères.  En  séparant  de  la  flore  des 
torains  oolitbiques  de  H.  Brongniart  les  es- 
pèces qui,  par  les  localités  qu'indiquent  les 

(37)  On  désigne  ordinairement  sons  le  nom  dV/iii 
cette  portion  de  la  bâemniie.  Elle  se  compose  H^une 
série  de  cêues  qui  s*enibolteat,  et  dont  le  plus  grand 
enveloppe  complètement  tons  les  autres.  Ces  cènes 
sont  fonnés  de  caii)onate  de  cbaox  crisuUisé,  dis- 
posé en  fibres  qni  rayonnent  d*on  axe  situé  en  dehors 
dn  centre.  L*état  cnstaûin  de  cette  coquille  parait 
être  le  résultat  dlnfiltrations  calcaires  qui  ont  péné- 
trép  apré$  qa*eUefut  enfouie,  dans  les  intervalles  des 
fins  rayonnantes  calcaires  dont  eHe  était  originai- 
reiaent  composée.  L'opinion  qqi  vent  que  les  bélem- 
■iies  aient  fait  )Artie  à  ret  éut  pierreux,  lourd  et 
foUdCp  de  Torganisation  d*une  seiche  vivant  et  na- 
geant dans  les  eam,  est  en  contradiction  avec  lom 


auteurs ,  paraissent  dépendre  de  cet  étage , 
nous  aurons  une  liste  nombreuse  de  fou- 
gères, de  cycadées,  de  conifères,  etc. 

Un  des  moteurs  du  mouvement  géologique 
qui  a  déterminé  l'époque  bathonienne  se 
trouve  dans  l'afiTâiissement,  sur  tout  le  centre 
et  le  nord  de  la  Russie,  du  continent  ex- 
haussé à  la  fin  de  Tétage  permien  qui  a  per- 
mis à  la  mer  callovienne  de  niveler  ces  ré- 
gions, en  même  temps  qu'elle  envahissait 
dans  l'Inde  la  province  de  Cuich,  et  qu'elle 
couvrait  la  Sartne. 

BÉLËMNITES.— Les  bélemnites  consti- 
tuent une  famille  nombreuse  de  mollusques 
que  l'on  ne  rencontre  plus  qu'à  l'état  fossile  et 
seulement  dans  cette  série  de  terrains  appe- 
lés terrains  secondaires.  Le  calcaire  concny- 
lien  ou  mutchtUkalk  est  la  couche  la  plus 
basse  où  Ton  ait  rencontré  des  bélemnites 
et  l'on  n'eu  trouve  plus  au-dessus  de  la 
craiel  supérieure  de  MaestrichL  Ces  corps 
singuliers  ont  des  rapports  intimes  avec  les 
autres  familles  de  crauilles  cloisonnées  fos- 
siles ;  mais  ils  en  diffèrent  par  l'étui  fibreux 
conique  qui  enveloppe  leurs  chambres  et 
dont  la  forme  est  celle  de  la  [pointe  d'un 
fer  de  flèche. 

M.  de  Blainville  a  donné  dans  son  impor- 
tant If^motre  sur  les  bélemnites  (1827]  une 
liste  de  auatre-vingt-onze  auteurs  qui,  de- 
puis Théophraste ,  se  sont  occupés  de  ce 
même  sujet.  Ceux  d'entre  eux  dont  l'oninion 
a  le  plus  de  valeur  se  sont  réunis  à  Ijijpo- 
thèse  que  ces  corps  ont  été  formés  par  des 
céphalopodes  rapprochés  de  nos  siècles  mo- 
dernes. MM.  Voitz ,  Zeiten,  Raspail  et  le 
comte  Munster  les  ont  pris  successivement 
pour  sujet  de  plusieurs  Mémoires  impor- 
tants. Les  notices  de  M.  Miller  dans  les 
Transactionê  géologiques  de  l'année  1826  et 
celles  de  M.  Sowerby  dansle  sixième  volume 
de  sa  Conchyliologie  minérale^  sont  ce  que 
l'on  a  publie  en  Aujçleterre  de  plus  im{K)r- 
tant  sur  les  bélemnites. 

Une  bélemnite  était  une  coquille  interne 
composée  qui  renfermait  trois  parties  essen- 
tielles, que  l'on  rencontre  rarement  toutes 
ensemble  dans  un  état  parfait  de  conserva- 
tion. 

D'abord  une  coquille  ou  étui  extérieur 
conique  fibro-calcaire  s'ouvrant  à  son  ex- 
trémité la  plus  larse  en  un  cône  creux  (37). 

Puis  un  mince  étui  conique  ou  sorte  de 
coupe  de  substance  cornée  qui  commence  à 
la  base  de  l'étui  creux  fibro-calcaire  dont  il 

ce  que  Tétnde  de  Torganisation  îafemr  des  cépba]f>> 
noues  vivants  nous  a  fait  coonatcre  d*analogies. 
L*odeur  de  corne  brûlée  qne  répand  cette  partie  des 
bélemnites,  lorsqu*on  la  sonnet  à  l'action  du  feu,  est 
due  aux  débris  des  membranes  cornées  qui  partagent 
les  divers  cônes  successifs  dont  elle  est  composée. 

Un  argument  qui  vient  confirmer  Tidée  que  les 
bélemnites  étaient  des  organes  jntemes,  c*ea  que 
leur  surface  conserve  les  im|>ression8  vasculaires 
qu^y  a  produites  le  manteau  qui  les  renfermait.  Dans 
quelques  espèces,  le  dos  de  la  coquiUe  est  granulé,  de 
la  même  manière  que  le  dos  de  la  coquille  intérieure 
de  fa  seiche  commune. 


•  ^ 


155 


BEL 


DICTIONNAIRE  DE  CO«iOGONI£ 


BEL 


1S6 


yient  d*èlre  question,  et  qui  s'agrandit  rapi- 
dement en  s'étendant  à  une  distance  consi- 
dérable.  C'est  cette  coupe  cornée  cjui  consti- 
tue la  chambre  antérieure  où  étaient  conte- 
nus le  réservoir  d'encre,  et  quelques  autres 
viscères  (38). 

£n  troisième  lieu,  une  coquille  intérieure 
cloisonnée ,  mince  et  coniuue ,  que  l'on 
désisne  sous  le  nom  d'alvéole  et  qui  a  oc- 
cupé l'intérieur  du  même  cône  creux  cal- 
caire. 

Cette  portion  cloisonnée  de  la  coquille 
se  rapproche  beaucoup  des  nautiles  et  des 
orthocéralites  par  ses  îormes  et  par  les  prin- 
cipes de  sa  construction.  Des  cloisons  trans- 
versales minces  la  parlageiit  en  une  suite 
de  chambres  aériennes  étroites  ou  aréoles 
qui  ressemblent  à  une  pile  conique  de 
verres  de  montre.  Les  cloisons  sont  concaves 
en  avant,  convexes  en  arrière,  et  un  siphon 
continue  les  traverse  à  leur  bord  inférieur 
ou  ventral. 

Nous  décrirons  au  mot  Calmar  tes  pennes 
cornées  et  les  réservoirs  à  encre  qui  attes- 
tent l'existence  des  calmars  dans  le  lias  de 
Lyme-Regis.  On  a  trouvé  tout  récemment 
dans  la  même  localité,  en  connexion  avec 
des  bélemnites,  des  réservoirs  tout  sembla- 
bles dont  quelques  uns  ont  près  d'un  pied 
en  longueur.  On  peut  conclure  do  là  quelle 

(38)L''étul  corne  lameiieux  se  trouve  rarement 
conservé  dans  ses  rapports  avecTélui  libro-calcaire 

?|ui  fait  partie  de  la  cuquîlle;  mais  on  le  rencontre 
réquemroent  isolé  dans  le  lias  de  Lyme-Regis.  H 
offre  souvent  certaines  portionb  d'un  nacre  remar- 
quable, tandis  que  d'autres  parties  du  même  étui 
Boni  demeurées  à  Tétat  corné 

(59)  J'ajouterai  ici  quelques  mois  dans  le  but  d'ei- 
pliquer  ce  fait  curieux  que,  parmi  les  échantillons 
.  innombrables  de  béleroukes  qui  ont  depuis  une  épo- 
que si  reculée  iixé  raltention  des  naturalistes,  il  ne 
s'en  est  pas  rencontré  un  seul  complet  dans  toutes 
ses  parties, et  qui  eût  son  encre  encore  contenue  dans 
la  chambre  antérieure,  soit  que  la  gaine  fibro-cal- 
caire  fût  séparée  de  Tétui  corne  et  du  réservoir  d'en* 
cre,  ou  bien  que  ce  dernier  fût  constamment  isolé  de 
la  gaine  cornée  et  enveloppé  seulement  dans  la  mem- 
-  brane  cornée  revêtue  de  nacre  qui  constitue  la  cham- 
•  bre  antérieure.  D'après  l'état  où  «e  trouvent  certaines 
ammonites  nacrées,  comprimées,  du  lias  schisteux  de 
Watchct,  il  est  évident  que  Tenduit  nacré  seul  de  les 
coquilles  s*est  conservé,  tandis  que  la  coquille  elle- 
même  s*est  détruite.  Ce  fait  nous  explique  pourquoi, 
dans  presque  tons  les  échantillons  de  réservoirs 
d'encre  que  Ton  rencontre  à  Lyme-Regis ,  Télui  cal- 
caire et' la  coquille  manquent  complètement,  tandis 
que  ces  échantillons  coiisei^ent  au  contraire  le  nacre 
irisé  qui  les  entourait,  ainsi  que  cela  a  lieu  égale- 
ment dans  les  ammonites  de  Walchet.  11  est  à  pré- 
sumer que,  dans  chacun  de  ces  cas,  la  matière  où 
ces  coquilles  ont  été  ensevelies,  a  la  profrïéié  de 
conserver  la  nacre  ou  la  substance  cornée,  tandis 
que  la  substance  calcaire,  plus  sduble,  y  disparais- 
sait, dissoute  peut-être  dans  quelque  acide  qui  y  était 
contenu. 

Mais  ce  qu'il  est  plus  difficile  de  déterminer,  c'est 
la  raison  qui  a  fait  que  parmi  tant  de  millions  de 
bélemhiles  qui  sont  dispersées  indifféremment  dans 
presque  toutes  les  couches  de  la  série  secondaire,  et 
qui  recouvrent  parfois  complètement  certains  lits  de 
•Chiste  en  rapport  immédiat  avec  le  lias  et  l'oolite,  il 
ê*en  trouve  si  peu  qui  aient  conservé  soit  leur  gaine 
cornée,  soit  leur  réservoir  d'encre.  L'absence  du 


était  la  taille  des  bélemno-seiches  aaxquelles 
ces  débris  ont  appartenu. 

L'existence  chez  ces  animaux  d'un  réser- 
voir d'encre  aussi  grand  rend  très-probable 
à  priori  qu'ils  manquaient  de  coquille  ex- 
terne; car  cette  arme  défensive,  d'après  ce 
que  nous  en  savons,  est  donnée  exclusive- 
ment en  partage  aux  céphalopodes  nus  et 
dépourvus  de  la  protection  que  trouve  dans 
sa  coquille  le  nautile  flambé.  On  na  jamais 
rencontré  ni  encre,  ni  réservoir  destiné  è  la 
contenir,  dans  aucune  espèce  de  nautile  ou 
d'ammonite  fossile.  Or,  si  une  substance 
semblable  eût  existé  chez  les  animaux  qui 
en  occupaient  la  chambre  antérieure ,  on  en 
eût  rencontré  quelques  traces  dans  ces  cou- 
ches du  lias  de  Lyme-Regis  où  abondent  les 
nautiles  et  les  ammonites,  et  où  se  voit  si 
parfaitement  conservée  l'encre  des  céphalo- 
podes nus.  La  seiche  commune,  alors  même 
qu'elle  est  encore  renfermée  à  Tintérieur  do 
1  œuf  transparent  où  elle  se  développe,  pos- 
sède déjà  cet  organe  rempli  de  sa  liqueur 
noire  et  prêt  à  remplir  ses  fonctions  dès 
que  îanimal  sera  édos;  et  ce  réservoir  est 
revêtu  d'une  couche  d'une  nacre  bnllante 
toute  pareiUe  à  celle  qui  recouvre  certaines 
membranes  internes  dans  quelques  pois- 
sons (39). 

Si  1  on  compare  la  coquille  des  bélemnites 

fourreau  corné  et  nacré  peut  s'expliquer  par  l'hypo- 
thèse que  la  substance  enveloppante  ait  été  peu  û- 
vorable  à  la  conservation  de  cette  membrane  cornée, 
en  même  temps  qu'elle  eût  favorisé  celle  du  fourreau 
calcaire  ;  et  Tabsence  des  réservoirs  à  encre  se  con- 
çoit avec  une  facilité  égale,  si  l'on  suppose  qu'en  gé- 
néral la  décomposition  des  parties  nielles  de  l'animal 
fut  cause  que  l'encre  se  dispersa  avant  que  ses  res- 
tes fussent  ensevelis  dans  le  sédiment  terreux  sur 
lequel  ils  étaient  tombés. 

Ou  voit  sur  le  rivage,  au  bas  delà  colline  du  Cap- 
d*Or  (  Golden  Gap  ),  près  de  Gharmouth,  deux  cou- 
ches de  marne  pour  ainsi  dire  pavées  de  bélemnites, 
et  séparées  par  une  épaisseur  de  trois  pieds  seule- 
ment d'une  autre  marne  où  l'on  n'en  rencontre 
{presque  pas.  Or,  la  plupart  de  ces  bélemnites  ont  à 
cur  surface  des  scrpuleset  d'autres  coquilles  étran- 
gères qui  leur  sont  fixées;  et  cette  circonstance  nous 
donne  à  connaUrc  que  le  corps  et  les  réservoirs  à 
encre  se  sont  détruits,  et  que  les  bélemnites  ont  re- 
po^  au  fond  des  eaux  un  certain  laps  de  temps 
avapl  que  d^ètre  recouvertes.  Ges  divers  faits  s'ex- 
pliquent par  l'hvpothèse  que  la  mer,  dans  cette  loca- 
lité, était  très-fréquentée  par  les  bclemno-sciches 
durant  les  intenalles  qui  séparaient  les  divers  dépôts 
du  lias.  On  est  conduit  à  une  semblable  conséquence 
par  l'état  où  se  montrent  certaines  bélemnites  de  la 
craie  d'Autrem,  qui  ont  été  perforées  par  de  petits 
animaux  pendant  le  temps  qu'elles  ont  reposé  sur  le 
fond,  et  dont  les  Irons  se  sont  remplis  ensuite  de 
substance  calcaire  ou  siliceuse,  lorsque  la  matière 
de  la  craie  est  venue  à  les  recouvilr  à  Tétat  de  vase 
molle  ou  dissoute  dans  les  eaux.  (Y oyez ]e  Mémoire 
de  M.  Âllan,  sur  ie$  bélemnileSy  dans  les  Transaction^ 
de  la  Société  royale  d^Kdimboura^  et  celui  de  M.  Mul- 
1er',  dans  les  Transactions  géoîogiqves  de  Londres^ 
1826.  p.  55.; 

G'est  ainsi  que  le  plus  souvent,  dans  les  miUîons 
de  bélemnites  qui  remplissent  les  formations  secon- 
daires, l'étui  fibro-calcaire  et  les  alvéoles  cloisonnées 
sont  les  seules  parties  qui  se  soient  conservées,  tan- 
dis que  dans  certains  lits  de  schistes  les  étuis  et  les 
alvéoles  cloisonnées  ont  quelquefois  aiiticremoni  dis- 


m 


BOV 


ET  DE 


BOU 


1» 


aree  eelle  da  naotile,  on  tronve  entre  tontes 
leiifs  parties  les  plus  importantes  une  ana- 
logie a  pea  près  complète  {kO)  :  et  l*on  peut 
étoidier  toute  la  série  successive  des  autres 
genres  de  coquilles  cloisonnées  sans  perdre 
un  instant  de  rue  ces  mêmes  analogies. 

On  connaît  déjà  quatre-vingt-huit  espèces 
de  bélemnites  ei  Ton  peut  ju^er  à  quel  point 
ces  mollusques  se  multiplièrent,  par  les 
milliers  de  leurs  détiris  fossiles  qid  remplis- 
sent les  formations  oolitiques  et  crétacées. 
Si  Ton  obsenre  que  dans  chacune  de  ces  deux 
grandes  formations,  la  famille  éteinte  |>lus 
nombreuse  encore  des  ammonites  coexista 
avec  eelle  des  bélemnites,  et  que  chacune 
de5  espèces  qui  en  font  partie  offre  des  dis- 
positions plus  compliquées  et  plus  parfaites 
que  celles  que  nous  sommes  à  même  d*ob- 
senrer  dans  le  petit  nombre  de  céphalopodes 
▼oisins  des  précédents  en  oi^anisation,  et 
oui  rivent  encore,  on  arrivera  à  cette  con- 
clusion que  ces  familles  eurent,  parmi  les 
habitants  des  mers  d'autrefois,  une  prédomi- 
nance numérique,  et  qu'ils  y  jouèrent  un 
rôle  dont  se  trouvent  dépossédées  le  petit 
nombre  de  créatures  qui  les  représentent 
dans  nos  océans  modernes. 

BUUN VILLE,  son  opinion  sur  Forigine 
d€s  ierrains  primitifs,  —  Voy.  Maufbb. 

BOTHRODENDRON.  Yoy.  Sioillaiee. 

IIOECP9  premiire  apparition.  —  Yoy.  Su- 

mAFE93ll!l. 

BODGHEPORN.  —  Ce  oosroogoniste,  dans 
un  lirrc  publié  en  i8U  ^  Etudes  sur  t his- 
toire de  ta  terrsj  etc.,  in-8*),  rejette  la 
théorie  de  Laplace  comme  inadmissible,  à 
eaose  de  la  difficulté  de  bien  comprendre, 
d'une  part,  Ténorme  expansion  de  la  matière 
solaire  qui  devait  embrasser  l'orbite  d'Ura- 
nos  et  occuper  un  espace  cent  milliards  de 
fois  plus  {;rand  que  celui  qu'elle  occupe 
aujouid'bui,  et,  de  l'autre,  comment  une 
zone  de  vafieurs  circulaires  a  pu  se  réunir 
ensuiteen  un  seul  gioliule,  les  planètes  élant 
isolées  chacune  sur  leur  trajectoire.  M.  le 
vicomte  d'Archiac  fkit  remarquer  qu'en  re- 
gardant comme  très-difficile  de  comprendre 
rancienne  extension  de  l'atmosphère  so- 
laire sopposéi^  \m  Laplace,  M.  Boocheporn 
■*a  sans  doute  point  songé  qu'il  y  a  des 
nébuleuses  dont  la  nébulosité  s'étend  jus- 

Îu*à  130   rayons   de  l'orbite  terrestre  de 
étoile  centrale,   et  que  si  l'on   supposait 

para,  et  q«*aiiisî  la  caine  coraée  ou  nacrée  et  le  ré- 
iCfToir  d*eiicre  sont  les  seules  parties  qui  aieol  per- 


(10)  Les  chambres  aérieooes  et  le  siphon  sont, 
dans  ces  dearn  ramilles,  des  organes  essentieUeroent 
les  méflies. 

Haas  les  bâemniles ,  rexttémilé  antérievre  de  la 
oqaiHr  ibro-calcaire,  00  cette  iiartle  qui  coosUtae 
mm  eéne  crewx  drotf,  ou  sont  reniermées  les  doisons 
miiivcrsales  de  Talvéele  doisconée,  représentent  le 
atae  créas  camUmné  dans  rinlérienr  duqad  soot 
dîsihhoées  les  lames  transversales  qui  doisonnent 
Falvéoleda  nautile. 

La  ampe  cornée  antérieare  ou  chambre  externe  de 
la  hâennite»  oè  sont  renfermés  le  sac  à  encre  et 
«Tautres  viscères,  représente  la  vaste  chambre  anlé- 
rieve  00  ranimai  du  nautile  se  tient  renfermé. 


une  de  ces  étoiles  à  la  place  de  notre  so- 
leil son  atmosphère  comprendrait  non-seu- 
lement l'orbite  d'Uranus,  mais  s'étendrait 
encore  huit  fois  plus  loiiu 

Cette  réponse  de  H.  le  vicomte  d*Ar* 
chiac  n'a  plus  aujourd'hui  aucune  signifi- 
cation. 

M.  Boudieçom  ne  s*est  pas  borné  à  re* 
jeter  la  théorie  de  Laplace  ;  il  a  présenté 
quelques  aperçus  sur  une  hypothèse  qui 
consisterait  à  regarder  les  planètes  comme 
ayant  une  origine  tout  à  fait  étrangère  au 
soleil,  autour  duquel  elles  se  meuvent.  Après 
avoir  fait  remarquer  que,  s'il  y  a  concor^ 
dance  entre  les  grands  mouvements  des 
planètes,  il  y  a  au  contraire  discordance 
dans  leur  mouvement  de  rotation,  lequel 
a  lieu  dans  des  plans  équatoriaux  non-seu« 
lement  inclinés  sur  le  plan  de  récliptique, 
mais  encore  formant  avec  lui  tous  les  an- 
gles possibles;  qu'en  outre  les  satellites, 
quoique  se  mouvant  dans  le  même  sens, 
offrent  cette  particularité  que,  dans  leur 
rotation,  ils  présentent  toujours  la  même 
face  à  leur  planète  respective,  l'auteur  con- 
clut que  les  mouvements  de  ces  ^satellites 
portent  les  caractères  d'une  loi  générale, 
simple  et  uniforme,  ce  qui  n'a  pas  lieu 
pour  celui  des  planètes  :  aussi  regarde-t-il 
le  mouvement  des  premiers  comme  indi- 
quant la  manière  d'être  originaire  et  nor- 
male, et  la  diversité  de  celui  des  secondes 
comme  la  conséquence  de  leurs  perturba- 
tions par  suite  des  chocs  qu'elles  auraient 
éprouvés. 

M.  Bouchepom  pense  donc  que  les  pla* 
nètes  sont  étrangères  au  soleil,  et  dérivent 
toutes  d'une  impulsion  simultanée  vers  la 
sphère  d'attraction  dominante  de  cet  astre. 
Il  y  aurait  eu  alors  succession  dans  la  pro- 
Tenance  de  ces  deux  parties  constituantes 
du  système,  Fastre  central  d'une  part ,  et 
les  planètes  ou  satellites  de  Tautre. 

Nous  ne  nous  arrêterons  point  à  faire  à 
l'auteur  une  foule  de  questions  qu'on  est 
tenté  de  lui  adresser  et  auxquelles,  sans 
doute,  il  ne  pourrait  répondre  ou  ne  répon- 
drait que  par  de  nouvelles  hypothèses  tout 
aussi  aventureuses. 

Nous  nous  bornerons  à  dire  quelques  roots 
de  l'idée  théorique  qui  fait  le  fondement  de 
son  livre.  Cette  idée,  c'est  l'instabilité  de 
la  position  de  l'axe  de  la  terre,  instabilité 

Toutefois  la  portion  postérieure,  ou  réUii,  qui  se 
prolonee  en  arriére  sous  forme  d'une  flèdu^  de  subs- 
tance fibreuse,  nous  offre  une  modification  du  som  - 
met  du  eéne  droit  de  la  coquille,  qui  ne  paraît  point 
avoir  d'analogue  dans  le  sommet  enroulé  de  la  co- 
quille da  nautile.  Cette  partie  qui  s*ajoule  à  ce  que 
Ton  observe  d  ordinaire  dans  les  coquilles,  paraît 
avoir  sa  raison  dans  les  usafçes  spéciaux  de  cette 
flèche  des  bélemnites.  Ces  fossiles,  en  eflet,  à  titre  de 
coquilles  internes,  remplissaient  les  mêmes  fondions 
que  la  coquille  interne  de  la  seiche  commune,  et  ser- 
vaient de  même  à  supporter  les  parties  moUes  des 
animaux  qui  les  contenaient.  La  structure  filreuse 
de  cette  fieche  est  b  même  que  Ton  rencontre  dans 
beaueonp  de  coquilles  ;  et  eUe  est  des  plus  apparen- 
ces dans  la  pinne  marine. 


DicTiO!i?f.  us  Cosmogonie  et  de  Paléohtologie. 


1S9 


BOU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BOt 


140 


produite  par  des  chocs  de  comètes.  C'est  au- 
tour de  cette  hypothèse,  déjà  bien  ancienne, 
que  l'auteur  est  venu  grouper,  avec  beau- 
coup de  talent,  les  faits  nombreux  qu'il  a 
rassemblés. 

M.  Bouchepom  examine  Ja  possibilité  ma- 
thématique que  le  globe  ait  été  rencontré 
far  une  ou  plusieurs  comètes  ;  il  rappelle 
ce  sujet  les  idées  de  Wisthon  et  de  Hal- 
ley,  et  insiste  surtout  sur  l'immense  durée 
du  temps  qu'il  suppose  avoir  été  nécessaire 
pour  la  formation  des  divers  terrains.  Il 
montre  également  que  les  calculs  des  as- 
tronomes sur  la  non-probabilité  des  chocs 
d'une  comète  n'embrassent  qu'un  petit 
nombre  de  siècles.  «  Mais ,  ait  M.  Bou- 
cheporn,  quant  à  ces  événements,  dont  l'in- 
tervalle ne  se  compte  que  par  milliers  de 
siècles,  pour  eux  1  instant  fmi  disparait,  la 
durée  de  l'homme,  de  ses  monuments ,  de 
ses  empires,  s'anéantit  et  s'efface. 

«  Si,  négligeant  ces  chétives  durées  que 
le  souvenir  de  l'homme  peut  atteindre,  nous 
embrassons  de  nos  regards  l'immense  éten- 
due des  Açes  dont  les  dépôts  et  les  ossuai- 
res géologiques  nous  ont  conservé  la  trace, 
nous  comprendrons  alors  que  la  proportion 
des  faits  y  puisse  changer  comme  y  change 
l'unité  de  mesure  dans  le  calcul  des  temps. 
Nos  événements  les  moins  probables  ae« 
viennent  les  faits  réguliers  de  cette  vaste 
histoire;  ils  forment  les  combinaisons  or- 
dinaires dans  l'échelle  de  numération  con* 
venable  à  ces  durées,  dans  cette  vie  des 
mondes  dont  nos  siècles  ne  forment  pas  un 
des  jours.  » 

Après  avoir  posé  les  données  du  problème, 
l'auteur  s'attacne  à  démontrer  que  l'on  peut 
admettre  dix  passages  par  an  de  comètes  à 
travers  le  plan  de  1  échptique,  ce  qui  ne  fe- 
rait en  réalité  que  six  ou  sept,  un  certain 
nombre  d'entre  elles  coupant  plusieurs  fois 
le  plan  de  l'orbite.  11  y  aurait  donc  certi- 
tude d'un  choc  dans  un  espace  d'environ 
tror^  millions  d'années,  c'est-à-dire  que  cet 
événement  rentrerait  dans  les  limites  que 
M.  Boucheporn  assigne  moyennement  aux 
diverses  périodes  géologiques.  D'après  le 
calcul  des  probabilités,  un  choc  a  dû  ve- 
nir se  placer  dans  chacun  des  intervalles 
de  durée  que  l'on  peut  assigner  aux  divers 
ftges  de  la  terre. 

Nous  avons  à  présenter  contre  ces  vues 
de  M.  Boucheporn  plusieurs  observations. 
D'abord  il  n'est  pas  exact  d'avancer,  comme 
Ta  fait  M.  Boucheporn  (page  1^5),  que  tous 
les  savants  qui  se  sont  occupés  de  la  ques- 
tion du  déplacement  des  pôles,  ont  consi- 
fdéré  implicitement  la  terre  comme  une 
masse  homogène  dont  toutes  les  parties  sont 
solidaires.  Déjà  M.  Hopkius  dans  plusieurs 
Mémoires  publiés  en  1840  et  1842,  après 
avoir  successivement  considéré  la  terre 
tcomme  composée  d'un  noyau  solide  séparé 
.de  l'enveloppe  extérieure  solide  par  une 
zone  fluide^  soit  d'un  noyau  fluide  entouré 
seulement  d'une  écorce  solide,  soit  enfin 
comme  solide  de  la  surface  jusqu'au  centre, 
a  insisté  d'une  manière  toute  particulière 


sur  la  démonstration  de  la  permanence  de 
Taxe  terrestre  et  sur  la  nécessité  d'écarteri 
comme  essentiellement  fausse,  toute  hypo- 
thèse basée  sur  son  changement. 

M.  Boucheporn  admet  des  systèmes  de 
fracture  produits  à  chaque  choc  [ar  les  for- 
ces d'expansion  et  de  refoulement  qui  se 
manifestèrent  dans  les  plans  méridiens. Pour 
démontrer  la  nécessité  de  ces  fractures 
comme.conséquence  des  chocs,  l'auteur  aurait 
dû  résoudre  d'abord  une  série  de  problèmes 
dont  la  non-solution  infirme  ses  conclusions. 
Ainsi,  par  exemple,  quel  adû  être  le  minimum 
d'inclinaison  du  nouvel  axe  par  rapport  à  l'an- 
cien, pour  occasionner  un  effet  sensible  à 
la  surface  par  le  refoulement  du  liquide 
interne?  Quelle  est  la  limite  minimum  d'é- 
paisseur de  la  croûte,  à  laquelle  a  dû  cesser 
au  dehors  la  manifestation  de  la  pression 
du  liquide  interne,  par  suite  du  déplace^ 
ment  de  l'axe  ?  Les  effets  ont-ils  été  pro- 
portionnels au  temps  ou  bien  au  plus  ou 
au  moins  d'ancienneté  de  leur  manifesta- 
tion?  La  grandeur  des  effets  a-t-elle  dé^ 
pendu  de  l'angle  que  formait  le  nouvel  aie 
avec  l'ancien,  et  du  plus  ou  du  moins  d'épais- 
seur de  la  croûte  terrestre  à  un  moment 
donné?  D'un  autre  côté,  des  conditions 
très-diverses,  telles  que  les  dimensions  du 
corps  choquant,  sa  vitesse,  sa  direction  re- 
lativement à  l'axe  de  rotation  et  au  mouve- 
ment de  translation  du  corps  choqué,  n'ont- 
elles  pas  dû  faire  varier  les  résultats?  Dans 
Îuels  rapports  ont  eu  lieu  ces  variations? 
infin,  il  eût  é^é  important  d'examiner  si 
la  résistance  opposée  par  la  croûte  solide 
n'a  pas  été  proportionnelle  aux  temps.  On 
conçoit,  en  effet,  que  les  chocs  qui  ont  eu 
lieu  aux  époques  anciennes,  alors  que  Té- 
corce  terrestre  était  très-mince,  ont  dû  oc- 
casionner des  effets  très-différents  de  ceux 
2ui  se  sont  produits  lorsqu'elle  était  plus 
paisse.  Dans  le  premier  cas,  la  surface  du 
globe  a  dû  présenter  en  quelque  sorte  Ti- 
mage  d'une  mer  sans  bornes,  et  par  consé- 
quent il  ne  sera  pas  resté  de  relief  mon- 
tagneux sensible  pour  marquer  le  nouvel 
équateur,  tandis  que  ce  résultat  aura  pu 
avoir  lieu  à  la  suite  de  chocs  subséquents, 
puis  aura  diminué  à  mesure  que  i  écorce 
augmentait  d'épaisseur,  et  enfin  aura  cessé 
ou  devra  cesser  tout  à  fait,  lorsque  la  ré- 
sistance de  cette  même  écorce  aura  fait  ou 
fera  équilibre  à  la  pression  exercée  par  le 
refoulement  du  liquide  interne  lors  du  dé- 
placement de  l'axe.  Voilà,  relativement  aux 
effets  des  chocs,  quelques-uns  des  divers 
points  de  vue  qu'il  eût  été  bon  d'analyser 
dans  l'intérêt  de  la  nouvelle  hypothèse. 

D'autres  difficultés  se  présentent,  quand 
on  considère  ce  que  peut  être  le  choc  lui- 
même  entre  deux  corps  de  nature  si  diffé- 
rente. L'un,  en  effet  le  corps  choqué,  est 
supposé  une  coque  plus  ou  moins  solide, 
plus  ou  moins  épaisse,  suivant  le  temps, 
enveloppant  un  noyau  fluide,  le  tout  ayant 
une  densité  moyenne  de  5,67;  l'autre,  ou  le 
corps  choquant,  est  une  substance  gazeuse, 
tellement  rare,  qu'elle  ne  fait  pas  dévier 


Ul 


BOU 


ET  DE  PALE0>T0L0G1E. 


BRA 


l« 


de  M  direclion  rectiligne  le  rayon  lumineux 
d*ane  étoile  placée  derrière  le  centre  même 
du  noyau,  dont  la  densité  est  inapprécia- 
ble et  dont  le  Yolume  n*est  moyennement 
que  le  cent  millième  de  celui  de  la  terre 
ou  du  corps  choqué.  Or,  peut-on  soumettre 
à  Tanalyse  l'effet  d'une  pareille  collision,  et 
si  la  décomposition  des  forces  peut  être  ap- 
préciée, n'est-elle  pas  beaucoup  plus  com- 
pliquée que  Tanteur  ne  le  suppose  ?  D'un  au- 
tre côté,  est-il  bien  certain  qu'un  choc  sus- 
ceptible de  déplacer  l'axe  de  rotation,  même 
d*une  très-petite  quantité,  n'aurait  pas  été 
capable,  surtout  à  une  certaine  époque,  de 
hnser  la  coque  extérieure,  en  mille  mor- 
ceaux et  de  disperser  dans  l'espace  le  fluide 
intérieur?  Comment  concevoiraue,  sur  qua- 
torze chocs  qui  auraient  eu  la  jouissance 
de  déplacer  1  axe,  pas  un  seul  n*eût  amené 
ce  résultat? 

Un  déplacement  de  Taxe  entraînant  un 
changement  dans  la  forme  du  sphéroïde  , 
par  quel  merveilleux  hasard  la  forme  statique 
actuelle,  après  les  quatorze  révolutions  sup- 
posées, >e  troure-t-elle  être  exactement 
celle  que  devait  avoir  la  terre  lors  de  son 
premier  refroidissement?  Or,  ce  qui  revient 
au  même,  comment  le  dernier  cnoc  qui  l'a 

fdacée  comme  nous  la  voyons,  et  alors  que 
a  croûte  avait  à  très-peu  près  l'épaisseur 
qu'elle  a  aujourd'hui,  aurait-il  pu  produire 
une  dépression  polaire  précisément  é^ale 
i  celle  qu'avait  la  terre  encore  à  l'état  fluide? 
Ce  résultat,  qui  se  concevrait  peut-être  pour 
les  premiers  moments  de  la  solidification  de 
l'e^  f  eloppe  externe,  ne  se  conçoit  plus  à  l'é- 
poque du  dernier  choc  invoqué. 

Terminons  par  un  mot  sur  la  probabilité 
da  dioc  lui-même.  Un  seul  cas  s  est  encore 

{présenté  d'une  comète  coupant  le  plan  de 
'écliptique  très-près  de  l'orbite  de  la  terre  : 
c'est  celui  de  la  comète  de  Biéla,  petit  astre 
i  courte  période,  sans  queue,  sans  appa- 
rence de  noyau  solide,  et  qui  décrit,  en  six 
ans  trois  quarts,  une  ellipse  peu  excentri- 
que. On  évalue,  à  la  vérité,  à  six  ou  sept 
cents,  le  nombre  des  comètes  constatées  par 
des  documents  plus  ou  moins  authentiques  ; 
niais  il  n'y  en  a  pière  que  cent  cinquante 
dont  les  orbites  aient  été  calculées.  Quant 
à  leur  influence  perturbatrice,  on  sait  qu  elle 
esc  très-faible  et  en  rapport  avec  leur  pe- 
tit volume  et  leur  densité,  plus  faible  en- 
core. Ainsi,  la  comète  qui,  en  1767  et  1770, 
traversa  le  système  des  satellites  de  Jupiter, 
n^occasionna  pas  la  moindre  perturbation 
dans  les  mouvements  bien  connus  de  ces 
petits  astres. 

M.  Bouchepom  nous  semble  donc  s'être 
exagéré  les  effets  mécaniques  de  la  ren- 
contre de  notre  globe  avec  une  comète.  La 
périodicité  qu'il  admet  dans  ces  phénomènes 
et  dans  la  similitude  de  leurs  résultats  cons- 
tituerait une  sorte  de  fatalité  dont  nous  ne 
Toyons  pas  d'exemples  dans  les  mouvements 
des  corps  célestes. 

BOUGUER,  ses  idées  sur  la  constitution 
du  soleil  réfutées  par  M.  Godefroy.—  Yoy. 
Soleil. 


BOYLE.  Yoy.  Géologis. 

BRACHIOPODES,  classe  de  mollusques.— 
Ainsi  que  les  lamellibranches  (  F.  ce  mot), 
les  mollusques  brachiopodes  manquent  oe 
tête,  des  organes  de  la  vision  et  de  ceux  de 
l'audition.  Libres  en  effet,  ou  fixées  soit 
par  un  muscle  extérieur  soit  par  leur  co- 
quille même,  leurs  espèces  ne  peuvent  en 
aucune  manière  changer  de  place. 

Lorsque  l'animal  est  libre,  tous  les  mus- 
cles sont  à  l'intérieur  de  la  coquille  ;  lors- 
qu'il est  fixe,  il  sort,  par  une  ouverture  de  la 
coquille,  unfaisceau  de  muscles  au  moyen  du- 
quel l'animal  adhère  aux  corps  sous-marins. 
Ces  muscles  extérieurs  saillent  sur  des  points 
différents,  suivant  les  modifications  de  forme 
des  coquilles,  et  constituent  ou  non  un  pé« 
dicule  court  ou  allongé.  La  présence  ou 
l'absence  des  muscles  extérieurs  sert  de  li- 
mite entre  les  animaux  libres  et  les  animaux 
fixes  ;  et,  dès  lors,  elle  influe  sur  la  station 
normale  des  êtres. 

La  coquille  des  brachiopodes,  que,  d'après 
la  perforation,  nous  considérons  comme  une 
partie  intégrante  de  l'animal,  se  divise  tou- 
jours, qu'elle  soit  ou  non  symétriaue,  en 
deux  valves  inégales  :  l'une  plus  longue, 
fixe  ou  libre,  ou  percée  par  le  muscle,  tou- 
jours plus  grande  ;  l'autre  jamais  percée , 
operculiforme  ou  plus  ou  moins  bombée. 

On  voit,  chez  les  brachiopodes,  qu'ils  oilt 
été  créés  principalement  à  deux  époques  dis- 
tinctes :  dans  les  terrains  paléozoïques  et 
crétacés;  tandis  qu'ailleurs  ils  n'ont  mon- 
tré que  quelques  genres  isolés.  Ils  n'ont 
pas,  non  plus,  montré  une  progression  crois- 
sante; mais,  au  contraire,  une  progression 
décroissante  des  époques  les  plus  anciennes 
aux  plus  modernes. 

Les  brachiopodes  brachidés^  dont  dépen- 
dent la  térébralulej  les  spirifer,  se  sont  mon- 
trés avec  la  première  animalisation  du  globe 
et  atteignent  le  maximum  de  leur  dévelop- 
pement numérique  de  genres  avec  l'étage 
devonien,  le  second  du  monde  animé.  Ils 
offrent  25  genres  dans  les  terrains  paléo- 
zoïques; 7  dans  les  terrains  triasiques;  7 
dans  les  terrains  jurassiques  ;  10  dans  les 
terrains  crétacés;  6  dans  les  terrains  tertiai- 
res; et  de  tous  les  genres  connus,  on  ne  re- 
trouve plus,  à  l'époque  actuelle,  que  7  gen- 
res, pour  représenter  l'ensemble  si  nombreux 
des  temps  les  plus  anciens  ;  ainsi,  sans  aucun 
doute,  depuis  les  terrains  paléozoïques,  les 
brachiopodes  brachidés  sont  en  une  cons- 
tante période  décroissante  dans  le  dévelop- 
pement de  leurs  formes  génériques. 

\j&&  brachiopodeê  cirrhidés,  dont  dépen- 
dent la /Wc»d/e,  Yhippuritt,  beaucoup  moins 
parfaits  que  les  brachidés,  manquent  com- 
plètement dans  les  terrains  paléozoïques  et 
triasiques  ;  ils  montrent  un  genre  dans  les 
terrains  jurassiques  ;  9  genres,  ou  le  maxi- 
mum de  développement  dans  Us  terrains 
crétacés;  2  dans  les  terrains  tertiaires,  et  le 
même  nombre  existe  dans  les  mers  actuelles. 
Ici,  bien  que  les  genres  aient  paru  beaucoup 
plus  tard  que  chez  les  bracnidés,  ils  ont 


U3 


BRA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


DRY 


144 


suivi  la  m^me  marche  décroissante,  depuis 
les  terrains  crétacés  jusqu'à  Tépoque  ac- 
tuelle. 

En  comparant  les  deux  ordres  entre  eui, 
nous  trouvons  que  tous  les  deux  sont  dans 
la  période  décroissante  plus  marquée  :  le 

f>remier,  depuis  les  terrains  paléozoïques  ; 
e  second,  définis  les  terrains  crétacés.  Dès 
lors,  les  brachiopodes  forment  une  exception 
complète  à  la  loi  Générale  sur  le  perfection- 
nement progressif  des  êtres,  en  marchant 
des  Ages  anciens  aux  plus  modernes,  comme 
le  croyait  Cuvier,  d'après  ses  études  sur  les 
mammifères,  puisqu'ils  vont  en  décroissant 
de  nombre,  de  genres,  dans  las  deux  séries 
également. 

Si  nous  comparons  l'instant  d'apparition 
des  deux  ordres  à  la  perfection  des  organes 
de  chaque  ordre  en  particulier,  nous  arri- 
vons encore  aux  mêmes  conclusions.  Les 
brachidéê  les  plus  parfaits,  pourvus  de  bras 
souvent  libres,  à  coquille  non  adhérente, 
ont  commencé  à  se  montrer  avec  la  première 
animalisation  du  çlobe  dans  Tétage  silurien  ; 
leur  maximum  a  heu  à  l'étage  devonien,  tou- 
jours dans  les  terrains  paléozoïques.  Les 
eirrhidés^  sans  bras,  à  coquille  fixe,  et,  dès 
lors,  bien  moins  parfaits  que  les  brachidés, 
manquent,  au  contraire,  dans  les  terrains 
paléozoïques,  dans  les  terrains  iriasigues,  et 
ne  (laraissent  qu'au  milieu  de  la  période  ju- 
.rassique,  ou  10  étages  plus  tard  que  les  bra- 
chidés.  On  voit  donc  très-clairement  que  les 
rapports  de  la  perfection  des  organes  avec 
l'instant  d'apparition  des  brachiopodes  mon- 
trent que  la  perfection  est  décroissante,  ou 
mieux  qu'ils  ont  marché  contrairement  au 
perfectionnement,  ou  suivant  une  voie  ré- 
trograde, par  rapport  à  ce  perfectionnement  ; 
et,  dès  lors,  ont  suivi  une  marche  tout  à 
fait  opposée  à  celle  des  mammifères. 

Voyons  maintenant  l'ensemble  numérique 
des  genres  pris  dans  l'ordre  chronolo|pqiie 
sans  avoir  égard  aux  ordres,  afin  d'avoir  aes 
déductions  jgénérales.  Nous  connaissons  avoir 
aujourd'hui  25  genres  dans  les  terrains  pa- 
léozoïques; 7  dans  les  terrains  triasiques; 
8  dans  les  terrains  jurassiques  ;  20  dans  les 
terrains  crétacés  ;  8  dans  les  terrains  tertiai- 
res ;  et  9  dans  les  mers  actuelles.  Les  genres 
montreraient  donc  une  décroissance  cons- 
tante de  terrains  paléozoïques,  jusqu'aux 
terrains  crétacés,  ou  ils  s'élèveraient  de  nou- 
veau pour  marcher  encore  en  décroissance 
jusqu'à  l'époque  actuelle,  où  ils  restent  seu- 
lement à  un  peu  plus  du  quart  de  ce  qu'ils 
étaient  aux  premiers  Ages  animés  du  globe 
terrestre. 

-  Déductions  climaiologiques  et  géographi- 
queê. —  Nous  connaissons  trop  peu  de  genres 
vivants  pour  en  tirer  d'autres  conclusions 
que  celles  que  peut  nous  donner  la  manière 
de  vivre  des  brachiopodes.  Tous  les  genres 
actuellement  vivants  se  tiennent  seulement 
dans  les  grandes  profondeurs  ou  dans  les 
fonds  tranquilles  des  mers.  On  peut  en  dé- 
duire des  applications  très-nombreuses  sur 
l'état  des  mers  anciennes  comparées  à  nos 


océans,  suivant  la  plus  ou  moins  grande 
abondance  des  brachiopodes  qu'elles  ren- 
ferment. 

Déductions  géologiques  générales  éCappli^ 
cation  tirées  des  genres.  —  Les  caractères 
stratiaraphiques  négatifs  sont  très-marqués 

Sour  les  brachiopodes ,  puisqu'à  l'exception 
e  3  genres  qui  occupent  tous  les  étages,  les 
38  autres  genres  connus  à  l'état  fossile 
sont,  au  contraire,  limités  dans  les  étages, 
et  donnent,  pour  les  terrains  et  pour  les 
étages  supérieurs  ou  inférieurs  où  ils  ne  se 
trouvent  pas,  des  caractères  négatif  excel- 
lents. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifs 
sont  également  très-tranchés  pour  les  bra- 
chiopodes. Sur  les  41  genres  connus  jusqu'à 
présent,  3  seulement  occupent  tous  les  éta- 
ges, les  38  autres  sont  autant  de  caractères 
positifs  pour  les  terrains  et  pour  les  étages 
où  ils  ont  été  rencontrés.  Ces  caractères  sont 
d'autant  plus  certains,  que  sur  ces  genres 
32  sont  perdus  pour  l'époque  actuelle,  ou 
pour  les  étages  supérieurs  ou  inférieurs  à 
ceux  où  ils  se  montrent.  La  persistance  des 
caractères  positifs  n'est  pas  moins  remar- 
quable, comme  on  peut  en  juger  par  les 
genres  terebratula,  rt/nchonellay  thecidea  ;  etc. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  es- 
pèces y  chez  les  brachiopodes,  sont  encore, 
comme  pour  les  autres  classes  d'animaux; 
c'est-à-dire  qu'à  très-peu  d'exceptions  près, 
les  espèces  qui  nous  sont  connues,  au  nom- 
bre de  1,313,  sont  spéciales  à  un  seul  étage 
qu'elles  ne  franchissent  {)as  :  presque  toutes 
sont,  dès  lors,  caractéristiques  des  étages  où 
elles  existaient. 

BRANCHIPPE.  Voy.  TRiLOBrrES. 

BRONGNIART  (Ad.),  ses  opinions  sur  les 
végétaux  fossiles.  —  Voy.  Flore  fossilk. 

BRYOZOAIRES.  —  On  appelle  ainsi  une 
classe  de  mollusques  longtemps  confondus 
avec  les  polypiers,  par  suite  d'une  étude  su- 

[)erficielle  de  leur  enveloppe  calcaire,  comme 
'ont  reconnu  les  premiers»  MM.  Edwards  et 
Audouin.  Eloignes  des  zoophytes  par  leur 
organisation  plus  des  mollusques  que  des 
zoophjtes.  En  eflfet,  éloignés  des  zoophytes 
par  leur  organisation  plus  compliquée,  ces 
animaux,  semblables  aux  mollusques  as- 
cidiens,  ont  un  canal  digestif  complet,  qui 
s'ouvre  au  dehors  par  une  ouverture  buc- 
cale et  une  ouverture  anale  distinctes  ;  ils 
sont,  de  plus,  enveloppés  d'une  tunique  ou 
d'un  manteau,  le  plus  souvent  encroûté  de 
carbonate  de  chaux,  qu'on  nomme  cellule. 
Bien  que  chaque  animal  dans  sa  cellule  ait 
une  existence  individuelle  propre,  les  cellu- 
les d'une  même  espèce  d'animaux  se  réu- 
nissent, s'agrègent  et  forment,  dans  leur  en- 
semble, un  corps  régulier  ou  irrégulier  sou- 
vent très-remarquable. 

La  cellule  n'est  pas  seulement  une  coque 
extérieure  inorganique,  mais  une  portion 
tégumentaire  de  l'animal  encroûtée  oe  char* 
bon  de  chaux,  et  souvent  perforée  comme 
le  test  des  térébratules. 

La  cellule  testacée  est  on  ne  peut  plus 
variable  dans  sa  forme  et  dans  son  mode 


IIS 


DRV 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


BAY 


1« 


d'agrégation.  En  so  servant  d^abord  de  ]a 
forme  de  ces  cellules,  et  ensuite  de  leur  ar- 
rangement, de  leur  mode  de  groupement  ré- 
gulier ou  irrégulier,  on  les  a  divisés  en  fa- 
milles, dans  lesquelles  on  a  tâché  de  circons- 
crire les  genres,  de  manière  à  ce  qu*on  pût 
les  distinguer  facilement,  a6n  de  laire  ces- 
ser le  chaos  qui  règne  encore  aujourd'hui 
dans  cette  partie  du  règne  animal. 

En  considérant  Tensemble  nous  trouvons 
que,  depuis  leur  première  apparition  sur  le 
globe  avec  les  premiers  êtres,  les  bryozoaires 
occupent  tous  les  étages  géologiques,  sans 
montrer  une  progression  croissante  bien  ré- 
gulière, puisque  les  genres  qui,  dans  les 
étages,  restent  en  arrière,  sont  trois  fois  plus 
nombreux  que  ceux  qui  continuent  d'exister 
jusqu'à  répoque  actuelle.  C'est  donc  ici  en- 
core un  remplacement  successif  de  formes 
animales,  dont  les  unes  éphémères,  les  au- 
tres plus  persistantes,  se  font  successivement 
place  les  unes  aux  autres  depuis  le  commen- 
cement du  monde  animé  jusqu'à  présent. 
On  remarque  encore,  qu'il  y  a  eu,  parmi  les 
bryozoaires,  trois  grandes  époques  de  créa- 
tion :  l'une,  dans  les  terrains  paléozoïques  ; 
la  seconde,  dans  les  terrains  jurassiques;  et 
la  troisième,  dans  les  terrains  crétacés. 

Comparaison  des  familles  entre  elles.  — 
Pour  nous  assurer  si  Tenseroble  de  la  série 
a  suivi  la  même  marche,  nous  allons  compa- 
rer les  familles  entre  elles,  en  commençant 
par  les  plus  anciennes. 

Les  escharidœ^  représentées  par  les  eschara^ 
ont  montré  leurs  premiers  genres  à  Tétago 
silurien,  le  premier  de  Tanimalisalion  du 

Ï;Iobe.  Cette  famille  a  donné  deux  eenres  dans 
es  terrains  paléozoïques,  2  dans  les  terrains 
jurassiques,  5  dans  les  terrains  crétacés, 
6  dans  les  terrains  tertiaires*  L'époque  ac- 
tuelle en  présente  davantage;  ainsi  les  escha- 
ridœ  sont  constamment  en  voie  croissante 
de  formes  génériques,  depuis  le  commence- 
ment du  monde  animé  jusqu'à  nos  jours. 

Les  myrioxoumidœ  ont  paru,  de  même, 
avec  rélage  silurien.  Leurs  genres  ont  été 
au  nombre  de  k  dans  les  terrains  paléozoï- 

Sues,  de  2  dans  les  terrains  triasiqiies,  de 
dans  les  terrains  jurassiques,  de  10  dans 
les  terrains  crétacés,  de  8  dans  les  terrains 
tertiaires,  et  d'un  nombre  inférieur  dans 
répoque  actuelle.  Ils  ont  donc  marché  en 
TOie  croissante  de  développement  jusqu'aux 
terrains  crétacés,  et  sont,  depuis,  en  voie 
constante  de  décroissance  générique  jusqu'à 
nous. 

Les  reteporidœ^  dont  dépend  le  retepora^ 
ont  montre  leurs  premiers  genres  avec  1  étage 
silurien,  le  premier  de  tous.  On  voit  16  gen- 
res dans  les  terrains  paléozoïques,  1  dans  les 
terrains  triasiques,  1  dans  les  terrains  juras- 
siques, fr  dans  les  terrains  crétacés,  2  dans 
les  terrains  tertiaires,  et  quelques-uns  seu- 
ment  à  l'époque  actuelle.  Les  reteporidœ  au- 
raient eu  leur  maximum  de  développement 
générique  dans  les  terrains  paléozoïques,  et 
auraient  toujours  marché,  aepuis  cette  épo- 
quc,dans  une  voie  constante  de  décroissance. 

Les  crisidœ  nioutrent  leur  premier  genre 


dans  l'étage  carboniférien  :  1  genre  dans  les 
terrains  paléozoïques,  9  dans  les  terrains 
jurassiques,  13  dans  les  terrains  crétacés,  10 
dans  les  terrains  tertiaires,  et  le  maximum 
dans  les  mers  actuelles.  Leurs  genres  ont  donc 
constamment  marchédans  une  voiecroissante 
de  développement  jusqu'à  l'époque  actuelle. 

Les  celleporidœ  offrent  leur  premier  genre 
dans  les  terrains  jurassiques  :  6  genres  dans 
les  terrains  crétacés,  5  dans  les  terrains  ter- 
tiaires, et  leur  maximum  de  leur  nombre 
avec  l'époque  actuelle.  Leurs  genres  ont 
donc  toujours  marché  dans  une  voie  crois- 
sante, depuis  leur  première  apparition. 

En  résumé,  nous  voyons,  a  un  côté,  quB 
les  rétéporidées  sont  en  voie  décroissante 
depuis  les  terrains  paléozoïques  ;  les  myrio- 
xoumidœy  depuis  les  terrains  crétacés;  tandis 
que,  de  l'autre,  les  escharidœ^  les  crisidœ  et 
les  celleporidœ  sont,  au  contraire,  toujours 
en  voie  constante  de  développement  géné- 
rique. 

considérée  quant  au  degré  de  perfection 
des  organes,  comparée  à  l'ancienneté  des 
familles,  nous  croyons  que  cette  perfection 
n'est  pas  régulièrement  croissante,  en  raisoh 
de  l'âge;  car  les  reteporidœ^  et  les  myriozou- 
midœ  sont,  sans  contredit,  aussi  parfaits 
dans  leur  organisation  que  les  crisidées, 
venues  deux  étages  plus  tard  ;  que  les 
eellévoridéeSf  venues  il  étapes  plus  tard. 

Déductions  zoologiques  générales,  —  Com- 
parés dans  leur  ensemble  numérique,  sans 
avoir  égard  aux  familles,  les  genres  de 
bryozoaires  amènent  aux  conclusions  sui- 
vantes. Nous  les  voyons,  avec  la  première 
animalisatiou  du  globe,  offrir  8  genres  dans 
l'étage  silurien.  Ils  en  montrent  2^  dans  les 
terrains  paléozoïques,  3  dans  les  terrains 
triasiques,  21  dans  les  terrains  jurassiques, 
36  dans  les  terrains  crétacés,  29  dans  les  ter- 
rains tertiaires;  tandis  qu'on  en  connaît  une 
quarantaine  dans  les  mers  actuelles.  En 
n'ayant  égard  qu'aux  genres,  les  bryozoaires 
seraient  aujourd'hui  a  leur  maximum  de 
développement  numérique,  sans  avoir  suivi 
cepenclant  une  marche  croissante  régulière. 
C*est  presque  un  remplacement  successif 
depuis  les  terrains  paléozoïques. 

Déductions  climatologiques  et  géographie 

fmes.  —  Nous  trouvons,  pour  les  bryozoaires^ 
es  mêmes  conclusions  que  pour  Tes  mam- 
mifères {Voyez  ce  mot);  c'est-à-dire  que  la 
distribution  isotherme  et  géographique  des 
genres  dans  les  derniers  étages  géologiques 
ne  suivent,  en  aucune  manière,  la  distnbu- 
tion  actuelle.  La.  manière  de  vivre  des  bryo- 
zoaires actuels,  comparée  à  ce  qu'ils  de- 
vraient être  aux  époques  passées,  vient  seu- 
lement nous  donner  une  application  impor- 
tante à  la  géologie.  Tous  les  bryozoaires 
actuels  ne  vivent  que  dans  les  grandes  pro- 
fondeurs des  mers  ou  dans  les  lieux  où  des 
courants  se  font  sentir.  On  en  trouve,  par 
exemple,  beaucoup  de  genres  autour  des 
lies  Malouines,  en  dehors  du  cap  Horn  et 
sur  le  banc  de  Terre-Neuve.  Ces  données, 
jointes  à  ce  que  nous  savons  des  nrachio- 
podes  qu*0D  trouve  avec  eux,  donnent  des 


117 


BVC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BUC 


U8 


moyens  de  reconnaître ,  par  le  nombre  des 
>  bryozoaires,  quel  était  Tetat  de  profondeur 
des  mers  aux  différentes  époques  géologi- 
ques. 

Déductions  géologiques  générales  d'applica- 
tion tirées  des  genres.  —  Les  caractères  stra- 
iigraphiques  négatifs  sont  très-marqués  pour 
les  bryozoaires,  jusqu'à  Fexception  de  2  gen- 
res qui  occupent  tous  les  étages  ;  les  67  au- 
tres genres  connus  à  Tétat  fossile  sont,  au 
contraire,  limités  dans  les  étages,  et  donnent, 
pour  les  terrains  et  pour  les  étages  supé- 
rieurs ou  inférieurs  où  ils  ne  se  trouvent 
pas,  d'excellents  caractères  néçatifs. 

Les  caractères  straligraphtques  positifs 
ont,  pour  la  même  raison,  très-prononcés 
pour  les  bryozoaires  :  sur  les  69  genres 
connus  à  l'état  fossile»  2  seulement  occupent 
tous  les  étages;  les  67  autres  sont  autant  de 
caractères  stratigraphiques  pour  les  terrains 
et  les  étages  où  ils  ont  été  rencontrés.  Ces 
caractères  sont  d'autant  plus  certains  que, 
sur  ces  genres,  48  sont  perdus  pour  l'époque 
actuelle  ou  pour  les  étages  inférieurs  ou  su- 
périeurs à  ceux  où  ils  se  sont  montrés,  et 
que  22  sont,  jusqu'à  présent,  spéciaux  à  un 
seul  étage.  La  persistance  des  caractères  po- 
sitifs n'est. pas  moins  remarquable  :  on  peut 
en  juger  parles  genres  ceriopora^  bidiasto- 
pora,  idmonea^  escharina^  etc. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  espè^ 
ces^  chez  les  bryozoaires,  sont  encore,  com- 
me pour  les  autres,  ennemies.  Si  l'on  en 
sépare  quelques  espèces,  toutes  les  autres, 
ou  695,  sont  spéciales  à  un  seul  étage, 
qu'elles  ne  franchissent  pas;  ainsi,  presque, 
toutes  seraient  caractéristiques  de  leurs 
étages  particuliers. 

BUCKLAND  (Le  docteur).—  L'illustre 
professeur  de  l'université  d'Oxford,  dans 
son  bel  ouvrage  intitulé  :  La  géologie  et  la 
minéralogie  dans  leurs  rapports  avec  la  théo- 
logie  naturelle,  a  consacré  un  chapitre  entier 
à  la  démonstration  de  cette  proposition  : 
Les  découvertes  géologiques  sont  d'accord  avec 
les  livres  sacrés.  L'opinion  qu'il  y  développe 
nous  a  toujours  paru  la  plus  plausible,  et 
nous  savons  qu'elle  est  embrassée  par  une 
foule  d'esprits  émincnts,  qui  y  voient  la  seule 
conciliation  possible  entre  les  découvertes 
de  la  science  et  le  récit  de  la  Genèse.  C'est 
celle  que  Mgr  le  cardinal  Wiseman  a  adop- 
tée dans  ses  célèbres  Discours,  ))rononcés  à 
Rome,  sur  les  rapports  entre  la  science  et 
la  reliaion  révélée.  (  Voy.  Wiseman.  )  Voici 
les  belles  considérations  qu'inspire  au  sa- 
vant docteur  Buckland  cette  haute  et  impor- 
tante question  de  l'accord  des  sciences 
géologiques  avec  le  texte  sacré. 

(41)  c  Haec  et  hujusmodi  cœlorum  phœnoniena,ad 
eDOcliam  scx  raillenem,  salvis  naturoB  legibus,  aegre 
rexocari  possunt.Qiiinfatenduni  erii  potius  non  eam- 
deia  fuisse  originem,  neque  cosevam,  telluris  no- 
stre  et  totius  unixersi  :  stve  intellectualig  sive  cor- 
poieî.  Neque  mîrum  videri  débet  bsec  non  dis- 
liuxisse  Moscm,  aut  uni?ersi  originem  non  tractasse 
aeorsim  ab  illa  mundi  nostri  sublunaris  :  hxc  cnim 
non  distin^uit  popuhis,  aut  sejiaratim  sstimat. 
r-  Recte  igitur  legislator  sapienlisâmus  philosophis 


<r  On  peut  s'étonner  à  juste  titre,  dit-il, 
que  quelques  hommes  pleins  de  savoir  et 
sincèrement  religieux,  ne  voient  que  d*un 
œil  soupçonneux  et  jaloux,  les  progrès  que 
fait  chaque  iour  l'étude  des  phénom'ènes  de 
la  nature,  lorsqu'on  sait  quelles  preuves 
nombreuses  cette  étude  nous  fournit  des  at- 
tributs les  plus  élevés  de  la  Divinité,  et  que 
les  conclusions  qui  leur  sont  offertes  par 
les  géologues,  comme  le  résultat  de  leur  la- 
borieuses et  patientes  investigations ,  ne 
soient  reçues  qu'avec  les  sentiments  d'une 
méfiance  injurieuse  ou  d'une  incrédulité 
absolue.  Ces  doutes  et  cette  répulsion  sont 
les  conséquences  des  révélations  que  nous 
a  faites  la  géologie,  touchant  les  longues 

f)ériodes  qui  ont  précédé  rétablissement  de 
'homme  sur  cette  terre.  Et  l'on  conçoit 
qu'un  esprit  qui,  de  longue  date,  s'était  fait 
une  habitude  d'assiener,  aussi  bien  à  l'uni- 
vers qu'à  l'espèce  humaine ,  six  mille  ans 
d'existence  ou  environ,  ne  reçoive  pas  sans 
résistance  des  informations  nouvelles,  dont 
chacune,  si  elle  est  vraie,  exige  un  remanie* 
ment  de  la  cosmogonie  à  laquelle  il  s*était 
arrêté.  Sous  ce  point  de  vue,  la  géolosie 
partage  le  tort  qu'ont  éprouvé  toutes  les 
sciences  à  leur  naissance,  d'être  repoussée 
pendant  un  temps,  comme  hostile  à  la  reli- 
gion révélée;  comme  elle  aussi,  bien  com- 
prise, elle  lui  deviendra  un  auxiliaire  puis- 
sant ,  en  exaltant  nos  convictions ,  sur  la 
grandeqr,  la  sagesse  et  la  bonté  du  Créa- 
teur (M). 

«  11  n'est  pas  un  homme  doué  de  sa  raison, 
qui  ne  rapporte  à  Dieu,  comme  à  leur  ori- 
gine première,  l'ensemble  tout  entier  des 
Shénomènes  naturels  ;  et,  si  l'on  croit  en  la 
ible  comme  à  la  parole  même  de  ce  Dieu, 
craindre  de  voir  se  contredire  un*  jour  ce 
que  nous  pouvons  arriver  à  connaître  de 
ses  œuvres,  et  ce  qu'il  lui  a  plu  de  nous  en 
révéler,  n'est-ce  pas  commettre  une  incon- 
séquence m«nifeste?  Mais  les  premiers  pas 
d'une  science  sont  toujours  timides  et  em- 
barrassés; l'esprit  humain  s'en  effraye  et 
s'arme  de  circonspection  et  de  doute,  toutes 
les  fois  qu'une  conclusion  nouvelle  demande 
à  prendre  place  dans  le  domaine  de  ses  con- 
naissances. S*il  yeutdes  hommes  à  préjugés 
qui  persécutèrent  Galilée,  c'est  qu  ils  cru- 
rent la  religion  menacée  par  les  progrès 
d'une  science  sur  laquelle  s'appuyèrent  plus 
tard  les  Kepler  et  les  Newton,  pour  démon- 
trer les  plus  glorieux  et  les  plus  sublimes 
attributs  du  Créateur  (i2). 

«  Herschell  a  déclaré  que  «  la  géologie,  par 
«  la  grandeur  et  la  sublimité  des  objets  dont 
^  elle  s'occupe,  prendson  rang  dans  l'échelle 

reliquit  id  negotil,  ut  ubi  maturuerit  ingeniuin 
bunianum  persetatem,  usuni,etobservationes,  0|)era 
Dci  alio  ordine  digérèrent,  perfectionibus  divinis 
atque  reram  natune  adaplalo.»  (Bdrnei^s,  Archœih 
logiœ  philo$ophic(e^  c.  vui,  p.  306  ;  in-4®,  1692.) 

(42)  Kepler  termine  un  de  ses  ouvrages  star  Vz%^ 
tronomie  par  la  prière  suivante,  que  nous  repro- 
duisons diaprés  la  traduction  qu'en  donne  le  Chris- 
tian Observer,  août  1854,  page  495. 

c  Avant  que  de  quitter  celte  table  sur  laquelle  j'a 


îèê 


BUC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


BUG 


150 


c  des  sciences  à  cAté  de  Tastronomie;  »  et 
I*hisloire  de  la  structure  de  notre  planète, 
dis  qu'elle  sera  bien  comprise ,  conduira 
l'humanité  aux  mêmes  grands  résuItaB  mo- 
raux qu*e1le  a  déjà  obtenus  de  Tétude  des  mé- 
canismes célestes.  La  géologie  a  déjà  établi, 
sur  des  preuves  physiques,  que  la  surface 
du  globe  n*a  p>as  existé  de  toute  éternité, 
dans  les  conditions  qu'elle  présente  de  nos 
jours»  mais  qu'elle  y  est  arrivée  par  une 
série  de  créations  distinctes  qui  se  sont 
succédé  durant  des  périodes  consécutives 
d*une  étendue  considérable,  mais  parfaite- 
ment limitées  entre  elles;  que  toutes  les 
combinaisons  actuelles  de  la  matière  avaient 
été  précédées  d'autres  combinaisons,  et  que 
ses  derniers  atomes,  dans  toutes  les  trans- 
formations qVils  ont  subies,  ont  été  régis 
par  des  lois  tout  aussi  invariables  et  tout 
aussi  régulières  que  celles  qui  tracent  aux 

Klanètes  leur  route  dans  l'espace.  Et  com- 
ien  tous  ces  résultats  sont  en  harmonie 
avec  nos  sentiments  les  plus  élevés,  avec  la 
conviction  où  nous  sommes  de  la  grandeur 
et  de  la  bonté  du  Créateur  de  cet  univers  1 
Si  donc  des  sources  de  certitude  aussi  im- 
portantes pour  la  théologie  naturelle,  n'ont 
été  admises  qu'avec  répugnance,  par  des 
hommes  animés  d'un  zèle  sincère  pour  les 
intérêts  de  la  religion,  c'est  que  faute  d'avoir 
pénétré  assez  avant  dans  les  sciences  physi- 
ques, et  de  les  avoir  sainement  appréciées, 
ils  avaient  craint  des  contradictions  entre 
les  phénomènes  naturels  et  l'histoire  de  la 
création  telle  que  la  Genèse  nous  la  raconte, 
c  En  outre,  de  ce  que  les  géologues  n'ont 

Eu  jusqu'à  présent  s'entendre  assez  pour  éta- 
lir  une  théorie  de  la  terre  complète  et 
incontestable;  et  de  ce  que  de  vieilles  opi- 
nions, qui  ne  s'appuyaient  que  sur  des  ma- 
tériaux sans  valeur,  ont  disparu  devant  des 
découvertes  plus  étendues,  on  a  conclu  qu'il 
n[7  a  rien  de  certain  dans  tout  ce  que  l'on 
dit  à  ce  suiet ,  et  que  toutes  les  déductions 
sur  lesquefles  cette  science  est  fondée  n'ont 
rien  que  d'indigeste  et  de  purement  conjec- 
tural :  c'est  s'armer  contre  la  géologie,  d'un 
raisonnement  laux  et  injuste.  Tout  homme 
de  bonne  foi  conviendra  nue  le  temps  n'est 
Vàs  encore  venu  où  une  théorie  de  la  terre 
parfaite  puisse  être  établie  d'une  manière 
complète  et  définitive ,  parce  que  nous 
n'avons  pas  encore  i>ar  devers  nous  tout 

fût  loales  mes  recherches,  il  ne  me  reste  plus  qu'à 
élever  mes  yeax  et  mes  mains  vers  le  ciel,  el  à  adres- 
ser avec  dévotion  mon  humble  prière  à  Fauteur  de 
tovle  lamiére  :  0  toi  qui,  par  les  lumières  sublimes 
que  la  as  répandues  sur  toute  la  nature,  élèves  nos 
aésirs  jusqu'à  la  divine  lumière  jde  ta  grâkce,  afin 
que  nous  soyons  un  jour  transportés  dans  la  lu- 
mière étermlle  de  ta  gloire,  je  le  rends  gi^ces, 
Sei|pMiir  et  Créateur,  de  toutes  les  joies  que  j'ai 
éprouvées  dans  les  extases  où  m'a  jelé  la  contem* 
pïalion  de  rœuTre  de  tes  mains. 

<  Voilà  que  j'ai  terminé  ce  lÎTrequi  conlîeut  le  fruit 
de  mes  travaux ,  et  j*ai  mis  à  le  composer  toute  la 
sofluue  dlnlelligence  que  tu  m*as  donnée.  J*at  pro 
damé  devant  là  hommes  toute  la  grandeur  de  tes 
«euvres ,  je  leur  en  al  expliqué  les  témoignages, 
aaiaol  que  mon  esprit  fini  nfa  nermis  d'embrasser 


l'ensemble  de  faits,  sur  lesquels  elle  doit  un 
jour  être  basée  ;  mais  en  attendant   nous 
possédons  déjà  beaucoup  de  ces  faits  bien 
démontrés;  à  leur  suite,  nous  pouvons  dès  - 
maintenant  atteindre  à  des  conclusions  d'une  > 
importance  et  d'une  certitude  incontestable, . 
et  la  somme  de  ces  conclusions ,  à  mesure  > 
qu'elle  s*aecrott,  fournit  à  cette  théorie,  qui 
un  jour  sera  l'une  des  richesses  de  l'esprit 
humain ,  un  point  d'appui  de  plus  en  plus 
ferme.  Chaque  jour  nous  la  perfectionnons 
davantage;  déjà  il  nous  est  donné  de  cons- 
truire le  premier,  le  second,  le  troisième 
étaçe  de  notre  édifice,  avec  toute  la  solidité  r 
désirable,  quoique  un  temps  bien  long  doive 
encore  s'écouler  avant  que  le  couronnement 
puisse  y  être  posé.  Ainsi  donc,  tout  en  ad- 
mettant qu'il  nous  reste  beaucoup  à  appren- 
dre, nous  afiirmons  avoir  déjà  beaucoup  et 
de  solides  connaissances,  et  nous  protestons 
contre  ceux  qui  demanderaient  la  destruc- 
tion de  ce  qu'A  y  a  déjà  de  construit,  sous  le 
prétexte  qu'il  y  a  encore  beaucoup  à  cons- 
truire. 

«  Durant  la  période  d'enfance  de  la  géologie, 
alors  qu'aucune  des  sciences,  qui  seules 
peuvent  lui  fournir  une  base  assurée,  n'était 
arrivée  à  maturité ,  la  prudence  voulait  que 
l'on  remtt  à  une  autre  épooue  le  parallèle 
entre  le  récit  de  Moïse  et  la  structure  ac- 
tuelle du  globe,  structure  alors  presque  en- 
tièrement inconnue  ;  mais  notre  position  a 
tout  à  fait  changé  depuis  cinquante  ans  ;  un 
mouvement  immense  s'est  opéré  dans  nos 
connaissances,  et  leurs  limites  ont  été  por- 
tées si  loin  que,  à  cette  heure,  le  sujet  août 
il  s'agit  réclame  impérieusement  sa  place 
dans  notre  discussion. 
«  Or,  un  premier  fait  important,  c'est  que  tous 
les  observateurs,  quelles  que  soient  d'ailleurs 
leurs  opinions  sur  les  caractères  secondaires 
qui  ont  agi  dans  la  production  des  phéno- 
mènes géologiques,  s'accordent  en  ce  point 
au'ils  n  ont  pu  s'accomplir  que  dans  une 
urée  composée   d'une  suite  de   périodes 
immenses  en  étendue.  Ce  n'est  donc  pas  sor- 
tir de  notre  sujet,  que  d'examiner,  dès  main- 
tenant, jusqu'à  quel  degré  l'histoire  de  la 
création ,  telle  qu'elle  est  contenue  dans  le 
narré  concis  que  nous  en  a  lait  Moïse,  se 
trouve  d'accord  avec  l'ensemble  des  phéno- 
mènes naturels,  dont  nous  ferons  ouelques 
pages  plus  loin  l'objet  de  notre  éliide.  Car  il 

rétendue  infinie.  J*ai  fait  tous  mes  efforts  pour 
m*éleTer  jusqu'à  la  vérité  par  la  philosophie;  el, 
s*il  m'était  arrivé  de  dire  quelque  chose  d'indigne 
de  toi,  à  moi  méprisable  vermisseau  conçu  et  nourri 
dans  le  péché,  fais-le  moi  connaître,  afin  que  je 
puisse  Teflaoer.  Ne  me  suis-je  point  laissé  aller  aux 
séductions  de  la  présomption ,  en  présence  de  la 
beauté  admirable  de  tes  ouvrages?  Ne  me  suis-je 
pas  proposé  ma  propre  renommée  parmi  les  hommes 
en  élevant  ce  monument  qui  devait  être  tout  enl*er 
consacré  à  ta  gloire?  Oh  !  s'il  en  était  ainsi ,  reçois- 
moi  dans  ta  démence  et  dans  ta  miséricorde ,  et  ac- 
corde-moi cette  grâce  que  l'œuvre  que  je  viens 
d'achever  soit  à  jamais  impuissante  à  pnrauire  le 
mal  ;  mais  qu'eUe  contribue  à  ta  gioire  et  au  salul 
des  âmes. 


m 


BUC 


DICTIONNAIRE  DE  COSUOGONIE 


BbC 


KS 


importe  qu'il  ne  nous  reste  plus  aucun  deute 
à  cet  égard,  lorsque  nous  entrerons  dans  ces 
recherches,  ayant  pour  but  la  reconstruction 
d'une  série  d'événements  dont  la  majeure 
partie  a  précédé  la  création  de  TespèCe  hu- 
maine. 

«  Or,  je  crois  pouvoir  démontrer  non-seu- 
lement qu  il  n'y  a  pas  incompatibilité  entre 
les  déductions  auxquelles  nous  serons  con- 
duits et  le  récit  de  Moïse,  mais  que  les  étu- 
des géologiques  auront  uour  résultat  de  je- 
ter d'importantes  lumières  sur  plus  d  un 
point  de  ce  récit  demeuré  jusqu'alors  obscur. 
Comme  nous  serons  conduits  peut-être  à 
proposer  quelques  idées  peu  d'accord  avec 
les  interprétations  les  plus  généralement 
reçues  jusqu'ici  et  les  plus  popularisées,  je 
«i.éclare  qu  on  peut  les  admettre  sans  crain- 
dre que  nous  allions  jamais  jusqu'à  porter 
atteinte  à  Tauthenticité  du  texte  lui-même, 
ou  au  respect  que  nous  devons  à  l'autorité 
d'hommes  qui,  par  cela  même  qu'ils  nous 
ont  précédés,  n  ont  point  compris  comme 
nous  les  passages  en  question,  privés  qu'ils 
étaient  du  secours  de  ces  mêmes  faits  qui 
sont  venus  les  éclairer  à  nos  yeux  d'une 
Jumière  toute  nouvelle;  et  si  à  quelques 
égards  la  géologie  semble  demander  que 
Ion  sacrifie  quelque  chose  de  Tinter^jréta- 
tion  littérale  du  texte  aux  exigences  des 
déductions  scientifiques,  elle  nous  en  dédo- 
raagera  largement  par  les  nouveaux  appuis 

au'elle  fournira  à  la  religion  naturelle  sur 
ivers  points  que  la  révélation  n'avait  pas 
eu  pour  but  de  nous  enseigner. 

«  L'erreur  de  ceux  qui  veulent  trouver  dans 
la  Bible  une  histoire  complète  et  détaillée 
des  phénomènes  géologiques,  c'est  d'exiçer 
trop  ;  les  opérations  créatrices  dont  ils  lui 
demandent  gratuitement  compte  s'élèvent  à 
des  époques  \ii  à  des  localités  n'offrant  plus 
aucun  rapport  direct  avec  l'espèce  humaine, 
il  ne  serait  pas  plus  déraisonnable  d'accuser 
le  récit  mosaïque  d'imperfection,  parce  qu'il 
n'y  est  point  fait  mention  des  satellites  de 
Jupiter  ou  de  l'anneau  de  Saturne,  que  de 
s'enprendreà  lui  du  désappointement  auquel 
on  s  expose  lorsqu'on  y  va  chercher  un  en- 
semble de  connaissances  géologiques  qui 
peuvent  entrer  dans  une  encyclopédie  des 
sciences,  et  nullement  dans  un  volume,  dont 
l'unique  but  est  de  fixer  nos  convictions  re- 
ligieuses, et  de  nous  donner  des  règles  de 
conduite.  La  révélation  devait-elle  être  une 
communication  de  l'omniscience  tout  en- 
tière? et,  si  elle  devait  s'arrêter  quelque 
part,  à  quel  point  des  sciences  physiques 
plutôt  qu'à  tout  autre,  pour  qu'elle  fut  à 
l'abri  des  mêmes  reprocnes  d  imperfection 
et  d'oubli  dont  on  s'obstine  à  poursuivre  les 
récits  de  Moïse.  Une  révélation  qui  eût  dit 
Je  l'astronomie  tout  ce  qu'en  savait  Coper- 
nic, fût  restée  au-dessous  des  découvertes 
de  Newton,  et  Laplace  l'eût  trouvée  fort  dé- 
fectueuse s'il  n'y  eût  rencontré  de  science 
que  ce  qu'en  possédait  Newton  lui-même. 
Une  révélation  de  toutes  les  connaissances 
chimiques  du  xviii'  siècle  eût  été  bien  pau- 
vre en  présence  de  celles  d'aujourd'hui,  et 


ces  dernières,  sans  nul  doute,  éprouveront 
le  même  sort  lorsqu'on  les  comparera  à  cel- 
les de  l'âge  qui  doit  succéder  au  nôtre  ;  et, 
dans  toute  la  sphère  des  connaissances  hu- 
maines, il  n'en  est  pas  une  à  laquelle  ce  rai- 
sonnement ne  puisse  s'appliquer,  jusqu'à  ce 
que  l'homme  ait  obtenu  la  révélation  com- 
plète de  tout  ce  qu'il  y  a  de  mystérieux  dans 
le  mécanisme  des  mondes  matériels  et  dans 
les  forces  qui  les  mettent  en  raouvemem. 
Une  telle  mise  en  possession  de  l'intelligence 
de  Dieu  lui-même  dans  ses  œuvres  et  dans 
toutes  ses  voies,  conviendrait  peut-être  à  des 
êtres  d'un  ordre  supérieur  ;  peut-être  aussi 
entre-t-elle  comme  élément  dans  le  bonheur 
auquel  nous  sommes  réservés  par  delà  cette 
vie.  Mais  elle  dépasse  les  forces  de  la  race 
humaine  placée  dans  les  conditions  physiques 
et  morales  où  nous  la  voyons  ;  elle  serait  en 
contradiction  manifeste  avec  les  vues  que  h 
Divinité  s'est  proposée  toutes  les  fois  qu'elle 
s'est  communiquée  par  des  révélations.  Ces 
sortes  de  raanirestations  ont  eu  pour  but  de 
donner  à  l'homme  des  lumières  morales,  et 
non  des  connaissances  scientifiques. 

«  Diverses  hvpothèses  ont  été  proposées 
dans  le  but  de  faire  concorder  les  phénomè- 
nes géologiques  avec  la  narration  concise 
que  Muïse  nous  a  faite  de  la  création.  C'est 
ainsi  que  plusieurs  ont  voulu  expliquer  par 
le  déluge  de  la  Genèse  la  formation  des  cou- 
ches stratifiées ,  opinion  incompatible  avec 
l'épaisseur  énorme  et  les  subdivisions  en 
nombre  immense  que  présentent  ces  cou- 
ches, avec  la  variété  infinie  et  la  constante 
régularité  suivant  laquelle  s'y  succèdent  les 
restes  d'animaux  et  de  végétaux,  dont  la  dif- 
lérence  avec  Tes  espèces  actuelles  sont  en 
raison  directe  de  leur  antiquité  et  des  pro- 
fondeurs où  elles  se  trouvent.  Ce  fait  que  la 
jilus  crande  partie  de  ces  restes  appartien- 
nent a  des  genres  éteints,  et  presque  tous  à 
des  espèces  perdues,  lesquels  ont  vécu, se 
sont  reproduits  et  ont  péri  sur  le  lieu  même 
où  on  les  trouve,  ou  à  une  distance  très- 
rapprochée,  prouve  que  toutes  ces  couches 
ont  été  successivement  et  lentement  dépo- 
sées, durant  des  périodes  d'une  longue  du- 
rée et  à  de  grands  intervalles.  De  ces  végé- 
taux et  de  ces  animaux,  il  est  impossible 
qu'aucun  ait  fait  partie  de  la  création  à  la- 
quelle nous  appartenons  immédiatement, 

«  Suivant  d'autres,  ces  couches  auraient  été 
formées  au  fond  des  eaux  dans  rintervalie 
qui  s'est  écoulé  entre  la  création  de  l'honripo 
et  le  déluge  sacrés  ;  et,  à  celte  dernière  épo- 
que, les  portions  primitivement  élevées  au- 
dessus  du  niveau  des  mers  qui  formaient 
les  continents  antédiluviens,  se  seraient  en- 
gouffrées sous  les  eaui,  tandis  que  1  ancien 
lit  des  océans  se  serait  soulevé  pour  former 
h  son  tour  des  montagnes  et  des  continents. 
Mais  cette  hypothèse  tombe  irrésistiblement 
devant  les  taits  que  nous  devons  exposer 
dans  la  suite  de  cet  ouvrage. 

«  Une  troisième  opinion  a  été  éniise  en 
même  temps  par  de  savants  théologiens  et 
par  des  hommes  versés  dans  les  éludes  géo- 
logiques, et  sans  qu'ils  y  aient  été  conduits 


tss 


BUC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


BUC 


154 


far  les  mêmes  considérations  ;  e^le  consiste 
dire  que  les  jours  dont  il  est  question 
dans  le  récit  génésiaque,  ne  sont  point  des 
intervalles  égaux  à  ceux  que  le  globe  em- 
ploie pour  opérer  une  rotation  sur  lui- 
même,  mais  bien  des  périodes  se  succédant 
entre  elles,  et  chacune  d'une  grande  éten- 
due ;  et  l'on  a  été  jusqu  à  affirmer  que  Tor- 
dre suivant,  dans  lequel  se  succèdent  les 
débris  qui  nous  sont  restés  d'un  monde  an- 
térieur au  nôtre,  était  en  tout  d'accord  avec 
l'ordre  de  création  raconté  dans  la  Genèse. 
Cette  assertion,  malgré  son  exactitude  appa- 
rente, ne  s'accorde  pas  encore  dans  son  en- 
tier avec  les  faits  géologiques  (kS).  Car  il 
est  ()rouvé  que  les  plus  anciens  animaux 
marins  se  rencontrent  dans  ces  mêmes  divi- 
sions de  couches  de  transition  les  plus  infé- 
rieures, où  Ton  rencontre  les  premiers  res- 
tes végétaux,  d'où  cette  conclusion  irrésisti- 
ble que  ces  animaux  et  ces  végétaux  sont 
d'origine  contemporaine  ;  et  si  quelque  part 
la  création  des  végétaux  a  précédé  celle  des 
animaux,  c'est  un  fait  dont  jusqu'ici  les  re- 
cherches géologiques  n'ont  pu  rencontrer 
aucune  trace.  Cependant  il  n'y  a  encore  là , 
dans  mon  opinion,  aucune  objection  solide, 
que  la  théologie  ou  la  critigue  puissent  faire 
contre  remploi  du  niot  jour  dans  le  sens 
d'une  longue  période  ;  mais  l'on  demeurera 
convaincu  de  l'inutilité  d'une  telle  exten- 
sion dans  le  but  de  réconcilier  la  Genèse 
avec  les  faits  naturels,  si  je  parviens  è  dé- 
montrer que  toute  la  durée  dans  laquelle  se 
sont  manifestés  les  phénomènes  géologiques 
est  en  entier  comprise  dans  l'intervalle  in- 
défini dont  l'existence  nous  est  annoncée  par 
le  premier  verset. 

«  Dans  ma  leçon  inaugurale,  publiée  à  Ox- 
ford en  1820,  pages  31-32,  j'ai  formulé  mon 
opinion  en  faveur  do  cette  hypothèse,  que 
«  le  mot  commencemeni  a  été  appliqué  par 
Moïse,  dans  le  premier  verset  de  la  Genèse^ 
h  un  espace  de  temps  d'une  durée  indéfinie 
et  antérieure  h  la  dernière  grande  révolu- 
tion qui  a  changé  la  face  de  notre  globe, 
ainsi  qu'à  la  création  des  espèces  animales 
et  végétales  qui  en  sont  maintenant  les  ha- 
bitants. Durant  ce  temps,  de  longues  séries  ^ 
de  révolutions  diverses  ont  pu  s'exécuter,  ' 
lesçiuelles  ont  été  passées  sous  silence  par 
Thistorien  sacré ,  comme  entièrement  étran- 
gères à  l'histoire  de  la  race  humaine.  Il  ne 
s*en  est  autrement  inquiété  que  pour  consta- 
ter ce  fait,  que  les  matériaux  constituants  de 
l'univers  ne  sont  pas  éternels,  ne  tirent  pas 
d'eux  mêmes  leur  propre  existence,  mais 
ont  été  créés  dans  1  origine  des  siècles 
par  la  volonté  du  Tout-Puissant.  »  Et  j'ai 
éprouvé  une  véritable  satisfaction  lorsque 
j'ai  vu  que  cette  manièire  d'envisager  notre 
5uj€t,  qui  avait  déjà  depuis  longtemps  pris 
I}lace  dans  mon  esprit,  était  tout  è  fait  d'ac- 
cord avec  l'opinion  imposante  du  docteur . 

iAô)  Vog.  Tart.  Jours-Périodes  dans  ce  Diction- 
naire. 

(i4)  Le  ploriol  liébreu  shamaim,  {Gen.  ii,  1),  que 
l'on  ira  luit  par  ciW,  désigne,  par  sa  fii(iiilication 
ccrinologiqiie,  les  régions  au-dessus  de  ncns,  tout  ce 


Chalmers.  Il  l'expose  en  ces  termes  dans  son 
Evidence  ofthe  Christian  révélation^  chap.  7  : 
«  Est-ce  que  Moïse  a  jamais  dit  que  Dieu , 
en  créant  le  ciel  et  la  terre,  ait  fait  autre 
chose  qu'une  transformation  de  matériaux 
déjà  existants  ?  ou  avance-t-il  quelque  part 
qu'une  longue  suite  de  siècles  ne  sépare  pas 
le  premier  acte  de  la  création  dont  il  est 
parlé  dans  le  premier  verset  de  la  Genèse^  et 
qui  dit  s'être  passé  «  au  commencement^  »  et 
toutes  ces  autres  opérations  dont  le  récit 
plus  détaillé  commence  au  second  verset,  et 
qu*il  nous  décrit  comme  s*étant  accomplies 
dans  un  nombre  déterminé  de  jours?  ou  en- 
fin nous  donne-t-il  a  entendre  que  ces  gé- 
néalogies vont  plus  loin  qu'à  fixer  l'antiquité 
de  l'espèce  humaine,  abandonnant  à  la  dis- 
cussion philosophique  Tantiquité  du  globe 
lui-même?  » 

«  Les  théologiens  les  plus  savants  ont  long- 
temps discuté  la  question  de  savoir  si  le 
premier  verset  de  la  Genèse  devait  être  con- 
sidéré comme  désignant  les  choses  qui  vopt 
suivre,  et  offrent  un  préambule  sommaire 
de  la  création  nouvelle,  dont  les  détails  cons- 
tituent l'histoire  des  six  jours  qui  remplit 
les  versets  suivants  :  ou  comme  établissant 
simplement  ce  fait,  que  le  ciel  et  la  terre 
ont  été  créés  par  Dieu,  sans  limiter  la  du- 
rée dans  laquelle  s'est  exercée  son  action 
créatrice.  La  dernière  de  ces  opinions  est 
parfaitement  en  harmonie  avec  les  décou- 
vertes de  la  géologie. 

«  Le  récit  de  Moïse  commence  par  déclarer 
que,  «  dans  le  commencement.  Dieu  créa  le 
o  ciel  et  la  terre.  »  Ce  peu  de  mots  peuvent 
être  reconnus  par  les  géologues  comme  l'é- 
noncé concis  de  la  création  des  éléments 
matériels  dans  une  durée  qui  précéda  dis- 
tinctement les  opérations  du  premier  jour. 
Nous  ne  trouvons  aflirmé  nulle  part  que 
Dieu  créa  le  ciel  et  la  terre  dans  «  le  pre- 
«  mier  jour,  »  mais  bien  dans  «  lejcommence- 
tf  ment,  »  et  ce  commencement  peut  avoir  eu 
lieu  à  une  époque  reculée  au  delà  de  toute 
mesure,  et  qu'ont  suivie  des  périodes  d'une 
étendue  indéfinie,  durant  lesquelles  se  sont 
accomplies  toutes  les  révolutions  physiques 
dont  la  géologie  a  retrouvé  les  traces. 
>^  «  Le  premier  verset  de  la  Genèse  nous  parait 
donc  renfermer  explicitement  la  création  de 
l'univers  tout  entier;  du  «ciel»,  ce  mot 
«  ^'appliquant  à  tout  l'ensemble  des  systèmes 
«I  sidéraux  [kk)  ;  et  de  la  terre,  >*  notre  pla- 
nète étant  aussi  l'objet  d'une  désignatioa 
spéciale,  parce  qu'elle  est  la  scène  où  vont 
se  passer  tous  les  événements  sans  rapport 
avec  l'histoire  de  resuèce  humaine,  et  qui 
ont  eu  lieu  sur  la  suriace  du  ^lobe,  depuis 
l'époque  indiquée  par  le  premier  verset,  où 
furent  créés  les  éléments  qui  entrent  dans 
sa  composition,  jusqu'à  celle  dont  l'histoire 
est  résumée  dans  le  second  verset,  il  n'en 
est  fait  aucune  mention  ;  aucune  limite  n'est 


2 


ui  est  an-dessus  de  la  terre,  comme  nous  disons 
c  Dieu  qu*il  est  au-dessus,  qu*il  est  en  ha>H, 
qu'il  est  au  ciel,  lorsque  nous  voulons  indiquer  la 
présence  de  sa  divinité  dans  des  espaces  distincte  e 
cette  terre.  (E.-B.  Pisev.) 


155 


BUC 


rPiCTIONNÂlRE  DE  COSMOGONIE 


BtC 


156 


imposée  à  la  duréede  ces  événements  intermé- 
diaires, et  des  millions  de  millions  d'années 
peuvent  s*étre  pressés  dans  l'intervalle  com- 

(45)  Je  suis  heureux  de  pouvoir  joindre  ici  la 
nde  suivante  de  mon  ami  le  professeur  royal  d^hé- 
breuàOxford;  elle  vient  apporter  la  sanction  impor- 
tante de  la  critique  hébraïque  aux  considérations  à 
Taide  desquelles  jernesuiseiTorcé  de  faire  disparaître 
les  diflOcullés  spécieuses  soulevées  à  Toccasion  des  plié- 
Boméoes  géologiques  contre  l'interprétation  littérale 
du  premier  chapitre  de  la  Genèse, 

c  Deux  erreurs  ont  été  commises  par  les  crîf  iqites 
au  sujet  de  la  siçuillcation  du  mot  bara^  créer; 
Tune  par  ceux  qui  prétendent  que  le  mot  hébreu 
doit  nécessairement  être  entendu  dans  le  sens  de 
c  créer  de  rien  ;  >  Tautre  par  ceux  qui  essayent  de 
démontrer  à  Taide  de  Tétymologie  que  ce  mot  en- 
traîne la  signiflcation  de  i  formation  au  moyen  d'une 
matière  existante  déjà.  >  Ce  n*est  pas  plus  ici  le  cas 
de  Tune  que  de  Tautre  signiGcalion.  Je  ne  connais 
aucune  langue  dans  laquelle  il  y  ait  un  mot  qui 
sîgniûe  nécessairement  i  créer  de  rien.  >  Et,  d*un 
autre  cété,  quel  que  soit  le  mot  que  Ton  emploie,  il 
est  évident  ques'ilsagitde  Taciion  créatrice  de  Dieu, 
ce  mot  ne  peut  impliquer  d*une  manière  nécessaire 
b  préexistence  de  la  matière.  Ainsi  notre  mot  créer^ 
qnt  rend  le  mot  hébreu  bara^  exprime  que  la  chose 
créée  reçoit  son  existence  de  Dieu  sans  indiquer 
par  lui-même  si  Dieu,  en  rappelant  à  exister,  la  fit 
iortir  ou  non  du  néant;  et  la  nésessité  où  nous 
sommes  de  le  faire  suivre  des  mots  de  rien  suffit  à 
prouver  uue  le  mot  créer  n*a  pas  en  lui-même  cette 
étendue  de  signification  ;  et,  en  effet,  ouand  nous 
parlons  de  nous  comme  créatures  de  Dieu,  nous 
D'entendons  pas  du  tout  par  ces  paroles  que  nous 
ayons  été  matériellement  créés  de  rien.  Ainsi  c*est  à 
Tensemble  du  texte,  aux  diverses  circonstances,  aux 
révélations  que  Dieu  a  faites  ailleurs,  et  non  à  la 
force  du  mot  en  lui-même,  qu*il  faut  s'en  rapporter 
sur  la  question  de  savoir  si  bara  exprime  que  la 
chose  a  été  créée  de  rien  (autant  que  nous  pouvons 
aiTiver  à  comprendre  cette  expression)  ou  que  Dieu 
a  donné  à  de  la  matière  déjà  existante  une  forme 
d'existence  tout  à  fait  nouvelle.  Or  cette  dernière 
signification  est  parfaitement  indiquée  dans  la  Ge- 
n&e^  I,  27,  où  il  est  parlé  de  la  création  de  Thommc; 
lorsque  nons  savons  d'après  le  chapitre  H,  vers.  7, 
qu'il  a  été  tiré  d'une  matière  déjà  existante,  —  c  la 
poussière  de  la  terre,  i  —  et  le  mot  bara  n'est  réel- 
lement tant  au-dessus  du  mot  asah,  faire,  que  par 
la  raison  que  le  premier  s'applique  uniquement  à 
Faction  divine,  tandis  que  le  second  se  dit  égale- 
ment de  Faction  humaine;  et  la  différence  eiitrç 
ces  mots  est  exactement  la  même  qu'offrent  dans 
notre  lanpe  les  mots  créer  et  faire  par  lesquels  on 
les  traduit  :  mais  toute  cette  dispute  me  semble 
tefiir  plutôt  à  notre  manière  d'envisager  le  sujet 
qu'au  sujet  lui-même  ;  cat  faire ^  quand  on  l'ap- 
plique à  Dieu,  est  l'équivalent  du  mot  cr^er. 

Ainsi  les  mots  bara,  créer,  asah,  faire,  yatsar, 
former,  sont-ils  fréquemment  employés  par  Isaîe, 
et  une  fois  par  Amos  comme  tout  à  fait  équivalents. 
Bara  et  asah  expriment  également  la  formation  de 
quelque  chose  de  nouveau  {de  novo),  d'une  chose 
dont  l'existence,  sous  cette  nouvelle  forme,  com- 
mence, et  dépend  entièrement  de  la  volonté  de  celui 
cui  la  crée  ou  qui  la  fait.  C'est  ainsi  que  Dieu  se 
désigne  lui-même  comme  le  créateur, —  c  Borée,  > 
—du  peuple  juif  {Isa.  xliii,  i,  15),  et  un  événe- 
ment nouveau  est  désigné  sous  ce  même  terme  de 
création  dans  le  livre  des  Nombres,  chap.  xvi,  ^  30  : 
<  Si  le  Seigneur  (texte  anglais)  fait  quelque  chose 
de  nouveau,  i  et,  dans  Fhct)reu ,  c  crée  une  créa- 
ture. »  —  Le  Psaliniste  l'emploie  aussi  {Ps.  civ, 
f  50)  quand  il  parle  du  renouvellement  de  la  face 
du  globe,  par  la  succession  des  créalures  douées  de 


pris  entre  ce  commencement  où  Dieu  créa  le 
ciel  et  la  terre ,  et  le  soir  où  commence  le 
premier  jour  du  récit  mosaïque  (45). 

vie  :  —  c  Tu  enverras  ton  souffle  et  elles  senwt 
créées,  et  tu  renouvelleras  la  face  de  la  terre,  i 
Cette  question  a  été  traitée,  mais  d'une  manière  su- 
perficielle ,  par  Beaiisobre ,  dans  son  Histoire  du 
manichéisme,  t.  II,  liv.  v,  chap.  4  ;  et  mieux  par  Pé- 
ta vius,  Dogm.  théoL,  t.  III,  De  opificio  ux  dterum, 
lib.  I,  chap.  i,  §  8. 

c  Après  avoir  relu  et  étudié  ce  récit,  le  seul  ré- 
sultat auquel  je  puisse  arriver,  c'est  que  Icâ  mots 
cr^er  et  faire  sont  synonymes ,  quoique  le  premier 
exprime  cette  idée  avec  plus  de  force  ;  et  ils  soDt 
en  effet  continuellement  pris  l'un  pour  l'autre.  — 
c  Dieu  créa  les  grandes  baleines  (uen.  i,  ^  21)  ;  — 
Dieu  fit  la  bêle  de  la  terre  (^  ^).  —  Faitùm 
1  homme  (^  26)  ;  ainsi  Dieu  cnéa  l'homme  ()  27).  i 

—  Mais  il  est  en  même  temps  probable  ^ue  le  mot 
c  bara  >  créer,  fut  choisi  à  cause  de  la  si^iificatioa 
plus  élevée  pour  désigner  la  formation  primitive  du 
ciel  et  de  la  terre. 

f  Cependant  le  seul  point  réellement  important 
qu'il  y  ait  à  débattre  dans  Tinterpréution  du  pre- 
mier chapitre  de  la  Genèu,  c'est  de  déterminer  d  une 
manière  définitive  si  les  deux  premiers  versets  sont 
un  simple  résumé  de  ce  aui  va  être  raconté  plus  en 
détail  dans  le  reste  du  cuapitre,  et  conséqucmmeot 
une  sorte  d'introduction  à  ce  dernier,  ou  s'ils  renfer- 
ment l'indication  d'un  fait  de  création  distinct.  Or, 
cette  dernière  interprétation  me  parait  être  la  vraie, 
d*abord  parce  que  la  création  du  globe  lui-même  n'y 
est  mentionnée  nulle  part  ailleurs,  puis  parce  que 
le  second  verset  nous  expose  l'état  de  la  terre  après 
qu'elle  eut  été  ainsi  créée,- et  nous  prépare  de  cette 
manière  au  récit  de  l'œuvre  de  six  jours;  et  s'il  y 
est  question  d'une  création,  il  me  semble  que  celte 
création,  qui  a  eu  lieu ,  au  commencement,  i  a  df^ 
précéder  les  six  jours:  car  on  observera  que  l'his- 
toire de  chacun  de  ces  jours  est  précédée  de  U  dé- 
claration, c  Dieu  dit,  i  ou  i  Dieu  voulut  que  tdte 
chose  fût  >  —  (  c  el  Dieu  dit  >  )  — ;  et  par  consé- 
quent la  forme  même  du  récit  semble  nous  indiquer 
que  la  création  du  premier  jour  commença  quaud 
ces  mots  furent  prononcés  pour  la  première  fois, 
c'est-à-dire  lorsc^ue  la  lumière  fut  créée,  au  ver- 
set 3.  Quant  à  l'époque  de  la  création  dont  il  est 
question  au  verset  i,  elle  ne  me  parait  pas  déter- 
minée ;  ce  que  nous  y  apprenons  seulement,  c'est 
ce  qui  seul  nous  importe,  savoir,  que  toutes  choses 
om  été  créées  par  Dieu.  Et  ce  n'est  pas  ici  une  opi- 
nion nouvelle.  Plusieurs  Pères  de  TLglise,  cités  par 
Pétavius  {toc.  cit.,  chap.  Il,  §  i-8),  pensent  que  les 
deux  premiers  versets  de  la  Genèse  renferment  le 
récit  d'un  acte  de  création  distinct  et  antérieur. 

Quelques-uns,  comme  saint  Augustin,  Théodoretet 
autres,  rapportent  à  cette  époque  la  création  de  la  ma- 
tière; d'autres,  celle  des  éléments;  d'au  1res  encore  (et  ce 
sont  les  plus  nombreux)  pensent  que  ce  ne  sont  pas  les 
cieux  visibles  dont  ilestquestion  dans  ce  passage,  mais 
ce  qu'ils  regardent  comme  désigné  ailleurs  sous  les 
noms  de — île  plushautdescieux,i— cieutdescieux,» 

—  la  création  de  notre  ciel  visible  étant  manifeste- 
ment rapportée  au  second  jour.  Pétavius  lui-mémo 
regarde  la mation  de  la  lumière  comme  le  seul  fai* 
du  premier  jour  (cli.  7  De  opère  primœ  diei,  i(t  est 
(uce),  considérant  les  deux  premiers  versets  comme 
un  sommaire  fait  par  Moïse  de  la  création  dont  il 
allait  entreprendre  le  récit,  et  comme  une  déclara- 
tion générale  ayant  pour  but  de  rapporter  à  Dieu  U 
création  de  toutes  choses. 

Episcopius  et  plusieurs  autres  auteurs  pensèrent 
qU't  la  création  et  la  chute  des  anges  devaient  êtn» 
rapportées  à  la  période  dont  il  est  ici  question,  et 
toutes  déplacées  que  soit  de  telles  hypothèses,  ellts 
nous  font  voir  combien  il  est  naturel  de  supposer 


157 


BUC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


BUG 


4» 


c  Le  second  verset  décrirait  donc  Tétat  du 
globe  au  soir  du  premier  jour  (car  Moïse 
ayant  divisé  le  temps  d'après  la  méthode  ju- 
daïque, chaque  jour  se  compte  du  commen- 
cement de  la  soirée  au  commencement  de  la 
soirée  suivante),  et  ce  premier    soir  peut 
être  considéré  comme  la  fin  de  cet  espace 
de  temps  indéfini  qui  suivit  la  création  pre- 
mière, annoncée  par  le  premier  verset,  et 
comme  le  commencement  des  six  jours  qui 
allaient  être  emplovés  à  peupler  la  surface 
de  la  terre  et  à  la  placer  dans  des  conditions 
convenables  pour  qu'elle  pût  recevoir  l'es- 
pèce humaine.  Ce  même  second  verset  men- 
tionne distinctement  la  terre  et  les  eaux 
comme  existant  déjà,  et  comme  enveloppées 
dans  les  ténèbres.  Cette  condition  d  alors 
nous  est  décrite  comme  un  état  de  confusion 
et  de  vide,  tohu^  bohu^  que  l'on  a  coutume 
de  traduire  par  chaos^  mot  çrec  d'une  signi- 
fi4!ation  vague  et  sans  précision,  et  que  les 
géologues  peuvent  considérer  comme  indi- 
quant le  naufrage  et  la  ruine  d'un  monde 
antérieur.  Ce  fut  à  ce  moment  que  se  ter- 
minèrent les  périodes  indéfinies  qui  font 
l'objet  de  la  géologie;  une  nouvelle  série 
d^'événements  commença,  et  TcBuvre  de  la 
première  matinée  de  cette  nouvelle  création 
fut  de  faire  sortir  la  lumière  des  ténèbres 
temporaires  qui  avaient  enveloppé  les  rui- 
nes de  l'ancien  monde  (46). 

'  Plus  loin, dans  le  neuvième  verset,  nous 
retrouvons  une  mention  de  cette  ancienne 
terre  et  de  cette  ancienne  mer.  11  y  est  dit 
que  fef  eaux  reçurent  l'ordre  de  se  rasêem- 
hier  en  un  seul  point,  et  le  sec  d*apparaUre. 
Or,  le  sec  dont  u  est  parlé  ici  est  cette  mémo 
terre,  dont  la  création  matérielle  est  an- 
noncée dans  le  premier  verset,  et  dont  le 
second  verset  décrit  la  submersion  et  les 
ténèbres  temporaires;  et  ces  deux  faits  de 
Tapparition  du  sec  et  du  rassemblement 
des  eaux  sont  les  seuls  sur  lesquels  le  neu- 
vième verset  se  prononce  :  nulle  part  il  n'y 

mimerralle  eonsidéraliie  entre^k  création  men- 
tiomiée  dans  le  premier  Tcrset  de  la  Genèse  et  celle 
dont  le  récit  nousest  présenlé  par  le  verset  3  et  les 
sviraBts;  aussi,  dans  quelques  vieilles  éditions  de 
h  BiUe  anglaise,  où  la  division  en  versets  n*existe 
pas  encore,  trouve-t-on,  à  la  6n  de  ce  qui  est  niaio- 
lenant,  la  sec«md  verset  séparé  du  reste  par  un  in- 
lerraOe;etdans  la  Bible  de  Luther  (Wittemberg, 
\hS7)t  on  voit  le  chiffre  I,  répété  au  ooroinencement 
da  troisième  verset  pour  indiquer  que  là  commence 
en  rêalîlé  le  récit  du  premier  jour  de  la  création. 

Ain»  donc  nous  trouvons  dans  ce  qui  précède  la 
nnfiniatîon  dont  nous  avions  précisément  besoin  ; 
car  bien  que  nous  repoussions  loin  de  nous  Tidée 
impie  de  donner  à  la  parole  de  Dieu  une  interpréta- 
tion dfJiérenfe  de  sa  signification  la  plus  claire,  il 
Bons  fdirestéja  crainte  de  nous  être  bis8é  influencer 
ânolfe  insu  par  les  opinions  flotUnles  de  notre 
>iede;  c^esl  pour  cela  que  nous  avons  dirigé  nos 
recherches  avec  le  plus  de  soin  vers  les  hommes  qui 
MU  eipliqué  les  divines  £critiires  k  des  époques  où 
or  théories  n'eiistaient  pas.  Qu'il  nous  soit  permis 
fajcnier  que  nous  ne  porterons  pas  plus  loin  ces 
îiiTe^tJgations.  Nous  ne  savons  rien  de  ce  que  c*est 
^'nne création,  rien  descsnses  premières,  rien  de  Tes- 
^sce,  si  œ  n*est  de  la  portion  limitée  par  les  corps  ac- 


est  dit  ({ue  le  sec  ou  les  eaux  aient  été  créés 
le  troisième  joui 

«  On  peut  interpréter  de  la  même  ma£lI1^re 
le  quatorzième  verset  et  les  quatre  suivant» 
Ce  que  l'on  y  dit  des  luminaires  célestes 
paraît  avoir  trait  seulement  à  leurs  rapports 
avec  notre  planète,  et  plus  spécialement 
encore  avec  l'espèce  humaine  qui  allait  y 
prendre  place.  Nulle  part  il  n'est  dit  que  la 
substance  même  du  soleil  et  de  la  lune  ait 
été  appelée  è  exister  pour  la  première  fois 
le  quatrième  jour  (W);  le  texte  peut  égale- 
ment signifier  que  ces  corps  célestes  furent, 
à  cette  époque,  spécialement  adaptés  à  cer- 
taines fonctions  d'une  grande  importance 
pour  l'espèce  humaine  :  —  «  A  verser  la  lu- 
«(  mièresur  le  globe;  à  régner  sur  le  jour  et 
«  sur  la  nuit.  »  —  «  A  fixer  les  mois  et  les 
«  saisons,  Jesannéeset  les  jours.  »  —  Quant 
au  fait  même  de  leur  création ,  il  avait  été 
annoncé  d'avance  dès  le  premier  verset.  La 
Genèse  mentionne  aussi  les  astres  (cb.  i,  16), 
mais  en  trois  mots  seulement,  et,  pourainsi 
dire,  sous  forme  de  parenthèse,  comme  si 
elle  ne  se  fût  proposé  d'autre  but  que  de 
nous  rappeler  que  tous  ils  avaient  été  créés 
par  la  même  puissance  qui  avait  fait  exister 
déjà  le  soleil  et  la  lune,  ces  autres  luminai- 
res d'une  importance  bien  plus  grande  pour 
nous  (hS).  Cette  mention  si  brève  accordée 
en  passant  à  toute  la  phalange  innombrable 
de  ces  corps  célestes,  dont  chacun,  selon 
toute  probabilité,  est  un  soleil  à  part,  et  le 
centre  d'un  système  plané(aire ,  tandis  que 
la  lune,  notre  petit  satellite,  est  citée  comme 
approchant  le  soleil  par  son  importance, 
nous  démontre  clairement  qu'il  n'est  accordé 
d'autre  intérêt  aux  phénomènes  astronomi- 
ques que  celui  qui  résulte  de  leurs  rajiports 
aYecleglobe,etsurtoutavecrespècehumainet 
et  nullement  de  leur  importance  réelle  dans 
l'immensité  de  l'univers.  El  n'est-il  pas  im- 
possible que  nous  mettions  les  étoiles  fixes 
au  nombre  des  corps  que  la  Genèse  (i,  17) 


toelleroent  existants  ;  rien  du  temps,  excepté  ce  qu:  en 
est  déterminé  par  les  mouvements  de  ces  mêmes 
cor|>s.  Je  regretterais  amèrement  de  paraitre  dog- 
matiser à  propos  de  ces  choses  sur  lesquelles  un 
instant  de  reflexion  et  d^huniilité  nous  conduira  à 
confesser  notre  ignorance  profonde.  Cest  à  peine  si 
nous  devinons  les  choses  de  ce  monde,  et  tons  nos  tra- 
vaux m  peuvent  nous  faire  apercevoir  ce  qui  se  passe 
sous  nos  yeux  ;  qui  donc  oserait  scruter  les  secrets 
des  cieux,  (Sapesse,  ix,  16.  )  —  (E.-B.  Pcset). 

(iG)  D*apres  l'opinion  que  m*a  émise  le  profes- 
seur Pusey,  ces  mots  i  que  la  lumière  soit,  >  Yehi 
or,  (Cen.  i,  5),  n'impliauent  pas  davantage  que  les 
mots  par  lesquels  on  les  a  traduits  que  Ëi  lumière 
n'eut  Jamais  existé  antérieurement  ;  on  peut  les  In- 
terpréter simplement  dans  le  sens  d'une  substitution 
de  la  lumière  aux  ténèbres  sur  la  surface  de  notre 
planète.  Quant  à  la  question  de  savoir  si  la  lu- 
mière avait  déjà  existé  guelc^ue  part  dans  les  œuvres 
de  Dieu,  ou  si  elle  avait  précède  sur  cette  terre  les 
ténèbres  décrites  au  verset  2,  eUe  est  absolument 
étrangère  au  but  du  narrateur. 

(471  Voyez  les  notes  précédentes. 

(48)  Les  mots  veeth  haccocabim  si^  traduiseiM 
littéralement  par:  i  Et  les  étoiles.  *  (E.-B.  Pussi.) 


il^ 


BUC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BUC 


160 


nous  dit  avoir  été  placés  à  la  voûte  des  cieux 
pour  réuandre  la  lumière  sur  la  surface  de 
notre  globe,  alors  que,  sans  le  secours  du 
télescope,  le  plus  çrand  nombre  de  ces  corps 
célestes  demeure  invisible?  Le  même  prin- 
cipe parait  dominer  la  description  de  la  créa- 
tion, quant  à  ce  qui  concerne  notre  planète; 
la  formation  des  matériaux  qui  la  compo- 
sent, une  fois  annoncée  dans  le  premier  ver- 
set, les  phénomènes  de  la  géologie  comme 
ceux  de  l'astronomie  ont  été  passés  sous 
silence,  et  la  narration  arrive  sans  intermé- 
diaire aux  détails  de  la  création  actuelle 
dont  les  rapports  avec  Thomme  sont  plus 
immédiats  (4.9). 

«  L'interprétation  que  je  viens  de  proposer 
semble  en  outre  résoudre  la  difficulté  qui , 
sans  ce  secours,  paraît  résulter  de  ce  qu'il 
est  dit  que  la  lumière  existait  dès  le  premier 
jour,  tandis  que  c'est  au  quatrième  seule- 
ment qu'apparaissent  le  soleil,  la  lune  et 
les  étoiles.  Si  nous  supposons  que  la  terre 
et  les  corps  célestes  aient  été  créés  à  cette 
époque  dont  la  distance  reste  indéterminée, 
et  que  l'Ecriture  désigne  par  le  mot  corn- 
mencementj  et  que  les  ténèbres,  qui  cou- 
vraient le  soir  du  premier,  n'étaient  que  des 
ténèbres  temporaires  produites  par  l'accumu- 
lation de  vapeurs  denses  —  «  sur  la  face  de 
l'abtme,  »  —on  peut  concevoir  comment  un 
commencement  de  dispersion  de  ces  vapeurs 

(49)  Les  observations  suivantes  de  Tévèque  Gleig, 
bien  qu*à  Tépoque  où  il  les  écrivait  il  ne  fût  pas 
eiitièrcroeul  convaincu  de  la  réalité  des  faits  annon- 
cés iiar  les  découvertes  géologiques,  nous  font  voir 
qu'il  partageait  dès  lors  cette  opinion  que  le  récit  de 
Moïse  pourrait  sans  inconvénient  sMnterpréter  en 
admettant  que  Teiistence  de  l'espèce  humaine  a  été 
précédée  d'un  laps  de  temps  indéfini. 

c  Je  suis  très-dispoaé  à  croire  que  la  matière  dont 
se  compose  Tunivers  a  été  cr^  d'un  seul  jet, 

?[uoique  plusieurs  portions  aient  reçu  leur  dernière 
orme  à  des  époques  très-diverses.  A  quelle  époque 
précise  l'univers  fut-il  créé,  ou  combien  de  temps 
le  système  solaire  demeura-t-il  dans  le  chaos  ?  Ce 
sont  là  autant  de  vaines  questions  auxquelles  on  ne 
peut  faire  aucune  réponse.  Moïse  nous  raconte  This- 
toire  de  la  terre,  seulement  dans  son  état  actuel  : 
il  nous  annonce  qu'elle  fut  créée,  et  qu'elle  était  vide 
et  informe  alors  que  l'esprit  de  Dieu  flottait  âi  la  sur- 
face des  eaux.  Mais  il  ne  nous  dit  pas  combien  long- 
temps dura  cet  état  de  chaos,  ni  si  c'étaient  ou  n'e- 
laienl  pas  les  débris  de  quelque  système  plus  ancien 

3 n'auraient  habité  des  créatures  vivantes  de  races 
ifférentes  de  celles  qui  existent  maintenant  à  sa  sur- 
face. Du  reste,  ceci  n'a  point  pour  but  de  répondre 
au  reproche  souvent  fait  à  la  cosmogonie  de  Moïse 
de  n'accorder  aux  oeuvres  de  la  création  qu'une  an- 
tiquité de  six  ou  sept  mille  années  tout  au  plus;  car 
nulle  part  dans  les  livres  sacrés  Moïse  n'a  donné 
cctt  *  détermination.  Quelque  éloignée  d'ailleurs  que 
soil  rcpo:]ueoù  Dieu  créa  le  ciel  et  la  terre,  et,  se- 
lon toute  probabilité,  elle  l'est  beaucoup,  il  fut  un 
temps  où  elle  n'était  distante  que  d'une  année,  d'un 
jour,  que  d'une  heure.  Ceux  donc  qui  soutiennent 
que  la  manifestation  de  la  gloire  du  Tout-Puissant 
par  ses  œuvres  n'a  pu  être  limitée  à  une  courte  pé- 
riode de  six  à  sept  mille  ans,  ne  sentent  pas  que  la 
même  objection  s'adresse  à  la  période  la  plus  im- 
mense que  puisse  concevoir  l'esprit  humain.  Il  n'est 
pas  de  durée  détenninable  qui  puisse  entrer  en  pro- 
Mrtion  avec  l'éternité,  et  que  nous  assignions  à 
i*uiiivers  matériel  six  millions  ou  six  cents  millions 


rendit  la  lumière  à  la  surface  de  la  terre  le 
premier  iour,  sans  que  pour  cela  les  causes 
oui  produisaient  celte  lumière  cessassent 
d'âtre  obscurcies,  et  comment  la  purification 
complète  de  l'atmosphère  au  quatrième  jour 
fut  cause  que  le  soleil,  la  lune  et  les  astres 
apparurent  dans  la  voûte  des  cieux  et  se 
trouvèrent  dans  de  nouvelles  relôtions  avec 
la  terre,  nouvellement  modifiée,  et  avec 
l'espèce  humaine  (50). 

«  La  lumière  existait  durant  toutes  ces  pé- 
riodes longues  et  distantes  entre  elles,  oii  se 
succédèrent  toutes  les  formes  animales  qui 
se  sont  manifestées  sur  la  surface  primitive 
du  globe ,  et  que  nous  retrouvons  mainte- 
nant à  l'état  fossile.  Nous  en  avons  la  preuve 
dans  l'existence  d  yeux  chez  les  animaux  pé- 
trifiés, appartenant  à  des  formations  géolo- 
giques de  divers  âges.  Dans  un  des  chapitres 
suivants,  je  ferai  voir  que  les  yeux  des 
trilobites,  fossiles  propres  aux  terrains  de 
transition,  sont,  par  leur  organisation,  tout 
à  fait  analogues  à  ceux  des  crustacés  actuel- 
lement existants,  et  que  les  yeux  des  ichthy<>- 
saures,  du  lias,  renferment  un  appareil  tel- 
lement semblable  à  celui  qu'on  trouve  dans 
les  yeux  de  plusieurs  oiseaux,  qu'il  nous  est 
impossible  de  douter  que  ces  yeux  fossiles 
ne  fussent  des  appareils  optiques  calculés 
pour  recevoir  de  la  même  manière  les  im- 
pressions de  la  même  lumière  qui  transmet 

d'années,  un  sophiste  pourrait  dire  avec  une  égale 
raison  que  la  gloire  du  Tout-Puissant  manifestée 
dans  ses  œuvres  ne  peut  être  ainsi  limitée.  Ce  n'est 
donc  pas  dans  le  but  de  faire  taire  de  semblables  ob- 
jections que  j*ai  admis  l'existence  d'une  terre  et  d'un 
ciel  plus  anciens  que  ceux  que  nous  avons  sous  les 
yeux,  comme  compatible  avec  le  récit  de  Moïse  ou 
tout  autre  passage  des  livres  sacrés ,  mais  dans  le 
but  seulement  de  raffermir  la  foi  des  lecteurs  pienit 
qui  pourraient  se  laisser  ébranler  par  les  déGoa\er- 
tes  réelles  ou  prétendues  des  géologues  modernes. 
Si  ces  philosopîlies  ont  réellement  découvert  des  os 
fossiles  ayant  appartenue  des  espé^  ou  à  des  genres 
d*animaux  qui  maintenant  n'existent  plus  sur  la 
terre  ni  dans  l'océan,  et  si  la  destruction  de  ces  es- 
pèces et  de  ces  genres  ne  peut  être  expliquée  par  le 
déluge  général  ou  tonte  autre  catastrophe  dont  l'his- 
toire nous  dit  que  notre  globe  a  été  le  théâtre;  s*i| 
est  de  fait  que  la  surface  de  la  terre  est  formée  de 
couches  qui  ne  peuvent  y  avoir  été  déposées  dans 
l'état  où  elle  sont  que  par  la  mer,  ou  par  toute  autre 
masse  d'eaux  demeurées  à  l'état  tranquille  sur  ks 
points  où  ces  couches  se  rencontrent  pendant  des 
périodes  beaucoup  plus  étendues  que- n'a  éléla  dorée 
du  déluge  de  Noé;  si,  dis-je,  tous  ces  faits  prennent 
le  caractère  d'une  certitude  complète,  ce  dont  je  ne 
suis  nullement  convaincu,  nous  ne  trouvons  rien  dans 
les  livres  sacrés  qui  nous  empêche  de  penser  que  ce 
sont  les  ruines  d'une  terre  antérieure,  formée  au 
sein  du  chaos  d'où  Moïse  nous  apprend  que  Dieu  tira 
les  éléments  du  système  actuel.  Son  histoire,  au^si 
loin  qu'elle  remonle,  est  celle  de  la  ten*e  telle  qu'elle 
existe  maintenant,  de  ses  habitants  actuels  et  de 
leurs  ancêtres  des  premiers  âges  ;  et  un  des  géoto^aes 
les  plus  ingénieux  et  les  plus  profonds,  Cuvier  {tvuà 
sur  la  théorie  de  la  terre)^  a  démontré  que  la  race 
humaine  ne  peut  pas  être  beaucoup  plus  ancienne 
que  ne  nous  Tannoncent  h^s  écrits  do  fégislaimr  hé- 
breu. »  (  Stackhouêé's  Bible  ^  psiv  l'évèque  Ginc, 
p.  6-7;  1846.) 
(50)  Voyez  la  note  16  col.  158. 


m 


BUC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


sur 


encore  la  perception  de  la  ?ue  aux  animaux 
existants  aujourd'hui.  Cette  conclusion  est 
entièrement  confirmée  par  ce  fait  général 
one  toutes  les  tètes  fossiles  des  poissons  ou 
de  reptiles,  quelle  que  soit  la  formation 
géoloaque  où  on  les  rencontre,  offrent  des 
caTitâ  orbitaires  pour  que  des  yeux  aient 
pu  7  être  lo^és,  avec  des  trous  pour  le  pas- 
âge  de  ner6  optiques,  bien  qu*il  soit  rare 
de  rencontrer  dans  ces  cavités  quelques 
restes  de  Vasil  lui-même.  De  plus,  la  pré- 
sence de  la  lumière  est  tellement  indispen- 
sable à  Taccroissement  des  y^étaux  actuels, 
que  nous  ayons  le  droit  de  la  regarder 
comme  une  condition  non  moins  essentielle 
du  déyeloppement  de  ces  nombreuses  es- 
pèces végétales  fossiles  qui  accompagnent 
les  débris  des  animaux  dans  toutes  les  cou- 
ches de  toutes  les  formations. 

«  D*après  une  opinion  à  laquelle  des  décou- 
vertes récentes  (51)  sont  venues  lyouter  un 
grand  poids,  la  lumière  n'est  point  une  subs- 
tance matérielle,  mais  seulement  un  effet 
des  ondulations  de  l'éther,  substance  infi- 
niment subtile  et  élastique  qui  remplit  Tes- 
Ece  tout  entier  et  même  Fintérieur  de  tous 
(  corps.  Tant  que  Téthêr  demeure  en  repos, 
il  7  a  obscurité  complète  ;  si,  au  contraire,  il 
est  placé  dans  un  certain  état  de  vibration , 
la  sensation  de  la  lumière  existe;  de  plus, 
ces  vibrations  peuvent  être  produites  par 
diverses  causes,  telles  que  le  soleil,  les  as- 
tres, Félectricité,  la  comoustion,  etc.  Si  donc 
'•  lumière  n*est  pas  une  substance  particu- 
lière, mais  une  série  de  vibrations  de  Tétlier, 
c*est-è-dire  un  effet  produit  sur  un  fluide 
subtil  par  l'action  d'une  ou  plusieurs  causes 
extérieures,  il  ne  serait  pas  exact  de  dire,  et 
la  GaUse  ne  dit  pas,  dans  le  verset  3  du  cha- 

f31)  Pé«r  Texposé  général  de  la  théorie  des  ondo- 
luiaiii  laaÛBeiises,  coosal&ez  sir  J.  Hebsoiel,  an. 
tBMÎiri',  m*  partie,  section  2  de  FEmofcL  miétrapei, 
Toyex  cnoore  le  MëlkématicëU  irmeu  du  professcnr 
ÂKT,  2«  édît.,  IS3i,  p.  249;  et  madame  SoMEaviixK, 
ouvrage  Intitulé  :  Cojwexton  ofihe  ph$tical 
1851,  p.  185. 


i^)  Aprésm*étie  alnsliiasardé  à  entrer  dans  une 
d*espUcaiioiis  ipiî,  je  pense ,  prouvent  entière- 
raeeofd  qui  eiîsie  entre  le  texte  lîuéral  même 
et  ht  Cemaeti  les  phénomènes  géologiques,  je  m*abs- 
ôendrai  d*en  dire  plus  long  sur  ce  sujet  important, 
cC  je  suis  beoreux  de  pouToir  renvoyer  mes  lecteurs 
h  ^nelfaes  admirables  articles  du  Ciristtan  Obgener 
(mai,  jnn,  juillet,  aoèt  1834).  ils  j  trouveront  un  ré- 
tmmé  CrèsHMt  et  très-complet  de  cette  question,  dans 
Irqncl  sont  présentées  les  diflicultés  dont  eUe  est  en- 

temps  que  Von  y  propose  pfaisienrs 
et  judicieuses  sur  Tesprit  dans  lequsl 
de  semblables  invesligaiions.  Je  reii- 
«Brrai  aussi  aux  divers  ouvrages  dont  les  noms  sui- 
vent :  Sermons  de  VMtpu  Bonle^^  in-8*,  1816;  lu 
voL,  série  39;  —  RecanU  of  création ,  par  Tévéque 
Bmn-Scvvn,  n*  ▼ol.4p.  356 ;  —  Douglas  ,  Erron  re- 
yurrfuif  vslt^m,  I830,jp.  iSl-iSi; — HiGcms,  Un  the 
mtmiemi  nméwÊimerml  Geofogies^  183g;  — elphuspé- 
#ulf  If  jit  à  rdoquent  et  admirable  Ducomrs  du  proies- 
•evr  Scncwn,  mr  les  Etndes  de  tCmwersité  de  Cam- 
hidfe,  1833,  dans  lequel  il  a  fait  voir  avec  beaucoup 


pitre  I,  que  la  lumière  fut  créée,  bien  qu'oi# 
puisse  dire  littéralement  qu'elle  fut  mise  en 
action. 

<  Enfin,  lorsque  le  quatrième  commande- 
ment {Exodey  XX,  llj  rappelle  les  six  jours 
de  la  création,  on  j  trouve  le  mot  asah 
«  faire»  »  le  même  qui  se  trouve  aux  versets 
7  et  16  du  1"  chapitre  de  la  Genèse ,  et  que 
nous  avons  déjà  prouvé  être  d*nne  significa- 
tion moins  forte  et  moins  étendue  que  le 
mot  bara^  •  créer,  »  et  comme  il  n*entralne 
pas  nécessairement  la  création  de  rten,  il 
peut  être  id  employé  à  désigner  un  nouvel 
arrangement  de  matériaux  qui  existaient 
déjà. 

<  Mais  nous  rappellerons  en  terminant  que 
ce  n'est  nullement  le  récit  de  Moïse  en  lui- 
même,  dont  nous  mettons  en  question  Texac- 
titude ,  mais  seulement  la  manière  dont  il 
doit  être  interprété;  et  nous  devons  avoir 
surtout  présent  à  Tesprit  que  Tobjet  de  ce 
récit  n'est  aucunement  d'établir  de  quelle mor» 
niêre^  mais  bien  par  qui  le  monde  fut  créé. 
Comme  il  y  avait  une  tendance  de  l'esprit 
humain ,  dans  ces  premiers  âges  du  monde, 
à  adorer  les  objets  les  plus  ^orieux  de  la 
nature,  et  nommément  le  soleil,  la  lune  et 
les  étoiles,  nous  devons  croire  que  Moïse, 
en  racontant  la  création,  eut  pour  but  prin- 
cipal de  préserver  les  Israélites  du  poly- 
théisme et  de  l'idolâtrie  des  nations  qui  les 
entouraient,  en  proclamant  que  tous  ces 
corps  célestes,  si  pleins  de  magnificence, 
n'étaient  {jas  eux-mêmes  des  dieux,  mais 
seulement  l'ouvrage  d'un  Créateur  unique 
et  tout-puissant,  auquel  seul  devait  s'adres- 
ser l'adoration  des  hommes  (52).  » 

BUFFON.  Yoy.  Géologie. 
BURN£T.  Yoy.  Géologie. 

d*balâlefé  tous  les  rapports  qui  unissent  la  géoiope 
et  bi  reltgion  naturelle,  et  on  il  résume  en  ces  termes 
sa  prédense  opinion  sur  le  genre  dlnstruction  que 
aous  devons  recbercber  dans  la  Bible  :  c  La  BiUe 
nous  ap|irend  que  Tbomme  ei  les  autres  êtres  virants 
n'ont  ete  pbcés  sur  cette  terre  qu*il  y  a  peu  d'années, 
et  tous  ki  monuments  physiques  viennent  à  Pappui 
de  celle  vérité.  Si  Fastronomie  nous  fait  voir  des 
myriades  dont  il  n*est  pas  question  dans  les  livres 
sacrés,  la  géologie  nous  prouve  de  son  cété  (  et  non 
point  à  raâe  d^argnqients  ttrés  de  Tanalogie,  mais 
bien  en  employant  Tévideoce  incontestable  des  faits 
physiques  )  que  notre  planète  fol  pbcée  primitive- 
ment dans  des  conditions  physiques  tfês^verses» 
séparées  les  unes  des  antres  par  de  longs  intenralles 
de  temps  et  pendant  la  durée  desquelles  rboronie  et 
les  autres  créatures  de  même  date  n^avaient  pas  en- 
core été  appelés  à  Texistence.  Des  périodes  telles  que 
celles-là  n^appartiennent  donc  pas  a  Thistoire  morale 
de  noire  race,  et  ne  sont  comprises  ni  dans  bi  Ittire 
ni  dansFe^ldehi  réTéblkm.Qoi  oserait  d  rjqueOe 
distance  sepaure  le  jour  oà  fui  créée  hi  terre  et  celui 
oà  il  plut  à  Dieu  de  placer  lliomme  k  sa  sarface?  Sur 
ces  questfons,  rCcnture  se  tait,  mais  son  silence  ne 
détruit  pas  la  signification  de  tous  ces  monuments 
physiques  que  Dieu  a  placés  sous  nos  yeux  pour  at- 
tester sa  puissance,  en  même  temps  qu  il  nous  donne 
toutes  les  facultés  qui  peuvent  nous  conduire  h  les 
inlerpréler  ei  à  en  comprendre  les  enseigncmeiils. 


f«5 


CAL 


DICTIONNAmE  DE  COSHUGOMB 


CAL 


m 


c 


CALCAIRE  PISOLITIQUE.  Voy.  Daniex. 
CALCAIRE  DE  LAVERSINES.  Voy.  Da- 

NIE!i|. 

CALCAIRE  A  SPATANGUES.  Voy.  NÉo- 

COMIBN. 

CALCAIRE  A  POLYPIERS.   Voy.  Batho- 

MIEN. 

CALCAIRE  OOLITHIQUE.    Voy.  Batho- 

NIEN. 

CALCAIRE  A  ENTROQOES.  Voy.  Bajo- 

ClEiN.  ^ 

CALCAIRE  A  GRIPHÉES.   Voy.  Si:«ému- 

RIEN. 

CALCAIRE,  son  origine  suivant  M.  Mau- 
pied.  —  Voy.  Maupieo. 

CALCAUŒ  GROSSIER,  MOYEN.  Voy.  Pa- 
risien. 

CALCAIRE  NUMMUUTIQUE.  Voy.  Sues- 

$ONIEN. 

CALCAIRES.  Voy.  Roches  fossilifères. 

CALCIUM,  son  rôle  dans  la  constitution 
de  la  terre.  —  Voy.  Matières  élésientaires 
DU  globe  terrestre. 

CALLOVIEN  (ÉTAGE). —  Le  sixième 
étage  des  terrains  jurassiques  et  le  douzième 
de  la  série  totale  des  terrains.  De  la  déno- 
mination de  kelloway^rocki  donnée  par  M. 
Philipps,  M.  d'Orbignj  a  fait  le  nom  de  cal- 
lovien  qui  rappelle  le  type  anglais  de  cet 
état^e.  C  est  Voolithe  inférieur  de  c^uelques 
géologues  français,  Yargile  de  Dives  des 
Normands  ;  etc. 

L'étage  callovicn  forme  l'horizon  géologi- 
que le  1)1  us  facile  à  distinguer  et  surtout 
celui  qui  se  montre  partout  de  la  manière 
la  plus  évidente.  On  le  trouve  partout  en 
Europe  et  jusque  dans  Tlnde,  dans  la  chaîne 
de  l'Himalaya,  à  8,000  mètres  au-dessus  de 
la  mer. 

En  réunissant  toutes  les  couches  plon- 
geant à  Test  c^ui  composent  l'étage,  depuis 
Lyon,  Dives  jusqu'à  Villers  (Calvados),  on 
peut  évaluer  à  loO  mètres,  environ,  la  puis- 
sance de  l'étage,  comme  maximum  connu. 

Si  sur  quelques  points,  où  les  dépôts 
côtiers  sont  conserves  seuls,  plus  ou  moins 
éloignés  des  dépôts  côtiers  de  l'étase  anté- 
rieur, on  peut  encore  croire  qu  ils  ont 
pu  être  conservés  par  des  oscillations  du  sol, 
aussi  bien  que  par  une  perturbation  Gnale , 
il  n'en  est  pas  ainsi  des  points  où  les  deux 
dépôts  côtiers  sont  superposés  sur  le  même 
lieu.  Il  faut  qu'il  y  ait  eu  certainement,  sur 
ces  derniers ,  un  mouvement  d'affaissement 
entre  la  fin  de  l'étage  qui  nous  occupe  et  le 
commencement  du  suivant ,  pour  que  ces 
deux  lignes  supérieures  des  marées  soient 
l'une  sur  l'autre  souvent  à  une  dizaine  de 
mètres  de  distance  en  hauteur.  Cette  pertur- 
bation coïncide  partout ,  du  reste,  avec  la 
fin  de  la  faune  donnée  par  ses  limites  dans 
les  couches. 


Caractères  paléontologiques. — Pour  distin- 
guer l'étage  de  l'époque  balhonienne  anté- 
rieure, nous  avons  les  l^^  genres  qui,  nés 
dans  l'étage  précédent  ou  avant ,  n  ont  pas 
survécu,  et  ne  sont  pas  arrivés  à  celui-ci. 

L'étage  callovien  se  distingue  de  l'époque 
oxfordienne,  .par  96  genres,  çiùi,  encore  in- 
connus dans  oelui-ci,  apparaissent  avec  Tâge 
suivant.  En  résumé,  nous  aurions  110  genres 

f)ouvant  donner  des  caractères  négatifs  pour 
'étage  callovien. 

Les  seuls  genres  de  céphalopodes,  palœo- 
teuthisj  et  rhynchoteuthis^  distinguent  Té- 
poque  callovienne  de  l'époque  précédente, 
où  ils  n'existaient  pas  encore.  Sur  ce  nombre 
le  premier  genre,  étant  spécial  à  cet  étage 
peut  servir  a  le  distinguer  de  l'étage  suivant' 
où  il  manque;  de  même  que  les  genres 
ichthyosaurus  et  pachycosmus ,  qui  s'étei- 
gnent dans  celui-ci.  Ce  peu  de  caractères 
positifs  montre  que  l'étage  callovien  est 
aussi  intermédiaire  par  les  formes  zoologi- 
ques de  sa  faune  que  par  sa  position  strati- 
graphique  rigoureuse  entre  les  étages  supé- 
rieurs et  inférieurs. 

En  dehors  des  animaux  vertébrés  et  des 
animaux  annelés  que  contiennent  beaucoup 
d'espèces,  nous  connaissons  en  animaui 
mollusaues  et  rayonnes  seulement  le  nom- 
bre de  z81  espèces,  comme  se  trouvant  dans 
celui-ci,  et  les  22  espèces  qui  paraissent  se 
trouver  en  même  temps  dans  Tétage  oifor- 
dien.  Il  restera  encore  255  espèces  caractéris- 
tiques de  cet  étage  qu'on  peut  invoquer  pour 
le  recx)nnaitre. 
Chronologie  historique.  —  Par  suite  d'une 

Perturbation  géologique,  la  fin  de  l'étage 
athonien  a  produit  1  anéantissement  de  1^ 
genres  d'animaux  et  de  533  espèces  d'ani- 
maux mollusques  et  rayonnes,  indépendam- 
ment des  espèces  d'animaux  vertébrés  et 
annelés  et  des  plantes.  Lorsque  le  calme 
s'est  rétabli  dans  la  nature ,  sont  nés  avec 
l'étage  suivant  quelques  genres  inconnus 
jusqu'alors  et  2T7  espèces  d'animaux  molius- 

Îues  et  rayonnes ,  sans  compter  les  espèces 
es  autres  séries  animales  et  les  piantesqui 
sont  arrivées  jusqu'à  nous,  comme  les  ves- 
tiges de  cette  époque  passée. 

Entre  la  fin  de  l'époque  bathonienne  et 
le  commencement  de  l'étage  callovien ,  les 
mers  paraissent  avoir  complètement  change 
d'aspect.  Non-seulement  elles  se  sont  rélré- 
cies  sur  tout  leur  pourtour,  par  de  nouveaux 
atterrissements ,  mais  les  détroits  vosi^ieu 
et  breton  paraissent  avoir  cessé  de  comouu- 
niquer,  l'un  entre  les  mers  anglo-parisienne 
et  méditerranéenne,  et  l'autre  entre  la  pre* 
mière  et  la  mer  pyrénéenne,  dorénavant 
entièrement  séparées  les  unes  des  autres. 
Le  plus  grand  changement  qui  se  soit  opère 
entre  les  deux  étc'tges  est  un  affaissement  du 


16S 


CAR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CAR 


1S6 


grsad  continent  russe,  surélevé  depuis  la 
fin  de  rétage  permien,  qui  a  permis  aux  mers 
caUoTiennes  de  recouvrir  la  Russie  du  hSr 
de  latitude  jusqu'à  la  mer  Glaciale.  Nous 
devons  croire  par  les  coquilles  identiques , 
que  la  mer  caftovîenne  dTurope  s'étendait 
sans  interruption  jusqu'au  9"  de  latitude 
nofd,  dans  la  province  du  Cutch  (Indes 
orientales)  couvrant  l'espace  compris  entre 
le  9*  degré  nord  et  le  cercle  polaire. 

Les  continents  ont  subi  les  cnangements  cor- 
respondants; ils  se  sont  accrus,  tout  autour 
des  mers  déjà  circonscrites ,  d'assez  larges 
afterrissements,  et  autour  de  la  mer  anglo- 
parisienne,  en  France  et  à  l'Est  de  l'Angle- 
terre ;  autour  des  autres  mers,  où  les  points 
c^tfâcs  viennent  nous  donner  leurslimites. 

le»  mers  nourrissaient  des  espèces  d'ani- 
maux distinctes  des  faunes  précédentes,  mais 
presque  des  mêmes  genres.  Il  en  était  de 
même  des  continents.  Une  faune  marine, 
composée  de  beaucoup  d'espèces  identiques, 
se  montrait  depuis  la  zone  torride,  dans  l'Inde, 
jusqu'à  la  mer  glaciale.  Cette  répartition, 
si  différente  de  la  répartition  actuelle,  mon- 
tre qu'à  cette  époque  comme  aux  premiers 
âges  du  monde,  la  chaleur  centrale  propre 
k  la  terre  neutralisait  encore  les  zones 
isothermes  que  nous  avons  aujourd'hui. 

Les  oscillations  du  sol  existaient  durant 
cette  période,  et  toutes  les  causes  physiques 
oui  agissent  aujourd'hui  avaient,  sans  aucun 
doute,  la  même  influence. 

La  fin  de  cette  époque  a  dû  avoir  lieu, 
comme  celle  des  autres,  par  suite  |d'un  mou* 
Tement  géologique,  dont  nous  retrouvons 
des  traces  par  l'isolement,  dans  la  province 
de  Cutch,  de  l'étage  callovien  sans  celui  qui 
le  suit  sur  les  points  concordants,  par  la  su- 
perposition des  deux  dépôts  littoraux  de 
cet  étage  et  du  suivant.  Le  résultat  positif 
est  encore  l'anéantissement  de  presque  toute 
la  faune  a^ant  le  commencement  de  l'étage 
oxfordien. 

CARACTÈRES  steatigraphiques  POsrriFs 

KT  1IÉ6ATIF8  DSS  GENRCS  P0SSU.ES.  Voy.  GbN- 
&KS  FOSSILES. 

CARBONATE  SE  CHAUX.  Voy.  Flntro- 
dmction, 

CARBOIŒ,  son  rôle  dans  la  constitution 
du  globe  terrestre.  —  Voy.  MAiiàRES  élâiien- 

TâMMSS  du  globe  TERRESTRE. 

CARBONIFÉRIEN  (  ÉTAGE).  —  Troisième 
étage  des  terrains  paléozoïques ,  ainsi  dé- 
nommé, parce  qu'il  appartient  à  l'époque 
la  plus  nche  en  charbon  de  terre  (carbo). 

En  France,  on  voit  l'étage  carboniférien 
sur  quelques  ^ints  du  grand  massif  de  Bre- 
tagne. Il  en  existe  deux  lambeaux  O.-N.-O., 
l'un  près  de  Vou vaut ,  l'autre  plus  à  l'ouest, 
près  de  Cbatonnay  (Vendée).  Un  autre  lam- 
Deau  se  montre  à  Sablé,  à  Solèmes  (Sarthe), 
et  se  continue  jusqu'auprès  de  Laval.  Sans 
le  Nord,  on  en  connaît  à  Ferques,  près 
de  Marquise  (  Pas^e-Calais) ,  une  petite  sur- 
&ee  qui  dépend  peut-être  des  couches  qu'on 
a  retrouvées  sous  les  alluvions ,  à  Douai  et 
à  Valenciennes ,  et  qui  viennent  api)arattre 

t/e  Landredes  et  Avesnes,  à  Beriaimont, 


titw% 


et  au  nord  de  Givet  (  Nord  ),  dans  les  Vosges. 
Dans  le. grand  plateau  central  de  la  France, 
d'après  les  savants  auteurs  de  la  carte  géolo- 

gîque,  on  voit  des  lambeaux  houillers  à 
ourneuf  (  Creuse  ) ,  à  Vignoles ,  à  Massât , 
à  Lanteuil  (Corrèze),  à  Pléaux,  à  Bassignac, 
et  sur  une  ligne  presque  N.-N.-E.,  par  le 
Deveix  (Cantal),  Heissex,  Saint-Priest  (Puy- 
de-Dôme],  et  Noyant  (Allier).  Le  môme dé- 
Eartement  en  montre  quelques  autres  lam- 
eaux ,  ainsi  que  sur  les  points  suivants  : 
à  la  Machine  (Nièvre),  aux  environs  d'Au- 
tun ,  à  Saint-Bérain ,  au  Creusot ,  à  Curdiu , 
à  la  Clayette  (Saône-et-Loire),  des  bassins 
houillers  se  trouvent  à  Sainte-Foy,  à  Saint- 
Etienne,  et  des  terrains  marins  à  Rigny 
|3  lieues  au  S.-E«  de  Roanne).  D'autres 
lambeaux  houillers  se  voient  à  Aubin  (Avey- 
ronj,  à  Jaujac  (  Ardèche),  à  Grand-Comhes, 
à  Pigère ,  aux  Portes  (  Gard  ] ,  près  de  Saint- 
Gervais ,  de  Vaillant,  et  un  lambeau  marin  à 
Neffiès  (Hérault).  On  trouve,  de  plus,  dana 
les  Corbières,  des  lambeaux  marins  et 
houillers  à  Tuchan,  à  Durban  (Aude),  et 
des  lambeaux  houillers  seulement  près  de 
Bagnols,  du  plan  de  la  tour  d'Esterel  (Var;. 
On  voit  que,  si  la  France  n  a  pas  de  surfaces 
considérables,  elle  est,  au  moins,  fournie 
d'unjgrand  nombre  de  gisements  de  houillei 
qui  font  la  fortune  de  son  industrie. 

L'étage  carboniférien  est  parfaitement  re- 
présenté partout  en  Europe.  Un  lambeau 
existe  en  Sicile,  suivant  M.  de  La  Marmora, 
L'Espagne  renferme  l'un  des  plus  riches 
bassins  connus,  dans  leb  Asturies,  à  Pola 
de  Lena  et  à  Mières.  En  Angleterre ,  on  en 
voit  un  vaste  lambeau  dans  le  Devonshire  et 
une  partie  du  Cornwall.  Une  très-grande  sur- 
face allongée  se  voit  dans  le  pars  de  Galles. 
Elle  commence  dans  le  sud  du  Caermarthen, 
se  continue  dans  le  Glamorjgan,  au  sud  de 
l'étage  devonien;  se  rétrécit  pour  se  conti- 
nuer à  l'est  de  l'étage  devonien,  dans  le 
Glocestershire,  le  Monmouthshirc,  THere- 
fordshire,  le  Shropsbire  et  le  Denbigshire. 
Des  lambeaux  existent  dans  le  Staffordshire 
et  le  Leicestershire  ;  puis  une  vaste  surface 
dirigée  au  nord ,  quelques  degrés  à  l'ouest , 
prend  dans  le  Derbyshire,  et  couvre  une 
partie  du  Lancasshire,  du  Nottinghamshire, 
du  Yorkshire  et  du  Northumberlaud.  On  en 
voit  encore  au  sud ,  au  nord ,  à  l'est  et  à 
l'ouest  de  l'Ecosse,  et  en  Irlande.  Ces  grandes 
étendues  de  l'étage  carboniférien,  qu'on 
trouve  en  Anslelerre,  en  font  peut-être  le 
pays  le  plus  iavorisé  sous  le  rapport  des 
terrains  nouillers ,  ce  qui  n'a  pas  peu  con- 
tribué à  l'extension  de  son  industrie  manu- 
facturière. 

La  Belgiqpie  est  également  un  pays  riche 
par  l'étage  carboniférien,  qui,  appartenant 
.au  même  lambeau  de  Douai,  en  France, 
forme  plusieurs  bandes  dirigées  à  l'est  et  à 
l'est-nord-est,  dont  une  s'étend  depuis  Tour- 
nay,  Peruwelz, Reculs,  Charleroi,  Fleurus, 
Namur,  Hug,  Liège ,  le  Limbourg  jusqu'au 
delàd'Aix-la-Chai/elle.  C'est  cette  bande  qui 
contient  les  meilleurs  et  les  plus  considé- 
rables dépôts  de  houille. 


467 


CAll 


DlCTlONiNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CAH 


168 


En  Allemagne ,  une  grande  bande  N.-E. 
s'étend  dans  la  Prusse  et  la  Bavière  rhénanes , 
de  Sarrebruch ,  de  Sarrelouis ,  parOItweiler, 
Saint-Wendel,  Wolfalein,  jusqu'à  Sobern- 
heim  et  Wonsheim,  etc.  L'étage  est  bien 
développé  autour  de  Prague  (Bohème). 

La  Russie,  d'après  la  carte  de  M.  Mur- 
chisen,  de  Verneuil  et  de  Keyserling,  offre 
des  surfaces  immenses  de  l'étage  carbo- 
uiférien.  Une  large  bande  occupe  tout  le 
versant  occidental  de  la  chaîne  de  l'Oural , 
depuis  le  5'  degré  de  latitude  jusqu'auprès 
de  la  mer  Glaciale.  Deux  autres  bandes  pa- 
rallèles se  voient  de  chaque  côté  de  la  chaîne 
des  monts  Timans,  depuis  Naldey-Kross 
jusQu'à  la  mer  Glaciale. 

L  Amérique  n'a  rien  à  envier  à  l'ancien 
monde  pour  l'étendue  de  l'étage  carbonifé- 
tien  (ju'on  y  rencontre. 

Suivant  M.  Murchison,  la  partie  occiden- 
tale des  comtés  de  Shropshire  et  d'Hereford- 
Shire  offrirait  des  puissances  de  1,200  à 
3,200  mètres.  Dans  les  Asturies,  en  Espagne, 
M.  de  Verneuil  évalue  la  puissance  à  près  de 
4,000  mètres;  à  la  Nouveîle-Écosse ,  au  nord 
du  Canada,  on  a  reconnu  plus  de  3,0()0  mètres 
d'épaisseur  de  l'étage  carboniférien.  Il  est 
impossible  de  douter,  d'après  la  puissance 
aeule ,  de  la  très-longue  aurée  de  l'époque 
carboniférienne  à  la  surface  de  la  terre. 

Composition  des  couches  par  rapport  à  la 
houille.  —  On  a  cherché  à  diviser  Tétage 
carboniférien  en  deux  ftses  distincts  super- 
posés, les  calcaires  carbonifères  inférieurs 
et  les  terrains  houillère  supérieurs  ;  mais 
lorsqu'on  voit  les  mêmes  fossiles  traverser 
indistinctement,  dans  toute  leur  épaisseur, 
ces  deux  divisions  qui ,  du  reste,  ne  sont 
distinctes  nulle  part,  ne  sont  superposées 
que  sur  peu  de  points,  et  qui  toutes  les  deux 
renferment  de  la  houille,  on  arrive  à  trouver 

2ue  l'ensemble  ne  peut  être  divisé  en  deux 
tages ,  comme  nous  le  comprenons,  et  qu'il 
ne  forme  réellement  qu'une  seule  et  même 
époque  géologique,  dans  laquelle  aucune 
ligne  de  démarcation  n'existe  :  nous  enten- 
dons de  ces  lignes  de  démarcations  générales, 
uniformes  sur  le  globe.  Nous  réunissons 
donc  l'ensemble  en  un  seul  tout,  un  seul 
étage,  que  nous  allons  chercher  à  décrire 
relativement  à  deux  questions  importantes  : 
la  position  de  la  houille ,  considérée  comme 
'dépôt ,  comme  débris  terrestre ,  par  rapport 
aui  couches  remplies  de  coquilles ,  considé- 
rées comme  dépôts  marins.  Il  est  certain 
que  là  se  trouvent  les  éléments  relatifs  au 
mode  de  formation  des  couches  de  houille 
et  aux  déductions  qu'on  peut  tirer  des  diffé- 
rents documents  géologiques,  sur  l'état 
passé  de  l'âge  carboniférien,  le  plus  instinc- 
tif, peut-être,  comme  science ,  et  certaine- 
ment le  plus  important  comme  utilité  in- 
dustrielle. Divisons  d'abord  les  faits  en  trois 
f;roupes  :  les  dépôts  terrestres  et  marins,  et 
es  dépôts  purement  marins. 

Dépôts  purement  terrestres,  —  A  en  juger 
par  le  manque  complet  de  coquilles  marines, 
on  doit  croire  que  les  dépôts  houilliers  du 
grand  plateau  central  de  la  France,  depuis 


Autun,  dans  le  departementdeSaône-et-Loife« 
par  les  départements  de  la  Creuse,  de  l'Allier* 
de  la  Corrèze,  du  Puy-de-Dôme,  de  la  Loire* 
de  l'Aveyron,  de  l'Araèche,  jusqu'à  l'Hérault, 
sont  tous  des  dépôts  purement  terrestres.  Ils 
sont  formés  de  couches  tantôt  fortement  in- 
clinées, d'autres  fois  plissées  ou  ondulées,  et 
même  horizontales,  comme  à  Saint-Etienne, 
composées  d'alternances  :  l*de  greshouiller^ 
plus  ou  moins  grossier,  contenant,  le  plus 
souvent,  des  troncs  d'arbres  couchés,  évi- 
demment charriés,  et  quelquefois  des  troncs 
verticaux,  comme  M.Brongniart  les  a  vus  au 
Treuil,  près  de  Saint-Etienne  ;  9r  de  schistes  ; 
feuilletés  plus  ou  moins  6ns,  par  lits  conte- 
nant de  nombreuses  empreintes  de  feuilles, 
couchées  dans  les  lits  parallèles  des  schistes, 
quelouefois  des  poissons  «  comme  a  Autun; 
3*  entin  des  couches  plus  ou  moins  épaisses 
de  houilles  ou  de  charbon  de  terre.  Ces  der- 
nières  couches  sont  répétées  un  grand  nom- 
bre de  fois  entre  les  couches  de  grès  ou  les 
couches  schisteuses ,  à  tel  point  qu'on  en 
compte  jusqu'à  21  dans  le  bassin  de  Saiit- 
Etienne.   Ces   couches   sont  fréquemment 
très-minces  et  alors  bien  plus  nombreuses. 
Elles  sont  quelquefois  très-épaisses  et  plus 
rares.  On  en  connaît  de  13  mètres  d*éiviis- 
seur  à  Saint- Aubin;  mais  à  Sales,  dans 
l'Aveyron ,  on  n'a  pas  trouvé  la  base  à  23 
mètres,  et  H.  Cordier  leur  assigne,  sur  co 
point,  jusqu'à  103  mètres  de  puissance. 

Dépôts  terrestres  et  marins  superposés. 
—  C  est  le  cas  général  ,  le  plus  fréquent 
dans  l'étage  carboniférien ,  que  de  trouver 
des  dépôts  bouillers  joints  aux  dépôts  ma- 
rins. Il  en  est  ainsi  en  France,  dans  la  Ven- 
dée, dans  la  Sarthe,  dans  le  Pas-de-Calais, 
dans  le  département  du  Nord;  en  Angleterre, 
dans  le  Vorkshire ,  le  pays  de  Galles  et  le 
Somersetshire  ;  en  Ecosse,  dans  la  Belgique, 
la  Prusse  rhénane  ;  dans  toute  la  Ru^sie  ; 
dans  l'Amérique  septentrionale  et  dans  l'Aus- 
tralie. Il  reste  à  dire  qu'elle  est  la  relation  des 
uns  avec  les  autres.  Les  couches  de  houille. 
Ou  couches  imposées  exclusivement  de  pro- 
duits terrestres,  sont  inférieures,  supéneu- 
res  ou  intercalées  dans  les  couches  marines. 

Les  couches  de  bouille  sont  inférieures 
au  calcaire  marin,  remplie  de  fossiles,  dans 
le  Valdaï,  dans  les  provinces  de  Toula  et  de 
Kalouga,  en  Russie. 

La  houille  est  intercalée  et  alterne,  entre 
les  couches  marines  de  grès  ou  de  calcaires . 
en  Angleterre,  dans  le  Northumberland,  où 
elle  forme  jusqu'à  40  couches;  dans  le 
Newcaste  la  plus  riche  localité  houillère  de 
la  Grande-Bretagne  ;  dans  le  Yorkshîre. 
Ces  couches  houillères  de  l'Angleterre  sont 
d'autant  plus  remarquables,  que  MM.  Wood 
et  Witham  y  ont  reconnu,  dans  les  grès  à 
Killengworth  et  à  Blancbford  (Durham),  des 
troncs  d'arbres  encore  verticaux  ayant  leurs 
racines  implantées  dans  les  couches  dft 
houille.  En  Espagne,  dans  les  Asturies,  la 
puissance  de  4,000  mètres ,  que  nous  avons 
signalée,  est  composée,  à  la  partie  inférieure, 
d'alternances  de  couches  marines  et  de  cou- 
ches de  houille,  le  tout  recouvert  par  de  la 


««» 


CAh 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CAti 


m 


houille  seulement.  EnRussie^  dans  le  Douctz, 
on  voit  la  même  alternance  de  calcaire  ma- 
rin et  de  houille.  Il  en  est  ainsi  aux  Etats- 
Unis,  où,  pourtant;  les  parties  supérieures 
contiennent  seules  de  la  houUle;  mais  le 
point  le  plus  remarquable,  sous  ce  rapport, 
est,  sans  contredit,  la  Nouvelle -Ecosse,  au 
nord  du  Canada,  où  M.  Logan  a  observé,  sur 
C4stte  immense  puissance  de  3000  mètres  en- 
viron, qu'il  y  avait  répété  un  grand  nombre 
de  fois I  des  couches  houillères,  avec  des 
arbres  encore  debout,  munis  de  leurs  ra- 
cines» alternant  avec  des  couches  épaisses 
séparées  par  une  grande  puissance  de  grès 
et  de  calcaires  renfermant  des  fossiles  ma- 
rins très -nombreux. 

8  La  houille  est  supérieure  aux  couches 
marines ,  en  France ,  a  Ferques  (Pas-de-Ca- 
lais), à  Avesnes  (Nord),  dans  les  Corbières , 
à  Tuchan,  a  Durban  (Aude);  en  Angleterre, 
dans  le  pays  de  Galles ,  dans  le  Somer- 
setshire ,  dans  le  Derbyshire  ;  en  Ecosse, 
et  dans  toute  la  Belgique.  Elle  a  la  même 
position,  au-dessus  des  alternances,  dans  les 
Asturies ,  en  Espagne  et  dans  les  Etats- 
Unis  (53).  » 

«  Déductiom  tirées  de  la  nature  des  sidi- 
tnents  et  des  fosBiles.  —  L'étage  carbonifé- 
rien,  par  la  disposition  et  la  composition  si 
diverses  de  ses  couches,  est  assurément  ce- 
lui qui  prête  le  plus  aux  déductions  généra- 
les ;  en  effet,  aux  conditions  des  mers  nous 
devons  encore  joindre  quelques  observations 
sur  les  parties  continentales. 

«  La  nature  purement  terrestre  de  presque 
tous  les  points  du  grand  plateau  central  de 
la  France  porte  à  croire  que  cette  partie  for- 
mait déjà  un  vaste  tlot  terrestre  pendant 
toute  la  durée  de  Tétage  carboniférien.  Le 
manque  complet  d*éléuients  marins  sur  tous 
les  petits  bassins  houillers  uui  y  sont  dis- 
séminés amènerait  au  moins  a  cette  conclu- 
sion. Si,  d'un  côté,  les  nombreux  crustacés 
cyproïdes  qui  ac<;ompagnent  les  poissons  des 
environs  d*Autun  peuvent  faire  croire  à  une 
formation  riveraine  et  peut-être  lacustre  de 
certaines  couches  de  ces  dépôts  terrestres,  il 
est  difficile  d'expliquer  de  la  même  manière 
Talternance  des  nombreuses  couches  de 
houille»  qui  ont  succédé  aux  grès  et  aux 
couches  schisteuses  des  mêmes  bassins. 
Quelques  savants  ont  pensé  que  ces  dépôts 
houillers,  évidemment  composés  de  débris 
de  végétaux,  s'étaient  déposés  dans  des  bas- 
fonds,  comme  nous  voyons  aujourd'hui  se 
former  la  tourbe  de  nos  marais.  Examinons 
celte  question  sous  différents  points  de  vue. 
Voyons  d'abord  de  quoi  se  compose  la  flore 
de  cette  époque.  D*après  les  beaux  travaux 
de  M.  Adolphe  Brongniart,  les  plus  c  implets 
sous  ce  rapport,  on  voit  que  ces  plantes  ap- 
partiennent principalement  aux  cryptoga- 
mes acTOgènes  »  comprenant  les  fougères  et 
leslycopodiacées;  aux  dicotylédones  symnos- 
^nnes,  comprenant  les  astérophyllitidées, 
Tes  sigiÙariées,  les  nœggerathiées,  les  coni- 
fères et' les  cycadées.  Où  se  trouvent  au- 


jourd'hui les  plantes  les  plus  voisines  où 
appartenant  à  ces  familles,  surtout  les  grands 
cryptogames  arborescents,  qui  ressemblent 
le  plus  à  cette  flore  perdue?  C'est  évidem- 
ment sous  la  zone  torride,  comme  l'a  très- 
bien  prouvé  cet  observateur  consciencieux  : 
car  il  établit  qu'à  la  Jamaïque  les  fougères 
sont  aux  phanérogames  comci-^^  1  à  10;  à 
la  Nouvelle-Zélande,  comme  1  à  6;  à  l'Ile 
Sainte-Hélène,  comme  1  à  2;  tandis  que  le 
terme  moyen  est  ailleurs  comme  1  à  30.  Il 
parait,  dès  lors,  évident  que  cette  végétation 
de  l'étage  carboniférien  était  partout  formée 
d'un  ensemble  de  plantes  au'on  ne  trouve 

{)\\xs  aujourd'hui  que  sous  la  zone  torride.' 
1  nous  reste  à  dire  ce  que  nous  avons  ob- 
servé dans  nos  voyages  sur  les  conditions 
d'existence  de  ces  plantes.  Nous  avons  ren- 
contré des  fougères  arborescentes,  et  cette 
profusion  extraordinaire  de  cryptogames, 
qui  les  accompagne,  seulement  quand  se 
trouvaient  réunies  plusieurs  circonstances. 
Il  fallait  d'abord  des  pays  montueux ,  acci- 
dentés, comme  les  Ues  citées  par  M.  Bron- 
gniart, ou  les  continents  ;  car  jamais  nous 
n'en  avons  vu  dans  la  plaine,  à  moins  que 
ce  ne  soit  au  pied  même  des  montagnes.  Il 
fallait  encore  une  exposition  favorable  qui 
pût  amener  à  la  fois  une  chaleur  constante 
et  une  grande  humidité.  Il  y  avait  toujours, 
de  plus  une  grande  épaisseur  d'un  terreau 
noir,  entièrement  formé  de  détritus  de  végé- 
taux presque  sans  aucun  mélange  étranger, 
à  sa  partie  supérieure.  Nous  avons  trouvé 
ces  conditions  parfaites  dans  les  montagnes, 
aux  environs  de  Rio  dé  Janeiro  (Brésil)  et 
sur  beaucoup  des  points  les  plus  escarpés  du 
versant  oriental  des  Andes  boliviennes,  dans 
les  provinces  de  Yurngas  et  de  Yuracarès; 
tandis  que  nous  n'avons  observé  que  très-peu 
de  fougères  dans  les  forêts  des  plaines  chau- 
des et  humides,  et  jamais  dans  les  marais 
de  ces  régions  où  les  plantes  graminées  do- 
minent comme  en  Europe.  Quant  aux  cyca- 
dées, nous  les  avons  vues  seulement  sous  la 
zone  torride  et  dans  les  lieux  montueux, 
secs  et  découverts.  Ces  circonstances  d'exis 
tence  des  plantes  les  plus  voisines  des  plan- 
tes fossiles  sont  peu  iavorables  à  l'hypotbè&e 
que  ces  dépôts  houillers  peuvent  être  d'an- 
ciennes tourbières,  puisque,  d'un  côté,  nous 
n'avons  jamais  remarqué  aucune  fougère' 
dans  les  marais  des  régions  chaudes,  et  que,  . 
de  l'autre,  nous  n'avons  jamais  rencoutre  de 
tourbières  sous  la  zone  torride.  S*il  a  existé 
è  l'époque  carboniférienne  des  marais  rem-  / 
plis  de  débris  de  végétaux,  ce  qui  est  très-  ^ 
possible,  il  est  au  moins,  nous  en  sommes 
convaincu,  très-difficile,  d'expliquer  par  les  ' 
tourbières  actuelles  seulement,  ces  puissan- 
ces si  extraordinaires  de  couches  de  houille 
que  nous  avons  signalées  dans  les  dépôts 

Sûrement  terrestres.  D'après  une  conviction  ^ 
asée  sur  l'étude  comparative  des  faits,  nous  * 
les  attribuons  à  des  causes  plus  puissantes  [ 

S  rue  les  causes  actuelles.  En  effet,  quelle^ 
orce  pourrait,  aujourd'hiii ,   enlever  ces' 


(IS)  Aie  D^OuMm,  Conr$  élém.  de  Paléont.,  I.  Il, 

Diction,  dk  Coshogo?iir  et  Dk  PAi.éo!fTQL06is. 


^  annàBB  fougères  et  UMite  la  ?égétation  des  ré- 
\  gions  eiceplioijijellps  que  nous  avons  iudi- 
quéest  ^m^i-^^  )es  pluies  torreulielles  ? 
Mais  mr  )e  .^I  vier^  d^s  ^égio^s  chaude^} 
da«  pépies  lès  plus  4i^rupte$t  1$  uluie,  foême 
torfeotiplje,  n'arrive  ^  ferre  qifftpfè^  AYOïr 
traversé  un  rés^a^  serré  de  f^raflcbe?  et  dfi 
feuillages  ;  elle  p*entr»)^e  fm  '  ?^  Q^ 
souille  même  ft^s  souvent  Teflu  Uwpide  du 
torrent  (Fpy.  Coucpç§  sépjMçifT^f^ps).  Oî} 
ne  peut  donc  l^\  aUrit^upi'  1^  traqspqrt  de  la 
«ûipme  ifpmense  des  de^ifif  d^  vé^éiau^  né- 

çessaipps  ppur  formef  (i^§  couche/  pgiss^Ur 
te5.  Ra  supposant  que.  mè.m  en  for^^nt  !e$ 
choses,  on  puissp  auineitr^  1#  fonn/ition 
4'une  couche  de  houille  d'ijuni  de  ces  d.eui^ 
manières  différentes,  il  resierft  tomoi^r§  k 
expliquer  pourquoi  ces  dépôts  de  vec^elau^ 

ont  été  iiU^r^'O^P^^  ^^^^  ^^  '^^^^  à)^'ni§  dans 
lesdéj.ûts  pureinent  terrestres,  comme  daqs 

le  iias§in  de  ^ain -^tienn^»  p^f  ^^^^  469tii9 

sédio^entair^s  qe  ^res  pp  d'ar^ijç  schlsi^U^P 
évidemment  (raiisportés  par  les  eaux,  ajusi 
que  les  eou^'^c^  de  hpqiUe.  Nous  pepsons 
que,  peur  expliquer  p^s  alternances,  i]  faut 
.  recourir  au^f  mêqjes  pauses  qui  m\  déier 
rainé  les  dépôts  de  h^ille  avec  des  arbres 
encore  debout*  {tllernant  plu^i^ur^  fois  ^vpc 
des  dépôts  niarips  d*une  (srande  pui3sancç. 
Kou;)  f eviepJrpns  dope  sur  celte  uucsiiQn,  ^ 
tropos  de^  osclU^tÎpns  du  ^o\  Ou^quejles 
nous  4ttribuonSi  h  1?  foisi  ce?  9<tern9Qce§  de 
fipuille  et  de  ^édipicnts,  des  i  puchc?  ierrç§- 
tfp§  et  des  cpuplies  I5a^tncs(a5^).  ç 

«  OsciltcKions  a\é  9qI'  ^  U  c4t  une  ques- 
tion importante  ne  la  science  gép)p<îique  | 
Îui ,  bien  qu'elle  participe  en  m0me  Temps, 
es  causer  géqlp^iiques ,  doit  cependant  ap- 
partenir aux  caqs.QS  actuelles,  puisqu'elle 
montre  encore  ses  eÇets  de  nos  jours,  Noq^ 
YQUlQns  parier  des  p^pijlations  du  sol }  car  ce 
sont  ces  affaissements  f  t  pes  exhaussènients 
de  quelques  points  |iltpraux  qui  peuvent 
ihoditier  les  ^éaOts  ^u£q§ssifs  de  ces'  points. 
Ces  psci|lation3  se  ppnjpji^ent  d'exihausr 
semenls  lents  et  ^ru^U^Si  l^s  preniiers  sq 

j^connajssent aW3l  pAte§  tpmQur^  ep  retraite, 
successives ,  ^qq  Jut^ro^PUes  i  jandis  que 
les  autres  fprmejilde^^  gr§Jins  élpi^nés ,  des 
ressauts  disignts  (es  ufedcs  autres,  l-es  af- 
faissements doivçnti  par  h  même  rtiispn  i 
avoir  été  lents  et  6f  usques!  Si  I9  n  jtùre  {tç- 
tuelle  nous  doqne  çn  etjfets  au^qycs  pr^qvejs 
de  ces  affaisseinçQts  |)rusques,  )a  ngtur^ 
passée ,  surtout  la  pl'qs  eiîcifennet  «oit  iious 
en  révéler  beaucoqu  ôi^s  ^^exemplçs  ;  car  U 
est  évident  que  I9  croûte  rubins  épaisse  c|e 
l'écqrçe  'terrestre  dev^ft  arneper  plus  spq- 
Tentj  ces  petites' d|sIoçatiQn.s  p4rliçlK'S  df^- 
•  terminées  par  çtçs  trembl^q^ents  ue  terre. 
Partout  o(i  lés  soipts  pôtiefs  gm  ^.if  conser- 
vés^ il  y  a  pouf'  nous  prçuVe  èyidènlf  d'un 
offâisseinent ,  qui  g  per^nis  |^  çç  point  littoral 
de  se  cQJpserYer.  Quand  on  trouve  sùpen/p- 
sées^  comme  à  Tpurnajr.  ^es  couches  évi- 
denimènt  côtièr^  âyéç  qes  coquilles  flot- 
tantes 4?^  ÇQ^ches  (ji^pos^çi  daq^  le  Vpisiaa^a 

<54)  Ibid.,  p.  546. 


DIGTlONNAïaE  PE  COSMOGONIE 


aR 


m 


des  côtes  ,  et  des  couches  formées  dans  les 
régions  profondes  des  mcrs^  )}  esj  encore 
impossiide  de  ne  pas  les  attribuci*  ^  des  os* 
cil|ationsduspK  }1  nous  reste,  pourtant,  une 
|)reuve  pluis  convaincante  que  toutes  celbs- 
cji  et  nous  allons  ]^  donner. 

«  6n  parait^  daiis  pes  derniers  tempSi  n'a* 
yoir  pas  attaché  àsse^  c|'j'^P^C^^°*''e  à  la  pré* 
sen'ce ,  rtan§  les  eouches  de  féla^c  carboni- 
férien,  de  troncs  d'arbre?  encore  dehouts, 
dans  une  pôsitîpn  yertirafe:  ceux  que  M. 
AJexanJre  •Bron^niart  j  tus  au  Treuil,  près 
dé  Sàint-Etienne,'diàns  les  dépôts  terrestres  ; 
ceux  qu'a  observés  M.  Daubuîsson,  à  H^rn- 
chén  ;  ceux  qu'pnl  décrits  MM.  Withain. 
à  Blahchfbrt  ;  M.  Wood ,  h  Killin^'-Worth  • 
M.  Lp^an,  dans  la  Nouvellé-Èçpssc ,  par 
exemple,  tious  les  considérons  au  contraire^ 
comme  des  fjfiits  trèsriToprès  à  expliquer 
des  questions  difficile^.  La  disposition  en 
couches  })jra!lèles  de  tout  l'éta^je  earbônifé- 
rien,  soit  terrestre j  soit  marin,  ne  permet 
pas  (]e  douter  que  renseu||»le  ne  se  soit  for- 
mé mSus  Pinfluencç  d^s  eaux,  et  souvent 
tlap?  ies/eaûV  PP>  comment  lés'trpnc^ 
d*arbres  et  tbiis  les  grands  vé^élauiç  se  com- 

IiQrtentrils,  |orsqu*ils  sont  charriés  |ar  les 
;aui  1^  Nous  en  ^vons  vu  en  trop  ^raad 
nombre  sur  les  rivages  de  toutes  les  vastes 
rivières  du  nouveau  monde ,  sur  les  af- 
fluents de  l'Amazone  et  de  jaPlata,  pour  ne 
f)âs  avoir  remar(]ué  que  ces  troncs,  surtout 
.ors.ju'ils  sont  entiers,  sont  toujours  dans 
iihe  position  qui  apprpche  plus  pu  meinsde 
riioribontalilé;  mai^  qu'ils  pe  sont  jamais 
yerticaux,  ni  voisins  de  la  verticalité.  Celte 

f)psitipn  verticale  des  troncs  de  grands  végé-» 
au|: ,  éomine  les  ^igillari^es  de  2â  mètres  de 
long  trouvées danslesenvironsdèNewcastle, 
çoipine  celles  de  18  mètres  observées  à  Crai- 
glaithi  annoncent  donc  certainement  qu'ils 
sont  dans  leur  position  normale,  sur  le 
point  od  ils  ont  vécu,  ce  que ^  du  reste, 
mm!  Wûod  el  de  La  Bèch«  ont  parfailc- 
nieiit  reconnu,  d'âbprJ,  pâneque  ces  grands 
troncs  irçiversept  plusieurs  couches  de  grès 
et  d^argile  schisteuse,  et  surtout  parce  que 
ces  plantes  ont  encore  leurs  racines.  D'ail- 
leuris,  le  jgrand  npmbrf  de  végétaux  verti- 
cjiux  ç|e  sigillaria,  dont  les  racipes  étaient 
enfoncées  dan^  une  çoiichè  mipcé  de  houille, 
U es  de  Ncwcasll^  ^  eq  ApuletfirrQ  ?  ainsi  que 
e§  arbres  gveo  leurs  rscipes  dans  les  lianes 
hputllèrs  quç  If,  t^ig^U  %  décrits  à  la  Nou- 
velle-Ecpsse,  ^ans  la  t)aie  de  Fundj,  nous 
(jqnnent  I0 preuve  quç  ççs  vé^jétaux  sont  non^ 
Seûiv^mcqt  îîÇ(i1s  Qnl  vécu,  in^is  çncbrç  cians 
les  pi^mçç  détritus  {\e  vMtW^  oÇi  nou^ 
avons  KU  vivre  ^otu.eflwent  l^s  grandes 
foug^rçs^  qélrUus  qui,  «ivçQ  1^  temps  çt  la 
pres5ipn^  ont  formé  dçs  cquchçs  de  lioaille, 
Nq!  doute,  AU)rs,  que  çe§  pl.anle»  liu  soient, 
ayeç  Igurs  trontjs  YÇrli.çau^  et  leurs  ratines» 
surU  pOînt  pu  elles  ont  vécu (^5)  »  et  Ion 
peut  certainement  prendra  ces  couches 
comme  des  [toint^  terrestres, 

«  Npus.  ?irr4Ypns  maintenant  ^va  preuves 


f. 


(55;  MM,  Aleiandre  Brongniarl  et  Wemer  aval^ai  la  n.étm  opinion  retalWenieiil  asx  troMt  VMUChiu. 


I 


iO 


csA 


tT  DE  PALEONTOLOGIE. 


Car 


m 


d^s  osrillalîons  du  soi,  Si,  en  effet,  ces  cou* 
I  lies  avec  dfes  troncs  yerticaux  du  Noribum- 
lierlanU,  du  Purhaoï.  ^Q  Angleterre,  de  )« 
i\^ouveile*Ecosse,  au  Canada»  sont  bien  réel» 
icment  des  points  terrestres,  ce  dont  ou  ua 
peut  douteff  cofumeAl  f  iplùiuerart^a  leur 
présence,  plusieurs  UiU  répétée,  au  milieu 
fie  dépôts  mariQj»  qui  Aonveui  ont  descen» 
tnines  de  luèlresde  puissimcaT  Pourqu^uQ 
point  continental  quelconque  derienne  sousr 
jiiarin,  avec  ces  arbres  encore  verticaux,  il 
nous  parati  évident  qu'il  doit  d*abord  s'affais»- 
5er  brusquement  dans  la  m^  avec  les  par* 
ties  consolidées  qui  le  supportent.  Les  sedi- 
nieuts  marins,  par  Teffet  constant  du  nivel* 
loment,  le  recouvrent  Je  suite  et  conservent 

insi  la  vé^élatjon  et  le  terreau  dans  lequel 
elle  poussait;  mm$  pour  que  sur  le  même 
point  on  trouve,  comme  A  la  NouveIle*Ecosse, 
cesi  ouc))es  terrestres,  piiisieurs  fois  répétées 
h  quelques  ecntaines  de  mètres  de  disUoce 
verticale,  à^x  milieu  des  dépôts  marins,  il 
laut«  à  chaque  fois«  des  affaissements  brus^ 
ques  et  des  reléveuients  lents  ou  brusques 
qui  constiiuenif  cQmtnê  unie  voit, des oscil^- 
latioos  du  sol  analogues  k  ce  que  nou^ 
Yoyons  dans  la  nature  actuelle.  Il  est  évident 
que,  s'il  a  iallu  un  aA/ûssement  pour  que  ces 
points  terrestres  devinssent  des  points  sou^ 
marins,  il  a  fallu  également  unesurélévation 
pour  quelles  points  submer^  redevinssent 
des  points  coutin^eutauz.  Pour  redevenir  en 
eFet  un  point  continental^  après  être  restées 
un  temp6  ooosidérablesou^  les  eauXf  ces  par- 
ties sous-marines  ont  d  surgir  au  dehors, 
soit  par  raccuxoulatix>n  successive  des  sédi- 
ments marins,  soit  par  un  mouvement  lent 
de  surélé'etipn,  soit  eoôn  par  un  mouve- 
ment brusque.  IJ  a  dA  même  s'écouler,  pos^ 
téri  eu  rement,  bien  des  années  avant  que  la 
Té^étalion  terrestre  pût  s*/ développer.  Nous 
croyons  donc,  en  dernière  anal/se«  qu*on  ne 
peut  expliquer  cette  succession  de  points 
continentaux  devenus  sous-marins,  et  des 
points  sous-marins  devenus  des  points 
coniinentam,  que  par  autant  d'oscillations 
successives  du  soU  que  par  autant  de  mou- 
yecuenls  d*afiaissement  et  d^  surélévation  de 
ce  même  sol. 

«  Nous  avons  dit  que  nous  croyons  pouvoir 
expliquer  cette  alternance  de  couches  ^le 
bouille  et  de  roches  sédimentaires  des  dé- 
pôts purement  ierrp^lr^  par  ces  mêmes 
oscillations.  Nous  avons^  dans  réta^je  con- 
temporain, défini  une  oscillation  brusque, 
qui,  pour  nous,  est  Téqui valent  d'une  l^^e 
perturbation  géolo^que^  analogue  aux  Irem- 
blomentsde  terre,  comme«  par  exemple^  celui 
de  Lisbonne,  en  ITâS^  perturbation  locete 

Ïui  a  des  effets  plus  ou  moiiis  resireint^. 
ugeons  néanmoins  par  comi^araison^  Nous 
avons  vu  que^  pendant  ce  tremblement  de 
lorrc  de  17»,  où  Ton  a  pu  seulement  cons- 
tater l'affaiftsemenl  d*une  partie  d'un  quai« 
le  mouvement  des  eaux  fut  coasidérable^  ^e 
fit  sentir  jusqu^aux  Antilles,  et  amenj»  de 
^ombi^ut  désastres  sàxr  toutes  Jes  pÂtes. 
Cne  oscillation  du  sol,  sans  sortir  des  effets 
qui  BOUS  sont  connus,  peut  donc,  par  suite 


de  déplacement  qu*aura  causé  dans  les  eaux 
un  aSiiisafment  bru;ique  ou  une  brusque 
surélévation,  emener  d^  {^erturbatiomu 
même  ^r  les  dépôts  terrestreii  des  conlim 
fiants*  Le«  eauXf  en  envahissant  les  conU« 
nents  de  cette  époque  avec  d*a*'*'«nt  plu^  da 
ftcilité  qu*ils  devai<»nt  être  bien  moins  éle 
jés  que  les  continents  actuels^  durent  enln 
ver  violemment  des  points  voi^inst  ou  plus 
<9U  moins  éloignas,  suivent  la  valeur  dn 
TosciUation,  tou^  19»  vét^taux  ^  Içsdéisim 
ius  ok  ilê  nonssaient,  pour  les  jeie^  d»M 
ioutes  les  dépressîQns  terrestres  voisineSf 
4ivec  tous  les  matériaux  sédimentaires,  qui« 
suivant  Taccélérati  n  ou  le  rêlentissement 
de  rimpulsion  des  fiâai,  ont  pu  recouvrir  de 
grès  des  parliez»  terrestres  pourvues  de  leurs 
arbres,  comme  au  Treuil  ;  déposer  d*abord 
des  grés,  même  pendant  Ta^ilatiou,  puis  des 
sédiments  plus  fins,  comme  ceux  des  coi^ 
i^hes  schisteuses,  dM  que  le  mouvement  di.- 
minua;  et,  enfin,  ces  mêmes  détritus  de  vé«- 
gétaux  terrestres  en  suspension  da^is  |e$ 
eaux«  et  des  végétaux  en  nature  destinés  à 
former  la  Imuille.  C'est  ainsi  que  nous  expli^ 
quons  les  nombreuses  alternances  de  bouille 
et  de  couches  sédimentaires  des  parties  ter^^ 
ri^Ur^^  de  France,  et  ces  amas  s}  considérai* 
blés  de  houille  qu'on  a  signalés  à  Saiut-4&> 
bin  et  surtout  k  Salje  (Avej'ron).  Nous  pen- 
sons donc  que,  sans  ces  circonstances,  plus 
aictiveç  que  les  simples  phénomènes  physjr 
ques  de  J*atmospliére  ^  déterminées  par  lep 
oscillations  du  sol  |)endant  la  durée  de  1*6^ 
ta^  carboniiérien^  on  ne  pourrait  expliuuer 
Timmense  extension  àeê  parties  houillères 
de  France,  d^Aiixleterre,  dp  Bussie,  de  Bel<- 
gique,  et  surtout  ces  jsurfaces  considérable^ 
ùQ  bouille  qui  existent  nu;^  Etats-Unis,  ijas 
plus  ({ue  tous  les  iaitsde  stratification  qu  on 
y  a  si^fialés^  Sans  aucun  ^s,  les  tourbières 
où  il  n*v  a  pas  de  fougères,  le  transport  par 
les  rivières  qui  n'a  qu'une  action  tres-linû.- 
tée,  pas  plus  que  les  autres  causes  actuellos 
de  ce  genre,  n*expiiqueraieot  la  puissance 
et  surtout  Timmense  extension  que  nou^ 
connaissons  aux  bassins  houillers  de  Tanc^en 
et  du  nouveau  nu>nde.  Deux  faits  déplue 
viennent  encore  appujrer  notre  suppositM>n  : 
,on  a  vu  que  les  petits  bassins  houillers  du 
plateau  central  de  France  affectaient  un^ 
direction  très-remarquable^  Cette  direc- 
tion annonce  qu'une  longue  dislocation 
avait  eu  lieu  sui*  s»  plateau  avant  le  dé^ 
pOt  de  la  houille,  qui  se  serait  xiéposé(5 
dans  les  dépressions  préexistantes,  ce  qui 
concorderidt  avec  notre  hj^pothèse.  La  posi- 
tion le  pln^  souvent  supérieure  aux  cou^^s 
U^iw'B  de  J#  j^ilje,  à  Ferques  au  nord 
ile  k  France,  au  pays  de  iisSles,  dans  Jse 
Perbysbire ,  dans  toute  la  Beli^ique ,  aux  A^ 
turies  et  aux  £tats4Jnis^  ne  coincideraitreljye 
pa^  avnç  la  i^nJe  commotion  géologiipio 

Sui  ^  déterminé  la  fin  de  l'étage .  iiommoiion 
e  wèaa^  jMwe  que  les  oscillations  ^t 
i^ons  Avons  parlé,  mais  ^nt  fois  plus  eonsA- 
iiér»i)i0  et  générale  sur  )#  gloi;>e?  iQe  serait 
au  moins  Texplication  la  plus  plausible  que 


m 


CAR 


DICTlONNÂinE  DE  COSMOGONIE 


CAR 


f76 


^1 


i- 


nous  pourrions  donner  de  ce  dernier  fait 
incontestable  (56).  » 

Caractères  paleonlologiqneê,  — Pour  sépa- 
rer rétage  carooniférien  des  étages  inférieurs, 
nous  avons  tous  les  genres  éteints  successi- 
Toment  dans  ces  étages  ;  les  28  eenres  qui 
naissent  et  disparaissent  dans  retage  silu- 
rien ;  les  21  genres  oui  s'éteignent  à  Tétage 
silurien  supérieur  ;  les  52  genres  qui  s'étei- 
gnent à  l'étase  dévonien,  sans  arriver,  au 
moins  dans  l'état  actuel  de  la  science,  jusqu'à 
l'étage  carboniférien.  En  additionnant  ces 

S  genres  propres  aux  étages  paiéozoïques  in- 
érieurs,  mais  inconnus  à  l'étage  carbonifé- 
rien, nous  ^n  aurons  101  pouvant  servir 
de  caractères  spéciaux  pour  distinguer  l'étage 
carboniférien  des  étages  inférieurs,  et  en 
particulier  52,  pour  le  distinguer  de  l'étage 
dévonien. 

Aujourd'hui,  en  attendant  le  travail  que 
M.  Kingdoitfaire  paraître  sur  l'étage  permien 
d'Angleterre,  nous  avons,  pour  en  distin- 
guer l'étage  carboniférien,  les  genres  suivants 
encore  inconnus  dans  ce  dernier  :  parmi 
les  mollusques  lamellibranches,  le  genre 
vanopœa  et  les  deux  autres  suivants;  parmi 
les  mollusques  bryozoaires,  le  genre  Arerafo- 
phytes  :  parmi  les  zoophites,  le  çenre  stene- 
pora:  c'est-à-dire  5  genres.  En  joignant  les 
caractères  négatifs  pour  les  étages  supérieur 
et  inférieur  de  l'étase  carboniférien,  nous 
trouvons,  en  réalite,  106  genres  pouvant 
servir  de  caractères  négatifs  pour  distinguer 
l'étage  carboniférien,  des  autres  étages  pa- 
iéozoïques. 

Avec  l'étage  carboniférien,  ont  paru,  pour 
la  première  fois,  un  nombre  considérable  de 
genres,  oui,  inconnus  aux  étages  paiéozoï- 
ques inférieurs,  peuvent  donner  autant  de 
caractères  paléontologiques  positifs  pour  le 
distinguer  des  trois  étages  iniérieurs.  Ainsi, 
sans  compter  les  nombreux  genres  d'insectes 
et  d'arachnides  qui  naissent  à  cette  époque, 
sans  compter  les  formes  génériques  de  plan- 
tes qui  apparaissent  pour  la  première  fois, 
nous  avons,  seulement  parmi  les  animaux 
vertébrés,  mollusques  et  rayonnes,  72  gen- 
res, qui,  inconnus  dans  les  étages  précédents, 
et  surtout  à  l'étage  dévonien,  sont  autant  do 
caractères  positifs  qu'on  peut  invoquer  pour- 
en  distinguer  l'étage  carboniférien  où  ils 
apparaissent. 

Les  genres  qui  peuvent,  jusqu'à  présent, 
nous  donner  des  caractères  positifs  uifTéren- 
tiels  d'avec  l'étage  permien  sont  les  genres 
qui,  nés  avec  l'étage  carboniférien,  parais- 
sent s'être  éteints  dans  cette  même  époque, 
n'ayant  fait  que  paraître  et  disparaître  sur 
la  terre.  Le  nombre  de  ces  genres  spéciaux 
à  l'étage  carboniférien,  s'élève  à  5(5,  qui, 
joints  aux  46  genres  nés  antérieurement, 
s'éteignent  encore  dans  cet  étage;  le  tout 
formant  un  total  de  102  genres,  qui  peut 
donner  autant  de  caractères  différentiels  avec 
l'étage  permien.  En  résumé,  nous  avons 
.  106  genres  donnant  des  caractères  négatifs, 
<i  et  102  genres  susceptibles  de  fournir  des 
caractères  positifs  pour  distinguer  paléonto- 

(M;  Loc.  eU.,  p.  34S.  V.  Ftou  Fomile. 


logiquement  l'étage  carboniférien  des  autres 
étages  des  terrains  paiéozoïques,  ou  2(^  for- 
mes animales,  dont  la  combinaison  donne 
l'aspect  particulier  de  la  faune  spéciale  do 
cet  étage,  et  pourra  le  faire  reconnaître 
partout. 

•  Aux  caractères  paléontologiques  tirés  des 
genres  qui  pourraient  être  très-suffisants 
pour  distinguer  l'étage  carboniférien  des 
autres,  viennent  se  joindre  les  innombrables 
caractères  positifs  tirés  des  espèces.  En  de- 
hors de  tous  les  animaux  vertébrés,  de  tous 
les  animaux  annelés  et  de  ces  nombreux  vé- 
gétaux qui  présentent  quelques  centaines 
d'espèces  caractéristiques,  nous  avons  seu- 
lement pour  les  animaux  mollusques  et 
rayonnes,  le  nombre  considérable  de  l,0i7 
espèces  qui,  après  avoir  été  sévèremenf 
discutées,  sous  les  rapports  de  leurs  carac- 
tères et  de  leur  synonymie,  donnent  autant 
d'espèces  caractéristiques  de  tous  les  faciès 
sous  lesquels  s'offrent  les  différents  lieux, 
suivant  les  diverses  zones  d'habitation.  On 
a  cité  beaucoup  d'espèces  comme  se  trouvant 
à  la  fois  dans  les  étages  dévonien  et  carbo- 
niférien :  mais  toutes  les  comparaisons  que 
l'on  a  pu  faire  ont  démontré  qu'elles  étaient 
basées  sur  de  fausses  déterminations.  Mous 
devons  donc,  en  attendant  les  preuves  con- 
traires, considérer  toutes  les  espèces  comme 
caractéristiques. 

Tous  les  points  que  nous  avons  cités  à 
l'extension  géographique  de  l'étage  contien- 
nent les  mêmes  espèces,  lorsaue  se  pré- 
sentent les  mêmes  circonstances  ae  dépôt;  ce 
qu'il  ne  faut  jamais  oublier  dans  l'assimi- 
lation de  localités  quelconques.  On  verra 
3ue  tous  les  lieux  de  France  que  nous  in 
iquons  comme  dépendant  de  l'étage  carbo- 
niférien, contiennent  des  espèces  qui  se  re- 
trouvent, soit  en  Angleterre,  soit  en  Belgi- 
que, sur  des  surfaces  non  douteuses  :  il  en 
est  de  même  en  Espagne  et  sur  tous  les 
autres  points  du  monde,  Ainsi,  que  vous 
preniez  l'étage  en  Espagne,  en  France,  en 
Angleterre,  en  Belgique,  en  Allemagne  et 
en  Russie,  jusqu  à  la  mer  Glaciale  et  le 
cercle  polaire,  vous  trouvez  partout,  avec 
quelques  espèces  plus  ou  moins  circonscri- 
tes, un  très-grand  nombre  d'espèces  com- 
munes qui  témoignent  de  la  parfaite  con- 
temporanéité  d'époque  et  de  déuôt  pendant 
l'étage  carboniférien.  indépenclammeut  de 
ces  espèces,  se  trouvant  en  Europe  depuis 
l'Espagne  jusqu'au  cercle  polaire,  il  en  est 
qui  se  rencontrent  également  dans  l'Amé- 
rique septentrionale,  depuis  le  Tennessee 
jusqu'à  l'Ile  Melville,  et  même  dans  l'Amé- 
rique méridionale,  en  Australie  et  à  Van- 
Diemen.  Aussi  nousavonsdes  espèces  qu'on 
voit,  à  la  fois,  sous  la  zone  torride  et  des 
deux  côtés  du  monde,  jusque  près  des  pôles. 
Les  larges  limites  d'extension  de  ces  espè- 
ces prouvent  leur  contemporanéité  d'exis 
tence  sur  tous  ces  points,  et  l'unité  de  mi- 
lieux d'existence  peu  en  rapport  avec  ce 
que  nous  observons  aujourd'nui. 
Les  recherches  actuelles  ont  déjà  iUtcoo* 


^^/ 


177 


CAR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CAR 


ITt 


naître  39  espèces  se  trouvanl  à  la  fois  en 
Europe  et  en  Amérique,  et  sur  ce  nombre 
9  qui,  plus  largement  réparties,  occupent 
les  régions  tropicales  et  les  régions  tem- 
pérées et  froides  de  Tancien  et  du  nouveau 
monde.  Comme,  dans  Tétat  actuel  des  cho- 
ses, les  mêmes  espèces  n'existent  que  dans 
les  zones  isothermes  spéciales,  et  lorsqu'il  y 
a  continuité  des  mers  ces  faits,  qui  mon- 
trent une  contemporanéité  parfaite  d'exis- 
tence et  une  filiation  certaine  des  espèces, 
nous  amènent  tout  naturellement  à  ces  con- 
clusions importantes  :  que  les  mers  de  t'é- 
poque  carfooniférienne  devaient  s'étendre 
sans  interruption  depuis  l'Europe  jusqu'à 
TAmérique  septentrionale  et  méridionale,  et 
même  jusqu'à  l'Australie  ;  et  qu'il  régnait, 
sur  tous  ces  points,  aujourd'hui  si  dispara- 
les«  une  température  presque  uniforme. 

A  l'instant  où  Tétagedevonien  a  fini,  pro- 
bablement par  snite  des  dislocations  géo- 
logiques que  nous  avons  signalées  (Voy. 
Detohibh),  la  faune  et  la  flore  ont  été  to- 
talement anéanties.  ?ious  voyons,  en  effet, 
d'après  nos  connaissances  actuelles,  s'étein- 
dre à  la  fois,  puisqu'ils  n'existent  plus  dans 
l'étage  carboniférien,  52  genres  d'animaux 

rus  avant  l'étage  devonien  ou  spéciaux 
cette  époque,  en  même  temps  qne  la 
flore,  que  les  animaux  vertébrés  et  anne- 
lés  et  1196  espèces  d'animaux  mollusques 
el  rayonnes,  qui  formaient  la  faune  et  la 
flore  connues  de  l'étage  devonien.  Long- 
temps après,  sans  doute,  le  calme  s'est  ré- 
tabli sur  la  terre,  elle  se  repeuple  d'une 
riche  végétation,  et  de  beaucoup  d'animaux 
terrestres,  et  parmi  les  animaux  marins, 
de  71  genres,  et  de  10^7  espèces  inconnues 
dans  1  étage  devonien,  et  qui  viennent  don- 
ner l'animation  du  monde  entier  à  l'épo- 
cpie  cartx>niférienne. 

L'immense  puissance  de  l'étage  carboni- 
férien, les  accidents  si  nombreux  et  si  va- 
riés qu'il  présente  partout  où  il  se  trouve, 
nous  portent  à  croire  qu'il  est  peut-être, 
parmi  les  diverses  époques  géologiques  qui 
se  sont  succédé  à  la  surface  du  globe,  ce- 
lui oui  a  duré  le  plus  longtemps.  Il  exis- 
tait a  cette  époque  des  continents  et  des 
mers. 

La  merde  cette  époque  s'étendait,  des 
deux  côtés  du  monde,  depuis  la  zone  tor- 
ride'jusqu*au  cercle  pcilaire,  vers  le  nord, 
et  jusgn'au  W*  vers  le  sud,  ou  sur  116* 
de  latitude,  en  faisant,  pour  ainsi  dire,  le 
tour  du  monde  :  car  les  houillères  connues 
en  Chine  en  dépendaient  peut-être,  ces 
mets  étant,  sans  aucun  doute,  soumises  aux 
xoémes  influences  aue  les  mers  actuelles. 

Les  continents  de  cette  époque,  qui  pro- 
bablement étaient  considérables,  à  en  juger 
par  les  débris  de  végétaux,  commencent  à 
&e  mieux  dessiner  pour  nous,  au  milieu 
de  ce  chaos  des  temps  passés.  Un  lambeau 
de  ce  continent  occupait  tout  le  plateau  cen- 
tral de  la  France,  dans  les  limites  compri- 
ses entre  l'Hérault  et  Avallon  (Yonne)  et  le 
cours  du  Rhdne  jusqu'à  la  Vienne.  On  ne 
retrouve,  en  effet,  sur  cette  surface,  que 


des  dépôts  carbonifériens  terrestres.  Un 
autre  ^ambeau  continental  forme  tout  le 
massif  breton,  comprenant  :  la  Bretagne,  la 
Vendée,  une  partie  du  Maine  et  de  la  Nor- 
mandie. Il  s'étendait  probablement,  à  l'Ile 
Anglaise,  an  Comwal,  au  pays  de  Galles, 
au  Cumberland,  à  l'ouest  des  mers  de  cette 
époque.  Les  points  cfttiers  de  la  Belgique 
nous  font  croire  que  l'étage  devonien  ser- 
vait, sur  plusieurs  points,  de  limite  mé-  * 
ridionale.  Par  ces  mêmes  points  cAtiers  nous 
pouvons  croire  que  la  Norwège,  la  Finlande 
et  l'ouest  de  la  Russie  formaient  déjà  une 
vaste  région  continentale  que  bornaient  des 
mers  peut-être  semées  d'Iles;  car  nous  avons 
quelques  points  côtiers  dans  l'Altaï  et  l'Ou- 
ral. Sans  doute  encore  une  partie  conti- 
nentale occupait,  de  l'est  à  l'ouest,  une  par- 
tie du  Canada.  Nous  croyons  de  plus,  qu'un 
vaste  lambeau  existait  dans  le  Brésil  orien- 
tal, sur  une  grande  surface. 
'  Les  mers  carbonifériennes  offraient  une 
faune  assez  différente  de  la  faune  de  l'étage 
devonien,  formée  de  quelques  reptiles  ma- 
rins probablement,  riverains,  de  très-nom- 
breux poissons  placoïdes  et  ganoîdes,  re- 
marquables par  les  écailles  osseuses  dont  ils 
sont  cuirassés.  C'est  même  à  cette  époque 
que  les  poissons  placoïdes  se  trouvent  à 
leur  maximum  de  développement  généri- 
que. Lesannimaux  annelés  montrent,  pour 
la  première  fois ,  des  représentants  de  la 
classe  des  cirripèdes ,  sous  la  forme  d'apty- 
chus,  quelques  nouveaux  genres  de  crusta- 
cés trilobites  et  cyproides,  avec  la  nouvelle 
série  des  pliyllopodes  et  des  xiphosures.  Les 
animaux  mollusques  s'y  enrichissent  de 
quatorze  genres  nouveaux  de  gastéropodes 
et  d'acéphales;  et  quelques-uns,  déjà  nés 
dans  les  autres  étages  antérieurs,  y  attei- 
gnent leur  maximum  de  développement  spé- 
cifiaue,  comme  les  produclui  j  les  chonilts, 
les  oellerophonWf  etc.  Les  animaux  rayonnes 
s'y  montrent  sous  plusieurs  formes  nou- 
velles, parmi  les  echinodermes  surtout,  où 
nous  voyons,  pour  la  première  fois,  des 
echinides,  avec  un  nombre  considérable  des 
crinoïdes.  Les  zooph^tes  s'y  multipliext 
encore,  et  les  foraminifères  commencent  à 
s*y  montrer  sous  la  forme  générique  des 
fusulines.  En  résumé,  nous  y  c4>mptons 
plus  de  soixante-douze  genres  nouveaux 
inconnus  à  l'étage  devonien.  On  connaît  de 
ces  mers  les  plantes  marines  suivantes,. for- 
mées d'algues  (genre  condridites,  deux  es- 
pèces ;  genre  amansites^  deux  espèces). 

Avec  cette  animation  toujours  croissante 
des  mers,  les  continents  de  l'étage  carbo- 
niférien n'étaient  pas  moins  bien  partagés. 
On  y  voit,  pour  la  première  fois,  apparaître 
de  nombreux  insectes  coléoptères,  ortho- 
ptères et  névroptères,  et  des  arachnides 
pulmonaires,  voisines  des  scorpions.  En 
même  temps  que  ces  insectes  ailes  viennent 
animer  la  campagne  de  leurs  couleurs  dia- 
prées, la  végétation  s'y  développe  à  propoi^ 
tion.  C'est  alors  que  se  montre  ce  luxe  exu- 
bérant de  végétaux  ;  ces  élégantes  fougères 
arborescentes,  au.feuillage  léger  comme  It 


«-■v;.  »-**,-«.^#.**» 


I7f 


CAR 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


S  lus  riebe  dentelte;  ces  lepidodendroM 
lan^'és;  ees  ftailles  si  vanéet  des  fou- 
gères, des  Ijreopodiacées,  dont  la  (erre  de» 
vait  6tre  couverte;  tes  sigillariées  gigan^ 
lesquea  luttant  de  hauteur  avee  lea  coui* 
fères  de  Vépoque.  ftlen*  aaus  doute,  aujour- 
d'hui, irégalerait  le  pittoresque  d*une  telle 
i^cbosse  végétale,  dont  néanmoins  nous 
donnent  une  idée  ouelques*uAes  des  parties 
montueuses  privilégiées  de  la  zone  torride. 
Cette  magnifique  végétation ,  couvrant  alors 
les  régions  tropicales,  les  répons  tempe* 
ré«)6,  eljusqu*aux  régions  de  1  Ile  Melviile, 
où,  depuis,  les  frimats  sont  éternels;  cette 
iFéj;élation,  croissant  partout,  sous  une  tem^ 
pérature  uniformément  chaude,  était  pour<- 
tant  destinée ,  après  quelques  milliers  de 
siècles,  après  tant  de  i^volutions  terrestres, 
A  devenir  pour  la  race  humaine  une  nou- 
velle providence  1  N'est-il  pas  merveilleux 
qu'elle  se  soit  conservée,  comme  pour  don-* 
ner  à  Thomme,  sur  tous  ce»  points  mainte- 
nant refroidis  et  souvent  glacés,  une  chaleur 
factice  que  la  nature  ne  produit  plus  ? 
M'est-il  pas  roerTeilleux  de  voir ,  après  un 
laps  de  tem|)s  si  considérable,  cette  antique 
végétation  rivaliser  et  même  dépasser  la  vé- 
gétation moderne  pour  les  services  qu  elle 
rond  k  rbumanitét  On  lui  doit,  en  effet,  ces 
magasins  souterrains,  ces  inépuisables  dé- 
pôts devenus,  en  ce  moment,  des  sources 
incessantes  de  prospérité,  et  les  plus  puis- 
sants moteurs  du  développement  de  Tio- 
dustrie  et  du  commerce» 

Nous  devons  aux  savantes  recherches  de 
M«  Adolphe  Brongniart,  de  pouvoir  donner, 
dans  la  liste  qui  suit,  reoaemble  des  genres 
et  le  nombre  des  espèces  qui  oomposent  ta 
flore  de  l'étage  earbonifârieo 


nORB  DK  LA  MÈmODK  CARBONIFÈSE* 


v#e£TATioN  vcaaisTis 

00  a'BAO  DOOGSé 

CrypiégamH  àmpkigiêm. 

tiYPOXtites. 

Escipulitcs.  i 

Polyporitas.  I 

Crjfpê9§Ême$  a€f9§hiê$* 

rouGMÊSk 

Pfondu. 

Cydopterts.  $ 

Ncpliroptoris.  4 

Nevroplerii.  M 

O.lonCopleris*  10 

DirlycipteriS»  5 

Sa^ènopieriSt  f 

AilisHlilea.  6 

Sphe»i)pbTls.  541 

llymeiiophvlliiei,  8 

Tnctioiiiiuiiies*  4 

T:i!ninptcns.  î 

Dt?s   uphlel.ls.  S 

Ah*lliO|>li'rîs«  1$ 

«lallipusm.  4 

PeciipiffrlS.  iO 

Coiûoi^lisi'is.  1 

CtadfluiiliiMft.  ê 


OiÊfOGarpia* 

Srolecopteris* 

Cborioiiopieris* 

Asterocarpui^ 

Hawica* 

SerikenbefKft. 

Woodwsnuiei» 

Letiehopierii» 

Glnaaopieris. 

Scbizoateris. 

Upblebia. 

Selemipteria. 

Gyrtipieris. 

Aiiaclieropiaris. 

Ptiiorachis. 

DiMluphacelui. 

Catoptei'is, 

Tempskia. 

Tigu. 

Gaulopleris. 

Prottkpieria* 

Zippoa. 

Astcrochiicnâ. 

Karstenrfl. 

fACOrODlAC^.£S« 

Lépidendrées, 
LcpiéedaMb-en* 


I 
I 
I 
3 
I 

i 

S 
S 
S 

4 
I 

I 
I 
I 
4 


i 
I 

2 


CAR 

8  PiaroniUi, 

2  Psaronius. 

«  Dîploiegium. 

^  fiQOlSiTiCiES. 

i  Equiselitcs. 
Calamités. 

DICOTTLÉDONES  GTMNCtSPERMES* 

UTtaOntUJTÉBS.  ll4KGC£RàTBl£U. 


Lepiéostrobtts. 

LepidophTniffli 

Vlodendrôn. 

MftgaiiliyteD. 

Halonla. 

LepMopUoiei« 

Knorria. 


1 

10 


Catamodendron. 

AsicropbyUilcSt 

Hippwriies. 

PliyUolheca. 

Attiiularia. 

Sphenopliyllttm. 

SICIUUUÉBSt 

Sl^Ularia. 

Slis^marîa« 

SyruigiMlenJro&A 

Diploxyton. 

?Ai)GistrophTlttim. 

tDldymopDyiIttm. 


6  Ntftgeralbia. 

iO  PyduiopbylUba. 

I  etCASÉct. 

i  IColaoxyU». 

9  tMédulo^ 

oasfffttsa. 

6  Watcbia. 

f  Pclicc. 

I  Daitosttmt. 

I  Pala»xTlon. 

f  PIssade'iMiran. 


i 

9 


k 
i 

f 
9 


DiCOTYLÊDOMES  ANGIOSPCMIBS* 

AttCttiia 

IKWOCOTTLÊDONEf. 

(Très- douteuses  et    îm-  renus                    U 

parraitemeiit  connue!.)  -^     \^^^^/    ' 

Musasites  prinnems        i  Hydoxyftm  {MêàulMi 

Cromyodendron  radi*  eU^m),                 | 

caiis.                         I  lfnsiicar|Miiii#             ' 

Psimacites  ctitani»  Trigoi^^^—»»^          ' 


En  résumant  ees  nombres  t  et  en  entant, 
autant  que  possiblot  les  doubles  eronUjis 
résultant  de  la  répétition  d'organes  diffé- 
renis  ap|)artenant  probablement  aui  mCoits 
plantes,  tels  que  Jes  fettiltes,  .P**%  *^ 
tiges  de  fougères^  etc.t  on  a  les  cbiiuts 
suivants  pour  les  diverses  familles  t 

Cfyptogamu  ampAi* 

Algues  4 

Cbaittptgneni,     S 
Cfypf9^fMÊ9  swe** 

Fempres,  »• 
Lycopeikiacéet^  8v 
Eqiiisclacées.  13 
DUotylidonêi.  g^tn* 
Mospermes.  (S5 


A&léfO|ibylUlas.4i 

Sî^iilaricès^^  6U 
Nœggcnllûccs.  ts 
ICycadécs.  5 

Coiiifrrcs.         46 

Pkaiyêédonefangiât-^ 
permet» 

MouocoiyUdoneêifh^ 
éQuieuëeê.  " 


9 


40 


Le  savant  professeur  à  qui  nous  emprun- 
tons CCS  résultats  a  reconnu,  pour  les  plan- 
teSf  ce  que  nous  avons  signale  pour  les  ani- 
maux marins;  c^estquc  l>caucoupdes  esiièics 
européennes  se  trouvent  aux  Etats- l'iu^- 
Cette  flore  est  encore  peu  de  chose,  connia- 
rée  aux  flores  actuelles;  mais  il  £aut  hu'n 
se  remire  compte,  avant  de  rien  concIi;r»'i 
du  nombre  considérabled*es|)èccsanéaiiUcs 
comparé  au  nombre  conservé  clans  les  'ju- 
ches terrestres,  qui  ne  sont  que  des  ox«  ep- 
tions.  Nous  croyons  donc  que  les  planlcs 
que  nous  connaissons  ne  sont,  comme*  !f^< 
animaux  de  cette  éi>0(|ue,  que  queliucs 
débris  échappés,  comme  par  njîraclc,  au 
naufrage  général  dt  à  la  déi-omposilioa  trop 


m 


CAR 


BT  M  PALEONTOLOGML 


CAR 


IM 


prompte  de  beaaeoup  de  plantes  et  aux  di- 
verses réTOlulions  du  globe.  Néanmoins, 
M.  Bren^niart  s'exprime  ainsi  relatiTement 
j  la  fauyrelë  et  aux  cal^aetères  propres  de 
i  elle  flore  : 

«  L*absencecomptètedes  dirxitylédones  of- 
(linairesou  an^ospermes,  celte  presque  aussi 
a»fflplète  des  monocotjlédones ,  etpliçuebtt 
du  resté,  celle  réduction  de  la  flore  ancienne; 
csr  actuellement  ces  deut  embranchements 
du  rè^ne  Tégélal  forment  au  moins  les  quatre 
c  nquièmes  de  là  totalité  des  es^^èces  Ti- 
râmes connues.  Hais  aussi  les  familles,  d 
peu  notnbh!Uses,  existantes  ft  cette  époque, 
renferment  d*une  manière  atisolue  beau* 
coup  plus  d*espéees  qu'elles  a*en  offrent 
maintenant  sur  le  sol  de  TEurope.  Ainsi  les 
fougères  du  terrain  houiller  •  en  Europe, 
comprennent  entiron  250  espèces  différen- 
tes, ei  r£urone  entière  n'en  produit  actuel- 
lement qae  50  espèces. 

«  De  même  les  gymnospermes,  qui  main- 
tenant ne  comprennent,  en  Europe  qu*en- 
Tirr  n  23  espèces  de  conifères  et  d'éphédrées, 
renfermaient  alors  plus  de  130  espères  de 
formes  très-différentes. 

€  Ces  bmîTtes,  seules  existantes  et  bien 
plus  nombreuses  alors  qu'elles  ne  le  sont 
maintenant  dans  les  mêmes  climats,  si  Ton 
embrasse  la  période  carlionif&re  entière, 
étaient  encore  plus  remarquables  par  les  for- 
mes si  différentes  sous  lesquelles  elles  se  pré- 
sentaient. Ainsi,  parmi  les  criptogames  nous 
remarquons  des  genres  de  fougères  actuelle- 
ment complètement  détruits  et  plusieurs  es- 
pèces art)orescentes,  des  prèles  ou  des  végé- 
taux Yoisins  presque  arborescents;  des  lico- 
po'Jiacées  formant  des  arbres  gigantesques  : 
toutes  formes  actoellement  inconnues,  soit 
dans  le  sonde  entier,  soit  du  moins  dans 
les  zones  tempérées. 

c  Parmi  les  té^taux  que  fious  rangeons 
dans  les  dicotjl&iones  gymnospermes,  les 
différences  sont  encore  plus  tranchées  ;  car 
ils  constituaient  des  familles  complètement 
anéanties  depuis  cette  époque  :  telles  sont 
les  sisillariëes,  les  nœ^érathiées  et  les  asté- 
rophjlliiécs. 

c  I^es  caractères  de  la  tégétation  pendant 
la  période  carbonifère  peuvent  ^e  résumer 
ainsi  : 

«  Absen<re  complète  des  dicotylédones 
angiospermes  ; 

<  Absence  complète  ou  presque  complète 
ù^$  monocotylédunes. 

•  Pré Jominance  des  crjptogaaaes  acfogè* 
nés  et  formes  insolites  et  actuellement  dé- 
truites dans  les  familles  des  fougères,  des 
Ijcopodiacées  et  des  équiséfacéea. 

<S7)  DaneCndaiîTaneiil  aui  yfémkiux  fossîfes  île 
Lamore  et  de  la  Tara.taisc.  M.  Brongniart  adaet, 
ce  nous  crojofis  à  Coaie  la  valear  rétllede  les  obser- 
viiioD-^,  que  les  Té^éuox  de  ce  point  en  litige  sont 
bien  eue  dépendance  ér.  Téfage  carlNiiiiréfien.  Les 
le>âiea  tuirifle  qse  M.  Si-mîon  Gras  a  rencontra 
*ar  ce  poînl  sont  Mea  eerunement  auisi,  et  aaas 
^'ea  piL-ase  éterer  le  moindte  dôme  i  cet  èpant«  des 
tt>|ttule»deré:a§aainéniiiiien  o«  du  lias  mférieor. 
Joiâ  inê  doii  tàiti  biaa  petit  fs  en  préàence.  Comme 
M  rMllalt  éMaét  par  katésétaoi  sontparto^t 


<  Grand  déTeiopperaentdes  dicotylédones 
gymnospermes,  mais  résultant  de  Texis- 
tence  des  familles  complètement  détruites, 
non -seulement  actuellemeutt  mais  dès  la  fia 
de  cette  période  (57).  » 

Comme  nous  TaTOfid  ftlt  remarquer,  la 
même  l^uue  marine  se  trouvant  à  ta  fois 
sous  la  zone  tOrride  et  iusqu'adx  pCtes, 

{rendant  Tétage  carbonifénen,  on  a  la  certit- 
ude que  cette  unité  de  répartition  tient 
encore  à  la  chaleur  rentrale  projire  à  Ta 
terre,  qui  neutralise  Veftex  des  zones  iso- 
thermes que  nous  donne  la  température  ao 
tuelle. 

Les  oscillations  du  sol  nous  paraissent 
avoir  été,  durant  cette  épôoue,  plds  nom- 
breuses que  dans  beanconpd  autres;  et  sans 
elles  nous  ne  pourrion<  etr'liqoer  d*une 
manière  satisfaisante  ces  |:arties  continen- 
tales avec  leur  végétation  en  place,  alter- 
nant plusieurs  fois  avec  des  centaines  dé 
mètres  de  poissance  de  couches  marines. 

En  résumé,  toutes  les  causes  physiques 
qui  eussent  aujourdliui  avaient,  sans  au- 
cun doute,  la  même  influence  pendant 
Tétage  carboniférien ;  mais  celui-ci  a  été 
interrompu  par  une  perturtiation  géologi- 
que générale  dont  nous  trouvons  des  traces 
k  la  fois  dans  les  discorJances  de  straiiflca- 
tlon,  peut-être  dans  la  formation  tie  la 
houille  supérieure,  et  duns  les  limites  des 
&unes. 

Cest  à  la  fin  de  rétamé  carbonfférien,  et 
avant  les  premiers  dépôts  {fcrmicns,  qoe 
M.  Marchlson  ferait  remonter  la  première 
dislocation  de  la  chaîne  de  TOural ,  tjni  au- 
rait amené  son  relief.  Cette  disloration  est 
êssez  importante pottrqtt*on  puisse  lui  attri- 
buer la  fin  de  la  période  caflioniférenne. 
Cést  encore  ft  cette  épO'ine  que  M.  Êlie  de 
Beau  mont  place  la  dislocation  de  son  m/êufe 
du  nord  de  rAngUtetre^  dirigée  If.  9*  O.,  att 
8.  SrË. 

CARDAlf.  fotf.  GtOLOGtt. 

CAHNIVORES  {hniMAtx),  leur  rôle  dans 
la  police  de  la  nature,  —  Dans  le  plan  oni^ 
tersel  de  la  création,  nous  remarquons  qii1i 
toutes  les  époques  un  système  de  destrne*- 
tion  générale,  contrehalaneé  (  ar  un  renot»- 
Tellement  c/mtinuel,  a  contribué  k  accroître, 
pour  les  animaux,  la  somme  du  bien-être 
sur  la  surface  tout  entière  du  globe. 

Parmi  les  prévisions  lês  plus  importantes 
dont  nous  trouvons  la  nreuve  dans  Tanatcf- 
mie  des  animaui  fossiles  «  plusieurs  soitt 
propres  aux  ot^àDeê  qui  leur  ont  été  donnés 

I'Onr  saisir  leur  proie  et  la  mettre  k  morl. 
îî  comme  des  oesseins  dont  la  révélation 
nous  est  fournie  par  des  inatrumeifti  évi- 

en  rapport  avec  les  résultata  donnés  par  la  xoo!-ogid 
fossile,  nous  croyons  que  ceS  deoS  ététnèti^  de  Vc  r-tlé 
fie  peuvent  être  en  déndi,  ttir  en  Sr  ul  noint  eticore 
assez  obscnr,  qttjMl  tissent,  fâtunn  i  Heifrt,  daus 
raceonf  le  plus  parfaite  Ces  réBèKila  fênénui  nous 
pofflem  k  penser  ^uê  éeitt  àfis  géati^çi^nfs  wper- 
piisés  tfiatincto  esiOCAl  sir  ara  po:nia,  et  qne  des 
obaervatieMs  posiérienrea  Vkmireni  nHMitrer  ^ne 
Ci-lte  exception  si  ëlran^e  ^lou  j  a  sigillée  lient  il 
<|Uilr|»e  iuerversion  geologi^ttc  locale  des  «oucbes 
spéciales  aua  dett  époqjntl. 


•483 


CAR 


DICTIONS  AIRE  DE  COSMOGONIE 


CAR 


184 


demment  façonnés  dans  un  but  de  mort  et 
de  destruction  peuvent,  au  premier  abord, 
sembler  mal  en  harmonie  avec  le  plan  d'une 
création  toute  fondée  sur  la  bienveillance, 
et  tendant  à  produire  la  plus  grande  somme 
de  bien-être  pour  le  plus  grand  nombre 
d*individus,  il  est  bon  que  nous  disions 
•quelques  mots  sur  l'histoire  de  cette  quan- 
tité énorme  d'animaux  du  monde  ancien  qui 
ne  furent  créés  que  pour  détruire. 
La  mort  une  fois  établie  par  le  Créateur 
^  comme  une  irrévocable  conaition  de  la  vie, 
ii  a  dû  entrer  dans  ses  desseins  de  bienveil- 
Jance  de  rendre  aussi  doux  que  possible, 
pour  chacune  de  ses  créatures,  ce  triste 
terme  de  toute  existence.  Or,  la  mort  la  plus 
douce,  un  proverbe  le  dit,  est  celle  qu'on 
attend  le  moins  ;  et,  bien  que  pour  des  rai- 
sons morales  et  propres  à  notre  espèce  nous 
demandions  au  ciel  de  détourner  de  nous 
cette  fin  subite,  il  n'en  est  pas  moins  vrai 
que  pour  les  animaux  c'est  là  ce  qu'il  y  a  de 

1)1  us  désirable.  Les  douleurs  de  la  maladie, 
a  décrépitude  de  la  vieillesse,  sont  les  pré- 
curseurs ordinaires  de  la  mort,  lorsgu  elle 
est  amenée  par  un  affaiblissement  graduel. 
C'est  dans  l'espèce  humaine  seulement  que 
tous  ces  maux  sont  susceptibles  d'allége- 
ments ;  car  nous  possédons  en  nous  des 
sources  nombreuses  d'espérance  et  de  con- 
solation, et  c'est  au  sein  des  douleurs  que 
l'humanité  trouve  à  développer  les  senti- 
ments de  charité  les  plus  élevés  et  les  sym- 
.pathies  les  plus  tendres.  Mais  rien  de  sem- 
blable à  ces  facultés  n'existe  dans  les  ani- 
maux inférieurs.  Là,  point  de  tendresse, 
point  d'égards  pour  ceux  qui  sont  faibles  ou 
cassés  par  les  années  :  aucun  soin  n'y  vient 
.alléger  les  douleurs  de  la  maladie  ;  et  la  vie, 
.prolongée  jusqu'aux  époques  reculées  du 
clecJin  et  de  la  vieillesse,  ne  serait'pour  cha- 
que ôlre  qu'une  série  de  longues  misères. 
Avec  un  pareil  système,  la  nature  offrirait  le 
spectacle  quotidien  d'une  somme  de  souf- 
frances énorme,  si  on  venait  à  la  comparer 
avec  la  somme  de  jouissances  qui  a  été 
accordée  aux  animaux.  Dans  ce  système,  au 
, contraire,  oii  les  êtres  sont  soudainement 
détruits  et  promptement  remplacés,  tout  ce 
qui  est  faible  ou  cassé  est  bientôt  délivré  de 
ses  maux,  et  le  monde  n'est  habité  que  par 
des  myriades  d'êtres  doués  de  toutes  leurs 
facultés  et  jouissant  de  tous  les  bienfaits  de 
l'existence;  et  si,  pour  un  grand  nombre,  la 

Eart  de  vie  qui  leur  est  accordée  n'a  que 
ien  peu  d'étendue,  du  moins  peut-elle  être 
considérée  comme  un  bienfait  non  inter- 
rompu, et  la  douleur  momentanée  d'une 
mort  soudaine  et  inattendue  n'est  plus 
gu'un  mal  bien  léser,  si  on  le  compare  aux 
jouissances  dont  elle  vient  arrêter  le  cours. 
Ainsi  donc,  des  deux  grandes  divisions 
dans  lesquelles  se  sont  toujours  partagés  les 
habitants  du  globe,  herbivores  et  carnivores, 
ces  derniers,  dont  l'existence  semble  au 
premier  abord  avoir  pour  but  d'accroître  la 
somme  des  maux  poui  tous  les  êtres  animés 
qui  les  entourent,  nous  apparaissent  sous 
un  point  de  vue  tout  oppose,  dès  que  nous 


venons  à  les  considérer  dans  l'ensemble  de 
leurs  rapports. 

A  tout  nomme  qui,  dans  l'économie  de  la 
nature,  ne  s'arrête  pas  aux  résultats  géné- 
raux, le  globe  peut  paraître  le  théâtre  d'une 
guerre  incessante  et  d*un  carnage  sans 
règle.  Mais  toutes  les  fois  qu'un  esprit  plus 
large  étudie  les  individus  daiis  leurs  rap- 
ports avec  le  bien  général  de  leur  propre 
espèce,  et  aussi  des  autres  espèces  qui  lui 
sont  associées  dans  la  grande  famille  de  la 
nature,  il  ramène  bientôt  tous  les  cas  isolés, 
où  le  mal  parait  se  montrer,  à  servir  d'exem- 
ple qui  prouve  combien  tout  est  subordonné 
a  un  système  de  bien-être  universel. 

Dans  cette  manière  d'envisager  les  choses, 
non-seulement  la  somme  totale  des  jouis- 
sances auxouelles  sont  api)elés  les  animaux 
s'est  agrandie  par  la  création  des  races  car- 
nivores, mais  ces  dernières  sont  une  source 
de  bienfaits  même  pour  les  races  herbivores 
qui  sont  soumises  à  leur  terrible  domi- 
nation. 

Outre  le  bienfait  si  désirable  d'une  mort 
qui  vient  les  saisir  au  moment  où  va  com- 
mencer la  maladie  ou  la  caducité,  il  en  est 
un  autre  encore  dont  sont  redevables  à 
l'existence  des  carnivoreis  les  espèces  mêmes 
qui  deviennent  leur  proie  :  c*est  la  sorte  df 
contrôle  que  ces  derniers  exercent  sur  leur 
accroissement  excessif,  en  détruisant  un 
grand  nombre  d'individus  pleins  de  jeu- 
nesse et  de  vigueur.  Sans  ce  frein  salutaire, 
chaque  espèce  s'accroîtrait  à  un  tel  point, 
que,  bientôt  arrivée  a  une  exubérance  fu- 
neste, elle  ne  trouverait  plus  à  se  nourrir, 
et  que  le  groupe  tout  entier  des  herbivores 
désolé  par  le  fléau  de  la  famine,  ne  se  com- 
poserait plus  que  d'êtres  dont  chaque  jour 
des  milliers  seraient  enlevés  par  la  mort 
lente  et  cruelle  de  la  faim.  Tous  ces  maux 
ont  été  prévenus  par  l'établissement  du 
pouvoir  destructeur  des  carnivores.  Let^r 
action  contient  chaque  espèce  dans  des  limi- 
tes convenables.  Les  malades,  ceux  qui  sont 
estropiés,  ou  affaiblis  par  l'&ge,  ceux  qui 
dépassent  le  nombre  fixé  dans  les  prévisions 
providentielles,  sont  immédiatement  dé- 
voués à  la  mort  ;  et  en  même  temps  qu'ils 
sont  ainsi  délivrés  des  maux  qui  les  affli- 
geaient, leurs  cadavres  servent  de  pAtur? 
aux  carnivores,  leurs  bienfaiteurs,  et  la 
place  qu'ils  laissent  accroît  d'autant  le  bien- 
être  des  animaux  de  leur  espèce  qui  leur 
survivent  pleins  de  santé. 

Cette  même  police  de  la  nature  qui  est 
pour  les  animaux  terrestres  un  bienfait 
si  grand^,  s'étend  de  même  sur  les  habi- 
tants des  mers  et  n'est  pas  pour  eux  un 
moindre  bienfait.  Parmi  ces  derniers  en 
effet,  il  y  a,  de  même  que  parmi  les  pre- 
miers, toute  une  grande  division  qui  ne  se 
nourrit  que  de  végétaux,  et  qui  fournit  la 
pâture  à  toute  l'autre  division,  laquelle  ne 
peut  se  nourrir  que  de  chair.  Or,  ici  comme 
dans  le  premier  cas,  il  est  facile  de  voir  que, 
si  l'on  suppose  l'absence  des  carnivores,  les 
herbivores ,  dout  rien  ne  limitera  la  multi- 
plication,  s'accroîtront  indéfiniment»  9ao9 


fS5 


CEN 


ET  DE  PALEOMOLOGÎE. 


GEN 


tS6 


autre  terme  gue  celui  que  viendra  leur  im« 
poser  la  famine,  et  que,  par  une  inévitable 
conséquence,  la  mer  ne  sera  plus  peuplée 
que  de  créatures  chétives  traînant  misera- 
blemeut  leur  existence,  à  travers  toutes  les 
horreurs  de  la  faim  à  laquelle  ils  devront 
infailliblement  succomber  tôt  ou  tard. 

La  mort  ainsi  donnée  par  la  dent  des  car- 
nivores, si  on  la  considère  comme  le  terme 
ordinaire  de  }a  vie  chez  les  animaux ,  nous 
apparaît  sous  le  jpoint  de  vue  de  ses  résul- 
tats comme  un  bienfait.  Elle  sauve  un  grand 
nombre  d*entre  eux  de  toute  cette  somme  de 
douleurs,  compagne  inséparable  de  la  mort 
naturelle  chez  tous  les  èlres  animés;  elle 
abrège,  elle  supprime  même  pour  tous  les 
êtres  créés  inférieurs  à  Thomme  les  misères 
de  la  maladie,  les  accidents  et  les  langueurs 
de  la  décrépitude  ;  elle  réprime  si  salutaire- 
ment  leur  multiplication  excessive  que  le 
nombre  de  ceux  qui  restent  est  exactement 
celui  qui  peut  trouver  à  satisfaire  tous  ses 
besoins.  Aussi  la  surface  de  la  terre  et  les 
profondeurs  des  mers  sont-elles  habitées  par 
des  milliards  de  créatures  animées  dont 
le  bien-être  dure  autant  que  la  vie,  et  qui, 
pendant  le  petit  nombre  de  jours  qui  leur 
sont  accordés,  s'acquittent  avec  joie  des  fonc- 
tions pour  lesquelles  elles  ont  été  faites.  La 
vie,  pour  chacun  de  ces  êtres,  n'est  qu'un 
festin  continuel  au  sein  de  l'abondance. 
Une  mort  prématurée  vient-elle  en  arrê- 
ter le  cours;  c'est  un  intérêt  qu'il  paie, 
intérêt  bien  faible  pour  la  dette  qu'il  a 
contractée  envers  le  fonds  commun  destiné 
k  l'alimentation  de  l'ensemble  des  animaux^ 
et  auquel  il  a  puisé  tous  les  matériaux  qui 
entrent  dans  la  composition  do  son  corps. 
C'est  par  ce  moyen  que  le  grand  drame  de 
la  vie  universelie  se  continue  sans  relâche; 
et  quoique  les  acteurs,  si  on  les  considère 
comme  individus,  changent  à  chaque  ins- 
tant, chaque  rôle  n'en  demeure  pas  moins 
rempli  sans  interruption ,  les  '  générations 
succédant  aux  générations.  Ainsi  la  faco  de 
«a  terre  et  le  sein  des  mers  se  renouvellent 
sans  cesse,  et  la  vie  se  transmet  avec  le 
bien-être  par  un  héritage  qui  ne  s'épuise 
jamais. 

CATCOTT.  Yoy.  Géologie 

CAUCUY,  son  opinion  sur  les  forces  de  la 
matière.  —  Voy.  Laplaoe. 

CAUSES  ACTUELLES.  Toy.  Sédiments 
AKciENs  comparés  aux  sédiments  actuels. 

CAVERNES  A   OSSEMENTS.    Voy.  Sub- 

▲PPBlflflK. 

CÉNOMANIEN  (ÉTAGE).  —  Quatrième 
étage  de  la  période  crétacée  et  le  vingtième 
de  l'échelle  totale  des  terrains.  Cénomanien 
dérive  de  Cenomanum^  nom  latin  de  la  ville 
du  Mans,  qui  présente  le  type  le  mieux  ca- 
ractérisé et  le  plus  complet  de  l'étage.  C'est 
aussi  \aglauconie  crayeuscj  la  rraie  chloritéet 
le  grès  vert  supérieur^  etc. 

C'est  l'un  des  étages  les  plus  répandus  et 
les  plus  marqués  parmi  les  terrains  créta- 
cés. En  effet,  nous  le  voyons  au  pourtour 
des  bassins  anglo-parisien,  pyrénéen  et 
méditerranéen,  en  rrance,  en  Angleferre, 


en  Allemagne,  en  Espagne,  en  Portugal,  en 
Syrie,  etc.,  etc.  C'est»,  en  effet,  celui  qui 
nous  montre  encore  les  bassins  les  mieux 
circonscrits  et  les  zones  lès  moins  interrom* 
pues. 

L'étage  cénomanien*  repose  en  couches 
concordantes  sur  l'étage  alhien,  aux  ]:)arties 
septentrionales  et  orientales  du  bassin  an- 

f;lo-parisien,  et  ne  s'en  distingue  que  par 
es  différences  de  composition  miiiéralogique 
diverse,  suivant  les  lieux,  et  par  la  faune 
qu'il  renferme.  On  l'a  reconnu  ainsi  déposé 
a  Vissant  (Pas-de-Calais),  et  dans  les  dépar- 
tements de  l'Aisne,  des  Ardennes,  de  la 
Meuse,  de  la  Haute-Marne ,  de  la  Marne ,  de 
l'Aube  et  de  TYonne,  ou  sur  une  extension 
de  près  de  50  myriamètres.  La  même  su- 
perposition existe  dans  le  pays  de  Bray  et 
sur  une  grande  partie  de  l'Angleterre.  Dans 
le  bassin  méditerranéen,  on  le  voit  encore 
en  couches  concordantes  à  laGueule-d'Eiifer, 

f)rès  de  Martigues;  à  Sainte-Anne  du  Caste- 
et,  près  du  Beausset.  Cette  concordance  est 
surtout  très-visibie  à  Escragnolles  (Var). 
Par  la  stratiflcation  concordante  des  couches 
cénomaniennes  sur  l'étage  albien,  au  pour- 
tour du  bassin  anglo-parisien,  et  ])artout 
où  nous  venons  de  le  citer,  on  voit  qu'il 
a  succédé  régulièrementdans  l'ordre  chrono- 
logique à  l'étage  albien,  qu'il  recouvre. 

Dans  les  bassins  parisien,  pyrénéen  et 
méditerranéen,  des  discordances  font  repo- 
ser l'étage  cénomanien,  soit  sur  les  rocnes 
azoïgues,  soit  sur  les  différents  étages  ju- 
rassiques. C'en  est  assez  pour  prouver,  d  un 
côté,  que  les  autres  étages  crétacés  mancfuent 
sur  ces  vastes  surfaces,  et  qu'une  discor- 
dance profonde  sépare  aussi  bien  l'étage  cé- 
nomanien de  l'étage  albien,  que  tous  les 
caractères  paléontologiques.  Si,  d'un  côté, 
la  superposition  nous  donne  la  succession 
régulière  des  deux  étapes,  les  discordances 
d'isolement  viennent  limiter  les  deux  Ages  : 
car,  sur  des  centaines  de  kilomètres  d*exten- 
sion,  l'on  ne  trouve  que  l'un  ou  l'autre 
isolé,  contenant  des  faunes  distinctes  :  ce 
qui  dénote  deux  époques  ayant  leurs  allures 
spéciales,  sé[)arées  par  un  mouvement  géo- 
logique considérable  qui  ne  peut  laisser  au- 
cun doute  sur  son  importance  et  sur  ses  ré- 
sultats, si  visibles  encore  sur  tous  les  points. 
On  regarde  comme  un  fait  de  discordance, 
le  remaniement  à  l'état  fossile  des  restes 
organisés  de  l'étage  cénomanien  sur  place , 
à  Cassis  (Bouches-du-Rhône),  dansFétage  su- 
périeur!; à  Sainte -Catherine,  près  de  Rouen; 
et  à  Fécamp  (Seine-Inférieure).  Pour  que 
ces  fossiles  se  trouvassent  remaniés  dans 
l'étage  turonien,  il  fallait  que  Tétage  cénoma- 
nien fût  déià  consolidé,  et  que  les  débris  des 
roches  qu'il  formait  eussent  été  charriés  par 
les  courants  à  la  fm  de  l'étage  et  à  Tépoqu) 
postérieure.  De  tous  ces  faits  de  discordance 
qui  concordent  avec  les  limites  des  faunes, 
nous  concluons  à  la  séparation  nette  et  pré- 
cise des  deux  étapes. 

Composition  minéralogique,  —  H  n'est  |)as 
d'étage  plus  variable  que  celui-ci ,  sous  oe 
rapport,  qu'on  en  prenne  l'ensemble  sur  un 


117 


CBSf 


DICTIONMAIRK  D£  COSMOGONIE 


fttt 


point  déCenbiné,  ousuïtant  ses  distance» 
borizoDtales.  Sur  des  points  déterminés 
nous  foyoos  se  succédert  en  effet,  toutes  le« 
formes  minérslo^iques  différentes. 

Par  ces  différences  énormes ,  suivant  les 
couches  ou  suirant  les  lieux»  d'un  même 
horizon  séolo^quet  il  est  facile  de  conee- 
voir  où  i  on  pouvait  arriver,  lorqu^on  em- 
ployait le  caractère  roinéralogique  pour  dis* 
tinguer  les  étages  crétacés  ;  et  les  dissidences 
d'opinion  et  de  classification  n'out  plus  lieu 
d*élonner  ;  mais  qu*on  abandonne  ce  carac- 
tère trompeur,  et  qu'on  y  substitue,  comme 
nous  l'avons  fait,  les  caractères  paléontolo* 
giques,  tout  se  simplifiera  ;  les  horizons  se 
dessineront  nettement,  et  alors  on  verra  que 
la  stratigraphie  rigoureuse  concorde  en  tout 
point  avec  les  résultats  paléontologiques. 

En  réunissant  les  diverses  couches  qui  dé* 

f)endent  de  l'étage,  nous  trouvons»  d'après 
es  évaluations  données  par  M.  de  Ver* 
neuil ,  que  l'étage  offre,  en  Espagne» 
dans  les  provinces  de  Saint -Ander  et 
de  Biscaje,  l'épaisseur  énorme  de  plus  de 
500  mètres.  C'est  la  puissance  la  plus 
grande;  car,  partout  ailleurs,  bien  que  con- 
sidérable, comme  à  l'embouchure  de  la  Cha- 
rente, l'ensemble  n'atteint  pas  la  moitié  de 
cette  épaisseur. 

Mélangti  in  produite  terreêtrtê  et  maring. 
•^  Un  point  très-eurieui ,  décrit  depuis 
longtemps,  sous  le  titre  de  forêt  souM^^narine^ 

Er  un  savant  consciencieux,  M.  Fleuriau  de 
ilevue,  nous  paraît  mériter  particulière- 
ment notre  attention.  Nous  voulons  parler 
de  cet  amas  de  lignites  qu'on  trouve  au- 
dessous  de  l'île  d'Ênet,  à  l'embouchure  de 
la  Charente,  et  qui  s'étend  à  Fouras^  et 
même  jusqu'auprès  de  Marennes,  à  la  pointe 
du  Chapns.  On  trouve  dans  cette  couche 
remarquable ,  avee  des  arbres   énormes , 

Eourvus  de  leurs  branches,  mais  couchés 
orizontalement,  beaucoup  de  matières  vé- 
gétales, et  de  rognons  de  succin  ou  de  ré- 
sine fossile^  Avec  ces  produits  évidemment 
terrestres,  parmi  lesquels  M.  Brongniart  re^ 
connaît  des  feuilles  de  conifères»  le  savant 
botaniste  retrouve  encore  des  algues  mari- 
.nes«  D'un  autre  côté«  tous  les  arbres  sont 
.percés  de  nombreux  tarets  et  de  pholades, 
et  il  se  trouve  dans  les  mêmes  couches 
diverses  hutlres  évidemment  marines  et  de 
réj.oque  cénomanienne.  On  doit  donc  croire 
que  les  arbres  ont  été  flottés  longtemps 
dans  les  eaux,  et  qu'ils  se  sont  déposés  en- 
suite avec  d'autres  débris  terrestres,  simul- 
tanément avec  des  débris  marins  câtiers, 
au  niveau  supérieur  des  marées  sur  une 
cdte  maritime. 

Fossiles  remaniés.  —  «  Par  la  nature  des 
fragments,  par  les  fossiles  remplis  de  ma- 
tières différentes  des  sédiments  qui  les  ren- 
ferment, nous  trouvons,  dit  M.  d'Orbigny, 
Sue  des  parties  de  l'étage  cénomauien  ont 
.  té  remaniées  à  l'état  fossile,  dans  des  cou- 
ches plus  récentes.  Nous  en  connaissons 
deux  exemples  très-curieux  en  France.  Le 
premier  se  voit  à  la  montagne  Saintc-Catlïe- 
riu?.  h  Uoueu.  Tout  le  monJe  a  rcwucilli 


des  fossiles  dans  cette  localité ,  mais  per- 
so'ine  n'a  remarqué  que  la  couche  de  moins 
d*un  mètre  qui  les  renfernrie  est  une  ano- 
malie, au  niveau  où  elle  se  trouve;  car,  tout 
en  appartenant,  par  ses  fossiles»  h  l'étage 
cénomanien,  elle  se  trouve,  au-dessous  et 
au-dessus,  entourée  de  fossiles  {Yinocera-  . 
mus  problsmaticus^  Vammonites  tewesiensis)  ' 
qui  ne  se  trouvent  jamais  associés  avec 
1  état  normal  de  l'étage.  Frappé  de  ce  fait, 
nous  en  cherchions  naturellement  la  cause, 
lorsque  mettant  dans  Teau  les  fossiles  de  la 
couche  en  question,  nous  l'avons  facilement 
reconnue.  Ces  fossiles,  qui,  secs,  sont  blanc$ 
comme  la  roche  environnante #  deviennent 
jaunes  lorsqu'ils  sont  mouillés  et  montrent 
alors»  par  leurs  fragments  anguleux,  par  des 
valves  isolées  de  coquill'^s  toujours  d'une 
nature  minéralogique  distincte  de  la  craie 
blanche  qui  les  entoure»  qu'ils  ont  été  re- 
maniés à  l'état  fossile^  et  transportés  au 
milieu  de  l'étage  qui  lui  est  supérieur.  C'est, 
en  effet,  un  lambeau  de  l'étage  cénomanien, 
remanié  à  l'état  fossile  au  milieu  du  dépôt 
de  l'étage  turonien.  Le  deuxième  exemple, 
nous  Tavons  reconnu  entre  Fécamp  et  TE- 
chelle  de  Senneville.  En  étudiant  aveo  soin 
ces  couches,  en  apparences  toutes  formées 
de  la  même  craie  blanche»  mais  dans  les- 

Suelles  nous  avons  retrouvé,  par  les  fossiles, 
eux  étages  distincts»  l'étage  turonien  et 
Tétage  senonien^  nous  avons  reconnu»  au 
milieu  de  Tétage  senonîen ,  une  couche 
mince  formée  de  rosnons  et  de  coquilles 
fossiles  appartenant  a  l'étage  cénomanien. 
Eu  voyant  les  ammonites  tarions  et  rhoio- 
magensisy  etc.,  placés  bien  au-dessus  de  la 
zone  à  inoceramus  problemaiicus^  et  en  con- 
tact avec  Yananchytes  ota/a,  &i  loin  de  leur 
zone  habituelle,  nous  aurions  dû  en  être 
fortement  surpris,  si  la  nature  chtoritée  de 
la  roche  qui  forme  ces  rognons  et  ces  fossi- 
les» entourés  de  craie  absolument  blanche, 
n*était  venue  nous  donner  la  preuve  qu'ils 
avaient  été  remaniés  à  l'état  fossile  par  suite 
de  dislocations  postérieures.  Nous  avons 
.voulu  citer  ces  exemples,  dont  tout  le  monde 
pourra  vérifier  l'exactitude»  d'abord  pour 
indiquer  le  fait  très-curieux  en  lui-même, 
mais  ensuite  pour  prémunir  contre  les  idées 
de  mélange  des  diverses  faunes  à  t'état  de 
vie,,  quand  elles  ne  sont  souvent,  comme  à 
Rouen  et  à  Féeamp,  que  des  effets  de  rema- 
niement à  l'état  fossile,  et  postérieurs  à  la  • 
consolidation  des  couches  primitiveoicnt  ' 
déposées  dans  leur  ordre  naturel  de  sucées* 
sion  stratigraphi^^uOi  On  trouve  encore  à 
Doué  et  aux  environs  d'Angers  (Maine-et- 
Loire),  Vostrea  columba,  remaniée  dans  Tc- 
tage  lalunien,  c'est-à-dire  avec  les  coquilles 
fossiles  de  six  étages  plus  jeunes  dans  les 
Ages  du  monde.  » 

Oscillations  du  soL  —  «  Bans  cet  étage  si 
'fécond  en  enseignements^  nous  retrouvons 
peut-être  les  faits  les  plus  frappants  pour 
prouver  l'existence  des  oscillations  du  sqI 
durant  l'étage  cénomanien.  Citons-en  sur- 
tout deux  exemples.  Nous  prendrons  Tun 
dans  lô  bassin  angl^parisien»  et  Taïuire 


ET  Dfi  PALEONTOLOGIE. 


CEN 


190 


dans  le  basôn  (rrrénéea.  Au  Mans,  on  voit  : 
i*  aux  parties  inférieures  des  carrières  de 
Sainte-Croix»  d*abord  des  grès  sans  fossiles» 
puis  des  grès  qnarlzeui»  renfermant  de  très- 
grosses  ammonites,  earactérisanl  un  dépôt 
cdiier  lail  au  niveau  supérieur  des  marées  ; 
2*  après  plusieurs  alternats»  un  banc  spécia* 
lemeiit  formé  de  bryozoaires  et  de  brachio- 
podes  :  dépôt   sous-marin   fait  à    d*assez 

Endes  profondeurs  dans  les  eaux;  3"  un 
ic  de  eoquilJes  de  poljpicrs  roulés»  avec 
quelques  mimiilus  triangularis^  encore  point 
côlier  déposé  sur  le  littoral  dans  les  limites 
du  balancemeni  des  marées.  Pour  qu'au 
même  endroit  on  trouve  un  dépôt  sous- 
marin»  entre  deux  déçois  côtiers»  il  a  fiilla 
que  la  première  côte  s  affaissât  pour  en  for- 
mer an  point  sous-marin»  et  qu  elle  s*élevâl 
ensuite  pour  en  reformer  une  côte  :  fait 
aciael  des  oscillations.  Le  second  exemple 
existe  à  llle-Madame  (Charente-Inférieure). 
On  y  trouve  :  1*  aux  parties  inférieures,  des 
couches  sous-marines,  déposées  à  de  gran- 
des profondeurs  dans  la  mer»  à  en  juger  par 
les  brachiopodes,  les  rudistes  en  bancs  et 
les  nombreux  foraminifères;  2*  un  banc 
rempli  de  {^stéropodes  et  de  nautilui  Iriari' 
fuimrig^  évidemment  côtier»  déposé  au  ni- 
veau supérieur  des  marées  ;  3*  des  grès  jau' 
aes  avec  bancs  d'hu tires  ou  caprotines  en 
pla  e»  sans  au jun  doute  sous-marins»  dé- 
posés au-dessous  du  balancement  des  ma- 
rées. Pour  que  ies  premières  couches  sous- 
marines  soient  devenues  côlières  et  au  ni- 
Teaudes  marées»  il  a  fiillu  une  surélévation; 
pour  que  cette  partie  cotière  soit  recouverte 
de  dépôts  sous-marins»  il  a  fallu  un  affai»- 
semenL  Nous  ne  pouvons»  d*après  ces  résul- 
tais que  tout  le  monde  peut  vérifier»  expli- 
quer autrement  que  par  des  ^oscillations  du 
sol  ces  changements  successifs  qui  se  sont 
opérés  sur  le  même  point,  et  qui»  dans  les 
deux  bassins»  montrent  des  mouvements  en 
sens  inverse;  c*esl-à-dire  que,  lorsqu*une 
partie  s'exhaussait  dans  un  des  bassins»  elle 
s*allaissait  dans  Fautrc  (58).  > 

Caraeiirêê  paléontologiaues.  —  La  faune 
de  l'étage  cénomanien  seloigne  encore  da- 
vantage de  l'aspect  général  de  la  première 
laune  crétacée»  non  qu*il  soit  disparu  lieau- 
coupde  formes  animales  préexistantes»  mais 
seulement  parce  qu'il  naît  un  très-^^raDd 
nomlire  de  genres  nouveaux.  Quelques-uns 
larmi  les  mollusques  gastéropodes  et  lamel- 
libranches;  beaucoup  parmi  les  bryozoaires» 
Ips  échinodermes»  et  surtout  les  zoopbjtes  ; 
les  ammonites»  qui  dominent ,  ont  des  tu- 
ii^rt-ules  par  lignes  transverses.  Le  petit 
ooHibre  de  genres  qui  s'éteignent»  comparés 
i  ceux  qui  naissent»  donnent  la  certitude 
que  les  terrains  crétacés  sont  dans  une  belle 
pirifKle  de  développement. 

Létage  cénomanien  se  distingue  de  Té- 
lagc  albien»  indépendamment  des  trois  gen- 
re^  que  nous  avons  vus  naître  et  s*éleiudre 
Càns  l'étage  albien,  par  les  trois  jjenres  sui- 
vants qui  se  sont  également  éteints  dans 

(SI)  Aie.  sXHksioiv. 


*  Tétage  albien  sans  passer  \  celui  qui  noua 
occupe  :  parmi  les  eéDhalopodes»  le  genre 
criùcerai:  parmi  les  écfiinoaerraes,  te  genre 
toxasier:  parmi  les  polypiers»  le  genre  am- 
blocyathuM, 

Pour  limites  négatives  supérieures  entra 
Fétage  cénomanien  et  l'étage  turonien»  nous 
avons  trente-trois  genres  qui»  enrore  in- 
connus à  rëtage  cénomanien,  thi  naissent 
que  dans  Tétage  turonien. 

Tous  les  genres  que  nous  n'avons  pas  en- 
core vus,  dans  les  étages  antérieurs»  qui 
naissent  avec  celui-ci,  seront  autant  de  ca- 
ractères distinctifs  positifs  qu'on  pourra 
Invoquer  pour  le  reconnaître  de  ces  étages 
antérieurs.  Ces  genres  sont  au  nombre  de 
cinquante-trois. 

Parmi  ces  pures  positifs,  ceux  qui  s'étei- 
gnent dans  I  éiap;e  cénomanien,  sans  passet 
aux  étages  supérieurs,  seront  autant  de  ca* 
ractères  positifs  propre  h  les  faire  distip^ 
guer.  Ces  |j:enres  sont  au  nombre  de  onze. 
Si  nous  ajoutons  è  ces  genres  les  treize 

?ut»  nés  antérieurement»  se  sont  également 
teints  dans  cet  éta^  sans  passer  au  sui* 
vani,  nous  aurons  vingt^qualre  genres  pou^ 
vant  donner  des  caractères  positifr  supé^ 
rieurs. 

Abstraction  faite  des  nombreuses  espèces 
d*animanx  vertébrés  et  annelés,  nous  avons 
huit  cent  quaranle:neuf  espèces  d*animajt 
mollusques  et  rayonnes.  Si  nous  retranchons 
de  ce  nombre  les  sept  espèces  mentionnées 
comme  s'étant  trouvées  dans  l'étage  précé» 
dent,  et  Vastrea  dt/tirtafia»  qu'on  trouve  dans 
Tétage  turonien,  il  nous  restera  encore  huit 
cent  quarante-une  espèces  caractéristiques  de 
cet  éta^e,  nombre  assez  considérable  ponr 
donner  à  tous  les  faciès  de  dépôts,  et  à  tous 
les  lieux,  un  grand  nombre  d'esnèces  pro- 

f)res  à  les  faire  reconnaître,  qu'ils  soient  à 
'état  de  grès  rouges  on  verts,  de  craie  blan- 
che» ou  sous  toute  autre  forme  minérale* 
gique. 

Chronologie  historique.  —  Arec  la  pertur- 
bation flnale  de  l'étage  albien  ont  été  anéan- 
tis six  genres  préexistants,  et  quatre  cent 
trois  espèces  d'animaux  mollusques  et  rayon- 
nés  de  cet  étage.  Aussitôt  que  le  calme  s'est 
rétabli  dans  les  mers  cénomaniennes,  sont 
nés  cinquantMrois  genres,  jusqu*alors  in- 
connus, et  huit  cent  quarante-deux  esf^èces 
d'animaux  mollusobes  et  rayonnes,  oui» 
avec  les  autres  séries  animales  et  les  t^è^é- 
taux,  sont  venus  animer  les  mers  et  les 
continents. 

Les  mers  cénomaniennes  changent  encore 
de  circonscription.  Si»  à  quelques  atterris- 
sements  près»  elles  restent  les  mêmes  sur 
toutes  les  régions  orientales  du  bassin  anglo- 
parisien,  en  France;  et  sur  les  régions  occi- 
dentales, en  Angleterre;  si  elles  montrent 
des  limites  presque  semblables  sur  quelques 
points  du  bassin  méditerranéen,  il  n>n  est 

Sas  ainsi  sur  les  autres  parties  des  bassins, 
[ous  voyons,  probablement  par  suite  d'un 
affaissement»  les  mers  s'avancer,  un  peu  vers 


f9f 


CEP 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CEP 


Ï9Î 


la  Belgique»  jusqu'à  Tournay .  Elles  couvrent 
toute  tk  yaste  surface  comprise  entre  Fécamp 
et  Tours,  entre  Tours  et  Bourges,  où  elles 
ii*avaient  pas  encore  paru  depuis  la  fin  des 
terrains  jurassiques.  Elles  couvrent  en  en- 
tier tout  le  bassin  pyrénéen,  de  la  Loire- 
Inférieure  jusqu'  au  Lot,  et  de  là  à  TEspa- 
gno  et  au  Portugal,  où  les  terrains  crétacés 
étaient  encore  inconnus.  Dans  le  bassin  mé- 
diterranéen, elles  apparaissent  sur  quelaues 
points  seulement,  li  est  encore  probable, 
a*après  les  espèces  identiques,  que  la  mer 
cénomanienne  s'étendait,  sans  interruption, 
d'un  côté  jusqu'en  Syrie,  au  mont  Liban,  et 
de  Tautre  dans  rAllemagne,  la  Westphalie, 
la  Saxe,  la  Silésie  et  la  Bohème. 
.  Les  continents  ont  gagné  plusieurs  atter- 
rissements  au  pourtour  des  bassins,  surtout 
à  l'est  du  bassin  anglo-parisien,  en  France, 
et  à  Touest  de  l'Angleterre;  mais  ils  ont 
perdu  en  Belgique;  ils  ont  été  diminués 
d'une  large  bande  à  l'ouest  de  la  France,  de 
Ja  Loire  au  Uflvre  ;  et  tout  le  bassin  pyré- 
néen, exhaussé  depuis  les  premiers  étages 
crétacés,  cesse  d'être  au-dessus  des  eaux 
et  devient  le  domaine  des  mers. 

Les  mers  montrent  une  grande  animation 
sur  tous  les  points;  la  faunes  très- nom- 
breuse, se  compose  de  poissons;  de  beau- 
coup de  mollusques  nouveaux,  parmi  les 
gastéropodes  et  les  lamellibrancnes,  tels 
que  des  glohiconcha^  des  pierodonta^  des 
volultty  des  mitra^  des  ehama  et  d'autres  gen- 
res jusqu'alors  inconnus,  d'une  très-grande 
quantité  de  brachiopodes,  formant  des  bancs 
sous-marins  très-developpés,  avec  d'innom- 
brables bryozoaires^,  des  échinides  et  sur- 
tout un  grand  nombre  de  zoophytes.  Avec 
les  animaux,  vivent,  sur  les  rivages,  des  al- 
gues marines. 

Les  continents,  près  des  rivages  des  mers, 
étaient  animés  par  le  genre  raphiosaurus  et 
par  d'autres  reptiles.  Sur  les  points  pure- 
ment terrestres,  ils  nourrissaient  des  plan- 
tes qui  ne  sont  que  de  faibles  débris  de  la 
flore  de  celte  époque. 

.  Les  oscillations  du  sol  sont  très-pronon- 
cées pendant  cette  période,  et  la  perturba- 
tion finale  n*a  pas  moins  laissé  de  traces  pro- 
fondes que  l'extinction  de  toute  cette  anima- 
tion que  nous  y  connaissons. 

C'est  à  la  fin  de  cette  époqu3  que  corres- 
pondrait, peut-être,  le  système  du  mont  Yiso 
de  Xf .  Elie  de  Beaumont,  dont  les  disloca- 
tions sont  dans  la  direction  duN.  N.-O.  au 
S.  S.-E.,  qui,  joint  aux  discordances,  aux 
remaniements  des  fossiles,  serait  aussi  bien 
le  siçne  de  la  perturbation  géologique  qui  a 
Icrmuié  cet  étage,  que  les  limites  respecti- 
ves qui  en  seraient  la  conséquence  visible 
et  irrécusable. 

CÉPHALOPODES  {xf|»ftXé,  tête;  irovf,  pied 
ou  tentacule).  —  Vanimal  des  céphalopodes 
est  libre  et  formé  de  deux  parties  distinctes  : 
l'une  postérieure,  le  corps,  ouvert  en  avant, 
contenant  les  viscères  et  les  branchies  ;  Vau- 
tre, antérieure  ou  céphaliquc,  portant  des 
brai  ou  des  tentacules.  Corps  variable,  rond, 
f  iUmgé,  ojiÀXidnqiih  pourra  ou  non  de  na- 


Seoires,  se  rattachant  à  la  tête  par  des  brides 
xes,  ou  au  moyen  d'un  appareil  facultatif 
{particulier;  logé  dans  une  icoNquille  uniiocu- 
aire  ;  dans  la  dernière  cavité  d'une  coquille 
multiloculaire,  ou  renfermant,  dans  Tépais- 
seur  des  téguments,  une  coquille  cornée, 
testacée,  simple,  spirale,  formée  de  loges 
aériennes  successives,  traversées  par  no  si- 
phon. Tête  volumineuse,  plus  ou  mains  sé- 
parée du  corps,  pourvue  latéralement  d'yeux 
saillants  très- complets,  d'oreilles;  en  des- 
sous, d'un  tube  locomoteur  entier  ou  fendu; 
en  avant,  de  huit  ou  dix  bras  charnus,  ou  de 
tentacules  nombreux.  Au  milieu  des  bras, 
un  appareil  buccal  composé  de  deux  mandi- 
bules cornées  ou  testacées  agissant  de  haut 
en  bas,  de  lèvres  charnues,  et  d'une  langue 
hérissée  de  crochets  par  lignes  longitudina- 
les. Sexes  séparés  sur  des  individus  distincts, 
les  uns  mâles,  les  autres  femelles.  La  res- 
piration se  fait  au  moyen  des  branchies  in- 
ternes paires  ou  symétriques,  au  nombre  de 
deux  ou  de  quatre.^Ces  animaux  ont  une 
excrétion  singulière  noire  ou  brune,  qu'ils 
emploient  à  colorer  l'eau,  et  qui  est  renfer- 
mée dans  une  poche  spéciale. 

Les  organes  de  manducation^  chez  les  cé- 
phalopodes, se  composent  d'un  bec  formé  de 
deux  mandibules  cornées  ou  calcaires.  Le 
6ec,  organe  puissant  de  manducation,  est  cal- 
caire chez  les  nautilus^  les  conchorht/nchus 
et  les  rhynchoteuthiSf  corné  chez  les  autres 
céphalopodes  acétabulifères.  Il  se  compose 
de  deux  mandibules  qui  agissent  de  haut  en 
bas,  et  ressemblent  beaucoup  au  bec  d*un 
oiseau;  néanmoins,  ce  bec  offre  toujours 
une  position  inverse  de  celui  de  ces  animaux, 
puisque  la  mandibule  supérieure  ne  recou- 
vre point  l'inférieure,  mais  rentre,  au  con- 
traire, dans  l'inférieure,  qui  la  recourre; 
position  anormale,  et  souvent  méconnue  par 
ceux  qui  se  sont  occupés  des  céphalopodes. 
Les  céphalopodes  ont  une  coquille  cornée 
ou  calcaire,  interne  ou  externe,  partie  sou- 
vent la  seule  conservée  dans  les  couches  de 
l'écorce  terrestre  du  globe,  et  dès  lors  l'uni- 
que moyen  qui  soit  resté  de  comparer  les 
espèces  antérieures  à  notre  époque  à  celles 

3ui  existent  maintenant  dans  les  mers.  Elle 
evient  donc  essentielle  dans  les  caractères 
zoologiques  des  céphalopodes.  La  coquiiU 
interne^  développée  surtout  chez  les  décapo* 
des,  est  placée  dans  une  gaine  spéciale,  en- 
tre deux  couches  de  téguments,  sur  la  ligne 
médiane  en  dessus  du  corps.  Elle  est  testa- 
cée  chez  les  sepia^  les  beloptera^  les  spiruli 
rostra;  elle  est  testacée  et  cornée  chez  les 
belemnites^  les  conoteuthis^  tandis  qu'elle  est 
seulement  cornée  chez  les  loligo^  les  ommas^ 
trephes^  etc.  Lorsque  la  coquille  interne  est 
testacée,  elle  est  ovale  ou  oblongue  et  con- 
tient toujours  des  loges  aériennes. 

Lorsque  la  coquille  interne  est  cornée  et 
testacée,  elle  s  allonge,  forme  une  partie 
cornée,  large  ou  étroite  en  avant,  et  une  par> 
tic  testacée  en  arrière,  contenant  des  loges 
aériennes  empilées  les  unes  sur  les  autres 
et  percées  d'un  siphon.  Ces  loges  sont  seu- 
lement recouvertes  de  test  chez  les  conoieu-^ 


I« 


CKP 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CEP 


m 


(hîSt  tandis  que,  chez  les  belemniies,  elles 
sont  protégées  extérieurement  par  un  rostre 
testacéy  (jiielquefois  très-long.  Ce  rostre, 

;  absolonient  identique  de  composition  k  celui 

•  de  fa  â/pia,  se  forme  de  couches  successives 

:  très-serrées,  rayonnantes. 

;  Là  coquille  interne,  seulement  cornée, 
tarie  beaucoup  suitant  les  genres.  Chez  les 
calmars,  les  teudopsis  et  les  énoploteuthes, 
Tosselet  Ggure  uiîe  plume  plus  ou  moins 
large.  Comparées  aux  autres  caractères,  les 
direrses  formes  des  coquilles  internes  nous 
donnent  la  certitude  que  chaque  fois  qu'elles 
éprouvent  des  modifications,  il  existe  égale- 
ment des  caractères  zoologiques  très-mar- 
qués, et  dès  lors  des  motifs  puissants  pour 
distinguer  génériquement  les  animaux  qui 
les  renferment.  En  partant  de  ces  résultats 
appliqués  aux  restes  fossiles  de  céphalopo- 
des, on  peut  être  certain,  à  priori^  que  des 
différences  de  formes  entre  les  coquilles  fôs* 
<i\cs  dénotent  évidemment  des  formes  zoo- 
logiques distinctes  entre  les  animaux  aux- 
quels ces  coquilles  appartiennent.  On  peut, 
eoDséquemment,  en  toute  assurance,  établir, 
pour  tous  ces  corps,  des  coupes  nouvelles. 
L*étude  de  la  coquille  interne ,  considérée 
quant  h  ses  fonctions  dans  l'économie  ani- 
male et  à  ses  rapports  de  formes  avec  la  force 
comparative  de  natation  et  des  habitudes  des 
céphalopodes,  demande  plus  de  développe- 
ment. Les  fonctions  sont  de  trois  espèces, 
qui  diffèrent  entièrement,  en  raison  de  telles 
ou  telles  modifications  spéciales  :  1*  lorsque 
la  coquille  interne  est  cornée,  elle  sert  tout 
simplement  k  soutenir  les  ctuûrs,  remplis- 
sant alors  les  fonctions  des  os  des  mammi- 
fères ;  2*  lorsqu'elle  est  cornée  ou  testacée, 
et  qu>lle  contient  des  parties  remplies  d'air, 
comme  l'alvéole  des  bélemnites,  non-seule- 
ment elle  soutient  les  chairs,  mais  encore 
elle  sert  d'allégé,  en  représentant,  chez  les 
mollusques,  la  vessie  natatoire  des  poissons; 
3*  lorsque,  cornée  ou  testacée,  pourvue  ou 
non  de  parties  remplies  d'air,  la  coquille  in- 
terne s  arme  postérieurement  d'un  rostre 
calcaire,  aux  deux  fonctions  précédentes 
vient  se  réunir  celle  de  résister  aux  chocs 
«lans  Faction  de  la  nage  rétrograde,  ou  peut- 
élre  de  servir  d'arme  défensive,  et  c'est 
alors  un  corps  protecteur. 

Nous  allons  passer  en  revue  ces  trois  sé- 
nés de  fonctions ,  en  comparant  leurs  rap- 
ports avec  les  habitudes  des  animaux. 

Premières  fondions, —  La  coquille  interne 
est  touiours  ptacée  en  dessus,  sur  la  ligne  mé- 
diane lon^tudinale  du  corps,  et  lozée  sous 
les  couches  musculaires  du  dos,  dans  une 
gaine  spéciale,  où  elle  est  quelquefois  entiè- 
rement libre.  Dans  tous  les  cas,  ses  fonctions 
les  pins  simples  sont  de  soutenir  la  masse 
t^faarnue,  d^affermir  le  corps  et  de  lui  per- 
mettre la  résistance  aux  efforts  de  la  nata- 
tion; elles  sont  donc,  alors,  analogues  k  cel- 
les des  os  des  animaux  vertébrés.  En  général, 
on  peut  dire  que  le  plus  ou  moins  d'allon- 
sèment  de  la  coouilie  interne  est  toigours 
en  rapport  avec  la  vélocité  de  natation  des 
ttimaux  qui  en  sont  pourvus. 


Secondes  fondions.  —  La  coquille  interne 
qui,  indépendamment  de  sa  composition  cor- 
née ou  testacée,  contient  des  parties  rem- 
plies d'air,  est  de  différente  structure.  Elle 
est,  chez  la  seiche,  pourvue,  en  dessus, 
d'une  partie  testacée  lerme,  et  contient,  en 
dessous,  une  série  de  loges  obliques,  sépa- 
rées, dans  leur  intérieur,  par  une  foule  de 
petits  diaphragmes  remplis  d'air.  Chez  la  spi- 
rale, c'est  une  coquille  spirale  formée  de 
cloisons  qui  la  séparent  en  compartiments 
irtéguliers,  aussi  remplis  d'air.  Chez  les  spi- 
rulirostres,  c'est  une  coquille  analo^e  lo^ée 
dans  un  rostre.  Chez  les  conoteutnes,  c^st 
un  cône  placé  k  l'extrémité  d'une  coquille 
cornée  et  divisée  en  cloisons  ;  chez  les  bé- 
lemnites, c'est  également  un  c6ne  alvéolaire, 
placé  k.  l'extrémité  d'une  coquille  cornée 
dans  un  rostre  calcaire  terminal.  Nous  avons 
dit  que  nous  considérions  cette  modification 
comme  une  simple  fonction  d'allégé,  analo- 
gue k  celle  des  vessies  natatoires  des  pois- 
sons. Nous  fondons  cette  opinion  sur  ces 
deux  seuls  faits  :  1*  que  ces  coquilles  suma- 

?ent  k  la  surface  des  eaux,  lorsqu'elles  ont 
té  retirées  de  l'animal  ;  et  2*  qu'il  j  a  coïn- 
cidence constante  de  l'augmentation  pro- 
gressive du  nombre  des  loges  avec  l'accrois- 
sement du  corps  de  l'animal,  comme  pour 
maintenir  constamment  l'équilibre  dans  les 
diverses  périodes  de  l'existence.  En  effet,  la 
seiche,  la  spirule,  avec  leurs  proportions 
massives,  devaient  avoir  besoin  de  cet  ap- 
pareil pour  s'aider  dans  leur  natation;  et 
cela  est  si  vrai  que  la  spirule,  avec  sa  forme 
plus  arrondie,  est  pourvue,  par  la  nature, 
d'une  bien  plus  grande  masse  d'air  que  le 
conoteuthe,  dont  la  forme  dénote  un  animal 
infiniment  plus  agile  et  meilleur  nageur. 
Chez  la  bélemnite,  l'empilement  des  loges 
aériennes  vient,  sans  doute,  compenser  le 
poids  énorme  du  rostre  calcaire  de  l'extré- 
mité de  l'osselet,  qui,  sans  cette  allège,  obli- 
gerait l'animal  k  se  tenir  dans  la  position 
verticale,  tandis  que  la  station  normale  est 

fénéralement  horizontale.  Il  résulterait  donc, 
n'en  pas  douter,  de  ce  qui  précède,  que  les 
loges  aériennes,  chez  les  genres  cités,  ainsi 
que  chez  les  nautiles,  les  ammonites  et  tou- 
tes les  autres  coquilles  divisées  par  des  cloi- 
sons, ne  sont  que  des  moyens  d'allégé  don- 
nas par  la  nature  k  tous  ces  animaux,  pour 
rétablir  l'équilibre  chez  des  êtres  essentiel- 
lement nageurs,  dont  les  formes  sont  sou- 
vent assez  lourdes. 

Le  volume  d'air  contenu  en  dehors  ou  en 
dedans  du  corps ,  parait  être  en  raison  in* 
verse  de  l'allongement  du  corps,  puisqu'il 
est  très-grand  chez  la  spirale  et  chez  la  sei- 
che, dont  le  corps  est  très-massif,  et  qu'il 
est  proportionnellement  très-restreint  chez 
le  conoteuthe  et  la  bélemnite,  dont  le  corps 
était  évidemment  très-allongé.  Ces  résultats, 

1 'oints  aux  résultats  obtenus  relativement  k 
'allongement  du  corps,  comparé  k  la  puis- 
sance ae  natation,  prouvent  que  le  volume 
d'air  est  aussi  en  raison  inverse  de  cettf 
même  force  de  natation,  puisque  la  spirale 
et  la  seiche,  dent  le  volume  d'air  est  très- 


195 


CEP 


MCTfONNAliiË  DE  COSMOGONIE 


CEP 


m 


i^and,  sont  bien  moins  bons  nageurs  que 
les  ommastrèphes ,  dont  les  conoteutaes 
•rt  les  bélemnites  paraissent  être  si  voisins. 
11  suffît ,  d'ailleurs,  de  oomparer  Ténorroe 
roluone  il  air  que  doivent  contenir  les  oau«- 
i  les  et  les  aminooitea,  à^ec  la  forme  de  leur^ 
coquilles  qui  s'oppose  à  toute  natation  ra^ 
pidc,  pour  se  persuader  qu'il  en  est  ainsi  de 
tous  les  animaux  pourvus  de  eoquiUes  rem- 
pli es  d'air. 

Troi$iim9$  fonctions.  ^  Les  eé^alopodes 

-«agent  au  moyen  de  leur  tube  locomoteur' 

Dès  lonSf  loin  de  se  diri^^er  la  tête  en  avant» 

rfuand  ils  veulent  promptement  ^cbappcr  à 

la  poursuite  des  autres  animaux,  ils  sont, 

^.on  trairement  à  la  loi  ordinaire,  obligés  d'aï" 

4er  à  rioeulona,  sans  jamais  pouvoir  calculer 

la    portée  de  leur  élan;  cest  ainsi  qu*ilâ 

js'  élancent  dans  les  eira,  au  sein  des  océans, 

ou  qu*iJa  s'échouent  fur  la  grève ,  }  rès  du 

littoral  dea  epntineots*  Les  oaimaui  qui  Ytr- 

•  vent  conatammeot  au  milieu  des  mers  ne 

sont  pBiS  sujets  à  trouver  d'obstacles  dans 

-  «eur  na^  rétrognuie  ;  aussi  leur  osselet  est«- 

.  il  entièrement  corné*  comme  celui  des  ony*- 

oboteuthes,  des  ommastrèpbes«  qui  ne  «'ap- 

i^rocbentque  fortuitement  des  côtes;  puits, 
orsque  ees  animaux  ount  exposés  k  rencon- 
trer fréquemment  des  obstacles  qui  pour- 
raieot  les  blesoer,  lorsqu'ils  s'élaneeot  la  t£ie 
en  arrière  sans  éint  è  portée  de  les  apprécier* 
la  nature  les  a  pourvus  d'une  parUe  proteo- 
trice«  consistant  en  un  rostre  calcaire,  dur, 
le  plus  souvent  aigu»  capable  de  résister  aux 
divers  chocsi.  Cette  partie  rostfîaJe  est  ordi-- 

.  nairement  conique;  elle  termine» en  arrière, 
Textrémité  de  la  coquille  en  une  (>ointe  io- 
dé; rendante  des  cloisons,  chez  la  seiche  et  le 
spirulirootre*  ou  tneii  enveloppe  et  protège 
les  loges  aériennes  chez  la  belemnite»  tout 
en  se  prolongeant  bien  au  delÀ.en  upe  pointe 
plus  ou  moios  aiguë.  Suivant  cette  explica- 
tion, le  rostre  des  seiebes»  des  béloptères, 
des  spiruliros très  et  des  t>élemniies*  ne  serait, 
toologiquemeoi  ()arlaat«  qu'un  corps  prote^- 

,  teur,  qu'une  partie  mécanique  placée  en  ar- 
rière, du  ç6t4  où  l'animal  s'awàUGe^  pour  ré- 
sister au  cboc  sur  les  corps  durs  et  le  garantir 
de  toute  blessure  organique.  Cett^  partie 
n*aurait»  dès  lors,  qu'une  im^iortance  secon- 
daire dons  réconomie  animale;  et  la  forme, 
par  §uite  des  fréquentes  lésions,  en  ser<iit, 
plus  que  celle  de  toutes  les  autres»  suscep- 
tible de  oombretises  modlCcetions  dans  une 
seule  et  raénie  espèce,  ce  qu'on  observe,  du 
reste,  dons  l'eMrémiié  du  rostre  des  bélem- 
oites. 

Déûm  par  ees  fonctions ,  le  rostre  nous 
.  donne  ^niH>re»  en  scrutant  les  faits»  des  ré^ 
sultats  curie4x  et  surtout  très*utilet$«  comme 
application  aux  fossiles,  sur  les  habitudes 
dos  animaux  qni  en  sont  {viurvus.  Le  seul 
g(  nre  muni  de  rostre,  parmi  ceux  qui  vivent 
actuellement,  est  la  seiche.  La  seiche  est, 
sans  contredit,  le  cépi^alopode  le  plus  cûtier. 
D*uu  autre  cOté»  on  n'a  pas  vu  de  rostre 
parmi  les  genres  de  céphalopodes  des  hautes 
mers,  comme  cbez  1  ommastrèpfae»  l'onv- 
«boteutba,  ete.  On  devrait  donc  croire  que  i^ 


rostre  peut  caractériser  les  animaux  entiers; 
et  cela  avec  d'autant  plus  de  raison»  que  ra- 
nimai qui  reste  toujours  au  sein  des  océans 
n'en  a  pas  t)esoin»  et  que  ce  corps  \  rolecteur 
n'est  réellement  utile  qu'aux  céphalopodes, 
qui,  se  tenant  plus  souvent  sur  le  littoral, 
sont  plus  à  portée  de  se  heurter.  Le  rostre, 
en  dernière  jm^lysef  dénoterait  souvent  un 
aniaial  côiier. 

Nous  avons  voulu  passer  en  revue  les  di" 
verses  modifications  }iss  o^saleta  internes 
des  céphalopodes  vivants,  comparer  leur 
composition,  leurs  formes,  aux  ditférentes 
jonctions  qu^ils  sont  destinés  à  remplir,  aux 
J)abitudes  ues  genres  qui  en  sont  pourvue, 
afin  d'arriver  à  pouvoir  dire»  par  comparai- 
son, ce  Que  devaient  Aire  les  céphalopodes 
dont  il  n  e&t  resté»  au  sein  des  couches  ter* 
restres,  nue  des  parties  plus  ou  moins  com- 
plètes. C  esU  en  etTet»  en  procédant  ainsi,  du 
connu  à  l'inconnu»  qu  on  parviendra  mûre- 
ment et  sons  hypothèse  à  expliquer*  par  des 
faits  bien  constatés,  ce  que  devaient  âire  les 
animaux  des  faunes  plus  ou  moins  anciennes 
qui  ont  couvert  je  globe  aujx  diverses  épo- 
ques géologiques. 

La  coquille  «impie  ou  oniloculaire  sa  voit 
seulement  che?  Ymrgonaulu;  elle  est  large- 
ment ouverte»  symétrique,  k  peine  eoroiuée 
en  spirale  et  d'une  cpntexture  fibreuse,  cor- 
jxéo-calcaire»  très-remarquable.  Elle  se  dis- 
tingue des  autres  coquiJIes  par  le  manque 
de  ntu:Uuiàws  la  jeune  âge,  et  ^r  sa  com- 
position, étant  formée  de  deux  couches  ap- 
pliquées l'une  sur  Tautre,  Tune  interne» 
r autre  exlatM,  ce  qui  s'explique  par  son 
mode  singulier  de  formation. 

Les  coi{uilles  externes  multilocnlaires  sont 
spéciales  aux  oi§pbalof»odes  tentaculifères 
{nauliluM^  amm0niu$^  etc.)  ;  elles  se  distin- 
guent des  /coquilles  multiloculaires  inlernes 
STOfiTft^  aux  céphalopodes  océiabulifères  par 
\  présence»  au-dessus  de  la  dernière  loge 
aérienne,  d'une  cavité  assex  grande  pour 
contenir  TanimaJ.  CQ%i  ainsi  que,  chez  les 
nauiiiia^  les  wxmwmtes^  etc,,  on  remarqua 
depuis  un  demi-tour  jusqu'à  un  tour  complet 
dé^^ourvu  de  loges  aérienjies  et  destiné  à 
contenir  et  k  protéger  ranimai.  Ces  coquilles 
sont  composées  de  deux  couches»  l'une  exté- 
rieure, calcaire,  terne,  qui  contient  les  cou- 
leurs, et  lautre  intérieure»  nacrée»  sur  la- 
quelle viennent  s'appujer  les  cloisons  é^^- 
Icment  nacrées  qui  surent  les  loges  aé- 
riennes. 

Ces  doisom  sont  simplement  arquées  ou 
droites  chez  les  naulilus^  les  orihoreratiiu: 
elles  sont  anguleuses  chez  les  aganidiu^  chez 
les  clymtnia^  et  lobées,  ramifiées  k  l'iolini 
chez  les  amnioniits^  les  criot^rtu,  horsc/x^on 
examine  la  forme  de  Taniûial  des  nautiles, 
uu  voit  que  Textrémité  postérieure  du  corps 
est  arrondie  et  sans  ajiicuiie  sa  Uie  k  soa 
pourtour  ;  aussi  produit-il  des  cloi>^ns  de 
forme  identiqui^  légèrement  creuses  pour  te 
recevoir,  ou,  f  our  mieu^  dire,  modelées  sui* 
lai.  Par  andlo^^ie,  on  xioit  croire  que  les  c/y- 
^punjBûL  devaient  avoir  un  appendice  de  cbaqoa 
côté  dé  reiirémilé  du  Qorps^  afia  d^  tota^at 


«07 


CE^ 


ET   DE  PALEONTOLOGIE. 


CËP 


193 


les  sinus  latéraux  qu'on  rémarque  aux  c\oU 
sons.'On  doit  croire  aussi  que  l'extrémîié  du 
ei  r[ïs  avait  plusieurs  ex{)ansions  eu  pointes 
a  i  pourtour  pour  former.  lea  eloiaons  dee 
êijanidei^  et  que  cea  eipansionsv  de  plua  en 
n.us  lobées,  représentaient  de  véritanlea  ar* 
,  buseales  chez  les  ammonidées,  atin  de  re* 
produire,  à  chaque  eloison,  nés  lobeSt  ^ï  ain* 

Salièreroent  raroitiés  suivant  oliaque  esjièee, 
aos  cette  ftmille  remarquable,  Ainsi,  \q% 
éiauosités  eitérieures  des  oloisons  dépen*» 
dent  de  la  forme  de  Textrémi^é  du  corps  des 
animaux,  et  de  la  plus  ou  moins  granue  corn* 
plication  dea  productions  ebaruues  ou  des 
lobes  de  cette  partie» 

Si  Ion  eberobe  quelles  pouvaient  être  les 
fonctions,  Tutilité  de  ees  lobes  dans  ré(  ono^ 
mie  animale,  on  pensera  qu  ils  servaient  k. 
ranimai  k  se  cramponner  dans  sa  coquille* 
Ce'a  est  si  vrai  que  iiresque  tous  les  genres 
qui  possèdent  des  eiQisons  unies  (uwtil^t 
orihoceratites^  lituites)  ont  le  siphon  central 
psr  lequel  Tanimal  pouvait  retenir  sa  co- 
qaille,  tandis  que  tous  eetit  qui  ont  ce  siphon 
latéral  (les  ammonidéêâi  les  agûnidu)  ne  pou^ 
valent  donner  qu*un  point  d'appui  exoeu** 
Iriaue  :  dès  lors  leurs  cloisons  sont  pourvues 
de  lobes  plias  ou  moins  profonds. 

Toutes  les  coquilles  multiloculaires  dea 
eéphalopodtts  sont  percées  d'un  siphon.  On 
apiieUe  ainsi  un  tube  qui  part  de  la  première 
slûisoD,  et  qui  se  continue  jus9u*à  la  der-* 
nièresans  communiquer  avec  fintérieurdes 
Io.;cs  aériennes.  Il  en  résuHe  que  ce  siphon, 
loin  de  pouvoir  donner  aux  ceDhalopodes  la 
feculté  de  remplir  leurs  loges  d  air  ou  d*eaut 
ï  la  volonté  de  ranimai,  en  est,  au  contraire* 
entièrement  séparé,  et  ne  communique  nul* 
lement  avec  elles.  Cest  un  tube  indépendant 
qui  les  traverse  et  reçoit  un  or^^ane  creux^ 
charnu,  cylindrique,  placé  à  Textrémité  du 
corps, 

Les  coquilles  externes  des  céphalopodes 
iont  ou  non  symétriques.  Elles  sont  symé- 
triques dans  le  plus  grand  nombre  des  cas, 
r'esi-à-dire  qu'une  ligne  pourrait  les  séparer 
en  deux  portions  absolument  égales.  Trois 
genres,  les  iurrilUei^  les  heterocercs  et  les 
hlicoceroêf  smit  tes  seuls  non  symétriques, 
jtn  ce  sens  qu*au  lieu  déformer  une  spirale 
enroulée  sur  te  même  plaui  celte  spirale 
s'enroule  obliquement,  e(  alors  la  coquille 
montre  d*un  coté  une  spire  saillante,  coni- 
que ;  de  Tautre,  un  ambutc»  formé  au  milieu, 
par  le  tour  cuutigu  PU  non. 

Quand  on  compara  le  tableau  de  la  répar^ 
tilion  chronologique  des  céphalopodes  ten- 
tdculifères,À  la  surface  dugtohe,  a  celui  des 
niamuiifères  et  des  oiseaux,  on  remarque  un 
contraste  frappant.  Ce  ne  sont  plus,  en  eSet, 
comme  chez  les  mammifères  et  chez  les  ci* 
seaui,  des  êtres  inconnus  aux  premiers  Ages 
(lu  monde,  qui  apparaissent  tout  à  coup  avec 
la  I  ériode  qui  a  précédé  notre  époque*  Ce 
De  sont  plus,  comme  che^  les  reptiles  et  les 
laissons,  des  formes  animales  qui  se  rem- 
pla vent  successivement  les  unes  les  autres 
depuis  le  commencement  de  Tanimalisation 
jusqu'à  DOS  Jours.  On  voit,  avec  le  rempla- 


eement  successif  des  genres,  que  ceux-ci  ont 
été  principalement  créés  à  deux  éj  oques 
distinctes  dans  les  terrains  paléozolques  et 
crétacés,  tandis  qu'ailleurs  c  est  à  peine  s'ils 
ont  montj*é  quelques  genres  isolés*  On  voit 
encore  qu*ils  ont  montré  une  progressicii 
décroissante  de  celte  première  époque  jus- 
gu*k  répoque  actuelle. 

Çomparaiion  dei  ordres  entre  eux^  —  Les 
comparaisons  que  nous  pouvons  établir  n^ 
pi*ouveront  pas  grand'chose,  auant  k  la  ques» 
iion  de  savoir  si  les  plus  parfaits  ou  les  plus 
imparfaits  des  céphalopodes  ont  paru  les  pre- 
miers (  car,  sous  ce  rapport,  les  deux  ordres 
peuvent  être  placés  en  parallèle.  ISi^onmoins 
le  résultat  géologique  de  cliacun,  pris  en  ^f^v* 
ticulier,  est  quelque  peu  ditférent* 
.  Les  tentacuHfiree  (parmi  lesquels  9St  le 
nautile)  se  sont  montrés  avec  la  première 
apimalisation  du  globe,  et  atteignent  le  maxi- 
mum de  leur  développement  numérique  arep 
J'étage  silurien,  le  premier  du  monde  animé. 
Ils  ont  22  genres  dans  les  étages  paléozoï* 
ques,  en  montrent  $epl  formes  dans  les  ter«- 
jaiiis  triasiques,  le  même  nombre  dans  les 
ierrains  jurassiques,  tk  dans  les  terrains  cré- 
tacés, deux  seulement  dans  les  terrains 
tertiaires;  puis,  de  tous  ces  $wve$9  un 
seul,  le  genre  nauHUf  représentera  Tépoqup 
actuelle,  tous  les  genres  si  varié:;  des  autres 
Ages  du  monde.  Ainsi,  sans  aucun  doutât  les 
céphalopodes  tentaculil^respnl  été  dans  non 
période  décroissante!  depuis  Tétage  silurien 
jusqu'à  nos  jours. 

.  Les  uçétabuUfiree,  qnî  renferment  la  Sff- 
rM  le  calmart  ont  commencé  avec  un  genre 
dans  Tétage  conchylien  ;  ils  en  ont  doute 
dans  les  terrains  jurassiques;  quatre  dans  les 
terrains  crétacés;  le  même  nombre  dans  les 
terrains  tertiaires  ;  et,  de  tous  ces  genreSf 
cinq  seoli  ment  sont  représentés  aujourd'hui- 
Si  Ton  n'avait  éj;ard  qu'aux  genres  fossiles, 
les  acétabulifères  auraient  eu  leur  maximum 
dans  les  terrains  jurassiques  et  auraient  di- 
minué jusqu'à  présent;  mais,  lorsqu'on  leur 
compare  les  20  genres  vivants,  on  pourrait 
en  conclure  que  cette  série  est  en  voie  crois* 
santé  de  développement  de  fermes  généi- 
ques;  néanmoins,  comme  parmi  cesvjngt 
genres  vivants,  un  Krand  nombre  sont  pure- 
ment charnus,  ils  n  ont  pas  pu,  quand  même 
ils  eussent  existé,  conserver  leurs  traces  dans 
les  étages  géologiques;  que  les  autres  n'ont 
que  des  parties  cornées  qui  ne  se  conservant 
qu'exceptionnellemenl,  on  ne  y  eut  rien  afflr- 
mer  de  certain  ;  et  tout  porterait  à  croire, 
au  contraire,  que  comi>arés  aux  tentaculifè- 
res,  leurs  formes  étalent  très-mullipliées  cujt 
époques  anciennes. 

Déductions  zovlogiques  générales.  ^  En 
réunissant  les  genres  de  céphalopodes,  sans 
avoir  égard  aux  ordres,  nous  trouTons,  à  peu 
de  chose  près,  les  mêmes  conclusions.  Nous 
connaissons  aujourd'hui  2J  genres  dans  les 
terrains  i;aléozoïques,  8  dans  les  terrains  tria- 
siques,  17  dans  les  terrafns  Jurassicme.^^,  it^ 
dans  les  terrains  crétacés,  6  dans  les  ter- 
rains tertiaires.  Les  genres  fossiles  montre 
raient,  dès  lors,  une  décroissance  constante 


199 


GBA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CHA 


Jepuis  la  première  animalisation  du  globe 
jusqu'à  répoque  actuelle,  conclusion  qui  ne 
peut  être  modifiée  par  les  21  genres  connus 
dans  nos  mers  ;  car  beaucoup  de  ces  genres, 
comme  nous  l'avons  dit,  ne  pouvaient  pas  se 
con:>erver  ou  ne  devaient  se  conserver  que 
très-rarement.  Voici  donc,  en  résultat,  les 
céphalopodes ,  les  plus  parfaits  des  mollus- 
ques, qui,  depuis  le  premier  âge  animé  du 
globe,  sont  en  marche  décroissante  déformes 
génériques.  Nous  insistons  sur  ce  fait,  rela- 
tif aux  céphalopodes  que  nous  comparerons, 
plus  tard,  aux  autres  classes  de  mollusques 
moins  parfaites,  ce  qui  devra  nous  amènera 
cette  conclusion  que  les  mollusques,  suivant 
les  classes,  ont  certainement  marché  du 
composé  au  simple,  ou  dans  une  voie  de 
non  perfectionnement. 
Déductions  climcUologiques  et  géographie 

Îrtiff.  — Encore  ici  une  conGrmation;  en  ef- 
et,  le  genre  nautUusj  qui  habite  seulement 
aujourd'hui  les  régions  tropicales  des|mers  de 
rinde,  et  que  nous  trouvons  dans  les  ter- 
rains tertiaires  de  France,  d'Angleterre  et  de 
Belgique ,  prouve  que  ces  lieux  avaient,  à 
cette  époque,  une  température  bien  plus  éle- 
Tée.  La  présence  du  genre  nautile  en  Eu- 
rope, tanaisqu  il  est  spécial  au  Grand  Océan, 
ainsi  que  la  découverte  de  Varaonauta  hiam 
sur  les  bords  de  la  Méditerranée,  où  il  ne  vit 
jAns  aujourd'hui,  prouvent  que,  de  même,  la 
répartition  géographique  passée  n'était  pas 
la  môme  que  celle  de  nos  jours. 

Déductions  géologiques  tirées  des  genres. — 
Les  caractères  stratigraphiques  négatifs  sont 
très-marqués  pour  les  céphalopcKlesi;  puis- 
que aucun  des  51  genres  fossiles  connus  n'oc- 
cupe tous  les  étages,  et  qu'ils  sont,  au  con- 
traire, tous  restreints  dans  des  limites  plus 
ou  moins  étendues,  et  peuvent  servir  de  ca- 
ractères négatifs  pour  les  étages  supérieurs 
ou  inférieurs  à  ces  limites  où  ils  manquent 
encore. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifs  sont 
aussi  prononcés  pour  les  céphalopodes.  £n 
effet,  les  51  genres  connus  à  1  état  fossile  sont 
autant  de  caractères  positiis  pour  les  terrains 
et  les  étages  où  ils  ont  été  rencontrés  jusqu'à 
présent,  lisseront  d'autant  plus  certains  que 
sur  ces  genres,  &>5,  ou  la  presque  totalité, 
sont  perdus  pour  l'époçiue  actuelle  et  pour 
les  étages  supérieurs  et  inférieurs,  et  que  lî 
sont*  spéciaux  à  un  seul  étage.  La  persistance 
est  surtout  très-remarquable  pour  les  genres 
nautiluSf  ammonites ,  orthoceratites^  hami- 
teSf  etc. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  es- 
pèces, chez  les  céphalopodes  ,  sont,  à  très- 
peu  d'exceptions  près,  comme  pour  les  au- 
tres séries  animales.  Les  espèces,  au  nombre 
de  1U8,  sont  spéciales  à  un  seul  étage,  qu'el- 
les ne  franchissent  pas  ;  aussi  sont-elles  ca- 
ractéristiques des  étages  où  elles  vivaient. 

CESALPINO.  Voy.  Géologie. 

CESTRACIONS.  Voy.  Poissoss. 

CETACES.  Voy.  Mammifères. 

CHALEUR  CENTRALE.  Voy.  Feu  cen- 
Mal. 

CHALMERS  (le  D').  Voy.  Buckland. 


GHAUBARD  (L.  A.)  —  H  7  a  quelques  an- 
nées, un  ecclésiastique,  M.  Vabbé  B. ,  ayant 
lu  les  Eléments  de  Géologie^  publiés  par 
M.  Chaubard  (1838),  crut  que  les  théories,  dé- 
veloppées dans  cet  ouvrage,  conciliaient 
d'une  manière  satisfaisante  les  découvertes 
de  la  science  avec  la  Genèse.  Toutefois,  crai- 
gnant de  s'être  laissé  surprendre  ou  fasei^ 
ner^  suivant  son  expression,  il  s'adressa  au 
directeur  du  journal  la  Voix  de  la  vérité^  ou 
à  ses  collaborateurs,  les  priant  de  lui  faire 
connaître  ce  qu'il  devait  penser  de  ce  lirre 
de  M.  Chaubard,  et  s'il  renfermait  bien  en 
effet  la  solution  des  difficultés  qui  jusque-là 
l'avaient  embarrassé.  Nous  allons  donner 
d'abord  la  lettre  dans  laquelle  M.  l'abbé  B. 
sollicitait  ce  service  ;  puis  nous  la  ferons  sui- 
vre de  celles  que  nous  lui  adressâmes,  et 
dans  lesquelles  nous  apprécions  les  idées  de 
M.  Chaubard  sur  l'interprétation  du  premier 
chapitre  de  la  Genèse ^  sur  le  déluge,  sur  la 
formation  des  terrains,  etc. 

«  Monsieur  le  directeur, 

«  La  science  doit  avoir  un  sanctuaire  au 
foyer  du  modeste  presb vtère ,  car  le  calme, 
la  solitude,  les  placides  habitudes  de  l'hum- 
ble desservant  des  campagnes,  sont  les  amies 
et  les  compagnes  de  l'étude,  mère  de  la 
science. 

«  Quand  il  a  satisfait  aux  nombreuses  fonc« 
lions  sacerdotales,  qu'il  a  sustenté  sa  fru- 
gale existence ,  alors  que ,  comme  dit  Ho- 
race : 

VescitHr  iiliquis  et  paAe  secundo. 

le  prêtre  peut  quelquefois,  peut  souvent 
demander  sa  récréation  aux  sciences  hu- 
maines, pour  montrer  au  monde  qu'il  le 
suit,  quand  il  ne  le  précède  pas  dans  l'arène 
des  sciences  battue  par  les  savants. 

«  Or,  la  géologie  n'est  pas  l'une  des  scien- 
ces qui  oflfre  le  moins  d'attrait,  le  moins 
d'intérêt  au  cœur  sacerdotal;  car  la  géologie, 
c'est  la  seconde  Bible  du  prêtre  1 

«  Mais,  dans  ce  cataclysme  de  théories 
géologiques,  toutes  plus  anti-bibliques  l'une 

3ue  1  autre,  laquelle  adopter,  laquelle  étu- 
ier,  laquelle  conseiller,  laquelle  vraie? 

Scinditur  incertum  stwiia  in  contraria  vulgus. 

ff  Mais  le  prêtre  ne .  peut  adopter  que 
celle-là  qui  est  Texplication  de  la  Bible , 
celle-là  qui  se  présente,  pour  ainsi  dire, 
comme  le  prisme  de  la  révélation. 

<c  M.  l'abbé  Migne,  à  qui  le  sacerdoce  doit 
tant  d'hommages  et  de  reconnaissance,  dans 
le  3*  vol.  de  son  Cours  d!" Ecriture  sainte^ 
eut  la  bienveillance  de  nous  donner  un 
exposé  des  systèmes  géologiques ,  en  nous 
indiquant  celui  qui  était  roto'et  de  sa  pré- 
férence. Nous  devons  le  féliciter  de  ses 
loyales  et  bonnes  intentions,  en  le  priant  de 
nous  excuser,  si  nous  sommes  si  hardis  que 
de  lui  recommander  de  revoir,  ou  faire  re- 
voir ce  travail,  qui  nous  parait  défectueux 
aujourd'hui,  si  nous  ne  nous  trompons. 

K  En  effet,  j'ai  lu,  étudié,  travaillé,  coni- 
puisé  bien  des  théories  géologiques  ;  toutes 
me  contristaient ,  en  oubliant  ou  niant  mji 


toi 


CH.\ 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CIIA 


fCi 


BiMe,  et  laissant  au  fond  do  mon  cœur  une 
tristesse  profonde,  un  vide  immense! 

m  Ces  créations  successives,  filles  natu- 
relles de  ces  époques  incommensurables  « 
dans  lesquelles  Dieu  n*a  point  de  place  : 
ces  glsantesques  hypothèses  où  la  puissance 
eréatnce  esf  nulle  :  toutes  ces  théories  creu- 
ses,*qui  oie  représententies  efforts  inutiles 
et  Tains  de  Milon  de  Crotone,  offensaient 
ma  raison,  en  outrageant  ma  foi.  Avec  tout 
rela,  la  çéolosie  était  un  superbe  ^nctuaire, 
sans  divinité  I  C'était  un  ma^niûque  in-folio, 


et  toujours  Je  me  perdais  dans  ce  dédale» 
où  nie  manquait  le  fil  d'Ariane.  Néanmoins» 
sans  jeter,  comme  dit  le  vieil  adage,  le  man- 
che après  la  coj^néc»  j*étudiais,  ma  Genèse 
à  la  main,  j'étudiais  encore,  avec  Teapoir  de 
rencontrer  dans  le  labyrinthe  des  sciences 

Séologiques,  un  géologue  d*accord  avec 
[oîse,  une  géologie  sœur  de  ma  Bible. 
«  Dieu  soit  loue  1  Le  hasard,  cet  incogniio 
de  la  Providence,  vient  àe  me  faire  rencon- 
trer Tun  et  l'autre.  Eh  bien,  oui!  je  viens 
de  trouver  un  géologue  et  une  géologie  qui 
pensent  et  qui  enseignent,  comme  pensait  et 
enseignait  Hoise,  il  y  a  tantôt  quatre  mille 
ansi 

Fdix  qui  point f  remm  cognotcerê  cauios  ! 

«  Dans  ce  livre,  la  raison  et  la  foi,  comme 
deux  sœurs  jumelles,  se  donnent  la  main, 
«'embrassent,  et  les  pieds  sur  la  terre,  lèvent 
les  mains  et  les  yeux  au  ciel,  pour  moiitrer 
le  Pire  qui  est  aux  ctetix,  le  créateur  du  ciel 
ei  de  la  terre  ^  sous  une  date  qui  s^àccordc 
parbitement  avec  la  chronologie  biblique. 
Elles  répètent  ensemble  cette  première  page 
de  la  science  géologique  :  Credo  in  Deum , 
Patrem  omnipotentetnj  Creatorem  cœli  et  ter» 
rœ!  Mais,  qu'il  y  ait  du  surnaturel,  du  mys- 
térieux, du  merveilleux  dans  la  création, 
cb  1  mais ,  mon  Dieu  1  c^^  n'est  pas  étonnant , 
quand  la  création  est  la  première  des  mer- 
veilles, le  premier  des  mystères  ! 

c  Ihi  reste,  qu'on  juge  ce  géologue  ca- 
tholique par  ses  propres  paroles;  voici 
comme  il  s'explique  au  commencement  de 
ses  Elémetfits  de  géologie;  voici  sa  profession 
de  foi  géognésique  : 

«  Il  est  impossible  de  faire  marcher  la 
«  géologie  d'un  pas  assuré  sans  lui  donner 
«  pour  appui  le  secours  de  l'histoire;  car 
%  il  est  une  foule  de  faits  dont  lés  consé- 
«  quences,  d'ailleurs  évidentes,  ne  peuvent 
«  être  déduites  avec  quelque  certitude ,  si 
«  l'on  n'a  recours  aux  faits  historiques  qui 
«  s'y  rapportent;  comme  aussi,  il  est  une 
«  multitude  de  questions  capitales  qui  ne 
«  sauraient  obtenir  une  solution  sans  son 
«  sec^ours.  La  géologie,  c'est  l'histoire  de  la 
<  formation  du  globe  terrestre  ;  c'est ,  par 
«  conséquent,  une  science  de  fiiits.  Or,  ces 
«  faits  attestent  que  le  globe  a  éprouvé  des 
«  révolutions  qui  ont  produit  de  grands 
«  cliaqgetnçntb  à  sa  surface  :  donc  l'histoire 
«  écrite,  puisqu'elle  n'est  pas  restée  muette 


«  sur  ces  grandes  révoluliofts,  fait  partie 
«  de  la  géolo^ie^.... 

«  La  géologie  se  compose  donc  nécessai- 
«  renient  de  deux  parties  très-distinctes,  et 
«  de  nature  différente.  La  première  com- 
<v  prend  lés  faits  fféologiques  constatés  par 
«  l'observation  :  c  est  la  partie  positive  de 
«  la  science.  La  deuxième  comprend  les 
a  faits  de  l'histoire  écrite  relatifs  aux  révo- 
»  lutions  oui  ont  dû  proHuire  quelque  cban- 
»  gemeut  a  la  surface  du  çlobe,  et  qui  sont 
«  le  fondement  sur  lequel  reposent  néces- 
«  sairement    les  théories  explicatives  de^ 

c  faits  géologiaues Quelque  opinion  qno 

«  l'on  ait  sur  l'histoire,  il  y  a  toujours  un 
<i  abtme  sans  fond  entre  un  fait  historique 
«  et  une  hypothèse  imaginaire  :  en  sorte 
«  qu'on  ne  saurait  jamais  hésiter  à  donner 
%  la  préférence  au  premier  plutôt  qu'à  la 
«  seconde,  quand  on  est  à  faire  un  choix...., 
«  Que  les  faits  géologiques  soient  pariai -^ 
tement  conformes  aux  récits  bibliques,  et 
que  le  récit  de  Moïse  soit  parfaitement' 
c  conforme  aux  phénomènes  géologiques, 
«  c'est  ce  qu'on  est  forcé  d'admettre  en  s^é- 
<  clairant  du  flambeau  des  sciences  phy- 
«  siques.  » 

«  Et  voici  disparaître,  à  la  clarté  de  ce 
triple  flambeau,  géologique,  biblique  et 
physique,  toutes  ces  interminables  époques  \ 
voici  s'évanouir  toutes  ces  absurdes  créa- 
tions successives,  du  moins  parfait  au  plus 
i)arfait;  voici  se  renverser  tous  ces  éôha- 
àudages  de  titans  ;  voici  qu'il  né  reste  plus! 
qu'une  géologie  biblique  et  croyahte  qui 
me  clame  : 

Accif^Of   agnoscoque  Deuin, 

«  Eh!  oui  :  dans  cette  géologie,  je  trouve 
le  tout-puissant  Créateur  ;  je  trouve  à  cha- 
que page,  à  chaque  phénomène,  celui  au- 
Ïuel .  l'école  géologique  n'accorde  qu'uno 
ien  minime  place  quand  elle  n'ose  pas  l'ei- 
clure  tout  à  fait  de  ta  création  I 

«  Cependant,  dans  la  crainte  que  le  bon- 
heur que  me  procure  cette  géologie  bibli- 
que ne  me  fascine,  j  ai  l'honneur  de  prier 
M.  l'abbé  Migne  et  MM.  les  rédacteurs  de 
la  Voix  de  la  Vérité^  l'unique  journal  du 

[presbytère,  je  les  prie  de  faire  examiner  lo 
ivre  que  j'indique  et  de  lui  donner  ainsi , 
aux  yeux  du  clergé,  un  caractère  d'ortho- 
doxie, qui  pourrait  ouvrir  les  yeux  à  des 
gt5ologues  égarés  par  l'école  géologique,  qui 
n'est  rien  moins  qu'orthodoxe.  Je  demande 
cette  bienveillance  i  je  dis  plus ,  ce  servie^*, 
important,  au  nom  de  tous  nos  confrères 
qui  étudient  ou  qui  étudieront  la  géologie, 
cette  s«)conde  Genèse  sacerdotale. 

«  Voici  ce  livre  :  Eléments  de  géoloaie^  mis 
à  la  portée  de  tout  le  monde ^  oflrant  la  con- 
cordance des  faits  géologiques  avec  les  faits 
historiques,  tels  qu'ils  se  trouvent  dans  la 
Bible,  les  traditions  égyptiennes  et  \e$  fablea 
de  la  Grèce,  par  L.  A.  GHAUBAmn.  » 

Lettre  première  à  M.  Tabbé  B. 
Monsieur  }'aU>é, 
Ce  n*cst  que  depuis  quelques  jours  que 


DlCTlD^.   DE  CoSMOGOmi  tr  DE  PiXKO.NTOlOGU 


SOS 


CflA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CI1À 


«04 


j'ai  eu  occasion  de  lire  la  lettre  que  vous 
avez  adressée  à  M.  le  directeur  de  la  Voix 
de  la  Vérité^  et  qui  a  été  insérée  dans  ce 
journal  le  26  mai  dernier,  sous  le  titre  : 
Géologie. 

C'est  venir  un  peu  tard  vous  répondre,  je 
Tavoue  et  je  le  regrette  ;  mais  la  réponse 
que  vous  sollicitez  ne  vous  ayant  pas  été 
faite  encore,  que  je  sache,  les  questions  que 
VQUS  soulevez  auront  aujourd'hui  le  mémo 
intérêt  qu'elles  avaient  il  y  a  six  semaines , 
et  les  observations  que  j'aurai  l'honneur  de 
vous  soumettre  n'auront  rien  perdu  de  leur 
à-propos,  si  elles  donnent  lieu,  comme  je 
l'espère,  à  une  conclusion  satisfaisante  tout 
à  la  fois  pour  la  science  efpour  la  religion. 

Oui,  Monsieur,  le  prêtre  est  essentielle- 
ment l'homme  de  la  science;  et  la  géologie, 
qui  se  rattache  à  presque  toutes  les  bran- 
ches des  connaissances  humaines,  pourrait 
être  considérée,  suivant  votre  expression, 
comme  la  seconde  Bibles  Bible,  il  est  vrai, 
pleine  d'obscurités,  de  mystères,  d'incerti- 
tudes, surtout  lorsque,  de  l'observation  des 
faits,  elle  tente  do  s'élever  à  des  considéra- 
tions théoriques,  qu'elle  recherche  les  cau- 
ses et  veut  remonter  aux  lois  qui  ont  pro- 
duit les  innombrables  phénomènes  qu  elle 
étudie. 

Vous  ne  l'ignorez  pas,  Monsieur,  et  vo- 
tre perplexité  était  grande,  c'est  vous-même 
qui  nous  l'apprenez,  quand  vous  vouliez 
faire  un  choix  au  milieu  des  mille  et  une 
théories  qui  prétendent  expliquer  le  monde, 
«  Le  prêtre,  dites-vous,  ne  peut  adopter  que 
celle-là  qui  est  Texplication  de  la  Bible,  qui 
se  présente  comme  le  prisme  de  la  révéla- 
tion. x> 

Sans  doute.  Monsieur;  mais  cette  théorie- 
là,  où  est-elle?  existe-t-elle?  Quel  est  le 
système  géologique  oui  explique  la  Bible? 
Si  le  texte  biblique  lui-même  ne  présen- 
tait point  de  difficultés,  s'il  n'était  suscep- 
tible d'explications  diverses,  en  d'autres 
termes,  si  le  sens  en  était  clairement,  in- 
contestablement déterminé,  il  ne  resterait 
plus  qu'à  lui  comparer  les  découvertes,  les 
investigations  de  la  science,  à  écarter  tout 
système  qui  n'y  serait  pas  conforme  et  à  adop- 
ter eelui  qui  n'en  serait  que  comme  le  com- 
mentaire. 

Mais  est-on  d'accord  sur  le  sens  du  pre- 
mier chapitre  de  la  Genèse?  Vous  le  savez, 
amcune  partie  des  livres  saints  n'a  donné 
lieu  à  plus  d'explications  systématiques, 
contradictoires,  bizarres.  Au  milieu  des  dé- 
couragements que  vous  nous  dites  avoir 
éprouvés  en  vous  livrant  à  l'étude  de  la 
géologie  et  de  ses  systèmes,  vous  aspiriez  à 
rencontrer  un  géologue  d'accord  avec  Molse^ 
une  géologie  soeur  de  la  Bible.  Ceci  ferait 
supposer  que  vous  savez  parfaitement  à  quoi 
vous  en  tenir  sur  l'interprétation  du  text.e 
biblique  relatif  à  la  création,  qu'il  suffit  de 
prendre  chaque  système  l'un  après  l'autre  et 
de  le  comparer  avec  l'histoire  de  Moïse  pour 
éfere  en  état  de  se  décider  pour  ou  contre 
ce  système.  Eh  bienl  évidemment  une  telle 
comparaison  n'est  possible  qu'autant  qu'il  ne 


reste  aucun  doute  sur  l'interprétatioil  de  1^ 
Genèse  :  or,  il  n'y  a  personne  qui  se  pufsso 
flatter  de  donner  cette  interprétation  avec 
certitude  :  d'où  je  conclus  quil  n'est  pas  si 
facile  de  reconnaître  si  telle  ou  telle  théo« 
rie  est  conforme  ou  opposée  à  la  Bible.  Il 
est  bien  entendu  que  je  ne  parle  i)as  ici  de 
ces  théories  qui  repoussent  toute  interven* 
tion  d'un  créateur,  ni  même  de  celles  qui, 
sans  être  matérialistes,  renfermeraient  quel- 
que proposition  évidemment  contraire  à  l'en- 
seignement catholique. 

<(  Dieu  soit  loué  1  vous  écriez-vous.  Le  ha- 
sard, cet  incognito  de  la  Providence,  vient 
de  me  faire  rencontrer  l'un  et  l'autre.  »  C'est- 
à-dire  que  vous  venez  de  trouver  un  géo^ 
lojfue  d'accord  avec  Moise^  une  géologie  sceur 
de  la  Bible.  C'est  là,  vraiment.  Monsieur, 
une  très-remarquable  découverte,  et  le  monde 
savant  orthodoxe  vous  doit  bien  des  félici- 
tations. «  Eh  bien  1  oui  I  ajoutez-vous,  je  viens 
de  rencontrer  un  çéolo^ue  et  une  géologie 
qui  pensent  et  qui  enseignent  comme  pen- 
sait et  enseignait  ilAoïse,  il  y  a  tantôt  qua- 
tre mille  ans!  «Voilà  assurément  le  plus 
magnifique  élo^e  qu'il  fût  possible  de  faire 
d'un  livre  qui  n'aurait  pas  été  écrit  sous 
l'inspiration  de  l'Esprit-Saint  lui-même.  Pen- 
ser et  enseigner  comme  pensait  et  ensei- 
gnait Moïse  écrivant  la  Genèse!  C'est  être 
plus  heureux,  plus  savant  que  tous  les  saints 
Pères,  plus  que  tous  les  toéologiens  et  in- 
terprètes de  l'Écriture  depuis  dix-huit  siè- 
cles. Votre  découverte  est  un  véritable  évé» 
nement,  et  vous  avez  bien  raison  de  vous 
écrier  avec  l'immortel  auteur  des  Géorgi* 
ques  : 

Fiilix  qui  potuH  rerum  cognoscere  causas  l 

Oh  oui  1  trois  et  quatre  fois  heureux  le 
livre  et  l'auteur  que  vous  avez  découverts, 
qui  pensent  et  enseignent  comme  pensait  et 
enseignait  Moïse  traçant,  il  y  a  tantôt  qua- 
tre mille  ans,  l'histoire  Aqs  générations  du  ciel 
et  de  la  terre. 

Après  cette  découverte,  je  conçois  que 
vous  ne  soyez  point  complètement  satisiait 
du  troisième  volume  du  Cours  d'Ecriture 
sainte  publié  par  M.  l'abbé  Migné.  Ce  volume 
renferme  un  excellent  travail  sur  les  systè- 
mes géologiques  dans  leurs  rapports  avec 
la  Genèse,  Les  questions  nombreuses  et  ar- 
due$  que  soulève  ce  savant  exposé,  sont 
traitées  avec  une  grande  sagesse  et  avec 
toute  la  réserve  que  commandent  tant  de 
difficultés  qui  se  présentent  en  cette  matière 
et  du  côté  cfe  la  Bible  et  du  côté  de  la  science. 
Mais  on  ne  s'y  flatte  point  d'avoir  trouvé  ni 
le  vrai  sens  de  la  Genèse^  ni  le  seul  sys- 
tème géologi(]pe  qui  soit  en  harmonie  avec 
le  sublime  livre  de  Moïse.  Cela  n'empêche 
pas  ce  travail  d'avoir  toute  la  {(erfcction 
dont  il  était  susceptible  quand  il  parut  , 
et  lorsque  nous  aurons  examiné  ensemble 
l'ouvrage  dont  vous  avez  eu  le  bonheur  de 
faire  la  découverte,  peut-être  conviendrez— 
vous  vous-même  qu  il  n'y  faut  rien  cbang — 
encore  aujourd'huic 

Agréez,  etc. 


€HA 

Lettre  deuxième. 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CHA 


SOf 


Monsieur  Fabbé  y 

Cest  pour  moi,  vraiment,  une  situation 

Mble  de  me  trouver  conduit  à  combattre 
les  opfnions  de  Thonorable  M.  Chaubard. 
réprouve  toutes  les  répu^ances  de  cette 
position  singulière,  et  je  ne  serais  certaine- 
ment point  entré  dans  cette  discussion  si 
vous  ne  Taviez  pas  provoquée,  si  vous  nV 
viez  pas  désiré  savoir  ce  que  pense  du  livre 
d«  M.  Chaubard  les  rédacteurs  de  la  Voix  de 
la  Vérité.  Toutefois  vous  n'aurez  point  leur 
avis  collectif  à  cet  égard.  En  cette  matière 
diflidle,  chacun  conserve  sa  liberté  d'opi- 
nion :  In  dubiiê  libertas.  Vous  avez  bien  le 
droit,  de  votre  côté,  de  vous  en  tenir  au 
sentiment  que  vous  aurez  adopté.  En  effet, 
que  vous  préfériez  le  roman  géologico-bi- 
blique  de  M.  Chaubard  à  celui  des  Jaurs-pé- 
rioaes  de  l'école  de  Cuvier,  ou  à  la  théorie 
de  Buckland ,  ou  à  tout  autre  système ,  con- 
çu dans  le  but  de  concilier  les  découvertes 
da  la  science  avec  la  Genèse^  &  cela  je  ne  vois 
pas  un  bien  grand  inconvénient.  Tous  ces 
systèmes  sont  passibles  de  graves  et  nom- 
breuses objections;  celui  qui  en  présente 
le  moins  parait  naturellement  devoir  être 
préféré  ;  tous  sont  incertains  au  point  de 
me  de  la  Genèse  ^  dont  le  sens  n'a  pu  être 
jusqu'ici  déterminé  d*une  manière  péremp- 
toire  et  définitive. 

Pourquoi  donc  venir  troubler  le  bonheur 
que  voue  procure  la  géologie  biblique  dont 
vous  avez  fait  la  découverte?....  C'est  que 
TOUS  avez  élevé  au  rang  de  géologie  biblique, 
de  géologie  ^i  pense  et  enseigne  comme  pen^ 
âait  et  enseignait  Moise,  un  système  qui 
n'est  qu'un  système  comme  un  autre,  beau- 
coup moins  satisfaisant,  selon  moi,  que  plu- 
sieurs autres;  c'est  que  vous  appelez 
absurde  une  opinion  que  vous  étiez  parfai- 
tement libre  -de  rejeter  sans  doute ,  mais 
qu*il  ne  convient  cependant  de  traiter  qu'a- 
vec les  é^rds  et  les  ménagements  crue  l'on 
doit  aux  savants  d'une  parfaite  orthodoiie 
qui  l'ont  proposée  ou  adoptée.  £h  bien  I  pour 
mon  compte,  dans  l'état  actuel  de  la  science, 
je  ne  puis  reconnaître  pour  définitive  aucune 
théorie  explicative  des  phénomènes  et  des 
lois  du  monde  physique  dans  ses  rapports 
avec  l'histoire  de  la  Genèse;  d'un  autre  côté, 
je  tiens  à  défendre  un  sentiment  en  lui- 
même  fort  plausible  et  les  géolo^es  émi- 
nents  qui  l'ont  émis.  Voilà  mes  griefs  et  les 
raisons  qui  m'ont  fait  prendre  la  plume. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  à  faire  observer  la 
mauvaise  humeur  avec  laquelle  est  écrit 
roQvrage  de  M.  Chaubard.  Cuvier  y  est 
traité  aécolier  sur  des  points  qui  étaient  le 
plus  de  sa  compétence;  ses  travaux  et  ceux 
lie  son  école ,  au  dire  de  l'auteur ,  foisonne- 
raient d'abrardités;  peu  d'illustrations  scien- 
tifiques trouvent  grftce  au  tribunal  de  ce  juge 
*5évère,  qui  tranche  et  décide  avec  un  iraper- 
^urtiable  aplomb  les  questions  les  plusdifli- 
cifeSy  qui  qualifie  de  ridicules  des  opinions 
soutenues  par  l'universalité  des  savants  de 
lous  les  pays. 


A  l'entendre,  on  dirait  que  la  science, 
victime  du  charlatanisme  des  coteries,  es> 
bannie  avec  la  bonne  foi  des  ouvrages  de  géo* 
logie,  et  qu'elle  ne  se  trouve  que  dans  son 
livre  où  les  hypothèses  les  pins  hasardées , 
les  plus  invraisemblables,  sont  présentées 
avec  une  assurance  que  rien  ne  déconcerte . 
On  voudrait  plus  de  modération,  de  justice 
et  de  réserve  dans  un  livre  qui  remue  les 
questions  les  plus  obscures  et  les  plus  éle- 
vées qu'on  puisse  se  proposer.  Il  semble  que 
c'était  le  cas  d'être  et  -plus  indulgent  et 
moins  aflirmatif. 

Le  système  de  M.  Chaubard  peut  se  résu- 
mer en  trois  mots.  L'auteur  reconnaît  trois 
grands  cataclysmes  auxquels  il  rapporte  l'é- 
volution du  globe  terrestre  :  le  premier  de 
ces  cataclysmes  serait  mentionné  au  deu- 
xième verset  du  premier  chapitre  de  la  (7e- 
nèse,  lequel  nous  représente  la  terre  et  ses 
éléments  dans  la  plus  complète  confusion; 
ce  serait  ré()Oque  de  la  formation  des  ter- 
rains primitifs  ou  cristallisés,  granit,  etc. 

Le  deuxième  cataclysme  est  celui  du  dé- 
luge mosaïque ,  époque  de  la  formation  des 
terrains  stratifiés,  transitaires,  secondaires 
et  tertiaires. 

Le  troisième  cataclysme  est  le  déluge  de 
Deucalion,  auquel  H.  Chauiiard  attribue  les 
terrains  de  transport,  qui ,  sur  les  bords  de 
la  mer  Glaciale,  recèlent  les  grands  mam- 
mifères des  contrées  équatoriales,  les 
brèches  osseuses ,  etc. 

Ainsi  M.  Chaubard  est  neptunien.  Suivant 
lui,  les  terrains  cristallins  se  sont  formés 
dans  l'eau.  A  tort  ou  à  raison ,  cette  opinion 
est  depuis  longtemps  abandonnée  |>ar  les  géo- 
logues et  les  chimistes  de  tous  le$  pays.  Je 
pourrais  citer  ici  un  nombre  nrodigieux  de 
laits  dont  on  s*appuie  pour  démontrer  que 
les  roches  cristallines,  qui  toutes  soBt  for- 
mées par  des  silicates  extrêmement  variés  et 
mélangés  entre  eux ,  ont  été  produites  par 
la  voie  ignée;  que  ce  sont  elles  qui,  à  diffé- 
rentes époques,  ont  disloqué ,  soulevé,  bou- 
leversé tous  les  dépôts  de  sédiment,  en  ont 
modifié  la  masse  de  toutes  les  manières  (mé- 
tamorphisme, etc.),  et  que  c'est  à  ces  grands 
phénomènes  que  sont  dus  et  tout  le  désordre 
apparent  qu'on  observe  à  la  surface  du  globe^ 
et  tous  les  changements  successifi  dont  on 
aperçoit  les  traces  à  chaque  pas.  De  plus , 
les  expériences  de  M.  Gregory  Watt  sur  le 
refroidissement  lent  des  corps  en  fusion , 
celles  de  sir  James  Hall  sur  la  reproduction 
artificielle  des  roches  cristallines  en  portant 
à  une  température  très-élevéesous  une  forte 
pression  les  éléments  pulvérisés  de  ces 
mêmes  roches,  enfin  celles  plus  récentes  de 
H.  Berthier  et  de  Mitscherlich  sur  la  pro- 
duction des  cristaux  artificiels  par  la  fusion 
de  leurs  éléments  constitutifs  pris  en  pro- 
portions définies,  ont  donné  une  nouvelle 
force  à  l'opinion  qui  attribue  l'origine  des 
roches  cristallisées  au  pouvoir  liquéfiant  de 
la  chaleur. 

M.  Chaubard  a  beau  appeler  absurde  ^  m- 
tolérabtSf  etc. ,  la  dénomination  oe  roches 
ignées  ou  plutoniques  ^  elle  n'en  a  pas  memt 


•  107  ClIA  DÎCTIONN  AIRE 

C>révalu  univorselleoient  dans  la  science. 
#ous  savez,  Monsieur,  en  qu'els  termes  peu 
courtois  il  (»arle,  à  la  page  96,  de  ce  qu'il  ap- 
^lle  la  coêsrie  plutonienne^  et  vous  avez 
ro  marqué  à  quel  propos.  Ces  grands  sei» 
fneurs  de  la  science  ^  comme  il  les  désigne , 
qui  la  traitent  comme  les  seigneurs  au  temps 
jeudis  traitaient  une  vassale  ^  en  vilaine  ^  se- 
talent  avisés  de  lui  demander  ce  qu'était 
il  e venue  la  prodigieuse  masse  d*eau  qui  te- 
nait  en  solution  la  matière  élémentaire  du 
globe  :  cela  le  fftche;  lui  qui  ne  trouve  aucun 
embarras  à  débrouiller  le  chaos^  sait  avec 
certitude  que  cette  matière. n'y  était  point 
en  solution,  et  que  par  conséquent  la  grande 
masse  d*eau  supposée  n*ayant  point  été  né- 
cessaire, il  n'y  a  pas  lieu  de  rechercher  ce 
qu'elle  a  pu  devenir  (59).  Vous  conviendrez, 
Monsieur,  qu'il  y  a  bien  peiK  d'à-propos  à 
nous  entretenir  de  roueries  voltairiennesj  de 
coterie plutonienne 9  (ïencyclopédtens^  etc.,  à 
l'occasion  d'une  doctrine  qui  a  pour  elle  de- 
puis longtemps  l'unanimité  des  savants, 
parmi  lesquels  se  trouvent  des  hommes  d'une 
orthodoxie  non  moins  incontestable  que  leur 
génie. 

Embarrassé  par  les  phénomènes  pluto- 
niqucs,  M.  Chaubard  suppose  deux  choses  : 
la  première,  qu'après  une  certaine  profon- 
deur tout  le  reste  du  noyau  du  globe  n'e^t 
qu*un  immense  amas  de  matière  minérale  à 
1  état  de  fluidité  niteuse  analogue  à  la  fusion 
ignée  ;  la  seconde,  gue  la  chaleur  augmente 
progressivement  d'intensité  de  la  superficie 
au  centre ,  c'est-à-dire  de  un  degré  au  moins 
pour  chaque  trente  mètres  de  profondeur. 

,11  attrii>ue  cette  chaleur  intérieure  à  la 
compression  et  non  à  l'incandescence  origi- 
nelle de  la  planète.  Mais  que  cette  chaleur 
soit  due  à  la  compression  ou  \  l'incandes- 
cence originelle  du  globe,  les  résultats  en 
doivent  être  absolument  les  mêmes,  c'est-à- 
dire  qu'au  centre  de  la  terre,  les  matières 
minérales  seront  à  un  état  de  fluidité  ignée 
d*au  moins  250,000  degrés  centigrades.  Tou- 
tes les  diflicultés  que  M.  Chaubard  prétend 
opposer  à  l'hypothèse  plutonienne  se  re- 
tournent donc  contre  sou  propre  système. 
Parlant  de  la  première  :  «  Qui  est-ce  qui  ose- 
rait aflirmer ,  dit-il ,  aue  la  croûte  solide  du 
Klobe  aurait  assez  d  épaisseur  et  assez  de 
force  detcohésion  pour  résister  à  l'eilort 
effroyable  et  continuel  que  feraient  ces  ma- 
tières expansives  pour  se  dilater? 

«  En  vérité,  ajoùte-t-il,  i4  faudrait  renon- 
cer au  sens  commun  pour  adopter  une  hypo- 
thèse qui  aboutit  à  une  aussi  monstrueuse 
conséquence.  »  Soll  I  mais  vous  n'y  échap- 
pez pas  vous-même,  à  cette  monstrueuse 
conséquence  j  puisque  vous  admettez  c|ue  la 
chaleur  augmente  progressivement  d'inten- 

(59)  Ces  eaux  primitives,  qui  enveloppaient  la  ma- 
tlcro  chaotique,  étaient -elles  en  mouvement? 
M.  Chaubard  répond,  à  la  page  79,  qoMI  c  est  pro- 
bable que  le  silence  de  Phisiorien  sacré  est  moins  une 
omission  qu'un  avertissement  tacite  (^ue  les  eaux 
dans  lesquelles  se  déposaient  les  terrains  primitifs 
étaient  à  peu  près  tranquilles.»  A  la  pase  106,  il 
préieiiil  qu«i  c  la  probabilitc  est  toute  eu  mveur  du 


DE  COSaiOGONlË  CIlA  M 

site  de  la  superncie  au  centre,  et  votre  liy- 
I)othèse  reste  passible  de  tontes  les  objec- 
tions que  l'on  peut  faire  contre  la  théorie  du 
feu  central. 

Nota.  —  On  trouvera  ces  objections  à  Vt> 
ticle  FEU  CENTRAL  do  cc  Dictionnaire. 

Lettre  troisième. 

Turpi  er  labimurySi  iiitelligentia  noslrt. 

3 us  leiiuissima  est,  divins  sapi«*QU»  wo* 
ara  pervesticfire  ^t  delliiire  vplHniii. 
(Mauchini,  PrùlegtmnM  SeripUam 
ioerœ,  para  i,  art.  S.) 

Monsieur  l'abbé. 

Dans  le  système  que  nous  examinons,  les 
terrains  de  cristallisation   ont  été  formés 
dans  l'eau.  «  Qu'est  devenue  la  masse  d'eau 
oui  couvrait  alors   le  globe,   se  demande 
1  auteur  lui-même?  On  en  sait  rien,  répond- 
il;  l'histoire  est  muette  sur  ce  point,  ou  du 
moins  le  peu  qu'ellie  nous  en  dit  est  loin 
d'être  satisfaisant.  »  (P.  80.)  Toutefois  M. 
Chaubard,  qui  a  trouvé  tant  de  choses  dar.s 
le  2*  verset  du  i"  chap.  de  la  Genèse^  ne  pou* 
vait  pas  se  contenter  de  cette  réponse.  Voici 
rexpédient  qu'il  imagine  :  La  terre  se  met 
tout  à  coup  à  tourner  sur  son  axel  alors 
i;ette  grande  machine,  peu  solide  encore, 
craque,  se  rompt,  s'affaisse  ici,  se  soulève 
plus  loin,  et  l'immense  masse  des  eaux  s'ar- 
range tellement  quellement  des  bassiiis  qui 
lui  sont  creusés.  Mais  «  la  Bible,  ajoute  l'au- 
teur, n'a  pu  nous  apprendre  ni  pourquoi  ni 
comment  cela  s'est  fait  ainsi...  Elle  s'est 
contentée  de  dire  que  la  volonté  de  Dieu  a 
fait  rassembler  l'eau  dans  le  bassin  des  mers, 
ce  qui  est  toujours  vrai  au  fond  et  suffit  à 
ceux  qui,  étrangers  aux  méfiances  scienti^ 
fiqucs,  ne  s'imaginent  même  pas  qnu'il  puisse 
y  avoir  là  autre  chose  que  ce  que  leur  esprit 
peu  cultivé  y  voit.  »  (P.  201.)  Nous  verrons 

S)lus  tard,  quand  nous  serons  au  déluge  de 
loïse  et  à  celui  de  Deucalion ,  tout  le  rôle 
que  joue  ce  mouvement  du  globe  tournant 
ou  s'arrétant  sur  son  axe  pour  la  grandu 
commodité  du  système  de  M.  Chaub^. 

Ce  géologue,  dans  la  plus  louable  inten* 
tion,  voulant  faire  accorder  la  science  avec 
la  Genèse,  a  donné  son  explication  du  texte 
de  celle-ci,  à  l'exemple  de  tous  ceux  qui  ont 
imaginé  un  système  géogénique  et  ont  voulu 
l'appuyer  sur  le  livre  sacré. 

Suivant  son  interprétation,  le  mot  hébreu 
bara^  creavit  {G en.  i,  I),  ne  se  rapporte  f  oint 
à  une  création  du  premier  jeij  mais  bten  à 
une  création  par  condensation  des  molécules 
créées;  condensavit^  selon  le  texte  samari- 
tain. (P.  ik.)  Ce  serait  la  condensation  d'élé- 
ments déjà  créés,  mais  non  une  création  de 
rien,  ce  qui  ferait  supposer  un  acte  divin 
antérieur  pour  la  création  des  éléments. 

mouvement.»  Qu'elles  fassentlc  en  mouvement»  on  A 
peu  près  tranquilles,  qui  le  sait,  qui  peut  le  dtrt? 
Ne  vaadralt-il  pas  bien  mieux  confesser  notre  igno- 
rance que  de  nous  jeter  ainsi  dans  miUe  iuterpré- 
lations  aventureuses,  au  risque  de  meure  nos  pitoya- 
bles rêveries  à  la  place  des  sublimes  réalités  que 
Moïse  n'a  pas  cru  devoir  i>ous  révéler  ? 


CIIA 


ET  De.  PALEOxNTOl.OGlE. 


CUA 


210 


Il  Iradoît  ainsi  le  «leuiième  verset  :  «  La 
terre  était  de  la  matière  brute  à  son  dernier 
point  de  dirision ,  et  ténèbres;  tout  autour 
était  an  abîme  liquide ,  et  Tessence  de  Dieu 
aif  rimmensité  de  Fespace,  se  déployait  au- 
dessus  des  eaux.  » 

11  commente  :  «  L*expression  inanis  ei 
rama  de  la  Vulgale  ne  rend  en  aucune  ma- 
nière le  sens  précis  du  texte,  et  ces  mots 
ont  lail  jusqu*a  présent  le  désespoir  de  tous 
les  interprètes,  parce  qu'ils  se  sont  tous  éver- 
tués à  j  chercher  une  autre  idée  que  celle 
qu'ils  expriment.  » 

La  itrrê...  éiaii...  iénibres...  H.  Chaubard 
commente  :  «  Ce  mot  parait  n'avoir  été  bien 
oomiiris  par  aucun  interprète...  Dans  la  phi- 
losophie de  la  Bible,  la  lumière  calorique 
éunt  la  vie,  il  s'ensuit  que  la  négation,  Tab- 
sence  de  la  vie,  sont  les  ténèbres.  Ainsi  la 
Bible  veut  dire  par  là  que  la  matière  molé- 
culaire était  sans  être,  sans  vie.  x 

Ei  Ftumee  ée  Die»  ou  CimmtnêHé  de  F  es- 
pace ee  déployaii  a9inde$$H$  die  eaux...  Com- 
mentaire ;  «  La  philosophie  prorane  verra 
dans  ces  mois  l'immensité  de  I  espace,  tandis 
que  la  philosophie  religieuse  y  voit  Dieu 
remplissant  l'univers  par  sa  présence.... 
Plusieurs  commentateurs ,  n'ayant  point 
compris  le  sens  de  ces  {laroles,  sont  tombés 
en  les  expliquant  dans  une  puérilité  respec- 
table sans  doute  en  sa  source,  mais  ridicule 
au  fond.  Us  nous  dépet^pent  l'esiirit  de 
Dieu,  comme  l'Espril-Saint  étendu  sur  les 
eaux  comme  une  poule  sur  ses  œufs  et  les 
Cécoiidant  (60). 

«  Le  sens  de  ce  verset  est  bien  autrement 
inslruetif  :  il  nous  apprend  que  le  globe 


toute  gratuite,  l'attraction  de  Newton.  » 

Est-ce  là.  Monsieur  l'abbé,  ce  que  vous 
appelez  c  l'interprétation  communément 
admise  de  la  Genèse?  »  Alors  cette  inier- 
fréiaiion  eowmmne  date  de  M.  Chaubard,. 
car  vous  voyez  que,  pour  les  deux  premiers 
Tersets  seulement,  on  y  a,  selon  lui,  com- 
pris peu  de  chose  jusqu'ici. 

Est*i)  convenable  de  faire  parler  à  Moïse 
la  langue  de  nos  sciences  modernes,  la  lan- 
gue de  la  chimie,  par  exemple  ?  Ainsi  nly  a- 
tril  point  un  jpeu  de  subtilité  à  donner  au. 
■lOC  eondemsavii  l'acception  chimique,  c'est- 
à-dire  à  admettre  que  Moïse  a  entendu  dési- 
Ker  par  ce  mot  les  lois  de  la  cohésion  et  de 
ffinité  atomique  qui  régissent  les  corps 
clans  l'ordre  de  choses  actuel?  Ou  lûen  plu- 
tôt ce  mot  ne  signiflerait-il  point  simple- 
nient  dosmer  du  corps ,  de  la  eonsisianee^ 
^^lidi/Ur^  et  par  extension  /htre,  créer  et 
créer  de  riem  ?  En  définitive,  il  faut  bien  en 
roTCnir  à  ce  dernier  sens,  qui  est  celui  de 
Thébreu  et  de  la  Vnigate.  Mais  c|uand  on 
admettrait  qu'au  commencement  Dieu  «  créa 

^€0)  Les  Egyptiens  avaient  trnduit  liicrog]}i>hi- 
qneniem  CC  dcniicroc  vcrsd  de  la  (^enèu  par  icpcr- 
vicr  oo  le  tableur,  oiseau  qui  vole  on  tournoyant 
é^ns  les  airs,  ci  rlioisi  par  eux  en  cnnséqu^hce 
pour  TcBiblèine  de  is;5pril  gcnci-airur  qui  vohit  en 


par  condensation  chimique  le  ciel  et  ie 
terre,  »  ce  sens  ne  serait  pas  plus  favoVablu 
aux  partisans  de  la  voie  aqueuse  qu'à  ceux 
de  la  voie  ignée,  car  ces  derniers  entendent 
bien  aussi  que  le  Créateur  procéda  en  con- 
densant, par  le  refroidissement,  les  élé- 
ments des  planètes ,  qui ,  originellement, 
auraient  été  à  l'état  gazeux  ou  nébulaire, 
opinion  aujourd'hui  généralement  soute- 
nue. 

M.  Chaubard  dit  lui-même  :  «  La  chimie, 
science  de  nos  jours,  nous  montre  tous  les 
corps  solides  se  formant  par  la  condensation 
de  leurs  molécules  élémentaires  ;  et  l'astro- 
nomie, à  l'aide  d'instruments  récemment- 
perfectionnés,  nous  fait  remarquer  mainte- 
nantquelesétoiles  nébuleuses  ne  sontévideoK 
ment  que  des  corps  c</lestes  comme  les 
autres,  dont  les  molécules  élémentaires  ne 
sont  condensées  qu'im|iarfaitemenl,  soit  qu'ik 
n'entrât  pas  dans  les  desseins  de  la  Toute- 
Puissance  créatrice  qu'elles  le  fussent  en- 
tièrement, soit  parce  que  le  temps  de  leur 
perfection  n'est  pas  encore  arrivé.  »  C'est  ee 
c*^  que  M.  Chaubard  appelle  une  opinion 
classique.  Je  le  veux  bien,  mais  il  ne  paraît 
point  que  le  Créateur  procède  pour  les  né- 
buleuses comme  il  aurait  fait  pour  la  terre, 
ni  qu'il  les  tienne  immergées  dans  l'eau 
pour  les  condenser.  On  pourrait  aussi  in- 
duire des  paroles  de  M.  Chaubard  qu'il  y  a 
une  sorte  de  perfectionnement  progressif 
dans  l'évolution  des  mondes,  qyte  Dieu  ne 
les  forme  point  tout  d'un  jet,  mais  les  fa- 

S  une,  les  élabore,  pour  amsi  dire,  en  les . 
isant  passer  par  de  longues  séries  de  ré- 
volutions. Mais  vous  avez  déjà  exprimé  votre 
antipathie  pour  les  créations  successites  ; 
nous  nous  abstiendrons .  d'en  parler  au- 
jourd'hui. 

Passons  au  deuxième  verset.  Êtes-vous 
bien  satisfait.  Monsieur,  de  la  traduction  et 
du  commentaire  de  M.  Chautiard?  c  La 
terre  était  de  la  matière  brute,  à  l'état  do 
molécules  élémentaires  et  ténèbres  (c'est-à- 
dire  sans  vie)  ;  tout  autour  (était)  un  abimo 
liquide  et  l'essence  de  Dieu  (ou  l'immen- 
sité de  l'espace)  se  déployait  au-dessus  des 
eaux.  9 

Est-ce  là,  je  le  demande  encore.  Tinter-^ 
prélation  communémeni  admise  de  la  Genèse/ 

«  La  terre  était  de  la  matière  bnite  à  l'état 
de  molécules  élémentaires...  »  L'auteur  de 
la  Vulgate  ne  parait  point  avoir  eu  cette 
idée  en  traduisant  par  terra  erat  inanis  H 
roctia,  «  la  terre  était  dans  un  état  de  confu- 
sion et  de  vide,  »  suivant  le  sens  de  l'hé- 
breu tohu  bohUf  traduit  en  grec  par  chaos 
qui  a  une  signification  vague  et  sans  préd- 
sion,  comme  pour  indiquer  le  naufrage  et  la 
ruine  d'un  monde  antérieur. 

Les  Septante  ont  traduit  iiar  deux»mots 
grecs,  dont  le  premier  sisnitie  enveloppée  dû 
ténèbres^  et  le  second  demeuhlée^  dégarnie^ 

tournant  sur  la  face  des  eaux  ;  pais  par  le  bélier, 
placé  auHiessous,  s}'nibole  du  fort,  de  Dieu,  el  enGn 
par  quatre  télés  de  serpent  (cmUéine  des  eaui  cliea 
tons  les  peuples  de  rOrieiit),  qui  élaicjit  placées 
sou»  les  «]uatre  pattes  du  bélier. 


t\i 


CIIA 


DICTIONiNAlUi:;  DE  COSMOGONIt: 


CilA 


2!i 


OU  iam  ari^  ians  ornemerj  («opecroç  xccî  «xa- 

M.  ChauUirtl,  pour  appuyer  sa  (raduclion, 
rappelle  un  passai^e  de  Jéréinie  (iv,  23) 
«  ou  ces  mêmes  expressions,  dit-il,  sonl  em* 
ployées  pour  peindre  une  contrée  compléte- 
lucnt  ravagée.  « 

Gerapprocliemenine  me  naratt  point  heu- 
reux pour  le  sentiment  rie  M.  Chauhard; 
le  globe  terrestre  a  pu  6tro  détaslé  par  les 
eaux  comme  Test  une  contrée  par  Tennemi 
qui  Tenvaliit,  xims  réduilàl ilal  moléculaire 
serait  une  exagération  que  le  lecteur  qua- 
lifiera. 

£l  ténèbres  (c'esl-h-dirc  sans  vie);  tout 

autour  était  un  abîme  liquide La  Vulgato 

traduit  :  Tenebrœ  erant  super  faciem  abyssi. 
Il  existe  ici  entre  les  deux  traductions  une 
ditrérence  notable.  L'un  des  traducteurs  se 
trompe,  ou  le  texte  original  est  d*une  bien 
griande  obscurité.  Suivant  M.  Chaubard,  les 
ténèbres  sij^niflont  ici ,  «  la  négation,  ia  pri- 
Talion  de  lôlre,  de  la  vie,  »  et  il  prétend 
gue  ce  mot  «  n'a  été  bien  compris  par  aucun 
intcr|)rète ,  »  Cela  veut  dire,  ajoute-t-il, 
que  «  la  matière  moléculaire  était  sans  être 
et  sans  vie.  » 

Qu'est-ce  que  de  la  matière  moléculaire 
sans  être  et  sans  vie? 

Uais  si  ténèbres  signifle  sans  être^  sans 
me^  au  deuxième  verset,  ce  mot  change 
donc  tout  a  coup  de  signification  au  qua- 
trième et  au  cinquième  verset,  où  Moïse  se 
traduit  lui-même,  en  disant  que  Dieu  sénara 
la  lumière  des  ténèbres,  et  appela  lumière, 
jour,  et  ténèbres,  nuit?  Ici  les  termes  pa- 
raissent d*une  parfaite  clarté.  Toutefois  ce 
sont  autant  d*énigmes  véritables,  car,d*après 
M.Chaubani,  «  la  lumière  n'est  pas  un  llui- 
de,  c'est  un  agent  incorporel,  c  est  la  vie , 
l'être,  notre  agent  chimico-éiectro-magnéti- 
aue,  enfin,  faction  de  Dieu  sur  la  matière. 
Qu'est-ce  que  la  vie?  se  demande-t-il.  La 
révélation  nous  répond  que  la  vie  c'est  ce 
que  les  hommes  appellent  lumière  et  cha- 
leur. »  C'est  ainsi  qu'il  traduit  et  entend  le 
quatrième  verset  du  premier  chapitre  de 
1  Evangile  de  saint  Jean.  «  Le  lux  hominum 
c'est  ce  que  nous  appelons  la  lumière,  c'est- 
à-dire  le  phénomène  ph^'sique,  dit  lumière 
émanant.de  ia  parole  divine...  lumière  in- 
créée, car  il  n'y  a  rien  de  créé  en  Dieu  ;  on 
doit  donc  entendre,  continue-t-il,  par  lu- 
mière phénoménique,  l'action  de  Dieu  ou 
de  la  parole  divine  sur  la  matière,  se  mani- 
iéstant  à  nos  yeux  par  un  phénomène  (61).  n 

Ainsi  au  quatrième  verset.  Moïse  sépare- 
rait le  non^étre  ou  les  ténèbres  ^  de  Vétre^  de 
la  vie^  ou  de  la  lumière,  puis,  au  yerset  sui- 
vant, il  appellerait  la  lumière  jour  et  les 
ténèbres  nuit.  Mais  pourquoi  ce  quatrième 
et  cinquième  verset?  Dans  l'explication  de 

(61)  Cette  plillosophie,  dit  M.  Cliaubard  (p.  61), 
qui  ne  resseiublc  à  aucun  dcssyslèmes émis  jusqu'à 
présent,  paraît  devoir  être  d'une  récoiulitc  inatlcn- 
duc.  Par  le  secours  des  donntvs  cprelle  fou  mit,  ou 
peut  luaintensint  se  flaiior  i\v  parvenir  à  tlonncr  une 
théorie  ecnnplête  de  riiomnieet  de  runiwrs...  Atin 
de  montrer  au  leirtrur,  par  un  exemple,  qu'on  ne  lui 


M.  Chaubard,  ils  paraissent  tout  h  îk\[  inu- 
tiles. Car,  a  dès  qu'à  la  \oix  du  Tout*Pui$- 
sant,  Mi'est M. (Chaubard 4juiparle,a  lalumièn) 
se  Tut  manii(*stée  dans  1  univers,  c'esl-è-dirc 
dès  que  Tagi^nl  éleclro-rhimiro-magnetit|ue 
eut  paru,  il  pénétra  tout,  et  tout  se  inniva 
animé  soit  de  la  vie  inorgani(|ue,  soit  de  la 
vie  organique.  » 

Dès  lors ,  qu'est-ce  que  séparer  le  non» 
étretlQ  Vétre,  le  néant  cle  la  vie?  Cette  sépa- 
ration n'était-elle  pas  déjà  faite,  au  troi- 
sième verset,  lorsque  Dieu  dit  :  «  Soit 
la  lumière  calorique,  et  fpt  la  lumière  ca- 
lorique, c'est-à-dire  l'agent  éleclro-chimico- 
magnétique?  »  (C'est  M.  Chaubard  qui  tra- 
duit et  qui  commente.)  Puis,  qu'est-ce  que 
ce  nom  de  jour  donné  à  IV(re,  à  la  ti>,  à  ia 
lumière^  et  celui  de  nuit  donné  au  non^étrt^ 
aux  ténèbresl  Ces  mots,  jour  et  nuit^  du  cin- 
quième verset,  paraissent  avoir  embarrassé 
M.  Chaubard  qui  ne  les  explique  nulle  part. 
On  com|>rend  cet  embarras. 

Notre  auteur  traduit  ainsi  la  fin  de  ce  cin- 
quième verset  :  Telle  fut  la  fin^  tel  fut  U 
commencement  f  journée  une  (ou  premiirt 
œuvre). 

La  vulgate  dit  :  «  Le  soir  et  le  matin  for- 
mèrent un  jour.  » 

(c  11  est  bien  évident,  assure  M.  Chaubard, 
que  l'on  ne  peut  traduire  les  mots  t'espère  et 
mane  par^fotr  ^imaiin^  puisque  le  soleil  et  la 
lune  n'avaient  pas  encore  été  tirés  du  néant.» 
On  s'y  ti*ompait,  je  crois,  au  moins  depuis 
saint  Jérôme. 

Journée  une.  «  Le  mot  hébreu  traduit  par 
jour  signffie  aussi  journée^  période  de  ttmps^ 

manifestation  phénoménique  ou  œuvre — 

premier^  un.  D*abord,  le  soleil  n'étant  pas 
encore  créé  pour  régler  le  jour  et  la  nuit,  il 
n'y  avait  point  alors  de  jour  proprement  dit. 
En  second  lieu,  en  traduisant  par  premier^ 
on  semble  dire  que  ce  fut  là  la  première 
création  de  Dieu,  ce  qui  est  faux,  puis(|ue  !a 
création  des  anges,  dont  il  n*est  point  ici 
parlé,  avait  déjà  eu  lieu.  Donc  il  faut  tra- 
duire un  et  non  par  premier.  »  (P.  63.) 

Revenons  au  deuxième  verset. 

Tout  autour  était  un  abtme  liquide...  —  h 
ne  puis  décider  ici  lequel  de  M.  Chaubard 
ou  de  la  Viilgate  a  le  mieux  entendu  ou  tra- 
duit l'original.  Toutefois  je  me  basante  à 
demander  autour  de  quoi  était  cette  abtme 
liquide?  Autour  de  la  terre?  Mais  il  n'y  avait 
pas  de  terre,  il  n'y  avait  que*  des  tnoi^cMlei 
élémentaires^ei  encore  des  molécules  élémen- 
taires ténèbres  f  c'est-à-dire  sans  étre^  sans 
Dte,  des  molécules  élémentaires  dépourvues 
des  propriétés  qu'on  leur  connaît  aujour- 
d'hui, c  est-à-dire  sans  aucune  tendance  a  la 
cohésion  ou  à  la  combinaison,  puisaue  la  loi 
d'attraction  moléculaire  ou  d'aflinité  chimi- 
que n'existait  pas.  Qui  peut  dire  ce  que  c'est 

en  impose  point  ici,  on  va  lui  donner  la  Ihéone 
rclulivc  :i  la  irausmission  de  la  vie  ou  de  la  généra- 
lioit,  l'un  dos  plus  grands  mystères  de  lasciencepwn 
fanc.i  £l  M.  Chauliard,  dans  quelques  Ugaes,  nous 
donne  co  qiril  appelle  la  Ihêorie  de  la  vie  iWtc  aussi 
peu  (IVndtarras  (|iic  s'il  s'agîssuil  de  vous  dire  :  U<Hi 
ami.  l)nvoz  un  verre  d  eau  rralche. 


fis 


€HA 


£T  DE  PALEONTOLOGIIL 


CHA 


iU 


me  des  molécules  dans  des  conditiens  en 
dehors  de  toutes  nos  expériences,  comment 
dies  pourraient  être  entourées  d'eau  ?  On  peut 
pourtant  supposer  que  des  molécules  élémen- 
taires  seraient  elles-mêmes  un  liquide,  un 
gaz,  une  vapeur,  et  on  ne  voit  pas  qu'elles 
poissent  étie  autre  chose  avant  la  conésion. 
Aijisi  un  liquide  aurait  entouré  un  liquide 
ou  quelque  chose  de  plus  fluide  encore.  On 
peut  demander  pourquoi  les  eaux  entourent 
la  terre  ou  les  molécules  élémentaires  et 
non  celles-ci  les  eaux,  ou  pourquoi  il  n'y  a 
pas  plutôt  mélange  ou  encore  diffusion  de 
tous  ces  éléments  dans  l'espace,  car  la  loi 
d*attraction  n'existait  pas,  et  par  conséquent 
û  n*j  avait  pas  pesanteur. 

Mais  que  parlons-nous  de  liquide  ^  d'eau, 
qui  entoure?  Il  n'y  avait  pas  d'eau.  L'eau 
est  un  protoxyde  d'hydrogène,  c'est-à-dire 
un  composé  d'oxygène  et  d'hydrogène  en 
proportions  définies  (de  2  d'hydrogène  et 
de  1  d'oxygène  en  volume,  d'une  partie 
d'hydrogène  et  de  huit  parties  d'oxysène  en 
poids).  Or,  puis(]ue  les  lois  de  cohésion  et 
d'aiBnité  n'existaient  pas,  puisqu'elles  n'ont 
été  créées  qu'au  troisième  verset,  ces  deux 
gaz  n'étaient  pas  combinés,  par  conséquent  il 
n'y  avait  pas  d'eau.  M.  Chaubard  le  recon- 
nût :  Toutes  les  eaux  de  notre  monde,  dit-il, 
êu  au  moins  tes  éléments  dont  elles  se  compo^ 

seni Nul  moyen  d'hésiter,  il  n'y  avait 

pas  d'eau,  il  ne  pouvait  y  en  avoir  dans  la 
théorie  de  notre  auteur;  il  n'y  avait  que 
deux  jgaz,  l'hydrogène  et  l'oxygène,  qui  en- 
icaraient  un  ie  ne  sais  quoi  qui  n*a  de  nom 
dans  aucune  langue,  car  nul  ne  peut  dire  ce 
que  c'est  que  des  molécules  ou  des  atomes 
Je  matière  en  dehors  de  toutes  les  condi- 
tions connues. 

£i  Fessence  de  Dieu  {ou  Vimmensité  de 
T espace)  se  déployait  aurdessus  des  eaux,,. 
La  Vulgate  traduit  :  Spiritus  Dei  ferebatur 
super  aquas.  Nous  avons  vu  plus  haut  le 
commentaire  de  M.  Chaubard  snt  ces  paro- 
les. Par  spiritus  Dei  on  entend  communé- 
ment on  vent  violent,  le  nom  de  Dieu,  après 
certains  substantifs,  indiquant  souvent  un 
superlatif  dans  le  langage  de  l'Ecriture, 
eomme  montes  Deij  de  hautes  monta- 
gnes, etc.  Ce  sens  se  présente  naturelle- 
ment et  favorise  l'opinion  qui  ne  voit  dans 
le  deuxième  verset  que  la  dernière  grande 
catastrophe  qui  a  changé  la  face  de  notre 
globe  et  a  été  suivie  de  la  création  des  es- 
pèces animales  et  végétales  qui  en  sont 
maintenant  les  habitants.  Nous  avons  dit 
comment  les  Egyptiens  avaient  traduit  hié- 
rogivpbiquemenl  ce  verset  qui  contient  en 
quelques  mots  la  peinture  de  Fantique  chaos, 
restée  plus  ou  moins  défigurée  dans  la  tra- 
dition cies  peuples  d'Orient,  particulièrement 
chez  les  Egyptiens  auxquels  les  philosophes 
et  les  poètes  de  la  Grèce  l'ont  empruntée. 

M.  Chaubard  trouve  bien  autrement  ins" 
tructite  cette  dernière  j^rtie  du  deuxième 
verset.  <  Ces  mots,  dit-il,  nous  apprennent 
ane  le  glot>e  terrestre  est  suspendu  dans 
1  espace...  Vérité  à  laquelle  la  science  pro- 
fane n*est  arrivée  que  fort  tard,  s 


Comment  M.  Chaubard  traduirait-il  donc 
ce  vers  d'Ovide  : 

Née  circumfuio  pendebat  in  aère  tettus, 
Ponderibus  Ubrata  $ui$,  {Metam,,  1. 1.) 

Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  Texa- 
men  de  cette  interprétation  des  premiers 
versets  de  la  Genèse  par  M.  Chaubard.  Nous 
soumettons  respectueusement  nos  observa- 
tions à  des  lecteurs  plus  versés  que  nous 
dans  cette  matière,  qu'ils  décident.  Nous 
terminerons  par  une  simple  réflexion. 

Ce  ne  doit  être,  selon  nous\  qu'avec  une 
extrême  réserve  qu'il  convient  d  interpréter 
le  sublime  livre  de  la  Genèse,  jamais  de  ce 
ton  affirmatif  et  tranchant  que  l'on  remarque 
dans  les  livres  de  certains  savants,  d'ailleurs 
bien  intentionnés,  de  notre  époque.  II  serait 
sage  surtout  de  ne  pas  se  hâter  de  prêter  à 
Moïse  nos  opinions  subtiles,  nos  idées  théo- 
riques modernes,  dans  la  crainte  que  nos 
explications  ne  soient  démenties  le  lende- 
main. L'histoire  des  vicissitudes  de  la 
science,  de  la  géolo^e  en  particulier,  de  ses 
variations,  de  ses  innombrables  systèmes, 
doit  être  pour  le  savant  qui  tente  de  nou* 
velles  théories,  un  avertissement  d'être  dis- 
cret et  réservé,  de  ne  présenter  ses  idées 
Su'avec  une  prudente  circonspection,  quand 
s'agit  de  les  appuyer  sur  le  livre  sacré. 

Sans  remonter  jusqu'au  moyen  âse,  nous 
voyons,  denuis  ie  milieu  du  xvu*  siècle  jus* 
qu*à  la  fin  du  xvui*,  la  science  marcher  aussi 
souvent  en  sens  rétrograde  qu'en  sens  pro- 

fessif.  On  remarque  des  retours  fréquents 
des  erreurs  plusieurs  fois  combattues,  et 
l'abandon  de  certaines  opinions  aussi  judi- 
cieuses que  saines  pour  des  idées  de  la  der- 
nière absurdité.  11  n'estpas  rare  de  voir  les 
argumentations  les  plus  lutiles,  les  hypothè- 
ses les  plus  chimériques,  les  systèmes  les  plus 
extravaga'  ts  imaginés  et  soutenus  par  des 
hommes  d'un  talent  reconnu.  Pour  s  en  con- 
vaincre, il  n'y  a  qu*à  lire  les  ouvrages  du 
Danois  Stenon,  des  Italiens  Scilla ,  Quirini, 
Vallisneri,Horo,  Generelli,  etc.;  des  Anglais 
Plot,  Lister,  Hooke,  Ray,  Woodward,,Bur- 
net,  Whiston,  Hutchinson,  Michell,  Calcott, 
Whitehurst ,  Hutton  ,  Playfer ,  William 
Smith,  etc.  ;  des  Allemands  Lehman,  Gesner, 
Raspe,  Fuch.<iell,  Werner,  Kirwan,  etc.  ;  des 
Français  Buffon,  Desmarest,  Dolomieu, 
MoDtlosier,  etc.  ;  du  Genevois  Deluc,  etc. 

Je  ne  dis  rien  des  questions  débattues 
par  nos  contemporains  dans  la  premier! 
moitié  de  ce  siècle,  lequel  ne  paraît  pas  de^ 
voir  être  moins  fécond  que  les  précédenti 
en  théories  nouvelles,  en  controverses  ac< 
dentés;  il  semble  qu'il  n'en  puisse  être  au< 
trement  toutes  les  fois  quon  abandonni 
l'observation  ou  la  partie  positive  de  11 
science,  pour  se  livrer  aux  généralisations 
et  aux  recherches  spéculatives. 

L'esquisse  des  progrès  de  la  géologie  n'est 
autre  chose  que  l'histoire  d'une  lutte  per* 
péluelle  et  violente  entre  des  opinions  nou- 
velles et  des  doctrines  anciennes,  qui,  sanc- 
tionnées par  la  foi  implicite  de  plusieurs 
générations,  sont  censées  repoî^er  sur  Tau- 


&15 


CliA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIK 


CIIA 


216 


torilé  des  saintes  Ecritures.  Le  système  de 
M.  Chaubard  est  renouvelé  des  théories 
physico-théologiqucs  de  Woodward,  Whis- 
lon  et  autres  neptunisles,  combattus  avec 
tant  de  force  par  d'autres  savants,  leurs 
contemporains,  et  tournés  en  ridicule  prin^ 
cipalement  par  les  géologues  d*Italie,  tels 
qne  Vallisneri,  qui  fit  remarquer,  dans  ses 
commentaires  sur  la  théorie  voodwardienne, 
combien  les  intérêts  de  la  religion,  aussi 
bien  que  ceux  de  la  saine  philosophie, 
avaient  souffert  du  mélange  continuel  des 
saintes  Ecritures  avec  des  questions  relatif 
yesà  la  phjrsique;  Moro,  qui  eut  en  géologie 
des  idées  si  judicieuses  pour  son  temps  ;  et 
surtout  le  frère  carme  Generelli,  cummeu- 
(atour  de  Moro. 

«  Il  est  souverainement  déraisonnable, 
dit  ce  savant  relideux,  de  mettre  enjeu  la 
Divinité  au  gré  de  nos  caprices  et  de  lui 
fUre  faire  des  miracles  pour  le  seul  plaisir 
de  confirmer  nos  hypotnèses  prématurées. 
Très-savants  académiciens,  ajoute-t-il,  j*ai 
en  horreur  tous  ces  systèmes  qui,  bâtis  en 
t'air,  ne  peuvent  se  soutenir  sans  miracle.  » 
(De  Cro9(acei  e  di  altre  produz.  del  mare^  etc., 
17^9.)  Et  il  se  flatte  d'expliquer  sans  vio- 
lence ,  sans  fictions ,  sans  nypotbèscs ,  sans 
miracles  (sinxa  violenxe^  senxa  finzioni.  ienza 
suppostif  ienza  miracoli  [Id.,  ibid.])  com- 
ment les  animaux  marins  ont  été  transportés 
par  des  causes  naturelles  dans  les  monta- 
gnes. 

Mais  j'oublie  que  ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  faire  Thistoire  de  la  géologie  et  de  ses 
mille  systèmes.  Nos  causeries  sont  intermi^ 
nables  et  il  me  semble  entendre)  le  lecteur 
fatigué  nous  répéter  avec  le  berger  de  Vir-* 
si  le  : 

Clauditejnm  rîoof,  pueri^  sat  prata  biberuni. 

Agréez,  monsieur  Tabbé,  etc. 

Leêtre  quatrième. 

Monsieur  l'abbé. 

Puisque  vous  avez  cru  devoir  nous  rap- 
peler d'admirables  textes  grecs  et  latins, 
causons  un  peu  IMessus. 

J*ai  déjà  (lit  uq  mot  des  traditions  cosmo-^ 

f;oniques  profanes  dans  une  do  mes  dernières 
ettres.  On  peut  supposer  qu'elles  sont  un 
f^cho  du  deuxième  verset  de  la  Genèse,  lequel 
aurait  retenti  dans  l'Orient,  en  Egypte,  par 
exemple,  où  il  aurait  été  recueilli  par  les 
poètes  et  par  les  philosophes,  qui  en  ont 
fait,  les  uns,  du  matérialisme,  Leucippe, 
Démocrite,  Epicure,  Lucrèce,  etc.;  les  autres, 
de  la  poésie,  comme  Apolloqius,  Ovide, 
Virgile,  Tibulle,  etc. 

Les  poètes  romains  que  yous  citez  ont 
emprunté  leur  description  cosmogonique  k 
Apollonius  de  Rhodes ,  poète  grec  qui  vivait 
un  siècle  avant  Jésus-Christ  et  auteur  de 
fArgonautique,  L'élève  de  Callimaque  in- 
troduit Orphée,  chantant  pour  distraire  les 
ti^ros  fatigiiés  du  voyage. 

«  11  chantait  comment  la  Icr^'O,  la  mer,  les 


astres  et  les  cieux  étaient  autrefois  confoo* 
dus  ;  comment  cette  masse  énorme  prit  des 
formes  différentes  :  les  astres  occupèrent 
d'abord  les  pôles  et  y  restèrent  attaches.  On 
vit  commencer  les  révolutions  de  la  lune  et 
les  courses  du  soleil  ;  on  vit  les  montagnes 
s'élever,  les  fleuves  couler  à  travers  les  cam- 
pagnes, les  nymphes  naître  au  bord  des 
eaux  et  tous  les  reptiles  sortir  de  la  terre.  • 

Pour  juger  de  ce  que  nous  devons  prendre 
ou  laisser  dans  les  monuments  profanes  sur 
la  (question  qui  nous  occupe,  il  nous  faut  un 
critérium  :  ce  critérium  ^  pour  vous  et  pour 
moi,  c'est  la  Bible,  et  dans  le  cas  partiimlier 
dont  il  s'agit  en  ce  moment ,  c'est  le  deuiième 
verset  du  premier  chapitre  de  la  Genèse.  Pour 
pouvoir  discerner  ce  que  nous  devons  adop- 
ter ou  rejeter  dans  la  tradition  païenne,  nous 
devons  donc  commencer  par  fixer  le  sens  de 
ce  verset.  Avez-vousautoritépour  cela?  Pour 
moi,  je  me  récuse,  et  au  miheu  de  vingt  in- 
terprétations différentes,  je  puis  bien  avoir 
une  préférence,  mais  une  certitude,  je  n'eq 
ai  aucune. 

Dans  ce  verset,  si  j'en  crois  la  Vulgale,  je 
trouve  les  mots  terre,  ténèbres^  eau,  esprit 
de  Dieu,  etc.  Mais  ces  mots  ont  je  ne  sais 
combien  de  sens  divers,  quelquefois  les  plus 
étranges,  les  plus  éloignés  de  ceux  qu'ils 

f)résentent  d'abord  h  l'esprit.  C'est,  dit-on, 
e  chaos  dans  les  éléments.  Soit;  mais  c'est 
bien  aussi  le  chaos  dans  les  mots,  et  je  ne 
suis  pas  plus  habile  à  débrouiller  l'un  que 
l'autre.  Vous  me  parlez  d'eau.  Mais  qu'est-ce 
que  cette  eau;  «  une  eau  dont  les  cienx  ont 
été  faits  ainsi  que  tout  notre  monde  sublu- 
naire  :  Ex  aquis  enim  his  facti  sunt  tcdi  : 
tam  enim  eœh  quam  sublunaria  facta  sunt  ex 
eadem  aquarujm  çbysso^  (Script,  sacr.  Cttrs. 
compl,,  t.  V,  1837.) D'après  M.  Chaubard,  cette 
eau  n'est ,  à  ce  verset,  avant  le  fiât  /uj,  que 
les  éléments  de  l'eau ,  c'est-à-dire  de  l'oxy- 
gène et  de  l'hydrogène  non  combinés. 

Vous  me  citez  Thaïes,  qui  dit  que  Dieu  a 
tout  formé  d'eau,  qu'il  croyait  coélernelle  à 
Dieu,  et  vous,  vous  dites  seulement  que  la 
terre  a  été  faite  dans  l'eau...  Que  ne  peut-on 
pas  supposer  ,  et  combien  d'explications 
n*a-l-on  pas  tentées?  Tâchez  donc  de  con- 
cilier les  commentateurs  avec  la  Bible,  les 
commentateurs  entre  eux^  les  cosmogonisles 

Crolanes  avec  le  tout.  Et  quand  tous  aurez 
ien  mêlé ,  bien  broyé  tout  cela,  nous  ver- 
rcr»s  si  c'est  le  neptunianisme  qui  en  sort; 
c'est-è-dire  de  l'eau  pure  et  claire,  et  cou 
point  une  eau  trouble  où  l'on  se  perd,  une 
eau  inconnue  et  où  l'on  ne  comprend  rien , 
comme  celle  de  Thaïes ,  de  laquelle  Dica 
aurait  formé  toute  chose,  avec  laquelle  il 
aurait  fiiit  de  For,  du  fer,  du  plomo ,  de  l« 

{lierre,  du  feu,  la  terre,  la  lune ,  le  soleil  el 
es-étoiles. 

Pour  moi ,  s'il  m'était  permis  d'avoir  un 
sentiment,  j'inclinerais  à  penser  que  Yean 
de  ce  verset  est  ce  que  tout  le  monde  ap- 
pelle de  Teau ,  de  I  eau  comme  celle  qrii 
coule  dans  nos  fleuves,  comme  celle  qui 
remplit  le  bassin  de  nos  mers,  naturellement 
imoropre  à^  former  du  cranit ,  quoi  au'eu 


in 


CIIA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


eux 


r.s 


Aise  M.  Chaabard»  comme  h  faire  un  £o!cil  ; 
que  la  terre  qui  v  est  mentionnée,  est  de  la 
terre  comme  celle  que  nous  foutons  aux 
pieUs,  TOUS  et  moi,  et  non  point  une  je  ne 
sais  quelle  iDcompréhensible  chose  noj^ée 
dans  une  autre  je  ne  sais  quoi  non  moins 
insaisissable.  Je  prendrais  tout  simplement 
ce  verset  pour  le  tableau,  en  quelques  mots, 
de  la  ruine  d*un  monde  antérieur  que  Dieu 
efface  pour  y  substituer  un  nouvel  ordre  de 
choses  k  la  tète  duquel  il  veut  placer  Thomme, 
Thomme,  cette  créature  nouvelle,  objet  de 
ses  prédilections,  pour  qui  il  veut  accomplir, 
dans  ia  suite  des  temps,  des  merveilles  que 
la  langue  des  cieux  peut  seule  redire. 

Voyez,  dans  le  savant  Pétau,  les  opinions 
des  plus  illustres  Pères  de  l'Eglise  des  pre- 
miers siècles,  saint  Grégoire  de  Nazianze, 
saint  Basile  le  Grand,  saint  Césaire,  Ori- 
gène,  saint  Jérôme,  etc.,  etc.  Ils  connais^ 
saient  aussi  bien  que  nous  les*  traditions 
des  poètes  et  des  philosophes  grecs  et  ro- 
mains, ils  avaient  étudié  la  Genèse  avec  une 
profondeur  de  génie  que  nous  n'oserions 
nous  flatter  d'égaler,  et  pourtant  la  plupart 
n*ont  point  vu,  dans  le  deuxième  verset  du 
Hvre  saint,  ce  que  M.  Chaubard  y  a  décou- 
vert :  ils  n'y  ont  |>oint  trouvé  la  création 
première  de  notre  planète.  «  L'unirers  fut 
€4'éé  dès  le  commencement  et  avant  tous  les 
temps ,  dit  Bossuet ,  mais  seulement  orné 
dans  le  temps.  »  (viir  Elév.  sur  lee  mystères.) 

Je  reviens  aux  textes  çpie  vous  produisez 
•n  faveur  de  votre  opinion. 

Si  j*avais  nié  l'eau  et  la  terre  du  deuxième 
verset  de  làGeniset  c*est*à-dire  si  j'avais  bien 
torturé  ces  deux  mots  pour  leur  faire  signi- 
fier quelque  chose  qui  ne  serait  ni  de  I  eau 
ni  de  ia  terre,  vous  auriez  beau  jeu  contre 
moi  arec  toutes  ces  citations  qui  commen- 
cent à  Homère  et  Hésiode,  lesquels  sans 
doute  n^avaient  point  eux-mêmes  inventé 
cette  cosmogonie.  Mais  c'est  moi,  qui,  con- 
trairement aux  interprétations  de  M.  Chau- 
hard ,  Teux  que  l'eau  de  ce  verset  soit  de 
l*cau  véritable  et  la  terre  de  la  vraie  terre  ) 
que  notre  planète  ait  été  enveloppée  par  les 
eaux  qui  Tout  dévastée,  et  que  de  ses  ruines 
soit  sorti  un  nouveau  monde ,  enrichi  de 
nouveaux  dons,  peuplé  de  nouveaux  habi* 
tanta ,  conformément  à  l'interprétation  lit- 
térale du  premier  chapitre  de  la  Genèse, 
Ainsi  tout  1  ordre  de  choses  terrestres  actuel 
aurait  eu  pour  point  de  départ  un  grand 
cataclysme  dont  la  tradition  s'est  conservée 
dans  la  mémoire  des  peuples  et  qui  a  été 
chantée  par  les  poëtes,  systématisée  par  les 
premiers  philosophes,  lesauels  poëtes  et 
philosophes  en  ont  modifié  le  récit  par  une 
»ole  d'idées  accessoires  et  en  ont  fait  les 
«ns  de  ia  mythologie,  les  autres  de  l'athéis- 
me ,  les  autres  du  dualisme ,  regardant  la 
matière  comme  un  principe  incréé  et  co- 
éternel  à  Dieu. 

'    L*opinion  que  j'eOIeure  ici  en  passant  à 
propos  du  deuxième  verset  du  premier  cha- . 
pitre  de  la  trente,  n*est  qu'une  hypothèse  que 
|e  crois  en  valoir  bien  une  autre,  mais  que 
ie  suis  loin  de  présenter  comme  le  dernier 


mot,  Texplication  définitive  de  ce  verset.  11 
est  vrai  qu'Origène  a  dit  :  «  Quel  homme 
sensé  peut  penser  que  le  premier,  le  second 
et  le  troisième  jour  furent  sans  soleil,  «ans 
lune  et  sans  étoiles?...  »  (Periarch...  lib.  iv, 
c.  16,  t.  I.)  Et  saint  Jérôme  :  Stx  millia  nec^ 
dum  nostrt  orbis  implentur  annij  et  quantas 
prius  œternitateSf  ^anta  tempera  ,  quantas 
sœculorum  angines  fuisse  arhitrandum  "est  t 
Mais  il  n'y  a  que  M.  Chaubardqui  ait  le  pri- 
vilège dépenser  et  d'enseigner  comme  pensait 
et  enseignait  Moïse. 

Je  termine  par  quelques  observations  sur 
les  textes  d'Ovide  et  de  Virgile. 

Le  chaos  assurément  n*a  point  de  pins 
grand  peintre  qu'Ovide.  Sa  féconde  iniflgi- 
nation  était  à  1  aise  au  milieu  de  cet  anta- 
gonisme de  tous  les  éléments.  C'est  de  bien 
belle  poésie  latine,  je  l'admire  avec  vous, 
mais  est-ce  de  la  science?  Quand  je  compare 
cotte  magnifique  description  au  calme  ma- 
jestueux des  premiers  versets  de  la  Genèse , 
je  me  dis  :  Voici  l'écolier  avec  ses  phalanges 
de  mots  retentissants,  qui  se  joue  dans  une 
sui'erbe  amplification  et  qui  exploite  en  vers 
pompeux  une  riche  matière,  et  voilft  l'histo- 
rien inspiré,  court  mais  d'une  incomparable 
énergie,  jetant,  jusque  dans  les  profondeurs 
de  son  opulente  brièveté ,  une  oeauté  sans 
mesure,  comme  on  voit  quelquefois,  en 
voyageant  dans  les  Andes  intertropicales,  la 
nature  jeter,  au  fond  des  abtmes  eux*mèmes, . 
une  magnificence  sans  bornes;  confident  du 
Très-Haut,  il  prête  l'oreille  à  l'écho  des 
révélations  divines  et  retrace  avec  solennité, 
en  expressions  sublimes  sans  emphase  » 
simples  avec  grandeur,  les  opérations  d'un 
Dieu  créateur,  les  œuvres  de  cette  «  sagesse 
éternelle  qui  atteint  d'une  extrémité  à  l'autre 
avec  force  et  dispose  toutes  choses  avec  oou- 
cour.  »  [Sagesse,  viii,  1.) 

Nous  avons  donné  dans  notre  Nouveau 
Traité  des  sciences  géologiques^  pa^.  270,  la 
traduction  suivante  des  vers  d'Ovide  : 

n  Cependant  l'énergique  effervescence  de 
tous  les  éléments  antipathiques  qui  se  com- 
battent et  qui  se  mêlent,  diminue  par  Teffet 
des  combinaisons  et  d'un  reiVoidissement 
toujours  progressif;  la  croûte  solidifiée  s'é- 
paissit, se  fixe  peu  k  peu  maleré  des  com- 
motions fréquentes,  des  bouleversements 
partiels  et  une  foule  de  phénomènes  chimi- 
ques et  météorologiques,  Tatmosphère  en- 
vironnant le  noyau  condensé,  d'abord  d'une 
immense  étendue  et  composée  d'une  foule 
de  substances  diverses  k  une  excessive  tem- 
pérature, subit  une  longue  suite  de  modifi- 
cations,  jusqu'k  ce  qu'enfin  sa  température 
soit  assez  abaissée  pour  que  la  vapeur  d'eau 

fuisse  passer  k  l'état  liquide  et  se  précipiter 
la  surface  de  la  terre.  Alors  commence  une 
nouvelle  et  long^ue  série  de  réactions  chi- 
miques  :  une  immense  oxvdation  s'onèri 
par  le  contact  de  l'eau  avec  les  bases  métal 
loïdes  des  terres  et  des  alcalis,  en  dégageant 
une  énorme  quantité  de  chaleurqui  volatilise 
les  eaux  k  mesure  qu'elles  arrivent.  Maia 
le  refroidissement  augmentant  de  plus  en 
plus,  Veau  se  précipite  on  plus  grande  alcn- 


«19 


GHA 


DIGTIONNAIHË  DE  COSMOGONIE 


GHA 


dance;  le  noyau  solide  est  entouré  d*un 
yaste  océan  anide,  qui,  pénétrant  dans  Tin* 
térieur  du  sphéroïde,  y  détermioe  une  oxy- 
dation violente;  la  croûte  supérieure  est 
soulevée,  brisée  de  toutes  parts ,  soumise  à 
des  remaniements,  et  pour  résultats  de  ces 
grands  mouvements  mécaniques,  la  terre  se 
hérisse  de  montagnes  autour  desquelles  rou- 
lent les  flots  brûlants  d'une  mer  agitée  par 
les  marées,  les  courants,  etc.,  et  douée  d*une 
prodigieuse  puissance  d'érosion.  Sous  Fac- 
tion prolongée  de  ces  eaux  si  énergiquement 
dissolvantes,  les  éléments  des  roches  grani- 
tiques sont  désagrégés  ;  leurs  détritus,  long- 
temps tenus  en  suspension  mécanique  dans 
les  eaux,  se  déposent  peu  à  peu  au  fond  des 
mers,  et  se  convertissent,  sous  Tinfluence 
de  la  chaleur,  en  immense  lits  de  gneiss,  de 
micaschistes ,  de  roches  amphiboliques ,  de 
schistes  argileux,  etc.  Les  agents  atmosphé- 
riques secondent  l'action  des  mers  dans  ce 
travail  de  destruction,  en  attaquant  avec  une 
yiolence  désintégrante,  oui  ne  se  retrouve 

filus  dans  aucun  des  météores  actuels,  toutes 
es  masses  minérales  qui  s'élevaient  au-des- 
sus du  niveau  de  ces  mers  primitives ,  au 
fond  desquelles  sont  balayés  tous  ces  abon- 
dants matériaux  sous  forme  de  vase,  de  sable 
et  de  gravier.  » 

Ovide,  il  est  vrai,  décrit  la  formation  des 
corps  célestes;  tout  cela  n'est  qu'un  jeu  pour 
sa  muse,  et  nous,  nous  ne  décnvons  ici 
qu'une  des  phases  de  la  formation  de  la 
terre,  la  cristallisation  du  sranit;  mais  vous 
devez  être  content,  car  dans  la  fabrication 
des  terrains  cristallisés,  l'eau  est  delà  partie, 
le  feu  et  Teau  sont  aux  prises  comme  dans 
Ovide 

Fri§idajpugnabant€iU%dis,  humentia  êiecis. 

Le  poëte  nous  donne ,  dites-vous,  dans  se3 
vers,  la  tradition  vulgaire,  je  le  veux  bien* 
Vous  qualifiez  cela  de  iublimiié  géologique^ 
soit,  tf  Ce  sont  les  muses  elles-mêmes  don- 
nant des  leçons  géogéniques,  »  soit  I  soit  ! 
Mais  entre  nous,  pourtant,  et  en  dépit  de 
l'excellente  opinion  que  vous  en  avez,  je 
soupçonne  un  peu  ces  bonnes  filles  d'en  dire 
ici  un  |>eu  plus  qu'elles  n'en  savent.  Mais 
soyons  indulgents,  on  a  fait  plus  mal  en  cos- 
mogonie. 

Vous  me  demandez  quand  se  passaient 
ces  étonnantes  choses.  Il  est  vrai  qu'Ovide 
ne  ledit  pas.  Vous  voudriez  bien  que  ce  fût 
au  deuxième  verset  ;  moi,  j'inclinerais  à  pen- 
ser que  c'était  dans  Vin  principio.  Ne  nous 
querellons  pas  là-dessus  aujourd'hui,  nous 
y  reviendrons.  Passons  à  Virgile. 

Les  vers  de  Téglogue  de  Virgile  sont  une 
courte  mais  élégante  description  du  système 
matérialiste  des  atomes.  11  n'y  a,  dans  ces 
▼ers,  comme  dans  ceux  d'Ovide,  rien,  abso- 
lument rien  qui  soit  plus  favorable  aux 
neptuniens  qu'aux  plutoniens.  Qu'y  voit-on 
en  effet?  Les  principes  de  toutes  choses,  les 
atomes  se  réunissant  dans  le  vide  immense 

Four  former  les  quatre  éléments ,  la  terre , 
air,  leau  et  le  feu,  avec  sonépithèle  liquidi 
qui  ne  me  paraît  point  du  tout  «ressembler 


parfaitement  h  de  la  vapeur  »  (on  voit  que 
vous  êtes  de  l'école  interprétativedeM.Chau- 
bard).  Vous  demandez  :  «  Ne  serait-ce  point 
aussi  le  calorique?  »  Il  est  probable  qu'il  v 
en  avait  un  tant  soit  peu.  Ces  auatre  élé- 
ments donnent  naissance  à  tous  tes  êtres  : 
His  exordia  primis  ofnnta.  Vous  voyez  le 
globe  encore  tendre  qui  se  condense  ou  s'ac* 
croît,  concreverit:  le  sol  qui  se  durcit,  du- 
rare^  c'est-à-dire  tout  uniment  que  les  atomes 
se  sont  accrochés  et  qu'il  en  est  résulté  ce 

Sue  nous  voyons ,  chose  facile  à  dire,  plus 
ifficile  à  croire  et  à. prouver,  en  dehors  d'uH 
formateur  et  d'un  ordonnateur  suprême  et 
tout-puissant.  Les  verbes  concreverit  et  du- 
rarej  dites-vous,  «  sont  tout  à  fait  neplu- 
niens.  »  Que  ce  soient  des  atomes  qui  s  ac- 
crochent à  la  manière  d'Epicure,  ou  qui  se 
combinent  en  vertu  des  lois  de  l'affinité  et 
de  la  cohésion,  les  verbes  employés  convien- 
nent également,  et  aussi  bien  pour  le  phé- 
nomène chimique,  s'il  se  passe  dans  le  feu, 
que  s'il  a  lieu  dans  l'eau,  ce  dont  le  poêle 
ne  dit  pas  un  mot. 

Vous  regrettez  gue  VOpifex  reritm  d'Ovide 
ne  se  trouve  point  dans  Virgile.  VOpifex 
rerwm  d'Ovide  n'est  nullement  uu  Dieu  créa- 
teur, mais  simplement  ordonnateur  de  la 
matière.  Tous  les  systèmes  humains  sur  l'o- 
rigine des  choses,  si  multiples  et  si  divers, 
s'accordent  sur  un  point,  celui  de  Yéterniti 
delamaiiire.  Sans  sortir  des  poésies  d'Ovide, 
vous  vous  rappelez  cet  admirable  livre  xv* 
de  ses  M(^/amorpfto*w,  qui  renferme  un  cours 
de  géologie  et  où  le  poëte  expose  les  doc- 
trines d'un  des  plus  grands  philosophes  de 
l'antiquité,  Pythagore,  qui  avait  séjourfié 
vingt  ans  en  Egypte,  qui  avait  visité  TOrient 
et  fréquenté  les  philosophes  de  la  Perse  et 
de  l'Inde.  Vous  trouverez  là  ce  vers  : 

Quattuor  œlernu$  genitalia  corpora  mundu 
Cotttinet,.,, 

Il  semble  qu'il  n'ait  pas  été  donné  à  la  pen- 
sée 4iumaine ,  même  dans  ses  plus  aventu- 
reuses conceptions  de  rencontrer  i'idée  de  la 
création.  Platon,  dont  le  çénie  sublime  a 
touché  pour  ainsi  dire  aux  limites  de  l'intel- 
ligence humaine,  n'a  pu  embrasser  la  créa- 
tion, ni  dans  son  essence  ni  dans  ses  résul- 
tats :  on  peut  facilement  s'en  convaincre  en 
portant  son  attention  sur  le  Timée^  et  sur  le 
traité  des  Lois.  Dieu,  selon  lui,  a  imprimé  i 
la  matière  la  forme,  l'arraneement,  la  beauté; 
mais  enfin  cette  matière  informe,  avant  quil 
y  mit  la  main,  était  toujours  un  je  ne  «ai« 
quoi  qui  avait  un  fond  d'existence. 

Concluons. 

Les  anciens  n'étaient  pas  forts  en  géolo- 
gie, science  toute  moderne;  nulle  part  ils  ne 
donnent  la  théorie  de  la  formation  des  ter- 
rains cristallisés  ;  la  Bible  n'en  parie  pas  da- 
vantage; la  science  actuelle  ne  j>eut  expli- 
quer cette  cristallisation  granitique  dans 
l'eau  seule,  et  invoque  l'antagonisme  des 
,deux  grands  agents  de  la  nature,  le  feu  et 
Teau.  Sur  ce  point  particulier,  voilà  où  en 
sont  les  choses.  D'où  il  résulte  qu'affirmer  la 
formation  du  granit  dans  les  eauxdudeuxiè^ 


CIIA 


LT  DE  PALEONTOLOGIE, 


CHA 


222 


f!ie  verset  de  \»  Genè$t^  c'e^^l  adirmorgralui- 
(eiiietU*  e  osi  faire  une  !iv|K»llièî>e  qui  ne  ro- 
|io^o  Mir  aurun  fiuKlfMuent. 

D'un  autre  «ôié,  nnus  avon^  vu  que  la 
théorie  d'un  noyau  iluido  d'environ  3,000 
lieues  do  diani^lrV  n'est  fia:$rionllfiqu(Muent 
adinissitdo.  D'où  il  .^uit  que,  dans  le  syslèmo 
de  M.  Cliauliard,  on  ne  )»eut  cspiiiiùcr  au- 
cun piiénoniène  dVruption,  ni  volcans,  ni 
montagnes,  ni  roches  d'éjia ncheuicnt  quei- 
coni|ues. 

Enfin  rinlerpreialion  donnée  par  M.  Chau- 
hanl  aux  premiers  versets  de  la  Genèse  nous 
seuilde  r.rliitraîre»  invraisend)lalile,  contra- 
dictoire, el  par  consé(|uent  sans  autorité 
pour  appuyer  son  opinion. 

D'où  l'on  peut  «léjh  conclure  que  cette 
géologie  c^uc  vous  appelez  biblique  n*est  pas 
|dus    liîhlique  qu*uno  autre;  aue  ce  n'est 

Su'une  hypothèse  Irès-conteslahle  et  du  côté 
e  la  Genèse  et  du  côté  de  la  science,  et  qu'il 
est  par  conséquent  prématuré,  sinon  témé- 
raire de  prQcl(inier  qu'elle  pense  et  enseigne 
comme  pensait  et  enseignait  Moïse. 

Mais  nous  avons  h  présenter  des  cousidé- 
rations  /l'un  nouvel  ordre,  et,  selon  nous, 
d*une  autorité  encore  plus  décisive  en  cette 
matière.  Nous  tâcherons  de  les  faire  valoir 
avec  loute  l'impartialité  dont  nous  sommes 
ca|)able.  Et  cela  nous  sera  bien  facile, 
n'ayant  d'autre  but  dans  ce  débat  que  celui 
de  prévenir  l'erreur  et  d'arriver  du  moins 
au  vraisemblable ,  si  la  découverte  du  vrai 
et  la  certitude  nous  sont  interdites  dans  ces 
questions  dilGciles, 

Lettre  cinquième, 

De^s  mediis  Minper  oiaxime  obviis  et 
facUIioUs  uUlur. 

(W.  Cabpihtiii.) 

Monsieur  l'abbé, 

L'auteur  que  nous  examinons  à  votre 
prière  et  qui  n'est  pour  nous  qu'une  occasion 
d'étudier  quelques-unes  des  grandes  ques* 
lions  de  la  science- actuelle  dans  leurs  rap- 
ports avec  nos  livres  saints,  ne  cesse  d'affir- 
mer que  tf  son  travail  ne  ressemble  en  rien 
à  ce  qui  l'a  précédé,  qu'il  est  hors  de  toute 
catégorie,  qu'il  n'est  noint  un  système,  qu'on 
n'y  trouvera  point  d  hypothèse ,  pas  même 
une  idée  hasardée.  «  {Avant-Propos,  p.  xu.) 
Nous  savons  déjà  si  ces  prétentions  sont 
fondées,  et  s'il  est  vrai  qu'il  n'y  ait  dans  la 
théorie  de  M.  Chaubard  ni  hypothèse^  ni  même 
\tne  idée  hasardée.  Que  lui  sert-il  d'en  appeler 
è  l'histoire?  Cette  histoire,  il  faut  1  inter- 
préter, car  elle  ne  s'explique  pas  le  moins  du 
monde  sur  les  formations  géologiques.  Il 
faut  concilier  ensemble  les  traditions,  la 
science  et  la  logiciue,  et  c'est  en  cela  que 
eousiste  loute  la  difliculté.  U  ne  suffit  pas  de 
rattacber  arbitrairement  telle  fornlation  géo- 

(G2)  «  La  plus  grande  profondeur  moyenne  qu'on 
imisse  attribuer  aux  mers  est  de  4,800  mètres,  (i*où 
il  réftuilc  que  la  m;issc  lolale  des  eaux,  qui  couvre 
une  si  grande  partie  du  globe  Urrestrc,  ne  va  pas  à 
deux  uiiltioiis  de  myriarocLres  cubes  :  c*esl  un  ve- 
lu jue  infiniment  petit  relativement  à  celui  de  la  icrie, 


logique  à  tel  cataclysme  mentionné  dans 
i'hisloire;  de  dire,  par  exemple,  avec  notre 
auteur  :  Au  deuxième  verset  du  chapitre  !*• 
de  la  Genèse  y  l'eau  couvre  toute  la  terre, 
donc*  c'est  l'époque  de  la  formation  des  ter- 
rains cristallisés;  environ  1,600  ans  après, 
le  déluge  mosaïque  détruit  le  genre  humain; 
donc  c'est  la  formatiom  des  terrains  transi- 
taires, secondaires,  etc.;  enQn  800 ans  plus 
tard,  Josué  arrête  le  soleil;  donc  la  terre 
cesse  de  tourner  sur  son  axe;  donc  la  mer 
se  précipite  sur  les  continents,  c'est  le  dé^ 
lu^o  de  Deucalion ,  ou  la  formation  des  ter- 
rains de  transport  ancien,  des  blocs  errati- 
ques, sables  d'Afrique,  brèches  osseuses,  ca- 
vernes à  ossements,  etc. 

Ce  rapprochement  peut  paraître  spécieux 
AU  premier  énoncé,  mais  on  ne  tarae  pas  à 
s'apercevoir  que  ce  n'est  qu'une  illusion 
théorique  et  qu'il  ne  peut  soutenir  l'examen. 
Les  Livres  saints  ni  les  traditions  ne  s'ex- 
pliquent en  aucune  sorte  sur  Ja  formation  des 
terrains  qu'on  attribue  aux  catacl;^smes  qu'ils 
mentionnent;  et  les  investigations  de  la 
science  ne  paraissent  nullement  pouvoir  se 
concilier  avec  une  pareille  hypotnèse.  C'est 
là  ce  qui  l'a  fait  abandonner  depuis  long« 
temps. 

En  effet,  scientifiquement  parlant,  com- 
ment démontrer,  par  exemple,  la  possibilité 
de  la  formation  des  terrains  cristallisés  dans 
l'eau  (62j  ?  On  cite  dans  toutes  les  parties 
du  monde  d'innpmbrables  exemples  de  gra- 
nit et  autres  roches  éruptives,  portant  les 
caractères  les  plus  évidents  de  la  fusion 
ignée;  c'est  un  fait  aujourdhui  vulgaire, 
quelle  qu'en  soit  d'ailleurs  l'explication  pre- 
mière ;  on  n'en  peut  produire  un  seul  qui 
autorise  à  faire  rapporter  le  granit  et  ses 
variétés  à  une  formation  aqueuse.  L'origine 
ignée  des  roches  granitiques  est  un  point 
qui  parait  aujourd'hui  définitivement  acquis 
à  la  science,  et  pour  être  admis  à  le  contes- 
ter, il  faudrait  se  présenter  avec  d'autres 
preuves  que  de  gratuites  affirmations. 

Mais  il  est  temps  d*aborder  des  difficultés 
d'un  autre  ordre;  nous  voulons  parler  de  la 
formation  des  terrains  stratifiés,  attribuée 
par  M.  Chaubard  au  déluge  mosaïque. 

Au  sujet  de  cette  seconde  partie  du  sys- 
tème de  M.  Chaubard,  je  dois  vous  faire  re- 
marquer, monsieur  l'abbé,  que  vous  auriei; 
beaucoup  fait  en  sa  faveur  et  beaucoup  con« 
tribué  aussi  à  montrer  l'insuffisance  que 
vous  reprochez  aux  Annotations  géologiques 
àlaGenèsey  publiées  par  M.  l'abbé  Migne,  si 
au  lieu  de  vous  borner  à  formuler  le  voeu 
de  les  voir  réformer,  vous  nous  en  aviei 
adressé  une  réfutation  en  règle.  Cela  voiu 
eût  été  facile,  puisque  vous  en  aviez  saisi  les 
défectuosités  et  que  vous  saviez  ce  qu'il  fal« 
lait  mettre  à  la  place,  autrement  vous  n'au* 

et  qui  ne  permet  guère  de  concevoir  une  fluidité 
aqueuse  de  notre  planète,  du  moins  par  les  eaux  ao- 
luelies,  qui  n'oflrrnt  pas  la  millionième  partie  de  ce 
qu'il  faudrait  pour  dissoudre  ui;e  telle  masse  dans 
les  circonslances  les  plus  favorables  qu^on  puisse 
imaginer,  i  (Beudakt,  membre  de  Tlnstilut,  etc.) 


K5 


C1IA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGOME 


CfL\ 


ÎU 


riez  i^as  son^é  &  solliciter  ces  moJineations 
et  CCS  changements. 

Vous  aTcz  trouTé  plus  rommode  de  prier 
les  rédacteurs  de  la  Voix  de  la  Vi^t/^dçiaire 
cette  licsogae.  Je  ne  sais  ce  qu'ils  eu  pensent,  ^ 
mais,  pour  ma  part,  la  tâche  me  parait  assez* 
diflicile,  et  je  présume  qu'il  ne  se  trouvera 
guère  que  vous  en  mesure  de  s'en  tirer  avec 
quelque  honneur. 

Celait  pour  le  système  de  M.  Chaubard 
une  chose  désagréable  que  la  présence  des 
fossiles  dans  les  terrains  stratifiés.  Sans  cela» 
il  n'aurait  {las  manqué  de  rapporter  la  for- 
mation de  ceux-ci  au  deuxième  verset  de  la 
Genèse  j  ce  qui  eût  été  plus  simple  et  aurait 
coupé  court  à  toutes  sortes  de  diflicultés 
qu'on  s'avise  de  lui  faire  et  qui  ne  laissent 
pas  que  d*ètrc,  ainsi  que  nous  le  verrons, 
assez  embarrassantes.  Mais  les  fossiles  étaient 
M,  élevant  leurs  millions  de  voix  sur  tous 
)es  points  du  globe  et  à  tous  les  degrés  de 
la  série  des  terrains.  Que  faire?  Admettre 
que  )a  terre  avait  été  créée  d'un  seul  jet  avec 
tous  ces  fallacieux  débris  d'êtres  qui  n'au- 
raient jamais  existé?  C'était  se  mettre  en 
dehors  de  toute  science,  ruiner  toute  induc- 
tion, toute  logique;  on  eut  peur  du  ridicule. 
Prétendre  que  toute  cette  longue  série  de 
couches  s*é(ait  formée  dans  Tintervaile  qui 
s'écoula  de  la  création  au  déluge,  on  ne  1  o* 
sait,  parce  que  sans  doute  on  ne  ti^ouyait 
pas  cet  intervalle  de  temps  de  longueur  suf- 
fisante pour  pouvoir  attribiier  cette  forma- 
tion à  des  causes  analogues  à  celles  actuel- 
lement agissantes,  et  que  d'ailleurs  on  était 
tout  préoccupé  de  catacljr&m^s  et  d'invasions 
de  la  mer,  iaées  théoriques  mises  à  la  mode 
par  Guvier.  Recourir  à  un  monde  préadami- 
que,  on  n'y  songea  pas ,  quoiqu'on  trouvât 
toutes  les  données  de  cette  opinion  dans 
plusieurs  Pères  de  TEdise.  Restait  encore  le 
système  des  jours^periodes;  H.  Chaubard 
leur  préféra  le  déluge. 

Ce  n'était  pas  au  reste  la  première  fois 
qu'on  avait  recours  à  cette  catastrophe  pour 
expliquer  la  présence  des  fossiles  dans  le 
sein  oe  la  terre  et  là  formation  des  terrains 
dans  lesquels  ils  sont  ensevelis.  Lorsque  la 
science  était  encore  à  son  berceau  et  qu'on 
n'avait  des  formations  secondaires  qu'une 
connaissance  très-imparfaite,  cette  théorie 
pouvait  avoir  quelque  apparence  de  vrai- 
semblance. Elle  est  aujourd'hui  universelle- 
ment abandonnée. 

Mais  la  science,  ou  si  vous  voulez,  les  sa- 
vants ont  quelquefois  leurs  caprices,  leurs 
préjugés.  Sont-ils  fondés  h  rejeter  le  déMge 
eomme  cause  pro<hKtrice  de  la  série  des 
terrains  sédimentaires?  c'est  ce  qu'il  nous 
faut  examiner  attentivement. 
'  D*alM>rd  il  est  essentiel  de  fixer  nos  idées 
sur  la  nature  de  ce  cataclysme,  e(,  par  consé- 

auent,  d'interroger  les  seuls  documents  au- 
lentiquos  qui  nous  restent  sur  cette  catas- 
trophe.Ouvronsdoncla  Bible.  (Koir  la  (7  ene^e,, 
chap.  VI.  VII,  yin.) 

Une  question  importante  se  pr(!scnte  :  le 
d<^lugc  a-l-il  été  universel? 
Il  est  permis  de  soutenir  la  uon-univcrsa- 


lilé.  Vous  connaissez.  Monsieur,  la  l)i(sc 
d'IsaacWossius,qui  allait  être  condamnée  à 
Rome,  lorsque  le  célèbre  Père  Habilloo  rc- 

{irésenta  que  les  mots  sur  lesquels  on  se 
bndait  pour  soutenir  l'universalité  dH  dé- 
luze  étaient  «mployés  à  chaque  page  de 
l'Ecriture  dans  un  sens  très  -  restreint.  H 
semble  en  effet  plus  conforme  aux  idées  que 
nous  nous  formons  de  la  sagesse  divine 
d'admettre  que  l'inondation  diluvienne  se 
borna  à  la  partie  de  la  tene  alors  habitée, 
et  il  n'est  pas  vraisemblable  que  la  terre  ait 
été  dès  lors  peuplée  dans  toute  son  étendue 
On  ne  peut  rien  arguer  dés  quinze  coudées 
dont  les  plus  hautes  montagnes  furent  sur- 
passées par  l'élévation  des  eaux,  car  rien  ne 
prouve  qu'il  s'agisse  là  des  plus  hautes  mon* 
tagines  du  globe,  duChamalari,  par  exemple, 

3ui  a  neuf  mille  mètres,  mais  seulement 
e  celles  de  la  contrée  inondée,  lesquelles 
pouvaient  n'être  pas  d'une  grande  hau- 
teur. 

Dans  l'opinion  de  la  non -universalité  du 
déluge,  il  est  facile  de  résoudre  une  foule 
de  problèmes  qui  abetrement  demeurent  in- 
solubles, à  moins  de  recourir  continuelle- 
ment au  miracle.  Or,  il  y.  a  même  dans  les 
faits,  qui  sont  évidemment  miraculeux,  une 
partie  qui  s'accomplit  par  l'action  des  lois 
ordinaires  et  naturelles,  et  qui  autorise  ï  ne 
recourir  au  miracle  qu'autant  qu'il  est  ei- 
pressémept  mentionne.  Ainsi,  relativement 
a  la  conservation  des  animaux ,  il  est  diffi- 
cile, en  admettant  l'universalité  du  déluge, 
de  se  rendre  compte  de  la  réunion  dans 
l'arche  de  six  mille  espèces  d'oiseaux ,  de 
près  de  deux  mille  espèces  de  mammifères, 
de  phis  de  trois  cents  espèces  de  serpents 
(  je  néglige  les  autres  ordres  de  reptiles),  de 
plus  de  trois  cent  mille  espèces  d'insectes 
sans  les  arachnides.  (La  France  seule  pos- 
sède plus  de  15,000  espèces  d'insectes  con- 
nues et  classées,  et  plusieurs  savants  natu* 
ralistes  ont  été  amenés  à  conclure  opi'il  y  a, 
dans  le  monde  entier,  plus  d'un  demi-million 
d'espèces.)  I>oublez  ce  nombre  pour  les  ani^ 
maux  tmptcra,  septuplez-le  peur  les  animaux 
purSf  c'est  au  moins  quatorze  è  quinze  mille 
espèces  de  mammifères  et  d'oiseaux  seule- 
ment, sans  y  comprendre  un  supplément 
considérable  d'individus  destinés  à  servir  de 
pâture  aux  carnassiers.  Calculez  la  place 
qu'ils  occupent,  la  quantité  et  la  diversité 
de  nourriture  qu'il  leur  faut  pour  une  année 
au  moins,  les  soins  à  donner  par  sent  per« 
sonnes  seulement.  Songez  aux  diflicultés  du 
côté  du  ré^me  ;  il  est  des  animaux  qui  ne 
peuvent  vivre  que  de  verdure,  qui  se  tien- 
nent toujours  sur  les  arbres  et  ne  se  nour- 
rissent que  de  feuilles  vertes,  telle  est,  |)ar 
exemple,  hi  famille  des  Tardigrades  ou  [»a- 
resseux.  D'autres  ne  vivent  que  de  fourmis 
et  d'insectes,  tels  sont  les  fourmiliers,  1^ 
pangolins,  lés  monothrèraes,   les  marsu- 
piaux, etc.  D'autres,  comme  les  colibris  o? 
les  oiseaux-mouches,  ne  paraissent  pouvoir 
se  nourrir  que  du  suc  des  fleurs. 

Les  diflicuUés  du  côté  du  régime  étaient 
cxlrômcs.  Elles  ne  rétaien*  pas  moins  du 


123 


CUA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


C1L4 


cAié  de  lliabkation.  Ainsi,  par  exemple,  le 
reane,  certains  cars,  etc.,  ne  peuvent  s*ac- 
commoder  que  du  froid  des  régions  po- 
laires ;  d*aatres  espèces  ne  peuvent  vivre  que 
dans  les  r^ons  chaudes.  Si  le  déluge  a  été 
universel,  comment  ]e3  paresseux,  les  four- 
miliers, les  armadilles;  etc.,  qui  ne  se  trou- 
vent que  dans  l'Amérique  méridionale,  et 
dont  les  mouvements  sont  si  lents,  ont-ils 
pu  passer  après  le  déluge  dans  cette  contrée? 
Ce  ne  peut  être  par  le  détroit  de  Behring  ;  le 
climat  dans  cette  latitude  est  trop  froid,  et 
d*ua  autre  c6té ,  l'océan  Pacifique  leur  pré- 
sentait une  barrière  infranchissable.  Qui  a 
porté  le  serpent  à  sonnette,  le  gymnote  élee^ 
irique^  etc.,  en  Amérique,  seul  endroit  du 
globe  où  ils  se  trouvent?  Qui  a  confiné  à 
une  hauteur  de  plus  de  deux  mille  mètres, 
dans  les  montages  de  Java ,  le  midaus  me- 
licepêf  petit  animal  de  40  centimètres  de 
long  et  d*ane  extrême  lenteur?  etc.,  etc. 

Je  ne  dis  rien  de  ces  innombrables  lésons 
d*îDsectes  dont  la  conservation  olfrait  des 
difGcultés  incalculables  à  cause  des  substan- 
ces si  diverses  dont  ils  se  nourrissent  ou  sur 
lesqucll^  ils  se  développent.  U  ne  suffit  pas 
en  effet  de  recourir  à  des  collections  d'œufs  ; 
ces  œufs  ne  peuvent  se  développer  que  dans 
des  substances  excessivement  variées  et  dans 
dos  conditions  qui  ne  font  que  multiplier  les 
diflicuités. 

Nous  n*avons  parlé  que  des  animaux  ter- 
restres. Les  diflicuités  sont  décuplées,  s'il 
faut  prendre  à  la  lettre  le  cuncta  in  quibus 
tsi  spiraculum  titœ;  car  il  faudra  sauver  au 
moins  huit  mille  espèces  de  poissons  :  les 
crustacés  si  nombreux,  les  deux  embranche- 
ments des  zoophytes  et  des  mollusques, 
dont  les  esi^èces  sont  innombrables.  Il  fau- 
dra tenir  ce  nombre  prodigieux  d'animaux, 
les  uiis  dans  l'eau  douce,  les  autres  dans 
l'eau  de  mer,  qu'il  sera  indispensable  de  re- 
nouveler continuellement;  il  faudra  les 
nourrir  de  chair,  de  plantes  marines,  etc. 
Je  ne  parle  pas  de  l'ordre  des  cétacés,  la- 
mentios,  baleine,  cachalot,  etc.,  et  de  l'em- 
barras de  pareils  hôtes,  dont  les  uns  paissent 
Kherfoe,  dont  les  autres  ne  se  nourrissent 
que  de  petits  mollusques  ou  de  petits  zoo- 
phjtes  qu'ils  avalent  par  milliers  (63).  Ici 
le  cuMcta  ne  nous  parait  donc  nullement  dc- 
Toir  £tre  pris  dans  son  sens  rigoureux  et 
absolu,  et  nous  inclinons  k  penser  qu'il  en 
est  de  même  dans  presque  tous  les  autres 
versets  de  la  narration  mosaïque. 

Dira-t-on  que  les  espèces  n  existaient  pas, 
au  temps  du  déluge,  en  aussi  grand  nombre 
qu'aujourd'hui.  Le  contraire  est  certain.  11 
est  prouTé  que  plusieurs  espèces  se  sont 
perdues,  et  assurément  il  est  diflicile  d'a<i- 
mettre  que  la  nature  dans  ces  temps  primi- 
tifs était  moins  variée,  moins  riche  et  moins 
féconde  qu'elle  ne  l'est  devenue  depuis. 
D'ailleurs,  sur  quoi  se  fonderait-on  pour 


(€3)  !lo8S  avons  été  trés-modëré  dans  notre  ral- 
cal  dés  espèces  aninules;  les  plus  savants  natora- 
listcs  cstifluiit  qa*al»traciion  failedes  aoimaox  mi- 
rr^seopiques,  il  o^exisle  aajoord*hai  pas  moins  d^in 
a  de^i  niiUiotfS  d'espèces  à  b  surface  du  flobe 


avancer  une  opinion  aussi  étrange?  Où  a-t-on 
surpris  la  nature  créant  des  espicesf  Ce.  t 
aujourd'hui  un  point  hors  de  toute  contes- 
tation que  les  eip^cet  ont  une  existence  réelle 
dans  la  nature,  et  que  chacune  d'elles  a  été 
douée,  au  moment  de  sa  création ,  des  attri 
buts  et  de  l'organisation  qui  la  caractérisent 
aujourd'hui.  Nous  avons  démontré  ailleurs 
la  permanence  des  espèces  de  la  création 
actuelle. 

«  Unité  dans  l'espèce,  rariété  dans  les  in- 
dividus, telle  est  la  base  de  toute  la  théorio 
des  classifications  scientifiques.  S'il  n*existait 
pour  chaque  être  une  forme  propre,  carac- 
téristique et  permanente,  un  type  radical  et 
constitutif  de  l'espèce,  et  dont  il  est  comme 
individu  la  réalisation  variée,  il  serait  im- 
possible d'établir  aucune  classification ,  de 
coor  onner  un  système^  la  notion  même  de 
la  se  t*nce  serait  détruite ,  et  l'univers  ce 
nous  présenterait  de  toutes  parts  que  des 
êtres  isolés,  entre  lesquels  l'esprit  ne  pour- 
rait saisir  aucun  rapport  de  ressemblance, 
aucun  point  fixe  de  comparaison  et  de  rela- 
tion ,  aucun  caractère  commun ,  durable  et 
constant;  ce  serait  la  négation  de  tout  ordre» 
de  toute  harmonie;  ce  serait,  nous  le  répé- 
tons, la  destruction  complète  de  toute  scien- 
ce ,  ce  serait  le  chaos,  a  (Nouveau  iraité  des 
sciencee  géotogiques,  chap.  12).  Nous  ren* 
voyons  à  cet  ouvrage  pour  les  déveioppe- 
ments  de  celte  thèse  qui  est  de  la  j>]us  haute 
importance,  car  l'opinion  contraire  conduit 
tout  droit  au  panthéisme  matérialisme  de 
Lamarck,  Schelling,  Spik,  Oken,  etc.  (M). 

Quant  aux  végétaux,  nous  ne  Toyons  pas» 
dans  le  texte,  qu'il  soit  ffris  aucune  précau- 
tion pour  leur  conservation.  H  est  donc  na- 
turel d'admettre  qu'ils  se  conservèrent  sous 
les  eaux  diluviennes,  circonstance  qui  ne 
permet  pas  d'attribuer  aux  eaux  du  déluge 
cette  puissance  de  destruction  que  certains 
savants  systématiques  ont  imatrinéc.  Mais 
nous  pensons  qu'il  est  encore  plus  raison- 
nable d'inférer  de  leur  conservation  la  non- 
universalité  du  déluge. 

Lettre  êixiêmt^ 

Monsieur  Tabbé, 

Dans  notre  dernière  lettre,  nous  arons 
montré,  quoique  tnès^brièvement,  que  l'uni- 
versalité du  déluge  soulevait  une  foule  de 
questions  auxquelles  on  ne  peut  donner  (fe 
solution  qu'en  recourant  au  m*racle.  Le  mi- 
racle admis,  tout  s'explique  sans  doute; 
mais  pour  M.  Chaubard  qui  veut  qu'on  re- 
jette de  la  science,  à  prouos  du  déluge,  cettb 
qualificaiion  fallacieuse  de  miracle  que  rien^ 
dit-il,  ne  justifie  (p.  191),  nous  ne  savons 
comment  cet  auteur  pourrait  répondre  d'une 
manière  sati^Iaisante  aux  observations  que 
nous  avons  présentées.  11  a  trouTéplus  com- 
mode de  ne  pas  aborder  ces  difficultés.  Toute» 

teirestre. 

($4)  Vo^ea  aMsi  les  Imirodueîism  a«  deaiiéne  et 
aa  troisiéiiie  volaoBe  du  DieHwnmre  de  Zoùi^e^ 
faisant  partie  de  VKnqfct^pééie  tkéologique^  poUicc 
par  M.  labbé  Migiie. 


â7 


CHA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CHA 


M 


foîs  nous  sommes  persuadés  que  plus  on  y 
réfléchira,  plus  on  les  trouvera  sérieuses. 

Une  autre  question  se  présente  :  D'où  sont 
venus  les  eaux  du  déluge? 

C*est  une  circonstance  bien  remarquable 
que  le  mol  de  mer  ne  soit  pas  prononcé  une 
seule  fois  dans  toute  Thistoire  du  déluge. 
Cependant  si  l'Océan  tout  entier  s'est  sou- 
levé et  précipité  surles  continents,  il  sem- 
ble que  ce  fait  était  assez  extraordinaire, 
assez  inouï,  pour  être  mentionné  avec  pré- 
cision au  moins  une  fois;  tandis  que  Faction 
de  la  pluie,  qui  dans  cette  circonstance  ne 
serait  qu'un  phénomène  bien  secondaire, 
pour  ne  pas  dire  insigniCant,  est  rappelé 
jusqu'à  six  reprises  différentes,  La  première 
fois  qu'il  en  est  question,  c'est  au  17*  verset 
du  chapitre  vi.  C'est  Dieu  qui  parle  àNoéet 
qui  lui  annonce  la  nature  du  châtiment  dont 
îi  va  punir  une  génération  criminelle.  «  Et 
voilà,  dit-il,  que  moi,  j'amènerai  sur  la 
terre  les  eaux  du  ciel.  »  £t  au  chapitre  vu, 
verset  4  :  «  Encore  sept  jours  et  après  je  fe- 
rai pleuvoir  sur  la  terre  durant  quarante 
iours  et  quarante  nuits.  »  (  Comparez  avec 
les  versets  11,  12  et  17  du  inème  chapitre, 
avec  le  2*  vers^et  du  chapitre  vii,  et  enfin 
avec  les  versets  12,  13,  l£,  15  et  16  du  cha- 
pitre x.j 

Relativement  à  ces  cinq  derniers  versets , 
il  est  une  remarque  que  nous  ne  devons  pas 
négliger  :  c*est  que  le  signe  de  l'alliance  que 
Dieu  Tait  avec  Noé  et  avec  ses  descendants 
est  un  signe  placé  dans  le  ciel  et  dans  les  nuc^ 

ffw,  comme  devant  rappeler  à  l'homme  le 
ieu  d^où  était  descendu  l'instrument  du 
châtiment  terrible  qui  fut  infligé  à  son  es- 
pèce, et  faire  ressouvenir  Dieu  de  la  pro- 
messe qu'il  avait  faite  à  Noé  de  ne  plus  dé" 
trnire  tDute  chair  par  un  déluge.  Il  est  évi- 
dent que  tout  concourt  à  faire  ressortir  l'im- 
portance du  rAle  que  les  eaux  du  ciel  ont 
rempli  dans  l'inonuation  diluvienne ,  tandis 
qu'il  n'est  rien  dit  du  soulèvement  des  mers 
ni  de  leur  irruption  sur  les  continents,  ir- 
ruption qui  certaineinent  aurait  été  signalée 
si  elle  avait  eu  lieu.  Je  ne  dis  rien  des  rai- 
sons physiques  qui  s'op[)Osent  à  cette  hypo- 
thèse. En  effet,  1  Océan  n'a  pu  quitter  son  lit 
qu'en  se  soulevant  contre  les  lois  de  la  pe- 
santeur, fait  surnaturel  qu'il  ne  faudrait 
pas  supposer  sans  nécessite  et  sans  y  être 
autorisé  par  le  texte  sacré. 

Le  ir  verset  du  chap,  vu,  considéré  iso- 
lément, présente  d'abord  quelque  obscurité; 
mais  rapproché  de  son  contexte,  il  s'éclair- 
cit.  Ainsi  les  mots  fontes  abyssi  magnai  et 
eataractœ  (65)  cœli  pourraient  être  les  ex- 
pressions symétriques  d'une  même  pensée  , 
conformément  au  génie  de  la  construction 
hébraïque  qui  en  ofl're  des  exemples  si 
fréquents  dans  rEcriturc  sainte.  Quoi  qu'il 
en  soit,  il  suliit  de  lire  de  suite  le  il'  verset 

(65)  Le  mot  hébreu  aruboih^  qu'on  a  traduit  par 
le  inot  grec  cataracte^  est  souvent  employé  (tans 
rEcnuire  pour  marquer  une  tempêl(\  une  pluie  abon- 
dante qui  tombe  du  ciel.  (Voy.  tsaie^  xxiv,  18;  Ma- 
lac,  111. 1 

(66}Vetei68rabbiDi,qaos  maxime  sequuiitur  cliri- 


de  ce  chapitre  et  le  12*,  pour  être  convaincu 
qu'il  s'agit  là  principalement,  comme  dans 
tout  I^  reste  du  récit,  de  Tépanchement  des 
eaux  du  ciel. 

a  L'an  600  de  la  rie  de  Noé,  au  second 
mois,  le  \T  jour  du  mois,  toutes  les  sources 
du  grand  abtme  furent  rompues  et  les  cata- 
ractes du  ciel  ouvertes. 

«  Et  la  pluie  tomba  sur  la  terre  durant 
quarante  jours  et  quarante  nuits.  » 

Ce  dernier  verset  n'est  évidemment  qu'une 
conclusion,  sinon  du  précédent  tout  entier, 
au  moins  de  sa  dernière  moitié.  Au  reste, 

auel  que  soit  le  sens  de  fontes  abyssi  magnœ^ 
est  clair  qu'il  ne  renferme  nullement  la 
principale  idée,  celle  sur  laquelle  l'historien 
insiste  et  appelle  Tattention,  et  pourtant  ce 
serait  le  contraire  qui  devrait  avoir  lieu  si 
l'Océan  {avait  fait  irruption  sur  les  conti- 
nents. 

Si  l'explication  que  nous  venons  de  don- 
nerne  paraissait  pas  satisfaisante,  il  en  est 
une  autre  qui  mérite  d'être  prise  en  consi- 
dération. On  sait  que  les  Hébreux  croyaient 
que  les  fleuves  et  les  fontaines  avaient  leur 
source  dans  l'abîme  ou  dans  la  mer,  qu'ils 
en  sortaient  par  des  canaux  invisibles  et  s'y 
rendaient  par  les  lits  qu'ils  se  sont  creusfe 
à  la  surface  de  la  terre.  Pourquoi  n'admet- 
trait-on  pas  que  Moïse  s'est  conformé  à 
cette  opinion  dans  son  récit,  et  qu'il  indique 
tout  simplement  ici  pàv  fontes  tnagnœ  abyssi 
des  crues  extraordinaires  des  rivières  et  des 
fleuves,  dont  les  sources  auraient  jaiUi  plus 
abondamment  par  quelque  cause  naturelle 
ou  miraculeuse?  Ainsi  Moïse  aurait  dit 
elliptiquement,  les  sources  de  l'abime  furetU 
rompuesj  au  lieu  de  dire  les  sources  qui  ont 
leur  origine  dans  Vabîme^  comme  il  dit  les 
pluies  du  ciel  pour  les  pluies  qui  tombent  du 
ciel  (66). 

Au  2'  verset  du  chap  vni,  les  sources  qui 
jaillissaient  de  V abîme  sont  fermées^  ainsi  aue 
les  cataractes  du  ciel^  c'est-à-dire  que  les 
eaux  sont  absorbées,  partie  dans  Tintérieur 
de  la  terre,  partie  par  ratmosphère,  ou  elles 
remontent  en  va[)eurs.  Cette  évaporalion  est 
clairement  indiquée  par  ces  mots  du  texte  : 
c(  Dieu  envoya  un  souflle  sur  la  terre,  et  les 
eaux  diminuèrent.  »  Nulle  part  il  n'est  djt 
expressément  que  la  mer  rentre  dans  le  lit 
qu'elle  aurait  précédemmentaliandonné. 

Les  mots  Omnes  fontes  abyssi  magnœ  rupli 
sunt  gui  viennent  de  nous  occuper,  ont  été 
traduits  ainsi  par  M.  Chauhard  .*  Tous  les 
bassins  de  l'immensité  des  mers  furent  de- 
truHs  {ou  disparurent], 

Omnes  fontes^  tous  les  bassins...  La  tra- 
duction de  fontes  par  bassi^ut  nous  parait  eu 
moins  extrêmement  hardie.  Et  puis,  lou-^  l^f 
bassins...  Ce  pluriel,  dans  celte  signîficalion, 
avecraddilion  dnniot/ou^,noussemiileavoir 
quelque  ciiosc  do  peu  naturel  ;  en  préfére- 

siiani  Patres  in  romnicntandis  liis  Moysis  vocibus: 
Rupti  hunl  omnes  foules  abysù  magnœ  ^  taier.tiiiiB 
nquArum  ci'iipiîoncm  suiiitonelMnl.  (\V.  CARi*c>rr£«i 
Script,  hlst,  naiHi\,  apuu.  Micyn,  Curs.  compi.^  eic-r 
I.  lil  ) 


CHà 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


CUA 


2S0 


rtit  le  slngalier  le  bassin^  le  lii  de  rabime  ; 
il  n'esXy  en  effet,  question  qae  d*un  abimtf 
qui  n^occupe  par  conséquent  qu un  bassin^ 
eu  romme  on  parle  de  l'un  et  de  Tautre 
d'une  manière  (générale,  tous  ne  satisfait 
pas  la  pensée  dans  Tinterprétation  du  fouies 
donné  par  11.  Ch««ut)ard. 

«  Tons  les  bassins ,  »  rupii  suni^  dit  là 
Tul^te,  fureni  rompus.  Comment  le  bassin 
des  mers  peut-il  être  rompu/  Cette  rupture 
ferait  supcKh^er  oue  la  partie  de  lacroûte  ter- 
restre sur  laquelle  repose  TOcéan,  s'est  brisée 
s*est  entr'oaTerte.  M.  Cbaubard  traduit  rn* 
ptisuni  par  fureni  déiruiis ,  disparurent; 
traduction  commode.  Mais  pourquoi  ne  tra- 
duirail-il  pas  m  soulevèrent:  car  c'est  bien 
là  le  sens  du  rupii  suni  dans  la  théorie  de 
If.  Chaut)ard?  £n  effet»  pour  que  l'Océan  pût 
se  déverser  sur  les  continents,  il  fallait  qu'il 
fût  jeté  hors  de  son  lit  par  un  immense  sou- 
lèTement,  et  c'est  bien  aussi  ce  qu'entend 
M.  Cbaubard,  de  même  quil  entend  un  af- 
faissement du  lit  des  mers  par  le  clausi  êunt. 
Arec  ce  système  d'interprétation  on  ne  peut 
jamais  è  re  embarrassé. 

Pour  produire  ces  soulètentenis  et  ces  af^ 
faissements  successifs  du  bassin  de  l'Océan , 
M.  Cbaubard  tient  en  réserve  un  )>etit  pro- 
cédé qu'il  convient  d'examiner.  Ce  procédé, 
il  est  vrai,  n*est  point  mentionné  dans  le 
récit  mosaïque,  mais,  si  notre  auteur  n'est 
jamais  arrêté  par  une  difficulté  du  texte,  il 
ne  l'est  pas  davantage  par  une  difficulté 
quelconque. 

Vous  savez  que  notre  planète  est  douée 
d'un  mouvement  de  rotation  sur  elle-même, 
qu'elle  accomplit  en  24  heures,  parcourant 
ainsi  6  lieues  un  quart  par  minute.  Eh  bien  I 
au  temps  du  délujçe,  ce  mouvement  diurne 
fut  suspendu;  la  terre  s'arrêta  tout  à  coup 
sur  son  axe,  et  voici  ce  qui  en  résulta  :  L'eau 
des  mers,  franchissant  ses  rivages,  continua 
à  se  mouvoir  d'occident  en  orient,  et  TO- 
céan  se  déversa  ainsi  tout  entier  sur  les 
continents.  Cela  n'est  pas  expressément  con- 
signé dans  la  Bible  ;  mais  rien  n'est  plus  fa- 
cile que  de  Yy  trouver  à  l'aide  d'un  petit  dis- 
cours que  Toici  : 

c  Les  hommes  sont  ou  savants  ou  igno- 
rants. 

«  Or,  la  Bible  étant  écrite  pour  l'instruction 
de  tout  le  monde  a  dû  éviter  de  traiter  des 
sujets  hors  de  la  portée  des  esprits  peu  ou 
point  cultivés,  et  de  choquer  par  des  idées 
Traies  les  idées  fausses  généralement  re- 
çues. Ainsi,  par  exemple,  elle  ne  peut  dire 
que  la  terre  tourne  autour  du  soleil,  ou  que 
la  terre  à  telle  époque  s'est  arrêtée  sur  son 
axe.  Premier  écueil  qu'il  fallait  éviter.  Hais 
il  eo  est  un  second  :  il  iallait  ne  pas  égarer 
ies  savants  en  leur  prêchant  l'erreur,  ik  Bi- 
ble a  évité  ce  second  écueil  en  disant  tout 
comme  il  laut  pour  que  le  vulgaire  com- 

f>reone  et  ne  soit  point  choqué,  et  pour  que 
*boaime  érudit  qui  se  tient  sur  ses  gardes 
puisse  découvrir  la  vérité  en  s'aidant  è  la 
foi>  du  raisonnement  et  de  la  science.  Cela 
posé,  la  Bible  n'a  pu  nous  dire  que  la  terre 


s'est  arrêtée  sur  son  axe  lors  du  déluge  ;  elle 
s'est  bornée  à  parler  de  la  destruction  du 
bassin  des  mers  et  de  leur  irruption  sur  les 
continents  :  voilà  pour  ies  esprits  du  com- 
mun des  hommes;  mais  pour  les  gens  habi* 
les,  pour  les  savants,  elle  ajoute  que  la  mer, 
ainsi  répandue  sur  la  surface  de  la  terre,  y  a 
séjourné  cinq  mois  entiers  avant  de  se  ras- 
sembler dans  ses  bassins.  Voilà  les  savants 
sur  la  voie  ;  ils  réfléchiront  et  diront  :  Pour 
que  la  mer,  mise  en  mouvement,  ne  soit  pas 
rentrée  dans  ses  bassins,  après  avoir  fait,  si 
on  veut,  le  tour  du  globe  une  ou  deux  fois 
[rien  que  celai  une  petite  promenade),  il 
faut  que  ses  bassins  n'existassent  plus,  sans 
quoi  ils  se  seraient  remplis  de  nouveau 
presque  aussitôt  après  avoir  été  vidés  (ce  qui 
n'aurait  pas  été  votre  affaire).  Les  anciens 
bassins  avaient  donc  «Jisparu.  Mais  comment 
cela  s'est-il  fait  ?  Le  savant  se  concentrera 
ici  en  lui-même  (concentrons-nous  si  nous 
sommes  savants),  et,  prenant  une  mappe- 
monde, il  verra  que  la  surface  du  globe  ter- 
restre est  tourmentée  sur  la  zone  torride, 
aue  les  couches  secondaires  sont  minces  à 
rapproche  de  l'équateur,  ^les  houilles  plus 
rares,  etc.   • 

€  — Ahl  s'écriera-t-îl  alors,  le  mouve- 
ment qui  a  transporté  la  mer  sur  les  conli** 
nents,  était  dingé  d'Occident  en  Orient, 
précisément  dans  le  sens  de  la  rotation 
diurne  de  la  terre  sur  son  axe.  La  terre 
arrêtée  sur  son  axe  I  Quelle  conséquence  I 
Ne  nous  hâtons  pas  trop  cependant  de  con- 
clure pour  une  impossibilité.  Qui  sait  si  ce 
que  notre  ignorance  actuelle  regarde  comme 
une  violation  impossible  des  lois  de  la  na- 
ture, nest  pas  une  conséquence  toute  sim- 
ple de  la  cause  ignorée  de  la  rotation  de  la 
terre?  Ce  aui  est  indubitable,  c*est  que 
j'ignore  absolument  si  c'est  par  un  miracle 
ou  par  une  cause  purement  physique  que  la 
terre  tourne  sur  son  axe.  Par  conséquent^ 
j'ignore  aussi  si  c'est  par  un  miracle  ou  par 
une  cause  inconnue  qu'elle  s'est  arrêtée 
dans  son  mouvement  diurne.  Ce  qui  est  in-p 
dubi  table  encore,  c'est  oue  la  terre  est  apla- 
tie aux  pèles,  renflée  a  l'équateur;  ainsi, 
par  la  cessation  de  son  mouvement  de  rotib- 
tion,  elle  se  sera  dilatée  vers  les  pôles,  cour 
tractée  sur  réc|uateur;  c'est  ce  qui  aura 
détruit  les  bassins  de  la  mer.  Enfin,  lorsque 
la  terre  aura  repris  son  mouvement  après 
cinq  mois  de  repos,  elle  se  sera  de  nouveau 
contractée  aux  pôles;  dilatée  sous  l'équa- 
teur, et  les  bassins  de  la  mer  ini  auront  été 
rendus.  » 

Cest  ainsi f  conclut  M.  Cbaubard,  que  les 
gens  habiles  qui  se  tiennent  sur  leurs  gardes 
et  ne  jugent  au'apris  un  mûr  ej-cmen^peutent 
en  s'aidant  du  raisonnement  ^  du  secours  de  Us 
science  et  des  seuls  documents  que  la  Bible 
ait  pu  leur  donner^  parvenir  jusqu'à  la  vérités 
(Pag.  173  et  suiv.) 

Nous  ne  sommes  point  du  nombre  des 
gens  habiles^  mais  nous  tâchons  de  nous  tenir 
sur  nos  gardes  pour  n*être  point  dupe  des 
petits  discours  de  la  nature  de  celui-ci,  que 
nous  jugerons  après  un  mûr  examen»  ' 


Kl 


GlU 

iMlre  teptiime. 


D1CTK>NNa1RE  de  COSIIOGONIE 


COA 


2» 


Monsieur  Tabbé, 


Noas  le  répétons,  nous  no  sommes  point 
du  nombre  des  gens  habiles  qui  se  tiennent 
sur  leurs  gardes,  dont  parle  M.  Chaubard. 
Nous  n*ayons  point  assez  de  perspicacité 
pour  découvrir  dans  le  11'  verset  du  chapi- 
tre VII  de  la  Genèse  toutes  les  choses  mer^ 
vcilleuses  qu'il  j[  a  trouvées.  C'est,  selon 
nous,  traiter  la  Bible  et  la  science  comme 
Wal  ter  Scott,  par  exemple,  a  traité  l'histoire. 
C'est  faire  du  roman  géolo^co-bibliquo, 
comme  le  célèbre  écossais  fait  du  roman 
historique  ;  en  un  mot,  c'est  féver.  Réfuter 
tout  cela,  c'est  combattre  des  ombres. 

Notre  géologue  veut  que  la  terre  se  ioit 
arrêtée  sur  son  axe  pendant  les  cina  mois  du 
déluge;  c'est  une  aflirmation  dénuée  de 
toute  preuve  :  quod  gratis  afftrmtUuVj  gratis 
negatur,  dit  l'école.  Cette  hypothèse  nous  pa- 
rait de  la  même  force  que  celle  de  Whislon 
qui  attribue  le  déluse  à  la  queue  d'une 
comète  arrêtée  dans  I  atmosphère  de  notre 
globe. 

Mais  quand  même  nous  admettrions  ce 
renversement  des  lois  astronomiques  et  phy- 
siques du  monde,  quand  nous  arrêterions 
notre  planète  sur  son  axe,  est-il  sûr  que 
l'Océan  se  déverserait  sur  les  continents  I 
Comment  démontrer  que  la  terre  s'arrêtant, 
la  mer  ne  s'arrêterait  pas  de  même?  La  mer 
tie  se  meut  dans  l'espace  que  parce  ({u'elle 
fait  partie  de  la  terre;  arrêter  celle-ci,  c'est 
donc  arrêter  l'Océan.  Les  lois  de  l'hydrosta^ 
tique  ne  peuvent  être  invoquées  ici,  la  gran- 
deur du  phénomène  le  plaçant  en  dehors  de 
nos  expériences  et  des  lois  qui  régissent  les 
liquides  dans  les  conditions  ordinaires.  Un 
liquide  placé  à  la  surface  d'une  roue  qui 
tournerait  avec  une  rapidité  égale  à  deux 
fois  la  vitesse  d'un  boulet  de  canon,  comme 
est  celle  de  la  terre  sous  l'équateur,  se  main- 
tiendrait-il à  la  surface  de  cette  roue  ?  Ne 
s'échapperait-il  pas  par  la  tangente  ?  Cepen- 
dant les  mers  sont  emportées  par  un  pareil 
mouvement  sous  l'équateur,  sans  que  leur 
pesanteur  diffère  d'une  manière  bien  notable 
de  c^Ue  des  eaux  qui  avoisinent  les  pèles , 
où  le  mouvement  est  presque  nul  (67).  Et  ce 
ne  sont  pas  seulement  les  eaux  des  mers  qui 
sont  ainsi  emportées  i^ar  ce  mouvement 
diurne  de  plus  de  six  lieues  par  minute , 
mais  encore  l'océan  aérien,  lequel  est  d'une 
densité  incomparablement  moindre. 

Environnés  par  mille  causes  qui  modifient 
les  mouvements  que  nous  imprimons,  nous 
nous  habituons  à  regarder  ces  causes  comme 
inséparables  du  mouvement,  et  c'est  pour 
nos  jugements  une  source  d'erreurs. 

M.  Chaubard  ne  se  contente  |vis  de  sus<» 
pendre  le  mouvement  de  rotation  delà  terre; 
il  veut  encore  que  de  là  soit  résultée  la 
destruction  du  bassin  des  mers,  et  voici 
comment  cela  serait  arrivé.  Après  s'être 

(67)  La  force  centrifuge,  sous  Téquateur,  est  à 
peu  près  le  289*  de  la  gravité  au  pôle.  Si  la  rotation 
terretlre  devenait  tou(  à  coup  17  fois  plus  rapide, 
les  corps  iraient  sans  poids  sous  léquateur;  par 


arrêtée  sur  son  axe  de  rotation,  la  terre,  h 
cause  de  sa  liquidité  intérieure,  aurait  repris 
sa  forme  originelle  (c'est-à^ire,  régulière-' 
ment  sphérique]  en  se  dilatant  vers  les  pèles 
et  se  contractant  sur  Téquateur.  Par  M,  dit- 
il,  les  inégalités  du  globe  terrestre^  c'esM- 
dire  les  proéminences  alternant  avec  des  en- 
foncements qui  n  étaient  que  des  effets  résul- 
tant de  la  forme  perduti  disparaissent:  alors 
lu  mer  n'a  plus  de  bassin:  elle  se  répand  de 
tous  côtés  sur  les  continents.  fP.  198.) 

Il  n'y  a  pas  seulement  une  énorme  invrai->> 
semblance  contre  une  pareille  théorie,  mais 
il  y  a  toutes  les  objections  que  Ton  peut 
fiiire  contre  la  fluidité  intérieure  du  ([lobe  et 
dont  nous  avons  déjà  présenté  les  principa- 
les que  nous  ne  répéterons  pas  ici.  {Voyez 
Feu  gbhtral.)  M.  ChaubardT  joue  avec  le 
globe  comme  il  ferait  avec  une  balle  en 
caoutchouc  ;  il  l'étend,  il  l'étiré,  il  le  com- 
prime ou  le  resserre  suivant  les  fantaisies 
de  son  imagination.  Ainsi  en  supposant  ces 
contractions  et  dilatations  qu  il  prétend 
s'être  opérées  dans  notre  planète  par  la  ces- 
sa tion  ou  la  reprise  du  mouvement  de  rota- 
tion, il  ne  prend  |ias  garde  que  la  croûte 
terrestre  est  solide  et  que  le  granit  parait  en 
composer  la  base  dans  toute  sa  périphérie. 
On  peut  bien  admettre  qu'k  longine  lors- 

2ue  tous  les  éléments  qui  le  composent 
taient  à  l'état  liquide,  le  globe  mis  en  mou^ 
yement  sur  son  axe  avec  la  rapidité  que  Ton 
connaît^  se  soit  aplati  aux  pôles,  renflé  à 
l'équateur.  Mais  lorsque  la  croûte  a  été  soli«* 
difiée,  comme  nous  la  voyons  aujourd'hui, 
rien  ne  prouve  que  notre  planète  pourrait 
être  ramenée  à  la  forme  d'une  sphère  régu*^ 
Hère  par  la  suspension  du  mouvement 
diurne.  Tout  porte  à  croire  au  contraire 
qu'elle  conserverait  à  peu  près  sa  forme  ac- 
tuelle, ou  qu'au  moins  la  modification  dont 
on  parle,  ne  pourrait  s'opérer  sans  déchire'^ 
meuts  dans  1  enveloppe  solide  et  d'une  si 
mince  épaisseur»  suivant  H.  Chaubard^  et 
sans  ouvrit  par  conséquent  des  abîmes  où 
rOcéan  irait  se  perdre,  ou  bien  du  fond  des* 
quels  jailliraient  d'effroyables  masses  delà 
matière  fluide  intérieure. 

En  raisonnant  toujours  dans  les  idées 
théoriques  de  notre  auteur,  c'est-^-dire  en 
admettant  qu'au-dessous  d'une  mince  enve- 
loppe, notre  planète  n'est  qu'une  immense 
masse  fluide,  ne  serait-on  pas  en  droit  de 
supposer  encore  que  non->seulement  l'Océan 
de  la  surface,  mais  aussi  celui  de  l'intérieur 
du  globe  aurait  dû  continuer  de  se  mouvoir 
d'occident  en  orient  au  moment  où  la  tem; 
s'arrêta,  qu'il  en  serait  résulté  des  chocs 
épouvantables  contre  la  pellicule  qui  le  re» 
couvre,  laquelle  aurait  été  brisée  de  toutes 
parts  et  entraînée  dans  cette  immense  masse 
de  fluide  intérieur  et  extérieur,  qui  se  se- 
raient ainsi  mêlés  et  confondus,  et  auraient 
amené  le  chaos. 
M.  Chaubard  reconnaît  qu'une  multitude 

une  vitesse  plus  grande  encore,  les  corps  s'y  éc|iap- 

Eeratent  de  la  terre  à  la  manière  de  Teau  et  du  aa-* 
le  qui  se  sont  altacbés  à  la  roue  d'une  voiture  e« 
mouvement. 


t-.3 


CHA 


ET   D£  PALEONTOLOGIE. 


CIL\ 


â«4 


de  crevasses^  par  lesquelles  Veau  a  pu  péné- 
trer  à  nmérieur  y  ont  dâ  se  produire  alors ^ 
et  que  par  ces  mêmes  crev€Lsses  est  sortie  aussi 
la  matière  fluide  du  noyau  de  la  terre.  (P.  15!2.} 
En  cherchant ,  dit-iU  à  se  représenter  Vétat 
du  gjobe  terrestre  sous  Vinfluence  des  eaux 
du  déluge  universel^  on  ne  peut  s*empécher 
de  remarquer  quil  n'a  pour  ainsi  dire  été 
que  le  rétablissement  momentané  de  Vétat 
originel  du  globe^  que  la  terre  s'est  trou- 
vée ensevelie^  comme  au  temps  de  la  création 
dans  le  même  liquide  qui  la  recouvrait  alors. 
(P.  153.) 

Quoi  qull  en  soit  de  toutes  les  supposi- 
tions auxquelles  on  peut  se  livrer  dans  le 
vaste  champ  des  chimères»  élançons-nous 
avec  Tocéan  déchaîné  sur  les  continents, 
mais  ne  nous  flattons  pas  de  le  suivre,  fi  Son 
impulsion,  en  quittant  ses  bassins,  a  dû,  dit 
U.  Chauhard,  se  trouver  d'abord  égale  à 
doux  fois  la  vitesse  d*un  boulet  de  canon.  » 
(P.  190.)  Ainsi,  il  aura  fait  le  tour  du  globe 
en  vingt-q[uatre  heures.  Vous  figurez-vous 
celte  formidable  impétuosité  des  mers  volant 
à  la  surface  du  globe  avec  la  rapidité  de 
plus  de  six  lieues  par  minute  ?£t  Tarche, 
monsieur  Tabbé»  ne  tremblez-vous  point 
pour  son  sort  au  moment  où  elle  sera  ren- 
contrée ffSLV  cette  épouvantable  masse  li- 
quide qui  passe  avec  la  rapidité  d'une  flë- 
cneTCn  miracle,  direz- vous,  à  ajouter  à  tant 
d'autres.  A  la  bonne  heure  I  Mais  M.  Chau- 
bard  vous  répond  que  la  Bible  gardant  le 
silence  à  ce  sujets  nous  ne  pouvons  affirmer 
ni  que  c^en  sott  un,  fit  que  ce  n'en  soit  pas 
un.  (P.  195.) 

Mais  cette  course  impétueuse  doit  avoir 
un  terme.  M.  Chaubard  veut  bien  permet- 
Ire  à  rOcéan  défaire  une  ou  deux  fois  le  tour 
du  globe  (P.  196),  mais  enfin,  il  faut  (j[u'il 
s'arrête;  autrement,  que  voulez-vous  laire 
avec  ce  furieux  qui  court  plus  vite  que  le 
vent?  Or,  M.  Chaubard  a  beaucoup,  a  énor- 
mément de  besogne  h  faire  faire  à  l'Océan. 
S*il  allait  toujours  ainsi  bride  abattue  à  tra- 
vers champs,  il  ne  pourrait  jamais  bAtir  avec 
son  secours  le  petit  édifice  des  terrains sédi- 
mcntaires,  transitaires,  secondaires  et  ter- 
tiaires, de  six  mille  mètres  de  puissance 
seulement. 

Nous  le  montrerons  à  l'œuvre  dans  une 
prochaine  lettre. 

Lettre  huitième. 

Monsieur  l'abbé , 

M.  Chaubard  veut  former,  moyennant  le 
secours  de  l'Océan ,  la  série  des  terrains  sé- 
dimentaires  :  il  lui  faut  pour  cela  d'abord 
des  matériaux ,  et  il  lui  en  faut  une  masse 
considérable,  car  ces  terrains  n'ont  pas 
moins  de  six  mille  mètres  de  puissance.  Où 
les  prendra-t-il?  Il  n'a  que  du  granit,  il  ne 

(68)  Nous  ne  parlons  ici  qne  de  la  décomposition 
du  granit  par  les  agents  atmosphériqaes  dans  les 
conditions  ordinaires,  les  seuls  oont  parle  M.  Chaii* 
bard  lai-ménie,  et  non  de  la  désagrégation  produKe 
en  certains  lieux  par  un  dégagement  de  gaz  acide 
aarboniqoc,  comme  on  le  remarque  dans  quelques 


s'est  formé  que  cela  lors  du  premier  cata- 
clysme. Pour  se  procurer  ces  matériaux  in- 
dispensables ,  M.  Chaubard  suppose  que  les 
rocnes  de  la  formation  primitive  se  décom- 
posent sous  rinfluencedes  agents  atmosphé- 
riques bien  plus  facilement  que  les  roches 
des  strates.  (Page  149.)  Cette  assertion  est 
tout  à  fait  contraire  à  1  expérience.  La  désa- 
grégation des  roches  cranitiques  ne  se  fait 
qu'avec  une  extrême  lenteur,  en  sorte  que 
poui'  rérosion  de  certains  blocs  de  granit 
arrondis  comme  on  en  voit  en  différents 
rieux,  tous  les  géologues  s'accordent  à  ad- 
mettre un  laps  oe  temps  immense.  On  peut, 
sur  ce  point,  d'ailleurs,  en  appeler  à  l'ex- 
périence vulgaire  des  habitants  des  pays 
granitiques  (08). 

Cependant  M  Chaubard  prétend  que  les 
matières  primitives  étaient  presque  partout 
à  découvert  avant  le  déluge.  (P.  150.)  Tant 
pis  alors  pour  son  idée  théorique.  Pour  ma 
part,  j'ai  meilleure  opinion  du  monde  anté- 
diluvien, et  je  ne  puis  croire  qu'il  ait  été 
inférieur,  sous  le  rapport  de  sa  constitution 
géognosique,  au  monde  actuel.  Préoccupé 
de  cette  prétendue  facilité  de  décomposition 
des  granits,  notre  auteur  s'écrie  :  «  Quelle 
prodigieuse  quantité  de  débris  une  aussi 
prompte  dégradation  n'a-t-elle  pas  .dû  accu- 
muler sur  la  surface  du  globe  pendant  la 
longue  suite  de  siècles  qui  s'est  écoulée 
entre  la  formation  primitive  et  la  formation 
de  transition?  »  (Ibid.)  Cette  longue  série  de 
siècles  se  réduit  après  tout  à  seize  cents  ans 
environ.  L'obélisque  granitique  de  Luqsor 
est  depuis  bientôt  trois  mille  ans  exposé  à 
toute  l'action  des  agents  atmosphériques  ;  il 
ne  parait  pas  avoir  fourni  jusqu*ici  un  con- 
tinrent bien  considérable  aux  stratifications 
qui  s'étendent  à  son  pied. 

Soyons  généreux  ;  accordons  à  M.  Chau- 
bard qu'H  y  avait  bien  avant  le  déluge  tous 
les  détritus  dont  il  a  besoin  pour  former  les 
strates  actuels.  Voici  donc  1  Océan  qui  s'é- 
lance sur  cette  surface  terrestre  avec  une 
vitesse  égale  au  double  de  celle  d'un  boulet 
de  canon  (p.  199);  que  va-t-i4  se  passer? 
Tous  les  éléments  dont  nous  venons  de  parler 
auront  été  lavés ^  dit  M.  Chaubard,  délayés 
et  emportés  par  la  mer^  lorsque^  avec  la  violence 
dont  parle  F  histoire^  elle  s'est  précipitée  sur 
la  terre  pour  la  recouvrir.  (P.  152.  j 

Il  est  sûr  que  ce  serait  une  terrible  chose 
que  la  mer  se  ruant  sur  les  continents  avec 
une  impétuosité  semblable  à  celle  qu*on  lui 
accorde  ici.  Mais  rassurons-nous,  cette  vi- 
tesse incroyable  est  tout  à  fait  chimérique. 
Supposez  que  la  terre  vint  à  s'arrêter  sur  son 
axe,  et  supposez  aussi  que  l'Océan  ne  s'ar- 
rêtât pas  avec  elle,  double  supposition  par- 
faitement gratuite ,  les  eaux  ne  se  précipite- 
raient 'point  sur  la  surface  des  continents 
avec  la  rapidité  du  mouvement  de  la  terre 


Ce  ne  sont  là  que  des  exceptions  et  des  cas  parti* 
cuHcrs. 


DicTi0!f!f.  VE  Cosmogonie  ht  de  Paléontologie. 


8 


iZ^ 


CHA 


DfCTlONNAinE  DE  COSHOGOME 


CHA 


838 


sur  son  aie»  |»arce  qu  elles  ne  seraient  nulle- 
ment dans  les  conditions  où  se  trouve  notre 
planète  dans  Tespacc.  En  effet,  celle-ci  tourne 
dans  le  Tide  eu  elle  n*éprouve  aucune  résis- 
tance, et  rOcéan  aurait  à  vaincre  la  résis- 
tance du  frottement  contre  la  surface  inégale 
du  sol ,  celle  des  chaînes  de  collines  et  de 
montagnes,  peut -être  celle  de  Tair  (à  moins 
que  Tatmosphère  no  «le  soit  mise  à  courir  de 
compagnie  avec  l'Océan,  ce  que  M.  Chau- 
hard  ne  dit  pas).  Il  y  a  lieu  de  croire  que 
l'Océan  n*eût  point  fait  une  ou  deux  fois , 
comme  le  dit  notre  auteur,  le  tour  du  globe. 
i'iT)  toute  hypothèse ,  on  ne  peut  pas  admettre 
<ju  il  ait  emporté  avec  lui  les  terrains,  quels 
qu'ils  fussent,  qui  recouvraient  les  formations 
granitiques ,  et  ils  devaient  être  considéra- 
bles, puisque  tous  les  strates  actuels  en  se- 
raient formés.  Une  aussi  énorme  masse  d'eau 
devait  comprimer  le  sol,  fécraser  de  son 
poids,  l'aplanir;  mais  Tentratner,  l'emporter, 
c'est  contraire  à  ce  que  nous  connnaissons  des 
effets  des  grandes  masses  d'eau.  Ainsi  nos 
grèves,  loin  d'être  sillonnées,  creusées ,  dé- 
vastées par  les  eaux  de  la  mer,  sont ,  au  con- 
traire, durcies  et  rendues  si  compactes,  bien 
qu'elles  ne  supportent  souvent  pas  plus  de 
quarante  pieds  d'eau,  qu'un  cheval  qui  les 
parcourt  au  galop,  y  marque  à  peine  l'em- 
preinte de  ses  pieds. 

Mais  M.  Chaubard  ne  peut  pas  convenir 
que  les  choses  se  soient  passées  de  la  sorte  ; 
car  alors  pas  de  couches  superposées ,  pas 
de  stratiQcations,  et  toute  la  longue  série  de 
tc^rains  sédimentaires  lui  échappe.  Accor- 
'J(  ns-lui  donc  que  tout  ce  prodigieux  amas 
a  éléments  siliceux^  argileux ^  calcaires  ,  de 
carbone^'de  cailloux  de  toute  sorte^  les  sables  j 
tes  coquillages ,  les  polypiers ,  les  végétaux  et 
les  cadavns  noyés  des  hôtes  de  la  terre  sont 
tenus  en  solution  ou  en  suspension  (p.  154) 
dans  les  eaux  de  la  mer  qui  recouvre  les 
continents.  Supposons  aussi  que  ce  mouve- 
ment violent  de  la  mer  se  ralentit ,  et  voyons 
ce  gui  va  se  passer. 

M.  Ciiaubard  s'occupe  d'abord  des  terrains 
de  transition. 

Que  fon  se  représente^  dit-il,  Fénorme 
masse  des  eaux  réunies  de  la  mer  et  de  V at- 
mosphère répandues  sur  la  surface  entière  du 
globe  ^  tenant  en  solution  ou  en  suspension 
tout  ce  prodigieux  amas  d'éléments  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut.  Aussitôt  que  le  mou- 
vement qui  a  transporlé  cette  immensité  de 
liquide  sur  la  surface  entière  du  globe  aura 
commencé  à  se  ralentir,  tous  ces  matériaux 
de  transport  se  seront  déposés  en  suivant  les 
lois  de  la  gravitation,  (p.  154.)  A  la  bonne 
heure,  mais  alors  nul  moyen  de  se  rendre 
compte  de  ces  alternats  si  nombreux  que 
Ion  remarque  dans  le  croupe  de  transition, 
du  redoublement  si  fréquent  des  termes  du 
dépôt  dans  lequel  on  compte ,  pour  la  seule 
formation  carbonifère,  plus  de  quatre-vingts 

(68*)  n  y  a  des  couches  qui  ont  des  centaines  de  lieues 
dVteaduc  on  tous  sens  et  qui  sont  composas  des  me- 
mes  matériaux  fossiles^  comment,  après  ['ciTroyable 
|M>uIeversement  qui  a  eu  lieu,  concevoir  dans  les 


couches  de  houille  (Belgique).  Aussi  M.  Chau- 
bard joue  avec  TOcéan  comme  il  a  fait  avec 
le  globe,  pour  amener  les  mers  sur  les  con- 
tinents. Ce  ne  sont  dans  la  masse  aqueuse 
que  déplacements  du  liquide,  balancement^:, 
oscillations,  ondulations,  mouvements  de 
toutes  sortes. 

En  effet ,  dit  notre  auteur,  se  déposait-il 
encore  du  sable  en  un  fteu,  pendant  quil 
commençait  dans  le  voisinage  à  se  déposer  dis 
calcairCj  une  ondulation  remplaçait  te  liquide 
déposant  le  sable  par  du  liauide  déposant  le 
carbonate  de  chaux ,  puis  te  retour  de  Veau 
rétablissant  les  choses  au  premier  étage ,  le 
sable  se  déposait  au-dessus  du  calcaire  et 
ainsi  de  suite  pour  chaque  ondulation^  ius- 
qu'à  ce  que  le  sable  ait  été  épuisé  dans  ce  tieu. 
Alors  le  calcaire  s'est  trouvé  jouer  le  rôle 
principal ,  et  tout  le  reste  s*est  trouvé  svUfor^ 
donné.  Mais  pendant  qu*il  se  déposait ,  la 
précipitation  ayant  lieu  dans  le  voisinage 
plus promptement  9  soit  parce  que  Fabondance 
du  carbonate  de  chaux  y  était  moindre ,  soit 
pour  toute  autre  cause  ^  il  commençait  là  à  se 
déposer  de  l'argile  ^  et  les  ondulations  de  F  eau 
remplaçant  alternativement  celle  qui  déposait 
le  calcaire  f  par  celle  déposant  Fargile  et  vice 
versa ,  il  se  formait  des  alternats  de  calcaire 
et  d'argile.  Enfin  ^  le  carbonate  de  chaux 
s' étant  presque  entièrement  déposé  ^  Fargile  a 
dâ  se  déposer  seule  en  alternant  avec  le  reste 
du  carbonate  de  chaux  que  les  ondulations  de 
Feau  ramenaient  sur  les  lieux.  Pendant  cette 
opération ,  i7  a  pu  arriver  que  des  molécules 
aargile  ou  de  carbonate  de  chaux  se  soient 
accrochées  à  des  molécules  de  sable  et  aient 
produit  des  alternances  dans  le  sable.  Il  est 
aussi  possible  que  des  molécules  de  calcaire 
aient  accroché  des  molécules  d'argile.  (P.  157.) 

Nous  le  demandons,  est-il  rien  d'arbi- 
traire comme  tous  ces  déplacements  des 
eaux,  ici  tenant  une  certaine  matière  en 
suspension,  là,  chargées  d'une  matière  dif- 
férente, plus  loin  formant  un  dépôt  d'une 
troisième  nature,  etc.,  etc.?  Est-ce  ainsi  que 
se  comporterait  une  immense  masse  de  li- 
quide comme  celle  que  l'on  suppose  ici ,  et 
peut-on  adrikettre  un  instant  qu'il,  se  forme- 
rait des  strates  réguliers,  nombreux ,  suivant 
un  ordre  jamais  interverti ,  comme  ceux  que 
les  investigations  de  la  science  ont  étudiés 
sur  tous  les  points  du  globe?  Quoi  !  au  mi- 
lieu de  l'épouvantable  chaos  dans  lequel 
sont  confondus  tous  les  matériaux  qui  re- 
couvraient les  roches  granitiques  et  qui  ont 
été  emffortésavecune  violence  inimaginable, 
ces  matériaux  vont  se  trier,  se  séparer,  s'ar- 
ranger de  manière  qu'il  y  aura  ici  du  carl>o- 
nate  de  chaux  sur  une  vaste  étendue ,  là  de 
Targile ,  plus  loin  du  sable,  ailleurs  du  sabio 
et  de  l'argile,  dans  un  autre  endroit  de  far- 
gile et  du  calcaire,  etc.,  et  toujours  en  n4pi>e 
souvent  immense  (68*),  et  cela  dans  une 
longue  série  d^alternats  successifs?  Est-ce 

eaux  la  présence  de  ces  matériaux  de  même  Datnra 
sur  une  étendue  aussi  considérable,  et  comment  ex- 
pliquer, par  des  ondulations,  leur  succession  avec 
des  matières  d'une  nature  différente,  elles  aussi  cona  : 


Î57 


CIIA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CHA 


Î5S 


ainsi  que  nous  voyons  les  choses  se  passer 
dans  les  grandes  inondations,  qui  peuvent 
nous  donner  une  idée  de  celle  du  déluge? 
Toutes  les  matières  arrachées  par  les  eaux 
ne  sont-elles  jpas  mêlées,  confondues,  accu- 
mulées,  jamais  disposées  par  couches?  Tout 
ne  dénote-t-tl  pas  dans  le  dépôt  non  une 
stratification  régulière ,  mais  un  bouleverse- 
ment, une  conîusion^de  tous  les  éléments 
entraînés  ? 

N'est-il  pàs  évident  d'ailleurs  que  tous  ces 
mouvements  oscillatoires,  s*ils  avaient  pu 
former  Quelque  chose  de  semblable  h  une 
couche,  l'auraient  entraînée  et  détruite  un 
instant  après  par  une  oscillation  contraire? 
ou  plutôt  chaque  ondulation  n'était-eUe  pas 
un  obstacle  à  toute  formation ,  puisque  dans 
son  mouvement  elle  devait  emporter  les 
matériaux,  au  lieu  de  leur  permettre  de  se 
déposer? 

Mais  ces  eaux^auxquelles  on  suppose  une 
profondeur  de  sept  ou  huit  mille  mètres  (p. 
166)  n'ont  pu  éprouver  qu'à  la  surface  les 
oscillations,  les  mouvements  ondulatoires 
auxquels  on  a  recours  ici  pour  la  formation 
des  terrains  sédimentaires.  Tout  le  monde 
sait  que  l'agitation  des  eaux  dans  les  plus 
violentes  tempêtes  ne  se  communique  pas 
au-dessous  d  une  profondeur  de  quelques 
brasses.  Est-ce  dans  cet  étroit  espace  qu'il 
faut  placer  l'immense  quantité  des  maté- 
riaux qui  ont  formé  les  strates?  Évidem- 
ment M.  Cbaubard  ne  pourrait  l'admettre. 
Ils  étaient  donc  répandus  à  tous  les  étages. 
Mais  alors  tous  ces  balancements  du  liquide 
dont  vous  avez  besoin  deviennent  inutiles; 
ils  ne  peuvent  absolument  rien  produire  de 
ce  que  vous  voulez  leur  faire  opérer.  Tout 
re  qu  il  est  possible  d'accorder  ici,  c'est  que 
les  matériaux  en  suspension  à  tous  les  degrés 
de  profondeur  se  seront  précipités  au  fond 
du  liquide  dans  la  plus  complète  confusion, 

Earce  qu'ils  se  seront  trouves  dans  une  sem- 
lable  confusion  mêlés  à  toute  la  masse 
aqueuse.  Loin  d'avoir  des  précipités  homo- 
gènes comme  le  sont  ceux  que  présentent 
les  bancs  géologiques,  vous  ne  pouvez  ob- 
tenir qu'un  mélange,  une  accumulation  con- 
fuse ae  toutes  les.  substances  divisées  par 
Teau  ;  rien  de  semblable  à  des  précipitations 
successives  et  d'une  seule  matière  tenue  en 
suspension  dans  l'eau  pendant  un  certain 
intervalle,  comme  on  le  remarque  pour  les 
formations  sédimentaires. 

Tout  atteste  que  les  dépôts  dont  se  com- 
posent les  couches  se  sont  produits  graduelle- 
luent,  avec  calme  et  lenteur.  On  trouve,  par 
exemple,  dans  ces  couches,  une  foule  de 
coquillages  qui  ont  conservé  leurs  pointes 
les  plus  fines,  leurs  arêtes  les  plus  délicates. 
Comment  concilier  cette  conservation  avec 
Taclion  si  violente  qu'on  attribue  aux  flots 
diluviens  ? 

En  terminant  cette  lettre,  je  ne  puis  mieux 
faire ,  monsieur  l'abbé ,  que  de  vous  rappeler 

posées  de  subsuDces  homogènes,  qui  viennent  alter- 
ner un  grand  nombre  de  fois  avec  les  premières*? 
Celle  seule  difitculé  anéantit  la  théorie  de  M.  de  Chau- 
bard. 


deux  objections  emffruntées  au  savantautêur 
des  Annotations  géologiques  à  ta  Genèse  f  pu- 
bliées par  M.  Migne. 

«  Il  existe  une  foule  de  bancs  redres^ 
ses  qui  furent  préalablement  horizontaux , 
comme  le  prouve  le  parallélisme  de  leurs 
faces ,  et  c'est  de  ces  redressements  que  se 
composent  les  montagnes,  où  se  montrent  à 
nu  les  terrains  primitifs.  Or,  si  la  stratifica- 
tion de  ces  bancs  est  due  au  déluge,  leur 
redressement  serait  l'œuvre  de  révolutions 
postérieures;  et  ces  révolutiens  seraient 
énormes,  nombreuses,  et  d'époques  diifé- 
rentes.  Or,  il  n'y  a  de  ces  révolutions  aucune 
trace  dans  l'histoire  post-diluvienne. 

«  Il  existe  souvent  dans  les  vallées  for- 
mées par  les  bancs  redressés,  qui  consti- 
tuent les  montagnes,  des  bancs  horizontaux 
qui  contiennent  des  fossiles,  et  qui,  étant 
supérieurs  aux  premiers,  sont  d'une  forma- 
tion plus  récente.  Donc  on  ne  peut  attribuer 
au  déluge  les  deux  systèmes  à  la  fois  ;  ou 
bien  il  faut  admettre  que  pendant  le  jpeu  de 
mois  que  les  eaux  diluviennes  couvrirent  la 
terre  elles  firent  ce  que  ne  fait  pas  la  mer 
elle-même  depuis  tant  de  siècles;  c'est-à 
dire  qu'elles  pénétrèrent  dans  les  roches 
dures,  qu'elles  les  attaquèrent  à  plus  de 
1,000  pieds  de  profondeur,  puis  réduisirent 
ces  roches  à  l'état  de  limon,  puis  les  laissè- 
rent se  précipiter  ;  que  ces  dépôts  eurent  le 
temps  de  se  durcir  sous  l'eau;  puis  que  d'é- 
normes explosions  brisèrent  ces  couches  et 
les  redressèrent,  puis  encore  que  d'autres 
dépôts  se  formèrent  à  plusieurs  reprises 
dans  les  vallées  formées  par  les  redresse- 
ments! Nous  ne  pensons  pas  qu'il  faille 
discuter  sérieusement  de  telles  conséquen- 
ces (69).  » 

Vous  avez  sans  doute,  monsieur  l'abbé, 
des  réponses  péremptoires  à  toutes  ces  diffi- 
cultés; ayez  la  bonté  de  les  publier;  vous 
êtes  sûr  d'intéresser  bien  des  lecteurs,  entre 
autres  l'auteur  précité  des  Annotations  et 
votre  très-humble  serviteur. 

Lettre  neuvième. 

Monsieur  l'abbé. 

Si  je  ne  m'abuse  étrangement,  si  je  sais 
un  peu  où  en  est  la  science  aujourdliui,  si 
j'ai  compris  sur  quel  terr^i^in  se  trouvent 
transportés  en  ce  moment  les  travaux  apolo- 

f;étiques  et  Texégèse  biblique,  je  pense  gue 
es  observations  que  je  vous  ai  soumises 
dans  mes  dernières  lettres,  sur  la  question 
du  déluge  mosaïque,  ne  sont  point  sans  va- 
leur, et  que  les  difficultés  auxquelles  est 
sujette  l'opinion  de  M.  Chaubard  ont  qyelque 
gravité,  et  doivent  être  résolues,  si  vous 

fersistez  à  soutenir  que  sa  géologie  est 
iblique^  c'est-à-dire  pense  et  enseigne  cotnme 
pensait  et  enseignait  Moïse.  Cependant,  quand 
vous  aurez  annjlhUi  mes  précédentes  lettres, 
il  vous  restera  encore  une  autre  série  d*ob« 

(69)  Annotationn  géologi^uet  &  la  Genèse^  dans  le 
Courê'eemplet  d'Ecriture  sainfe,  publié  par  M. l'abbé 
IliCMB,  t.  111,  coL  iGOi.  1005. 


239 


CHA 


DIGTiONMAiRE  DE  COSMOGONIE 


CHA 


m 


jections  auxquelles  il  vous  faudra  répondre, 
et  dont  nous  allons  aborder  quelques-unes 
aujourd'hui.  Armez-vous  donc  de  patience, 
Monsieur,  et  soyez  un  peu  touché  des  em- 
barras que  j'éprouve,  pour  ma  part,  dans  la 
théorie  diluvienne  que  nous  examinons. 

Nous  avons  dit  que  M.  Chaubard  s'occu- 
pait d'abord  de  la  formation  des  terrains  de 
transition  qui  se  terminent  en  groupe  carbo- 
nifère inclusivement.  Cette  grande  forma- 
tion se  serait  opérée,  selon  lui,  pendant  les 
cinq  mois  que  l'Océan  a  séjourné  sur  les 
continents,  après  la  destruction  de  son  bas- 
sin. On  s'imaginerait  d'abord  tout  naturel- 
lement que  la  série  entière  des  terrains  sédi- 
mentaires,  si  elle  avait  pu  se  former  par 
l'action  des  eaux  diluviennes,  aurait  dû 
s'opérer  pendant  ces  cent  cinquante  jours. 
Il  n'a  pas  convenu  à  notre  auteur  d'adO]»ter 
cette  idée. 

Selon  la  Genèse^  Dieu  envoya  un  souffle 
sur  la  terre,  et  les  eaux  diminuèrent^  et  les 
sources  de  Vabime  et  les  cataractes  du  ciel 
furent  fermées  j  et  les  pluies  du  ciel  furent 
arrêtées^  etc.  M.  Chaubard  traduit  hanliment 
Clausi  sunt  fontes  abyssi  par  ces  mots  : 
IHmmense  capacité  du  bassin  des  mers  fut 
rétablie.  Lorsqu'après  cinq  mois  de  reposa 
dtt-il  (p.  200),  la  terre  recommence  à  tourner 
sur  son  axcy  tout  se  rétablit  comme  aupara- 
vant ^  c'est-à-dire  que  le  globe  reprend  la 
forme  de  sphéroïde  aplati  sur  les  pôleSy  et  que 
hs  proéminences^  alternant  avec  des  enfonce- 
ments dans  lesquels  la  mer  se  retire  de  nou- 
areati,  reparaissent  pour  former  des  conti- 
nents. 

Vous  êtes  sans  doute  émerveillé  de  ce 
5ans-facon  théorique,  qui  arrête  et  fait  tour- 
ner si  a  point  sur  son  axe  notre  docile  pla- 
nète, pour  Ja  plus  grande  commodité  du  sys- 
tème de  M.  Chaubard.  Nous  avons  déjà  dit 
ce  qu'il  fallait  en  penser;  mais  nous  n'avons 
pas  tout  dit.  Ainsi ,  par  exemple ,  nous  au<^ 
rions  pu  prier  M.  Cnaubard  de  démontrer 
que  la  forme  sphéroïdale  que  prend  le  gloire, 
en  vertu  de  la  force  centrifuge,  doit  entraî- 
ner la  formation,  à  sa  surface,  de  proémi- 
nences alternant  avec  des  enfoncements.  En 
effet,  que  le  globe  terrestre  prenne  une 
forme  régulièrement  sphérique  ou  seule- 
ment sphéroïdale,  il  nous  semble  que  l'al- 
ternance des  enfoncements  et  des  proémi- 
nences ne  peut  pas  plus  être  expliquée  dans 
un  cas  que  dans  Tautre.  Puisque  M.  Chau- 
bard suppose  aux  matières  q^ui  composent 
notre  planète  une  telle  élasticité,  qu'elles 
s'arrangent  en  sphéroïde  ou  en  sphère,  sui- 
vant que  la  terre  tourne  ou  s'arrête  sur  son 
axe,  il  n'y  a  pas  plus  de  raison  pour  afl- 
meitre  des  entoncements  et  des  proéminen- 
ces que  dans  le  sphéroïde  et  dans  la  sphère. 
I-a  forme  sphéroïdale  est  déterminée  par  la 
force  cenlrifuse,  comme  la  sphère  est  déter- 
minée par  la  force  centripète,  et  la  première 
ne  doit  pas  plus  permettre  l'existence  de  ces 
proéminences  et  de  ces  enfoncements  alter- 
natifs dans  une  masse  qui  peut  céder  à  loute 
son  influence  que  la  seconde  ne  le  permet 
dans  la  sphère.  Ainsi  notre  théoricien  n'a 


le 


as  de  meilleures  raisons  pour  faire  rentrer 
es  mers  dans  leur  bassin  qu'il  n'en  a  eu 
pour  les  en  faire  sortir. 

Accordons-lui  cependant  toutes  ces  im- 
possibilités; et,  puisque  nous  l'avons  laissé 
amener  l'Océan  sur  les  continents,  permet- 
tons-lui de  l'en  retirer. 

Lorsque  la  mer,  dit  M.  Chaubard,  après 
avoir  déposé  les  terrains  de  transition,  s'est 
retirée  dans  ses  bassins,  elle  n'était  pas  sans 
doute  épuisée  :  elle  tenait  encore  en  suspen- 
sion des  silicates  d'alumine,  de  magnésie,  du 
fer,  du  carbonate  de  chaux.  (P.  286.)  Et  en 
quelle  quantité?  On  en  peut  juger  par  la 
puissance  des  terrains  secondaires  et  tertiai- 
res. Ainsi,  cinq  mois  n'ont  point  suffi  à 
l'Océan  pour  déposer  sur  son  tond  les  ma- 
tières qu'il  tenait  en  suspension  dans  ses 
eaux  ;  cela  paraît  singulier.  Pourquoi  et 
comment  ces  matières,  qui  sont,  suivant 
l'auteur  (p.  288),  les  mêmes  que  celles  oui 
composent  les  terrains  transitaires,  ont-elles 
échappé  au  dépôt  de  ces  derniers  terrains?... 
Nous  sommes  trop  curieux.  £h  bien!  n'in- 
sistons pas,  et  arrivons  à  cette  nouvelle  for- 
mation. 

Que  Fon  se  représente,  dit  M.  Chaubard 
(p.  290),  la  mer  se  mettant  en  mouvement 
et  envahissant  de  nouveau  les  continents  par 
des  marées  de  plus  de  200  mètres  d'élévation^ 
tenant  en  suspension  tous  les  éléments  miné- 
ralogiques  dont  nous  venons  de  parler^  voilu- 
rant  tous  ces  matériaux  de  transport  ;  on  va 
les  voir  se  déposer  absolument  de  la  même 
manière  qu'ils  se  montrent  dans  les  dépôts 
secondaires. 

Et  M.  Chaubard,  s'emparant  de  ces  eaux 
et  de  ces  marées  de  plus  de  200  mètres 
d'élévation,  les  fait  manœuvrer  à  plaisirt  les 
fait  aller  et  revenir,  les  mène,  les  ramèno, 
les  promène,  leur  fait  exécuter  mille  ca|jri- 
cieux  mouvements,  dont  le  résultat  définitif» 
suivant  lui,  est  la  formation  des  terrains 
secondaires.  Or,  savez-vous  comment  sont 
composés  ces  terrains?  Des  trois  termes, 
sable,  calcaire,  argile,  reproduits  périodi- 

3uemenl  plus  de  cinq  fois,  du  propre  aveu 
e  l'auteur  (p.  224.)  ;  c'est-à-dire  qu'il  v  a  au 
moins  cinq  dépôts  successifs,  formés  cnacun 
de  trois  couches  distinctes  :  la  première  de 
sable,  la  seconde  de  calcaire,  la  troisième 
d'argile.  Je  n'ai  point  à  examiner  si  cctto 
division  des  terrains  secondaires  est  exacte  ; 
mais,  quant  à  leur  formation  par  le  procédé 
employé  par  notre  géologue,  elle  est  de  tout 
point  insoutenable,  ainsi  que  nous  l'avons 
démontré  pour  les  terrains  de  transition,  et 
une  pareille  théorie  est  directement  opposée 
au  principe  qui  domine  aujourd'hui  toute  la 
science.  Ce  principe,  qui  ne  doit  plus  être 
ignoré  de  personne,  c'est  que  les  mêmes  cau- 
ses qui  agissent  encore  à  la  surface  du  globe 
ont  produit  tous  les  terrains  sédiment  air  es. 
Ce  principe,  unanimement  admis  aujour- 
d'hui par  les  géologues  de  tous  les  pays^  a 
tué  sans  retour  la  théorie  des  invasions  de 
la  mer.  Prenez -en  votre  parti,  monsieur 
l'abbé,  et  ne  vous  flattez  point  de  la  faire 
revivre 


241 


CHA 


ET  DE  PALBONTOLOGIE. 


CHA 


£» 


il  paràUy  dit  M.  Chaiibard,  que  la  forma- 
tion de  chaque  dépôt  secondaire  et  tertiaire 
(et  il  y  m  a  au  moins  cinq  ou  six^  comme 
mous  temons  de  le  voir)  a  été  précédée  ttune 
amtuiêiùn  du  globe^  dont  fun  des  effets  a  dû 
être  de  casser  ta  croûte  solide  de  son  enve- 
hppe^  de  la  souleter^  et  de  vomir  à  sa  surface 
la  WÊOiiêre  fluide  qui  a  formé  le  noyau  des 
moniaants^  telles  que  les  Pyrénées^  les  Apen- 
nins^ les  Alpes,  etc.  (P.  255.) 

C^est  commode  de  cesser  la  croûte  du 
gfobe  aatant  de  fois  qu'il  est  nécessaire  de 
se  tirer  des  diffieultés  dens  lesquelles  nous 
jette  à  chaque  pas  un  système  erroné;  mais, 
quand  on  se  met  si  à  1  aise  arec  les  lois  qui 
régissent  le  monde,  et  qu*on  manie  à  son 
gré  ^t  rOcéan  et  le  globe  lui-même,  il  fiiu- 
drait  prendre  garde,  en  voulant  éviter  un 
emtMrras,  de  tomber  dans  un  autre.  La  ma- 
tière qui  sortait  par  la  croûte  cassée  du 
«Jobe  était  fluide,  et  les  matériaux  qu'elle 
soûlerait,  c'est-à-dire  les  terrains  de  transi- 
tion et  les  terrains  secondaires  et  tertiaires 
qui  se  formaient,  devaient  être  eux-mêmes 
dans  un  état  de  mollesse  et  de  grande  in- 
consistance. Comment  donc  cette  matière 
fluide  et  ces  terrains,  qui  ne  devaient  être 
qu'un  immense  amas  de  vase,  ont-ils  pu 
fn^rmer  des  montagnes  où  le  granit  a  partout 
éts  arêtes  tranchantes,  et  dont  les  flancs  sont 
composés  de  lits  ou  de  bancs  de  pierre  re- 
dressés sous  un  si  petit  angle?  Je  parle 
d embarras,  je  me  trom|ie  :  il  vlj  a  point 
d'embarras  pour  M.  Cbaubard.  Ainsi  il  a 
litmvé  un  moyen  de  remédier  à  Tincobé- 
rence  des  matériaux  des  terrains  sédimen- 
laires  soulevés  au  moment  de  leur  formation. 

Si  Fan  s'imaginait,  dit -il,  que  les  eaux 
dans  lesquelles  se  sont  formés  les  terrains  de 
transition  ne  différaient  en  rien  de  Feau  des 
mers  actuelles,  on  commettrait  une  erreur 
trH-grave;  car  les  eaux  des  mers  actuelles 
nom  point  la  propriété  de  former  des  pierres 
durée,  telles  que  les  roches  de  grès,  de  quartz, 
de  caicaire,ete.,  pendant  que  celles  du  déluge 
mmitersel  avaient  incontestablement  (incontes- 
faiblement  !)  toutes  les  qualités  requises  pour 
lee  produire.  (P.  152,  2H8,  301}  £t  d'où  leur 
était  venue  cette  propriété?  Ne  vous  rappe- 
lez-vous pas  que,  lorsque  la  formation  de 
transition  a  commencé  à  se  déposer,  le 
globe  est  entré  en  convulsion,  que  la  croûte 
s'est  cassée,  qu'il  s'est  fait  une  multitude  de 
crevasses?  Eh  bien  !  il  est  sorti  par  là  de  la 
silice,  de  la  magnésie  à  l'état  élémentaire, 
des  agents  sulfureux,  etc.  [Ibid,),  et  voilà 
fustement  ce  qui  fait,.,  que  nous  avons  des 
pierres  calcaires  de  toutes  sortes,  des  grès, 
da  marlire,  etc.  On  pourrait  faire,  il  est  vrai, 
je  ne  sais  combien  a  observations  là-dessus. 
Mais,  franchement,  est-ce  la  peine?  De  pa- 
reilles inventions  ^nt  bien  innocentes. 

Enfin  tous  les  géolo^es  reconnaissent 
dans  les  terrains  de  stratification  des  forma- 
tions^ les  unes  marines,  caractérisées  par 
«i<^  oébris  organiques  marins  ;  les  autres 
fluvîatdes  ou  terrestres,  renfermant  des  dé- 
l'iis  or^ganiques  se  rap[)ortanl  à  ceux  dos 
<4ff.*rents  animaux  oui  vivent  dans  nos  ri- 


vières et  dans  nos  lacs.  Partout  on  voit  les 
couches  marines  s'enchaîner  aux  fluviales  et 
réciproquement..  M'est-ce  pas  là  un  phéno- 
mène qui  exclut  formellement  l'idée  des  in- 
vasions de  la  mer?  Et  ce  qui  prouve  encore, 
pour  le  dire  en  passant,  que  toutes  les  par- 
ties qui  composent  les  couches  ont  été  ap- 
portées pour  ninsi  dire  grain  à  grain  [lar  une 
cause  lente,  uniforme,  tranquille,  c'est 
qu'on  trouve  des  ossements  de  grands  ani- 
maux couverts  de  coquilles  adhérentes  et 
qui  s'y  sont  dévelop|»ées. 

Encore  quelques  petites  observations  aux- 
quelles je  vous  saurai  bon  gré  de  répondre. 

1*  Vous  connaissez.  Monsieur,  la  forma- 
tion qu'on  appelle  nouveau  gris  rouge,  et 
vous  savez  qu'elle  vient  immédiatement 
après  la  formation  houillère;  qu'elle  est,  par 
conséquent,  la  première  des  terrains  secon- 
daires. Eh  bien,  l'on  a  trouvé  dans  plusieurs 
carrières  creusées  dans  ce  grès  (comté  de 
Dumfiries,  en  Ecosse),  des  empreintes  de 
pieds  d'animaux  si  bien  marquées  qu'on  dis- 
tingue parfaitement  l'empreinte  même  des 
ongles.  On  ne  les  a  pas  seulement  trouvées 
dans  une  couche,  mais  dans  plusieurs  cou- 
ches successives.  Sur  une  seule  table  enle- 
vée à  cette  localité,  on  voit  vingt-qcitre 
empreintes  de  pieds  qui  se  suivent  et  for- 
ment une  trace  régulière  dans  laquelle 
l'empreinte  de  chaque  pied  se  répète  six  fois. 
Une  autre  de  ces  traces  a  de  vingt  à  trente 
pieds  de  longueur.  Près  de  Hildburghausen« 
en  Saxe,  on  a  trouvé,  dans  les  mêmes  cou- 
ches de  grès,  les  empreintes  de  pieds  et  de 
pas  de  certains  quadrupèdes.  Dans  la  vième 
formation,  on  a  découvert  en  cinq  endroits 
diflerents  (vallée  de  Connecticut,  Etats-Unis) 
des  empreintes  de  plusieu^^s  espèces  d'oi- 
seaux parfaitement  distinctes.  Ces  emprein- 
tes se  succèdent  régulièrement  et  consti- 
tuent la  trace  d'un  animal  dans  l'acte  de 
marcher  ou  de  courir,  les  pieds  droit  et  gau- 
che se  montrant  toujours  a  leurs  places  res- 
pectives. Elles  sont  souvent  multipliées, 
d'autres  fois  elles  se  croisent,  ou  il  y  a  re- 
tour sur  elles-mêmes.  —  Expliquer  la  possi- 
bilité de  pareilles  empreintes  sous  une  mer 
universeUe  de  sept  à  huit  mille  mètres  de 
pnifondeur. 

2*  Mo'ise  fait  une  description  topographi- 

3 ne  du  paradis  terrestre  ;  il  en  désigne  les 
euves;  il  en  fait  remarquer  les  mines  d'or 
et  de  pierres  précieuses,  et  donnent  les  noms 
des  lieux  que  ces  fleuves  arrosent,  noms  qui 
tirent  leur  étymologie  des  enfants  de  Noé. 
— Expliquer  comment  se  sont  formés,  sous 
les  eaux  diluviennes,  les  terrains  stratifiés 
des  pays  mentionnés  piar  Moïse  sans  que  ces 
fleuves,  antérieurs  au  déluge,  aient  été  dé- 
truits ou  dérangés. 

3*  Les  poissons  deau  douce,  dit  M.  Chau- 
bard  (p.  30^],  ont  dû  se  trouver  dans  une 
position  fort  étrange  et  fort  critique!  (Je  lu 


mètres  de  liquide  sur  le  dos,  et  de  l'eau  li- 
moneuse et  salée  encore  !).  Les  rivages  étaient 


343 


CHA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CHA 


tM 


bien  di/ffrents^  bien  plus  éloignés  (iï  n'y  en 
avait  point  1);  la  fluctuation^  ta  tourmente; 
bien  plut  grandes  (assurémenll).  Tout  cela  a 
dà  les  dérouter^  les  rendre  le  jouet  des  flots. 
(Pauvres  botes  !}  Il  est  donc  fort  peu  probable 
qu'il  en  ait  échappé  quelqu'un  à  la  destruction. 
—  Nous  dire  comment  il  s'en  trouve  en- 
core tant  d'espèces  dans  nos  eaux  douces. 

4**  Il  y  a  des  végétaux  à  la  surface  des^ 
continents  et  des  lies  actuels.  On  en  connaît 
eu  moins  50,000  espèces,  et  on  présume 
qu'il  en  existe  au  moins  le  double.  —  Expli- 
quer comment  se  sont  conservées  les  plan- 
tes sur  une  pilanète  où  les  terrains  qui  les 
portaient  ont  été  emportés  depuis  lem^plus 
profonde  base,  délayés  ^  tenus  en  suspension 
ip.  160)  dans  un  océan  universel  de  sept  à 
huit  mille  mètres  de  profondeur,  puis  dé- 
posés, banc  par  banc,  dans  une  longue  série 
de  couches  qui  ont  ensemble  plusieurs 
lieues  d'épaisseur  moyenne. 

5'  Vu  un  pareil  état  de  choses,  c'est-à- 
dire,  vu  l'état  vaseux  et  limoneux  d'un  sol 
récemment  pétri  et  remanié  à  une  profon- 
deur de  sept  à  huit  mille  mètres,  et  vu  la 
destruction  de  tonte  plante  et  de  tout  animal 
à  la  surface  du  globe,  dire  ce  que  sont  de- 
venus, en  débarquant  sur  celle  terre,  Noé  et 
son  immense  cargaison. 

6*  Enfin,  expliquer  d'une  manière  édi- 
fiante pour  le  lecteur,  les  paroles  suivantes 
de  M.  Chaubard  parlant  du  déluge  :  Ecar- 
tons^  rejetons  donc  enfin  de  la  science  cette 
qualification  fallacieuse  de  miracle^  que  rien 

ve  justifie La  science  ne  se  fonde  qve  sur 

des  certitudes  et  repousse  les  croyances  d'Ao- 
bitude,  oui,  comme  celle-^ij  manquent  desanc» 
tion  et  ae  fondement.  (P.  194.)  Sans  avoir  fait 
un  travail  d'Hercule,  comme  vous  le  dites, 
je  crois  oue  j'ai  franchi  les  colonnes  du  hé- 
ros mythologique.  Au  moins ,  monsieur 
Inbbé,  j'attendrai  que  vous  m'ayez  démontré 
le  contraire  pour  continuer  celte  discussion 
et  aborder  les  arguments  que  me  fournirait 
la  paléontologie, 

Quant  au  troisième  cataclysme,  qui  aurait 
eu  lieu  lorsque  Josué  arrêta  le  soleil,  il  me 
l>arait  inutile  de  nous  en  occuper  (70).  En 
effet,  quel  nue  soit  celui  de  nous  deux  qui 
restera  noyé  dans  le  cataclysme  mosaïque, 
la  cause  est  gagnée  pour  celui  qui  suma- 
géra.  Afin  donc  que  le  lecteur  puisse  déci- 
der entre  nous,  ayez  la  bonté  de  nous  envoyer 
an  peu  moins  de  vers  latins  ou  français,  et 
\m  peu  plus  d'arguments  géologiques  en 
faveur  de  votre  thèse 

Agréez,  monsieur  l'ahbé,  l'hommage  de 
mes  sentiments  bien  respectueux. 

M.  l'abbé  B.  persistant  à  soutenir  que  les 
anciens  philosophes  avaient  admis  la  créa- 
tion exnihilo^  nous  lui  adressâmes  la  lettre 
^uivante. 

Monsieur  l'abbé , 

Ma  quatrième  lettre ,  dites-vous ,  vous  a 
fait  subir  le  mart^ire  de  Sisyphe^  et  c'était  fait 


do  vous  y  si ,  au  milieu  de  vos  tortures ,  les 
païens  fj^' étaient  venus  tout  à  coup  à  votre  se- 
cours.  Eh  bien  I  je  vous  en  avertis ,  s'il  ne 
vous  vient  point  d'ailleurs  de  secours  plus 
efficace,  je  crains  fort  que  vous  uo  restiez 
condamné  à  rouler  éternellement  votre  ro- 
cher. C'est  qu'en  effet  •  Monsieur,  avec  vos 
pauvres  païens,  vous  n'êtes  j^as  seulement  on 
dehors  de  la  question,  mais  encore  tout  à 
fait  à  c6té  de  la  vérité. 

Je  pourrais  me  dispenser  de  rerenir  avec 
vous  sur  cette  questiim  de  V éternité  de  la 
matière ,  si  inopportunément  ramenée  dans 
TOtre  lettre.  En  effet,  que  les  philosoulios 
païens  aient  admis  ou  non  l'éternité  de  la 
matière,  je  ne  vois  pas  que  votre  rocher  en 
doive  peser  moins  d'un  seul  atome.  Mais 
vous  êtes  bien  aise  de  trouver  l'occasion  de 
citer  force  latin,  prose  et  vers,  et  de  vous 
envelopper  des  nuages  d'une  érudition  indi- 
geste pour  échapper  à  l'évidence  des  raisons 
au'on  vous  allègue.  C'est  ainsi  qu'au  désert 
1  autruche  aux  abois  croit  se  dérober  à  la 
poursuite  du  chasseur  en  cachant  sa  tête 
clans  le  sable.  Mais  prenez  garde,  la  foudre 
s'engendre  dans  les  nuages,  et,  nouvel  Ixion, 
vous  pourriez  bien  y  être  transpercé  de  ses 
traits.  De  toutes  les  manières,  votre  position 
devient  critique. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  je  persiste  à  soutenir 
que  les  philosophes  païens  ,  même  les  plus 
notables,  n'ont  pas  admis  la  création  au  sens 
mosaïque ,  la  création  ex  nihilo ,  et  qu'ils 
ont  regardé  la  matière  comme  éternelle. 
Vous  qui  avez  appris  tant  de  choses  des  mu- 
ses et  des  philosophes  de  l'antiquité,  ne 
vous  ont-ils  jamais  entretenu  de  ce  qu'on 
nomme  Yhyloisme?  Le  dieu  des  philosophes 
païens  était  créateWy  coaune  le  potier  est 
créateur  du  vase  qu'il  façonne,  comme  l'hor- 
loger est  créateur  du  enronomètre  dont  il 
fabrique  et  dispose  les  pièces  :  le  premier  a 
son  argile,  le  second  son  métaL  Le  dieu  de 
Platon  a  de  même  fabriqué,  disposé  ,  har- 
monie le  monde,  mais  il  ne  l'a  pas  créé  de 
rien,  il  1'^  façonné  avec  une  matière  pré- 
existante et  éternelle. 

Vous  prétendez  que  je  calomnie  au  moins 
les  plus  notables  de  ces  anciens  penseurs,  et 
vous  nommez  Platon,  Aristote,  etc.  Etendez 
le  bras.  Monsieur,  et  saisissez  dans  votre  bi- 
bliothèque le  premier  livre  qui  se  présen- 
tera, il  vous  répondra  comme  moi.  Lisez  le 
Timée  de  Platon  ;  lisez  les  Etudes  sur  la  Théo^ 
dicée  de  Platon  et  d Aristote,  par  J.  Simon  ; 
lisez  les  Etudes  sur  le  Timée  de  Platon ,  par 
H.  Martin  ;  lisez  Y  Essai  sur  la  Métaphysi- 
que d' Aristote,  par  Ravaisson,  etc.,  etc. 

Si  ces  noms  ne  vous  conviennent  paSf  in- 
terrogez de  savants  ecclésiastiques ,  auteurs 
d'ouvrages  qui  sont  entre  les  mains  de  tout 
le  monde  :  professeurs  de  théologie,  d'Ecri- 
ture sainte,  de  philosophie,  préilicateurs  re- 
nommés ;  adressez-vous  au  premier  venu. 

Ecoutez  M.  l'abbé  Glaire ,  qui  vous  a  déjà 
donné  une  leçon  d'exégèse  biblique  :  Le^^ 
Hébreux  sont  le  seulp^ifU  de   C^tiçti^ié 


(70)  Ce  préicndu  iroisième  cataclysme  sera  réfuté  à  Tarlidc  Dcbuetne. 


tV5 


CHA 


ET  DE  PALfiaMTOLOGIE. 


CHA 


VS 


jmi  aii  cm  à  la  création  proprement  dite. 
Toutes  les  nations  de  la  terre  ont  supposé 
g»e  le  monde  est  éternel,  que^Dieu  est  Véme 
de  funirersj  que  les  âmes  humaines  en  sont 
une  portion^  et  par  une  conséquence  inétita- 
ble^  que  le  monde  n*ii  pas  été  tiré  du  néants 
c'est-à-dire  créé  de  rien.  (Les  livres  saints 
vengés^  1. 1*',  p.  13.)  £t  plus  loin,  parlant  des 
In  liens,  des  Perses,  des  Phéniciens,  des  Ba- 
iijloniens,  des  Egyptiens,  il  ajoute  :  Jamais 
amtun  de  ces  peuples  ne  s'est  éfevé  jusqu'à  ri- 
dée d'un  Dieu  créateur^  on  fie  la  trouve  nulle 
part  dans  les  mythes  et  les  philosophêmes  des 
pnsples  païens.  {Ibid.  p.  91.) 

Ecoutez  M.  Bautain  :  Tout  en  regardant  la 
matière  comme  étemelle^  la  plupart  des  philo- 
sophes  anciens ,  Platon  entre  autres ,  la 
croyaient  cependant  subordonnée  à  Fesprit 
intâligent  qui  détail  la  façonner,  la  mettre 
en  eturrcj  et  ils  trouvaient  même  dans  sa  résis- 
tance à  la  main  du  Créateur  la  cause  première 
du  mal  et  du  désordre  qui  se  montre  dans  le 
monde.  (Psychologie  expérimentale ,  t.  1", 
p.  143.) 

Econtez  le  savant  auteur  des  Eludes  cri- 
tiques sur  le  rationalisme  contemporain  , 
M.  1  alitié  de  Valroger  :  Bien  supérieur  au 
dieu  d'Anaxaaore  et  au  dieu  de  Platon^  le 
Dieu  de  la  Bible  ne  travaille  pas  sur  une  ma- 
tiire  étemelle , ^nécessaire ,  indépendante,  qui 
résiste  à  sa  sagesse  ;  t7  ne  demeure  pas,  comme 
te  dieu  d'Aristote,  renfermé  en  lui-même,  in- 
différent aux  êtres  éphémères  qui  passent  et 
se  succèdent  dans  la  série  sans  fin  des  généra- 
tions. (Etudes  critiques  sur  le  rationalisme 
contemporain,  p.  231.) 

Ecoatez  un  célèbre  penseur  italien,  Tabbé 
V.  Gioberti  ;  entre  vingt  passages  je  ne  cite 
a 'je  celui-ci  :  Un  des  plus  anciens  égarements 
ae  la  philosophie,  c'est,  sans  doute,  d'avoir 
abandonné  le  dogme  de  la  création  ;  c'est  là 
te  qui  enleva  au  merveilleux  génie  d'Aristote 
et  ae  Platon  le  bonheur  de  recueillir  le  vrai 
tout  entier;  c'est  là  ce  qui  influa  d'une  ma- 
nière si  funeste  sur  toutes  les  parties  de  leur 
doctrine,  en  leur  faisant  admettre  l'absurde  et 
rétrograde  hypothèse  de  Vétemité  de  la  ma- 
tière, (introduction  à  F  étude  de  la  philoso^ 
phie,  i.  II,  p.  92.) 

Voolez*TOiis  entendre  un  orateur  sacré, 
pour  qui  ce  n'a  pas  été  peu  de  gloire  d'avoir 
été  jugé  digne  de  succéder  aux  Ravignan  et 
aux  Laeonuire  dans  la  chaire  de  Notre-Dame  ; 
vous  avez  nommé  Texact  et  brillant  abbé 
Plantier  :  5i  divergents  sur  la  Trinité,  Platon 
tt  Jésus-Christ  s'entendront-iU  mieux  sur  la 
rréaiionf  Eh!  peu  davantage.  Jésus-Christ 
proclameune  création  rigoureuse^  c'est-à-dire 
la  fécondation  du  néant ,  et  Platon  suppose 
V existence  dCune  matière  étemelle.  Dieu,  dCa- 
près  lui,  ne  la  nroduitpas,  il  la  façonne:  et 
ainsi  celui  qu'it  appelle  le  père  de  la  nature 
et  rarckiteete  suprême,  n'est  plus,  selon  le 
mot  de  Bossuct,  qu'un  artisan  vulgaire,  pé- 
irissasU,  comme  te  potier,  une  argile  dont  il 
nesS  pas  Fauteur,  et  montrant  plus  d^adresse 
qu'il  ne  témoigne  de  puissance.  (Troisième 
ronférence  :  Le  christianisme  est-il  le  résul- 
tat du  progrès  ?  p.  69.) 


Voulez-vous  en  celte  matière  Tautorité 
du  plus  beau  nom  de  la  littérature  moderne, 
écoutez  Chateaubriand  :  Platon  prétendait 
que  la  divinité  avait  arrangé  le  monde,  mais 
qu'elle  n'avait  pu  le  créer Aristote  rai- 
sonnait comme  Platon  sur  Forigine  de  Funi- 
vers....  Zenon  êoutenail  que  le  monée  s'ar- 
rangea par  sa  propre  énergie..  ;  que  Dieu,  la 
matière,  la  fatalité,  ne  font  qu'un....  Selon  la 
philosophie  dCEpicure,  Funivers  existe  de 
toute  éternité.  Après  F  exposition  de  ces  cos- 
mogonies  philosophiques,  il  serait  inutile  de 
parler  de  celles  des  poètes....  Dans  ces  diver- 
ses cosmogonies,  on  est  placé  entre  des  contes 
d'enfants  et  des  abstractions  de  philosophes  ; 
si  Fon  était  obligé  de  choisir,  mieux  vaudrait 
encore  se  décider  pour  les  premiers.  (Génie 
du  christianisme,  liv.  ni,  chap.  1.) 

Est-ce  assez  comme  cela?  Voulez- vous 
que  je  remplisse  vingt  colonnes  de  citations 
semblables?  A  quoi  bon?  Au  lieu  d'unir 
votre  voix  à  celle  de  cette  noble  phalange  de 
savants  distingués,  vous  aimez  mieux  répé- 
ter tout  seul  à  l'écart  :  Platon,  le  divin  Pla- 
ton! on  le  juge  mal,  on  le  traduit  mal,  on  le 
comprend  mal  quand  on  dit  quil  n'admettait 
pas  la  création.  Dans  votre  enthousiasme  ir« 
réfléchi,  peu  s'en  faut  que  vous  ne  disiez 
avec  M.  Cousin  :  Platon  est  un  Père  de  FE- 
glise.  (Fragments  philosophiques ,  t.  1",  p. 
230.)  Eh  I  monsieur  l'abbé ,  prenez,  donc 
garne;  c'est  vous-même,  vous  tout  seul  qui 
te  comprenez  mal.  Personne  ne  dit  qu'il 
n'admettait  pas  la  création,  mais  tout  le 
monde  nie  contre  vous  que  ce  fAt  une  créa- 
tion ex  nihilo.  Le  dieu  de  Platon  arrangea 
la  matière  ;  avec  la  matière  préexistante  il 
fabriqua  l'univers,  mais  il  ne  créa  pas  la 
matière  :  encore  une  fois ,  il  la  regardait 
comme  étemelle.  Comprenez-vous  enfin? 

«Oui,  Platon  rayonne  dans  l'histoire, 
comme  un  astre  magnifique.  C'est  une  âme 
noblement  sereine;  et  dans  ces  écrits, «on 
respire  un  calme  solennel,  comme  celui  do 
l'Océan  qui  re[K)se  ;  c'est  un  écrivain  mer- 
veilleux. Et  lui  qui  proscrivait  de  sa  répu- 
blique tous  les  arts  d  imagination ,  leur  fait 
d'honorables  excuses,  en  se  parant,  dans  son 
langage  des  plus  éblouissantes  fleurs  que  la 
po&ie  fasse  éclore.  C'est  un  philosophe  éton- 
nant, supérieur  à  Pythagore,  émule  au  moins 
du  fameux  fils  de  Sophronisque  ;  il  plongea, 
dans  la  conscience  de  l'homme  et  ressence 
de  Dieu,  des  regards  tour  à.  tour  profonds  et 
sublimes;  et  quand  il  enseignait  au  bord  des 
flots,  le  rocher  sûr  lequel  il  était  assis  n'était 
pas  seulement  une  chaire  pittoresque  d'où  il 
dominait  la  brillante  mer  d'Ionie ,  c'était  un 
piéJestal  du  haut  duquel  il  commandait  l'an- 
tiquité profane.  Mais  s'il  fut  un  génie,  il 
ne  fut  pas  un  prophète;  dans  aucun  de  ses 
Dialogues  ne  se  rencontrent  les  préludes  des 
révélations  évan^éliques.  Incarnation,  Tri- 
nité, création,  soin  de  rattacher  tous  ces  doç- 
mes  à  la  sanctificiition  du  monde,  voilà  Je 
résumé  de  ce  que  Jésus-Christ  doit  être  un 
jour;  voilà  aussi  tout  autant  de  choses  dont 
le  disciple  de  Socrate  ne  présente  pas  un  ves- 
tige  ;  et  sj  quatre  siècles  après  sa  mort  il 


S47 


C1IA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CHA 


248 


avait  pa  revenir  sur  le  cap  autrefois  déposi- 
taire et  témoin  de  ses  leçons  ;  si,  du  haut  du 
8unium»  son  orabre  avait  pu  contempler  le 
docteur  ensanglanté  du  Calvaire,  au  heu  de 
fe  saluer  pour  son  commentateur,  il  se  fAt 
étonné  d'y  voir  un  contradicteur,  ou,  pour 
le  moins,  un  maître,  et  n*eût  pas  manqué 
de  lui  dire  à  travers  les  espaces  :  «  Non,  6  sage 
des  sages,  je  ne  îns  pas  ton  précurseur,  et 
tu  n'es  pas  mon  héritier  ;  tu  t'inspires  de  toi* 
mdmel»  (M.  l'abbé  Plantier^  Conférence  ci- 
tée, p.  71 .) 

Malgré  votre  prédilection  pour  les  ïam- 
bes et  les  heiamètres  païens ,  dont  vous 
aimez  tant  à  diaprer  vos  lettres ,  en  guise 
d'arguments  géologiques,  vous  conviendrez, 
j'espère,  monsieur  Tabbé,  que  les  religieux 
échos  de  nos  chaires  catholiques  redisent  de 
bien  nobles  pensées  exprimées  dans  un  bien 
harmonieux  langage. 

Agréez,  monsieur  l'abbé,  etc. 

M.  l'abbé  B.  avait  été  scandalisé,  en  lisant 
nos  Lettres  sur  le  déluge^  de  ce  que  nous 
n'avions  pas  admis  la  nécessité  de  son  uni- 
yersalité.  Nous  lui  répondîmes  par  la  lettre 
luivantOr 

Scriplane  mot  eatpu  loqui  de  pane  lanqaam 
de  KMo. 

(Sw  Aua.,  Epiêt,  ad  P(mtbmm,ui») 

Monsieur  l'abbé. 

Je  suis  voïtairien,  parce  que  j'ai  dit  qu'on 
pouvait  admettre  la  non  universalité  du  dé- 
luge, au  sujet  de  laquelle  l'Eglise  n'a  jamais 
rien  déflni.  Ainsi  l'illustre  Bénédictin,  Mabil- 
Ion,  étmt  voltairien.  Le  savant  abbé  Mau- 
pied,  l'auteur  de  l'article  Déluge,  dans  YEn- 
cydopédie  catholique,  est  voltairien.  M.  l'ab- 
bé Glaire ,  doyen  et  professeur  d'Ecriture 
sainte  &  la  Faculté  de  théologie  de  Paris,  est 
voltairien.  Voilà  des  voltairiensqui  ont  passé 
jusqu'ici  pour  d'assez  tons  catholiques.  Je 
ne  Yons  cite  ni  Vossius,  ni  Deluc,  m  la  plu- 
part des  critiques  d'Allemagne  et  d'An- 
fleterre,  tels  que  Boue,  Sedgwick,  Cony- 
eare,  etc. 

EcoHitez  M.  l'abbé  Glaire.  Après  avoir  rap- 
porté les -raisons  pour  et  contre  l'universa- 
lité du  déluge,  il  conclut  ainsi  :  Quant  à 
nous,  nous  le  dirons  franchement^  la  diffi-^ 
culte  nous  semble  augmenter  à  mesure  eue 
nous  étudions  davantage  la  question.  A  la  vé- 
rité, les  expressions  dont  s*est  servi  Moïse 
semblent  indiquer  un  cataclysme  absolument 
universel.  Cependant,  comme  d'un  côté  ces 
mêmes  expressions  sont  susceptibles  d'éprou- 
ver une  certaine  restriction  dans  leur  sens  ; 
que  de  Vautre  il  y  aurait,  à  las  prendre  dans 
toute  retendue  de  leur  acception,  des  difficul- 
tés oui  paraissent  insolubles,  et  qu'enfin  le 
but  de  la  justice  divine  se  trouve  complètement 
rempli  par  un  déluge  qui  détruit  toute  la  race 
humaine  et  inonde  la  plus  grande  partie  du 
globe,  il  ne  paraît  pas  entièrement  démontré 
que  le  récit  de  la  Genèse  doive,  par  la  seule 
force  des  paroles  du  texte  sacré,  s'entendre 
nécessairement   d'un  cataclysme  qui  aurait 


couvert  de  ses  eaux  absolument  toute  la  sur- 
face  de  la  terre. 

Et  plus  loin  il  ajoute  -.Dans  le  cas  où  Von  ne 
trouverait  aucun  autre  moyen  de  résoudre 
certaines  difficultés  (car  il  ne  faut  pas  se  dis- 
simuler qu  il  en  existe  de  réelles,  et  que  les 
réponses  qu'on  y  oppose  ordinairement  ne 
sont  nullement  satisfaisantes):  dans  ce  cas, 
disons-nofês,  on  pourrait  légitimement  recou- 
rir au  sentin^nt  contraire,  ^i  fournit  des 
solutions  incontestables,  mats  inadmissibles 
dans  l'hypothèse'  de  Vuniversalité  absolue  du 
déluge.  (Les  livres  saints  vengés ,  t.  i*% 
p.  275  et  280.) 

Voilà  ce  qu'enseignent,  dans  leur  chaire 
des  professeurs  de  théologie ,  et  ce  qu'ils 
publient  dans  leurs  livres.  Cela  dérange  la 
moralité  d*un  cataclysme  universel  sans  res- 
triction;... comme  si  cette  moralité  ne  con- 
sistait pas  dans  le  châtiment  infligé  à  tous 
les  hommes  existant  alors,  et  nullement 
dans  l'universalité  du  cataclysme,  si  elle  ne 
fut  pas  nécessaire,  comme  on  peut  le  présur 
mer.  Au  reste,  tâchez  de  vous  entendre 
avec  les  docteurs  de  Sorbonue. 

Non  ttoitrum  tater  vos  iantas  eMnponere  lites. 

Tout  le  mal,  tout  le  scandale  vient  sans 
doute  de  ce  que  M.  l'abbé  Glaire  n'a  point 
encorejfai/  la  découverte  de  la  géologie  bibli- 
que, qui  pense  et  enseigne  comme  Motse.\o\\h 
ce  qu'on  peut  dire  pour  atténuer  ses  tort* 
SI  est  certain  que  son  livre  est  Tantipode  de 
celui  de  M.  Cbaubard.  Je  vous  engage  beau- 
coup à  lui  faire  part  de  votre  découverte,, 
pour  qu'il  puisse  refondre  son  ouvrage  à  la 
prochaine  édition;  car, Je  le  répète,  cet  ou- 
vrage s'écarte  énormément^  de  celui  dont 
vous  avez  embrassé  les  opinions.  Quant  à 
moi,  qui  avais  feit  la  susdite  découverte,  pro- 
bablement avant  vous,  je  .suis  tout  à  £jit 
inexcusable.  Vous  l'avez  bieacompris.  Aussi 
voyant  que  \e  catholicisme  ne  m*anatbéma- 
tisait  pas,  vous  m'avez  fait  lancer  l'anathème 
par  un  païen.  Ce  n'est  pas  heureusement 
tout  à  fait  la  même  chose  pour  moi  ;  pour 
vous,  c'est  toujours  une  petite  satisfaction. 
Toutefois,  je  vais  essayer  de  vous  l'enlever, 
comme  tout  le  reste. 

Après  avoir  cité  les  deux  vers  hyporboli- 

Îues  d'Ovide,  vous  dites  triomphalement  : 
e  crois  qu'ici  les  muses  en  savent  plus  que 
M.  Jehan.  J'appelle  en  cause  nos  quarante 
mille  lecteurs  ;  qu'ils  prononcent:  leur  déci- 
sion me  trouvera  soumis,  incliné.  C'est  bien 
du  monde  et  bien  de  l'humilité  1 

Vous  m'avez  mis  en  goût  de  citations  de 
vers  latins;  je  cite  donc  encore,  et  je  vous 
dis  sur  le  chalumeau  du  poète  de  Mantoue  : 

Nun^uam  hodie  efugies;  veniam  quoeuiique  vocari». 
Audiat  hœc  tautum  vel  qui  venit.. 

Je  prétends  donc  que  les  muses  dont  vous 
citez  le  divin  langage  ne  disent  pas  tout  à 
fait  ce  que  vous  leur  faites  dire.  Vous  se- 
raient-elles devenues  moins  indulgentes  el 
vous  auraient-elles  ûté  Tinteiligence  de  leur 
raticinium?  Ces  démons  sont  capables  de 
toutes  sortes  de  malice.  En  effet,  de  quel 


s;a 


CHA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CHA 


î:c 


I 


déluge  parlent-elles,  par  la  bouche  d'un  ae 
leurs  favoris?  De  celui  de  Deucalion,  évi-, 
demment.  Or,  le  déluge  de  Deucalion^  dit 
Aristotc  (De  weieor.^  fib.  i,  cap.  i2),  n'af- 
fecia  que  la  Grice^  telle  partie^  enlre  aulres^ 
au  on  appelait  Hellade^  et  fut  occasionné  par 
Ut  inondations  considérables  qui  eurent  lieu 
durant  un  hiver  pluvieux. 

Les  déluges  de  Deucalîon  et  d'OgygèSy  dans 
rUistoire  grecque^  dit  M.  Chaubard,  ne  sont 
qu*un  seuf  cataclysme  9  et  l'un  et  Vautre  ne 
peuvent  être  qu'un  déluge  partiel  différent  de 
celui  de  Noé.  Il  est  impossible  de  se  refuser  à 
admettre  cette  conclusion  ^  dis  qu'on  examine 
soigneusement  les  détails  qui  y  sont  relatifs. 
Si  on  y  a  consu  maladroitement  des  traits  qui 
se  rapportent  évidemment  au  déluge  de  Noé^ 
c'est  tout  à  fait  mal  à  propos  ^  car  tous  les 
autres  détails  annoncent  un  déluge  partiel. 
D^ailleurs  le  déluge  de  Noé  est  antérieur  à  ce- 
lui de  Deucalion  de  plus  de  huit  cents  ans. 
(P.  430.) 

Vous  le  voyez,  Monsieur,  vous  jouez  de 
malheur.  Après  vous  Être  lîeurté  à  gauche 
I outre  la  Sorbonne,  vous  allez  vous  heurter 
à  droite  contre  M.  Chaubard  lui-même.  Re- 

G'  tteriez-vous  le  déluge  de  Deucalion ,  dont 
.  Chaubard  a  tant  l>esoin  pour  la  formation  de 
certains  terrains  que  vousconnai5sez?Décidez- 
vous  pourtant  Ou  vous  rapportez  au  déluge 
mosaïque  la  description  du  déluge  thessalien 
»ar  Ovide,  et  vous  êtes  en  contradiction  avec 
e  poète,  avec  M.  Chaubard  et  avec  Thistoire, 
ou  vous  reconnaissez  que  ceite  description 
ne  doit  se  rapporter  qu  au  déluge  partiel  de 
Deucalion,  et  vos  deux  vers,  cilés  en  faveur 
de  l'universalité  du  déluge,  feront  sourire 
ces  profiines  habitantes  de  la  double  colline: 
car  ces  vers  ne  sont  plus  alors  qu'une  exa- 
g  ration  poétiaue  familière  à  tous  les  poêles 
et  plus  particulièrement  à  Fauteur  des  Méta- 
morphoses. 

Vous  avez  de  nombreuses  objections  con- 
tre le  déluge  partiel.  Pour  échantillon^  vous 
m'adressez  celie*ci,  comme  une  des  plus  for- 
tes, probablement  :  «  Comment  s'est-il  fait 
ici  et  pas  là?  Miracle  I  »  Il  s'est  fait  ici  et 
pas  M,  comme  celui  de  Deucalion,  par  exem- 
ple, s'est  fait  en  Thessalie  et  non  en  Beauce; 
comme  tant  d'autres  grandes  inondations  se 
sontfaitesdansun  pa^setpasdansun  autre.Si 
vous  voulez  quiil  y  ait  là  miràcle.je  ne  m'y  oj)- 
pose  pas  :  n'étant  point  du  tout  de  ces  Messieurs 
les  érudits  dont  vous  parlez  et  qui  ne  veulent 
l>oint  de  miracles.  M.  Chaubard,  lui,  n'en 
veut  pas,  à  propos  du  déluge  :  Ecartons^ 
rejetons  donc  enfin  de  la  science^  dit-il,  cette 
qualification  fallacieuse  de  miracle  que  rien 
ne  justifie.  La  science  repousse  les  croyances 
d'habitude^  qui^  comme  celle-ci^  manquent  de 
sanction  et  de  fondement.  (P.  191  .j 

Perraettéz-moi  une  petite  digression  à 
roccasion  de  ce  singulier  passage  du  livre 
que  vous  défendez,  vous  avez  découvert  la 
géologie  biblique  de  M.  Chaubard  ;  n'auriez- 
vous  point  aussi  par  hasard  fait  la  découverte 
d'un  autre  ouvrage  du  même  auteur,  inti- 
tulé :  L'Univers  expliqué  par  la  révélation. 
Cjglui-là  est  bien  autrement  curieux  que  le 


premier.  £b  voici  quelques  propositions  qui 
sont  pour  moi,  entre  mille  autres,  de  véri- 
tables logogriphes  dont  je  vous  prie  de  me 
donner  le  mot,  si  vous  l'avez. 

«  Sous  le  point  de  vue  de  la  mobilité  pen- 
dant l'action.  Dieu  a  le  mouvement  inGni; 
or,  dans  le  cas  du  mouvement  inGni,  le 
mobile  étant  )3artout  en  même  temps,  il 
s'ensuit  que  Dieu  agissant  est  par  tous  les 
points  de  l'immensité  de  l'espace  en  même 
temps.  H  suit  encore  de  là  que  Jésus-Christ 
étant  Dieu  et  homme  tout  ensemble ,  son  Au- 
manité  est  partout  en  même  temps  avec  sa 
divinité  y  conséquence  rigoureuse  et  incon- 
testable, quelque  mystérieux  que  puisse 
être  le  fait.  »  (Page  48.) 

Voilà  pour  la  théologie.  Voici  pour  la 
science  : 

«  La  lune  n'est  point,  comme  on  le  dit, 
une  sorte  oie  miroir;  sa  lumière  n'est  point 
une  lumière  empruntée  au  soleil.  C'est,  au 
contraire,  une  lumière  bleue  et  non  un 
rouge-orangé  comme  celle  du  soleil,  une 
lumière  dénotant  un  foyer  ou  un  astre  élec- 
tro-négatif. }f  (Page  424.) 

Je  me  hâte  de  redescendre  dans  notre 
monde  sublunaire,  car  je  me  perdrais  im- 
manquablement dans  celui-là. 

Vous  ne  trouvez  pas  de  difficultés  à  la 
réunion  de  tous  les  animaux  dans  l'arche. 
Ni  moi  non  plus.  Dieu  intervenant.  Mais  si 
vous  rejetez  le  miracle  avec  M.  Chaubard , 
j'éprouve  quelque  embarras. 

Quant  aux  poissons,  ceux  d'eau  douce, 
par  exemple,  tout  en  admettant  ce  que 
savent  si  bien  le  plus  petit  pécheur^  le  plus 
simple  agriculteur^  je  n'en  suis  pas  moins 
un  peu  embarrassé.  Car,  veuillez  bien  le 
remarquer.  Monsieur,  il  s'agit  ici  d'un  sol 
emporté^  suivant  M.  Chaubard,  rcmamV,  dé' 
layé  dans  une  mer  universelle  et  salée  de 
sept  à  huit  mille  mètres  de  profondeur, 
puis  déposé  couche  par  couche  dans  une 
épaisseur  moyenne  de  sept  à  huit  mille 
mètres  aussi.  11  y  a  peu  de  pêcheurs,  peu 
d'agriculteurs  qui  aient  fait  cette  expérience 
sur  le  frai  des  poissons  d'eau  douce.  Voilà 
pourquoi  je  conserve  toujours  quelque  doute 
sur  leur  conservation  par  le  moyen  que  vous 
indiquez. 

Vous  êtes,  monsieur  l'abbé,  d'une  mo- 
destie qui  vous  honore  infiniment;  vous 
estimez  votre  science  géologique  zéro  tout 
juste.  Après  cela,  vraiment  on  n'a  plus  le 
couragede  combattre  vos  illusions  théoriques 
sur  ceci  ou  sur  cela.  Mais  alors  il  serait 
bon  d'associer  la  prudence  à  la  modestie,  et 
de  ne  |:as  vous  hâter  de  proclamer  Yinsuf- 
fisance  scientifique  de  tel  ou  tel  ouvrago 
a|JOlogétique,  ou  l'orthodoxie  exclusivement 
biblique  de  tel  ou  tel  autre. 

Croyez-moi,  Monsieur,  ne  vous  portez  pas 
défenseur  si  zélé,  si  exclusif,  d'un  livre  ni 
d'un  homme,  quel  qu'il  soit,  surtout  quand  il 
s'agit  de  problèmes  si  élevés,  de  queslior/s 
9\  difficiles,  se  rattachant  à  nos  livres  saints 
et  à  la  révélation.  Kn  cette  matière,  tel 
é.Hfice  qui  paratt  solide,  inébranlable  au- 
jourd'hui ,   s'écroulera  demain.   Dans  cer- 


tsi 


CHâ 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CIIA 


limes  réglonsde  la  scieoce,  nous  ne  pouvons 
obtenir  auc  du  provisoire,  aue  du  probable, 
rien  d*aDSo1u,  rien  de  dénnitif.  Marchons 
donc  pas  à  pas  et  tout  doucement  sur  ce 
terrain  ;  il  y  a  des  précipices  autour  de  nous; 
ne  ]*oublions  pas,  et  craignons  d*y  mettre  lo 
pied. 

De  toutcei^i ,  je  conclus,  monsieur  Tabbé, 
que  vous  n'avez  point  eu  raison  de  crier  : 
Triomphe  pour  le  système  de  M,  Chaubard  I 
ni  d'affirmer  que  je  suis  noyé^  bien  noyé  dans 
mon  partiel  déluge, 'ie  vous  ai  donné  des 
noms  trop  vénérables,  des  autorités  trop 
imposantes,  pour  que  vous  ne  reveniez  pas 
u'i  peu  sur  un  arrêt  porté  sans  doute  ab  irato. 
Quant  à  vous  personnellement,  je  vous  con- 
seille de  vous  réfugier  promptement  dans 
l'arche;  car  le  flot  monte,  monte,  monte.... 
S'il  allait  être  universel!.... 

Quoi  qu'il  arrive,  vous  me  trouverez  tou- 
jours empressé  à  vous  tendre  lamain^  comme 
vous  vous  empresseriez  vous-même  sans 
doute  de  me  jeter  une  planche^  si  vous  me 
voyiez  sur  le  point  de  faire  naufrage. 

C'est  avec  ces  sentiments  que  j'ai  l'honneur 
d'être,  monsieur  l'abbé,  votre  bien  resnec- 
tueux  et  tout  dévoué  serviteur. 

L.-F.  JEHAN  (de  Saint-Clavien). 

Appendice  à  Varticle  Châcbârd. — M.  Chau- 
bprd  a  publié  un  livre  intitulé  :  Y  Univers 
explique  par  la  révélation;  nous  en  avons 
déjà  parle  dans  une  des  lettres  précéden- 
tes. Nous  croyons  devoir  y  revenir  ici , 
parce  que  ce  livre,  qui  invoque  la  Bible  à 
chaque  page,  fait  illusion  aux  personnes  peu 
versées  dans  les  sciences,  et  qu'il  n'en  est 
^oint  de  plus  propre  à  les  jeter  dans  les  plus 
élranges  erreurs,  ainsi  qu'il  est  arrivé  à 
M.  l'abbé  B.  et  au  R.  P.  Debreyne.  M.  Mau- 
pied  lui-même,  a  appuyé  sur  l'autorité  de 
M.  Chaubard  une  théorie  très-malheureuse, 
réfutée  par  l'auteur  de  la  critique  du  livre 
de  M.  Debreyne.  (  Koj^.Debretne.) 

M.  Chaubard  ne  pouvant  se  dissimuler  les 
élrangetés  de  toute  nature  que  renferme  son 
livre,  s'en  explique  ainsi  dans  son  a  vaut - 
}*ropos  : 

«  Pourquoi  s'effrayer  ainsi  à  la  vue  de  ces 
innocentes  nouveautés  théologiques?  Est-ce 
parce  qu'elles  sortent  de  la  plume  d'un  laï- 
que? Mais  qu'est-ce  qui  empêche  un  laïque, 
maître  de  tout  son  temps,  d'étudier  le  dogme 
catholique  et  de  le  connaître  tout  aussi  bien 
que  tel  membre  du  clergé  d'aujourd'hui, 
dont  la  majeure  partie  du  temps,  absorbé 
par  les  fonctions  du  ministère,  lui  permet  si 
difficilement  les  profondes  études?  D'ail- 
leurs il  faut  preiiore  garde  qu'il  est  aujour- 
d  hui  dans  son  organisation  politique  un 
vice  énorme,  qui  ne  permet  pas  au  clergé 
français  de  mettre  en  avant  de  telles  nou- 
veautés. Dans  notre  révolution,  nous  avons 
détruit  le  tribunal  devant  lequel  le  clergé 
du  second  ordre  portait  ses  appels  comme 
d  abus  de  la  sentence  injuste  de  l'évoque  ; 
et  comme  on  ne  l'a  remplacé  par  rien  d'équi- 
valent, il  en  résulte  que  ce  clergé  du  second 
ordre  se  trouve  placé  sous  1  arbitraire  le 


{dus  absolu  des  évêques,  sans  que  ceux-ci 
'aient  ni  cherché  ni  désiré.  Aujourd'hui  un 
prêtre  français  ne  peut  dire  ou  penser  autre 
chose  que  ce  que  son  éyêque  veut  qu'il  dise 
ou  qu'il  pense,  sous  peine  de  se  voir  inter- 
dire le  ministère,  c'est-à-dire  sous  peine  de 
se  voir  réduire  à  la  mendicité.  On  leur  pres- 
crit un  traité  de  théologie  bon  ou  mauvais, 
car  il  }^  en  a  de  tels ,  pour  l'apprendre  au 
séminaire.  On  l'apprend  tant  bien  que  mal, 
et  l'on  se  donne  bien  de  garde  de  s  en  écar- 
ter en  rien,  même  quand  on  juge  que  c'est 
faux  et  mauvais.  On  dissimule  :  ne  faut-il 

BIS  plier  devant  une  nécessité  inexorable  7 
e  la  cette  circonspection  craintive,  cet  es- 
prit de  servilisme,  cette  timidité  de  pensée 
qui  caractérise  les  membres  du  clergé  de 
notre  époque.  Voilà  pourquoi  tout  ce  qui  a 
un  aspect  de  nouveauté  les  offusque,  et 
pourquoi  ils  s'accoutument  si  diilicuement 
a  tout  ce  qui  diffère  ou  s'écarte  un  peu  de 
ce  qu'on  leur  fait  apprendre  au  séminaire. 
Il  en  est  d'ailleurs  a  peu  près  de  même  du 
haut  clergé.  Sorti  de  leurs  rangs  et  façonné 
par  une  longue  habitude  à  cette  circonspec- 
tion craintive,  il  se  trouve  forcé  d'y  rester 
lors  même  qu'il  désirerait  en  sortir,  par  la 
crainte  devoir  les  autres  évêques  se  séparer 
de  lui.  En  de  pareilles  circonstances,  c'est 
aux  laïques  que  leur  position  rend  indépen- 
dants et  qui  jouissent  de  toute  leur  liberté 
de  pensée,  à  mettre  en  avant  ces  nouveautés 
qu'un  clergé  ainsi  organisé  n'oserait  jamais 
prendre  sous  sa  responsabilité.  Au  reste, 
quand  même  il  serait  échappé  à  l'auteur  de 
V Univers  expliqué  par  la  révélation  de  dire 
dans  ces  nouvelles  théories  quelque  chose 
d'inexact,  d'hérétique  même,  ce  qui  est 
bien  difficile  lorsqu'on  n'admet  les  consé- 
quences logiques  qu'après  une  preuve  cob- 
iirmative,  comme  il  l'a  fait,  cette  erreur 
serait  sans  gravité  ;  car,  à  proprement  parler, 
la  partie  morale  de  cette  philosophie  n'étant 
autre  chose  qu'une  œuvre  de  remplissage, 
il  serait  fort  aisé  de  la  faire  disparaître  sans 
porter  la  moindre  atteinte  à  tout  le  reste; 
et  d'ailleurs,  la  chose  étant  ainsi,  il  est  loi- 
sible à  tout  le  monde  de  se  l'arranger  à  sa 
guise.  Que  l'on  prenne  garde  de  s'y  tromper, 
cette  partie  morale  quelque  défectueuse, 
quelque  imparfaite  qu'elle  puisse  paraître 
aux  yeux  de  la  scoiastique,  n'en  restera 
pas  moins,  parce  que  son  importance  pour 
réfuter  les  panthéistes  et  pour  résoudre 
plusieurs  questions  difficiles  de  la  théologie, 
ne  permettra  jamais  de  la  mettre  de  côte.  » 
Assurément  ce  n'est  pas  seulement  la 
partie  morale  du  livre  qui  est  défectueuse^ 
mais  aussi,  et  surtout,  la  partie  scientifique. 
Les  inconvenances  de  cet  avant-propos  peu- 
vent donner  une  idée  du  ton  affirmatif  et 
tranchant  iqui  règne  dans  ce  livre,  dont 
nous  allons  citer  quelques  passages^  pour 
l'édilication  du  lecteur. 

«  Le  calorique  rayonnant  des  physiciens 
de  nos  jours  n*est  qu'une  chimère,  une  hy- 
pothèse séduisante.  Dans  la  réalité  c'est  Cou  ^ 
autre  chose.  Les  corps  de  l'univers  font  tnlti 


253 


€HA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CHA 


tSi 


f MX  tfet  échanges  réciproque$  de  leur  force 
erubéranie  de  différent  nom;  selon  qiitl  y  a 
de  raramtaoe  ou  cfu  désatantage  à  cet  échange 
pour  Fun  de  ces  corps  ^  sa  température  aug- 
mente ou  diminue.  Par  exemple^  un  corps 
reçoit'-il  plus  de  force  positive  qu'il  n'envoie 
de  force  négative  ou  Yice  yersa,  réchange  se 
fait  à  son  avantage  et  il  y  a  en  lui  accroisse^ 
ment  de  température.  Ce  corps^  au  contraire^ 
reçoit'il  moins  de  force  positive  quil  n  envoie 
de  force  négative  ou  vice  versa,  l'échange  a 
lieu  à  son  aésavantage  et  il  y  a  en  lui  dimt- 
nution  de  température, 

«  Pendant  la  nuit  le  soleil  n'envoie  de  la 
f-jrce  positive  qu'à  l'espace  qu'il  éclaire  au- 
dessus  de  notre  hémisphère.  De  son  côté  la 
terre  envoyant  de  la  force  né^^ative  exubé- 
rante à  ce  même  espace  dont  elle  ne  reçoit 
rien  ou  presque  rien,  l'échange  se  fait  ainsi 
h  son  désavantage.  Par  conséquent  la  tem- 
pérature de  sa  surface  doit  se  refroidir»  et 
ce  refroidissement  doit  être  d'autant  plus 

Scrand  que  le  ciel  se  trouve  olus  serein.  » 
P.  171^ 

«  La  lumière  dujour^  si  improprement  dite 
lumière  solaire^n'est  autre  chose  que  la  vaste, 
r immense  réunion  de  cette  prodiaieuse  et  tn- 
finie  quantité  de  petites  et  faibles  étincelles 
simultatiément  et  sans  cesse  produites  à  la 
surface  du  (flobe  terrestre ,  par  ralliance  de 
la  force  positive  émise  par  le  soleil  avec  lu 
force  négative  que  la  terre  exhale  continuel" 
lemeni.  Cette  lumière  est  rouse-orangé  lors- 
<]ue  le  ciel  étant  serein  les  échanges  se  font 
sans  obstacle  ;  mais  à  mesure  gue  Tinterpo- 
sitiou  des  vapeurs  aqueuses  diminue  l'acti- 
vité de  ces  échanges,  elle  tend  à  devenir 
bleue  de  plus  en  plus.  »  fP.  183.^ 

«  Nous  pouvons  partir  de  ridée  étemelle 
de  la  matière  en  Dieu^  et  à  Vaide  de  la  révélor 
tion^  lui  voir  franchir  par  la  toute-puissance 
de  la  parole  aivine  la  liane  de  démarcation 
gui  sépare  les  choses  intellectuelles  des  choses 
corporelles.  Supposez  en  effet  une  molécule 
élémentaire  de  matière  isolée  :  sa  ténuité 
est  telle  qu*au  delà  de  cette  ténuité  il  ne 
saurait  plus  y  avoir  matière.  Divisez-la 
en  detfi  parts  par  la  pensée,  et  vous  n'avez 
plus  qu'une  chose  intellectuelle,  l'idée  de  la 
matière  en  Dieu  avant  sa  réalisation.  Réu- 
nis5ez  ensuite  par  la  pensée  les  deux  paris 
séparées  de  cette  molécule  de  matière  élé^ 
mentaire,  vous  retrouvez  la  matière.  On  va 
vous  dire  au'en  ce  peu  de  mots  vous  avez 
deux  fois  iranchi  un  précipice  sans  fond , 
celui  qui  sépare  le  monde  intellectuel  du 
monde  matériel  ;  mais  ce  n'est  là  autre  chose 
que  de  Vargot  philosophique  ou  plutôt  psy- 
ebologique.  »  (P.  213.) 

«  Hsfi^  tout  le  règne  minéral  ou  inorganique^ 
Tienne  peut  se  former  ni  se  décomposer^  ni  se 
nfcttre  en  mouvement  sans  que  Faction  de  la 
parole  divine  n'intervienne^  ou  sans  Vinter^ 
rention  de  la  lumière  calorique  qui  est  racdon 


incessante  de  la  puissance  créatrice  sur  la 
matière  de  Vunivers.  »  (P.  22b. 

«  Quand  il  se  forrofi  un  corps  nonTon» 
les  molécules  rudimentaires  étant  les  unes 
du  genre  mâle,  les  autres  du  genre  femelle, 
il  est  aisé  de  prévoir  la  limite  des  propor- 
tions dans  lesquelles  va  s'opérer  la  nouvelle 
combinaison,  car  chaque  molécule  ou  atome 
d'un  genre  doit  nécessairement  se  grouper' 
soit  avec  une  seule,  soit  avec  deux,  soit 
avec  trois,  quatre  au  cing  molécules  de 
l'autre  genre.  £t  l'on  conçoit  aussi  qu'il  ne 
peut  absolument  se  faire  de  combinaisons 
intermédiaires.  »  (P.  246.) 

«  La  métempsycose  n*est  autre  chose  que  la 
transmigration  de  ragent  vital  d'un  corps 
dans  un  autre.  Or  cette  transmigration  n'étant 
évidemment  autre  chose  que  la  lumière  ccf/o- 
rique  abandonnant  un  corps  pour  en  former 
un  autre  9  il  en  résulte  évidemment  que  ce 
dogme  païen  tant  ridiculisé  ^  tant  conspué  par 
des  esprits  superficiels ,  est  absolument  iden" 
tique  avec  la  vérité  déduite  dans  le  corollaire 
précédent.  La  métempsycose  est  donc  une  de 
ces  vérités  de  la  philosophie  du  premier 
monde  qui  a  passé  au  travers  du  déluge  uni- 
versel ,  comme  tant  d'autres  qui  se  retrou- 
vent dans  les  mvthes  des  peuples  d'origine 
antique.  »  'P.  1*5.) 

«  1*  La  lumière  sidérale  est  un  effet  de  re- 
change réciproque  quia  lieu  entre  les  corps 
célestes  de  leur  force  suprrflue  ou  dominante 
de  différent  nom;  2*  V alternative  de  lumière 
et  de  ténèbres  inconkplètesj  qui  règne  sur  cha- 
que hémisphère  du  globe  terrestre ^  provient  de 
ce  que^  pendant  le  jour  ^  l'hémisphère- qui  se 
trouve  en  face  du  soleil  fait  avec  cet  astre  un 
échange  très-actif  de  cette  force  prépondérante 
et  exubérante^  tandis  que^  pendant  la  nut7, 
ce  même  hémisphère  se  trouve  en  face  des  as^ 
très  situés  dans  la  partie  opposée  du  ciel ,  et 
avec  lesquels  l'échange  des  forces  de  différent 
nom  se  fait  sans  activité.  On  doit  remarquer 
à  ce  sujet  que  le  phénomène  du  jour  et  de 
la  nuit  est  inexplicable  dans  l'hypothèse  de 
Newton  qui  suppose  que  la  lumière  qui 
vient  du  loyer  solaire.  Car  s'il  en  était  ainsi, 
la  terre  même  pendant  la  nuit  serait  enve- 
loppée par  cette  lumière  et  roulerait  au  mi- 
lieu d'elle  ;  en  sorte  que  l'obscurité  serait 
impossible.  »  (P.  163.) 

«  Au  point  où  la  science  est  aujourd'hui 
parvenue,  il  est  presque  impossible  de 
douter  que  les  deux  forces  de  la  lumière 
calorique  n'emportent  chacune  avec  elle 
des  molécules  élémentaires  des  corps  dé- 
composés par  leur  action  divergente.  Il 
suit  de  là  que  la  force  positive  provenant  du 
soleil  nous  apporte  despiolécules  éUctro^néga- 
tires  de  matière  élémentaire^  tandis  que  la 
force  négative  provenant  de  la  terre  en  em- 
porte  dfélectro-positives.  Par  conséquent  il 
doit  y  avoir  dans  rair.atmosph&iqutf  avec 


S6& 


CHA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CUA 


^ 


ces  deux  forces  positive  et  négative  échangées 
entre  le  soleil  et  la  terre ,  des  molécules  mâles 
et  femelles  de  la  matière  élémentaire  de  Tunt- 
vers  qui  échappent  à  l'analyse  chimique^  mais 
dont  il  est  fort  diflkile  de  douter  quand  on 
médite  sur  le  fait  suivant. 

n  Plusieurs  physiciens,  tels  que  Schrader, 
Braconnot,  letc. ,  ont  semé  des  graines  de 
cresson  dans  diverses  poudres  comme  celles 
de  fleurs  de  soufre,  d'acide  silicique  (silice) 
pure,  d'oxyde  plombique,  de  la  cendrée  de 
idomb,  etc.,  corps  dont  on  connaît  parfaite- 
ment la  composition.  On  arrosa  ces  semen- 
ces avec  de  l'eau  consciencieusement  dis- 
tillée et  elles  végétèrent  assez  bien.  En 
coupant  la  plante  au  fur  et  à  mesure  qu'elle 
poussait,  on  parvint  à  s'en  procurer  une 
nssez  grande  quantité  que  Ton  fit  sécher  et 

3ue  l'on  réduisit  en  cendres.  Un  seul  gros 
e  ces  graines  donna  plusieurs  gros  de  cen- 
dres. Ces  cenJres  analysées  contenaient  les 
mêmes  alcalis,  terres,  sels,  qui  se  trouvent 
dans  la  cendre  des  plantes  qui  ont  végété  en 
pleine  terre,  et  qui  ont  été  arrosées  par  l'eau 
de  pluie  ou  de  source  ;  c* est-à-dire ,  qu'elles 
contenaient  de  l'alumine,  des  phosphate  et 
carbonate  calciques ,  du  carbonate  de  magné- 
sie, du  sulfate  et  du  carbonate  potassiques, 
de  l'oxyde  ferrique.  Or  ces  substances  n'exis- 
tant ni  dans  fa  poudre  servant  de  sol  à  la 
Fiante,  ni  dans  l'eau  distillée  qui  a  servi  à 
arroser,  il  faut  nécessairement  qu'elles 
proviennent  de  l'air,  et  alors  comment  s'ex- 
pliquer leur  présence  dans  l'air,  autrement 
qu  en  admettant  qu'elles  y  sont  continuelle- 
ment voilurées  par  l'échange  des  forces  po- 
sitive et  négative  qui  se  fait  entre  le  soleil 
et  il»  terre  ? 

«  La  poussière  atmosphérique  se  fait  re- 
marquer non-seulement  dans  nos  apparte- 
ments où  on  la  voit  voltiyrcr  lorsque  le  soleil 
y  pénètre,  mais  encore  au  milieu  des  mers, 
ce  qui  force  à  penser  qu'elle  ne  provient 
point  uniquement  de  la  terre.  Or  rien  ne 
s'oppose  à  ce  qu'on  l'atlribue  5  l'alliance 
des  molécules  que  poussent  devant  elles  les 
forces  négative  et  positive  que  le  soleil  et  la 
terre  échangent  continuellement.  »  (P.  105.) 


s  II  faut  désormais  bannir  de  la  catégorie 
des  vérités  dues  au  grand  Newton  les  propo- 
sitions suivantes  : 

*  1"  Que  Fattraction  ou  force  centripète 
agissant  en  raison  inverse  du  carré  des  distances 
est  une  force  simple^  et  invariable, 

«  2'  Que  le  mouvement  des  planètes  au  pe- 
rihélie  est  accéléré  tandis  quHt  est  retardé  à 
Vaphélie. 

«  3*  Que  le  soleil  est  un  foyer  de  lumière  et 
de  chaleur. 

«  4*  Que  la  lumière  et  la  chaleur  croissent 
en  raison  inverse  du  carré  de  la  distance 
comme  la  force  de  gravitation, 

«(  Il  est  même  assez  surprenant  que  l'on  ait 
été  jusqu'à  présent  sans  soupçonner  l'erreur 
de  ces  deux  dernières  thèses,  surtout  quand 
on  remarque  qu'elles  conduisent  à  deux  ab- 
surdités pour  ainsi  dire  palpables,  savoir  : 


1*  que  sur  l'hémisphère  boréal  (|ue  nous  Iki- 
bitons,  il  doit  faire  plus  chaud  en  hiver 
qu*en  été ,  vu  que  la  terre  alors  se  trouve 
plus  près  du  soleil  de  cent  millions  de  lieues 
au  moins  qu'en  été.  2**  Que  dans  le  pôle  aus- 
tral, a  devrait  se  fondre  chaque  été  une  plus 
grande  quantité  de  glace  que  dans  le  pôle 
boréal.  Pour  faire  passer  dans  la  science  les 
subtilités  au  moyen  desquelles  les  newto- 
niens  prétendent  rendre  compte  de  ces  con- 
tradictions ,  avec  les  faits  avérés  et  connus 
de  tout  le  monde,  il  n'a  pas  moins  fallu  que 
le  prestige  jeté  sur  cette  matière  par  le  génie 
du  célèbre  géomètre  anglais.  »  (P.  bll.) 

«  C'est  en  pure  perle  que  le  célèbre  La- 
grange  s'est  mis  en  grands  frais  d'analyse 
pour  soumettre  au  calcul  les  conséquences 
de  la  rotation  de  la  lune  sur  elle-même,  et 
sans  doute  M.  Biot  n'y  avait  regardé  qu'à 
demi,  quand  il  a  qualifié  de  beaux  théorèmes 
les  résultats  .de  cette  chimérique  analyse. 
En  vérité,  si  l'on  ne  savait  avec  quelle  force 
irrésistible  la  soif  des  louanges  pousse  les 
savants  de  Paris ,  quelque  recommandables 
qu'ils  soient,  à  pratiquer  les  uns  envers  les 
autres,  et  surtout  envers  les  académiciens,  la 
maxime  des  contrats  do  ut  des ,  facio  ut  fa- 
cias^  on  serait  parfois  tenté  de  croire  qu  ils 
ne  parlent  point  au  sérieux,  et  qu'ils  se  mo- 
quent les  uns  des  autres  en  portant  jusqu'aux 
nues  le  mauvais  comme  le  bon.  »  ^P.  (^19.) 

Voyons  à  quoi  à  conduit  le  beau  phéno- 
mène des  phases  de  la  lune,  contemplé  et  ob- 
servé par  tous  les  savants  qu'a  produits  l'hu- 
(nanité,  depuis  le  commencement  du  monde 
jusqu'à  nous,  et  laissons  parler  ici  l'Acadé- 
mie elle-même  par  l'organe  d'un  de  ses  plus 
habiles  membres. 

«  Si  la  lune  est  un  corps  opaque,  quel  est 
«  le  flambeau  qui  l'éclairé  ?  Pour  le  décou- 
«  vrir,  observons  la  suite  de  ses  phases. 
4  Nous  les  voyons  liées  de  la  manière  la  plus 
«  frappante  à  des  sespositions  successives 
«  par  rapport  au  soleil.  Lorsque  la  lune  est 
«  entièrement  lumineuse  et  qu'elle  passe  à 
a  minuit  au  méridien,  le  soleil  est  sous  l'ho- 
<i  rizon  :  la  face  qu'elle  nous  présente  est 
«  donc  éclairée  par  cet  astre  et  aoil  lèous  ré 
«  fléchir  sa  lumière,  purvu  toutefois  qu'elle 
«  soit  assez  éloignée  de  nous  pour  n'être  pas 
«  enveloppée  dans  l'ombre  de  la  terre.  Au 
«  contraire,  lorsque  la  lune  et  le  soleil  pa- 
«  raissent  sous  l'horizon  en  même  temps,  la 
«  face  éclairée  de  la  lune  étant  toujours  tour- 
d  née  vers  cet  astre,  nous  ne  la  voyons  point 
«  ou  nous  ne  l'apercevons  qu'en  partie,  et 
«  celle  qui  est  tournée  vers  nous  est  dans 
«  l'ombre.  Généralement,  lorsqu'une  partie 
n  du  disque  de  la  lune  nous  paraît  éclairée, 
a  cette  partie  est  toujours  opposée  au  soleil, 
a  et  placée  de  manière  à  pouvoir  nous  réflé- 
«  chir  sa  lumière.  Il  faut  donc  conclure  de 
«  ces  rapports^  qu'en  efifet  la  lumière  que  en 
rf  corps  nous  renvoie  est  celle  qui  lui  vient 
«  du  soleil.  »  (Biot,  Astr,^  II,  p.  352.) 

u  (>  raisonnement  qui,  d'ailleurs,  se  rc- 


157 


COU 


ET  I.E  PALEONTOLOGIE. 


COM 


S38 


trouve  partout,  o*es(  autre  chose  qu'un  so- 

Ehisme,  car  de  ce  que  la  face  lumineuse  de 
I  lune  est  toujours  tournée  du  côté  du  so- 
leil, il  ne  s'ensuit  nullement  que  sa  lumière 
soit  celle  du  soleil. 

«  Ainsi  Tobservation  cumulée  de  tous  les 
s-iTants,  grands  et  petits,  depuis  le  commen- 
cement des  siècles,  ou  au  moins  depuis  la 
v>rtie  de  l'arche  après  le  déluge,  nous  a  con- 
duits à  une  erreur,  et,  ce  qui  est  bien  plus 
fort,  à  une  erreur  qui  tombe  sous  les  sens.  » 
(P.tt26.) 

CHALTC.  Voy.  Y  introduction. 

CHÉLONIENS.  Yoy.  REPraES. 

CHÊNES,  Chabmes,  Noyers,  Ormes,  etc., 
première  apparition.  —  Yoy.  Falunien. 

CHEVAL,  première  apparition. — Yoy.  Sub- 

APE?I^IX. 

CLOISONS  DANS  LES  COQUIIXES  DES  CÉPHA- 
LOPODES.   Yoy.  CÉPHALOPODES. 

COLUMELLE.  Yoy.  Gastéropodes. 
COMÈTES.  —  Que  pensent  de  ces  as- 
tres étranges  les  cosmogonisles  modernes  7 
M.  Marcel  de  Serres  veut  que  ces  amas  de 
rafieurs  se  condensent,  se  solidifient  et  de- 
viennent des  planètes.  Il  parle  de  ce  phéno- 
mène de  transformation  comme  d*une  chose 
îneimtestée,  quoi:|u*il  ue  puisse  en  citer 
niénie  un  seul  exemple. 

«  Ces  aslrcs,  dil-il,  pourvus  le  plus  sou- 
vent d'une  atmosphère  très-étendue,  nom- 
mée queu?,  circulent  autour  du  soleil  sui- 
vant des  lois  régulières ,  et  se  meuvent 
comme  les  planètes,  \  cela  près  que  leurs 
orbites  sont  û^s  ellipses  très-al longées.  Ils 
dérivent  donc  das  orbes  plus  ou  moins  dé- 
pendants de  l'attraction  des  planètes,  mais 
presque  entièrement  déterminés  par  Tattrac- 
riOQ  prépondérante  du  soleil.  Aux  premières 
époqnes  (le  leur  formation,  ces  astéroïdes 
lînis^ent  peut-être  par  devenir  dans  le  cours 
des  siècles  ùes  astres  assez  analogues  aux 
planètes,  quant  à  leur  constitution  physi- 
que. La  condensation  des  vapeurs  dont  elles 
biiii  formées  les  y  ramène,  et  cette  conden- 
sation leur  fait  perdre  ces  immenses  pro- 
l'tn^^ements  de  leurs  atmosphères,  ou  leur 
queue.  Les  comètes  qui  les  ont  perdues  sont 
\es  plus  anciennes  et  les  plus  avancées,  puis- 
qu'elles ne  s*en  montrent  privées  qu'après 
un  grand  nombre  de  retours  successifs. 

«  Parmi  les  comètes  qui  ont  perdu  leur 
queue,  on  peut  citer  celle  à  courte  période, 
qui  lait  sa  révolution  dans  Tespace  de  trois 
ans  et  un  tiers.  Son  orbite  actuelle  est  si  peu 
ancienne,  qu'elle  ne  parait  pas  remonter  au 
û^ïh  de  17^. 

«  ProlMiblement,  lorsque  les  molécules 
gazeuses  qui  composent  les  astres  nouveaux 
seront  complètement  condensées,  ces  corps 
rélestes  disparaîtront  tout  à  fait  comme  tant 
d'autres,  dont  la  petitesse  du  noyau  est  telle, 
qu*i]  n'est  plus  possible  de  les  apercevoir 
au  milieu  de  l'immensité  de  l'espace. 

<«  Les  comètes  sont  donc  aux  premières 
époques  de  leur  formation  ;  par  cela  mémo, 
elles  tendent  constamment  à  se  condenser, 
à  s'approcher  de  l'état  solide;  elles  finissent 

|7I)  ùe  la  création  dz  la  terre ^  p.  135. 


même  par  être  plus  ou  moins  analogues  aux 
autres  corps  planétaires. 

€  Dans  l'état  où  certaines  comètes  se  pré- 
sentent à  nous,  les  plus  légers  nuages,  qui 
flottent  dans  les  couches  supérieures  de  l'at- 
mosphère, et  qui,  au  coucher  du  soleil,  sem- 
blent comme  inondés  de  lumière,  sont  des 
corps  denses  et  massifs  comparativement  à 
la  contexture  déliée  et  lé^^ère  de  ces  astres. 
Mais,  par  suite  de  la  C4)ndensation  des  va- 
peurs qui  les  composent,  les  comètes  unis- 
sent par  avoir  vers  leur  centre  un  noyau 
plus  dense  que  celui  qu'elles  possèdent  aux 
premières  époques  de  leur  formation. 

«  L'état  de  condensation,  vers  lequel  ten*» 
dent  toutes  les  comètes,  rend  leur  retour 
souvent  impossible  ou  du  moins  bien  diffi- 
cile à  fixer  ;  car  si  le  rapprochement  de  la 
matière  qui  les  compose  a  lieu  d'une  ma- 
nière rapide,  elles  perdent  la  plus  grande 
partie  de  leurs  atmosphères  et  sont  réduites 
a  de  très-petites  masses.  Elles  deviennent 
alors  à  peu  près  invisibles  avec  les  meilleurs 
instruments.  On  ne  les  retrouve  plus  dans 
l'immensité  du  ciel. 

t  Ces  astres  portent  en  eux-mêmes  les 
preuves  de  leur  peu  d'ancienneté.  Ils  sont 
distincts  des  planètes,  en  ce  qu'ils  décrivent 
6qs  orbites  très-allongées  et  dans  tous  les 
sens  indifféremment.  On  ne  saurait  les  con- 
fondre avec  les  aérolithes,  puisqu'ils  srn<l 
assujettis  à  des  lois  plus  régulières  qui  per- 
mettent de  déterminer  leurs  mouvements. 
^  «  En  second  lieu,  leur  peu  de  densité  est 
manifesté  y^v  leur  apparence  vaporeuse  et 
la  transparence  de  quelques-uns  à  la  lumière 
des  étoiles,  qu'ils  laissent  passer  sans  lui 
faire  éprouver  la  moindre  déviation  ni  la 
plus  légère  altération. 

«  La  différence  des  comètes  aux  autres 
astres  est  aussi  sensible  sous  le  rapport  de 
leurs  autres  propriétés  physiques.  Ainsi,  la 
nébulosité  et  la  oueue  qui  les  accompagnent 
témoignent  de  l'immense  atmosphère  qui 
les  enveloppe.  Cette  atmosphère  se  condense 
à  chaque  révolution  de  l'astre,  vers  le  péri- 
hélie, et  d'une  révolution  à  l'autre,  en  vertu 
du  refroidissement. 

«  Les  comètes  ne  diffèrent  pas  moins  entre 
elles  que  des  autres  astres,  soit  stellaires, 
soit  planétaires  ;  ce  qui  fournit  une  preuve 
assez  positive  de  l'état  éminemment  transi- 
toire où  elles  se  trouvent  actuellement,  et 
qu'elles  ne  sont  point  parvenues  à  un  état 
vraiment  définitif. 

«  Les  unes  ne  sont  qu'une  nébulosité  lé- 
gèrement condensée  vers  le  centre:  les  au- 
tres paraissent  avoir  un  noyau  solide.  Ces 
noyaux  varient  d'ailleurs  dans  le  degré  de 
leur  transparence,  de  leur  éclat  et  de  leur 
opacité.  Les  différences  relatives  à  leur 
queue,  à  sa  forme,  à  sa  direction,  à  sa  lon- 
gueur et  à  son  édat,  ne  sont  pas  moins  re- 
marquables (71).  9 

Il  dit  encore  plus  loin  :  «  Les  états  divers 

dans  lesquels   ces  astres   se  pré.^entent  b 

,  nous,  les  phases,  les  modifi^a'4cn?5  qu'ils  fv- 

bissent  dans  leurs  cour^,  aRnoucent  qu'ils 


«59 


€0M 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COM 


t60 


loni  aax  premières  périodes  de  leur  forma- 
ikiiti  ;  dès  lors  il  est  rationnel  de  les  consi- 
dérer comme  des  astres  nouveaux  qui» 
comme  les  autres  corps  célestes,  tendent  à 
prendre  un  état  fixe  et  stable,  pareil  à  celui 
qu'ont  acquis  les  planètes  du  système  so- 
laire. En  effet,  les  comètes  passeront  peut- 
être  un  jour  à  l'état  de  planète,  en  ce  qui 
concerne  Texcentricité  et  Tinclinaison  de 
leur  orbite 

a  D'un  autre  côté,  on  ne  doit  pas  perdre 
de  vue  que  les  comètes,  ainsi  que  la  pré- 
sumé Laplace,  paraissent  d'origine  étran- 
gère au  monde  que  nous  habitons.  Aussi  les 
comètes  y  sont  entraînées  à  peu  près  par 
hasard,  cédant  à  l'action  prépondérante  du 
soleil,  dont  elles  s'étaient  trop  appro- 
chées (72).  » 

Dans  sa  construction  de  notre  monde  pla- 
nélo-solaire,  Laplace,  embarrassé  des  co- 
mètes nombreuses  qui  s'y  meuvent  dans 
toutes  les  directions,  les  supposa  une  im- 

Sortation  élrantrère;  c'était  plus  commode, 
r.  Marcel  de  Serres  prétend  qu'elles  sont 
entraînées  chez  nous  à  peu  près  par  hasard.., 
M.  Marcel  de  Serres  sait  cela,  et  il  le  dit  pour 
donner  du  relief  à  l'harmonie  du  monde. 

A  l'article  Nébdleoses,  nous  verrons  que 
M.  Godefroy,  se  fondant  aussi  sur  la  science, 
est  loin  de  reconnaître  cette  prétendue  con- 
densation ou  solidification  des  comètes  en 
planètes  nouvelles.  M.  Godefroy  veut  bien 
admettre,  avec  Laplace,  l'origine  étrangère 
des  comètes,  au  moins  de  quelques-unes; 
mais  il*  rejette  sur  leur  formation  primitive 
rhypothèse  du  célèbre  géomètre,  il  y  subs- 
titue la  sienne,  que  le  lecteur  appréciera 
tout  à  l'heure. 

«  M.  Laplace,  dit  M.  Godefroy,  considère 
les  comètes  comme  de  petites  nébuleuses 
errant  de  systèmes  en  systèmes  solaires, 

?[ue  le  soleil,  lorsqu'elles  parviennent  dans 
es  parties  de  l'espace  où  son  attraction  est 
prédominante,  force  à  décrire  des  orbes  el- 
liptiques ou  hyperboliques,  dans  tous  les 
sens  et  sous  toutes  les  inclinaisons  à  l'éclip- 
tique  (73).  » 

«  Ainsi,  dans  le  système  de  M.  Laplace, 
comme  dans  le  système  de  Descartes,  les 
eomètes  sont  étrangères  à  notre  monde  pla- 
nétaire. Les  comètes  seraient  donc  les  mes- 
sagers chargés  de  publier,  dans  tout  le  do- 
maine de  la  création,  l'unité  d'origine  des 
divers  systèmes  célestes,  et  la  communauté 
de  rapport  qui  lie  entre  elles  toutes  les 
parties  de  cette  création.  Cette  mission  est 

(72)  De  (a  création  de  la  terre,  p.  184. 
(75)  Expos,  du  syst.  du  monde,  p.  414. 

(74)  <  J*ai  dû  saisir  avec  d'autant  plus  d'empres- 
sc'Qieiit  cette  occasion  de  combattre  une  erreur  fort 
accréditée,  dit  Arago  dans  son  intéressante  Notice 
sur  la  dernière  apjMrition  de  la  eontète  de  Halley, 

3tte  je  crains  d*avoir  un  pea  contribué  à  la  répan- 
re.i  (An A.  4836.) 

(75)  S*il  était  nécessaire  de  prendre  un  nouvel  élé- 
ment en  considération,  pour  expliquer  la  diminu- 

.  tion  du  grand  axe  de  TeUipse  de  la  comète  d'Ëncke 

à  chacune  ôe  ses  révolutions ,  nous  le  trouverions 

'  dans  ces  molécules  qui  circulent  aut4mr  du  soleil  dans 


assez  importante  pour  que  nous  soyoQs  dis- 
pensé d'assigner  a  ces  astres  éni^atiques 
un  autre  rôle  dans  le  système  de  l^armonie 
universelle. 

«  Newton  supposait  que  les  comètes  no 
traversaient  notre  monde  planétaire  que 
pour  rétablir  l'équilibre  entre  les  diverses 

[»arties  de  ce  système,  et  pour  replacer  dans 
eurs  orbites  les  planètes  que  l'attraction  cen- 
trale en  avait  dérangées.  L'observation  et 
la  théorie  sont  loin  d'avoir  confirmé  cette 
hypothèse. 

«  Jusqu'ici  on  avait  cru  que  les  comètes- 
allaient  sans  cesse  en  s'affaiblissent  ;  qu'a- 
près quelques  révolutions  successives  au- 
tour du  soleil,  toutes  les  moléculesdont  elles 
se  composent  se  dispersaient  dans  l'espace 
pour  V  devenir  un  obstacle  au  mouvement 
des  planètes,  ou  bien  des  éléments  de  quel- 
ques nouvelles  formations.  Ces  conjectures 
qu'on  disait  appuyées  sur  des  observations 
directes  ne  se  sont  pas  réalisées  (Ik) 

«  Les  astronomes  n'étaient  pas  mieux  fon- 
dés dans  leurs  conjectures  sur  la  résistance 
que  Téther  devait  opposer  à  la  marche  des 

t>lanètes  et  des  autres  corps  célestes,  et  sur 
es  dérangements  qui  devaient  en  résulter. 
Les  calculs  de  M.  de  Pontécoulant  et  ceux 
de  M.  de  Bosenberg,  sur  le  dernier  [)assage 
de  la  comète  de  Halley  par  le  périhélie,  éta- 
blissent que  les  mouvements  de  cette  co- 
mète sont  absolument  indépendants  de  la 
résistance  que  lui  opposeraient  les  milieux 
éthérés  qu'elle  traverse  dans  son  immense 
orbite. 

«  Il  résulte  de  ces  dernières  investigations 
de  la  science  que  la  résistance  de  1  éther, 
qui  a  donné  lieu  à  tant  de  systèmes  mons- 
trueux, n'a  aucun  fondement  ;  ou  du  moins 
que  cette  résistance,  si  elle  existe  (75),  ne 
peut  altérer  en  aucune  façon  l'admirable 
disposition  des  globes  planétaires,  dont  la 
puissance  matérielle  est  si  éminemment  su- 
périeure à  celle  de  ces  amas  de  tapeurs  m^- 
tileSf  en  comparaison  desquels  les  nuages  les 
plus  déliéSy  qui  flottent  dans  les  plus  hautes 
régions  de  notre  atmosphère,  peuvent  passer 
pour  des  corps  denses  et  massifs  (76). 

«  On  a  dit  de  Descartes,  que  les  comètes 
étaient  ses  plus  terribles  ennemis.  Ne  pour- 
rions-nous pas  en  dire  autant  de  M.  Laplace? 
La  marche  de  quelc[ues-uns  de  ces  corps 
étranges  ne  se  concilie  pasmieuxavec  l'exis- 
tence d'une  atmosphère  immense  autour  du 
soleil  qu'avec  le  système  des  tourbillons. 

«  Dans  l'hypothèse  de  M.  Laplace,  Féten- 

le  plan  de  sou  équateur,  en  offrant  toutes  les  appa- 
rences de  la  lumière  zodiacale,  sans  opposer  de  ré- 
sistance aux  planètes,  tant  à  cause  de  leur  extrême 
rareté,  q^ie  parce  que  leur  mouvement  est  le  même 
que  celui  de  ces  planètes.  (Godefrot.) 

(76)  Herschell,  Traité  d^astronomie,  p.  S56,  357. 

c  La  nébulosité  dont  sont  formées  les  comètes  est 
excessivement  rare,  puisqu'elle  n'altère  en  aucune 
façon  réclat  des  étoiles  de  12'  ou  11*  erandetir, 
aussi  bien  visibles  derrière  cet  écran  que  s  ilr n'exis- 
tait pas,  tandis  (juVlles  sont  complétem^^nt  dTacées 
par  une  brunie  légère  de  quelques  oiedsd^épaîsseur.» 
(M.  MtJTEL,  Traité  d^astron, y  p.  559.) 


Kl 


COM 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COM 


f62 


due  de  ceUe  atmosphère  est  la  même  yue  celle 
dune  planète  qui  ferait  sa  révolution  dans 
un  temps  égal  à  celui  de  la  rotation  du  so^ 
leit  (77);  c'est-à-dire  que  la  limite  de  cette 
atmosphère  se  trouve  aujourd'hui  a  5,726,000 
Jieues  du  centre  de  cet  astre.  Or,  pour  ne 
parler  ici  que  de  ta  comète  de  1680,  on  sait 
que  cette  célèbre  comète,  lors  de  son  pas- 
sage au  périhélie,  n'était  plus  éloignée  de 
la  surface  du  soleil  que  d'une  quantité  à 
peine  égale  à  la  sixième  partie  de  son  dia- 
niètre«  c^est-à-dire  qu'elle  se  trouvait  alors 
À  moins  de  210,000  lieues  de  ce  même  cen- 
tre, ou  qu'elle  en  était  près  de  30  fois  plus 
rapprochée  que  la  limite  de  son  atmos- 
phère. 

«  Comment  un  corps  d'une  densité  insi- 
^liftante,    et  avec    une   orbite    fortement 
inclinée,  a-t-il  pu  pénétrer  aussi  profondé- 
ment dans  l'atmosphère  du  soleil,  non-seu- 
lement sans  tomber  dans  cet  astre,  mais 
même  sans  éprouver  le  moindre  dérange- 
ment dans  son  orbite,  dont  l'inclinaison , 
avant  comme  après  le  passage  au  périhé- 
lie, n'avait  pas  moins  de  60"  56' 7   Com- 
ment cet  amas  de  vapeurs  subtiles  a-t-il  pu, 
à  une  si  énorme  profbndeur,  à  52,000  lieues 
de  la  surface  du  soleil,   se  dégager  d'une 
atmosphère  assez  épaisse  et  assez  compacte 
pour  déposer,  à  sa  limite    supérieure,  à 
.%66d»000  lieues  au-dessus  de  sa  hase,  des 
tcrps  d'une  masse  et  d'une  densité  compa- 
rables à  celle   de  la  terre  ou  de  Mercure? 
«  Nev(  ton  a  trouvé  que  cette  comète,  im- 
médiatement après  son  passage  au  périhélie, 
occupait  un  espace  immense,  et  que  la  ra- 
pidité de  sa  marche  était  alors  de  80  lieues 
j»ar  seconde.  Comment  concevoir  qu'une  né- 
bulosité sans  masse    appréciable,  quoique 
(t*iin    volume    bien   supérieur  h  celui  de 
toutes  les    planètes,  ait  pu    conserver  ou 
acf|uérir,  à  cette  profondeur,   une  aussi  ef- 
fVnyante  rapidité  dans  un  milieu  aussi  ré- 
^istaat  que  le  serait  une    couche   atmo- 
5phérique  de  5  à  6  millions  de  lieues  d'é- 
jMiisseur. 

«  Mais  pourrions-nous  ne  rien  dire  de  la 
comète  de  18^3  qui  est  venue  raser  la  sur- 
face du  soleil,  sa  distance  périhélie  diffé- 
rant è  peine  du  demi-diamètre  solaire,  et 
étant  même  précisément  égale  à  ce  rayon, 
d'après  les  observateurs  de  Genève?  Cepen- 
«iant  le  mouvement  de  cette  comète  scan- 
daieuse  (78)  était  aérnoGRADE  ;  et,  lors  de 
son  passage  au  périhélie,  cette  nébulosité 
d*un  développement  de  00  millions  de  lieues 
sur  une  largeur  de  1,320  lieues,  franchis- 
sait les  régions  solaires  avec  une  vitesse  de 
lui  lieues  i>ar  seconde  (79). 

(77)  Expos,  du  ty$t.  du  monde^  p.  270. 

(78)  On  sait  que  cette  comète,  au  grand  étonne- 
tnenc  des  amateurs,  a  eu  le  privilège  a'étre  aperçue 
par  le  public  avani  d*avoir  été  aignalée  auxobserva- 
loires  des  astronomes. 

(79)  Âcadém.  des  sciences,  séancedu  3  avril  1843. 
(ttO^  c  Si  quelques  comètes,  dit  M,  Lapiace,  ont 

petftélré  dans  Ici  atmosphères  du  soieil  et  des  pla- 
nètes au  temps  de  leur  formation,  elles  ont  dû,  en 
décrivant  des   spirales,  tomber  sur    ces  corps,  i 


«  Reconnaissons  que  Texistence  d*une  at- 
mosphère autour  de  la  partie  brillante  du 
soleil,  d'ailleurs  en  opposition  directe  avec 
les  découvertes  les  plus  récentes  comme 
les  plus  positives  de  la  science,  reconnais- 
sons, dis-je,  que  la  supposition  d'une  at- 
mosphère immense,  qui,  en  se  rétrécissant 
successivement  au  tour  du  soleil  déjà  brillant 
et  radieux,  aurait  donné  naissance  aux  dif- 
férentes planètea  de  notre  système,  et  qui 
devrait  ou  pourrait  engendrer  encore  des 
sphères  semblables,  est  tout  à  fait  inconci- 
liable avec  les  phénomènes  que  nous  pré- 
sente la  marche  de  certaines  comètes. 

«  Nous  ne  nierons  pas  que  quelques  co- 
mètes ne  puissent  être  étrangères  a  notre 
monde  planétaire.  Mais,  puisqu'un  fort  petit 
nombre  d'entre  elles  a  paru  se  mouvoir  dans 
des  hyperboles,  et  beaucoup  plus  dans  des 
ellipses,  il  nous  sera  permis  de  considérer 
la  plupart  de  ces  masses  vaporeuses  commo 
appartenant  à  notre  système. 

a  Nous  attribuerons  leur  formation  à  l'ag- 
glomération des  molécules  de  l'atmosphère 
primitive,  aux  confins  de  la  sphère  d'acti- 
vité de  notre  monde  planétaire,  avant  que 
cette  atmosphère  eût  participé  au  mouve- 
ment de  rotation  de  la, masse  centrale.  A 
cette  distance,  ces  molécules  atmosphéri- 
ques, également  sollicitées  par  des  forces  di- 
verses et  opposées,  n'ont  pu  obéir  à  l'im- 
pulsion générale.  Mais,  a[  rès  s*être  main- 
tenues, pendanV  un  temps  plus  ou  moins 
lon^,  dans  un  état  d'équilibre  ou  de  fluc- 
tuation entre  les  divers  systèmes  qui  les  en- 
vironnaient, elles  ont  été  forcées  de  décrire 
des  ellipses,  des  paraboles,  et  peut-être  aussi 
des  hyperboles,  aussitôt  que  Téquilibre 
rompu  dans  quelque  partie  les  eût  assujet- 
ties a  unpouvoircentral  prédominant.  Alor^s, 
n'étant  plus  contre-balancées  par  les  puis- 
sances voisines,  elles  ont  pu  se  rapprocher 
du  corps  central  de  noire  système  par  un 
mouvement  fort  lent  et  peu  a  peu  accéléré, 
dirigé  dans  tous*  les  sens  et  sous  toutes  les 
inclinaisons  à  l'écliptique. 

«  Nécessairement  les  comètes  n'ont  pu 
pénétrer  dans  les  régions  que  les  planètes 
parcourent,  aue  longtemps  après  la  forma- 
tion de  ces  planètes.  Cependant,  dans  notre 
hypothèse  comme  dans  l'hypothèse  de  M. 
Lapiace,  leur  formation  a  précédé  la  for- 
mation de  toutes  les  planètes  (80)  ;  et,  par 
conséquent,  la  formation  de  ces  astres  a/- 
mosphériques,  d'après  notre  théorie,  est  an- 
térieure a  la  formation  du  soleil,  et  pro- 
bablement antérieure  à  la  formation  de  tous 
les  soleils  et  de  toutes  les  étoiles  (81). 

«  Parce  que  le  volume  de  nos  comètes 

(Eacyos,  du  sytl,  du  mondcy  p.  415.) 

M.  Lapiace  ajoute  que  <  ces  comètes  ont  dû,  par 
leur  chute,  écarter  les  p^ans  des  orbes  et  des  écjua- 
tcurs  des  planètes,  du  plan  de  Téquateur  solaiic.i 
Hais  comment  des  masses  vaporeuses  dont  la  densité 
n*est  pas  même  comparable  à  celle  des  nuages  les  plus 
déliés  qui  flottent  dans  les  hautes  régions  de  notre 
atmosphère,  auraientr-eUt  s  pu  produire  des  effets 
aussi  prodigieux? 

(81;  Certains  cosmogonistes  ont  fait  valoii  Ictal 


^3 


CON 


DICTIONS 


DE  COSMOGONIE 


CON 


%\ 


paraît  plus  considérable  dans  le  voisinage 
du  soleil,  on  attribuait  cet  accroissement 
de  volume  à  la  dilatationde  toute  leur  masse 
volatilisée  par  l'action  des  ravons  solaires. 
Les  comètes,  en  s*éloignant  du  fo^yer  de  la 
chaleur,  se  refroidissaient,  et  diminuant  pro*. 
gressivement  de  volume  par  suite  de  la  eon« 
Sensation  des  gaz,  elles  devaient  acquérir 
un  noyau  solide,  et  devenir  ainsi  des  globes 
semblables  à  nos  planètes.  Telle  était  l'o- 
pinion généralement  admise,  lorsqu'on  son- 
gea enfin  à  soumettre  ces  prétendus  corps 
Fl.'iaétaires  à  des  observations  précises,  et 
jbservation  prouva  que  les  comètes  se  dila- 
tent d'une  manière  prodigieuse,  et  acquiè- 
rent des  dimensions  de  plus  en  plus  énor- 
mes à  mesure  qu'elles  s'eloisnent  du  soleil 
(82).  Ce  fait  inexplicable  (83)  témoigne  de 
toute  son  imposante  autorité  que  les  comètes 
sont  des  astres  à  part,  restés  dans  leur  premier 
étal  de  formation  (84),  et  que  leur  étatslation- 
naire  dérive  de  leur  homogénéité  ou  de  la 
parité  de  leurs  molécules  élémentaires.  Or^ 
il  est  infiniment  probable,  et  tout  indi- 
que, que  cette  conoition  de  nos  comètes  est 
aussi  la  condition  des  nébuleuses,  comme 
elle  est  infailliblement  la  condition  de  ces 
zones  atmosphériaues  qui  réfléchissent  dans 
nos  espaces  planétaires  la  lumière  zodia- 
cale (85).  » 

On  remarquera  que  la  théorie  de  M,  Go- 
defroy  sur  la  formation  d«s  comètes  n'est 
pas  moins  singulière  que  toutes  celles  qu'on  a 
imaginéesjusqu'à  lui. Supposer  surtout  qu'el- 
les ont  une  existence  antérieure  à  la  forma- 
tion du  soleil  et  des  étoiles,  est. une  idée  pas- 
sablement originale.  M.  Marcel  de  Serres  a 
lieu  de  s'étonner  qu'elles  ne  se  soient  pas 
encore  condensées  en  planètes. 

COMÈTES,  ont-elles  déplacé  par  un  choc 
Taxe  de  la  terre.  —  Voy.  Bougheporn,  Klee. 

CONCHYUEN  (  ETAGE  ),  dérivé  do  con- 
ckOf  coquille. —  On  désigne  ainsi  le  premier 
éta^e  des  terrains  triasiques.C'est  l'époque  de 
la  première  apparition  des  oiseaux  etdestor 
tues  et  du  règne  des  grands  reptiles  sauriens. 

La  plus  vaste  étendue  que  nous  avoLS  de 
cet  étage  en  France  se  montre  sur  les  deux 

encore  informe  de  ces  niasses  c-oinparativement  si 
petites  pour  soutenir  que  les  comètes  doivent  être 
beaucoup  moins  anciennes  que  les  planètes,  et  pour 
pouvoir  éincllre  cette  opinion  singulière  que  la  plu- 
part d'entre  elles  n'ont  pas  1^,000  ans  d'existence, 
(M.  îNérée  Bourbée,  Tableau  de  Véiat  du  globe  à  ses 
différents  âges.) 

^S2)  c  II  pouvait  vraiment  être  permis  de  douter 
qu  une  masse  gazeuse  se  dilatai  à  mesure  que,  trans- 
portée plus  loin  du  soleil  ou  dans  des  ré;;ions  de 
pîuà  en  plus  froides,  elle  aurait  dû,  d'après  tout  ce 
que  nous  savons  des  propriétés  de  lachaleur,  secon- 
densor  conjidérablement.  Grâce  à  la  comète  à  courte 
pôrio  Je,  nous  pouvons  aujourd'hui  ranger  l'observa- 
lion  d*Hévélius  au  nombre  des  vérités  do  la  science 
liS mieux  établies.»  (Arago,  An».  183â.) 

(85)  c  Oa  n*a  jusqu*ici  donné  aucune  explication 
plartisible  d'un  pbénomèitc  aussi  remarquable,  dont 
on  ignore  absolument  la  cause.  »  (M.  Motel,  Traité 
d'astron.,  p.  500.) 

M.  Walz  proposa'!  d'aU.ibuer  le  rétréci ssoment 
'<lela  nébulosité  des  comc:es  à  la  pression  d'un  éther 


versants  des  Vosges.  Il  commence  effective- 
ment sur  le  versant  occidental  dans  la  Haule- 
Saône,  à  Saint-Georges;  se  continue  à  Saint- 
Germain,  à  Luxeuil ,  à  Saint-Loup,  à  Vau- 
villers;  s'élargit  beaucoup  ensuite,  et  se 
montre  alors  dans  la  Haute-Marne ,  à  Bour* 
bonne-les-Bains,  et  dans  les  Vosges  à  La- 
marche,  à  Monthureux,  à  Buans,  près  de 
Plombières ,  à  Remire  mont ,  à  Dompaire,  à 
Epinal  et  à  Rambervillers.  Cette  bande  se 
rétrécit  et  se  dirige  par  le  département  de  la 
Meurthe,  à  Lunevjile,  à  Blamont,  à  Phals- 
bourg;  par  la  Moselle,  à  Sarregueraines,  à 
Boulay  ;  et  se  continue  au  nord ,  d^un  côié 
dans  le  grand  duché  du  Rhin ,  à  Sarreboure, 
à  Trêves,  à  Bitbourg,  à  Hillesheim;  et  de 
l*autre  dans  la  Bavière  rhénane,  à  Deui- 
Ponts.  Une  autre  bande  étroite  se  montre  sur 
le  versant  oriental  des  Vosges,  dans  le  Bas- 
Rhin,  depuis  Bœrsch,  passant  par  Marraou- 
tier,  Saverne,  Nicderbroun,  et  se  perd  à 
Weissenbourg. 

En  Angleterre,  il  forme  une  bande  irrégu- 
lière presque  nord  et  sud,  qui  commence  à 
l'est  au  Devonshire  et  dans  le  Somersetshire, 
se  montre  ensuite  sur  une  vaste  étendue  oc- 
cupant une  partie  du  Worcestershire,  du 
Warwickshire,  du  Shropshire,  du  Slafford-^ 
shire,  du  Leieestershire,  du  Derbyshire,  du 
Cheshire,  du  Lancashire,  du  Nottingham- 
shire  et  du  Yorksbire.  Il  reparait  de  nouveau 
dans  le  Cumberland,  occupant  ainsi  tout  le 
centre  de  TAngleterre. 

Dans  TAmérique  septentrionale,  on  rap- 
porte généralement  à  cet  étage  les  fameui  grès 
a  empreintes  de  pas  d*animaux,  qui  foriDent 
une  bande  S.-S.-O.  dans  le  Massachusets,  le 
Connecticut,  la  Pensylvanie,  le  Marylandet 
la  Virginie. 

L'étage  se  montre  sur  Tétage  perroien,aui 
deux  versants  des  Vosçes,  dans  une  partie 
du  grand  duché  du  Rnin,  en  Bavière,  dans 
le  grand  duché  de  Bade,  dans  le  Wurtem- 
berg, dans  presque  toute  TAllemagne,  et  sur 
presoue  tous  les  points  de  TAngleterre.  II  en 
est  de  même  du  mont  Bogdo,  en  Russie. 
Toutes  les  grandes  surfaces  de  l'étage  con- 
chylien  se  trouveraient  donc  partout  sur  Tt- 
tage  permien,  et  viendraient  prouver  que  le 

dont  la  densité  irait  en  croissant  vers  le  soleil.  On 
a  opposé  à  cette  explication  une  difficultéinsHnMn- 
table.  (Arago,  i4fin.  1832.)  On  a  répondu  à  M.  >^alx 
qu'il  faudrait  adniettre<|nerenveloppe  extérieure  des 
comètes  n*estpas  perméable  à  Téther,  ce  qu'on  nepnt 
raisonnablement  supposer.  (M.  Mltel,  op.  ci/.,  p.^Cl-l 

(84)  Quelqucs-unsdeces  corps  atmospbéHnuesoct 
paru  se  coordonner  à  notre  système.  Mais  sans  ccss^ 
déviés  dans  leur  course,  ils  sont  entraînés  .dans  àa 
ellipses  dont  les  éléments  changent  ou  peuvent ettan- 
ger  à  chaque  instant  d'une  manière  prodigiouse; 
témoin  la  comète  de  1770  dont  Forbite  elliptii^u^ 
correspondant  d^abord  k  une  résolution  de50  aonees, 
fut  i*éduite  à  une  orbite  de  5  ans  et  demi  parratin^'' 
tion  de  Jupil  t,  puis  changée  de  nouveau  par  celle 
même  attraetio^i  en  une  ellipse  qui  répond  à  vingtan- 
néesde  révolution  autour  du  soleil,  sans  que  son  pas- 
sage à  travers  les  satellites  de  celle  planète  eût  ap- 
porté le  moindre  changement  dans  leurs  roonve- 
ments,  autre  preuve  de  Textrème  petites^  de  la 
mâKse  .'escomèies,  ou  tîelajvolatijité  de  leurs  élémeiiti. 

(35)  La  cosmog.  de  la  révélation^  p.  14i. 


€0N 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


cm 


premier  a  bien  régulièrement  succédé  au 
iiernier.  Sourent  ces  étages  paraissent  être 
en  couches  presque  concordantes. 

En  Prusse  et  en  Siiésie,  on  donne  330 
métrés  de  puissance  aux  grès  bigarrés,  et 
daos  la  Hesse-Electorale,  360  mètres.  Les 
calcaires  ont,  dans  la  Westphalie,  200  mè- 
tres, dans  le  Wurtemberg  300  mètres,  et 
dans  le  grand  duché  de  Bade  jusqu^à  330  mè- 
tres d'épaisseur. 

Caractères  poUoniologiques.  —  Le  nombre 
peu  considérable  d'espèces  de  cet  étage  mon- 
tre combien  il  reste  encore  à  découvrir;  car 
cette  pauvreté  de  la  science,  relativement  à 
cet  étage,  ne  tient  point  au  manque  de  faits, 
mais  seulement  au  neu  de  recherches  faites 
pour  les  démontrer,  il  reste  néanmoins  assez 
de  matériauxpour  prouver  que  les  animaux 
et  les  plantes  en  sont  tout  à  l'ait  différents  de 
là  Caune  et  de  la  flore  de  l'étage  permien.On 
trouverait  donc,  pour  cet  étage  comme  pour 
le  précédent,  que  la  zoologie  et  la  botanique 
fossiles  sont  parfaitement  d  accord  avec  la 
superposition  géologique  pour  le  séparer 
nettement  en  époque  distincte.  Les  rensei- 
gnements palëontologiques  donnent  pour 
caractères  les  indications  suivantes  : 

L'étage  conchylien  a  pour  caractère  dis- 
tinetif  aavec  Tétage  permien  les  dix-huit 
genres  nés  et  anéantis  dans  ce  dernier  étage, 
on  bien  qui,  nés  antérieurement,  s*^  étei- 
gnent aussi  sans  passer,  au  moins  jusqu  à 
f.réseot,  dans  Fétage  conchylien,  et  peuvent 
servir  de  caractères  négatifs  pour  distinguer 
Tétage  conchylien  de  1  elage  permien,  indé- 
f<endamment  des  caractères  donnés  par  les 
plantes. 

Pour  séparer  Tétage  conchylien  de  Tétage 
^aliférien ,  sans  parler  des  plantes  si  diffé- 
rentes, nous  avons  les  genres  suivants  in- 
connus à  cet  étage,  et  qui  naissent  seulement 
avec  Tétage  saliférien.  Parmi  les  reptiles, 
trois  genres  ;  parmi  les  poissons,  les  genres 
sphœrodus  et  piciiodtM. Parmi  les  mollusques 
céphalopodes»,  le  genre  ammonites.  Parmi  les 
mollasques  gastéropodes ,  ouatre  genres. 
Panai  les  mollusques  lamellibranches,  cinq 
genres.  Parmi  les  échinodermes ,  deux  gen- 
res. Parmi  les  zoopbytes,  onze  genres.  Parmi 
les  amorphozoaires,  sept  genres.  En  résumé, 
nous  avons,  pour  distinguer  Téta^e  conchy- 
lien de  Tétage  saliférien,  trente-cinq  genres 
nu  caractères  négatifs,  qui,  réunis  au  dix- 
huit  genres  précédents,  donnent  un  total  de 
ciniuantc-lrois  genres  pou  vaut  servir  de  ca- 
ractères négatifs. 

Les  genres  inconnus  dans  les  étages  infé- 
rieurs et  qui  apparaissent  pour  la  première 
T'ois  avec  1  étage  conchylien,  seront  aulant 
«le  caractères  positifs  pour  le  distinguer  de 
Vé'jSge  permien.  Le  nombre  de  ces  genres 
i'élève  a  trente-sept. 

Pour  distinguer  i*étage  conchj[lipn  de  Té- 
tage  sah'férien,  nous  avons  quinze  genres 
qui  naissent  et  meurent  dans  1  étage  concby- 
2ieo  sans  arriver  à  l'étage  saliférien.  Joignons 
h  ces  genres  six  autres  genres  qui,  nés  aulre- 
tnefit,sesonten?oreéteintsdansretétagesaii$ 
passer  au  suivant.  Nous  avons  donc  vingt  et 


un  genres  pouvant  donner  des  caractères  po- 
sitifs supérieurs. 

Si  les  genres  nous  donnent  des  caractères 
stratigraphiques  pour  l'étage  conchylien,  les 
espèces  nous  en  offrent  de  plus  certains  en- 
core ;  car  elles  portent  avec  elles  la  preuve 
d'une  contemporanéité  parfaite.  Indépen- 
damment des  nouvelles  plantes,  des  espèces 
de  ces  singuliers  reptiles  sauriens  et  cnélo- 
niens ,  des  poissons  et  des  crustacés^  nous 
avons,  en  animaux  mollusques  et  rayonnes, 
107  espèces.  Ces  espèces,  suivant  leur  zone 
d'habitation,  seront  donc,  pour  nous,  autant 
d'espèces  caractéristiques  de  cet  étage.  Les 

Elus  répandues  se  trouvent  aussi  bien  en 
rance  qu*en  Allemagne ,  qu'en  Angleterre, 
qu'en  Russie  et  qu'en  .Sibérie. 

Chronologie  historique.  —  Quand  les  per- 
turbations géologiques  sont  venues  mettre 
ua  terme  à  la  durée  de  l'étage  permien,  les 
faits  nous  démontrent  qu'avec  les  nombreux 
végétaux  de  cette  époque  ont  été  ensevelis 
pour  toujours  18  genres  et  91  espèces  d'a- 
nimaux mollusques  et  rayonnes ,  oui  for- 
maient ce  que  nous  connaissons  de  1  anima- 
lisation  de  cette  époque.  Ce  n'est  probable- 
ment qu'après  un  laps  de  temps  considéra- 
ble ,  pendant  lequel  Fagitation  des  eaux  ne 
permettait  pas  l'existence,  que  la  terre  s'est 
repeuplée  de  ses  plantes  et  de  ses  animaux. 
Alors  apparaissent,  eu  même  temps  que  de 
nombreuses  plantes,  37  genres  d'ammaux 
inconnus  dans  les  étases  inférieurs,  et  107 
espèces  d'animaux  mollusques  et  rayonnes, 
toutes  nouvelles  pour  cet  éta^e.  Ce  sont,  au 
moins,  les  débris  de  cette  période  que  nous 
pouvons  mentionner  aujourd'hui;  période 
qui,  néanmoins,  a  dû  se  prolonger,  a  en  ju- 
ger par  répaisseur  des  sédiments  qui  la  com- 
posent, et  pendant  laquelle  il  existait  des 
mers  et  des  continents. 

Nous  avons  pendant  la  période  eonchy- 
lienne,  quatre  parties  continentales  en 
France  :  le  massif  breton^  le  plateau  central^ 
le  continent  belge-vosgien^  et  Vilot  dn  V'ar. 
En  Angleterre  Ttle  anglaise  préexistante, 
qui  occupe  tout  l'ouest,  depuis  le  Cornwall, 
le  pays  de  Galles,  jusqu'au  Cumberland,  s'esi 
accrue  peut-être ,  au  centre  de  la  Grande- 
Bretagne,  d'une  large  surface  s'étendant  du 
Derbyshire  jusqu'à  Durham,  occupée  par  la 
surélévation  des  terrains  carbonifères  de  ces 
régions,  à  moins  aue  l'intervalle  n*ait  été 
produit  par  une  dénudation ,  ce  çiui  serait 
encore  très-possible.  A  ces  exceptions  près, 
les  continents  paraissent  avoir  été  très-sla- 
bl(*s  do;)uis  la  Gn  de  l'étage  carboniférien. 

Les  mers  conchyliennes,  que  nous  avons 
vues  être,  par  le  cantonnement  des  espèces, 
souniise<i  à  toutes  les  causes  actuelles  qui 
a.2;issent  aujourd'hui,  offraient  une  faune  en- 
tièrement distincte  des  faunes  anténeures. 
On  y  remarque  un  développement  considé- 
rable de  reptiles  sauriens,  composés  d'ani- 
maux très-bizarres,  de  onze  genres  différents, 
parmi  lesquels  sont  les  labyrinthodons.  Les 
chéioniens ,  ou  tortues ,  paraissent  pour  la 
première  fois,  ainsi  que  des  noissons  cui- 
rassés de  6  genres  différents.  Les  crustacés 


D/':TI0N'.    de    CoSUOGOME    et   de   PALfeO\TCL3ClE. 


SG7 


CON 


DlCTlOiNNAlRE  Dl  COSMOGONU 


CON 


Mi 


décapodes  se  montrent  aussi  pour  la  pre- 
mière fois,  en  même  temps  que  des  cépha- 
lopodes acétahulifèreSy  et  quelques  genres 
nouveaux  de  mollusques  des  autres  classes, 
d'échinodermes,  de  polypiers  et  d'amorpho- 
zoairos. 

Les  continents  sont  animés,  probablement 
sur  les  rivages,  par  ces  singuliers  reptiles 
riverains  dont  nous  venons  de  parler,  et 
pour  la  première  fois  par  des  tortues  terres- 
tres, par  le  chirotherium^  probablement  un 
reptile,  et  par  de  nombreux  oiseaux  (86). 

Avec  ces  animaux  terrestres,  M.  Bron- 
gniart  place  dans  cet  étage  le  commencement 
du  règne  des  plantes  dicotylédones  gymnos- 
permes. Le  savant  botaniste  sépare  cette 
flore  des  autres,  comme  nous  séparons  la 
faune,  et  lui  assigne  le  caractère  d'être  com- 
j)0sée  de  fougères  assez  nombreuses,  de  for- 
me souvent  très-anormale,  constituant  évi- 
demment des  genres  actuellement  détruits, 
tels  que  les  anomoptères  et  les  crtmaioptires. 
Les  tiges  des  fougères  arborescentes  y  sont 
fréquentes;  les  vrais  equisetum  y  sont  rares  ; 
les  calamités,  ou  plutôt  les  calamodendrons 
y  sont  abondants.  Les  gymnospermes  y  sont 
représentées  par  les  deux  genres  de  conifè- 
res voltzia  et  haidingeria^  dont  les  espècees 
sont  nombreuses.  Les  cycadées  y  sont  très- 
rares,  et  encore  douteuses. 

Cette  période  doit  son  interruption  à  une 
commotion  géologique  assez  forte  pour 
anéantir  la  faune  et  la  flore,  commotion  dont 
nous  retrouvons  encore  les  traces  visibles, 
parles  discordances  supérieures  de  stratifi- 
cation, parfaitement  en  rapport  avec  les  li- 
mites des  faunes. 

CONDENSATION  DES  COMÈTES ,  hypo- 
thèse réfutée.  Voy.  Comètes. 

CONDITIONS     D^EXISTENCE    DES     ANIMAUX 

MARINS.  Voy.  Animaux  marins. 

(86)  On  ne  connaît  encore  de  ces  derniers,  des  tor- 
tues et  du  chirotherium ,  que  des  empreintes  pb}r- 
siologiques  de  pas,  sur  lesquelles  M.  ilithcock  a  fait 
des  travaux  spéciaux. 

(87)  On  doit  à  H.  Brown  la  découverte  importante 
que  les  conifères  et  les  cycadées  sont  les  deux  seu- 
1(?8  familles  de  végétaux  dont  les  graines  soient  pri- 
mitivement nues,  et  non  renfermées  à  Tinténeur 
dUin  ovaire.  {Voyez  TApnendice  au  Voyage  du  capi- 
taine King  dans  V Australie.)  C*C8t  pour  cette  raison 
qu'on  les  a  réunies  en  un  ordre  distinct  sous  le  nom 
de  phanérogames  gymnospermes.  Ce  caractère  tiré 
(le  Vovnle  coïncide  dans  Tune  et  dans  Tautre  de  ces 
«ieux  familles  avec  des  parliculariiés  de  la  structure 
inlei'ne  des  tiges  qui  les  séparent  à  quelques  égards 
i\(i  |)rcsque  toutes  les  plantes  dicotylédones,  et  qui  les 
disUiiguent  également  entre  elles. 

La  rcncunlrc  de  ces  caractères  particuliers  de  la 
structure  des  tiges  est  une  découverte  d'une  grande 
importance  p9ur  la  botanique  géologique;  car  cette 

{>ortion  de  la  plante  est  fréqur^mment  la  seule  que 
'on  trouve  conservée  à  l'état  fossile. 

(88)  La  présence  de  grands  arbres  conifères  dans 
les  couches  de  la  grande  formation  houillère  a  été 
signalée  pour  la  première  fois  dans  les  Végétaux 
fosstles  de  M.  Withain,  en  1851.  Il  y  est  établi  que  les 
conifères  les  plus  complexes  et  les  plus  élevées  en  or- 
ganisation se  rencontrent  dans  les  mines  de  houille 
d*Edimbourg  et  de  Newcastle,  au  sein  de  couches 
Tuc  l'on  avait  encore  suppr»sé<^s  ne  contenir  que  l(*s 
f.Tmes  vé;;i'tales  les  plus  simpl^^t. 


CONIFÈRES. -•  Les  conifères  coastitaem 

{)armi  les  végétaux  du  monde  actuel  une 
àmille  nombreuse  et  des  plus  importantes» 
et  que  caractérisent  non-seulement  des  par- 
ticularités de  leur  fructification  qui  les  ran- 
f^ent  parmi  les  phanérogames  gymnoiptrmes 
87),  mais  en  outre  certains  arrangement! 
remarquables  dans  la  structure  de  leur  bois, 
qui  peuvent  servir  à  en  faire  reconnaître  de 
suite  les  fragments  les  plus  petits. 

En  étudiant  à  l'aide  du  microscope  cer- 
tains bois  fossiles,  on  est  arrivé  depuis  peu 
à  reconnaître  une  structure  interne  analo- 
gue à  celle  des  conifères  actuelles  dans  les 
troncs  de  certains  grands  arbres  provenant  soit 
de  la  série  carbonifère  (88)  ysoi  t  des  formations 
secondaires  (89),  et  M.  Ad.  Brongniart  a 
compté  vingt  espèces  de  conifères  fossiles 
dans  les  formations  tertiaires.  Plusieurs  de 
ces  dernières  se  rapprochent  beaucoup  plus 
des  genres  actuels  que  ne  le  font  celles  des 
terrains  secondaires ,  et  il  en  est  même  qui 
y  prennent  immédiatement  place. 

M.  Nicol  a  fait  voir  en  outre  [dO)  que  pin- 
sieurs  des  plus  anciennes  conifères  fossiles 
peuvent  être  rapportées  au  genre  actuel  des 
pins ,  et  d^autres  au  genre  araucaria.  Ce 
dernier  comprend  plusieurs  des  arbres  les 
plus  élevés  du  monue  actuel,  et  on  en  trouve 
un  exemple  fort  connu  dans  Varaucaria  ex- 
celsoj  ou  pin  de  Tlle  de  Norfolk. 

Toutes  ces  découvertes  sont  d'une  haute 
importance  ;  car  elles  nous  démontrent , 
comme  résultat  de  Tétude  des  restes  les  plus 
anciens  de  la  végétation,  une  identité  qui 
s*étend  jusqu'aux  détails  les  plus  minuiieui 
de  l'organisation  interne ,  outre  les  arbres 
des  forêts  primitives  du  globe  et  quel- 
ques-uns de  nos  plus  grandes  conifères  ac- 
tuelles (9J). 
Le$  araucaria  sont  les  seules  conifères  dont 

(89)  Dans  les  étages  inférieurs  des  terrains  stra- 
tifiés secondaires,  M.  Ad.  Brongniart  a  compté, 
parmi  les  plantes  du  nouveau  grés  rouge  des  vos^ 
ges,  quatre  espèces  de  voUzia ,  genre  nouveau  de 
conifères,  que  ses  affinités  rapprochent  des  arauca- 
ria et  des  cunninghamia.  On  trouve  en  abondance, 
à  Sul£-les-Bains,  près  de  Strasbourg,  des  rameaux, 
des  feuilles  et  des  cônes  provenant  d^individus  de  cê 
genre. 

M.  Witham  compte  huit  espèces  de  conifères 
parmi  les  bois  lossiles  du  lias,  et  on  en  trouve  cinq 
dans  Toolite  de  Stonesiieid,  dont  quatre  se  rappro- 
chent du  genre  actuel  des  thuya  (Ad.  Brosigiiurt, 
Prodr.  p.  200.)  Voyez  pour  des  ligures  de  cônes  da 
lias  et  du  sable  vert  des  environs  de  Lyme-Regis,  ci 
de  Toolite  inférieur  du  comté  de  Northampton,  la 
Flore  fossile  de  MM.  Likdley  et  Hijtto?i,  pi.  LxxaiLîX , 
cxxxvetcxxxvii. 

Le  docteur  Fitton  a  décrit  et  figuré  des  cônes  très- 
complets  et  d'une  grande  beauté,  dont  Tun  prove- 
nant de  Purbcch  (?)  et  Tautrc  du  sable  de  Bas- 
tings.  (Transactions  géolog.^  deuxième  série,  t.  IV, 
pi.  XXII,  fig.  9  et  iO,  p.  181  etâ50). 

(90)  Edtmb.  New.  Phil.  Journal.,  janvier  1854. 
{9\j  Si  Ton  coupe   transversalement  une  tige  de 

crmifere,  et  qu'on  la  soumette  au  microscope,  on 
apercevra,  outre  les  lignes  rayonnantes  et  concen* 
triques,  tout  un  système  de  léticulations  qui  per- 
mettent de  distinguer  les  c  tniféres  de  toutes  les  -i»u* 
très  plantes.  Les  trous  dont  elles  sont  cribices  in<ij- 
qu'iit  les  vaisseaux.  Ces  vaisseaux  sontd^unc  struc- 


1G3 


CON 


CT  DE  PALEONTOLOGIE. 


COM 


270 


on  ait  jusqu'ici  retrouvé  la  structure  dans 
des  arbres  de  la  série  carbonifère  de  la 
Grande-Bretagne  {92}.  Celles  de  pins  pro- 
prement dits  a  été  observée-dans  un  bois  de 
la  formation  houillère  de  te  Nouvelle-Ecosse, 
et  de  la  NouveIle*HolIande. 

Cette  même  structure  ordinaire  des  pins 
est  celle  qui  prédomine  oans  le  bois  fossile 
du  lias  dTe  whitby,  mais  on  y  rencontre 
aussi  des  troncs  d  araucarias,  et  Ton  en  a 
découvert  dans  le  lias  de  Lyme-Regis  aux 
branches  desquels  adhéraient  encore  des 
feuilles  (93). 

Le  professeur  Lindley  a  fait  observer  avec 

^'ustessey  comme  un'fait  important  à  signa- 
cr,  qu'à  cette  période  où  se  déposa  le  lias , 
la  végétation  ressemblait  à  la  végétation  ac- 
tuelle de  l'hémisphère  sud,  non-seulement 
par  la  présence  des  cycadées,  mais  aussi 
parce  que  les  pins  étaient  de  la  nature  des 
espèces  que  Ton  trouve  maintenant  au  sud 
de  l'équaleur.  Sur  les  quatre  espèces  vivantes 
d'araucaria  que  Ton  connaît  à  l'heure  pré- 
sente, une  se  trouve  sur  la  côte  est  de  la 
Tiouvelle-Hollande,  une  autre  dans  l'tle  de 
^*o^i'olk,  la  troisième  au  Brésil,  et  la  qua- 
trième au  Chili. 

Quels  que  puissent  être  les  résultats  des 
travaux  à  venir,  les  faits  que  nous  possédons 

ture  fort  belle  et  caractéristique;  et  ils  fournissent 
des  moyens  de  distinguer  les  pins  des  araucarias. 
Les  petits  vaisseaux  continus  longitudinaux  qui 
constituent  les  fibres  ligneuses  offrent,  dMntervalles 
en  intervalles,  Tapparence  de  petits  corps  à  peu  près 
eirciilaires  disposés  par  lignes  verticales.  Ces  corps, 
que  Ton  désigne  sou&  le  nom  de  dandes  ou  de  dis- 
ques, sent  diversement  disposés  dans  les  différentes 
espèces.  En  général,  ils  sont  circulaires,  quelquefois 
elliptiques;  et,  s'ils  sont  serrés,  ils  prennent  une 
forme  anguleuse.  Chacun  de  ces  disques  a,  près  de 
«on  centre,  une  petite  auréole  circulaire. 

Ces  disques  dans  plusieurs  conifères  sont  dispo- 
sés sur  un  seul  rang.  D'autres  fois  ils  sont  réunis 
par  rang  doubles  ou  simples,  comme  dans  le  pinus 
Urobus. 

Dans  tous  les  pins  actuellement  existants ,  s'il  se 
rencontre  deux  séries  de  disques  dans  un  seul  vais- 
seau, les  disques  de  chacune  des  deux  séries  sont 
toujours  opposés,  jamais  alternes,  et  le  nombre  des 
séries  n>st  jamais  de  plus  de  deux. 

Dans  les  araucarias,  au  contraire,  ils  sont  dispo- 
sés par  séries  simples,  doubles,  triples  et  même  qua- 
druples; en  outre,  ils  sont  beaucoup  plus  jielits  que 
dans  les  pins,  ordinairement  de  la  moitié  en  dia- 
mètre ,  et  lorsqu'ils  sont  disposés  sur  deux  rangs, 
les  diMpies  de  l'un  alternent  constamment  avec  ceux 
de  Tautre,  quelque  fois  ils  sont  circulaires,  mais  le 
plus  souvent  ils  ont  une  forme  polvgonale.  M.  Nicol 
en  a  compté  plus  de  cinquante  dans  une  rangée 
d*un  vingtième  de  pouce,  de  telle  sorte  que  le  dia- 
mètre d^un  seul  disque  n'excède  pas  un  millième  de 
pouce;  encore  sont-ce  1^  des  dimensions  énormes, 
si  oo  les  com|)are  aux  fibres  des  cloisons  qui  en- 
tourent les  vaisseaux  sur  lesquels  ces  disques  se 
voient. 

(92)  On  a  trouvé  dans  les  carrières  de  Gragicitb, 
près  d^imbourg,  en  4830,  un  tronc  d^araucaria 
long  de  quarante-sept  pieds  (  Végélaux  foMiles,  par 
Wiiham,  i855,  pi.  v),  et  un  autre  en  4835,  long  de 

rlus  de  vingt-quatre  pieds,  avec  un  diamètre  de  trois. 
r^Ves  NicoL,surlesCont/ires  foui/es,  dans  l'/'Jr/inro. 
new  Phil.  JouriM/,  janvier  i83i.)  Une  coups  loiigi- 


actuellement  suffisent  pour  prouver  que  les 
conifères  fossiles  les  plus  grandes  et  les  plus 
parfaites  de  la  formation  houillère  et  du  lias 
que  l'on  ait  pu  jusqu'ici  soumettre  à  un 
examen  attentif  peuvent  être  rapportées  au 
genre  des  pins  proprement  dits,  ou  au  genre 
araucaria  (94),  et  que  l'une  et  l'autre  de  ces 
deux  modifications  de  la  famille  actuelle  des 
conifères  ont  pris  leur  commencement  dès 
cette  période  très  -  reculée ,  où  se  sont 
déposés  les  terrains  carbonifères  de  la  for- 
mation de  transition. 

On  rencontre  des  fragments  fossiles  de 
troncs  de  conifères,  et  parfois  même  des 
feuilles  et  des  cônes,  dans  tous  les  étapes 
des  formations  oolitiques ,  depuis  le  lias 
jusqu'au  calcaire  portlandien.  A  la  surface 
supérieure  de  celte  dernière  pierre,  se  voient 
les  restes  d'une  ancienne  forêt ,  parmi 
lesquels  sont  conservés  de  grands  troncs 
renversés  et  convertis  en  silex,  ainsi  que  des 
souches  de  conifères  modifiées  de  la  même 
manière,  avec  leurs  racines  encore  enfoncées 
dans  le  sol  végétal  sur  lequel  elles  ont  crû. 
On  trouve  aussi  fréquemment  des  fragments 
de  bois  de  conifères  dans  la  formation  wéal- 
dienne  et  dans  celle  du  sable  vert,  parfois 
même  dans  la  craie  (95). 

Les  conifères  paraissent  communes  aux 

tudinale  de  ce  dernier  fait  voir,  comme  dans  l'espèce 
moderne,  armjcaria  excelsa,  de  petits  disques  poly- 
gonaux disposés  sur  deux,  trois  ou  quatre  rangs  à 
rintérieur  des  vaisseaux  longitudinaux. 

(93)  Voyez  Lindley  et  Hutton,  Fiore  fossi/f^plan- 
t^he  LXXXVHi.  La  pi.  lxxxix  du  même  ouvrage  repré  • 
sente  un  cône  fossile  du  lias'  de  Lyme-Re^is,  que 
Ton  peut  rapporter  à  la  famille  des  conifères,  et 
peut-être  même  au  genre  araucaria. 

i94)  D'après  M.  Nicol,  les  bois  fossiles  du  liaç  de 
lîlby,  dont  la  coupe  horizontale  offre  une  série  de 
couches  concentriques  présentent,  dans  leur  section 
longitudinale,  la  structure  des  pins.  Hais  si  les  cou- 
ches annuelles  concentriques  ne  sont  pas  distinctes, 
ou  ne  sont  que  faiblement  indiquées  dans  la  coupe 
horizontale,  la  coupe  longitudinale  présente  tois  It 
caractères  des  araucarias.  Il  en  est  de  même  d*!S  ro- 
nifèresde  la  grande  formation  houillère  d'Ediml^ourg 
et  de  Newcastle;  leur  coupe  longitudinale  offre  U 
structure  des  araucarias,  tandis  que  leurs,  couches 
concentriques  ne  sont  pas  distinctes  dans  la  cout>o 
horizontale;  au  contraire,  les  conifères  fossiles  des 
mines  de  houille  de  la  Nouvelle- Hollande  et  de  la 
Nouvelle-Ecosse  se  rapprochent  de  la  tribu  actuelle 
des  pins,  tout  à  la  fois  par  la  structure  que  laisse 
apercevoir  leur  coupe  longitudinale  et  transversale. 

M.  Wiiham  fait  observer  aussi  que  les  conifères 
de  la  formation  houillère  et  du  calcaire  de  montagne 
n'offrent  qu'en  petit  nombre  et  d'une  manière  peu 
apparente  ces  ligues  concentrioues  qui  permettent 
de  distinguer  les  couches  annuelles  d'accroissement 
du  bois,  et  que  c*est  là  une  circonstance  que  présen- 
tent communément  à  l'époque  actuelle  les  arbres  de 
nos  régions  tropicales;  et  il  tire  de  là  cette  conjec- 
ture, qu'aux  époques  où  ces  formations  ont  eu  lieu 
les  changements  de  saison  n'étalent  pas  aussi  pro- 
noncés, au  moins  quant  à  la  température. 

(95)  Il  y  a  dans  le  muséum  d'Ôxfoiti  un  fragment 
d'un  bois  de  conifère  converti  en  silex  et  perforé  par 
les  larets.  C'est  le  révérend  docteur  Faussett  qui  l'a 
rencontré  dans  un  calcaire  siliceux  à  Lower-Haidr  is, 
près  de  Cautorhéry. 


a7i 


zo^ 


DICTIONNAIRE  DE  COSMGOONIE 


CON 


t7î 


oouches  fossilifères  de  tuutes  les  périodes. 
C'est  dans  la  série  de  transition  qu'elles  sont 
le  plus  rares;  elles  le  sont  moiûs  dans  la 
série  secondaire  r  et  c'est  dans  les  terrains 
tertiaires  qu'on  en  rencontre  le  plus.  Ceci 
nous  prouve  qu'à  toutes  les  époques,  depuis 
que  la  végétation  terrestre  a  commencé ,  de 
grandes  conifères  ont  existé  à  la  surface  de 
notre  globe  ;  mais  les  témoignag(ts  que  nous 
en  possédons  au  moment  actuel  sont  trop  peu 
complets  pour  que  nous  en  puissions  con- 
clure avec  certitude  dans  quelles  proportions 
numériques  ces  plantes  se  trouvaient  par 
rapport  aux  autres  familles,  à  ces  diverses 
époques  successives  de  la  géologie,  qui  se 
trouvent  ainsi  rattachées  à  la  nôtre  par  une 
nouvelle  et  magnifique  série  d'anneaux 
appartenant  à  l'un  des  groupes  lés  plus 
importants  du  règne  végétal. 

COPROLITHES  (xwrpoç,  fèces,  >iOoç,  pierre). 
—  Si,  dans  la  structure  des  animaux  qui  ne 
nous  sont  connus  que  par  leurs  débris  fossi- 
les, il  est  un  point  dont  il  semble  que  nous 
devions  désespérer  de  retrouver  aucun  ves-» 
tige,  c'est  assurément  la  forme  et  l'arrange- 
ment des  organes  intestinaux  :  car,  bien  que 
ces  parties  molles  soient  de  première  impor- 
tance dans  l'économie  animale ,  suspendues 
comme  eHes  sont  dans  l'intérieur  des  cavités 
du  corps  sans  être  aucunement  fixées  au 
squelette,  il  est  naturel  de  penser  qu'elles 
n  ont  dû  laisser  aucune  trace  sur  les  os 
fossilisés. 

11  est  impossible,  après  avoir  vu  le  puis- 
sant appareil  dentaire  des  ichthyosaures,  et 
ces  m/lchoires  si  vastes  dont  nous  avons  fait 
l'examen  dans  ces  reptiles  fossiles,  de  ne  pas 
en  déduire  cette  conclusion,  que  des  animaux 
pourvus  de  ces  prodigieux  instruments  de 
destruction  ont  dû  en  user  largement,  pour 
tenir  dans  de  justes  limites  d'accroissement 

(96)  Au  milieu  des  variations  de  leur  volume  et  de 
la  mulliplicilé  de  leurs  formes,  les  coprolilhes  of- 
frenl  Tapparence  générale  de  cailloux  oblongs  ou  de 
popimes  de  terre  réniformes;  leur  longueur  est  ordi- 
nairement (|c  deux  à  quatre  pouces,  et  leur  diamètre 
de  un  à  deux.  On  en  trouve,  mais  en  petit  nombre, 
qui  sont  beaucoup  plus  grands,  et  en  proportion 
avec  la  tatUe  gigantesque  des  plus  grands  ichthyo- 
saures. 1!  y  en  u  de  plus  petits,  qui  offrent  les  mêmes 
rapports  avec  de  jounes  individus  de  la  môme  es- 
pèce, et  avec  des  poissons  de  petite  taille.  Il  v  en  a 
qui  sont  aplatis  et  amorphes  comme  si  ces  substan- 
œ.s  eussent  été  rendues  dans  un  état  demi-liquide  ; 
d^aulres  ont  été  aplatis  paria  pression  des  schistes 
qui  les  recouvi-ent.  Leur  couleur  ordinaire  est  le  gris 
cendré,  parfois  rnélé  de  noir;  o'autres  fols  ils  sont 
entièrement  noirs.  Leur  substance  offic  une  texture 
terreuse,  compacte,  pareille  à  de  Targiie  durcie,  et 
leur  cassure  est  coocboîdalc  et  luisante.  Les  copi-o- 
lilhes  de  Lyroe-Regis  offrent,  dans  le  plus  grand 
nombre  de  cas,  une  structure  contournée;  mais  le 
nombre  de  tours  est  variable,  bien  qu'il  soit  le  plus 
souvent  de  trois  :  je  n*en  ai  jamais  vu  plus  de  six. 
Ces  diversités  peuvent  tenir  à  Tespèce  clés  animaux 
qui  les  ont  produits;  car  j'ai  rencontré  des  variations 
analogues  entre  les  intestins  de  la  raie,  du  recpiin  et 
du  chien  de  ïner.  Quelques  coproUthes,  et  spéciale- 
ment les  plus  petits,  n'offrent  aucune^  trace  d'enrou- 
lemtnt. 

La  coupe  de  ces  excréments*  arrondis  fait  voir 


la  population  des  anciennes  mers.  Cette  con' 
clusion  a  été  pleinement  confirmée  par  la 
découverte  récente  que  l'on  a  faite,  krinté- 
rieur  de  leurs  squelettes,  de  débris  à  moilié 
digérés  de  poissons  et  de  reptiles  qu'ils 
avaient  engloutis,  et  par  les  coprolithes  ou 
excréments  pétrifiés  que  l'on  a  trouvés  dis- 
persés dans  les  mêmes  couches  où  ces 
squelettes  ont  été  ensevelis.  Ces  pétrifications 
si  curieuses  s'offrent  souvent  dans  un  état 
de  conservation  tellement  parfait  qu'on  en 
peut  conclure-non  seulement  la  nature  des 
aliments  dont  -se  nourissaient  les  animaux 
qui  les  ont  produits,  mais  même  les  dimen- 
sions ,  la  lorme  et  la  structure  de  leur 
estomac  et  de  leur  canal  intestinal  (96). 

Sur  la  côte  de  Lyme-Regis  ces  coprolilhes 
sont  tellement  abondants  qu'on  les  trouve  en 
de  certains  points  disséminés  dans  le  lias 
comme  le  sont  les  pommes  de  terre  dans  le 
sol,  et  ils  sont  encore  plus  communs  dans  le 
lias  de  l'embouchure  delà  Saverne,  où  ils  se 
rencontrent  ainsi  dispersés  dans  toute  l'é- 
tendue de  couches  qui  ont  plusieurs  milles 
en  tout  sens,  et  mêles  en  si  grande  quantité 
avec  des  dents  et  des  débris  roulés  d'osse- 
ments de  reptiles  et  de  poissons,  que  nous 
en  pouvons  conclure  que  cette  région,  jadis 
le  fond  d'une  ancienne  mer,  fut,  pendant  un 
espace  de  temps  fort  long,  une  sorte  dévaste 
réceptacle  où  se  déposèrent  les  ossements 
et  les  débris  excrémentiels  des  animaux  qui 
rhabitaient.  Outre  les  points  que  nous  ve- 
nons de  mentionner,  on  rencontre  encore 
ces  corps  pétrifi<^^  en  abondance  dans  tout 
le  lias  de  l'Angleterre,  et  dans  toutes  les 
couches,  quelle  que  soit  leur  époque,  où 
l'on  a  trouvé  des  aébris  de  reptiles  carnivo- 
res, et  sur  des  points  multipliés  et  séparés 
par  de  grandes  distances,  tant  en  Europe 
qu'en  Amérique  (97). 

qu'ils  ont  été  moulés  en  une  lame  aplatie  et  conloor 
née  en  spirale  du  centre  à  la  circonférence,  commd 
on  l'observe  dans  une  coquille  turbinée.  Leur  exté- 
rieur offre  la  trace  des  rides  et  des  impressions  (es 
plus  légères  qu'ils  ont  dû  recevoir  alors  qu'ils  étaient 
a  rétat  plastique  dans  les  intestins  des  animaux  vi- 
vants. 

Ces  pièces  pétrifieras  conticnnenl  en  al)ondan€e 
et  dispersés  irrégulièrement  des  écailles  et  souvent 
des  dents  et  des   os  de  poissons  qai  ont  traversé, 
sans  être  détruits  par  la  digestion,  le  tube  intestinal 
tout  entier  des  sauriens,  de  la  même  manière  que 
rémail  des  dents  et  certains  fragments  d*os  qui  n'ont 
pu  être  digérés,  se  retrouvent  dans  les  excréments 
des  hyènes,  soit  à  Tétai  récent ,  soit  à  Tétat  fossile. 
Ces  écailles  dures  et  brillantes  sont  celles  du  dape- 
dium  politum  et  d'autres  poissons  qui  abondent  dans 
le  lias,  et  qui  paraissent  avoir  fourni  aux  sauriens 
de  cette  époque  une  portion  importante  de  leur  sob- 
sistance.  Quant  aux  os,  ce  sont  surtout  des  vertè- 
bres de  poissons  et  de  jeunes  ichih^osaures  ;  et  bien 
que  ces  derniers  débris  soient^moins  nombreux  que 
ceux  qui  proviennent  de  poissons.  Us  le  sontpoorunt 
assez  pour  démontrer  que  ces  monstres  des  anciennes 
mers,  semblables  en  cela  à  beaucoup  de  leurs  suc- 
cesseurs, habitants  des  océans  modernes,  dévoraient 
les  individus  jeunes  et  faibles  de  leur  propre  espèce. 

(97)  Le  professeur  Jœp:er  a  tout  récemment  dé- 
couvert .plusieurs'  coprolilhes  dans  l'argile  alomi- 
neuse  de  Gaildorf,  en  Wurtenibirg  ,  formation  flu'l 


r#s 


C0!« 


ET  D£  PâL£0>'TOLO€1£.  . 


COÎI 


«74 


Quant  à  J'oriane  de  ces  fossiles  singu« 
tiers,  elle  est  suffisamment  établie  par  la  fré- 
quence avec  laquelle  on  les  rencontre  dans 
la  région  abdominale  des  squelettes  fossiles 
d*irhUi yosaores  du  lias  de  Lyme-Re^s  (98). 
La  substance  coprolithique  que  Ton  trouve 
dans  cet  échantillon  et  dans  tous  les  cas 
analogues,  renfermée  dans  la  cavité  que  for- 
ment les  côtes,  est  entièrement  identique, 
par  son  apparence  et  sa  composition  chimi- 
que, avec  les  coprolithes  isolés  qui  se  mon- 
trent disséminés  dans  les  mêmes  couches  où 
ces  squelettes  spnt  dispersés.  La  conserva- 
tion de  ces  matières  fécales  et  leur  passage 
à  Télat  pétrifié  sont  une  conséquence  de  la 
nature  indestructible  du  phosphate  de  chaux, 
qui  entre  également  en  quantité  considé- 
rable dans  les  os  et  dans  les  résidus  d*os  sou- 
mis à  Faction  des  organes  digestifs. 

Le  squelette  d*un  autre  iclithyosaure  de 
Lyme-Re.fis,  déposé  dans  le  musée  d*Oxford, 
contient  une  niasse  considérable  d^écailles 
dont  la  plus  grande  partie  provient  du  Pho- 
lidophorut  Umhalus^  mêlées  à  des  copro- 
lithes dans  toute  la  région  qu'enferment  les 
côtes.  Cette  masse  se  trouve  en  rapport  avec 
on  très-grand  nombre  de  lôtes;  et  lûen  que 
jusqu'à  un  certain  point  Ton  puisse  suppo- 
ser qu'elle  s'est  étendue  par  l'effet  de  la 
pression,  cette  circonstance  suffit  à  prouver 
que  J 'estomac  occupait  par  son  volume  une 
grande  partie  du  tronc. 

Certaines  espèces  voraces  parmi  les  rep- 
tiles vivants  nous  fournissent  des  exemples 
d*uiie  étendue  tout  aussi  considérable  :  on 
rite  des  cadavres  humains  trouvés  tout  en- 
tiers dans  l'estomac  de  certains  grands  cro- 
codiles, et  la  forme  des  dents  des  ichthyo- 

r^rde  comme  occupant  les  étages  inférieurs  du 
I  o-jvrau  grés  rouge,  que  Ton  désigne  en  Allemagne 
v>iis  le  nom  de  torpe r,  et  qui  reuferme  les  débris 
S^  deoi  espèces  de  sauriens. 

Abx  Elats-Unis,  le  docteur  Dekay  a  aussi  trouvé 
àf^  coproUtbes  dan^  la.  formalion  de  calcaire  chlorile 
igreen  tond)  de  Monmôulh  dans  le  New-Jersey. 

(98)  Un  échantiilOB  donné  par  le  vicomte  Cole  à 
la  GoUedioa  géologique  de  Tuniversité  d*Oxford  est 
«ne  preuve  sans  réplique  que  les  substances  en 
qaestîon  ne  peuvent  être  considérées  comme  des 
matières  étrangères  accidentellement  mises  en  con- 
uct  avec  les  corps  organisés  fossiles,  puisque  cette 
grasde  flttsse  coprolithique  est  complètement  enfer- 
mée dans'b  cavité  que  forment  U  colonne  vertébrale 
et  les  deux  séries  droite  et  gauche  des  côtes,  dont 
le  pins  pand  nombre  a  même  conservé  à  peu  de 
cûo»e  près  sa  position  naturelle.  Le  volume  de  c« 
uoprolidie  est  prodigîeui,  comparé  à  celui  de  rani- 
mai dans  lequel  il  est  renfermé  ;  et  si  nous  ne  savions 
pEts  eombicD  est  puissante  Taction  des  organes  diges- 
tif:» ebez  les  reptiles  et  les  poissons,  et  avec  quelle 
£icîlîlé  ceséires  engloutissent  tout  entiers  les  grands 
aaioBaax  qui  forment  leur  proie,  il  nous  paraîtrait 
ifnpossible  de  rendre  compte  de  Tespace  énorme  que 
remplissent  ainsi  ces  masses  coprolitbiques  à  Tinté- 
rîcar  de  certains  squelettes  fossiles  d'ichtbyosaures. 

(99)  D*après  M.  le  professeur  Agassiz,  les  écailles 
da  pmoitdcipkonu  /iimuIiu,  espèce  des  plus  fréquen- 
tes pami  les  fos»>iles  du  lias,  abonderaient  plus  que 
celles  d  aucun  autre  poisson  dans  les  coprolithes  de 
la  fonnatiofi  deLyme-Regis,  ce  qui  prou ve  que  cc^te 
cfrpèrc  formait  lalnise  principale  de  la  no-irritu^e 


saures  nous  apprend  que,  de  même  que  les 
crocodiles,  ces  animaux  ont  dû  engloutir 
leur  proie  sans  la  diviser.  Quand  donc  nous 
rencontrons  dans  des  coprolithes  de  grands 
ichlhyosaures,  des  ossements  de  jeunes  in- 
dividus du  même  genre  qui,  à  en  juger  par 
les  dimensions  des  os  eu!t:-mèmes,  ont  dû 
avoir  plusieurs  pieds  de  longueur  (99),  nous 
en  tirons  cette  conclusion,  que  l'estomac 
formait  une  poche  d'un  volume  prodigieux, 
remplissant  presqu'en  entier  la  cavité  du 
corps,  et  dont  la  capacité  était  par  consé- 
quent dans  une  proportion  parfaite  avec  les 
mâchoires  et  les  dents  qui  faisaient  partie 
avec  lui  de  Tappaieil  digestif  dans  ce  mons- 
trueux reptile. 

Disposition  ea  spirale  de  Fintestin  grêle, 
—  Comme  les  parties  solides  des  animaux 
sont  les  seules  susceptibles  de  se  pétriflcr,  il 
nous  est  impossible  de  déterminer  à  l'aide 
de  preuves  directes,  la  forme  et  le  volume 
des  intestins  grôlcs  de  l'ichthyosaure;  mais 
l'admirable  perfection  avec  laquelle  le  con- 
tenu de  ces  viscères  s'est  conservé  à  l'état 
fossile,  nous  fournit  des  preuves  indirectes 
que  le  tube  intestinal  où  ce  contenu  a  pris 
les  formes  qu'il  a  conservées  ressemblait 
entièrement  aux  intestins  de  quelques-anes 
des  espèces  actuelles  de  poissons  les  plus  vi- 
goureuses et  les  plus  voraces. 

Nous  saisirons  mieux  la  structure  de  ces 
organes  en  nous  aidant  de  l'examen  des  or- 
ganes correspondants  chez  les  requins  et  le^ 
squales,  animaux  qui  ne  se  distinguent  pas 
moins  entre  tous  les  habitants  ùqs  mers  cun- 
temnoraines  par  leur  extrême  voracité  que 
ne  Je  faiseiijnt  les  ichlhyosaures  parc\i  les 
créatures  qui  peuplaient  les  océans  aux  épo- 

des  ichthyosaures.  Dans  les  coprolithes  de  la  forma- 
tion carbonifère  des  enviruns  d*Ëdimbourg«  il  a 
aussi  reconnu  L's  écailles  du  palœoniscus  et  d'autres 
poissons  que  Ton  trouve  souvent  entiers  dans  les 
coudies  qui  accompagnent  la  bouille  de  ce  district. 
Dans  des  coprolithes  provenus  de  poisson  voraces  de 
la  craie,  on  rencontre  les  écailles,  du  beryx  armaius^ 
poisson  découvert  par  M.  Nantell  dans  cette  for- 
mation. 

I  Un  coprolitbe  du  lias,  ditBuckland,  qui  se  fait 
remarquer  par  ses  circonvolutions  en  spirale  elles 
impressions  vasculaires  de  sa  surface,  peut  être 
signalé  comme  un  exemple  frappant  du  som  minu- 
tieux qui  préside  maintenant  aux  investigations  des 
Batuca!istes,  etdu  genre  deténioignagesque  lesrecheT^ 
ches  géologiques  vont  demander  à  Tanatomie  com- 
parée. Sur  un  des  côtés  de  ce  coprelithe,  se  voit  une 
petite  écaille  que  je  n'avais  pu  que  rapporter  à  quel* 
que  poisson  de  Tune  des  nombreuses  espèces  incon- 
nuesqui se rciicontrentdans le  lias.  A Tinstant même oà 
je  la  fis  voir  à  M.  Agassiz,  non-seulement,  il  prononça 
que  cette  espèce  était  le  pholidopborus  umbatus, 
mais  il  dclerniina  la  place  précise  qu'avait  occu- 
pée celte  écaille  à  la  surface  du  corps.  Un  tube  placé 
sur  sa  lace  interne,  et  que  l'on  aperçoit  à  peine 
sans  le  secours  du  microscope,  prouve  qu'elle  appar- 
tient à  cette  ligne  latérale  d'ccailles  perforées  qui 
vont  de  la  tête  à  la  queue  des  deux  côtés  du  coqis 
dans  tous  les  poissons,  et  y  forment  un  conduit 
destiné  à  porter  des  glandes  de'  la  tête  jusqu'à  l'cxtré- 
milé  du  curps  un  mucus  Inbréfiant.  Quanta  la  posi- 
tion que  celle  érail'c  occupait  sur  cette  ligne  elle- 
m'^nip,  clic  clr\it  do  côté  gauche,  non  loin  de  la  tête.  > 


273 


CON 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CON 


Ï16 


qaes  où  nos  éludes  nous  reportent.  Les  in- 
testiusde  ces  poissons,  aussi  bien  que  ceux 
des  raies,  offrent  une  disposition  qui  ra|)- 
pelle  cefle-  de  l'intérieur  u  une  ris  d'Archi- 
jnède»  et  qui  est  admirablement  propre  à  ac- 
croltrK  rétendue  de  la  surface  interne  desti- 
née à  l'a^isorptiou  de  la  partie  nutritive  des 
aliments,  durant  leur  passade  d'une  extré- 
njité  à  l'autre  de  ce  tube,  qui  renferme  dans 
son  intérieur  un  repli  contourné  en  spirale, 
de  façon  à  offrir  le  plus  grand  développe- 
ment de  surface  dans  le  plus  petit  espace 
possible.  On  observe  la  même  disposition 
dans  les  coprolilhes  provenus  de  richthyo- 
j?aure  (ICO). 

Empreintes  laissées  par  la  membrane  mu- 
queuse sur  les  coprolithes,  — Non-seulement 
rétude  des  coprolithes  nous  permet  d  appré- 
cier la  structure  spirale  de  l'intestin  ^rôle, 
et  la  facilité  que  cette  structure  lui  donnait 
h  être  contenu  dans  un  petit  espace  ;  mais 
nous  y  retrouvons  même  des  traces  qui  nous 
pormeltent  d'apprécier  la  forme  des  vais- 
seaux les  plus  ténus  et  des  plus  minces  re- 
plis de  la  membrane  muqueuse  qui  en  tapis- 
sait la  surface  interne.  Ces  traces  consistent 
dans  une  série  d'impressions  vasculaires  et 
de  rides  qui  sillonnent  la  surface  des  copro- 
lithes, et  qui  ne  peuvent  s'y  être  imprimées 
que  durant  leur  passage  à  travers  les  circon- 
volutions de  ce  canal  aplati  (fOl). 

Quant  à  la  cause  finale  de  ce  curieux  ar- 
rangement des  viscères  dans  les  reptiles 
maintenant  éteints  qui  habitèrent  les  mers 
du  monde  primitif,  elle  est  la  mémo  qui  a 
présidé  à  l'arrangement  pareil  que  nous  re- 
trouvons dans  les  espèces  voraces  des  re- 
Ïuins  et  des  squales  qui  peuplent  les  mers 
0  notre  époque  (102). 

Commeia  voracité,  qui  est  un  trait  carac- 
téristique de  tous  ces  animaux,  exigeait 
qu'ils  fussent  pourvus  d'un  estomQC  tout  à 
la  fois  volumineux  et  allongé,  U  ne  demeurait 
que  peu  d'espace  pour  les  autres  viscères 

(  1 00)  Lescorps  coniiiucs  on t  été  formes  par  une  lame 
ontiniie  de  la  substance  des  os.  digérés,  et  con- 
tournée en  spirale  sur  elle-même  durant  le  temps 
qu  elle  est  encore  à  Tétat  plastique.  La  forme  est  à 
peu  de  chose  près  celle  que  prendrait  un  ruban  d^une 
certaine  étendue  que  Ton  forcerait  de  pénétrer  obli- 
quement dans  un  tube  par  une  ouverture  latérale 
allongée  :  ce  ruban,  force  d'avancer  dans  Tintérieur 
du  tube,  y  formerait  une  suite  de  cônes  enroulés  les 
uns  sur  lés  autres;  et,  d'après  un  certain  nombre 
de  tours,  si  Ton  continuait  à  pousser  en  avant  le  ru- 
ban générateur,  les  cônes  en  question  venant  à  sor- 
tir par  Tautre  extrémité  du  tube  ofli  iraient  une  dis- 
position tout  à  fait  analoffue  à  celle  des  coprolithes 
dont  nous  parlons.  C'est  de  cette  façon  que  Ton  peut 
concevoir  qu'une  lame  de  substance  coprolithique  a 
pu  se  contourner  sur  elle-même  en  une  série  spirale 
de  cônes  successifs  au  moment  de  son  passage  de  Tin- 
trslin  grêle  dans  la  partie  voisine  du  gros  intestin. 
Ces  coprolithes,  ainsi  formés,  tombèrent  dans  la 
boue  molle  amassée  au  fond  de  la  mer  ;  et  lorsque 
celte  boue  vint  à  se  consolider  plus  tard  pouir  foN 
iMùv  le  schiste  et  la  pierre,  ils  y  subirent  une  pétri- 
hcation  tellement  complète  que  pour  la  duret<*,  la 
beauté  du  poli,  ces  corps  singuliers  peuvent  ri- 
valiser avec  les  marbres  les  plus  recherchés. 
.  tlQt)  Coo  impressions  ne  peuvent  y  avoir  clé  lais- 


plus  petits ,  d*où  la  nécessité  qu'ils  fassent 
réduits,  pour  ainsi  dire,  comme  nous  avons 
vu  qu'ils  le  sont,  à  la  condition  d'un  tube 
aplati ,  contourné  sur  lui-même  à  la  façon 
d  un  tire-bouchon.  Celte  disposition  offrait 
l'avantage  d'employer  un  moindre  espace, 
presque  sansrien  faire  perdre  à  1  mtestînde 
sa  surface  absoii)ante.  Si  à  l'estomac  énorme 
et  aux  vastes  poumons  de  l'ichtbvnsaure  ili 
se  fât  ajouté  un  paquet  intestinal  d  nn  vo- 
lume considérable,  l'accroissement  du  vo- 
lume  total  du  corps,  qui  en  eût  été  une  con- 
séquence nécessaire ,  eût  été  une  cause  de 
diminution  dans  la  puissance  locomotrice, 
ce  qui  n'eût  pas  été  sans  inconvénient  gr»ve 
chez  un  animal  qui,  pour  la  capture  de  sa 
proie,  ne  pouvait  compter  que  sur  sa  vélo- 
cité. 

Tous  ces  faits ,  qui  ressortent  de  l'étudo 
des  restes  coprolitniques  des  ichthyosaures 
ajoutent,  à  ce  que  nous  savions  déjà  de  Tana- 
tomie  et  des  mœurs  des  anciens  habitants  de 
notre  planète,  une  masse  de  connaissances- 
pleines  d'intérêt.  Nous  y  avons  rencontré 
des  témoignages  oui  nous  permettent  d'affir- 
mer la  présence  d  arrangements  pleins  d'uti- 
lité et  d'admirables  compensations  jusque 
dans  les  organes  si  périssables,  mais  ea 
même  temps  si  importants,  qui  concourent 
à  opérer  les  fonctions  digestives.  Nous  avons 

rm  reconnaître  avec  certitude  la  nature  de 
eurs  aliments,  la  forme  et  la  structure  de 
leur  canal  intestinal  ;  nous  avoHS  pu  dessi- 
siner  leur  tubo  digestif  dans  les  trois  formes 
successives  qu'il  subit  d'une  extrémité  k 
l'autre  de  sa  longueur,  d'abord  estomac  vo- 
lumineux et  prolongé,  puis  ilium  aplati  et 
contourné  en  spirale,  jusqu'à  ce  qu'il  se  ter- 
mine en  un  cloaque  d'où    les  coprolithes 
tombaient  dans  la  vase  qui  donna  naissance 
au  lias.  Là,  ils  sont  demeurés  ensevelis  du- 
rant des  siècles  sans  nombre,  jusqu'à  ce  que 
la  main  des  géologues  ait  été  les  arracher 
aux  profondeurs  qui  les  tiennent  enfouies, 

sées  par  la  membrane  du  gros  intestin,  pnisqnVhes 
se  contournent  sur  toutes  les  surfaces  des  circonvo- 
lutions intérieures,  bien  qu'elles  aient  été  définiti- 
vement recouvertes  par  les  circonvolutions  exté- 
rieures au  momer.t  de  leur  passage  de  riniestin 
grêle  dans  le  gros  intestin. 

(102)  Paley,  dans  son  chapitre  sur  les  compen- 
sations mécaniques  de  la  structure  des  animaux,  cite 
dans  une  espèce  de  requin  (le  renard  de  mer,  squalui 
vvlpes)  une  disposition  toute  pareille  à  celle  que  nous 
venons  de  mentionner  comme  appartenant  à  Tich- 
thyosaure.  —  <   Dans  cet  animal,  dit-il,  Pintestin 
est  droit  d*un  bout  à  Tautre;  mais  cet  intestin  droit 
et  par  conséquent  court  n'est  réellement  qu^un  con- 
duit contourné  en  tire  bouchon,  el  ce  n'est  qu'après 
maintes  circonvolutions,  et  en  suivant  une  route  en 
réalité  fort  longue,  que  la  substance   alimentaire 
arrive  à  son  point  de  sortie.  De  cette  sorte  la  briè- 
veté de  rintestin  se  compense  par  l^obiiquité  du  ca- 
nal qui  y  est  creusé,  i 

Le  docteur  Fitton  a  appelé  raltentîon  sur  un  pas- 
sage de  la  Vie  de  Locke  j  par  lord  King  (in-4*, 
p.  166-167),  d'après  lequel  il  parait  certain  que  l'im- 
portance de  la  disposition  en  spirale  du  canal  in- 
testinal n'avait  point  échappé  à  ce  profond  philoso- 
phe qui  Tavait  observée  sur  un  grand  nombre  dt 
préparations  de  la  collectioq  analotnique  de  Le^ile. 


m 


cou 


ET  DE  PALEÛ.f  TOLOGIE. 


CON 


m 


pour  les  appeler  à  rendre  témoijpiage  des 
évéoemenls  qui  se  sont  accomiilis  au  fond 
des  mers  primitiyes  durant  les  longues  pé- 
riodes antérieures  à  raTénement  de  rhomme 
sur  la  (erre  (103). 

Structure  des  intestins  dans  les  poissons 
foisiles.  —  On  a  récemment  découvert  dts 
coprolithes  qui  proriennent  de  poissons  fos- 
siles. M.  Mantell  les  a  rencontrés  dans  le 
corps  du  macropoma  mantellii  de  la  craie  de 
Lewes;  ils  étaient  en  contact  arec  l'estomac 
allongé  de  ce  poisson  vorace,  et  les  tuniqnes 
de  ce  riscère  étaient  également  bien  conser- 
vées. Miss  Anning  en  a  découvert  aussi  dans 
rintérieur  du  corps  de  plusieurs  poissons 
fossiles  du  lias  de  Lyme-Hegis.  Le  docteur 
Hihbert  a  fait  voir  que  les  couches  du  cal- 
caire d*eau  douce  du  terrain  houiller  de 
Burdîe  -  House ,  près  d'Edimbourg,  étaient 
abondamment  parsemées  de  coprolithes  pro- 
venant de  |ioissons  de  cette  époque  reculée  ; 
et  $ir  Philip  ^erton  en  a  trouvé  de  pareils 
mêlés  à  des  écailles  provenant  du  genre  mé- 
ealicfatvs,  et  à  des  coquilles  d'eau  douce  dans 
Fa  formation  cart)onifère  deNewcastle-Under- 
Tvne.  M.  W.  C.  Trevelyan  a  reconnu»  en 
I83§,  des  coprolithes  au  centre  des  nodules 
d'argile  ferrugineuse  qui  abondent  à  New- 
havén,  près  de  Leith,  dans  une  falaise  basse 
imposée  de  schistes  et  appartenant  égale- 
ment à  la  formation  carbonifère.  H.  Buck- 
!and  >is{(a  cette  localité  dans  le  mois  de  sep- 
tembre 183^,  en  compagnie  de  M.  Trevelyan 
Idi-méme  et  de  lord  Greenock»  et  y  trouva 
ces  nodules  épars  sur  la  grève  en  quantité 
si  considérable  qu*il  lui  suffit  de  quelques 
rriinutes  pour  en  rassembler  plus  d'échantil- 
jons  qu*il  n'en  pouvait  porter.  Parmi  ces 
é«*hanti lions,  il  y  en  avait  qui  renfermaient 
un  poisson  fossile;  d'autres  quelque  frag- 
ment d'une  plante;  mais  le  plus  grand  nom- 
bre avait  pour  noyau,  un  coprolithe  dont 
l'intérieur  était  contourné  en  spirale;  et  ces 
débris  proviennent  sans  nul  doute  de  ces 
jy>issons  voraces  dont  on  a  retrouvé  les  os 
dans  la  même  couche.  Ces  nodules  prennent 

(105)  La  fameose  salamandre  fossile  qui  existe  à 
Ltyde,  dans  le  calMiiet  de  Yan-Breda,  contient,  dans 
b  '^nîe  correspondant  à  Tabdomen ,  plusieurs  co- 
protiibes  où  Too  dislingue,  dit-on,  très-facilement 
d^  frafonents  d*os  de  grenouilles  et  de  poissons.  Les 
cftprolîibes  d*oiseaux  de  Cliicopee  laissent  Toîrqnel- 
q'irfois,  dans  Tinténear,  à  Taide  d^instruments  gros- 
fri^a'its,  de  véritibles  graines,  sons  forme  de  petits 
grains  noirs. 

Ob  ooDuaft  des  coprolithes  dans  un  grand  nombre 
4e  localités  et  dans  plusieurs  étages  :  Lyme-Regis, 
le  romtéde  Fîfe,  etc.,  en  Angleterre,  Burdie-Rouse, 
«I  Ecosse,  les  cavernes  de  Lunel-Viel,  en  France, 
de  b  prorince  de  Liège,  etc.,  en  ont  offert  les  plus 
■ombreux  exemples.  Le  terrain  le  plus  ancien  dans 
leqoel  on  \t%  ait  rencontrés  parait  être  celui  de  Bar- 
die-Hoase,  compris  dans  les  membres  les  pins  infé- 
rîevn  de  Pelage  carboiiiférien.  Les  coprolithes  de 
Chîropee  sont  dans  un  grés  dor  et  compacte  appar- 
iesant  probablement  au  terrain  triossique;  ceux  de 
LTme-negis  sont  rapportés  au  lias  ;  il  en  existe  dans 
réiage  lénooien  de  la  craie  de  Meudon,  dans  les  cou- 
thf^  noires  4ii  calcaire  grossier  de  Passv  ;  enfin  ils 
abondent  généralement  dans  la  plupart  des  caTem<^ 
i  •««enienis.  Le  guano  repr6><*nte  les  coprolHhes  de 


du  reste  un  fort  beau  poli,  et  les  joailliers 
d*£dtmbourg  en  ont  fait  des  tables,  ces  serre- 
papier  et  des  bijoux  qu'ils  désignent  sous  le 
nom.  de  pierres  d*escargot  {beetle  stones) 
parce  qu'ils  les  supposent  provenir  de  quel- 
que insecte.  Milora  Greenock  a  découvert» 
entre  les  lames  d'un  bloc  de  houille  prove» 
nant  des  environs  d'Edimbourg,  une  masse 
d*intestins  pétrifiés,  distendus  par  de  la  ma- 
tière coprolithique  et  entourés  d'écaillés  que 
le  professeur  Agassiz  rapporte  au  méga- 
lichtys. 

Ce*^ naturaliste  distingué  s*est  assuré  mie 
les  corps  fossiles  vermiformes  aue  Ion 
trouve  en  si  grande  abondance  dans  l'ardoise 
lithographiaue  de  Solenhofen,  et  qui  ont  été 
décrits  par  le  comte  Munster  dans  l'ouvrage 
de  Golafuss  sous  le  nom  de  fumfrrirarta 
sont  ou  des  intestins  de  |)oissons  pétrifiés, 
ou  le  contenu  de  ces  intestins  oui  a  conservé 
la  forme  du  tube  tortueux  aans  lequel  il 
était  renfermé.  Ce  sont  ces  fossiles  remar- 
quables qu'il  a  désignés  sous  le  nom  de  eo- 
lolithes.  M.  Agassiz  a  a  rencontré  aussi  de 
semblables  pétrifications  contournées  à  l'in- 
térieur de  la  cavité  abdominale  de  plusieurs 
poissons  fossiles  des  genres  thrissops  et  lep- 
tolepis,  et  ils  y  occupaient  relativement  aux 
côtes  la  position  qu'occupent  habituellement 
les  intestins  (10^). 

Sans  doute,  aux  yeux  d'un  grand  nombre 
de  personnes  peu  versées  dans  l'anatomie, 
des  recherches  ayant  pour  objet  quelque 
chose  d  aussi  obscur  et  d'aussi  inaccessible 
en  apparence  que  la  structure  des  intestins 
chez  une  espèce  éteinte  de  poissons  ou  de 
reptiles,  seront  ce  qu'il  peut  y  avoir  au 
monde  de  moins  digne  d^attention  ;  mais  ces 
recherches  acquièrent  une  haute  importance 
par  les  démonstrations  que  la  science  y  puise 
de  la  sagesse  et  du  plan  providentiel  qui  ont 
présidé  à  la  création  ;  elles  fournissent  un 
anneau  de  plus  à  la  chaîne  importante  qu^ 
unit  les  races  qui,  de  nos  )ours,  vivent  et 
s'agitent  à  la  surface  de  notre  planète  aux 
races  maintenant  détruites  de  ses  habitants 

répoque  contemporaine. 

(104)  Voyez  son  ouvrage  sur  les  poissons  fossiles, 
liv.  II,  appendice,  p.  15. 

Les  ODsenrations  ou*a  faites  ce  savant  distingué 
sor  la  marche  de  b  décomposition  dans  les  poissons 
morts  des  lacs  de  la  Suisse,  Font  condoit  à  expliquer 
d*une  manière  fort  ingénieuse  pourquoi  les  cololithes 
se  rencontrent  le  pins  souvent  isolés  dans  le  calcaire 
lithographique.  Ces  animaux,  immédiatement  après 
la  mort,  flottent  à  la  surface  des  eaui,  le  ventre  en 
Tair,  jusqu*à  ce  que  leur  abdomen  crève  par  les  gax 
putrides  qui  s*y  développent  et  le  distendent.  Cesl 
par  Touvertiire  qui  résulte  de  ce  déchirement  que 
les  intestins  sortent  du  corps,  tout  en  conservant 
leurs  circonvolutions  naturelles.  Mais  après  un  tem|]s 
très-court  celle  masse  intestinale  se  trouve  séparée 
du  corps  par  Tagitation  des  vagues.  C^est  alors  qud 
le  poisson  tombe  au  fond  ;  mais  ces  intestins  conti- 
nuent encore  de  flotter  longtemps,  et  sMl  arrive  qu^ils 
soient  porlés  sur  le  bord ,  ils  y  demeurent  plusieurs 
jours  sur  le  sable  avant  que  leur  décomposition  j 
soit  complète.  Du  reste,  ce  ne  sont  que  les  intestins 
grêles  qui  se  détachent  ainsi  du  corps;  restoiuac  et 
lc%  a:!in:s  risccrcs  v  rtslei»!  ?f^és. 


179 


COQ 


DICTIONNAIRE   D£  COSMOGONIE 


COQ 


iso 


des  âges-priniiiifs  (105).  Le  retour  systéma- 
lique»  chez  des  animaux  qui  ont  existé  à  des 
époques  aussi  éloignées^  des  mêmes  moyens 
disposas  suivant  des  règles  construites  dans 
le  but  de  produire  les  mêmes  résultats,  et  se 
modiOani  suivant  les  mêmes  lois  pour  s*a- 
dapler  aux  diverses  conditions  d'existence, 
démontre  que  toutes  ces  choses  doivent  leur 
origine  à  une  même  intelligence  première. 

Quand  nous  retrouvons  dans  le  corps  d'un 
ichthyosaure  la  nourriture  qu'il  venait  d'en- 
gloutir l'instant  d'avant  sa  mort  ;  quand  l'in- 
tervalle entre  ses  côtes  nous  apparaît  encore 
rempli  par  les  débris  des  poissons  qu'il  a 
avalés  il  y  a  dix  mille  ans,  ou  un  temps  dix 
foisvplus  grand,  tous  ces  intervalles  immen- 
ses s'évanouissent  en  quelque  sorte;  les 
temps  disparaissent,  et  nous  nous  trouvons 
pour  ainsi  dire  mis  en  contact  immédiat  avec 
tous  les  événements  qui  se  soni  passés  à  ces 
époques  incommensurablement  éloignées, 
comme  s'il  s'agissait  de  nos  affaires  de  la 
veille. 

COQUILLES  CNIVALVES  et  bivalves.— 
Nous  n'avons  que  peu  de  moyens  d'arriver 
&  comiafitre  la  structure  anatomique  des 
nombreuses  tribus  éteintes  appartenant  au 
grand  embranchement  des  mollusques.  Leurs 
organes  mous  et  périssables  ont  disparu 
presque  complètement,  et  leurs  coquilles 
extérieures  sont,  avec  un  appareil  interne  de 
même  nature  qui  n'existe  que  dans  un  petit 
nombre  de  cas,  les  seuls  témoignages  qui 
nous  restent  de  l'existence  de  ces  êtres  dont 
les  myriades  occupaient  les  anciennes  eaux. 

Nous  devons  à  la  résistance  qu'opposent  à 
la  destruction  les  enveloppes  calcaires  sé- 
crétées par  ces  animaux,  de  pouvoir  assurer 
notre  étude  des  coquilles  fossiles  sur  les  ba- 
ses mêmes  de  la  conchyliologie  actuelle;  mais 
le  plan  que  nous  nous  sommes  imposé  nous 
défend  d'entreprendre  autre  chose  qu'une 
revue  générale  de  l'histoire  et  de  l'économie 
or^^anique  des  créatures  auxquelles  ces  co- 
quilles ont  appartenu. 

Les  couches  de  transition  les  plus  ancien- 
nes, où  l'on  rencontre  quelque  trace  de  vie, 
renferment  des  coquilles  univalves  et  bival- 
ves de  plusieurs  formes  différentes  entre 
elles,  en  môme  temps  que  de  nombreux  dé- 
bris d'animaux  articulés  et  rayonnes.  Parmi 
ces  coquilles,  il  en  est  qui   sont  tellement 

(105)  Le  temps,  qui  rdpanddela  dignité  sur  lout 
ce  qui  échappe  à  son  pouvoir  destructeur,  fait  voir 
ici  un  siagulier  effel  ue  son  influence  :  ces  substan- 
ces, si  viles  dans  leur  origine,  étant  rendues  à  la  lu- 
mière après  tant  de  siècles,  deviennent  d*une  grande 
importance,  puisqu'elles  servent  à  remplir  un  neu- 
vpau  chapitre  dans  Thistoire  naturelle  du  globe. 
(  Voyez  Fossilisation.) 

(106)  Voyez  Tintroduclion  de  M.  Bro<lerlp  à  son 
ilémoire  sur  quelques  espèces  nouvelles  de  brachiopo- 
des,  dans  les  Transactions  géologiques,  1. 1",  p.  441. 

(107)  Ce  nom  est  tiré  de  la  position  qu'occupent 
les  pieds  ou  les  appareils  de  la  locomotion  à  la  par- 
tie inférieure  du  cou  ou  au  devant  du  corps.  A  Taide 
de  ces  organes,  les  trachëlipodes  rampent  à  la  ma- 
nière du  limaçon  commun  des  jardins  (hélix  aspersa). 

Cette  même  espèce  offre  en  outre  un  exemple  fa- 
milier de  ta  disposition  t|ue  prenn'^nt  les  viscères 


pareilles  à  des  espèces  actuellement  exis- 
tantes, qu*il  nous  est  permis  d*en  concluro 
qu'elles  ont  dû  être  créées  pour  les  mêmes 
fonctions,  et  qu'elles  ont  recouvert  des  ani- 
maux dont  les  formes  et  les  habitudes  étaient 
les  mâmes  que  celles  des  animaux  qui  habi- 
tent les  coquilles  de  nos  mers,  dans  lescjuel- 
les  nous  observons  les  mêmes  modifica- 
tions (106). 

Toutes  les  coquilles  simples  lurbinées  ap- 
partiennent  à  des  mollusques  d'un  degrô 
plus  élevé  que  les  conchifères,  dont  les  ce- 
quilles  sont  bivalves  ;  les  premiers  ont  une 
tète  et  des  yeux,  les  conchifères  sont  dépour- 
vus de  ces  deux  importants  appareils,  cl  no 
possèdent,  même  à  un  degré  inférieur,  que 
les  seuls  sens  du  toucher  et  du  goût.  Ainsi, 
les  mollusques  qui  habitent  les  coquilles  (^e 
la  patellcetdu  buccin  sont  des  animauxd'uii 
ordre  plus  élevé  que  les  conchifères  inclus 
entre  les  deux  valves  de  la  moule  ouolc 
l'huître. 

Lamarck  a  divisé  son  ordre  des  trachëlipo- 
des (107)  en  deux  grandes  sections  :  les  her- 
bivores et  les  carnivores.  Ces  derniers  eui- 
mémes  se  partagent  en'deux  çrandes  familles, 
dont  l'une  attaque  et  détruitïes  corps  vivants, 
tandis  que  l'autre  se  repaît  des  cadavres  d'a- 
nimaux qui  ont  succombé  à  une  mort  natu- 
relle ou  accidentelle,  de  même  que  nous 
vo}[ons  certains  genres  de   mammifères  et 
d'oiseaux,  tels  que  les  hyènes  et  les  vautours, 
se  nourrir  de  préférence  aux  dépens  des  ca- 
davres. Le  même  principe  d'économie  de  la 
nature  qui  accélère  la  destruction  des  restes 
de  tant  d'herbivores  terrestres,  en  les  faisant 
servir  à  la  nourriture  de  nonabreuses  légions 
de  carnivores ,  se  montre  de  même  en  vi^ 
gueur  parmi  les  habitants  des  mers  les  plus 
anciennes  comme  des  mers  actuelles.  Par- 
tout nous  voyons  la  destruction  dans  un 
groupe  devenir  un  principe  d'alimentation 
et  de  vie  pour  d'autres  groupes. 

Suivant  Pline,  ainsi  que  1  observe  M.  Dill- 
wyn  (108),  l'animal  que  l'on  supposait  four- 
nir la  pourpre  deïyr,  pour  obtenir  sa  nour- 
riture, perçait  les  autres  coquilles  à  l'aide 
d'une  trompe  allongée,  et  Lamarck  établit 

Sue  tous  les  mollusques  qui  ont  à  la  basa 
e  l'ouverture  de  leur  coquille  une  échan- 
crure  ou  un  canal,  sont  cle  mdme  pourvus 
d'une  trompe  rélractile  perforante  (109)  :  ce 

principaux  de  ces  mollusques  à  rintérieur  de  leur 
coquille  enroulée. 

(108)  Voyez  son  Mémoire  lu  à  la  Société  royale 
de  Londres,  en  juin  1825. 

(i09)  La  trompe  dont  se  servent  les  trachélipodes 
carnivores  pour  ^rforer  les  autres  coquilles  e^l  ar- 
mée d*une  inlinité  de  petites  deots  disposées  comme 
les  dénis  d'une  lime  à  la  surface  d^oue  membrane  ré- 
lractile que  ranimai  applique  sur  la  coquille,  de  fa- 
çon à  pouvoir  meure  les  dents  en  jeu  et  traverser  du 
dehors  au  dedans  la  substance  «alcaire  ilont  cette 
coquille  esi  composée  ;  c'est  à  travers  ce  trou  qu'il 
peut  extraire,  pour  s'en  nourrir,  I«s  humeurs  coule- 
nues  dans  le  corps  du  mollusque  destiné  à  lui  senit 
de  pâture.  Un  exemple  familier  de  cet  organe  nous  est 
fourni  par  la  trompe  rélractile  du  bucanum  lapillus 
et  du  buccinum  undatum,  sï  communs  surnoscdteii. 

M.  Osier  a  publié  sur  ce  srjet,  dans  les  Tn  nîcc- 


tsi 


COQ 


ET  DE  PÂLEOiNTOLOGlE. 


COQ 


S8% 


font  ces  trachélîpodcs  qui,  dans  son  Système 
des  animaux  invertébrés,  forment  la  section 
lies  carnivores  ou  zoophages.  Dans  une  autre 
section  du  même  ordre ,  qu*il  désigne  sous 
le  nom  d'herbivores  (  phytinhages),  l'ouver- 
ture de  la  coquille  est  entière,  et  la  bouche 
est  armée  d*orsanes  disposés  pour  la  masti- 
cation des  végétaui. 

D'après  M.  Dillwyn,  toutes  les  coquilles 
turbinées  fossiles  des  couches  anciennes, 
depuis  le  calcaire  de  transition  jusqu'au  lias, 
apjiartiennent  au  groupe  des  herbivores,  cl 
ce  groupe  se  maintient  dans  la  série  tout  en- 
tière des  formations  géologiques  jusqu'à  nos 
jours,  où  nous  le  voyons  conserver  encore  son 
importante  place  ]\irmi  les  habitants  des 
mers  contemporaines.  Quant  aux  coquilles 
des  iinivalves  carnivores,  elles  abondent 
dans  les  couches  tertiaires  supérieures  à  la 
craie»  mais  elles  sont  extrêmement  rares 
dans  les  couches  situées  au-dessous  jusqu'à 
Toolile  inférieur,  passé  lequel  on  n'en  ren- 
contre plus  aucune  trace. 

La  plupart  des  personnes  qui  font  des 
collections  ont  vu,  sur  le  rivage  de  la  nier, 
des  milliers  de  coquilles  vides  que  d'autres 
animaux  rapaces  ont  perforées  de  petits  trous 
l'irculaires  pour  parvenir  jusqu  au  mollus- 
que qui  les  remplissait  et  se  nourrir  de  sa 
substance.  On  observe  de  semblables  perfo- 
rations dans  une  foule  de  coquilles  fossiles 
de  ces  mêmes  couches  tertiaires,  où  abon- 
dent aussi  les  restes  de  trachélipodes  carni- 
vores; mais  elles  sont  extrêmement  rares 
dans  les  coquilles  fossiles  des  formatitms 
«intérieures.  Dans  la  craie  chloritée  et  dans 
le  calcaire  oolitique,  on  en  cite  à  peine 
quelques  exemples,  et  les  débris  de  mollus- 
ques carnivores  qui  les  accompagnent  sont 
également  rares  ;  enfin  dans  le  lias  et  dans 
b»s  couches  au-dessous  on  ne  rencontre  plus 
ni  coquilles  perforées,  ni  coquilles  offrant 
celte  échancrure  de  la  bouche  qui  n'appar- 
tient qu'aux  espèces  carnivores. 

Ces  faits  nous  conduisent  à  penser  que, 
dans  l'économie  générale  des  êtres  sous- 
niarins,  la  grande  division  des  trachélipodes 
carnivores  remplissait  le  même  rôle  néces- 
saire durant  le  cours  de  la  période  tertiaire 
qu'elle  remplit  encore  de  nos  jours.  D'autres 
témoignages  nous  font  voir  qVi'aux  époques 
antérieures  à  la  craie,  et  durant  le  dépôt  de 
cette  formation,  elle  fut  suppléée  dans  ses 
fonctions  importantes  par  u  autres  mollus- 
ques carnivores,  les  céphalopodes  testacés. 
t. es  derniers,  eu  effet,  ne  se  montrent  ({u'en 
proportion  faible  dans  les  couches  tertiaires 

iians  pkHotopkiques^  (1852,  n'  partie,  p.  497),  un  inc- 
ntojre  intéressant  dans  lequel  il  a  figuré  la  langue  du 
bucciuum  undalum  avec  Tespécc  de  rîipe  dont  cet  or- 
fane  est  recouvert,  et  qui  sert  à  ranimai  oour  la 
p  rforatîOD  des  coquilles  dont  les  habitants  rornaent 
s:i  nourriture;  et  ce  savant  a  modifié  les  idées  que 
Ton  frétait  faites  sur  ce  point,  en  faisant  voir  que  si, 
d*une  part,  il  est  en  effet  vrai  que  les  coquilles  à 
bouches  échancrées  annoncent  dans  les  mollusques 
qui  j  séjournent  des  habitudes  c!irnivores,  il  ne  rest 
pas  également  ||u*une  ouverture  buccale  entière,  soit 
constamment  Tiodice  certain  d'un  régime  herbivore. 
(110)  M.  DiUwyn  fait  encore  observer  qur  tous  les 


et  dans  nos  mers  modernes  ;  mais  les  ter- 
rains secondaires  et  les  formations  de  tran- 
sition ,  dans  lesquelles  les  trachélipodes 
manquent  complètement  ou  sont  extrême- 
ment rares,  sont  remplies  de  nautiles,  d'au;- 
monites ,  et  d*un  grand  nombre  d'autres 
genres  de  coquilles  polylhalames,  voisines 
des  précédentes  et  a*une  beauté  remarqua- 
ble. Les  mollusques  qui  habitaient  ces  co- 
quilles cloisonnées  avaient  probablement  les 
mômes  habitudes  rapaces  que  nous  obser- 
vons aujourd'hui  dans  les  seiches:  et  en  dé- 
vorant, comme  ces  derniers  animaux,  les 
testacés  et  les  crustacés  tout  jeunes,  ils  im- 
posaient des  limites  au  développement  ex- 
cessif de  la  vie  animale  au  fond  des  mers  les 
plus  anciennes.  Leur  disparition  soudaine  et 
presque  complète  au  commencemenlde  la  sé- 
rie tertiaire  eût  laissé  un  vide  dans  la  police  do 
la  nature;  elle  eût  permis  auxtribus  herbivores 
de  se  multiplier  h  un  excès  nui  fût  devenu  une 
cause  de  destruction  pour  la  végélaticm  ma- 
rine et  pour  ces  tribus  elles-mêmes,  si  les 
carnivores  détruits  n'eussent  éié  remplacés 
par  d'autres  appartenant  à  un  ordre  diffé- 
rent, et  destine  à  remplir  ces  mômes  fonc- 
tions que  la  destruction  des  ammonites  et 
des  genres  analogues  venait  de  laisser  va- 
cantes. C'est  à  celte  même  époque  géologi- 
que, en  effet,  que  recommencent  è  se  mon- 
trer en  abondance  les  débris  des  trachélipo- 
des carnivores,  et  tout  nous  porte  h  adopter 
cette  conclusion  à  laquelle  est  arrivé  M.  Dill- 
wyn,  que,  «  dans  les  formations  supérieu- 
res à  la  craie,  la  disparition  subite  et  pres- 
que complète  qui  a  eu  lieu  d'une  tribu  ra- 
pace  a  été  com[>ensée  par  la  création  d'un 
grand  nombre  de  nouveaux  genres  et  d3 
nouvelles  espèces  pourvues  des  mômes  ap- 
pétits et  organisées  Je  manière  à  se  procu- 
rer leur  proie  à  l'aide  de  moyens  tout  diffé- 
rents de  ceux  qu'employaient  les  céphalo- 
podes, h 

Il  paraît  donc  qu'il  est  entré  dans  les  des- 
seins du  Créateur  que  la  mer  fût  remplie  h 
toutes  les  époques ,  et  que  la  surface  de  la 
terre  fût  couverte  du  plus  grand  nombre 
possible  d'êtres  organisés  et  en  possession 
de  l'existence;  et  que,  depuis  le  moment  où 
commença  la  vie  jusqu'à  l'heure  actuelle,  un 
seul  moyen  d'exécution  a  toujours  été  mis 
en  œuvre,  qui  consiste  à  faire  du  rè^ne  vé- 
gétal la  base  de  la  vie  organique  cliez  les 
animaux,  et  à  cenlunler  la  somme  de  bien* 
être  accordée  à  ces  clerniers,  en  livrant  les 
espèces  herbivores  à  la  dent  vorace  des  car- 
nivores (110). 

trachélipodes  herbivores  marins  des  couches  de  trar- 
sition  et  des  couches  secondaires  étaient  pourvus 
d'un  opercule  que  Ton  pourrait  regarder  comme  des- 
tiné à  les  défendre  contre  lescéphalo{>odes  carnivoro.4 
Î[ui  pullulaient  à  cette  époque,  mais  que  dans  \  'h 
ormations  tertiaires,  on  rencontre  une  foule  de 
genres  liérbivores  dépourvus  de  cet  appetidice,  comme 
si  c*éuit,  en  effet,  parce  qu'un*  semblable  boucliir 
était  devenu  inutile,  après  que  les  ammonites  e*  h's 

Sonres  voisins  des  céphalopode^  carnivores  avaient 
isparu  à  la  fin  delà  période  secondaire,  c*est-à-diie 
après  le  dépôt  de  la  ci-aicw 


S83 


eus 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIK 


COS 


«U 


M.  de  La  Bêche  a  publié  un  tableau  dans 

lequel  il  fait  voir  que  le  poids  spécifique  et 

i  la  solidité  des  coquilles  de  plusieurs  genres 

actuellement  existants  sont  en  rapport  avec 

;  les  habitudes  et  avec  le  séjour  de  Tanimal 

,.  ï>our  lequel  elles  ont  été  construites;  et  il 

•^en  déduit  des  preuves  d'un  plan  primitif 

pareilles  à  celles  qui  sont  résultées  pour 

nous  de  toutes  les  investigations  auxquelles 

nous  nous  sommes  livrés  avec  soin  sur  les 

formes  animales  vivantes  ou  éteintes  (111). 

COQUILLES  FLOTTANTES.  Voy.  Cou- 
ches SÉD1MENTA1BES. 

COQUILLES,  leur  période  embryogénaire. 
Voy.  Mollusques.  —  Coquille  chez  les 
céphalopodes.  Voy  Céphalopodes. 

CORAN,  sa  cosmo^^onie.  Voy.  Gi^.0L0GiR. 

COSMAS,  ses  idées  en  cosmographie.  Voy. 
Cosmographie. 

COSMOGONIE.  —  11  en  faut  bien  conve- 
nir, la  cosmogonie  ne  marche  qu'appuyée 
sur  des  hypothèses  ;  mais  d'un  autre  côté  on 
ne  doit  faire  aucune  difficulté  de  reconnaître 
que  l'hypothèse  est  utile  toutes  les  fois 
qu'elle  ne  se  donne  que  pour  ce  qu'elle  est 
et  qu'elle  est  appelée  naturellement  par  l'é- 
tat de  la  science.  Pour  constituer  une  hy- 
pothèse, on  imaixine  des  lois  simples  et  des 
causes  en  rapport  avec  les  faits  connus,  et 
on  essaie  d'user  de  ces  lois  comme  si  leur 
réalité  était  démontrée  ;  c'est-à-dire  que,  ne 
pouvant  vérifier  ces  lois  directement  et  cha- 
cune à  part ,  on  essaie  de  s'en  servir  pour 
prévoir  les  phénomènes  complexes  où  elles 
doivent  trouver  leur  application,  conjointe- 
r^ent  avec  d'autres  lois.  Si  l'expérience  est 
contraire,  et  si  tout  le  reste  du  phénomène 
était  d'ailleurs  parfaitement  connu  et  expli- 
qué, c'est  que  lalôi  supposée  est  fausse.  Si 
1  expérience  est  favorable  ,  c'est  une  proba- 
bilité en  faveur  de  la  loi  supposée ,  mais  ce 
n'est  pas  encore  une  preuve  ;  car  le  pro- 
blèmeauquelcetteloisalisfaitpouvait  être  in- 
déterminé, parce  qu  on  n'en  connaissait  pas 
toutes  les  conditions,  et  il  pouvait,  par  consé- 
quent, recevoir  plusieurs  solutions  différen- 
tes, dont  une  seule,  la  seule  vraie,  satisfait 
à  toutes  les  conditions  réelles  du  problème, 
c'est-à-dire  tous  les  faits  observés  ou  non 
observés.  Ainsi,  une  hypothèse ,  imparfaite- 
ment confirmée  par  plusieurs  expériences 
insuffisantes  ,  peut  être  ensuite    renversée 

(IM)  c  Un  fait  qui  tratira  pas  échappé  à  TaUention 
de  nos  lecteurs,  c'est  que  le  poids  spécifique  des  co- 
quilles terrestres  que  nous  avons  énumërées,  surpasse 
Sénéralempnl  celui  des  coquilles  flouantes.] *ii  raison 
e  cette  difTércucc  cst';>sée  à  saisir.  Tout  en  demeu- 
rant d'un  transport  facile,  les  coquilles  terrestres 
devaient  résister  aux  cliangeinenls  de  température  et 
à  l'action  des  agents  atmosphériques  ;  c'est  pourquoi 
elles  sont  en  même  temps  plus  minces  et  d'une  den- 
sité plus  grande.  La  coquille  de  Targonaule,  au  con- 
traire, ainsi  que  celle  du  nautile  et  des  mollusques 
qui  ont  les  mêmes  habitudes  doivent  réunir  la  légè- 
reté à  un  degré  de  Torce  suffisant,  ce  qui  explique 
pourquoi  ces  sortes  de  coquilles  sont  d'un  poids  spé- 
ciBquc  moindre.  La  co(|[uiile  la  plus  dense  que  l'on 
ait  observée  appartient  a  une  hélice  ;  relïe  de  l'argo- 
naute est  la  plus  légère,  et  Tianthinc,  mollusque  flot- 


par  une  seule  (112).  Cependant,  elle  est  très- 
utile,  tant  qu'elle  peut  servir  à  coordonner, 
et  à  lier  entre  eux  tous  les  faits  connus. 
Enfin,  quand  on  voit  une  loi  simple  hypo- 
thétique se  vérifier  dans  tous  les  cas  que 
Ton  peut  imaginer,  quand  on  la  voit  per- 
mettre d'expliquer  et  de  prévoir  avec  préci- 
sion tous  les  faits  qui  paraîtraient  capricieux 
dans  toute  autre  hypothèse,  elle  acquiert  un 
degré  de  probabilité  qui  équivaut  presque 
à  la  certitude.  Enfin,  'quand  il  se  présente 
des    moyens  décisifs  de  vérification ,   elle 

Ê sut  devenir  une  vérité  tout  à  fait  certaine. 
Ile  restreint  ainsi  le  domaine  des  faits  con- 
fus et  indéterminés,  et  en  les  isolant,  elle 
permet  d'y  démêler  d'autres  lois  inaperçues 
jusque-là. 

Par  exemple,  en  méditant  sur  la  chute 
d'un  corps ,  Newton  conçoit  Thypothèse  de 
l'attraction  universelle  et  de  ses  deux  lois 
concernant  les  masses  et  les  distances.  Ap- 
pliquée au  satellite  de  la  terre  ,  cette  hypo- 
thèse en  explique  les  mouvements  en  lon- 
gitude et  en  latitude,  la  rotation  et  la  libra- 
tion.  Appliquée  de  même  avec  succès  à 
toutes  les  planètes  connues  et  à  leurs  satel- 
lites, elle  explique  les  lois  de  Kepler^  et  elle 
en  montre  la  cause;  elle  explique  les  phé- 
nomènes de  la  précession  des  équinoxes  et  do 
la  nutation.  Elle  permet  de  construire  une 
mécanique  céleste,  d'où  l'on  conclut  d priori, 
par  la  connaissance  des  forces  motrices,  les 
mouvements  des  corps  du  système  solaire, 
les  mouvements  périodiques  des  mers,  et 
les  époques  précises  des  retours  de  celles 
des  comètes  sur  lesquelles  on  possède  assez 
d'observations.  On  découvre  les  mouvements 
des  étoiles  doubles,  et  bientôt  on  voit  que 
leurs  révolutions  s'opèrent  d'après  les  lois 
de  Newton,  qui  permettront  un  jour  de  cal- 
culer les  distances  et  même  les  masses  de 
ces  étoiles.  Quelquefois,  cependant,  les  deux 
lois  de  Newton  semblent  se  trouver  en  dé- 
faut. C'est  alors  qu'elles  se  justifient  d'une 
manière  éclatante  par  des  conséquences  inat- 
tendues, par  exemple,  ])ar  la  théorie  des 
perturbations;  ou  bien  en  signalant  les  fau- 
tes ou  Timpuissance  de  Tobservalion,  en  y 
suppléant  et  en  conduisant  ainsi  à  des  dé- 
couvertes aussi  belles  qu'inespérées.  Uranus 
semble  rebelle  aux  lois  do  Newton  et  aux 
calculs  de  Laplace.  C'est  qu'un  des  éléments 

tant,  est  également  au  nombrede  ceux  dont  la  coquille 
est  spécifiquement  la  moins  oense.  Le  |>oids  spéri- 
iique  de  toutes  les  coquilles  terrestres  qui  ontétc  étu- 
diées est  supérieur  à  celui  du  marbre  de CaiTare,  et 
à  peu  près  égal  à  celui  do  TarragLonite.  Quant  aux 
coquilles  marines  et  d'eau  douce,  elles  surpassent 
toutes  ce  même  marbre  de  Carrare,  à  Pexceptio:! 
des  genres  argonaute,  nautile,  ianthine,  lithmiome, 
hallotide,  et  d'un  grand  taret  des  Indes  oHenfalcs, 
à  coquiUe  ravonnée  cristalline.  Le  poids  8pécifii|ue 
de  la  coquille  de  Thaliotide  est  exactement  égal  à 
celui  du  marbre  que  nous  avons  pris  pour  tenue  île 
comparaison.»  (De  La  Bêche,  Geolog.  Researchei^ 
i854,  fig.  576.)  V.  Mollusques. 

(113)  pag.  Herscuell,  Discours  sur  Vétndede  la 
philosophie  naturelle ,  n'  partie,  chap.  7,  p.  il 9 
et  suivantes. 


4S5 


CÛS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE 


COS 


Î56 


du  calcul  a  échappé  à  1  obsenration,  et  c^est 
le  mathématicien  qui  montre  à  Tobservateur 
une  planète  nouyclle.  Entre  les  observa- 
tions des  éclipses  des  satellites  de  Jupiter, 
on  ne  troure  nas  exactement  les  intervalles 
marqués  par  le  calcul.  La  cause  de  ces  diffé- 
rences itères,  qui  affectent  nos  observations, 
et  non  les  phénomènes  eux-mêmes,  se  trouve 
dans  riné^alité  du  temps  que  la  lumière 
meta  venir  des  satellites  de  Jupiter  à  nous, 
suirant  la  différence  de  leurs  positions  dans 
leors  orbites,  et  c'est  ainsi  que  nous  a;)pre- 
uons  en  combien  de  temps  la  lumière  tra- 
verse ces  orbites,  et,  par  suite,  quelle  est  la 
vitesse  de  la  lumière  en  général. 

Ainsi ,  les  hypothèses  servent  beaucoup  à 
la  science,  ou,  pour  mieux  dire,  la  science 
n  avance  pas  sans  elles.  Sans  hypothèses , 
pas  de  ^ands  progrès  :  les   observations 
jteuvent  s*entasser  ;  mais  elles  restent  stéri- 
les, parce  qu^elles  sont  faites  au  hasard  et 
5ans  but,  et  parce  qu'elles  ne  se  rattachent  à 
aucune  pensée  qu'elles  puissent,  soit  conûr- 
Uicr,    soit  réfuter  au  proGt  d*une  pensée 
nouvelle.  On  aura  beau  faire,  la  patience 
iuiutelligente  ne  remplacera    iamais  le  gé* 
cie.   L*œuvre  du  sénie  dans  les  sciences, 
c'est  la  création    des    bonnes   hypothèses. 
P»jur  l'esprit  humain ,  inventer  c'est  créer. 
Mais  il  faut  que  ces  créations  de  l'esprit  hu- 
main soient  a  accord  avec  l'œuvre  de  Dieu, 
et  c'est  par  l'observation  qu'on  s'en  assure, 
liosi,  quoique  les  hypothèses  soient  de  Tu- 
t  Jité  la  plus  haute  et  la  plus  indispensable 
pour  la  science  ,   ii  faut  pourtant  prendre 
trarde  de  perdre  à  hasarder  de  vaines  hypo- 
t^èses  le  temps  qu'on  pourrait  employer 
plus  utilement  à  découvrir  des  lois  certaines, 
qui  seules  fournissent  les  moyens  de  véri  • 
lier  les  h>i)othèses  elles-mêmes. 

Ces  préliminaires  étaient  nécessaires  à 
propos  d'uu  sujet  dont  rien,  dans  la  science, 
n*é^e  la  profondeur  et  les  difficultés,  et 
qui  a  donné  lieu  à  l'invention  d'une  foule 
ce  théories  ou  d'hypothèses,  dans  lesquelles 
trop  souvent  on  remarque  plus  de  témérité 
que  de  science  solide.  Quelques  savants 
sartont  ont  cherché  à  appuyer  leurs  systè- 
mes sur  le  texte  sacré  de  la  Genèse;  il  en 
e<t  résulté  autant  d'interprétations  diverses, 
que  de  théories  imaginées  dans  le  but  spé- 
cieux de  mettre  l'historien  sacré  d'accord 
avec  les  découvertes  de  la  science;  ce  sont 
les  théoriciens  de  ce  eenre  que  nous  re- 
poussons ;  mais  quant  a  ceux  qui  rejettent 
au  delè  du  récit  mosaïque  toutes  leurs  idées 
spéculatives  sur  la  formation  du  monde  et 
son  évolution,  nous  applaudissons  à  leurs 
efforts  toutes  les  fois  qu'ils  ne  sont  pas  en 
désaccord  avec  les  découvertes  de  la  science 
;  ositive,  et  qu'un  Dieu  créateur  et  modéra- 
teur de  la  matière,  et  non  un  matérialisme 
stupide,  est  au  fond  de  leurs  systèmes. 

La  matière  première^  indéterminée,  n'est 
qu'un  vain  mot,  auquel  ne  correspond  au- 

<tl5)  Ce  dernier  ar^ment  a  été  fort  bien  présenlé 
I»ar  !•  Barnalât'*Gerdil,  mort  cartlinal  en  IHOI,  lhw>- 
U'^i'^n  justement  estimé ,  philo^ojihe  rartébien  trop 


cune  réalité.  La  matière  réelle  des  corps 
réels,  c'est  ce  qu'on  a  uommé  souvent  ma- 
tiêre  seconde  :  ce  sont  les  substances  dont  les 
corps  se  composent,  c'est-à-dire  les  atomes 
premiers,  substances  actives,  étendues,  im- 
pénétrables, continues,  chacune  en  parti- 
culier, mais  distantes  les  unes  des  autres, 
dont  les  divers  agrégats  constituent  tous  les 
corps.  Quand  les  corps  se  dissolvent,  leurs 
atomes  subsistent  et  entrent  dans  de  nou- 
velles combinaisons. 

Quelle  est  la  cause  de  l'existence  des  ato- 
mes, des  lois  qui  président  à  leur  activité,  à 
leurs  combinaisons  et  à  leurs  mouvements? 
En  d'autres  termes,  quelle  est  la  cause  pre- 
mière de  l'existence,  des  révolutions  et  de 
l'ordre  actuel  de  l'univers? 

Les  atomes  dont  les  corps  se  composent 
ne  périssent  pas  avec  eux,  et  peuvent  avoir 
existé  avant  chacun  d'eux:  mais  ni  les  ato- 
mes, ni  les  corps,  n'ont  l'existence  infinie, 
immuable,  indivisible,  de  Dieu  et  des  idées 
éternelles  :  ils  durent^  et  par  conséquent  ils 
ont  commencé  d'être,  et  leur  existence  ac- 
tuelle n  a  rien  de  nécessaire.  Il  faut  donc 
au'il  y  ait  une  cause  première  de  l'existence 
e  chacun  d'eux  et  de  tous  ensemble.  Les 
lois  de  leur  activité,  de  leur  puissance  mo- 
trice et  do  leur  mobilité  ne  sont  pas  plus 
nécessaires  que  leur  eiistence  même.  11  faut 
donc  qu'une  raison  suffisante,  extérieure  (*i 
supérieure  à  eux,  ait  déterminé  ces  lois.  En 
suppo5ant  même,  contre  toute  raison,  que 
ces  lois  fussent  nécessaires,  et  que  la  ma- 
tière à  laquelle  elles  s'appliquent  existât 
nécessairement,  l'ordre  actuel  aurait  encore 
besoin  d'une  cause  prise  hors  de  la  matière. 
En  effet,  il  est  bien  vrai  qu'étant  donné  un 
certain  système  de  positions  et  de  mouve- 
ments primitifs  pour  tous  les  atomes,  une 
certaine  série  de  révolutions  résulterait  in- 
failliblement de  leurs  propriétés  et  de  leurs 
lois;  mais  à  chaque  système  de  positions  et 
de  mouvements  primitifs  correspondrait  une 
série  différente  de  révolutions.  L'ordre  ac- 
tuel n'est  donc  point  la  conséquence  néces- 
saire des  propriétés  et  des  lois  de  la  matière, 
telles  que  l'observation  les  découvre;  mais 
cet  ordre  suppose  de  plus  un  certain  arran- 
gement primitif.  Il  faut  donc  qu'une  cause 
extérieure  et  supérieure  à  la  matière  en  ait 
distribué  primitivement  toutes  les  parties, 
de  telle  sorte  que,  de  cette  disposition  pre- 
mière, les  propriétés  et  les  lois  de  la  matière 
aient  fait  sortir  nécessairement  l'ordre  ac- 
tuel, qui  autrement  serait  sans  raison  suf- 
fisante (113). 

Il  est.donc  nécessaire  de  reconnaître  Dieu,, 
d'ime  part  comme  organisateur,  d'autre  part 
comme  créateur  de  la  matière,  dont  l'exis- 
tence même,  aussi  bien  que  l'ordre  et  les 
lois,  supposent  une  cause  première.  Il  est 
bien  vrai  que  les  causes  qui  tombent  sous 
notre  observation,  soit  interne,  soit  externe, 
ne  produisent  que  des  changements  de  ma- 

pea  connu.  Voyez  son  Recueil  de  dissertations  snr 
quelques  principes  de  philoMphic  et  de  rtligioê^  p.  ^0 
cl  suiv.  ;  Paris  i7«0,  in- 12. 


ÎS7 


cos 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


»t 


r^s 


nières  (]*6tre  ;  mais  Tidée  de  cause,  |qui  se 
révèle  à  nôtre  raison  dans  loute  sa  généra- 
lité, à  Toecasion  de  Tobservation  des  causes 
])articulières  et  de  leurs  actes,  est  une  idée 
{iremière,  absolue  et  afTiroiative,  qui  n*ex- 
dut  point  la  production  des  substances  ac- 
tives et  de  leurs  facultés,  et  la  raison  nous 
montre  la  nécessité  d'admettre  cette  pro- 
duction. Elle  ne  nous  fait  pas  comprendre 
non  plus  jusque  dans  sa  raison  dernière 
le  comment  de  la  production,  chaque  jour 
observée,  des  changements  dans  les  êtres. 
L'observation  interne  nous  montre  les  limi- 
tes de  notre  causalité;  l'observation  externe 
nous  laisse  entrevoir  les  limites  de  la  cau- 
salité des  autres  êtres  contingents  ;  mais 
aucune  induction  légitime  ne  nous  autorise 
à  Imposer  des  limites  semblables  à  la  cau-^ 
salité  de  l'Etre  suprême.  D'ailleurs,  je  suis 
un  être  pensant,  et  par  conséquent  simple  ; 
mon  existence  est  soumise  au  temps  et  a  la 
durée  ;  par  conséquent  elle  n'est  pas  éter- 
nelle. En  effet,  mon  cœur  est  né  d'hier,  et 
aucun  souvenir  ne  me  dit  que  j'aie  existé 
avant  mes  organes  corporels;  or,  un  être 
simple  ne  peut  commencer  d'être,  gue  par 
la  création  de  sa  substance  indivisible  ;  la 
création  des  âmes  ne  peut  donc  être  qu'une 
création  de  substances,  et  il  n'y  a  de  doute 
possible  que  sur  l'époque ,  et  non  sur  la 
réalité  de  cette  création. 

La  production  ûqs  substances  étendues, 
de  même  que  celle  des  substances  simples 
non  éternelles,  doit  donc  être  attribuée  à 
celui  qui  est  la  source  même  de  l'être,  parce 
qu'il  en  a  eu  lui-même  la  plénitude.  Tout 
ce  qui  est  éternel  est  en  Dieu  et  participe 
comme  attribut  au  mode  de  sa  substance ,  à 
son  existence  une ,  indivisible  et  immuable. 
L'idée  éternelle  de  l'espace  et  du  temps, 
d'où  résulte  la  possibilité  absolue  des  corps, 
et  l'acte  de  la  volonté  divine  d'oi!l  résulte 
leur  existence  réelle ,  sont  éternellement  en 
Dieu  ;  il  veut  éternellement  l'existence  de  la 
matière  dans  l'espace,  la  succession  de  ses 
manières  d'être  dans  le  temps,  ses  mouve- 
ments dans  le  temps  et  dans  l'espace ,  et  par 
suite ,  l'existence  de  tel  corps  en  tel  temps 
et  en  tel  lieu  donnés.  Le  temps  et  la  durée 
ont  donc  leur  principe  dans  l'éternité,  mais 
n'en  font  pas  partie.  L'éternité  n'a  point  de 
parties,  el  elle  n'appartient  qu'à  l'Etre  né- 
cessaire et  immuable  et  à  ses  manières 
d'être  Le  temps  est  la  durée  idéale  et  indé- 
finie qui  embrasse  toutes  les  durées  réelles. 
Celles-ci  sont  nécessairement  finies  quant  à 
leur  partie  réalisée,  et  elles  ont  par  consé- 
quent un  commencement,  bien  qu'elles 
Euissent  être  illimitées  quant  à  leur  avenir, 
a  durée  du  monde  et  sa  perfection  relative 
tendent  sans  cesse  vers  l'infini,  qu'elles 
n'atteindront  iamais.  Cette  loi  de  progrès 
sins  laquelle  l'optimisme  serait  insoutena- 
ble, ne  peut  se  concilier  avec  l'hypothèse, 
inadmissible  d'ailleurs ,  de  la  création  éter- 
nelle d'un  monde  éternel  :  quand  même  les 
mots  de  passé  et  d'infini  n'exprimeraient 
pas  des  idées  essentiellement  contradic- 
toires, si  le  monde  indéfiniment  ncrfoclibîe 


avait  un  passé  infini ,  il  aurait  déjh  réalisé 
un  progrès  infini  ;  il  aurait  atteint  ta  perfec- 
tion suprême,  qu'il  n'atteindra  jamais,  en 
y  tendant  toujours, 

Nous  ne  comprenons  pas,  il  est  vrai,  com- 
ment l'existence  indivisible  de  Dieu  et  des 
idées  nécessaires  est  présente  à  tous  les 
temps,  sans  être  elle-même  dans  le  temps, 
et  comment ,  par  conséquent,  l'acte  éternel 
par  lequel  Dieu  crée  est  présent  à  toutes  les 
durées  des  créatures;   mais  nous  compre- 
nons que  nécessairement  il  en  doit  être  ainsi 
et  qu'il  n'en  peut  être  autrement.  Cela  doit 
nous  suffire;  il  faut  nous  résigner  à  ne  pas 
comprendre  l'infini ,  et   surtout  il  ne  faut 
pas  essaver  de  le  rabaissera  notre  niveau, 
de  le  réduire  à  notre  mesure,  de  créer,  pour 
le  besoin  de  notre  imagination  et  en  dépit 
de  notre  raison ,  un  infini  composé  de  par- 
ties, une  éternité  successive ,  dont  la  moitié 
serait  écoulée.  Le  vrai    incompréhensible, 
mais  certain,  vaut  mieux  que  l'absurde  plus 
accessible. 

Ainsi,  ceux  qui  demandent  ce  que  Dieu 
faisait  avant  la  création  font  une  question 
▼aine,  à  laquelle  d'ailleurs  les  platoniciens 
avaient  répondu   avant  Fénelon.  Dieu  na 
pas  été,  il  ne  continue  pas  d'être ,  il  ne  sera 
pas;  il  est  et  il  crée.  Mais  le  monde  a  été, 
continue  d'être  et  sera.  Dieu  voit  ces  rela- 
tions d'antériorité  et  de  postériorité  là  où 
elles  existent,  c'est-à-dire  entre  les  êtres 
créés  et  leurs  manières  d'être  successives , 
et  non  en  lui-même  ou  par  rapport  à  lui- 
même  ;  car  il  est  en  dehors  des  conditions 
du  temps.  Il  ne  faudrait  donc  pas  demander 
non  plus  de  combien  de  temps  le  commen- 
cement du  monde  est  postérieur  à  l'acte  éter- 
nel par  lequel  Dieu  crée.  Cette  question  est 
un  non-sens,  car  aucune  époque  n'est  pos- 
térieure d'une  quantité  de  temps  quelcon- 
3ue  à  ce  qui  est  éternel.  C'est  comme  si  Ton 
emandait  de  combien  de  temps  l'existence 
de  tel   corps  sphérique   est   postérieure  à 
l'existence  de  cette  vérité  éternelle,  que  tous 
les  rayons  de  la  sphère  sont  égaux  entre 
eux.  Dira-t-on  que,  si  le  monde  n'a  pas  tou- 
jours été.  Dieu  lui  est  antérieur^  et  que, 
par  conséquent.  Dieu  a  été  oisif  avant  d'être 
créateur  ?  Les  partisans  de  la  création  éter- 
nelle doivent  savoir  que  Yantériorité  de  la 
cause  à  l'effet  peut  n'être  que  logique.  Dieu 
est  logiquement  antérieur  au  monde,  c'est- 
à-dire  que  l'existence  du  monde  dans  les 
temps  suppose   nécessairement  l'existence 
éternelle  cie  Dieu  ;  mais  ce  n'est  pas  à  dire 
que,  le  monde  existant  depuis  un  cerlain 
temps ,  Dieu  ait  existé  oisif  dans  un  temps 
antérieur.  Dieu  n'a  pas  existé  dans  un  temps: 
il  existe  dans  V éternité  une  et  indivisible ,  el 
il  y  existe  comme  créateur.   Ce  n'est  pas 
Diea  oisif,  c'est  Dieu  créateur  qui  est  anté- 
rieur au  monde,   et  il   l'est    logiquement 
comme  les  vérités  éternelles  le  sont  aux  ob- 
jets auxq^uels  elles  s'appliquent.  Dieu  n'a 
pas  été  oisif,  puis  créateur  :  il  est  créateur 
éternellement  ;  mais  l'ensemble  des  choses 
créées  a  commencé  dans  le  temps ,  en  vertu 
de  la  volonté  créatrice  éternelle.  Demandera- 


ÎS9 


ces 


ET  DE.  PALEONTOLOGIE. 


COS 


SlHl 


t-on  pourquoi  Dieu  n*a  pas  voulu  que  l'exis- 
tence du  monde  commençât  plub  tût ,  et 
quelle  raison  suiCsantoila  eue  de  faire  com- 
mencer Toxistence  du  monde  en  tel  point 
du  temps  plutôt  qu*en  tel  autre?  Cette  ques- 
tion est  encore  un  non-sens  :  le  temps ,  en 
lui-même ,  est  tout  à  faitindéterminé,  puis- 
qu'il n*est  autre  chose  que  la  possibilité  in- 
définie de  la  durée.  Le  commencement  de 
l'existence  du  monde  est  la  [)remièrc  déter- 
mination qui  ait  été  introduite ,  le  premier 
point  qui  ait  été  posé  dans  le  temps  indéfini. 
Ainsi ,  Dieu  n'a  pas  eu  à  choisir  entre  plu- 
sieurs points  préexistants  :  il  fallait  oien 
qu'il  j  eût  un  premier  instant  du  monde  ;  ce 
premier  instant  aurait  pu  être  différemment 
situé  par  rapport  à  une  époque  donnée  de 
l'existence  du  monde  actuel,  mais  non  ))ar 
rapport  à  un  point  pris  en  dehors  de  celle 
existence,  puisqu'il  n'y  en  avait  aucun.  De 

âuelcjue  manière  que  fe  monde  commençât, 
n'aurait  pu  commencer  ni  plus  tôt,  ni 
plu3  tard ,  soit  par  rapport  à  réternité ,  seule 
existence  réelle  qui  lui  soit  antérieure ,  et 
qui  Test  logiquement ,  mais  non  par  un  in- 
terralle  de  temps,  soit  par  rapport  au  temps, 
être  idéal ,  qui  n'a  cessé  d'être  entièrement 
indéterminé  et  n'a  commencé  d'avoir  des 
parties  distinctes,  que  précisément  par  le 
commencement  de  l'existence  du  monde. 

Toutes  les  objections,  anciennes  ou  ré- 
centes, contre  la  création  non  éternelle  dans 
son  effet,  quoique  éternelle  dans  sa  cause  im- 
muable, sont  de  l'espèce  de  celles  que  nous 
Tenons  d'examiner  :  elles  passent  toutes  à 
côté  de  la  doctrine  que  nous  avons  exposée, 
et  qui  n'est  pas  nouvelle  ni  ignorée  dans 
rhistôire  de  la  philosophie.  Fénelon  avait 
pu  trouver  déjà  le  principe  de  cette  doctrine 
dans  Platon,  dans  Plutarque,  dans  Nuuje- 
nius  et  dans  Boèce,  du  moins  en  ce  qui  cou- 
crTne  la  distinction  nécessaire  du  temps  et 
de  l'éternité.  Puissions-nous  avoir  formulé 
cette  doctrine  d'une  manière  plus  complète^ 
plus  précise  et  plus  inattaquable! 

La  création,  acte  éternel  de  Dieu,  d'où  ré- 
sultent l'existence  non  éternelle  de  l'ensem- 
ble des  choses  créées  et  leur  durée  succes- 
sive, est  donc  la  seule  explication  vraiment 
rationnelle  et  philosophiquement  acceptable 
de  l'existence  des  substances  contingentes. 
Cette  explication  n'est  pas  complète  sans 
doute;  mais  elle  ne  peut  pas  l'être,  et  nous 
savons  pourquoi  ;  le  rapport  du  fini  à  l'in- 
fini ne  peut  être  compris  par  une  intelli- 
gence bornée,  qui  ne  peut  comprendre  en- 
tièrement l'infini,  ni  par  conséquent  le  fini  : 
pour  se  rendre  parfaitement  compte  d'un 
rapport,  il  faudrait  en  connaître  parfaitement 
les  deux  termes.  11  faut  se  contenter  de  sa- 
voir que  ce  rapport  existe  et  quelle  en  est  la 
nature.  Le  rapport  du  fini  à  1  infini  est  celui 
de  l'effet  à  la  cause,  de  l'effet  non  étemel  à 
la  cause  éternelle,  de  l'effet  qui  a  com- 
mencé et  qui  dure  dans  le  temps  à  la  cause 
qui  existe  oùtis  son  éternité  indivisible.  Or, 

(-114)  Tramact.  phitcioph.  4833.—  Traité  d'ai- 
tronomie^  etc.  —  Laplace,  Aropcrc,  Arago  et  beau- 
coup d*aiitreii. 


une  cause  peut  produire  hors  d'ellc-raêmop 
comme  le  prouve  la  production  journalière 
des  modes  d'une  substance  active  par  l'acti- 
vité d'une  autre  substance,  qui  excite  l'arti- 
vilé  de  la  première.  Les  substances  cont  n- 
genles,  (jui  n'ont  pas  eu  elles-mêmes  leur 
raison  d  être,  ne  peuvent  produire  que  des 
modes.  La  substance  nécessaire,  qui  a  sa 
cause  en  elle-même,  peut  produire  des 
substances,  et  elle  en  produit,  puisque  des 
substances  non  nécessaires  existent.  Le 
rapport  du  fini  à  l'infini,  qui  est  celui  de 
l'efifet  à  la  cause,  n'est  donc  pas  en  même 
temps  celui  du  mode  à  la  substance,  puisque 
les  attributs  du  fini  sont  contradictoires  avec 
ceux  que  la  raison  nous  fait  entrevoir  dans 
l'infini  ;  puisque  le  fini  nous  apparaît  comme 
étant  précisément  ce  que  l'infini  ne  peut 
pas  être,  cl  réciproquement  ;  mais  surtout 
puisque  l'existence  des  puissances  finies, 
et  d'abord  de  la  nôtre,  à  titfe  de  substances 
et  non  à  titre  de  simples  modes  d'une  subs- 
tance unique,  nous  est  prouvée  par  les 
données  réunies  de  l'observation  et  de  la 
raison. 

Voilà  comment  et  jusqu'à  quel  point  la 
philosophie  nous  semble  pouvoir  éclairer  la 
question  générale  de  l'origine  des  êtres 
conlingents. 

Ces  principes  établis,  nous  allons  expo- 
ser brièvement  la  théorie  cosmogonique 
qui  a  été  le  plus  en  vogué  parmi  les  sa- 
vants. Imaginée  d'abord  par  W.  Herschell, 
puis  développée  par  l'autour  de  la  Mécani- 
que céleste  {Voy.  Laplace),  elle  a  été  depuis 
adoptée  par  quelques  cosmogonistos,  bien 
intentionnés  d'ailleurs,  qui  ont  prétendu  la 
trouver  tout  entière  dans  le  premier  chapi- 
tre do  la  Genèse.  Cette  idée  n'ft  abouti  qu'à 
faire  du  texte  sacré  le  plus  étrange  logogri- 
phc.  Nous  examinerons  celle  théorie  à  ce 
dernier  point  de  vue  aux  articles  Godefroy, 
Marcel  DE  Serres,  Jours -périodes,  etc.  Ici, 
nous  ne  la  considérons  que  sous  le  rapport 
des  exigences  de  la  science  elle-même,  et 
nous  montrerons  en  peu  de  mots  que  l'un 
de  ses  plus  habiles  défenseurs,  le  marquis 
de  Laplace,  n'a  pu  se  passer  de  Dieu  dans  la 
formation  de  l'univers,  quoique  ce  fût  là  le 
but  que  se  proposait  l'orgueilleux  savant. 
—  Selon  cette  théorie,  le  premier  acte  de 
la  création  paraît  avoir  élé  de  remplir  l'in- 
commensurable espace  d'une  matière  éthé- 
rée,  qui,  d'après  les  plus  récentes  découver- 
tes astronomiques,  dues  principalement  aux 
infatigables  recherches  des  Herschell  (IH), 
va  se  condensant  en  amas  plus  ou  moins 
globulaires  d'étoiles  ou  soleils,  de  comètes, 
de  pkmètes,  de  satellites,  etc.,  amas  isolés 
dans  les  cièux,  soumis  à  des  lois  qui  ne  ré- 
gissent qu'eux  seuls,  et  placés  à  une  distance 
si  considérable  de  la  terre,  que  la  lumière 
qu'ils  nous  envoient,  mue  avec  une  vitesse 
de  80,000  lieues  métriques  par  seconde,  s'en 
est  dégagée  il  y  a  probablement  plus  do 
mille  ans  (115).  Chacune  de  ces  masses  glo- 

(115)  Ce  qui  fait  un  total  d'au  moins  24,608,080 
minions  de  lieues  jpour  leur  distance  de  la  terre. 


ÎOI 


cos 


DICTIONNAIRK  DE  COSMOGOrOS 


COS 


tii 


biliaires,  eonslilunnt  ce  que  Ton  appelle  une 
nébuleuêe^  est  considérée  comme  le  germe 
d*un  système  de  mondes  futurs,  analozue 
au  système  de  mondes  dont  notre  soleil  et 
nos  étoiles  font  partie.  Car,  suirant  cette 
hypothèse,  tous  les  corps  célestes  que  nous 
apercevons  dans  Tespace  autour  de  nous  ne 
forment  qu'une  nébuleuse,  parvenue  au  point 
où  toute  la  matière  s'est  concentrée  en  noyaux 
solides,  et  comparables,  pour  la  forme,  à  une 
meule  de  moulin  dont  la  voie  lactée  indi- 
querait le  diamètre  (116),  et  qui  compren- 
drait, dans  son  épaisseur,  toutes  les  éloilps 
que  nous  découvrons  à  droite  et  à  gauche 
dans  le  sens  de  ses  deux  faces. 

A  présent,  si  nous  recherchons  quelle 
force,  en  résistant  à  Taction  de  la  pesanteur 
et  à  celle  des  affinités  chimiques,  a  dû  ori- 
ginairement s'opposer  à  la  condensation  de 
cette  immense  masse  à  Tétat  de  fluide  élasti* 
que,  dont  tous  les  globes  de  notre  nébuleuse 
particulière  auraient  été  formés,  c'est  dans 
Je  calorique  que  nous  devons  naturellement 
la  placer.  Mais,  en  vertu  des  lois  de  la  cha- 
leur rayonnante,  et  à  la  suite  de  siècles  qui 
échappent  à  tout  calcul,  toutes  ces  matières 
si  diverses  se  seront  graduellement  refroidies 
en  se  partageant  entre  une  multitude  de 
noyaux  ou  centres  d'attraction,  selon  l'ordre 
de  leur  pesanteur  spécifique  ;  de  gazeuses, 
elle  seront  devenues  liquides,  puis  solides 
à  divers  degrés,  de  manière,  toutefois,  que 
la  température  de  chaque  dépôt  successif 
et  concentrique  ne  se  sera  jamais  élevée 
au-dessus  de  celle  à  laquelle  le  dépôt  aura 
d'abord  été  formé.  A  l'état  liquide,  chacune 
de  ces  masses,  soumise  à  un  mouvement  de 
rotation  sur  elle-même,  aura  pris  la  forme 
d'un  sphéroïde  renflé  à  son  équateur,  aplati 
vers  les  pâles  (117). 

Ainsi,  pour  nous  renfermer  dans  un  cer- 
cle comparativement  beaucoupplus  restreint, 
l'espace  qui  s'étend  jusqu'aux  orbes  des  pla- 
nètes les  plus  reculées  de  notre  système 
solaire,  jnsau'à  l'orbite  d'Uranus,  par  exem- 
i>le,  éloignée  du  soleil  de  737  millions  de 
lieues,  toutcet espace  n'aurait  été  à  l'origine 
qu'une  vaste  nébulosité,  ayant  pour  centre 
le  centre  de  notre  soleil,  dont  elle  formait 
comme  l'atmosphère.  Par  suite  de  la  con- 
densation progressive  et  continue  que  le 
refroidissement  opérait  aux  extrêmes  limi- 
tes de  cette  immense  masse  de  vapeurs  (118), 
mise  en  mouvement  sur  elle-même ,  des 
niasses  partielles,  ries  agglomérations  dis- 
tinctes s  en  détachaient  successivement  dans 

M 16)  Cestà  cause  de  Ténorme  largeur  de  cette 
nébuleuse,  dont  nous  occupons  à  peu  prés  le  centre, 
que  les  étoiles  qui  la  composent,  vues  dans  le  sens 
du  diamètre,  présentent  à  Foeil  nu  Tapparence  de 
levers  nuages  blancs,  formant  ce  qu*on  appelle  vul- 
gairement la  voie  lactée^  composée  de  myriades  d*é- 
toiles  les  unes  derrière  les  autres.  Diaprés  Testima- 
tion  de  W.  Herschell,  il  en  passa  50,(M)0  au  moins 
dans  le  champ  de  son  télescope  en  une  heure,  et 
dans  ime  zone  de  S  degrés  de  largeur  seulement. 

On  connaît  2,500  nébuleuses  et  groupes  d'étoiles; 
elles  out  une  grande  variété  de  formes. 

M 17)  C'est  ce  que  démontre,  pour  la  terre,  le  cal- 
cul basé  soit  sur  les  lot^  de  rhvaio.sialiine,  soit  sur 


le  plan  de  son  équateur.  En  verUi  du  prin- 
cipe des  aires,  à  mesure  que  l'atmosphère 
solaire  se  resserrait,  le  mouvement  de  ro- 
tation s^accélérait,  la  force  centrifuge  due  à 
ce  mouvement  devenait  proportionnellement 
plus  grande,  et  le  point  où  la  pesanteur  lui 
est  égale  se  rapprochait  du  centre  du  soleil. 
Toutes  les  masses  de  vapeur  ainsi  abandon- 
nées à  des  époques  et  à  des  distances  diver- 
ses, continuaient  de  circuler  autour  do 
Taslre  central,  leur  force  centrifuge  ou  tf  in  * 
pulsion  se  trouvant  balancée  par  leurpe* 
sauteur,  c'est-à-dire  i>ar  la  force  attractite 
du  soleil. 

Toujours  conformément  aux  mêmes  lois, 
ces  masses  secondaires,  constituant  ce  que 
nous  appelons  les  planètes,  par  la  condec* 
sation  de  Tatmosphère  propre  dont  elles 
étaient  environnées,  ont  formé  aux  limites 
de  cette  atmosphère  de  nouvelles  masses 
globulaires,  circulant  autour  du  centre  des 
planètes  dont  elles  sont  devenues  les  s&- 
tellites. 

Le  peu  d'excentricité  des  orbes  des  pla- 
nètes et  de  leurs  satellites,  le  peu  d'inclinai- 
son de  ces  orbes  à  l'équateur,  et  l'identité 
du  sens  des  mouvements  de  rotation  et  de 
révolution  de  tous  ces  corps  avec  celui  de 
la  ro  ation  du  soleil,  paraissent  donner  à 
ceUe  hypothèse  un  nouveau  de ^ré  de  vrai- 
semblance. 

En  admettant  que  les  choses  se  soient  cas- 
sées de  la  manière  que  nous  venons  de  I  ex- 
poser relativement  a  la  formation  originelle 
de  chacun  des  globes  de  notre  système,  el 
faisant  abstraction  de  toute  réaction  chimi- 
que entre  les  diverses  substances  simples  et 
composées  qui  constituent  chaque  dépôt 
particulier,  on  peut  imaginer  qu  il  y  aurait 
eu  homogénéité  de  com)X)sition  entre  cha- 
cune des  enveloppes  concentriques  et  une 
exacte  séparation  des  unes  d'avec  les  autres 
par  des  lignes  de  nivean.  Mais  pour  eipli- 

auer  l'état  du  globe  terrestre,  où  tout  atteste 
'immenses  explosions  et  des  déchirements 
sans  nombre,  il  faut  rendre  aux  éléments 
des  couches  successives  es  propriétés  chi- 
miques dont  ils  sont  doués.  Alors  l'ordre 
régulier  que  nous  supposions  tout  à  l'heure 
est  détruit,  et  il  se  manifeste  d'innombrables 
réactions  et  combinaisons  nouvelles  qui 
amènent  des  soulèvements,  des  brisements, 
des  bouleversements,  et  une  série  de  phéno- 
mènes d'une  prodigieuse  grandeur,  accom- 
plis pendant  la  durée  de  périodes  de  temps 

Faction  des  perturbations  lunaires.  Cet  aplatlsscrofni 
de  la  terre  aux  pôles  est  de  t;305,  d*après  les  calculs 
de  Clairaut  et  de  Laplace. 

(118)  H.  Poisson,  lui,  établit  f|ne  la  déperdition 
de  toute  la  chaleur  d'origine  précédait  ou  accompa- 

Snait  la  solidification  des  masses,  que  les  quanti t*^ 
e  chaleur  dégagées  étaient  transportées  à  la  surface 
où  elles  se  dissipaient  dans  Tespace  sous  forme 
rayonnante,  et  que  la  solidification  commen<:aii  par 
les  couches  centrales.  {Théorie  maîhémat.  de  la  cha- 
leur, p.  427.)  Dans  Tune  et  Tautre  théorie,  oue  de- 
venait cette  prodigieuse  quantité  de  calorique?  On  ue 
nous  le  dit  pas.  Voy,  I^oisson  (M.). 


m 


cos 


a  DE  PAIAONTOLOGIE. 


COS 


f9l 


immenses  (119),  sur  toute  Tétendae  de  la 

sarbce  du  globe 

Cependant  les  siècles  9*écou]ent,  Téner- 
Çqne  effenrescence  de  tons  les  éléments  an- 
tipathiques qui  se  combattent  et  qui  se  mé* 
lent  diminue  par  Teflet  des  combinaisons  et 
d*ao  refroidissement  toujours  nrogressif;  la 
croûte  M)lidifiée  s*épaissit,  se  nie  peu  à  peu 
ualgpré  des  commotions  fréquentes,  des  bou- 
ler ersements  partiels  et  une  foule  de  phéno- 
mènes chimiques  et  météorologiques  ;  Tat* 
mosphère  enrironnant  le  noyau  condensé, 
d'abord  d*une  immense  étendue  et  composée 
d*Qne  foule  de  substances  diverses  à  une  ex- 
cessiTe  température,  subit  une  longue  suite 
de  modifications,  jusqu'à  ce  qu'enfin  sa  tem- 
pérature soit  assez  abaissée  pour  que  la  va- 
peur d'eau  puisse  passer  à  Tétat  liquide  et 
se  précipiter  à  la  surface  de  la  terre.  Alors 
commence  une  nouvelle  et  longue  série  de 
réactions  chimiques  :  une  immense  oxyda- 
tion s*opère  par  le  contact  de  Teau  avec  les 
bases  métalloïdes  des  terres  et  des  alcalis , 
en  dégageant  une  énorme  quantité  de  cha- 
leur qui  volatilise  les  eaui  à  mesure  qu'elles 
arrivent.  Mais  le  refroidissement  augmen- 
tant de  plus  en  plus,  Teau  se  précipite  en 
plus  grande  abondance;  le  noyau  solide  est 
entouré  d'un  vaste  océan  acide,  qui,  péné- 
trant dans  rintérieur  du  sphéroïde,  y  déter- 
ojine  une  oxydation  violente;  la  croûte  su- 
fférieure  est  soulevée,  brisée  de  toutes  parts, 
viuodise  à  des  remaniements,  et  pour  résul- 
tat de  ces  prands  mouvements  mécaniques, 
la  terre  se  nérisse  de  montagnes  autour  des- 
quelles roulent  les  flots  brûlants  d'une  mer 
azitée  p»ar  les  marées,  les  courants,  etc.,  et 
douée  d'une  prodigieuse  puissance  d'érosion. 
Sous  Inaction  prolongée  cle  ces  eaux,  si  éner- 
^iquement  dissolvantes,  les  éléments  des 

M 19)  On  a  été  conduit,  par  de  savante  calculs,  k 
re  résiilial  remarquable  que  la  terre,  une  fois  écbanf- 
ffe  a  vne  température  quelconque,  et  plongée  dans 
Qo  Miffien  plus  froid  qi relie,  ne  se  refroidit  pas  plus, 
davs  t'espace  de  I,i80,000  années,  qu'un  globe  de 
3^  nrillîiBèires  de  diamètre,  formé  de  matières  pa* 
reilles,  et  placé  dans  ks  mêmes  circonstances,  ne  le 
fc-rait  ea  mae  seconde,  La  durée  de  ces  grands  phéno- 
mènes, dit  Foorier,  répond  aui  dimensions  de  Tu- 
biv^rs;  elle  est  mesurée  par  des  nombres  da  mémo 
•rJre  que  ceui  qaî  ex|>riraent  les  distances  des  étoi- 
le fixes.  (Amuste*  de  chimie  ei  de  physiaue  [  octobre 
i^ii^.)  D  est  démonlré  que  depuis  2,(KMi  ans,  le  jour 
K4éral  B*a  pas  varié  de  l/tOO*  de  seconde ,  ou  que 
la  dimiBUtion  de  la  température  de  la  moêsè  toiuU 
dn  glofce  a  été  moindre  de  t/2U0*  de  degré  ;  c'esi-à- 
Aie  qnll  est  démonlré  qu*en  2,000  ans  la  lerre  n*a 
pas  éprouvé  la  plus  légère  diminution  dans  ses  di- 
mea&îons. 

(liO)  L^eau  Imiillante  passe  de  100  degrés  à  172 
par  b  compression  de  8  atmosphères,  et  à  !£65,89  par 
h  compression  de  50  alraosphères.  Si  Ton  suppose 
qae  le  tiers  on  même  le  quart  des  eaux  marines  était 
a  rélat  de  vapeur  lorsque  les  premiers  granits  se 
fcriBaîenC,  ce  sera  au  fond  d^une  masse  d*eao  com- 
prînée  par  le  poids  de  50  atmosphères  et  soumise  à 
«ne  fhairur  de  plus  de  265  degrés  que  se  sera  opéré 
le  remaniement  des  détritus  granitiques ,  et  leur  ag  « 
g««iti2alîon  par  le  ciment  siliceux  et  feldspatbiqne 
qu'alandoonèreat  les  eaux  m  dcvena'^t  moins  chau- 


roches  eranitiques  sont  désagrégés  (120)  « 
leurs  détritus»  longtemps  tenus  en  suspen- 
sion mécanique  dans  les  eaux,  se  déposent 
peu  à  peu  au  fond  des  mers,  et  se  conver- 
tissent, sous  Tinfluence  de  la  chaleur  cen- 
trale, en  .immenses  lits  de  gneiss,  de  mi- 
caschistes*, de  roches  amphiboliques ,  de 
schistes  argileux,  etc.  (ISl).  Les  agents  at- 
mosphériques secondent  Taction  des  mers 
dans  ce  travail  de  destruction,  en  attaquant 
avec  une  violence  désintégrante,  oui  ne  se 
retrouve  plus  dans  aucun  des  météores  ac- 
tuels, toutes  les  masses  minérales  qui  s'éle- 
vaient au-dessus  du  niveau  de  ces  mers  pri- 
mitives, au  fond  desquelles  sont  balayés  tous 
ces  abondants  matériaux  sous  forme  de  vase, 
de  sable  et  de  gravier. 

Telle  serait  la  solution  d*undes  problèmes 
les  plus  difficiles  et  ies  plus  compliqués  de 
la  géologie,  celui  de  la  formation  de  cette 
immense  masse  cristalline  à  surface  irrégu- 
lière qui  sert  de  fondement  à  toutes  les  cou- 
ches sédimentaires  stratifiées  qui  lui  sont 
superposées,  et  dont  tous  les  matériaux  pro- 
viennent de  la  disgrégalion  opérée  primiti- 
vement dans  ces  masses  granitiques  par  des 
forces  d*un  grand  pouvoir  de  dissolution. 

Parmi  les  nombreux  agents  physiques 
dont  Faction  parait  avoir  le  plus  puissam- 
ment influé  à  toutes  les  époques  sur  la  com- 
position et  Tarrangement  des  éléments  du 
monde  matériel,  la  dynamique  géologique 
place  donc  au  premier  rang  deux  principes 
antagonistes,  le  feu  et  Teau;  insiruments 
d'une  énergie  immense,  qui  ont  déterminé 
visiblement,  dans  Téconomie  de  notre  globe» 
à  sa  surface  comme  dans  son  intérieur,  les 
plus  étonnantes  révolutions  et  les  change- 
ments les  plus  féconds  en  résultats  d'une 
haute  importance.  Tels  sont  les  deux  grands 

(121)  n  eiîste  plusieurs  théories  sur  la  fonnatlon 
de  ces  premières  roches  stratiliées  qui  ne  contien- 
nent aucun  débris  organique.  (  Voy.  dc  la  Bëchc, 
RecheTches  sur  la  part.  Ihéor,  de  la  géologie^  ch.  U.) 

La  consolidation  des  divers  dépôts  sédimei  lairrfl 
s*est  effectuée  sous  rinfluence  de  plusieurs  causes. 
Si  Taetion  de  la  chaleur  a  dû  contnbuer  â  convertir 
ks  premiers  dépôts  de  sable  en  quartz  compacte  ?t 
les  premiers  lits  d*argile  en  schistes  argiient,  da.«s 
les  terrains  stratiformes  primitifs  et  dans  les  roches 
de  la  grauwacke,  la  consolidation  des  couches  argi- 
leuses, secondaires  et  tertiaires  peut  très  bien  s'ei- 
pliquer  par  une  pression  considérable,  ou  par  Fad- 
mission  de  carbonate  de  chaux,  lorsque  Targile  de- 
vient mameuse.  Cette  même  pression  rend  compte 
de  h  transformation  des  sables  en  lits  de  ijrès,  dans 
les  mêmes  terrains,  transformation  qui  a  été  favori- 
sée, dans  un  grand  nombre  de  circonstances,  par  !a 
précipiution  d'un  ciment  Untôt  calcaire,  tantôt  sill- 
ceui,  d^osé  très-probablement  par  quelque  vo.0 
humide,  de  la  même  manière  que  se  forment  les  sta- 
lactites et  certaines  concrétions  quartzeuses  ,  la 
chalcédonie,  etc.  Ce  dernier  prccéde  parait  être  ce- 
lui qu*a  employé  la  nature  pour  la  formation  des 
marbres,  bien  que  plusieurs  marbres  cristallins  aient 
pu  se  former  par  Faction  du  feu  sous  upc  pression 
énorme.  Les  dép^  des  eaux  dc  Saint-Philippe,  en 
Toscane,  forment  iournellcment  des  marbres  qui  ont 
la  cassure,  Taspect  et  tout  ce  qui  constitue  les  mar- 
bres dits  primitifs  ou  statuaires. 


S05 


cos 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CQfi 


fSh 


leviers  à  Taide  desquels  1  inlelligence  créa- 
trice paraît  avoir  pétri,  façonné,  disposé  la 
malière  inorganique  de  notre  monde  ;  et  jus- 
qu'au ipilieu  de  la  turbulence  et  du  désordre 
apparent  de  tant  d'éléments  opposés,  sa  sa- 
gesse providentielle  et  sa  toute-puissance 
éclatent  par  l'uniformité  des  lois  qui  ont 
réglé  tous  ces  mouvements,  dirigé  toutes  ces 
forces,  présidé  à  l'accomplissement  de  tous 
ces  étonnants  phénomènes. 

Beaucoup  d  esprits  du  premier  ordre  ap- 
pellent grande  et  simple  1  hypothèse  cosmo- 
conique  que  nous  venons  d  exposer  (122); 
(]uelqucs-uns  la  trouvent  absurde,  quasi 
impie  ;  elle  paraît  à  d'autres  assez  ingénieuse, 
et  surtout  parfaitement  innocente^  S*il  nous 
est  permis  d*émettre  notre  sentiment  à  cet 
é^ard,  nous  dirons  que  nous  sommes  assez 
disposés  à  nous  ranger  du  côté  de  ces  der- 
niers. Nous  pensons  que,  pour  parvenir  à 
ses  fins,  il  a  sulTi  à  l'éternel  géomètre  de 
laisser  un  libre  cours  aux  agents  naturels 
une  fois  mis  en  action  par  sa  volonté  toute- 
puissante  (123).  Nous  ne  voyons  aucune  im- 
piété à  supposer  que  Dieu  n'a  pas  créé  ins- 
tantanément les  globes  sans  nombre  qui 
('i«rculent  dans  l'immensité.  Il  l'aurait  pu 
^ans  doute,  qui  le  nie?  mais  l'a-t-il  fait? 
I-a  Genèse  est-elle  donc  si  explicite  à  cet 
égard?  Que  Dieu  ait  employé  à  créer  ce 
monde  un  moment,  ou  cent  mille  ans,  ou 
mille  millions  d'années,  qu'importe  à  sa 
gloire?  L'éternité  tout  entière  n'est-elle  pas 
toujours  au  delà?Répugne-t-il  è  ses  attributs 
d  admettre  qu'il  ait  soumis  à  des  lois  orga- 
nisatrices les  éléments  de  la  matière  dont  il 
a  formé  les  mondes,  et  qu'il  leur  ait  fait 
subir  une  longue  suite  de  modiGcatinns,  à 
peu  près  comme  il  fait  dépendre  d'une  suc- 
cession de  phénomènes  1  accroissement  du 
ehène  de  nos  forêts?  Qui  s'étonne  que  cet 
ftrbre,  qui  nous  ombrage  de  sa  vaste  cime, 
n'ait  pas  poussé,  tel  qu'il  est,  dans  l'espace 
«lune  minute,  au  lieu  de  n'avoir  développé 
son  tronc  majestueux  qu'après  trois  siècles 
ifl'évolution  ?  Et  les  éléments  dont  il  est  com- 
posé ont  été,  eux  aussi,  à  l'état  de  gaz  ou  de 
vapeur.  Personne  ne  songe  &  faire  un  crime 
au  savant  de  rechercher  les  lois  physiologi- 
ques qui  ont  présidé  à  la  croissance  du 
cnène,  l'honneur  de  nos  forêts  ;  pourquoi  ne 
lui  serait-il  pas  permis  aussi  de  rechercher 
les  lois  génésiaques  qui  ont  présidé  à  la  for- 

(122)  c  L*liypothèse  qui  nous  présente  les  maté- 
riaux du  globo  comme  ayant  existé  primitivcmeut 
S'  us  la  forme  d'une  nébuleuse,  offre,  dit  le  célèbre 
fiucklafid,  la  théorie  la  plus  simple  et  par  conséquent 
la  plus  probable  de  la  condilion  première  des  élé- 
ments matériels  qui  composei-l  notre  solaire.  » 

Un  autre  savant  anglais  ,  M.  Whewrll,  a  fait  voir 
jQsqu*;i  quel  point  cette  théorie,  supposée  vraie,  tend 
à  augmenter  nos  convictions  sur  Texistence  d'une 
intelligence  prrmiilivc  cl  prtsiiiant  à  tout.  (Voir  son 
Traité  de  Bridgeivater,  ch.  7.) 

«  Toutes  les  théories  mooernes,  fondées  sur  les 
données  les  plus  positives  que  nous  fournissent  l'as- 
tronomie, la  physique  et  la  géologie ,  admeuent  que 
la  terre  ciail  pnmitivenïonl  à  Tétai  gazeux,  c*esl-à- 
dire  que  toutes  les  substances  sol  des  qui  h  compo- 
sent aujourd'hui  se  trouvaient  disscmitiées  à  l'état  de 


mation  de  la  terre  et  des  corps  célestes  qui 
peuplent  leGrmament? 

Au  reste,  la  loi  du  développement  graduel 
se  retrouve  dans  tous  les  ordres  de  phéno- 
mènes de  la  nature,  qui,  comme  Fa  dit  un 
observateur  célèbre,  ne/at7  rien  par  saut  [tîk). 
Elle  parait  ôtre  une  des  lois  les  plus  univer- 
selles de  la  création.  Le  temps  est  Télément 
nécessaire  du  perfectionnement  de  toutes 
choses,  et  cette  observation  est  aussi  appli- 
cable au  monde  moral  qu'au  monde  pbysi- 
3ue  ou  organique.  Le  minéral  polvèdre  n'est 
'abord  qu'une  molécule  autour  de  laquelle 
viennent  se  ranger  symétriquement  d'autres 
molécules;  toute  plante,  à  son  origine,  n'est 
qu'un  germe,  tout  animal  qu'un  embryon, 
et  cet  embryon  et  ce  germe  n'arrivent  à'ieur 
entier  accroissement  que  par  une  marche 
progressive. 

a  L'ordre  même  observé  dans  la  création 
des  six  jours,  qui  se  rapporte  à  la  disposi- 
tion présente  des  choses,  semble  indigner 
que  la  puissance  divine  aimait  à  se  manifes- 
ter par  des  développements  graduels,  s'éie- 
vant  en  quelque  sorte  avec  mesure  de  l'ina- 
nimé à  l'organisé,  de  l'insensible  à  l'instinc- 
tif, de  l'irrationnel  à  l'homme.  Et  quelle 
répugnance  y  a-t-il  à  supposer  que,  depuis 
la  première  création  de  1  informe  embryon 
de  ce  monde  si  beau,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  été 
revêtu  de  tous  ses  ornements ,  et  propor- 
tionné aux  besoins  et  aux  habitudes  de 
l'homme,  la  Providence  puisse  avoir  voulu 
conserver  une  gradation  analogue,  au  moyen 
de  laquelle  la  vie  aurait  progressivement 
avancé  vers  la  perfection  et  dans  sa  puis- 
sance intérieure  et  dans  ses  instruments  ex- 
térieurs? Si  les  phénomènes  découverts  par 
la  géologie  manifestaient  l'existence  dun 
pareil  plan,  qui  oserait  dire  qu'il  ne  s'accorde 
I\as  dans  la  plus  stricte  analogie  avec  les 
voies  de  Dieu  dans  la  loi  physique  et  morale 
de  ce  monde?  Ou  qui  assurera  que  ce  plan 
contredit  la  parole  sacrée,  puisque  pour  cette 
période  indéfinie  dans  laquelle  l'œuvre  du 
développement  graduel  est  placée,  nous  som^ 
mes  dans  une  complète  obscurité  (125)  ?  » 

Ce  n'est  pas  que  nous  n'ayons  bien  des  dif- 
ficultés à  opposer  à  la  théorie  en  question  , 
et  l'on  n'en  doit  pas  être  surpris  :  le  sujet  est 
certainement  le  plus  ardu  qu'on  puisse  se 
proposer. 

Et  d'abord  nous  observerons  que  les  né- 
vapeur,  dans  un  espace  beaucoup  plus  grand  que  ce- 
lui  qu'elle  occupe  aujourd'hui.  »  (Becquerel,  TraiU 
de  rétectricîté  et  du  maanélhme^  l.  I"',  p.  4ôO.  Voir 
aussi  DE  LA  BÊcnEf  Recherches  sur  la  partie  théorique 
de  la  géoloaie^  c.  2.  ) 

(i!25)  c  La  sagesse  divine  embrasse  avec  une 
force  infinie  et  la  raison  première  et  la  fin  dernière 
des  êtres,  et  dispose  tout  avec  douceur  pour  les  con- 
duire à  cette  fin.  >  {Sat/esse,  viii,  1.) 

(124)  Ratura  non  agitper  saltum.\L\SKt,) — Cetif 
loi  de  continuité  qui  semble  régir  toute  la  nature, 
a  donné  lieu  à  une  foule  de  découveites  physiques, 
et  a  conduit  à  In  connaissance  d*anal)gies,  de  rela- 
tions intimes  entre  des  phénomènes  qu  on  ne  soup- 
çonnait pas  d'ulord  en  avoir  aucune. 

(125)  NViSEMAis,  biscour^  sur  Us  rtipports  entre  U 
science  et  Tî  religion  révélée ^  lom.  I",  p.  302. 


cos 


ET  DE  PâLEONTOLOGIE. 


COS 


ÎM 


hnleoses  sut  lesquelles  on  s*appuie  sont  les 
ol^els  astronomiques  (es  moins  connus  de 
tout  le  del  étoile*  et  sur  la  nature  desquels 
les  sarants  sont  le  moins  d'accord. 

On  suppose  que  ces  masses  de  matière 
diffuse  se  condensent  et  se  séparent  en  d'au- 
tres nébuleuses  à  plusieurs  sièges  d'attrac- 
tion ;  mais  ce  n*est  là  en  effet  qu'une  pure 
supposition,  et  le  télescope  n*a  encore  rien 
révélé  aux  astronomes  qui  porte  à  croire 
'qu'une  pareille  transformation  s*opère. 

On  peut  fort  raisonnablement.coi^ecturer 
que  les  étoiles,  environnées  de  nébulosités 
sont  de  grandes  étoiles,  centres  d'autant  de 
systèmes  célestes  d'une  nature  particulière^ 
et  que  ee  qui  donne  lieu  à  ces  nébulosités 
apparentes*  c'est  la  réunion  d'une  multitude 
d  autres  étoiles  trop  petites  pour  être  obser- 
vées. On  peut  penser  encore  que  ces  nébu- 
leuses sont  entièrement  formées  d'étoiles 
a^omérées  dans  un  espace  plus  ou  moins 
resserré  et  d'un  éclat  intrinsèquement  trop 
faible  p|Our  être  individuellement  aperçues  ; 
la  densité  parait  croître  vers  le  centre,  parce 
que  là  un  plus  grand  nombre  de  ces  étoiles 
se  projettent  les  unes  sur  les  autres,  et,  par 
un  effet  d'optigue,  ces  étoiles,  en  se  rappro- 
chant et  réunissant  leurs  lumières,  produi- 
sent l'image  d'un  point  plus  brillant  que  le 
reste.  C'est  l'opinion  d'Herschell.  EnGn  d'au- 
tres savants  conjecturent  que  ces  points  fai-* 
blement  lumineux,  semés  sur  la  voûte  cé- 
leste, pourraient  bien  être  autant  de  voies 
lactées  d'un  autre  ordre  de  mondes  plus 
éleTés,  dont  il  ne  nous  est  pas  possible  de 
distinguer  les  innombrables  étoiles  (ii6). 

Admettons  cependant  l'existence  de  la 
matière  éthérée  ou  nébuleuse,  il  faut  du 
moarement ,  à  présent^  dans  cette  matière , 

G  or  former  le  monde,  et  du  mouvement  se^ 
B  certaines  lois  déterminées,  et  par  consé- 
quent encore  l'intervention  d'une  cause  pre- 
mière, intelligente  et  toute-puissante.  Le 
système  cosmogonique  qui  nous  occupe  sup- 
pose tout  cela,  comme  il  suppose  la  création 
de  la  matière  élémentaire  et  primitive  qui 
remplit  l'espace. 

On  ne  peut  soutenir  que  le  mouvement 
soit  un  attribut  essentiel  de  la  matière.  La 
matière  est  indifférente  au  mouvement  et  au 
repos,  c'est  un  axiome  de  mécanique.  Si  le 
mouTement  était  essentiel  à  la  matière^  il  en 
serait  inséparable,  il  y  serait  toujours  au 
même  degré  :  toujours  le  même  dans  chac^ue 
fiortion  de  matière,  il  serait  ineommuoica- 
i-.'e,  il  ne  pourrait  ni  augmenter  ni  dimi- 
nuer, et  Ton  ne  pourrait  pàs  même  conce^ 


voir  la  matière  en  repos.  Or,  loin  que  noua 
ne  puissions  pas  la  concevoir  en  repos,  nous 
sommes  portés  au  contraire  à  regarder  le 
repos  comme  son  état  naturel.  Si  noua 
voyons  un  corps  inanimé  en  mouvement , 
nous  ne  mettons  pas  un  seul  instant  en  doute 
1  existence  d'une  cause  qui  a  déterminé  ee 
mouvement,  certains  qo'il  a  commencé  et 
gu'il  doit  finir  avec  l'impulsion  de  la  cause 
étrangère  qui  l'a  produit.  Mais  allons  plus 
avant.  On  parle  du  mouvement  esfentiel  à 
la  matière  :  qu'est-ce  que  ce  mouvement? 
Est*il  indéterminé  ou  déterminé?  Dans  le 
premier  cas,  ce  serait  un  mouvement  en 
tous  sens,  ayant  à  la  fois  tous  les  degrés  de 
vitesse,  chose  absurde.  Bans  le  second  cas, 
qu'on  nous  dise  qu'elle  est  la  direction  gue 
la  matière  en  mouvement  suit  nécessaire- 
ment. Toute  la  matière  en  corps  a-t-elle  un 
mouvement  uniforme,  ou  chaque  atome  a-t- 
il  son  mouvement  propre?  Selon  la  premièn* 
idée,  l'univers  entier  ne  devrait  former 
qu'une  masse  solide  et  indivisible;  selon  la 
seconde,  il  ne  devrait  former  qu'un  fluide 
épars  et  incohérent»  sans  qu'il  fût  jamais 
possible  que  deux  atomes  se  réunissent.  Sur* 
quelle  direction  se  fera  ce  mouvement  com- 
mun de  toute  la  matière  ?  Sera-ce  en  droite 
ligne  ou  circulairement,  en  haut,  en  bas,  k 
droite,  à  gauche?  Si  chaque  molécule  de 
matière  'a  sa  direction  particulière,  (^nelles 
seront  les  causes  de  toutes  ces  directions  et 
de  toutes  ces  différences?  Si  chaque  atome 
ou  molécule  de  matièi^e  ne  faisait  que  tour- 
ner sur  son  propre  centre,  jamais  rien  ne 
sortirait  de  sa  place,  et  il  n  y  aurait  point 
de  mouvement  communiqué;  eticore  même 
faudrait-il  que  ce  mouvement  circulaire  fût. 
déterminé  aans  quelque  sens.  Donner  à  la 
matière  le  mouvement  par  attraction,  c'est 
dire  des  mots  qui  ne  signifient  rien,  et  lui 
donner  un  mouvement  déterminé,  c'est  sup- 
poser une  cause  qui  le  détermine.  Plus  je 
multiplié  les  forces  particulières,  plus  j'ai 
de  nouvelles  causes  a  expliquer,  sansja^ 
mais  trouver  aucun  a^ent  commun  qui  les 
dirige.  Loin  de  pouvoir  imaginer  aucun  or- 
dre dans  le  concours  fortuit  des  éléments, 
je  n'en  puis  pas  même  imaginer  le  combatt 
et  le  chaos  de  l'univers  m'est  plus  inconce- 
vable que  son  harmonie. 

Il  ne  sert  de  rien  de  recourir  à  des  lois  gé- 
nérales pour  expliquer  l'existence  du  mou- 
vement, son  intensité  plus  ou  moins  grande 
et  ses  directions  diverses.  <  Ces  lois  n'étant  \ 
pas  des  êtres  réels,  des  substances,  ont 
donc  quelque  autre  fondement  qui  m'est  in- 


(f  2^  L'apiokm  qml  reprde  les  nébolenses  comme  l5è,  de  200  fois ,  cède  oaaiid  on  peut  poasier  les 
^  aggluméiilian  d'éloites  trop  éloignées  poor  être  grossissemenu  josqn*ii  1,000  et  M  delà.  Ainsi  Ber- 
ëiftincKmcot  à  l'aide  de  nos  însiniments 
.  .  noos  parait  la  plus  vraisemblable.  H  y  a 
àam  le  del  des  -  gronpat  oui  ne  nrésencent  à  rœil 
an  ^*aae  ma«e  eonnneoe  lumim  et  dont  on  dis- 
i  liés  Inm  les  prinâpales  étoiles  avec  le  se- 
de  simples  besicles.  Tel  est  le  cas  pour  les 
les.  n  y  a  d*antres  tacbes  lumineuses  qo*on  ne 

M  à  ranodre  en  groupes  d*étoiles  4|n*au  moven 

^  ^éêeieopn  d*nn  fort  pouvoir  d'ampbOcation/Ce 
Soi  a  réaisté  à  des  grossissements  de  50,  de  f  00^  de 

Sicnoir*  DK  CosiioGOjfn  n  on  PAiioirroLoaiE. 


scheU  est  parvenu  à  transformer  en  agglomérations 
d'étoiles  la  plupart  des  nébuleuses  <|ue  Me&ûer, 
pourvu  de  lunettes  moins  puissantes,  erojait  irré- 
ductibles, et  qn*il  appdaîl  des  nébuleuses  sans  éloi- . 
ks.  A  œ  point  de  vue,  sans  eoutredit  le  plus  raison- 
nable, les  nébuleuses  sont  contraires  plulét  que  fi- 
vorebies  à  Tbypotbése  astranomioo-cliimlqoe ,  ear 
ee  seraient  des  mondes  tout  formés  et  non  à  Pétat 
Vay.  NÉanLSosESi 


M 


XH) 


ces 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


eecBu.  L'expérience  et  robservatîon  nous 
3nt  fait  connaître  les  lois  du  mouTement  : 
ces  lois  déterminent  les  effets  sans  montrer 
les  causes;  elles  ne  suffisent  point  pour  ex- 
pliquer le  système  du  monde  et  la  marche 
lié  runivers.  Descartes,  avec  des  dés  ,  for- 
mait le  ciel  et  la  terre,  mais  il  ne  put  donner 
le  premier  branle  à  ces  dés«  ni  mettre  en 
jeu  la  force  centrifuge  qu'à  l'aide  d'un  mou- 
vement de  rotation.  Newton  a  trouvé  la  loi 
de  l'attraction;  mais  l'attraction  seule  rédui- 
rait bientôt  l'univers  en  une  masse  immo- 
bile :  à  cette  loi  il  a  fallu  joindre  une  force 
projectile  pour  faire  décrire  des  courbes  aux 
oorps  célestes.  Que  Descartes  nous  dise 
quelle  loi  physique  a  fait  tourner  ses  tour- 
billons; que  Newton  nous  montre  la  main 
qui  lança  tes  planètes  sur  la  tangente  de 
leurs  orbites  (127). 

LêS'premières  cau»€S  du  mouvemeni  ne  $oni 
point  dans  la  matière  :  elle  reçoit  le  mouve^ 
ment  et  le  communique^  mau  elle  ne  le  produit 
pas.  Plus  f  observe  l'action  et  réaction  des 
forces  de  la  nature  agissant  les  unes  sur  les 
autreSf  plus  je  trouve -qutj  d'effets  en  effets^ 
il  faut  toujours  remonter  à  quelque  votonté 
pour  première  cause  ;  car^  supposer  un  pro- 
grès ae  causes  à  V infini ^  c'est  n'en  point  sup' 
poser  du  tout.  En  un  mot^  tout  mouvement 
qui  n'est  point  produit  par  un  autre^  ne  peut 
venir  que  d'un  acte  spontané^  volontaire.  Les 
corps  inanimés  n'agissent  ^ue  par  le  mouve» 
mentf  et  il  n'y  a  point  de  véritable e^etion  sans 
volonté,  Voità  mon  premier  principe.  Je  crois 
flonc  qu'une  volonté  meut  l  univers  et  anime 
la  nature.  Voilà  mon  premier  dogme  ou  mon 
premier  article  de  foi  (128). 

Le  mouvement  n'est  donc  pas  essentiel  à 
la  matière.  11  existe  donc  un  premier  Mo 
leur. 

Dans  riijpothèse  que  nous  discutons,  il 
fkut,  pour  construire  le  monde  avec  la  ma- 
tière nébulaire,  qu'il  s'y  forme  différents 
centres  ou  sièges  d'attraction.  En  vertu  de 
quelle  loi  ces  centres  divers  ont-ils  été  dé- 

(127)  Toici  la  réponse  de  Newton  à  ceue  question  < 
c  L«8  mouvements  observés  maintenant  par  les 
|)4anètes  ne  peavent  être  simplement  déterminés  par 
une  cause  naturelle,  ils  doivent  provenir  de  la  vo- 
lonté d*ua  agent  lilm  et  plein  dlntellisence.  Puis- 
qae  les  com&es  descendent  dans  les  i^ens  de  nos 
planètes  et  8*y  meuvent  en  tonte  sorte  de, directions, 
kuîvant  quelquefois  le  même  chemin  que  les  pla- 
nètes, d'autres  fois  prenant  le  chemin  opposé,  ou 
bien  encore  une  direction  oblique,  ayant  leurs  plans 
ÎQclinés  vers  le  ]>lan  de  Técliptique  et  &  des  angles 
de  toute  espèce,  il  est  bien  évident  qu^aucune  cause 
naturelle  ne  pourrait  obliger  les  planètes,  tant  piiiH 
cipales  que  secondaires,  a  se  mouvoir  constamment 
dans  to  môme  direction  et  sur  le  même  plan.  Cette 
roulante  doit  être  Teffet  d*un  calcul  intelligent.  Il 
n*y  a  pas  non  plus  de  cause  naturelle  qui  fût  ca- 
pable de  communiquer  aux  planètes  le  defré  précis 
«Je  vélocité  qui  leur  est  nécessaire,  relativement  à 
leur  distance  du  soleil  et  des  autres  corps  placés 
itans  une  position  centrale  pour  se  mouvoir  en  orbes 
concentriques  autour  de  ces  corps...  Pour  ordonner 
r«  système  avec  son  ensemble  aamirable  de  mouve- 
ments, il  fallait  une  cauoC  ^ui  jugeât  et  comparât 
les  quantités  diverses  de  matière  qui  devaient  entrer 
dans  la  formation  du  soleil  et  des  planètes ,  qui  ap- 


terminés  ?  On  parle  d'attraction  ;  mais  qnVst- 
ce  que  l'attraction  dans  l'état  de  choses  dont 
il  s  agit  f  L'attraction  est  de  deux  sortes, 
Tattraction  planétaire  et  l'attractioD  molécu- 
laire. L'attraction  planétaire  s'exerce  sur  de 
grandes  masses^  à  des  distances  considéra- 
bles; elle  n'est  autre  chose  que  l'action  par 
laquelle  ces  corfis  éloignés  opèrent  ou  in* 
fluent  les  uns  sur  les  autres  à  travers  l'es- 
pace qui  les  sépare,  sans  qu'il  y  ait  aucun 
écoulement  de  corpuscules  qui  y  contri- 
bue (129).  Or,  rattraclioB  planétaire  ne  pou- 
vant pas  évidemment  exister  avant  qu'il  y 
eût  des  planètes  ou  un  système  de  corps  cé^ 
lestes  organisé,  ce  n'est  pas  sans  doute  de 
cette  sorte  d'attraction  qu  il  s'agit  dans  l'iiy- 

fiothèse  de  nos  cosmogonistes.  Reste  donc 
'attraction  moléculaire.  Cette  dernière  a  deux 
modes  d*action  :  l'un  en  vertu  du(|uel  les 
molécules  de  même  nature  sont  unies  entré 
elles  dans  les  corps  solides  ;  c'est  la  cohésion. 
Cette  force,  insensible  dans  les  corps  à  l'é- 
tat gazeux,  était  nulle  dans  la  masse  élé- 
mentaire dont  nous  parlons.  L'autre  mode 
d'action  de  l'attraction  atomique  s'appelle 
affinité  :  c'est  cette  force  qui,  sous  certaines 
conditions,  unit,  combine  entre  eux,  les  ato- 
mes de  nature  différente,  qui  sont  à  l'état  de 
Faz.  La  loi  d'afQnité  est  donc  la  seule  que 
on  puisse  invoquer  ici  ;  mais  pour  qu'elle 
obtienne  son  effet,  plusieurs  conditions  sont 
nécessaires.  Il  y  avait  gazéification,  il  est 
vTai  ;  mais  pour  qu'il  puisse  y  avoir  combi- 
naison, il  faut  de  plus  pression,  et  par  con- 
séquent résistance.  Doù  est  venue  cette 
pression?  qui  est-ce  qui  a  produit  cette  ré- 
sistance dans  la  supposition  d'une  matière 
élémentaire  formée  de  gaz  essentiellement 
élastiques  et  soumis  à  une  expansion  indé- 
finie en  tous  sens?  Evidemment  il  n'y  avait 
pas  de  pression ,  et  par  conséquent  pas  de 
combinaison  .possible.  D'où  nous  conclurrms 
qu'il  n'y  avait  place  pour  aucune  des  espèces 
connues  d'attraction,  e^  parlant  pas  d'attrac- 
tion.  D'où  encore  la  nécessité  de  recourir  à 

préciAt  la  puissance  de  la  gravjlalion  résultant  de 
ces  diflërences ,  régl&t  les  distances  à  établir  etitre 
le  soleil  et  les  planètes  principales,  dt  même  quVn- 
tre  Saturne,  Jupiter,  la  Terre  et  les  planètes  secon* 
daires,  et  qui  assignât  aux  planètes  le  degré  juste 
de  vélocité  qu*elles  devaient  avoir  pour  accomplir 
leur  révolution  autour  des  corps  placés  au  centre. 
AAn  de  meUre  en  rapport  et  d'ajuster  toutes  ces 
choses  dans  un  ensemble  de  corps  si  variés ,  il  a 
fallu  bien  certainement,  non  pas  une  cause  foiiuite 
ou  aveugle,  mais  Tintelligence  du  gt^omètre  le  plus 
habile  et  du  mécanicien  le  plus  consommé.  *(Nbivto.'«  , 
Première  lettre  à  BentMey,) 

(128)  J.-J.  RoossEAir. 

(129)  Cette  force  agit  toujours  en  raison  directe 
des  masses  et  en  raison  inverse  do  carré  des  dis- 
tances. Quand  on  dît  que  le  pouvoir  de  la  gravita- 
tion agit  en  raison  directe  des  musses^  on  eotetti  ^ne 
ce  pouvoir  agit  d*autant  plus  sur  un  corps,  qae  ce 
corps  a  plus  de  parties,  et  quand  on  ajoute  que  cette 
même  gravitation  s^exeree  en  reison  imeetse  dm  carré 
des  distauces,  on  teut  dire  que  le  corps  qui  pèse, 
paï  exemple,  iOO  kilogrammes  à  un  diamètre  de  la 
terre,  ne  pèsera  qifun  kilogr.  s*il  est  éloigné  de  dix 
diamètres. 


»i 


ces 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


501 


rintervention  d*uD  agent  suprême  et  tout- 
puissant  |>our  établir  Tes  centres  d'attraction 
et  rëj^ulariser  les  mouvements  de  la  matière 
primitive. 

Supposons  toutefois  la  matière  élémen- 
taire distribuée  par  masses  globulaires  dans 
l*e';pace,  et  formant  des  nébuleuses  avec 
un  centre  d'attraction  et  des  limites  dé- 
terminés. Pour  former  un  monde  avec 
cette  masse  d'éléments  ainsi  disposés,  une 
foule  de  conditions  sont  nécessaires.  Il  ne 
faut  pas  d'abord  que ,  dans  chaque  masse 
reîspective,  ces  éléments  se  solidiGent,  par 
le  refroidissement,  autour  du  centre  qui  les 
attire,  autrement  nous  n'aurions  qu'un  globe 
énorme  au  lieu  d'un  système  de  globes.  Qui 
préviendra  cet  inconvénient  ?  Le  mouvement 
de  rotation.  Mais  d'où  naît  un  pareil  mouve- 
ment dans  la  nébuleuse?  Quelle  est  sa  cause 
physique?  Pour  expliquer  le  mouvement  gi- 
ratoire des  planètes,  on  a  recours  à  un 
échange  continuel  et  réciproque  des  électri- 
cités de  noms  différents  entre  ces  globes  et 
celui  du  soleil  :  c'est  une  hypothèse  à  la- 
quelle une  expérience  d'électro-ma^nétisme 
a  donné  une  apparence  de  prot>abilité  (130)  ; 
mais,  quelle  qu'elle  soit,  elle  n'est  ici  sus- 
ceptible d'aucune  application.  En  effet,  pour 
que  cet  échange  d'électricité  ait  lieu,  il  faut 
au  moins  deux  globes  dans  le  même  sys- 
tème, et  il  n'y  en  a  qu'un  dans  le  cas 
dont  il  s'agit,  la  masse  immense  de  la  né- 
buleuse (131). 

La  géométrie  la  plus  transcendante,  la 
plus  haute  philosoohie,  sont  donc  dans  l'im- 
puissance absolue  n'expliquer  l'origine  de  ce 
mouvement  de  rotation  que  l'on  suppose 
dans  la  nébuleuse  ;  il  ne  peut  donc  être  at- 
tribué qu'à  la  volonté  du  Créateur. 

Poursuivons.  La  nébuleuse  tourne  sur 
elle-même  ;  à  mesure  qu'elle  refroidit ,  des 
masses  s'en  détachent  par  l'effet  du  mouve- 
ment giratoire  ou  de  la  force  tangeutielle. 
L*attraction  (132),  agissantsur  chaque  masse 

(150)  On  plonge  dans  du  mercure  les  deux  tiers 
environ  d'un  petit  aimant  dont  rextrémité  inférieure 
est  attachée  par  an  fil  au  fond  du  vase.  Lorsque 
raimant  flotte  ainsi  presque  verticalement,  de  ma- 
nière que  son  pèle  nord  s'élève  un  peu  au-dessus 
de  la  soHace,  oo  fait  descendre  perpendiculairement 
QD  courant  d*ëlectricité  positif  le  long  du  fil  méulli- 
<pie  qui  touclie  le  mercure»  et  Taimant  commence 
amsit^  à  tourner  de  gauche  à  droite  autour  du  fil. 
Gomme  la  force  est  uniforme,  la  rotation  s'accélère 
iasqu'à  ce  que  la  force  tangentielle  se  trouve  l»- 
lancée  par  la  résistance  da  mercure;  alors  elle  de- 
«ieat  constante.  On  fait  tourner  par  le  même  pro- 
eédé  et  avec  one  grande  rapidité,  un  aimant  et  qd 
ejOndre  autour  de  leurs  propres  axes.  On  a  oom- 
■UAiqué  par  les  mêmes  moyens  un  mouvement  de 
rotation  mulier  au  mercure,  à  Teau,  etc.,  le  vase 
qui  les  renfermait  restant  immobile. 

^151)  Tout  récemment  M.  Henri  Martin  s'est  ef- 
forcé aeipllquer  Torlgine  du  mouvement  de  rota- 
Imi,  dont  Laplace  n'assigne  pas  la  cause  primitive. 
H.  H.  Martin  pense  que  les  dépôts  qui  se  formaient, 
par  i'cflet  d*un  abaissement  de  température ,  à  la 
fliirCace  de  la  nébuleuse  solaire,  en  se  précipitant 
vers  le  centre,  ont  dû  faire  éprouver  aux  matières 

Îii  y  étalent  déjà  solidifiées  des  réactions  chimiques 
où  il  sera  résulté,  selon  lui ,  des  commotions  c%* 


séparée,  rèçle  sa  rotation  autour  de  la  masse 
gazeuse  principale.  Cette  opération  s'étant 
renouvelée  au  moins  dix  fois  pour  notre  sys- 
tème, le  mouvement  de  la  première  pianète 
détachée,  Uranus,  a  donc  varié  autant  de 
fois.  L'attraction,  pour  cette  planète,  ne  se- 
rait donc  aujourd'hui  que  le  dixième  de  ce  . 
qu'elle  était  à  son  origine.  Il  en  a  été  de 
même  proportionnellement  pour  toutes  les 
autres  planètes.  Chaque  modification  (lans  le 
mouvement  d'une  planète  a  dû  en  déter- 
miner une  autre  dans  sa  forme,  et  par  suite 
amener  une  série  de  variations  profondes 
dans  tout  Tensemble  des  phénomènes  qui  se 
rapportaient  à  cette  planète.  Il  a  donc  été 
nécessaire  qu^une  intelligence  souveraine 
présidât  à  toutes  ces  opérations  diverses,  à> 
ces  séparations  successives  des  masses  se- 
condaires^ planètes,  satellites,  etc.,  réglât 
tous  les  mouvements,  et  dictât  à  la  matière, 
dans  toutes  ses  phases  de  transformation , 
des  lois  rigoureuses  pour  prévenir  les  per- 
turbations et  empêcher  la  destruction  de  l'or- 
dre préexistant. 

D  autres  considérations  démontrent  en- 
core visiblement  l'action  d'un  ordonnateur 
étemel  et  tout-puissant  au  milieu  de  ces 
grandes  évolutions.  Il  existe  un  rapport  nu- 
mérique constant  entre  les  distances  des  pla- 
nètes à  l'égard  les  unes  des  autres.  La  cos- 
mogonie oes  savants  nous  conduit  à  suppo- 
ser que ,  pour  obtenir  un  pareil  résultat,  il' 
aurait  fallu  qu'à  chaque  planète  qui  se  dé- 
tachait de  la  masse  génératrice,  la  puissance 
attractive  diminuât  d'une  quantité  égale  et 
uniforme ,  et  par  conséquent  que  la  masse 
eazeuse  primitive  perdit,  à  chaque  nouvelle 
formation  de  planète,  une  quantité  de  ma- 
tière égale  et  uniforme  :  or,  l'observation 
fait  voir  que  les  choses  ne  se  sont  pourtant 
point  passées  ainsi.  En  effet,  les  volumes  et 
les  diamètres  des  planètes  sont  loin  de  dé- 
croître d'une  manière  uniforme  dans  leur 
ordre  d'éloignement  du  soleil  :  par  exem- 

pables  de  donner  une  Impulsion  violente  à  la  masse 
entière  et  de  produire  une  rotation.  Nous  avouous 
que  nous  ne  pouvons  comprendre  comment  des  com- 
motions oui,  dans  une  sphère,  devaient  se  produire 
sur  tous  les  rayons ,  puisque  ces  dépôts  arrivaient 
au  centre  suivant  la  direction  de  cnacuu  de  ces 
rayons,  ont  pu  avoir  pour  résultante  d'y  déterminer 
un  mouvement  de  rotation.  11  nous  semble,  au  con- 
traire, que  s'il  eût  été  possible  que,  sur  un  point,  une 
commotion  déterminât  un  commencement  de  rota- 
tion, cet  effet  aurait  été  annulé  par  une  commotion 
agissant  en  sens  contraire  sur  un  point  opposé. 

(132)  On  a  avancé  que  Tattraction  était  essentielle 
à  la  matière,  i  Admettre  que  la  gravitation  soit  in- 
née, Inhéf  ente  et  essentielle  ^  la  matière,  de  soirte 
qu^un  corps  puisse  agir  sur  un  autre  corps  à  travers 
le  vide  et  la  distance  qui  les  séparent,  sans  le  con- 
cours d*un  agent  par  qui  l'action  et  la  force  de  ces 
corps  soient  transmises  de  Tun  à  Fautre,  est  à  mes 
yeux  la  plus  grande  absurdité  que  Ton  puisse  con- 
cevoir; et  aucun  homme,  je  pense,  ne  peut  y  tomber, 
pour  peu  quUl  soit  capable  de  raisonnement  en 
matières  philosophiques.  Evidemment  la  gravitation 
doit  avoir  pour  cause  un  agent  aul  opère  toujours 
d'après  des  lois  déterminées.  »  (Newf o:f,  Traiêiime 


my 


C05 


DICTIONNAIRE   DE  COSMOGONlli: 


COS 


M4 


ple^  Urahus  a  77,5  de  volume  ;  Saturne,  qui 
^ent  ensuite,  en  a  887,3;  Jupiter,  14.70/2; 
Mars,  0,2;  la  Terre,!;  Vénus,  0,9;  Mor- 
sure, 0,1. 

On  ne  peut  non  plus,  sans  Tintermediaire 
de  la  volonté  libre  du  Créateup,  rendre 
compte  de  la  formation  des  satellites  et  des 
comètes.  On  fait  sortir  les  satellites  de  la 
masse  des  planètes  ;  ils  devraient  donc  par- 
ticiper à  la  nature  de  la  masse  d'où  ils  tirent 
leur  origine  ;  cependant,  la  lune,  par  exem- 
ple, n'a  pas  d'atmosphère,  tandis  que  la  terre 
en  a  une.  D'où  vient  encore  qu«  parmi  ces 
planètes  il  en  est  qui  n'ont  pas  de  satellites 
ou  qui  n'en  ont  gu  un,  tandis  que  d'autres 
en  ont  jusqu'à  six,  sept,  etc.?  Enfin,  com- 
ment expliquer  l'origine  des  comètes  ?  Les 
fera-t-rn  venir,  comme  les  planètes,  de  la 
massci  gazeuse  principale?  Pourquoi  alors 
ne  sout-elles  pas  soumises  aux  mêmes  lois 
de  forme  et  révolution...? 

Ainsi  donc,  dans  cet  ordre  de  hautes  spé- 
f4il8tîons,  on  sent  à  chaque  pas  la  nécessité 
de  recourir  à  une  intelligence  qui  a  conçu 
et  exécuté  un  plan  d'ordre  et  d'harmonie, 
d'invoquer  la  volonté  d'un  législateur  qui 
a  imposé  des  lois  à  la  matière  pour  l'exécu- 
tion de  ses  conceptions  et  pour  la  conserva- 
tion de  son  œuvre  à  mesure  qu'elle  se  déve- 
loppait. Mais  quelles  étaient  ces  lois?  qui 
{)eut  le  dire?  Les  lois  qui  ont  présidé  à  la 
ormation,  à  l'évolution  du  monde  physique, 
ne  peuvent  être  celles  qui  le  régissent  dans 
l'état  présent;  car  ces  dernières  sont  des  ef- 
fets et  non  des  causes,  ce  sont  des  résultats 
de  l'ordre  de  choses  existant.  Dans  un  ordre 
de  choses  nécessairement  différent,  comme 
eelui  que  le  système  cosmogoniqiie  suppose 
avoir  existé  à  l'origine,  il  a  dû  y  avoir  des 
lois  organisatrices  appropriées,  différentes 
des  lois  actuelles.  Il  est  probable  qu'elles 
échapperont  toujours  aux  investigations  de 
la  science,  et  que  Celui  quia  étendu  les  deux 
€t  donné  la  lot  à  toute  leur  armée  (133)  s'en 
est  réservé  le  secret.  Car  mes  pensées  ne  sont 
pas  vos  pensées^  et  mes  voies  ne  sont  pas  vos 
voiesj  dit  l'Eternel.  «  Autant  les  cieux  sont 
élevés  au-dessus  de  la  terre,  autant  mes  voies 
sont  au-dessus  de  vos  voies  et  mes  pensées 
au-dessus  de  vos  pensées  (13i).  » 

Nous  jugeons  difficilement  ce  qui  se  passe 
sur  ïa  terre^  dit  l'auteur  de  la  Sagesse  (135), 
$t  nous  trouvons  avec  peine  ce  qui  est  sous 
nos  yeux; qui  donc  oserait  scruter  le^ secrets 
des  deux  (1C<)?     Yoy.  Laplacb,   Gbnèsb 

KATÊAIALISTE,   PlANÀTES»  GoDECROT,  etC. 

COSMOGONIE 

AUX  XVI'  ET  XVIP  SIÈCLES. 

Major  esl  S  Tîptar»  auctoriu»  quam 
.  Miuii  biUDUii  togenii  capacitaB. 

(S.  AoscsTiirot.) 

.  Les  interprètes  du  premier  chapitre  de  la 
Qenise  ont  naturellement  porté  dans  leur 
explication  les  idées  cosmoiogiques  de  leur 

133)  ifule,  XLv.42v 
45i)  /sfl^^  Lv,  8,  9. 
^i3<ft)  Sageus,  ix,  10* 


il 


temps.  Ces  idées  sont  généralement  emprun- 
tées  à  la  philosophie  grecque,  alexandrine 
ou  arabe,  et  plus  près  de  nous,  à  ces  nombreux 
e(  savants  observateurs  qui,  aux  xvr  et  xvn' 
siècles ,  remuèrent  avec  plus  ou  moins  de 
bonheur  en  Europe  les  plus  hautes  questions 
des  sciences  physiques  et  astronomiques. 

Nous  nous  bornerons  à  résumer  le  système 
explicatif  de  la  Genèse^  tel  qu'il  était  encore 
adopté  au  commencement  du  xvii*  siècle  et 
présenté  comme  le  plus  probable. 

Copernic,  il  est  vrai,  avait  d^à  publié  ses 
ouvrages;  maison  tenait  encore  fortement 
au  système  de  l'immobilité  de  la  terre  placée 
au  centre  du  monde ,  système  soutenu  par 
Platon,  Eudoxe,  Callipus,  Aristote,  Archi- 
mède  ,  Hipparque  ,  Sosigènes  ,  Cicéron  , 
Vitruve,  Pline,  Macrobe,  Ptolémée,  Ticho- 
Brahé,  etc.  Le  P.  Riccioli,  dans  son  Alma^ 
gestum  novum^  opposait  à  Copernic  jusqu'à 
soixante  dix-sept  arguments  contre  le  mou- 
vement de  la  terre,  et  eu  réfutait  quarante- 
neuf  autres  qu'il  suppose  que  Ton  peut  faire 
en  faveur  du  système  de  ce  célèbre  astro- 
nome. 

Tycho-Brahé  écrivait  lui-même  contre  le 
système  de  Copernic  :  Cette  lourde  masse  de 
ta  terre^  dit-il,  si  peu  propre  au  mouvement^ 
ne  saurait  être  ainsi  déplacée  et  agitée  éTune 
triple  manière  r  comme  le  seraient  tes  corps 
célestes^  sans  choquer  les  principes  de  la  phy- 
sique; Vautorité  des  saintes  Ecritures  s  y 
oppose.. f,.  Je  pense  qu'il  faut  décidément  et 
sans  aucun  doute  placer  la  terre  immobile  au 
centre  du  monde  en  suivant  le  sentiment  dem 
tmciens  astronomes  ou  physiciens  et  le  témoi'^ 
gnage  de  l'Ecriture, 

Et ,  dans  une  lettre  au  malhématicieiv 
Rothmann,  en  date  du  21  février  1589,  re^ 
venant  sur  ce  triple  mouvement  attribué  à 
la  terre  par  Copernic,  il  dit  :  N'est-ce  pa» 
confondre  les  choses  d'ici-bas  avec  les  choses 
célestes  et  renverser  tout  l'ordre  de  la  nature? 
Ne  vous  y  trompez  pas^  en  croyant  que  Co^ 
pemic  ait  suffisamment  répondu  ceux  absur-' 
dites  physiques  qui  résultent  de  son  hypo^ 
thèse.  Je  vous  démontrerai  que  tout  ce  que 
vous  dites  pour  le  défendre  ne  suffit  pas  pour 
mettre  la  chose  hors  de  doute  :  vous  êtes  encore 
moinsrecevable  dans  l'interprétation  que  vous 
donnez  des  passages  de  l'Écriture  qui  soni 
contraires  à  votre  système^  etc.  Ticho-Brahé 
s'efforce  ators  de  prouver  h  son  amr  que 
l'Écriture  sainte  est  incompatible  av^ec  le 
système  de  Copernic. 

Les  commenlateurs  de  la  Genèse^  placés 
entre  des  systèmes  qui  avaient  pour  eux  la 
consécration  d'une  nàute  antiquité  et  des 
opinions  toutes  récentes,  donnaient  natu- 
rellement la  préférence  aux  premiers*  De 
là  cet  échafaudage  de  sphères  ou  cieux  so- 
lides et  transparents  comme  le  cristal ,  qui 
tournent  en  emportant  les  astres,  cette  im- 
mobilité de  la  terre  au  centre  de  l'univers 
et  de  toute  cette  physique  et  cette  astro- 

(1^)  Voy.  notre  Nouveau  Traité  des  ScieiKiS 
géologiques,  ch.  11,  2*^  édiUoo. 


GOS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


Bomie  qui  nous  paraissent  aujourdliui  si 
étranges. 

Dans  la  première  moitié  du  xyn*  siècle, 
aoas  trouTons  toutes  ces  opinions  en(*ore 
appliquées  à  Tinterprétation  du  premier 
cbapitre  de  la  Genèse, 

Qii*est-ce  que  le  ciel,  calum  ,  mentionné 
au  premier  Terset  du  premier  chapitre  de  la 
Genèse. 

C'est  le  cîel  empyrée,  le  premier  ciel, 
«eitti  que  saint  Paul  appelle  le  troisième 
ciel,  et  Barid  le  ciel  des  cieux ,  en  un  mot 
c'est  le  séjour  des  bienheureui.  Ce  n'est 
point  le  ael  des  astres,  le  firmament  ou 
liuitième  ciel ,  celui-ci  n'ayant  été  créé  que 
le  second  jour. 

Tel  est  sur  ce  point  le  sentiment  le  plus 
commun. 

Et  la  terre ^  iermm?  La  terre  est  le  globe 
que  nous  habitons,  leguel  était  alors  envi- 
ronné d*un  abtme  ou  immense  masse  d*eau 
3ui  s'étendait  jusau*au  ciel  empyrée.  C'est 
e  cette  masse  d  eau  en  partie  solidifiée 
qu*ont  été  faits  le  second  jour  tous  les  cieux 
ou  le  firmament,  et  tous  les  astres  le  qua- 
trième jour. 

Le  deuxième  verset  (rerra  erat  inanîs  et 
xacua)  s'entend  d'une  solitude  vide  et  vaine, 
sans  habitants,  sans  plantes,  sans  animaux , 
sans  ornement  d'aucune  sorte,  plongée  au 
centre  de  Tablrae  des  eaux.  J^s  ténèbres 
étaient  non-seulement  sur  la  face  de  Vabtme^ 
maiselles  pénétraient  touCelamasse  des  eaux. 
V Esprit  de  Dieu,  c'est-à-dire  le  Saint-Esprit, 
troisième  personne  de  la  sainte  Trinité,  était 
porté  sur  les  eauxde  l'abîme,  pour  les  échauf- 
fer, les  vivifier,  les  féconder  par  sa  présence. 
Au  troisième  verset  {fat  tux^  etc.)»  la  lu- 
mière n'est  |X)int  créée,  &  proprement  parler, 
car,  le  premier  iour.  Dieu  avait  créé  toute  la 
matière  première ,  et  c'est  d'elle  qu'il  tire 
ensuite  la  lumière  et  les  autres  substances 
tant  essentielles  qu'accidentelles,  auxquelles 
il  donne  pendant  les  cinq  jours  suivants  la 
forme  et  l'ornement. 

Des  commentateurs  supposent  que  Dieu 
fil  no  globe  avec  de  l'eau  qu'il  condensa,  y 
«ttacba  l'expansion  de  la  lumière  et  confia  à 
VQ  ange  le  soin  de  mouvoir  ce  globe  en  2i 
benres,  d'Orient  en  Occident,  autour  de  la 
terre  jusqu'à  la  création  du  soleil.  Comme 
les  mêmes  commentateurs  admettent  que 
les  eaux  remplissaient  l'espace  immense 
qui  s'étend  de  la  terre  jusqu  au  ciel  empy- 
rée, il  n'est  pas  facile  de  comprendre  le 
iDooTeroent  de.  ce  globe  lumineux  pour  le 
premier  jour. 

Ce  n'est  qu'au  second  jour  que  les  eaux 
supérieures  sont  serrées  des  eaux  inié-; 
rienres  par  la  création  du  firmament,  qui 
est  le  ciel  des  étoiles  et  des  autres  astres. 
Les  eaux  supérieures  sont  au-dessus  de  tous 
les  deux  mobiles,  immédiatement  au-de^^r 
sous  du  ciel  empyrée,  et  ce  sont  là  les  eaux 
véritables  et  naturelles.  Ce  sentiment  a  pour 
lui  Ph'ilon,  Josèphe,  saint  Basile,  saint  Am- 


broise,  Procope,  Théodoret,  saint  Chrysos- 
fome,  Rupert,  Gennadius,  Sererianus,  saint 
Hilaire,  BèJe,  saint  Justin,  saint  AugustiUi^ 
Onkelos ,  Oléaster,  Lipomanus,  Molina  et 
beaucoup  d'autres. 

Ces  eaux  supérieures  que  l'on  suppose 
d'une  nature 'plus  subtile  et  plus  noble  que 
notre  eau,  ont  été  placées  au-dessus  des 
cieux  pour  empêcher,  suivant  Procope  et 
Théodoret,  le  soleil,  la  lune  et  les  autres 
astres  enflammés  de  dissoudre  le  ciel  fait 
lui-même  d'eau  condensée,  et  pour  réper- 
cuter vers  la  terre  les  rayons  des  corps  cé- 
lestes. Oléaster  pense  quVlles  ont  été  mises 
là  en  réserve  pour  s'en  échapper  en  cata- 
ractes lors  du  déluge  de  Noé.  D  autres  pen- 
sent qu'elles  sont  la  pour  servir  d'ornement 
à  l'univers,  et  pour  que  les  cieux  puissent 
voir  constamment  au-dessus  d'eux  la  matière 
dontils  tirent  leur  origine.  Peut-être  ont-elles 
aussi  pour  destination  de  contribuer  au  bon- 
heur (les  saints  qui  habitent  dans  lempyrée 
et  de  réjouir  leurs  yeux  par  la  variété  et  la 
beauté  des  effets  optiques  auxquels  elles 

f)euvent  donner  lieu,  comme  on  le  voit  par 
*arc-en-cicl  et  par  tant  d'autres  phénomènes. 
Peut-être  enfin  constilueut-elles  pour  les  ha- 
bitants de  l'cmp^Téeunesorteùairoud'élher 
subtile,  perquem^  dit  Cornélius  à  LapiJe, 
Beati  omnia  sentiunt,  respirant  etmoventur. 

Les  idées  cosmologiques  reparaissent  au 
quatorzième  verset,  cest  à-dire  au  quatrième 
jour,  lorsque  Dieu  crée  le  soleil,  la  lune  et 
les  étoiles  {fiant  luminaria  in  firmamento). 
Le  firmament  ne  signifie  ])as  seulement  ici 
le  huitième  ciel  étoile,  mais  toute  retendue 
qu'embrassent  les  orbes  célestes.  Tous  les 
astronomes  de  l'époque  enseignaient  que  les 
étoiles  sont  fixes  et  se  meuvent  avec  le  hui-. 
tième  ciel  ou  ciel  sidéral.  Elles  sont  lurai^ 
neuses  par  elles-mêmes,  puisque  leur  lu- 
mière n'augmente  ni  ne  diminue,  soit  qu'elles 
s'approchent  ou  qu'elles  s'éloignent  du  soleil. 
Ce  qui  le  prouve  encore,  c'est  qu'elles  sont 
éloignées  de  soixante-seize  millions  de  lieues 
du  soleil,  distance  où  la  lumière  de  celui-ci 
ne  saurait  parvenir. 

Ainsi,  le  quatrième  jour  tous  les  corps 
célestes  furent  formés  d'eau  condensée ,  de 
cette  même  eau  qui  remplissait,  au  deuxième 
verset,  l'espace  immense  qui  s'étend  de  la 
terre  au  ciel  empyrée.  C'est  donc  une  erreur 
(le  regarder  1  s  étoiles  comme  un  produit  du 
fou,  ainsi  que  l'ont  cru  les  anciens. 

Quant  aux  mouvements  des  planètes,  les 
opinions  se  partagent  entre  Ptolémée,  qui 
admet  des  cercles  excentriques ,  concentri- 
ques, des  épicycles,  etc.,  et  Aristote  qui  nie 
toutes  ces  choses  (137). 

Voici  quelles  étaient  les  idées  qu'on  avait 
du  volume  et  de  la  distance  des  corps  par 
rapport  à  la  terre.  La  lune  était  trente-neuf 
fois  plus  petite  que  la  terre;  le  soleil  cent 
soixante  rois  seulement  plus  in-os  que  notre* 
pLinète,  dont  il  est  éloigné  oe  quatre  HiK- 
îionsde  lieues.  Il  parcourt  i,lW,000  lieues 


M37)  On  tfouvera  dans  notre  Dictionnaire d^Mlro-     du  monde,  do^  deuils  que  nons  ne  pouvons  domMr 
,  ée  pkfswiu  et  de  météorologie^   art.  Syitèitu      ici  sur  ra5tro:.ouiic  ancienne  *A  celle  «lu  moyen  «§0. 


307 


eus 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


34» 


IMirbeare  dans  son  mouTement  journalier 
auiOur  de  la  terre,  Torbe  où  if  se  meut 
n'ayant  que  27,360,000  lieues  environ^  Quant 
aui  étoiles  qui  appartiennent  au  huitième 
ciel  f  elles  sont  éloignées  de  la  terre  de 
80,500,000  lieues  ;  Tépaisseur  du  firmament 
ou  du  ciel  étoile  est  de  même  de  80,000,000 
de  lieues.  Quelle  doit  donc  être  la  distance, 
l'épaisseur ,  l'étendue  du  neuvième ,  du 
dixième  ciel  et  des  cieux  supérieurs ,  mais 
surtout  du  ciel  empyrée  I 

Une  étoile  parcourt  42,330,000  lieues  par 
heure  dans  son  mouvement  autour  de  la 
torro,  chemin  qu'un  cheval,  courant  40  lieues 
par  jour,  ne  pourrait  faire  qu'en  2,904  ans. 

Il  n'y  a  ppinl  d'étoile  qui  no  soit  au 
moins  dix-huit  fois  plus  grosse  que  notre 

§lobe.  Mais  il  y  en  a  de  six  différentes  gran- 
eurs.  Celles  de  première  grandeur,  au  nom- 
bre de  71,  sont  107  fois  plus  grosses  que  la 
terre.  Le  nombre  tota.1  des  étoiles  est  de  1,054. 
Après  avoir  fait  le  calcul  du  nombre  d'an* 
nées  qu'un  homme,  faisant  cent  lieues  par 
jour,  emploierait   pour  franchir   l'espace 

3 ni  nous  sépare  du  firmament ,  qui  est  de 
0,000,000  de  lieues,  puis  l'épaisseur  de  ce- 
lui-ci, puis  Tespace  qui  s^étend  du  firma- 
ment jusqu^au  ciel  empyrée,  un  commenta- 
teur célèbre  du  xvir  siècle  nous  suppose 
transportés  tout  ii  coup  dans  quelque  étoile, 
ou  mieux  encore  dans  Tempyrée,  et  de  là 
jetant  un  regard  sur  ce  chétif  globe  de  la 
terre  ;  ne  nous  écrierions-nous  pas  :  :  Hoc 
est  punclunii  cui  inkiant  fUi  Adœ^  quasi  for- 
micœ  :  hoc  est  punctum^  quod  inter  mortaUs 
ferra  et  igni  dividilur.  O  quam  angusti  suni 
mortalium  terminit  O  quam  angusti  sunt 
mortalium  animi!  Despice  ergo  punctumhoc, 
et  suspice  cali  ambitum ,  quidquid  hic  vides 
exiguum  est  et  brève:  immensa  et  œtema  co^ 
gita. 

Telles  étaient  au  commencement  du  xvir 
siècle  la  physique  et  l'astronomie  à  l'aide 
desquelles  on  essay^iit  d'expliouer  le  pre* 
mier  chapitre  de  la  Genèse.  Depuis  cette 
époque,  ces  deux  sciences  ont  bien  changé 
de  face ,  elles  ont  été  presque  entièrement 
renouvelées^  Les  nouvelles  découvertes  ont 
déterminé  à  tenter  de  nouvelles  explica- 
tions, à  combiner  de  nouvelles  théories 
Mais  îes  systèmes  imaginés  pour  concilier 
la  science  moderne  avec  la  Genèse  ont-ils  été 
plus  heureux?  Nous  nous  proposons  de  les 

{tasser  successivement  en  revue  pour  que  le 
ecteur  puisse  comparer  et  juger.  —  Voy. 
GoDEFROT,  Marcel  d^  Serbes  ,  Joi}rs-Pé- 
RioDEs,  Cosmogonie,  Laplace,  Maupied,  Pa- 

CDOIf,  D9BRETNE,  ChACBARD,  CtC. 

COSMOGONIE  ORIENTALE,  Voy.  Géo- 

LOGIE. 

COSMOGRAPHIE  DES  PÈRES  DE  L'É- 
GLISE. —  Sous  ce  titre,  M.  Letronne  a 
ÎUDiié  dans  la  Revue  des  deux  mondes  (mars 
84V)  un  article  criliaue  où  Ton  regrette  de 
ne  pas  trouver  plus  cfe  loyauté  et  de  justice. 
Nous  allons  le  transcrire  d  abord  tout  au  long, 

i)uis  nous  le  ferons  suivre  de  quelques  ré- 
lexions  qui  montreront  le  peu  de  fonde- 
ment des  reproches  adressés  par  ce  savant 


à  l'Église  et  k  ceux  qui  en  sont  regardés 
comme  les  colonnes. 

«  Il  fut  un  temps,  dit  M.  Letronne,  et 
ce  temps  n'est  pas  encore  bien  loin  de  nous, 
où  toutes  les  sciences  devaient  prendre  leur 
origine  dans  la  Bible.  C'était  la  base  uni- 
que sur  laquelle  on  leur  permettait  de  s'é- 
lever ;  et  d'étroites  limites  avaient  été  fixées 
&  leur  essor.  On  laissait  l'astronome  ob- 
server les  astres  et  faire  des  almanachs, 
mais  à  condition  que  la  terre  resterait  au 
centre  du  monde,  et  que  le  ciel  continue- 
rait à  être  une  voûte  solide,  parsemée  de 
points  lumineux;  le  cosmographe  pouvait 
dresser  des  cartes,  mais  il  devait  pascr  en 
principe  que  la  terre  était  une  surface  plane» 
suspendue  miraculeusement  dans  l'espace, 
et  soutenue  par  la  volonté  de  Dieu.  Si  quel-» 
ques  théologiens ,  moins  ignorants ,  per- 
mettaient à  la  terre  de  prendre  la  forme 
ronde,  c'était  à  la  condition  expresse  qu'il 
n'y  aurait  pas  d'antipodes.  L'histoire  na-- 
turelle  des  animaux  devait  partir  de  la  re- 
production de  ceux  oui  avaient  été  con* 
serves  dans  l'arche  ;  Tnistoire  et  l'ethnogra- 
phie avaient  pour  base  commune  la  disper- 
sion, sur  la  surface  de  la  terre,  de  la  fa- 
mille de  Noé. 

«  Les  sciences  avaient  donc  leur  point 
de  départ  fixé  et  déterminé,  et  l'on  tra- 
çait autour  de  chacune  d'elles  un  c^ercle  d'où 
il  lui  était  interdit  de  sortir,  sous  peine  do 
tomber  à  l'instant  sous  la  redoutable  cen* 
sure  des  théologiens,  qui  avaient  toujours 
au  service  de  leur  opinion,  bonne  ou  maxx^ 
vaise,  trois  ar^ments  irrésistibles,  la  per- 
sécution, ja  prison  ou  le  bûcher. 

•c  Ces  obstacles,  que  l'esprit  scientifique 
rencontra  dans  tout  le  moyen  Age,  et  qui 
retardèrent  pendant  si  longtemps  les  pro* 

f;rès  des  sciences  d'observation,  tiraient 
eur  force  principale  de  l'autorité  des  saints 
Pères.  Ces  hommes,  si  éminents  par  leur 
foi  et  leur  éloquence,  mais  généralement 
peu  familiarisés  avec  les  études  scientifi- 
ques, se  persuadèrent  que  la  seule  cosmo- 
graphie bossible  était  cdle  qu'ils  trouvaient 
exposée  aans  la  Bible,  et  que  les  opinions  des 
Grecs,  c'est-à-dire  le  système  de  Pfolémée,  ne 
devaient  point  être  admi3es,  parce  qu'elles 
étaient  contraires  au  texte  de  Moïse,  dont 
toutes  les  paroles ,  inspirées  par  Tesprit 
divin,  devaient  offrir  le  reflet  de  l'éternelle 
Sagesse.  Quelques-uns  d'entre  eux  ,  trop 
éclairés  pour  ne  pas  sentir  toutes  les  dii- 
ficultés  qui  résultaient  de  l'interprétation 
littérale,  essayèrent  d'entrer  dans  une  voie 
moins  étroite.  Pour  l'honneur  de  récrivain 
sacré,  ils  pensèrent  qu'en  certains  cas  le 
sens  vulgaire  de  ses  expressions  en  cachait 
un  plus  relevé  ;  ils  y  découvrirent  des  al- 
légories savantes  ou  des  symboles  mysté- 
rieux. Ce  système  d'interprétation,  puisé* 
dans  les  habitudes  de  la  philosophie  païenne, 
et  que  les  Juifs  alexandrins,  tel  que  Phi- 
lon,  avaient  adopté  déjà,  fut  mis  en  œuvre 
surtout  par  Origene,  un  des  plus  spirituels 
entre  tes  saints  Pères;  mais  on  le  repoussa 
de  toutes  parts.  II  y  eut  des  docteurs  chré» 


109 


€0S 


ET  DE  PALE«X9T0L0GIE. 


COS 


SIf 


tiens  gnr,  Toyaot  à  qfxélie  conséquence  con* 
duisait  linterprétation  littérale  de  la  Bible, 
relativement  S  la  cosmd^aphie,  mais  n*o« 
sant  pas  s*en  écarter*  Tonlurent  qu'on  s'abs- 
tint de  toutes  ces  discussions  mondaines, 
étrangères  à  la  foi,  et  qui  pouvaient  lui 
nuire  ;  ils  gardèrent  eut-mèmes  un  silence 
prudent  (138).  D^autres  ,  recommandables 
par  le  savoir,  la  raison  et  le  courage,  osè- 
rent prendre  ouvertement  la  défense  des 
idées  grecques.  De  ce  nombre  Tut  Jean  Phi* 
loponus,  doQl  Touvrage  sur  la  création  a 
pour  objet  de  prooverque  rien,  dans  la  sainte 
Ecriture,  ne  s*oppose  réellement  au  système 
de  Ptolémée  (139J  ;  mais  il  y  réussit  fort 
mal:  du  moins  les  théologiens  en  jugèrent 
ainsi;  presque  tous  s'en  tinrent  aux  con- 
séquences de  l'interprétation  littérale^  et  re- 
jetèrent tout  moyen  de  conciliation.  Les 
fausses  idées  qui  en  découlent  prirent  un 
tel  ascendant,  que  c^est  avec  une  grande 
hésitation,  et  en  prenant  toutes  sortes*  de 
précautions  oratoires,  qu'on  laissait  percer 
une  opinion  contraire  k  ces  préjugés  of" 
thodoxes.  Ainsi,  nar  exemple,  Eusebe  de 
Césarée  se  hasarae  à  dire,  dans  son  Com- 
mentaire sur  les  Psaumes^  aue  la  terre  est 
ronde  {\Wj  ;  puis,  effrayé  ae  tant  de  hac- 
diesse,  il  se  nâte  d*ajouter  que,  du  moins^ 
tel  est  Tavis  de  quelques-uns,  laissant  clai^ 
reroent  entrevoir  (et  le  P.  Montfaucon  lui- 
même  [141]  le  remarque)  que  cet  avis  était 
le  sien,  mais  n'osant  ouvertement  l'avouer; 
aussi  dans  un  autre  voyage  il  revient  aux 
préjugés  alors  en  vigueur  (IVâ). 

«  Le  patriarche  Photius,  eu  donnant  l'a- 
na'.yse  des  ouvrages  de  Cosmas  (143)  et  de 
Biodore  de  Tarse  (144),  montre  ({u'il  était 
loin  de  partager  les  étranges  opinions  que 
ces  auteurs  émeUent  sur  les  phénomènes 
célestes  et  la  forme  du  monde  ;  mais,  aux 
précautions  dont  il  use,  il  est  facile  de  voir 
combien  il  craignait  de  blesser  les  Ames 
pieuses  et  timorées, 

«  Cette  lutte  entre  l'esprit  et  la  lettre, 
entre  le  bon  sens  des  uns  et  la  foi  robuste 
des  autres,  flt  naître  une  foule  d'ouvrages 
de  controverse,  où  lespartisansde  l'interpré- 
tation verbale  cherchaient  à  convaincre  leurs 
adversaires  de  l'impossibilité  de  concilier 
la  Bible  avec  Tastronomie  alex^ndrine  ;  ils 
en  tiraient  eux-mêmes  les  plus  étranges 
hypothèses,  qui  se  réunissaient  toutes  dans 
Texclusion  formelle  de  la  rondeur  de  la  terre. 
Saint  Augustin,  Jactance,  saint  Basile,  saint 
Ambroise,  saint  Justin,  martyr,  saint  Jean 
Cbrysostome,  saint  Césaire,  Procope  de  Gaza, 
Sévérianus  de  Gabala,  Diodore  de  Tarse,  etc.« 


ne  permettent  pas  que  le  vrai  chrétien  con- 
serve Ik-dessus  le  moindre  doute. 

•  Il  faut  convenir  que  si  les  phénomènes 
naturels  n'étaient  pas  là  pour  contredire 
le  texte,  l'interprétation  littérale  serait  sans 
réplique;  Texplication  que  les  Pères  don- 
nent de  la  BibJe  et  les  conséquences  qu'ils 
en  tirent  seraient  également  iucontestaoles. 
Ce  n'est  vraiment  qu'à  l'aide  des  interpré- 
tations les  plus  forcées  qu'o%peiit  voiraans 
ce  texte  autre  chose  que  ce  qu'ils  y  ont 
vu.  Ce  n'est  qu'en  changeant  le  sens  na- 
turel des  mots,  en  bouleversant  la  suiV) 
des  idées,  que  les  géologues  bibliques  de^ 

Suis  Burnet  et  Whiston  jusqu'à  Kerivan  Qt 
)elucy  ont  pu  réussir  à  faire  accorder  la 
Genèse  avec  leurs  idées^  Telle  est,  par 
exemple,  leur  explication  favorite  du  mqt 
jour^  dans  le  récit  de  la  création;  selon 
eux,  ce  n'est  pas  un  espace  de  vingt-qua- 
tre heures,  c'est  un  intervalle  de  temps  in- 
déterminé qui  a  pu  être  inimense.  Deluc 
et  ses  ipditateurs  n'aperçoivent  que  cp. 
moyen  de  se  procurer  le  temps  nécessaire 
pour  la  formation  des  diverses  couches  qui 
composent  l'écorcedu  globe.  M^iis  c'est  ache- 
ter bien  cher  lavantago  de  faire  de  Moïse 
un  géologue  :  car  cette  fameuse  interpréta- 
tion, contraire  à  l'ensemble  du  texte,  le 
tend  complètement  inintelligible.  Adoptée 
ou  plutôt  tolérée  en  désespoir  de  cause  par 
quelques  théologiens  conciliants  (145J,  elle 
a  toujours  été  rejetée  du  plus  grand  no/c- 
bre,  catholiques  ou  protestants,  parce  qu'elle 
ne  donne  a  Moïse  l'apiiaronce-  du  savoir 
géologique  qu'eii  lui  étant  jusqu*à  lombrp 
du  sens  commun  (146).  Ce  récit  demeure 
véritablement  inexplir:able,  lorsqu'on  part 
dupoiijj.de  vue  scientifique,  mais  il  devieni 
clair  et  facile,,  comme  le  reste  du  premier 
chapitre  de  la  Genèse^  quand  on  ne  veut 
y  voir  que  l'expression  naïve  de  ces  idées 
élémentaires  qui  se  sont  présentées  à  tous  les 
peuples  dans  1  enfance  de  la  civilisation  (147)« 
«  Imaginer  que  Ho'ise  a  pu  n'être  pas  ins- 
piré en  tout  ce  qu'il  a  écrit,  distinguer, 
comme   l'ont  fait  quelques   modernes,  ce 

S  Ai  est  de  foi  de  ce  qui  est-  science,  c'est 
ce  qui  ne  vint  pas  et  ne  pouvait  venir 
dans  la  pensée  des  Pères;  forcés  tout 
à  la  fois  par  le  sens  certain  des  mots  et 
l'ascendant  d'une  conviction  profonde,  ils 
croyaient  ne  pouvoir  hésiter  sur  les  consé- 
quences de  l'interprétation  littérale.  Ils  fer* 
inaient  les  yeux  sur  leur  absurdité  ;  ce  qui 
était  écrit  devait  être  vrai  ;  tant  pis  pour 
la  raison  humaine,  elle  devait  se  soumettre» 
car,  comme  le  disait  saint  Augustiq,  ma^ 


(138)  Jbh.  Pniopex.,  De  créai,  mtméi,  m,  13; 
p.  154»  f  35. 

(139)  Id.,'p.  58.  79,1U,  119,  120  et  aiibi. 

(140)  Dans  b  Cotiect.  msa  Pair.,  i,  p.  460.  E.  éd. 
Montf. 

(141)  Ptmf.  in  Euseb.,  in  CoU.  nos.  Pat.  i,  355. 

(142)  Comm.  m  Besaîam.^  Coll.  nos.,  ii,  511,  D. 
|J43)  Biklioik.,  omI.  55,  p.   9,  éd.  Hoescb.  —  7, 

cnl.  2,  L  U,  15,  ed  Bekk. 
(144)  .49.  enmd.^cnà.  223,  p.  362,  ad  Hœsdi.^ 


P.  220,  coL  2, 1,  15,  Bekk. 

(145)  Frâtssmocs,  Défense  4%  ckristioitisme ,  t.  U. 
p.  202-203;  1825.  1d-12. 

(146)  Bercicr,  Dict.  de  ihéot.,  art.  Jour.  Les  6*'* 
néllctins  auteurs  de  VArt  de  vérifier  le$  date*  ax-n*. 
Père  chrétienne^  p.  106,  în-4*.  Roseniiijlleb,  tit  PenUtt , 
I,  p.  f\^9.  EiCHHORS,  Vraesckiehte^  p.  i,  p.  151,  eu*. 

(147)  HET?if:,  De  HesioJb  thesL,  oompu.  goU.,  1. 11,^ 
p.  137.  PoTU,  Mo9e$  nnd  David  Keinegeolageu  (yoïse' 
et  Davii  anilorofnl  gc^ologii/^.  ),  p.  47;  Uiert.,  17îliD« 


.»*< 


eos 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


€05 


Sif 


jor  esi  Scrif  turcs  auctorUa$  quam  omnis  hui 
mani  ingenii    capacitas  (148  9). 

^  Ajoutons  mi  ils  étaient  presgue  à  leur 
insu  sous  rinuuencn  des  opinions  popu- 
laires qui  dominaient  encore  les  esprits 
même  assez  éclairés^  et  de  celles  oui  avaient 
été  soutenues  dans  les  lécoles  philosophi- 
ques des  païens.  Car,  à  côté  des  progrès, 
à  la  vérité  très-lents,  des  sciences  d'obser- 
vation ,  vivaient  toujours  les  hypothèses 
imaginées  partes  anciens  philosophes  pour 
expliquer  les  faits  avant  de  les  connaître  : 
et  ces  hommes  ingénieux  avaient  si  large- 
ment exploité  le  champ  des  vaines  conjec- 
tures, que  les  premiers  commentateurs  juifs 
ou  chrétiens  de  la  Bible,  dans  leurs  rêve- 
ries les  plus  extravagantes,  purent  difiici- 
lementy  glaner  une  explication  toutbfaitnou- 
velle.  La  plus  étrange  de  leurs  explications  a 
sa  racine  dans  quelque  opinion  de  ces  philo- 
sophes païens  dont  ils  méprisaient  heau- 
coup  la  morale^  mais  dont  ils  estimaient 
fort  le  savoir,  et  qu'ils  aimaient  toujours 
h  citer  à  Tappui  de  leurs  propres  opi? 
nions. 

H  C'est  ainsi  que  les  idées  cosmogranhi-; 
ques  auxquelles  l'autorité  des  saints  Pères 
oonna  tant  de  crédit,  remontent  presque 
toutes  aux  écoles  philosophiques  de  la 
Grèce.  Ce  fait  remarquable  ressort  avec 
évidence  de  l'examen  de  quelques-unes  des 
opinions  dont  se  cofnpose  cette  singulière 
cosmographie. 

«  Je  prendrai  pour  base  de  cet  examen 
la  Topographie  chrétienne  de  Cosmas,  pu- 
bliée par  le  P.  Montfaucon,  dans  la  Col- 
iectio  nova  Pairum,  —  C'est,  entre  les  ou- 
▼raees  qui  nous  restent  sur  ce  sujet,  le 
seul  où  un  système  cosmographique  soit 
exposé  d'une  manière  complète.  Je  le  com- 
parerai ensuite  aAx  notions  détachées  qu'on 
tire  des  anciens  commentateurs  de  la  Bible, 
en  prouvant  qu'elles  remontent  toutes  à 
cfueiquc  opinion  soutenue  dans  les  ancien- 
nes écoles  philosophiques. 

De  la  topographie  chrétienne  de  Coimaê 

Indieopleuste 

«  Au  commencement  du  VI*  siècle,  vivait 
à  Alexandrie  un  personnage  qui,  après  avoir 
fait  le  négoce  et  voyagé  dans  les  mers  de 
Mnde,  avait  embrassé  la  vie  monastique. 
Dans  le  repos  et  le  silence  du  cloître,  il 
composa  plusieurs  ouvrages,  dont  il  ne  nous 
reste  plus  c|ue  la  Topographie  chrétienne  Ce 
livre,  écrit  vers  l'an  535,  a  été  connu  de 
Photius,  qui  en  a  donné  un  extrait  fort  suc- 
cinct (150);  mais  ce  savant  patriarche  a 
ignoré  jusqu'au  pom  de  l'autcgr;  et  Fabri- 
ce petit  ou\raffe,d  un  savant  théologien  d'Helmstadt, 
t  pour  objet  ae  céfutor  ta  géologie  bibliaué  (je  Kir- 
%'an  (dans  ses  geoiogicul  li$satj$^  pag.  5;i  rt  suiv.). 
I/auteur  veut  prouver  que  le  premier  chapitre  de  1» 
(*€»é<«,  f*iie  conlicnt  point  de  révélation;  2<>  encore 
moins  une  révélation  de  faits  géologiques;  3"  en  au- 
ÊTjne  façon  ure  révélation  failr  à  Adam  on  à  M^îsc. 

(1 18-9)  /m  GeMff.,  Il,  9.  0pp.,  (.  III,  p  15:»,  B. 


dus  doute  même  si  celui  de  Cosmas,  qui  se 
trouve  dans  le  manuscrit,  ne  serait  pas  sim- 
plement un  de  ces  surnoms  qu'il  était  d*usage 
de  prendre,  d'après  le  genre  des  occupations 
auxquelles  ou  se  livrait,  ou  des  ouvrages 
qu'on  avait  composés  (151).  Quoi  qu'il  en 
soit,  ce  livre  n'a  guère  paru  intéressant  jus- 
au'ici  que  par  quelques  détails  curieux  dans 
llnde,  où  l'^iuleur  avait  voyagé,  et  princi- 
palement sur  Tes  fameuses  inscriptions  grec* 
ques  qu'il  avait  copiées  à  Adules;  aussi,  à 
1  exception  de  ces  particularités,  qui  ont  été 
l'objet  de  diverses  recherches,  le  fond  du 
livre  n'a  -pas  beaucoup  occupé  les  savants; 
•n  tout  ce  qu'on  en  lit  dans  plusieurs  ouvrages 
géographiques  peut  être  considéré  comme 
un  simple  extrait  de  la  préface  du  savant 
Montfaucon.  Cependant  le  fond  même  de  ce 
livre  le  rend  un  des  plus  curieux  de  l'épo- 

3ue  où  il  a  été  composé.  Le  but  principal 
e  lauteur  a  été  d'établir  le  seul  système 
cosmographique  qui  lui  semblait  orthodoxe^ 
c'est-à-dire,  selon  lui,  conforme  au  sens 
littéral  de  la  Bible,  auquel  il  s'attachait  avec 
scrupule.  La  partie  astronomique  de  ce  sys- 
tème est  complètement  absurde;  la  partie 
géographique  est  remplie  de  notions  fatisses 
et  d  idées  extravagantes;  et  toutes  deux  se- 
raient à  peu  près  indignes  d'examen,  si 
elles  ne  nous  représentaient  qu'une  opinion 
individuelle.  Mais  l'analyse  approfondie  de 
ce  livre  démontre  que  les  opinions  qui  s'y 
trouvent  ont  été  celles  de  plus  d'un  auteur 
des  premiers  siècles  du  christianisme. 

«  Cosmas  attaque  très-vivement  ce  quHl 
appelle  les  hvpotnêses  grecques^  c'est-à-dire 
les  idées  de  1  école  alexandrine  sur  la  ron- 
deur de  la  terre  et  l'existence  des  antipo- 
des (152).  11  croit  démontrer  d'abord  sans 
réplique,  que  l'Ecriture  est  formellement 
contraire  à  ces  dangereuses  idées.  Ensuite 
il  avance  qu'il  est  absurde  d'imaginer  que 
des  hommes  peuvent  vivre  la  lôte  en  bas  et 
les  pieds  en  haut  (153),  et  que  la  pluie  peut 
tomber  des  quatre  points  de  l'horizon  dia- 
métralement opposés  (i^h).  Ces  arguments 
datent  de  loin,  et  en  tout  temps  ils  ont  été 
trouvés  fort  bons.  Plutarque  (155)  les  met 
déjà  dans  la  bouche  d'un  des  in:erlocuteurs, 

§rand  ennemi  de  la  sphéricité  de  la  terre  et 
es  antipodes  ;  et  on  les  voit  se  réproduire 
de  siècle  en  siècle,  depuis  Lactance  et  saint 
Augustin  jusqu'au  moment  où  la  découverte 
de  rAmérique  et  le  voyage  autour  du  monde 
de  Magellan  vinrent  pour  toujours  réduire 
au  silence  les  adversaires  des  antipodes. 

«  Selon  Cosmas,  la  terre  est  une  surface 
plane  entourée  de  fOcéan  ;  au  delà  s'étentl 
une  autre  terre  que  les  hommes  habitaient 
avant  le  déluge,  mais  où  ils  ne  peuvent  plus 
pénétrer  maintenant.  Cette  terre  est  cntouT 

(150)  Bibiiotkeca,  cod.  36. 

(151)  Fabr.,  Bibi.  gr.,  III,  2i;  t.  II,  p.  612. 

(152)  CosnAS.  p.  121,  A,  B;  157.  A;  275,  A. 
(1.^5)  Cosmas,  p.  1I4«  £.•  ^ 
(loi)  ld.,p.  119,  D. 

(15:i)  De  iGCit  in  orbe  iun(r,  p.  925;  t.  IX,  p.  654. 
Rcihk. 


IIS 


cos 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


M« 


lée  de  hautes  murailles ,  sur  lesquelles  le 
firmament,  comme  une  voûte  immense, 
^ents*appnyerdelousc6tés.  Ainsi  le  monde 
ne  ressemble  pas  mal  à  un  coflire ,  dont  la 
terre  serait  le  fond,  et  le  ciel  le  couvercle^ 

c  Toici  maintenant  comment  Fauteur  sou- 
tient ce  singulier  système. 

«  Saint  Paul  désime,  par  les  mots  to  û^pv 
ar»v|u»v,  le  tabernacle  élcTé  par  Moïse  dans 
le  désert  (t36|.  Ici  les  commentateurs  con- 
Tiennent  que  le  mot  seo^finôc  signiGe  simple- 
ment terrestre,  par  opposition  S  céteste  (157). 
Mais  au  temps  de  Cosmas,  et  auparavant, 
plusieurs  interprètes  de  l'Ecriture,  entre 
autres  Tfaéodoret  (iS8),  donnaient  à  ce  mot 
le  sens  de  fait  à  timitation  du  monde,  Cos- 
mas,  qui  adopte  cette  interprétation,  ne  man* 
que  pas  d'admettre  en  conséquence  que  le 
tabernacle  était  une  représentation  du  mon- 
de (159)  :  dans  ce  cas,  la  forme  du  premier 
était  connue,  celle  du  second  devait  l'être 
nécessairement.  Les  textes  de  l'Ecriture  à  la 
main,  il  n*a  pas  de  peine  à  prouver  que  le 
tabernacle  avait  tout  juste  la  figure  d'une 

E'ande  caisse,  une  fois  plus  longue  que 
r,^e,  et  conséquemment  que  telle  doit  être 
la  forme  de  l'univers.  Il  s  étaje  principale- 
ment des  passages  d'Isa'ie  :  «  Je  suis  celui 
5 Ht  a  pose  le  ciel  comme  une  voûte  (160); 
e  suis  celui  qui  a  étendu  le  ciel  comme  une 
tente  (161  j;  et  de  cet  autre  de  Job  :  J'ai  tn^ 
cliné  le  etel  sur  la  terre  (162). 

«  Quant  à  la  terre  elle-même,  Cosmas 
donne  pour  certain  qu'elle  ressemble  à  line 
table,  ayant  une  longueur  double  de  sa  lar- 
geur. Il  la  compare  à  la  table  des  pains  de 
proposition,  plaœe  dans  le  tabernacle  :  peut- 
on  douter  de  la  justesse  de  cette  com^iarai- 
son ,  nous  dit-il  (163),  quand  on  voit  qu'à 
chacun  des  quatre  angles  de  cette  table  il  y 
araît  trois  pains  de  proposition,  symt>ole 
érident  des  trois  mois  de  chaque  saison?  Et 
d'ailleurs  les  quatre  angles  de  cette  table  ne 
sont-ils  pas  des  emblèmes  évidents  des  sols- 
tices et  des  équinoxes. 

«  Ainsi  Cosmas  ne  le  cédait  pas  beaucoup, 
sur  l'arUele  des  allégories,  à  d'autres  doc- 
teurs chrétiens  ou  luils,  qui  en  avaient 
puisé  le  goût  chez  les  alexandrins.  Cette 
manière  forcée  de  rendre  compte  de  la  dis- 
position du  tabernacle  rappelle  naturelle- 
ment que  Josènhe  veut  trouver  dans  certaines 
dispositions  de  ce  lieu  saint  des  emblèmes 
du  mêmei genre,  tels  que  ceux  des  douze 
taois  de  l'année,  de  la  terre,  de  la  mer,  du 
riel,  des  planètes  et  des  quatre  éléments  (164), 
toutes  choses  auxquelles  Moïse  n'avait  pro- 


Heèr,  II,  1. 

CL  Scn^csscR,  Nor.  Lexic,  Sot.  TesL^  1, 


(156; 

(158)  Dom  Calut,  Comm.  iur  saint  PaUl^i.  U, 
P^  689. 

(159)  Cosias,  P.  115,  D;  196,  E:  197,  A. 
fl60)  Isa.  XL,  22.  Cosmas,  p.  129,  D;  305,  C, 
(161)  /sdLii,5. 

*  162;  Jak,  xxxui,  38. 
(163)  Couus,  p.  129,  D. 
'164;  Aut.juH.,  m,  8,7;  i,  p.  155,  l36ed.Baverc. 
^  loul  ceb  est  daiu  le  goût  d*01yinpiodore  qui  in- 


bablement  jamais  pensé;  de  même  Phi** 
Ion  (165),  ainsi  aue  Clément  d'Alexan- 
drie (166),  voyait  dans  les  diverses  parties 
de  l'ancien  temple  de  Jérusalem,  et  jusque 
dans  les  ornements  du  grand  prêtre,  des 
symboles  qui  se  rapportaient  à  toute  la  na- 
ture, et  principalement  à  ses  parties  les 
Iilus  apparentes,  le  ciel,  la  terre,  le  soleil, 
a  lune,  les  signes  du  zodiaque,  etc.  Cette 
manie  d'interprétation  symbolique  gagna 
aussi  les  théologiens  du  moyen  âge  ;  car, 
lorsque  iialilée  eut  découvert  les  quatre  sa- 
tellites de  Jupiter,  oui  augmentaient  le  nom* 
bre  connu  des  planètes,  on  opposa  d'abord  à 
sa  découverte  et  les  sept  chandeliers  d'or  de 
V Apocalypse  et  le  chandelier  à  sept  branches 
du  tabernacle,  et  jusqu*aux  sept  Églises 
d'Asie  (167),  symboles  divins,  assurait-on, 
du  nombre  auquel  la  Providence  avait  voulu 
porter  le  nombre  des  planètes,  et  ou  on  ne 
pouvait  augmenter  sans  blesser  la  foi.  Mais 
aussitôt  que  le  fait  eut  été  constaté,  on  fit  la 
découverte  que  la  foi  n'y  est  pas  contraire. 
«  Le  monde  de  Cosmas,  ou  ce  grand  cof- 
fre oblong,  qu'il  appelle  ainsi,  se  divise, 
selon  lui,  en  deux  parties  :  la  première,  sé- 
jour des  hommes,  s'étend  depuis  la  terre 
jusqu'au  firmament,  au-dessous  duquel  les 
astres  font  leurs  révolutions  ;  là  séjournent 
les  anges  (168),  qui  ne  s^élèvent  jamais  plus 
haut  (169).  La  seconde  s'étend  depuis  le 
firmament  jusqu^à  la  vodite  supérieure  qui 
couronne  et  termine  le  monde.  Sur  le  firma- 
ment repa<ient  les  eaux  du  ciel;  au  de!à  de 
ces  eaux  se  trouve  le  royaume  des  cieux,  où 
Jésus-Christ  a  été  admis  le  premier,  frayant 
la  route  de  vie  à  tous  les  chrétiens  (170). 
«  Après  avoir  fait  de  l'univers  un  srand  cof- 
fre divisé  en  deux  compartiments;  fl  restait  à 
expliquer  les  phénomènes  célestes,  tels  q|ue 
la  succession  des  jours  et  des  nuits,  et  les 
vicissitudes  des  saisons.  Voici  l'explication 
orthodoxe  de  Cosmas.  Il  considère  la  terre, 
ou  cette  table  oblongue,  circonscrite  par  do 
hautes  murailles,  comme  divisée  en  trois 
parties  :  i*  la  terre  habitable,  qui  en  occupe 
le  milieu;  2*  l'océan,  qui  environne  cette 
terre  de  toutes  parts  ;  3*  une  autre,  qui  en* 
toure  l'océan,  terminée  elle-même  par  ces 
hautes  murailles,  sur  lesquelles  vient  s'ap- 
puyer le  firmament.  Chacune  de  ces  divi- 
sions pourrait  être  Tobjet  d'un  eiameu 
particulier.  Je  ne  m'occupe  ici  que  de  Ten- 
sembie.  Or,  selon  lui,  la  terre  habitable  va 
toujours  en  s'élevant  du  midi  au  nord ,  en 
sorte  que  les  contrées  australes  sont  beau- 
coup plus  basses  que  les  boréales.  C'et^t  ^lour 

terprétc  les  quatre  chevaux  d*Apollou  par  U^s  deux 
solstices  et  les  deux  équinoxes.  (Dans  le  Platon  de 
M.  COL'SI!!,  l.  III,  p.  U6. 

(165)  De  sommité  I,  f  37,  t.  V\  p.  654,  cd.  Mang, 
—  De  Vite  Mot.,  lu,  i  12,  t.  Il,  p.  152.  —  De  Mo- 
warch,  a,  5,  t.  Il,  p.  &6. 

(166)  Stromat..  v,  p.  664-669, éd.  Poil. 

(167)  Delambee,  Hi$t,  de  VA%t,  mod.^  I;  Dite, 
prélim.,  p.  IX. 

(168)  Cosmas,  p.  286,  D. 

(169)  Id.,  p.  51",  E. 

(170)  Id.,  p.  186.  D. 


515 


COS 


mCTIONNÂiRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


SIf 


cela»  nous  dit4U  que  le  Tigre  et  FEuphrate, 
qui  coulent  du  nord  au  sud,  ont  un  cours 
plus  rapide  que  le  Nil«  qui  va  dans  le  sens 
contraire.  Tout  à  fait  au  nord,  il  existe  une 
grande  montagne  conique,  derrière  laquelle 
se  cachent  le  soleil,  la  lune  et  tous  les  as«* 
très,  qui  exécutent  leur  cours  le  long  de  la 
YOûte  céleste ,  et  en  dedans  de  ces  nautes 
murailles  q^i  circonscriyent  la  terre.  Par 
leurs  mouvements  obliques,  ces  astres  ne 

{)assent  jamais  au-^lessous  de  la  terre;  ils  ne 
ont  que  tourner  autour  de  la  grande  mon* 
tagne  qui  les  cache  à  notre  yue.  Selon  que 
le  soleil  s'éloigne  ou  s'approche  du  nord,  et 
oonséquemment,  selon  quil  s'abaisse  on 
s'élève  dans  le  ciel,  il  disparaît  derrière  la 
montagne  en  un  point  plus  ou  moins  éloigné 
de  sa  base,  et  demeure  éclipsé  plus  ou 
moins  de  temps  :  de  là  Tinégaiité  des  jours 
et  des  nuits,  et  la  vicissitude  des  saisons. 
Du  reste,  Cosmas  admet  c^ue  non-seulement 
le  soleil  et  la  lune,  mais  tous  les  astres, 
sont  conduits  chacun  par  des  puissances 
spirituelles,  par  des  anges,  qu'il  compai'e  à 
des  lampadophores  (171)';  en  sorte  que  les 
mouvements  de  ces  astres  sont  dus  à  une 
cauie  intelligente  qui  préside  à  chacun 
d'eux.  Ce  sont  encore  des  puissances  ange- 
iiques  qui  préparent  la  pluie,  rassemblent 
les  nuages,  et  président  aux  vents.,  à  la  rosée, 
à  la  neige,  à  la  chaleur,  au  froid,  en  un  mot, 
à  toyuis  lesphénomènes  météorologiques  (172). 

«  Tel  est  en  substance  le  système  de  Cos- 
mas. On  peut  facilement  décider  si  quelque 
partie  de  ce  système  lui  appartient  en  propre, 
ou  bien,  si  toutes  les  idées  dont  il  se  com- 
i>ose  étaient  plus  ou  moins  répandues  avant 
lai  parmi  les  docteurs  chrétiens.  Il  nous  ap- 
prend lui-même  qu'il  ne  l'a  pas  tiré  de  son 
propre  fonds.  Ce  n*est  pas ,  dit-il ,  d'après 
ma  propre  opinion  et  mes  propres  conjec- 
tures que  f  ai  exposé  la  forme  du  monde;  c*est 
principalement  d'après  les  leçons  orales  d'un 
homme  divin  et  dun  grand  maMrf ,  Patrice  ; 
il  vient  ici  du  pays  des  Chaldéens ,  accompa-- 
gné  de  son  disciple  Thomas  d'Edesse ,  qui  le 
suivait  partout  dans  ses  voyages.  C est  lui  ^ui 
m'a  fait  connaUre  la  vraie  et  pieuse  doctrine^ 
ce  qui  veut  dire  le  système  conforme  au  texte 
de  l'Écriture ,  que  Cosmas  expose  dans  son 
ouvrage f  et  maintenant  il  a  été  promuau  siège 
épiscopal  de  toute  la  Perse  (173). 

«(  Tout  ce  qu'il  faut  conclure  de  ce  texte, 
c'est  que  le  moine  d'Alexandrie  tenait  son 
système  d*un  chrétien  de  Babylone ,  appelé 
Patrice f  et  que  le  maître  ne  méritait  guère 
ks  pompeux  éloges  de  son  disciple.  Mais  ce 
système  n'appartenait  pas  plus  h  l'un  qu'à 
Eautre,  comme  cela  résulte  de  l'examen  des 

Cosmas,  p.  150,  A,  C. 
Vëi  supra  et  p.  15U,  D,  E  ;  289,  A. 
Id.  p.  125,  A.  Cf.  VIII,  p.  506,  D. 
S.  HiLAR.    tu    PsaL  cxxvi,  U.    Opp,  p. 
S.  Basil.,  In  Hexaem,,  hom.  3, 2i  C. 


(f71) 
(172) 
(173) 

467.  A.- 

(173) 
(176) 
(177) 
p.  518, 
(178) 


Origen.,  Contra  Cel$.,  \i,  d,  279,  éd.  Speiic. 

S.  HiLAR.,  fM  supra,  p.  486,  D,  E. 

S.  Ai'u.,  IN  Gênez,  xii,  57. —  Opp.,  III,  p.  i, 

Tels  que  les  Manichéens  (Béais.,  II.  rf.  If., 


principales  particularités  qu'il  présente^  •! 
dont  je  vais  montrer  Vorigine.  » 

§If. 

De  la  pluralité  des  deux, 

K  D*abord  Tidée  d*un  double  ciel  mit  divise 
le  monde  en  deux  compartiments  n  est  que  la 
conséquence  de  plusieurs  textes  de  (a  Bible, 
entendue  à  la  lettre.  On  la  trouve  dans  beau- 
coup d^ouvrages  des  premiers  siècles  du 
christianisme. 

«  La  plupart  des  docteurs  chrétiens ,  ex- 
pliquant littéralement  les  expressions  de 
et  eux,  de  ciel  des  cieux^  dans  plusieurs  pas- 
sages des  livres  saints ,  et  de  troisième  ciel  y 
dont  se  sert  Taiiôtro  saint  Paul ,  crorent  à 
l'existence  de  plusieurs  cieux  (174).  D'autres, 
tels  qu'Origène,  prenant  au  figuré  les  mêmes 
expressions,  prétendaient  qu'on  ne  saurait 
trouver  dans  les  livres  canoniques  la  preuve 
qu'il  existe  sept  cieux  (175j ,  ou  même  uu 
nombre  de  cieux  déterminé.  Mais  cette  opi- 
nion n'eut  pas  beaucoup  de  partisans.  Oa 
s'accorda  en  général  à  reconnaître  <a  plura- 
lité des  cieux  ;  ou  différa  seulement  .ur  leur 
nombre  et  leur  disposition.  Les  uns  (coraiï.e 
saint  Hilaire)  crurent  téméraire  d'en  fixer 
le  nombre  (176);  d'autres,  se  conformant  aux 
idées  de  la  philosophie  païenne,  en  admirent 
sept,  huit,  neuf  et  même  dix  (177).  Il  les 
concevaient  comme  des  hémisphères  con- 
centriques qui  venaient  s'appuver  sur  U 
terre  (178),  et  à  chacun  desquels  ils  don- 
naient différents  noms  :  Bède  les  met  dans 
cet  ordre,  aer,  œther^  olumpus^  spatium 
igneum^  firmamentum^  cϕum  angelorump 
cœlum  Trinitalis.  Raban  Maur  nous  a  con- 
servé une  autre  classification  qui  comprend, 
outre  c«e/uffi  Trinitatis^  sept-cieux,  savoir  : 
empyreum^  cœlum  ofueum,  sive  chrystalli^ 
numy  firmamenlum^  spatium  igneum^  olym" 
pum^  cœlum  œthereumy  cœlum  œreum. 

n  Dans  les  deux  listes  de  Bède  le  Véné- 
rable et  de  Raban  Maur,  on  aura  remarqué 
YOlympe  qui  occupe  la  place  entre  l'éther  et 
la  matière  ignée.  C'est  encore  là  le  reQet 
d'une  ancienne  opinion.  Dans  un  passage 
très-remarquable  de  Stobée  (179),  oui  a  étére* 
gardé  par  les  meilleurs  critiques  (180)  comme 
étant  capital  pour  la  connaissance  du  sys- 
tème cosmologique  de  Philolaiis,  on  voit 
que  ce  philosophe  donnait  le  nom  d'Otympt 
à  l'extrémité  supérieure  de  l'univers,  com- 
posée de  feu ,  comme  le  centre  de  cet  uni- 
vers ^181).  C'est ,  je  pense ,  en  parlant  de 
cette  idée  de  Philolaus,  que  certains  com- 
mentateurs d'Homère,  au  rapport  de  Plu* 
tarque ,  prétendaient,  d'après  un  vers  de  l'I- 
liaae(182),  que  ce  poëte  admettait  la  division 
de  l'univers  en  cinq  parties  ou  mondes(183;, 

II,  p.  356.) 

(179)  Ed.  phyt.,  p.  488,  éd.  lieer. 

(180)  TiEDEM.,  Alt.  PhiL,  p.  456,  tt.  Boc^kb, 
Philolaosy  p.  98,  if. 

(484)  BoccKH,  ouvrage  cité^  p.  99. 
(482)  XV,  492. 

(485)  De  de(.  orac.,  p.  422.—  T.  Vil,  p.  666. 
Reiske.  Je  cornge  une  transpositioD  qui  a  es  lieu 
dans  09  texte. 


317 


cos 


ET  DE  PiLLEOMOLOGIE 


COS 


I^i 


saToirirCMjmpe,  le  ciel,  Tair,  Teau»  la 
.  terre,  cette  derDière  occupant  la  partie  in- 
férieure,  tandis  que  fO/ympe  était  situé  à  la 
partie  supérieure  :  là ,  comme  dans  le  sys- 
tème de  Philolaûs,  selon  ces  commentateurs, 
rOlympe  était  évidemment  la  matière  éthé- 
rée.  Cesi  à  cette  division  de  Tunivers  en 
cinq  parties  que  saint  Basile  fait  allusion 
dans  un  passage  de  son  Hexaemeron  (iSk). 
«  D'autres ,  confondant  le  ciel  et  Tétber , 
n'admirent  que  quatre  parties,  Féther,  l'air, 
Teau  et  la  terre  (185}  ;  et  l'on  Toit ,  |iar  un 
passage  d*AcbiUes  Tatius,  que  les  trois  pre- 
mières parties  étaient  censées  former  des 
sphères  concentriques,  qui  enveloppaient 
ceUe  de  la  terre  (186). 

•  Il  est  possible  que  l'interprétation  citée 
par  Plutaitiue,  appartienne  à  quelque  pjr- 
tbagoricien  qui  aura  youhi  expliquer  Ho- 
mère par  les  doctrines  de  l'école  ;  il  parait 
en  effet,  et  cette  application  du  nom  de  l'O- 
Ijmpe  en  est-elle  môme  une  preuve,  que 
les  pythagoriciens  ont  cherché  de  fort  bonne 
iieure  à  rattacher  leurs  systèmes  sufla  pby- 
si(Tpe  du  monde  aux  traditions  poétiques  et 
religieuses.  Ainsi  Philolaiis  supposait  que 
le  centre  du  monde  était  occupé  par  le  feu, 
aaloiir  duquel  tournaient  riii  corps,  savoir  : 
le  ciel  étoile,  les  cinq  planètes,  le  soleil,  la 
lune»  la  terre  et  l'antichthone ,  ou  terre  op- 
foêée^  qui    leur  servait   à   expliquer .  les 
édipses,  système  qui,  pour  le  rappeler  en 
passant ,  n  a  rien  de  commun  avec  celui  de 
t>>pernic,  quoi  qu'en  aient  dit  Brucker, 
BaïUj,  Hontucla  et  presque  tous  les  histo- 
riens de  l'astronomie  et  des  mathématiques; 
en  cela  ils  n'ont  fait  que  suivre  l'autorité  du 
savant  Bouilliaud,  qui  avait  donné  à  son  ou- 
Trage  sur  le  vrai  système  du  monde  le  titre 
d*AMironomia  philolaiea^  Philolaiis,  rappor- 
tant ce  système  aux  idées  religieuses ,  don- 
nait au  feu  central  le  nom  de  Veita^  de  mère  des 
if»€»x  (187),  d'habitation  de  Jupiter.  Enfin,  au 
témoignage    d'Aristote,   quelques-uns   des 
|*ythagonciens  rattachaient  l'existence   de 
la  voie  lactée  à  la  course  de  Pbaéton  dans 
le  ciel  (i8i»). 

«  11  me  parait  vraisemblable  que  YOlympe 
de  Béda  et  de  Raban  Maur  remonte  à  l  opi- 
nion de  Philolaijs;  seulement  on  voit  que 
ces  auteurs  ou  ceux  qu'ils  ont  copiés  ne  l'a- 
vaient pas  comprise,  puisqu'ils  distinguaient 
Tespace  igné  de  l'Olympe,  tandis  que,  dans 
Vopînion  de  Philolaiis,  cet  Olympe  était 
précisément  l'espace  igné  :  mais  ce  n'est  pas 
la  seule  fois  que  les  docteurs  chrétiens  ont 
emprunté  aux  anciens  leurs  opinions  sans 
les  comprendre. 

{\ni)  Bexmem.,  bomO.  1, 2,  p.  10,  E. 

(  laS)  Ap.  S.  AccosT.,  ùe  ehiL  Dei^  vu,  6, p.  630. 

i  l«S)  Ach.  Tat.  I$ag.,  {  «1,  p.  U«.  C. 

fîHl)  bcLn,  Veherdas  Yerkaitnhs  des  Coperm- 
ru  tofli  AtUrskum^  dans  le  Muneum  d*r  Attert/uun- 
Wi^tem  êikMfi,  L  il,  p.  408.— Cf.BoecKV,i>/n7oiaM, 

(197*)  Meiearoi.,  1.  vni,  tiifl.,p.  558,  A. 

If 88)  8.  AocrsT.,  m  Cetuê.  xn,  67.  0pp.  t.   il!, 
^arf ,  t,  p.  3M,  D.—  5Î4,  B,  C. 
_  1 188-)  Pww.,  cod.  Î25,  o.  210,  col.  I,  1. 13;  éd. 
Bekk.^2il.cCcol.2J.  Il 


c  O'autres  Pères  de  l'Eglise  interprétèrent 
différemment  les  textes  de  la  Bible  sur  ce 
sujet.  Laissant  de  côté  le  troisième  ciel  de 
saint  Paul,  qu'ils  entendaient  d'une  manière 
toute  figurée  et  même  symbolique  (188)  ;  Us 
s'en    tinrent    à   la    Genèse^  et  n'admirent 

2u*un  d'ouble  ciel.  C'est  cette  opinion  que 
osmas  a  adoptée.  Sa  division  du  monde  en 
deux  compartiments  ou  deux  étages,  l'un 
supérieur,  l'autre  inférieur,  parait  avoir 
été  adoptée  assez  généralement.  Elle  était 
énoncée  par  Diodore,  évèque  de  Tarse  (en 
378) ,  dans  un  livre  dont  Photins  nous  a 
donnéun  extrait  ample  et  curieux  (188*). Ce 
Père  y  combat  les  partisans  de  la  sphéricité 
du  ciel  et  de  la  terre,  il  dit  dans  un  endroit: 
Uy  a  deux  cieux^  Vun  visible^  Vautre  invi" 
sible  et  placé  aurdesêus  :  le  ciel  supérieur  fait 
en  quelque  sorte  ^office  de  toit ,  par  rapport 
au  monde  ^  comme  i  inférieur  par  rapport  à 
la  terre  ;  et  celui-rci  sert  en  même  temps  de  sol 
et  de  base  au  premier  {iS9).  Sévérianus ,  é  vè- 

2 ne  de  Gabala  vers  la  même  épcMpie,  parle 
paiement  ou  ciel  supérieur,  qu'il  dit  être  le 
cieides  cteturdeDavid;etil  compare  le  monde 
è  une  maison  à  double  étage ,  dont  la  terre 
serait  le  rez-de-chaussée  ;  le  ciel  inférieur, 
qui  serl  de  lit  aux  eaux  célestes^  le  plafond  ; 
el  le  ciel  su|iérieur  le  toit  (189*).  Eusèbe  de 
Césarée,  dans  son  Commentaire  surlsaie(i90)f 
et  l'auteur  des  Qtiœstiones  et  Responsiones 
(190*),  admettent  la  même  disposition;  c'est 
tout  juste  celle  qui  résulte  de  la  description 
de  Cosmas,  puisqu'il  se  figurait  l'intervalle 
d'un  ciel  à  1  autre  comme  formant  une  es- 
pèce de  compartiment  dont  le  ciel  inférieur 
était  le  fond  et  le  supérieur  le  couvercle.  On 
peut  en  dire  autant  de  saint  Basile  (191).  Il 
admettait  que  la  surface  supérieure  du  pre- 
mier ciel  est  plate,  tandis  que  la  surface  in* 
férieure ,  celle  qui  est  tournée  vers  nous , 
est  en  forme  de  voûte.  Il  expliquait  de  cette 
manière  comment  les  eaux  célestes  pouvaient 
s'y  tenir  et  y  séjourner  (191*).  Ce  saint  Père 
défend  cette  disposition  contre  les  objec- 
tions que  les  païens  auraient  pu  faire;  il 
leur  demande  en  quoi  l'existence  d'un  don- 
ble  ou  même  d'un  triple  ciel  serait  plus  dif- 
ficile à  comprendre  que  celle  de  leurs  sphè- 
res ,  quiis  disent  être  disposées  comme  des 
seaux  de  diverses  grandeurs  emboîtés  les  uns 
dans  les  autres  (192).  Allusion  assez  fine  k 
un  passage  de  Platon  (192*). 

«  Selon  Cosmas ,  le  ciel  inférieur  était 
séparé  du  supérieur  par  les  eaux  célestes. 
Pour  cette  disposition,  il  se  fonde  sur  des 
textes  de  Moïse  :  Fiat  firmamentum  medio 
cquarum ,  et  dividat  aquas  ab  aquis.  Et  fecit 

n89)PHOT.,p.220,1.5..'9. 

(189-)  SevEB.  Gab.,  p.  215,  B. 

(190)  CollecL  MOV.  Patr.,  t.  H,  p.  571,  B. 

(190')  P.  AU^  C.  ititer  0pp.  S.  Just,  mûri. 

S  191)  In  Bexaem,^  bom.  3,  p.  24,  A,  B. 
19i*)ld.,4,p.  23,C. 
192)  id.,  p.  «4,  C.  ^         A^A 

(192)  De BepmbL,  x  , (M6,  D.— Panneoide.ilaas 
le  méine  sens,  comparait  les  pbns  de  ces  sphères  a 
des  eouronnes  coneentriqoes.  (PnciK).  Plut.,  Os 
Plac,  pAf7.,  n,  7,  ibiq.  Gorsini.) 


5f9 


COS 


DICTJONNA/RE  DE  COSHOGONIE 


COS 


S20 


Dius  firmamentum  divisiique  aquas  quœ 
irani  sub  firmamentOf  ab  his  quœ  erant  super 
/!niiameiUuiR{193).  Il  y  «joute  d'autres  textes 
lires  de  la  Genève  et  aes  Psaumes  (193*). 

ff  Plusieurs  Pères  refusèrent  de  s*atLacner  à 
la  lettre  de  ces  textes,  et  Origèuet  par  exem- 
ple, prétendit  que,  par  les  eaux  placées  au- 
dessus  du  firmament,  il  fallait  entendre  cer- 
ta'nes  classes  d*anges  ;  opinion  que  saint  Au- 
gustin combat  fortement  (1%).  Le  plus  grand 
nombre  des  Pères  s*en  tint  au  sens  littoral  de 
ces  textes  (19^^)  ;  et .  bien  qu'ils  sentissent' 
toutes  les  diiBcuités  d'une  telle  disposition, 
comme  on  le  voit  par  tout  ce  que  saint  Ba- 
sile (195)  et  saint  Augustin  (195^)  s'opposent 
à  eux-mêmes,  ils  n'en  crurent  pas  moins  que 
les  eaux  célestes  étaient  soutenues  par  le  fir- 
mament, qui  avait  des  portes  et  des  fenêtres. 
Car  c'est  ainsi  qu'on  interpréta  les  termes 
de  cataractes  ou  de  fenêtres  du  ciel^  qui  se 
trouvent  dans  la  Genèse  et  les  Psaumes  (196)  : 
en  conçut  que,  par  ces  ouvertures,  les  eaux 
du  ciel  tombaient  sous  forme  de  pluie,  à  la 
volonté  ou  par  les  ordres  dt  Dieu.  Cette  dis- 
position, admise  aussi  dans  la  cosmographie 
populaire  des  Grecs,  et  dont  Aristophane 
nous  a  donné  une  expression  burlesque  (197j, 
fut  regardée  comme  la  condition  indispensa- 
ble de  toute  cosmographie  prétendue  optho- 
,iioxe  (198).  Il  serait  dimcile  de  dire  toutes  les 
subtilités,  auxquelles  on  eut  recours  pour 
a  rpuyer  une  telle  disposition  et  la  rendre 
un  peu  moins  singulière  (199).  Une  des 
moins  mauvaises  explications  qu'on  imagi- 
na fut  que  la  divine  sagesse  ayant  besoin  de 
pluie  pour  la  vie  des  hommes  et  des  plantes, 
elle  ne  pouvait  rien  inventer  de  plus  com^ 
mode  que  cette. couche  d'eau,  dont  elle  mé- 
nageait la  chute  selon  le  besoin  de  ses  créa- 
tures (âOO). 

«  D'autres,  comme  saint  Basile  et  saint  Isi- 
dore (201),  pensèrent  que  Dieu  avait  voulu 
tempérer  l'ardeur  de  la  région  étbérée  par 
la  froideur  des  eaux  du  ciel,  ou  bien  empê- 
cher que  le  monde  inférieur  ne  fût  brûlé  par 

(193)  Gene$. ,  i,  G. 

(493*)  Laudale  eum^  cœli  cœlorum  et  aquœ  omnes 
quœ  super  cœlossunt.  (PM/m*cxLvin,5.) —  Qui  legis 
tiffuis  $uperiora  ejus.  (cui,  3.)  —  Et  ntandavit  nu- 
libus  desuperetjanuas  cœli  anemit  (lxxvii,23.) 

(194)  De  ct9.  Det ,  xi,  34,  p.  1113. 

(194*)  Selon  Tabbé  Bergier,  savant  docteur  de 
Svirbonne,  auteur. du  Kcltonnaire  de  Théologie^  de 
VEncyclopédie  (art.  Ciel  et  Eaux)^  ce  sont  tes  incré- 
dûtes  qui  ont  prêté  à  Moïse  Tidée  que  le  ciel  est 
une  voûte  solide  recouverte  d'une  couche  d*eau  et 
percée  de  trous,  etc.  €e  docte  théologien  n'a  pas 
songé  qu'il  range  ainsi  d'un  trait  de  plume  presque 
tous  les  Pères  de  l'Eglise  parmi  les  incrédules. 

(195)  In  Hexaem.^  m,  7,  p.  29, 
(195*)  In  Genes.^  n,  c.  4. 

(196)  Genês.  yiï.  11;  \ni,  2.  ^PsaL  i.xxtii,  27, 

—  Cf.  Seuleusn.  Nov.  Thés.  Vet.  Test.,  l.  III,  p.  91, 
St5l,2o2. 

(197)  Aristopu.,  Nub.  v.  372. 

(198)  Âuctor  Quœst.  et  re$pon$,,  93,  p^  449,  B,  C. 
iTaiopuiL.  ad  Autolffc.^  n,  9. 

(199)  Cf.  Lud.  Vives  ad  S.  Aug.  Civ.  Dei,  xi,  54, 
p.  lili.  —  Cf.  S.  JtiiTa  Martyr,  L  1. 

(20i)  S.  CvniLL.  llioioso!.,  caiech,  ix,  p.  76.  B,  Ç. 

—  Ailleurs,    S.  Cyrille  donne  une  autre  raisou  (p. 


le^  feux  qui  embrasai^it  la  partie  supérieure 
de  Tuaivers  (202).  C'est  encore  là  un  souve- 
nir de  Tancienne  philosophie  païenne.  On  a 
vu  plus  haut  que  1  Olympe  de  Philolaûs  était 
cette  matière  ignée,  placée  à  Textrémité  su- 

Êérieure  de  Tunivers  (203)  :  Parménide  (20^], 
[éraolite,  Straton  (2K)5)t  et  les  stoïciens, 
croyaient  que  Téther,  ou  la  partie  la  plus 
élevée  du  monde,  était  une  matière  enflam- 
mée (206)  par  la  rapidité  du  mouvement 
diurne  (207)  ;  Anaxaffore  surtout  s'était  atta- 
ché à  cette  opinion  (z08),  et  Ton  tirait  même 
de  cet  état  présumé  de  Téther  Tétymologie 
de  son  nom  (209).  Les  anciens  philosophes 
avaient,  je  pense,  été  conduits  à  cette  idée 
par  la  simple  analogie  tirée  d'un  phénomène 
très-ordinaire,  savoir,  l'inflammation  des 
matières  combustibles  et  réchauffement  des 
pierres  et  des  métaux  par  le  frottement  (210); 
ils  en  conclurent  que  l'éther,  froUé  si  vio- 
lemment par  le  mouvement  rapide  de  la 
voûte  solide  du  ciel,  devait  être  une  matière 
en  état  d'incandescence.  Cette  théorie ,  qui 
fut  reÇue,  et,  pour  ainsi  dire,  remise  en  cirr 
culation  par  les  néoplatoniciens,  comme  on 
le  voit  dans  Plotin  (211),  passa  de  leur  école 
dans  les  livres  des  saints  Pères,  entre  autres, 
de  saint  Augustin»  qui  s'en  servit  pour  ex- 
pliquer l'existence  des  eaux  célestes  (212). 
Ce  grand  saint,  toutefois,  ne  se  dissimulait 
pas  combien  cette  disposition  était  contraire 
.aux  plus  simples  notions  du  bon  sens.  Mais 
comme  elle  était  appuyée  par  des  textes  dont 
le  sens  littéral  lui  paraissait  le  seul  admissi- 
ble, il  finit  par  conclure  que,  de  quelque 
manière  que  Ton  pût  concevoir  Texistence 
d'une  couche  d'eau  sur  le  firmament,  il  fal- 
lait nécessairement  qu'elle  y  fût  (  quoquo 
modo  autem  et  qualesUhet  aquœ  ibi  sint,  esse 
eas  ibi  minime  aubitemus  )  ;  car,  ajoute-t-il, 
toute  la  capacité  de  l'esprit  humain  doit  cé- 
der à  l'autorité  de  l'Ecriture  {major  est  quip- 
pe  Scripturœ  auctoritas^  quam  omnis  humani 
ingenii  capacitas  [213]).  Ce  seul  mot  explique 
et  excuse  tant  d'aberrations,  )* 

17,  B.]  qui  irest  pas  beaucoup  meilleore. 

(201)  Ap.  Lud.  Viv.  in  S.  Aug.  1. 1.  — Cf.  Amctsr 
Quœst.  et  Respons.,  95,  p.  448. 

(202)  c  Cujus  scilicet  uatura  arlifei  muadi  Beus 
aquis  temporavit,  ne  conflagratio  superioris  ignis 
Inferiora  elementa  succenderet.  »  (Isib.  op.  v»c. 
Bellov.,  Spec,  mundi^  m,  82.) 

(203)  Carcs,  Ideen  zur  Geschichu  der  FAOoio- 
phie,  p.  288. 

(204)  Stob.,  Eclog.  phys.  p.  500,  ed*  Heer. 

(205)  DioG.  Laert.,  vu,  137. 

(206)  Arist.,  Meteor.^i,  5,  p.  550,  A,  et  alibi. ^ 
Pseudo-Arist.,  De  mundo ,  11,  5,  ibt  Kapp. 

(207)  Id.,  De  cœlo,  ii,  7,  p.  460,  A. 

(208)  Carits,  De  font.  Anax.  Cosmo-Theifr.  p.  7U. 

(209)  Mais  Arisloie  faisait  veitir  ce  mol  de  &mI  Oav, 
toujours  courir.  (Cf.  Kapp.  ac  Truct,  de  mundo ^ 
E\c.  II. 

(210)  Aristote,  de  cœlo^  ii,  7.  p.  460,  U.  —  Cf. 
S.  Justin.  Mari.,  Arist.  dogm.  eters.^  §  55  ,  p.  \i>t. 

' —  Quœst.  et  resp.  ad  Cr.,  p.  196,  D,  Ë.  . 

(21!)  £mi.,  in,  r.  5,  p.  158. 

(212)  Jn  Genesin,  ii,  5.  —  0pp.  DU  p.  153,  E, 
par*.  I. 

(itm  S.  Arc.  m  Gcim.  îi,  9.  -  0pp.,  111,  p.  155, 
B,  p'ivt.  I. 


9tl 


eos 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CÔS 


m 


!)e  la  tlact  occupée  par  les  ange»  datu  le 
*  monde  physique, 

n  Viàé^  que  les  anges  occupaient  une  place 
intermédiaire  entre  la  terre  et  le  ciel  n'est 

Eas  non  plus  particulière  au  système  de 
osmas  et  de  Patrice.  C'était  l'opinion  de 
saint  Hilaire,  ainsi  que  le  reconnaissent  les 
savants  Bénédictins  éditeurs  de  ses  œu- 
rres  (214).  Théodore,  évêque  de  Mopsuesle, 
dans  son  ouvrage  perdu  sur  la  créationy  adop- 
uit  et  développait  la  même  idée  (215)  ;  Jean 
Philoponus  »  qui  la  combat,  déclare  qu'elle 
n'est  autorisée  par  aucun  texte  de  l'Ecriture, 
et,  en  effet,  ni  1  Ancien  ni  le  Nouveau  Testa- 
ment D*en  offrent  la  trace  :  elle  a  été  amenée 
par  la  nécessité  d'expliquer  les  phénomènes; 
et,  si  je  ne  me  trompe,  on  a  puisé  à  une 
source  qui  a  fourni  bien  d'autres  explica- 
tions, à  la  source  platonicienne.  Platon,  dans 
le  Banquei  (216),  dit  qu'il  existe  des  êtres 
appelés  démons,  intermédiaires  entre  l'homme 
et  la  Divinité,  qui  transmettent  aux  dieux 
les  vœux  et  les  prières  des  hommes,  et  aux 
hommes  les  volontés  des  dieux,  par  le  moyen 
des  oracles  et  des  divers  genres  de  divina- 
tion, d'enchantements,  de  procédés  magi- 
ques (217). 

c  L'auteur  de  VEpinomide  (218)  en  parle 
dans  le  même  sens  ;  il  appelle  ces  démons 
une  sorte  de  race  aérienne  qui  occupe  une 

{lace  intermédiaire.  Xénocrate,  disciple  de 
laton,  et  dont  VEpinomide  rapnelle  peut- 
être  en  ceci  la  doctrine,  avait  également  fixé 
dans  la  région  sublunaire  les  êtres  semi- 
dirins,  ou  démons  invisibles  à  nos  yeux  (219). 
C'est  à  la  même  source  que  Varron  avait 
puisé  l'opinion  qu'il  énonce  en  ces  termes  : 
Jnter  lunœ  tero  gyrum  et  nimborum  ac  ven^ 
t&rum  eacumina  aerias  esse  animas^  sed  eas 
anima  non  oculis  viderîj  et  vocari  heroas^  et 
lare$  et  aenios  (220) 

«  Apulée  reproduit,  dans  des  termes  ana- 
logues ,  l'opinion  des  néoplatoniciens  de  son 
temps.  Il  parle  de  puissances  moyennes  qui 
tiennent  de  la  Divinité,  et  qui  sont  placées 

(2U)  S.  HiL.  in  Psttlmos.  —  0pp.,  p.  486,  A,1B, 
487.  A.  ibiàae  annotât. 
^15)  J.  Philopoiv.,  De  créât.,  i,  16,  p.  31;  17, 

(216)  P.  202.  E.  203.  A.  —  Cf.  Plctarch.,  De 
h.  et  Osir.,  p.  361,  B,  C. 

(217)  Cette  idée  sur  le  râle  des  démons  fut  tdle- 
Bieni   répamlue  chez  les  paiens ,  d'après  une  si 
craiide  aulorilé  (cf.  Maxiil.  Tïr.,  xiv,  8.  —  Paocl. 
in  lïm.,  1.  p.  49.  —Plut.,  De  hid,  et  Oiir.,  p.  361, 
B.  C.  —  Aristid.  ,  Oraf.,  t.  Il,  p.  106,  éd.  Jebb.^ 
eic.)«  <|ue  les  Pères  de  TEglise  ne  purent,  guère,  se 
dispenser  dStttrîbuer  aux  démons  les  oracles  de  Tan- 
liqotté.  Leur  opinion  h  cet  éffard  fnt  à  peu  près 
ttnaDÎme.  Le  Jésuite  Baltus  {Réponu  à  rhist.  des 
gracies,;  Sinsb.,  i707,)  a  très-bien  prouvé  que  Van- 
dale et  Fontenelle,  en  n*y  voyant  que  Ttieuvre  de  Tim- 
poftUire,  Yont  fomieUenient  contre  Tautorité  des 
iaiuis  Pères  ;  ce  q«i  ne  prooYe  pas  du  Coot,  comme 
le  concloail  Balius,  que  Vandale  et  Fontenelle  aient 
ti>ri  ;  da  moins  aucun  liomme  de  sens  ne  le  sou- 
tiendrait à  présent.  Dans  nn  très-bon  livre  de  théo« 
Ingio*  ï'Mêrméneuî^pie  sacrée,  M.  Janssens,  art.  47  , 
a%aiice  que  Tatîen, Ortgcne,  Eusébe ,  S.  itan  Chry- 


entre  la  terre  et  la  haute  région  du  ciel  (221). 
C'est  également  la  doctrine  de  Procius  et  ae 
Plotin.  Ainsi  les  platoniciens  anciens  et  nou- 
veaux ayaient  placé  les  démons  précisément 
là  où  saint  Hilaire,  Théodore  de  Mopsueste 
et  Cosmas  ont  depuis  placé  les  anges,  où 
saint  Paul  mettait  les  esprits  malins  ^22). 

<i  Quant  à  cette  autre  idée  de  Cosmas,  que 
des  anges  qu'il  appelle  lampadophores  pré* 
sident  aux  mouvements  des  astres  (223),  se- 
lon Jean  Philoponus,  elle  avait  été  ad- 
mise par  Théodore  de  Mopsueste,  et  elle 
avait  trouvé  des  partisans  auxquels  il  n'é- 
pargne pas  le  sarcasme.  «  Que  ceux,  dit-il, 
<t  qui  se  portent  défenseurs  du  sentiment  de 
«  Ihéodore  nous  disent  dans  quel  endroit 
«  de  rEcf^iture  divine  ils  ont  appris  que  des 
<r  anges  mettent  en  mouvement  la  lune ,  le 
c  soleil  et  chacun  des  astres,  les  tirant  à  eux 
«  attelés  comme  des  bétes  de  somme,  ou  les 
«(  poussant  par  derrière  comme  ceux  qui 
«t  roulent  des  ballots  de  marchandises,  ou 
^  les  faisant  mouvoir  de  ces  deux  manières 
^  à  la  fois,  ou  enfin  les  portant  sur  leurs 
«  épaules. En  vérité,  qu'y  a-t-il  de  plus  ridi- 
«  cule  que  toutes  ces  suppositions?  Comme 
ff  si  Dieu,  qui  a  créé  le  soleil,  la  lune  et  tous 
c  les  astres,  n*a  pas  pu  leur  imprimer  le 
«  mouvement,  ainsi  qu'il  a  donné  aux  corps 
«  pesants  et  légers  une  tendance  à  se  préci- 
«  piter  vers  la  terre,  et  à  tous  les  êtres  vi-- 
«  vants  une  faculté  de  se  mouvoir  qu'ils  ti- 
ff  rent  du  principe  d'activité  qui  les  ani<« 
«  me  (224).  » 

«  Dans  ce  beau  passage ,  Jean  Philoponus 
paratt  entrevoir  que  ta  force  dont  les  mou- 
vements des  corps  célestes  sent  le  résul- 
tat, pourrait  avoir  de  l'analogie  avec  la  pe-< 
sauteur.  Mais  Jean  Philoponus  ne  s'est  pas 
plus  douté  de  la  théorie  des  forces  centrales 
que  Descartes,  auquel  Ballly  attribue  la  dé^ 
couverte  de  la  force  centrifuge  (225).  L'hon- 
neur des  découvertes  s'établit  sur  des  titres 
un  peu  plus  clairs.  On  peut  rappeler  ici 

2u'un  des  interlocuteurs  d'un  dialogue  de 
lutarque  compare  le  mouvement  de  Ta  lune 
autour  de  la  terre  à  celui  de  la  pierre  dans 

sostome,  etc.,  D*ont  vu  dans  les  oracles  que  le  ré-' 
sultat  de  la  fraude  ;  les  preuves  du  contraire  son! 
rassemblées  dans  les  chap.  3  à  9  du  livre  de  Baltus, 
et  dans  les  cliap,  2,3,4,5,8,  etc.,  de  la  suite  de 
sa  Réponse. 

(248)  §  8,  page  983.  D— page  310,  éd.  Ast.  ''fia  ptt 
est  nris  dans  un  sens  pbysiqne. 

(219)  Stob.;  Ed.  phys.,  1, 62,  (Heer.  —  Plut., 
De  Is.  et  Osir.,  p.  ;561—  MI,  p.  42o,  Reiske. 

(220)  Vjuiao  ap.  S..ÂUG.  tu  civit.  Dei,  vu ,  6 ,  p. . 

1221)  De  Deo  Soerat. ,  ii ,  p.  133 ,  éd.  Oudend. 
c  Gaeterum  sunt  quaedam  divina;  inediae  potestates , 
inter  summum  aeihera  et  iniiroas  terras  in  isto  m- . 
tersitae  aeris  spalio,  per  quas.et  desideria  nostra 
et  mérita  ad  I>eos  commeant,  i  etc. 

(222)  Ephes.  n,  2;  ti,12. 

(223)  Selon  d*antres,  chaque  pa^s  de  la  terre 
avait  son  ange  particulier.  Poltcoho!!.  tu  Daniel., 
ap.  Script,  vet.,  part,  u,  p.  144;  Rom.,  1825.  — 
Cr.  SoARCz ,  De  angelis ,  vi,  18. 

(224)  J.  Pbilop.,  De  ffMf  mnnJî,  t,  J2,  p.  28. 
(223)  Deijmbre,  Fui.  de  rastron.  mod.,  n,  p.  21  i. 


S23 


COS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


Hi 


une  fronde  en  oiouvement.  Elle  est  retenue 
par  la  corde,  qui  Tempôche  de  s'échapper, 
en  même  temps  que  la  rapidité  de  son  mou- 
vement la  maintient  a  l'extrémité  du 
rayon  (226).  C'est  là  une  image  assez  juste 
du  combat  des  deux  forces  dans  les  mouve- 
ments circulaires.  Le  principe  sur  lequel 
cet  image  repose  remonte,  je  pense,  jusqu'au 
système  d'Anaxagore  (227),  qui  croyait  que 
les  corps  célestes  sont  des  pierres  que  la  ra- 
pidité du  mouvement  diurne  a  entraînées 
de  notre  terre  et  maintenues  ensuite  dans 
les  hauteurs  du  ciel. 

«  On  ne  peut  voir  en  tout  ceci  que  des 
aperçus  rapides  et  fugitifs,  qui,  n'étant  ame- 
nés par  aucune  observation  suivie  ,  n'ont 
jamais  été  liés  à  aucune  théorie  fondée.  C'est 
\hf  plus  ou  moins,  le  caractère  de  la  physi- 
que des  anciens.  - 

«  11  parait  donc  que  les  docteurs  chrétiens, 
partisans  de  l'opinion  de  saint  Uilaire  et  de. 
Théodore,  concevaient  de  diverses  manières 
le  mouvement  imprimé  aux  astres  par  les 
anges.  Quelques-uns  supposaient  qu  ils  les 
portaient  sur  leurs  épaules,  comme  l'omo- 

{}hore  des  manichéens  (228)  ;  d'autres,  qu'ils 
es  roulaient  devant  eux  ou  qu'ils  les  traî- 
naient h  leur  suite.  Cosmas,  en  assimilant 
les  anges  à  des  lampadophores^  semble  avoir 
cru  que  les  astres  étaient  comme  des  flam- 
beaux que  les  anges  portaient  à  la  main. 

«  Cette  opinion  tient  encore  h  celle  de  Pla- 
ton qui,  dans  le  Timée^  suppose  que  chaque 
étoile  est  présidée  par  un  génie  ou  une  in- 
telligence d*une  nature  intermédiaire  en- 
tre la  Divinité  et  l'homme,  à  moins  qu  on 
n'aime  mieux  supposer  que  les  mouvements 
si  extraordinaires  que  plusieurs  docteurs 
chrétiens  prêtaient  aux  astres  exigeaient 
l'action  immédiate  et  constante  d'une  cause 
intelligente  qui  les  poussait  dans  l'espace. 
On  voit  cette  idée  reparaître  encore  dans 
les  écrits  théologiques  du  moyen  âge,  par 
exemple ,  dans  un  ouvrage  bizarre  (^9)  oii 
l'abbé  Trithèine,  l'auteur  de  la  fabuleuse 
Chronique  des  Francks,  donne  la  succession 
exactedes5tfp/  anges^  ou  esprits  des  planètes, 

3ui,  les  uns  après  les  autres,  et  chacun  pen- 
ant  le  même  espace  de  trois  cent  cinquante- 
quatre  ans,  ont  gouverné  les  affaires  de  ce 
monde,  sous  l'inspection  de  la  Providence, 
depuis  la  création  jusqu'à  l'an  de  grâce  1522 
(230).  Ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable,  c'est 
de  voir  cette  même  opinion  exprimée  dans 
l'ouvrage  du  Jésuite  Riccioli,  très-savant  as- 
tronome, à  qui  ses  supérieurs  n'avaient  ac- 
cordé la  permission  de  lire  les  dialogues  de 

(236)  Dé  fae.  in  orbelun.^  ix,  p.  652. 

(2i7)  Pseudo-Plut.,  Plae.  pA.,  ii,  13;  Stob. 
Ectog.  p/iy<.,  i,  506,  éd.  Heer. —  C'est,  je  pense, 
cette  opiuion  d'Anaxagore  qui  donna  lieu  de  loi 
auribuer  la  prédiction  de  la  chute  de  l'aéro- 
liihe  tombée  près  d'iEgos  Polamos.  (Pldt.,  Ly- 
»and.^  c.  12.)  Il  pensait  que  les  astres  sont  des 
pierres  que  la  rapidité  du  mouvement  diurne  a  en- 
levées de  la  surface  de  la  terre,  et  qui,  après  avoir 
été  enflammées  par  réther,^sout  devenues  des  astres 
éclatants.  Or,  comme  dans  ce  système,  11  devenait 
possible  qae  quelques-unes  des  pierres  entraînées 


Galilée  qu'à  la  condition  de  les  combattre. 
Cet  antagoniste  malgré  lui  de  Copernic  eut 
recours  a  l'opinion  platonicienne,  et  plaça 
des  intelligences  célestes  dans  les  étoiles. 
11  y  fut  contraint,  pour  répoudre  aux  objec- 
tions victorieuses  que  ce  grand  homme  et 
Galilée  tiraient  de  rinvariabilité  des  distan- 
ces relatives  des  astres  pendant  le  mouve- 
ment diurne.  Alors  que  fe  cours  capricieux 
des  comètes  avait  cféjà  brisé  les  cieux  de 
cristal  auxquels  les  anciens  astronomes  atta- 
chèrent les  astres,  Riccioli  ne  pouvait  expli- 
quer cette  difficulté  énorme,  qu'en  admettant 
qu'il  y  a  dans  chaque  étoile  un  ange  fort 
attentif  à  ce  que  fait  son  voisin,  et  qui  pousse 
l'étoile  k  laquelle  il  préside  plus  ou  moins 
vite  selon  sa  distance,  de  manière  que,  vues 
de  la  terre,  les  distances  relatives  ou  les  in- 
tervalles angulaires  restent  toujours  les  ma- 
rnes. Présenter  sérieusement  une  pareille 
solution,  c'était  avouer  qu'on  n'avait  rien  à 
répondre.  Mais  il  n'est  pas  bien  sûr  que  Ric- 
cioli ait  cru  un  mot  de  ce  qu'il  disait.  Trop 
bon  astronome  pour  ne  pas  sentir  les  méri- 
tes du  système  qu'il  avait  l'ordre  de  com- 
battre, il  l'attaque  le  plus  souvent  en  avocat 
qui  voudrait  perdre  sa  cause.  On  voit  qu'il 
ne  lui  a  manqué,  pour  être  copemicieiii  que 
la  licenxa  de  superiorû  » 

81V. 

De  la  forme  du  monde  et  du  mouvement 

des  astres. 

«  Quant  aux  traits  caractéristiques  du  sys- 
tème de  Cosmas,  je  veux  dire  ses  idées 
sur  la  forme  du  monde,  sur  les  mouvements 
des  astres  autour  de  la  partie  élevée  de  la 
terre,  sur  les  hautes  murailles  qui  l'entou- 
rent et  soutiennent  le  ciel,  on  est  encore 
certain  que  ni  lui  ni  son  maître  ne  les  avaient 
tirées  de  leur  propre  fonds.  J'ai  déjà  remar- 
qué que  le  sens  donné  par  cet  auteur  aux 
mots  a7Mv  xofffiixôv  dans  saint  Paul  était 
adopté  par  plus  d'un  commentateur  do  cette 
époque.  Or,  ce  sens  est  en  queluue  sorte  le 
pivot  de.  tout  le  système  ;  car,  au  moment 
qu'on  admettait  que  le  tabernacle  de  Moïse 
avait  été  construit  à  Timitation  du  monde, 
on  était  nécessairement  conduit  à  admettre 
que  le  monde  avait  la  forme  de  ce  taber- 
nacle. Aussi  avons-nous  vu  que  Sévériaous 
de  Gabala  et  Diodore  de  Tarse  se  figuraient 
le  monde  comme  une  maison  à  double 
étage,  ce  qui  rentre  tout  à  fait  dans  la 
même  idée;  ce  dernier  auteur  achève  la 
ressemblance  en  donnant  au  ciel»  de  même 

par  le  tourbillon  éthérérf^tombasseot  sur  notre  tenre« 
on  aura  attribué  à  Auaxagore  la  prédiction  d'tsn 
phénomène  dont  son  système  a^alt  eu  quelque  sorta 
donné  Texplication  d'avance. 
|2i8)  Beacisobrr,  Hi$t.  de  manieh,^  n.  374, 37S. 

(229)  De  septem  secundeis^  id  ut,  intelligentus  sirm 
êpirilibus^  orbes  voit  decem  moventibus;  Anieator^, 
1600. 

(230)  Il  est  singulier  que  la  durée  des  régnes  de 
chacun  des  anges  contienne  précisément  autani 
d'années  que  Tannée  lunaire  contient  de  jours.  CeLa 
doit  se  rattacher  à  quelque  rêverie  astrologif  uOi 


cos 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


5t6 


qae  CosmaSp  la  figure  d'une  tente  dont  la 

{partie  supéneure  serait  en  forme  de  voûte 
231).  D'ailleurs»  ditPbotius,  il  cherchait  à 
rendre  compte,  dans  cette  hypothèse,  du 
lever  et  du  coucner  du  soleil,  de  Taugmen- 
tation  des  jours  et  des  nuits  et  des  autres 
phénomènes  de  ce  genre,  et,  à  Tappui  de  ses 
Idées,  il  citait  des  textes  de  l'Ecriture.  C'est 
dire  assez  que,  dans  celte  partie  de  ma  livre, 
Siodore  traitait  le  même  sujet  que  Cosmas, 
el,  d  après  la  figure  qu'il  attribuait  au  monde, 
on  doit  croire  que  ses  explications  ne  diffé* 
raient  pas  beaucoup  de  celles  du  moine  égyp- 
tien, si  elles  n'étaient  pas  exactement  les 
mêmes.  Photi us,  qui  ne  se  montre  nulle  part 
favorable  à  tous  ces  systèmes,  s'exprime  sur 
celui  de  Diodore  avec  une  réserve  pleine  de 
modération  et  de  prudence.  «  Diodore,  dit-il, 
appuie  son  opinion,  d;>  moins  il  le  croit, 
sur  des  témoignages  (k  (  Ecriture,  relatifs 
non-seulement  à  la  fikure  (du  monde], 
mais  au  coucher  et  au  lever  du  soleil;  il 
recherche  aussi  la  cause  de  l'augmentation 
et  de  la  diminution  des  jours  et  des  nuits, 
et  s'occupe  d'autres  sujets  de  ce  genre,  (^ui 
n'ont  rien  de  fort  nécessaire,  à  mon  avis, 
bien  qu'ils  aient  en  effet  quelque  connexion 
avec  les  livres  saints.  Sans  doute,  dans  ce 
qu'il  dit  à  cet  égard,  on  reconnaît  un  hom- 
me plein  de  pieté,  mais  on  Ti'accordera  pas 
aussi  farilement  gu^il  se  serve  avec  discer- 
nement des  témoignages  de  l'Ecriture.  » 
«  Jean  Pliiloponus,  en  critiauant  le  livre 
de  Théodore  de  Mopjueste,  parle  de  la  forme 
que  cet  évèque  donnait  au  monde,  qu'il  se 
représentait  comme  la  moitié  d'un  cylindre 
coupé  lon^itudinalement,  et  ayant  une  lon- 
gueur double  de  sa  largeur  (232)  :  or,  le 
mo  ide  de  Cosmas  a  presque  exactement  cette 
mé  ne  forme,  et  il  -présente  les  mêmes  rap- 
ports de  dimension. 

«  Ce  passage,  et  ceux  que  j'ai  déjà  cités, 
me  semblent  prouver  que  le  système  de 
Théodore  de  Mopsueste  était  à  très-peu  près 
le  même  que  celui  que  Cosmas  nous  fait 
ooniialtre. 

«  On  voit  encore  par  ce  passage  de  Jean 
Pbiloponus  que  plusieurs  substituaient  à  la 
forme  d'un  demi-cylindre  celle  d'un  œuf 
coupé  par  moitié  perpendiculairement  à  son 
grand  axe,  ce  qui  revient  encore  à  peu  près 
au  même. 

«  Il  existe  dans  ce  système  un  autre  trait 
qui  est  inséparable  des  idées  sur  la  forme  du 
monde  et  sur  les  mouvements  des  astres,  et 
qoit  en  conséquence,  n'a  pu  manquer  de  se 
trouver  aussi  dans  celui  de  Diodore  de  Tarse, 
de  Sévérianus  de  Gabala  et  de  Théodore  de 
Mopsueste.  C'est  l'élévation  progressive  de 
la  terre  depuis  le  midi  jusqu  au  nord,  et  de 
la  grande  monimgne  derrière  laquelle  les  as- 

Sl)  DiOD.  Tam.,  ap^  Phot.^  p.  220»  1. 12,  seq. 

(Î3S)  i.  PaiLOPOH.,  De  ereat.  mundi^  m,  40, 
p.  f  49. 

(233)  i.  PULoroii.,  ùe  créai,  mundt.  ni,  iO« 
p.  iU,  125. 

(234)ABOa.  Ravean.,  i«2,  3. 

(235)  Id.,  I,  A. 


très  se  cachent  tous  les  soirs.  Jeai^  Pkilopo- 
nus  fait  une  courte  mention  de  cette  opinion 
singulière  :  «  Quant  à  ce  que  prétendent 
«  quelques-uns,  dit-il,  que  le  foleil  retourne 
«  vers  l'orient,  en  passant  le  long  des.ré- 
«t  gions  boréales,  et  derrière  de  très-grandes 
«  montagnes  cjui  le  cachent,  c'est  une  an- 
a  cienne  opinion  absurde  et  ridicule  (233).» 
Voilà  probablement  ce  qu*en  pensaient  tous 
ceux  qui  avaient  quelque  teinture  des  scien- 
ces phvsiques  ;  mais  nous  avons  dit  que, 
Earmi  les  auteurs  chrétiens  de  c^ette  époque, 
eaucoup  y  étaient  tout  à  fait  étrangers; 
aussi,  bien  loin  d'avoir  rejeté. cette  opinion 
comme  ridicule,  ils  l'avaient  accueillie  dans 
leurs  systèmes  comme  orthodoxe.  UAno- 
nyme  cle  Ravenne,  dans  sa  Cosmographie^ 
écrite  à  la  fin  du  vu*  siècle  ou  au  commen- 
cement du  viir,  et  qui  n'est  qu'une  mau- 
vaise traduction  d'un  livre  grec,  admet  aussi 
que  la  terre  est  plate  :  selon  lui,  le  soleil 
la  parcourt  dans  1  espace  de  douze  heures  ; 
à  la  première,  il  se  trouve  au* dessus  des 
Indiens,  à  la  deuxième,  au-dessus  des  Per- 
ses, et  ainsi  de  suite  jusqu'à  la  douzième, 
où  il  atteint  le  point  du  ciel  correspondant 
aux  Bretons  et  aux  Scotes  (234)  :  et  ce  qui 
prouve,  selon  Tanonyme,  que  la  terre  est 

{»late,  c'est  que  chaque  point  de  la  terre  voit 
e  soleil  pendantdouze  heures  (23à).  Il  existe, 
dans  la  partie  septentrionale  de  la  terre,  des 
montagnes  derrière  lesquelles  cet  astra  se 
cache  tous  les  soirs  (236);  et  si  personne  n*a 
jamais  vu  ces  montagnes,  ajoute-t-il  pru- 
demment, c'est  que  Dieu  n*a  f.as  voulu 
qu'on  les  vît  (237).  Voilà  une  de  ces  raisons 
qui  dispensent  de  toutes  les  autres.  Le  JDeus 
ex  maihina  était  un  moyen  d'explication 
qu  on  tenait  en  réserve  pour  toutes  les  oc- 
casions difficiles.  On  en  faisait  usage,  par 
exemple,  pour  rendre  compte  de  la  suspen- 
sion de  la  terre  dans  l'espace.  Ceux  des  chré- 
tiens qui  persistaient,  comme  Jean  Phiiopcn 
nus,  a  croire  que  TËcriture  m'était  point 
contraire  au  système  de  Plolémée,  expli- 
quaient avec  facilité,  dans  leur  sens,  les 
textes  de  l'Ecriture  :  Deus  fundavit  terram  su^ 
per  stabilitaiem  suant  (238),  et  surtout  :  Deus 
appendit  terram  super  nihilum  (239).  Ils  y 
voyaient  la  suspension  de  la  terre,  telle  que 
l'entendaient  Platon,  Aristote  et  Ptolémée, 
c'est-à-dire  l'équilibre  et  l'immobilité  d'une 
sphère,  également  sollicitée  de  toutes  parts. 
Mais  ceux-là  qui  assuraient  que  la  terre  est 
plate  comme  une  table,  et  qu'elle  soutient  le 
poids  des  cieux,  étaient  fort  embarrassés  de 
savoir  ce  qui  la  soutenait  elle-même.  Ils  se 
tiraient  d'embarras  en  affirmant,  d'après  les 
mêmes  textes,  que  si  la  terre  se  soutenait 
toute  seule  dans  l'espace,  c'est  que  Dieu  U 
voulait  ainsi  (2^0).  Solution  qui  ne  laissait 

(230)  M.,  1,9,  p.  21,  22. 
(23'>)  Id.,  1, 10,  p.  23. 

(238)  Pêtd.  cm,  5. 

(239)  Job,  XXVI,  7. 

(240  Auctor  QuœiU  et  resp.  adorth.,  130,  p.  481, 
K,^  NullisqMfuUriê,  sed  divina  potentia  iimMI- 
l«liir.(ViKc.  BcLLOv.,  t;,  4,  p.  37jk«  C.) 


m 


cos 


DlCTIONNAm&DB  COMOGONIB 


COS 


pas  le  plus  petit  mot  h  dire  aux  adrersaire^. 

•  La  même  théorie  que  celle  de  Cosmas 
est  exïïosée  dans  un  fragment  inédit  sur  le 
eiél^  (a  tune^  le  temps  et  les  jours  ^  dont  il 
est  assez  difficile  de  dire  quel  est  Tanteur. 
On  Y  ▼oit  que  le  ciel  est  comme  une  peau 
étendue  sur  l'univers,  en  forme  de  voûte, 
conformément  aux  paroles  de  Daniel  et  dl- 
sa'ie;  que  la  terre  a  la  figure  d'un  cône  ou 
d'une  toupie,  en  sorte  que  sa  surface  va  en 
s*élevant  du  midi  au  nord  ;  à  la  partie  sep- 
tentrionale est  la  sommité  du  cône,  derrière 
laquelle  le  soleil  se  cache  pendant  la  nuit  ; 
(24l),  ce  qui  revient  assez  exactement  à  la 
théorie  de  Cosmas  ou  de  l'anonyme  de  Ra- 
venue,  et  des  auteurs  chrétiens  que  critique 
Jean  Philoponus. 

«  On  connaît  le  texte  de  YEccle'siaste  (242): 
Oritur  sol  et  occidity  et  ad  loeum  suum  rêver- 
iitur  :  ibique  renascens  gyrat  per  meridiem^ 
et  flectitur  ad  Àquilonem:  lustrons  universa  in 
etrcuitu^  pergit  spiritus  et  in  circfihs  suos 
rerertitur.  Jean  Philoponus  {2hS)  nous  assure 
que  certains  auteurs  voyaient,  dans  ce  texte, 
la  preuve  que  le  soleil  ne  passe  pas  sous  la 
terre  quand  il  est  couché,  et  s'en  servaient 
pour  établir  un  système  tout  pareil  à  celui 

Îue  Cosmas  a  exposé  dans  son  ouvrage.  Jean 
hiloponus^  après  avoir  montré  que  oe  texte 
peut  lacilement  s'expliquer  dans  le  système 
de  Ptolémée,  se  moque  de  l'opinion  de  cer- 
tain auteur  qui>  prenant  à  la  lettre  les  paro- 
les de  Salomon,  se  figurait  que  le  soleil^ 
arrivé  le  soir  au  terme  de  sa  course,  sort  du 
ciel^  glissant  derrière  cette  roule  solide  oui 
le  cachait  à  nos  yeux,  et  va  regagner  le  le- 
vant, où  il  se  retrouve  le  matin  ^kh).  Il  est 
eurieux  de  voir,  après  tant  de  siècles,  repa** 
raitre  une  des  notions  favorites  de  la  cosmo- 
graphie des  poètes  grecs.  Cette  idée,  que  le 
soleil  sort  au  ciel  pour  aller  rejoindre  par 
derrière  le  point  de  son  lever,  n'est-elle  pas 
identique  avec  l'ancien  mythe,  dont  les  tra- 
ces se  trouvent  dans  des  fragments  de  Pisan* 
dre,  de  Mimnerme,  d'Eschyle,  d'Antimaque 
et  de  Phéréc/de  (2Wj,  d'après  lequel  Héliôs, 
sortant  du  ciel  par  la  porte  du  levant,  par- 
courait obliquement  l'atmosphère,  jusqu'à 
la  porte  du  couchant  :  là  il  rentrait  dans  le 
ciel,  et,  s'emtarquant  avec  son  char  et  ses 
coursiers  sur  un  vaisseau  d'or,  voguait, 
pendant  la  nuit,  le  long  de  cette  voûte  de 
métal,  et  revenait  à  la  porte  opposée?  Mais 
il  y  a  bien  d'autres  exemples  de  celte  réap- 
parition des  idées  primitives  et  poétic/ues. 
j      «  Jean  Philoponus  ne  nomme  point  celui 

3ui  avait  tiré  une  conséquence  si  singulière 
u  passage  de  Salomon.  Je  crois  qu'il  avait 
«n  vue  Sévérianus  de  Gabala,  à*  moins 
qu'une  pareille  idée  n'eût  passé  par  la  tête 
de  plusieurs,  ce  qu'assurément  je  ne  vou-» 
drais  pas  nier.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  me  pa- 
rait certain  que  Tévôque  de  Gabala  expli^ 

(Ui)  Cod.  Bibl.  Reg.,  n«  854,  ^  193,  r. 

(«42)  1.5.  ^ 

m3i  Créât.  «ihimM,  m,  iO,  p.  122. 

»44)hi,10,  p.  I2é.  ^ 

(^^Ap.  Athew.  XI,  .p.  4Ô0,  470. 

(«i»)  IH  créai.  mund\,  ap.  Comsef.,  tn  BtbL  gr. 


quait  en  ce  sens  le  texte  de  VEccléstaste 

^  Cherchons,  dit^l,  où  le  soleil  se  couche, 

'et  où  il  va  pendant  la  nuit.  Selon  les 

«  païens,  il  passe  sous  la  terre  ;  mais,  selon 

tf  nous,    qui  disons  que  le  ciel    est  fait 

«  comme  une  tentti  où  va-t-il?...  Eh  bien  1 

«  tigurez-TOus  que  le  ciel  forme  une  voûte 

«  au-dessus  de  nos  tètes,  que  cette  voûte 

«  est  diffsée  en  quatre  régions,  de  l'Orient^ 

«  du  Nord,  du  Midi  et  de  l'Occident.  Lorsque 

«  le  soleil  se  couche,  il  ne  passe  pas  sous  la 

«  terre;  mais,  arrivé  aux  limites  du  ciel,  il 

ff  court  au  septentrion;  là,  il  est  caché  à  nos 

*i  yeux  comme  par  une  sorte  de  mur,  la 

«  masse  des  eaux  célestes  nous  empêchant 

«r  d'ajiercevoir  sa  course  ;  il  longe  la  région 

«  boréale  et  va  gagner  l'Orient.  Vous  de- 

«  manderez  où  en  est  la  preuve.  Elle  est 

«  dans  VBcclésiaste  du  bienheureux  Salo- 

tf  mon  (2^6).  »  Son  explication  des  jours  et 

des  nuits  est  encore  plus  curieuse:  «  Nous 

«  savons,  mes  frères,  que  le  soleil  ne  s'élève 

«  pas  toujours  des  mêmes  endroits  du  ciel. 

<«  A  son  lever  il  s'approche  ou  s'éloigne  du 

«  Midi.  Approche-'t-il  du  MidU  alors  il   ntf 

«  gagne  pas  les  hauteurs  du  del,  il  le  tra- 

K  verse  obliquement,  et  la  durée  du  jour  est 

(I  courte.  Mais,  comme  il  se  couche  au  point 

«  extrême  de  l'Occident,  il  doit  parcourir 

»  pendant  la  nuit  tout  l'Occident^  tout  le 

tf  Nord  et  tout  l'Orient  :  la  nuit  est  donc 

«t  nécessairement  fort  longue.  Lorsqu'il  se 

«  lève  au  point  milieu  de  l'Orient,  il  y  a 

«  égalité  dans  la  longueur  du  diemin,  le 

If  jour  et  la  nuit  sont  égaux  .*  s'approchant 

«  toujours  du  Nord,  quand  il  est  arrivé  au 

«  point  extrême,  il  s'eiève  dans  le  ciel,  et  le 

(f  jour  est  long  ;  et  comme  il  a  pendant  la 

«  nuit  un  petit  espace  à  parcourir,  la  nuit 

<r  est  courte.  Cette  doctrine,  «goule-t-il,  ce 

u  ne  sont  point  les  Grecs  qui  nous  l'appren-' 

<i  nent,  car  lis  veulent  que  le  soleil  et  les 

«  astres  passent  sous  la  terre,  c'est  l'Ecri- 

tf  ture,  notre  divin  mattre,  qui  nous  instruit 

«  de  ces  choses,  qui  éclaire  notre  esprit.  » 

<c  La  théorie  de  Cosmas,  qui  nous  parait 


»phane  et  d'Ephoi 
Four  le  dernier,  nous  ignorons  si  la  citation 
est  juste  ;  mais  on  n'en  saurait  douter  pour 
Xénophane,  et  même  il  pouvait  y  lyouter 
Anaximène. 

«  Xénophane  et  Anaximène  furent  aussi 
embarrassés  que  l'avaient  été  Thaïes  et 
Anaximandre  pour  comprendre  la  sus(>en-' 
sion  de  la  terre  dans  l'espace  {Wî).  Rejetant 
le  fluide  aqueux  de  l'un  e^t  le  fluide  aéri- 
forme  de  l'autre,  ils  eurent  recours  tous 
deux  à  des  hypothèses  non  moins  étranges,r 
qui  nous  expriment  bien  leur  perplexité  et 
en  même  temps  leur  complète  ignorance 
dans  la  physique  dti  monde. 

Pûtr.  Àuct,,  p.  236,  D  ;  257,  A. 

(247)  Je  préviens  que ,  d'après  Fautorhë  d*Ari»- 
toie ,  je  inels  de  c6lé  des  textes  récents  du  faux 
Plutarque,  de  Diogène  de  Laeroe  et  de  Pline,  cl  qite 
je  refuse  à  ces  deux  philosophes  la  eonnaissanceito- 
la  sphéricité  de  la  tcrrei 


SB 


GÙ 


.» 


IBTDE 


cos 


Kê 


ue  pouvant  conccYOïr  qae 
l'air,  qoelque  pressé  qu*on  le  supposât,  p&t 
supporter  une  masse  aussi  lourde  que  la 
terre,  crut  se  tirer  d^emliarras  eu  sopposaut 

?ireUe  avait  la  forme  d*un  cdne  piplongé  à 
infhU  dans  les  profondeurs  de  1  espace,  en 
sor(equ*elle  ne  remuait  pas,  ne  pouvant  aller 
nulle  nert  (iW).  Si  le  teste  formel  d*Aris- 
tôle  notait  pas  là  pour  nous  garantir  la  réa* 
lité  de  cette  absurde  opinion,  on  ne  pourrait 
rroire  qu'elle  fût  entrée  dans  la  tdte  d'un 
hofliine  doué  «le  quelque  sens.  Mais  il  n'y  a 
f  as  moyen  d'élerer  ici  le  moindre  doate. 
Cette  hypothèse,  pour  avoir  une  appa.euee 
plus  saentifique  que  ÏÀtlas  des  poètes 
crées  {fl^)y  ou  que  le  grand  serpent  des  my- 
thologaes  indiens,  n'était  pas  l>eaucoup  plus 
raisonnable.  Quoi  qu'il  en  soit,  dans  lliypo^ 
thèse  que  ta  terre  est  un  cône  d*utte  lon- 
gueur infinie,  il  est  impossible  de  conce* 
voir  (âSO)  que  les  astres  passent  au-dessous 
rfelledans  leur  révolution  dinme.  Xéno- 
phane  fut  donc,  de  toute  nécessité»  obligé 
d'admettre  qu'ils  tournent  obliquement  au- 
tour de  la  partie  supérieure,  du  cône  ter- 
restre, et  de  cette  manière  il  fut  amené  par 
une  idée  spéculative ,  dont  il  est  Tinven- 
leur  (^1)  à  la  utéme  théorie  qui  est  admise 
lians  la  cosmologie  indienne. 

«  11  n'y  a  là  évidemmentaucuneinQuence 
étrangère.  L'idée  de  prolonger  la  terre  à 
rinfini  sous  la  Xorme  d  un  cône  n'appartient 
qu'à  lui  ;  or,  le  système  sur  le  mouvement 
<iu  ciel  et  des  astres  en  est  une  consé(|uence 
inéTÎtable.  C'est  donc  là  une  combinaison 
Miriîe  tout  entière  d'un  cerveau  grec.  Le 
mool  JMiru  des  Indiens»  le  mont  Aborij  des 
Fvses»  n  ont  rien  à  y  réclamer  :  la  êymbo" 
Uque  et  r Orient  est,  encore  ici  hors  de 
cause.  Anaximène,  contemporain  de  Xéno- 
T^iaoet»  et  selon  qnelquesHins  son  disciple, 
alopia  cette  idée  sur  le  mouvement  des 
astres»  qvjoiqu'il  n'en  eût  pas  besoin  pour 
son  système  sur  l'immobilité  de  la  terre. 
Comme  kû,  il  crut  que  la  terre  est  terminée 
au  nord  par  des  montagnes  élevées  ;  que  les 
astres  tournent  autour  d'elle  et  non  pas  au- 
dessous  (iSâ).  Il  comparait  le  mouvement  de 
!a  Toûte  céleste  à  un  bomut  au  an  ferait 
irnmnur  autour  de  la  tête:  et,  selon  lui,  s'ils 
disparussent  journellement  à  nos  yeux, 
€*est  qu'ils  vont  êe  cacher  derrière  lee  partie* 
kmmiu  de  la  terre  (253).  C'est  là  fort  exacte- 
nieiit  le  système  de  Xenophane;  c'est  égale- 
ment eelui  de  Cosmas.  Et  ces  expressions  ne 
permettent  pas  de  croire  ou'elle  ait  été  bor- 
née à  Técole  de  Xénopbane  et  d'Anaxi- 
utène,  qui  n*eut  ni  une  grande  durée  ni 
uoe  grande  étendue.  Elle  a  dû  faire  par* 

(US)  Aaist.,  Ù€  cûdo^  u,  15,  p.  i67.  B.  —Cf. 
Aonu..  Tat.,  Itag,^  §  4. —  Pseum) -Plct.  ,  Piac» 
ptdi,^  m,  il.  Je  lis  npmroeatn  lieu  de  v^«rniv  dans 


fU§)  W.  mon  Mimant  sur  iet  idée$  toêmofra^ 
péifmeê  fatimekée»  m  m^Uu  éTAtimi  {Bmiletim  de  F/- 
rmtsae.  Pmrtit  Idu&r.^  mars  1^1.) 

(250)  Scraboo  le  dit  en  faisant  allusion  k  ce  sy»- 
^eme.iî,  p.  f  5.  —  Tr.  fr.,  1. 1,  p,  27,  et  la  note  de 
C&tseiCo.) 

DlCnOX^.   U£  COSV0605IB  KT  DE  pALioXTOLOO». 


tie  de  la  doctrine  physique  de  plusieurs 
des  sectes  anciennes.  Festus  Aviénus,  poète 
érudit,  qui  a  iait  passer  dans  ses  vers  une 
multitude  de  notions  et  d'idées  anciennes 
prises  chez  les  poètes  et  cbei  les  philo- 
sopbesi  parle  de  cette  antique  doctrine  sur 
le  cours  des  astres...  non  eum  {iolem)  occasu 
premitj  nulloe  mitre  gurgUee,  nynquam  oc- 
culL,  êed  obire  nmndum^  obliqua  eœli  eur* 
rer«....;  et  il  l'attribue  aux  épicuriens  :  ecia 
nom  fuisêc  gusmadi  eententiam  epicuroo^ 
rum  h5k). 

«  Ô'est  le  seul  témoignage  qui  nous  ins- 
truise de  ce  point  })articulier  de  la  doctrine 
des  épicuriens.  Hais  il  n'a  rien  gue  de  vrai« 
semblable  d'après  les  autres  points  connus 
de  leur  physique,  qui  était  le  comble  del'ab 
surde;  n  suffit  de  citer  pour  exemple  lent 
opinion  bien  avérée  (255)  sur  la  graiftdeurdu 
soleil  et  de  la  lune,  qu'ils  crovaient  teili^ 
qu'elle  nous  paraît  à  la  vue  ;  d'où  il  suit  né- 
cessairement qu'ils  jugeaient  ces  deux  as- 
tres très«> voisins  de  la  terre.  Plusieurs  cri  - 
tiques  ont  essayé  d'interpréter  cette  opinion 
des  épicuriens  dans  un  sens  qui  leur  fit  un 
peu  plus  d'honneur  (  mais  les  paroles  des 
anciens  sont  si  formelles»  qu'il  n'y  a  pas 
moyen  d'admettre  aucune  de  ces  interpréta- 
tions liienveillantes. 

^  Cosmas  et  les  antres  docteurs  chrétiens 
f  artisans  de  son  opinion  ne  manquaient  pas, 
comme  on  voit,  d  autorités  à  l'appui  de  leur 
système.  Ils  pouvaient  à  l'envi  puiser  dans 
toutes  ces  hypothèses  où  se  perdit  l'imagi- 
nation des  Grecs  avant  de  s*élever  à  l'idée  de 
la  sphéricité  de  la  terre.  Cette  idée  fut  ad- 
mise d'abord  par  les  pythagoriciens,  et  elle 
naquit  dans  leur  éoole^  moins  de  l'observa^- 
tion  des  phénomènes  dont  ils  ne  s'occupaient 
guère,  que  de  leurs  vues  toutes  spéculatives 
sur  la  perfection  de  la  figure  sphérique.  La 
rondeur  de  la  terre  fut  bientût  admise  dans 
les  écoles  de  Zenon  et  de  Platon»  et  elle 
commença  dès  lors  à  se  répandre  parmi  les 
physifiiens.  Elle  mit  enfin  un  terme  à  leur 
longue  perplexité  sur  le  maintien  de  l'équi- 
libre de  la  terre.  Aristote  a  caractérisé  Is  va- 
nité de  toutes  leurs  hvpothèses  par  cette 
phrase:  «On  pourrait  s  étonner  de  ce  que 
«  les  solutions  de  cette  difficulté  n'aient  pas 
«  paru  à  leurs  auteurs  plus  inexplicables 
«  que  la  difficulté  elle-même  (256).  » 

'  CO!fCLCSI05. 

«  Telles  sont  les  principales  id^ef  eoimo* 
graphiques  que  les  Pères  de  l'Eglise  ont  ti- 
rées de  l'interprétation  littérale  de  la  Bible. 
La  terre  plate,  le  ciel  formant  une  voûte.so* 
Hde  au-dessus  de  laquelle  est  la  couche  des 

(251)  PsEuao-PLCT.,  abi  supra. 

(252)  Stob  ,  eclog.  I, p.  5li,  ed.Heer.  -  Psscdo 
PlcTj,  Plae.  pkiL^  ii,  15,  2. 

(2â()  DioG.  LAcar.,  vni,  35. 

(254)  Or.  marit.,  645,  sg.  —  Ap.  Paet.  lot.  ariàk, 
t.  Y,  part.  H,  p.  4283.— MrEa5s^» 

(255)  Cic,  AfflJ.,  Il .  26.  Fin.  i,  6  ;  IbIDav.— 


Clcomcd.,  Il,  1»  ibiqne  Bake,  p.  589. 
(256)  De  cœio^  n,  15,  p.  467,  A. 


Il 


!CI 


COS 


DICTIONNAIRE  DE  CO&MOGONIE 


COS 


eaux  céîe>les,  Yoilà  les  notions  fondamen^ 
taies  de  la  cosmographie  biblique,  el  cetles 
que  les  saints  Pères  y  ont  rues,  parce  qu*elles 
y  sont  réellement.  Pour  expliquer  ce3  no- 
tions si  contraires  au  système  alexandrin, 
ils  eurent  recours  aux  hypothèses  puériles 
que  rinfluence  de  la  poésie  grecque  avait 
popularisées,  ou  que  I  abus  de  la  métaphy* 
sigue  et  le  dédain  de  Tobservation  avaient 
fait  naître  dans  le  cerveau  des  philosophes 
^ecs.  Forts  de  cette  autorité,  ils  durent  es- 
pérer que  les  païens  ne  se  révolteraient  pa.*< 
contre  des  explications  qui  émanaient  des 
sages  de  Tantiquité.  Ils  eurent  recours  à  des 
emprunts  du  môme  genre  pour  expliquer  la 
position  du  paradis  terrestre,  et  le  tableau 
des  notions  qu'ils  firent  valoir  à  Vapjrai  de 
leurs  idées  à  ce  sujet  est  une  des  parties  les 
]>Ius  curieuses,  mais  certainement  une  des 
moins  connues  de  l'histoire  des  systèmes 
géographiques. 

«  Tous  ces  vieux  préjugés,  tous  ces  vains 
systèmes  que  les  progrès  des  sciences  raa- 
ihémaliquesdansl  école d'Alexandrieavaient 
il  peine  atteints,  reparurent  avec  bien  plus 
do  force  à  l'abri  ae  l'autorité  des  saints 
Pères  ;  ils  firent  une  nouvelle  invasion,  et  se 
répandirent  partout  à  la  suite  du  christia- 
nisme; ils  régnèrent  pendant  tout  le  moyen 
Age.  De  là  les  obstacles  que  les  théologiens 
(le  Rome  opposèrent  aux  progrès  de  la  vraie 
philosophie  et  des  sciences  d'observation, 
en  persécutant  Galilée,  en  détruisant  Taca- 
demie  del  Cimenla,  en  faisant  craindre  à 
Bescartes  de  se  prononcer  pour  le  mouve- 
ment de  la  terre,  et  en  mettant  le  savant  Ty- 
cho  dans  la  nécessité  de  recourir  à  un  sys- 
tème astronomique  infiniment  moins  rai- 
sonnable que  celui  de  Ptolémée.  Mais  enfin^ 
lorscfue  les  immortelles  découvertes  de 
Kepler,  de  Huygfaens  et  de  Newton  eurent 
rcpou^  de  proche  en  proche  dans  Pabsunle 
toutes  ces  idées  puériles  qu*on  avait  dtfen- 
dues  pied  à  pied  comme  orthodoxes,  il  Cil- 
lut  bien  qu*en  matière  d'astronomie  et  de 
physique  générale,  raulorilé  des  opinions 
reculât  devant  Févidenoe  des  faits. 

c  De  eetle  lutte  opiniâtre  d'où  la  raison 
hamaioe  est  enfin  sortie  victorieuse,  il  ré- 
cuite  «B  esseignement  dont  il  faut  profiter  : 
c'est  que  les  préjugés  ne  eessent  de  comt>at- 
tre  que  quand  ils  ont  perdu  Tespoir  de  vain- 
cre; cet  espoir,  ils  le  conservent  tant  que  la 
vérité  qui  leur  est  contraire ,  bien  qu  ayant 
acquis  le  caractère  de  réviden^^e  anx  yeux 
des  savants,  n'est  pas  descendue  dans'uaiN 
les  esprits.  Mais  lorsqu'il  est  devenu  iomi  é 
/ait-impossible  de  s*y  opposer  sans  danger, 
on  finit  par  reconnaître  comme  orthodoxe, 
ou  du  moins  comme  indifférent  à  la  foi,  ee 
qu*on  avait  déclaré  hérétique.  Cest  ce  qui 
est  arrivé  déjà  pour  le  vrai  système  du 
monde  (iST),  que  les  théok^ens  da  Pape 
déclarjàrent  ab$urde  en  pUlosoMê  H  formula 
lemeniTtérétique  en  rdifion.  Cest  ce  qui  ar- 

(257)  Cependant  Taoteurde  VHermimnai^  m- 
aie ,  ■•  Jantsent,  a  été  yertemenl  tancé  en  Taajde 
^rt^vQ  18i0,  par  un  de  sei  confrères  en  théologie, 
^^\kï  iivoir  ailmis  le  mouvement  de  la  terre.(AaAS». 


rivera,  n*en  doutons  pas,  pour  les  «uCr^ 
sciences,  dès  qu'il  sera  devenu  évident  que 
Moïse  et  les  prophètes  y  sont  restés  tout 
aussi  étrangers  qu*à  l'astroBomie.  » 

Nous  sommes  convaincu,  avec  l'auteur  de 
cet  article,  d'après  les  mille  opinions,  les 
mille  systèmes  qui  ont  été  imaginés  sur  le 
premier  chapitre  de  la  Gtnin  depuis  les 
premiers  siècles  de  TEglise  jusqu'à  no3  jours, 
nous  sommes,  di»ge,  hietk  convaincu  que 
Moïse  n'est  ni  un  cosmof^niste  ni  un  géo- 
logue, et  qu'en  voulant  lui  donner  cette  ap- 
Earence  scientifique,  on  lui  Até  jusqu'à  l'om- 
re  du  sens  commun.  Mais  si  le  récit  de 
Moïse  est  véritablement  inexplicable  lors- 

3u'on  part  du  point  de  vue  de  la  science,  il 
evient  clair  et  fticile  quand  on  ne  veut  y 
voir  que  ce  qui  y  est  réellement,  l'expres- 
sion d'idées  élémentaires  présentées  simple- 
ment, comme  il  convenait,  à  un  peuple  dans 
l'enfance  de  la  civilisation. 

Nous  ne  venons  donc  pas  présenter  un 
système  de  prétendue  conciliation  de  ia 
science  avec  la  Gtni$e^  comme  réfutation  de 
l'article  qu'on  vient  de  lire,  car  ee  ayslème 
n'existe  pas.  U  y  a,  à  cet  ésard,  complète 
anarchie  parmi  les  savants  et  les  tiiéologiens 
de  toutes  les  époques.  Chacun  se  décide 
pour  telle  ou  telle  bvpothèse,  suivant  sa 
fantaisie  et  le  point  de  vue  individu^  où 
les  circonstances  l'ont  placé,  celui-ci  avec 
hésitation  et  doute,  celui4à  avec  une  sorte 
de  passion,  rejetant  avec  colère  toute  théorie 
qui  vient  croiser  des  idées  préconçues  qu'on 
professe  avec  une  sorte  de  unatisme.  Çnieiie 
hypothèse  embrasserions-nous  au  milieu  de 
cette  multitude  de  systèmes  qui  s'anathéma- 
lisent  les  nns  le^  autres  et  se  renvoient  les 
qualificatifs  de  faux,  d'absurde,  d'héréti- 
que (258)  T  Est-il  aujourd'hui  deux  cosmo- 
Sonistes  de  bonne  foi  qui  puissent  se  regar- 
er sans  rire? 

Nous  n'avons  donc  point,  encore  une  fois, 
à  démontrer  à  M.  Letronne  l'accord  d'une 
science,  qui  est  aujourd'hui  ceci  et  qui  de- 
main sera  autre  chose,  avec  le  récit  de  la 
rréation.  Le  système  que  nous  adopterions, 
fût-il  le  vrai,  serait  sans  autorité  et  sans  va- 
leur, car  il  serait  impossible  d'en  vérifier 
Texactitude,  aussi  bien  du  côté  de  la  science 
incertaine  et  mobile  que  du  côté  du  texte 
5arré  dont  le  sens  n>  jamais  été  fixé  défini- 
tivement. 

Mais  tout  en  faisant  bon  marché  de  ces 
innombrables  hypothèses  cosmogonicorbi- 
blîqoes,  qui  ne  sont  guère  que  les  rêves 
d^une  imagination  échauffée,  nous  devons 
repousser  des  attaqnes.déloyales,  des  accu- 
sations sans  fondement,  que  M.  Letronne 
s  est  permises  contre  l'BKlise  et  contre  les 
Pères,  au  point  de  vue  de  la  science  dans 
ses  rapports  avec  le  récit  génésiaqne. 

Dès  les  premiers  âges  du  christianisme , 
la  cosmogODie  biblique  devint  le  texte  de 


fi* 


•  «„.^.. .._, ta  Uermen.  Mcram.Mos.* 

I8i0.) 

(iSS)  fmf.  M.  GoMfvOT,  La  co$mogoi^f  et  U 
téUlicn.  p.  i7S. 


C03 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


534 


nombreuses  explications,  de  pieux  et  savants 
eotomentaires»  et  plusieurs  d'entre  les  Pères 
de  TEgliso  se  sont  plu  à  paraphraser  les 
quelques  tersets  dans  lesquels  Thistorien 
sacré  raconte  les  six  jours  de  la  création. 
Mais  Vimperfection  de  Tastronomie  chez  les 
anciens»  et  leur  défaut  absolu  de  connais- 
sances géologiques,  devaient  nécessairement 
avoir  provoque,  de  la  part  des  premiers  in- 
terprètes du  livre  divin,  de  nombreuses  er- 
reurs scientifiques.  Si  les  opinions  des  saints 
Pères,  en  matière  théologique,  sont  d'un  si 
grand  i>oids  dans  TEglise,  parce  que  les  pre- 
miers ils  out  recueilli  les  enseignements 
apostoliques,  parce  qu'ils  joignaient  à  d'hé- 
roïques vertus  un  éminent  savoir,  parce 
çitt'enfin  ils  sont  nos  pères  dans  la  foi,  tou- 

{'ours  est-il  que  jamais  on  n'a  prétendu  attri- 
mer  une  autorité  semblable  à  leurs  opi- 
nions scientifiques.  Ces  vastes  génies,  de 
uui  Ton  peut  dire  hardiment  qu'ils  n'étaient 
étrangers  à  aucune  des  connaissances  de 
leur  époque,  devaient  cependant,  comme 
tout  ce  que  l'antiquité  a  produit  de  plus 
illustre,  subir  quelques-uns  des  préjugés  de 
leur  temps.  Les  saints  docteurs,  partout  où 
ils  n'étaient  pas  guidés  par  le  flambeau  de 
la  foi,  ont  dû  payer  tribut  à  l'humanité; 
plus  d*une  fois  ils  ont  dA  céder,  à  leur  insu, 
aux  erreurs  populaires  qui  dominaient  au- 
tour d'eux  les  esprits  les  plus  éclairés  ;  et 
Ton  ne  doit  point  être  surpris  de  les  voir  se 
perdre  en  de  vaines  conjectures,  en  des  sys- 
tèmes inadmissibles,  lorsqu'il  s  agissait  d'ex- 
uliquer  par  le  moyen  des  sciences  naturelles 
le  soleonel  et  mystérieux  récit  de  la  Genèse. 
Formés  presque  tous  dans  les  écoles  phi- 
losophiques de  la  Grèce,  il  est  tout  simple 
qu'ils  aient  tenté  d^appliquer  à  la  cosmogo- 
nie sacrée  les  bypotnèses  imaginées  parles 
anciens  philosophes  et  généralement  ad- 
mises sur  la  foi  de  leurs  noms.  Convaincus 
de  la  vérité  du  récit  de  Moïse,  mais  dénués 
en  même  temps  des  connaissances  positives 
au  moyen  desquelles  ils  eussent  pu  en  pé- 
nétrer la  profondeur,  ils  ont  tenté  d'inter- 
préter le  sens  à  l'aide  des  données  admises 
]>ar  la  science  de  leur  époque;  et  l'on  doit  * 
avouer  que,  si  parfois  ils  se  sont  élevés  à  de 
magnifiques  et  sublimes  aperçus,  plus  d'une 
fois  aussi  leurs  interprétations  ont  été  plus 
ingénieuses  que  solides.  Mais  qu*en  con- 
clure f  La  foi  les  obligeait  à  confesser  Tins- 


e 


îration  des  livres  saints,  et  par  conséquent 
a  vérité  de  tout  ce  qu'ils  renferment  ;  la  foi 
les  obligeait  à  se  soumettre  d'esprit  et  de 
cœur  aux  interprétations  canoniques  de  l'E- 
glise, doot«ils  étaient  eux-mêmes  les  sou- 
tiens et  la  lumière;  mais  l'Eglise,  alors 
comme  toujours,  n'exerçait  qu'avec  une  ju- 
dicieuse réserve  ce  droit  sacré  d'interpréta- 
tion ;  elle  ne  signalait  Terreur  que  lorsque 
celle-ci  était  de  nature  à  porter  atteinte  a  la 
pureté  de  la  doctrine  religieuse  ou  de  la 
morale.  Lorsqu^il  ne  s'asissait  que  .d'expli- 
cations purement  scientifiques,  elle  se  taisait 
et  n'intervenait  point  dans  la  querelle  :  rro- 
àidii  mundum  ditputationi  eorum.  Lors  donc 
que  dans  ce  silence  de  l'Eglise  les  saints 


docteurs  parauhrasaient  les  six  jours  de  la 
création ,  et  bâtissaient  sur  les  expressions  i 
du  texte  sacré  des  systèmes  cosmogoniques 
vraisemblables  alors,  mais  que  la  science 
d'aujourd'hui  réprouve,  ils  faisaient  ce  qu'ont 
pu  faire  les  savants  de  toutes  les  époques  :  lis 
parlaient  la  lançue  de  la  science  et  non  point 
celle  de  la  théologie. 

Cependant,  dans  ces  derniers  temps  sur* 
tout,  la  cosmogonie  des  Pères  de  l'Eglise  a 
servi  de  point  de  mire  aux  plus  acharnés 
adversaires  de  la  Bible,  qui  n'ont  point  vu 
ou  qui  n'ont  point  voulu  voir  tout  ce  qu'il 
y  avait  de  vicieux  et  de  faux,  je  pourrais 
dire  de  déloval,  dans  cette  manière  de  com- 
battre. Le  plus  simple  bon  sens  indique  que 
Moïse  ne  saurait  être  responsable  des  er- 
reurs de  ses  commentateurs,  et  qu'il  ne 
peut  y  avoir  aucune  espèce  de  solidarité 
entre  la  cosmogonie  de  la  Genèse  et  celle 
des  saints  Pères.  L'Eglise  non  plus  ne  sau- 
rait être  accusée  d'erreurs  qui  lui  sont  évi- 
demment étransères.  Pour  qu'une  telle  res- 
ponsabilité jpesêt  sur  eUe,  il  faudrait  qu'elle 
eût  adopté  comme  siennes  ces  opinions  iso« 
ïées,  en  les  couvrant  du  manteau  sacré  de  son 
autorité,  en  les  élevant  à  la  dignité  de  dog- 
mes; et  voilà  ce  qu'elle  n'a  jamais  fait,  ce 
qu'elle  n'a  jamais  songé  à  faire,  mais  voilà 
aussi  ce  cfu'ignorent  ou  ce  qu'affectent  d'i- 
gnorer les  ennemis  du  christianisme. 

Ces  opinions  fondées  sur  la  Bible  avaient 
tellemeni  d'empire^  dit  M.  Letroune,  gu'ellu 
étaient  mises  au  rang  des  dogmes^  et  Qu*on  ne 
pouvait  les  contredire  sans  tomber  à  rtnstant 
sous  laredouiable  censure  des  théologiens^qui 
avaient  toujours  au  service  de  leur  opinion^ 
bonne  ou  mauvaise^  trois  arguments  irré-^ 
sistibles  :  la  persécution^  la  prison  et  le  biUhsr. 
A  cette  assertion  voltairienne,  il  n'y  a 
qu'un  mot  à  répondre  :  Ces  opinions  fondées 
sur  la  Bible  n  ont  jamais  été  mises  au  rang 
des  dogmes.  Les  dogmes  de  l'Eglise  catbo-^ 
lique  sont  contenus  dans  les  symboles  qu'elle 
propose  à  notre  foi ,  dans  les  décisions  des 
conciles  œcuméniques,  et  aussi,  comme  nous 
le  crevons,  dans  les  solennelles  déclarations 
que,  du  haut  de  la  chaire  pontificale,  le  suc- 
cesseur de  Pierre  adresse  a  l'Eglise  univer- 
selle. Hors  de  là,  nous  voyons  des  opinions 
S  lus  ou  moins  respectables ,  mais  point  do 
ogmes.  Qu'on  nous  montre  donc  dans  quel 
symbole  ces  opinions  sont  proposées  à  notre 
foi.  Qu'on  nous  dise  quel  concile  a  imposé 
l'obligation  d'y  adhérer,  sous  peine  d'héré- 
sie. Quel  Souverain  Pontife  a  prétendu  les 
élever  au  rang  des  vérités  catholiques  ?  Jus- 
que-là nous  aurons  le  droit  de  répondre  à 
une  assertion  gratuite  et  sans  preuve  par 
une  simple  dénégation  ;  jusque-là  nous  au- 
rons le  droit  de  vous  dire,  ou  que  vous  igno- 
rez la  valeur  des  mots  que  vous  employez, 
et  que  vous  faites  preuve  d'ignorance,  ou 

Îue  vous  calomniez  sciemment  l'Eglise  de 
èsus-Christ. 

Mais,  dit-on,  les  opiniona  cosmogonîquea 
des  Pères  de  l'Eglise  ont  été  (^énéralemenl 
admises  pendant  une  longue  suite  de  siècles, 
sans  qu  aucune  réclamation  se  •^i^  Âïm^Â^ 


1:5 


C05 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COS 


55t 


cont^*l€S  erreurs  xiu'elles  contiennent.  Le 
fait  (*st  exact,  mais  que  prouve»t-ilî  Que  ces 
onmions  ont  été  mises  au  rang  des  dogmes? 
Nullement;  mais  que,  pendant  une  longue 
suite  de  siècles,  la  science  n'arait  pas  fait 
mieux. 

On  sait  que  les  progrès  des  sciences  ma- 
thématioues  et  naturelles  ont  été  presque 
insensibles  pendant  le  cours  du  moyen  âge. 
i/esprit  scientifique,  gui  était  loin  aloi^s 
o'ôlre  stationnaire,  avait  pris  une  autre  di- 
r(;ction;  on  étudiait  plus  dans  les  écrits  des 
anciens  que  dans  le  livre  de  la  nature.  Il 
était  donc  tout  simple  qu'on  s*en  tint  sur 
ces  matières  aux  systèmes  précédemment 
admis,  et  qui  étaient  encore  la  dernière  ex- 
pression de  la  science.  Mais  que  l'autorité 
des  saints  Pères  ait  été  nu  obstacle  aux  pro- 
grès de  l'esprit  scientifique  pendant  cette 
période  du  moyen  âge,  voilà  ee  qui  est  ma- 
niréstement  faux,  voilà. ce  qui. dénote,  dans 
Tes  hommes  qui  profèrent  de  telles  accusa- 
tions, ou  une  bien  profonde  ignorance,  ou 
une  bien  aveugle  prévention.  Le  moyen  âge 
était  en  générai  une  époque  de  foi:  mais, 
comme  tous  les  siècles,  il  a  produit  des  es- 
prits indociles  et  sceptiques,  qui  «ne  se  soBt 
pas  fait  faute  do  déverser  l'injure  et  le  blâme 
sur  la  doctrine  catholique.  Les  Albigeois> 
on  en  conviendra,  avaient  peu  de  respect 
pour  les  enseignements  de  l'Eriise.  Quel  est 
cependant  celui  d'entre  ces  hérétiques  ou 
ces  esprits  forts  qui  ait  signalé  l'asservisse- 
ment de  l'esprit,  chez  les  catholiques,  à  des 
opinions  erronées  en  matière  de  science? 
Et  si  aucun  d'entre  eux,  ne  s'est  attaché  à 
réfuter  les  systèmes  eosmogoniques  des 
saints  Pères,  c'est  que  d'abord  ces  systèmes, 
étrangers  au  do^me,  étaient  en  dehors  de  la 
discussion  religieuse;  c'est  qu'ensuite,  en 
fait  d*astronomie  et  de  physique,  leurs  con- 
naissances ne  dépassaient  pas,  si  elles  éga* 
laient,  celles  de  leurs  adversaires.  Us  étaient 
donc  hors  d'état  d'opposer  à  leurs  opinionS| 
si  erronées  qu'elles  fussent,  des  opinions 
plus  exactes. 

Cependant  l'esprit  d'observation,  qui  s'était 

i)eu  à  peu  introduit  dans  les  études ,  avait 
ait  faire  aux  sciences,  à  l'astronomie  sur- 
tout, d'admirables  découvertes.  On  venait 
(l'entrevoir  la  rotation  de  la  terre  ;  et  celle 
idée,  dont  la  géométrie  à  démontré  depuis 
Vexactitudc  jusqu'à  l'évidence,  soulevait 
alors  une  formidable  op}K)sition,  non  point 
(le  la  part  de  l'Eglise,  mais  bien  de  ha  part 
des  astronomes.  Cela  est  si  vrai,  que  ïe  car- 
dinal Cuza  enseignait  le  mouvement  du  globe 
terrestre  ;  aue  Copernic  dédiait  au  Pape 
Paul  III  son  livré  De  orbium  cœlestium  revo* 
lutionibus^  sans  encourir  l'anathème  et  la 
persécution.  Et  si  un  tribunal  religieux,  qui 
n'était  point  l'E^^lisc  universelle,  et  qui  pou- 
vait bien,  en  fait  de  sciences  naturelles, 
ri'èlrc  pas  plus  avancé  que  les  sarants  de 
l'époque,  condamnait  un  siècle  plus  tard, 

(259)  Voil^  Texeinplcle  plus  souvent  cilé  de  celle 
affreuse  persécution  exercée  par  l'Eglise  contre  les 
«axaiils.  On  ne  pouvaii  parler  avec  ubsez  J'indigna- 


Galilée  h  six  mois  de  détention  dans  le  délf* 
cieux  palais  de  la  Trinité  du  Mont  (259], 
c'était  bien  moins  pour  avoir  enseigné  la  ro- 
tation de  la  terre  que  jK)ur  avoir  voulu  faire 
de  cette  découverte  un  dogme  théoiogique, 
un  dogme  religieux.  D*ailleursdevrion»iioûs 
Ctre  surpris,  en  voyant  quelques  théologiens 
timides  jeter  un  cri  d'alarme  à  i'topiffition 
d'une  doetfinB  scientifique  qui,  violant  tou« 
tes  les  idées  reçues ,  faisait  entrer  la  science 
dans  une  voie  nouvelle,  et  paraissait,  au 
premier  aspect,  porter  atteinte,  sinon  à  la 
vérité  des  livres  saints ,  du  nîoins  au  sens 
que  jusqu'alors  on  avait  généralement  attri- 
bué à  quelques-unes  de  leurs  expressions. 
Celte  crainte,  cette  réserve  excessives  peut- 
être  ne  trouvent-elles  par  leur  explication, 
et  à  la  fois  leur  justification,'  dans  les  opi- 
nions des  savants  mèmea  de  cette  époque  ? 
Mais  il  7  a  loin,  en  tous  cas,  de  cette  quanm* 
taine^  imposée  par  la  théologie  à  une  iioo-* 
veauté  scientifique ,  qu'on  nous  p8S5o  cette 
manière  de  dire,  à  la  cooséavition  dogmati^ 
que  de  l'opinioii  contraire.  Mettre  jen  garde, 
contre  les  dangers  possibles  d'une  doctrine 
incomplète  encore^  et  qui  n^a  point  reçu  jus- 
que-là la  sanction  du  temps  et  de  ta  science, 
n'est  point,  on  on  conviendra,  proclamer 
la  fausseté  de  cette  doctrine  ;  ce  n'^sl  que 
provoquer  sur  son  compte  un  plus  sérieux 
examen.  Et  d'ailleurs^  encore  un  coup, 
l'Ëglise  es^  restée  étrangère  h  tous  ces  en- 
seignements, à  tontes  ces  condamnations;  et 
tesjstème  de  Ptolémée,  pas  plus  que  celui 
de  Copernic ,  n'a  trouvé  place  dans  aucun 
de  ses  symboles  ou  de  ses  catédiismes. 

L'Eglise  n'a  empêché  ni  l'astronomie»  ni 
aucune  autre  branche  des  connaissances  hu- 
maines, de  poursuivre  sa  carrière  et  ses  pro- 
grès. Sûre  de  posséder  la  vérité,  elle  n'a  ia- 
mais  redouté  la  constatation  régulière  d  un 
fait  scientifique  ;  car  les  vérités  qui  nous 
apparaissent,  à  quelque  ordre  qu'elles  ap- 
partiennent, loin  de  se  combattre  et  de  se 
nuire,  ne  peuvent  que  s'élayer  et  se  prêter 
un  mutuel  appui.  Il  est  donc  de  l'intérêt  du 
catholicisme  qui,  du  reste,  l'a  toujours  com- 
pris, non  point  d'entraver  les  progrès  des 
sciences,  mais  de  provoquer  leur  dévelop- 
pement. Ses  docteurs  les  plus  illustres  ont 
toujours  marché,  sous  ce  rapport  même,  à 
la  tête  de  leur  siècle.  Les  Augustin,  les 
Jérôme,  les  Basile,  les  Tertullien,  tes  Ori- 
gène,  ont  été  incontestablement  les  plus  sa^ 
vants  hommes  de  leur  époque,  et,  dès  les 
premiers  figes  de  l'Eglise,  à  Rome  comme  à 
Athènes,  à  Carthage  comme  à  Alexandrie, 
Téclat  des  écoles  païennes  pfilis&ait  devant 
les  lumières  resplendissantes  des  chaires 
chrétiennes. 

Le  moyen  fige  si  longtemps  jugé  avec  pré- 
vention et  outrageusement  calomnié,  mais 
aujourd'hui  glorieusement  réhabilité  parles 
consciencieux  travaux  dont  il  a  été  1  objets 
le  moyen  fige  a  dû  au  clergé  tout  son  éclat 

lion  de  ce  cacliol  ôbscor  dans  lequel  rîUustre  astro- 
nome  avait  éié  plongé  tout  vivant.  Il  faot  en  eonve- 
iiir,  la  bonne  foi  4e  ]i?s  messi^Ts  est  a4iiiiralile 


»: 


ces 


ET  bE  PALEONTOLOGIE. 


cos 


33îr. 


scientifique.  Qui  Jamais  a  poussé  plus  loin 
Tamour  delà  science,  qu'un  Albert  le  Grand, 
un  saint  Thomas  d'Aquin,  un  saint  Bonaven* 
turet  un  Roger  Baeon?  £t  si  Télan  que  de 
tels  génies  ayaient  imprimé  aux  travaux  in- 
tellectuels s*e$t  ralenti  dans  les  siècles  sui^ 
vantSy  certes,  il  y  aurait  une  bien  criante  in-* 
înstice  à  Tattribuer  à  ce  même  clergé,  qui 
avait  donné  à  l'esprit  humain  la  phis  puis-' 
santé  impulsion  qu'il  eût  peut-être  jamais 
reçue. 

L'Eglise,  depuis  lors,  n'a  cessé  de  compter 
plusieurs  de  ses  membres  parmi  ceux  qui 
ont  cultivé  et  fait  progresser  chaque  genre 
d'études  et  de  coa&aissances.  Tous  ils  en  ont 
hâté  le  développement  de  leurs  vœux  et  de 
leurs  travaux,  loin  de  vouloir  y  apporter, 
eomme  on  ose  le  prétendre,  de  religieuses' 
entraves  ;  car,  plus  leur  foi  était  vive,  sin« 
cère»  éclairée,  plus  ils  étaient  convaincus 
que  la  vraie  foi  et  la  vraie  science  peuvent 
se  contempler  face  à  face,  sans  avoir  rien  k 
redouter  l'une  de  l'autre.  La  demi-science, 
les  théories  incomplète?,  les  systèmes  éle- 
vés à  fa  hâte  et  sans  base  certaine,  voilà  les 
véritables  ennemis  de  la  foi  catholique.  Le 
Tvin*  siècle  est  là  pour  appuyer  ce  que  nous 
aVançons  (260), 

Mais  il  nous  tarde  d'opposer  à  une  criti-^ 
que  sans  discernement  ou  sans  bonne  foi  les 
appréciations  graves  et  la  voix  pleine  de  di- 
^ité  d'un  savant  qui  a  approfondi  la  oues- 
tion  traitée  par  M.  Letronne  avec  une  légè-. 
reté  çiui  fait  peu  d'honneur  à  son  caractère. 
Voici  comment  l'ilhisti^  cardinid  Wiseman 
s'exprime  à  la  &n  de  son  Septième  discours 
sur  Us  rapports  entre  la  science  et  la  religion 
rétiUe  : 

c  Après  ce  que  j'ai  dit,  il  pourrait  paraître 
superflu  de  conclure  que  la  religion  chré^ 
tienne  n'a  aucun  intérêt  à  comprimer  l'étude 
des  sciences  et  de  la  littérature  ;  qu'elle  n'a 
aucun  motif  d'en  craindre  la  diffusion,  tant 

Ju'elles  seront  accompagnées  de  l'attention 
ue  aux  principes  de  la  morale  et  à  la  pureté 
de  la  foi .  Car  si  l'expérience  du  passé  nous 
assure  que  les  progrès  des  sciences  tendent 
constamment  à  augmenter  le  nombrja  des 
preuves  du  christianisme  et  à  répandre  un 
nouvel  éclat  sur  celles  que  nous  possédons 
déjà,  c'est  notre  intérêt ,  c'est  notre  devoir 
d'encourager  ces  perpétuels  et  salutaires  pror 
grès.  Toutefois,  aepuis  les  premiers  jours  de 
rfi^lise,  il  s'est  rencontré  des  hommes  qui 
ont  professé  une  opinion  contraire;  et  on 
peut  les  diviser  en  deux  classes,  d'après  les 
motifs  qui  ont  suscité  leur  opposition  à  la 
science  numaine. 

«  La  première  comprend  ces  chrétiens  bien 
intentionnés  qui, dans  tous  les  siècles,  se  sont 
imaginé  que  les  sciences  et  la  littérature 
étaient  incompatibles  avec  l'application  à  des 
4tudes  plus  saintes;  qu'elles  détournaient 
l'esprit  ne  la  contemplation  des  choses  céles«« 
tes  ;  que  c*était  un  aHiage  nuisible  à  cette  pu- 


reté de  pensée  qu'un  chrétien  doit  s'efforcer 
toujours  de  conserver;  que  de  pareilles  étu- 
des sont  clairement  condamnées  dans  l'Ecri- 
ture partout  où  la  sagesse  de  ce  monde  est. 
réprouvée.  Cette  classe  de  chrétiens  timides 
dirigea  d'abord  son  opposition  contre  cette 
philosophie  que  tant  de  Pères ,  spécialement 
de  l'école  d'Alexandrie,  essayèrent  d'unir  et 
de  conciliée  avec  la  théologie  chrétienne  r 
mais  ils  furent  vigoureusement  attaqués  et 
réfutés  par  Clément  d'Alexandrie,  qui  con- 
sacra plusieurs  chapitres  de  ses  Stromates  à 
la  justification  de  ses  études  favorites.  Il  ob-^ 
serve  avec  beaucoup  de  justesse  quunescienc»* 
riche  et  rariée  recommande  celui  qui  enseigne  - 
les  dogmes  étetés  de  notre  foi^  lui  donne  cré- 
dit  auprès  de  ses  auditeurs^  inspire  Padmira- 
tionàses  disciples  et  lesattireà  la  vérilé{^%i). 
C'est  aussi  ce  qu'avait  dit  Cicéron  :  Magna 
estenimvis^adperstiadendumy  scientiœ  (262). 
Clément  appuie  ensuite  ses  arguments  d'une 
foule  de  citations  do  la  sainte  Ecriture  et  des 
auteurs  profanes.  Je  vous  lirai  un  passage 
remarquable  : 

«  Quelques  personnes  ayant  une  haute  api^ 
nion  de  leurs  bonnes  dispositions^  ne  veulent 
pas  s'appliquierà  la  philosophie  ou  aux  études 
dialectiques^ni  mémeà  la  philosophie  naturelle  ; 
elles  ne  veulent  que  la  foi  nue  et  sans  orns'^ 
ment  ;  en  cela  elles  sont  aussi  raisonnables  que 
si  elles  espéraient  recueillir  des  raisins  sur  une 
vigne  quelles  auraient  laissée  sans  culture 
Notre^Seigneur  est  appelé allégoriquement  une 
vigne^  donc  nous  recueillons  Iju  fruits  par  une 
culture  assidue,  suivant  la  parole  du  Verbe 
étemel.  Nous  devons  tailler,  oécher,  attacher, 
et  faire  tous  les  autres  travaux  nécessaires:  et. 
comme  en  agriculture  et  en  médecine  celui-là 
passe  pùur  le  plus  expert  qui  a  étudié  un 
plus  grand  nombre  de  sciences  utiles  à  ses 
deux  artSy  noiks  aussi,  nous  devons  regarder 
comme  le  plus  propre  ànotre  art  sublime  celui 
qui  fait  aboutir  toutes  choses  à  la  vérité,  et  tire 
de  la  géométrie,  de  la  musiauSi  de  la  gram-- 
maire  et  delà  philosophie  elïe'^méme,  tout  ce 
qu'elles  contiennent  d  utile  à  la  défense  de  la 
foi.  Mais  celui  qui  ne  s'est  pas  instruit  avec 
soin  sera  certainement  méprisé  (263). 

«  Ces  paroles,  je  dois  1  avouer,  ne  sont  pas . 
pour  moi  un  médiocre  encourasement.  Car 
si,  au  lieu  de  la  géométrie  et  de  Ta  musique, 
nous  mettons  la  géologie,  l'ethnographie  et 
l'histoire,  nous  pourrons  considérer  ce  pa^ 
sage  comme  une  confiriuation  formelle  de  la 
méthode  que  nous  avons  suivie  dans  ces  dis^ 
cours,  et  une  approbation  des  principes  qui 
nous  ont  guidés. 

«  Tant  que  cette  opposition  continua  dans 
l'Eglise,  elle  fut  énergiquement  combattue 
par  des  pasteurs  zélés  et  éloquents,  comme 
très-préjudiciable  à  la  cause  de  la  vérité.  Le 
grand  saiqt  Basile  parait  surtout  avoir  été,  de 
son  temps,  un  des  plus  ardents  défenseurs  des 
études  profanes  :  il  recommande  fortement 
d'étudier  la  belle  littérature,  à  cet  âge  oà, 


^i60)  Foy.  M.  Emcst  de  Bricoa,  Introd,  à  la  cas-      Pottcr. 
mo^onie  de  la  Bévélalion,  (262)  Tapica,  Opcr. 

("itil)   Stromatu,  lib.  i,  cap.  3,  t.  I,  p.  537,  cdll.  (265)  Topica,  Opcr 


•4.  Loiid.,  i7êf. 


»9 


COS 


DICTIONNAIRE  pE  CÛSMOGO!<iB 


COS 


M 


selon  lui,  Tesprit  est  trop  faible  poursnp^r- 
ter  la  nourriture  plus  solide  de  la  parole  ins* 
pirée  :  il  dit  expressément  que,  par  la  lecture 
des  écrirains  tels  qu'Homère,  une  jeune  flme 
se  forme  aux  sentiments  vertueux,  poun^u 
toutefois  qu'on  ait  soin  d'en  faire  disparaître 
tout  ce  qui  pourrait  corrompre  l'innocence 
du  ocBur.  (Basilii  opera^  1. 1,  hom.  St^.} 

^  «  Saint  Grégoire  de  Nysse  le  loue  beaucoup 
d'avoir  fait  servir  ces  principes  à  la  cause  de 
la  Mkgion ,  et  de  les  avoir  appuyés  de  sa 
vaste  érudition.  Plusieursj  dit-ii,  font  hom- 
mcge  à  F  Eglise  de  leurs  connaissances  profa- 
nes: telaétiy  entre  autres  y  V  illustre  Basile^  ^ui^ 
s*itant^  dans  sa  jeunesse^  emparédes  dépouilles 
de  t Egypte^  les  consacra  à  Dieu^  et  orna  avec 
ces  richesses  le  tabernacle  de  r Eglise  i^Wj. 

^  «  Mais  l'illustre  ami  de  saint  Basile,  saint 
Grégoire  de  Nazianze,  a  encore  mieux  ap-* 
proiondi  cette  question.  Ils  avaient  été  con- 
disciples à  Athènes  ;  et  tous  deux  animés  du 
même  esprit  religieux,  ils  s'y  étaient  livrés 
à  l'étude  avec  de  brillants  succès  ;  ils  consi- 
déraient (a  vérité^  partout  où  elle  se  trout^e^ 
comme  la  propriété  de  f  Eglise  du  Christ  :  ce 
sont  les  expressions  de  saint  Augustin.  Leur 
condisciple  Julien  comprenait  parfaitement 
le  prix  Qu'ils  attachaient,  comme  les  autres 
saints  Pères  de  leur  temps,  aux  sciences  hu- 
maines, et  le  puissant  avantage  qu'ils  en  re- 
tiraient pour  combattre  l'idolâtrie  et  Terreur  ; 
aussi,  après  son  apostasie,  publia-t-il  un  dé- 
cret pour  défendre  aux  chrétiens  de  suivre  les 
écoles  publiques  et  d'étudier  les  sciences.  Or 
ce  décret  fût  considéré  comme  une  persécu- 
tion des  plus  cruelles.  Voici  un  passage  tiré 
de  l'oraison  funèbre  que  saint  Grégoire  pro- 
nonça en  rhonneur  ae  son  ami  ;  il  suffira 
pour  vous  montrer  son  opinion  à  cet  égard  : 

€  Tout  homme  d'un  esprit  sain  convfenara^je 
pense^  que  la  science  doit  être  regardée  comme 
le  premier  des  biens  terrestres.  Je  ne  parle  pas 
seulement  de  cette  noble  science  gui  est  notre 
part  à  nouSf  et  quij  méprisant  tout  ornement 
extérieur^  s'occupe  exclusivement  de  F  œuvre 
du  salut  et  de  la  beauté  des  idées  intelfectuel- 
les;  mais  encore  de  cette  science  humenne  que 
des  chrétiens  peu  éclairés  rejettent  comme  per- 
verse^  dangereuse  et  détournant  Vàme  de  Dieu. 
H  observe  ensuite  que  l'abus  que  les  païens 
ont  fait  de  cette  science  n'est  pas  une  raison 
pour  Ja  rejeter,  pas  plus  que  la  substitution 
sacrilège  gu'ils  font  des  éléments  matériels  à 
la  Divinité  ne  doit  nous  détourner  de  leur 
légitime  usage  ;  puis  il  ajoute  :  //  ne  faut  donc 
pas  réprouver  Férudition,  parce  guil  a  plu  à 
quelques  hommes  de  penser  ainsi  ;  il  faut^  au 
contrairCf  reqarder  comme  des  insensés  et  des 
ignorants  les  hommes  qui  raisonnent  de  la  sorte: 
qui  voudraient  que  tout  le  monde  fût  comme 
eux,  afin  qu'ils  pussent  se  cacher  dans  la  foule, 

ifU)  De  9ita  Mosis,  S.  Greg.  Nyss.  Opéra  •  Paris, 
46ÎHL  t.  I.  p.  «09.  »     J        F- 

(M5)  Sancti  GaicNàz.  Funsbrit  Oratioin  laudem 
BasilH  Magm:  Oper.,  Par.,  1609. 

(966)  Rsspomumhabeëntnon  Ueo  me  kebetiê  fuitse 
carrfti,  et  tsm  crassœ  rustieiiatis,  quam  Hli  $oiam  pn 
stmetituis  habem,  piscatprum  u  diuipu(o$  asêerenUs, 
quasi  ideireo  isncti  $int,  il  nihii  êcircitt.  Ep.  15,  ad 


et  mêe  personne  ne  pût  découvrir  leur  manque 
^éducation  (265). 

«  Les  termes  ici  employés  sont  vraiment  se* 
vères  ;  mais  ils  servent  k  montrer  de  la  ma- 
nière la  plus  éner^que  quels  étaient  les 
sentiments  de  ce  saint  et  savant  évèque  sur 
l'utilité  de  la  science  humaine  et  de  la  litté- 
rature. Tournant  ensuite  nos  regards  vers 
les  grandes  lumières  de  l'Eglise  (TOccident, 
nous  y  voyons  la  conduite  de  ceux  qui  se  pro- 
nonçaient contre  la  science  profane  réprou- 
vée  avec  non  moins  de  sévérité.  Saint  Jé- 
rôme, par  exemple»  s'exprime  même  arec 
dureté  sur  le  compte  de  ceux  qui,  comme  il 
ledit,  prennent  F  ignorance  pour, de  la  «otfi- 
tetéf  et.se  vantent  a  être  les  disciples  depank- 
vres  pécheurs ^1166).  Dans  une  autre  occasion, 
il  explique  l'Écriture  en  se  servant  de  plu- 
sieurs renseignements  empruntés  à  la  philo- 
sophie païenne,  puis  il  conclut  en  ces  termes  : 
HœcautemdeScrtpturapaucaposumus^utcon" 
gruerenostra  cumphilosophis  doceremusf^): 
paroles  qui  indiquent  clairement  qu'il  regar- 
dait comme  un  travail  intéressant  et  non  in- 
dif^ne  d'un  bon  chrétien,  d'étudier  les  rapports 
qui  existent  entre  les  vérités  révélées  et  la 
science  humaine,  et  de  s'assurer  si  elles  ne 
peuvent  pas  être  mises  en  parfaite  harmonie. 

«  Son  savant  ami,  saint  Augustin,  pensait 
évidemment  de  même  ;  car,  en  énumérant  les 

Sialités  nécessaires  à  un  théologien  accon- 
.  i,  il  y  fait  entrer  la  science  mondaine, 
comme  une  chose  d'une  grande  importance. 
Voici  comment  il  s'expnme  :  Si  ceux  qu'on 
appelle  philosophes  ont  enseigné  quelques  r/- 
rités  qui  soient  conformes  à  notre  foif  loin  de 
les  redouter,  nous  devons  les  approprier  à  no- 
tre  usaqe,  comme  un  bien  qu'ils  possèdent  tn- 
justement.  Ensuite  il  fait  observer  que  les 
vérités  qui  se  trouvent  éparses  dans  leurs 
écrits  sont  comme  un  pur  métal  au  sein  des 
éléments  grossiers  qui  le  recèlent  dans  la 
mine.  Le  chrétien  doit  s'en  emjoarer  dans  le 
but  légitime  de  prêcher  FEvanatle  (268).  Tant 
de  chrétiens,parmi  les  plus  fidèles  éFentrênous, 
continue-t-il,  en  ont-ils  agi  autrement  f  De 
quelle  quantité  dor,  dargent  et  d'omemtnts 
précieux  n'avons^naus  pas  vu  Cyprien^  ce 
docteur  si  exquis,  ce  martyr  si  vénérable^  re- 
venir chargé,  de  F  Egypte?  N'en  estait  pas  de 
même  de  Lactance,  de  Victorin,  dOpteU,  d'Hi- 
taire  et  d'un  nombre  infini  de  Grecs  (969)7 

«  Il  n'est  pas  difiScile  de  concilier  avec  ces 
passages  plusieurs  endroits  de  leurs  écrits, 
où  les  Pères  semblent  réprouver  la  science 
humaine  ?  comme  quand  saint  Augustin  lui- 
même,  dans  une  de  ses  lettres,  parlani  de 
Téducation  qu'il  donnait  à  Possidius,  dit  crae 
les  études  vulgairement  appelées  libérales 
ne  sont  pas  dignes  de  ce  nom  alors  honora- 
ble, qui  appartient  en  propre  aux  études  fon- 

Mareetlam  ;  Oper.,  1. 11,  par.  u,  p.  6i,  ediu  Mariia- 
uay. 

(267)  Adverêus  Jovinianum,  lib.  u  ;  ibid.,  p.  SOQ. 

(268)  Débet  ab  eu  auferre  chriêtianus,  ad   usum 
justum  prœdieandi  Evangetium. 

(269)  Dedoctr,  ehrist.,  11b.  ii,  cap.  il.  Oper.,UU. 
par.  I,  p.  42,  éd.  Maur^ 


S41 


COS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COS 


54i 


dées  sur  la  vraie  liberté  que  Jésus-Christ 
nous  a  acquise  ;  ou  lorsque  saint  Ambroise, 
pour  citer  ce  passage  entre  mille,  dit  à  Dé- 
métrias  que  ceux  qui  savent  quelles  souffrant 
ces  tmr  salui  a  coûtée  et  à  auet  prix  ils  ont  été 
raekeiéê^  ne  désirent  pas  être  des  sages  de  ce 
mande  (870).  Car  il  est  évident  qu'eir  ces  occa- 
sions ils  parlent  de  la  science  vaine,  futile 
et  présomptueuse  d'arrogants  sophiste3  et  de 
rhéteurs  subtils;  de  cette  science  qui,  dé« 
pourvue  du  sel  de  la  grAce  et  d'esprit  reli- 
gieux est  insipide,  fade  et  bonne  a  rien.  Et 
comment,  en  effet,  pourrions-nous  un  instant 
penser  autrement,  quand  nous  parcourons 
leurs  glorieux  ouvraj^es,  que  nous  contem- 
plons les  trésors  de  science  antique  qui  y  sont 
accumulés ,  que  nous  apercevons  aans  cha- 
que alinéa  des  traces  de  la  profonde  connais- 
sance qu'ils  avaient  de  la  philosophie  païen- 
ne, et  que  nous  voyons  dans  chaque  phrase 
combien  leur  étaient  familiers  les  plus  purs 
modèles  de  style  ?  Qui  pourrait  douter,  ou  qui 
oserait  regretter  que  Tertullien,  lustin,  Ar- 
nobe  etOngène,  aient  eu  entre  les  mains  tou- 
tes les  armes  que  pouvait  fournir  la  science 
païenne  pour  combattre  en  faveur  de  la  vé- 
rité? Qui  pourrait  désirer  que  saint  Basile, 
saint  Jérôme,  saint  Grégoire  et  saint  Augus- 
tin eussent  été  moins  versés  qu'ils  ne  Té- 
taient dans  toute  la  belle  littérature  dés  an- 
ciens? Bien  plus,  dans  la  lettre  même  dont 
j'ai  fait  mention,  saint  Augustin,  si  je  me  le 
rappelle  bien,  parle  sans  regret,  et  même 
arec  satisfaction,  des  livres  de  musique 
qu'on  ami  lui  avait  exprimé  le  désir  de  se 
procurer. 

«  Le  temps  n'a  pas  apporté  plus  de  chan- 
gement aux  sentiments  de  l'Eguse  primitive 
sur  ce  point  que  sur  tout  autre.  Mabillon  a 
démontré  de  la  manière  la  plus  irréfragable 
que,  même  parmi  les  hommes  qui  avaient 
embrassé  la  vie  monastique,  l'étude  des  scien- 
ces avait  été  dès  le  commencement  encoure- 
Sée  etmise  en  vigueur  (271).  Bacon  narie  avec 
e  grands  éloges  du  zèle  que  l'Eguse  catho- 
lique a  toujours  iUt  paraître  pour  la  science. 
iheUf  dit-il,  a  envoyé  sa  divine  vérité  dans  le 
monde,  accompagnée  de  toutes  les  autres  bran- 
ches de  la  science^  qui  lui  servent  comme  des- 
corte  et  de  servantes.  Nous  voyons  que  plu- 
sieurs des  anciens  évéques  et  des  Pires  de  l'E- 
glise étaient  profondément  versés  dans  les 
sciences  des  païens  ^  à  td  point  fue  Védit  de 
r empereur  Julien^  qui  interdisait  aux  ehré 
Hens  les  écoles  et  les  exercices  littéraires^  pa- 
rut un  instrument  plus  funeste  pour  la  foi  que 
les  persécutions  sanguinaires  de  ses  prédécesr 
seurs.  Ce  fut  en  effet  TEglise  chrétienne  quij 
au  milieu  des  invasions  des  Scythes  venus'du 
nordrouest ,  et  des  Sarrasins  venus  de  /'0-» 
rient^  conserva  dans  son  sein  les  restes  de  la 
science  mime  profane  ^  qui  sans  cela  eussent 
entièrement  péri.  Dans  ces  derniers  temps  en- 
rare^  les  Jésuites  ont  puissamment  ravivé  et 
fortifié  r étude  des  sciences^  et  contribué  à  con» 

(270)  EmstelsK,  lib.  iv,  ep.  35,  Oj^r.,  t.  V,  p. 
264,  «d-  Par  ^1632. 

(i7l)  TfaiHdei,étndnmonaHiqw%y^9iXW\t^»  lo, 
p.  !I2;  Paris,  i69i. 


solider  lesié^  dé  Rome.  Il  y  a  donc^  conclut- 
il,  deux  services  importants  que  la  philosophie 
et  la  science  humatne  procurent  à  la  religion^^ 
indépendamment  de  Téclat  et  des  lumières 
ou* elles  y  répandent.  Vun  consiste  en  cequ'eU 
les  contribuent  efficacement  à  Vexaltation  de 
la  gloire  de  Dieu;  Foutre^  qu'elles  fournissent 
un  préservatif  tout  particulier  contre  IHncré^ 
duKté et  terreur  (272). 

«(  Entre  les  deux  extrêmes  indiqués  p.ar  Ba- 
con, je  veux  dire  les  anciens  Pères  de  1  Eglise 
et  la  société  de  Jésus,  il  existe  un  long  in- 
tervalle, durant  lequel,  en  dépit  du  préjugé 
ordinaire,  il  n'est  pas  permis  de  penser  que 
Tesprit  vivifiant  de  l'Eglise  n'ait  rien  fait  en 
faveur  des  sciences  profanes.  Je  ferai  o6scr- 
vtr^  dit  un  savant  et  agréable  auteur,  que^ 
pour  un  catholique  y  non-seulement  l'histoire 
philosophique^  mais  aussi  Fhistoire  littéraire 
du  monde  s'est  prodigieusement  élargie  :  les 
objets  changent  déposition  relative^  et  beau-^ 
coup  de  ceux  qui  étaient  autrefois  reléguées 
dans  une  profonde  obscurité j  sont  maintenant' 
environnés  de  l'éclat  d'une  lumière  resplendis-^ 
santé.  Tandis  que  les  écrivains  modernes  ne 
cessent  de  nous  entretenir ^  siècle  par  siècléj 
(tes  Césars  et  des  philosophes^  et  d'eaercer  leur 
génie  à  tracer  des  parallèles  entre  leurs  row- 
temporains;  le  catholique  découvre  entre  la 
civilisation  païenne  et  l'état  actuel  de  la  so^ 
ciété  l'existence  d'un  monde  entierj  illustré 
par  tous  les  genres  de  grandeur  intellectuelle 
et  morale.  Les  noms  qui  se  troutent  sur  ses 
lèvres  ne  sont  plus  ceux  de  Cicéron  et  d'Ho- 
race, mais  ceux  de  saint  Augustin^  de  saint 
Bernard f  d'Alcuin^  de  saint  Thomas  el  de  saint 
Anselme:  les  lieux 4fue,  dans  son  esprit,  il  as^ 
socie  aux  Coques  paisibles  et  glorieuses  de  lu 
science  ne  sont  ptus  le  lycée  ou  l'académie  ^ 
mais  CUeauXf  Cluny,  Crowland  et  l'Oxford, 
du  moyen  âge  (273). 

<  le  me  contenteraide  vous  renvoy erà  cette 
page  riche  et  brillante,  pour  vous  convaincre 
que  les  études  classiques  et  philosophiques 
nirent  cultivées  avec  zèle  et  habileté  dans 
la  solitude  du  cloître  par  i-  les  moines  pen- 
ce seurs,  dont  toute  l'attention  était  de  plaire 
«  à  Dieu,  pour  le  doux  amour  du  Christ,  et 
<c  qui,  mus  par  des  sympathies  humaines, 
«  sortirent  au  sein  de  l'Eglise.  i>  {Yarroui 
revisited  ;  2*  éd.  ,  p.  25&.  )  Mais  je  ne 
puis  m'empècfaer  de  vous  faire  connais 
tre  l'opimon  d'un  homme  qui  a  été  un 
des  bnllants  ornements  de  ces  siècles  ca- 
lomniés. Parmi  les  excellents  sermons  de 
saint  Bernard  sur  le  Cantique  des  cantiques , 
il  en  est  un  qui  a  pour  suj[et  que  la  connais- 
sance de  la  science  humaine  est  bonne.  Voici 
de  quelle  manière  ce  Père  éloquent  s'y  ex- 
prime :  Peut-être  vous  paraitrairje  trop  dé- 
précier la  science,  condamner  presque  les  sa- 
vants, el  proscrire  l'étude  des  lettres.  A  Dieu 
ne  plaise!  Je  n'ignore  pas  combien  les  savants 
ont  rendu  et  renaent  encore  de  services  à  l'E- 
glise, soit  en  réfutant  ceux  qui  lui  sont  oppo- 

(272)  Deauqmentis  idiiid«niin;  Œuvres  de  Bacon, 
Lond.,  1818,  Vol.  VI,  p.  68.. 

(273)  More»  caihottd.  •  '  "»  ;  Loi;«l., 
1833,  p.  277. 


3i3 


C0« 


blCTlONNAJUE  DE  COâ&lOCOiMfi 


C08 


iU 


êé$^  êoU  enr  ifUiruisanl  lt$  iffnorafUs,  Et  j  ai 
lu  :  Parce  que  tous  avez  rejelé  la  science,  je 
vous  rejetterai ,  aiin  que  vous  ne  remplis- 
siez point  rofBce  de  prêtre  dans  mon  tem* 
pie  (:tn). 

«  Tels  0|it  donc  été  les  sentiments  et  la  con- 
duite de  TEgiise  catholique,  par  rapport  à 
]*u5Cge  que  Ton  peut  faire  de  la  science  pro- 
fane pour  la  défense  et  Texplication  de  la 
vérité:  et  la  meilleure  réponse  peut-être 
qu'on  puisse  adresser  à  ces  chrétiens  incon- 
sidérés qui  prétendent  que  la  religion  n'a 
pas  besoin  dé  ces  secours  étrangers  et  em- 
pruntés, est  celle  du  docteur  South  :  Si  Di€u 
n'a  pas  besoin  de  noire  science^  il  doit  encore 
moins  avoir  besoin  de  notre  ignorance. 

«  Laseconde  classe  d'écrivains  qui  soutien-, 
nent  que  la  religion  n'est  pas  intéressée  aux 
ii»r6grès  de  la  science  est  mue  par  des  motifs 
bien  différents.  Cette  classe  comprend  les 
ennemis  de  la  révélation,  contre  lesquels  ces 
Discours  ont  été  principalement  dirigés,  et 
qui  prétendent  que  Tavancement  de  la  science 
tend  à  renverser,  ou  du  moins  à  infirmer,  les 
preuves  de  la  religion  révélée.  J'ai  eu  tant 
de  fois  l'occasion  de  réfuter  formellement  ces 
hommes,  que  je  ne  m'arrêterai  pas  à  faire 
ressortir  davauta{<e  la  folie  de  leurs  asser- 
tions. Je  ferai  seulement  observer  que  ce  re* 
proche  sans  fondement  n*est  pas  une  inven^ 
liop  des  adversaires  modernes  du  chrisliaf 
nismci  qu'il  est  au  contraire  la  plus  vieille 
accusation  qui  ait  été  portée  contre  lui.  Car 
Celse,  un  des  plus  anciens  ennemis  de  la 
vérité  chrétienne  dont  les  objections  nous 
soient  parvenues»  nous  reprochait  principa- 
lement cette  hostilité  pour  la  science,  dans 
la  crainte  qu'elle  ne  fût  nuisible  à  notre 
cause.  Mais  il  rencontra  un  habile  et  victo- 
rieux adversaire  dans  le  savant  Origènc,  qui 
repousse  cette  calomnie  d'uue  manière  triom- 
phante et  eu  tire  une  conclusion  que  je  ne 
leux  manquer  de  citer  :  S'il  est  démontré  que 
lareligiim  chétienne  invite  et  encourage  les 
hommes  à  f étude  des  sciences^  ceux-là  méri- 
tent de  recevoir  une  réprimande  sévère  ^  qui 
cherchent  à  excuser  leur  propre  ignorance  en 
tenant  un  langage  capable  de  détourner  les 
autres  de  s'appliquer  à  l'étude  \{21b).  Cette 
remarque  est  a  la  fois  une  preuve  de  la  con- 
fiance où  était  Origène  que  le  christianisme 
ne  pouvait  recevoir  aucune  atteinte  de  l'en- 
couragement donné  aux  sciences,  et  une  juste 
condamnation  de  cette  classe  d'amis  timides 
qui  s'alarment  de  leurs  progrès. 

«  Plus  d'une  (ois  j'ai  eu  l'occasion  de  venger 

(î7i)Serin.  36,  super  Cent;  Oper.,  p.  G08; Basil., 
1506. 

(475)  Contra  Cel$,,  !ib.  ni,  Oper.  tom.  I,  p.  476. 
éd.  de  La  rue. 

(i76)  J*éproave  un  grand  plaisir  à  raconter  Tance- 
Jote  suivante.  Il  y  a  quelques  années,  je  U$  précéder 
unetbése  soutenue  par  un  des  élèves  de  mon  établis- 
sement, d'une  disserlalion  laliue  de  dix  ou  douze 
pages  sur  la  nécessilé  d'unir  aux  études  ibéolosiqucs 
des  conn.nissances  générales,  et  scientifiques.  J  y  pas- 
sais brièvement  en  revue  les  différentes  branches  de 
sciences  traitées  daus  ces  discours.  Cet  Essai  Tut 
I  icnlôt  traduit  en  italien  cl  imprimé  dans  un  joiir- 
n.M  de  Sicile  ;  il  fut  aussi,  je  crois,  publié  à  Milan. 


l'Italie,  et  spécialement  Rome,  d'injustes  ca- 
lomnies sur  ce  point}  j'ai  prouvé  que  celle 
ville  a  été  la  première  à  encouragereti  aider, 
sans  jalousie  comme  sans  alarmes,  k  science 
et  la  littérature^  qui  devaient  avoir  pour  ré- 
sultat de  constater ,  de  la  manière  la  plus 
complète,  la  solidité  des  fondements  delà  le- 
ligion.  Il  n'y  a  peut-être  pas  de  pays  où  les 
plus  hautes  branches  de  Téducatioa  soient 
livrées  avec  aussi  pende  restriction  à  l'accès 
de  tous  les  rangs  de  la  société,  où  l'étude  des 
sciences  physiques  soit  plus  libre  »  et  où  la 
littérature  orientale  et  la  critique  aient  M 

Elus  favorisées.  Cetle  cité  possède  trois  éta- 
lissements  en  forme  d'universités,  où  toutes 
les  branches  de  la  littérature  et  de  la  scienct 
sont  simultanément  cultivées,  sous  la  direc- 
tion d'habiles  professeurs}  et  il  y  a  dans  la 
grande  université  une  chaire  d*un  caractère 
tout  à  fait  unique,  où  les  découvertes  de  la 
physique  moderne  sont  appliquées  k  la  dé^ 
fense  des  saintes  Écritures  (la  chaire  de  phy- 
sique sacrée).  Pour  ma  jpart,  je  serais  imusto 
si  j[e  laissais  échapper  1  occasion  de  déclarer 
qu  en  toute  circonstance ,  mais  surtout  par 
rapport  au  sujet  de  ces  discours,  j*ai  reçu 
Tencouragemetit  le  plus  bienveillant  de  ceui 
dont  tout  catholique  regardera  Tapproha- 
tion  comme  sa  meilleure  récompense  sur  la 
terre  (276). 

«  De  tout  ce  quej*ai  dit  et  espéréavoir  prouré 
jusqu'ici,  on  peut  assurément  déduire  plo" 
sieurs  conséquences  uraliques.  D'abord  qu'il 
me  soit  permis  de  m  adresser,  avec  toute  la 
déférence  convenable,  à  ceux  qui  partageut 
les  devoirs  et  les  dangers  de  la  charge  doat 
je  suis  revêtu  ;  et,  sans  avoir  la  présomptioa 
de  les  instruire  ou  de  leur  donner  des  avis, 
je  les  conjurerai,  comme  un  frère  ou  un  aiui, 
de  ne  laisser  échapper  aucune  occasica  de 
démentir  par  leurs  actions  les  reproches  pe^ 
sévérants  des  ennemis  de  la  religion.  Ce 
n'est  point  par  des  raisonnements  abstraits 
que  nous  convaincrons  le  genre  huoiaia  que 
nous  ne  craignons  pas  les  progrès  de  la 
science  :  c'est  en  marchant  hardiment  à  sa 
rencontre,  ou  plutôt  en  l'accomi  a^nant  dans 
sa  marche  progressive,  en  la  traitant  tou- 
jours comme  une  alliée  et  une  amie,  et  en  la 
faisant  servir  à  la  défense  de  notre  cause, 

a  ne  nous  pouvons  raisonnablement  espérer 
e  persuaoer  è  ceux  q^i  en  douteraieipt  en* 
core,  que  la  vérité  n'a  sa  source  qu'e^  Dieu, 
et  que  ses  serviteurs  et  leur  cause  n*09t  ries 
h  craindre  de  sa  part.  La  raison  pour  laquelle 
l'incrédulité  a  fait  tant  de  ravages  en  France, 

Ce  qui  fut  cependant  très-flatteur  pour  moi,  et  qui 
peut  servir  de  conlirmatlon  à  ce  qiiej'ai  avancé  dans 
le  texte,  c*est  qu'étant  allé  deira  jours  après  Taire 
visite  au  défunt  pape  Pie  VIII,  qui  était  très-profon- 
dément versé  dfins  la  littérature  sacrée  et  piofanr. 
pour  lui  oflyir,  suivant  Tufitige,  un  exemplaire  de  la 
ilièse  préparée  pour  lui,  Ten  trouvai  vu  sorsatallr. 
et,  dans  tes  termes  ks  plus  bienveiUanfs,  il  mt-  clii 
qu*ayanl  entendu  parler  de  mon  petit  Essai,  il  V^^^ 
envoyé  chercher  sur-le-cbamp  ;  puis  il  «joviaco 
termes  qui  faisaiefit  allusion  à  Texpression  li^urt^ 
employée  plus  haut,  d'après  les  anciens  Perfs: 
I  Vous  avez  enlevé  à  PEgyple  ses  dépouilles  et  prouvf 
qu'elles  a  ppa  ri  ion  lient  aii  peu  pic  de  Pieu.  » 


z\: 


cos 


ET  AE  PALEONTOLOGIE. 


vm 


Sid 


lians  le  siècle  dernier,  c'est  que  ses  émissai- 
res la  présentaient  aux  esprits  du  peuple 
ornée  de  tout  le  diarme  séduisant  d'une 
science  railleuse  ;  c*esl  (pi*ils  produisaient 
des  eipKeations  et  des  preuves  spécieuses 
tirées  ae  toutes  les  brancbes  delu  Uttérature» 
et  qu  ite  enduisaient  les  bords  de  la  couf^e 
de  Ions  les  charmes  d*un  style  élégant  et 
d*u0e  diction  animée;  tandis  que^  par  ma  !^ 
heur,  eeux  qui  entreprirent  de  les  réfuter,  si 
l'on  en  excepte  Guénée  et  peut-^ire  quelque» 
autres  seutetnent,  se  jetèrent  dans  des  rai? 
soiftiemeiits  abstraits  et  de  simples  démon^-t 
tratiOQS^  didactiaues  (3T7).  Or,  est-ce  trop 
exiger  que  de  demander  qu'on  prenne  le 
mdmd  soin  pow  orner  la  religion  des  char* 
mes  qui  sont  son  ornement  naturel,  qu'elle 
a  reçus  de  Dieu  IttiHaoéme,  et  que  son  enne^ 
mie  a  sacrilégement  usurpés? 

«  Les  formes  sans  cesse  variées  que  prend 
rincrédulité,  la  facilité  avee  laquelle  cet  au«* 
tre  Protée  varie  son  air  et  ses  mouvements, 
devraient  nous  teqir  dans  un  état  dlnfaiiga- 
ble  activité  pour  lui  faire  face  dans  toutes 
ses  métamorphoses,  lui  résister  d*une  ma*^ 
oière  convenable,  et  nous  mettre  ainsi  è 
même  de  rétouflhnr  dans  toutes  -les  formes 
fantastiques  sous  lesquelles  il  a  coutume  de 
ft  produire.  Lm  versalité  d$  Ferreur  ^  dit  un 
éloquent  écrivain  de  notre  temps,  txige  une 
rfiUe  variété  danê  les  mùyens  emotoy/s  pour 
la  déftnêê  de  la  vérité;  tt  iequi  le  public  a^ 
/•tl  le  plue  de  droit  danenâfte  qu'elfe  eûit  dé^ 
tendue  eautre  le$  ewwhitewnmitè  de  Verreureè 
\ie  VincréduHtéj  sinon  de  ceux  qui  font  pro^ 
feeeion  de  coneaarr  leurs  étude»  et  leur  vie  <1 
l'arancement  de  la  vertu  et  de  ta  rv/tgrtonf .... 
Le  ministère  chrétien  ayant  éêé  établi  pour 
instruire  les  honmes  durant  tûut  te  cours  de$ 
siècle»  dans  la  vérité  et  la  sainteté^  il  doit 
s  accommoder  omjp  scènes  toujours  chan". 
géantes  du  monde  morale  et  se  tenir  prêt  à 
repousser  les  attaques  de  l'impiété  Jet  ae  VcT't 
reur,  »ou$  quelque»  formes  ^'eUte  puissent 
st  produire  {^Sj. 

«  Ces  sentiments,  dont  on  vctit  que  soient 
animés  ceux  qui  sont  chargés  d'enseigner  la 
leli^on,  ont  été  exprimés,  il  y  a  plus  de 
mille  ans,  touchant  notre  ministère,  par  le 


ratifs  de  guerre  de  Fenncèni  ne  sont  pas  éTune 
»euiéeêpece:  la  guerre  Hit  de  sa  natùrtf  variée^ 
et  le»  attaques  partent  d'ennemis  dioere.  Time 
ne  se"  servent  pas  des  mé^ee  armes  et  ne  diri^ 
gent  pas  leurs  assaut»  d'après  le  même  plan. 
Celui  doue  qui  veut  lés  combattre  taus^  doit 
connaître  les  artificos de chacunfffusB : ildmt 
savoir  à  la  fois  manier  Vare^tla fronde^  r»m'* 
pHr  Fofflee  àe  simple  soldat  et  de  -capitaine^ 
être^  selon  le  besoin^  cavalier  ou  fantassin^  et 
»»  battre  éigaiem^t  sur  un  vaieseau  et  sur  le» 
fempari».  Dan»  lee  guerres  ordinaires^  chacun 
attaque  $on  adversaire  d'après  la  manière  dont 
il  a  é$é  formé  à  ce»  sortes  dPerereices;  mais- 
dènece  conflit^  il-  en  cet  bien. autrement  :  car 
si  celui  qui  devrait  remporter  la  victoire  n'est 
pas  entièrement  initié  à,  tous  les  secrets  de  cef 
artf  le  démon  sait  très^ien  tirer  parti  de  queU 
que  point  mal  gardée  et  introduire  dans  la 
place  se»  êotellitts  spolmteursy  pour  s'emparer 
du  troupeau  et  le  mettre  en  pièèes.  Uaistl  n'en 
estipas  ainsi  hrsau'il  sait  que  le  paeteur  est 
pourvu  de  toutes  les  ressources  nécessaires^  e^ 
se  tient  en  f^fde  contre  ses  tuses\  H  convient 
donc  que.  nous  soyons  préparés  sur  tous  les 
points^  {De  saeeroûiio^  lih.^  iy,  iAv  p.  T7.j 

«  AceteHCOurageantt;émoigttageenfaveur 
delà  légitimité  des  sentiments  que  j'ai  ex- 

S  osés,  ie  puiscijouter  cehiid'iln  illustre  Père 
e  l'Eglise  latine.  Saint  Jérôme,  dans  son  Corn  i 
mentaire  nurYEccL,  ii,  8  :  J'ai  amassé  pour 
moi  for  et  Fàrqenl  et  les  richidsses  dès  rois, 
s'exprime  ainsi  :  Par  les  richesses  des  roi» 
on  peut  entendre  les  êoctrimesdeef^ilosophe» 
et  t(u  sciences  profanes;  et  rtedésiaetique  qui. 
les  entend  bien  est  capable  de  prendre  les  saga 
dans  leurs  propres  filets  (279). 

H  C'est,  airtex-rvous,  une  tâche  pénible  que 
de  se  préparer  tK^mme  il  est  nécessaire  à  «es 
attaques  variées;  mais  n'en  est-il  pas  de 
même  des  qualités  requises  pour  toutes  les 
fonctions  nobles  de  la  sociétet 

Ptt^r  io$e  colendi 

^aud  [acilem  e^$e  viam  voluU 

(ViRGiL.,  Georg,^i,  141.) 


Îi  si  l'orateur  romain  déclare  que  nul  n'a 
roit  d'espérer  d'atteindre  la  perfection  de 
son  art ,  à  moins  d'avoir  acquts  la  connais- 
cslorieux  Chrvsostome,  dans  le  livre  d'or  qu'il     ionce  de  toutes  les  ecienccf  (280),  et  cela  pour 
a  écrit  pour  ceux  de  notre  profession.  Voici     flatter  la  multitude  et  détourner  peut-être 
— ^«  -♦ i— i-«  -     même  le  cours  de  la  iustice  (281);  serions- 
nous  donc  détournés  d  un  même  genre  de  tra- 
vail, qui  est  en  lui-même  agréable  et  fécond 
en  résultats  heureux,  par  l'idée  de  la  peine  et 


en  effet  comment  il  s  exprime  sur  ce  point  : 
C'est  pourquoi  nous  devons  faire  tovt  ce  qui 
dépend  de  nous  pourqMe  la  doctrine  du  Christ 
habite  abondamment  en  nous.  Car  les  prépa^ 


(S77)  En  preoYC  de  ce  défaat,  dans  qn  écrivam 
qui  s*est  placé  sur  un  terrain  pins  élevé  que  je  ne 
rai  eru  nécessaire,  et  mil  a  tlN*hé  de  porter  la  guerre 
dans  le  pays  ennemi,  je  pourrais  citer  «a  ouvrage 
pnblié  à  Nap!ss  sur  la  fin  du  siècle  dernier,  et  qui 
poi  te  pour  titre  :  Virreli^osa  libertà  di  femere  ne- 
mica  tU(  oroaresso  délie  scieme,  C^est  un  énorme 
io-4*  ;  mau  oepiiiis  la  première  page  jusqu^à  la  der- 
nière, il  ne  contient  pas  un  si^ui  fait  lumineux  qui 
prouve  Gue  rincrédulité  ait  été  hostile  aux  progrés 
de  la  science.  C'est  tm  ouvrage  d*un  raisonnement 
sec  et  dans  lequel  il  v  a  bien  de  la  dëclaroation. 

(278)  Viticrédulité  moderne  considérée  par  rapport 
è  svm  Meence  sur  la  société,  dans  Un  sermon  du 


fi.  Hall,  ministre  anglican;  Lond.,  1822,  pp.  4 

elU. 

(i79)  Pouunt  tegium  substantiœ  et  pktlesepkorHm 
éUî  degmatm  et  seienHœ  seculmes ,  qnes  ecclesia- 
stkmsvir éiiigenter  intelUfens^  »pifreàendit sapUnties 
m  osiuêia  eoram»  { Cemnunt,   in  Eccles.  ;  t.  U« 

p.  7i6.) 

(280)  Âe  mea  quidem  sentenlia  nemo  potuU  eue 
omni  laude  cuniulatus  oraior,  nisierit  omfitum  rerum 
magnarum  aique  artium  sciendam  conueutus.  (De 
oral.,  Ilb.  t,  p.  89.) 

(281)  Dhcitnr  innocuas  ut  agàt,  faemndki  caasas , 

Protfgiî  hese  sontei ,  immeritosqae  premit^ 

(Taitt.,  \u  ^î?«^ 


M7 


ces 


DiCTION.NAIR£  DE  COS^fOGOME 


COS 


548 


desdifflcultés  qu'il  en  doit  coûter,  nous,  dont 
le  but  est  le  plus  noliie  et  le  plus  saint  qu'on 
puisse  se  proposer  sur  la  terre,  lorsque  les 
sciences  elles-mêmes ,  filles  de  la  sasesse 
éternelle  «  seront  consacrées  et  devi^tdront 
les  prétresses  du  Très-Haut  par  Toffice  même 
auquel  nous  les  emploierons?  Qu*il  faille  du 
temps  pour  se  former  autant  qu'il  est  néces- 
saire à  cette  méthode  ou  manière  de  com- 
battre Terreur  et  d'expliquer  la  vérité,  on 
■e  peut  le  nier  ;  mais,  je  le  demanderai  avec 
confiance,  à  quoi  le  temps  peut-il  étr*  mieux 
employé?  ce  n'est  pas  certainement  k  des 
choses  frivoles  qui^occupent  pendant  us  jour 
l'esprit  publie,  ni  a  la  lecture  de  ces  piUes 
écrits  qui  sortent  chaque  jour  de  nos  presses 
nationales  comme  un  torrent  intarissable,,  ni 
enfin  aux  plaisirs  insipides  qu'oSre  la  société 
générale.  BriMns ,  dirai-je  avec  le  poète , 
orisom  l9s  liens,  de  ctê  froids  soueiSf  et  sui- 
9ons  la  route  quenous  trace  la  céleste  sagesse^ 
afin  iétre  la  gloire  de  notre  patrie  et  de  possé^ 
der  en  nous-mêmes  une  source  de  bonheur. 

Quod  $i 
Frigida  eurarum  fomenta  relinquere  postes. 
Que  te  eœleêtis  êojrientim  dueeretj  ires. 
Hoc  q^^  hoc  itudium  pabvi  PBOHttEHiis  et  awli, 
Si  patries  volumms^  si  notis  rlvere,  cari. 

(HoaAT.,  lib.  I,  ep.  3, 25.) 

Oui,  ffarvi  praperemus  ei  ampli  :  tous^grands 
et  petits,  hâtons-nous  d'accomplir  cette  noble 
tâche.  Il  est  au  pouvoir  de  chacun  de  s'y 
prendre  de  manière  à  faire  servir  ses  études 
iiltéraires  à  ses  progrès  religieux  et  à  l'affer- 
missement de  ses  plus  saintes  convictions, 
quand  même  il  n'aurait  pas  reçu  en  partage 
les  talents  nécessaires  pour  ajouter  à  la  masse 
de  preuves  déjà  connues,  dans  Hntérèt  du 
bien  public.  Car  si  le  nombre  est  petit  de  ceux 
qui  sont  destinés  par  la  divine  Providence 
à  briller  dans  son  Église  comme  des  lampes 
ardentes  qu'on  ne  (itoit  point  cacher  sous  le 
boisseau,  chacun  a  cependant  une  lampe 
virginale  è  entretenir  ;  une  faible,  mais  pré- 
cieuse lumière  à  tenir  toujours  allumée  dans 
son  âme',  en  l'alimentant  sans  cesse  par  de 
nouvelle  huile,,  afin  qu'elle  puisse  lui  servir 
de  guide  dans  le  rude  sentier  qu'il  doit  par- 
courir ,  et  qu'il  ne  se  trouve  pas  h  tâtons  et 
embarrassé  au  moment  où  l'Epoux  viendra. 
«  Et  cependant  je  ne  vois  pas  pourquoi 
tout  homme,  qui  n'est  doué  que  de  talentàor- 
dinaires,  ne  pourrait  espérer,  au  moyeu  d  un 
travail  persévérant,  d'augmenter  aussi  quel* 
que  peu  la  masse  de  preuves  sur  lesquelles 
la  vérité  repose.  Dans  cet  art,  comme  dans 
tous  les  autres,  il  y  a  des  degrés  modestes, 
il  y  a  des  sentiers  paisibles  et  retirés  qui  ne 
eonduisent  pas  au  delà  de  l'enceinte  de  l'in- 
térieur domestique  ;  les  esprits  timides  peu- 
vent y  errer,  et,  sans  s'exposer  aux  regards 
du  public,  cueillir  des  plantes  humbles  et 
agréables,  qui  exhaleront  une  odeur  aussi 
suave,  sur  l'autel  de  Dieu,  que  le  parfum  pré- 
cieux que  Bezaleel  et  Oholiab  composèrent 
avec  Unt  d'art.  {Exod.^  xxx,  35;  xxxt,  11.) 
Le  coqutllaire  chargé  de  figures  que  Peufant 
raavMe  «ur le  penchant  d  une  colline,  peut 


Îuelquefois  être  une  preuve  aussi  certaine 
'une  grande  catastrophe  qae  les  ossements 
énormes  des  monstres  marins  que  le  natu- 
ralisteMécouvre  en  fouillant  dans  le  scindes 
rochers  ;  une  petite  médaille  i>eut  attester  la 
ruine  d'un  empire  d'une  manière  aussi  cer- 
taine que  F^béiisque  on  l'arc-de^triomphe. 
Tandis  que  d'autres^  dit  saint  lérême,  canlrt- 
buent  de  leur  or  et  de  leur  argent  au  service 
du  tabernacle^  pourquoi  neferai-je  pas  aussi 
mon  humble  offrande  de  poils,  oii«fiiotns,  et  de 
peaux  dCanimaux.  (Prolog.  Ga<.,  en  tète  delà 
Vulgate.)  A  cette  belle  figure,  qu'il  est  per- 
mis à  chacun  de  s'approprier,  j'mouterai  sim- 
plement que  tandis  que  l'or  et  l'argent  ser- 
vent à  l'ornement  de  la  maison  de  Dieu,  ces 
offrandes  plus  humbles,  les  peaux  et  les  tissus 
de  poils  d'ajûmaux,  servent  à  l'abriter  et  à 
la  défendre. 

«  Vous  avez  tous,  je  n'en  doute  pas,  souvent 
admiré  ces  peintures  exquises  qui  ornent  les 
plafonds  des  appartements  de  Borgia,  au  Va- 
tican, et  où  les  sciences  sont  représentées 
tenant  leurs  cours  séparées.  Chacune  d'elles 
est  assise  sur  un  trône  magnifique ,  avec  les 
traits  et  le  maintien  de  la  plus  noble  et  de  I& 
plus  rare  beauté ,  environnée  des  emblèmes 
et  des  marques  les  plus  augustes  de  sa  puis- 
sance sur  la  terre,  et  semble  revendiquer  les 
hommages  de  tous  ceux  dont  elle  frappe  les 
regards,  lugez  donc  quelle  aurait  été  la  con- 
ception du  peintre,  et  à  quelle  subUmité 
d'expression  il  se  serait  élevé»  s'il  s'était  ^^i 
de  représenter  celle  qui  est  la  plus  noble  des 
sciences,  notre  divine  religion,  assise  sur  un 
trône,  comme  elle  le  doit  toujours  ètre^  pour 
recevoir  les  hommages  ei  les  adorations  de 
toutes  les  autres  sciences ,  qui  sont  ses  ser- 
vantes 1  Car  si,  comme  on  l'a  prouvé,  elles  ne 
sont  que  des  ministres  soumis  à  sa  puis- 
sance ;  si  leur  destinée  est  de  fournir  des 
preuves  de  son  autorité,  combien  ne  doit-elle 
pas  les  surpasser  en  beauté,  en  gcâoes,  ea 
majesté  et  en  sainteté  L  Ei  quels  ne  doivent 
pas  être  l'honneur  et  là  gloire  de  celui  qui 
se  sent  député  pour  lui  porter  le  tribut  de 
quelqu'une  de  ces  nobles  vassales,  et  com- 
bien soa  admiration  pour  leur  reine  ne  de- 
vra-t-elle  pas  s'accroître ,.  lorsqu'il  se  verra 
ainsi  en  sa  présence  et  si  près  d'elle  1 

«I  Quiconque  tentera  de  cultiver  un  champ 
plus  vaste,  et  suivra  de  jour  en  jour,  comme 
nous  avons  humblement  e:ssayé  de  le  faire 
ici,  les  progrès  constants  de  chaque  science, 
ayant  grand  soin  de  considérer  TinQuence 
qu'elle  exerce  sur  la  science  plus  sacrée 
qu'il  possède  déjà,  y  trouvera  des  joies  si 

Pures  et  des  consolations  si  abondantes,  que 
étude,  souvent  stérile,  d'une  science  pure- 
ment humaine  n'en  peut  fournir  dépareilles. 
Un  homme  de  ce  caractère,  je  ne  sais  à  qui 
le  comparer,  sinon  à  celui  qui,  unissant  un 
amour  enthousiaste  des  charmes  de  la  nature 
à  une  connaissance  suffisante  de  ses  lois 

Ïasserait  ses  jours  dans  un  Jjardiu  rempli  des 
eursles  plus  précieuses.  Ici,  il  voit  une  Oeur 
magnifique  qui  étale  toute  sa  beauté  aux 
rayons  brillants  du  soleil ,  là,  c^est  une  autre 
fleur  qui  ebi  tout  près  dVpanouir  son  cslice 


5i9 


COS 


ET  1>E  PALEONTOLOGIE. 


COL 


S30 


plus  modeste  et  non  encore  entièrement  ou- 
Terl  ;  non  loin  de  là.  il  en  est  une  troisième 
qui  n*est  encore  qu  en  bouton,  et  qui  n*c^r» 
qu*ttn  léger  espoir  de  s*épenouir  plus  tard 
arei;  beaucoup  d'éclat  :  il  attend  néanmoins 
aTec  patience,  sachant  bien  que,  d'après  une 
loi  fiie  et  immuable,  elle  payera  également, 
quand  le  temns  en  sera  arrivé,  son  tribut  h  la 
lumière  et  à  fa  chaleur  qui  l'ont  nourrie.  Pe 
même  l'homme  gui  s'applique,  comme  nous 
J'arons  dit,  à  l'étude  des  sciences,  les  voit 
l'une  après  l'autre,  quand  l'heure  marquée 
est  Tenue  et  qu'elle  a  fait  sentir  son  influence 
mûrissante,  découvrir  quelque  nouvelle  for- 
mule qui  igoute  à  l'harmonie  variée  de  la 
vérité  universelle,  et  récompense  amplement 
la  puissance  génératrice  qui  lui  a  donné  le 
jour;  et  c'est  ainsi  que,  quelque  stérile 

Sfu'elle  eût  paru  d'abord,  elle  produit  des 
ruits  propres  à  orner  le  temple  et  l'autel 
consacrés  au  culte  de  Dieu. 

«  Que  s'il  enregistre  soigneusement  ses 
propres  convictions  et  les  cgoute  à  la  masse 
déjà  existante]des  preuves  diverses,  mais  ten- 
dant toutes  au  même  but ,  il  aura  certaine- 
ment atteint  la  fin  la  plus  noble  pour  laquelle 
iliomme  puisse  vi  vreet  acquérir  delascience  : 
son  propre  avantage  et  le  bien  de  ses  sem- 
blables. Car,  comme  l'a  dit  autrefois  un 
poète  sage,  d'après  un  saint  plus  sage  en- 
core :  Le  principal  u$age  que  F  homme  doive 
Ihire  de  ce  quu  $ait^  est  de  faire  êervir  au 
)onheur  des  autres  les  peines  qu*it  se  donne  : 
non  pas  en  pleurant  avec  faiblesse  sur  les 
maux  que  nous  nous  sommes  attirés  ;  non  pas 
en  riant  avec  fel  et  tristesse^  ni  en  s'ofrancren^ 
nani  é  la  haine ,  comme  une  âme  qui  répand 
famertume  qui  s'échappe  à  /lois  de  la  prison 
dans  laquelle  elle  avait  élé  retenue^  mais  en 
cherchant  plutôt  à  soulager^  à  dilater  ou  à 
resserrer^  selon  auUl  en  est  besoin^  cette  frêle 
espèce  humaine  déchue. 

«  Quetques-'uns  cependant  cherchent  à  con» 
naître  seulement  pour  être  connus^  et  ce  n*est 
là  qu'une  vaine  curiosité:  ceux-ci  ne  veulent 
que  vendre  et  non  répandre  avec  libéralité: 
ceux-là  ne  veulent  que  gaaner  et  dépenser  mal 
à  propos  leur  temps  et  leur  bien^  avilissant 
les  arts  en  les  faisant  ainsi  servir  à  des  usages 
ignobles:  d'autres  ont  en  vue  d'édifier  lepro* 
chainj  et  e*est  charité:  mais  il  en  est  enfin  qui 
veulent  s'édifier  eux-mêmes ,  et  ceux-là  sont 
les  sages  (282). 

«  Quand  la  science  aura  une  fois  été  con- 
sacrée par  de  si  nobles  motifs,  elle  sera  bien- 
tôt sanctifiée  par  des  sentiments  plus  purs, 
et  prendra  un  caractère  plus  calme  et  plus 
vertueux  qu'il  n'est  possible  aux  connais- 
sances humaines  de  l'avoir  jamais.  Il  naîtra 
dans  l'Ame  un  amour  enthousiaste  de  la  vé- 
rité, qui  nous  la  fera  seule  rechercher,  et 
étcinara  tout  sentiment ,  tout  motif  moins 

(i82)  Lord  Baoou,  Traité  de  la  science  humaine. 
—  Cet  lignes  ne  sont  qu*ane  paraphrase  do  superbe 
passage  de  saint  Bernard  qpe  voici  :  Sunt  namque 
qui  scite  tolunî  eo  lantum  fine  uti  sciant^  et  turpis 
cmriûsitas  est.  Et  swtt  qni  uire  volunt  ut  sciantur 
ipsi ,  ei  tuffis  vanitas  at.  Et  sunt  item  qui  scire 
toiunt    ut   scitntiam  suam  venéant ,   terii    causu 


noble  el  plus  terrestre.  Nous  n'envisagerons 
jamais  avec  un  oeil  partial  la  cause  que  nous 
aurons  en  main  ;  nous  ne  l'apprécierons  pas 
d'après  des  motifs  personnels ,  mais  suivant 
ravis  de  l'excellent  Schlégel ,  nous  éviterons 
toute  espèce  de  dispute  inutile  et  d*animosité 
contraire  à  la  charité ^  et  nous  tâcherons  de 
conservet  en  nous  un  véritable  esprit  d'a- 
mour et  d'unité  (283).  Nous  regarderons  no- 
tre cause  comme  trop  sacrée  pour  la  traiter 
sous  l'influence  et  avec  laide  des  passions 
humaines.  Elle  semble  emprunter  les  paro- 
les du  poète  pour  nous  engager  à  recher- 
cher la  victoire,  mais  seulement  par  la  puis- 
sance de  Dieu  : 

BovXou  upuxth  fiiv^  Çuv  eiM  d*àic  Xj&arf  cv. 

(SopiiocLE,  Ajoj^  764.) 

«  Mais  ces  motifs  auront  plus  de  portée 
encore  :  ils  nous  assureront  le  succès  ;  car  si 
un  amour  pur  et  une  admiration  sincère 
pour  la  religion  viennent  une  fois  à  animer 
nos  efforts,  nous  nous  sentirons  enflammés 
pour  son  service  d'un  dévouement  chevale- 
resque qui  nous  rendra  infatigables  et  in- 
vincibles, lorsque  nous  serons  armés  pour, 
sa  défense.  Nos  recherches  pourront  être 
longues  et  périlleuses ,  nous  pourrons  ren- 
contrer sur  notre  route  des  enchantements 
et  des  sortilège^,  des  géants  et  des  monstres, 
des  appAts  trompeurs  et  des  difficultés  ;  nous 
avancerons  cependant ,  pleins  de  confiance 
dans  la  force  ae  notre  cause  ;  nous  dissipe- 
rons tous  les  fantûmes,  nous  combattrons 
avee  courage  tous  les  ennemis  sérieux,  et  la 
couronne  infailliblement  tombera  dans  nos 
mains.  En  d'autres  termes,  nous  nous  rési- 
gnerons avec  patience  è  tous  les  ennuis  que 
peut  causer  un  examen  qui  doit  entrer  dans 
de  si  longs  détails  :  quand  il  s'élèvera  quel- 

3ue  objection,  au  lieu  de  nous  contenter 
'une  réponse  vague,  nous  examinerons  tout 
d'abord  la  branche  même  de  science  sacrée 
ou  profane  d'où  elle  aura  été  tirée  ;  nous 
nous  livrerons  avec  calme  et  modestie  à  ce 
travail  pénible  ;  nous  nous  efforcerons  d'en 
débrouiller  toutes  les  obscurités  et  d'en  dé- 
lier avec  soin  tous  lesncauds;  et  je  vous 
promets  que,  quelque  peu  d*espoir  qu'ait  pu 
paraître  d  abord  vous  offrir  cette  tAche,  le 
résultat  de  vos  efforts  sera  certainement  con- 
tenu dans  cette  légende  courte,  mais  expres- 
sive, qui  s'est  conservée  sur  une  pierre  pré- 
cieuse fort  antique,  et  que  je  puis ,  je  Ves- 
{»ère,  considérer  comme  le  résumé  et  l'épi- 
ogue  de  ces  discours  :  Religio  ,  vicisti , 

RbUGIOIV  ,  TU  AS  VAINGD  1  » 

COTES  (UsuBB  BBs).  Foy.  Couches  sioi- 

VBNTAIRES. 

COUCHES  CARBONIFÈRES ,  lbcb  dispo- 
srrion ,  utilité  db  la  houillb.  —  Les  plus 
grands  magasins  de  combustible  fossile  ap- 

pro  pecuniu^  pro  honoribust  et  turpis  qumstus 
est.  Sed  êunt  quoque  ^ui  scirs  volunt  ut  mdlficênt , 
et  charitas  est.  Et  Uem  qui  scire  tolunt  mt  œdifi- 
eentur^  et  prudentia  est.  Senao.  36,  super  Cunt:^ 
p.  608. 
(185)  Pkilesophische  verlaunpn ,  p.  t65. 


Z6l 


COU 


DiCTlOMxNAKRlk  D£  COSMOGONK: 


COU 


m 


l  artienneat  presque  exclusivement  aux  cou- 
ches de  la  série  de,  tnmsîtion.  Onn^aren* 
contré  qoe  rarenfieat  de  ta  houille  dans  des 
fopjnatioos  secondaires ,  .et  ce  n'étaient  que^ 
des  ttisements  sans  iinport^oce  ;  et  les  lignir 
tes  des  formations  tertiaires,  bien  qu'ils  se 
montrent  quelquefois  en  petits  dépôts  d'une 
substance  cofupaete  et  que  l'on  peut  utiliser 
pour  le  chauffage  ^  n'exercent  aucune  m 
lluanoe  imitante  sur  la  conditkm.de  l'es- 
pèce humaine  (284). 

Nous  allons  étudier  parmi  les  phénomènes 
physiques  dont  la  surface  du  globe  a  été  la. 
théâtrci  ceux  auxquels  nous  devons  la  dispo- 
sition de  ces  restes  précieux- d'un  monde 
ancien  dans  des  conditions  qui  nous  pei;- 
mettent  d'avoir  accès  jusqu'aux  trésors  ines*. 
timahles  du  cbarbôn  ïpineral. 

Nous  voulons  passer  en  revue  quelques 
im^rtants  phénomènes  géologiques  de  la 
série  carbonifère,  et  voit  jusque  quel  point 
les  avantages  qui  résultent  pour  nous  de 
l'étal  actuel  de  cetle  portion  d^e^  la  Qroâte  du. 
globe  peut  nous  rendre  probable  que  cet 
état  est  une  CBuvre  de  prévoyance  et  de  sa- 
lasse. 

f!  ne  suffisait  pas  crue  ces  débris  végétaux 
fussent  entrataés  de  leurs  forêts  natalesi  et. 
eoseveiis  au  fond  des  lacs»  -ctès  gcdies  et  des 
mers  aneienneSt  pour  y  être  convertis  en 
bouille;  il  fallait  eh  outr^^  que  des 4>liange-. 
ments  de  niveau  d^une  grande  étendue  yins 
sent  soulever  et  convertir  en  des  terres  Ita- 
bitaMes  ces  èouchos  oà  gisaient  tant  de 
richesses,  qui  n  eussent* eu  aueune  utilité; 
tant  qu'elles  seraient  demeurées  ensevelies 
dans  les  profondeurs  inaccessibles  où^  elles 
s'étaient  entassées.  U  fallait  que  s'exerçât 
l'aetion  de  quelqu'un  des  ressorts  las  plus 
puissants  de  ia  dynamique  du  ^lobe*  terres- 
tre, i^ur  produire  les  révolutions  qui  den 
vaient  mettre  sous  la  main  de  l'homme  ces 
puissants  éléments  d'art  et  d'industrie.  Exa- 
minons en  peu  de  mots  quels  ré&ultats  ont 
été  produits. 

La  surface  .de  la  terre  se  montre  couverte 
d'une  série  de  dépressions  irrégulières  ou 
bassins  s^rés  les  uns  des  autres ,  et  quel« 
quefôis  entièrefiient  entourés  par  des  por- 
tions saillantes  des  couches  qui  sont  au««des- 
sous,  ou  par  des  roches  cristallines  non 
stratifiées,  qui  ont  soulevé  ou  des  collines 
ou  des  montagnes  variant  entre  elles  par 
leur  hauteur,  par  leur  direction  et  par  leurs 
degrés  divers  de  continuité.  De  chaque  côté 
de  ces  points  plus  élevés,  les  couches  plon^ 
gent  par  une  pente  plus  ou  moins  rapide 
vers  les  vallées  qui  séparent  une  chatne  de 
montagnes  de  la  chaîne  voisine. 

(284)  AvAnt  que  Tétude  nous  eût  conduits  à  quel* 
«lues  connaissances  étemittes  sur  chacune  des  âries 
de  formation  que  les  géologues  savent  maintenant 
déterminer  avec  facilité,  il  n'y  avait  aucune  raison 
a  priori  de  s'attendre  à  rencontrer  la  houiUe  dan^ 
«ne  série  de  coaches  plutét  que  dans  une  autre. 
Des  travaux  au  tiisard,  ayant  pour  bi|t  la  *  rechercha 
de  la  houille  daiis  des  couches  d'une  formation  quel- 
conque, étaientdeiic  toujours  quelque  chose  dc^désU 
rablê  et  d'utile  à  unie  ëpo«[ue  où  le  nom  même  de  la 


Cette  dispositioa«de  la  surface  terrestre  en 
des  bassins  ou  des  sortes  d'auges,  dlsposi-p 
tioQ  commune  à  toutes  Jqs  formations,  a  été 
constatée  plus  spécialement  dans  la  série 
carbonifère,  par  la  raisonque  Timportance 
des  lits  de  houille  à  été  cause  qu  on  les  a 
exploités  dans  toute  leur  étendue. 

Un  bienfait  qui  résulte  de  la  disposition 
par  bassins  des  eouelt^s  carbonifères,,  c*ast 
qu'elles  viennent  toutes  à  la  surface,  sur  la 
circonférence  de  chaque  bassin,  ce  qui  per« 
met  à  rhomme  d*y  pénétrer ,  en  y  creusant 
desmines,  sur  presque  tous:  les  points  de 
leur  étendue  respective.  Une  pente  non  in- 
terrompue dans  une  direction  constante  eût 
eu  pour  résultat  déporter  promptement  les 
couches  inférieures  à.  uoe  profondeur  inac- 
cessible à  l!homme. 

Le  bassin  de  Londres  offre  une  disposi-. 
tion  pareille  des  couches  tertiaires  au-des- 
sus de  la  ccaie.  Les  bassins  de  Paris ,  do 
Vienne  et  de  la  Bobême,soiit  d  autres  exem-« 
^es  de  même  nature. 

Les  couches  secondaires  et  les  couches  de. 
transition  des  districts  du  centre  ettiu  nord* 
ouest  de  TAngleterre  sont  des  portions  laté- 
rales du  grand  bassin  géologique  de  TEu- 
rope  septentrionale,^  et  elles  se  continuent 
dans  ies  plaines  et  sur  la  surface  des  con* 
trées  monta^euses  du  continent. 

Ladispo^ion  générale  qu*affectent  toutes 
ces  couoaes  en  forme  de  bassin  a  été  le  ré- 
sultat d'un  double  système  d'opérations  dans 
l'économie  du  globe.  L^  premier  de  ces  sys- 
tèmes a  formé  les  dépôts  sédimentaires.  pro- 
venant soit  des  débris  dés  roches  plus  an-* 
ciennes,  soit  de  précipitations  chimiqaes ,, 
d^ius  les  régions  basses  où  les  détritus   des 
régions  anciennement  élevées  fuient  trans- 
iter tés  psr  ia  force  des  eaux.  Le  second  a  eu 
pour  effet  de  soulever  ces   couches  de  la 
p!ac^  où  elles  étaient  déposées  au  fond  des 
eaux,  par  l'emploi  de  forces  analogues  à  ceV» 
les  dont  Taction  se  manifeste  quelquefois 
sous  nos  yeux  dans  ces  terribles  mouve- 
ments de  la  croûte  du  globe ,  qui  sont  Tua 
des  phénomènes  des  tremblements  déterre 
de  l'époque  actuelle. 

Les  amas  les  plus  remarquables  d^  cette 
importante  production  végétale  qu'il  y  ait 
en  Angleterre  se  trouvent  dans  les  terrains 
houillers  de  Wolverhampton  et  de  DuUIey. 
La  couche  de  houille  y  a  dix  mètres  d'épais* 
seur.  Le  terrain  houiller  des  environs  de 
Faisley,  en  Ecosse,  offre  dix  lits  distincts 
dont  l'épaisseur  réupie  est  d*environ  cent 
pieds;  et  le  bassin  houiller  du  sud  du  pays 
de  Galles  renferme,  près  de  Pontypool, 
viugt-irois  lits  de  houille  ayant  une  éi^ais* 

géologie  était  encore  lucoumi.  Mais  rhomme  qui 
eiiirei^reodrait  des  recherches  semblables  dans  des 
districts  que  Ton  sait  mainteDant  composés  de  cou- 
ches non  carbonifères  des  séries  secondaire  et  1er- 
tiaire,  serait  taxé  de  folio,  depuis  que  Tcxpérience 
réunie  d*uii  grand  nombre  d*aunée$  a  ])rouTé  que 
c'est  seulement  dans  ces  couches  de  la  série  de  train> 
sition,  que  Ton  a  désignées  sous  le  nom  âv  grotip<^ 
carbonilôrc,  c^ue  se  découvrent;  des  mines  de 
houille  prod'ucliYcs  cl  ctciiduos 


is^ 


cou 


tt  DE  frAI-EONtOI.OGIE» 


COU 


scur  totale  d'enTiron  qualre*viR^t*troiz« 
pieds. 

La  présence  dans  plusieurs  terrains  booiU 
lers  de  rjcbes  oouehes  déminerai  ferrugi- 
neux, eonienu  dans  les  schistes  argileut 
qui  alternent  avec  les  lits  de  charbon  aiiné> 
rai,  est  onecirconstanoe  qui  rend  les  districts 
adjacents  remarquablement  propres  à  Téta^ 
hiisaement  des  fonderies  de  ler  les  pins 
imporlaDtes  ;  et  d'ordinaire  ces  localités 
offrent  en  outre  celte  antre  circonstance 
précieuse  pour  Texploitation»  qu'au-dessous 
de  la  bouille  ei  du  minerai  ferrugineux  se 
trouve  une  eondie  de  ealoaire  qui  fournit  te 
fondant  nécessaire  pour  la  réduction  du 
minerai  &  Télat  métallique  (285). 

Les  grandes  fonderies  de  .fer  des  comtés 
de  Derbyshire  et  d'Yoriishire,  et  du  sud  de 
Tficosse,  de  Ponhrpool  et  de  Merthyr-TydfiU 
sonl  des  exemples  des.  bienfaits  qui  nisul^ 
tant  d*uae  juita^^iosition  semblable  de  la 
houille  et  a*un  riche  ibiaenii  de  fer  ai^<* 
leax. 

//  y  df  dit  Bf.  Gonjbeare  (386),  Anu  là 
fnTiu^pQ$ilian  immédiàtt  de  cê  métat^  de  io^$ 
le  plue  niibs  .avec  le  eombueiible  fur  dâii 
eervir  à  le  rédnirt^  ei  avec  le  c&haire  fUi 
doit  être  employé  pùùT  faMùtf  telle  opéra  ^ 
If  an,  urne  dUpoeititm  ei  heuremsemeiù  enrap* 
pori  avec  lee  kewf^  de  Fmduetriehumainei 
^pʀ  fcn  ne  nom  accueene  pae  de  reeouris 

(â^n^fD  après  U.  Forsler  (Vewex  les  TroMaetiem 
ée  îa  Soeiéié  dllUtoire  neUrdU  du  Norîhumker" 
Uni,  etc.,  1. 1^^  P-  Hi)*  ^  Quaiilitc  lie  fer  que 
Teo  eslratt  annuelieinetit  dans  le  pays  de  Galles  est 
d^eoriron  270,000  umnes,  dont  tes  trois  (laaits  soni 
en  barrcft  et  le  dernier  qaait  en  sanmons  et  en 
fMeuaes.  Une  tonne  de  feri  pour  6tre  obtenue,  néccv 
ûlc  remploi  d*eiiTÎron  cinq  tannes  et  demie  de 
houille,  ce  qni  porte  ai,  600,000 1  nmes  r  pai  près 
b  eonsomniatioD  delà  bouille  pour  b  quaniitéde 
fer  dont  nous  venons  de  parler.  0*i  p^Mt-cstlnncr  à 
550,000  tonnes  la  quantité  de  houille  anplo^ée  a  la 
fasîon  du  minerai  de  cuivre  importe  de  la  Cornoii* 
ain^,  à  la  fabrication  de  YéVàxw  iaminë,  à  forger  le  frr 
et  aux  usages  domestiques,  œ  qui  JN>rfe  à  l,850,U0i) 
UHiMs  la  eoDsonmation  annoelié  du  diarbon  dans 
le  povs  de  Galles.  L>xlraetion  du  fer  dans  toute  la 
Grande-Orclagne  s*est  élevée,  pour  Taiinée  4027;  à 
b  qoaatiié  énorae  de  690,000  toaiiefr  réparties  de 
b  ■u&iêre  suivante  : 


CMMé  d«  SuUbfdfhire, 

(:»llc»dii  Siid. 
rtafl«^d«f  Nort, 
CMtfié  dTorMdre, 
CMUé  de  DefkvsUre, 


216  000 

78  000 
27?.(HIO 

45.000 

io.toa 
i.soo 


a*.«,o<w 


95 

n 

90 
li 

u 

tu 


fSM)  €eoleg9  ef  Enalané  and  Walet.,  p.  555. 

(287)  Le  nombre  délivres  soulevées,  multiplié  par 

km  hauteur  évaluée  en  pieds  et  divisé  par  le  nombre 

Ile  baisseaox  de  houille,  de  M  livres  chacun,  qui 

emplovés,  donne  ce  qu^on  appelle  Tefiel 

idmif)  d'ooe  machine  h  vapeur,  et  sert  de  point 

pour  en  estimer  b  puissance. 

D<*a~prés  M.  Tador,  dans  son  Mémoire  sur  Cefet 

tUe  éee  wuàclnnet  à  vapeur^  ces  machines  ont  reçu 

un  petit  nombre  d^années  un  pcrfectionnc- 

sl  rapide,  que  tandis  qu*à  une  époi|ue  déjà  re* 

^tbe  rc*ft«t  d'uue  machine  à  vapeur  atmosphérique 


sans  nécessiié  aujr  rouées  fndleSy  ei  noue 
nûus  laissons  aller  à  penser  que  les  maîMaux 
grossiers  ^uiconelituenl  Ventelojtpe  terrestre 
uni  -été  distribués  de  celte  ntanière  dan$  des 
vues  (tnliliié peut  tes  êtres  qut  decaieni  en 
peupler  fa  surface. 

Examinons  succinctement  (Quelle  est  Vin- 
fluence  du  charbon  minéral  sur  la  condition 
actuelle  de  Tespèfce  htimainei  Voici  comment 
M.  I.  F.  W;  Herschol  met  en  relief  la  puis* 
sanee  mdeanique  de  la  houille  dans  son  ad- 
mirable Discours  sur  Céludê  de  la  philoso^ 
phi e naturelle;  1831,  pa^c  59. 

Totif  nos  mécaniciens  modernes  savent 
qu'un  boisseau  de  houille,  brûlé  dans  des 
conditions  favoreAles^  suffit  pour  soulever 
'tO  millions  de  livres  à  la  hauteur  f  un  pied: 
tel  est  Ceffei  moyen  d'une  machine  qui  jfouc^ 
tionne  actuellement  dans  le  comté  de  Corn» 

fr'isr^f^n^oii  de-Chamouny  jusqtidu  Mont* 
Blanc  est  considérée  avec  raiêon  comme  Ten- 
frepri^  la  plus  taboriense  que  puisse  exécu" 
ter  en  deux  jours  un  homme  robuste;  il  eût 
et^fjlj  pour  soulever  cet^omme  du  pied  de  (à 
inantagne  à  son  sommeil  dé  ta  conwustion  de 
deux  livf  es  dé  houille^  "" 
>  L6  pouvoir  que  rbômme  tirer  de  l'emploi 
du  charbon  minéral  peut  s'estimer  par  les 
résultats  (287)  cfue  donne  une  livre  ou  toute 

autre  quantité  donnée  de  booille^  brûlée 

<         •  .  - 

pouvait  s*aslinter  par 'S/NIOs.OOO  de  litres  iTeauae^ 
Véss  à  la  haulear  d*«n-  pîad  par  la  oottbasiioii'd'ou 
hoifiseau  de  bouille.,  une  macfakie  deruiémfoeif'. 
cdiistnûie  a  Wheal-Towan.  dans  le  coaité  da  Com^ 
wait,  en  élèverait  ^7,000,000  de  livres  pour  la  mena 
dépense  ;  ou,  quVn  d*autres  termes  ,  rÊipériencè 
nous  à  appris  à  tirer  aotaAt  de  puissance  (Ton  seiil 
boisseau  de  hoitîHe  que  Ton  en  poii\*ait  tirer  daQ.4 
IVirigine  de  dtt->sept  boîsseant.  Ainsi  le  pouvoir 
quVxeree  Tbonmie  sur  le  «o&ile  SDaiériel  par  renn 
ploi  de  la  houille  dans  les  machines  h  vapeur  est 
devenu  dis-sept  liais  plus  grand  qo*à  Tépoque  oè  eea 
machines  furent  inventées,  ci  il  s'est  accru*  seuie«> 
nient  dans  ses  quarante  dernières  années,  jusqo*a« 
triple  cmiron  de  ce  qu^il  était  auparavant. 

Il  y  a  dans  les  mines  de  Forvey-Consols,  dans  le 
comté  de  CornvraH,  ene  machine  dont  M.  Taylor 
t^lirac  reffct  dans  les  clrc6nstances  ordinaires  à 
iM>,000,00Ode  Hvres  et  qui  a  été  faite  pour  pouvoir 
soulever  97,000,000  de  livres  i  un  pfed  de  hauteur 
par  la  combustion  d'un  seul  boisseau  de  cliarbon. 

En  faciliunt  le  dessèchement  des  mines,  ces  amé^ 
liorations  ont  exercé  une  influenoe  immense  sur 
rextraclion  des  métaux  qui,  sans  ce  secours,  ffnsseiil 
dememées  ensevelis  dans  des  profondeurs  oà  ja^ 
mais  nous  n'eussions  pu  pénétrer*  Dea  mines  qo.^ 
Ion  avait  abandonnées  par  suite  de  PimpDasibililé 
où  Ton  était  de  les  épuiser  ont  été  léouverles;  d*a»- 
trcs  ont  été  creusées  ;  et  Thomme  s^est  vu  vis  en 
possession  de  trésors  minéraux  qui,  sans  le  secours 
lie  ces  machines,  fussent  toujours  demeurés  Mn  de 
sa  portée. . 

il  est  résulté  de  ocs  progrés  eut  ont  été  faits  dans 
remploi  de  U  bouille  comme  pnncipede  force  méca- 
nique, et  par  suite  eomme  priaeipe  de  richesse,  que 
des  travaux  de  mines  d'une  giaude  importance  ont 
été  poussés  jusqtt*à  des  protondemrs  dont  on  n'avait 
pas  enewe  d'exemple*  A  Wheai-Aiiraham;pareftem 
pie,  on  a  creusé  jusqu'à  940  brasses  (environ  4^95^- 
pieds  français)  ;  à  Dolaoatb,  josqn*â  S25  bni»ses  ;  H 
dans  les  Cotuolidated  mines  de  Garennap,  ^msjfol's 
iiK)  brasses  (environ  1,630  pieds).  Ces  dernieref 


3S5 


COU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COU 


656 


dans  une  machine  à  vapeur  ;  car  la  quantité 
d'eau  qu*une  machine  peut  soulever  à  une 
hauteur  donnée,  ou  le  nombre  de  boisseaux 
de  blé  qu*etle  peut  réduire  en  farine,  ou, 
en  un  mot,  le  travail  qu'elle  peut  exécuter, 
quelle  qu'en  soit  la  nature,  est  en  propor- 
tion exacte  avec  la  puissance  qui  la  met  en 
mouvement.  Comme  le  travail  des  mines 
ne  peut  se  continuer  qu'en  descendant  cha- 
que année  à  des  profondeurs  plus  grandes, 
les  difficultés  de  l'extraction  des  métaux 
vont  s'accroissant  d'année  eu  année;  et 
Thomme  n'en  pourrait  venir  à  bout,  s'il 
n'avait  entre  ses  mains  la  puissance  que  lui 
donnent  la  houille  et  les  machines  à  vapeur, 
pour  épuiser  l'eau  qui  envahit  ses  travaux 
a  mesure  qu'il  les  exécute  ;  et  il  lui  serait 
impossible  de  trouver  ailleurs  que  dans  la 
houille  le  combustible  nécessaire  pour  met- 
tre ces  machines  en  mouvement. 

Ce  n'est  pas  seulement  par  la  valeur  pé- 
cuniaire des  métaux  qui  sont  ainsi  extraits 
du  sein  de  la  terre  que  l'on  peut  estimer  de 
quelle  importance  est  la  houille  pour  l'es- 
pèce  humaine,  car  cette  substance  tire  une 
nouvelle  et  bien  plus  grande  importance  da 
r61e  qu'elle  joue  dans  les  opérations  de  la 
mécanique  et  des  arts,  et  de  la  part  qui  lui 
revient  dans  les  résultats  que  ces  opérations 
produisent. 

On  a  c^ilculé  qu'en  Angleterre  environ 
quinze  mille  macnines  à  vapeur  sont  jour- 
nellement en  jeu,  et  Ton  assure  que  l'une 
de  celles  du  Corcwall  est  d'une  force  de  mille 
chevaux  (i88),  la  force  d'un  cheval,  d'après 
M.  Watt,  égalant  cinq  fois  et  demie  celle  d'un 
homme  :  et  si  nous  supposons  que  la  force 
moyenne  de  chaque  machine  soit  de  vingt- 
cinq  chevaux,  nous  verrons  que  chez  nous 
la  puissance  de  la  vapeur  équivaut  à  celle 
d'environ  deux  millions  d'hommes.  Si  l'on 
considère  que  cette  force  est  en  grande  par- 
tie appliquée  à  mettre  des  machines  en  mou- 
vement, et  qoe  l'ensemble  du  travail  exé- 
cuté par  les  machines  en  Angleterre  a  été 
estime  égal  à  celui  que  pourraient  fournir 
immédiatement  trois  ou  quatre  cent  millions 
d'hommes,  on  sera  «tupéfait  en  voyant  com- 
bien la  houille,  le  fer  et  la  vapeur  ont  d'in- 
fluence sur  les  destinées  et  sur  la  fortune 
de  Tespèee  humaine.  —  «  Elle  s'est  empa- 
rée des  fleuves,  dit  M.  Webster,  et  le  batelier 

mines  n'emploient  pas  jounielleinent  moins  de  2,500 
personnes. 

Dans  les  Con$olidated  minet^  Tactlon  de  neuf  ma- 
chines à  vapeur,  dont  i(uatre  sont  les  ptos  grandes 
que  Ton  ait  encore  jamat6  faites,  puisqu  elles  ont  un 
cylindre  de  90  pooees  (anglais),  eitraient,  suivant  la 
saison,  de  trente  à  quarante  mmdsd*eau  par  minute, 
d'nne  profondeur  moyenne  d'environ  250  brasses.  On 
a  estimé  que  le  produit  annud  de  ces  mines  s*éléve 
à  aO;000  tonnes  de  minerai,  qui  produisent  2,000 
tonnes  de  cuivre  fin,  ce  qui  est  plus  que  le  septième 
de  œ  qu'en  produit  toute  TAngleterre.  Les  niveaux 
on  galeries  de  ces  mines  ont  dans  le  sens  borixontat 
une  étendue  d'environ  quarante-trois  milles. 

D'après  M.  Taylor,  les  machines  ài  vapeur  qui  fonc- 
tionnent actuetlement  pour  iedessèchement  des  mines 
du  oomié  de  Gornwal  ont  ensemlile  une  force  d'en- 
firon  44.000  cbevausi,  un  bois^teau  de  houille  pou- 


f^eut  se  reposer  sur  ses  rames  ;  elle  est^sur 
es  routes  élevées,  et  nous  l'y  voyons  s'exer- 
cer au  voiturage  par  terre  ;  elle  est  au  tond 
des  mines,  à  mille  pieds  plus  bas  q^ue  la 
surface  de  la  terre  (et  il  aurait  pu  dire  à 
1,800  pieds).  Nous  la  retrouvons  également 
dans  les  moulins  et  les  ateliers  de  l'indus- 
trie. Elle  rame,  pompe,  creuse,  charrie, 
traîne,  soulève,  forge,  nie,  tisse,  imprime.  ■ 
Nous  ne  manquerions  pas  de  laits  qui 
prouveraient  que  la  houille  est  pour  l'es- 

f^èce  humaine  une  base  sur  laquelle  repose 
'accroissement  de  la  pojpulation,  des  riches- 
ses et  du  pouvoir,  ainsi  que  le  perfection- 
nement de  presque  tous  les  arts  qui  fournis- 
sent à  ses  besoins  et  à  son  bien-être.  Et  si 
reculées  que  soient  les  périodes  pendant  les- 
quelles se  sont  rassemblés  ces  éléments  do 
tant  de  bienfaits  pour  les  époques  futures, 
il  nous  est  permis  d^aflirmer  qu'indépen- 
damment du  but  immédiat  qu'ils  ont  rem- 
pli, soit  à  Fépoque  où  ils  furentl  déposés 
dans  les  entrailles  de  la  terre,  soit  depuis,  il 
entra  un  souci  providentiel  de  nos  besoins 
futurs  dans  l'ordonnance  de  ce  plan,  qui, 
après  tant  de  siècles  écoulés,  les  a  si  mer- 
veilleusement disposés  pour  le  bien  de  l'es- 
pèce humaine. 

COUCHES  SËDIUBNTAIRES.  —  D'après 
l'étude  des  couches  sédimentaires  de  toutes 
les  époques  géologiques,  et  la  manière  dont 
les  fossiles  y  sont  renfermés ,  on  reconn&tti 
par  le  parallélisme  de  ces  couches,  et  par 
celui  des  lits  de  fossiles  qui  y  sont  disséui* 
néSf  qu  elles  ont  été  déposées  sous  les  eaui. 
Lorsqu'on  veut  comparer  ces  couches  ter- 
restres à  ce  qui  se  passe  maintenant  dans  la 
nature ,  au  sein  des  mers  et  sur  les  conti- 
nents, on  acquiert  bientôt  la  conTiction  que 
des  circonstances  analogues  ont  dû  présider 
à  leur  mode  de  dép6t,  et  ont  donné,  dans 
les  mêmes  conditions ,  des  résultats  identi- 
ques. Il  reste  ainsi  démontré  pour  l'obser- 
vateur, que  les  causes  naturelles  encore  en 
action  ont  toujours  existé,  et  que,  pour  avoir 
l'explication  satisfaisante  de  tous  les  phéno- 
mènes passés ,  il  devient  indispensable  d*6- 
tudier  les  phénomènes  actuels. 

L'heureuse  pensée  de  recourir  aux  causes 
agissant  maintenant,  pour  expliquer  laïor- 
mation  des  couches  terrestres,  appartient 
tout  entière  à  M.  Constant  PréTOSt,  qui,  le 

vaut  exécuter  le  travail  de  16  chevaux, 

(288)  Quand  un  ingénieur  dit  d^unenaachiiie  qu'elle 
est  de  25  chevaux,  c^est  une  manière  d*iiidiquer 
qu'elle  eiécute  le  travail  que  ferait  ce  nombre  de 
chevaux  constamment  en  action  ;  mais  si  l^on  sup- 
pose qu'un  cheval  nt  doive  travaiUer  qoe  8 
heures  sur  24,  ce  serait  75  chevaux  an  moins  qu'il 
faudrait  pour  produire  l'effet  d*une  pareille  ma* 
chine. 

La  plus  grande  machine  de  Cornwal  peut  attein- 
dre dans  son  maximum  d'action  une  puissance  égala 
à  odle  qu'auraient  300  à  550  chevaux  ;  et  il  faudrait 
par  conséquent  1,000  chevaux  poarnrodnirele^ènie' 
effet  constant  que  l'on  en  obtient.  Crest  dans  ce  *sen 

Sue  l'on  a  dit  qull  eiistalt  une  machine  delà  torce 
e  i,000  chevaux  :  mais  ce  mode  d*évnlaatloD  de  la 
farce  n'est  pas  celui  que  l'on  emploie 


S57 


COU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COU 


ss 


premier,  rétablit  dans  son  système  géologi- 

Se,  La  science  doit  encore  à  M.  Lyell  le 
yeloppemeot  de  ce  système  i  appuyé  de 
nombreuses  recherches  aussi  savantes  qu'in* 
génieoses;  mais,  comme  il  fallait  un  séjour 
(rès-prolongé  sur  les  c6tes  de  toutes  les 
mers  »  pour  obtenir  des  données  certain 
nes«  et  que  ce  mode  d'observation  n*est  pas 
à  la  disposition  de  tout  le  monde ,  on  s  est 
le  plus  souvent  contenté,  dans  ces  systèmes, 
dlnterpréter  par  l'étiide  des  couches  terres- 
très  la  manière  dont  les  choses  doivent  se 
passer  aujourd'hui  au  sein  des  mers  et  sur 
les  continents.  Nous  avons  suivi  une  marche 
contraire.  Dégagé  de  toute  idée  préconçue , 
nous  avons  voulu  compléter  la  somme  des 
faits  acquis  par  des  recherches  spéicales, 
prolongées,  exécutées  sur  différents  points 
de  rOcéan ,  d«is  le  seul  but  de  scruter  les 
laits  actuels  destinés  à  nous  donner ,  sans 
hypothèse  aucune,  la  valeur  relative  des  di- 
vers agents  qui  concourent  à  la  formation 
des  couches  sédimentaires. 

L'époque  actuelle  offre  des  continents  et 
des  mers  ;  il  s*y  forme  donc  simultanément 
des  $édimeni$  marins  et  des  sédiments  fluvio- 
terrestres.  Ces  deux  séries ,  bien  qu'offrant 
le  synchronisme  le  plus  complet,  et  se  con- 
fonoani  souvent,  mentent  néanmoins  d'être 
étudiées  chacune  à  part.  Nous  commencerons 
par  les  sédiments  marins,  qui  jouent  un  rôle 
immense  à  la  surface  du  globe,  et  qui  ex- 
pliquent plus  particulièrement  la  nature 
des  étages  géologiques  les  plus  répandus. 

AftT,  V'.  —  Des  siniifEiiTS  marins. 

Noos  appelons  ainsi  toutes  les  particules 
terrestres,  minérales  ou  autres  qui,  abstrac- 
tion Caite  de  leur  dimension  ou  de  leur  pro- 
venance, se  trouvent  actuellement  dans  la 
mer  et  sur  ses  riv/iges.  Si  nous  parcourons 
rapidement  les  côtes  de  France,  par  exem- 
ple, nous  voyons,  sans  descendre  au-dessous 
du  balancement  des  marées,  ces  sédiments 
changer  de  nature  suivant  les  lieux,  et  of^ 
frir  à  la  fois  toutes  les  modifications.   Les 
cOtes  de  la  Normandie,  depuis  Ahbeville 
Jusqu'au  Havre,  montrent  des  falaises  au 
pied  desquelles  sont  des  cailloux  siliceux , 
et  parfois  du  sable.  Les  côtes  du  Calvados 
présentent  par  intervalles,  depuis  Uonfleur 
jusqu'à  Dives,  un  mélange  de  cailloux  sili- 
ceux et  calcaires,  des  sables,  et  quelquefois 
de  la  boue.  En  marchant  à  l'ouest ,  des  sa- 
bles remplissent  les  baies;  et  la  côte,  lors- 
qu'elle est  bordée  de  falaises,  se  couvre  de 
galets  de  diverses  natures ,  suivant  la  com- 
position de  ces  mêmes  falaises.    Presque 
toate  la  cAte  de  Bretagne  présente  des  cail- 
loux granitiques  ou  des  anses  sablonneuses; 
la  Vendée  olire,  dans  la  baie  de  Bourgnenf, 
près  de  Beauvoir,  des  attérissemeuts  vaseux 
ooDsidérables,  puis  des  dunes  et  quelques 
roches  granitiques  jusqu'au  golfe  de  Luçon, 
où  de  nouveaux  dépôts  vaseux  couvrent 
une  immense  surface.  Les  côtes  de  la  Cha- 
rente-Inférieure sont  couvertes  par  endroits, 
soit  de  galets  calcaires,  formant  ces  cordons 
LiHoraux  si  bien  décrits  par  M.  Elle  de  Beau- 


mont  (La  Rochelle,  Chàtelailion),  soit  d'an- 
ses vaseuses  (les  Trois  Canons,  Marennes), 
soit  de  dunes  comme  à  la  Tremblade  ;  puis 
au  sud  de  l'embouchure  de  la  Gironde,  les 
sables  recommencent  jusqu*à  Bayonne* 
C'en  est  assez,  nous  le  croyons ,  pour  dé- 
montrer ce  que  nous  avons  avancé,  et  prou- 
ver le  synchronisme  de  toutes  ces  matières 
de  sédiments  différentes. 

S  L  —  Provenance  des  sédiments  marins. 

Les  sédiments  marins  actuels  se  forment 
de  trois  manières  différentes  :  par  le  trans- 
port des  particules  terrestres,  par  l'usure 
des  côtes ,  par  les  corps  organisés ,  leui 
usure  et  leur  décomposition. 

Les  sédiments  apportés  par  les  affluents 
terrestres  ont  été  regardés  comme  étant, 
pour  ainsi  dire,  les  seuls  dans  les  circons- 
tances actuelles.  Sans  nier  leur  importance 
réelle,  nous  espérons  prouver  que  des  sé- 
diments considérables  se  déposent  aussi  sur 
les  côtes  où  il  n'existe  aucun  afOuent,  comme 
celles  du  Chili,  de  la  Bolivie  et  du  Pérou  ; 
mais  ayant  l'intention  de  traiter  séparément 
des  phénomènes  terrestres,  nous  renvoyons 
ceux-ci  à  leur  article  spécial.  Il  nous  suffira 
de  constater  maintenant  la  valeur  des  sé- 
diments qu'ils  apportent.  Les  rivières  de 
France,  qui  débouchent  dans  l'Océan,  sont 
loin  d'en  fournir  également,  et  même,  la 
somme  de  leurs  produits  de  ce  genre  n'est 
pas  toujours  en  rapport  avec  leur  impor- 
tance et  le  volume  de  leurs  eaux.  Toutes  les 
petites  rivières,  la  Somme,  la  Dive,  l'Orne, 
la  Vilaine,  la  Sèvre,  la  Charente,  etc.,  char- 
rient à  peine,  lors  des  grandes  pluies,  quel- 
ques sédiments  fins  en  suspension  dans  leurs 
eaux.  La  Seine  même  donne  aussi  d<es  sédi- 
ments fins  et  très-peu  de  sable.  Il  n'y  a  donc 
que  la  Gironde  et  la  Loire,  et  surtout  la  der- 
nière, qui  fournissent  à  la  fois  des  sédiments 
Uns  et  du  sable  en  abondance.  Néanmoins,  si 
nous  considérons  que  les  côtes  firançaises  du 
l'Océan  présentent  une  surface  de  plus  de 
1,800  kilomètres,  en  contact  avec  la  force  du 
la  vague,  tandis  que  deux  fleuves  seulement 
donnent,  sur  ce  circuit,  des  sédiments  terres- 
tres, il  sera  facile  déjuger  qu'en  évaluant  au 
quart  de  l'ensemble  la  valeur  de  leur  apport 
annuel  dans  les  océans  du  monde  entier,  on 
sera  peut-être  encore  bien  au-dessus  de  la 
vérité.  On  en  est  surtout  persuadé,  lorsqu'on 
voit  que,  sur  115  degrés,  ou  ll,500*kilometres 
de  côtes  battues  par  la  vague,  rAmérique  mé- 
ridionale, sur  l'océan  Atlantique,  n'offre  qoe 
trois  fleuves,  la  Plata,  l'Amazone  et  l'Oré- 
noque,  qui  donnent  des  sédiments;  et  que, 
sur  la  côte  opposée  du  grand  Océan,  80  de- 
grés ou  8,000  kilomètres  d'extension,  n'ont 
Îue  deux  rivièfes,  le  Rio  de  Guayaquil  et  le 
io  Biobio,  qui,  réunis,  ne  donnent  pas 
annuellement  autant  de  sédiments  que  la 
Seine.  On  en  sera  d'autant  plus  persuadé, 

aue  sur  ces  côtes,  depuis  Coquimbo  jusqu'à 
uayaquil,  il  ne  pleutjamais,etquecependat4 
il  s'y  trouve  des  sédiments  considérables. 
Les  sédiments  formés  par  Cusure  des  cotes 
iont,  dans  l'état  actuel ,  les  plus  conûdéra- 


IS$ 


C013 


DICtlONNAmÈ  DK  iX)SltOG0Nt£ 


COU 


M 


hïesj  et  peuvent  4tre  représentéspar  les  dit 
seizièmes  de  t*ensemble  fourni  à  TOcéaii 
dans  ie  ooars  d'une  année.  Lorsqu'on  a  yéeu 
sur  les  eôtes  de  quelque  partie  du  monde 
<|iie  eesoitytm  peut  se  convaincre  de  l'action 
incessante  de  la  rague,  augmentée  dans  les 
^os  temps*  suf  le  littoral  maritime,  bordé 
de  falaises  sablonneuses,  calcaires,  crayeux 
ses  011  argileuses.  Les  etforts  impuissants 
du  génie  de  Thomme  pour  s'en  garantir  à 
Bayonne,  ^  Noirmoutiers ,  en  sont  une 
preuve  ;  d'ailleurs^  il  suffit  de  voir  les  cAtes 
avant  et  après  une  tempête,  poUr  se  faire 
une  juste  idée  de  cette  action  et  des  im«* 
menses  changements  qu  elle  opère,  en  .enle- 
vant une  surface  considérable  de  sédiments 
soit  au-dessus,  soit  au-dessous  du  niveau 
moven  du  balancement  des  marées. 

Si  pour  nous  éclairer  k  cet  égard  nou5^ 
narcourons  epoore  les  bords  de  l'Océan,  sur 
le 'JUtoral  de:  la  France  i  nous  verrons»  par. 
eiempJe^  qu'à  Texception  de  quelques  golfes 
profonds,  très^reatreuits  dans  leur  extension 
çùseformenUctuellementdesattérissements» 
comme  .aux  environs  de  Beauvoir  (Loire* 
Inférieure),  daiis  le  golfe  de  Lucon  (Veadée), 
h  Brounge  (Cbarente4nférieure%  etc,,  p^es- 
c^ue  toutes  les  c6ïes  subissent,  au  êôntrairef 
1  action,  destructive  de  la  boule. 

Cette  action  s'exercede  diverses  u^anières» 
suivant  ladi^csition  du  littoral.  Lorsqu'une 
o6te  à  mec  basse,  montre  à  découvert  des 
bancs  argileux,  calcaires,  ou  sablonneux,  la 
houle,  à  chaque  marée,  lave,  délayé  et  en- 
lève les  sédiments,  comme  on  le  voit  sur  les 
cAtes  des  départements  du  Pas^Je*Ca]ais,  de 
la  Somtno,  de  la  Seine^^Inférieure,  du  Calva- 
dos,, de  la  Vendée  et- de  la  Charente-Infé- 
rieure. Les  bains  calcaires  de  ChAtelaillon, 
delà  pointe  de  la  Baleine  à  l'Ile  de  Ré,  de 
la  pointe  de  Chassiron  à  l'Ile  d'Oléron  (Cba« 
rente-Inférieure),  du  Calvados,  depuis  Hon^ 
fleur  jusqu'à  Port-en«Bessin,  qui  montrent  à 
liasse  mec  une  étendue  d'un  à  trois  kilomè* 
très,  en  présentent  surtout  des  exemples, 
remarquables. 

Lorsque  des  falaises  bordent  la .  côte ,  la 
mer,  en  sappant  incessamment  le  pied,  ronge 
la  roche,  et  les  couches  ne  tardent  pas  à 
surplomber.  Elles  s'él)Oulent  ensuite  en  par- 
ties fragmentaires,  et  la  houle  recommence 
à  laver,  à  triturer,  et  à  enlevei*  les  parties, 
plus  fines.  Son  action  continuelle  fait  dis-^ 
paraître  peu  h  peu  le  produit  de  Téboule- 
ment,  et  elle  vient  de  nouveau  battre  la  c6te 
en  brèche.  Les  hautes  falaises  de  craie  et  de 
calcaire  argileux  du  cap  Blanc-Nez,  près  de 
Boulogne  (Pas-de-Calaisj,  les  côtes  crayeuses 
de  la  Sbmme,  de  la  Seine-Inférieure,  depuis 
Abbeville  jusqu'au  HAvre;  les  côtes  crayeu- 
ses, argileuses  et  calcaires  dif  Calvados;  les 
côles  de  grès,  de  calcaire  ou  d'argile  de  la. 
Charente-Inférieure  en  donnent  partout  des 
exemples. 

On  voit  aussi  les  deux  actions  s'exercer 
en  même  temps  sur  beaucoup  des  mêmes 
côtes  qui  offrent  à  la  fois  des  bancs  prolon- 

Eés  sous  la  mer  et  des.  falaises  perpendicu- 
lires  sur  le  rivage. 


.  Un  troisième  mode  d'action  qui  s'exerça 
en  tous  lieux  est  l'usure  eonlinueUe  de  tout 
ce  qui,  sur  un  rivage,  se  trouve  dans  la 
zone  du  balancement  des  marées.  Quiconque 
a  pu  entendre,  sur  la  côte  4e  la  Normanaie, 
depuis  Abbeville  jusqu'au  HA vre ,  le  bruit 
que  font  les  galets  de  silex,  lorsqu'ils  sont 
remués  par  une  forte  houle»  se  rendra  compta 
de  cette  action  incessante.  Les  cailloux  de 
silex,  malgré  leur  dureté,  s'usent  encore 
assez  promptement  ;  ce  qui  dontie  la  mesure 
pour  des  galets  calcaires  ou  de  toute  autre 
nature  d'une  moindre  densité.  La  mise  eu 
mouvement  par  les  eaux  de  toutes  les  ma^ 
tières  sédimentaires  de  ce  niveau  tend  à  en 
diminuer  constamment  le  volume  par  le 
frottement  ;  si,  en  effet,  nous  reconnaissons 
cette  action  sur  nos  côtes,  relativement  très- 
tranquilles  ,  on  jugera  de  ce  que  la  houle 
pourra  produire  sur  certain  littoral,  comme 
celui,  des  lies  de  tous  les  océans,  du  Chili, 
du  Pérou,  de  la  Pàtagouie»  où  la  meri  inces* 
samment  en  furie,  déferle  toujours  avec 
force  contre  ses  limites  naturelles. 

Les  côtes  granitiques  ou  de  grès  anciens 
de$  départements  de  la  Manche»  des  CôteS'» 
du-Nord,  du  Finistère,  du  Morbihan,  sont 
loin  de  donner  des  résultats  aussi  considé* 
râbles  que  les  côles  calcaires  ;  mais  la  dé- 
composition de  ces  roches  et  l'action  conti^ 
quelle  de  la  vague,  ne  laissent  nas  cepen- 
dant de  fournir  une  bonne  part  ae  détritus. 
Les  côtes  bardées  de  dunes  de  sable,  parais- 
sent souvent  être  à  l'abri  de  Taction  de  la 
houle,  mais  il  n'eu  est  pas  ainsi;  car  presque 
toujours  il  existe,  sous  ces  dunes,  des  roenes 
ou  des  terres  qui  découvrent  à  basse  mer 
et  sont  constamment  en  butte  à  la  houle» 
comme  sur  la  côte  de  Vendée,  sur  les  côtes 
extérieures  des  lies  de  Noirmoutiers,  de  Bé, 
d^Oléron»  etc.,  etc. 

On  pourrait,  pour  quelques  points  des 
côtes,  obtenir  des  données  certauies  relati- 
vement au  cubage  des  matières  enlevées 
annuellement  par  la  vague,  en  mesurant, 
au  delà  d'un  édifice ,  la  distance  qtii  le  sé« 
pare  du  rivage ,  et  prenant  l'année  suivante 
la  différencie.  Les  falaises  argilo-calcaires  de 
CliAtelaillon  (Charente-Inférieure)  nous  en 
ont  offert  une  preuve.  La  ville  de  ce  nom 
ICasiellum allioniM l  j ^\aii  bitie,  et,  suivant 
les  documents  historiques,  y  existait  encore 
en  1780.  Aujourd'hui  on  trouve,  à  plus  de 
deux  kilomètres  en  mer,  lors  des  basses  ma- 
rées, des  débris  de  constructions  qui  té* 
moignent  seuls  de  l'existence  de  la  ville  de 
ChAtelaillon.  Un  fort ,  bâti  sur  cette  même 
falaise  sous  le  règne  de  Napoléon,  et  qui, 
en  i82SL.  se  trouvait  encore  à  plus  de  deux 
cents  mètres  du  rivage,  était,  en  octobre 
1846,  a  aK)itié  tombé  avec  la  falaise  qui  le 
supportait.  On  voit  qu'en  calculant  la  hauteur 
moyenne  de  cette  ialaise  longue  d'un  kilo-^ 
mètre ,  et  dont  les  points  les  plus  élevés  ool 
de  15  à  18  mètres ,  il  serait  facile  d'avoir  la 
somme  des  sédiments  fournis  sur  ce  poioL 
Les  falaises  de  grès  friable ,  de  la  Patasonia 
qui ,  sur  [des  degrés  de  longueur,  s*éleve&t 
à  plus  de  100  mètres,  donnent  encore  une 


961 


COU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


cor 


SCI 


allératioo  plus  rapide.  Ces  diverses  preuves 
suffiront  |ieut-é(re  pour  établir  la  somme 
réelle  des  sédiments  enlevés  par  Vusure  des 
côles. 

Les  êédimenis  que  forment  les  corps  orga* 
misés 9  leur  décomposition  et  leur  usure ,  bien 
qu'ils  ne  soient  pas  les  plus  considérables , 
puisque  bous  n*évaluons  leur  produit  qu*à 
un  huitième  de  Tensemble,  n'en  méritent 
pis  moins  toute  notre  attention.  Les  corps 
organisés  forment  à  eux  seuls  quelques-unes 
desilesMadréporiquesde  TarcbipeldesAmis, 
dans  le  grand  Océan >  les  récifs  des  Antilles 
de  la  côte  occidentale  d'Afrique  et  même 
les  récifs  souvent  ignorés  des  zoologistes 
mais  bien  connus  des  ingénieurs  t^dro 
graphes  de  la  marine,  qui,  sur  aucique 
points  delà  côte  de  Normandie  (Calvados), 
en  dehors  de  la  pointe  de  la  Baleine  (lie  de 
Rbé  ),  et  de  la  pointe  de  Cbasseron  (lie  d'O- 
léron  ;,  offrent  aassez  grandes  étendues  fous- 
marines.  Les  corps  organisés  en  nature  mon- 
trent encore,  suivant  les  importants  travaux 
de  ces  ingénieurs,  que  les  fonds  M)us-marlns 
Jes  plus  communs  sur  tous  les  atterrages  du 
monde,  sont,  sans  contredit,  formés  de 
bancs  de  coquilles  plus  ou  moins  brisées.  Du 
resie,  lorsqu'on  examine  la  composition  du 
sable  de  certains  rivages,  comme  ceux  des 
ties  GallopagoSf  et  de  tout  Tarchipel  des 
Amis,  dans  le  grand  Océan,  on  reconnaît 
qn*il  n'est  absolument  composé  que  de  frag- 
mcDts  de  coquilles  et  de  coraux.  L'impor- 
tance de  cette  nature  de  sédiment  est  donc 
bien  constatée  et  non  équivoque,  à  Tépoque 
actuelle,  comme  elle  Ta  été  aux  époques 


4in5i  que  nous  le  dirons ,  en  traitant  par- 
ticulièrement de  la  manière  d'être  des  ani- 
maux, dans  les  couches  sédimentaires ,  les 
parties  solides  de  ces  animaux,  une  fois 
séparées  des  parties  charnues,  forment  des 
sédiments  et  sont  soumises  aux  mêmes  alté- 
rations et  à  la  même  usure  que  les  fragments 
de  roches  enlevés  aux  falaises.  Elles  se  dé- 
composent de  même  par  faction  mécanirjuc 
de  la  vague,  et  forment  les  sédiments  qui  se 
mêlent  aux  autres  de  même  densité,  de 
même  nature. 

En  résumé,  prenant  approximativement 
!e  ehittre  seize  pour  Tensembledes  sédimeuts 
marins,  nous  trouvons  que  ce  nombre  se 
compose  des  provenances  suivantes  : 

Séfineots  foomis  par  les  aflloeats  terrestres.    I 
Séiiiiieots  foomis  par  Tutare  des  eôtesi  iO 

Sédinents  fournis  par  les  corps  org:iDisés«         S 


Toul.  16 

D*après  ce  que  nous  venons  de  dire,  les 

sédiments ,  selon  leur  provenance,  sont  de 

diTerses  compositions  et  de  densité  très-diffé- 

reotes.  Ils  se  composent,  en  effet,  à  la  fois, 

surlacôtede  tous  les  continent^  :decailloux, 

de  galets  siliceux  et  calcaires  de  toutes  les 

dimensions ,  de  gros  sable ,  de  sable  fin ,  de 

sable  vaseux  et  de  vase.  Nous  allons  main- 

lenant  nous  occuper  de  leur  répartition,  suî- 

tant  lenr  volume,  leur  densité  »  et  la  force 

motrice  qui  les  déplace. 

Diction,  de  Cosmogo^vie  et  de  Paléontologie. 


I  II  —De  la  répartition  naturelle  des  i/f/i- 
mtnts  dans  les  mers. 

L'action  passive  et  générale  des  sédimrnts. 
dés  qu'ils  sont  soumis  au  moindre  mouve- 
ment, est  essentiellement  de  se  tasser  et  de 
niveler. En  effet,  leur  propre  poids, aussitôt 
quils  se  répandent  dans  1  élément  aqueux, 
toujours  d*une  moindre  densité,  ou  lorsqu'ils 
sont  portés  par  Tagitation  des  milieux  qui 
les  environnent,  les  force  à  descendre  sur 
une  pente.  Dès  lors,  selon  leur  nature  cl 
leur  densité,  les  sédiments  se  déposent  d». 
différentes  manières,  suivant  la  conht^uration 
des  côtes,  la  pente  plus  ou  moins  rapide  de 
celles-ci,  et  laction  des  courants  sous-ina^ 
rins. 

Sur  une  côt'i  en  penlé  rapide^  vers  une 
mer  profonde ,  comme  on  a  pu  l'observer  à 
Ténérifi'e,  au  Chili,  au  Pérou, et  sur  quel 
ques  points  de  la  Méditerranée,  ces  sédi- 
ments se  déposent  en  raison  de  leur  densité. 
Quelquefois,  les  anses  présentent  du  sable, 
sous  lorme  de  dunes,  aundessus  des  marées; 
mais  les  lieux  battus  de  la  vague  offrent 
toujours,  au  niveau  de  ces  marées,  près  des 
lieux  où  ils  ont  été  enlevés  au  littoral ,  des 
cailloux  plus  ou  moins  ^ros,  ou  du  ^os 
sable,  qui  se  continuent  jusqu*aux  limites 
inférieures  du  balancement  des  eaux.  Lors- 
qu'on sonde  ou  qu'on  drague  au-dessous  de 
ce  niveau ,  on  voit  la  grosseur  des  sédiments 
diminuer  graduellement,  à  mesure  qu'on 
descend,  et  les  sables  sont  remplacés^  dans 
les  grandes  profondeurs  de  ces  mers,  par  \ds 

fmrties  les  plus  tenues  et  les  restes  organisés 
es  plus  légers.  La  drague  et  la  sonde  ont 
toujours  donné  de  60  à  100  mèlres,  à  Téné- 
riffe,  comme  sur  toutes  les  côtes  profondes 
du  Chili  et  du  Pérou  ^  des  sédiments  très- 
fins,  remplis  de  foraminifères,  et  M.  Du- 
perrez  dit  avoir  toujours  trouvé  de  50  à  60 
kilomètres  au  large,  dans  la  Méditerranée, 
un  fond  de  boue  et  de  sédiments  très-fins , 
ce  qui  prouverait  la  généralisation  du  fait. 
Alors  les  sédiments  qui  se  déposent  sur  un 
plan  incliné  forment  toujours  des  couches 
parallèles  de  moins  en  moins  inclinées,  jus- 
quViu  fond  des  mers  où  elles  deviennent 
sans  doute  horizontales. 

Les  courants,  qui  exercent  une  action  si 
puissante  dans  les  atterrages  peu  profonds 
sur  la  répartition  des  sédiments,  et  partout, 
sur  la  répartition  des  êtres  à  l'état  de  vie, 
n*en  ont  absolument  aucune,  quant  aux  sé- 
diments des  côtes  abruptes,  comme  celles 
du  Chili  et  du  Pérou  ;  car,  vu  la  pente  r.*»- 
pideet  le  peu  de  largeur  de  la  bande  sé<  i- 
mentaire  située  dans  la  limite  de  Faction  d.^ 
ces  courants,  cette  action  ne  saurait  amrui^r 
aucun  changement  important.  Ils  ne  parais- 
sent pas  non  plus  atteindre  les  grandes 
profondeurs  de  VOcéan,  et  en  aucune  ma- 
nière ils  ne  sauraient  transporter  des  sédi- 
ments d'un  continent  à  l'autre,  lorsque  ceux- 
ci  sont  séparés  par  de  grandes  profondeurs. 
On  le  conçoit,  li  faudrait  qu'a  vaut  de  passer 
o'un  côté  à  l*autre  ils  comblassent  Finter-* 
valle  en  le  nivelant. 

151 


cou 


D1CT10N>'AIR£  DE  cOSMOGOfOE 


COU 


Kl 


Sur  une  tète  iriê^laie  et  trèS'proiofi;:ée 
sous  les  eaux  de  la  mer,  s*il  ny  a  pas  de 
foorants,  les  choses  se  passent  comme  sur 
une  côte  abrupte;  seBiemerit  chaque  na- 
ture de  séliment  prend  une  bien  plus 
grande  extension.  On  troure  également 
toujours  les  parties  les  plus  léj^ères  au-des- 
sous du  balancement  des  eaux,  et  dans  les 
grandes  profondeurs.  M.d*Orbigny  Kaobservé 
sur  les  côtes  de  France  et  de  Patagonie. 

Vaeiion  des  courants  côtiers  et  sous-ma- 
'^ns  est  immense  sur  les  côtes  plates  ou  en 
pente  très-faible,  ainsi  que  dans  les  détroits 
dont  on  connaît  le  fond,  comme  dans  la 
Manche,  snr  les  côtes  de  la  Bretagne  et  sur 
celles  du  golfe  de  Gascogne. 

On  peut  comparer,  quant  à  leurs  résultats 
identiques,  l'action  mécanique  des  courants 
sur  la  distribution  des  sédiments,  à  la  même 
•action  produite  par  la  vague  et  par  le  balan- 
cement des  marées,  sur  les  côtes  tranquilles. 
J>e  même  elle  sert  à  séparer  les  sédiments 
suivant  leur  nature,  et  à  les  transporter  dans 
des  lieux  différents. 

Par  la  seule  action  des  courants  sous-ma- 
rins, les  cailloux,  vu  leur  densité,  restent 
toujours  près  du  lieu  où  ils  sont  enlevés, 
•ou  sont  trans]iortés  à  peu  de  distance.  Lors- 
qu'on les  suit  sur  le  littoral  de  la  France,  on 
arrive  à  cette  conclusion.  Dans  tous  les  cas, 
restant  près  de  la  côte  sur  .le  lieu  agité ,  ils 
ne  sont  presque  jamais  transportés  au  large. 
Sur  tonte  la  côte  des  départements  de  la 
Seine  Inférieure  et  de  la  Somme,  les  cail- 
loux sont  formés  de  silex  enlevés  à  la  craie 
4iles  falaises;  à  Trouville  (Calvados),  ce  sont 
des  (çalets  calcaires  oolitîques  ou  non,  qui 
proviennent  des  falaises.  En  Bretagne,  ce 
sont  des  cailloux  de  roches  cristallines,  etc. 

Le  groê  sabUj  qui  dans  le  balancement  des 
marées  reste  au-dessous  des  cailloux,  n'est 
pas  trop  lourd  pour  être  transporté  par  les 
courants  ;  aussi  le  trouve-t-on  j^rtout  où  les 
courants  ont  une  forte  action.  Des  sondages 
0|)érés  en  dehors  et  près  du  cap  Ilorn,  à 
Textrémité  sud  de  TAmérique  méridionale, 
où  se  rencontre  un  des  plus  forts  courants, 
ont  donné  du  gros  sable.  Le  banc  de  Terre- 
Neuve,  où  passe  un  courant  sous-marin  ra- 
pide, offre  partout  du  sable  de  même  na- 
ture ;  il  en  est  de  même  du  fond  de  la  Man- 
che et  des  côtes ,  jusqu'à  30  kilomètres  au 
large,  des  lies  de  Noirmuutiers,  de  Ré  et 
u'Olérou. 

Presque  tous  les  bancs  de  sable  qu'on  ob- 
serve à  basse  nier,  sur  toutes  les  côtes  où  il 
y  a  des  courants,  sont  formés  de  gros  sable 
et  de  coquilles.  Sont  dans  le  même  cas  les 
bancs  sous-marins  que  les  courants  forment 
sur  certaines  côtes  ou  près  de  l'embouchure 
dos  rivières.  Lorsqu'on  examine  la  manière 
dont  les  sédiments  se  déposent  sur  ces  bancs, 
on  voit  qu'ils  forment  une  partie  horizon- 
laie,  ou  légèrement  inclinée  ou  côté  d'amont, 
tandis  que  l'extrémité  d'aval  est  ordinaire- 
ment une  pente  rapide  et  figure  ce  que  le^  ma- 
rins désignent  sous  le  nom  d'accoredu  banc. 
•C  est  lu  que  les  sédiments  sont  déposés  sur 
,ua  plan  incliné  comme  les  sédiments  des 


côtes  fortement  déclives.  Ces  couches  incli- 
nées, au  milieu  des  couches  horizontales* 
qu'on  trouve  quelquefois  dans  les  étages 
géologiques  se  déposent  toujours  sur  l'extré- 
mité d  aval  d'un  banc. 

Le  êoble  fin^  transporté  avec  plus  de  faci- 
lité par  les  courants ,  se  dé])ose  ordinaire- 
ment dans  les  lieux  où  l'action  de  ceux-ci 
est  moins  violente,  et  y  forme  des  couches 
horizontales.  C'est  ce  sable  qui  se  prolonge 
si  loin  sous  les  eaux,  sur  les  côtes  plates  de 
rOcéan  et  de  la  Méditerranée,  et  qui  se 
dépose  sur  les  points  moins  agités,  comme 
en  dedans  des  lies  de  Noirmoutiers,  de  M 
et  d'Oléron,  et  dans  une  grande  partie  de  la 
Hanche.  On  le  trouve  dans  tout  Tintervalle 
compris  entre  les  fies  Malouines  et  la  cèle 
de  Patagonie,  et   en  dehors  de  toutes  \e^ 
côtes  du  Brésil,  jusqu'à  une  grande  dislance 
au  large. 

Dunet.  —  Une  nartie  de  ces  sables,  jetés 
par  la  vague  sur  les  côtes  droites,  peu  incli- 
nées et  non  bordées  de  falaises,  est  ensuite, 
lorsqu'ils  sèchent  dans  l'intervalle  des  ma- 
rées, transportée  par  les  vents  vers  la  Iterre 
et  forme  ces  amas  considérables  de  sahle 
qu'on  nomme  dunes.  Ces    dunes  couvrent 
quelquefois   de  grandes  surfaces  décotes, 
comme  on  peut  le  voir  sur  quelques  points 
du  littoral  de  la  France,  notamment  sur  les 
côtes  de  la  Vendée,  en  dehors  des  lies  do 
Noirmoutiers,  de  Ré  et  d'Oléron,  sur  la  côte 
de  la  Trembîade  (Charente-Inférieure),  et 
SUT  toute  la  côte  des  départements  de  la  Gi- 
ronde et  des  Landes,  depuis  la  Teste  jusqu  à 
Bayonne.  On  les  voit  aussi  sur  les  côtes  du 
désert  de  Sahara  en  Afrique,  sur  les  côtes  do 
la  Patagonie  septentrionale,  de  la  Plata,  etc. 
Les  dunes  ont   quelquefois    une    grande 
importance,  et  envahissent    tellement  les 
côtes,  qu'elles    forcent   d'abandonner  des 
villages,  comme  on  l'a  vu  aux  Zéloux^  fie  de 
Noirmoutiers,  à  Saint- Palais,  près  de  Boyan 
(Charente-Inférieure).  Il  ne    se  forme  do 
dunes  que  sur  les  points  où  le  naourement 
des  eaux  est  assez  violent,  qai\  soit  déter- 
miné par  les  courants  ou  par  la  vague.  Jf- 
roais,  par  exemple,  il  n'existe  de  dunes  ni 
de  cordon  littoral  sur  les  côtes  tranquilles, 
quelle  que  soit  leur  nature.  Les  lies  d'Olé- 
ron, de  Ré  et  de  Noirmoutiers  en  sont  une 
f)reuve.  Bordées  de  dunes  du  côté  exposé  k 
a  lame  du  large,  elles  n*en  ont  point  du 
côté  opposé.   Il  faut  toujours,   pour  qu'il 
existe  des  dunes  sur  une  côte,  d'abord  qu  elle 
soit  agitée,  puis,  que  sa   pente   soit  très- 
faible  et  prolongée  au  loin  sous   les  eaux. 
Sans  ces  conditions,  le  sable    n*en  forme 
pas. 

Les  sédiments  vaseux  les  plus  fins ,  les 
plus  légers,  sont  déposés  au  sein  des  mers 
tranquilles,  dans  les  grandes  profondeurs. 
Lorsque  les  courants  agissent.  Il  n^en  est  pas 
toujours  ainsi.  Une  partie  des  sédiments  lins 
sont  sans  doute  encore  transportés  au-des- 
sous des  limites  de  leur  action  ;  mais  une 
grande  portion  se  dépose  cYi  même  temps 
sur  la  côte,  lorsque  le  permettent  la  tran- 
quillité des  eaux  et  la  configuration  du  litto- 


3S5 


cet) 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COU 


}SS^ 


rai.  Partout  où  là  côte  est  constamment  bat- 
tue de  la  vague  ou  soumise  à  l'action  immé- 
diate des  courants,  elle  n'offre  jamais  que 
des  sédiments  sablonneux,  débarrassés  de 
toutes  les  particules  vaseuses ,  comme  on 
peut  le  TOir  sur  la  côte  extérieure  des  Iles 
de  Noirmoutiers»  de  Ré  et  d'Oléron,  et  sur 
toutes  les  autres  côtes  du  monde.  Pour  que 
les  sédiments  vaseux  se  déposent  sur  une 
côte  maritime^  au  niveau  des  hautes  marées, 
il  est  nécessaire  qu'ils  se  trouvent  garantis, 
soit  constamment,  soit  momentanément,  de 
Faction  immédiate  des  courants  et  des  vents, 
tout  en  étant  dans  le  voisinage  même  de 
ceux-ci.  En  effet,  dans  les  circonstances 
actuelles,  il  fautdes  courants  pour  apporter 
ces  sédiments  vaseux  en  suspension  dans 
les  eaux,  oCi  ils  ne  pourraient  se  former;  et 
d'un  autre  côté,  pour  qu'ils  restent  sur  le 
littoral,  il  faut  des  golfes  profonds,  abrités, 
des  côtes  garanties  par  des  ties,  où  le  man- 

Îue  d'agitation  des  eaux  leur  permette  de  se 
époser. 

La  vérité  de  cette  assertion  est  démontrée 
par  l'étude  des  lieux.  Tandis  que  les  côtes 
extérieures  de  l'Ile  de  Noirmoutiers,  de  l'Ile 
de  Ré,  de  l'Ile  d'Oléron,  constamment  en 
butte  à  l'action  de  la  vague  et  des  courants, 
sont  couvertes  de  sables  bien  lavés  dans 
toutes  leurs  parties,  les  côtes  intérieures  de 
ces  uiAmes  îles,  garanties  en  même  temps 
de  la  boule  et  des  courants,  forment  annuel- 
lement des  atterrissements  considérables  de 
sédiments  vaseux,  où  sont  établis  des  marais 
salants,  les  principaux  revenus  industriels 
de  la  contrée.  Si  nous  avons  le^  deux  gen- 
res de  dépôts  sur  le  littoral  des  lies  séparées 
à  peine  par  une  langue  de  terre,  nous  les 
retrouvons  encore  sur  une  multitude  de 
points  du  continent,  chaque  fois  que  la  côte 
forme  un  golfe  profond.  On  en  voit  des 
exemples  sur  c[ueiques  parties  de  la  Breta- 
gne, a  Beauvoir,  dans  la  baie  de  Bourg-Neuf 
(Loire-Inférieure),  sur  la  côte  de  Brouage 
(Charente-Inférieure);  mais  le  point  le  plus 
remarquable,  sous  ce  rapport,  est  le  golfe 
de  Luçon  ou  de  l'Aieuillon,  aux  confins  des 
déparlements  de  la  Vendée  et  de  la  Charente- 
Inférieure. 

Dans  ce  golfe  tranquille,  les  dépôts  vaseux 
sont  si  considérables,  que  tous  les  ans  le 
continent  s'accroît  d'au  moins  une  dizaine 
de  mètres,  sur  toute  la  circonférence  du 
Rolfe.  Il  en  résulte  que  l'Ile  de  la  Dive,  jadis 
isolée,  est  maintenant  à  une  grande  distance 
dans  les  terres,  et  que  le  golfe  tend  à  se 
combler  entièrement.  La  seule  rivière  qui  y 
dét>ouche  est  la  Sèvre.  Lorsqu'on  l'étudié, 
on  voit  que,  par  son  peu  de  pente,  elle  ap- 
porte à  peine  des  sédiments  à  la  mer;  d'ail- 
leurs, I  analyse  de  ces  dépôts  vaseux  du 
Solfe  (appetfe  terre  de  Brie)^  qu'a  fait  faire 
L  Fleuriau  de  Bellevue,  a  donné  une  pro- 
portion considérable  de  silice,  tandis  que  le 
cours  de  la  Sèvre  et  les  côtes  voisines  du 
golfe  ne  sont  bordés  que  de  terrains  calcai- , 
res.  Il  est,  dès  lors,  démontré  que  ces  dépôts 
vaseux  ont  été  apportés  par  les  courants  et 
proviennent  très-probablement  de  l'usure 


des  côles  de  Bretagne,  que  les  courants  ap- 
portent sur  la  côte  de  la  Vendée. 

La  l)aie  de  San-Blas,  et  ia  Bahia-Blanca, 
sur  les  côtes  de  la  Patagonie  septentrionale; 
Je  golfe  de  Rio  de  Janeiro  (Brésil)  ;  la  baie  de 
Mexillones,  sur  la  côte  de  Bolivia;  le  fond 
des  ports  d'Alexandrie,  de  Brest,  de  Toulon, 
nous  en  offrent  encore  des  exemples. 

En  résumé,  nous  voyons  actuellement  se 
former  en  même  temps 

V  Au-dessus  du  niveau  des  marées,  des 
dunes  de  sable  non  stratifiées  sur  les  côtes 
plates,  agitées  ou  en  butte  aux  courants; 

2"  Au  niveau  supérieur  des  marées,  des 
couches  horizontales  de  vase  dans  les  golfes, 
sur  les  points  abrités  de  la  vague  ou  des 
courants;  des  sables  ou  des  cordons  litto- 
raux de  galets,  sur  les  côtes  agitées; 

3'  Au  niveau  du  balancement  des  marées, 
des  dépôts  de  vase  en  couches  horizontales, 
sur  les  points  très-tranquilles;  des  dépôts 
de  sable  fin,  sur  d'autres  lieux  légèrement 
asités;  du  gros  sable,  des  cailloux,  partout 
ou  la  vague  et  les  courants  se  font  sentir 
avec  force  ; 

4*  Enfin,  au-dessous  du  balancement  des 
marées,  les  sédiments  forment  des  bancs  de 

5'  ros  sable,  dans  les  lits  de  courants,  et  ses 
épôts  sont  d'autant  plus  fins  que  la  tran- 
quillité est  plus  grande,  en  descendant  dans 
les  profondeurs  de  l'Océan.  Les  bancs  for- 
més sous  l'influence  des  courants  offrent 
quelquefois  des  couches  inclinées;  les  sédi- 
ments fins  forment  des  couche^  horizon- 
tales. 

^  III.  —  Des  perturbations  naturelles  dans 
les  dépôts  de  sédiments. 

Nous  appelons  perturbations  naturelles  ^ 
tout  ce  qui,  dans  les  causes  physiques  ac- 
tuelles, peut  interrompre  momentanéqient 
Tordre  naturel  des  dépôts  sédimentaires  ; 
comme  les  marées,  les  changements  de  vent, 
de  courants,  les  tempêtes ,  les  raz  de  ma- 
rées, etc. 

S'il  n'y  avait  pas  de  perturbations,  les 
dépôts  sous-marins  seraient  toujours  de 
même  nature  sur  le  même  point;  leur 
épaisseur  deviendrait  considérable,  sans 
qu'ils  présentassent  de  couches  distinctes , 
et  alors  on  ne  pourrait  définir  la  formation 
des  couches  alternes,  si  communes  dans 
tous  les  étages  géologiques  ;  mais  la  nature 
actuelle  vient  encore  nous  expliquer  com- 
ment, au  milieu  de  dépôts  de  même  Age ,  il 
peut  y  avoir  des  coucnes,  des  lits  de  diffé- 
rentes compositions  et  renfermant  souvent 
les  animaux  distincts,  comme  on  le  voit  dans 
les  couches  terrestres. 

Lorsque  les  marées  ordinaires  amènent  des 
courants  contraires,  comme  sur  la  côte  de 
Dieppe,  dans  la  Manche,  où  les  courants  du 
flux  vont  au  sud-est,  tandis  que  les  courants 
de  reflux  vont  au  nord -ouest;  entre  l'Ile 
d'Oléron  et  la  terre  ferme,  où  ils  spnt  diri- 

(;és  au  sud  à  la  mer  montante,  et  au  nord  è 
a  mer  descendante,  on  conçoit  déjà  que  les 
molécules  transportées  subissent  une  per- 
turbation périodique  susceptib)'^  H*infliiAiusé 


867 


COU 


DICTîONNAlUM  DE  C05M0G0MIE 


cor 


S6S 


^ur  la  nature  des  bancs  qu'elles  forment ,  en 
les  divisant  par  de  petits  lits  distincts  et  d*é- 
gale  épaisseur.  En  effet,  si  les  molécules 
sont  charriées  six  heures  de  suite  dans  une 
«direction,  et  six  heures  dans  une  autre,  il 
peut  arriver,  de  ces  deux  côtés  opposés,  des 
matières  de  nature  différente  qui  concourent 
à  former  de  petites  couches  distinctes  uni- 
formes. A  rinstant  où,  périodiquement,  le 
courant  change  de  direction,  il  doit  encore, 
entre  ces  couches  apportées  par  des  courants 
opposés,  se  marquer  un  instant  de  rej|K)s, 
ou  une  plus  grande  perturbation  sensible 
sur  la  nature  de  ces  mêmes  C/Ouches. 

Les  marées  de  êyzygiee^  seules  qui,  pério- 
diquement, tous  les  quinze  jours,  descen- 
dent et  montent  beaucoup  plus  que  les  au- 
tres, remuent  plus  profondément  les  sédi- 
ments déposés  dans  la  mer  et  sur  le  rivage. 
I-ieur  action  doit  encore  apporter  une  cer- 
taine différence  dans  la  nature  et  Tépaisseur 
des  couches,  de  manière  à  les  diviser  par 
lits  plus  puissants  ou  plus  minces,  mais 
également  distants  les  uns  des  autres. 

Les  changements  de  veni  ont  encore  une 
puissante  action  sur  les  dépôts  sédimentai- 
res,  lors  même  qu'il  fait  beau  temps.  En 
18iS^6,  les  vents  de  l'est,  du  sud-est  et  du 
nord-est  ont  eu  une  plus  longue  durée  que 
d'habitude.  Le  littoral  de  La  Rochelle,  qui 
en  était  abrité  et  se  trouvait  alors  plus 
tranquille,  a  été  couvert  partout,  sur  les  ga- 
lets de  la  Côte,  sur  les  sables  et  mémo  sur 
tous  les  parcs  à  huîtres  des  communes  de 
Nieul,  de  Marsilly,  etc.,  d'une  épaisse  cou- 
che de  sédiments  vaseux.  Ces  dépôts  sont 
restés  tout  l'été,  et  n'ont  été  enlevés  qu'au 
mois  d'octobre,  lorsque  les  premiers  coups 
de  vent  sud-ouest  sont  venus  laver  la  côte. 
Comme  la  houle  suit  la  direction  des  vents, 
on  conçoit  combien  elle  doit  remuer  le  sa- 
ble et  le  transporter,  tantôt  d'un  côté,  tantôt 
de  l'autre.  Si  nous  avons  vu  des  vases  se 
répandre  partout  sur  les  galets,  sur  les  sa- 
bles des  côtes  de  la  Charente-Inférieure, 
nous  avons  vu  aussi,  bien  souvent,  sur  les 
mêmes  côtes  et  partout  ailleurs,  une  couche 
lie  sable  recouvrir  de  la  vase.  On  la  recon- 
naissait facilement  à  ce  qu'on  enfonçait 
quand  on  voulait  y  marcher.  Il  n'est  pas  un 
habitant  du  littoral  qui  ne  sache  que  tel  banc 
de  roche  est  recouvert  de  sable,  lorsque  le 
vent  vient  d'une  ""égion déterminée,  tandis 
qa*il  en  est  libre  par  un  vent  contraire.  Les 
couches  argileuses  de  Villers,  les  ban:',s  de 
calcaires  oe  Luc  (Calvados]),  de  Chàtillon 
(Charente-Inférieure),  de  Vissant  (Pas-de- 
Calais),  qui,  suivant  les  vents,  sont  ou 
non  cachées  par  le  sable,  prouvent  l'in- 
fluence de  cet  agent  sur  le  transport  des 
sédiments.  Les  baigneurs  parisiens  en  ont 
fait,  en  1850,  à  Trouville,  une  expérience 
peu  agréable,  la  plage,  remarquable  par  son 
sable  fin,  ayant  été  dénudée  par  des  vents 
d'est  qui  n'y  ont  laissé  que  des  çalets, 

La  côte  de  Valparaiso  (Chili)  offre  un 
exemple  curieux  de  l'effet  sous-marin  des 
yenls.  Le  port  est  formé  par  le  cap  de  Caro- 
miïfero,  qui  le  garantit  des  vents  et  des  cou- 


rants régnant  toujours  dans  ui  direrlion  d\i 
su'i  au  nord.  Alors,  la  rade  de  Valparaiso 
est  tranquille  ;  son  fond,  par  une  assez  grandu 

f>rofondeur,  est  formée  de  sédiments  fins  cl 
es  eaux  y  sont  pures  et  limpides.  Lorsque, 
vers  le  mois  de  mars,  presque  tous  les  aus, 
le  vent  tourne  à  l'ouest  ou  au  nord-ouest, 
le  port  n'est  plus  abrité,  la  houle  devient 

f>lus  forte,  remue  le  fond  sur  le  mouillage  ; 
'eau  est  chargée   de  particules  terreuses 
en  mouvement,  qui  ne  se  déposent  que  lors- 
que le  retour  du  vent  vers  le  sud  ramène  la 
tranquillité.  Nécessairement,  pendant  celle 
agitation,  lescoquilles  et  lessédiments  lesphis 
pesants  restent  au  fond  et  se  tassent;  les  au- 
tres molécules  en  mouvement  ne  se  dépo- 
sent que  lorsque  la  période  de  repo3  recom- 
mence, se  séparant  alors  en  raison  de  leur 
densité.  On  conçoit  que,  suivant  la  longueur 
des  intermittences  entre  les  coups  de  vent, 
suivant  la  force  du  vent  même,  du  mouve- 
ment qu'il  imprime  à  l'élément   aqueux, 
suivant  enfin  l'épaisseur  des  sédiments  re- 
mués, il  se  forme,  dans  ces  dépôts  sous-marins, 
des  lits  aUernatifs  de  coquilles  et  de  sédi- 
ments plus  fins,  comme  ou  le  remarque  si 
souvent  dans  les  couches  terrestres.  Quani 
les  coups  de  vent  sont  périodiques,  el  pour 
ainsi  dire  annuels,  comme  au  Chili,  aux  An- 
tilles et  sur  beaucoup  d'autres  points  du 
monde,  on  concevra  qu'il  peut  s'y  former 
des  couches  successives,  en  quelque  sorlo 
d'égale  épaisseur  et  se  succédant  régulière- 
ment. 

Des  tempêtes.  —  Si ,  dans  l'étude  des  cau- 
ses naturelles  de  perturbation ,  nous  voyons 
le  changement  de  courant  déterminé  par  la 
marée  ou  par  le  vent,  produire  des  effets 
aussi  marqués,  nous  pourrons  juger  delà 
valeur  des  perturbations  apportées  par  uq 
coup  de  vent,  par  une  tempête  ou  par  unraz 
de  marée,  qui  remuent,  avec  plus  de  force 
et  plus  profondément,  les  sédiments  dépo- 
sés. 

Dans  une  tempête,  la  somme  des  sédi- 
ments côtiers  se  trouve  considérablement 
augmentée  par  la  violence  avec  laquelle  la 
vague  frappe  la  côte  ;  ce  qui  suffirait  pour 
apporter,  dans  les  dépôts  des  couches  séJi- 
mcnlaires,  une  différence  appréciable  ;  mais 
il  est  une  autre  action  plus   forte   produite 
par  la  tempête,  et  analogue  à  ce  oui  a  élé 
observé  à  Valparaiso  par  Te  seul  effet  d'un 
changement  de  direction  dans  les  vents  ré- 
gnants. Si,  dans  les  temps  calmes,  latein'e 
sale  de  la  mer  que  détermine  la  limite  du 
mouvement  des  eaux,  occupe,  par  exemple, 
un  demi-kilomètre,  on  est  étonné  de  la  voir, 
pendant  une  tempête,  quadrupler  de  lar- 
geur. Ce  fait  démontre  que  tous  les  sédi- 
ments sont  alors  remués  d'une  manière  ex- 
traordinaire; et  la  force  d'action  est  telle ,  eu 
niveau  de   la  marée,  qu*elle   démolit  \es 
constructions  les  plus  solides  que  l'homme 
puisse  lui   opposer.  Alors    la  perturbation 
sous-marine  diffère  suivant  la  direction  des 
vents;  néanmoins,  son  effet  général  est  de 
remuer    les    sédiments  à    une   profondeur 
proportionnée  à  son  intensité.  Dès  queTaoi- 


3C9 


COU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COU 


^70 


laliou  se  ralenlit ,  ks  sédiments  les  plus  ve- 
sanrs  restent  en  place;  les  autres  se  dépo- 
sent après,  suivant  leur  pesanteur,  jusqu'à 
re  que  les  phénomènes  naturels  reprennent 
leur  cours.  Il  se  fait  encore  un  changement 
h  cet  instant  ;  les  courants  propres  à  Ja  côte 
niièyent  ce  que  la  tempête  avait  placé  sur 
leur  passage,  et  les  sédiments  vont  repren- 
tire  fa  place  qu'ils  occupent  ordinairement 
dans  la  période  de  repos. 

Résumé.  —  Les  perturbations  naturelles , 
qu'elles  soient  occasionnées  par  les  marais, 
par  les  changements  de  courants ,  par  les 
coups  de  vent  ou  par  les  tempêtes',  tendent, 
t-omme  on  le  voit  ,  à  interrompre  l'ordre 
régulier  des  dépôts  de  sédiments  et  à  les 
diviser  par  couches  distinctes  ;  à  placer,  par 
exemple ,  des  sables  sur  les  sédiments  va- 
seux ou  des  sédiments  vaseux  sur  les  sables, 
h  les  diviser  par  lits ,  en  changeant  la  na- 
ture rainéralogique  ahernalive  des  couches 
qui  se  succèdent.  Ce  résultat  est  très-impor- 
tant; car  il  nous  explique  ce  caractère  des 
lits  séparés,  si  marqué  dans  les  couches  sé- 
dimentaires  de  tous  les  âges  géologiques; 
et  nous  prouve ,  par  la  superposition  de  ces 
couches,  par  leur  nature,  par  leurs  lits, 
qu'elles  se  sont  déposées  en  des  circouslan- 
ces  absolument  identiques  aux  circonstances 
naturelles^  qui  présidîent  aujourd'hui  à  la 
formation  des  couches  sédimentaires  ac- 
tuelles. 

i  IV,  —  De.  la  dislribution  des  animaux 
morts  dans  les  couches  sédimentaires  ma- 
rines. 

Maintenant  que  nous  avons  cherché  à  dé- 
fiuir  la  manière  dont  se  forment  et  se  dépo- 
sent dans  la  mer  les  sédiments  actuels,  nous 
allons  chercher  également,  suivant  leur  na- 
ture et  leur  densité,  ce  que  deviennent  les 
corps  organisés ,  dans  les  diverses  circons- 
tances Signalées.  A  priori,  Ton  doit  croire 
•|u'ils  se  déposent  en  des  lieux  différents; 
et,  pour  le  prouver,  nous  n'avons  qu'à  étu- 
iiicr  les  animaux  flottants  séparément  des 
ntiimaux  ou  des  parties  animales  qui  ne  flot- 
lent  pas. 

Des  animaux  flottants,  —  Tous  les  mam- 
mifères, les  oiseaux,  les  reptiles,  les  pois- 
sons qui  meurent  dans  la  mer,  certains  mol- 
lusques, tels  que  les  céphalopode» ,  les 
aplysies  et  autres,  dont  la  masse  charnue 
est  plus  volumineuse  et  plus  pesante  que 
lour  coquille,  ainsi  que  les  animaux  de 
même  nature  transportés  par  les  fleuves, 
tnni  destinés  à  flotter.  £n  effet ,  dès  l'instant 
que  la  décomposition  organique  se  mani- 
fesle,  il  se  dégage  des  gaz  qui  gonflent  toutes 
tours  parties  «  les  rendent  plus  légers,  et  les 
f'int  remontera  la  surface  des  eaux.  Tout  le 
uioniie  connaît  cette  circonstance  sur  la- 
quelle nous  croirons  inutile  d'insister. 

H'autres  parties  organiques  des  êtres, 
fx>mme  la  coquille  remplie  de  lozes  aérien- 
nes des  nautiluSf  des  spirula  et  ue  la  seiche 
!:^eptn) ,  ne  jieuvent ,  môme  lorsqu'elles  sont 
M»l».irées  (le  l'animal,  faire  aulremont  que 
lie  lloîler,  puisque  les  loges  ou  le$  divisions 


dont  elles  sont  formées,  n'ont  pas  de  com- 
munication entre  elles  et  que  toutes  sont 
remplies  d'air. 

On  peut  se  demander  où  ces  corps ,  tant 
qu'ils  flotteront,  pourront  se  déposer?  Des- 
cendront-ils, comme  on  l'a  cru  quelquefois, 
jusqu'au  fond  des  mers?  Non;  leur  nature 
flottante  s'y  oppose  de  toutes  les  manières; 
ils  seront  donc  infailliblement  jetés  sur  le 
rivage.  Il  résulte  de  ce  fait  actuel  qu'on  peut 
vérifier  tous  les  jours  sur  le  littoral,  que 
les  mammifères ,  les  oiseaux ,  les  reptiles , 
les  poissons  entiers,  ainsi  que  les  coquilles 
flottantes  des  céphalopodes ,  n'ont  pu ,  dans 
aucune  circonslance ,  se  déposer  en  pleine 
mer,  et  qu'elles  ont  dû  nécessairement, 
lorsqu'elles  flottaient  encore,  être  jetées  sur 
le  littoral  et  seulement  au  niveau  des  hautes 
mers. 

Les  animaux  entiers,  «'1/5  sont  poussés  sur 
une  côte  rocailleuse,  se  désorganisent 
promptement  par  l'action  de  la  vague.  Les 
parties  charnues  sont  séparées  des  parties 
osseuses ,  et  ces  différentes  parties  rentrent, 
suivant  leur  densité,  dans  les  sédiments  de 
diverses  natures. 

S*ils  sont  jetés  sur  une  côte  sablonneuse, 
ils  se  conservent  quelquefois  avec  les  diver- 
ses ))arties  du  squelette  peu  éloignées  les 
unes  des  autres ,  si  toutefois  ces  dernières 
sont  recouvertes  tout  de  suite  par  d'autres, 
sédiments,  tandis  que,  le  plus  souvent,  les 
parties  se  Séparent  et  viennent  encore  fç^r,« 
merdes  sédiments  qui  se  dispersenti,,d'a):rèii 
leur  nature. 

Si  les  animaux  entiers  sont,  à\h  eontraire,. 
portés  par  les  courants  vers  un  golfe  tran* 
quille,  comme  celui  deTAiguillon,  par  exem 
pie,  ils  se  déuosent  sur  des  sédiments  Ans 
qui  les  enveloppent  avant  que  les  os  ne 
soient  dispersés ,  et  dès  lors,  non-seulement 
ils  restent  avec  toutes  leurs  parties  osseuses 
placées  dans  leurs  rapports  réciproques  , 
mais  encore  ils  peuvent,  quelquefois,  lais- 
ser l'empreinte  des  parties  charnues 

On  a  obtenu,  dans  ce  même  golfe,   la 

fireuve  que  les  corps,  en  apparence  les  plus 
ugaces  et  de  la  décomposition  la  plus 
prompte,  pourraient  encore  imprimer  des 
traces  de  leur  existence  sur  les  sédiments 
Ans  des  plages  tranquilles  et  vaseuses.  En 
été,  un  grand  nombre  d'acalèphes  des  genres 
cyanea  et  rhizostoma  sont  jetés  sur  les  côtes. 
Ceux  qui  entrent  dans  ce  golfe,  avec  les 
dernières  très-hautes  marées  d'une  époque 
de  syzygies  ou  d'équinoxe,  sont  abandonnés 
sur  la  vase  molle,  où  leur  pesanteur  spéci- 
fique imprime  sa  place  et  forme  une  em* 
])reinto.  Si  la  marée,  pendant  les  mortes 
eaux,  n'atteint  pas  le  .:eu  où  l'acalèphe  est 
déposé,  il  se  décompose  d'abord,  se  fond 
entièrement,  en  laissant,  en  creux  sur  la 
vase,  l'empreinte  bien  distincte  de  toutes 
ses  parties.  Pendant  douze,  quelquefois 
vingt-quatre  jours  d'intervalle  et  même 
beaucoup  plus,  la  marée  suivante  n'est  pas 
aussi  forte  que  la  première;  et  si  elle  n  est 
pas  poussée  par  le  vent,  ta  vase  exposée  ^ 
l'air  se  dessèche  au  solei! ,  en  con*'" 


971 


COU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COU 


57i 


toutes  les  empreintes  de  sa  surface,  comiutr 
les  pas  des  animaux  riverains,  les  acalèphes 
ou  tout  autre  objet.  Lorsque  la  marée  cou- 
rre enQn  ces  plages  de  vase,  en  apportant 
de  nouveaux  sédiments,  elle  passe  à  Ja  sur- 
face durcie,  sans  détruire  les  empreintes,  et 
revêt  le  tout  d'une  nouvelle  couche  ;  mais, 
comme  les  points  en  creux  sont  disposés  de 
manière  à  recevoir  les  sédiments  les  plus 
lourds,  ils  sont  presque  toujours  remplis 
de  parties  sableuses  des  plus  fines ,  tandis 
que  les  derniers  sédiments  laissés  sur  le 
rivage  sont  ordinairement  les  plus  légers; 
ce  qui  forme  des  couches  en  plaquettes.  11 
résulte    évidemment  de  ce  mode  de  dépôt 

aue,  si  les  plages  vaseuses  de  rAiguilton 
evenaieitt  fossiles,  elles  pourraient  conser- 
ver, entre  les  couches,  non-seulement  les 
animaux  entiers  de  toutes  les  natures,  tels 
que  mammifères,  oiseaux,  reptiles,  pois- 
sons, crustacés,  insectes»  moUusques,  les 
empreintes  des  animaux  gélatineux,  tels 
que  les  acalèphes,  mais  encore  les  emprein- 
les  physiologiques  des  pas  d'animaux  qui  y 
ont  marché,  et  môme  jusqu'aux  fortes  gout- 
tes de  pluie»  dont  nous  avons  souvent  ob- 
servé les  traces  sur  la  vase  sèche.  On  voit 
que  celte  plage  tranquille  nous  explique,  à 
Ja  fois,  le  mode  de  conservation  des  parties 
animales  les  plus  fs^iles  à  se  décomposer,  et 
nous  indique  comment  ont  pu  se  conserver, 
jusqu'à  nos  jours,- les  empreintes  physiolo^ 
ç'ques  et  les  empreintes  physiques  oui  ont 
tant  étonné  les  géologues,  lorsqu'ils  les  ont 
découvertes  dans  les  couches  terrestres. 

Pour  l^s  coquiltes.  flottantes^  comme  les 
naïUiiuSf  les  spirula^  les  sepia^  elles  ont 
beaucoup  plus  de  chances  de  conservation. 
En  effet,,  connaissant  la  fragilité  de  la  co- 

3uille  de  la  spirula^  on  a  été  très-étonné 
en  ti;ouver  un  nombre  considérable  d'en^ 
tières  et  de  brisées,  jetées  pèle-môlu  sur  tes 
cailloux  de  la  plage  agitée  de  l'île  de  Téné- 
riffe.  Ce  fait  actuel,  appliqué  aux  coquilles 
des  nombreux  céphalopodes  renfermés  dans 
les  couches  terrestres»  nous  prouve  qu'elles 
ont  pu.  se  conserver  sur  Ipute  espèce  de  ri- 
vage. On  conçoit,  cependant,,  qu'elles  doi- 
vent être  d'autant  plus  intactes  qu'elles  ont 
été  déposées  sur  des  côtes  formées  dQ  sédi-> 
roents  plus  fins,  moins  agités  ;  et  les  plages 
vaseuses  sont  encore  les  plus  propres  à  cette 
conservation,  ce  qu'on  remarque,  en  effet,, 
dans  les  couphes  sédimentaires  du  globe.  Ce 
fait  actuel  peut  donner  la  certitude  que  les 
coquilles  flpttantes  des  céphalopodes  n'on^ 
pu  se  déposer  e^  grand  nombre  dans  les 
couches  que  sur  le  littoral,  au  niveau  des 
hautes  marées.  C'est  peut-être  un  des  plus 
importants  dans  son  application;  car  il 
pourra  nous  donner  les  moyens  de  retrou-. 
ver,  dans  ces  couches,  les  anciennes  lignes 
littorales  de  toutes  les  époques  géologiques 
qui  se  sont  succédé  depuis  la  première  ani'^. 
malisation  de  la  surface  terrestre. 

V.  est  pourtant  des  circonstances  où  les 
fociuilles  flottantes  peuvent  perdre  leur  pro- 
priété; c'est  lorsque,  par  exemple,  formé  de 
(«cties  calcaires  et  cornées,  le  siphon  qui 


traverse  toutes  les  loges  aériennes,  s'altère* 
par  le  séjour  prolonge  dans  les  eaux,  de  ma- 
nière à  y  laisser  pénétrer  rélémenl  aqucui. 
Une  fracture  occasionnée  par  un  choc  peut 
produire  le  même  effet  ;  mais  alors  on  ne 
trouvera  que  de  rares  coquilles  isolées,  et 
jamais  on  n'en  rencontrera  sur  le  même 
point  un  nombre  considérable. 

Si  une  coquille  a  cessé  de  flotter,  lorsque 
l'air  s'échappe  de  ses  loges,  on  conçoit  qu'il 
en  sera  de  même  pour  ranimai  flottant.  En 
effet,  pendant  la  durée  de  la  putréfaction, 
s'il  n'est  pas  jeté  sur  quelque  côte,  ce  qui 
suppose  une  mer  dépourvue  de  vents,  et 

3u  il  ait,  au  sein  des  eaux,  le  temps  de  so 
ésorganiser,  soit  par  les  morsures  des  au- 
tres animaux  voraces  qui  peuvent  l'entamer, 
soit  par  le  seul  fait  de  la  désorganisation, 
les  diverses  parties  se  séparent  et  tombent 
les  unes  après  les  autres  où  elles  se  trou- 
vent; c'est-à-dire  près  ou  loin  des  côtes,  ces 
circonstances  suffisent  pour   expliquer  la 
présence  des  coquilles  flottantes  isolées  et 
des  quelques  ossements  d'animaui  verté- 
brés, dans  les  sédiments  déposés  au  fond  des 
mers;  mais  alors  il  doit  être  presque  im- 
possible qu'un  animal  s'y  trouve  entier; 
tandis  que  tout  porte  à  croire  que  les  parties 
osseuses  y  tombent  séparées  les  unes  des 
autres. 

Des  animaux  non  flottants.  —  Nous  avons 
dit  que  les  animaux  flottants,  lorsqu'ils  sont 
décomposés,  se  désorganisent  et  que  leurs 
parties  séparées  subissent  le  même  mode  de 
répartition  que  les  sédiments  ordinaires. 
Voyons  maintenant  ce  que  deviennent  les 
animaux  qui  ne  flottent  jamais,  lors  même 
qu'ils  sont  entiers.  De  ce  nombre  sont  pres- 
que tous  les  crustacés,  les  échinodermes,'  et 
sans  exception,  tous  les  moUusques  k  co^ 
quille  et  les  polvpiers. 

Dans  les  phénomènes  actuels,  il  est  des 
circonstances  où,  sans  le  concours  d'aucune 
perturbation,  des  animaux  peuvent  être  en- 
veloppés de  sédiments,  dans  leur  posilion 
normale  d'existence.  Les  coquilles  bivalves 
qui  vivent  profondément  enfoncées,  sans 
pouvoir  changer  de  lieu,  comme  les  solen^ 
les  hvignons^  les  mya^  sont  dans  ce  cas.  Si 
elles  meurent  de  vieillesse  en  place,  et  que 
les  sédiments  ne  soient  pas  remués,  elles  y 
restent  enfouies  et  peuvent  devenir  fossiles 
dans  celte  position.  C'est,  en  effet,  ce  qu'on 
a  vu  au  -  dessus  de  Marans ,   près  de  l'Ile 
d'Elle  (Vendée),  lorsqu'on  a  creusé,  en  1837, 
un  nouveau  lit  è  la  rivière  de  Vendée.  Bien 
que  ce  point  soit  aujourd'hui  à  plus  de  seize 
kilomètres  de  la  mer,  il  nous  a  montré,  dans 
fa  tranchée  un  nombre  considérable  de  (ari- 
^non5,  dans  leur  position  normale,  tels  qu'ils 
vivent  sur  le  littoral  voisin,  dans  le  golfe 
d'Aiguillon.  On  peut  reconnaître  les  coquil- 
les en  place,  enveloppées  de  cette  manière, 
à  leur  position  respective  dans  les  couches. 
D'abord  elles  sont  presque  toutes  de  même 
taille;  et,   comme  elles  meurent  les  unes 
après  les  autres,  dans  les    sédiments  qui 
s  augmentent  toujours ,  elles  y  sont  dissé- 
minées à  diverses  hauteurs,  ainsi  qu'on  le 


573 


COtl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COU 


57*=' 


roit  souvent  pour  certaines  pholadomya^ 
dans  les  couches  fossilifères. 

Les  coquilles  bivalves  peuvent  Être  enve- 
loppées dans  des  sédiments,  et  périr  fortui- 
tement dans  leur  position  normale,  par  la 
seule  perturbation  qu^apportent  une  tem- 
pête, un  coup  de  vent,  ou  seulement  la  du- 
rée du  vent,  dans  une  seule  direction.  On 
observe  plusieurs  exemples  de  ce  genre  sur 
le  littoral  de  la  France. 

Un  coup  de  vent  avait,  depuis  plusieurs 
années,  couvert  d*une  couche  épaisse  de  sé- 
diments tout  rintervalle  compris  entre  le 
rocher  du  Cob  et  le  village  du  Viel ,  fie  de 
Noirmoutiers  (Vendée),  et  anéanti  simulta- 
nément toutes  les  nombreuses  huttres,  les 
solens  et  les  autres  coquillages  de  cette  côte, 
que  les  habitants  avaient  coutume  d'v  trou- 
ver. Le  même  agent  devait  nous  le  dévoiler. 
En  effet,  dans  un  gros  temps,  les  vents  enle- 
vèrent de  nouveau  les  sédiments  ;  et  alors, 
nous  observâmes,  au  môme  niveau,  dans 
leur  position  normale  verticale,  un  nombre 
considérable  de  solens  et  d'autres  bivalves, 
dont  la  coquille  venait  saillir  à  la  surface  du 
sol. 

Les  animaux  non  flottants  sont  souvent 
enlevés  de  leur  habitation  ordinaire  parles 
perturbations  naturelles,  comme  les  coups 
de  vent,  les  tempêtes.  Les  coquilles  et  les 
crustacés,  blessés  par  le  choc  de  la  lame, 
sont  alors  enlevés  des  rochers  et  transportés 
au  loin.  Alors  aussi,  les  coquilles  enfoncées 
dans  le  sable,  dans  la  vase,  telles  que  les 
bivalves  {venus ^  tellina^  etc.],  les  natica  et 
autres  gastéropodes  des  sables,  sont  rame- 
nés à  la  surface  et  poussés  avec  violence  sur 
la  o^te,  ou  forment  des  amas,  entre  les 
bancs  de  sable.  Les  animaux  qui  ne  sont 
pas  trop  blessés  tâchent,  lorsque  le  mouve- 
ment cesse,  de  regagner  leur  élément  natu- 
rel ;  mais  le  plus  grand  nombre  des  corps 
ftous-marins  enlevés  de  cette  manière  pé- 
rissent et  subissent,  en  raison  de  leur  pesan- 
teur, les  mêmes  lois  de  distribution  que  les 
sédiments. 

Les  coquilles  lourdes ,  les  coraux,  qu'ils 
noient  entraînés  par  les  courants,  ou  pous- 
sés par  la  vague,  suivent  la  même  réparti- 
tion que  les  cailloux;  ils  sont  rarement 
transportes  au  large,  et  restent  plus  particu- 
lièrement soit  près  des  rivages,  soit  sur  le 
lieu  où  ils  ont  vécu.  Lorsqu  ils  sont  jetés  à 
la  côte,  ils  subissent  la  même  usure  que  les 
ra  if  toux,  et  se  trouvent  pêle-mêle  avec  les 
cailloux  et  les  ossements,  sans  former  de  lits 
horizontaux  bien  marqués. 

Les  coquilles  plus  légères,  les  coraux  de 
petite  dimension,  suivent  les  sédiments  de 
même  pesanteur,  et  vont  généralement  for- 
mer des  bancs  avec  les  sables,  ou  sont  jetés 
sur  la  côte.  Ils  se  conservent  d'autant  mieux 
qu*ils  sont  moins  roulés,  ou  qu'ils  sont  plus 
promçtement  soustraits  à  l'action  désorga- 
nisatrice  de  Tair  et  de  l'eau.  Les  coquilles 
exposées  k  l'air  sur  le  rivage,  se  décompo- 
sent assez  promptement;  leur  couleur,  leur 
é'pidermc  nisparaissent;  elles  pt*rdent  en- 
suite des  condiCb  de  leur  le^t,  et  Gniseent 


par  se  détruire  entièrement,  dans  un  laps 
de  temps  assez  court.  Celles  qui  restent  ex- 
posées à  l'action  de  l'eau  s'anéantissent  en- 
core, même  sans  subir  de  frottement.  Il  n'y 
a  que  les  coquilles  enveloppées  de  sédi- 
ments qui  se  conservent  actuellement, 
comme  se  sont  conservés ,  dans  les  temps 

[>assés,  les  êtres  de  toutes  les  époques  géo- 
ogiques. 

Les  animaux,  ou  leurs  restes  solides  les 
plus  légers,  sont  aussi  transportés  avec  les 
sédiments  de  même  densité.  Ils  vont  se  dé- 

f>oser  dans  les  profondeurs  des  mers,  sur 
es  fonds  tranquilles  et  sur  les  côtes  des 
golfes.  Dans  les  profondeurs  des  mers,  ils 
seront  A  l'abri  des  causes  naturelles  fortuites; 
sur  les  foi'ids  tranquilles,  ils  pourront,  quelle 
que  soit  leur  fragilité,  se  conserver  intacts 
pour  l'avenir,  comme  nous  l'avons  vu  pour 
les  animaux  .flottants,  jetés  dans  un  golfe 
couvert  de  sédiments. 

Comme  les  coquilles  et  les  coraux  sont, 
en  général,  un  peu  plus  lourds  que  le  sable,* 
ou  tout  au  moins  d'un  volume  différent, 
transportés  par  les  courants,  ils  forment,  le- 
plus  souvent,  ces  bancs  sous-marins,   si- 
connus  des  navigateurs  et  des  ingénieurs 
hydrographes,  et  qui  couvrent  les  côtes  de 
presque  tous  les  atterrages  du  monde.  Les 
coquilles  sont  alors  placées  par  les  eaux 
dans  la  position  la  plus  favorable  à  l'équi- 
libre de  l'ensemble,  ce  qui  fait  distinguer, 
dans  les  couches  fossiles,  ces  bancs  soÛ5- 
marins  des  lits  de  coquilles  jetés  sur  la  côte, 
par  la  vague,  où  règne  le  plus  grand  dé- 
sordre. 

Les  perturbations  naturelles  tendent  éga<^ 
lement,  comme  nous  Tavons  vu,  à  les  sépa- 
rer par  assises,  par  lits  horizontaux  distincte, 
en  les  laissant  au-dessous  des  sédiments  plus 
légers;  ainsi,  toute  espèce  de  mouvement 
sous-marin  occasionné»  soit  par  les  courants, 
soit  par  les  perturbations  naturelles,  tend 
toujours  à  séparer  les  corps  suivant  leur 
nature,  comme  on  le  voit  si  souvent  dans 
les  couches  terrestres. 

Il  est  cependant  deux  circonstances  où  les 
corps  organisés  et  les  coquilles  de  toute 
dimension ,  pourront  se  trouver  ensemble 
l'une  déterminée  par  le  mouvement,  l'autre 
produite  par  la  tranquillité  des  eaux. 

Le  mouvement  des  eaux  amène  à  la  fois, 
sur  toutes  les  côtes,  des  animaux  et  leurs 
restes  solides,  quelles  que  soient  d'ailleurs 
leurs  dimensions.  En  effet ,  les  ossements 
d'un  mamm  itère  se  trouvent  près  des  plus 

(grosses  coquilles,  ou  entourés  des  coquilles 
es  plus  légères,  ainsi  qu'on  peut  Tobservcr 
au  niveau  de  la  vague,  sur  les  côtes  de  toutes 
les  natures,  de  galets ,  de  sable  et  même  de 
sédiments  vaseux.  Aux  parties  usées  et  rou- 
lées par  'es  eaux,  et  à  l'espèce  de  désordro 
qui  règne  parmi  cet  assemblage,  relative- 
ment à  la  position  respective  des  corps,  par 
rapport  à  leur  forme,  on  peut  de  suite  re- 
connattrc  qu'ils  ont  été  poussés  par  une  force 
active  qui  les  a  placés ,  souvent  dans  une 
position  contraire  à  l'équilibre  des  parties; 
et  ce  caractère  fera  toujours  distyiguer  um 


57S 


COU 


DICTiONNUftE  D£  COSMOGONIE 


COU 


a/& 


côte  sous  Faction  de  la  vague ,  du  lond  d*une 
mer  tranquille ,  oii  les  êtres  prennent  inva- 
riablement la  position  que  leur  assigne  ri- 
goureusement Téquilibre  de  Tensemble,  à 
moins  qu'ils  ne  restent  dans  leur  position 
normale  d*ex]stence. 

La  tranquillité  des  eaux»  avons-nous  dit, 
peut  également  laisser,  près  les  uns  des  au- 
tres, des  restes  organises  de  urande  dimen- 
sion, et  les  parties  les  plus  légères.  Voici 
dans  quelles  circonstances.  Quand  une  grosse 
coquille  d'un  poids  déterminé  vit  sur  des 
sédiments  assez  fins  et  y  meurt,  si  fac- 
tion du  courant,  assez  forte  sur  ce  point, 
pour  transporter  des  sédiments  fins,  ne  Test 
pas  assez  pour  déplacer  la  coquille,  elle 
restera  nécessairement  au  milieu  des  corps 
organisés  les  plus  petits.  La  réunion  sera 
d'autant  plus  variée  et  d'autant  plus  dispa- 
rate, que  la  tranquillité  est  plus  grande; 
car  alors,  tous  les  animaux  non  susceptibles 
de  flotter  par  la  putréfaction ,  tels  que  les 
crustacés,  les  oursins,  les  astéries  même, 
demeureront  sur  la  place  où  ils  sont  morts, 
et  se  conserveront  intacts  ,  comme  on  le 
voif,  par  exemple,  dans  la  craie  blanche 
do  Paris  5  mais  en  ce  cas,  tous  ces  corps  se- 
ront non  roulés,  et  dans  une  position  rela- 
tive à  Téquilibrede  leurs  formes  respectives, 
ou  dans  leur  position  normale  d'existence. 

En  nous  résumant  sur  la  manière  dont 
les  animaux  entiers,  ou  les  diverses  parties 
d'un  animal  mort,  ont  pu  se  soustraire  à 
Faction  désorganisatrice  des  agents  eité- 
•*ieurs,  nous  verrons  que  leur  conservation 
iépend  essentiellement,  et  dans  toutes  les 
«ireoqstances,  des  milieux  qui  les  environ- 
nent, à  Tinstant  où  ils  cessent  d'exister. 
Les  eaux  servant  de  conducteur  pour  le 
transport  des  sédiments,  sont  les  milieux 
les  plus  favorables;  aussi  trouve-t-on  que  la 
presque  totalité  des  corps  organisés  fossiles 
se  sont  conservés  sous  l'action  immédiate 
de  cet  important  agent,  et  qu'ils  sont  ren- 
fermés au  sein  des  couches  géologiques, 
lians  les  roches  sédiraentaires.  Nous  verrons 
encore  que,  suivant  leur  nature  flottante  ou 
non  flottante,  suivant  leur  mode  de  conserva- 
lion,  ils  peuvent,  dans  les  couches  géologi- 
ques ,  faire  parfaitement  reconnaître  sous 
quelles  influences  ils  ont  dû  se  déposer  sur 
le  littoral,  au  niveau  et  au-dessous  des  ma- 
rées, ou  dans  les  orofondeurs  des  mers. 

i  V.  —  De  la  répartition   geographime  et 
isotherme  des  êtres  marins. 

Après  avoir  étudié  la  répartition,  dans  es 
merSf  des  ôtres  inanimés,  morts,  qui,  comme 
des  corps  inertes,  vont  où  les  poussent  les 
divers  a  ^ents,  voyons  ce  que  les  habitudes, 
la  manière  de  vivre  des  animaux  marins 
pourront  nous  ofl'rir  de  particulier  et  de 
spécial,  d'après  leur  milieu  d'existence, 
leurs  nécessités  vitales,  etc. 

L'étuda  de  la  distribution  géographique 
des  animaux  est  d'une  immense  importance 
en  paléontologie,  puisque,  procédant  du 
connu  h  l'inconnu»  elle  est  destinée  à  nous 
T^ivrfJer,  jjar  les  lois  qui  {^résident  aujour- 


dhui,  à    la  distribution   géographique  et 
isotherme  des  êtres  vivants ,  ce  aui  s'est 
manifesté  aux  diverses  époques  de  î'aniraa- 
lisation  de  notre  globe.  C'est,  en  eflet,  dans 
cette  distribution  géographique,  que  la  pa- 
léontologie générale  doit  puiser  des  rensei- 
gnements sur  les  conditions  d'existence  des 
espèces  perdues.  Sans  cette  connaissance 
préalable,  toutes  les  comparaisons  qu'on 
pourrait  faire ,  toutes  les  déductions  qu'on 
pourrait  tirer,  n'étant  pas  appuyées  sur  dès 
laits  positifs,  incontestables,  l'édifice  péche- 
rait par  la  base  et  croulerait  infailliblement. 
Des  recherches  positives  à  cet  égard  peuvent 
seules  expliquer  la  formation,  surtout  des 
couches  cies  terrains  tertiaires.  On  a  sans 
doute  écrit  beaucoup  de  théories  sur  les  dér 
pots  tertiaires  les  plus  rapprochés  de  nous, 
et  dès  lors  dans  les  conditions  actuelles; 
mais  si  Ton  veut  arriver  à  des  solutions 
réellement  satisfaisantes,  la  marche  positive 
de  la  science  exige  qu'on  remplace  cfcs  sup-^ 
positions,  souvent  hasardées,  par  le  résultai 
de  l'observation  immédiate 

Comme  les  animaux  marins  ont  des  habi- 
tudes très-difl'érentes,  qui  influent  sur  leur 
mode  de  distribution ,  nous  les  diviserons 
en  deux  séries,  selon  qu'ils  vivent  seulement 
au  milieu  des  mers,  et  sont  pélagiens;  ou 
qu'ils  restent  sur  le  littoral,  et  sont  esscn* 
tiellement  côtiers. 

Nous  avons  appelé  anitnQxix  pélagiens^ 
tous  ceux  que  leurs  habitudes  retienuent 
constamment  au  large,  dans  les  océans, et 
qui  ne  s'approchent  des  côtes  que  par  des 
causes  fortuites.  De  ce  nombre  sont  beaucoup 
de  poissons,  de  mollusques  céphalopodes  et 
et  ptéropodes.  Les  études  spéciales  q^ui  ont 
été  faites  à  leur  égard  ont  démontre  que, 
malgré  le  nombre  des  espèces  qui  passent 
indifféremment  d'un  océan  à  l'autre,  plus 
des  deux  tiers  du  nombre  des  espèces  de 
chaque  océan  lui  sont  spéciales.  Ces  nom- 
bres prouvent  que  des  limites  fixes  d'habi-» 
tation  existent  encore  pour  des  animaux 
que  leur  puissance  de  locomotion,  leurs 
mœurs  pélagiennes  devraient  répartir  à  la 
fois  au  sein  de  toutes  les  mers ,  si  le  cap 
Horn  d'un  côté,  le  cap  de  Bonne-Espérance 
de  l'autre,  n*étaient  pas  dans  une  position 
méridionale,  tout  à  fait  en  dehors  de  la  zone 
torryJe  qu'l^abitent  presque  toutes  les  espèces, 
et  no  leur  opposaient  des  barrières  infran- 
chissables, 

Pour  arriver  à  reconnaître  si  la  tempéra- 
ture influe  sur  \à  répartition  des  céphalopo- 
des connus,  on  les  a  divisés  en  trois  zones: 
pour  ia  zone  chaude  78  espèces,  pour  la 
zone  tempérée  35,  et  pour  ia  zone  froide  7. 
Celte  ditférence  dans  ks  résultats  a  prouvé 
que  l'unité  de  température  osl,  plus  que  les 
autres  agents,  la  véritable  base  deladislri- 
bution  géographique  des  animaux  des  hautes 
mers.  On  peut  ajouter  qu*on  les  trouve 
d'autant  plus  variés  dans  leurs  formes,  d'au- 
tant plus  nombreux  en  espèces,  qu*on  s*ap» 
proche  davantage  des  régions  chaudes. 

Ce  qui  précède  démontre  que  chaque 
mer  et  rhaïuo  région  de  température  \\^ 


377 


COU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COC 


S78 


mers  peut  aroir  ses  espèces  particnlièrcs,  et 
(lis  lors  influer  sur  !a  nature  actuelle  des 
espèces  qui  s*y  déposent.  En  effet,  les  cé- 
phalopodes, les  pteropodes  qui  meurent  au 
sein  des  eaux,  et  dont  les  restes  tombent 
dans  la  mer,  doivent  nécessairement,  sui- 
Tant  cette  répartition,  donner  en  même 
temps,  dans  chaque  mer  ou  dans  chaque  ré- 
l^ion  des  mers,  un  ensemble  d'espèces  dif- 
lérentes  et  qu'on  pourrait  regarder,  pour  les 
faunes  perdues  de  l'époque  tertiaire,  comme 
appartenant  à  une  époque  géologique  dis- 
tincte. 

Les  animaux  edtien  sont,  pour  nous,  ceux 
qui  vivent  constamment  sur  le  littoral,  et 
que  leurs  habitudes  attachent  plus  particu^ 
lièrement  au  sol  sous-marin,  quelle  qu'en 
soit  la  nature.  Néanmoins  les  animaux  cô- 
tiers  ne  vivent  pas  indifféremment  partout; 
et  les  recherches  qui  ont  été  faites  pour  dé- 
conrrlr  les  lois  qui  président  à  leur  distri- 
lutioQ  sur  les  côtes  ont  prouvé  que  quatre 
genres  d'influences  a^^issent  simultanément 
ou  se  Jurement  sur  cette  répartition  :  les 
rcuranis,  la  température^  la  configuration^ 
l'i  nature  des  côtes,  et  le  nireau  de  prof  on- 
iirur  sp/ciat  à  C habitat  ion  de  chaque  espèce. 
Nous  examinerons  chacune  de  ces  influen- 
ces en  particulier. 

Les  courants.  —  On  a  beaucoup  exagéré 
rimportance  des  courants  dans  les  caufes 
gr'olo^ques,  en  leur  attribuant  des  effets 
qu'ils  n'ont  pas,  et  qu'ils  ne  peuvent  avoir. 
On  a  supposé,  par  exemple,  que  si  l'isthme 
i]fr  Panama  se  rompait,  des  courants  pour- 
raient amener  sur  nos  côtes  des  animaux 
marins  de  l'Amérique.  Si  l'isthme  de  Pana- 
ma   se  rompait,  qu'arriverait-il?  Les  ani- 
maux pélagiens  et  quelques  animaux  côtiers 
lies  deux  mers  se  mélangeraient»  sur  le  lit- 
toral   voisin,    sous   l'action  de  ce  nouvel 
azcnt,    et  constitueraient  une  faune  com- 
V'.exe;  mais  la  grande  quantité  d'espèces 
ilentiques   prouverait  toujours    leur  con- 
lemporanéité,  sans  amener  d'autre  change- 
ment.  En  supposant  même  que  ce  couran 
I  ortât  directement  de  l'Amérique  sur  l'Eu- 
rope, il  ne  pourrait  tout  au  plus  charrier 
«fue  des  restes  flottants  non  décomposables 
dans  Teau,  tels  que  les  bois  et  les  graines  ; 
i-ar,  pour  au'il  pût  entraîner  des  êtres  sous  ^ 
marins,  tels  oue  des  coquilles  non  flottan- 
tîntes,  il  fouarait  que  toute  la  profondeur 
(;»?s   mers   comprise   dans   l'intervalle  fût 
comblée  et  nivelée,  sans  cela  les  sédiments 
transportés  resteraient  en  roule  et  s'arrête- 
raient où  la  profondeur  de  l'action  des  cou- 
rants cesse  oe  se  bire  sentir.  Comme  on  le 
voit  sur  nos  côtes,  les  courants  n'ont  d'action 
que  sur  le  littoral,  et  seulement  dans  leurs 
[»arties  les  moins  profondes.  Cette  action  ne 
ffC-at,  en  aucune  manière,  avoir  d'influence 
<i'un  continent  à  Tautre,  lorsqu'une   mer 
i:rr»fonde  les  sépare. 

Dans  les  circonstances  actuelles,  quelle 
<iue  soit  la  force  des  courants,  la  profondeur 
r.'unc  mer  est,  pour  les  animaux  côtiers, 
ir:e  barrière  aussi  infranchissable  que  les 
;.;; iTj^lc^  lignes  continentales.  L'action  pas- 


sive de  ces  profondeurs  est  de  séf^arer,  de 
cantonner  les  êtres  marins  des  côtes,  et  d'en 
former  des  faunes  distinctes  et  pourtant 
contemporaines.  La  faune  marine  tropicale 
des  côtes  d'Afrique  diffère  autant  de  la  faune 
des  côtes  de  l'Amérique,  placée  sous  la 
même  température,  que  les  deux  faunes 
côtières  de  l'Amérique  Méridionale  propres 
au  Grand  Océan  et  à  l'Océan  Atlantique,  que 
sépare  tout  le  continent  américain.  La  faune 
des  fies  Gallopagos  diffère  entièrement  de  la 
faune  du  continent  américain  voisin.  La 
faune  des  îles  Sandwich  et  des  autres  îles 
océaniennes  est  également  particulière. 

On  ne  trouve  généralement  les  mêmes 
êtres  que  lorsqu'il  j  a  identité  de  tempéra- 
ture, et  une  cote  non  interrompue  sur  la- 
quelle ils  ont  pu  se  pronager  au  loin.  Plus 
on  avance  dans  les  recnerches  géographi- 
ques comj  arées  et  positives,  et  plus  cette 
loi  vient  se  confirmer.  Nous  insistons  sur  ce 
fait  qui  peut  recevoir  une  application  im- 
portante en  paléontologie. 

Il  se  passe,  néanmoins,  sur  toutes  les  cô- 
tes très-étendues  en  latitude,  des  phénomè- 
nes déterminés  par  les  courants  :  nous  al- 
lons chercher  à  les  définir. 

En  retraçant  ici  les  résultats  obtenus  sur 
une  large  échelle  par  des  recherches  relati- 
ves aux  mollusques  côtiers  de  l'Amérique 
Méridionale,  nous  dirons  qne,  d'après  la 
carte  du  Mouvement  des  eaux  à  la  surface  de 
la  mer^  que  M.  Buperrej  a  publiée  en  1831, 
on  reconnaît  qu'un  immense  courant,  parti 
des  régions  polaires  du  Grand  Océan  com- 
prises entre  le  135' et  le  165'  degré  de  longi- 
tude occidentale,  et  se  dirigeant  au  sud-est, 
vient  se  heurter  contre  le  littoral  de  TAméri- 
Que  Méridionale,  à  la  hauteur  de  l'archipel 
ue  Cliiloé,  où  il  se  sépare  en  deux  bras.  Le 

f>lLS  considérable  suit,  du  sud  au  nord,  le 
ittoral  de  l'Amérique  jusqu'à  quelques  de- 
grés au  sud  de  léquateur.  où  il  tourne  a 
l'ouest,  dans  la  direction  des  lies  de  la  So* 
ciélé.  Le  second  bras  suit,  au  contraire,  vers 
le  sud  ;  une  petite  partie  {lasse  k  l'est,  par  le 
détroit  de  Magellan  ;  l'autre  bras,  dirigé  de 
l'ouest  à  l'est,  va  doubler  le  cap  Horn,  d*où 
il  se  divise  encore.  Un  bras  se  rend  aux  lies 
Malouines,  tandis  que  l'autre  *  en  faisant  des 
remous,  rejoint  les  eaux  qui  ont  passé  par 
le  détroit  de  Magellan,  pour  suivre  au  nord 
le  littoral  de  la  Patagonie,  de  la  Plata  et  du 
Brésil.  On  voit  donc  que  les  courants  gé- 
néraux se  heurtent  et  se  séparent  sur  lea 
régions  froides  de  l'extrémité  méridionale 
de  l'Amérique,  et  longent  parallèlement,  eh 
marchant  vers  le  nord,  les  deux  côtes  de  ce 
continent. 

Par  leur  action  continuelle  dans  une 
même  direction,  les  courants  généraux  ten-s 
dent  h  répandre,  sur  tous  les  points  du 
littoral  où  ils  passent,  les  animaux  côtiepa 
qui  peuvent  supporter  une  grapde  diffé-i 
rence  de  température.  Ils  neutenl  aussi, 
en  transportant  des  eaux  iroides  vers  des 
points  où^a  zone  de  latitude  devait  donner 
une  lemjïérature  élevée,  changer  tout  à  fait 
la  rature  des  faunes.  Le  si^horaria  Lesscnii^ 


5T9 


tOU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGOfnE 


COU 


280 


Îui  suif,  en  effet,  à  la  fois,  les  deux  cotes 
e  TAroériciue»  depuis  leur  point  de  départ, 
sur  toute  1  extension  des  courants,  en  est 
une  preuve.  Dans  TOcéan  Atlantique,  huit 
espèces  suivent  les  courants  généraux  des 
côtes  de  la  Patagonie  jusqu'aux  Antilles ,  où, 
sur  rimmense  étendue  de  soixante-dix  de- 
grés en  latitude,  neuf  en  parcourent  seule- 
ment vingt,  de  la  Pata^onie  aux  limites  tro- 
picales. Dans  le  Grand  Océan,  dix-neuf  es- 
pèces habitent,  sons  cette  influence,  vingt- 
deux  degrés  tn  latitude,  en  traversant 
plusieurs  zones  de  chaleur  différente,  tan- 
dis qu'elles  cessent  d'exister  aux  dernières 
limites  septentrionales  de  ces  mêmes  cou* 
rants,  comme  on  le  voit  pour  la  faune  du 
Callao. 

Une  preuve  incontestao^e  de  celte  action 
des  courants  se  trouve  dans  la  limite  d'ha- 
bitation des  êtres  côtiers  qu'ils  transportent. 
Far  rapport  à  la  latitude.  Les  courants  de 
Océan  Atlantique  perdent,  au  34*  degré, 
leur  force  continuelle  ;  aussi  la  faune  tro- 
picale commence-t-elle  à  paraître  au  23' 
degré,  et  la  faune  des  régions  tempérées  ne 
montre  plus,  au  delà,  que  quelques  espèces 
plus  inaifîérentes  à  la  température. 

Les  courants  du  Grand  Océan  conservent, 
au  contraire,  la  même  force  jusqu'au  delà 
du  i2'  degré  de  latitude,  en  portant  avec 
violence,  du  sud  au  nord,  des  eaux  froides 
sur  tout  leur  passage.  Il  en  résulte  que  les 
espèces  de  mollusques  côtiers  des  régions 
tempérées  j  sont  transportées  jusqu'à  douze 
degrés  en  dedans  du  tropique  du  Capri- 
corne, comme  on  le  voit  au  Callao,  port  de 
Lima.  On  doit  donc  attribuer  aux  courants 
généraux  cette  influence  d'inégale  valeur 
qui  entraînent  les  mollusques  côtiers  des 
régions  froides  et  tempérées,  d'un  côté,  jus- 
qu'à neuf  degrés  seulement  en  dedans  des 
tropiques,  et  de  l'autre  jusqu'à  la  fin  de  la 
zone  équatoriale  de  l'hémisphère  opposé. 

Si  l'action  incessante  des  courants  a,  le 
plus  souvent,  pour  effet  d'étendre  les  limites 
des  faunes  côtières,  il  lui  est,  au  contraire, 
quelquefois  réservé  de  les  limiter. 

On  doit,  par  exemple,  à  l'action  combinée 
des  courants  et  de  la  température,  la  sépa- 
ration de  toutes  les  espèces  des  deux  faunes 
parallèles  de  TAmérique  méridionale,  l'une 
propre  au  Grand  Océan,  l'autre  à  l'Océan 
Atlantique.  Ce  sont  évidemment  ces  cou- 
rants glacés  du  Grand  Océan,  venant  du  pôle 
et  contournant  reilrémité  du  c^n  Horn , 
qui,  en  passant  dans  l'Océan  Atlantique, 
séparent  nettement  les  deux  faunes  améri- 
caines si  distinctes. 

Le  fait  le  plus  important  est,  sans  contre- 
dit, celui  qui  a  été  observé  entre  le  Callao 
et  Peyta  (Pérou).  En  effet,  tant  que  les  cou- 
rants généraux  suivent,  du  sud  au  nord,  les 
côtes  du  Grand  Océan,  ils  refroidissent  tel* 
lement  les  eaux  qui  les  baignent,  que  les 
mollusques  des  réij;ions  froides  et  tempérées 
sont  portés  jusqu  à  neuf  degrés  en  dedans 
du  tropique  du  capricorne;  mais  dans  les 

J  garages  compris  entre  le  Callao  et  Pe.yta,  à 
'instant  oti  les  courants  tournent  brusque- 


ment à  l'ouest  et  al>andonaeni  les  côtes 
américaines,  la  température  reprend  im- 
médiatement son  influence,  et  1  on  trouve 
tout  de  suite  une  faune  toute  fait  diffé- 
rente, propre  aux  régions  chaudes. 

En  résumant  ces  résultats  opposés  les  uns 
aux  autres,  on  voit  que  si,  par  la  continuité 
de  leur  action,  les  courants  tendent  à  répan- 
dre les  mollusaues  côtiers  en  dehors  de  leurs 
limites  naturelles  de  latitude,  ainsi  qu'on  le 
voit  sur  les  deux  côtes  de  l'Amérique  mé- 
ridionale, lorsqu'ils  doublent  un  cap  avancé 
vers  le  pôle,  comme  le  cap  Horn,  ou  encore, 
lorsqu'ils  abandonnent  brusquement  les 
côtes,  dans  des  régions  chaudes,  comme  ils 
le  font  au  nord  du  Callao,  on  leur  doit,  au 
contraire,  l'isolement  et  le  cantonneraent 
des  faunes  locales. 

De  la  température.  —  Les  observations 
sur  les  mollusques  côtiers  de  l'Amérique 
méridionale  ont  prouvé,  de  plus,  que  la 
pointe  très-prononcée  vers  le  pôle  qui,  sur 
ce  continent,  sépare  nettement  l'Océan  At- 
lantique du  Grand  Océan,  sert  de  barrière 
naturelle  de  température  entre  les  faunes 
de  mollusques  côtiers  propres  à  chacun 
d'eux.  On  voit,  par  exemple,  que  sur  Wx 
cent  vingt-huit  espèces  de  mollusques  cô- 
tiers de  l'Amérique  méridionale,  une  seule 
est  commune  aux  deux  Océans,  tandis  que 
toutes  les  autres  sont,  au  contraire,  spéciales 
soit  au  Grand  Océan,  soit  à  l'Océan  Atlan* 
tique.  Néanmoins  ces  résultats  inattendus 
se  compliquent  évidemment  des  influences 
ducs  aux  courants  généraux  ;  car  la  tempé- 
rature n'aurait  pas,  à  elle  seule,  une  aussi 
puissante  action.  En  effet,  le  plus  ordinai- 
rement, ces  deux  causes  se  contrarient  ;  mais 
dans  cette  circonstance,  par  une  exception 
remarquable,  elles  agissent  simultanément 
aux  régions  les  plus  méridionales,  en  sépa- 
rant plus  nettement  encore  les  faunes  côtiè- 
res des  deux  Océans. 

Si,  dans  quelques  cas,  les  courants  gé* 
néraux  tendent  a  répandre  les  êtres  cô- 
tiers sur  tout  leur  cours,  la  température, 
au  contraire,  cantonne  les  espèces  dans  des 
limites  plus  ou  moins  restreintes  suivant 
les  variations  de  température  qu'elles  peu* 
vent  supporter. 

On  en  a  la  preuve  par  le  nombre  des 
mollusques  propres  aux  différents  points 
de  la  côte  aes  deux  Océans  soumis  a  l'ac- 
tion incessante  des  courants,  et  plus  posi- 
tivement encore  par  le  nombre  élevé  des 
espèces  propres  aux  deux  points  extrêmes 
de  la  distance  baignée  parles  courants,  puis- 
que, dans  le  Grand  Océan,  les  espèces  pro- 
pres aux  régions  tempérées  sont  le  double, 
et  que  les  espèces  des  régions  chaudes 
sont  près  de  la  moitié  des  espèces  voya- 
geuses; que,  dans  l'Océan  Atlantique,  les 
espèces  propres  aux  régions  tempérées  et 
chaudes  sont  quatre  fois  plus  nombreuses 
que  les  espèites  communes  aux  deux  ré- 
gions à   la  fois. 

Le    plus    remarquable  enfin,  se  trouve 
surtout  dans   la  différence  subite  qu'on  re 
marque   entre  la  composition  des  faunes 


»l 


cou 


ET  DE  PALÉONTOLOGIE. 


COU 


locales  de  V^yta^  ef  de  celles  des  parties 
situées  aa  Sud.  £d  effet»  dès  gue  I  action 
iucessanle  des  courants  ne  se  fait  plus  sen- 
tir, la  température  reprend  aussitôt  toute 
son  iirfluence,  et  Ton  Toit  paraître  une 
bone  différente  et  spéciale  aux  régions 
chaudes. 

En  nous  résumant,  les  faits   nombreux 
i]ui  précèdent  montrent   que,  malgré  Tac- 
tien  directe  des  courants    Faction  passive 
de  la  chaleur  se  manifeste  partout  d*une 
manière  très-marquée,  par  le  cantonnement 
des  espèces  entre  des  limites  de  latitude 
plus  ou  moins  restreintes,  des  deux  cdtés 
de  l'Amérique  méridionale. 
.  La  eonfifuruiion  d'un  littoral  n'agit  pas 
moins  puissamment.  Tout  le  monde  a  re- 
marqué cette  pointe  étroite  qui,  s'avançant 
de  la  zone  torride  vers  le  pôle,  jusqu'au 
55*  degré  de  latitude  sud,  sépare  l'Océan 
Atlantique  du  Grand  Océan,  en  traçant,  en- 
tre l'une  et  l'autre  mer,  une  limite  des  mieux 
marquées.  Tout  le  monde  a  pu  remarquer 
encore  cette  chaîne  imposante  des  Cordillè- 
res, <iui  court,  du  sud  au  nord ,  parallèlement 
au  littoral  du  Grand  Océan,  et  présente,  sur 
les  côtes  de  son  Tersant,   occidental,  les 
pentes  les  plus  abruptes,  tandis  que   son 
versant  oriental  s'abaisse   lentement  vers 
l'Océan  Atlantique,  et  forme,  sur  toutes  les 
régions  méridionales,  des  côtes  basses  éten- 
dues au  loin  dans  la  mer. 

On  a  déjà  TU  le  résultat  de  la  forme  du 
continent,  suri  la  séparation  des  deux  fau-^ 
nés  distinctes.  Nous  allons  maintenant  dé- 
duire les  effets  généraux  de  la  seule  confi- 
guration orograpnique. 

Le  rapport  du  nombre  des  genres  spé- 
ciaux ou  communs  aux  deux  mers  dé- 
montre cette  influence,  puisque  la  moitié 
de  l'ensemble  ne  se  trouve  que  dans  l'un 
des  Océans. 


Genres  qai  se  trouvent  des  deox  côtés  de 

rAjiiéri<|ae  à  la  fois 55 

Gaves  qai  se  troinreat  d*OB  teiii  côté.    .    55 

Sur  ce  nombre 
Genres  exisfant  sur  la  céte  amencaine 

ém  Grand  Océan 89 

Genres   qui  manquent  dans   le  Grand 

Océan  et  qui  se  trouvent  de  Tautre  côté    il 
Genres  distant  sur  la  côte  américaine  de 

Xkéan  Atlantique 76 

Genres  qui  manquent  dans  TOoéan  AUan- 

Uone  et  se  trouvent  de  Tautre  côté  .    .    S4 


110 


110 


110 


1  est  (Sicile  de  se  convaincre,  par  Té* 
tode  des  mœurs  des  mollusques,  que  les 
geores  qui  dominent  dans  le  Grand  Océan 
rîTent  principalement  sur  les  rochers,  tan- 
dis que  ceux  de  TOcéan  Atlantique,  qui 
manquent  au  versant  occidental,  habitent 
seulement  les  fonds  de  sable  ou  de  sable 
vaseux.  Il  est,  dès  lors,  certain  aue  la  dif- 
férence de  configuration  orograpnique  du 
littoral  des  deux  Océans  qui  baignent 
J*Amérique  méridionale,  exerce,  par  les 
conditions  d'existence  plus  ou  moins  f<&vo- 
râbles  qu'elle  offre  aux  mollusques  cd- 
tiers,  suirant  leurs  genres,  une  immense 


influence  sur  la   eomiiosition   zoologiqvs 
des  fiiunes  qui  les  habitent. 

Résumé.^  Avant  de  terminer  l'exposé  des 
résultats  généraux,  nous  dirons  que,  de 
l'ensemble  des  trois  genres  d'influences  com- 
binées, les  courants,  la  température  et  la 
configuration  des  côtes,  on  peut  conclure 
avec  certitude  que  tout  en  dé{>endant  de 
ces  trois  ordres  de  faits,  les  lois  qui  pré- 
sident à  la  distribution  géographique  des 
mollusques  câtiers,  peuvent  se  réduire  à 
deux  actions  contraires  : 

1*  L'une,  celle  des  courants  qui  dans  cer- 
taines circonstances,  tendent  à  répandre 
partout  où  ils  passent  sur  une  même  côte, 
les  espèces  indilférenles  à  la  tempéra- 
ture. 

2"  L'autre,  plus  générale,  dépendant  en- 
core des  courants,  de  la  température  et  de 
la  configuration  orographique  qui  tendent, 
au  contraire,  à  restreindre  ou  à  cantonner 
les  êtres  entre  des  limites  plus  ou  moins 
larges,  bien  que  sur  la  côte  d'uu  même 
continent. 

L'étude  de  tous  les  laits  généraux  qm 
nous  venons  de  déduire  de  la  distribution 
géographique  des  mollusques  côliers,  nons 
amène  naturellement  aux  conclusions  sui  - 
vantes  immédiatement  applicables  aux  fau- 
nes paléoutologiques  des  terrains  tertiaires, 
mais  des  terrains  tertiaires  seulement;  car, 
dans  les  faunes  antérieures,  l'action  du  can- 
tonnement, déterminée  par  la  latitude,  était 
plus  ou  moins  neutralisée  par  la  chaleur 
propre  au  globe  terrestre  : 

1*  Deux  mers  voisines,  communiquant 
entre  elles,  mais  séparées  seulement  par  un 
cap  avancé  vers  le  pôle,  peuvent  avoir  des 
faunes  côlières  distinctes. 

2*  Il  peut  exister,  en  même  temps,  par  la 
seule  action  de  la  température  dans  le  même 
océan  et  sur  le  même  continent,  des  bunes 
eôtières  distinctes,  suivant  les  diverses  zb^ 
nés  de  latitude. 

3r  Sous  la  même  zone  de  température,  sur 
des  côtes  voisines  d'un  même  continent,  les 
courants  peuvent  déterminer  des  faunes 
eôtières  particulières. 

k*  Une  faune,  distincte  de  la  faune  côlièro 
du  continent  le  plus  voisin,  peut  exister 
sur  un  archipel,  lorsqu  il  en  est  séparé  par 
une  mer  profonde. 

5'  Des  faunes  eôtières  distinctes,  ou  du 
moins  très*différentes  entre  elles,  peuvent 
se  montrer  sur  des  côtes  voisines,  par  la 
seule  action  de  la  configuration  orogra^ 
phique. 

6*  Lorsqu'on  trouve  les  mêmes  espèces 
sur  une  immense  étendue  de  latitude,  dans 
un  même  bassin,  les  courants  en  seront  la 
cause. 

7*  Les  espèces  identiques  entre  deux 
bassins  voisins  annoncent  des  communica* 
tions  directes  entre  eux. 

Maintenant  si^  prenant  les  choses  sur  une 
échelle  plus  restreinte  et  choisissant  des 
lieux  que  tout  le  monde  ici  peut  visiter» 
nous  parcourons  encore  les  côtes  de  France, 
sous  lo    rapport  de  Tinfluenrc  que  peut 


s» 


cou 


DlCTiONXÂlRK:  DC  COSMOGONIE 


COU 


W 


eiercer  la  ndture  du  lilloral  sur  la  com- 
position des  faunes  qui  les  habitent,  nous 
serons  frappés  de  ces  différences,  en  com- 
parant des  points  placés  souvent  h  quel- 
ques kilomètres  seulement  les  uns  des  au- 
tres. 

Les  côtes  de  France  bornées  de  rochers^ 
comme  celles  de  beaucoup  de  points  de  la 
,  Seine-Inférieure,  du  Calyados,  de  la  Breta- 
'  l^ne,  (les  départements  de  la  Vendée  et  de 
la  Charcnle-InférJeure,  nous  offrent,  ex- 
4'lusivement  parmi  les  mollusques,  les  gen- 
res :  littorinay  purpura,  murex^  irochus^  aply- 
sia^  patella^  pholas^  peiricola^  saxicava;  des 
êvhinusy  des  comatula;  des  serpula^  des 
yrap$,  parmi  les  crustacés,  etc.,  etc. 

Les  fonds  et  les  baies  de  sable  pur  des 
m{^uK^s  côtes,  surtout  de  la  Vendée,  de  la 
'iironiie  et  des  Landes,  ne  montrent  pas  un 
seul  des  genres  cités,  mais  bien  les  gen- 
res na^r^a,  cassis^  fusuSf  chenopus,  scalaria^ 
uatica,  cardium,  teUinà^  donax,  arcopagia\ 
patidora,  mactra^  solen^  etc.,  etc. 

Les  fonds  vaseux  ou  de  sable  vaseux  de 
CCS  mêmes  côlcf,  ou  du  golfe  de  l'Aiguil- 
lon (Vemlée),  par  exemple,  montrent  des 
piludestrina,  des  lavignons,  des  lyonsia^  et 
quelques  espèces  particulières  de  telUna, 
ce  mya^  de  cardium^  etc. 

La  différence  de  composition  des  faunes 
locales,  suivant  la  nature  des  lieux,  estf  ar- 
fnitcment  tranchée.  Tels  genres  se  trou- 
vent toujours  sur  les  rochers,  tels  autres 
sur  les  places  sablonneuses  ou  sur  les  va- 
ses; et  chaque  nature  de  cAte  montre  ses 
animaux  spéciaux,  qui  no  se  voient  ail- 
leurs que  loriquils  y  ont  été  poussés  par 
la  vague  ou  par  les  courants;  fait  si  connu 
des  pêcheurs,  qu'ils  vont  toujours  sur  des 
lieux  différents,  suivant  la  nature  de  pêche 
qu'ils  désirent  faire. 

Sur  nos  côtes  et  sur  d'autres  côtes  chau- 
des, les  récifs  de  coraux,  les  lies  madrépo- 
rigues  ont  également  leur  faune  spéciale, 
souvent  distincte,  dans  son  ensemble,  des 
faunes  côtières  voisin**».  Cette  faune,  comme 
cello  de  certaines  parties  des  Antilles  et 
d  s  I  es  Océaniennes,  est  caractérisée  non- 
seulement  par  ses  nombreux  polypiers,  mais 
encore  f  ar  des  genres  particuliers  de  mol- 
lusques fixes  et  d'i^chinodermes,  tels  que  les 
ihamay  \esspondyluSj  les  cidaris,  etc. 

Niveau  d'habitation  des  mollusques  côtiers. 
—  Il  est  encore  une  cause  qui  peut  influer 
sur  la  composition  d'un  ensemble  de  faune 
locale  :  la  zone  d'habitation  spéciale  à  cha- 
que eq>èce  en  particulier,  sur  chaque  na- 
ture de  côte.  En  parcourant  le  littoral 
♦lo  la  France,  on  s'en  convaincra,  au  pre- 
mier coup  d'œil  qu'on  jettera  autour  de  soi, 
t>ur  les  êtres  qui  s'y  trouvent. 

Au  niveau  des  fortes  marées  de  syzy- 
gies,  c'est-àHlire  une  hauteur  baignée  seule* 
aient  par  les  fortes  marées,  on  trouvera, 
sur  les  côtes  rocailleuses,  les  littorina  ru- 
dis  et  lamarchiiydespalelles,  parmi  les  mollus- 
i|ues,  les  graps,  les  ligies  parmi  les  crustacés  ; 
fcur  les  côtes  vaseuses,  les  diverses  e'^i»èce«i  de 
pçMestrina,  et  des   faii(jnon$. 


Au  niveau  du  balancement  des  marées 
ordinaires,  c'est-à-dire  de  manière  à  être 
baignés  par  toutes  les  marées  et  mis  à  sec 
assez  souvent,  se  voient, .  sur  les  côtes  ro- 
cailleuses, les  littorina  littorea  et  neritotdes, 
des  trochus,  des  murex,  des  purpura,  des 
aplysia,  le  mitylus  edulis,  des  petricola,  le 
pecten  varius,  des  saxicava,  des  pholas,  des 
venus,  des  serpula,  des  echinus,  une  foule 
de  crustacés.  Sur  les  côtes  sablonneuses  vi- 
vent des  nassa^  des  sealaria,  des  natica,  le 
cardium  edule,  Vostrea  edulis,  des  tellina, 
des  donax,  des  pandora ,  des  maetra,  des 
solen ,  des  lutraria ,  etc.  Sur  des  côtes  va- 
seuses, se  trouvent  en  abondance  certai- 
nes tellines,  des  lyonsia,  la  niya  arena- 
ria,  etc 

Au-dessous  du  balancement  des  marées,  à 
des  niveaux  différents  de  profondeur,  vi- 
vent encore  des  êtres  particuliers,  les  uns 
peu  au-dessous  des  autres,  jusqu'^  de  gran- 
des profondeurs,  et  tous  divisés  suivant 
la  nature  de  sol. 

Sur  un  sol  rocailleux  on  trouve,  surtout  à 
de  grandes  profondeurs,  des  mollusques  bra- 
chiopodes,  tels  que  des  terebratula ,  des» 
megatktris,  des  terebratulina,  des  crania^ 
des  thecidea,  beaucoup  de  comatula,  d'e- 
chinus,  de  bryozoaires  pierreux  et  des  poly- 
piers flexibles,  appartenant  aux  animaux 
rayonnes.  C'est  surtout  dans  cette  zone  quo 
les  êtres  cités  prennent  un  plus  grand  déve- 
loppement et  sont  plus  abondants. 

s^ur  les  côtes  saoïonneuses,  ou  de  sable 
vaseux,  vivent  des  nassa  particuliers,  quel- 
ques trochus,  Yacteon  fasciaius,  le  ventis 
dionœ,  des  pecten,  le  janira  gigantea^  le 
nucula  margaritacea,  etc.,  etc. 

En  nous  résumant  sur  l'action  passive  de 
la  nature  des  côtes  maritimes  et  des  zones 
difi'érentes  de  profondeur,  suivant  ces  côtes* 
où  vivent  les  animaux,  on  voit  que,  de  ees 
deux  causes  combinées  ou  séparées,  naissent 
(les  différences  constantes  très-marquées 
dans  la  composition  des  faunes  locales  sou- 
vent très-voisines  les  unes  des  autres.  Nous 
ferons  remarquer  que  ces  deux  genres  d'in- 
fluences Dntdû  avoir  la  même  importance  à 
toutes  les  époques  de  l'animalisation  du 
globe,  et  qu'il  convient  delà  faire  entrer daus 
l'étude  comparative,  des  étages,  afin  de  ne 
pas  prendre  pour  des  époques  distinctes 
dans  les  couches,  des  différences  de  faunes 
qui  ne  sont  dues  qu'à  la  zone  de  profon- 
deur, à  la  nature  du  sol  où  l'on  trouve  les 
espèces  qu'elles  renferment.  Dans  ce  caSt  on 
trouvera  toujours  quelques  espèces  identi- 
ques qui  résoudront  la  question  ;  car  nous 
avons  vu  que  le  moindre  mouvement,  qu*il 
soit  déterminé  par  la  vague  ou  par  les  cou  « 
rants,  tend,  au  contraire,  à  tout  mêler,  sui* 
vaut  la  densité;  et,  dès  lors,  il  parait  irop<ts* 
sible  que  quelques  individus  de  chaquo 
zone,  de  chaque  nature  de  côte,  ne  soieut 
pas  mélangés,  sur  quelques  points  des'cou* 
rhes  sédiraentairos  d'un  môme  parage. 


183 


COU 


ET  DE  PALÉONTOLOGIE. 


CUU 


586 


Ait.  II.  —  Dis  sédiiie!«ts  terrbstabs  et 

LUyiO-TERRESTBES. 

Nous  désignons  ainsi  les  particules  ter^ 
rejsi^  et  autres,  de  toutes  natures  et  de 
toutes  dimensions,  qui,  séparées  des  couches 
ou  df^s  roches,  se  trouvent  actuellement  ré- 

C Dilues  à  la  surface  terrestre  des  continents, 
terre  régétale  qui  recouvre  le  sol  sur  une 
p^aniie  étendue,  les  tourbes,  les  vases  des 
marais  fangeux,  les  parties  désagrégées  des 
roches  de  toute  composition  qui  comblent 
les  lacs,  les  vallées,  sont  pour  nous  des  sé- 
diments aussi  bien  que  les  cailloux,  les  ga- 
lets roulés  jiar  les  torrents  et  par  les  fleu- 
ves. Une  simple  promenade  dans  la  cam- 
pagne suffira  souvent  pour  convaincre  Tob- 
servateur  le  moins  exercé  que  des  sédiments 
de  nature  très-variée  couvrent  à  la  fois  les 
diverses  régions  d*un  continent. 

S  L  —  Formation  des  êédiments  terrestres. 

Ils  se  forment,  comme  une  partie  des  sé- 
diments marins,  par  l'usure  des  couches  ou 
des  roches  de  toute  nature,  qui  composent 
récorce  terrestre.  Les  agents  sont  :  dans  les 
régions  boréales  et  australes  du  globe,  la  ge- 
lée et  les  pluies;  dans  les  régions  chaudes, 
les  pluies  seulement. 

Les  gel/es  ont  une  très-forte  action  désor- 
ganisatrice  sur  les  différentes  roches,  action 
d  autant  plus  puissante  que  la  roche  et  plus 
poreose  et  qu  elle  laisse  plus  facilement  pé- 
nétrer l'eau.  Cet  effet  de  la  gelée  est  si  con- 
nu, qu*il  n'est  pas  un  carrier  des  environs 
de  Paris  qui  ne  cherche  à  s'en  garantir,  en 
coQTrant  de  paille,  durant  l'hiver,  les  blocs 
extraits  des  carrières.  La  gelée  fendille  la 
sorfaice  de  manière  à  en  désagréger  les  diffé- 
rentes parties  qui  se  divisent  alors,  soit  en 
feuillets  parallèles  pour  les  roches  sédimen- 
taires,   soit  en  calottes  de  diverses  épais- 
seurs, pour  les  roches  granitiques  ;  et  cette 
épaisseur  est  toujours  déterminée  par  l'in- 
tensité de  la  gelée,  par  la  dureté  des  roches 
et  par  leur  nature  minéralogique.  Quelques 
roches  sédimentaires,  par  exemple,  les  cal- 
caires grossiers  des  environs  de  Paris,  cer- 
tains calcaires  marneux  des  terrains  juras- 
siques et  crétacés,  donnent,  tous  les  ans, 
une  quantité  assez  considérable  de  sédi- 
ments. D'autres  roches  en  fournissent  très- 
uea  ;  néanmoins  on  peut  dire  que,  malgré 
lear  dureté,  toutes  les  roches  donnent  ton- 
jonrs  par  (Reloues  parties  exposées  à  l'air, 
prise  à  1  action  désorganisatrice  de  la  gelée, 
Jorsqull  s'v  mêle  des  pluies   alternatives. 
Dttns  le  cas  où,  comme  sur  le  versant  occiden- 
tal des  Andes  Boliviennes  comprises  entre  les 
là*  et  25*  d^rés  de  latitude  sud,  il  ne  pleut 
jamais,  les  gelées  n'ont  aucune  action  ae  dé- 
sor^nisation  ;  aussi  les  roches  restent-elles 
intactes  ou  en  fragments  anguleux  produits 
par  les  tremblements  de  terre. 

Ijes  pluies  sont  donc  indispensables  pour 
que  la  gelée  ait  une  action  désorganisatrice 
sur  les  roches.  Elles  sont  encore  les  moyens 
n^éeaniques  propres  à  transporter  les  sédi- 
xcents  dé<agrégA$;  et,  dans  quelques  cas. 


leur  action  seu  e  peut  produire  des  sédi- 
ments. L'action  de  la  pluie  sur  les  parties 
désagrégées,  facile  à  concevoir,  humecte 
d'ahorl,  délaye  ensuite  et  entraîne  avec 
elle  les  parties  plus  ténues  de  ces  détritus. 
A  mesure  que  la  masse  d'eau  s'augmente 
sur  les  pentes ,  elle  acquiert  de  la  puis- 
sance, de  la  force.  La  goutte  d'eau  qui,  au  som- 
met d'une  montage,  n'eAtralne  que  la  plus 
mince  particule  terreuse,  emporte  sur  son 
passage,  lorsqu'elle  est  réunie  à  beaucoup 
d'autres,  d'abord  des  graviers,  puis  des 
cailloux;  et,  bientôt  accrue,  devient  torrent 
et  balaye  devant  elle  tout  ce  qui  s  oppose 
à  sa  marche  impétueuse.  L'action  combinée 
de  la  pluie  etde  la  gelée  tend  au  nivellement. 
Désagrégées  par  cet  agent,  les  particules  de 
toute  dimension  sont  transportées  par  la 
pluie  des  parties  élevées  vers  les  vallées  et 
vers  les  plaines. 

La  seule  action  des  eaux  produit  souvent 
le  même  effet  de  désagrégation  des  roches, 
suivant  la  nature  des  roches  même  et  la  dis^ 
position  des  lieux. 

La  nature  de  la  roc^e  donne  plus  ou  moins 
de  prise  à  l'action  des  eaux.  Telle  roche  ar- 
gileuse, ou  argilo-calcaire,  comme  les 
marnes  du  lias  des  coteaux  de  Semur  (Côtc- 
d'Or),  d'Avallon  (Yonne),  de  Saint-Amand 
(Cher),  des  Hautes  et  des  Basses-Alpes,  ab- 
sorbe d'abord  la  pluie  jusqu'à  une  assez 
Eande  profondeur  ;  puis  se  ramollit,  se  dé- 
je  même;  et  les  particules  en  sont  entraî- 
nées par  les  eaux  vers  les  points  placés  à 
un  niveau  inférieur. 

La  disposition  des  lieux  influe  sur  la 
quantité  des  sédiments  enlevés  ;  car,  on  con- 
çidit  que  des  terrains  presque  horizontaux 
peuvent  s'humecter  et  se  délayer  comme  les 
coteaux  ;  mais,  tandis  que  sur  une  surface 
plane,  ces  parties  délayées  restent ,  pour 
ainsi  dire,  en  place,  elles  sont  transportées 
au  loin  sur  un  penchant  de  montagne.  Les 
torrents  creusent  partout  de  profonds  ravins 
et  entraînent  d'autant  plus  de  matériaux  auc 
la  pente  est  plus  rapide,  que  les  coucties 
sont  pins  meubles.  Dans  les  coudes  où  l'eau 
vient  battre  avec  force,  il  se  forme  des  es- 
carpements qui,  minés  par  les  eanx,  s'abt- 
ment  les  uns  après  les  autres.  En  certains 
cas,  lorsque  les  courants  des  torrents  ou  des 
rivières  viennent  battre  lepieJ  des  coteaux 
et  y  former  des  falaises,  ifs  produisent  des 
effets  analo^es  aux  eaux  de  la  mer  dans 
les  mêmes  circonstances,  ainsi  qu'on  le  voit 
aux  Roches-Noires,  sur  les  bordsde  la  Marne, 
près  de  Saint-Dizier  (Haute-Marne),  sur  la 
rive  droite  de  la  Garonne,  au-dessus  et  au- 
dessous  de  Bordeaux,  et  sur  des  points  iso- 
lés et  restreints  des  bords  de  presque  toutes 
les  rivières  du  monde.  On  conçoit  facile- 
ment que  les  causes  qui,  comme  les  orales 
et  les  trombes,  concourent  à  augmenter  mo- 
mentanément le  volume  et  la  violence  des 
eaux,  doivent  également  enlever  une  plus 
grande  quantité  de  sédiments  sur  tous  les 
points  où  leur  action  se  fait  sentir. 

Dans  une  comparaison  rigoureuse  des 
faits  actuels  avec  les  faits  oui  se  sont  uasté^ 


3S7 


COU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COU 


sn 


aux  différentes  époques  g(?olo.;iques,  il  ne 
gérait  pas  juste  défaire  entrer,  par  exemple, 
la  France  ou  les  autres  pays  trè^-peuplés  du 
monde;  (.ar,  là  une  cause  qui  tient  esseuliel- 
lement  de  l'homme  vient  augmenter  consi- 
dérablement la  somme  des  sédiments  enle- 
vés» ou  susceptibles  d'être  enlevés  par  les 
eaux  pluviales.  Pour  qu'on  puisse  comparer 
deux  choses,  il  faut  qu'elles  soient  absolu- 
ment dans  les  mômes  conditions  ;  et  ce  n'est 
pas  ici  le  cas.  En  effet,  la  comparaison  de  la 
nature  actuelle  avec  la  nature  passée  n'est 
admissible  qu'à  condition  de  prendre  le  sol 
vierge  cl  non  le  sol  cultivé. 

5ttr  un  sol  vierge^  où  la  main  de  Thomme 
n'a  rien  changé,  on  voit  que  la  terre  est 
couverte  d'une  végétation  active.  Le  som- 
met des  montagnes,  les  coteaux,  les  plaines, 
tout  est  revêtu  de  plantes.  L'arbre  dont  les 
rameaux  s'élèvent  vers  les  deux,  l'humble 
fougère,  la  graminée  ou  la  mousse  en  tapis- 
sent toutes  les  parties  et  les  garantissent  de 
l'action  immédiate  de  la  pluie.  La  eoulte 
d'eau  qui  tombe  est  re^ue  par  les  feuilles,  et 
ne  touche  la  terre  qu  après  avoir  pénétré 
lentement  à  travers  un  réseau  serré  de 
branches  ou  de  feuillages.  Son  action  n'a 

f)lu$  de  force;  elle  n'entraîne  rien;  et»  dans 
es  pays  les  plus  escarpés  du  monde,  on  s'est 
étonné  de  trouver,  pendant  la  pluie,  les 
eaux  des  torrents  à  peine  souillées  de  quel- 
ques particules  terreuses.  Ce  (^ue  nous 
avons  observé  si  souvent,  dit  dOrbigny« 
dans  les  forêts  vierges  du  Brésil,  sur  les 
plaines  du  centre  de  l'Amérique  méridio-: 
nale  et  sur  le$  montagnes  aoruptes  du  ver- 
sant oriental  des  Andes  Boliviennes,  nous 
ne  l'avons  pas  retrouvé,  sans  quelque  plai- 
sir, sur  de  petits  points  isolés  des  Pyrénées 
et  des  Alpes;  au  Pont  d'Espagne,  près  de 
Cauterets  (Hautes-Pyrénées),  par  exemple, 
ot  sur  les  coteaux  du  lac  de  Brientz,  dans 
rOberland,  où  l*lK>mme  a  respecté  quelques 
Umbeaux  de  la  nature  terrestre. 

Sur  un  sol  cukité  comme  celui  de  France^ 
où  l'homme  a  tout  fait  pour  enlever  les 

Riantes  et  les  arbres  naturels  au  sol,  et  pour 
)  couvrir  de  guérets,  la  terre  est  partout 
dans  les  conditions  les  plus  favorables  à  1  en- 
lèvement des  sédiments,  puisqu'elle  n'est 
pas  seulement  dépourvue  oe  plantes  préser- 
vatrices, mais  que  le  labour  la  rend  encore 
meuble  à  sa  surface.  Les  eaux  y  ont  une 
prise  immense,  pour  le  transport  des  molé- 
cules terreuses;  et  l'agriculteur,  qui  n'est 
pas  assez  prévoyant  pour  se  garantir  par 
des  moyens  artificiels  de  l'action  destructive 
delà  pluie,  voit  Yhuntus  diminuer  tous  les  ans 
et  son  sol  se  dénuder  peu  à  peu.  En  parcou- 
rant les  montagnes  des  environs  de  Tuchant 
(Aude),  dans  les  Corbières,  les  sommités 
des  montagnes  et  des  collines  de  la  Pro- 
vence, toutes  les  montagnes  des  Hautes  et 
des  Basses-Alpes,  etc.,  on  s'étonne  de  trou- 
ver, à  la  place  des  antiques  forêts  de  chênes 
dont  ces  montagnes  jadis  étaient  couvertes, 
des  rocher^  nus  où  les  chèvres  trouvent  à 
peine  à  brouter*  çà  et  là,  quelques  plantes 
Ubougries.  Il  est  donc  certain  que  le  défri- 


chement a  laissé  emporter,  depuis  quelques 
années,  par  les  eaux  pluviales,  des  terres 

3ui  nourrissaient  de  belles  forêts  respectés 
urant  une  longue  suite  de  siècles. 
Cette  rapide  comparaison  d'un  sol  vierge 
avec  un  sol  cultivé  nous  montre  que  si  le 
premier  peut  nous  donner  la  valeur  réelle 
des  faits  passés  relativement  aux  sédiments 
terrestres,  il  n'en  est  pas  ainsi  du  dernier, 
dont  les    conditions  cfu  moment  tiennent 
évidemment  à  l'influence  des  travaux  de 
l'homme.  Il  ne  serait  donc  pas  juste  de  pren- 
dre le  dernier  pour  exemple,  pas  plus  qu'il 
n'est  rationnel  de  demander  aux  sédiments 
transportés  parles  fleuves  actuels  de  France, 
l'explication  des  phénomènes  antérieurs  à 
notre  époque.  Toutes  les  déductions  qu'on 
tirerait  aussi  des  alluvions  du  Mississipi,  ou 
des  autres  rivières  de  l'Amérique  septen- 
trionale, seraient  nécessairement  exagérées. 
A  l'instant  où  tous  les  affluents  de  ces  tleuves 
se  couvrent  d'agriculteurs  qui  commencent 
par  abattre  les  arbres ,  mettre  le  feu  à  la 
campagne  et  défricher,  sans  s'occuper  beau- 
coup de  se  ménager  des  ressources  à  venir, 
il  est  tout  simple  gu'une  surface  considéra- 
ble de  terrains  jadis  préservés,  soit  exposée 
à  l'action  immédiate  des  eaux  pluviales.  Nous 
resterons  peut-être  encore  au-dessous  de  la 
vérité,  en  calculant  à  dix  pour  un  la  somme 
des  sédiments  aue  ces  fleuves  doivent  trans- 
porter aujourdhui,  comparée  à  ce  au'ils 
donnaient  avant  que  l'homme  agriculteur 
eût  remué  la  surface  du  sol. 

S  U.  —-  De  la  répartition  des  sédiments 

terrestres. 

L'action  générale  des  eaux  pluviales  sur 
les  sédiments  terrestres  est  la  même  que 
l'action  déterminée  par  les  eaux  de  la  mer; 
elle  tend  à  tout  niveler. 

On  désigne  ordinairement,  sous  le  nom 
propre  d'allucion ,  tous  les  dépôts  de  sédi*> 
raents  terrestres,  afin  de  spécifier  leur  mode 
de  formation ,  et  de  les  distinguer  des  sédi- 
ments marins  particulièrement  formés  des 
couches  sous-marines,  plus  nettement  stra- 
tifiées. 

Les  alluvions  terrestres  se  déposent  en 
différents  lieux,  suivant  leur  nature  et  sui- 
vant la  configuration  du  sol.  Comme  elles 
tendent  toujours  à  niveler  le  sol,  elles  sont 
naturellement  transportées  des  parties  éle* 
vées  vers  les  vallées,  vers  les  plaines. 
,  Si  les  alluvions  tombent  dans  une  pression 
sans  issue,  dans  un  lac  circonscrit  de  mon- 
tagne, par  exemple,  elles  s'y  déposent  comme 
dans  une  mer  tranquille;  les  sédiments  pe* 
sants,  les  cailloux  restent  près  de  l'embou- 
chure des  torrents  qui  les  ont  transportés, 
et  en  général  ils  se  divisent  suivant  leur 
densité,  la  configuration  du  sol  et  les  limites 
de  mouvement  des  eaux.  Les  graviers  restent 
sur  les  plages  inclinées  ;  les  anses,  les  golfes 
peuvent  encore  recevoir  des  sédiments  lins; 
mais  la  plus  grande  partie  de  eeux-ci  se 
rendent  au  fond  du  lac,  au-dessous  de  l'ac- 
tion des  vagues,  et  forment  des  couches 
horizontales  qui  pourront  être  de  diverses 


cou 


ET  Afi  PALEONTOLOGIE. 


COD 


S90 


nalares  et  \Ans  ou  moins  épaisses,  suivant 
la  Talpur  des  agents  qui  les  ont  transportés. 
U  est  évident  qu'une  plaie  ordinaire  n'en 
produira  pas  une  aussi  grande  quantité  qu'un 
violent  orage,  qui  aura  dévasté  toutes  les 
eampagnes  environnantes.  11  en  résultera 
des  couches  de  diverses  épaisseurs,  formées 
toujours,  aux  parties  inférieures,  des  molé- 
cules les  plus  pesantes,  et,  dès  lors,  les  pre- 
mières précipitées  au  fond  des  eaux,  tandis 
que  les  molécules  les  plus  légères  seront  en 
dessus.  Ces  couches,  formées  dans  les  lacs, 
portent  généralement  le  nom  de  couches  /a- 
cuMireM. 

Lorsque  les  sédiments  destinés  à  former 
des  alluvions  ne  sont  pas  retenus  dans  les 
lacs  sans  issue,  et  qu  ils  sont  transportés 
dans  les  vallées,  ils  suivent  une  répartition 
différente,  d'après  leur  densité,  leur  volume 
et  la  force  d'impulsion  qu'ils  reçoivent.  Un 
turrent  impétueux  roule  de  gros  blocs  de 
roches.  Un  courant  plus  faible,  mais  encore 
très-rapide,  transporte  des  cailloux;  mais, 
dès  qu  une  différence  de  pente  vient  mo- 
mentanément en  ralentir  la  rapidité,  les 
blocs,  les  cailloux  s'arrêtent,  et,  suivant  la 
force  qui  reste,  des  particules  plus  ou  moins 

r '.santés  sont  transportées.  Nous  avons  été 
portée  de  vérifier  ce  fait,  dit  d'Orbigny, 
sur  les  affluents  qui  descendent  du  versant 
oriental  des  Andes,  et  nous  l'avons  vu  se 
reproduire ,  sur  une  moindre  échelle,  {)Our 
toutes  les  rivières  qui  descendent  rapide- 
ment des  Alpes,  des  Pyrénées,  ralentissent 
ensuite  leur  cours  dans  les  basses  vallées  et 
dans  les  plaines.  Lorsqu'une  vallée  montre 
divers  étages  en  gradins,  ce  même  phéno- 
mène se  présente  à  chaque  fois  ;  et  les  sédi- 
ments, alors  répandus  avec  les  eaux  troubles 
sur  une  grande  surface,  trouvent,  d'un  ou 
des  deux  côtés  du  lit  du  courant,  des  anses 
tranquilles,  des  remous,  où  les  molécules, 
après  chaque  inondation,  se  déposent  par 
couches  et  forment  des  alluvions  pluviales 
comme  nous  l'avons  vu  pour  les  lacs.  La 
Saône,  entre  Châlons  et  Trévoux ,  est  dans 
ce  cas,  ainsi  que  tous  les  coudes  des  rivières, 
où  le  courant  se  fait  peu  sentir,  et  permet 
aux  molécules  de  se  déposer  et  de  former 
ces  .atterrissements  nombreux  de  toutes  nos 
rivières. 

Certains  fleuves,  comme  le  Rhône,  dont 
le  courant  est  très-fort,  roulent  des  cailloux 
jusque  près  de  leur  embouchure,  tandis  que 
presque  tons  les  autres,  dont  les  eaux  plus 
tranquilles  sillonnent  les  plaines,  n'y  ap- 
portent que  des  sédiments  fins  qui  se  dépo- 
sent sur  les  anses,  et  forment  ces  sortes 
d'aliuvions  pluviales  qu'on  nomme  atterris^ 
semenis.  U  faut  bien  se  garder  de  confondre 
les  alluvions  lacustres  ou  fluviales  actuelles 
avec  les  cailloux  roulés  répartis  sur  le  sol 
et  dans  les  vallées.  Ceux-ci  y  ont  été  amenés 
par  des  mouvements  plus  considérables, 
appartenant  aux  causes  purement  géolo- 
giques. 

Les  sédiments  terrestres  partis  des  points 
élevés  s'arrêtent,  dans  toutes  les  dépres- 
v^os  du  sol,  avec  ou  sans  issue,  sur  tous  les 


points  des  ravins,  des  torrents,  dos  rivières 
et  des  fleuves,  où  l'inégalité  des  pentes  per- 
met au  courant  de  se  ralentir.  Ils  se  dépo- 
sent encore  sur  toutes  les  plaines,  dans  les 
coudes,  dans  les  anses  tranquilles  des  riviè- 
res, de  sorte  qu*une  très-petite  portion  ar- 
rive jusqu'à  1  embouchure  des  fleuves.  Pres- 
que toutes  les  rivières ,  comme  la  Gironde, 
la  Loire,  la  Seine,  parcourent  une  grande 
surface  de  plaines  avant  d'arriver  à  la  mer  ; 
il  en  résulte  que  des  sédiments  fins  sont 
souvent  les  seuls  que  ces  fleuves  y  apportent  ; 
aussi  croyons-nous  ne  pas  pouvoir  évaluer 
leur  part  d'apport  dans  les  sédiments  ma- 
rins a  plus  d'un  quart  de  l'ensemble.  On  a 
considérablement  exagéré  la  somme  des  sé- 
diments fluvio-terrestres ,  en  se  basant  sacs 
doute  sur  l'état  présent  tout  exce{;tionneI  de 
la  France.  Si,  comme  on  l'a  cru,  les  rivières 
devaient  former  tous  les  sédiments  marina, 
comment  y  en  aurait-il  en  abondance  sur  les 
côtes  dépourvues  ^d'affluents,  et  oii  il  ne 
pleut  jamais,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  sur  le 
littoral  du  Chili,  de  la  Bolivia  et  du  Pérou  f 
depuis  le  5'  jusqu'au  28*  degré  de  latitude 
sud.  Ce  fait  seul  prouve  que,  sans  le  con- 
cours des  fleuves,  il  peut  se  former  des  amas 
considérables  de  s&iiments  sur  les  côtea 
maritimes,  par  la  seule  action  de  l'usure  des 
côtes. 

Dès  que  les  sédiments  fluvio-terrestres  ar- 
rivent a  la  mer,  à  moins  qu'ils  ne  se  trou- 
ventdansdes  cas  exceptionnels,  comme  le  Pô, 
le  Rhône,  le  Nil  et  le  Mississipi ,  qui  débou- 
chent dans  des  golfes  ou  des  mers  en  dehors 
des  faits  généraux,  lés  courants  marins  s'en 
emparent  bientôt;  ils  se  mêlent  prompte- 
roent  avec  les  autres  sédiments,  et  suivent 
alors  les  mêmes  lois  de  répartition.  On  a 
également  cru  que  les  affluents  terrestres 
avaient  une  immense  influence  sur  la  nature 
et  le  mode  des  dépôts  de  mer;  mais  là  en*» 
core,  l'étude  des  faits  vient  prouver  le  con- 
traire. Si,  dans  une  mer  méditerranée  Irès- 
restreinte  et  dépourvue  de  courants  et  do 
marée,  les  affluents  portent  leurs  sédimenia 
à  une  certaine  distance  au  large ,  et  appor- 
tent Quelques  modifications  côtières  analo- 
gues a  ce  que  nous  voyons  dans  les  lacs,  il 
n'en  est  pas  ainsi  sur  une  côte  maritime  où 
la  marée  et  les  courants  exercent  leur  puis- 
sante action.  Tous  ceux  qui  ont  visité  l'emr 
bouehure  de  la  Loire,  de  la  Seine  et  de  la 
Gironde,  ont  pu  s'assurer  que  la  différence 
de  niveau  des  eaux,  suivant  l'état  de  la  ma- 
rée, change  entièrement  la  direction  des 
courants .  Si,  en  effet,  pendant  le  reflux ,  le 
cours  des  fleuves  continue  à  descendre  jus- 
qu'à une  certaine  distance  dans  la  mer,  il 
est  de  suite  refoulé  dès  que  le  flux  commence 
à  se  faire  sentir;  et  la  mer  monte  dans  te  lit 
même  du  fleuve ,  à  une  distance  variable, 
suivant  la  pente.  Le  fleuve  alors,  loin  de 
verser  des  sédiments  dans  la  mer,  peut,  au 
contraire,  en  recevoir  de  l'Océan  ,  surtout  si 
le  lit  vient  augmenter  la  force  du  flux.  II 
résulte  de  l'action  seule  de  la  marée  que  la 
moitié  de  l'année  seulement  les  sédiments 
fluvio-terrestres  peuvent  être  portés  à  TO 


S91 


COU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


COU 


m 


céan,  tandis  que,  pendanl  Paotre  moitié ,  ils 
sont  complètement  neutralisés.  Une  autre 
cause  Tient  également  arrêter  tout  h  fait  ou, 
tout  au  moins ,  considérablement  diminuer 
la  somme  d^apport  des  sédiments  terrestres  ; 
c*est  la  saison  des  basses  eaui,  dans  les  fleu- 
Tes.  La  Seine,  la  Loire ,  la  Gironde,  q^ui ,  à 
l*instant  des  crues  périodiques ,  charriaient 
des  sédiments,  ne  transportent  plus  rien 
alors,  et  reçoivent,  au  contraire,  à  leur  em- 
bouchure, des  sédiments  uns  non  plus  appor- 
tés par  le  fleuve,  mais  déposés  par  la  mer, 
comme  elle  le  fait  dans  toutes  les  anfraetuo- 
sites  de  la  côte.  C*est  dans  cette  saison  que 
les  environs  d'Honfleur  (Calvados) ,  et  de 
Saint-Nazairo  (Loire-Inférieure)  se  couvrent 
d'une  couche  épaisse  de  boue,  déterminée 
par  la  tranquillité  des  eaux.  En  ôtant  la 
moitié  de  Tannée  pour  Faction  des  marées, 
et  un  quart  pour  la  saison  des  sécheresses , 
il  reste  seulement  le  quart  de  Tannée  aux 
fleuves  pour  verser  leurs  sédiments  dans  la 
mer. 

Les  curieuses  recherches  faites  par  M.  Elie 
de  Beaumont  surlePô,  le  Rhône  le  Nil  et 
le  Mississipi,  prouvent  Timportauce  des  sé- 
diments amoncelés  à  Tembouchure  de  ces 
fleuves,  mais  ne  sont  applicables  qu*à  des 
rivières  placées  exceptionnellement  en  de- 
hors des  laits  généraux.  Celles-ci  sont,  sur 
une  plus  vaste  échelle ,  comparables  à  ce 
qui  arrive  dans  un  lac ,  tandis  que  les  fleu- 
ves qui  débouchent  dans  un  Océan ,  comme 
la  Plata,  les  rivières  du  Sénégal ,  la  Loire,  la 
Seine  et  la  Gironde ,  qui  débouchent  direc- 
tement dans  les  Océans,  ne  montrent  jamais 
ces  amas  de  sédiments. 

Il  est  une  expérience  facile  à  faire  pour 
avoir  la  limite  d'extension  du  courant  flu^ 
vial  dans  la  mer,  afin  d'en  évaluer  Timpor- 
lance  réelle.  11  sullit  de  s'embarquera  Tem- 
bouchure de  la  Seine,  ou  des  autres  fleuves, 
et  de  suivre,  à  mer  basse,  l'extension  de 
Teau  trouble  apportée  par  Taflluent  terres- 
tre, au  milieu  de  Teaupiusclairede  TOcéan. 
On  reconnaît  alors,  par  exemple,  c[ue  la 
Seine,  lorsque  le  vent  n'en  neutralise  pas 
l'effet,  porte  son  influence  ordinaire  à  trois 
ou  quatre  kilomètres  de  la  côte.  On  se  de*^ 
mande  ensuite  auelle  est  Timportance  de 
cette  petite  surface  comparée  a  Textension 
des  côtes,  à  la  largeur  de  la  Manche  ,  et,  à 
plus  forte  raison  ,  a  Timmensité  de  l'Océan 
Atlantique.  On  voit  dès  lors  ,  qu'en  rédui- 
sant la  question  à  sa  valeur  réelle,  les  af- 
fluents terrestres  seront,  par  rapport  jaux 
mers,  comme  un  point  dans  l'espace,  et  que 
leur  influence  est  peu  de  chose,  eu  égard  à 
Teusemble  des  faits  généraux. 

En  nous  résumant  sur  la  manière  dont  se 
forment  actuellement  les  alluvions  terres- 
tres, on  voit  qu'il  se  dépose  en  mèqcte  temps, 
des  cailloux  et  des  galets  au  pied  des  tor- 
rents et  des  falaises  en  butte  au  courant  ; 
que  du  gros  sable  s'arrête  au-dessous  des 
cailloux,  sur  les  pentes  moins  rapides  ;  que 
le  sable  On  et  les  sédiments  les  plus  légers 
vont  combler  les  vallées  disposées  en  éta- 
ges, ou  les  lieux  tranquilles  des  coudes  for- 


més dans  la  plaine  par  ces  nombreux  roéan* 
dres  des  rivières  ;  et  qu'entin  une  partie  des 
sédiments  terrestres  s'unit  aux  sédiments 
marins  pour  niveler  les  fonds  des  mers. 
Dans  quelques  cas  (dans  la  Loire  surtout) 
les  sédiments  que   transportent  les  fleuves 
forment,  par  l'action  des  courants,  des  bancs 
de  sable  mobile  disposés  par  couches  incli- 
nées,  comme   dans  les  bancs  sous^marinst 
tandis  que  ,  dans  toutes  les  autres  circons- 
tances, les  sédiments  se  déposent  par  cou- 
ches presc[ue  horizontales ,  suivant  la  pente 
des    parties   sur    lesquelles  ils  s'arrêtent. 
L'épaisseur  de  ces  couches,  leur  nature  même 
dépendent   de  Timportance   des   perturba- 
tions terrestres  qui  les  produisent.  Une  pluie 
ordinaire  n'apporte  pas  une  couche  aussi 
épaisse  qu'une  de  ces  crues  subites ,  qu  u.i 
de  ces  débordements  qui  surviennent  par 
suite  d'une  tempête  prolongée  ;  H  en  résulte 
des  couches  d'une  épaisseur  inégale  et  for- 
mées de  sédiments  différents. 

§  IIL  —  De  la  distribution  des  animauxdani 
les  couches  sédimentaires  flurio-- terrestres. 

Comparativement  à  ce  que  nous  avons 
dit  pour  les  animaux  marins,  les  animant 
terrestres  sont  également  susceptibles  de 
se  diviser  en  animaux  poissons  et  non  flol^ 
tants. 

Les  animaux  flottants  peuvent  appartenir 
aux  animaux  vertébrés  (mammifères,  oi- 
seaux, reptiles  et  flottants)  en  pulréfaciîon, 
et  aux  coquilles  terrestres  et  fluviatiles  ac« 
cidentellement  remplies  d'air. 

Pour  les  animaux  vertébrés  ils  surnagent 
à  la  surface  des  eaux,  lorsqu'ils  sont  en  pu- 
tréfaction ;  ce  n'est  qu'alors   qu'ils  devien- 
nent flottants   et   peuvent  être  transportés 
jiar  les  courants  terrestres.  En  sénéralisanl 
beaucoup  trop  cette  idée  ou  en  lui  donnant 
un  caractère  d'importance   qu'elle  est  loin 
d'avoir,  on  a  chercné  à  expliquer  les  amas 
d'ossements  fossiles  de  certains  points,  par 
l'accumulation  des  êtres  que  les  eaux  des 
fleuves  transportent  et  déposent  dans  les  es- 
tuaires. Dans  cette  circonstance  ainsi  que 
pour  la  valeur  des  sédiments  terrestres  on  a 
regardé,   comme  un  fait  général,   une  cir- 
constance exceptionnelle  qui   tient  essen- 
tiellement à  l'homme,  à  ses   habitudes,  et 
n'existe  pas  sur  les  lieux  eneore  sauvages. 
On  a  supposé  que ,  dans  les  inondations,  les 
animaux  terrestres  étaient  entraînés  parles 
rivières,  et  qu'alors  ils  étaient  aussi  nom- 
breux que  les  chiens,    les   chats  et  autres 
animaux  domestiques  le  sont  aujourd'hui 
dans  la  Seine  et  dans  la  Tamise,  au-dessous 
de  Paris  et  de  Londres.   C'est    une  fausse 
idée.  Les  animaux  sauvages,  ainsi  qu'on  Ta 
observé  au  centre  de  l'Amérique  méridio- 
nale, ne  se  jettent  pas  dans  les  fleuves  et 
sont  très-rarement  emportés  par  les  inon- 
dations ;  car  alors  ils  fuient  loin  des  courants, 
et  se  réfugient  dans  les  bois   des  parties 
élevées ,  où  ils  restent  en  cas  de  mort.  Nous 
avons  vu,  dans  nos  voyages ,  dit  d'Orbi^^ny, 
d'immenses  cours  d'eau,  tels  que  la  Platâ. 
le  Pcrana,  Tl/raguay,  et  tous  les  afiluenU 


sus 


cou 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


COU 


30A 


holÎTiens  de  TAmazone  ;  et  nous  pouTons  às- 
sorer,  dit  Aie.  d'Orbignj,  que ,  pendant  huit 
annéesde  voyage,  nous  n'ayons  jamais  rencon- 
tré uû  seul  animal  flottant  au  sein  des  vastes 
solitudes  du  Nouveau-Monde.  En  vérité,  cette 
penséenepouvaitna  Itre qu'en  Europe,  sur  les 
rires  de  ses  fleuves  couvertes  de  villes,  de 
bourgs  et  de  villages.  Pour  se  débarrasser  de 
ranima!  vivant  qu  il  ne  veut  pas  conserver,  ou 
(le  ranimai  mort  dont  il  ne  sait  que  faire , 
i*homme  le  jette  dans  la  rivière  qui  rentraine; 
c'est  seulement  ainsi  que  les  rivières  euro- 
péennes transportent  accidentellement  des 
animaux  flottants. 

En  supposant  même  qpie  quelques  animaux 
soient  entraînés  par  les  torrents ,  à  la  source 
d'une  rivière,  il  est  difficile  de  croire  qu'ils 
puissent,  sans  s*arrèter,  atteindre  la  mer. 
Pour  cela ,  il  faudrait  supposer  que  le  cours 
d*eau,  dans  l'extension  parcourue,  est  dé- 
pourvu de  vallées  étagées ,  de  coudes  où  les 
remous  se  font  sentir,  et  que  les  vents  sur- 
tout n'ont  aucune  action  sur  les  animaux 
flottante  à  la  surEice  des  eaux.  Dans  le  cas 
contraire,  il  arrivera,  pour  l'animal  traas- 
porté ,  ce  qui  arrive  pour  les  sédiments  :  il 
s'arrêtera  certainement  sur  les  rives,  par  la 
seule  impulsion  des  remous  et  des  vents  qui 
le  pousseront  sur  la  plage  ;  sur  cent,  un  seul 
peut-être  aura  la  cnance  d'arriver  à  l'em- 
bouchure. Pour  se  convaincre  du  fait,  il 
sniSia  de  ^rcourir  les  bords  de  la  Seine,  de 
Paris  à  Saint-Denis ,  par  exemple ,  à  l'effet 
de  s'assurer  qu'un  nombre  considérable  de 
chiens  et  de  chats  qui  ont  été  jetés  à 
Paris ,  n'ont  pas  été  plus  loin  sans  atterrir. 
Du  reste ,  un  séjour  prolongé  des  deux  côtes 
de  l'embouchure  de  la  Seine  a  prouvé  qu'il 
n'arrivait  pas  le  vingtième  du  nombre  des 
animaux  domestiques  morts  qu'on  peut 
trouver  à  la  fois,  seulement  dans  l'inter- 
valle compris  entre  Grenelle  et  Neuilly,  au- 
dessous  de  Paris. 

Eo  résumé,  nous  croyons  qu'il  convient 
de  renoncer  h  expliquer  les  amas  d'osse- 
ments de  mammifères  fossiles  par  le  trans- 
port naturel  des  animaux  flottants,  sur  les 
fleuves  de  l'époque  actuelle,  et  qu'il  faut, 
pour  s'en  rendre  compte,  recourir  aux  faits 
gëolo^ques. 

Les  animaux  flottaniê  entiers^  déposés  sur 
tes  bords  d'un  lac,  ou  sur  les  rivages  des 
cours  d'eau,  pourront  être  conservés  avec 
toutes  leurs  parties  osseuses  réunies,  s'ils 
s'arrêtent  sur  une  plage  tranquille  et  sont 
promptement  recouverts  de  sédiments  fins, 
qui  les  préservent  de  l'action  désorganisatrice 
des  agents  extérieurs.  Si,  au  contraire,  ils 
soot,  soit  par  la  houle,  soit  par  les  courants. 
Jetés  sur  une  côte  agitée,  leurs  parties  se 
désagr^eront  ;  et  les  os  disséminés  pren- 
dront leur  rang,  suivant  leur  densité,  leur 
volume,  parmi  les  sédiments  fluvio-terres- 


Les  eoquittei  terrestres  sont  aocidentelle- 
ment  flottantes,  comme  les  limaçons  Uielix^ 
ImiimuM^  eyeloêtoma)  et  les  coquilles  fluvia- 
tifes  {pianerbis^  lyjnnea,  physa  et  paludina)^ 
lorsque,  mortes  et  restées  sur  le  sol  ou  sur 

DlCTIOXNAIRE    DE   CosifOGOTVIB   ET  DE 


les  rivages  à  la  saison  sèche,  elles  sont  sai- 
sies par  les  pluies  torrentielles  et  transpor- 
tées, avant  que  puisse  s'échapper  l'air  resté 
dans  les  tours  supérieurs  de  leur  spire. 
Alors  elles  se  mêlent  aux  petits  débris  dA 
végétaux,  et  flottent  à  la  surface  des  eaux. 
Tant  que  le  mouvement  des  eaux  ne  les  a 

Ïias  fait  couler  au  fond,  elles  voyagent  avec 
'élément  aqueux,  et  suivent  toutes  les  chan- 
ces de  dépôt  des  animaux  vertébrés  flottants. 
Elles  peuvent  de  même  se  déposer  dans  les 
lieux  tranquilles,  être  jetées  par  les  vents 
sur  toute  espèce  de  côte,  ou  transportées 
ju$qu*à  la  mer.  Dans  toutes  les  circonstan- 
ces, leur  conservation  dépendra  toujours, 
comme  pour  les  animaux  marins,  des  mi- 
lieux où  elles  se  déposeront. 

Les  animaux  vertébrés,  morts  sur  le  sol, 
sont  promptement  anéantis.  Ils  se  putréfient, 
se  désagrègent,  et  leurs  parties  osseuses,  ex- 
posées a  l\iction  de  l'air,  se  détruisent  in- 
failliblement dans  un  laps  de  temps  souvent 
fort  court.  Les  coquilles  terrestres,  placées 
dans  les  mêmes  cas,  se  décomposent  plus 
promptement,  en  raison  de  leur  peu  de  ré- 
sistance. Les  os  et  les  coquilles  cachés  dans 
l'Aumifi,  suivant  sa  nature,  se  détruisent  en- 
core à  la  longue,  comme  on  le  voit  pour  les 
ossements  humains  des  cimetières. 

Pour  que  les  ossements  et  les  restes  or^- 
nisés  terrestres  puissent  se  conserver,  ils 
doivent  être  enveloppés  de  sédiments  de 
certaine  nature,  qui  se  forment  dans  le^ 
eaux.  11  devient  donc  indispensable  qu'ils 
soient  soustraits  à  l'action  aésorganisatrice 
des  agents  extérieurs,  par  les  fines  molé- 
cules dont  les  eaux  les  entourent,  soit  en  les 
transportant  dans  les  lacs,  soit  eu  les  dépo- 
sant sur  les  sédiments  fins  des  vallées  et  des 
atterrissements  riverains.  Dans  tous  les  cas, 
ces  restes  terrestres,  ainsi  aue  les  coquilles 
fluviatiles  mortes,  devenus  des  corps  inertes, 
suivent,  dans  leur  transport  et  dans  leur  ré- 
partition par  les  eaux,  la  même  impulsion 
que  les  autres  sédiments  terrestres  répan* 
dus  sur  le  sol.  Suivant  leur  volume ,  leur 
pesanteur,  ils  se  trouvent  avec  les  cailloux, 
le  gros  sable,  ou  a?ec  les  sédiments  fins 
des  plages  tranquilles  des  lacs^  des  rivières 
et  des  fleuves.  Us  seront  encore  Quelque- 
fois entraînés  par  les  eaux  pluviales  dans 
les  fentes  de  rochers,  dans  les  cavernes  ou 
les  grandes  cavités  souterraines,  comme  on 
le  voit  entre  Tuchant  et  Rivesalte  (Aude)» 
Là,  mélangés  avec  l'Aumuf,  ils  seront  encore 
préservés  de  la  destruction,  et  formeront 
des  brèches  osseuses  ou  ces  amas  d'osse- 
ments contenus  dans  les  bourses  que 
MM.  Constant-Prévost  et  Desnoyers  ont  dé- 
couverts dans  les  couches  de  gjrpse  des  en- 
virons de  Paris. 

Art.  IU.  —  Liiiites  bc  mélange  des  sédi- 
ments ET  DBS  ANIMAUX  MARINS  ET  TERRES- 
TRES. 

Après  avoir  expliqué  comment  se  forment 
les  sédiments  marins  et  terrestres,  comment 
s'y  déposent  les  animaux  propres  aux  mers 
et  aux  continents,  il  nous  reste  à  chercher 

Paléontologie.  13 


595 


t;ou 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


cor 


393 


3uels  sont  les  points  où  les  mélanges  des 
eux  faunes  peuvent  avoir  lieu,  quelles  en 
sont  les  limites  dans  les  causes  actnelles,  et 
quels  sont  les  moyens  de  les  reconnattre. 

Les  fleuves,  et  une  multitude  de  petits 
affluents  de  moindre  valeur,  débouchent  dans 
la  mer;  et,  bien  qu*ils  n*apportent  pas  tou- 
jours des  sédiments,  ils  y  versent  au  moins 
leurs  eaux.  Ces  eaux  peuvent,  dans  quelques 
cas,  entratner  quelques  coquilles  terrestres 
flottantes,  qui  se  df^posent  sur  la  côte  et  se 
mêlent  aux  coquilles  marines.  Comme  elles 
sont  en  petit  nombre,  et  généralement  plus 
fragiles  que  celles-ci,  elles  se  brisent  plus 
ficilement  et  disparaissent  presque  partout. 
Elles  ne  sauraient  se  conserver  que  sur  une 
pla^e  tranquille  ou  vaseuse.  Les  grands 
affluents,  vu  leur  volume  plus  considérable, 
transportent  encore,  quoique  rarement,  à  la 
surface  des  eaux,  quelques  animaux  verté- 
brés flottants  et  des  coquilles.il  s'agit,  main- 
tenant, de  s'assurer,  par  des  faits,  des  limi- 
tes extrêmes  où  ces  mélanges  peuvent  avoir 
lieu.  Les  animaux,  en  petit  nombre,  que  le 
hasard  aura  préservés  oe  Téchouage,  surtout 
aux  courants  contraires  apportés  par  la  ma- 
rée montante,  et  qui  arrivent  jusqu'à  la  der- 
nière limite  du  courant,  de  la  Seine,  par 
exemple,  rentreront  de  suite  sous  l'influence 
des  mers.  Ils  ne  sont  pas  transportés  au  lar^e, 
mais  ils  sont  immédiatement  ramenés  sur  la 
côte  par  la  marée,  par  les  courants,  et  s'éloi- 
gnent rarement  de  quelques  kilomètres  à 
droite  ou  à  gauche  de  l'embouchure,  suivant 
les  courants  et  la  direction  des  vents  qui 
soufllent. 

Les  personnes  qui  ont  habité  Paris  ont  pu 
remarquer  le  nombre  considérable  de  bou- 
chons de  liège  qu'y  transportent  les  eaux  de 
la  Seine.  Prenons-les  un  instant  comme  des 
corps  flottants  par  excellence,  susceptibles 
de  résister  à  tous  les  chocs  sans  s'altérer,  et 
suivons-les  dans  leur  marche  jusqu'à  la  mer. 
On  les  trouve  d'abord  jetés  en  grande  quan- 
tité sur  les  rives  de  la  Seine,  au-dessous  de 
Paris,  et  de  moins  en  moins  nombreux,  en 
s'éloignant  de  la  capitale.  Quoiqu'à  Rouen 
on  en  jette  également  à  la  Seine,  lorsqu'on 
eherche,  de  chaque  côté  de  son  embouchure, 
le  très-petit  nombre  arrivé  jusqu'à  la  mer, 
on  les  voit  de  plus  en  plus  rares  à  mesure 
qu'on  s'en  éloigne,  et  ne  pas  dépasser  un 
rayon  de  2  ou  3  myriamètres.  La  résistance 
des  bouchons  est,  on  le  sait,  cent  fois  plus 
grande  que  celle  des  coquilles  et  autres 
torps  flottants.  On  voit,  néanmoins,  que  leur 
maximum  d'éloignement  de  l'embouchure 
de  la  Seine  n'est  encore  rien,  comparé  à 
l'étendue  des  côtes  de  la  Manche,  et,  a  plus 
forte  raison,  du  littoral  des  océans. 

Pour  les  restes  des  corps  organisés  plus 
pesants,  tels  que  les  ossements  et  les  grosses 
coquilles  d'eau  douce,  ils  arriveront  plus 
rarement  encore  jusqu'à  la  mer;  car,  neu- 
tralisé sur  un  grand  nombre  de  points  par 
la  diminution  des  pentes,  le  courant  les  lais- 
sera partout  avec  les  cailloux  et  les  galets. 
Il  n'y  aura  donc  que  les  coquilles  légères 
qui  pourront  être  mélangées  sur  quelques 


points,  mais  seulement  un  peu  en  dedans 
de  l'embouchure  des  rivières ,  fàv  la  seule 
action  des  courants.  Dans  les  limites  du  mé- 
langé alternatif  des  eaux  douces  et  des  eaux 
salées,  déterminées  par  les  marées,  à  Tem- 
bouchure  des  fleuves»  il  ne  vit  réellement 
aucune  coquille  d'dau  douce,  pas  plus  oue 
des  coquilles  marines.  Il  en  r&ulte  que  les 
coquilles  d'eau  douce  ont  le  temps  de  s'alté- 
rer avant  d'avoir  atteint  cette  embouchure, 
et  que  les  coquilles  marines  sont  plus  rare- 
ment refoulées  dans  les  rivières,  par  l'action 
de  la  tempête.  Les  mélanges  que  nous  ne 
connaissons  pas,  dans  les  grands  fleuves, 
pourront  être  plus  fréquents  dans  une  mer 
restreinte,  sans  marées  et  sans  courants, 
comme  le  sont  quelques  parties  de  la  Médi- 
terranée; encore  ces  mélanges  sont-ils  rares 
et  de  peu  d'importance. 

La  trop  grande  extension  qu'on  a  donnée 
à  ces  mélanges,  dans  les  couches  fossilifères, 
tient  le  plus  souvent  au  manque  de  connais* 
sauces  positives  sur  la  manière  d'être,  sur 
les  habitudes  des  coquilles.  Parce*  qu'on 
trouvait  dans  la  Seine  une  néritine  Me  neri- 
tina  fluviatilis)^  on  a  cru  que  toutes  les  néri- 
tines  étaient  fluviatiles,  ce  qui  est  entière- 
ment faux.  Il  en  est  de  même  des  cyrènes, 
des  soi-disant  mélanies  du  bassin  de  Paris, 
et  d'une  foule  d'autres  coquilles  qu'on  a 
prises  pour  terrestres  et  fluviatiles,  tandis 
qu'elles  sont  bien  certainement  marines. 

On  distingue  souvent  une  couche  fluvia- 
tile  d'une  couche  marine 'à  sa  contexture, 
ordinairement  plus  poreuse»  mais  bien  plus 
certainement  encore  à  la  composition  des 
êtres  qu'on  y  rencontre.  On  3ait  que*  la  terre 
nourrit  des  limaçons  (Ae/tx,  cyclo$toma),i^s 
pupa,des  c/au^t'/ta,  respirant  Pair  en  nature; 
(jue  les  eaux  douces  sont  remplies  de  tymnta^ 
de  physa^  de  planorbis.  C'est  donc  par  la 
comparaison  des  coquilles  aujourd'hui  pro- 
pres aux  continents  et  aux  fleuves  qu'on 
arrive  à  déterminer  la  nature  terrestre,  flu- 
viatile  ou  marine  des  espèces  perdues.  C'est 
encore  avec  cette  connaissance  préliminaire 
qu'on  reconnaît,  sur  nos  plages  maritimes 
actuelles,  le  limaçon  que  les  aiUuents  terres- 
tres y  ont  porté.  On  conçoit,  dès  lors,  qu'à 
moins  d'une  étude  spéciale,  approfondie,  on 
puisse  facilement  se  méprendre  et  admettre 
des  mélanges  qui  n'existent  pas  toujours.  • 

On  a  pensé  que  quelques  espèces  pou- 
vaient passer  avec  facilité  à  l'état  de  vie,  eu 
par  les  œufs,  de  l'eau  douce  à  l'eau  salée,  ou 
de  l'eau  salée  à  l'eau  douce.  Les  expériences 

Jue  M.  d'Orbigny  a  faites  à  cet  égard  lui  eut 
onné  des  résultats  négatifs.  Ces  prétendus 
passages  tiennent  essentiellement  encore  à 
de  fausses  déterminations.  Chaque  espèce 
est  propre  à  son  élément,  dont  elle  ne  peut 
sortir,  ce  qui  n'empêche  pas  certaines  néri- 
tines  d'être  marines  (neritina  meleagris  et 
viridis)^  tandis  que  quelques  autres  sont  flu- 
viatiles;  et  tels  ceruhium  d*ètre  fluviatiles, 
quoique  les  autres  espèces  du  genre  soient 
marines. 

Quelques  auteurs,  par  système  préconçu, 
ont  prétendu  que,  si  les  mollusques  fluvia- 


397 


COU 


ET  D£  PALEONTOLOGIB. 


CRfi 


»S 


tilei  ne  peurenl  p»  vivre  dans  Teau  salée, 
par  suite  d'un  passage  brusque,  il  peut  en 
être  autrement  de  leurs  œufs,  et  qu'ainsi  les 
espèces  sont  susceptibles  de  se  modifier,  en 
passant  graduellement  de  Teau  douce  à  l'eau 
salée,  et  de  donner  des  coquilles  striées,  de 
Usses  qu^elles  étaient.  Ces  suppositions,  qui 
ne  sont  pas  le  fruit  de  l'expérience,  mais 
qu  ont  fait  établir  des  observations  géologi- 
ques peut-être  trop  superficielles,  se  trou- 
vent en  contradiction  complète  avec  la  na- 
ture. Nous  avons  dit  que,  dans  le  golfe  de 
Luçon,  il  s'opérait  tous  les  ans  des  atterris- 
sements  considérables  sur  le  littoral  mari- 
time. On  peut  y  voir,  en  effet,  renfermée 
par  des  digues  qui  ne  laissent  plus  pénétrer 
Tes  eaux  de  la  mer,  une  largeur  souvent  de 
10  ou  12  kilomètres  pris  sur  les  limites  an- 
ciennes de  rOoéan.  Si  les  3ufs  des  mollus- 
ques fluviatiles  avaient  pu  vivre  dans  un 
mélange  d'eau  douce  et  d'eau  salée,  ils 
avaient  sur  ce  point  tous  les  éléments  de 
propagation;  car  ils  sont,  par  gradation  in« 
sensible,  transportés  depuis  les  eaux  les 
plus  douces  jusqu'à  l'eau  ^aumâtre,  au 
moyen  de  ces  milliers  de  petits  canaux  pra- 
tiqués pour  l'écoulement  très-lent  des  eaux 
vers  les  écluses  des  digues.  Eh  bienl  non- 
senlement  les  coquilles  d'eau  douce  ne  se 
mêlent  pas,  mais  encore,  entre  la  digue  la 
plus  rapprochée  de  la  mer  et  le  premier 
point  ou  les  coquilles  iluviatiles  commen- 
cent à  vivre,  il  y  a  une  bande  de  8  à  b  kilo- 
mètres de  largeur  où  n'existe  aucune  co- 
quille. Pourtant,  même  au  goût,  on  ne 
trouve  aucune  saveur  saline  aux  eaux  rem- 
plies de  plantes  aquatiques,  n*ayant  pas 
communiqué  avec  la  mer  depuis  presque  un 
siècle^  et  ne  pouvant  avoir  d*autre  salure  que 
celle  transmise  par  le  sol.  Il  est  même  re- 
marquable de  voir  dans  ces  eaux,  où  les 
mollusques  iluviatiles  ne  sauraient  pas  en- 
core vivre,  des  grenouilles,  et  jusque  quel- 
ques poissons  d'eau  douce^  qui  probable- 
ment sont  moins  sensibles  au  mélange  pres- 
que nul  des  eaux.  Il  faut  donc  encore  re- 
Qoncer  è  ce  beau  système  de  mélange,  sur 
lequel  ont,  tout  de  suite,  été  établies  plu* 
sieurs  théories  directement  opposées  aux 
tdiis.  Nous  avons  cité  le  golfe  de  Luçon,  où 
tout  le  monde  peut  aller  vérifier  notre  asser- 
tion ;  mais  nous  pourrions  encore  citer  cent 
autres  points  d'Europe  et  d'ailleurs,  où  Ton 
a  pu,  sur  une  vaste  échelle,  observer  les 
limites  tranchées  qui  existent  partout  entre 
les  coquilles  fluviatiles  et  les  coquilles  ma- 
rines. 

Sans  les  fleuves,  suivant  la  pente  et  la  va- 
leur des  marées  locales,  il  y  a  une  surface 
plus  ou  moins  grande  où  il  n  existe  aucune 
coquille  fluviatue  ni  marine.  Dans  la  Seine, 
cette  limite  est  comprise  entre  Rouen  et  le 
Havre,  ou  sur  près  de  cent  kilomètres  de 
circuit  ;  dans  la  Loire,  c'est  depuis  le  Pelle- 
rin  jusqu'à  la  pointe  Saint-Gildas,  ou  sur 
près  de  trente  kilomètres.  Dans  la  Plata, 
c*est  depuis  Punta  la  Lara,  près  de  Buenos- 
Ayres,  Jusqu'à  Montevideo,  ou  sur  près  de 
deux  dc^réui  de  longueur. 


Indépendamment  des  cocjuilles  purement 
terrestres  et  purement  marines,  il  en  est  de 
propres  aux  eaux  saunuitres  qui  peuvent, 
jusqu'à  certaines  limites,  s'avancer  dans  les 
eaux  plus  ou  moins  douces,  plus  ou  moins 
salées  ;  mais  elles  ne  vivent  longtemps  ni 
dans  les  unes,  ni  dans  les  autres.  Dans  tous 
les  cas,  il  faut  se  garder  de  confondre  ces 
coquilles,  du  reste  en  très-petit  nombre,  avec 
les  coquilles  purement  marines  que  les 
tempêtes  amènent  rarement  à  quelque  dis^ 
tance  en  dedans  de  l'embouchure  des-  fleu- 
ves. 

COUCHES  CONCORDANTES,  DISCORDAHTBS, 
INGLINÉBS,  CONTOURNÉES,  CtC  —  Voy.  PbR- 
T1>RBATI0N8    6ÂOLOG1Q0ES. 

COURANTS  MARINS,  leur  m/Itienee  dans 
la  disiribtUion  des  animaux  marins,  —  Voy, 
Couches  sédimentaires. 

CRAG. — Voy.  Falcnibn. 

CRAIE  BLANCHE.— Foy.  S^vonivn. 

CRAIE  CHLORITÉE.— Voy.  CiNOMANiBN. 

CRAIE-TUFAU.  -Voy.  Sénonibn. 

CRÉATION.  —  Voy.  Cosmosonib. 

CREATION  DES  espaces  fossiles.  —  Voy. 
EspàcES  fossiles. 

CREATIONS  ET  DESTRUCTIONS  sugcbs- 
8IVBS  DES  mondes,  tradition  des  peuples  sur 
ce  point':  opinion  de  Mgr  Wiseman.  —  Voy. 
JisAN  (de  Saint-Clavien). 

CRÉTACÉS  (TERRAINS).  —  Quatrièaie 
grande  époque  du  monde  animé.  C'est  l'é- 
poque de  la  première  apparition  des  oiseaux 
palmipèdes,  des  poissons  cjcloïdes  et  oCé-* 
noides,  eto.  Ces  terrains  ont  reçu  le  nom  de 
créiacéSf  parce  que  la  craie  se  trouve  la 
composition  minéralogique  dominante  dans 
cette  formation  géologique. 

Nous  appelons  donc  terrains  crétacés  la 
succession  d'étages  qui  occupe  l'intervalle 
compris  entre  los  couches  portlandiennes, 
derniers  tlépôts  jurassiques,  e4  l'étage  num- 
mulitique,  ou  suessonieu,  premier  membre 
des  terrains  tertiaires.  Nous  y  réunissons, 
dès  lors,  tous  les  étages,  depuis  et  y  com- 
pris l'étape  néoçomien,  jusqu'aux  couches 
deLaversme,  qui  constituent  l'étage  danien. 
Cet  ensemble,  parfaitement  circonscrit,  se 
distingue  nettement  des  t^rains  inférieurs 
et  supérieurs  par  l'ensemble  de  toutes  les 
considérations paléontologiques  et  stratigra- 
phiques,  dont  les  résultats  offrent  l'accord  le 
plus  parfait. 

On  trouve  la  série  complète  des  étages 
sans  lacunes,  en  marchant  de  Vassj  (Hautty- 
Marne)  à  Vertus  (Marne). 

Ainsi  que  le  démontre  la  carte  géologique 
de  France  de  MM.  Elie  de  Beaumont  et  Du- 
frenoy,  les  terrains  crétacés  occupent  une 
vaste  surface  de  notre  sol.  Ils  forment  en 
effet  un  grand  cercle  dans  le  bassin  anglo- 
parisien,  autour  de  Paris.  On  les  voit  dans 
le  fond  de  presque  toutes  les  vallées  et  sur 
la  c6te  de  la  Manche,  depuis  la  Seine  jus- 
qu'au cap  Blanc-Nez,  dans  le  Boulonais  Ils 
se  continuent  ensuite  en  une  ceinture  pas- 
sant à  Cambrai,  à  Vervins,  à  Réthel,  h 
Reims,  à  Vitry,  à  Saint-Dizier,  à  Troyes,  à 
^oigny,  à  Saint-Fargeau,  à  Montrichard,  4 


599 


CRE 


INCTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CRE 


400 


LadheSy  à  Tours,  à  ChAtelleraulr,  à  Tourte- 
nay,  à  Sauraur,  au  Mans,  à  Guilbault,  à 
Lisieux  et  à  Hoofleur.  On  en  voit,  en  dehors 
de  ce  grand  cercle  «  un  lambeau  dans  le 
département  de  la  Manche ,  à  Saiiite-Co- 
lombe. 

Le  complément  du  bassin  anglo-parisien 
se  trouve  en  Angleterre,  où  il  forme  une 
large  bande  qui  s'étend  depuis  la  Manche 
jusqu'au  Yorkshire. 

Si  nous  les  cherchons  dans  le  bassin  py- 
rénéen, nous  les  verrons,  indépendamment 
des  lambeaux  de  la  Vendée,  former  une 
large  bande  dirigée  au  sud-est,  qui,  en  lar- 
geur, s'étend  de  rembouchure  de  la  Charente 
jusqu'à  l'embouchure  de  la  Gironde,  et  passe 

far  Saintes,  Cognac,  Angouléoie,  Ribérac, 
ériffueux,  jusqu'à  Gourdon  (Lot).  Une  autre 
bande  interrompue  se  voit  sur  lé  versant 
septentrional  dos  Pyrénées,  à  Bidart,  et 
dans  le  Gers,  et  se  montre  en  Espagne  dans 
lea  i>rovinces  de  la  Biscaye  et  de  San- Ander, 
ainsi  qu'en  Portugal,  près  de  Lisbonne, 
bans  le  bassin  de  la  Méditerranée  il  existe 

.db  vastes  lambeaux  de  terrains  crétacés. 
On  trouve  ces  terrains  en  Belgique,  en 

•  Hollande,  en  Prusse,  en  Westphahe,  en 
Hanovre,  en  Saxe,  en  Bohème,  en  Pologne, 
en  Suède;  dans  la  Mingrélie,  la  Circassie,  la 
Géorgie,  le  Caucase,  la  Bulgarie,  la  Servie, 
la  Valachie,  la  Transylvanie,  la  Gallacie,. la 

.  Volhynie ,  la  Podolie.  De  vastes  surfaces 
s*étendent  sur  la  Russie,  de  la  Pologne  jus- 
iiu'à  l'Oural.  Dans  l'Amérique  septentrionale 
ils  couvrent  les  parties  orientales  du  New- 
Jersey  au  Texas,  sur  SS*"  de  lon^eur  en 
latitude.  Ils  se  voient  dans  l'Amérique  mé- 
ridionale, dans  la  Nouvelle  -  Grenade,  au 
Pérou,  au  Chili,  et  au  détroit  de  Magellan. 
En  Asie,  ils  existent  à  Pondiéhéry  et  à 
Java. 

£n  résumé,  nous  connaissons  aujourd'hui 
des  terrains  crétacés  les  mieux  caractérisés 
sous  la  zone  torride,  dans  l'hémisphère  sud 
jusqu'  au  53*  degré,  au  détroit  de  Magellan, 
et  dans  l'hémisphère  nord  jusqu'au  56*  degré 
de  latitude.  La  répartition  des  terrains  cré- 
tacés sur  les  parties  du  globe  étudiées  sous 

.16  rapport  géologique  nous  donne  la  preuve 
qu'ils  doivent  se  retrouver  encore  sur  beau- 
coup de  points  inconnus  à  la  science.  Cette 
.répartition  nous  permet,  de  plus,  de  dire 
avec  certitude  qirils  ne  forment  pas  des 
dépôts  partiels,  mais  qu'ils  constituent  bien 
une  quatrième  grande  époque  géologique 
dont  nous  voyons  partout  les  traces  à  la  sur- 
face de  la  terre. 

Pris  dans  leur  ensemble,  ces  terrains  re- 
posent tout  autour  du  bassin  anglo-pai*isien, 
en  France  et  en  Angleterre,  sur  les  couches 

I'urassiques  ;  il  en  est  de  même  de  ceux  du 
)assin  pyrénéen  des  départements  de  la 
Charente-Inférieure,  de  la  Charente,  de  la 
Dordogne  et  du  Lot  ;  dans  le  bassin  médi- 
terranéen, de  presque  tous  les  lambeaux  de 
la  Provence,  des  deux  versants  des  Alpes,  du 
Jura,  de  l'Allemagne,  de  la  Russie,  etc.  11 
n  est,  dès  lors,  douteux  pour  personne  que 
les  terrains   crétacés,  comme  ensemble. 


niaient  régulièrement  succédé  dans  Tordre 
chronologique  aux  terrains  jurassiques. 
*     En  réunissant  ici  la  plus  grande  imis- 
sance  indiquée  à  chaque  étage  en  particulier, 
voici  ce  que  nous  trouvons  : 

Etage  danien  15  mètres. 

—  sénonien  300 

—  turonien  ÎOO 

—  eéiiomanien  500 

—  albien  40 

—  aptien  900 

—  néocomien  2,500 

m 

Total    3,761  mètres. 

Bien  que  ces  chiffres  ne  soient  qu'approxi- 
matifs, et  qu'on  ne  puisse  réunir  tous  les 
points  les  plus  épais  pour  en  déduire  l'é- 
paisseur totale,  nous  avons  voulu  néanmoins 
les  grouper  pour  montrer  la  valeur  compa- 
rative de  durée  des  étages  crétacés.  A  en 
juger  par  la  puissance,  féta^e  néocomien 
e^t  le  plus  important;  après  viennent  l'étage 
cénomanien ,  l'étage  sénonien ,  et  l'étage 
aptien. 

Par  ce  que  nous  dirons  aux  étages,  on 
verra  que,  pendant  la  période  crétacée,  il 
existait  des  continents  et  des  mers,  comme 
dans  la  nature  actuelle,  et  ceux-ci  soumis  à 
toutes  les  lois  physiques  qui  agissent  au* 
jourd'hui  à  la  sunace  de  la  terre. 

Caractères  paléontologique$.  —  Voyons 
par  les  caractères  positifs  et  négatifs  de  la 
faune  crétacée  à  définir  les  changements  de 
forme  des  animaux  qui  amènent  ce  faciès  si 
différent  qui  existe  entre  les  terrains  créta- 
cés, jurassiques  et  tertiaires. 

Les  i9k  genres  éteints  dans  les  terrains 
jurassiques ,  sans  passer  aux  terrains  créta- 
cés seront  autant  ae  caractères  négatifs  que 
nous  pouvons  invoquer  pour  distinguer  les 
terrains  crétacés  des  terrains  jurassiques. 

Les  caractères  négatifs  propres  à  faire  dis- 
tin^er  les  terrains  crétacés  aes  terrains  ter- 
tiaires se  composent  de  tous  les  genres  qui, 
encore  inconnus  aux  terrains  crétacés ,  ne 
se  montrent  qu'avec  les  terrains  tertiaires. 
Ces  genres  appartiennent  aux  classes  sui- 
vantes ;  parmi  les  mammifères,  113  genres; 
parmi  les  oiseaux,  ki  genres;    parmi  les 
reptiles ,    16  genres  ;   parmi  les  poissons , 
119  genres;  parmi  les  crustacés ,  23 genres; 
parmi  les  mollusques  céphalopodes ,  3  gen- 
res ;  parmi  les  gastéropodes ,   62  genres  ; 
parmi  les  lamellibranches,  21  genres;  parmi 
les  brachiopodes ,  1  genre;  parmi  les  bryo- 
zoaires, 7  genres;  parmi  les  échinodernies , 
24  genres  ;  parmi  les  zoophytes ,  SO  senres  ; 
parmi  les  foraminifères ,  34  genres.  Nous  au- 
rions donc,  pour  séparer    zoologiquement 
les  terrains  crétacés  des  terrains  tertiaires , 
514  genres  inconnus  aux  premiers,  et  pou- 
vant donner  des  caractères  négatifs.  Mous 
pouvons  y  joindre  les  caractères  plus  géné- 
raux de  manquer  de  24  ordres  d*animaux. 
En  résumé,  nous  aurions,  pour  distinguer 
les  terrains  crétacés  des  époaues  antérieures 
et  postérieures ,  environ  1,018  genres ,  pou- 
vant donner  des  caractères  négatifs. 

Les  terrains  crétacés  se  distinguent  des 


iOi 


CilE 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CRE 


ior 


terrains  Jurassiques  par  les  268  genres  qui 
iervent  de  caractères  négatifs  aux  terrains 
jurassiques ,  puisq[u*ils  sont  inconnus  à  cette 
époque  et  ne  paraissent  qu'avec  les  terrains 
crétacés 

Les  terrains  crétacés  se  distinguent  encore 
des  terrains  tertiaires  par  tous  les  genres 
qui  s'éteignent  dans  les  premiers  sans  pas- 
ser aux  seconds,  qui  deviennent  dès  lors 
autant  de  caractères  positifs  pour  les  ter- 
rains crétacés.  Ces  genres  sont  ainsi  répar- 
tis dans  les  séries  animales  :  parmi  les  oi- 
seaux,  2  genres  ;  parmi  les  reptiles,  12  gen- 
res; parmi  les  poissons,  29  genres;  parmi 
les  crustacés,  1  genre;  parmi  les  mollus- 
ques céphalopodes,  17  genres;  parmi  les 
gastéropKodes ,  11  genres;  parmi  les  lamelli- 
branches ,  7  genres^  parmi  les  bracbiopodes, 
12  genres  ;  parmi  les  bryozoaires,  12  genres  ; 

E rail  les  echinodermeSy  34  genres;  parmi 
i  zoophytes,  53  genres  ;  parmi  les  forami- 
oilières,  9  genres  ;  parmi  les  amorpbozoaires, 
89  genres.  Ces  genres ,  qui  cessent  d'exister 
arec  les  terrains  crétacés ,  sont  au  nombre 
de  228. 

Mous  pouvons  maintenant  dire  que  le  fa- 
des ,  si  distinct  de  la  faune  des  terrains  cré- 
tacés, que  tout  paléontologiste  érudit  doit 
apprécier,  provient,  comme  ou  le  voit,  de 
la  combinaison  des  caractères  négatifs  au 
nombre  de  536  genres .  et  des  caractères  po- 
sitifs au  nombre  de  698,  qui ,  tout  en  don- 
nant des  caractères  spéciaux  différentiels 
avec  les  grandes  époçiues  immédiatement  an- 
térieures ou  postérieures,  viennent  former 
ce  iacies  d'ensemble  qui  la  caractérise.  Au 
milieu  des  dissemblances  nombreuses,  on 
reconnaît,  pourtant,  que  les  terrains  créta- 
cés ,  par  leur  faune  ^  sont  aussi  bien  inter- 
médiaires aux  terrains  jurassiques  et  ter- 
tiaires. Qu'ils  le  sont  par  leur  position 
stratigrapniaue  rigoureuse. 

Les  caractères  stratigraphigues  que  nous 
donnent  les  espèces  sont  bien  plus  multi- 
pliés encore  que  ceux  fournis  par  les  genres. 
Outre  les  espèces  d'animaux  vertébrés  et 
annelés,  s'élevant  environ  à  700,  nous' a  vous 
encore,  pour  distinguer  plus  particulière- 
ment les  terrains  crétacés  des  périodes  an- 
térieures et  postérieures  ,  le  chiffre  de 
4,291  espèces  d'animaux  mollusques  et 
rayonnes.  Ces  espèces  sont  ainsi  distri- 
buées dans  les  étages ,  en  commençant  par 
les  plus  inférieurs  : 


Espèces  reocoDlrées 

dsos  2  oa  3  éUget 

à  la  fois. 

éfAQEM, 

Néocooiicn  7 

Aptten.  8 

Alblea.  8 

Cénomauien.  8 

Turoitien.  5 

Sénonieii.  5 

Daiiîen.  3 

Totaux.         42 


Espèces  spéciales 
I  SMl  étage. 


844 
148 
402 
84i 
577 
1,574 
65 


TOTAUK. 
85f 

156 
410 
849 
380 
1,579 
66 


4,249       4,291 

Nombre  réel  des  espèces  commiinea 
après  Mippressloi*  des  chil&es  répétés.  Si, 


Par  les  détails  spéciaux  qu'on  trouvera 
aux  étages ,  dont  le  tableau  précédent  n'est 
que  le  résumé ,  tous  les  faits  bien  consta- 
tés, analysés  aux  étages  amènent  aux  con- 
clusions suivantes  : 

1*  Il  existe  dans  les  terrains  crétacés  plus 
de  5,000  espèces  d'animaux  entièrement  dif- 
férents des  animaux  des  périodes  antérieures 
et  postérieures  et  caractéristiques  de  ces 
terrains. 

2"  Ce  nombre  se  divise  en  sept  zones  su- 
perposées formant,  dans  l'ensemble  des  ter- 
rains crétacés,  autant  de  faunes  chrono- 
logiques ou  d'époques  qui  se  sont  succédées 
rémilièrement  ies  unes  aux  autres. 

3**  Chaaue  zone  a  montré  encore  une  fau- 
ne spéciale,  distincte  des  zones  inférieures 
et  supérieures,  qui  constitue  un  étage,  une 
époque  bien  caractérisée,  de  la  même  valeur 
que  l'époque  actuelle. 

k"  Le  nombre  des  espèces  qui  se  trouvent 
par  accident  ou  autrement  dans  deux  de  ces 
étages  à  la  fois,  dont  le  nombre  avait  été 
exagéré  par  suite  de  fausses  détermina- 
tions ,  est  dans  le  rapport  de  21  è  4,291 ,  et 
ne  s*élève,  dès  lors,  en  réalité  qu'à  un  demi 
pour  cent.  Ce  nombre  insignifiant  ne  peut 
donc  en  aucune  manière  modifier  les  résul- 
tats propres  aux  faunes  spéciales  succes- 
sives. 

Chronologie  historiç^e,  —  Les  terrains 
crétacés,  considérés  dans  leur  ensemble, 
ont  toujours  eu  des  continents  et  des  mers. 
Tâchons  de  définir  à  grands  traits  quelle 
était  la  circonscription  primitive  des  mers  et 
quelles  modifications  ces  mers  ont  pu  subir 
dans  leurs  formes ,  durant  cette  longue  pé- 
riode. 

Au  commencement  delà  période  crétacée, 
trois  bassins  distincts  sont  bien  circonscrits 
en  France  et  en  Angleterre.  Ces  mers  occu- 
paient un  vaste  espace  en  dedans  des  mers 
jurassiques. 

Le  bassin  anglo-parisien  couvre  un  vaste 
rayon  autour  de  Paris ,  ayant  pour  limites  à 
Test,  sur  les  terrains  jurassiques,  Brillon 
(Meuse),  Vassy  (Haute-Marne),  Vendeuvre 
(Aube),  Auxerre  {YonneJ ,  Arquian  (Nièvre), 
Les  (ilus  anciennes  limites  occidentales  des 
terrains  crétacés,  également  sur  les  terrains 
jurassiques,  sont  cachées  en  France,  mais 
reparaissent  en  Angleterre,  où  on  la  voit 
suivre  une  ligne  N.  N.-E.  et  S.  S.-O. ,  du 
Dorsetshire  jusqu'au  Yorkshire. 

Le  bassin  pyrénéen  qui  existait  aux  ter- 
rains jurassiques  ne  parait  pas  avoir  partici- 
pé aux  premiers  dépôts  crétacés. 

Pour  le  bassin  méditerranéen ,  ses  limites 
occidentales  paraissent  être  les  mêmes  qu'aux 
derniers  âges  jurassiques.  Seulement»  les 
terrains  crétacés  ont  recouvert  des  partîtes 
jurassiques  de  l'Ilot  du  Var ,  et  montrent 
encore  un  continent  oriental  sur  la  ligne  des 
Alpes  françaises,  surtout  depuis*Digne  jus- 
qu  aux  sources  du  Rhin. 

En  résumé ,  les  bassins  maritimes  anglo- 
parisien  et  méditerranéen  existaient  seuls 
sans  le  bassin  pyrénéen ,  avec  le  premier 
étage  crétacé)  néocomien.  Pendant  les  étages 


4d3 


CR£ 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


GRl 


4M 


néocoroieii,  aptien  et  albieu,  les  mers  ont 
eu  \e$  mtmes  circonscriptions  ;  seulement , 
è  chaque  étage ,  les  limites  des  terrains  cré- 
tacés s'éloignent ,  de  plus  en  plus ,  des  ter- 
rains jurassiques  9  en  formant  des  lignes 
parallèles  d'atterrissement  sur  toute  la  ré- 
gion orientale  du  bassin  anglo-parisien  de 
France  et  d'Angleterre.  A  la  fin  du  troisième 
étage  alhien ,  tandis  que  les  mêmes  atterris- 
sements  continuent  à  se  faire  à  la  partie 
orientale  du  bassin  anglo-parisien,  un  affais- 
sement considérable  abaisse ,  à  la  fois ,  tou- 
tes les  régions  occidentales  de  ce  bassin  en 
France»  de  l'embouchure  delà  Seine  jusqu'à 
la  Touraine  et  le  bassin  pyrénéen.  Toutes 
ces  parties  reçoivent  alors  à  la  fois  la  mer 
cénomanienne ,  qui  envahit,  à  Touest  du 
bassin  anglo-parisien,  des  parties  de  terrains 
jurassiques  surélevés  depuis  longtemps,  en 
même  temps  que  tout  le  bassin  pyrénéen 
de  la  Charente  aux  Pyrénées ,  exondé  depuis 
la  fin  des  terrains  jurassiques.  Ensuite  il  se 
fait,  sur  les  différents  points  des  trois  bas- 
sins, et  à  chaque  étage,  des  atterrissements 
successifs  sur  tout  le  pourtour  des  parties 
déjà  surélevées,  toujours  en  dedans  les  uns 
des  autres ,  et  formant  des  lignes  concen-. 
triques  ré^julières.  Néanmoins,  nous  voyons, 
h  la  fin  de  Tétage  turonien ,  ou  pour  mieux 
dire ,  au  commencement  de  l'étage  sénonien , 
la  mer  bornée  à  la  France  envahir  à  la  fois 
toute  la  Belgique  jusqu'à  Maestricht,  et  une 
partie  du  Cotentin,  sur  des  points  exhaussés 
depuis  les  terrains  paléozoïques.  Tandis 
qu'en  France  et  en  Angleterre,  à  Texception 
du  changement  cité,  les  choses  se  passent 
ainsi, jusqu'à  la  fin.de  la  période  crétacée, 

(»ar  un  retrait  continuel  des  eaux  dans  tous 
es*  bassins ,  on  voit  à  la  fiji  de  l'étage  turo-^ 
nien ,  eneore  par  suite  d'affaissements  im- 
menses des  parties  surélevées  depuis  l'étase 
oxibrdien,  là  mer  sénonienne  envahir,  la 
Russie ,  de  la  Suède  jusqu'à  l'Oural ,  en  s'a- 
vançant  jusqu'au  56*  de^ré  de  latitude.  En 
même  temps  la  mer  sénonienne  s'avance  vers 
i'oaest  sur  l'Araérigue  septentrionale  du 
New-Jersey  au  Mexique,  au  sud  35*  de  lati- 
tude ,  et  apparaît  au  Chili  et  à  Pondicbéry 
dans  l'Inde. 

Les  continents  de  la  période  crétacée  ont 
subi  des  changements  corresimndants,  et  se 
sont  augmentés  ou  rétrécis,  en  raison  des 
retraits  ou  de  l'empiétement  des  mers. 

Lesanimaux,commeon  le  verra  aux  étages, 
se  sont  souvent  renouvelés  durant  cette  lon- 
gue période.  Aux  animaux  terrestres  préexis- 
tants tels  que  les  oiseaux,  les  reptiles  sauriens 
et  chéloniens,  les  insectes  ;  aux  nombreux  ani- 
maux marins  «  tels  que  poissons  «  mollus- 
ques, échinoderm  es,  zoophytes,  foramini- 
fères  et  amorphozoaires,  viennent  s*y  joindre 
les  poissons  cycloïdes  et  clénoïdes ,  des  fo- 
raminifères  énallostègues ,  cyclostègues  et 
a^athistègues  jusqu'alors  inconnus.  C'est 
aussi  rinstant  où  régnent,  dans  leur  nlus 
grand  développement  générique,  les  mollus- 
ques brachiopodes  cirridés^  les  bryozoaires  ^ 
les  fjraininifères  cychstigues  et  les  amor- 
pinroaireh  ou  spongiaires  testacés.  A  cette 


époque  également  ^  les  céphalopodes  ammo* 
mticfés  aux  coquilles  élégantes  et  variées 
prennent  leur  plus  beau  développement, 
avant  de  disparaître  pour  toujours  de  la 
surface  du  giobe.  Pendant  la  période  créta- 
cée ,  sont  nés  environ  268  genres  d'anitnaut 
jusqu'alors  inconnus,  et  nous  y  connaissons 
déjà  5,000  espèces  d'élres  spéciaux. 

La  présence,  durant  toute  la  période  créta- 
cée', des  mêmes  genres  et  des  mêmes  espè- 
ces d'animaux  depuis  la  zone  torriae  jus- 
qu'au 56"  de  latitude  de  deux  côtés  du 
monde,  annonce ,  sur  ces  différents  points, 
aujourd'hui  si  disparates,  une  température 
uniforme  tenant  évidemment  à  la  chaleur 
centrale  de  la  terre  qui  neutralisait  encore 
les  lignes  isothermes  actuelles. 

Les  oscillations  du  sol  existaient  aussi 
durant  cette  période,  et  nous  en  avons  re- 
trouvé beaucoup  de  traces. 

A  sept  reprises ,  des  perturbations  géolo- 
giques plus  fortes  que  les  oscillations  ont 
encore  interrompu  l'animation  des  continents 
et  des  mers  ;  mais ,  après  chacune  de  ces 
grandes  catastrophes  de  la  nature,  le  calme 
est  revenu,  et^  de  nouveau ,  la  puissance 
créatrice  a  repeuplé  la  terre  de  ses  animaux 
et  de  sa  flore  composés  d'espèces  ^stinctes 
des  espèces  de  Tépogun  antérieure. 

Les  roches  plutoniénnes  qui  apparaissent 
lors  des  dislocations  de  la  période  crétacée 
sont  encore^  pour  quelques  auteurs,  les  ba- 
saltes et  les  porphvres  pyroxéniques  ; 
M.  Cordler  ^  OUI  n  aamet  ces  roches  que 
dans  la  périoae  tertiaire,  regarde  comme 
contemporaine  des  terrains  crétacés  : 

La  mimosile  (partie  de  la  djolérile  et  du 
trapp  de  M.  d'Omalius  d'Halloy ,  partie  de 
la  aolérite  de  M.  Brongniart).  Cette  roche 
noirâtre,  grenue,  à  grains  trè5;-fins«.  est 
composée  de  pyroxène  (15  à  1/10  de  la 
masse),  de  fer  titane  (1  à  i/100)  et  de  felds- 
path vitreux,  teint  en  noirâtre  par  ce  py- 
roxène. Elle  passe  au  basanitej  quand  ses 
])arties  sont  jplus  minimes.  Son  Age  appar- 
tient aux  périodes  crétacées  et  tertiaires. 

CRINOIDES.  —  C'est  un  ordre  d'écbi- 
nodermes,  embranchement  des  zoophytes. 
Corps  bursiforme ,  distinct ,  pourvu  de  tinq 
bras  non  creux  ;  organes  spéciaux  de  préhen- 
sion et  indépendants  de  la  cavité  viscérale. 
Une  bouche  ^  un  anus  distincts  ;  point  de  pé- 
dicules rétractiles;  ovaires  à  la  base  des  bras, 
nu  s'ouvrant  par  une  ouverture  spéciale. 
Charpente  testacée  très-épaisse ,  extérieure, 
plus  ou  moins  régulière  du  côté  de  la  bouche, 
mais  toujours  régulière  du  côté  opposé; 
formée  de  plaques  testacées*  solides,  conti- 
guës,  dont  le  nombre  est  limité,  et  le  plus 
souvent  disposé  sur  cinq  faces,  dont  uoe 
pièce  centrale  donne  ou  non  naissance  à  une 
longue  tige  terminée  par  une  racine  fne 
sur  laquelle  est  porté  l'ensemble.  Jamais 
d'épines  testacées  articulées.  La  bouche  est 
au  centre  supérieur  ;  l'anus ,  sur  le  côté.  Les 
bras,  pourvus  en  dessus  d'un  sillon,  oti  sont 
des  cils  vibratiles  qui  conduisent  tesalimenls 
à  la  bouche,  sont  formés,  extérieurement, 
d'une  série  de  pièces  simples  ou  alleiii<vi 


409 


CRI 


ET  D£  PALEONTOLOGIE. 


CRI 


40 


inférieures  «  portant  des  ramuîes,  mais  tou- 
jours dépourrues  de  plaques  ou  d'épines. 
les crinotdes ^  sans  exception,  qu'ils  soient 
libres  ou  fixes,  se  tiennent  la  bouche  en 
haut,  les  bras  étendus,  pour  atteindre  leur 
proie ,  dans  une  position  tout  à  fait  opposée 
aux  autres  échîDoJermes. 

Les  crinoîdes,  comme  nous  les  envisa- 
fcoos,  se  distinguent  nettement  des  autres 
echiooilermes ,  par  les  modifications  que  dé- 
t<^rmioe  chez  eux  la  station  normale  tout  à 
dit  opposée.  En  effet,  les  autres  échinoder- 
mes  restent  inyariablement  la  bouche  en 
bas;  mais,  chez  les  crinoîdes,  toutes  les  par- 
ties sont  disposées  de  manière  à  ce  que  la 
station  normale  soit  la  bouche  et  l'anus  en 
l'air.  Si  les  oursins  et  les  astériens  peuvent 
chercher  leur  proie  en  rampant  sur  le  sol 
soos-marin,  les  crinoîdes,  au  contraire,  ne 

Eurent  que  l'attendre.  Nous  ayons  dit  que 
^  crinoîdes  étaient  disposées  de  manière  è 
vivre  la  bouche  en  haut  ;  en  effet,  les  obser- 
vations laites  sur  jes  comatules  vivantes 
donnent  la  preuve  que ,  libres  ou  fixes ,  les 
genres  que  nous  y  réunissons  avaient  tous 
le  même  genre  de  vie.  Les  racines  et  la  tige 
des  crinoîdes  fixes  s'opposent  à  ce  qu'ils 
virent  autrement  ;  et  l'analogie  des  espèces 
vivantes  anx  espèces  fossiles  nous  donne  la 
certitude  que  les  crinoîdes  fixes  vivaient  sur 
les  lieux  rocailljeux  ou  au  milieu  des  bancs 
de  coraux  les  plus  profonds.  Là ,  fixés  par  la 
racine ,  leur  longue  tige  s'élevait  verticale- 
ment ,  et  leur  cauce ,  couronné  de  ses  bras , 
s'épanouissait  pour  attendre  la  proie  qui 
paissait  à  leur  portée.  Les  comolu/idir ,  fixées 
dans  leur  jeune  âge,  comme  les  cronoîdes 
fixes,  sont  libres  ensuite;  mais  alors  ^lles 
se  cramponnent  au  sol  par  les  verticilles  in- 
férieurs de  leur  calice,  qui  remplacent,  dans . 
ce  cas,  la  tige  et  la  racine  (des  autres,  et 
épanouissent   leurs  bras.  Chez  les  genres 
saecoêomaei  marsupUes,  que  nous  regardons 
eocore  comme  des  crinoîdes,  la  saillie  de 
leur  calice  globuliforme  s'oppose  à  ce  qu'il 
puisse  être  en  dessus  dans  la  reptation; 
nous  devons  donc  croire  que  cette  disposition 
particulière  était  propre  a  vivre  sur  les  sédi- 
ments fins ,  où  les  autres  crinoîdes  ne  pou- 
vaient se  fixer.  Lh ,  le  calice  enfoncé  dans  le 
sable  ou  l'argile,  ils  déployaient  protMihle- 
ment  leurs  bras  comme  ceux  des  crinoîdes, 
porié^sur  une  tige,  ou  comme  les  comatules, 
cramponnés  aux  polypiers  ou  aux  rochers. 
En    resumé,  on  voit,  chez  les  crinoîdes, 
trois  modifications  déterminées  par  le  mode 
d*existénce  :  les  uns,  fixes  au  milieu  des 
bancs  de  coraux ,  dans  les  grandes  profon- 
deurs des.mers;  les  autres,  libres,  pouvant, 
aa  moyen  de  petits  bras  verticilles  inférieurs, 
se   fixer  aux  différents  corps,  sous-marins 
solides;  les  troisièmes,  disposés  de  manière 
à   ce  que  leur  corps  bulbiforme  s'enfonce 
dans  les  sédiments  fins.     . 

Nous  appelons  racine^  la  partie  rliizomor- 
ptie  qui  fixe  l'animal  au  sol ,  et  qui ,  isolée 
ou  groupée,  s'attache  directement  au  sol 
pcr  ue  véritaUes  racines  testacées.  De  cette 
caciof^,  chez  les  crinoîdes  fixes,  part  une 


/tfff  longue,  formée  d^aritcles  pentagones, 
arrondis  ou  carrés ,  placés  les  uns  sur  les 
autres,  percés  d'un  trou  au  centre,  et  arti- 
culés par  des  rayons  ou  par  une  étoile  formée 
de  saillies  et  de  dépressions.  A  Textréraité 
supérieure  de  cette  tige  est  un  ensemble  do 
pièces  testacées  régulier,  qui  enveloppe, 
plus  ou  mains ,  les  viscères  et  les  protège  : 
c'est  le  calice.  Celui-ci ,  qui  forme  tout  le 
sac  viscéral  chez  quelques  genres,  n'en  oc- 
cupe que  la  partie  inférieure  chez  quelques 
autres.il  se  compose  de  pièces  diverses,  qui 
ont  reçu  des  noms  tirés  de  leur  position.  Les 
unes  reposent  immédiatement  sur  les  der- 
niers articles  de  la  tige ,  chez  les  genres  qui 
en  sont  pourvus ,  ou  sur  une  pièce  centrale 
qui  la  compose  chez  les  crinoîdes  libres  ;  ce 
sont ,  pour  nous ,  les  pièces  basales.  D'autres 
donnent  naissance  aux  bras  :  ce  sont  les 

{nices  branchiak$.  Entre  les  pièces  basales  et 
es  pièces  branchiales  se  trouve  un  nombre 
plus  ou  moins  grand  de  séries  de  pièces, 
disposées  par  anneaux  :  les  pièces  intermé- 
diaires. Entre  les  rangées  longitudinales  des 
pièces  intermédiaires,  il  en  existe  d'autres 
plus  irrégulières,  que  nous  désignerons 
comme  pièces  acce«sotre«.  Les  pièces  superpo- 
sées qui,  dans  leur  ensemble,  composent  les 
britf,nous  les  appelons  articles  branchiaux. 
De  ces  bras,plus  ou  moins  longs  et  divisés  eu 
branches,  partent,  alternativement,  de  chaque 
c6té ,  d'autres  petites  branches  courtes,  uni- 
formes ,  jamais  divisées  ;  nous  les  désigne- 
rons comme  des  ramules.  Souvent  en  dedans 
des  bras  sont  des  pièces  qui  enveloppent  les 
viscères,  et  que.  nous  appellerons  pièces 
viscérales.'  Ce  témoignage  remplacera  cet 
assemblage  disparate  de  noms  qui  juraient 
ensemble,  comme  ceux  de  tigcj  de  calice j 
de  bassin ,  de  pièces  costales ,  iniercostaies , 
de  scapulaires^  de  imitfu  et  de  doigts  em- 
ployés par  M.  Miller. 

Le  premier  fait  qui  frappe  en  jetant  h  s 
yeux  sur  le  tableau  de  Ja  répartition  des 
genres  et  des  espèces  fïéchinodermes  crinoî- 
des \k  la  surface  du  globe  terrestre ,  depuis 
le  commencement  de  l'animalisation  jusqu'à 
l'époque  actuelle,  c'est  la  concordance  de 
distribution  qu'on  trouve  dans  cet  ordre  avec 
les  céphalopodes  tentaculifères  et  celui  des 
brachiopodes.  En  effet,  comme  pour  les 
séries  animales  que  nous  venons  de  citer, 
les  crinoîdes  naissent  en  nombre  considé- 
rable de  genres  et  d'espèces ,  avec  les  pre- 
miers âges  du  monde  animé,  les  terrains 
paléozoîques ,  où  ils  ont  leur  maorimum  de 
développement;  puis,  il  n'y  a  phis  que  quel- 
ques genres  isolés  dans  les  diverses  époques, 
à  l'exception  de  l'étage  oxfordien,  ou  se 
montrent  encore  de  nouveau  des  formes  plus 
nombreuses.  Deux  époques,  comme  on  le 
voit,  auraient  été  plus  privilégiées  que  les 
autres  pour  les  crinoîdes.  Ils' sont  dans  une 
période  décroissante  depuis  dé  vonien  jusqu'à 

présent. 

Comparaison  des  deux  divisions  entre  elles. 
—  Nous  divisons  les  crinoîdes  en  crinoîdes 
fixes  et  crinoîdes  libres.  Voyons  la  marche 
que  ces  deux  séries  ont  suivie  : 


407 


CRI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CRI 


lOS 


.  Les  ermoides  fixes  ^  dont  dépendent  le 
pêntacfinus  f  Vaptocrinus ,  etc.,  se  sont  déjà 
montrés  en  grand  nombre  avec  le  premier 
âge  du  monde  animé  (Tétage  silurien);  ils 
atteignent  leur  maximum  de  développement 
génériaue  avec  Fétage  dévonien ,  le  second , 
et  ne  lont  plus  ensuite  que  décroître.  Ils 
offrent  39  genres  dans  les  terrains  paléozoï- 
ques  ;  2  dans  les  terrains  triasiques ,  7  dans 
les  terrains  jurassiques ,  5  dans  les  terrains 
crétacés,  1  dans  les  terrains  tertiaires;  et, 
de  tous  ces  genres  connus,  on  n*en  retrouve 
plus,  dans  1  époque  actuelle, que  deux  pour 
représenter  les  formes  si  variées  des  pre- 
mières mers  du  monde.  11  est  évident  que , 
depuis  Tétage  dévonien ,  les  crinoïdes  fixes 
ont  toujours  été  dans  une  période  décrois- 
liante  de  développement  de  formes  géné- 
riques. 

Les  crinoïdes  Itfrre»,  auxquels  appartien- 
nent les  comatules^  ont  commencé  bien  plus 
tard.  Us  manquent  dans  les  terrains  paiéo- 
zoïques  et  triasiques.  Leur  premier  genre  se 
montre  avec  l'étage  bathonien,  le  cinquième 
des  terrains  jurassiques ,  et  le  maximum  se 
trouve  dans  Tétage  oxfordien,  le  septième 
des  mêmes  terrains.  Ils  montrent  4  genres 
dans  les  terrains  jurassiques,  3  dans  les  ter- 
rains crétacés ,  aucun  genre  dans  les  terrains 
tertiaires;  et,  à  l'époque  actuelle,  il  en 
existe  deux  seulement.  Ici,  quoique  les 
genres  aient  paru,  plus  tard,  ils  suivent  la 
même  marche  décroissante  de  développe- 
ment générique ,  depuis  les  terrains  juras- 
siques jusqu'à  présent. 
^  Les  deux  séries  so^it  donc  dans  leur  pé- 
riode décroissante  :  l'une,  depuis  les  terrains 
paléozoïques  ;  l'autre ,  depuis  les  terrains 
jurassiques.  Dès  lors,  }es  crinoïdes  sont  en 
contradiction  complète  avec  l'hypothèse  qui 
faisait  croire  au  perfectionnement  des  êtres 
dans  les  Ages  du  monde. 

La  comparaison  de  l'instant  d'apparition 
des  deux  séries,  par  rapport  à  la  perfection 
de  leurs  organes ,  nous  amène  a  des  con- 
clusions différentes.  Si  d'être  libre  donne 
un  degré  de  plus  de  perfection  que  d'être 
fixe ,  assurément  les  crinoïdes  libres  ayant 
paru  les  derniers,  on  pourrait  y  voir  une 
marche  dans  le  sens  de  la  perfection  ;  mais 
comme  toutes  les  deux  sont  également,  au- 
jourd'hui ,  dans  la  période  décroissante  de 
développement  générique,  ou  peut  dire  qu'il 
n'y  a  nullement  eu  marche  croissante,  de 
perfection  des  organes  des  âges  anciens  aux 
plus  modernes. 

L'ensemble  numérique  des  genres,  pris 
dans  l'ordre  chronologique  par  terrains,  nous 
amène-t-il  à  des  conclusions  identiques? 
Les  connaissances  actuelles  donnent  aux 
terrains  paléozoïques  39 genres  ;  aux  terrains 
triasiques  2  ;, aux  terrains  jurassiques  12r 
aux  terrains  crétacés  8;  aux  terrains  tertiaires 
2;  et,  à  l'époque  actuelle,  «.  Les  genres  sont 
donc  dans  une  décroissance  numérique  con- 
stante, depuis  le  premier  âge  du  monde 
animé  jusqu'à  notre  époque ,  et  ils  restent 
aujDurd'hui  près  d'un  dixième  de  ce  qu'ils 
étaient  dans  ces  premiers  Ages  du  monde. 


Nous  avons  donc  ici  une  marche  tout  l  fait 
rétrograde, 

Déauctions  climatologiques  et  géographi- 
gués.  —  Le  peu  de  genres  vivants  cornius 
nous  amène  cependant  à  des  conclusions 
importantes.  Les  crinoïdes  fixes  actuels, 
tels  que  les  pentacrinus,  sont  spéciaux 
aux  grandes  profondeurs  des  mers  chaudes 
des  Antilles.  Comme  on  les  trouve  en  France 
et  en  Europe,  pendant  toute  la  série  des 
terrains  jusqu'aux  dernières  époques  ter- 
tiaires, on  doit  croire  que  ces  mêmes  régions 
jouissaient  d'une  température  beaucoup  plus 
chaude  qu'aujourd'hui.   La   présence   des 

Î pentacrinus^  en  Europe,  prouve  encore  que 
a  distribution  géographique  actuelle  esi 
tout  à  fait  différente  de  la  distribution  géo- 
graphique ancienne.  Une  déduction  de  plus 
doit  être  signalée.  Les  crinoïdes  ne  se  trou- 
vent maintenant  que  dans  les  mers  pro- 
fondes. On  peut,  dès  lors,  croire,  chaque 
fois  qu'il  y  a  abondance  de  crinoïdes  dans 
une  couche,  qu'elle  dépendait  d*une  partie 
profonde  des  mers  de  cette  époque. 

Déductions  aéologigues  tirées  des  genres, 
—  Les  caractères  stratigraphiques  négatifs 
son  t  d'autant  plus  marqués  pour  les  crinoïdes. 
que  des  60  genres,  aucun  n'occupant  Ten- 
semblo  des  étages,  et,  au  contraire,  tous 
étant  circonscrits  dans  ces  étages,  ils  peuvent 
donner  d'excellents  caractères  négatifs  pour 
les  étages  supérieurs  et  inférieurs  ou  ils 
manquent. 

Caractères  stratigraphiques  positifs.  —  Par 
la  même  raison,  les  caractères  positifs  sont 
aussi  prononcés  pour  les  crinoïdes.  En  effet , 
puisque  les  60  genres  sont  limités  dans  les 
étages,  ils  peuvent  tous  donner  des  carac- 
tères positirs  pour  les  zones  où  ils  se  ren- 
contrent. Ces  caractères  seront  d'autant  plus 
maroués  que,  sur  ce  nombre,  37  genres, 
ou  plus  de  la  moitié,  n'occupent  qu'un  seul 
étage;  et  que,  sur  60  genres,  trois  seule- 
ment existent  dans  les  mers  actuelles ,  tous 
les  autres  ayant  été  ensevelis  dans  les  couches 
terrestres.  La  persistance  est  marquée  pour 
le  genre  pentacrinus. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des 
espèces  de  chez  les  crinoïdes  sont  les  mêmes 
que  pour  les  autres  séries  d'êtres  :  les  espèces» 
au  nombre  de  286,  sont ,  à  peu  d'exception 
près ,  spéciales  à  un  seul  étage  qu'elles  ne 
iranchissent  pas;  aussi  sont-elles  c^acté- 
ristiques  des  étages  où  elles  vivaient. 

CRINOIDIENS.  —  Parmi  les  familles  fos- 
siles de  la  division  des  rayonnes,  les  géolo- 
gues en  ont  découvert  une,  à  laquelle  on  ne 
connatt  encore  que  peu  d'analogues  è  Tétat 
vivant,  et  qui  mérite  une  attention  spéciale, 
soit  pour  son  importance  numérique,  soit 
pour  son  extraordinaire  beauté. 

On  rencontre  souvent  des  successions  de 
couches  dont  chacune  est  épaisse  dé  plu- 
sieurs pieds,  et  offre  plusieurs  milles  eu 
étendue ,  dans  la  composition  desquelles  Us 
débris  calcaires  d'encrinites  entrent  iH)ur 
plus  de  moitié.  Le  marbre  à  entroques  du 
comté  de  Derby,  et  la  roche  noire  des  buttes 
de  calcaire  carbonifère  des  environs  de  Bris- 


m 


en 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


car 


i'ù 


toit  soDi  des  exemples  bien  eonoas  de  ter* 
nies  stratifiés  ainsi  romposés  ;  et  ces  exem- 
ples font  voir  quelle  large  part  ont  eue  par- 
fois les  débris  animaux  dans  Taccroissement 
de  Tolnroe  des  matérianx  qui  composent 
i  enrelomie  minérale  du  globe. 

Les  débris  fossiles  dont  il  s'agit «nt  été 
longtemps  connus  sons  le  nom  depierreslili- 
forma  ou  emeriniies.  On  les  a  dernièrement 
réunis  en  un  ordre,  sous  le  nom  de  crinoï- 
des.  Cet  ordre  comprend  plusieurs  genres  et 
un  grand  nombre  d'espèces,  que  Cuvier 
place  après  Ses  astéries,  dans  l'embrancbe- 
ment  des  zoopby  tes.  Presque  tous  paraissent 
aroir  été  fixes,  soit  sur  le  fond  de  la  mer, 
mi  sor  des  corps  flottants  étrangers  (289). 

Les  deux  genres  les  plus  remarquables 
de  cette  famille  sont  connus  depuis  long- 
temps des  naturalistes  sons  les  noms  d'en- 
crmiieeldepefUaermfte.  Le  premier  est  ce- 
lui dont  les  espèces  rappellent  le  plus  la 
forme  d'un  \js  ;  elles  sont  portées  sur  une 
tige  ejlindnque.  Les  espèces  du  second 
genre  ont  avec  les  encrinites  des  analogies 
générales  de  structure  ;  mais  la  forme  pen- 
tngonale  de  leur  tige  leur  a  Talu  le  nom  de 
pentaerinite.  Un  troisième  genre,  désigné 
sons  le  nom  d'aptoermt/e  ou  encrinitt  potre^ 
lait  Toir,  sur  une  grande  échelle,  les  parties 
constituantes  du  corps  dans  cette  famille,  et 
il  a  éle  placé  par  M.  Miller  en  tête  de  son 
oarragB  important  sur  les  crino'idiens. 

I>eux  espèces  récentes  ont  servi  è  mettre 
en  lumière  la  nature  de  ces  débris  fossiles  ; 
ce  sont  la  pentaerinite  tête  de  Méduse^  des 
Indes  occidentales  (â90),  et  la  comatule  frai^ 
mie  {eomaiula  fimbriata)  fisurée  par  M.  Mil- 
ler aans  la  première  plandne  de  son  ouvrage 
sur  les  crinoidiens. 

Noos  allons  étudier  les  arrangements  mé- 
caniques que  nous  offre  la  structure  de  deux 
ou  trois  des  espèces  fossiles  les  plus  impor- 
tantes de  cette  famille,  dans  leurs  rapports 
aTec  les  fonctions  de  zoopbytes,  destinés  à 
s*eàiparer  de  leur  nourriture  à  l'aide  de  filets 
tendus,  soit  que,  fixés  au  fond  de  la  mer,  ils 
soient  réduits  aux  mouvements  limités,  que 

(tt9)  (  Cet  animal,  dit  M.  Miller,  offre  one  co- 
romle,  ovale  ou  angolaire,  formée  de  nom- 
articles,  ei  sopportaiit  à  son  sommet  une  série 
de  lames  ou  d'articles  qui  forment  un  corps  cupo- 
nforme^  où  sont  contenues  les  viscères,  et  donnant 
naissance,  ^  son  bord  supérieur,  à  cinq  bras  articu- 
lés qui  se  divisent  en  des  doigts  tcntacnllforroes 
plus  on  moins  nombreux,  rangés  tout  autour  d3 
ro-iTettnre  de  la  bouche.  Celte  bouche  est  située 
an  eentie  d*une  voAle  composée  de  pUqoes,  et  s*é- 
iroJant  au-dessus  de  la  cavité  abdominale  ;  et  elle 
ea  >n>ce|  tiblede  prendre,  par  certaines  contractions, 
La  îéïrme  d'une  trompe  ou  d'un  cône.  • 

{"idO)  ïjes  comatules  offrent  avec  les  pentacrinites 
a  ne  coofon%ité  de  structure  presque  parfaite  dans 
les  parties  essentielles ,  â  fexception  de  la  tige  qui 
■lanqoe,  ou  qni  est  réduite  au  moins  à  une  simple 
plaqué.  ITapm  Pérou,  les  comatules  se  suspendent 
par  leurs  bras  ans  fucus  et  aux  polypiers,  guettant 
leur  proie  dans  celle  position,  pour  la  saisir  à  Taide 
de  leurs  bras  et  de  leurs  doigts  développés. 

(291)  La  monographie  de  M.  Miller ,  où  sont  dé' 
jusque  dans  leurs  détails  les  plus  minutieux. 


leur  corps  peut  exécuter  autour  d  un  point 
déterminé  f  sôit  qu'ils  se  servent  des  mêmes 
organes  en  flottant  dans  les  eaux,  libres  ou 
fixés,  comme  les  anatifes  de  Tépoque  ac- 
tuelle, à  des  pièces  de  bois  flottantes. 

Malgré  la  rareté  des  espèces  qui  représen- 
tent les  crinoidiens,  dans  la  création  dont 
nous  faisons  partie,  cette  famille  occupait, 
sous  le  point  de  vue  numérique,  une  place 
importante  parmi  les  habitants  des  ancien- 
nes mers  (291).  On  en  peut  juger  par  ce 
fait  que  ceux  que  Ton  a  déjà  découverts  ont 
été  réfiartis  eu  quatre  divisions  comprenant 
neuf  genres,  dont  la  plupart  renferment  (plu- 
sieurs espèces.  A  voir  la  construction  admira- 
ble de  chacune  des  petites  fuèces  osseuses , 
au  nombre  de  plusieurs  milliers,  qui  en- 
trent dans  la  composition  du  corps,  on  re- 
connaît qu'elles  appartenaient  à  un  instru- 
ment d'un  fini  merveilleux,  et  renfermant 
de  remarquables  arrangements  mécaniques. 
Giiacune  de  ces  pièces,  dans  son  action, 
conservait  une  harmonie  parfaite  avec  tout 
le  reste ,  et  elles  s'ajustaient  entre  elles  de 
manière  à  ce  que  leur  ensemble  remplit,  de 
la  manière  la  plus  complète  possible,  certai- 
nes fonctions  spéciales  dans  l'économie  de 
ranimai  dont  il.faisait  partie. 

Les  osselets,  qui  constituent  le  squelette  de 
tous  ces  animaux,  ressemblent  aux  pièces 
solides  de  l'étoile  de  mer  (293).  Ils  ont  pour 
usage,  ainsi  que  le  squelette  osseux  des  ani- 
maux vertébrés,  de  constituer  dans  l'orga- 
nisation une  charpente  solide,  destinée  à 
protéger  les  viscères,  et  à  fournir  des  points 
d  appui  aux  fibres  contractiles  qui  traversent 
l'enveloppe  gélatineuse  dont  toutes  les  por- 
tions du  corps  de  l'animal  sont  revê- 
tues (293). 

De  même  que  dans  les  astéries,  ce  sont  les 
pièces  solides  qui  constituent  la  plus  grande 
partie  du  volume  de  l'animal,  La  substance 
calcaire  de  ces  osselets  est  sécrétée  proba- 
blement par  un  périoste  ;  et  il  parait  aue  ce 
périoste  possède  la  fiiculté  de  remplacer, 
par  un  nouveau  dépôt  de  substance,  les  in- 
jures accidentelles  auxquelles  sont  exposés 

les  diverses  variations  de  structure  de  chacune  des 
parties  constituantes  do  squelette  dans  les  divers 
Ijenres  de  la  famille  des  crinoides,  est  on  admirable 
eiemple  de  la  ré^torité  avec  laquelle  un  même 
type  fondamental  se  maintient  rigoureusement  au 
milieu  des  modificalîons  variées,  qui  en  constituent 
les  nombreuses  formes  éteintes,  génériques  et  spé- 
cifiques. 

(x92)  Ces  osselets  ne  sont  pas  de  véritables  os  ; 
mais  ils  tien|ient  à  la  fois  de  la  nature  des  plaques 
de  la  coquille  des  oursins  et  des  articles  calcaires 
de  Tenveloppe  des  astéries. 

(293)  U»  fibres  coniraetiles  des  animaux  rayon- 
nés  ne  se  réunissent  pas  en  des  masses  compteies^ 
comme  dans  les  muscles  véritables  des  animaux  dea 
ordres  plus  élevés;  et  le  mot  mmêcie  ne  peut  pas 
s*emp)oyer  dans  sa  stricte  signification  a  propos 
des  crinoidiens;  mais,  comme  plusieurs  auteurs  ont 
désigné  ainsi  les  fibres  contractiles  les  pins  simples 
qui  mettent  en  mouvemmt  les  petites  pièces  du 
squelelle  de  ces  animaux ,  nous  croyons  devoir  la 
consen  er  de  même  dans  nos  descriptions. 


ill 


CRO 


l>ICT10.N>iAmfi  DE  COSUOCOM£ 


CRO 


4R 


ces  animaux  si  déHcatement  construits ,  au 
sein  de  Téiéraent  turbulent  où  ils  vivent. 
On  voit,  dans  Touvrage  de  M.  Miller*  de 
nombreux  exemples  de  semblables  répara- 
lions  chez  diverses  espèces  fossiles  de  cri- 
noïdiens. 

Dans  l'espèce  moderne  du  genre  pentacri- 
fiuSf  un  des  bras  est  en  marche  de  se  repro* 
duire  de  la  même  manière  que  les  écre- 
visées  et  les  crabes  reproduisent  les  pattes 
et  les  doigts  qu'ils  ont  perdus,  ou  les  lézards 
leori  pattes  ou  leur. -queue.  Les  bras  des 
étoiles  de  mer  {se  reproduisent  également 
lorsqu  ils  ont  été  arrachés. 

Ces  exemples  nous  font  voir  que  cette 
puissance  de  reproduction  est  d'autant  plus 
(grande  que  les  animaux  sont  d*ordres  plus 
inférieurs,  et  que  les  forces  ainsi  destinées 
h  porter  remèae  aux  injures  qui  menacent 
un  animal,  croissent  ou  diminuent  suivant 
qu'il  y  est  plus  ou  moins  exposé,  ce  qui  est 
une  conséquence  de  la  condition  dans  la- 
quelle se  trouvent  placées  les  diverses 
créatures  douées  de  cette  faculté  à  un  plus 
haut  de^ré.  —  Voy.  ENeauiiTE  et  PsirrACRi- 

Il  1T5, 

CRISTALLISATION.  —  Voy.  VJtUroduc- 
iion. 

CROCODILES.  —  Les  reptiles  fossiles  de 
la  famille  des  crocodiliens  ne  s*écartent  pas 
assez  des  genres  vivants  pour  que  nous 
aurons  à  entier  séparément  dans  la  descrip- 
tion d'arrangements  qui  sont  particuliers  à 
chacun,  et  qui  ne  se  seraient  pas  perpétués 
jusqu'à  répoque  actuelle,  ainsi  que  nous  en 
avons  rencontré  dans  richthyosaure,  le  plé- 
siosaure, le  ptérodactyle  :  mais  ce  fait,  au'ils 
se  sont  montrés  à  Tétat  fossile,  est  aune 
haute  importance;  car  il  prouve  que  si  un 
Krand  nombre  de  formes  d'animaux  verté- 
brés n'ont  été  créées  que  les  unes  après  les 
antres,  et  ont  disparu  pendant  la  durée  xies 
changements  géologiques  qui  se  sont  suc* 
cédé  à  la  surface  de  notre  globe  ^  il  en  est 
aussi  qui  ont  traversé  tous  ces  changements, 
toutes  ces  révolutions, .  et  qui  conservent 
encore  les  traits  principaux  qui  les  carac- 
térisaient au  moment  de  leur  apparition  pre- 
mière. 

L'examen  de  l'état  du  çlobe  et  du  carac- 
tère général  de  sa  population  au  moment  où 
les  crocodiles  furent  appelés  pour  la  pre- 
mière ibis  à  y  prendre  place  prouve  que  la 
classe  des  reptiles  était  la  plus  élevée  de 
celles  qui  existaient  alors,  et  que,  à  l'excep- 
tion des  seuls  poissons,  il  n'existait  pas 
d*autre$  animaux  vertébrés.  C*est  donc  dans 
cette  dernière  classe  surtout  qne  les  reptiles 

(294)  Les  petits  opossum  delà  formation  oolitiquc 
de  Stonestieid,  prés  d'Oxford,  sont  les  seuls  mani- 
mifères  terrestres  dont  on  ait  rencontré  les  débris 
danb  des  couches  antérietires  a  la  période  tertiaire. 

(2^5)  On  a  découvert  de  ces  crocodiles  dans  La 
craie  de  Meudon ,  dans  Targile  plastique  d^Auteuil , 
dans  Targile  de  Londres,  dans  le  gypse  de  Mont- 
martre, et  dans  les  lignites  de  Provence. 

Les  crocodiliens  modernes  à  museau  déprimé  , 
l  ien  qu*il8  soient  doués  de  la  faculté  de  saisir  des 
m-mmiifèrcs ,  ne  sont  pas  uniquement  rcstreluts   à 


carnivores  de  cette  époque  reculée  ont  dû 
trouver  leur  pâture  ;  et  si,  dans  la  iamillo 
actuelle  des  crocodiliens,  il  eu  est  qui  soient 
piscivores  à  un  degré  prononcé,  leur  forme 
est  précisément  celle  que  nous  devons  nous 
attendre  à  rencontrer  dans  ces  genres  fos- 
siles les  plus  anciens,  qui  ont  dû  se  nourrir 
principalement  de  poissons. 

Parmi  les  sous-eenres  actuels  de  la  famille 
des  crocodiliens,  le  gavial  du  Gange  offre  un 
museau  mince  et  allongé,  approprié  à  un 
régime  piscivore;  tandis  que  le  museau 
plus  court  et  plus  robuste  des  crocodiles  et 
des  alligators  à  tète  aplatie  leur  permet  de 
saisir  et  de  dévorer  les  quadrupèdes  qui, 
dans  ces  pa^s  chauds,  viennent  boire  au 
bord  des  rivières.  Comme,  pendant  la  durée 
de  ces  périodes  secondaires,  il  n'existait 

[presque  aucun  mammifère  (29^),  alors  que 
es  eaux,  au  contraire,  étaient  abondamment 
peuplées  de  poissons,  nous  pourrions  donc 
à  jmori  prévoir  que,  si  quelque  forme  de 
crocodilien  apparut  à  cette  époque,  elle  dut 
se  rapprocher  surtout  de  celle  de  nos  mo- 
dernes gavials.  Et  Ton  n'a  en  effet  rencontré 
jusqu'ici  que  des  genres  à  museau  idlongé, 
soit  dans  les  formations  antérieures  à  la 
craie,  soit  dans  la  craie  elle-même  ;  tandis 
que  les  crocodiles  vrais,  ceux  dont  le  mu- 
seau court  et  aplati  rappelle  les  cMmans  et 
les  crocodiles  proprement  dits,  apparaissent 
pour  la  première  fois  dans  les  couches  des 
périodes  tertiaires  où  les  débris  de  mam- 
mifères se  rencontrent  en  grande  abon- 
dance (295). 

Durant  ces  grandes  périodes  signalées  par 
l'existence  des  mammifères  lacustres,  et  où 
un  très-petit  nombre  des  carnivores  actuels 
avait  reçu  rèiistence,  il  parait  que  c'est 
aux  crocodiles  que  fut  dévolue  la  fonction 
importât! te  de  limiter  dans  de  justes  bornes 
l'accroissement  excessif  des  herbivores  aqua- 
tiques; et  leurs  habitudes  les  y  rendaient 
éminemment  propres.  Ainsi  l'histoire  passée 
des  crocodiliens  nous  offre  une  nouvelle 
preuve  de  l'action  régulière  d'un  plan  inva- 
riable dans  l'économie  de  la  nature  animée, 
{)lan  qui  dirige  chaque  individu  de  telle 
àçon  que,  tout  en  obéissant  à  son  instinet 
propre,  et  recherchant  son  propre  bien-éire, 
il  ne  cesse  pas  d'être  un  instiiinient  du  bien- 
être  général  de  tout  l'enseinble  des  créa- 
tures qui  vivent  en  même  temps  que  lui. 

Cette  famille  des  crocodiliens»  qui  vit  ha- 
biUiellement  dans  les  eaux  douces^  se  ren- 
contre dans  plusieurs  lits  où  ses  débris  sont 
mêlés  h  ceux  d'autres  reptiles  et  de  coquilles 
qui  ont  certainement  vécu  dans  les  eaux  de 

ce  genre  de  nourriture  ;  ils  détruisent  aussi  une 
grande  quantité  de  poissons,  et  snrprcnnetil  niéme 
parfois  des  oiseaux.  Ce  ^régime  oninivbre,  oui  est 
maintenant  celui  de  renscmble  de  la  famille  des 
crocodiliens ,  parait  avoir  son  principe  dans  ta  na- 
ture même  de  la  proie  qui  s*offre  à  leur  voracité,  et 
qui  est  i)eaucoup  plus  variée  qu'à  Tépoque  où  le 
museau  de  la  famille  tout  entière  était  organisé, 
comme  Test  de  nos  jours  celui  du  gavial ,  pour  un 
régime  surtout  piscivore 


ils 


CRO 


ET  DE  f^kiXm(WIJ}G&L 


VSCB 


éU 


la  mer.  CuTier  fait  observer  que  ce  premier 
fait,  joint  à  ce  qu'on  les  rencontre  dans  un 
grand  nombre  d*autres  circonstances  en  com- 
pap^ûie  de  tortues  d*eau  douce,  démontre 
qu*il  exista  des  terres  fermes  arrosées  par 
des  rivières  dès  l'époque  reculée  où  ces  cou- 
clies  furent  déposées,  et  longtemps  avant  la 
formation  des  couches  lacustres  tertiaires 
des  environs  de  Paris  (296).  La  famille  des 
(Tocodiliens  comprend  maintenant  douze  es- 
pècesv  dont  un  ^vial,  huit  crocodiles  vrais 
et  trois  caïmans.  Il  existe  en  outre  un  grand 
nombre  d'espèces  fossiles  ;  Cuvier  en  a  établi 
lui-même  jusqu'à  six,  et  il  en  est  plusieurs 
appartenant  aux  formations  secondaires  et 
tertiaires  de  l'Angleterre  qui  n'ont  pas  été 
décrites  (297). 

11  est  tout  à  fait  inutile,  pour  .e  but  que 
nous  nous  proposons,  de  nous  livrer  à  une 
comparaison  minutieuse  de  Vostéoloeie  des 
genres  et  des  espèces  vivantes  et  fossiles 

3ui  constituent  cette  famille.  11  nous  suffira 
'observer  que  leur  systèniede  dentition  est 
]>artout  le  même,  et  que  chez  tous  il  a  été 
fpounru  aux  chances  extraordinaires  de  des- 
truction qui  menacent  les  dents  par  une  ré- 
serve de  c^  organes  essentiels  plus  riche 
que  chez  aucun  autre  animal,  {roy.  Ich- 
THToaAVRE.)  Commo  les  crocodiles  parvenus 
à  leur  dernier  état  d'accroissement  n'ont 
)»as  ^xoins  de  quarante  fois  le  volume  qu'ils 
ava.ent  en  sortant  de  Tceuf,  il  leur  a  été 
donné  de  changer  de  dents  beaucoup  plus  fré- 
quemment qu  aux  mammifères,  afin  qu'elles 
58  trouvassent  en  proportion  exacte  avec  le 
reste  de  l'organisation  à  toutes  les  périodes 
de  leur  existence  ;  et  les  habitudes  de  rapine 
qui  caractérisent  ces  animaux  étant  cause 
que  des  dents  supportées  par  une  mâchoire 
aussi  prolongée  sont  plus  exposées  è.  être 
détruites,  ce  même  arrangement  oflVe  de 
plus  cet  outre  avantage  oe  remplacer  les 
pertes  occasionnées  par  des  cassures  acci- 
dentelles. 

Ces  forces  réparatrices  ainsi  appliquées  à 
Favance  à  la  satisfaction  de  besoins  qui 
n'existent  pas  encore,  k  la  réparation  d'acci- 
dents de  longtemps  prévus,  sont  un  argu- 
ment de  plus  que  nous  offrent  ces  arrange- 
ments pleins  de  prévoyance,  pour  démontrer 
par  Texistence  d*un  plan  général  l'action 
d*une  intelligence  régulatrice  dans  la  créa- 

(996)  M.  Geoffroy  Satnt-Hllaire  a  formé,  avec  Ses 
(aurieus  fossiles,  qui  ont  vo  bec  étroit  et  aflongé 
C4>fnnie  celui  du  gavial,  les  deux  nouveaux  genres 
ieléosamm  H  êténéo$auru$.  Chez  le  premier,  les 
narines  sont,  avec  Textrémité  du  museau,  dans  un 
plan  presque  vertical,  chez  le  sténéosaurus ,  le 
canal  nasal  s*onvre  presque  de  la  même  manière 
qae  chez  le  gavial ,  se  dirigeant  en  haut  et  se  re- 
coorliant  de  chaque  côté  de  façon  h  former  à  peu 
près  im  demi-eerde.  (BechereheB  $ur  (e«  grande 
Bomneuêm) 

(âS^)  iJn  des  plus  beaux  échantillons  du  genre 
fr»ftsile  léléoaaurus  que  Ton  ait  découvert  Jusqu*ici 
1er  fttt«  en  iSii ,  dans  le  schiste  alumineux  de  la  for- 
niation  du  lias,  &  Saltwicb,  près  de  Wbitby,  et  il  a  été 
if^ruré  par  MM.  Toung  et  Bird ,  dans  leur  Geoiogieal 
Survey  ofihe  YorkêhireCooêt,  i*  édition, 4828. lia  en- 
Tirondix-buit  pieds  de  longueur  totale;  la  tête  est  large 


tion  et  dans  la  conservation  des  mécanismes 
animaux  où  se  rencontrent  de  telles  dispo- 
sitions. 

La  présence  de  crocodiliens  aussi  étroi- 
tement alliés  à  nos  gavials  actuels,  dans  les 
mêmes  couches  anciennes  où  l'on  rencontre 
les  premières  traces  des  plésiosaures  et  des 
ichtnyosaures,  nous  semble  tout  à  fait  en 
opposition  avec  toute  théorie  qui  voudrait 
trouver  dans  ces  derniers  animaux  la  soucho 
des  premiers,  en  invoquant  quelque  pro- 
cédé graduel  de  transformation  uu  de  déve- 
loppement. L'apparition  de  ces  trois  familles 
de  reptiles  parait  avoir  été  à  peu  près  simul- 
tanée; et  ils  ont  continué  d'exister  simulta- 
nément jusqu'à  Ja  fin  des  formations  secon^ 
daires,  époque  où  les  ichthyosaures  et  les 
plésiosaures  ont  disparu,  et  où  ont  com- 
mencé d'exister  les  formes  crocodilîennes  se 
rapprochant  du  caïman  et  des  .croQodiles 
proprement  dits. 

CRUSTACÉS.  -  Ce  sont  des  animaux  li- 
bres, à  respiration  branchiale,  dont  le 
thorax,  très-développé,  est  recouvert  d'une 
carapace  dans  laquelle,  en  avant,  la  tête  est 
engagée.  L'abdomen  est  compose  d'articles. 
On  fom|jte  cinq  à  sept  paires  de  pattes,  quel- 
quefois des  fausses  pattes  et  des  appendices 
maxillaires  pairs. 

Les  crustacés,  comme  tous  les  autres  âni- 
mÀux  annelés  qui  ont  la  charpente  solide,  le 
squelette,  ouïes  points  d^appui. des  oi-ganes 
du  mouvement  purement  extérieurs^  offrant, 
dès  lors,  uu  mode  de  conservation  tout  diffé- 
rent des  animaux  vertébrés.  En  effet,  on  ne 
trouve  plus  des  os  de  formel  si  variable, 
mais  seulement  des  anneaux  de  leur  char- 
pente extérieure,  ou  divers  articles  de  leur 
corps  et  do  leurs  membres.  Les  crustacés  se 
rencontrent  beaucoup  plus  fréquemment 
que  les  autres  animaux  annelés,  parce  qu'ils 
vivaient  dans  la  mer,  où  se  déposaient.plus  de 
sédiments,  et  que  leur  en  veloppe  extérieure, 
par  sa  composition  plus  dense,  offrait  plus 
de  résistance  dans  les  milieux  de  destruc- 
tion. On  rencontre  des  crustacés  entiers, 
parfaitement  conservés,  dans  les  couches 
sédimentaires  qui  les  ont  enveloppés ,  les 
uns  avec  leur  carapace,  les  autres,  à  l'état 
d'empreintes  et  de  moule.  Les  couches  de 
tous  les  Ages  géologiques  renferment  des 
crustacés  entiers  ou  presque  entiers,  depuis 

de  douze  pouces  ;  le  museau  long  et  mince  comme 
eher.  les  gavials  ;  les  dents  au  nombre  de  cent-qua- 
rante sont  toutes  petites  et  minces ,  et  rangées  sur 
une  seule  ligne  presque  droite. 

Quelques  phalanges  onguéales  conservées  k  la 
patte  postérieure  prouvent  que  ces  extrémités  se 
terminaient  par  des  ongles  longs  et  tranchants  pro- 
pras.  à  la  locomotion  terrestre  ;  d*où  nous  pouvons 
conclure  que  ce  n'était  pas  un  animal  eiclusivement 
marin  ;  et  la  nature  des  coquilles  qui  se  rencontrent 
associées  avec  les  débris  du  stënéosaure  et  du  téléo- 
saure  dans  le  lias  et  dans  les  formations  oolltiques, 
rendent  probable  que  ces  reptiles  ne  fréquentaient 
*que  des  mers  peu  profoudes.  D'après  M.  LyeH,  la 
plus  grande  espèce  de  crocodile  du  Gange  quitte 
parfois  les  eaux  saumâitres  du  Delta ,  et  s  aventura 
jusque  dans  la  mer. 


415 


CRU 


DICT10iNNAiR£  DE  COSMOGONIE 


CRU 


M 


)a  première  animalisation  du  globe  jusqu'aux 
terrains  tertiaires  de  la  Tamise  et  de  Dax. 
Lorsqu'on  ne  rencontre  pas  de  crustacés 
entiers  on  est  au  moins  certain  d*en  trouver 
un  çrand  nombre  de  débris.  11  est  même 
certaines  couches  qui  renferment  une  telle 
quantité  de  débris  de  pattes  qu'elles  en  sont 
caractérisées,  comme  on  le  voit,  dans  Tétage 
turonien  des  terrains  crétacés  d'Uchaux 
(Vaucluse),  et  dans  Vétage  parisien  supé- 
rieur des  sables  tertiaires  de  ver  fOise),  aux 
environs  de  Paris.  Des  espèces  aentomos- 
tracés  (cipris)  abondent  tellement  sur  cer- 
tains points  qu'ils  couvrent  la  surface  des 
couches. 

Les  empreintes  physiologiques  des  pas  de 
crustacés  paraissent  s*ètre  montrées  près  de 
Bath  et  de  Lvme  (Angleterre),  mais  ces  exem- 
ples sont  tr&s-rares. 

Les  caractères  des  organes  solides  varient 
extrêmement  dans  cette  classe  pour  chacune 
des  divisions  qu'elle  comprend.  Ces  divi- 
sions sont  au  nomdre  de  trois;  elles  sont  ici 
fondées  principalement  sur  la  conformation 
de  la  bouche  :  ce  sont  les  crustacés  mastica^ 
leurs j  dont  la  bouche  est  armée  de  mAchoi- 
res  ;  les  suceurs,  dont  la  bouche  est  formée 
d^in  bec  tubulaire  armé  de  suçoirs;  les  xi- 
phosures,  dont  la  bouche  ne  présente  pas 
d'appendices  qui  lui  appartiennent  en  pro- 

Ere,  mais  oui  est  entourée  de  pattes  dont  la 
ase  fait  ofnce  de  mâchoires. 

L'histoire  des  crustacés  fossiles  a  été 
jusqu'ici  presque  entièrement  délaissée  par 
les  paléontologistes  et  leurs  rapports  avec 
les  genres  actuellement  existants  de  cette 
classe  importante  du  règne  animal  sont  en- 
core peu  connus.  On  peut  juger  toutefois 
quelle  place  importante  occupent  ces  ani- 
maux dans  certaines  formations,  par  ce  fait 
qu'il  en  existe  dans  le  cabinet  du  comte  Mun- 
ster environ  soixante  espèces  provenant 
d'une  seule  couche  du  calcaire  jurassique  de 
Solenhofen. 

Les  belles  recherches  de  M.  Desmarest  ont 
mis  en  lumière  les  analogies  qui  existent 
entre  les  espèces  actuelles  et  certaines  espèces 
fossiles  de  crustacés.  Il  a  fait  voir  que  toutes 
les  inégalités  extérieures  delà  coguille  sont 
dans  un  rapport  constant  avec  les  dispositions 
distinctes  de  l'organisation  intérieure.  En  ap- 
pliquant ce  mode  d'investigation  aux  espèces 
fossiles,  il  en  a  déduit  une  méthode  toute  nou- 
velle pour  les  comparer  avec  les  crustacés  vi- 
vants; et  il  est  arrivé  à  établir  d'heureuses 
analogies  entre  les  membres  éteints  et  les 
membres  encore  existants  de  cette  classe 
nombreuse,  même  sur  des  échantillons  où 
manquaient  complètement  les  pattes,  et  les 
autres  parties  qui  servent  de  fondement  aux 
distributions  génériques. 

Les  crustacés,  comme  les  reptiles  et  les 
poissons,  ont  occupé  tous  les  étages,  sans 
montrer  de  progression  croissante  régulière, 
mais  bien  un  remplacement  successif  des 
genres,  depuis  les  époques  les  plus  ancien- 
nes de  Tanimalisation  jusqu'à  nos  jours. 

La  comparaison  des  ordres  entre  eux  dans 
leur  apparition  chronologique  nous  donne 


les  résultats  suivants  :  Les  trilobUes  se  sont 
montrés  en  grand  nombre  avec  la  première 
animalisation  du  monde,  sans  sortir  des  teiw 
rains  paléozoïques.  Ils  naissent,  en  effet,  avec 
Tétage  silurien,  paraissent  atteindre  le  ma- 
ximum de  leur  développement  avec  l'étape 
murchisonien,  mais  ne  s'élèvent  pas  au-iles- 
sus  de  l'étage  carboniférien.  Ils  sont  conu 
plétement  inconnus  dans  les  mers  actuel- 
les. 

Les  cyproîdes  ont  commencé  avec  les  ter- 
rains paléozoïques,  et  se  sont  continués  dans 
tous  les  étages,  en  montrant  aujourd'hui 
leur  maximum  de  développement  généri- 
que. 

Les  œiphosures  se  sont  montrés  avec  les 
terrains  paléozoïques,  où  leurs  genres  ont 
été  le  plus  nombreux ,  puisqu'un  seul  sur 
trois  existe  aujourd'hui. 

Les  décapodes^  les  plus  nombreux  des 
crustacés,  commencent  avec  les  terrains 
triasiques  par  un  genre,  et  vont  toujours 
en  augmentant  de  formes  génériques,  dans 
les  terrains  jurassiques,  jusqu'à  1  étage  ox- 
fordien;  ils  diminuent  ensuite;  mais,  à  l'é- 
poque actuelle,  ils  sont  en  pleine  voie  crois- 
sante. 

Les  isopodes  paraissent  k  la  partie  supé- 
rieure des  terrains  jurassiaues  et  augmen- 
tent beaucoup  le  nombre  de  leurs  genres  dans 
l'époque  actuelle;  ils  sont,  de  même,  en 
voie  CToissante  de  développement.  On  peut 
en  dire  autant  des  siomapodes  et  des  amphy- 
podes. 

Quand  on  voit  les  trilobites  et  les  cyproî- 
des, les  plus  imparfaits  des  crustacés,  se 
montrer  les  premiers  aur  la  terre,  et  sur- 
tout les  trilobites  disparaître  entièrement  à 
la  Un  de  la  première  grande  époque  de  l'ani- 
malisation  du  globe,  on  doit  naturellement 
en  conclure  que,  dans  cette  série,  la  loi  du 
perfectionnement  successif  est  très-marquée, 
puisque  les  plus  parfaits,  les  décapodes,  ne 
se  montrent  que  cinq  étages  plus  tard  avec 
les  terrains  triasiques,  et  qu'ils  ont  aujou^ 
d'hui  un  développement  incomparablement 
plus  grand  que  tous  les  autres  ordres. 

Déductions  zoologiaues  générales.  —  L'en- 
semble ^numérique  des  genres,  sans  avoir 
égard  aux  ordres,  nous  montre  environ 
M  genres  dans  les  terrains  paléozoïques, 
deux  dans  les  terrains  triasiques,  36  dans 
les  terrains  jurassiques,  5IX  dans  les  terrains 
crétacés,  et  2k  dans  les  terrains  tertiaires.  Si 
l'on  n'avait  égard  qu'aux  genres  fossiles,  on 
pourrait  croire  que  le  maximum  de  dévelop- 
pement générique  a  eu  lieu  avec  la  premièn 
animalisation  du  globe;  mais  ces  proportions 
disparaissent  quand  on  voit  que  les  genres 
connus  dans  la  faune  actuelle  dépassent  le 
chiffre  de  deux  cents.  Il  en  faudra  conclure 
que,  suivant  les  ordres,  ou  pris  dans  leur 
ensemble,  les  crustacés  ont  toujours  marché 
du  simple  au  composé,  dans  une  progression 
croissante  de  formes  animales. 

Les  déductions  climatologiques  et  géogra- 
phiques sont  les  mêmes  que  pour  les  maoï- 
mifères.  (Voy.  ce  mot.) 

Les  déauctions  géologiques  Urées  des  genres 


Ail 


CYC 


ET  DE  PâLE(»9T0L0GIE. 


CYC 


418 


sont  très-marquées.  Les  caraciires  négatifs 
oous  montrent  que  les  cent  genres  connus  ji 
i*état  fossile  sont  limités  dans  les  terrains  et 
dans  les  étages,  et  qu'ils  peuvent  tous  être 
employés.  Les  trilôbites,  par  exemple*  qui 
manquent  dans  les  terrains  triasiques,  juras- 
siques, crétacés  et  tertiaires,  sont  d'excel- 
lents caractères  négatifs  pour  ces  terrains  et 
pour  leurs  étages,  ainsi  que  ceux  <]ui  man- 
quent^  au  contraire,  dans  les  terrains  paléo- 
zoïques,  comme  tous  les  autres  ordres.  Les 
caractères  positifs  sont  aussi  faciles  à  saisir, 
puisque  les  emt  genres  que  nous  avons 
cités  comme  fossiles  sont  d'excellents  carac- 
tères positifs  à  consulter.  Ils  le  sont  d'autant 
λlus,  que  68  d'entre  eux,  n'arrivant  pas  à 
'époque  actuelle,  sont  perdus  aujourd'hui, 
et  que,  sur  ce  nombre,  35  n'occupent  jusqu*à 
présent  qu'un  étage. 

La  persistance  des  caractères,  ainsi  que 
les  déductions  qu'on  peut  tirer  des  espèces, 
sont  ici  les  mêmes  qu'ailleurs. —  Yoy.  Tri- 

LOBfTBS. 

CTÉNOIDIENS.  Voy.  Poissons. 

CYCADÉES.  ^  La  flore  de  la  série  secon- 
daire (296)  est  intermédiaire  par  ses  carac- 
tères entre  la  végétation  insulaire  de  la 
série  de  transition  et  la  flore  continentale 
des  formations  tertiaires.  La  grande  abon- 
dance des  cycadées,  réunies  aux  conifè- 
res (299)  et  aux  fougères  (300)  en  caractérise 
surtout  la  physionomie. 

M.  Ad.  Brongniart  énumère  environ 
soixante-dix  espèces  de  plantes  terrestres 
appartenant  aux  formations  secondaires , 
depuis  le  keuper  jusqu'à  la  craie  inclusive^ 

(398)  M.  Ad.  BroDgmaut,  dans  la  dassiftcaiîoa 
des  plantes  fossiles,  a  formé  un  groape  distinct  avec 
queU]ues  espèces  qui  ont  été  trouvées  dans  la  for- 
loalion  du  grés  biaanré,  immédiatement  au-dossus 
de  la  houille.  Dans  la  division  que  nous  suivons  ici 
pour  les  couches,  ce  grés  bigarré  appartient  à  la 
MTîe  secondaire,  et  en  est  Tun  des  étages  les  plus 
anciens.  Cinq  algues,  trois  calamités,  cinq  fougères, 
cinq  Conifères,  deux  Liliacées  et  trois  Monocotylé- 
dooea  Inceruines;  telle  est  la  totalité  dos  plantes 
4lont  se  compose  cette  petite  flore. 

(299)  Nous  renvoyons  à  ce  qu'a  dit  Witham  sur 
W  conifères  do  lias,  dans  ses  Oburvations  sur  les 
végétaux  fouiles  (1835). 

(300)  Cotta,  dans  son  ouvrase  intitulé  :  Dendroii- 
tktm^  publié  à  Dresde  en  1832,  a  donné  un  travail 
Intéressant,  accompagné  de  figures,  dans  lequel  il 
fait  connaître  la  structure  interne  des  fougères  fos- 
siles arborescentes  de  la  période  secondaire,  qui  pa* 
missent  appartenir  surtout  au  nouveau  gr^  rouge 
de  Chemniti,  prés  de  Dresde. 

(301)  Bien  que  Ton  rencontre  dans  les  terrains 
secondaires  plusieurs  sortes  de  lignites ,  les  végé- 
taux fossiles  de  cette  série  n*y  forment  que  très-ra- 
rement des  lits  d^une  houille  de  quelque  valeur.  La 
bouille  imparfaite  de  marais  du  Cleveland,  près  de 
Whitby,  et  de  Brora,  dans  le  Sutherland,  appartient 
â  la  reaion  inférieure  de  la  formation  oolttiqiie.  il 
en  efrt  de  même  de  la  houille  bitumineuse  de  Bucke» 
berg,  pré9  de  Minden  en  Wesiphalie. 

La  houille  de  lloer,  dans  la  Scanie,  appartient 
à  la  formation  wealdienneoi  au  sabl«t  vert,  (/in- 
nates  des  sàenees  naturelle»^  t.  IV,  p.  ÎOO.) 

<302)  t  Le  comte  Stemberg  m*a  fait  savoir  dans 
une  It'tlre  que  j*ai  reçue  de  lui  (^oût  1835)  qu'il  a 
ti  OQvé  dans  la  formation  boulllièrc  de  h  Bohème  des 


ment;  la  moitié  de  ces  plantes  sont  des 
conifères  ou  des  cycadées,  et  sur  cette  moi- 
tié, vingt-neuf  appartiennent  à  la  seule  fa« 
mille  (des  cycadées  ;  Tautre  moitié  se  com- 
pose en  presque  totalité  de  cryptogames 
vasculaires,  telles  que  des  fougères,  des 
équisétacées  et  des  lycopodiacées.  l)ans  notre 
végétation  actuelle ,  les  conifères  et  les  cy- 
cadées entrent  à  peine  pour  une  trois  cen- 
tième partie  (301). 

La  famille  des  cycadées  ne  comprend  que 
deux  genres  actuellement  existants,  les  gen- 
res cycas  et  xnmia.  On  connatt  cinq  espèces 
appartenant  au  premier,  et  dix-sept  appar- 
tenant au  second  ;  aucune  espèce  de  l  un  ni 
de  Tautre  genre  ne  croit  maintenant  en  Eu- 
rope. Les  principales  localités  où  on  les  ren- 
contre sont  TAmérique  équinoxiale,  les  Indes 
occidentales,  le  cap  de  Bonne-Espérance,  Ma- 
dagascar, les  Indes,  les  Moluques,  le  Japon, 
la  Chine  et  la  Nouvelle-Hollande. 

Quatre  ou  cinq  genres  et  trente-neuf  es- 
pèces de  cycadées  font  partie  de  la  flore  de  la 
i)ériode  secondaire  ;  mais  les  débris  de  cette 
lamille  sont  très-rares  dans  les  couches  de 
transition  et  dans  la  série  tertiaire  (302). 

Les  cycadées  constituent  une  belle  famille 
de  plantes  aue  leurs  formes  extérieures 
font  ressembler  aux  palmiers,  tandis  que 
plusieurs  points  essentiels  de  leur  structure 
interne  les  rapprochent  des  conifères.  Une 
troisième  particularité  de  leur  organisa- 
tion les  rapproche  en  outre  des  fougères  ; 
nous  voulons  parier  de  leur  enroulement  ou 
du  mode  suivant  lequel  leurs  feuilles,  encore 
renfermées  dans  l'intérieur  des  bourgeons, 

cfycadées  et  des  zamites  dont  il  publiera  les  figures 
dans  le  septième  et  dans  le  huitième  cahier  de  sa 
Flore  du  monde  primitif.  C'est  là,  je  crois,  la  pre- 
mière rencontre  oui  ait  été  faite  de  plantes  apparte- 
nant à  ceUe  famille,  dans  les  couches  de  la  série 
carbonifère. 

c  Dans  une  visite  que  J*ai  faite  tout  récemment  à 
la  belle  collection  géologique  du  Muséum  ëe  Stras» 
bourff,  j*ai  appris  de  la  bouche  de  M.  Wolu  qu'une 
tige  de  Cycaati^que  Ton  y  voit,  et  que  M.  Ad.  Bron- 
gniart a  décrite  comme  une  Maniellia  du  calcaire 
conch^iien  (  Muschelkalk  )  de  Lunéville,  provient  en 
réalite  du  lias  des  enviions  de  cette  ville,  M.  Voitz  ne 
connattaucun  exemple  de  Cydadiles  de  muschel  kalk. 
On  rencontre  aussi  dans  le  lias  de  Lyme-Regis  des 
tiges  et  des  feuilL  s  de  cycadées.  §  (Lindlet,  Flore 
fossile^  n.  445.)  ^ —  Buollano. 

Le  dépôt  lo  plus  abondant  de  feuilles  fossiles  de 
cycadées  qu^il-  y  ait  en  Angleterre  se  trouve  dans  la 
formation  oolitlqne  de  la  c6te  du  Yorkshire  entre 
Whithy  et  Scarborongh.  (Voyez  M.  Phillips,  Illus- 
trations oj  îhe  Geology  oJT  Yorkshire,  On  renconire 
aussi  dans  le  schiste  oolitique  de  Stonesficld  ces 
feuilles  appartenant  k  cette  famille.  (  Luidlsi  et 
HuTTOfi,  Fhrs  fossile,  pi.  4 72  et  175.) 

La  planche  135  de  ce  dernier  ouvrage  représente 
les  cônes  que  les  auteurs  rapportent  au  genre  zaniia 
du  grès  de  la  formation  w^aldienne  de  Yaverland , 
sur  la  céte  sud  de  l'Ile  de  Wight. 

M.  Adolphe  Brongniart  a  étatili  dans  la  famille 
des  Cycadées  un  nouveau  genre  fossile  nllsoma  que 
Ton  trouve  à  Hoer,  en  Scanie,  dans  des  couches  de 
kl  formation  wé^ldienne  ou  du  sable  vert,  et  un 
autre  genre  PtéropkyUum ,  qui  se  trouve  depuis  li 
nouveau  grès  rouge  jusqu*a  la  formation  wéal* 
dienne. 


A\9 


CTC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CYC 


4S0 


se   contoornent   à    leur    extrémité   supé- 
rieure. 

Je  choisirai  cette  famille  des  cycadéesdans 
la  flore  fossile  de  la  période  secondaire ,  et 
j^entrerai  sur  son  organisation  dans  quelques 
détails  ayant  pour  but  de  faire  connaître, 
par  un  eieoipie,  la  méthode  d'analyse  qui  a 
conduit  les  géologues  à  la  connaissance  de  la 
structure  et  de  V&onomie  des  espèces  végé- 
tales fossiles,  et  l'importance  des  conclusions 
auxquelles  ils  sont  arrivés.  C'est  en  voyant 
les  progrès  récents  qu'a  faits  la  physiologie 
véj[etale  que  l'on  peut  apprécier  avec  justesse 
la  haute  importance  des  investigations  mi- 
croscopiques ;  car  nous  devonsà  leur  seul  se- 
cours d'avoir  pu  reconnal^tre  l'identité  de 
structure  qui  existe  entre  ees  végétaux  d'une 
antiquité  si  reculée  et  ceux  oue  nous  som- 
mes maintenant  à  même  d'étudier  à  Tétai 
vivant. 

Les  rechercher  physiologiques^  que  l'on  a 
faites  dans  ce  dernier  temps  sur  les  espèces 
vivantes  de  cyeadées  ont  fait  voir  que  ces 
végétaux  occupent  une  place  intermédiaire 
entre  les  palmiers,  les  fougères  et  les  eonifè- 
res,  et  qu'ils  ont.avec  chacune  de  ces  famil- 
les certains  points  de  ressemblance.  Il  résulte 
de  là  qu'il  y  a  intérêt  tout  particulier  à  re- 
trouver une  structure  semblable  dans  des 
plantes  fossiles,  qu'on  peut  rapporter  k  une 
famille  aussi  remarquable  par  ses  carac- 
tères. 

Les  former  et  le  faciès  des  plantes  qui  com- 
posent ce  genre  si  remarquable  ressemblent 
aux  palmiers  par  la  magnifique  couronne 
d*un  gracieux  reuillage  qui  ceint  la  tète  de 
leu-r  tronc  simple  et  cylindrigue.  Ce  tronc, 
dans  le  genre  cycas,  est  d'ordinaire  allongé, 
i4  atteint  jusqu  à  trente  pieds  dans  le  cycas 
circmaWi(303).  Chez  les  zamia,au  contraire, 
le  tronc  est  communément  d'une  petite 
taille. 

L'inflorescence  du  genre  zamia  consiste 
dans  un  cène  unique  ressemblant  à  un  fruit 
d'ananas  dépourvu  de  la  touffe  de  feuilles 
qui  la  termine  et  naissant  du  sein  du  bou- 
quet de  feuilles  qui  couronne  la  tige. 

Le  tronc  des  cyeadées  n'est  point  entouré 
d'une  écorce  véritable;  mais  il  est  enfermé 
dans  une  enveloppe  compacte  composée  des 

(303)  Dans  le  Magasin  botanique  de  Curtis,  1828, 
pi.  2026,  le  docteur  Hooker  a  publié  la  (igiire 
d'un  Cyoas  circinalis  qui  a  fleuri  en  1827  dans  le 
jardin  tétanique  d'Edimbourg. 

(304)  La  structure  de  ce  district  offre  aussi  un 
remarquable  exemple  des  témoignases  ^ ue  nous 
féurnit  la  fféologie  d'élévations  et  d'abaissements 
successifs  dans  ies  couches,  mouvements  qui  se 
sont  produits  parfois  avec  lenteur,  parfois  avee 
violence,  pendant  que  se  formait  la  croûte  de  notre 
planète. 

En  premier  lieu  nous  y  trouvons  la  preuve  que  la 
«  pierre  de  Portland  s'éleva  jusqu'à  ce  qu'elle  attei* 
gnit  la  surface  de  la  mer  on  elle  fut  formée. 
-  Puis  cette  surface  devint  une  terre  émergée  qui 
se  couvrit  tempoiairement  d'une  forêt,  pendant  un 
mtervalie  dont  la  durée  nous  est  indiquée  par  un 
lit  de  terreau  noir  que  Ton  désigne  sous  le  nom  de 
dirt  bed  (couche  de  boue),  et  aussi  par  les  couches 
annuelles  d'accroissement  des  grands  troncs  pétri* 


écailles  persistantes  qui  ont  formé  la  base 
des  feuilles  tombées  et  qui,  avec  d*autres 
écailles  avortées  »  constituent  une  couche 
externe  tenant  lieu  d'écorce. 

M.  Buckland  a  publié  en  commun  avec 
M.  de  La  Bêche»  dans  les  Transactianê  j^olo- 
giques  de  Londres^  une  note  sur  les  circons- 
tances dans  lesquelles  se  sont  rencontrés  des 
troncs  fossiles  silicifiés  de  cyeadées  dans  rtle 
de  Portland,  immédiatement  au^lessus  de  la 
pierre  de  Portland  et  au-dessous  de  la  pierre 
de  Purbeck.  Ces  troues  sont  renfermés  dans 
les  mêmes  lits  de  terreau  noir  où  ils  se  sont 
développés,  et  ils  y  sont  accompagnés  jiar 
des  troncs  couchés  de  grands  arbres  conifè- 
res convertis  en  silex  et  par  des  souches  de 
ces  mêmes  arbres  maintenues  dans  unepo- 
«sitiondroite,avec  leurs  racines  encore  en^n* 
cées  dans  leur  sol  natal. 

De  semblables  souches  d'arbres  enraciiM?es 
dans  le  terreau  où  elles  ont  pris  naissaaoe 
se  voient  dans  la  falaise  située  immédiate* 
ment  à  l'est  de  Lulworth-Covè  (comté  d«i 
Dorset).  Comme  les  couches  ont  été  soule- 
vées jusqu'à  une  inclinaison  de  près  de  qua- 
rante^cinq  deçrés,  les  couches  dont  il  s'agit 
ont  conservé  1  inclinaison  anormale  dans  1^- 
queUe  le  soulèvement  les  a  placées. 

Ces  faits  prouvent  que  des  plantes  d'une 
famille  qui,  de  nos  jours,  est  limitée  aux 
régions  les  plus  chaudes  de  notre  globp, 
croissaient  aux  périodes  reculées  dont  il 
s'agit,  sur  la  côte  sud  de  rAngictérre  (3(tt). 

Comme  dans  tous  ces  divers  cas  les  feuil- 
les ne  se  sont  pas  trouvées  réunies  aux 
troncs  fossiles  de  cyeadées,  nous  sommes 
forcés  de  nous  en  tenir  aux  caractères!  dis- 
tinctifs  qui  ^noua  sont  fournis  par  la  struc- 
ture du  tronc  et  des  écailles  qui  le  re- 
couvrent. 

On  trouve  entre  nos  cycadîtes  fossiles  et 
les  espèces  récentes  une  oorrespondance 
toute  semblable  sous  le  rapport  de  la  struc- 
ture interne  des  écailles  ou  de  la  base  des 
feuilles  tombées  qui  recouvrent  la  tige. 

Mode  identique  d'accroissement  par  des 
bourgeons  chez  les  espèces  rétentes  et  chez  Us 
espèces  fossiles  de  cyeadées.  —  Le  cycas  revo' 
iuta  offre  un  intérêt  particulier  dans  ses  re- 
lations avec  lune  et  l'autre  de  nos  deux  es- 

fiés  qui  se  montrent  renversés  par  terre,  et  dont  les 
racines  se  sont  développées  dans  le  Cerreau  même 
dont  il  est  question. 

£n  troisième  lieu ,  nous  voyods  que  celte  forêt 
des  temps  reculés  s*est  gra«lueliement  engloutie,  d'a- 
bord au-dessous  des  eaux  d*un*  lac  d'eau  doace, 
puis  d'un  golfe  d'eau  saum&tre,  puis  d^une  mer  pro- 
fonde où  se  sont  déposées  des  couches  crétacées  et 
tertiaires  d^une  épaisseur  de  plus  de  2«000  pieds. 

Enfla  tout  Tensemble  de  ces  couches  a  été  de 
nouveau  soulevé  par  les  efforts  des  ageuts  internes 
et  porté  à  la  place  qu'elles  occupeut  maintenait  dans 
les  collines  du  comte  de  Dorset. 

De  semblables  conséquences  relaiiveroent  aui 
soulèvements  et  aux  dépressions  alleraaiives  de  U 
surface  du  globe  nous  sont  fournies  par  la  pos:tioa 
dressée  qu'occupent  les  calamités  dans  le  grés  dft 
la  formation  oolltique  inférieure,  sur  la  côte  est  du 
comté  d'York.  {Vouez  M.  .MuacHison,  Proceeding c' 
Gevlog,  Society  ofLondon,  page  391.) 


421 


DAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


BAL 


4n 


eëces  iossHes,  par  Texistenee  d^une  série  de 
ourgeons  naisisant  de  l'aisselle  de  plusieurs 
des  écailles  qui  entourent  le  tronc  (305).  Ces 
bourgeons  nous  expliquent  des  apparences 
analogues  qui  se  voient  à  raisselie  de  plu- 
sieurs des  écailles  fossiles  du  cycadites  megch 
lophylluM  et  du  cycadites  microphvllus^  et  ils 
établissent  une  connexion  physiologique  des 
plus  importantes  entre  les  cycadées  vivantes 
et  les  cycadées  fossiles. 

Ainsi  nos  deux  rvcadées  fossiles  sont 
étroitement  rapprochées  des  cvcadées|  ac- 
tuelles par  un  grand  nombre  de  caractères 
remarquables,  tels  que  : 

1*  La  structure  interne  de  leur  tronc  qui 
contient  un  ou  plusieurs  cercles  rayonnants 
de  Gbres  ligneuses ,  au  sein  d*une  masse  de 
tissu  cellulaire  ; 

2*  La  structure  de  leur  enveloppe  exté- 
rieure formée  par  les  bases  persistantes  des 
pétioles,  qui  tiennent  lieu  d*écorce  ;  et  en 
out)^  par  plusieurs  détails  de  la  structure 
interne  de  chacun  de  ces  pétioles  en  parti- 
culier ; 

3*  Leur  mode  d'accroissement  par  bour- 

Feofis  qui  naissent  de  germes  situés  dans 
aisselle  des  pétioles. 

Si  reculée  que  soit  l'époque  où  ont  cessé 
d'exister  ces  types  primitifs  de  la  famille  des 
cycadées,  cet  ensemble  étendu  de  particula- 
rités d'organisation  qui  leur  sont  communes 
avec] les  cycadées  actuelles  rattache  ces  ar- 
rangements anciens  de  la  botanique  fossile 
h  ceux  qui  caractérisent  l'une  des  famîUes 
de  plantes  les  plus  remarquables  parmi  celles 
qui  font  partie  de  la  création  actuelle.  Les 


cycadées  de  nos  iours,  par  suite  de  cette 
structure  particulière,  deviennent  un  anneau 
important  que  nous  ne  pourrions  rencontrer 
dans  aucun  autre  groupe,  et  qui,  réunissant 
la  grande  famille  des  conifères  aux  fam^iiies 
des  palmiers  et  des  fougères,  comble  ainsi 
l'intervalle  qui  existe  entre  les  trois  grandes 
divisions  naturelles  des  dicotylédons ,  des 
moROcotyiédons  et  des  acolylédons. 

'  Le  grand  développement  qu'a  pris  ce 
groupe  intermédiaire,  dans  les  périodes  se- 
condaires de  l'histoire  géologique,  est  une 
preuve  importante  de  I  uniformité  de  plan 
qui  a  toujours  présidé  et  qui  préside  main- 
tenant encore  aux  lois  de  1  organisation  vé- 
gétale. 

Des  faits  semblables  sont  d'un  prix  inesti- 
mable pour  la  théologie  naturelle,  car  cette 
identité  dans  les  détails  de  l'œuvre  tout  en- 
tièrjB  de  lacréation  nous  y  fait  reconnaîlre 
partout  la  main  d^un  seul  et  mémei  archi- 
tecte. Ils  parlent  au  physiologiste  un  langage 
bien  autrement  puissant  que  celui  de  mo- 
quence  humaine;  ils  appellent  en  quelque 
sorte  ces  troncs  et  ces  pierres  qui  sont  de- 
meurés ensevelis  pendant  des  âges  sans 
nombre  dans  les  profondeurs  de  la  terre  à 
proclamer  un  seul  Créateur,  dirigeant  tout, 
soutenant  tout^dans  la  volonté  et  la  puissance 
duquel  tous  ces  harmonieux  systèmes  ont 
pris  leur  origine,  et  deat  l'universelle  pro- 
vidence les  a  toujours  maintenus  et  conli* 
nue  de  les  maintenir  encore. 

CYCLES.  Yoy.  PoLVPiEas. 

CYCLOmiENS.  Yoy.  PoMSOift. 


D 


DALMAS  (J.-B.).  —  M.  Dalmas,  membre 
de  la  Société  géologique  de  France,  a  pu- 
blié en  1852  un  livre  intitulé  :  La  toemogo^ 
nie  et  la  géologie^  ba$ée$  sur  les  faits  pkysi  • 
fuef ,  astronomiaues  et  géologiques  fui  ont  été 
constatés  ou  admis  par  les  savants  du  xix* 
siècle^  et  leur  comparaison  avec  la  formation 
des  deux  et  de  la  terre  selon  la  Genèse.  Ce 
cosmogottiate  a  emprunté  à  Laplace'  et  à 
M.  Godefroy  leurs  théories  ;  il  en  a  r^eté 
certaines  idées,  en  a  modifié  d'autres,  y  a 
joint  les  siennes,  et  de  tout  cela  il  est  sorti 

(305)  Cette  plante  a  vécu  plusieurs  années  dans 
les  serres  de  lord  Granville,  a  Drupmore.  Dans  Tau- 
tomoe  de  1827,  on  enleva  la  partie  la  plus  exté- 
rieure de  Fenveloppe  écaiileuse,  pour  la  débarrasser 
des  ioaedes  ;  au  printemps  suivant  les  bourgeons 
comineneéreot  à  se  développer.  On  voit  de  sembla- 
Mes  bourgeons  dans  la  mémeserre  sar  un  tanUa  tpî- 
ratis  de  la  Nouvelle-HoUande.  Dans  le  tome  YI  des 
Uorticult.  Transaei.^  page  501,  on  assure  que  des 
feuillet  se  sont  développées  sur  les  écailles  d*un  tronc 
carié  de  samia  horrida^  dans  une  serre  à  Saint-Pé- 
tersbourg. 

0*aprè«  le  professeur  Henslow  le  tronc  d*un  cycas 
twolaite  qniy  en  1830,  a  produit  un  edae  chargé  de 
CruI  t  roûrt,  dans  la  serre  chaude  du  comte  Fitz- 


une  conception  romanesque  que  M.  Dalmas 
s'efforce  d'ajuster  à  la  Genèse.  Nous  n'en- 
trerons point  dans  le^  longs  développements 
au'il  présente  dans  son  ouvrage,  les  bases 
e  ce  système  étant  discutées  dans  plusieurs 
articles  de  ce  dictionnaire  auxquels  nous 
renvoyons.  (Foy.  Laplace,  Godefroy,  Jours- 
PÉAioDKs,  Cosmogonie,  etc.  Nous  nous  bor- 
nerons à  présenter  le  résumé  que  l'auteur 
a  tracé  lui-même  de  sa  théorie  appliquée  au 
récit  génésiaque. 
Le  ciel,  créé  dès  le  commencement  du  pre- 

william,  à  Wentworth,  se  recouvrit  d*un  grand  nom- 
bre de  bourgeons  prenant  leur  origine  dans  Faisselle 
des  écailles  extérieures,  après  que  Ton  eut  ei- 
levé  le  cône  qui  le  terminait  à  son  sommet.  On  voit 
figurer  dans  les  Transactions  linnéenneê,  t.  VI,  pi.  2S\ 
uu  cène  seiid)lable  oui  porta  des  fruits,  au  cfaikieao 
de  Famham,  en  1799. 

On  lit  dans  le  Dictionnaire  du  jardinier^  par  Mil- 
ler, que  le  cucaê  revoluta  fut  introduit  ?n  Angle- 
terre vers' 173i8,  parle  capitaine  Hutcbirison.  Dans 
une  attaque  que  le  vaisseau  qui  le  portait  eut  .à  sou  • 
tenir,  la  tète  de  la  plante  se  trouva  coupée  par  une 
balle,  mais  la  tige  ayant  été  conservée  donna  na  ^ 
sauce  à  de  nouvelles  tètes  qui  en  furent  détachée»^ 
et  constituèrent  autant  de  planteii  sépaiées 


*v 


DAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


DAL 


424 


mtr  jour^  dit  M.  Dalnias,  était  Vespace  ou 
V  étendue  qui  renferma^  durant  le  premier  jour  ^ 
toute  la  matière  élémentaire^  soit  pondérable^ 
êoit  impondérable  de  Vunicers. 

Au  commencement  du  second  jour,  un  autre 
ciel  concentriqucy  appelé  d'abord  firmament 
et  puis  cielf  se  forma  au  sein  du  premier  ciel^ 
et  le  second  ctel  renferma  dès  lors  toute  la 
matière  pondérable  ae  Vunivers,  Nous  avons 
vUf  en  effet f  qu'il  ne  resta  plus j  le  secondjour, 
aucun  atome  de  matière  pondérable  dans  Ves- 
pace vide  compris  entre  le  cercle  G  C  et  le  cer- 
cle  C  M  (300;,  et  que  le  premier  ciel  alors  ré- 
duit à  cet  espace  vidcy  contenait  seulement  au 
deuxième  jour^  le  Jluide  impondérable  de 
Véther  à  Vétat  latent. 

Nous  avons  dit  encore  que  le  second  ciel  ne 
fut  point  achevé  à  la  fin  au  second  jour  ;  que 
ce  ciel,  en  un  mot,  ne  fut  que  la  première 
sphère  ou  premier  cercle  du  ciel  étoile,  de  ce 

{Irmament  du  ciel  où  parurent  successivement 
es  innombrables  luminaires  destinés  à  éclai- 
rer la  terre  et  le  ciel  dont  ils  furent  Vome-- 
ment  à  la  fin  du  quatrième  jour. 

Nous  avons  dit  encore  que  ce  fut  précisé- 
ment parce  que  le  second  ciel  ne  fut  pas  achevé 
à  la  fin^du  second  jour,  que  Dieu  ne  lui  donna 
pas  sa  sanction  comme  il  Va  donnée  à  chacun 
de  ses  ouvrages  exécutés  le  premier  et  les  quch 
tre  derniers  jours  de  la  création,  par  cette 
formule  laudative  :  Dieu  vit  que  gela  était 
BON.  [Gen.  ly  i,  k,  10, 12,  19,  21,  25,  31.) 

Enfin,  nous  avons  vu  comment  tous  ces  fir- 
maments ousphires parallèles  et  concentriques, 
dont  Vensemhle  constituais  ciel  étoile  au  qua- 
trième jour ,  s'étaient  formés  successivement 
dans  le  sein  du  cte/,  créé  le  premier  jour ,  d'a- 
près les  lois  physiques  imposées  à  la  matière 
dès  le  principe  de  la  création, 

La  terre,  créée  aussi  au  commencement  du 
j^remier  jour,  était  vide,  vaine,  incomposée, 
incohérente,  et  fluide  comme  un  gaz  :  c  était, 
suivant  Moise,  un  abîme  ou  océan  de  matière 
diffuse  impalpable,  invisible,  en  un  mot,  une 
néouleuse  unique  et  universelle.  Mais,  aussitôt 
quelle  commença  à  se  condenser,  et  que  son 
électricité  intérieure,  sa  lumière  latente,  son 
éther  intérieur  se  porta  à  sa  surface,  Moise 
se  sert  d'un  autre  nom,  il  Vappelle  onde  ou 
matière  liquide  et  fluide  comme  Veau,  pour 
exprimer  que  la  matière  élémentaire  commença 
à  prendre  alors  un  état  un  peu  moins  gazeux, 
un  peu  moins  diffus  qu'au  commencement  de 
sa  création. 

Au  second  jour  cette  matière  fluide ,  cette 
onde,  selon  V expression  biblique,  fut  divisée 
et  séparée  en  eaux  sous -célestes  et  en  eaux 
célestes  par  le  premier  firmament,  c  est-à-dire 
par  la  première  sphère  que  décrivit  dans  Ves- 
pace {le  premier  ciel),  Vanneau  de  matière 
fluide  qui,  aucommencement  du  troisième  jour, 
devint  par  concentration  notre  nébuleuse  SO'- 
laire  {la  nébuleuse  génératrice  du  globe  terres- 
tre et  des  autres  corps  planétaires  de  notre 
système  solaire). 

Puis  enfin,  au  milieu  du  troisième  jour  no- 

^306)  Ces  lettres  se  rapportent  à  des  figures  qae 
donue  rauieur  pour  faire  comprendre  ses  idées. 


tre  nébuleuse  solaire,  formée  par  lu  cofiren- 
tration  vers  un  seul  point  de  toute  la  matière 
fluide  sous-céleste  [de  toutes  les  eaux  sous- 
célestes),  se  divisa  en  diverses  masses  ou  con- 
grégations planétaires;  et  cliacùne  de  ces  mas- 
ses planétaires  se  condensant  à  son  tour,  vers 
son  propre  centre  de  gravité,  se  trouva  divi- 
sée, pat  le  fait  même  de  cette  condefisation,  en 
deux  éléments  distincts,  savoir  :  Vêlement 
aride  ou  solide  qui  prit  alors  le  nom  de  terre, 
et  Vêlement  liquide  et  fluide  qui  pn  <  alors  le 
nom  de  mers ^  Moise  ne  distingue  pas  encore 
la  partie  liquide  de  la  surface  de  ces  corps 
d'avec  la  partie  restée  fluide  dans  leurs  atmos- 

f  hères,  parce  que  la  vapeur  et  les  gaz  résolu- 
les  en  eau  ne  devaient  se  séparer  que  graduel- 
lement des  gaz  permanents  ou  atmosphéri- 
ques, par  V effet  de  V affinité  des  éléments,  et 
surtout  à  la  faveur  de  l'augmentation  de  cha- 
ieur  que  l'apparition  du  soleil  devait  produire 
au  quatrième  jour  pendant  le  jour,  et  du  re- 
froidissement que  sa  disparition  successive 
devait  produire  pendant  la  nuii.  Bien  plus, 

Îïour  mieux  rendre  Vidée  de  la  fluidité  et  de 
a  confusion,  durant  le  troisième  jour,  de  ces 
deux  éléments  répandus  tout  atUourde  Varide 
comme  un  vêtement  (307),  Motse  les  désigne, 
sans  distinction,  par  le  nom  de  mers  ùu  amas 
d'eaux. 

Mais,  lorsque  la  séparation  des  deux  élé- 
ments liauide  et  fluide  fut  accomplie,  à  Vépth 
Îue  du  déluge  universà,  nous  avons  vu  que 
toise  avait  conservé  le  nom  d'abîme  à  la  ma- 
tière  restée  fluide  dans  les  diverses  atmos- 
plUres  des  corps  célestu^  et  qu'il  avait  en 
même  temps  donné  le  nom  de  cataractes  du 
ciel,  ou  grands  réservoirs  deaux  célestes,  aux 
congrégations  deaux  déposées  à  leurs  sur- 
faces :  en  sorte  que  les  fontaines  du  grand 
abîme  n'ont  été  réellement  que  des  pluies^  tor" 
rentielles  descendues  sur  la  terre  des  diverses 
atmosphères  des  corps  célestes  {des  corps  de 
notre  système  solaire),  de  même  que  lès  cata- 
ractes m  ciel  ouvertes  pendant  quarante  jours 
et  quarante  nuits  n'ont  été  que  les  mers  des 
mêmes  corps  célestes  ouvertes  par  la  toute- 
puissance  de  Dieu  pour  submerger  ioute  la 
terre  et  noyer  tous  ses  habitants,  à  Vexeeption 
de  la  famille  de  Noé  et  des  ammauœ  renfer- 
més dans  V arche. 

Le  fluide  impondérable  que  Moïse  a  nommé 
un  esprit  divin,  faute  de  ooiwiollre  les  noms 
scientifiques  d' éther  et  de  thermo-électricité 
des  physiciens  modernes,  commença  dès  Is 
premier  jour  à  se  porter  peu  à  9€U  à  la  nir- 
face  de  la  nébuleuse  universelle  ^  à  mesure 
qu'elle  se  comprimait  en  se  condensant. 

C'est  pour  cela  aussi  que  Moïse  s*est  serti 
à  dessein  de  V imparfait  FERBBAToii  et  non  du 
parfait  défini,  afin  de  nous  donner  une  juste 
idée  de  Vtucenston  graduelle  du  fluide  élec- 
trique et  de  son  effusion  A  ta  surface  de  Vonde 
{ou  nébuleuse):  car  le  terme  hébreu,  traduit 
en  latin  par  perbbatur,  signifie  que  ce  fiuids 
se  répandait  et  vibrait  à  la  surface.  A  la  fin 
du  premier  jour,  lorsque  ce  fluide  électrique 

(S07)  AbwsMs  sicut  vestimentum,  amictus  ejus. 
P$al.  cm,  6.) 


m 


DâH 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


DAN 


4» 


romoTfiifO  à  détenir  lumineux ^  Moïse  nous 
dti  encore  à  dessein  que  Dieu  considéra  la  lu- 
ipière  et  quii  la  sépara  enfin  des  ténèbres ^ 
après  ravoir  reconnue  bonne. 

Il  est  évident  que  cette  lumière  ne  fut  point 
une  éinanalioH  du  soleil^  qui  fut  formé  seule- 
tnent  à  la  fin  du  quatrième  jour.  Moïse  savait 
donc  trois  mille  ans  avant  les  découvertes  de 
la  sdenccy  trois  mille  ans  avant  Pinvention 
des  télescopes f  que  le  soleil  n'est  point  la  source 
el  le  foyer  de  la  lumière:  qu'il  esty  au  con- 
traire^ un  corps  optique  et  obscur^  entouré 
d'une  atmosphère  lumineuse^  en  perpétuelle 
incandescence^  par  Veffet  de  la  vibration  quil 
imprime  à  Véther. 

Sous  avons  encore  vu  que  cette  lumière 
électrique  parvint  à  animer  la  végétation  du 
troisièmejour^  avant  d'être  aussi  vive  et  aussi 
abondante  quelle  Test  de  nos  Jours,  mais  qu'elle 
ne  parvint  à  éclairer  parfaitement  la  terre  et 
le  ciel  ^uà  la  fin  du  quatrième  jour ,  après  la 
formation  houillère  qui  précéda  celle  des  pois-^ 
sons  vertébrés^  des  oiseaux,  des  animaux  ter- 
restres et  de  thomme  (308). 

Qu'en  diles-vous,  lecteur?  Etes-vous  sa- 
tisfait du  roman  ?  Prenez  patience  ;  vous  en 
Terrez  bien  d'autres.  Toutefois  je  dois  con- 
Tenir  qu*au  milieu  du  dévergondage  scien- 
tifique que  nous  aurons  à  passer  en  revue, 
nous  trouverons  peu  d'idées  de  la  force  de 
celle  qui  lait  venir  les  eaux  du  déluge  des 
mers  qui  sont  dans  les  corps  célestes.  11  e>t 
vrai  que  Oleaster  dit  quelque  chose  do 
semblable  (Cursus  comp,,  t.  V,  col.  145). 
Noos  pensons  qu*il  aurait  été  convenable  de 
laisser  le  manteau  de  Toubli  sur  ces  pau- 
vretés qu'on  essaierait  en  vain  de  rajeunir. 
Malgré  ce  qui  précède ,  nous  devons  res-» 

fectueusement  ajouter  que  Monseigneur 
évèque  de  Viviers  dit  à  rauteur,  dans  une 
lettre  du  7  février  1852,  que  M.  Dalmas 
a  publiée  :  «  Je  ne  vois  rien  dans  vos  expli- 
cations qui  soit  en  opposition  avec  le  sens 
de  la  Genèse,  » 

DANIEN  ( ETAGE).  —  Le  septième  de  la 
période  crétacée,  et  le  vingt-troisième  de  Té*' 
cbelle  totale  des  terrains.  C'est  le  calcaire 
pisolitkique  de  H.  Cb.  d'Orbigny»  le  calcaire 
fU  Lacersines^  de  M.  Graves.  Type  à  Meudon 
Seine^t-Oise),  etc. 

«  Classé  depuis  longtemps»  dit  M.  Aie.  d'Or^ 
bi^ j,  dans  les  dernières  couches  crétacées 
par  MM.  Elle  de  Beaumont^  Lyell,  et  par  les 
savants  du  nord,  Télage  qui  nous  occupe, 
désigné  par  M.  Charles  aOrbigny  sous  le 
nom  de  calcaire  pisolitkique,  a  au*contraire 
été  placé  par  lui,  et  par  M.  d'Arcliiac,  dans 
les  terrains  tertiaires.  11  est  bon  de  donner 
ici  quelques  détails  sur  les  raisons  qui  ont 
motivé  cette  diflérence  d'opinion.  La  posi- 
tion stratigraphique,  comme  on  peut  le  voir 
plus  loin,  montre  que  ces  couches  reposent 
immédiatement  sur  les  derniers  dépôts  de 
i'éiaee  sénonien,  et  qu'elles  sont  recouvertes 
fvar   les  argiles  plastiques.  Elles  ont  donc, 
dans  le  bassin  parisien,  succédé  à  Tétage  se- 
Donien,  et  précédé  les  dernières  couches  des 


terrains  tertiaires.  Cette  position  mtermé-^ 
diaire,  également  reconnue  par  MM.  Elie  de 
Beauroont  et  Charles  d'Orbigny,  devait  être 
décisive  pourlesdeux,  comme  elle  l'était  pour 
le  premier  ;  mais  M.  Ch.  d'Orbigny  ayant  sou- 
mis les  fossiles  recueillis  dans  son  calcaire 
pisolithique  à  l'examen  de  M^  Deshayes, 
celui-ci  crut}[  reconnaître  seulement  les  co- 
(fuilles  tertiaires  du  calcaire  grossier  du 
bassin  parisien,  et  cette  détermination  por- 
tant sur  un  assez  grand  nombre  d'espèces 
Sour  acquérir  de  la  valeur ,  détermina 
f .  Charles  d'Orbigny  à  considérer  i'eusem 
ble  comme  tertiaire.  Les  importantes  recher 
chcs  de  M.  Hébert  amenèrent  le  même  ré- 
sultat; et  M.  Desor,  y  rencontrant  des  échi- 
nides  semblables  à  ceux  de  Faxoë,  ne  balança 

Ï)as  à  les  réunir  dans  le  même  horizon  géo- 
Oj^ique,  sous  le  nom  d^étage  danien.  Ces  ré* 
sultats,  contraires  aux  résultats  paléontolo- 
giques  énoncés  par  M.  Charles  d'Orbigny,  le 

Îiortèrent  à  nous  communiquer  les  mêmes 
bssiles  qui  avaient  motivé  son  classement , 
après  avoir  modelé  toutes  les  empreintes  et 
les  avoir  pour  ainsi  dire  restaurées  ;  et,  après 
un  examen  scrupuleux,  nous  n'y  avons  re^ 
connu  aucune  des  coquilles  tertiaires  qui  lui 
avaient  été  indiquées,  mais  bien  une  faune 
spéciale,  distincte,  à  la  fois,  de  la  faune  sé- 
nonienne  et  de  la  faune  tertiaire  inférieure. 
«  Quant  au  classement  de  l'étape  dans  les 
terrains  crétacés  ou  tertiaires,  nous  croyons 
qu'il  ne  peut  y  avoir  de  doutes  à  cet  égard. 
La  stratification  conduit  à  le  classer  parmi 
les  terrains  crétacés.  La  présence  des  genres 
belemnitella ,  rhynchoneila,  baculites.  pj^ 
rina,  et  hippalimus ,  spéciaux  aux  terrains 
crétacés,  et  inconnus  dans  les  terrains  ter- 
tiaires, amènerait  encore  è  cette  conclusion, 
tandis  que  rien  ne  pourrait,  en  paléontolo* 
gie,  motiver  le  classement  de  l'ensemble 
dans  les  terrains  tertiaires.  Nous  croyons 
donc  que  cet  étage  doit  encore  faire  partie 
des  terrains  crétacés;  et  même  nous  l'au- 
rions considéré  comme  une  simple  division 
supérieure  de  l'étage  sénonien,  si  elle  n'en 
avait  pas  été  séparée  par  M.  Dcsor. 

11  est  certain  qu'on  n'a  donné  tle  la  valeur 
à  l'ensemble  que  parce  qu'il  se  trouve  près 
de  Paris.  Cette  époque  n'a  pas,  pour  nous, 
la  même  valeur  que  nous  donnons  à  la  frac- 
tion supérieure  de  l'étage  néocomien ,  que 
nous  avons  désignée  comme  urgonienneih 
la  partie  inférieure  de  l'éiage  falunien,  que 
nous  avons  désigné  sous  le  nom  de  tongrien, 

3ui  sont,  par  leur  extension  et  l'importance 
e  leurs  faunes,  inCniment  plus  tranchés» 
stratigraphiquement  parlant,  que  l'étage  da« 
nien.  Nous  sommes  d'autant  plus  porté  h 
prendre  cette  opinion,  que  nous  ne  voyons 
aucun  motif  plausible  d'y  réunir,  comme  l'a- 
vait pensé  M.  Desor,  la  craie  de  Maestricht, 
et  le  silex  des  environs  de  Lanquais  (Dordo- 
gne),  qui  sont,  sans  aucun  doute,  des  dépen- 
dances positives  de  l'étage  sénonien,  ainsi 
que  la  craie  de  Valognes  (309). 
Comme  on  pouvait,  a  priori,  le  supposer. 


(306)  P»s«  120-124.  (309)  Cours  élém.  de  Paléonl..  t.  ID,  p.  691. 

riCTlON.   DE  C0SV060?iIE   ET  DE   PlLiONTOLOGIB.  \h 


w 


DAN 


DICTIONNAUŒ  DE  COSMOGONIE 


DA.N 


m 


et  comme  on  Ta  Irouvé  à  la  fm  des  terrains 
jurassiques,  les  derniers  dépôts  de  cet  étage 
n'ayant  pas  encore  acquis,  lors  de  la  période 
de  mouvement  déterminé  par  la  fm  de  cette 
grande  époque  géologique  des  terrains  créta- 
cés, une  consolidation  parfaite,  ont  dû  souf- 
frir beaucoup  de  dénudations  partielles  ;  et 
nous  croyons  devoir  attribuer  a  cette  cause 
,  les  petits  lambeaui  de  l'étage  danien,  dissé- 
minés au  pourtour  du  bassin  anglo-parisien, 
en  France  seulement.  Néanmoins,  ces  lam- 
beaux suffisent  pour  démontrer  qu'il  en  cou- 
vrait la  plus  grande  surface,  et  surtout  le 
centre,  compris  entre  Vertus  et  Laversines, 
Meudon  et  Montereau.  Voici,  du  reste,  les 
points  où  Tétage  a  été  bien  démontré  par  les 
recherches  de  MM.  Elie  de  Beaumont ,  Gra- 
\es,  Hébert  et  Charles  d*Orbigny.  Dans  la 
Marne,  il  existe  au  Mont- Aimé,  à  Vertus; 
dans  Seine-et-Marne  ,.  à  Montereau;  dans 
Seine-et-Oise,  à  Meudon,  près  de  Paris.  On 
Fa  reconnu  en  creusant  un  puits  à  Auteuil. 
lî  existe  au  Port-Marly,  près  de  Saint-Ger- 
main; à  Bougival,  près  de  Pontoise;  à  Fa- 
laise, près  de  Bevnes;  àMontainville,  h  Vi- 
gny ;  dans  roise,  a  Laversines,  près  de  Beau- 
vais.  On  a  pensé  qu'il  existe  a  Orglandes, 
prèsdeValognes  (Manche);  mais  il  y  à  beau- 
coup de  doutes  à  cet  égard.  Quant  aux  silex 
de  Lanquais,  que  M.  Desor  y  rapporte,  nous 
n'y  voyons  que  la  continuation  des  couches 
de  Royan*  et  nullement  cet  étage.  Hors  du 
feassin  parisien,  on  n'a  encore  cité  l'étage 
qu'à  Faxoë,  en  Suède,  où  néanmoins,  d'a- 
près hîs  espèces  citées  par  M.  Lyell,  nous  ne 
voyons  que  l'étage  sénonien,  ce  qui  porterait 
encore  à  y  réunir  l'étage  danien. 

Tout  le  moude  est  d  accord  sur  la  position 
gioloçique,  en  couches  concordantes,  de  l'é- 
fage  danien  sur  l'étage  sénonien;  on  voit 
cette  concordance  à  Sieudon,  à  Vigny,  au 
Mont-Aimé,  etc.  Ainsi,  sans  aucun  doute, 
l'ctage  danien  a  bien  succédé  régulièrement, 
dans  l'ordre  chronologique,  à  1  étage  séno- 
nien. 

M.  Graves  évalue  de  10  h  12  mètres  l'é- 
paisseur des  dépôts  de  Laversines.  M.  Huol 
indique  15  à  20  n^ètres  dans  la  Marne. 
Caractères  paléontologiques,  La  faune  de 
^  cette  époque  se  distingue  des  précédentes 
»  par  le  manque  d'ammonites.  Du  reste,  nous 
•  n'y  voyons,  par  les  genres,  que  la  continua- 
lion  du  faciès  crétacé  de  l'étage  précédent, 
mais  avec  au  bien  moins  grand  nombre  de 
formes,  ce  qui  tient  peut-être  à  la  difficulté 
de  déterminer  les  fossiles.  Quoi  qu'il  en  soit, 
dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances, 
comme  nous  ne  trouvons  dans  cet  étage  que 
2  genres  de  plus  h  opposer  à  122  genres  qui 
déteignent  dans  l'étage  sénonien,  sans  pas- 
ser à  celui-ci ,  nous  aurons  la  preuve  évi- 
dente, parla  paléontologie  et  par  la  stratifl- 
43ation,  que  letage danien  est  Ja dernière  pé- 
riode de  dégénérescence  des  terrains  créta- 
cés. Dans  l'étage  suivant,  commencement  des 
terrains  tertiaires,  c'est,  au  contraire,  le 
nomt>re  des  genres  nouveaux  qui  domine 
d'une  manière  remarquable,  car  nous  en  ci- 
tons 157  d'inconnus  aux  terrains  crétacés. 


Nous  aurions  donc  ici ,  comme  partout  aiW 
leurs,  urte  confirmation  des  rapports  cons- 
tants qui  existent  entre  la  stratigraphie  po- 
sitive et  les  limites  paléontologiques.  « 

Pour  séparer  l'étage  de  la  période  sén6-' 
nienne  nous  avons,  pour  caractères  itéia- 
tifs,  indi-pendamment  des  42  genres  qui 
naissent  et  s'éteignent  dans  l'étage  séuo- 
nion  sans  passer  à  celui-ci,  80  genres  qui, 
nés  dans  les  étages  antérieurs,  s'éteignent 
encore  dans  l'étage  sénonien,  c'est-à-dire 
122  genres.  Nous  ne  doutons  néanmoins 
pas  que  quelques-uns  de  ces  genres  ne  se 
retrouvent  dans   l'étage  danien. 

Les  limites  négatives  que  la  palèontoloi 
gic   nous  donne  avec  l'élaçe    sucssonion, 
h  premier  des  terrains  tertiaires,  sont  (ks 
plus  marquées,  puisqu'elles  sont  dofm(:'es 
par  156  genres   encore  inconnus  h  Yéin^c 
danien,  qui   naissent  avec  la  période  sur»- 
vante.  Ces  genres  sont  ainsi  distribués  daos 
les  séries  animaes  :  parmi  les  mammifcrc>v 
6  genres;    parmi  les  oiseaux,    2    genres; 
parmi  les  [loissons,   84  genres;  parmi  les 
crustacés,  ,  le  genre  squille  ;  parmi  les  cé- 
l)Iialopodes,  2  genres  ;  parmi  les  çasléropo- 
des,  34  genres  ;  narmi  les  lamellibranches 
5  genres;  parmi  les  cchinodermes,  13  gen- 
res; parmi  les  zoophy tes,  7  genres;  [«nhi 
les  foraminifèresj  3  genres. 

Comme  caractères  positifs,  pour  dislin* 
guer  l'étage  du  précédent,  nous  n'avons  qu3 
deux  genres  :  parmi  les  mollusques,  les 
fascioiaria;  et  parmi  les  ecliinodermes^  les 
echinolampas^  qui,  inconnus  à  l'étage  an- 
térieur, se  montrent  pour  la  première  fois 
dans  celui-ci;  ce  sont,  en  niôine  lcmf»s, 
deux  formes  plus  particulièrement  tertiaires 
qui  lient  cette  faune  aux  suîvantcs; 

Pour  distinguer  l'étage  danien  de  l'étage 
suessonien,  nous  avons  les  9  genres  suivants 
qui  s'éteignent  dans  le  premier,  sans  pas- 
ser au  second  :  narmi  les  céplmlopodes,  le 
genre  betemnitelta;  parmi  les  hrachiopodes, 
le  genre  rj/ncAone//a;  parmi  les  échinoder- 
nies,  le  genre  |)yrnia;  parmi  les  zoonliyles, 
les  QQUVCS  càlamophylUa^  enalihetia^  ellipsos- 
miUfl^  polytremans  ci  morphrastrea;  parmi 
lies  amorphozoaires,  le  genre    hippalimuf. 
Indépendamment  de  quelques    sauriens, 
de  quelques  poissons  et  de  quelques  crus- 
tacés et  annélides,  après  avoir   restauré  par 
le  modelage  les  espèces  de   celle  périone, 
et  compulsé  les  travaux  géologiques,  nous 
sommes  arrivé,  dit  M.  d'Orhigny,  à  Irou- 
ver66  espèces.  Si  de  ce  nombre  nous  retran- 
chons les  belemnitella   mucronaia  et  le  6a- 
culiles  faujasii^  indiqués  par  M.  Lyell,  elle 
fusug  neptum\qu\  se  trouvent  simulUnéraent 
dans  l'étage  sénonien,  il  nous    restera  en- 
core 63  espèces  qui,  dans  Télal    actuel  de 
nos  connaissances,  seront  caractéristiques. 
Relativement  à  la  chronologie    Insloriqu*» 
de  cet  étage,   nous  le  regardons  comme  le 
dernier  complément  de  la  période  de  déca- 
dence des  terrains  crétacés,  plus    spéciale- 
ment marquée  à  l'étage  sénonien.  Son  pou 
d'importance,  quant  aux  faits  généraux  qu*il 
peut  donner,  ne  nous  permet   aiôme  de  îo 


129 


DEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE, 


DEB 


430 


nonsidérer  que  comme  une  déiiendancc  do 
la  période  sénonienne. 

DEBREYNE  (P.-J.-C.)  (3iO).~Cerelii^ieux 
Irappiste  a  publié  en  1848  un  livre  intitulé  : 
Théorie  biblique  de  la  Cosmogonie  et  de  la 
ttéologie  :  doctrine  nouvelle  fondée  sur  un 
principe  unique  et  universel  puisé  dans  la 
Bible;  o\ivrage  spdciahmtnt  destiné  au  ilergé 
et  aux  séminaires j  Avant  d'examiner  si  ce 
t  Ire,  passablement  ambitieux,  est  justifié 
l>ar  l*ouvrage,  nous  avons  une  petite  explica- 
tion à  donner  à  Fauteur  sur  un  passage  de 
notre  Nouveau  Traité  des  sciences  géologiqxtes 
considérées  dans  leur  rapport  atec  la  religion^ 
etc.  f2*  édit.  p.  376.)  Voici  ce  passage. 

«  Quand  les  lois  auxquelles  I  Eternel  avait 
confié  l'évolution  de  notre  planète,  comme 
il  fait  dépendre  de  certaines  autres  lois  IVn- 
lier  accroissement  du  chêne  de  nos  forêts, 
ju  le  complet  développement  de  notre  pro- 
pre corps;  quand,  dis*je,  de  telles  lois  eu- 
rent fait  de  la  terre  un  séjour  stable  et  plein 
J'harmonie;  Quand  le  Créateur  eut  comme 
essayé,  aux  diverses  périodes   et  sur  une 
échelle  de  plus  en  plus  élevée,  les  formes 
lie  la  vie  au  sein  des  différents  milieux  où 
elles  devaient  se  développer,  et  qu'il  eut 
ainsi  préludé  à  la  création  du  cbef*d'œuvre 
qui  devaitétre  le  couronnement  de  cette  lon- 
gue   série  de    phénomènes   préparatoires, 
alors  il  étend  son  bras,  et  dans  la  nuit  d'un 
chaos  temporaire,  il  efface   ses  premières 
ébauches,  comme  un  peintre  dédaigne  une 
esquisse  qui  rend  incomplètement  sa  pen- 
sée; etc.  (311).  » 

M.  Debreyne  est  scandalisé  de  ces  der- 
nières expressions.  «  L'auteur,  dit-il,  aurait 
pu  s'expnmer  avec  plus  de  respect  en  parlant 
du  Créateur.  Si  nous  relevons  ici  une  in-^ 
convenance  d'exj^ression  ou  de  langage  de 
Af.  Jehan,  nous  devons  cependant  rendre 
justice  k  cet  auteur  estimable.  »  Puis  il 
ajoute  avec  beaucoup  de  bienveillance  :  «v  Son 
livre  est  un  des  meilleurs  traités  élémentai- 
res de  géologie  qu  on  puisse  mettre  entre  les 
mains  des  jeones  gens.  11  est  composé  dans  un 
lion  esprit  et  avec  des  formes  attrayantes. 
On    le  lit  avec  fruit  et  plaisir  (312).  » 

L.e  R.  P.  Debreyne  use  à  notre  égard  de 
trop  d'indulgence  pour  que  nous  n'essayions 
pas  de  lever  ses  scrupules.  Nous  ne  pensons 
pas  qu'il  y  ait  rien  d'irrévérencieux  >  l'égard 
du  Créateur  dans  la  figure  que  nous  avons 
employée.  L'état  originel  des  choses,  dépeint 
au  second  verset  du  premier  chapitre  de  la 
Genèse,  était  un  état  de  désordre  et  de  con- 
fusion, exprimé  par  les  mots  hébreux  tohu 

(510)  Doctenr  en  médecine  de  la  Faculté  de  Paris. 
profesacar  partkiilwr  de  médceine  pratique,  préire 
et  KiiytBj.  da  la  €ffaiide-Tra|)|ie  (Orne). 

(511)  Voici  la  suite  de  cet  alinéa  :  <  Puis  confiir- 
inéfii«*nt  à  uue  loi  qui  se  retrouve  dans  le  muiidc 
physique,  du  sein  de  la  dissolution  ,  condition  de 
toute  organisation,  la  terre  sort  formée,  enrichie  de 
nouveaux  dons,  peuplée  de  nouvelles  créainres  ;  et 
ati  lion  des  formidables  phénomènes  qui  avaient 
troublé  les  périodes  antérieures,  c*est  un  cycle  de 
Ijait,  d*ordreet  deconstante  harmonie  qui  commence 
eutrc  ks  ag-^nts  et  les  éléments  équilibrés  du  monde 


vaohu  que  les  Septante  ont  Ira  Juît  par  chaos. 
Cependant  cette  confusion,  cette  anarciiie 
des  éléments,  était  sans  doute  Tœuvre  du 
Giéatcur.  Ce  chaos  rendait-il  toute  sa  pen- 
sée? Non,  évidemramL  Au  septième  jour, 
quand  Dieu  se  reposa,  le  monde  avait  reçu 
un  perfectionnement  et  une  beauté  qu'il  n'a- 
vait pas  au  second  verset  du  premier  chapitre 
dulivre sacré  Dira-t-ouque  leiGenèse  manque 
de  respect  envers  le  Créateur,  parce  qu'elle 
appelle  chaos  et  desordre  un  état  de  choses 
qui  était  pourtant,  i;omme  tout  }e  reste,  le 
résultat  de  sa  Toute-Puissance?  On  nous 
répondra  peut-être   que  ce   chaos  n'était 

au'un  étal  transitoire  pour  arriver  à  un  degré 
e  perfectionnement  relatif.  Eh  1  sans  doute, 
et  c'tîst  exactement  dans  le  même  sens  que 
nous  disons  que.  dans  la  nuit  d'un  chaos 
temporaire^  le  Créateur  efface  ses  premières 
ébauches  j  comme  un  peintre  dédaigne  une 
esquisse  qui  rend  incomplètement  sa  pensée. 

Voici  comment  s'exprime  sur  le  même 
sujet  un  illustre  et. savant  prélat  :  «  L'ordre 
observé  dans  la  création  des  six  jours,  oui 
se  rapporte  à  la  disposition  présente  dos 
choses,  semble  indiquer,  dit-il,  que  la  puis- 
sance divine  aimait  à  se  manifester  par  des 
développements  graduels,  s'élevant,  jour 
ainsi  dire,  par  une  échelle  mesurée,  de 
l'inanimé  à  l'organisé,  de  l'insensible  à  l'ins- 
tinctif, et  de  l'irrationnel  à  l'homme.  Et 
3uelle  répugnance  y  a-t-il  à  supposer  que 
epuis  la  première  création  de  1  embryon 
grossier  de  ce  monde  si  beau,,  jusqu'au  mo- 
ment où  il  fut  revêtu  de  tous  ses  ornements 
et  proportionné  aux  besoins  et  aux  habi- 
tucles  de  l'homme,  la  Providence  ait  aussi 
voulu  conserver  une  marche  et  une  grada- 
tion semblables,  de  manière  h  ce  que  la  vie 
avançât  progressivement  vers  la  perfection, 
et  dans  sa  puissance  intérieure  et  dans  ses 
instruments  extérieurs  (313)?  >• 

L'embryon  grossier  dont  parle  ici  Mgr 
Wiseman  ne  rendait  pas  sans  doute  compté- 
tement  la  pensée  du  Créateur  ;  le  savant  pré- 
lat a-t-il  manqué  de  respect  envers  la  Toute- 
Puissance  divine  en  se  servant  de  l'expres- 
sion embryon  grossier?  Personne  n'oserait  le 
prétendre. 

Voici  maintenant  l'examen  critique  qui  a 
été  fait  du  livre  de  M.  Debreyne,  Théorie 
biblique  de  la  cosmogonie  e/c,  par  la  Revue  de 
l'enseignement  (livraisond'avrill8i9).  »  Nous 
avons  lu  avec  tout  le  soin  dont  nous  sommes 
capable  l'ouvrage  du  célèbre  trappiste  ;  c'est 
purement  et  simplement  la  théorie  cosmo- 
gonique  et    géologique   de  M.    Chaubard, 

matériel  ;  et  la  nature  calme,  rassurée,  dans  toute  la 
splendeur  de  son  nouveau  printemps,  salue  Thomme, 
noble  image  du  Créateur,  s'incline  devant  lui  comme 
devant  son  roi,  et  sourit  à  son  intelligent  possesseur, 
qui  s*empare  de  ses  ravissantes  solitudes ,  et  fait 
monter  vers  son  bienfaisant  auteur  des  accents  d\n- 
mour  et  de  bénédiction  jusque-là  inconnus  à  la 
terre,  i 

(512)  Théorie  biblique,  etc.,  p.  18. 

(5t5)/)tscotfrs  sur  les  rapports  entre  la  science  et 
la  religion  révélée  (Discours  m),  par  le  cardinal 
Wiseman. 


451 


DEB 


DlCTIONNAinE  DE  COSMOGONIfrî 


DEB 


4S2 


c]est-à-dirc  une  des  plus  déplorables  théo- 
ries qui  aient  jamais  été  imaginées  pour 
concilier  la  scienc?e  avec  la  Genèse.  L'auteur 
de  Tarticle  que  nous  allons  citer  est  connu 
depuis  longtemps  du  monde  savant,  et 
il  est  un  de  nos  écrivains  catholiques 
qui  ont  rendu  le  plus  de  services  à  la  re- 
ligion : 

«  11  n'existe  donc  pas,  pour  tous  les  auteurs, 
re  véritable  ami  recommandé  par  le  poète, 
celamiqueTon  consulte  avant  de  jeter  au  pu- 
blic une  œuvre  littéraire  ou  savante  destinée 
à  l'instruire  ou  à  le  charmer?  Est-ce  l'ami 
qui  manque  à  l'auteur,  est-ce  l'auteur  au 
contraire  qui  fuit  l'œil  d'un  conseiller  sin- 
cère et  judicieux  ?  Est-ce  la  flatterie  d'une 
politesse  malontendue ,  est-ce  l'aveuglement 
paternel  qui  décide  l'entrée  dans  le  monde 
d'une  œuvre  qui  n'est  pas  viable,  et  qui  se 
brisera  dès  ses  premiers  pas  sous  le  choc  de 
la  critique  ?  Et  la  sévérité  de  l'ami  n'eût- 
lille  pas  été  plus  douce  que  ne  l'est  la  justice 
du  lecteur,  quand  Tœuvre  s'est  produite  au 
Ijrand  jour? 

«  Telles  étaient  mes  impressions  à  chaque 
page,  et  souvent  à  chaque  phrase  du  livre 
dont  j'ai  entrenris  de  rendre  compte. Combien 
utile  eût  été  1  ami  qui  manquait,  mais  dont 
aussi,  je  l'avoue,  la  besogne  eut  été  rude  l  Oh  1 
rudii,  en  vérité,  s'il  eût  fait  consciencieuse- 
ment et  de  point  en  point  son  métier  de  cen- 
seur I  Sous  ses  ciseaux  auraient  disparu,  et 
les  hypothèses  gratuites,  et  les  principes  ima- 
ginaires, et  les  détinilions  inintelligibles,  et 
les  hérésies  scientifiques,  et  les  non-sens,  et 
les  contre-sens,  et  les  galimathias,  et  les  idées 
baroques,  et  les  vieilleries  rhabillées  à  neuf, 
et  les  contradictions,  et  les  cercles  vicieux 
et  bien  d'autres  misères  dont  j'aurais  quel- 
que peine  à  terminer  l'énumeration.  Avec 
tant  de  coupures,  à  la  vérité^  il  ne  resterait 
rien  du  volume,  si  ce  n'est  des  citations  tle 
l'Ecriture  de  quoi  défrayer  largement  quel- 
ques douzaines  de  prônes  ;  mais  comme,  ré- 
duit à  cela,  l'ouvrage  serait  incomparable- 
ment meilleur,  ce  serait  un  excellent  ser- 
vice rendu  par  l'ami  et  à  l'auteur  et  au 
public. 

«  Je  confesse  d'ailleurs  que  l'auteur  lui* 
même  n'est  point  en  cela  de  mon  avis ,  et 
qu'il  en  est  même  infiniment  loin.  Comme 
Dieu  avait  réservé  pour  lui  de  toute  éternité 
l'intelligence  du  vrai  sens  de  la  Bible,  en  ce 
qui  concerne  les  courants  électriques  et  les 
aurores  boréales  contenues  dans  les  premiers 
versets  de  la  Genèse,  il  déclare  que  son 
livre  «  est  absolument  nécessaire  à  tous  les 
ecclésiastiques...,  indispensable  à  l'ensei- 
gnement des  séminaires....,  et  que,  grâce  à 
sa  nouvelle  doctrine,  on  pourra  porter,  avec 
le  prophète  Isaïe,  un  défi  solennel  à  tous  les 
superbes...,  les  orgueilleux...,  les  matéria- 
listes..., les  panthéistes...,  etc.,  etc.»  Cela 
valait  donc  bien  la  peine  d'être  imprimé. 
D'ailleurs,  par  le  moyen  de  celte  révélation 
phénom-énale,  les  sciences  physiques  et  natu- 
relles replacées  sur  leurs  fondements  divins^ 
et  bibliquement  reconstituées^  entreront  dans 
4a  voie  dujjrogrcs  continu.,.,  et  cette  recons- 


titution biblique  compr^^nJ  rarticulièrement 
Vciiairage,  (Pag.  xxij  et  60.)  De  ces  certifi- 
cats avantageux,  et  de  maintes  autres  altes- 
ti'tions  naïves  disséminées  dans  le  corps  da 
volume,   il    résulte  manifestement  que  le 
P.  Debreyne  était  une  des  pensées  du  Créa- 
teur, quand  il  prononça  le  Fiat  lux^  et  qu'il 
était  réservé  à  notre  é|oque,  en  sa  personne, 
de  manifester  enfin  au  grand  jour  les  ressorts 
du  mécanisme  de  l'univers.  On  a  bien  dit 
cela  de  Newton,  mais  fort  abusivement;  ce 
géomètre  n'a  rien  compris  au  mouvement 
des  astres  et  à  la  mécanique  céleste  :  il  n'a 
pas  |VU  que  l'attraction  n'était  autre  chose 
que  le  principe   luminique  découvert  jÀi* 
notre  auteur  dans  la  Bible;  et  il  n'a  pas  vu 
cela  parce  qu'il  n'a  pas  porté  son  attention 
sur  les  boules  éleclrisées  qui  s'attirent  et  se 
repoussent  {pag.  kO).  Car  Taltraction  sidé- 
rale, disons-le  tout  d'abord,  ce  n'est,  suivant 
notre  auteur,  que  la    lutte  des  deux  élec^ 
tri ci  tés. 

<c  Mais  abrégeons  ce  préambule  et  abor- 
dons le  système  cosmo.:i;onique  de  l'auteur; 
on  commençant  par  l'idée  qui  lui  sert  de 
base,  le  grand  principe  universel,  puisé  dans 
la  Bible;  ce  principe  est  la  force  /umtnt- 
que.  Qu'est-ce  que  la  force  luminique? 
Voilà  ce  que  je  dois  d'abord  vous  dire. 

«  Ce  qu'elle  est,  je  n'en  sais  rien;  et  je 
doute  que  l'auteur  ait  sur  cette  force  fon- 
damentale une  idée  plus  nette  que  celle 
qui  m'est  échue  en  partage.  A  défaut 
de  définition  précise»  ie  ne  puis  que  jiro*- 
duire  les  pa usages  où  il  est  question  de  sm 
principe  et  de  son  mode  d'action.  Vous  lirez 
donc  d'abord  (pa^.  30)  que  Dieu  étant  lumière 
et  le  Verbe  étant  Dieu^  selon  saint  Jean,  le 
V>rbeest  lumière  lui-même;  et  puisqu«^«  tout 
a  été  fait  par  le  Verbe,  »  suivant  saint  Jean» 
tout  a  été  lait  parla  lumière...  :  i»  «d'où  il  suit 
que  la  lumiere-force  ou  la  force  iuminique^ 
en  tant  qu'elle  esf  l'action  de  Dieu  sur  la  ma- 
tière, est  la  loi  suprême  de  Vunivers.  »  {Pag.  31.) 

—  Il  s'ensuit j  continue  l'auteur,  que  son  effet 
immédiat  est  la  lumière  phénoménale  ou  een^ 
siblc  :  car  l'action  de  Dieu  est  nécessairement 
force  et  lumière.  Donc  cette  puissance  est  l'a- 
gent unique  et  universel  de  toute  la  création. 
—C'est  très-clair,  n'est-ce  pas?  Mats  voyons: 
puisque  la  force  luminique,  qui  est  le  Verbe, 
est  distincte  de  la  lumière   nhénoménale, 
qu'est-ce  donc  que  cette  lumière  phénomé- 
nale ou  sensible,  par  quoi  l'auteur  entemi, 
sans  doute ,  ce  que  les  physiciens  et  le  vul- 
gaire des  hommes  désignent  habituellement 
par  le  nom  de  lumière?  En  réponse  À  cette 
question,  je  lis  (pag.  33)  qu'elle  est  le  résul" 
lut  de  inaction  conservatrice  et  vivifiante  de 
Dieu,    toutes  les  fois  quil  s'opère  dans  tes 
êtres    une    nouvelle  combinaison. ,,,   qu'elle 
est  le  résultat  des  actions  chimiques...,  qu'elle 
est  identique  avec  le  calorique,  l'électricité, 
le  magnétisme  (passim)...  mais  que  ce  prin- 
cipe, ou  plutôt  toutes  ces  choses  qui  se  .con- 
fondent avec  elle,  ne  sont   ni  un  fluide^  ni 
réther,  ni  un  fluide  quelconfjue.  (i^ag.  GS.) 

—  Qu'est-ce   donc  en   définitive  que  cette 
lumière  sensible  qui  impressionne  nos  or- 


153 


DEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


DEB 


AZ* 


^aoes  et  dont  nous  calculons  ia  marche? 
Cest...  quelque  chose  qui  n*est  pas  rT;atière, 
et  Toiià  tout.  Et  si  cela  ne  tous  satisfait  pas, 
rappelez-TOus  que  c'est  ie  résultat  de  tac- 
ti9%  de  Dieuj  etc.,  etc.,  ce  qui  remettra  du 
c  aime  dans  votre  âme,  sinon  des  idées  dans 
votre  intelligence.  Mais  mettons  que  vous 
compreniez  et  la  force  luminique  et  la  lu- 
mière phénoménale  :  vousfallez  voir  main* 
tenant  se  déchirer  devant  vos  jeux  le  voile 
qui  vous  cachait  la  Genèse  de  Tunivers. 

<  Vous  n'aviez  d'abord  que  le  chaos,  c'est- 
è-dire  une  matière  non  organisée,  réduite  h 
Tétat  d*atomes  :  atomes  de  granit,  atomes  de 
zinc,  atome  d'ox jgène,  et  tout  ce  que  vous 
voudrtz;  tous  ces  atomes  de  n'importe  quoi 
sont  manifestement,  suivant  l'auteur,  ces 
eaux,  aquasj  sur  lesquelles  planait  l'esprit 
de  Dieu  !  Or  voilé  que  le  Créateur  prononce 
leFîiar/tcx.  Arinsiant^  dit  notre  auteur,  cha- 
que atome  est  doué  de  la  vie  minérale^  c^est-û" 
dire  d'attraction  et  de  répulsion,  l'un  plus, 
foutre  moinSf  suivant  sa  cflpacité  pour  la 
force  vitale  universelle,.,  A  cet  instant  tous 
s'aaitérent  pour  se  combiner  d'après  la  loi  de 
polarité^  à  laquelle  se  rattache  ta  cristallisa- 
tion  et  toute  espèce  de  formation  d'atomes,,, 
il  est  facile  de  se  faire  une  idée  de  ce  travail 
unirersel  de  la  matière  primordiale,  en  se 
représentant  le  mouvement  giratoire  des  ato- 
mes sur  leurs  pôles  pour  se  combiner  d'après 
Us  lois  de  leurs  affinités.  Ainsi  la  terre,  ainsi 
chaque  astre,  formé  par  T agglomération  des 
premières  molécules,   en  autant  de  noyaux 
d'stincts  auxauels  les  autres  venaient  s'ajou- 
ter en  vertu  as  la  force  attractive  qui  domi^ 
naît    dans    la    masse   primitive.,.;    enCn , 
cette  agitation   des  molécules    élémentaires 
et  leurs  conU^inaisons  produisirent  une  im- 
mense lumière  bornée  autour  de   la  terre. 
(P.   71,  73.)  En  résumé,  pour  ce   qui  con- 
cerne particulièrement  notre  globe,  c'est  ainsi 
qu'il  se  forma  par  l'agglomération  de  ses 
atonies ,  jusques  et  y  compris  les  terrains 
primîti&,  c'est-à-dire  la  croûte  granitique. 

c  Voilà  dans  toute  sa  longueur,  largeur  et 
profoiideur«  le  grand  principe  universel  dé- 
couTert  par  l'auteur  dans  la  Bible,  et  de 
quelle  manière,  en  appliquant  habilement  ce 
grand  prineipe,on  rend  compte  de  la  formation 
de  tous  les  corps .  de  l'univers  1  La  terre  et 
tous  les  astres  étaient  d'abord  à  l'état  d'à* 
tomes;  eh  bien!  à  la  parole  de  Dieu,  ces 
atomes  ont  pris  cohésion  et  ont  formé  un 
tout  solide!  Devant  cette  théorie  puissante 
et  ce  système  cosmogénique  si  simple,  les  ma- 
ter iaiistes,  les  panthéistes f  les  superbes.,,  ne 
peuTent  manquer  de  battre  en  retraite.  Ah  1 
quel  tour  l'auteur  leur  a  joué,  à  tous  ces  sa- 
vants orgueilleux!  Mais  moi  qui  ne  suis  rien 
de  toot  cela,  j'ose  regarder  en  face  le  sys- 
tème; e.t,  si   simple  qu'il   paraisse,  je  lui 
trouve  des  complications  notables,  et  me 
ureads  même  à  croire  que  l*auteur  n'a  pas 
Lien  compris  lui-môme  ce  qu'il  disait.  Pour 
penser  cela,  voici  mes  raisons  : 

«  D'abord,  puisque  l'auteur  vise  à  ia  sim- 
plieilé,  pourquoi  ne  pas  a^rniettre,  ce  (|ui  sr- 
>lil  înfinioient  raisonnable,  que  Dieu  a  créé 


et  solidiGé  tout  d'un  coup,  la  terre  et  cha^ 
que  planète  ;  au  lieu  de  lui  faire  créer  des 
atomes,  puis  remuer  ceux-ci,  et  les  faire 
tourner,  et  les  douer  d'attraction  et  de  ré- 
pulsion, pour  les  faire  déOnitivement  cohérer 
après  un  temph  quelconque  dont  l'auteur  ne 
nous  dit  rien?  Est-ce  pour  remplacer  la  créa- 
tion instantanée  \ar  une  théurie  physique  ? 
Mais  l'auteur  tonne  de  son  mieux  (p.  34,  35) 
contre  ceux  qui  veulent  imï)Oser  à  Dieu  les 
causes  secnnaes,  au  lieu  de  le  laisser  procé- 
der par  action  immédiate  ! 

«  Maintenant  nous  voyons  que  le  Fiat  lux 
eut  pour  etfet  de  donner  aux  atomes  la  rie 
minérale,  et  cette  vie  minérale],  cela  veui 
dire  f  attraction  et  la  répulsion.' —  Ainsi  la 
lumière  de  la  Bible,  c'est  Vattraction  et  la 
répulsion^  lesquelles  font  tourner  les  atomes 
sur  eux-mêmes  1  Ceci  est  déjà  bien  remar- 
quable, et  je  conçois  qu'une  pareille  idée  ait 
pu  échapper  jusqu'ici  à  tous  les  commenta- 
teurs de  la  Genèse.  Toutefois  voici  une  ex- 
plication qu'on  peut  donner  de  cette  singu- 
lière métamorphose.  La  lumière  étant  iden- 
tique avec  l'électricité  et  les  courants  voltaî- 
ques  qui  donnent  aux  atomes  des  corps 
I  attraction  et  la  répulsion,ces  deux  propriétés 
que  l'auteur  attribue  aux  atomes  primitifs, 
sont  précisément  l'effet  de  la  création  de  la 
lumière  ou  du  fluide  électrique  que  Dieu  as- 
socia aux  alon:es,  ce  qui  les  mit  en  branle, 
les  fit  tourner,  et  les  combina  les  uns  avec 
les  autres.  Fort  bien  !  mais  deux  lignes  plus 
bas,  on  nous  dit  que  «  cette  agitation  des 
molécules,  et  leurs  combinaisons  produisi- 
rent une  immense  lumière.  »  Ainsi  c'est  la 
luniiière  qui  met  les  atomes  en  mouvement, 
et  c*est  ce  mouvement  des  atomes  qui  pro- 
duit la  lumière  m  Tous  mes  lecteurs  sa- 
vent de  quel  nom  cela  s'appelle  dans  toutes 
les  langues  du  monde  ;  je  me  contenterai, 
moi,  d'appeler  cela  une  complication. 

«I  N'en  est-ce  pas  une  aussi  que  cette  double 
force  d attraction  et  de  répulsion  qui  produi- 
sent ensemble  les  conglomérats? Quoi!  l'at- 
traction ne  suffirait  pas,  et  il  faut  que  les 
molécules  se  repoussent  pour  parvenir  à 
adhérer?  Il  est  vrai  que  fp.  53  et  pass.)  l'au- 
teur nous  explique  comment,  en  donnant 
aux  atomes  des  grosseurs  différentes  f  pour- 

3uoi?),  l'attraction  se  change  en  répulsion  , 
'où  je  conclus  qu'il  peut  changer  la  répul- 
sion en  attraction  par  quelque  tour  de  main 
analogue.  Mais  j*avoue  que  je  n*ai  pu  saisir 
nulle  part  cette  transition  indispensable. 
Vous  me  demanderez  |K)urquoi  il  fait  inter- 
venir la  répulsion  dont  il  n  a  pas  besoin ,  et 
3ui  complique  le  système  «  si  simple  » 
'une  manière  fâcheuse.  C'est  qu'il  voit 
dans  toutes  les  molécules  de  la  matière  des 
aimants  avec  leurs  deux  pôles,  bien  qu'il  ne 
comprenne  point ,  comme  vous  le  verrez 
plus  bas,  ce  que  c*est  qu'un  aimant.  Peut- 
être  cette  idée  de  magnétisme  polaire  dans 
les  atomes  d*un  caillou  ou  d*un  morceau  de 
beurre,  vous  paraflra-t-elle  assez  bizarre;, 
mais  veuillez,  lecteur,  réserver  votre  admi-* 
ration  pour  qucjfiue  clIO^e  de  plus  curieux, 


435 


DEii 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


BEB 


436 


au  sujet  de  la  vie  des  atomes,  el  que  je  vous, 
exhiberai  ci  après. 

«  Voilà  donc  la  terre  formée,  et  tes  plané-: 
les,  et  tous  les  astres,  par  le  fait  de  Tagglo- 
niération  de  la  matière  atomique  répandue 
dans  tout  Tespace,  agglomération  faite  par 
attraction  et  répulsion.  Il  en  résulte,  suivant 
J*auteur,  une  raréfaction  de  la  matière  et  une 
-  tension  —  prodigieuse,  qui  ont  fait  de 
Vesp  ace  le  milieu  propagateur  et  le  conduc- 
teur le  plus  sensible  de  tous  les  courants 
luminiques.  (P.  79.)  Je  suppose  que  ces  mots 
recouvrent  une  idée  nette,  ce  qui  est  cepen- 
d  ant  fort  douteux  pour  moi  ;  et  je  me  home 
à  faire  remarquer  cette  extrême  raréfaction 
de  la  matière  produisant  une  tension  prodi- 
gieuse.  Nous  autres,  physiciens  du  commun, 
nous  posons  en  principe  que  la  raréfaction 
d'un  gaz  quelconque  et  sa  tension  sont  tou- 
jours en  rapport  inverse  ;  que  la  tension  çst 
(fautant  moindre  c{ue  là  raréfaction  est  plus 
grande,  et  que  moindre  est  la  densité.  L'au- 
teur, lui,  cnange  le  rapport  inverse  en  rap- 
port direct,  parce  qu'il  est  dans  ses  habitudes 
de  faire  de  la  science  en  prenant  générale- 
ment le  contre-pied  de  tous  les  principes 
admis,  commeje  vousen  montrerai  ci-après 
d'autres  remarquables  échantillons.  Mais 
suivons  avec  lui  les  destinées  de  la  terre,  el 
voyons  comment  il  explique  les  deux  pro- 
blèmes qu'il  se  propose  à  son  sujet  :  celui 
de  la  chaleur  centrale,  et  celui  de  ses  mou- 
vements astronomiques. 

«  L'auteur  admet  donc  la  chaleur  centrale, 
Télat  liquide  et  incandescent  de  la  masse 
intérieure.  Or,  quelle  est  la  cause  de  celte 
incandescence  et  de  cette  fluidité?  C^BSt,  il 
n'en  doute  aucunement,  la  pression  de  la 
croûte  granitique  sur  la  masse  sous-jacentel 
')ui,  cette  pression  produit  une  chaleur 
énorme  ;  oui,  cette  pression  liquéfie  le  granit 
dont  cette  masse  sous-jacente  se  compose; 
et  à  l'appui  de  cette  heureuse  idée,  Tauteur 
cite  les  expériences  de  Hall  sur  la  liquéfaction 
du  granit  par  la  pression. 

«La  pression  de  la  croûte  solide  sur  les 
nîntièpes  inférieures!  Mais  l'auteur  oublie 
que  cette  croûte  n'est  pas  plate  j  qu'elle  forme 
une  ei^veloppe  sphérique,  et  qu'une  telle 
enveloppe  ne  presse  pas  sur  son  contenu.  11 
s'imagine,  sans  doute,  qu'une  bombe  presse 
sur  la  poudre  dont  on  la  remplit,  qu'une 
bouteille  presse  sur  le  liquide  qu'elle  ren- 
fermel  Mais  accordons-lui  généreusement 
cela.  Mettons  que  la  matière  sous-jacente 
soit  pressée  et  échauffée  par  la  croûte  solide. 
Il  en  résulte,  à  son  avis,  la  liquéfaction  de 
cette  matière  tant  pressée;  cett«  matière, 
écoutez  bien  I  arrive  à  un  degré  de  densité 
telle  quUl  ne  puisse  plus  y  avoir  cohésion. 
(P.  89).  Il  faut  bien  que  nous  citions  tex- 
tuellement de  pareilles  choses,  pour  qu'on 
puisse  croire  qu'elles  s'impriment.  La  pres- 
sion et  l'augmentation  de  densité  qui  finis- 
sent par  rendre  la  cohésion  impossible! II 
Dans  notre  physique  vulgaire,  c'est  précisé- 
ment l'augmentation  de  densité  et  le  rappro- 
chement des  molécules  qui  favorisent  la  co- 
hésion; quand  la  chaleur  amène  la  liquéfac- 


tion d'un  corps,  c'est  en  le  dilatant  au 
préalable,  et  diminuant  sa  densité.  —  Mais 
ta  physique  de  l'auteur  est  fondamentalement 
au  rebours  de  la  nôtre.  —  Il  cite  les  expé- 
riences de  Hall  à  l'appui  de  la  sienne.  Mais 
il  aurait  bien  dû  citer  le  livre  et  la  page. 
S'il  se  donne  la  peine  de  recourir  à  cet  au- 
teur qu'il  n'a  pas  lu,,  il  reconnaîtra  la  bizarre 
confusion  qu  il  a  faite  au  sujet  d'une  célèbre 
expérience  de  Hall.  De  la  craie  fondue  et 
cristallisée  dans  un  canon  de  fusil  rougi  au 
feu,  et  qui  empêchait  le  dégagement  de  l'a^ 
cide  carbonique  9  ce  n'est  pas  du^tout—  du 
granit  liquéné  par  la  pression.  —  Ce  n'est 
pas  cQla,  ni  irieu  de  semblable;  et  une  con- 
fusion si  singulière  prouve  que  lire  et  com- 
prendra sont  choses  très-différentes. 

<i  Maintenant,  comment  notre  globe  lour- 
ne-t-il  sur  lui-même  et  autour  du  soleil,  bu, 
plus  généralement ,  comment  notre  auteur 
explique-t-il  le  double  mouvenaent  plané- 
taire? Vous  s^vez  ce  qu'en  disent  nos  physi- 
ciens du  commun»  depuis  Newton  jusqu'au 
moindre  de  nos  bacheliers.  Mais  de  ce  corn-, 
mun-là  notre  auteur  ne  veut  pas,  et  la  force 
tangentielle  n'est  nullement  son  fait.  Voici 
pourquoi  et  comment  la  terre  ou  une  planète 
quelconque  tourne  sur  elle-ménae  :  c'est  que 
le  soleil  et  la  planète  sont  électrisés,  que  la 
grande  sphère  est  positive,  el  la  petite  né- 
gative; el  que  la  plus  grosse  attire  et  re- 
pousse alternativement  la  plus  petite .  (P.  12G.) 
—  Vous  riez  !  et  vous  yous  dites  sans  doute, 
ô  mon  lecteur,  que  ces  sphères  électrisées 
sont  bien  bizarres,  et  que  la  manière  dont 
l'auteur  les  fait  agir  l'une  sur  l'autre  auto- 
rise à  croire  qu'il  ne  comprend  absolument 
rien  à  nos  théories  électriques.  Mais  passons- 
lui  ses  globes  positifs  et  négatifs.  Voyons! 
que  doit-il  résulter  de  celte  attraction  et  de 
cette  répulsion  successives,  supposées  pos- 
sibles? Le  bon  sens  et  le  premier  écolier 
venu  répondront  qu'il  en  résultera  une  os- 
cillation rectiligne  d^ns  \^  direction  com- 
mune des  deux  actions,  ou  sur  la  ligne  des 
centres.  Notre  auteur  ne  peut  pas  compren-. 
dre  cet  axiome  de  mécanique  élémentaire; 
niais  en  revanche  il  comprend ,  à  ce  qu'il 
parait,  ce  que  nous  ne  comprenons  pas, 
savoir  :  que  la  plus  petite  des  deux  sphères 
doit  tourner  sur  un  axe.  —  Ah  1...  Et  autour 
du  soleil?  —  Elle  tournera  par  la  même  rai- 
son, —  Et  quelle  est  cette  raison  ?  —  C'est 
qu'elle  échangera  soi)  action  négative  contre 
1  action  positive  du  soleil.  (P.  126.)  —  Il  n'y 
a  vraiment  rien  à  n^pondre  à  cela.  Mais  est- 
ce  tout  sur  le  mouvement  de  noire  globe? 
Non  :  attendez.  11  3[  a  dans  les  trajectoires 
rianélaircs  deux  poinls,^  l'aphélie  et  Je  péri- 
liéJie, correspondant  au  maximum  et  au  mi- 
nimum de  la  distance  variable  de  la  planète 
au  soleil.  Qu'est-ce  que  ces  points,  uit  notre 
auteur?  «  La  plus  grande  des  d^ux.  sphères 
attirant  la  plus  petite  jusau'à  ce  que  leurs 
deux  actions  soient  neutralisée?^.,  elle  com- 
mence alors  à.  la  repousser  jusqu'à  ce  que 
la  plus  petite  soit  réduite  à  son  action  né- 
gative; alors  la  grande  reconanience  à  l'at- 
tirer. Et  voilà  les  deux  poiuts  de  périhélie. 


437 


DED. 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


DRB 


458 


«t  d'a|)liélie  expliqués  sans  sortir  de  la  force 
luniinique.  »  Que  dire  de  ceci,  sinon  que 
c'est  de  la  mécanique  céleste  comme  on  en 
ncut  faire  en  mettant  des  mots  dans  un  sac, 
Ips  tirant  au  hasard,  et  les  accrochant  les 
•ins  aux  autres  dans  Tordre  de  leur  sor- 
tie (314}? 

K  Maintenant  qu'est  révélée,  au  moyen 
du  grand  principe  luminique,  la  Genèse  de 
notre  terre,  trans[)ortons-.nous  à  )a  seconde 

Rhase  de  son  histoire,  au  déluge  mosaïque, 
otre  auteur  va  nous  donner  sa  théorie; 
voyons  ce  qu'elle  vaut. 

«  Dieu  a  résolu  de  détruire  le  genre  hu- 
main ;  pour  cela  il  ouvre  les  cataractes  du 
ciel  et  lait  tomber  sur  la  terre  pendant  qua- 
rante fois  vingt -quatre  heures  une  pluie 
composée,  sans  doute,  de  véritables  torrents. 
Dieu  juge  qu'une  telle  avalanche  suffit  à  son 
but,  et  c'est  également  notre  humble  avis; 
mais  le  P.  Debreyne  est  d'une  opinion  tout 
à  fait  différente.  La  pluie  dont  parle  exclu- 
sivement Moïse  ne  lui  suffit  pas;  il  arrête, 
lui,  le  mouvement  de  la  terre  sur  son  axe 
pendant  cinq  mois,  et  de  cet  arrêt  durent 
résulter  deux  choses  :  d'abord,  que  l'océan, 
continuant  toujours  son  mouvement  de  ro- 
tation, vint  recouvrir  les  continents,  et  puis 
<]ue  la  force  cenlrifuse  cessant  avec  la 
rotation  de  la  masse,  elles  durent  prendre 
une  autre  disposition  d'ensemble,  en  se  re- 
parlant vers  les  pôles.  Or,  voilà  plus  qu'il 
n'en  faut  pour  noyer  largement  tout  le  genre 
humain.  Alors  ce  sera  tout?  — Non  pas  : 
ii<)tre  autour  fait  encore  disloquer  toute  la 
«  route  du  globe  et  la  met— sens  dessus  des- 
sous,—  ce  qui,  assurément,  eût  dispensé 
Dieu  de  ses  quarante  jours  de  pluie.  Or, 
pourquoi  l'auteur  fait-il  intervenir  l'invasion 
de  i'Océan  dont  la  Bible  ne  dit  pas  un  mol? 
Parce  que  sans  cela  nous  n'aurions  pas  de 
SYsiètoie.  Et  pourquoi  la  dislocation  de  la 
croûte  terrestre?  Parce  que  c'est  également 
une  nécessité  de  la  nouvelle  théorie.  Alors 
on  est  vraiment  stupéfait  de  voir  que  Moïse 
n'en  parle  pasill 

«  £}i  bien  I  ce  n'est  qu  un  oubli  de  sa  part  ; 
et  il  est  convenu  que  les  choses  se  sont  pas- 
sées comme  notre  auteur  le  suppose.  Or,  en 
admettant  ceci,  il  donne  par  le  déluge  l'ex- 
plication et  l'histoire  de  toutes  les  stratifl- 
(âttons  et  fossilisations  du  globe;  tous  les 
terrains,  à  partir  du  granit,  ne  sont  que  des 
(iépAts  des  eaux  diluviennos.  Lcsdites  eaux, 
doti/etf  au  plus  haut  decré  d9  la  propriété  la- 
pidifanle^  se  mirent  a  dissoudre  toutes  les 
matières  minérales  et  roches  siliceuses  d'é- 
|ianchemeut  (P.  215),  et  phis  tard  elles  dé- 
jKisèrent  en  bancs  horizontaux  les  diverses 
i/iatières  qu'elles  avaient  dissoutes.  Et  voilà, 
en  résume,  l'histoire  des  terrains  secondai- 
res et  tertiaires,  et  des  terrains  de  transition, 
ici  fies  bancs  de  houille,  de  sel  gemme  et  de 
^rès  et  d'argile,  avec  Tordre  et  la  puissance 

(^li)  Lapriurilé  de  cette  théorie  pour  laquelle  le 

«>  rie  iqiie  de  M.  Debreyne  est  saos  piiié,  appartient  à 

M.  ChaubanI  si  fécond  en  idées  singulières.  (V.  son 

ouvrage   Wniterê  expliqué  par  la  révélation)*  C'est 

4  lui  que  M.  Debreyne  l'a  empninlrc.  Crllc  même 


que  vous  leur  connaissez.  Ici  nos  lecteurs 
retrouvent  la  théorie  du  déluge  telle  qu'on 
la  fit  dans  l'enfance  de  la  géologie,  et  notre 
auteur  ne  paraît  pas  se  douter  qu'elle  est  de 
l'autre  monde.  Il  ne  paraît  pas  soupçonner 
les  nombreuses  et  décisives  objections  qui 
ont  été  faites  contre  cette  naïve  synthèse. 
Ces  objections,  il  peut  les  trouver  partout,^ 
et  spécialement  dans  l'ouvrage  qu'il  cite  dans 
sa  note  (P.  187),  ouvrage  où  elles  sont  fort 
bien  résumées,  et  dont  notre  auteur  parle 
comme  s'il  l'avait  lu,  tandis  qu'il  est  à  croire 
qu'il  n'en  est  rien,  à  en  juger  par  son  silence 
sur  ces  objections.  A  moins,  toutefois,  ce 
gui  nous  paraît  plus  probable,  que,  ne  sa- 
chant comment  y  répondre,  il  ait  jugé  plus 
sage  de  les  passer  sous  silence  et  de  les 
tenir  pour  non  avenues,  ^son  siège  étant 
fait. —  On  pense  bien,  que  l'espace  nous 
manquant,  nous  n'allons  pas  entreprendre 
ici  une  réfutation  qu'on  trouvera  à  cette 
adresse.  Seulement,  en  laissant  de  côté  toutes 
les  considérations  de  l'ordre  physique,  nous 
nous  contenterons  de  faire  une  remaraue, 
au  point  de  vue  de  la  Bible  elle-même.  L  au- 
teur nous  disloque  et  nous  met  entièrement 
à  l'envers  la  croûte  primitive  du  globe ,  et 
sur  les  fragments  de  cette  écorce  retournée 
il  dépose  tous  les  bancs  successifs  de  ma- 
tières minérales;  les  anciennes  forêts  for- 
ment un  amas  de  houille  profondément  en- 
terrées sous  ces  bancs.  Eh  bien  I  voilà  qu'au 
moment  ou  disparaît  la  dernière  couche 
d'eau  diluvienne,  la  colombe  de  l'arche  y 
cueille  un  rameau  vert  d'olivierl  Donc  il  y 
avait  sur  cette  terre  des  oliviers  verdoyants... 
et  par  conséquent,  sans  doute,  toute  la  vé- 
gétation ante-diluvienne;  donc  la  disloca- 
tion, le  retournement  et  les  dépôts  qui  au- 
raient profondément  enseveli  l'ancienne 
surfece  de  la  terre,  ne  sont,  d'après  ce  fait 
biblique,  qu'un  pur  rêve,  mais  de  ces  rêves 
qu'on  ne  lait  que  lorsqu'on  ferme  volontai- 
rement les  yeux. 

«  Nous  arrivons  maintenant  à  la  troisième 
phase  de  l'histoire  terrestre;  car  l'œuvre 
dont  nous  donnons  ici  l'analyse  est  une  tri-', 
logie.  Au-dessus  des  oancs  minéraux  propre^, 
ment  dits,  il  existe,  comme  tout  le  monde 
sait,  des  produits  d'une  puissance  compara- 
blement  neaucoup  plus  laible,  que  les  gens 
raisonnables  attribuent  précisément  à  notre 
déluge,  sinon  à  quelque  autre  ;.  mais  en  tout 
cas,  pour  les  désigner,  le  mot  diluviiïm  a 
passé  dans  la  science,  d'un  accord  commun 
Si  les  stratifications  minérales  sont  le  pr.o-> 
duit  du  déluge  mosaïque,  comme  notre  au- 
teur a  pour  agréable  ae  le  supposer,  il  lui 
reste  à  nous  expliquer  le  diluvium  qui  en 
est  parfaitement  distinct.  Or,. il  explique  en 
effet  ces  dépôts  superficiels  en  les  rappor- 
tant— au  déluge  de  Josuél  —  L'idée  de  ce 
déluge  n'est  pas,  il  est  vrai,  de  son  ^inven- 
tion; notre  auteur  est  patroné  sur  ce  point 

théorie  a  élë  soutenue  'par  M.  Fabbé  Maapied  dant 
son  ouvrage  Dieu,  Vhommt  et  le  monde.  Elle  rreirest 
pas  devenue  plus  raisonnable.  (  V.  Tarticle  Maumsi 
dans  ce  ffirfionnaire.) 

iL.'Y.  Jehan  ^dc  Saint-Clavien.)      * 


i^d 


DEB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIC 


bEB 


4i0 


].ar  M.  Cbaubard;  mais  Tiilée  était  trop  pré- 
cieuse pour  aue  notre  physicien  biblique  ne 
(a  prit  pas  a  son  compte.  Ainsi  fait-il,  et 
Yoici  ce  que  c'est  que  ]e  déluge  de  Josué  : 

«  Quand  ce  chef  des  Hébreux  ordonna  au 
soleil  de  s'arrêter,  ce  fui  la  terre  qui  s'arrêta, 
cessant  de  tourner  sur  son  axe,  et  cela  pen- 
dant vingt-quatre  heures;  car  notre  auteur 
ne  comprend  pas,  dit-il,  comment  le  phé- 
liomène  aurait  pu  se  produire  autrement.  II 
y  a  cependant  des  explications  différentes  et 
irès-;Simples  ;  mais  passons.  L'effet  de  cette 
station  de  la  terre  fut,  nous  dit-on,  celui-ci. 
D'abord,  comme  au  temps  de  Noé»  l'oc^i^r* 
continuant  sa  route,  se  rua  pendant  vingt- 
(lualre  heures  sur  les  continents  qu'il  sub- 
mergea. £n  second  lieu,  les  eaux  durent  se 
reporter  de  Téqualeur  vers  les  pôles,  ceux-ci 
se  relever,  d'où  nouvelle  brisure  de  Técorce, 
C'est  ainsi  que  furent  noyés  une  partie  des 
humains  et  que  disparut  ea  particulier,  avec 
tous  ses  habitants,  la  grande  Atlantide,  dont 
Platon  raconte  l'histore  comme  si  elle  s'était 
passée  sous  ses  yeux,  et  dont  les  indigènes, 
apparemment  plus  mauvais  sujets  que  les 
autres  hommes,  furent  anéantis;  car  ce  dé-, 
luge  eut  lieu  parce  que  le  genre  humain 
était  redevenu  méchant.  Donc  l'océan  se 
ru{(jit  sur  la  terre  ferme,  y  déposa  ces  cou- 
ches de  diluvium  qu'on  trouve  partout,  avec 
ÏQS  fossiles  qui  sont  propres  à  ce  dépôt. 
(P.  312,  315.) 

«  Je  pourrais  ici  contester  la  théorie  phy- 
sique de  l'hvpothèse  admise  par  l'auteur; 
mais,  pour  djréfjer,  je  me  copteuterai  de  lui 
opposer  trois  petites  observations  tirées  de  la 
Bible  elle-même.  D'abord,  c'est  que  le  nar- 
rateur sacré  ne  dit  pas  un  mot  de  toute  cette 
belle  histoire  qui  eu  valait,  certes,  bien  la 
peine.  La  seconde,  c'est  que  Dieu  avait  pro- 
mis bien  formellement  qu'il  ne  noierait  plu3 
jamais  le  genre  humain,  cjuclque  mécnant 
qu'il  pût  Ç.tre.  Il  aurait  fait  cependant  tout 
le  contraire,  dans  Thypothèse  dont  il  s'agit  : 
sans  doute,  pour  faire  plaisir  à  MM.  De- 
breyne  et  Chaubard ,  qui  avaient  besoin  de 
l'hypothèse;  motif  grave,  à  la  vérité,  mais 
non  suffisant  toutefois  pour  que  Dieu  man- 
quât h  sa  parole.  En  troisième  lieu...,  regar- 
dez donc  ua  peu  sur  la  carte,  là  où  les  deux 
nations  se  battaient.  La  mer  continuant  sa 
route  d'occident  en  orient,  ne  voyez-vous 

f)as  aue  l'effet  immédiat  de  cette  invasion 
)rutaie  eût  été  de  noyer  et  les  Gabaonites,  et 
les  Hébreux,  et  Josué  lui-même?  —  C'était 
bien  la  peine  à  lui  d'arrêter  le  soleil  I  —  A 
moins  qu'on  ne  suppose  ici  un  nouveau  mi- 
racle de  la  mer  Rouge  au  profit  des  uns  et 
des  autres;  de  quoi  l'auteur  sacré  ne  dit  pas 
un  mot,  ce  nous  semble.  En  fait  d'autres 
miracles ,  il  nous  cite  la  pluie  de  pierres 
tombées  sur  les  Gabaonites,  ce  qui  n  est  pas 
précisément  la  même  chose  qu'une  invasion 
des  eaux  de  la  mer. 

«  —  Voici  donc  sommairement  l'analyse 
de  l'histoire  du  monde  telle  que  notre  au- 
teur l'a  vue  clairement  et  manifestement 
daus  la  Bible.  Sa  géogonie  porterait  en  tête 
un  certificat  daté  du  mont  Horeb,  et  signé 


Moïse,  qu'il  ne  témoignerait  pas  pour  elle 
une  foi  plus  ardente,  un  respect  plus  pro- 
fond.  Mais  nous  n'atteindrions  pas  notre  but 
d'une  manière  complète  si  nous  nous  bor- 
nions k  cet  exposé.  Nous  allons,  par  une 
petite  revue  rétrospective,  donner  à  nos  lec- 
teurs les  échantillons  que  nous  leur  avons 
promis.  Des  idées  hétéroclites,  des  conlra- 
diclions,  une  physique  1...  sui  generis^  tout 
cela  abonde;  mais"*,  restreict  par  l'esiace 
nous  éprouvons  un  très  -  grave  eoibarras 
pour  le  choix.  Prenons  un  peu  au  hasard, 
cela  reviendra  au  même. 

«  Nous  disons — dans  notre  physique  vul- 
gaire -—  que  le  caloric^ue  est  l'antagoqisie 
de  la  cohésion,  qu*il  1  affaiblit  en  dilatant 
les  corps,  et  qu'à  un  degré  suffisant  de  ten- 
sion, il  la  détruit,  en  faisant  passer  les 
corps  à  l'état  liquide  et  à  l'état  gazeux;  — 
suivant  notre  auteur,  au  conlcaire,  le  ca-. 
lorique  est  le  principe  de  la  cohésion l 
(P.  55-85,  ei  passtm) 

ft  Nous  avons  déjà  vu  (p.  89)  que  l'accrois- 
sement de  la  densité  a  pour  effet  de  rendre 
la  cohésion  impossible  I 

«  L'auteur  nous  apprend  (p.  117)  que  la 
direction  de  Taiguille  aimantée  est  «  cens- 
t(inle,  et  qu'elle  est  dirigée  vers  les  pôles  do 
notre  globe.  »  D^ux  hérésies  monstrueuses  1 
qui   prouvent  que  notre  auteur   n'entend 
rien  au  magnétisme  et  ne  comprend  pas  la 
boussole.  11  â  bien  entendu  parler  de  ses 
déviations;   mais  il  croit  que  celies«ci  se 
réduisent  aux  écarts  accidentels    produits 
par  la  foudre  et  les  aurores  boréales  I  — 11 
nous  dit  que  lear  barres  de  fer   exposées  à 
l'air  prennent  la  vertu  magnétique,,  co.  qui 
est  vrai  dans  certains  cas,  et  ce  que  nous 
expliquons,  nous,  physiciens  du  commun, 
par  Taction  magnétique  du  globe  qui  agit 
suivant    une  composante   verticale.  Notre 
physicien  biblique  nous  apprend  que  le  phé- 
nomène est  dû  aux  rayo»s  du  soleil  1  (P.  50.) 
—  Plus   loin  (p.  52),  on  rencontre   un  ef- 
froyable pathos,  où  l'auteur  confond  dans 
un  même  sens,  les  pôles  de  la  terre,  et  les 
pôles  des  substances  magnétiques,  raals  qui, 
chez  les  physiciens  —  du  commun  —  sont 
pris  dans  des  acceptions  tout  à  fait  diCé- 
rentes. 

«  On  sait  que  les  vovageurs  aériens  ont 
peine  à  respirer  dans  les  hautes  régions, 
par  suite  de  la  raréfaction  de  l'air.  Les  phy- 
siciens du  commun  disent  que  cette  raréfac- 
tion provient  de  ce  que  les  couches  atmos- 
phériques élevées  portant  moins  de  couches 
au-dessus  d'elles,  sont  moins  comprimées, 
et  par  suite  moins  denses.  —  Notre  auteur, 
pense  (p.  119)  que...  la  raréfaction  est  pro-i 
(laite  par  la  rareté  des  particules  cosmiques! 

a  II  ne  croit  pas  non  plus  que  la  pluie  et 
les  nuages  et  les  brouillards  soient  formés 
d'eau,  ou  de  vapeur  d'eau  1 1 1  La  raison  qu'il 
en  donne  (p.  130),  cest  qu'il  v  a  des  brouil- 
lards très- froids.  D'où  il  conclut  que  ce.nest 
pas  le  calorique  qui  les  retient  à  l'état  de 
vapeur.  —Ceci  est  singulièrement  raisonné, 
et  il  devrait  nous  dire,  lui,  ce  que  c'est  que 
les  nuages.  Il  avoue  qu'il   n'en  saitri**à; 


441 


DEB 


tT  DE  PALEONTOLOCIt:. 


DKO 


142 


msi  ea  qu'îl  ne  sait  pas  non  [Jus,  et  ce  que 
tous  les  écoliers  sarent,  c'est  que  les  corps 
qu'il  api^eUe  froids  contiennent  du  calori- 
que, si  liasse  que  soit  leur  tea]j>érature. 

t  Od  lit  (p.  331)  gue  Tagenl  vital  de  Vuni- 
niters^  en  $e  constituant  en  ce  que  la  science 
appelle  calorique  latent  «  cest-à-dire  en  force 
.de  cohésion,  etc..  —  Toujours  la  chalrur- 
cohésionl  —  Mais  je  reinarv-*<^  dans  cette 
phrase  et  dans  d  auires  [passim]  que  l'auteur 
emploie  de  telle  sorte  L  mot  de  i  alorique 
latent,  qu'on  reconnaît  qu*ii  i-^no>*e  le  sens 
très-précis  qu'on  donne  à  ce  mot  en  piiysi- 
oue  ;  et  ce  sens  se  mpfiorte  à  un  principe 
fondamental  dont  l'auteur  parait  n'avoir  pas 
Ja  moindre  idée. 

«  Voici  maintenant  quelque  chose  de  plus 

curieux  que  tout  cola.  L'auteur  pense  que 

la  terre  ne  commença  ses  mouTcments  que 

U'  quatrième  jour;  c'est  fort  bien.  Mais  il 

croit  que  le  mouvement  général  du  ciel  corn- 

mesura  des  que  la  lufiiête  parut ,  c'est-à-dire 

a.i  premier  jour.  (P.  T8.î  —  A  moins  d'une 

élourJeric  prolijjieusc,' incroyable,   inaJ- 

uii^sible,  notre  auteur  croit  aux  douze  cicux, 

e:  à  la  sphère  de  cristal  d'Aristote.  Ck)mnient 

uonci  le  mouvement  général  du  ciel?  Mais , 

e>t-ce  qu'il  j  a  un  mouvement  du  ciel?  Si 

par  là  TOUS  entendez  ce  que  nous  enten- 

Ujos,  nous  autres  gens   du  commun,  ce 

laoavement  général  du  ciel  n'est  qu'une 

a^iparence  causée  par  !e  mouvement  propre 

de  la  terre;  or,  vous  venez  de  dire  que, 

pendant  trois  jours  encore,  la  terre  était 

i.niiiobîle  !  !  !  —  Donc,  ou  l'auteur  parle  sans 

rooiprendre  ce  qu'il  dit ,  ou  bien  il  croit  à 

i^D   ciel  solide  qui  tourne.  Cette  dernière 

!:ypothèse  parait  la  vraie,  quand  on  lit  les 

l'azes  160  et  161.  L'auteur  s*^  montre  sîn- 

u'uTièrement  indulgent  ix)ur  1  idée  d'un  ciel 

cai;fyrée  dont  on  apercevrait  la  lumière  â 

travers  les  brèches  et  Us  trous  du  ciel  des 

€  oiUs,  Donc  celui-ci  serait  un  ciel  solide, 

c'»mme  le  pensent  plusieurs  graves  aulori- 

t'rs,  f  armi  lesquelles  l'auteur  cite Ana- 

xa^ore  ! 

•  Le  lecteur  trouvera  sans  doute  dans  les 
cîtatîoDS  qui  précèdent,  autre  chose  que  ces 
erreurs  indifférentes  qui  sont  absolument 
compatibles  avec  un  certain  corps  de  notions 
exactes;  ce  sont  des  énormités  qui  entament 
h  science  à  fond,  qui  la  bouleversent  radi- 
calement, et  telles  que  n*en  rêvent  pas  les 
personnes  qui  possèdent  quelques  rudiments 
'i'éludes  physiques.  Qu'on  juge  parla  quelle 
errance  manipulation,  quelle  effroyable  mix- 
ture doivent  résulter  du  travail  de  Tauleur 
ar»oliqué  è  de  nombreuses  questions  cos- 
uiz  |ue5;caril  explique  tout,  notreauteur, 
av-?c  son  a^ent  éthéré  biblique  elnniverscl  ; 
il  expliqMC  tout  ce  qui  précède,  |)lus  Ces- 
p-o^r,  rattraction^  les  réactions  sidérales^  la 
K  fêMâte  des  graves,  la  lumière  phénoménale  y  les 
i^yhulruses,  les  comités,  les  volcans ,  la  pous- 
*  Irrt  cosmique,  les  aurores  boréales,  les  nébu- 
t*^  tses^  les  comètes,  les  étoiles  filantes,  les  6o- 
i'(/^s,   etc...  11  explique  les  laves,  qu'on 
pré;*fnd  fiarfois  être  incandescentes,  mais 
Çu«  ne  paraissent  telles  q^ie  parce  qxi  elles  con- 


tiennent du  soufre! —  H  explique  les  filons 
métalliques  |  ar  l'influence. . .  riu  soleil,  les 
courants  héliaques,  comme  on  disait  au  l>6n 
temps  des  astrologues  et  des  alchimistes.  (P. 
9)k  et  248.)  —  Il  dit  surtout  une  foule  do 
belles  choses,  peu  intelligibles  à  la  vérité 
sur  la  pile  vollaïque,  qu'il  propose  d'appe 
1er  désormais  un  photogène,  idée  dont  il  sa 
montre  fort  satisfait  «  mais  qui  ne  vaut  pat 
les  deux  lignes  qu'on  emploierait  à  roonlroi 
que  cette  dénomination  est  détestable.  Quoi 
qu'il  en  soit ,  il  exalte  sa  puissance  (  è  la  - 
quelle  il  ne  comprend  rien):  il  la  voit 
pro^Tessant,  sous  le  nom  de  pbotogène  , 
jusqu'à  produire  ia  décomposition  des  mon- 
tapies  et  leur  évaporation  en  fumée  (  pag. 
63)  ;  il  la  voit  surtout  dans  la  main  €  de 
Vhomme  de  péché...  n  de  l'antechrist,  qui 
fera  avec  la  pile  vo1taï(]ue  d'inimaginables 
prodiges  !  Mais  quelle  |.ile  ce  sera,  grand 
Dieul  Heureusement  q't^c  —  les  élus  ne  se 
laisseront  pas  séduire,  —  et  que  la. Provi- 
dence ayant  fait  éclore  |K)ur  eux  le  livre  ce 
notre  auteur,  quand  l'antechrist  leur  mot. - 
trera  ses  prestiges,  ils  répondront  net  au 
malin  :  Connu  !. . .  c'est  le  photogène  I 

«  Si  je  voulais  citer  la  dixième  partie  des 
non-secs,  c'est-à-dire  de  ces  phrases,  de 
ces  réunions  de  mots  que  ne  peuvent  com- 
prendre ni  le  lecteur  ni  l'auteur  lui-même, 
il  me  faudrait  doubler  l'étendue  de  cet  arti- 
cle. J*ai  noté  à  ce  point  de  vue  un  très-grand 
nombre  de  pages,  mais  je  dois  me  contenter 
d'une  citation  comme  spécimen  en  ce  genre. 
L'auteur  parle  (  p.  212)  du  déplacement  suc^ 
cessifdu  périhélie,  cest-à-dire  du  déplacement 
presque  insensible  de  fajre  de  la  terre.  —  Or, 
il  n'y  a  absolument  aucun  rapport  entre  le 
périhélie  et  Taxe  terrestre;  ce  sont  des  mots 
qui  sont  fortétonnés  de  se  trouver  ensemble, 
et  l'anteur  ne  comprend  le  sens  ni  de  l'un 
ni  de  l'autre. 

•  Pour  citer  dans  le  genre  —  galimathias, 
—  il  faudrait  transcrire  une  bonne  moitié 
de  l'ouvrage;  à  commencer  par  le  grand 
principe  universel  et  fondamental  :  cette 
force  luminique,  qui  est  l'action  du  Verbe 
divin,  se  manifestant  en  lumière  phénomé- 
nale, qui  n'est  point  matière,  mais  qui  se 
combine  avec  la  matière  pour  former  les 
pôles  de  tous  les  atomes  et  les  courants  élec- 
tri(tues.  Toutefois ,  je  m'en  voudrais  de  pri- 
ver mes  lecteurs  d'un  échantillon  spécial, 
de  celui-ci,  par  exemple  (p.  168): —  l'n 
principe  fc  mouvant  spontanément,  après  ia 
création  de  son  type ,  dans  chaque  animal , 
ne  peut  être  autre  que  celui  d'une  révolution 
comme  le  tourbillon  circulatoire.  Ainsi,  en 
retournant  sans  cesse  sur  lui-même,  il  rentri 
tout  en  lui,  et  s*  engendre  toujours,  parce  quit 
possède  son  principe  (faction  et  ne  dispersi 
pas  ses  forces.  En  se  maintenant  dans  f  équi- 
libre et  en  tout  sens,  il  se  rend  perpétuel  et 
autocrate...  et  tel  qu'un  principe  immatériel, 
il  ne  présente  qu'une  force  pure.  Hein  1  vous 
comprenez? 

«  Dans  le  ,^enre  —  conlradiclion,  — je  ci'^ 
terai  aussi  un  seul  exemple.  On  lil(p.  69' 
que  les  atomes  de  la  «matière  éléni^ctairt 


443 


DEB 


DlCTlONiNAIlŒ  DE  COSftIOGONIE 


DEL 


444 


sont  sans  pesanteur^  et  pour  le  système,  il 
faut  qu'il  en  soit  ainsi.  Mais  (pag.  80)  on 
nous  dit  que  ces  atomes  ont  des  pesanteurs 
spécifiques  différentes;  et  pour  le  système,  il 
faut  aussi  que  les  atomes  aient  de  la  pesan- 
teur! Arranger  cela  vous  parait  diiliciïe; 
pour  un  physicien  comme  notre  auteur , 
et  —  qui  ht  dans  la  Bible  !  — ce  ne  p^ul  être 
qu*un  jeu. 

«  Enfln  dans  le  genre  —  idées  cornues,  — 
je  dois  me  restireindre  aussi  à  une  citaiion  , 
mais  telle,  j'en  réponds  bien,  que  mes  lec- 
teurs consentiront  à  me  dispenser  du  reste. 
C'est  à  la  {)age  66  qu'on  trouve  cette  perle  de 
Timagination.  La  force  tuminique  produit 
partout,  c^mme  vous  le  sav^z,  deux  pôles  : 
pôle  d'attraction,  pôle  de  répulsiou;  mais 
ces  actions  adverses,  écoute?  bien  : 

«  Ces  actions  adverses  sont  la  base  des 
«sexes  (1)  qui,  parfaitement  séparés  dans  les 
«animaux,  se  réunisseiit  sur  le  mémçindi- 
«  vidu  dans  les  classes  inférieures  des  êtres 
«(Oiganisés,  eisont  enfin  inséparables  dans 
«  chaque  molécule  de  matière  {!!),  Et  s'il  est 
«permis  d'employer  cette  expression,  pour 
«faire  comprendre  la  nature  delaric  miné- 
«  raky  cha({ue  atome  est  hermaphrodite  (///).  » 
—  Donc,  je  suppose,  les  atomes  des  cail- 
loux   ont  de  la  famille.  Malheureuse- 
ment, sur  ce  point,  le  professeur  laisse  noire 
instruction  incomplète. 

«  En  voilà  assez ,  n'est-ce  pas? 

«f  Mais. Ton  me  demandera  pourquoi  j'ai 
entrepris  Fanal vse,  pourquoi  je  pul)lie  le 
compte  rendu  d  un  tel  livre  où  la  science  cl 
le  bon  sens  sont  outragés  à  chaque  pa^e  , 
d'un  livre  manifestement  au-dessous  de  toute 
critique? Et,  à  un  autre  point  de  vue,  on 
pensera  peut-être  que  la  charité  m'eût  fait 
un  devoir  de  laisser  dans  l'ombre  ces  mi- 
sères intellectuelles,  commeellenous  com- 
mande de  jeter  un  voile  sur  les  difformités 
physiques  du  prochain?  Ahl  sans  doute, 
nous  eussions  gardé  le  silence  sur  cette 
triste  rhapsodie,  si  l'auteur  était  un  de  ces 
écrivains  isolés  qui  portent  seuls  la  respon- 
sabilité de  leur  œuvre,  et  ne  compromettent 
que  lear  insignifiante  personne.  Mais  ici 
c'est  un  homme  infiniment  respectable  d'ail- 
leurs, et  à  qui  son  caractère  et  la  science 
qu'on  lui  prête  concilient  une  sorte  d'auto- 
rité; cet  homme  se  pose  en  paladin  de  la 
Bible,  en  pourfendeur  des  mécréants,  en 
vengeur  patenté  de  la  parole  divine  contre 
la  science  profane,  et  qui  embouche  la  trom- 
pette vers  les  quatre  points  cardinaux  pour 
prendre  l'univers  à  témoin  comme  quoi  la 
cause  de  Dieu  est  sauvée  par  son  fait.  Faut- 
il  donc  laisser  notre  Genèse  sous  le  stigmate 
du  ridicule  que  lui  impriment  de  pareilles 
excentricités  ?  Faut-il  que  par  considération 
pour  les  personnes,  nous  acceptions,  en  si- 
lenee,  la  responsabilité  d'une  œuvre  préten- 
due scientiuque,  que  refuserait  de  signer 
un  magister  de  village,  et  qui,  au  con- 
traire ,    semblerait  élaborée    'wr   quelque 

(^M\)  A  celle  verve,  \  criic  science  si  lucide,  tout  le  inonde   a   reconnu   Tautcor  des  Soirées  de  Ifo*!- 
Ihérg 


ennemi  perfide  pou^fairc  rire,  aux  dépens  du 
presbytère,  tousles  maîtres  d'école  dos  qua- 
tre-vingt-six départements  ?  Non  :  c'est  l 
nous  surtout  qu'il  convient  d'être  sévères 
pour  ces  déplorables  élucubrations  ;  et  il  se- 
rait temps  peut-être  que  la  presse  catholique 
mit  un  terme  à  ses  funestes  indulgences,  et 
ne  signât  qu'à  bon  escient  les  passeports 
qu'elle  délivre  à  des  pauvretés  lamentables, 
ou  par  égard  pour  la  personne  de  leurs  au- 
teurs, ou  qn  vue  des  intentions  estimables 
qui  leur  ont  mis  la  plume  à  la  main. 

«  Qu'on  nous  permette  encore  un  mot  sur 
le  sujet  qui  nous  occupe.  Si  nos  lecteurs 
nous  en  croient,  ils  n'accepteront  jamais, 
jamais  ne  chercheront  eux-mêmes  un  sys- 
tème de  géogonie  biblique  pouç  expliquer 
la  composition  de  Técorce  minérale  du  globe. 
S'il  vous  arrivait  de  tomber  sur  la  vérité, 
—  ce  qui  est  tout  au  moins  peu  probable,  — 
vous  n'en  aurez  pas  moins,  et  vous  aurez 
éternellement  des  contradicteurs  Or,  rejetez 
ces  conlraJicteurs  an  delà  des  six  jours  gé- 
nésiaquQS ,  entre  le  premier  et  le  second 
verset,  entre  la  création  générale  de  la  ma- 
tière et  la  première  phase  de  sa  dernière 
organisation  dont  Moïse  nous  fait  l'histoire; 
donnez  aux  géologues  ce  vaste  champ,  celle 
durée  indéfinie,  pour  y  manipuler  à  Taise, 
et  y  placer  toutes  leur^  métamorphoses  de 
la  terre.  Ils  feront  bien  des  systèmes  suc- 
cessifs et  antagonistes ,  bien  des  syslèn-es 
bons  ou  mauvais,,  mauvais  surtout;  mais, 
mauvais  ou  bons,  laissôz-les  faire  à  d'autres; 
et  restez,  comme  la  Genèse  elle-même  —  dé- 
sintéressés dans  la  question.  —  Ce  terrain 
est-il  celui  de  la  vérité  pure  ?  c'est  ce  que 
j'ignore;  mais,  tout  au  moins,  comme  hypo- 
thèse, il  est  inattaquable.  C'est  sur  lui  que 
se  sont  placés  Buckland  et  bien  d'autres 
auteurs  ;  et  chaque  jour  nous  prouve  que 
ceux-là  sont  les  plus  sages  (315).  »  —  ^oy. 

BUGKIAT^D,     MaUPIKD,  Cha.UBARD,  JEHAN    (dK 

Saint-Clavien). 

DÉDUCTIONS    CLIMATOLOGIQUES    ET    GÉO- 

cnAPHiQUEs  tirées  de  l'étude  des  animaux 
fossiles.  Voy,  Physiologie  paléontologiqub. 

DÉFORMATIONS  des  fossiles.  Voy.  Per- 
turbations géologiques. 

DÉGÉNÉRESCENCEdans  l'accroissement 
des  coquilles.  Voy,  Mollusques. 

DELUC,  savant  géologue  genevois.  —  Par 
ses  Lettres  sur  Vhistoire  de  la  terre  et  ses 
Éléments  de  géologie ,  Deluc  a  eu  quelque 
influence  et  en  a  môme  encore  sur  certains 
théolfïgiens.  Voici  un  résumé  do  ses  idées. 
11  ne  fait  commencer  la  chronologie  de 
Moïse  qu'à  la  création  de  rhomme.  Pour 
lui  les  six  jours  de  la  création  ne  sont  plus 
des  jours  de  vîngt-quatre  heures ,  mais  ils 
sont,  comme  pour  BulTon,  des  temps  ou 
périodes  que  l'on  peut  prolonger  et  étendre 
a  volonté.  Pour  former  le  monde,  le  Créateur 
a  employé  les  causes  secondes,  comme  il  les 
emploie  pour  le  conserver  :  c'est  la  thèse  de 
Bunon  mitigée. 


415 


œt 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


DEL 


446 


v 


Deiuc  sappose  que  toutes  les  couches  de 
nos  continents ,  sans  en  excepter  celles  de 
granit,  ont  d*abord  fait  partie  d'une  sorte  de 
ngoide  aqueux ,  masse  informe  et  confuse 
d  éléments  divers,  qui  courrait  tout  le  globe 
primitif.  Le  Créateur,  en  communiquant  à 
ce  chaos  une  certaine  quantité  de  lumière,  y 
fit  oattre  les  précipitations  chimiques  qui 
en  ont  séparé  successirement  les  ëlémeut^ 
et  les  ont  étendus  par  couches  horizonta.es. 
Les  substances  qui  serrirent  de  base  aux 
premières  couches,  en  [vissant  de  Tétat  de 
palTescules  à  l'état  massif,  formèrent  de 
vastes  earités  souterraines  où  elles  s'enfon- 
cèrent et  se  rompirent  inégalement.  Les  af- 
Ciissements  s*étendirent  à  une  grande  partie 
de  la  surface  du  globe ,  et  les  dépressions 
qai  en  résultèrent  furent  remplies  par  les 
eaux  et  devinrent  les  premiers  ba.^'Sins  des 
mers.  Cest  alors  qu'apparurent  les  premiers 
continents ,  beaucoup  plus  étendus  que  les 
nôtres.  Le  soleil  ne  les  éclairait  pas  encore, 
lorsqu'ils  se  peuplèrent  de  végétaux  plus 
grands  que  les  espèces  actuelles,  et  de  genres 
si  différents  que  l'on  voit  bien  au'ils  se  dé- 
veloppèrent sous  le  règne  de  fa  lumière, 
sans  soleil.  Leurs  débris  ont  formé  plus  tard 
rantbracite  et  la  houille.  Ces  événements 
s'accomplirent  pendant  les  trois  premiers 
ymrs  oupériodesindéterminées  de  la  Genèse. 
Les  causes  terrestres  ayant  ensuite  éprouvé 
ije  grands  changements  par  l'influence  du 
^leiU  produisirent  dans  le  liquide  plusieurs 
autres  sortesde  précipités,  et  donnèrent  lieu 
à  la  formation  des  couches  de  pierre  cal- 
caire, grisâtre ,  à  ^ain  fin ,  où  ion  trouve 
les  premiers  vestiges   d'animaux    marins. 
Dans  cette  même  période  les  volcans  se  ré- 
jiandirent  en  laves,  et  les  couches  de  pierre 
sableuse,  la  houille,  la  craie  et  le  sel  gemme 
furent  dé[K)sés. 

Le  liquide  et  Tatmospnère  subirent  en- 
core de  nouveaux  changements,  il  en  résulta 
des  couches  différentes  et  des  animaux  ma- 
rins de  diverses  espèces  dont  elles  contien- 
B«fnt  les  débris.  A  cette  éj.'oque  toute  l'épaîs- 
M.'ur  des  couches  s'affaissa  pour  la  seconde 
fois  et  donna  lieu ,  en  se  brisant ,  à  nos 
irrandes  chaînes  de  montagnes  et  à  tous  les 
^^^ordrcs  que  l'observation  y  découvre. 
Laccomplissement  de  cette  suite  de  phéno- 
r  'en es  correspond  aux  périodes  des  qua- 
triènae  et  cinquième  jour,  de  la  Genèse. 

Dans  la  sixième  période  les  précipités  ne 

contenaient   presque    plus  de    substances 

j  ropres  à  former  des  déi;ôts  solides.  Ce  sont 

l'-s  couches  meubles  de  la  surface  de  nos 

(^^nlineuts  <pii  offrent  au5si  des  traces  de 

^'ranJes  catastrophes.  Elles  contiennent  des 

^^•^fiouilles  d'animaux  terrestres,  et  sont  si- 

^ués  dans  des  climats  où  ces  animaux  ne 

/«"iurraîent  plus  vivre  parce  que  la  tempé- 

^  -3lure   s'est  refroidie.   La  mer  recouvrait 

^"^ncore  nos  contrées  dans  le  temjis  où  vécu- 

t'Xit  ces  grands  quadrupèdes,  puisque  leurs 

-^Javres  occupent  des  couches  qui  renfer- 

f leol  aussi  des  restes  d'animaux  marins  ;  il 

'*'st   donc  |ias  permis  de  supposer,  avec 

'«iiTon,  que  les  animaux  terrestres  repré- 


sentés par  ces  fossiles  auraient  émigré  d'un 
autre  climat  dans  le  nôtre.  11  arriva  donc 
aux  animaux  terrestres  ce  qui  était  arrivé 
aux  végétaux  des  houillères  :  ceux  qui  ha- 
bitaient des  tJesdonile  sol  n'avait  pas  encore 
atteint  une  base  solide  furent  enveloppés 
dans  les  catastrophes  de  leurs  demeures; 
quelques-uns  voulurent  se  sauver  à  la  nage 
et  périrent  dans  les  flots ,  les  courants  les 
voiturèreut  jusque  dans  nos  contrées  qui 
étaient  alors  occupées  par  la  mer.  Telle  est 
l'origine  des  cadavres  qne  nous  retrouvons 
dans  nos  couches. 

L'homme,  créé  le  dernier,  vivait  en  fa- 
milles peu  éiiarses  ;  il  a  péri  avec  son  habi- 
tation, quand  par  un  grand  et  dernier  affais- 
sement, les  continents  primitifs  s'écroulèrent 
au  sein  des  cavités  souterraines.  La  mer  se 
pr(i:'ipita  sur  ces  terres  et  engloutit  dans  ses 
|:rofondeurs  les  générations  qui  les  habi- 
taient. Cette  catastrophe  est  le  déluge  uni- 
versel, décrit  par  Moïse.  Alors  parurent  tout 
k  coup  nos  continents  actuels  formés  sous 
la  mer,  et  mis  k  jour  par  le  déplacement  des 
eaux.  Dans  les  couches  meubles  de  ces  nou- 
veaux continents  étaient  ensevelis  pêle-mêle 
les  restes  des  quadrupèdes  qui  avaient  b£- 
bité  les  lies  écroulées  avant  le  déluge,  et  les 
débris  des  cétacés  qui  avaient  peuplé  les 
mers.  La  conservation  de  tous  ces  restes  que 
l'on  retrouve  encore  presque  entiers  dans 
les  pays  froids ,  et  le  peu  d'épaisseur  de  la 
couche  de  terre  végétale  qui  recouvre  nos 
continents,  concourent  à  prouver  que  leur 
éniersion  ne  date  point  de  siècles  très-éloi- 
gnésde  nous. 

Le  déluge  opéra  dans  le  sol  et  l'almOs- 

1)hère  des  changements  qui  ont  pu  abréger 
a  vie  humaine,  entraîner  l'extinction  de 
quelques  espèces  d'animaux;  mais  depuis 
ces  grands  et  derniers  événements  tout  est 
demeuré  dans  le  repos;  nulle  couche  ne 
s'e>l  formée,  la  température  n'a  pas  varié 
sensiblement  et  les  es|)èces  végétales  et 
animales  ont  cessé  d'être  exposées  aux  ré- 
volutions qui  désolèrent  le  monde  dans 
les  premières  périodes  de  son  histoire 

Telle  est  en  substance  îa  théorie  un  peu 
confuse  du  géologue  genevois,  dont  1  in- 
fluence a  longtemps  iiropagé  les  préjugés 
dans  le  vulgaire.  Au  lieu  de  maintenir  la 
science  dans  la  voie  de  l'observation  où 
Buffun  et  Pallas  l'avaient  placée,  il  la  rejette, 
à  la  suite  de  Woodward  et  des  autres  géo- 
logues anglais,  dans  celles  des  hypothèses, 
où  Cuvier  la  continuera,  en  habillant  un  peu 
les  suppositions  de  Deluc,  de  Woodward  et 
des  autres.  «  Deluc  ne  cherchait  roint, 
comme  Buffon  et  surtout  comme  Pallas,  à 
expliquer  ce  qui  est  arrivé  par  ce  qui  arrive  ; 
car,  selon  lui,  il  n'arrive  plus  rieii:  mais  il 
l'attribue,  comme  à  sa  suite  le  fera  Cuvier, 
à  des  causes  extraordinaires  qui  n'existent 

Îilus'dans  le  présent,  et  dont  l'existence  dans 
e  passé  est  une  supposition  qu'aucun  lait 
n'autorise. 

«  Quoique  Buffon  eût  si  bien  démontré 
que  les  coquilles  ne  sont  pas  des  médaillée 
du  déluge  comme  on  les  appelait,  bcaucuup 


U7 


DEL 


DICTlOiNNAIRË  OR  COSMOGOlM::: 


DEL. 


Is  naturalistes,  après  lui,  soutinrent  eocore 
cette  thèse.  L'uiio  des  moindres  difficultés 
quelle  présentât,  était  d'expliquer  comment 
la  mar  avait  pu  fournir,  à  la  môme  époque, 
autant  de  coquilles  qu'il  s'en  trouve  dans 
tous  les  terrains.  Un  auteur  croit  l'avoir 
résolue  par  Tétranse  supposition  que  les 
germas  des  animaux  et  des  vé^'élaux  répan- 
dus sur  la  terre  et  dans  l'air,  avaient  été 
dispersés  par  les  courants  diluviens  sur  tous 
[es  î>oints  de  la  surface  du  globe,  cl  enfoncés 
jusqu'à  deux  ou  (rois  mille  pieds  de  profon- 
deur dans  les  entrailles  de  la  te;Te,  où  ils 
avaient  ensuite  pris  naissance,  s'étaient 
développés,  et  avaient,  en  mourant,  laissé 
leurs  dépouilles.  On  croyait  la  religion  in- 
téressée àvCe  débat.  Ou  ne  voyait  pas  com- 
ment des  animaux  et  des  plantes  terrestres 
qui  n'auraient  vécu  .p'après  le  déluge,  pou- 
vaient se  trouver  enfouis  dans  les  couches 
de  nos  continents,  et  en  accordant  que  ces 
animaux  et  ces  piaules  eussent  vév*.u  et 
eussent  été  ensevelis  avant  le  déluge,  on 
craignait  que  cette  opinion  n'entraînât  pour 
le  monde  une  trop  haute  antiquité»  et  n'é- 
branlât les  croyances  chrétiennes,  en  dé- 
mentant la  chronologie  de  Moïse.  De  là  une 
foule  d'explications,  telles  que  la  précéden- 
te, toutes  plus  singulières  les  unes  que  les 
flulres  et  qui  n'expliquaient  que  l'absence 
'iu  sens  commun  et  l'ignorance  de  leurs  au- 
teurs. Les  choses  en  étaient  là  quand  parut  la 
théorie  de  Deluc;  elle  sembla  propre  à  tout 
concilier.  Au  moyen  d'une  interprétation 
nouvelle  des  jours  de  la  Genèse^  elle  mettait 
des  siècl'es  à  la  disposition  dc$  causes  se- 
condes poij^r  l'accomplissement  des  phé- 
noinènes  géologiques.  Elle  expliquait  la 
création  et  le  deJuge;  elle  annonçait  même 
qu'il  existe  une  sorte  de  correspondance 
entre  Tordre  chronologique  des  différentes 
créations  et  celui  que  les  fossiles  affectent 
dans  les  couches  de  la  terre.  Ces  caractères, 
revêtus  de  si  excellentes  intentions,  ont  fait 
sa  fortune.  11  reste  à  savoir  si,  comme 
œuvre  scientifique  et  religieuse,  elle  méri- 
tait l'accueil  que  lui  fit  le  mond^ 

«  Nous  ne  dirons  rien  de  Ja  difficulté 
qu'on  éprouve  à  concevoir  cette  croûte  min- 
ce et  légère  du  globe,  suspeudue  sur  les  fra- 
giles cloisons  de  ces  immenses  cavernes 
souterraines  dans  lesquelles  le  monde  anté- 
diluvien se  serait  eUo'louti,  et  dont  l'idée, 
empruntée  à  Woodward,  semble  n'avoir  été 
introduite  dans  la  théorie  que  pour  expli- 
quer le  déluge,  et  le  mélange  de  fossiles 
d  origine  et  (Tépoque  diverses  dans  les  cou- 
ches du  sol.  Nous  ne  parlerons  point  de  ces 
précipitations  chimiques  qui  auraient  pro- 
duit les  roches  granitiques  comme  les  roches 
sédimenteuses,  et  qui  différaient  si  essen- 
tiellement de  ce  qui  se  fait  actuellement  dans 
les  eaux,  puisque,  d'après  notre  auteur,  il 
ne  s'y  fait  plus  rien,  et  que  tout  est  demeuré 
dans  le  repos  depuis  que  ces  précipitations 
ont  cessé.  Au  lieu  de  discuter  la  valeur  in- 
trinsèque de  ces  causes  hyj)othétiques,  dont 
le  géologue  de  Genève  a  rail  la  base  de  sa 
théorie,  on  peut  ni«T  les  effets  qu'il  leur 


448 


attribue,   en  opposant  les  f^its  contraires 
fournis  par  l'observation  positive. 

«  Deluc  prétend  que  les  variations  du  li- 
quide dans  lequel  les  matières  minérales  se 
sont  précipitées  ont  produit  des  pierres  dif- 
férentes  ;  et  la  vérité  est  que  chaque  époque 
de  l'écorce  terrestre  renferme  toutes  les 
espèces  de  pierres  :  à  toutes  les  époqueis  ou 
trouve  des  grès,^des  sables,  dos  calcaires, 
des  argiles,  et  des  matières  charbonneuses. 

tf  11  prétend  que  les  substances  minérales, 
des  coches  ont  été  précipitées,  tandis  que 
les  animaux  et  les  plantes  ont  été  ensevelis 
sous  les  ruines  de  la  croûte  terrestre,  comme 
un  homme  sous  les  décombres  de  sa  maison; 
et  les  faits  prouvent  que  tous  les  fossiles  oui 
été  apportes  un  à  un  nar  les  mêmes  causes 
qui  ont  apporté  grain  a  çrain  tous  les  autres 
matériaux  des  couches;  ils  prouventde  plus 
que  ces  couches  prises  dans  leur  ensemble 
sont  le  produit  du  mouvement  alternatif,  sur 
des  points,  et  simultané  sur  les  autres,  des 
eaux  de  la  mer  et  de  celles  des  courants  con- 
tinentaux et  dQS  l^s... 

«  En  outre,  il  n'existe  point,  comme  l'a 
prétendu  Deluc,  de  concordance  entre  l'or- 
dre de  la  création  des  êtres,  et  celui  de  leur 
apparition  dans  les  couches  du  sol.  A  cet 
égard  ses  observations  sont  complètement 
erronées.  Les  végétaux  qui,  selon  lui,  de- 
vraient paraître  les  premiers,  ne  se  sont 
montrés  jusqu'ici  qu'un  peu  après  les  co- 
quilles ,  les  .poissons  et  d'autres  animaux 
marins.  Les  animaux  terrestres  qui  ne 
devraient  se  rencontrer  que  dans  la  sixième 
période  de  Deluc ,  c'est-à-dire  au  sein  de 
nos  couches  meubles  et  supcrflcielles,  exis- 
taient longtemps  au[)aravant,  puisqu'on  en 
trouve  dans  les  terrains  jurassiques  et  dans 
les  tertiaires  inférieurs  et  moyens. 

tf  Nous  insistons  sur  ces  faits,  ils  sont  im- 
portants et  tendent  à  conGrruer  le  sens  litté- 
ral du  texte  sacré.  Sur  tous  les  points  oh  les 
géologues  ont  porté  leurs   recherches,  les 
couches  sédimenteuses  les  plus  profondes 
ont  présenté  des  animaux  marins   seuls  ou 
associés  à  des  plantes;  mais  les  Y>lanlesne 
se  montrent  point  seules  avant  les  animaux; 
c'est  Jà  un  fait  général  ou  du   inoins  sans 
exception  jusqu'à  ce  moment.  Or,  si  les  deux 
jours  écoulés  entre  la  création  du  règne  vé- 
gétal et  celle  des  premiers  animaux,  eussent 
été,  comme  Deluc  le  veut,  des  périodes  de 
plusieurs  milliers  d'années,    les    premiers 
dépôts  formés  par  les  eaux  n'offriraient  encore 
que  des  débris  de  végétaux  ;  les  mollusques, 
les  articulés,  les  poissons,  etc.,  ne  se  ver- 
raient que  dans  des  couches   t^eaucoup  plus 
élevées;  car  du  moment  que  les  lleuvesel 
les  mers  ont  existé,  les  courants  ont  com- 
mencé à  entraîner  et  à  déposer  les  matériaux 
mobiles  qui  se  trouvaient  sur  leur  passage; 
et  puisque  l'observation  des  fossiles  établit 

3ue  dès  le  commencement  ils  traversèrent 
0  vastes  forêts,  que  de  nombreux  végétaux 
se  développèrent  sur  les  bords  de  leurs 
bassins,  il  en  faut  nécessairement  conclure 
que  de  grands  dépôts  d^anthracite  et  de 
nouille  auraient  dû  s'ac<jumuler  pendant  le 


M 


DIX 


ET  DE  paleontolo:îie. 


DET 


4S0 


cours  de  ces  deux  périodes  avant  Tarrivée 
dans  les  couches  du  sol  d'aucun  animal  fos- 
sile soit  terrestre,  soit  aquatique.  Ainsi  ces 
longues  périodes  de  durée  inconnue  ne  s'ac- 
cordent pas  mieux  avec  les  faits  géologiques 
ou'a?ec  le  texte  sacré. 

«  Si  le  troisième  jour,  qui  fut  ceiui  de  )a 
rréalion  des  plantes,  avait  été  l'un  de  ces 
immenses  intervalles  de  temps  que  suupo- 
^nient  pour  Deluc  les  révolutions  du  globe, 
ri  feudrail  admettre,  avec  lui,  que  les  végé- 
taux produits  par  la  seule  lumière  et  le 
raloriîjue ,    appartenaient    à    des   espèces 
lrès-diirt*renles  des  nôtres,  puisqu'elles  se 
développèrent  sans  rintervcntion  du  soleil, 
cl  qu'elles  vécurent  longtemps  avant  l'appa- 
rilion  de  cet  astre,  et  c^îst  ce  que  Tobser- 
valion   ne  permet   pas   de    soutenir.  Les 
espèces  végétales  de  la  houille  et  de  l'an- 
thracite étaient  ordonnées  comme  les  nôtres 
par  rapport  à  la  lumière  du  soleil  ;  elles 
^e  sont  développées  sous  son  influence  ; 
les  animaux  fossiles  qui  les  accompagnent 
dans  les  plus  anciennes  couches  avaient  des 
yeux;  les  yeux  des  trilobites,  genres  de 
crustacés  propres  aux  terrains  primaires, 
sont  par  leur  organisation  tout  à  fait  analo- 
gues  à  ceux   des   crustacés    actuellement 
existants  :  les  |yeux  des  ichlhyosaures  ren- 
ferment un  appareil  tellement  semblable  à 
c^lui  qu*on  trouve  dans  les  yeux  de  plusieurs 
animaux,  qu'il  nous  est  impossible  de  douter 
que  ces  yeux  fossiles  ne  fussent  des  appareils 
opiiques  calculés  pour  recevoir  de  la  même 
manière  la  lumière  qui  transmet  encore  la  vi- 
<\i)u  dc5  objets  aux  animaux  de  notre  époaue. 
Ce*  le  conclusion  est  confirmée  par  ce  fait  géné- 
ral que  toutes  les  tôles  fossiles  de  poissons  ou 
«le  repliles,   quelle  que  soit  la   formation 
;:éoJogiifue  OÙ  elles  se  rencontrent,  offrent 
t;vs  cavités  orbitaires  pour  que  des  yeux 
.lient  pu  y  être  logés,  avec  des  trous  pour  le 
jta^sa^e  des  nerls  0])liques,  bien  qu  il  soit 
jïirf  de  retrouver  dans  ces  cavités  quelque 
ri\s!e    iie  Tœil  lui-même.    Le   soleil  et   la 
iuniîére  ont  donc  existé  à  toutes  les  époques 
f;éologic|ues. 

m  Les  plus  grands  végétaux  fossiles  ne  sont 
)<ds  plus  gigantesques  que  nos  arbres  des 
l'oréls  du  Nord  ;  nous  avons  des*  plantes 
riquatiques,  comme  le  fucus  gigantinus^  dont 
e5  tî^es  ont  ulus  de  300  pieds  de  longueur. 
l'Ist'Ce  aussi  fe  calorique  qui  a  donné  des 
irojjortions  gigantesques  aux  reptiles  des 
i-rraiiis  secondaires,  et  à  nos  grands  mam- 
liîl'ères  des  terrains  tertiaires?  Les  dilfé- 
ences  spécifiques  qui  existent  entre  nos 
•  lantes  et  celles  des  anciens  terrains  ne  sont 
i  plus  ni  moins  grandes  que  celles  qui  dis- 
loquent nus  végétaux  et  nos  animaux  d'Eu- 
ojK»  de  ceuxd'Aniérique  ou  de  la  Nouvelle- 
if  il  lande  ;  leur  cxislence  et  leur  extinction 
:e  supposent  aucune  révolution,  aucun 
i-ian^ement,  aucune  diiïérence  appréciable 
3ns  les  conditions  générales  de  la  vie  à  la 
'jrfacc  du  globe. 
m   Ainsi  cette  interprétation  nouvelle  du 


mol  jour  de  la  Ccncse^  imaginée  par  Delnc 
pour  concilier  la  Bible  avec  l'observation, 
telle  qu'elle  se  présentait  alors,  aurait  pour 
résultat  de  les  mettre  en  opposition  l'une 
avec  l'autre;  et  lî'eit  l'observation  elle-mê- 
me, l'observation  plus  sérieuse  et  plus  éten- 
due, qui  nous  ramène  au  sens  littéral  dont 
on  n'aurait  jamais  dû  s'écarler,  parce  qu'il 
est  le  seul  vrai,  le  seul  raisonnable,  le  seul 
conforme  à  l'esprit  général  de  la  Genèse^  et  • 
en  particulier  ae  l'histoire  de  la  création. 

«  Ce  n*est  [as  le  seul  reproche  que  la  cri- 
tique sacrée  ait  à  faire  à  la  théorie  de  Deluc. 
Dans  celte  théorie,  en  effet,  les  périodes 
indéterminées  ^e  terminent  par  des  révolu- 
tions qui  délruisent  les  créations  existantes; 
or,  il  n'est  pas  croyable  uue  Thistorien 
qui  raconte  les  créations  de  chaque  jour  ou 
période,  eût  gardé  un  silence  absolu  sur  les 
révolutions  qui  auraient  détruit  le  soir 
l'œuvre  du  matin.  En  un  mot,  la  théorie  de 
Deluc  est,  sur  tous  les  points,  opposée  à 
l'unité  harmonique  de  l'histoire  de  la  créa- 
tion, telle  que  nous  l'enseigne  Ja  Genèse. 
Comment  se  fait-ii  donc  qu'une  pareille 
théorie  ait  été  et  soit  encore  non -seulement 
adoptée,  mais  défendue  avec  une  sorte  de 
colère  partant  d'esprits  qui  se  proposent  de 
défendre  la  révélation  (316)  »  ? 

DÉLUGE  mosaïque,  eorplique-t-il  toutes 
les  stratifications  et  fossilisations  du  globe? 

—  Voy,  CUAUBARD  et  DEBIlKTffE.  — A^l-H  été 

une  irruption  de  VOcéan?  —  Yoy.  ibid.  — 
A-t'ii  été  universel/ — Voy.  ibid.  ^-Quelles 
sont  ses  causes?  —  Voy,  ibid.,  et  de  olus 
Klee,  Dalvas,  etc. 

DÉLUGE  DE  JOSUÊ.  —  Voy.  Debaktnb  et 
Cdaubard. 

DESCARTES,  son  opinion  sur  les  fortes  de 
ia  matière.  —  Voy.  Laplace. 

DESDOUITS,  son  opinion  sur  le  rMt  de 
la  Genèse. —  Voy.  Jehan  (de  Saint-Clavikx). 

—  Réfute  la  cosmogonie  du  R.  P.  Debreyne 

—  Voy.  Debreyne. 
DESMARESÏ.  —  Voy.  Géologie. 
DESTRUCTION  et  RÉFORMATION  scn- 

CESSIVES  DU  MONDE.  —  Voy.  GéOLOGlB. — Opt- 

nion  de  Mgr  Wiseman.  —  Voy,  Jehan  (db 
Saint-Clavien). 

DEVONIEN  (dérivé  de  Devonshire,  comté 
d'Angleterre).  —  Nom  donné  par  M.  Mur- 
chison  au  deuxième  étage  des  terrains  pa* 
léozoïques.  C'est  dans  cet  étage  que  les  rep- 
tiles paraissent  [our  la  première  fois.  On 
connaît  en  France  l'étage  dévonîen  le  mieux 
caractérisé.  Sur  le  grand  massif  de  la  Krela- 
gne,  il  occupe,  d'après  MM.  Dufrenoy  et  Elie 
Ue  Beaumont,  une  bande  parallèle  au  cours 
de  la  Loire  depuis  Cliavaignes,  en  passant 
par  Rablay,  Chalonnes,  Ingrande  (Mainc-el- 
Loire),  jusqu'à  Ancenis  et  Riaille  (Loire-In- 
férieure). Cn  autre  lambeau  se  voit,  d'après 
M.  de  vcrneuil,  dans  la  même  direction, 
d'Angers  à  ChAleaubriand.  Un  autre  occupe 
Viré  et  Brulon  (Sarlhe),  et  s'étend  probable- 
ment à  Gahard,  près  ue  Rennes,  k  Izé,  près 
de  Vitré  (Illc-et-Vilaine).  Quelques  autres 


(:>trj  M.  l'ablié  UArpicD,  Diat  r homme eî  lemonde^  t.  IIL 


451 


D£Y 


DiCTîONNAlKE  DE  COSMOGONIE 


DEV 


ils 


«d  montrent  à  la  Daronnièrc  (Mayenne),  dans 
1a  rade  de  Brest,  à  Kcrlever,  au  Faou,  à  Tlle 
Ronde,  à  la  presau'île  de  Crozon  (Finistère), 
k  Néhou  (Manche).  Dans  le  nord  de  la  France 
on  en  voit  un  lambeau  très-remarquable  par 
.ses,fossiles,  à  Ferques  (Pas-de-Calais)  ;  puis, 
à  Bellignies  (Nord),  et  à  Montrepuis  (Aisne), 
commencent  des  surfaces  uui  s*étendent  dans 
la  Belgique.  Dans  les  Pvrénées,  on  a  encore 
reconnu  positivement  l'étage  dans  les  mar- 
bres rouges  et  verts  des  parties  de  la  vallée 
supérieure  de  Campan  (Hautes -Pyrénées), 
à  uèdre,  sur  la  pente  du  Bréda,  à  Marignac, 
près  de  Saint-Béat,  à  Sirp  (Haute-Garonne); 
sur  le  versant  méridional  des  montagnes 
Noires  (Aude)  ;  à  Neffiès  (Hérault).  En  Espa- 
gne, MM.  Paillette  et  de  Verneuil  Tont  re- 
connu dans  les  Asturies,  à  Ferones;  dans  la 
Catalogne,  au  col  d'Ogasa,  et  à  Léon  Sabero. 

En  Angleterre,  l'étage  dévonien  occupe 
une  aussi  vaste  surface  que  les  étages  plus 
anciens.  11  couvre  presque  toute  rexlrémilé 
sud  du  Cornwall  et  du  Devonshire,  l'extré- 
mité nord  du  Devonshire  et  une  partie  du 
Somerset,  etc. 

En  Belgique,  une  large  bande  est-nord-est 
3'étend  deimis  Avesnes,  en  France,  en  pas- 
sant par  Chimay,  Couvin ,  par  Beaumont,  à 
Givet,  à  la  Marche,  à  Fcrnère,  à  Verviers, 
Eupen,  iusqu'à  Stolberg  et  à  Eschweiler  dans 
le  grand  duché  du  Rhin,  en  Prusse,  etc. 

Quelques  lambeaux  se  montrent  dans  le 
Wurtemberg,  à  Friederich-Hall;  dans  le 
Hartz,  au  nord-ouest  de  Magdebourg  ;  dans 
la  Bavière,  près  de  Bayreuth  ;  dans  la  Silésie* 
à  Ebersdorf,  à  Glatz. 

La  Russie,  d'après  les  beaux  travaux  de 
MM.  Murchison,  de  Verneuil  et  de  Keyser- 
lin^,  en  montre  d*abord  une  vaste  surface 
dirigée  à  l'ouest-nord-ouest  depuis  Voronez, 
en  passant  par  Orel,  par  Smoienck,  Dûna- 
burij,  Mittau,  jusqu'à  Wendau  sur  la  mer 
Baltique  ;  il  couvre  le  golfe  de  Livonie  ou 
de  Ri^a,  et  représente  une  grande  étendue, 
se  dirigeant  au  N.-N.-E.,  occupant  la  Livonie, 
Pshof,  le  sud-est  de  la  province  de  Saint- 
Pétersbourg,  l'ouest  des  gouvernements  de 
Novgorod,  et  va  en  se  rétrécissant  depuis 
Novgorod,  Tichwcn,  jusqu'au  bord  du  lac 
Onega,  etc.  L'Asie  Mineure  en  otlre  un  lam- 
beau d'après  les  recherches  de  M.  ïchiacheff, 
à  Iznika  (ancienne  Nicée),  à  Anthéorus, 
frontière  du  Kurdistan;  on  sait  encore  qu'il 
existe  dans  la  province  de  Yuennam,  à  100 
lieues  au  nord  de  canton,  en  Chine,  où  M.  de 
Koninck  crut  l'avoir  reconnu  |>ar  les  fossiles.' 

L'Amérique  est  aussi  bien  répartie  que 
l'ancien  mondepourl'étagedévonien.  D'après 
la  carte  de  M.  Lyell,  on  en  voit  deux  petits 
lambeaux  dans  le  Ma.«sachussetts  ;  une  grande 
surface  commence  au  sud  de  l'Etat  de  New- 
Yofk,  d'où  il  se  sépare  en  deux  bandes  diri- 
gées au  S.-S.rO.  L'une,  à  l'est,  jiasse  dans 
les  Etats  dePensylvanie,  de  Virginie,  jusque 
dans  le  Tennessee.  L'autre  branche,  ouest, 
suit  les  bords  occidentaux  du  lac  Erié,  passe 
par  les  provinces  de  l'Ohio  et  du  Kentucky, 
jusî^ue  dans  le  Tennessee.  Une  autre  vaste 
durlace  occupe  le  Michi^n,  sur  les  bords  du 


lac  Huron  et  du  lac  Michigan.  Une  dernière 
bande,  en  cercle,  se  voit  dans  les  Etats (1*11- 
linois,  d'Indiana,  du  Kentucky  et  du  Mis- 
souri, L'Amérique  méridionale  offre  aussi 
cet  étage  très-développé.  Il  couvre,  en  effet, 
une  surface  immense,  de  plus  de  300  Ucuos, 
sur  les  versants  orientaux  des  Andes  boli- 
viennes, depuis  la  province  de  Mûneeas,  eu 
passant  par  Cochabamha,  Potosi  et  Chuqui- 
saca,  jusques  auprès  de  Santa-Cruz  de  la 
Sierra.  11  rei)araît  ensuite  à  Test  de  la  pro- 
vince de  Chiquitas,  où  il  est  encore  trè^- 
développé.  On  sait,  de  plus,  qu'il  consliiuî 
le  sol  des  tles  Malouines  et  qu'il  se  rencon- 
tre à  la  Nouvelle-Hollande,  à  l'Ile  de  Van- 
Diémen  et  dans  l'Australie.  On  voit,  par  ce 
qui  précède,  que  l'étage  dévonien  est  un  des 
plus  répandus  à  la  surface  du  çtobe 

-Sur  les  points  où  Ton  a  parfaitement  cens 
taté  sa  superposition,  on  a  reconnu  que,  le 
plus  souvent,  l'étage  repose  sur  l'étape  silu- 
rien supérieur. 

Lorsqu'on  voit  sa  base,  il  repose  quelque- 
fois, aussi,  sur  les  roches  aroiques  ou  gra- 
nitiques, par  exemple  dans  la  Vendée,  el  sur 
presque  tous  les  points  du  grand  plateau 
central.  En  Russie,  tel  est  le  fait  pour  le 
lambeau  du  Donetz,  près  de  la  mer  d'Âzot'. 
Comparé  à  la  concordance  aui  nous  clonne  la 
preuve  que  l'étage  carboiiiiérien  a  bien  suc- 
cédé à  l'étage  dévonien  dans  l'ordre  chrono- 
logique ,  nous  avons  les  discordances  (jui 
viennent  nous  fixer  sur  les  véritables  limites 
de  l'un  et  de  lautre;  car  il  est  évident  que, 
pour  que  l'étage  carboniférîen  repose,  au 
canada^  sur  l'étage  silurien  supérieur,  il  faut 
qu'il  maîlque,  sur  ce  point,  l'étape  dévonien 

Îui  lui  est  inférieur  sur  les  points  intacts, 
our  que  l'étaçe  carboniférien  repose,  en 
Bohême,  sur  1  étage  silurien,  il  faut  qu'il 
manque  deux  étages  sur  ce  point.  Pour  aue, 
dans  la  Vendée,  sur  le  plateau  central  de 
France  et  dans  le  Donetz,  l'étage  carbonifé- 
rien repose  sur  les  terrains  azoïques  et  gra- 
nitiques, il  faut  qu'il  manque,  sur  ces  lieux, 
les  étages  dévonien  et  silurien  qu'on  trouve 
partout  les  uns  sur  les  autres  en  Angleterre, 
en  Russie,  en  Allemagne ,  en  llelsi(]ue,  «ut 
Etats-Unis  el  dans  l'Amérigue  méridionale. 
Ce  manque  de  l'étage  dévonien  sur  ces  points 
équivaut,  pour  nous,  à  la  discordance  la  plus 
tranchée;  car  il  a  fallu  un  grand  mouvement 
géolosigue  entre  les  étages  dévonien  et  car- 
boniférien, pour  qu'un  seul  des  doux  existe 
sur  ces  points,  quand  ces  étages  se  suivent 
régulièrement  ailleurs.  Il  y  a  donc  eu,  cer- 
tainement,  une    perturi  ation     {..éolo|;iqto 
sur  ces  différents  lieux  où  Tordre  est  inter- 
rompu entre  les  deux  époques,  qui  a  bien 
limité,  bien  séparé  géolo^^iquemeut  les  éta- 
ges dévonien  et  carboniférien.  C'est  cette 
séparation  des  deux  étages  sur  les  points  oà 
il  y  a  lacune  qui  nous  donne,  pour  les  points 
où  il  y  a  concordance,  les  yéri tables  limite»: 
comparatives  des  deux  étages,  les  points  où 
s'arrête  l'un  et  commence  l' autre.  En  etft  t, 
au  lieu  de  se  succéder  régulièrement  i>our 
que  l'étage  dévonien  manque  sous  Téta^'c 
carboniférien,  il  a  fallu,  nécessairement,  sur 


4S3 


•«El 


£J  DE  PALEONTOLOGIE. 


DEV 


4H 


ees  points»  sans  doule  surélevés  au-dessus 
des  mers  pendant  la  période  dévoniennc» 
qD*il  se  fit  ensuite,  au  commencement  de  la 
période  carboniféfienne  un  mouTcment 
^affaissement  ;  car,  sans  cette  circonstance, 
l'étage  cartioniférien  n'aurait  pu  se  dépo- 
ser sans  celui  qui  lui  est  inférieur  dans  1  or- 
dre chronologiaue* 

Les  couches  ae  presque  tous  les  points  où 
<e  trouve  Télage  dévonien  de  France  simi 
lortement  inclinées  ou  contournées.  Il  en  est 
de  même  sur  les  liords  du   Rhin,   en  Bel^ 
gique,   en  Angleterre  et  dans  l'Araériquo 
méridionale  ;  mais  il  parait  que  dans  beau- 
coup des  contrées  ou  se  rencontre  Tétage 
dévonien  aux  £tat5-Unts,  il  olTre  encore  des 
Irrites  considérables   tellement  peu  éloi- 
snées  de  Thorizontalité,  qu*on  serait  porté 
i  croire  qu'elles  sont  encore  telles  qj  elles 
ont  été  déposées  primitivement  dans  les 
mers  de  celte  époque.  Elles  sont  alors  on 
conciles  concordantes  surTétage  précédent. 
M.  d'Orbigny  a  reconnu,  à  l'ensemble  de 
IVtage  dévonien  dans  rAmériquc  méridio- 
nale ,  une  puissance  de  500  à  (iOO  mètres  ; 
maïs,  sur  d'autres  points,  comme  dans   TA- 
niérîque  septentrionale,  dans  TEtat  de  New- 
York,  on  lui  a  reconnu  jusqu'à  2,500  mètres; 
an  Angleterre,  M.  Marcliison  leur  trou  ve3,0dO 
mètres  d'épaisseur,  puissance  qui  témoigne 
de  la  longueur  de  cette  période  géologique. 
Caractères  paléonlologigues  négatif*  tirés 
des  genres. — Poui* distinguer  l'élage  dévonien 
des  trois  étages  inférieurs,  nous  avons  tous 
les  genres  éteints  successivement  dans  ces 
deux  premiers  âges  du  monde.  D'abord  les 
28  genres  nés  et  dis|iarus  dans  l'étage  silu« 
rien  inférieur  ;  les  10 genres  spéciaux  à  l'é- 
la.^e  silurien  su|iérieur  et  qui  n'y  ont   pas 
survécu  ;  puis  enfin  les  genres  odontopteu- 
ra^  raiimene^    cyphaspes   et  ampyr^  parmi 
les  crustacés  ;  lès   genres  lituites^    oncoce^ 
ras^  horiolus^  parmi  les  mollusques  cépba- 
lofKMles.  le  genre  orbieella,  fiarmi  les  mol- 
lus'iues  braciiiopodes;  le  genre  sulcopora^ 
ftaroii  les  mollusques  bryozoaires;  les  genres 
ru/nttocrinus    et      tenîacuiites^    parmi 'les 
erinoîdes,   qui  se  sont  éteints  également, 
durant  la  période  de  l'étape  silurien  supé- 
rieur, et  ne  sont  pas  arrivés  jusqu'à  celui-ci. 
Nous  aurions  alors,  en  réunissant  tous  ces 
genres,  le  nombre  h9  pouvant  servir  de  ca- 
ra«''tères  spéciaux,  dans  les  terrains  paléo- 
zoiques,  pour  distinguer  l'étage  dévonien 
des  deux  étages  inféneurs,  attendu  qu'ils  ne 
s'y  sont  1^  encore  trouvés. 

Pour  distiu^er  l'étagje  dévonien  des  deux 
étages  earboniférien  et  permien,  qui  lui  sont 
supérieurs,  nous  avons  encore,  comme  ca- 
ractères natifs,  tous  les  genres  suivants, 
qui  lui  sont  encore  inconnus,  et  sont,  au 
contraire,  spéciaux,  jusqu'à  présent,  à  ces 
ueux  éCa^^es  su()érieurs  ;  parmi  les  céphalo- 
podes, les  nautiloceras  et  deux  autres  gen- 
res; parmi  les  mollusques  gastéropodes, 
Varteonina  et  5  autres  genres;  parmi  les 
mollusques  lamellibranches,  Vedmondia  et 
6  autres  genres; parmi  les  mollusques  bryo- 
zoaires, les  genres  coscinium   et  5  autres 


genres  ;  rarmi  les  echinodermes,  les  cidaris 
et  les  ailbertsocrinus^  et  9  autres  (genres  ; 
parmi  les  zoophytes  7  genres ,  c'est-à-dire 
41  genres  qu'on  n'a  pas  encore  rencontrés 
dans  l'étape  dévonien.  En  résumé,  \1  genres 
servent  de  caractères  né^^atifs  pour  distin- 
guer l'étage  dévonien  des  deux  élages  infé- 
rieurs, et  41  geures  servent  à  le  distinguer 
des  deux  étages  supérieurs  :  88  genres  peu- 
vent donc  donner  des  caractères  stratigra- 
phiques  négatifs  pour  distinguer  l'étage  dé- 
vonien des  autres  étages  des  terrains  paléo- 
zoïques. 

Caractères  paUontologiques  positifs  tirés 
des  genres,  —  Nous  avons  78  genres,  qui, 
inconnus  dans  l'étage  silurien ,  pourront 
donner  autant  de  caractères  posiliJEs  pour 
le  distinguer  de  l'éta.^e  dévonien. 

Parmi  ces  genres,  nés  à  l'époque  dévo- 
nienne,  il  en  est  qui  sont  auiant  de  carac- 
tères positifs  pour  le  distinguer  des  àeux 
étages  suivants  :  ce  sont  tous  ceu  x  qu  i  apparais- 
sent et  disparaissent  dans  cet  étage,  ne  durant 
sur  la  terre  aue  pendant  une  seule  époque 
géologique,  lis  foripent  le  total  de  52  gen- 
res tK>uvant  donner  des  caractères  po^itils 
entre  les  étages  dévonien  et  earboniférien. 
Nous  avons  donc,  comme  offrant  des  caractè- 
res positifs  génériques,  78  genres  pour  dis- 
tinguer l'étage  dévonien  des  étages  paléozoï- 
ques  inférieurs,  et  52  pour  le  distinguer 
des  deux  étages  paléozoïques supérieurs;  en 
tout,  130  genres  pouvant,  dans  l'état  actuel 
de  nos  connaissances,  servir  de  caractères 
positifs.  En  résumé,  de  la  combinaison  des 
130  genres  servant  de  caractères  positifs, 
et  des  88  genres  pouvant  servir  de  carac- 
tères négatifs  pour  distinguer  l'étage  dé- 
vonien des  autres  étages  des  terrains  paKo- 
zoïques,  naissent  ce )  différences  d'ensemble 
qui  font  reconnaître  de  suite  sa  faune  spé- 
ciale dans  toutes  les  circonstances  de  dépôt 
et  sous  toutes  les  latitudes. 

Caractères  paléontologiques  tirés  des  es^ 
pices, — -N'eussions-nous  que  les  différen- 
ces déterminées  par  les  genres  pour  distin- 
guer l'étage  dévonien  des  autres  étages  des 
terrains paléozo'iques,  nous  aurions  certaine- 
ment assez  de  caractères.  Mais  il  nous  reste 
un  moyen  non  moins  certain  :  c'est  celu^ 
que  peuvent  nous  offrir  les  espèces  ar 
nombre  de  1198,  propres  à  toutes  les  con- 
ditions de  dépôt ,  et  aux  zones  diverses  de 
profondeur  des  mers,  à  l'époque  dévonienne 
.du  monde  entier. 

Parmi  ces  espèces,  celle  qu'on  rencontre 
partout  est  surtout  le  spirigerina  reticula- 
ris.  Parmi  les  es[>èces  largement  distribuées 
à  la  surface  du  globe,  il  en  est  qui  ont  une 
immense  importance,  en  ce  qu'elles  peuvent, 
indépendammcftit  de  tous  les  caractères  gé- 
néraux tirés  des  genres,  reculer  encore  Jai 
limites  d'extension  et  de  contemporanéité 
d'existence.  Nous  voulons  parler  des  es- 
pèces qui,  sans  suivre  aucune  des  lignes 
isothermes  actuelles,  se  trouvent  à  la  fois 
dans  l'ancien  monde,  depuis  l'Asie  Mineure, 
l'Espagne,  la  France,  rAllemagne,  la  Russie 
jusqu'à   ."Oural,  ou  le  cercle  polaire:   et» 


i55 


DEV 


DICTIONNAIRE  1>E  COSMOGONIE 


»EV 


il» 


dans  le  noureau  monde,  depuis  la  province 
d*Alabaina  jusau  au  Canada. 

C'est  la  oiçilieure  preuve  que  nous  puis- 
sions apporter  de  la  parfaite  contcmporanéité 
d'époque  de  ces  contrées  éloignées,  et  de 
Tunitc  des  conditions  d'existence  qui  y 
existait  alors  en  des  régions  aujourd'hui 
aussi  disparates  que  la  province  d'Alahama, 
TAsie  Mineure,  FEspa^iineavec  le  cercle  po- 
laire, sur  les  bonis  de  la  mer  Glaciale. 
Cette  filiation  spécifique  prouverait  encore 
que  les  mers  dévonienncs  n'étaient  pas 
interrompues,  depuis  l'Europe  jusqu'à  l'A- 
mérique, puisque  les  mêmes  êtres  s*y  trou 
valent  répandus  sur  des  surfaces  immenses 
bien  différentes  d'aujourd'hui. 

Chronologie  historique,  —  Avec  Texti no- 
tion de  la  faune  et  de  la  flore  de  l'élage 
silurien  supérieur,  sans  doute  par  suite 
d'une  dislocation  géologique,  disparaissent 
21  genres  des  animaux  qui  existaient  si- 
Ti2ultanément  avec  418  espèces  dépendant 
de  plusieurs  classes.  Le  calme  s'est  sans 
doute  rétabli  ;  et  alors  ont  paru,  sur  l'Iio- 
rizon  dévonien,  78  genres  en  1198  espè- 
ces, inconnus  h  l'étage  précédent,  qui,  joints 
aux  plantes,  ont  couvert  les  mers  et  la  terre 
d'une  animation  générale. 

Pendant  la  durée  de  l'étage  dévonien,  que, 
d'après  la  puissance  des  couclies,  nous  de- 
vons croire  considérable  ,  les  mers  cou- 
vraient une  partie  de  l'ancien  monde,  l'A- 
sie Mineure,  la  France,  le  nord  de  l'An- 
gleterre, l'Espagne,  la  Belgique,  l'Allema- 
gne, la  Uussie,  jusqu'au  nord  de  l'Oural, 
et  les  bords  de  la  mer  Glaciale  étaient  en 
partie  inondés  par  ces  mers.  En  Asie,  elles 
se  montraient  dans  l'Asie  Mineure  et  en 
Chine.  Dans  l'Amérique  du  Sud,  la  mer 
dévonionne  s'étendait,  sans  doute,  sur  tou- 
tes les  régions  tropicales  du  Pérou,  de  la 
Bolivia   et    du    Brésil,   et   se   prolongeait 

[)eut-être  jusqu'aux  lies  Malouines,  ce  que 
'uniformité  des  espèces  identiques  porterait 
h  croire.  Dans  l'Amérique  septentrionale 
il  nous  reste  trois  immenses  lambeaux  de 
l'ancienne  mer,  selon  toute  apparence,  alors 
non  interrompue  de  la  province  d'Alabama 
jusqu'à  TÈtat  de  New-York.  Ces  mers  s'é- 
tenaaient  encore  à  la  Nouvelle-Hollande  et 
à  l'Ile  de  Van-Diémen,  dans  l'Australie. 
Nous  avons  donc  la  preuve  que  la  mer 
dévonienne  couvrait  les  régions  tropicales, 
et  s'étendait  dans  l'hémisphère  sud  jusqu'au 
52*  degré  de  latitude,  et  dans  l'hémisphère 
nord  jusqu'au  cercle  polaire. 

Les  mers  dévoniennes  offraient  déjà,  do 
plus  que  l'étage  silurien  supérieur,  un  genre 
de  grands  reptiles,  sans  doute  marins,  à 
en  juger  par  ses  nageoires  {sauropteris)  ; 
plusieurs  genres  nouveaux  de  poissons  ga- 
noïdes  et  placoïdes  ;  les  annélides  tublco- 
les  v  paraissent  pour  la  première  fois,  avec 
quelques  genres  de  crustacés  tri  1  obi  tes.  Les 
mollusques  céphalopodes  y  sont  en  grand 
nombre,  avec  le  genre  clymenia;  plusieurs 
genres  de  gastérr>(M)des ,  de  samellibran- 
ches,  de  bryozoaires  y  naissent;  tandis  que 
les  mollusques   bracriiopodes  y  sont  à  leur 


maximum  de  développement  générique,  en 
même  temps  que  les  crinoïdes  et  quelques 
familles  de  poissons.  En  résumé,  18  genres 
inconnus  à  l'étage  inférieur  sont  ces  à 
cette  époque.   Ces  mers  nourrissaient,  de 

fdus,  quelques  plantes  marines,  telles  que 
es  suivantes:  facoîdes  graphica  (Hall);/tt« 
coides  verticalis  (Hall). 

Les  continents  ne  nourrissaient  encore 
aucun  animal  terrestre,  au  moins  n*en  con- 
naît-on pas  encore  dans  les  couches  géo- 
logiques ;  mais  ils  étaient  certainement  cou- 
verts  de  nombreux  végétaux.  Les  dépôu 
de  houille  si  riches  qu  on  rencontre  inter- 
calés dans  les  couches  marines,  dans  le 
grand  bassin  de  Sabero,  en  Espagne,  en 
sont  la  meilleure  preuve.  Seulement,  comme 
on  avait  cru,  pendant  longtemps,  que  tous 
les  dépôls  houillers  dépendaient  de  l'élage 
carboniférien,  ces  plantes  ont  été  confondues 
avec  celles  de  ce  dernier  éta^e;  etilresifl 
à  faire,  pour  les  retrouver,  une  ^ande  se- 

f)aration.  En  attendant,  nous  indiquons  iri 
es  quelques  espèces  pour  lesquelles  ii  n'y 
a  pas  de  doute  :  stgillaria  chemmgtifwi^ 
(Hall.);  sphenopteris  laxus,  (Hall). 

Quand  on  voit  la  même  faune  couvrir l 
la  fois  la  zone  torride  et  les  deux  hémis- 
phères, presque  jusqu'aux  pôles,  ou  pas- 
ser par-dfessus  toutes  nos  zones  isothermes 
actuelle?,  chaudes,  tempérées  et  froides,  oa 
doit  on  conclure  qu'à  celte  époque,  pour 
qu'il  en  fût  ainsi,  il  a  fallu  qu'd  eiistât 
partout  la  môme  température,  ou  tout  au 
moins  une  température  peu  différente.  Ce 
fait,  qui  est  la  déduction  riçoureuse  de  la 
répartition  géographique  ancienne  des  èlres 
de  l'époque  dévonienne,  prouve,  nous  ie 
croyons,  que  la  chaleur  centrale  propre  à 
la  terre  neutralisait  l'effet  des  ligues  iso- 
thermes que  nous  connaissons  aujourd'hui. 

Les  oscillations  du  sol  pendant  celle  pé- 
riode paraissent  avoir  existé.  Nous  pen- 
sons, du  moins,  qu'on  ne  peut  expliquer  que 
de  cette  manière  les  alternances  de  dépôls 
houillers  et  des  dépôts  sous-marins  obser- 
vés en  Espagne.  Du  reste,  nous  en  retrouT^ 
rons  des  preuves  à  tous  les  âges  du  monde, 
jusqu'aux  oscillations  que  nous  voyons  de 
nos  jours  dans  le  nord  de  l'Europe;  « 
qui  prouve  encore  que  les  causes  physi- 
ques ont  été  les  mêmes  à  toutes  les  épo- 
ques géologiques. 

Eniln  nous  avons  de  très-nombreus?s 
traces  du  mouvement  géologique  qui  a  in- 
terrompu la  durée  de  l'étage  dévonien,  dans 
les  discordances  supérieures  de  cet  éla^e 
avec  l'étage  carboniférien  ;  discordances  qui 
ne  pourraient  exister  sans  celte  perturba- 
tion géologique  ;  nous  les  avons  peut-élre 
encore  par  la  conservation  de  quelques-uns 
des  points  côtiers  qui  annoncent  un  mou- 
vement d'affaissement.  Suivant  M.  Elie  de 
Beaumont,  c'est  à  la  fin  de  celte  épo<]uc 
qu'aurait  eu  lieu  le  relief  du  sysièmedeib^' 
tons  (Vosges)  et  des  collines  du  Bocage  (Cal- 
vados), dont  la  direction  est  deTO.  15'N. 
à  TE.  15'  S.  On  voit  encore  la  concor- 
dance la  plus  marquée  entre  ces  moufe- 


m 


ET  DE  PALEfKïTOLOGK. 


DIO 


A» 


menls  géologiques  et  les  limites  des  feiines 
respectives  qoj  en  seraient  la  conséquence 
Tîsible. 
BIAMAlfT.  Vatf.  Vlmroduction 
DIDBLPHE8.  Voy.  HAMMiPiass. 
DINOTHERIUM  Ihahs,  terrible,  et  Ovpcov, 
djiûMii).  —  Mammifère  fossile  de  la  famille 
des  dugongs  et  des  lamantins.  L*or^;anisation 
do  plus  çrand  nombre  des  mammifères  fos-> 
siies,  même  les  plus  anciens,  diflère  en  si 
peu  de  points  importants  de  celle  de  leurs 
représentants  actuels  dans  les  divers  ordres, 
ou  on  peut  se  dispenser  d'entrer  dans  des 
détails  d*oiL  ressortiraient  certainement  des 
preuves  d*une  intelligence  créatrice,  mais 
des  pfeuTes  dont  il  est  bien  peu  qni  ne  res- 
sortent  également  de  l'anatomie  des  espèces 
vivantes. 

Le  dinothérium,  le  plus  ^and  des  mam- 
mifères terrestres  qu'il  y  ait  jamais  eu,  ap- 
partient k  la  période  miocène  de  la  série  ter- 
tiaire«  C'est  à  Eppekheim ,  dans  la  province 
de  Hesse-Darmstadt,  que  Ton  a  rencontré  les 
restes  de  cet  animal  en  plus  grande  abon- 
dance. Ils  ont  été  décrits  par  le  professeur 
Kaup.  Cuvier  en  cite  aussi  quelques  exem- 
ples, comme  ayant  été  trouvés  sur  certains 
Kinls  de  la  France ,  de  la  Bavière  et  de 
lUtriehe. 

Les  molaires  du  dinotbérium  ressemblent 
assez  à  celles  des  tapirs  pour  que  Cuvier  ait 
cru  primitivement  devoir  les  rapporter  à  une 
espèce  gigantesque  de  ce  dernier  ^enre.  De- 
puiSy  le  professeur  Kauf)  a  établi  pour  cet 
animal  le  genre  dinotbériom ,  intermédiaire 
entre  les  tapirs  et  les  mastodontes,  et  qui 
remplit  une  lacune  importante  dans  le  grand 
ordre  des  pachydermes.  Là  plus  grande  es- 
pèce» le  diiMikerium  giganteum ,  a  dû  attein- 
dre«  d*après  M.  Cuvier  et  M.  Kaup,  la.taille 
extraordinaire  de  dix-huit  piedsen  longueur. 
L*os  le  plus  remarquable  qu'on  en  ait  encore 
trauTé  est  une  omoplate  qui  par  sa  forme 
rappelle  plus  celle  de  la  taupe  que  d'aucun 
autre  aniifial ,  et  semble  indiquer  ainsi  une 
conformation  particulière  du  membre  anté- 
rieur destiné  a  creuser  la  terre,  indication 
oue  rient  confirmer  la  structure  particulière 
de  la  mâchoire  inférieure. 

Ce  dernier  os  offre,  dans  la  disposition  des 
défenses  chez  les  deux  espèces  connues,  des 
particularités  que  Ton  n'a  encore  rencontrées 
ju$qH*ici  dans  aucune  autre  espèce  vivante  ou 
fossile. 

Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  le  dinothé- 
rîais«  par  ses  molaires,  se  rapproche  des  ta- 
pirs plus  que  d'aucun  autre  genre  ;  mais  un 
taraclère  qni  l'en  éloigne,  ainsi  que  de  tout 
'uire  quadrupède  connu,  c'est  l'existence  de 
deax  énormes  défenses  jîortées  à  l'extrémité 
antérieure  du  maxillaire  inférieur,  et  re- 
coarbées  en  bas  comme  celles  qui  existent 
^  la  mâéboire  supérieure  du  morse. 

Bornons-nous,  pour  le  moment,  à  citer 
^te  partieularité  dans  la  position  des  dé- 
'^boses,  et  Toyons  ce  que  nous  en  pourrons 
Conclure  relativement  aux  habitudes  des  ani- 
5^iaoT  auxquels  elles  appartiennent.  D'abord 
lois  de  la  mécanique  nous  prouvent  que 


des  maxillaires  longs  de  près  de  quatre 
pieds,  et  chargés  à  leur  extrémité  de  défenses 
aussi  lourdes,  n'eussent  été  pour  un  quadru- 
pède habitant  la  terre  ferme  qu'un  incom- 
mode fardeau.  II  n'en  eût  pas  été  de  même 
d'un  grand  mammifère  destiné  k  vivre  dans 
les  eaux  ;  et  les  habitudes  aquatiques  de  la 
famille  des  tapirs,  si  voisins  du  dinotbérium, 
lyoutent  un  nouveau  poids  à  l'opinion  que 
ce  dernier  habitait  comme  eux  l'eau  des 

Sands  lacs  et  des  rivières.  Dans  cette  hvpo- 
èse,  le  poids  de  défenses  semblables  étant 
soutenu  par  les  eaux,  n'aurait  eu  rien  de 
gênant  pour  l'animal  qui  les  portait,  et  si 
nous  les  supposons  employées  à  fouiller  et 
à  déraciner  les  végétaux  du  fpnd  de  ces  amas 
d'eau,  c'eussent  été  des  instruments  réunis- 
sant à  la  fois  le  pouvoir  mécanique  de  la  pio- 
che à  celui  de  la  herse  à  cheval  dont  se  sert 
l'agriculture  moderne.  L'énorme  tète  qui.les 
surmontait ,  en  pesant  de  tout  son  poids  sur 
les  défenses,  eût  encore  sjouté  à  leur  action, 
dans  cette  hypothèse,  de  la  même  manière 

Îue  l'action  de  la  herse  s'accroît  par  les  poids 
ont  on  la  charge. 

Les  défenses  du  dinotbérium  ont  encore 
pu  lui  être  d'un  grand  avantage  {K)ur  fixer 
sa  tète  au  rivage  en  tenant  ses  narines  hors 
de  Teau,  de  façon  à  pouvoir  respirer  en  sû- 
reté pendant  le  sommeil,  en  même  temps 
3ue  le  corps  flottait  avec  aisance  au-dessous 
e  la  surface  liquide.  L'animal  pouvait  repo- 
ser ainsi  amarré  au  rivage  du  lac  ou  de  la 
rivière  qu'il  avait  pour  habitation  sans  le 
moindre  déploiement  de  force  musculaire, 
le  poids  de  la  tète  et  du  corps  tendant  à  fixei 
et  a  enfoncer  les  défenses  de  la  même  ma- 
nière que  le  poids  du  corps  d'un  oiseau  en- 
dormi a  pour  action  d'étreindre  davantage  les 
serres  autour  de  la  branche  sur  laquelle  il 
est  perché  ;  peut-être  aussi  les  employait-il  à 
se  traîner  hors  des  eaux,  comme  le  morse  en 
a  l'habitude  ;  enfin  ce  devaient  être  de  formi- 
dables instruments  de  défense. 

I^  structure  de  l'omoplate  dont  il  a  déjà 
été  question,  semble  prouver  que  les  pieds 
antérieurs  étaient  organisés  de  façon  à  con- 
courir avec  les  défenses  et  les  dents  i)Our  ar- 
racher les  grands  végétaux  du  fond  des  eaux. 
La  longueur  énorme  que  l'on  assigne  au 
corps  eût  été  sans  inconvénient  pour  un 
animal  vivant  dans  l'eau  ;  elle  eût  au  contraire 
grandement  embarrassé  un  quadrupède  ba- 
uitant  la  terre  ferme. 

Ainsi  tous  ces  caractères  d'un  quadrupède 
gigantesque  herbivore  et  habitant  des  eaux 
constituent  un  ensemble  de  dispositions  en 
harmonie  avec  l'état  du  globe  couvert  de 
lacs,  durant  cette  portion  de  la  période  ter- 
tiaire à  laquelle  paraît  avoir  été  limitée 
l'existence  oe  ces  créatures  en  apparence  si 
anormales. 

DIODON(Linn.  genre  de  poisson,  de  la 
famille  des  Gymnodontes).  —  Les  caractères 
sont  :  corps  orbiculaire,  allongé  ou  sphéri- 
que,  suivant  les  espèces,  et  recouvert  de 
piquants;  mâchoires  portant,  au  lieu  de 
dents,  une  plaque  divisée,  d'avant  en  ar- 
rière, par  une  rainure  très-marquée  et  sil- 


DicnoNif.  DE  Cosmogonie  et  ns  Pal£o?itologib. 


15 


ino 


FTCn 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ECH 


m 


.onnée  Iransveisaleruenl,  qui  sert  d  appareil 
;nasticateur.  On  trouve  au  Monte-Bolca  le 
D.  TenuispiscuSy  Agassiz. 

DIORITE.  —  Rodfe  qui  a  reçu  aussi  de  M. 
A1.  Brongniart  le  nom  de  Diabase.  Elle  est 
composée  d'amphibole  et  de  feldspath,  et 
contient  en  outre,  disséminés,  du  mica,  du 
quartz,  de  l'épidote,  du  grenat,  du  titane,  du 
.^  nufre,  du  fer,  etc.  La  diorite  était  estimée 
(les  anciens  et  fut  employée  dans  les  monu- 
ments de  l'Egypte.  Elle  reçoit  plusieurs 
noms  suivant  sa  texture.  La  diorite  grani- 
totde  ou  grenue  est  commune  dans  les  Vos- 
ges et  dans  les  environs  de  Nantes;  on  ap- 
pelle diorite  schistotde  celle  qui  se  déhte 
facilement;  la  diorite  porphyroide  est  celle 
dans  laquelle  sont  disséminés  des  cristaux 
de  feldspath.  La  diorite  orbiculairey  ou 
granité  orbicuiaire  de  Corse,  est  composée  de 
cercles  d'amphibole  qui  alternent  avec  des 
cercles  de  quartz,  et  Ton  fabrique  avec  elle 
des  vases  et  autres  objets  d'un  grand  prix. 
Cette  roche  constitue  des  montagnes  en- 
tières dont  les  couches  sont  quelquefois 
très-redressées,  et  on  la  rencontre  souvent 
intercalée  entre  des  granits^  ce  qui  semble 
indiquer  une  origine  commune 

PIPLODUS  (Agass,).  — Genre  de  poisson 
fossile,  ée  la  famille  des  hybodontes,  qui 
est  ainsi  caractérisé  :  Couronnes  distinctes, 
jusqu'au  nombre  de  cinq,  implantées  dans 
une  seule  racine  et  offrant  chacune  une  ca- 
vité pulpaire  unique;  tubes  calcifères  ondu- 
l<:s  et  disposés  parallèlement;  dentine  quel- 
quefois disposée  en  couches  concentriques  ; 
point  de  couche  d*émail.  Ce  genre  se  trouve 
dans  les  terrains  houillers. 

DIPLOPTERUS  (i4ya«<.).  — Genre  de  pois- 
sous  fossiles,  de  la  famille  des  sauroïdes.  Il 
ost,  caractérisé  comme  suit  :  Corps  allongé 
et  svelte;  écailles  rhomboidales,  simples, 
engrenées  par  leurs  bords  obliques;  tête 
grande,  large,  plate  et  museau  arrondi; 
.mâchoires  vigoureuses,  garnies  d'une  rangée 
de  dents  coniques,  serrées  et  d'égale  gran- 
deur; nageoires  pectorales  grandes,  arron- 
dies et  placées  sur  les  côtés  de  la  gorge  ;  les 


ventrales  petites  et  placées  au  milieu  du 
ventre  ;  deux  dorsales  et  deux  anales  oppo* 
séeslles  unes  aux  autres  et  fort  espacées; 
la  caudale  hétérocerque,  ayant  au  bord  sapé 
rieur  de  véritables  rayons  au  lieu  defulcres. 
Ce  genre  se  trouve  dans  le  terrain  houiUer 
et  le  vieux  grès  rouge. 

DIPROTODON.  —  Genre  de  mammifères 
fossiles,  de  l'ordre  des  marsupiaux,  constw 
tué  nar  M.  Owen,  sur  une  seule  dent  re- 
cueillie dans  la  vallée  de  Wellington  à  la 
Nouvelle-Hollande,  dent  qui  a  quelque  nf* 
port  avec  celle  des  dugongs.  L'espèce  décrite, 
a  laquelle  on  suppose  la  taille  d'un  cheral, 
a  éte.nommée  D.  Australie, 

DIRECTION  ET  INCUNAISON  DES  COU- 
CHES.—Lorsqu'on  a  besoin  de  connaître 
l'une  ou  l'autre,  on  fait  usage  d'une  bous- 
sole qui  doit  être  placée  dans  une  botte 
carrée,  afin  d'appliquer  un  de  ses  côtés  pa- 
rallèlement à  la  ligne  de  0*  à  180*,  sur  une 
ligne  horizontale  tracée  sur  le  plan  de  la 
couche.  L'angle  qu^iudioue  raiguiUeestladi- 
rection  de  cette  couche.  Quant  à  l'ii^^chnaison, 
ellese  mesurée  Taide  d'un  perpendiculaireoxi 
fige  métallique  libre  qui  est  adaptée  au  pivot. 
On  place  alors  la  face  delaboussole,  àlaquelle 
correspond  le  zéro,  sur  le  plan,  dans  une  di- 
rection perpendiculaire  à  la  précédente,  et 
l'on  suit  1  angle  indiqué  par  la  pointe  du 
perpendicule,  angle  qui  se  trouve  égal  à 
celui  que  forme  la  couche  avec  le  plan  hori- 
zontal. Les  couches  redressées  offrent  com* 
munément  une  direction  constante  dans  les 
contrées  d'une  certaine  étendue;  mais  Vin- 
clinaison  ne  donne  pas  un  résultat  analogue, 
et  presque  toujours  elle  va  en  diminuant,  à 
mesure  qu'on  s'écarte  de  Taxe  central  iXwrn 
chaîne.  Les  travaux  de  M.  Elie  de  Beaumont 
sur  U  soulèvement  des  montagnes  ont  atta- 
ché une  nouvelle  importance  à  l'observation 
de  la  direction  des  couches. 

DISPOSITION  DES  COUCHES  CARBONIFÈRES,' 

Utilité  et  avantages    qui  en  résulteni    ponr 
Vhommc,  —  Voy.  Cocghes  carbomp^res. 
DUN£S.  Yo^,  Couches  sédimbntaires. 


E 


EAU,  son  râle;  mécanisme  des  sources,  — 
Voy,  Sources. 

ÈCHINIDES.  —  Ordre  d'échinodermes 
rayonnes.  Corps  rond,  ovale  ou  déprimé, 
dépourvu  de  bras,  muni  d'une  bouche  et 
d'un  anus  distincts,  de  pédicules  respira* 
toires  rétractiles.  Charpente  testacée  exté- 
rieure composée  de  plaques  solides  conti- 
guës,  dont  le  nombre  est  limité,  formant  dix 
zones  disposées  par  paires,  dont  les  unes 
sont  perfoi'ées  et  donnent  passage  aux  pé- 
dicules, elles  autres,  entières,  sont  couver- 
tes de  mamelons  sur  lesquels  s'attachent 
dos  épines  également  testacées.  La  bouche 
ebi  placée  au  centre  inférieur  d'irradiation 


des  dix  zones;  Tànus  s'ouvre  soit  en  arrière, 
soit  à  Topposite  de  la  bouche.  Tous  les  échx- 
nideSf  sans  exception,  se  tienneut  la  bouche 
en  bas,  et  rampent  ainsi  sur  le  sol.  Exem- 
ple :  les  oursins. 

Les  importants  travaux  de  MM.  Agassiz  et 
Desor  ont  fait  bien  connaitro  cette  division 
du  règne  animaL  Si ,  en  effet,  la  multipli- 
cité des  genres ,  chez  des  êtres  si.  simples  en 
jg^pçarence,  effraye  au  premier  abord,  lors- 
qu  on  les  étudie  avec  soin,  on  reconnaît 
qu'ils  sont  tous,  suivant  les  principes  adoj>- 
tés  par  ces  auteurs,  parfaitecnement  circon^ 
criis,  quoique  établis  sur  des  caractères  d'i* 
néçsaJe  valeur. 


inl 


ECH 


ET  UE  PALEONTOLOGIE. 


ECH 


AC% 


Nous  arons  dit  que  dans  la  station  nor- 
male, les  écli inides  se  tenaient  la  boache  en 
bas.  Noos  allons  maintenant  donner  quel- 
ques e\plieations  relatives  aux  différentes 
j^arties  consid<^rées  d'après  cette  station.  On 
désigne  comme  partie  inférieure  le  côté  où 
la  bouche  est  ordinairement  centrale  ;  comme 
supérieure j  le  côté  opposé;  comme  postée 
rieure^  la  région  où  se  trouve  ïanus^  et 
^omme  antérieure  ^  la  partie  opposée.  On  ap- 
pe<e  ambulacre  Yespèce  d*^oile   plus  ou 
iûoina  régulière  que  forment  les  dix  séries 
de  poreê  qui  divergent  du  sommet  ou  centre 
supérieur  vers  les  t)ords,  Qu'elle  soit  ou 
non  limitée.  Lorsque  Tambulacre  forme  de 
simplesjignes,  il  est  simple;  lorsqu'il  s'élar^ 
git»  se  circonscrii  de  manière  à  représenter 
les  pétales  d'une  fleur,  il  est  pétalolde.  Au 
sommet  supérieur  sont  de  petites  pièces  di'* 
verses  symétriquement  disposées.  Les  unes, 
plus  grandes,  ont  été  désignées  comme  des 
plaques  génitales;  les  autres,  plus  extérieur 
Tes  9  comme  des  plaques  ocellaires.  On  voit, 
chez  quelques  genres,,  une  pièce  impaire 
qu'on  nomme  plaque  suranale.  Les  ouvertu- 
res de  celte  région  sont  les  pore^  génitaux  et 
les  trous  ocellaires.  Quelques  genres  ont  des 
Itandelettes  d'apparence  lisse,  qu'on  dési* 
gne  sous  le  nom  de  fascioles ,  lorsque  ces 
bandelettes  entourent   les  pétales  ambula* 
craires  ;  elles  sont  péripétales ,  et  sous-ana- 
ies,  lorsqu  elles  sont  au-dessous  de  l'ouver- 
ture anale. 

La  surface  des  échinides  est,  à  l'état  vi- 
vant, couverte  de  parties  allongées  testa- 
eées  auxquelles  on  a  donné  le  nom  de  pt- 
fuanijy  de  pointeiÊ.  Ces  piquants  sont  mo^ 
biles  et  attachés  k  la  surface  extérieure  do 
l'oursin ,  sur  une  saillie  mamelonnée  appe- 
lée tubercule.  Lorsque    ce  tubercule   est 
pourvu,  au  milieu,  d'une  ouverture,  on  le 
•iit  perforé;  lorsque  cette  ouverture  man- 
que ,  on  dit  qu'il  est  imperforé.  Un  bourrelet 
entoure  ordinairement  les   tubercules;  il 
est  lisse  ou  crénelée 

An  premier  aperçu  on  voit  dans  le  tableau 
de  la  répartition  des  échinides  dans  les  cou- 
ches terrestres ,  qu'inconnus  dans  les  trois 
premiers  étages  paléozoïques,  leurs  genres 
montrent  ensuite  une  progression  crois- 
sante ,  il  est  vrai  plus  apparente  que  réelle  ; 
ear  c'est  plutôt  un  remplacement  successif 
et  régulier  de  formes,  depuis  leur  première 
apparition  jusqu'à  l'époque  actuelle. 

Comparaison  des  familles  entre  elles.  — 
Nous  allons  comparer  les  familles  entre 
elles,  afln  de  nous  assurer  si  l'ensemble  a 
suivi  la  même  marche  dans  Tordre  d'appa- 
rition. 

lAis  cidaritidœ  ont  commencé  à  se  mon- 
trer aTCc  l'étage  carboniférien.  Il  y  a  eu  3 
genres  dans  les  terrains  paléozoïques;  2 
<ians  les  terrains  triasiques  ;  3  dans  les  ter- 
rains jurassiques;  2  dans  les  terrains  créta- 
ri'<  ;  1  dans  les  terrains  tertiaires  ;  et  2  seu- 
/ernent  sont  vivants  actuellement.  Dès  lors 
1r*s  cidaritidœ  ne  seraient  pas  restées  sfa- 
tiounaires  dopuis  leur  première  apparition 


sur  le  globe ,  mais  seraient  en  voie  décrois' 
saute  depuis  les  terrains  paléozoïques. 

Les  échinides  ont  leur  premier  genre  dans 
l'étage  sinémurien,  l'ensemble  en  étant  ainsi 
réparti  :  6  genres  dans  V)S  terrains  jurassi- 
ques ;  9  dans  les  terrains  crétacés;  8  dans  les 
terrains  tertiaires,  et  18  dans  les  mers  ac- 
tuelles. Les  échinides  ont  donc  marché,  et 
sont  encore  dans  une  voie  croissante  de 
multiplication  de  formes  zoologiques. 

Les  salenidœ  ont  leur  premier  genre  dans 
l'étage  bajocien.  On  en  voit  un  genre  dans 
les  terrains  jurassiques;  &.  dans  les  terrains 
crétacés  ;  aucun  dans  les  terrains  tertiaires, 
ni  à  répoque  actuelle.  C'est  dofic  une  fa- 
mille éteinte  depuis  l'époque  crétacée,  et 
dès  lors  doublement  en  voie  décroissante 
de  multiplicité  de  formes  génériques. 

Les  ananchytidœ  ont  leur  premier  genre 
à  l'étape  b^ocien;  uii  genre  dans  les  ter- 
rains jurassiques;  k  dans  les  terrains  créta- 
cés; aucun  dans  les  terrains  tertiaires,  ni  à 
l'époque  actuelle.  C'est  donc  encore  une 
famille  perdue  depuis  les  terrains  crétacés. 

Les  galeritidœ  oiit  leur  premier  genre  à 
l'étage  bajocien  ;  3  genres  dans  les  terrains 
jurassiques;  7  genres  dans  les  terrains  cré- 
tacés; aucun  dans  les  terrains  tertiaires,  et 
1  seul  à  l'époque  actuelle.  Les  galeritidœ 
auraient  donc  eu  leur  maximum  de  dévelop- 
pement générique  avec  les  teri'ains  crétacés, 
et  seraient  depuis  dans  une  voie  décroissante 
très-marquée. 

Les  nucleolitidœ  ont  leui^s  premiers  gen- 
res avec  l'étage  bajocieti  :  3  genres  dans  le'; 
terrains  jurassiques  ;  8  dans  les  terrains 
crétacés;  5 dans  les  tcrr&ins  tertiaires;  3  r 
l'époque  actuelle.  Les  nucleolitidœ  auraient 
donc  encore  leur  maximum  de  dévetoppe- 
ment  zoologique  avec  les  terrains  crétacés  ^ 
et  seraient,  depuis  cette  époque ,  dans  une 
voie  décroissante  de  multiplicité  de  formes 
génériques. 

Les  spatangidœ  ont  leurs  premiers  genres 
à  l'étage  néocomien  :  3  genres  dans  les 
terrains  crétacés,  10  dans  les  terrains  ter* 
tiaires,  et  9  à  l'époque  actuelle.  Leur  maxi- 
mum serait  aux  terrains  tertiaires  ;  et  l'on 
pourrait  croire  que  la  voie  décroissante 
commence  pour  eux  dès  cette  épogue. 

Les  clypeastridœ  ont  leur  premier  genre 
avec  l'étage  sénonien  :  2  genres  dans  les 
terrains  crétacés,  8  dans  les  terrains  tertiai* 
res,  et  10  dans  les  mers  actuelles.  Cetta 
famille,  sous  le  rapport  de  son  développe- 
ment de  formes  zoologiques,  serait  dans  une 
voie  stationnaire  ou  peu  croissante. 

En  résumé,  deux  familles:  les  salenidœ  et 
les  ananchytidœ  ont  commencé  ensemble 
avec  l'étage  bsyocien,  et  ont  cessé  de  se 
montrer  avec  les  terrains  crétacés.  Elles  sont 
perdues  pour  l'époque  actuelle. 

Quatre  familles  :  les  cidaritidœ,  les  gale^ 
ritidœ,  les  nucleolitidœ  et  les  spatangidœ^ 
dont  la  première  a  commencé  avec  1  étase 
carboniférien,  2  avec  l'étage  bajocien,  et  la 
dernière  avec  l'étage  néocomien ,  sont  en 
voie  décroissante  de  développement  de  for* 
mes  zoologiques. 


«63 


ECH 


DTICIONNÂIRE  DE  COSMG0ON1E 


ECH 


M 


Deux  familles  :  les  echinides  et  les  clypea- 
êtridœf  sont  seules  en  voie  crotesanle  de 
développement  zoologiq^ue,  tandis  que  six 
femilles  sur  huit  seraient,  au  contraire,  ou 
perdues,  ou  en  voie'décroissante.  Pris  sui- 
vant les  familles,  leséchinodermes,  en  gêné* 
râl,  seraient  dans  la  voie  décroissante  de 
développement  zoologique  la  plus  marquée 
et  la  plus  positive. 

Considérés  quant  à  leur  degré  de  perfec- 
tion progressif  par  rapport  à  leur  ancienneté 
dans  les  couches  terrestres,  les  échinoder- 
mes  echinides  nous  montrent  des  résultats 
curieux.  Si,  en  effet,  avec  tous  les  zoolo- 

!;istes,  nous  prenons  pour  les  moins  parfaits 
es  genres  (|ui  offrent  leurs  parties  rayon- 
nées  les  plus  régulières,  nous  verrons  que 
les  cidaritidœ  et ^es  echinides  les  p*^  régu- 
liers sous  ce  rapport  sont  aussi  les  plus  an- 
ciens sur  leglohe,  ce  qui  serait  parfaitement 
en  rapport  avec  le  perfectionnement  progres- 
sif. Efn  prenant,  au  contraire,  pour  les  plus 
{parfaits  ceux  qui  se  rapprochent  le  plus  des 
brmes  paires,  nous  verrons  que  les  anan-- 
ehytidœ ,  les  nucleolitidœ  et  les  galeritidœ  se 
sont  montrés  7  étages  plus  tard  que  les 
cidaritidœ:  aue  les  spatangidœ  ont  paru 
ik  étages  après  ;  et  nous  aurions  encore  ici 
un  argument  en  faveur  de  Thypothèse  du 
perfectionnement.  Néanmoins,  comme  faits 
contraires  à  cette  bj^pothèse,  nous  voyons, 
d*un  c6lé,  les  échimaes  les  moins  parfaits 
toujotirs  en  voie  croissante,  tandis  que  les 
ànanchytidœ  les  plus  parfaits  sont  perdus 
avec  les  terrains  crétacés,  et  ne  viennent  pas 
îusqu*à  nous  ;  les  spatangidœ^  les  nucleoli" 
lidoff  les  galeritidœ f  bien  plus  parfaits  que 
les  échinidesj  sont  aussi  en  voie  décroissante. 
Tout  compensé,  les  echinides  apportent  cer- 
tainement des  faits  contraires  à  cette  hypo- 
thèse de  perfectionnement  des  êtres  en  mar* 
chaut  des  Ages  anciens  aux  plus  modernes. 
Déductions  zoologiques  générales,  —  Com- 
parés dans  leur  ensemble  numérique,  sans 
avoir  égard  aux  familles,  les  genres  d'échi- 
iiides  nous  donnent  les  résultats  suivants  : 
les  terrains  paléozoïques  offrent  3  genres  ; 
les  terrains  triasiques,  2;  les  terrains  juras- 
siques, 19;  les  terrains  crétacés,  39;  les  ter- 
rains tertiaires,  33  ;  tandis  qu'on  compte 
42  genres  à  l'époque  actuelle.  En  n'ayant 
é^ard  qu'aux  genres,  les  echinides  connus 
miraient  aujourd'hui  une  très-légère  aug- 
mentation de  nombre  sur  l'époque  des  ter- 
rains crétacés,  augmentation  quon  pourrait 
à  peine  considérer  comme  un  maximum  ; 
car  on  connaît  certainement  mieux  le^  mers 
actuelles  que  les  couches  fossilifères  du 
globe. 

Déductions  climatologiques  comparées.  — 
I.a  distribution  isotherme  des  genres,  dans 
les  Ages  géologiques,  ne  suit  en  rien  la  dis- 
tribution actuelle.  En  effet,  aujourd'hui  les 
diadema^  \escassiduluSf  los  échine lampaSf  les 
satmacis,  les  laganum,  les  temnopleurus^  les 
tripneustesy  etc.,  etc.,  sont  des  mers  Irdj  ica- 
lesderindo,  des  Antilles,  etc.,  tandis  qu'ils 
se  trouvent  fossiles  en  France,  en  Angle- 
lei-re,  en  Allemagne,  où  la  lompéralureii  est 


pas  celle  de  la  zone  torride.  Ainsi  donc,  au- 
cun doute  que  la  chaleur  centrale  ii'eû: 
neutralisé  les  zones  isothermes  de  latitude 
jusqu'aux  derniers  Ages  des  terrains  te^ 
tiaires. 

Déductions  géographiques  comparées.  ^ 
Nous  remarquons  encore  ici  les  mêmes  con- 
firmations, c  est-à-dire  qu'on  trouve  fossiles 
sur  tous  les  points  de  notre  Europe  des  gen- 
res propres  aujourd'hui  à  la  Nouvelle-Hol- 
lande, aux  Indes  et  à  l'Amérique,  tels  quo 
les  genres  nucléolites^  eupatagus^  laganum, 
diaaema ,  cassidulus^  salmacisj  (emnopleu- 
rus^  etc.,  etc.  La  distribution  géologique  n*a 
donc  aucun  rapport  avec  la  dislribulion 
géographique  actuelle. 

Déductions  géologiques  générales  d'appU- 
cation  tirées  des  genres.  —  Les  caractèrts 
stratigraphiques  négatifs  sont  d'autant  plus 
certains  pour  les  ^chinides,  qu'aucun  des 
genres  ne  traverse  tous  les  étages,  et  qu'au 
contraire  les  71  genres  connus  à  l'état  fossile 
sont  cantonnés  dans  les  étages  et  donnent, 
pour  les  terrains  et  pour  les  étages  où  ils 
ne  se  trouvent  pas,  de  très-bons  caractères 
négatifs. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifssoni 
également  très-prononcés  pour  les  echinides, 
puisque  les  71  genres  sont  limités  dans  les 
étages,  et  offrent  de  bons  caractères  strati- 
graphiques pour  les  terrains  et  les  étages 
où  ils  se  sont  montrés.  Ces  caractères  sont 
d'autant  plus  positifs  que,  sur  ces  scnres, 
k9  sont  perdus  pour  l'époque  actuelle.  La 
persistance  des  caractères  positifs  est  égale- 
ment la  même  pour  les  écninides.  Les  gen- 
res cidariSf  diadema^  hemiaster^  échifncMm- 
pas^  etc.,  etc.,  le  prouvent  parfaitement. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  espè- 
ces. —  A  très-peu  d'exceptions  près,  les  0% 
espèces  fossiles  rapportées  à  des  étages  géo- 
logiques certains,  sont  caractéristiques  de 
ces  étapes. 

ÉCHINODERHES.  —  C'est  une  classe  de 
zoophytes  rayonnes,  renfermant  des  aai- 
maux  disposés,  lorsqu'ils  sont  libres,  pour 
la  reptation ,  et  dont  le  corps  diverslforme 
est  couvert  extérieurement  d'une  enveloppa 
tégiimentaire  testacée,  souvent  armée  d'é- 
pines. Des  tentacules  terminés  par  des  ven- 
touses sortent  par  des  pores  disposés  en  U- 
gnes  ;  en  général,  un  anus  opposé  à  la  bou- 
che; d'autres  fois  fixes;  ils  i>ont  portés  alors 
par  un  pédoncule  testacé. 

Les  echinodermeSf  par  leur  enveloppe  tes- 
tacée, se  trouvent,  au  sein  des  couches  te^ 
restres,  dans  les  mêmes  conditions  de  conser- 
vation que  les  mollusques.  11  est  des  cas  rares, 
il  est  vrai,  où  les  oursins,  par  exemple»  se  sont 
montrés  avec  leurs  pointes,  leurs  piquants  en- 
core en  position  autour  de  l'enveloppe  tes- 
tacée :  dans  l'étage  corallien  de  la  pointe 
du  Ché,  près  de  La  Rociielle,  dans  l'étage 
kimméridgien  de  Chatelalllon  (Cliarentc-ln- 
Xérieure).  M.  Mantell  en  a  aussi  découvert 
dans  les  étages  crétacés  iVAnglelerrc.  On 
rencontre  quelquefois,  soit  des  astéries  ou 
étoiles  de  mor.soitdescrinoïdos|>arfàitemeQt 
complets,  c'est-à-dire  avec  toutes  les  niècaj 


m 


ET  DE  PALEONTOUMUE. 


EMF 


i(^ 


lesUeées  gui  les  composent  dans  leur  posi- 
tion relatire,  et  telles  qu'elles  étaient  à  Télat 
Tirant.  Ces  derniers  se  sont  montrés  dans 
rétâgemorchisoniende  Dudley  (Angleterre), 
dans  les  autres  étages  paiéozoïciues,  dans  le 
mosehelkalk  du  Ba^-Rnin,  et  dans  les  ter- 
rains jurassiques  et  crétacés  de  France,  d*An- 
gleterre  et  d'Allemagne. 

Le  plus  sonrent,  on  rencontre  le.s  oursins 
sans  leurs  piquants,  bien  consenrés  à  Tétat 
d'empreintes  et  de  inouïes;  les  piquants  ou 
bagnettes  de  ceux-ci  séparés ,  ainsi  que  les 
parties  composantes  àes  astéries  et  des  cri* 
Doïdes. 

Cette  série  d'animaux  est  remarquable  par 
la  cassure  spathique  que  présente  toujours 
sa  partie  testacée  fossue,  lorsqu'elle  est  en- 
core à  l'état  calcaire.  Ce  caractère  est  un 
mojen  certain  de  distinguer  les  échino- 
dermes  des  autres  fossiles  qui  pourraient 
leur  ressembler  plus  ou  moins  par  la  forme* 
En  laissant  de  cAté  les  holotkurie$  qui , 
n'ayant  que  des  parties  charnues,  ne  renfer- 
ment pas  d>spèces  fossiles,  on  peut  diriser 
les  écninodermes  à  enveloppes  teslacées  en 
ouatre  ordres  parfaitement  caractérisés  :  les 
echmoidea^les^aiieroideOf  les  aphiuroidea  et 
les  erinoidea. 

ECRIVAINS   PHYSICO -THÉOLOGIENS 
Tùf.  Géologie. 

«ÉLECTRICITÉ  paÉssTriB  comiib  la  causb 
Ks  «ocTKMBiiTS  DBS  ASTHBS.  Réfutation  de 
rette  théorie.  —  Yoy.  Dbbbbt^e  ,  Maupibd  , 

ÉLÉMENTS  DES  CORPS.  Yoy.  l'/fUroduc- 
ikn. 

ÉLÉPHANTS.  Foy.  HAMMiFiaBS. 

EMBRANCHEMENT  DES  ARTICULÉS.  — 
Les  quatre  pandes  classes  maintenant  exis- 
tantes de  1  embranchement  des  articulés, 
ainsi  que  plusieurs  des  ordres  qui  consti- 
tuent ces  classes,  ont  pris  leur  place  dans 
l*uiu¥ers  pour  v  remplir  leurs  fonctions 
respectives,  dès  répoque  reculée  des  forma- 
tions de  transition.  Des  témoignages  nous  at- 
testent que  des  changements  se  sont  accom- 
plis dans  les  familles  dont  ces  ordres  se 
composent,  }i|diTerses  époques  trës-éloi^ées 
entre  elles  des  séries  secondaire  et  tertiaire  ; 
enfin^  chaque  famille  a  été  diversement  re- 
présentée durant  des  périodes  différentes 
par  des  genres,  dont  quelques-uns  ne  nous 
sont  oonnus  qu'à  Tétat  fossile,,  tandis  que 
d^anlres  genres,  surtout  des  classes  infé- 
neores,  sont  parvenus  jusqu'à  nous^  en  tra- 
versant toutes  les  périodes  géologiques. 

Ces  fiûts  nous  conduisent  à  des  conclu- 
sions d*one  haute  importance  dans  Tinvesti- 
ǻlion  de  l'histoire  physiaue  de  notre  globe, 
^i  les  classes,  les  orares,  les  lamilles  actuel- 
les d*aBimaux  articulés,  marins  et  terres- 
tres, oocopent  ainsi  des  périodes  géologi- 
ques diflérêntes  depuis  le  moment  où  la  vie 
af^Munt  à  la  surface  de  notre  globe,  il  nous 
est  permis  d'en  conclure  que  l'état  de  la 
terre  etdes  eaux,  aussi  bien  que  de  Tatmos- 
phère,  pendant  la  durée  de  toutes  ces  épo- 
ques, ne  ditférait  pas  autant  de  leur  condi-^ 
(ion  actuelle  que  Tout  supposé  plusieurs 


géologues.  Nous  en  tirons  encore  cette  con- 
séquence, que  pendant  ces  époques  diverses, 
et  au  sein  des  changements  qui  s'y  sont  ac- 
complis, les  fonctions  relatives  des  êtres 
qui  ont  représenté  successivement  le$  deux 
rèsnes  animal  et  végétal  ont  toujours  été  les 
mêmes  que  remplissent  leurs  re{)résentants 
de  l'époque  actuelle,  et  c'est  ainsi  que  nous 
relions  toute  la  série  des  formes  organiaues 
passées  et  présentes  comme  des  parties  d'un 
grand  tout,  merveilleusement  plein  d'ensem- 
ble et  d'harmonie. 

EMPREINTES  ORGANIQUES.  —  Le  corps 
organisé  qui  a  laissé,  dans  les  couches,, 
des  traces,  durables  de  son  existence,  ne  s'y 
trouve  pas  toujours  intégralement  repré- 
senté ;  souvent  une  ou  plusieurs  de  ses  par- 
ties ont  disparu,. ou  même,  dans  quelijues 
cas,  toutes  ont  été  complètement  détruites» 
et  des  caractères  organiques  du  corps  en- 
foui, il  ne  reste  plus  que  Vimage  de  ses  for- 
mes. On  dit,  dans  ce  cas,  qae  le  corps 
existe  à  l'état  à^ empreinte  organique. 

Les  empreintes  organiques  qui  nous  of- 
frent dans  la  nature  tous  les  résultats  aux- 
quels on  est  parvenu,  par  le  travail,  dans 
lart  du  modelage  des  corps,  doivent  em- 

f>runter  leurs  termes  à  la  sculpture  et  à 
'architecture.  La  nature,  en  effet,  a  dâ  pro- 
céder comme  les  modeleurs.  Lorsqu'une  co- 
quille ,  ou  tel  autre  corps  solide ,  s'est 
trouvée  entourée  de  sédiments  fins,  ceux-ci,, 
en  contact  immédiat,  en  ont  reproduit  les 
moindres  accidents.  Supposons,  pour  expli- 
quer le  fuit,  qu'après  Fendurcissement  de 
la  couche,  la  coouille  ou  le  corps  vienne  à 
disparaître  sous  J'influence  de  certaines  cau- 
ses, comme,  par  exemple,  sa  dissolution  par 
les  eaux  infiltrantes,  il  ne  restera  plus,  daus 
la  couche  au  sein  de  laquelle  gisait  le  corps , 
qu  une  image  en  creux  de  la  forme  de  ses 
contours;  c^st  ce  que  nous  appelons  em- 
freinte  organique.  Suivant  l'état  plus  ou 
moins  complet  de  cette  empreinte,  nous  la 
désignerons  sous  le  nom  de  maule^  de  mo- 
df/f,  A^empreintee  et  de  contre-^mpreinteê. 

EMPRUNTES  PHYSIOLOGIQUES.  —  On 
appelle  ainsi  des  vestiges  fossile^  laissés  par 
les  corps  vivants  sur  les  sédiments  non  con- 
solidés, et  qui  se  rapportent  moins  k  ces 
parties  solides  des  corps  qu'aux  habitudes 
vitales  et  physiologiques  de  ceux-ci.  Il  s'agit 
d'empreintes  de  pas  d'aniroau^t,  de  sillons, 
de  cannelures,  de  bourrelets,  laissés  par  les 
organes  de  mouvement  des  animaux  mar- 
cheurs et  nageurs.  M.  Hitchcock,  qui  a  beau- 
coup étudié  les  empreintes  fossiles  de  pas 
d'animaux,  les  a  désignées  sous  le  nom  gé- 
néral d*tcAfftf/«i  (IXvo^,  trace  9  vestige  %  en 
appelant  ieknologie  la  science  qui  s'occupe 
de  ces  sortes  de  fossiles.  Nous  y  réunirons 
également  les  empreintes  analogues  laissées 
par  les  animaux  nageurs,  et  nous  nomme- 
rons encore  cette  série  d'empreintes,  bien 
distincte  de  la  première,  empreintes  physio^ 
logiques:  car  nous  trouvons  inutile  de  srr- 
charger  la  science  de  noms  nouveaux  peur 
désigner  dçs  choses  qui  rentrent  dans  es 
acceptions  vulgaires.  Il  est  certain  q&t   ^ 


46: 


ENC 


DICTION!! AIHE  DE  COSMOGONIE 


ENC 


noms  d'empmntcê  physiologiques  ^  de  pas 
ianimauXf  de  pas  de  reptiles^  elc,  s'enten- 
dent mieux  que  les  mots  d'ichniies  et  d'icA- 
nologie. 

Poussant  plus  loin  son  travail,  M.  Hitch- 
cock les  a  suMirisées  en  deux  groupes  : 
1*  les  sauroidichnites  t  2*  les  omiihichnites^ 
suivant  qu'elles  se  rapportent  à  des  sauriens 
ou  à  des  oiseaux;  et  plus  récemment  le 
même  auteur  a  proposé  une  autre  division, 
dans  laquelle  il  a  tenu  moins  compte  des  ca* 
ractères  généraux  de  zoologie  que  du  nombre 
de  parties  composant  chacune  de  ces  traces; 
telles  sont  les  polypodichnitesy  ou  traces  à 
plusieurs  pieds;  les  îélrapodichnitts^  ou  tra* 
ces  à  quatre  pieds  ;  les  dipodichnitesj  on 
traces  à  deux  pieds,  et  enfin  les  apodichniies 
ou  traces  sans  pieds.  Les  traces  de  poissons 
laissées  sur  les  fonds  vaseux  par  les  organes 
de  natation  de  ces  animaux,  ont  été  dési- 
gnées par  Buckland  sous  le  nom  d'ichthyopa- 
lolites.  Nqus  croyons  qu'on  doit  tout  simple- 
ment désigner  ces  empreintes  comme  des 
empreintes  phffsiologiques  d'oiseaux,  de  sau- 
riens  et  de  poissons,  et  ne  pas  admettre  sur- 
tout les  termes  déduits  du  nombre  des  pieds. 

ENCRINITE  MONlfJFORME.  —  A  Varti- 
cle  CRi!foïDiKNs  nous  avons  présenté  les  gé- 
néralités sur  cette  famille  curieuse  de  zoo- 
phites  ;  (nais  la  méthode  la  plus  sûre  pour 
arriver  à  expliquer  l'économie  générale  des 
crinoïdes,  c^st  d'étudier  avec  quelques  dé- 
tails l'anatomie  d'une  espèce  en  particulier. 
Je  choisis,  dans  ce  but ,  l'espèce  fossile  qui 
forme  le  type  deTordre,  Tencrinite  moniii- 
forme.  Parkinson  et  Miller  en  ont  donné  des 
descriptions  complètes  et  détaillées,  et  ils 
ont  fait  voir  qu'elle  offre  une  réunion  d'a- 
çencements  mécaniques  destinés  à  mettre 
chaque  organe  en  harmonie  avec  les  fonc- 


ier 


Pï 


1517)  Orgamc  remains^  t.  Il,  p.  180. 
318)  Os  du  bassin  (pelvis).  5 

Mèces  costales  {ribs),  5 

Pièces  claviculaires  {elavides).  5 

Pièces  scapulaires  {scajmlœ).  5 

Dix  bras  ou  rayoDS  (amu),  composés]  cha- 
e»n  de  six  articles.  60 

Mains  (Aaiui<).  Chacune  se  compose  de  deux 
doigts,  en  tout  20  doigts,  dont  chacun  ren- 
ferme au  moins  40  osselets.  809 

Tentacules.  Chacun  des  6  articles  qui  en- 
trent dans  la  composition  des  10  bras  en  sup- 
porte 50,  en  tout.  1 ,800 

50  naissant  également,  terme  moyen,  de 
ehacun  des  800  os  des  doigts,  en  tout.  24,000 

2G,680 

|319)  Bien  que  les  noms  dont  nous  nous  servons 
soient  empruntés  au  squelette  des  animaux  vertébrés, 
et  ne  paissent  s'appliquer  rigoureusement  aux  échi-> 
nodennes  ravonnes,  il  est  bon  de  les  conserver,  jus- 
qu*À  ce  que  ranatomie  de  ces  animaux  ait  été  mise 
plus  en  rapport  avec  leur  organisation. 

(520)  Le  corps  est  supporté  par  une  longue  colonne 
vertébrale,  laquelle  s'attache  au  fond  par  une  base 
élargie.  Cette  colonne  se  compose  d'une  suite  de 

{>icoc8  cylindriques  épaisses,  solidement  articulées 
es  unes  avec  les  autres,  et  percées  d'un  canal  ài  leur 
rentre,  de  la  même  manière  que  le  rotial  fpiral  est 
pricédans  les  vertèbres  d'un  quadrupède.  Une  petite 


tions  qu*il  est  appelé  à  remplir,  et  surpas- 
sant jusqu'à  Finfini,  en  perfection  et  en  dé- 
licatesse ,  les  dispositions  les  plus  parfaites 
que  nous  trouvions  dans  les  mécanismes 
sortis  de  la  main  de  Thomme. 

Nous  lisons  dans  Touvrage  de  H.  Parluo- 
son  (317)  que  cet  auteur  s'est  assuré,  par 
une  observation  attentive»  qu'indépendam- 
ment des  pièces  qui  peuvent  être  contenues 
dans  la  colonne  vertébrale,  et  qui ,  en  rai- 
son de  la  longueur  probable  de  cet  organe, 
durent  être  fort  nombreuses ,  le  squelette  de 
la  partie  supérieure  de  lencrinite-lys  («nm- 
nites  monibformes)  en  renferme  au  moins 
26,000  bien  distinctes  (318). 

M.  Miller  fait  observer  que  ce  nombre 
s'accroîtrait  d*une  manière  encore  plus  su^ 
prenante  si  Ton  j  faisait  entrer  celui  des  pe* 
tites  lames  calcaires  dont  se  compose  l'enve- 
loppe qui  recouvre  la  cavité  abdominale  et 
la  surface  interne  des  doigts  et  des  tentacu- 
les (319). 

Nous  examinerons  d'abord  les  dispositions 
des  articles  qui  constituent  la  colonne  ver- 
tébrale, et  qui  sont  disposés  pour  que  la 
flexion  puisse  s'opérer  dans  tous  les  sens  ; 
puis  nous  partirons  de  là  pour  étudier  Var- 
rangement  de  toutes  les  autres  parties  du 
corps. 

Ces  pièces  sont  empilées  les  unes  aa-dos- 
sus  des  autres,  comme  les  pierres  dufie 
svelte  colonnette  gothigue.  Mais  comme 
chaque  articulation  devait  conserver  un  cer* 
tain  degré  de  flexibilité,  et  que  le  résultat 
total  de  ces  flexions  isolées  devait  varier  su: 
les  différents  points  de  la  colonne ,  être 
moindre  à  la  base  et  plus  grande  au  sommet, 
nous  voyons  varier  suivant  la  même  propor- 
tion la  forme  externe  et  interne,  ainsi  que 
les  dimensions  de  chacune  de  ces  parties(320). 

cavité  alimentaire  descend  dans  ce  canal,  depuis 
Testomac  jusqu'à  h  base  de  la  colonne.  Cette  der- 
nière offre  à  sa  base  la  forme  Lu  plus  avantageuse 
sous  le  rapport  de  la  solidité,  la  forme  cylindrique. 
D*espace  en  espace,  et  d*autant  plus  fréquemmeiU 
qu'il  s*affitdc  portions  plus  rapprochées  du  sommet, 
elle  est  interrompue  par  des  anneaux  d^un  diamètre 

{»1us  grand,  et  d'une  forme  globuleuse  déprimée.  Vers 
e  sommet  de  la  colonne,  chaque  anneau  le  plus 
grand  est  immédiatement  accompagné,  en  dessus  et 
en  dessous,  de  deux  anneaux  plus  minces  et  d'nn 
plus  petit  diamètre,  et  les  anneaux  de  cette  dernière 
série  sont  séparés  entre  eux  par  des  anneaux  d*unc 
troisième  série,  d*un  diamètre  intermédiaire.  Cas  dif- 
férences dans  la  ^ndeur  des  anneaux  qui  se  super- 
f posent  ainsi,  avaient  pour  but  d^accroilre  la  flexili- 
ité  de  cette  portion  de  la  colonne  qui,  pins  voisine 
du  sommet,  exigeait  une  flexion  plus  grande. 

La  cavité  interne  de  la  colonne  est  (constituée  i^r 
une  série  de  doubles  cônes  creux,  de  la  même  ma* 
niére  que  la  série  des  cavités  intervertébrales  de  la 
colonne  dorsale  d'un  poisson  ;  et  celte  disposition  a, 
de  même  encore  que  dans  les  poissons,  pour  but  de 
rendre  plus  facile  la  flexion  de  la  <»lonne  :  proUi- 
biement  aussi  ce  conduit  cooslLtuait  un  rêserMÙr 
destiné  à  contenir  les  fluides  nutritifs  de  ces  ani- 
maux. 

L*^s  diverses  espèces  de  pierres  cri  vis  (scrfw$tont) 
si  fréquentes  dans  le  silex  corne  (chert)  du  comté  d* 
Hi^rby,  et  généralement  dans  le  raU*airc  de  trau- 
sitiof),    sont  des  masses  qui  se  Hout  moulco.^  daa5 


m 


ESC 


ET  DE  PALEONTOI  OCÎE. 


ESC 


470 


Ces  TamtioQSy  dans  les  formes  et  dans  la 
di<po§ition  des  pièces  d*une  espèce  parlicu- 
lière  d^encrinite,  peuTcnt  être  prises  pour 
exemples  des  arrangements  analogues  que 

Î présente  la  colonne  dans  d'autres  espèces  de 
a  famille  des  crinoîdiens. 

Le  nom  d'entroque  (  enirochi  ),  on  pierres 
en  routMy  a  été  donné  avec  justesse  à  ces  ar^ 
tîcles  isolés:  Le  trou  dont  leur  centre  est  per- 
cé rend  facile  de  les  réunir  en  chapelets  ; 
aussi  s'en  serrait-on  à  une  époque  déjà  re- 
calée comme  d'un  rosaire,  et,  dans  le  nord 
de  l'Angleterre,  ils  conservent  encore  le  nom 
de  chapelet  de  saint  Cuthbert.  Sur  %m  rocher 
prêt  de  Lindisfam ,  saini  Cuthbert  est  assis^ 
et  il  trataille  ces  grains  de  mer  qui  portent 
sm  nom,  (Maexio^.)  Chacune  de  ces  enlro- 
ffi^%  offre  une  semblable  série  d'articulations 
uifférentes  entre  elles,  suivant  qu'on  les 
prpfid  k  des  hauteurs  différentes  du  corps,  et 
qui  s  adaptent  les  unes  aux  autres,  de  façon 
à  réunir  tout  ce  qu'il  fallait  k  l'animal  de  force 
et  de  flexibilité.  D'une  extrémité  à  l'autre 
(Je  la  colonne  vertébrale,  aussi  bien  que  dans 
toute  la  longueur  des  mains  et  des  doigts,  la 
surface  de  chaque  osselet  dans  son  articula- 
tion avec  la  surface  adjacente  montre  une 
ré^larité  et  une  délicatesse  d'ajustement 
parfaites.  Telle  est  la  précision^  telle  est  la 
perfection  admirable  des  arrangements  qui 
s'observent  jusque  dans  l'extrémité  des  ten- 
tacules les  plus  déliés ,  qu'il  ne  serait  pas 
plus  absurde  de  supposer  que  ce  sont  les 
métaux  eux-mêmes  qui  ont  calculé  le  nombre 
et  la  forme  des  dents  que  devait  avoir  cha- 
mne  des  roues  d'un  chronomètre,  que  ce 
sont  ces  roues  qui  ont  pris  d'elles-mêmes  la 

Place  précise  qu'elles,  devaient  avoir  dans 
ensemble  pour  Veft^  qui  résulte  de  leur 
action  combinée,  qu'il  ne  le  serait  de  croire 
me  ces  centaines  et  ces  milliers  d'osselets 
dont  se  compose  une  encrinite  ont  pris  d'eux- 
mêmes  ces  dispositions  calculées  pour  l'effet 

les  caviiés  internes  des  coloniies  d*aatres  espèces 
d'enduites,  qaî  ont  ordinairement  leurs  cônes  plus 
eotDprîmées  que  rencriaile  monilifoniie. 

(321)  An  sommet  de  la  colonne  vertébrale  sont 
placées  des  séne&  successives  d'osselets  que  leur 
fioftîijofl  et  leurs  usages  ont  fait  désigner  sous  les 
nomsjde  bassin,  de  pièces  scapulaires,  de  pièces  cos- 
ules/elqui  forment,  avec  les  plaques  pèctoraU$  ei 
€Mpîtalts^  une  sorte  de  corps  sob-globnleux  s'ooTrant 
par  ose  bouche,  à  son  cenlre,  et  contenant  à  son 
miénewt  les  viacètes  et  Testomac,  d*oii  ^rtent  les 
llaides  nourriciers  qui  remplissent  b  cavité  alimen- 
taiie  de  rinténeur  de  la  colonne,  et  se  distribuent 
dans  les  bras  et  dans  les  doigts  tentaculi-formes. 
Les  pièces  scapubires  donnent  naissance  àcinqbr^ks, 
lesquels,  à  mesure  qu*ils  s'éloignent  de  leur  inserr 
c5ott,  se  divisent  eox-mèmes  en  mains  et  en  doigts 
subdivisés  eux-mêmes  en  des  tentacules  déliés,  dont 
le  Donbie  s'éléte  jusqu'à  plusieurs  milliers  ;  les 
anainsec  les  doigts  sont  représentés  fermés,  ou  à 
pe«  pris  lennés.  Ihins  la  resunration  que  noosde- 
Tons  à  M.  Miller  de  reocrinite-poire,  ces  organes 
soBt  lepréseniés  ouverts  oomme  ils  le  sont  quand 
ranimai  est  à  la  teeliefclie  de  sa  noerrltare.  Ces 
émgts  teataenlilbrme  ainsi  qianonis  coosUtnent  un 
ilei  d'une  içraade  délicaiesse,  et  merveilleusement 
pr^tfNT  à  saisir  des  acaléphes  on  dt;  p^îts  moHus- 
q!:es  iottints  dans  la  mer,  qui  faisaient   probable- 


d'ensemble  de  leurs  mécariismes,  disposition^ 
dans  lesquelles  chaque  osselet  a  son  rôle  à 
part,  dans  une  subordination  harmonieuse 
avec  le  tout,  et  où  le  tout  produit  des  résul- 
tats que  n*eût  prodnits  peut-être  aucune  des 
séries  en  particulier  livrée  à  son  action  iso* 
lée. 

Les  diverses  parties  qui  entrent  dans  Ja 
composition  de  cette  encrinite  sont  indiquées 
dans  la  note  ci -jointe  (321). 
.  L'analyse  que  nous  donnons,  dans  la  noto 
précédente,  oes  diverses  parties  qui  consti- 
tuent le  corps  de  Tencrinite  raonihforme,fai! 
voir  que  cet  animal  peut  se  décomposer  en 
quatre  séries  de  plaques  dont  chacune  est 
formée  de  cinq  pièces  et  offre  une  analogie 
éloignée  avec  les  pièces  du  sauelette  des  ani- 
maux supérieurs  dont  on  leur  a  donné  le 
nom.  Dans  toute  la  famille  des  crinoîdiens 
On  retrouve  ce  même  système  de  pièces,  va^* 
riant  quant  au  nombre,  mais  occupant  la 
même  place  dans  Tintervalle  qui  sépare  la 
colonne  et  les  bras  de  ranimai.  Les  détails 
de  toutes  ces  variations  spéciGques  ont  élé 
admirablement  exfiosés  par  M.  Miller,  et  je 
renverrai  à  son  excellent  ouvrage  tous  ceux 
qui  seraient  désireux  de  le  suivre  dans  l'a- 
nalyse si  hautement  philosophique  qu*ii  t 
faite  de  la  structure  des  animaux  de  cette  fa- 
mille curieuse  (32i). 

Ces  détails  sur  Torganisation  des  encri* 
nites,  que  j'ai  empruntés  aux  auteurs  les 
plus  estimés,  prouvent  que  Ton  pourrait 
étendre  presque  h  l'infini  de  semblables  ob- 
servations, si  l'on  voulait  étudier  jusque 
dans  les  moindres  détails  chacune  des  nom- 
breuses espèces  de  cette  famille.  Nous  pou- 
vons apprécier  quelle  fut  leur  imporlanco 
numérique  parmi. les  premiers  habitants  du 
globe,  par  les  myriades  sans  nombre  de  leurf 
débris  pétrifiés  qui  remplissent  de  si  nom- 
breux lits  de  calcaire  des  formations  de 
transition,  et  qui  constituent  de  vastes  cou- 

ment  partie  de  b  nourriture  des  crinoîdes*  Au  centre; 
de  oes  bras  était  placée  la  boudie,  laquelle  puuTai: 
s'allonger  en  une  trompe. 

(5iiî)  On  voit  Ggurer  dans  une  planche  de  Tou- 
vrageoe  H.  Buckland  la  restauration  faîte  par  tf.  Mil- 
ler de  deux  autres  genres.  La  ^gure  I  représenta 
Vapioerimtes  roiundns^  ou  éerinile^poire,  avec  se» 
racines  ou  la  base  par  ou  elle  se  lixe,  et  les  bras 
épanouis.  La  figure  2  représente  la  même  espèce 
avec  les  bras  contractés.  On  Toit  fixés  sur  la  lasc, 
ou  racine  de  ces  deui  grands  individus,  deux  autres 
individus  jeunes,  et  les  troncs  brisés  de  deux  autres 
également  jeunes;  c'est  ainsi  que  ces  racines  se 
trouvent  fixées  à  la  face  supérieure  de  la  grande  ro- 
che calcaire  de  Bradford,  près  de  Batb.  Durant  la 
vie  de  ces  beaux  zoophvtes,  leurs  racines  étaient  ton 
fluentes  et  recouvraient  le  fond  de  la  mer,  dans 
c*.4te  localité,  d*un  pavé  mince,  au-dessus  duqTi<  I 
leurs  tiges  et  leurs  ^branches  étalées  constitnaif'itt 
une  forêt  sous-marine  d^uue  crande  beauté.  On  ren- 
contre quelquefois  la  tige  et  le  corps  réunis,  «Mn:i;te 
ils  Tétaient  pendant  la  vie  ;  les  bras  et  les  doîp;ls 
sont  au  contraire' pre>»que  toujours  séparés;  mui'; 
on  en  retrouve  les  fragments  dispersés  sur  Te^peie 
de  pavé  formé  par  les  racines  à  là  surface  de  lu  to- 
chc  oolitique  sous-jacente. 

La  couche  formée  par  ces  débris  si  beaux   a   élé 
rci'uverte  par  une  épaisse  couche  d*argilc. 


471 


ENC 


DICTSONT^^AIRE  DE  COSMOGONIE 


Eftli 


m 


ehes  de  marbre  à  enCroques,  occupant  des 
contrééi  étendues  de  l'Europe  septentrio- 
nale et  du  nord  de  l'Amérique.  La  substance 
de  ce  marbre  se  compose  souvent  presque, 
en  entier  d'osselets  pétrifiés  d'encrinites, 
comme  un  tas  de  hjé  se  compose  d'épis.  Les 
hommes  s'en  servent  pour  construire  leurs 
palais  et  pour  décorer  leurs  tombeaux  ;  mais 
combien  peu  soupçonnent,  combien  i>eu  suiv 
tout  apprécient  à  sa  juste  valeur  ce  lait  sur- 
prenant qu'uue  grande  partie  de  la  substance 
de  ce  marbre  est  formée  par  hs  squelettes 
de  millions  d'êtres  organisés  qui,  à  une  cer- 
taine époque,  ont  eu  toutes  les  jouissances 
de  la  vie  compatibles  avec  leurs  conditions 
d'existence,  et  qui,  après  avoir  rempli  l'em- 
ploi oui  leur  était  assigné  pour  un  temj^s 
dans  l'économie  générale  de  la  nature  vi- 
vante, ont  contribué  de  leurs  débris  à  grossir 
les  masses  montagneuses  de  la  surface  du 
globe  (323). 

Sur  les  espèces  de  crinoïdiens  au  nombre 
de  plus  de  trente,  qui  se  sont  si  énormément 
développées  pendant  la  période  de  transi- 
tion, presque  toutes  se  sont  éteintes  avant 
le  dépôt  du  lias,  et  il  n  7  en  a  qu'une  seule 
qui  offre  la  colonne  anguleuse.aes  pentacri- 
nites.  A  cette  seule  exception  près,,  les  cri- 
noïdiens à  colonne  pentagonale  commencent 
seulement  d'abonder  au  commencement  du 
lias,  et  elles  ont  continué  d'exister  sans  in- 
terruption, depuis  lors  jusqu'au  moment  ac- 
tuel. Leurs  diverses  espèces,  et  même  leurs 
genres,  sont  également  limités  quant  à  leur 
étendue.  Ainsi  la  grande  encrlnite-lvs  {E, 
moniliformi$)  appartient  au  muschel-kalk , 
et  l'apiocrinite  aux  étages  moyens  de  la  for* 
mation  oolitique. 

L'histoire  pnysiologique  de  la  famille  des 
encrinites  est  d'une  haute  importance.  Cette 
famille  était  représentée  par  de  nombreuses 
espèces  parmi  les  ordres  tes  plus  anciens  de 
la  création  ;  et  leur  organisation  à  ces  épo- 

3ues  reculées  se  montre  élevée  à  un  degré 
e  perfection  tout  aussi  haut,  s'il  ne  Test  da- 
vantage, que  celle  des  pentacrinites,  oui  font 
fdrtie  avec  nous  de  la  création  actuelle.  Et, 
ien  que  la  place  qu'occupent  ces  êtres  à 
titre  de  zoophytes  soit  Tune  des  dernières 
de  la  série  animale,  ils  n'en  sont  pas  moins 
organisés  dans  une  harmonie  parfaite  avec 
cette  condition  inférieure,  et  cette  perfection 
n'en  est  pas  dans  une  opposition  moins  for- 
melle avec  la  doctrine  qui  veut  que  la  vie 
chez  les  animaux  ait  progressé  depuis  ses 
rudiments  les  plus  simples  jusqu'aux  formes 
les  plus  élevées,  que  nous  lui  voyons  dans 
les  espèces  actuellement  distantes,  en  pas- 
sant par  un  développement  continu  de  tov" 

(5i5)  Oo  rencontre  aasst  des  fragments  d*encn- 
iiites  disposés  irrégulièrement  dans  tous  les  dépôts 
de  la  période  de  transition,  mêlés  à  des  débris  cTau^ 
ires  animaux  marins  oonlemporains. 

(5i4)  Histoire  deê  végétaux  fossileê,  12*  livraison. 

(5i5)  Les  calamités  sont  caractérisées  par  des  tiges 
eyliiidnqaes  grosses  et  simples,  articulées  de  dis- 
tance en  distance  ;  mais  dans  lesquelles  ia  gains 
mattfue,  <Ni  présente  des  formes  inconnues  chez  les 
ëquiftéucëcs  actuelles;  parfois  on  voit,  tout  autour  de 


mes  intermédiaires  s'avançant  de  plus  en 
plus  vers  la  perfection.  Ainsi  toutes  les  fois 
que  l'on  comparera  l'une  des  formes  les  plus 
anciennes  du  genre  pentacrinite,  la  peuta- 
crinite  briarée  du  lias,  avec  les  espèces  fos- 
siles de  formations  ulus  récentes,  ou  avec 
la  pentacrinite  tète,  de  Méduse,  qui  vit  ac- 
tuellement dans  la  mer  des  Antilles,  on  verra 
ressortir  dans  l'omnisation  de  cette  espèce 
si  ancienne  un  degré  de  perfection  tout 
aussi  grand,  et  un  fini  de  combinaisons  plus 
admirable  encore  dans  les  organes  analogues, 
que  l'on  n'en  observe  chez  aucune  des  es- 
pèces qui  ia  représentent,  soit  parmi  les 
fossiles  d'une  date  plus  récente,  soit  parmi 
les  espèces  qui  vivent  encore. 

ENDOTHÈyDES.  —  Voy.  PoLTPnsas. 

ÉPOQUES  GÉNÉSIAQDES.—Foy.  Jours- 

PÉRIODES. 

ÉQDISËTACÉES.  —  Les  équisétacées  sont 
des  plantes  dont  nous  trouvons  actuellement 
un  exemple  bien  connu  dans  les  prèles,  ou 

Sueues  de  cheval^  qui  croissent  sur  le  bord 
es  fossés  et  des  marais.  C'est  une  ftmilie 
qui  s'étend  depuis  la  Laponie  jusqu'à  la  zone 
torride.  Les  espèces  en  sont  nombreuses 
dans  la  zone  tempérée  ;  elles  décroissent  en 
nombre  et  en  hauteur  à  mesure  qtTelles 
se  rapprochent  des  régions  froides,  tandis 
qu'elles  atteignent  leur  développement  le 

Elus  complet  dans  les  régions  chaudes  et 
umides  des  tropiques,  où  leurs  espèces  ne 
sont  que  peu  nombreuses. 

M.  Ad.  Brongniart  (32h)  partage  les  équi- 
sétacées fossiles  en  deux  genres  :  l'un,  qui  a 
tous  les  caractères  des  équisétacées  actuelles, 
ne  se  rencontre  que  rarement  à  l'état  fossile; 
l'autre  est  au  contraire  fort  abondant  :  il  dif- 
fère considérablement  du  précédent,  quant  à 
ses  formes,  et  il  atteint  souvent  une  taille 
inconnue  dans  les  équisétacées  modernes; 
c'est  le  genre  calamités  (325),  genre  répandu 
partout  en  abondance  dans  la  formation 
houillère  la  plus  ancienne,  mais  qui  ne  se 
rencontre  pltis  que  rarement  dans  les  âges 
inférieurs  de  la  série  secondaire,  et  qui 
manque  totalement  dans  les  formations  ter- 
tiaires aussi  bien  qu'à  la  surface  actuelle  du 
globe. 

Le  même  accroissement  dans  les  dimen* 
sions,  qui  se  manifeste  dans  les  équisétacées 
modernes  à  mesure  qu'elles  se  rapprochent 
de  réquateur,  se  montre  donc  dans  les  es- 
pèces fossiles  à  mesure  qu'elles  se  rencon- 
trent dans  des  couches  d'une  antiquité  plus 
reculée,  sans  que  l'on  y  observe  aucune  re- 
lation avec  les  latitudes  auxquelles  appar- 
tiennent ces  formations.  M.  Ad.  Brongniart 
{Prodrome^  p.  167}  énumère  douze  espèces 

leurs  articulations,  dès  traces  de  rameaoz  ver- 
ticillés.  Les  feuilles  ne  sont  point  articulées  ;  mais.le 
principal  caractérequi  leadisiinguedes  équlsëlacéi», 
c'est  leur  hauteur  et  leur  diamètre  ;*  cette  dernière 
dimension  excède  4uek|tterois  sii  et  s^  pouces, 
tandis  que  dans  les  équiséiacées  modernes,  elle  dé- 
passe rarement  un  demi-pouce*  Le  muBéimide  Leeds 
s'est  enrichi  tout  deniièreroent  d^une  calamité  à% 
q«ialorze  pouces  de  diamètre. 


475 


ESP 


fcT  UË  PALEONTOLOGIE. 


ESP 


474 


lie  calamités  et  deux  espèces  d*équisétacéest 
dans  la  liste  qu'il  donne  des  plantes  du 
groupe  carbonifère. 
ESPÈCES  FOSSILES  »  CRÉikTiON ,  bxting- 

non  ET  REI<fOC3fBLLBIlBNTDE8  FAUNES.  —  LeS 

considérations  strati graphiques  les  plus  ri- 

Soureuses,  basées  sur  l'étude  comparative 
e  toutes  les  couches  stratifiées  du  globe  , 
amènent  à  conclure  qu'il  y  a  eu  »  depuis  le 
commencement  du  monde  animé  jusau'à 
présent ,  vingt-sept  Ages  successifs,  remer- 
maot,  chacun,  une  faune  particulière  spé- 
ciale. On  trouye»  en  effet,  partagées  entre 
ces  vingt-sept  étages  successifs,  plus  de 
18,000  espèces,  appartenant  aux  animaux  mol* 
lusquesct  rayonnes,  dont  le  tableau  suivant 
montre  les  chiffres  comparatifs  par  étages. 


AGES  GÉOLOGIQUES. 


iTAOlS. 

'77.  SubapenDln. 

!  super,  ou 
Faluiiien. 
iDler.  ou 
Tongrien. 
Ti.  Parisien. 
,2i.  Suessonien. 

33  Danien 
22.  SjDODien. 
^1.  TyroDieo 
20.  Céiionumiea. 
19.  Albien. 
la.  Aptien. 
17.  Neooomien. 

16.  Portlandieo. 
15.  KimméridgieD. 
U.  ConOlien. 
13.  Oxfordieû. 
12.  Callovien. 
U.  BathoDien 
10.  Bajodea. 

9.  Toarcien. 

8.  Liasieik 

7.  Slnémurien. 

6.  Sallférien. 
5.  ConcbjlieB. 

4.  PenBleo. 

5.  CarboiiiférieiL 

8.  DeTonien. 

I,  Silurien.  If^P^r*®*''- 


NOMDBE 
DES  espaces 

par       par 
élages.  terrains. 

606 


2,754 

428 
1,576 
678. 

66 
1,579 
Z80\ 
819 
410 1 
156' 
851 

60 
199 
655 
739 
381 
546 
603 


6,042 


4,291 


5,846 


501 
174^ 

7921 
1551 

91 

1,017 
1,198' 
418 
426 


927 


3,180 


ToUttX.  .  18,286     18,286 

SU  à  ce  nombre  de  18,286  es()èces,  nous 
ajoutons  les  animaux  vertébrés  et  anneïés , 
qui  n*j  sont  pas  compris,  on  aura  le  total 
d'environ  24,000  espèces,  dont  la  répartition 
dans  les  Ages  du  monde  nous  est  parfaite* 
ment  connue.  Les  2(^,000  espèces  sont  donc 
Si,000  laits  qui  constatent  la  succession  « 
dans  un  ordre  chronologiaue  constant ,  snr 
toutes  les  parties  du  monae,  de  faunes  dis- 
tinctes par  étages,  et  qui  se  sont  remplacées 
les  unes  les  autres ,  depuis  la  première  ani- 
malisation  du  ^obe  jusau'à  présent.  11  reste 
maintenant  à  chercher  aans  les  connaissant 
ces  actuelles  sur  l'état  ancien  et  présent  des 
conditions  d'existence,  de  la  température  et 
des  perturt>ations  géologiques,  les  causes 

S  fui  ont  pu  amener  ces  cnangements.  Les 
aits  constatés  sont  l'extinction  et  la  créa- 
lion  des  faunes.  Traitons  ces  deux  questions 
séparément. 


D$  la  création  de  la  première  faune   du 
monde  j  et  du  renouvellement  des  autres.  — 
Si  nos  recherches  nous  amènent ,  par  des 
faits,  à  expliquer  l'extinction  des  faunes , 
ox)mme  on  le  verra  plus  loin,  rien  ne  peut 
nous  dévoiler  le  mystère  qui  se  rattache  aux 
créations  successives  de  la  première  iusqu'à 
la  dernière  époque  du  monde  animé.  Kf)us 
voyons,  en  effet,  apparaître  simultanément 
sur  tous  les  points  du  globe  à  la  fois  une: 
multitude  d'êtres  différents,  appartenant  à 
tous  les  grands  types  d'animaux,  sans  que 
rien  les  annonce  sur  la  terre,  sans  que  rien 
les   sépare   des  époques  inanimées  anté- 
rieures. Comment  s*est  formée  cette  multi- 
tude d'êtres  qui  couvre,  pour  la  première 
fois,   la  surface  du  globe  terrestre  ?  Quelle 
est  la  force  créatrice  qui  a  eu  cette  toute- 
puissance  si  extraordinaire.  Ici  nous  devons 
confesser  l'impossibilité  complète  dans  la- 
quelle nous  nous  trouvons  de  répondre  à 
aucune  de  ces  hautes  questions.  Il  est  des 
limites  que  Tesprit  humain  ne  peut  fran- 
chir, des  circonstances  où  l'homme  doit  s'ar- 
rêter et  se  borner  i  admettre  les  faits  qu'il 
ne  peut  expliquer.  Une  première  création 
s'est  montrée  avec  Tétage  silurien.  Après 
l'anéantissement  de  celle-ci,  par  une  cause 
géologique  quelconque,  après  un  laps  de 
temps  considérable,  une  seconde  création  a 
eu  lieu  dans  rétage  devonien;  et,  successi- 
vement vingt-sept  fois  des  créations  distinc- 
tes sont  venues  repeupler  toute  la  terre  de 
ses  plantes  et  de  ses  animaux,  à  la  suite  de 
chaque  perturbation  géologique,  qui  avait 
tout  détruit  dans  la  nature  vivante.  Tel  est 
le  fait  certain,  mais  incompréhensible,  que 
nous  nous  bornons  à  constater,  sans  cher- 
cher à  percer  le  mystère  surhumain  qui  l'en- 
vironne. 

De  rextinetidtn  des  faunes  successives  à  la 
surface  du  globe.  —  Quand ,  sur  les  lieux  , 
dans  les  étages  qui  se  sont  succédé  réguliè- 
rement ,  on  cherche  le  mode  de  distribution 
de  ces  fiiunes  successives,  on  trouve  tou- 
jours (à  peu  d'exceptions  près)  que  dans  les 
dernières  couches  de  l'étage  inférieur  s'ar- 
rête la  faune  de  cet  étage  ;  que  là  elle  s'est 
entièrement  anéantie  :  car  les  premières  cou- 
ches fossilifères  de  l'étage  qui  le  recouvre 
renferment,  de  suite,  des  êtres  très-diffé- 
rents des  premiers,  et  constituant  une  faune 
distincte  de  la  faune  de  l'autre  étage.  Il  ré- 
sulte de  ces  faits  ,  que  tout  le  monde  peut 
constater  dans  la  nature  et  à  toutes  les  épo- 
ques géologiques,  que  chacun  des  étages 
qui  se  sont  succédé  dans  les  A^es  du  monde 
renferme  sa  faune  spéciale,  bien  tranchée, 
distincte  des  faunes  inférieures  et  supérieu- 
res, et  que  ces  faunes  ne  se  sont  pas  succédé 
par  passage  de  forme,  ou  par  remplacement 
graduel,  mais  bien  par  anéantissement 
brusque.  Comme,  en  effet,  on  ne  rencontre, 
nulle  part,  de  transition  d'une  forme  spéci- 
fique à  une  autre,  au  cpntact  de  deux  â^cs 
successifs  ;  que  les  êtres  se  sont  succédé  h 
la  surface  du  «lobe,  non  par  modification  de 
formes  animales,  par  passage,  mais  bien  par 
extinction  des  espèces  existantes ,  et  parle 


475 


ESP 


niCTlONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ESF 


476 


renouvellement  des  espèces  à  chaque  espèce 
géologique,  l'extinction  des  espèiresd'une  t»ii- 
ne  à  chaque  étage  est  évidemment  un  faiigéné- 
ratque  confirme,  sur  tous  les  points  du  globe, 
IMnspeetion  des  limites  deséta^es,etqui,  en 
aucune  manière,  ne  peut  être  révoqué  eh 
doute.  Cherchons  maintenant  h  Texpliquer. 
A  Tarticle  Physiologie  i^AtéoNTOLOoiouE 
GÉNÉRALE  ET  COMPARÉE,  uous  moutrerons 
qu'aucune  modification  profonde  dans  les 
conditions  d'existence  des  êtres  ne  s'étant 
manifestée,  les  conditions  d'existence  n'r)nt 
pu  influer  sur  leur  anéantissement  aux  épo- 
ques géologiques.  Aux  déductions  climato* 
lOi^iques  comparées,  dans  le  même  article, 
nous  prouverons  par  le  fait  de  la  présence, 
depuis  le  commencement  du  monde  jus- 
qu  au  dernier  éta^e  tertiaire,  de  îa  succession 
régulière  uniforme,  sur  toutes  les  régions 
de  la  terre,  dô  faunes  toujours  propres  aux 
régions  chaudes,  qu'il  est  impossible  d'attri- 
buer à  l'action  de  la  température  fructm  des 
nombreux  changements  sucessifs  des  faunes 
qui  se  sont  manifestées  à  chaque  étage  du 
monde  animé.  11  ne  reste  donc  plus,  pour  ex- 

{)liquer  le  fait  de  Tanéanlissement  de  toutes 
es  faunes  qiii,  vingt-sept  fois,  se  sont  succédé 
à  la  surface  du  globe,  oue  l'effet  des  Pertur- 
bations GÉOLOGIQUES  {vo^ez  cc  mot)  sur  les 
faunes  terrestres  et  marmes.  Nous  verrons» 
h  l'article  gue  nous  venons  d'indiquer,  que 
chaque  fois  qu'il  y  a  eu,  dans  les  âges  du 
inonde,  une  dislocation  du  soi,  capable  d'a« 
mener  un  grand  déplacement  dans  les  mers, 
la  faune  existante  a  été  anéantie  par  le  mou- 
vement prolongé  des  eaux  sur  les  points  dis« 
loques,  et  même  sur  ceux  qui  ne  le  sont 
pas  ;  que  la  séparation  par  faunes  distinctes^ 
successives,  qu'on  trouve  dans  chaque  ter^ 
rain,  dans  chaque  étage  géolo^uue,  n'est, 
dès  lors,  que  la  conséquence  visible  des  dis- 
locations de  diverses  valeurs  qu'a  dû  subir, 
dans  toutes  ses  parties,  la  croûte  consolidée 
de  l'écorce  terrestre. 

Ajoutons  ici  d'avance,  à  ces  résultats, 
quelques  confirmations.  Tout  le  monde  peut 
concevoir  le  fait  de  Tanéantissement  d  une 
faune,  sur  le  point  même  d'une  dislocation 
géologique;  mais  comme  il  [HHirrait  setrou« 
ver  des  personnes  qui»  malgré  toutes  les 
preuves  que  nous  apporterons  aux  causes 
géologiques  {Voy.  Perturbations  géolo^ 
GiQUEs),  conservassent  encore  quelques  dou- 
tes %  l'égard  des  effets  généraux  des  eaux 
sur  les  points  qui  n'ont  point  souffert  de 
dislocation,  où  les  étages  sont  encore  en 
stratification  presque  concordante,  nous  al- 
lons aiouter  ici  par  anticipation  quelques 
considérations  nouvelles  aux  preuves  que 
nous  développerons  aux  articles  indiqués 
cl-dcssus.  Sur  tous  les  points  où  il  y  a  dis- 
cordance, nous  trouvons .  les  limites  tran- 
chées entre  les  étages  géologiques  superpo- 
sés, et  les  faunes  qirils  renferment.  Sur 
tous. les  points  où  la  concordance  existe,  où 
les  étages  se  sont  succédé  régulièrement, 
dans  leur  ordre  naturel  chronologique  ; 
dans  tous  les  terrains  jurassiques  fies  côtes 
du  Calvados,  des  Deux-Sèvres  et  de  la  Cha- 


rente-Inférieure ;  dans  les  étages  iurassiquos 
et  crétacés  des  Alpes  ;  dans  les  étages  tria- 
siques,  jurassiques,   crétacés   et  tertiaires, 
superposés  sans  lacune  et  sans  grandes  ilis-' 
cordances,  des  Vosges  jusqu'en  Touraine, 
ou  dans  22  étages  sur  27,  que  trouvons- 
nous?  Nous  remarquons  que,  sur  les  points 
disloqués,  Ias  étages  sont  aussi  bien  mar- 
qués, et  qu'ils  renferment, comme  les  étages 
discordants,  des  faunes  spéciales  distinctes, 
s'arrètaut  aux  mêmes  limites.    Du    reste, 
quand  nous  voyons  que  depuis  notre  épo- 
que, aucune  espèce  n'a  disparu  de  la  faune 
actuelle,  on  ne  pourrait  expliquer  les  fau- 
nes successives  des  étages  concordants  des 
pégions  non  disloquées  saus'des  effets  géné- 
raux produits  par  une  dislocation  partielle 
d'un  pont  quelconque.  Il  est  donc  évident 
q^ue  rcffet  prévu  aux  causes  géologiques 
s  est  réalisé  sur  tous  les  points,  puisque  les 
bassins  géolosiques,  restés  pour  ainsi  dire 
intacts,  sans  dfistocation  apparente,  pendant 
la  plus  grande  partie  des  âges  du  monde, 
n'en  renferment  pas  moins  de  famies  aussi 
distinctes  que  les  points  disloqués.  Ce  fait 
resterait  donc  définitivement  acquis  h  la 
science,  que  les  faunes  terrestres  et  marines 
ont  été  anéanties  à  chaque  époque  géologi- 
que ;quedès  lors  chaquachangement  chrono- 
logique  de  faune,dans  les  étages,  dénote  une 
perturbation  géologique  universelle  ;  et  que- 
ces  fauties  successives,  composée^  d'espèces, 
sont  les  caractères  les  plus  constahts  qu'en 
puisse  invoquer  pour  distinguer  les  divers 
â($es  géologiques  des  couches  stratifiées  de- 
puis le  commencement   de  ranimalisation 
sur  le  globe  terrestre. 

Des  exceptions  aux  limites  des  faunes  géo^ 
logiques.  —  Nous  venons  d'indiquer  le  ré- 
sultat général  des  limites  des  Taunes  ;  il 
nous  reste  à  expliquer  les  rares  exceptions, 
c'est-à-dire,  les  circonstances  dans  lesquel- 
les les  espèces  d'une  faune  ont  pu  être 
transportées  dans  une  faune  postérieure. 
Ce  qui  nous  étonne  dans  les  limites  des 
faunes  géologiques  successives.,  ce  n'est 
pas  la  présence  de  quelques  espèces ,  pas- 
sant d'un  étage  à  un  autre,  mais,  au 
contraire,  qu'on  ne   trouve    pas   un  plus 

Srand  nombre  de  ces  espèces  communes  à 
eux  ou  plusieurs  étages  à  la  fois.  Lorsqu'il 
y  a  concordance,  que  la  séparation  des  fau- 
nes de  deux  étages  qui  se  succèdent  ne  peut 
être  expliquée  que  par  un  mouvement  des 
eaux  assez  long  pour  anéantir  les  animaux, 
on  a  lieu  effectivement  de  s'étonner  qu'un 
grand  nombre  d'êtres  n'aient  pu  résister  ii 
ce  mouvement^  soit»à  l'état  parfait»  soit  à 
l'état  d'œuf,  ou  qu'un  grand  Dombre  de  leurs 
dépouilles  mortes  n'aient  pu  se  mélanger, 
dans  les  dernières  couches  d'un  étage  passé, 
avec  les  premières  couches  de  la  faune  qui 
lui  a  succédé.  Quand  ou  considère  que  les 
terrains  jurassi(fues  et  crétacés,  que  nous 
avons  étudiés  plus  scrupuleusement,  ue  npu> 
donnent  pas  en  réalité  1  pour  100  d'espèces, 
qui,  vivantes  ou  mortes,  se  trouvent  aujour- 
d'hui mélangées  dans  deux  étages  successifs, 
et  cela  sur  des  poiult^  où  il  y  a,  le  plus  sou- 


477 


ESP 


ET  K  PALEONTOLOGIE. 


ESP 


in 


vent,  concorvlance  de  stratîGcation,  on-  est 
forcé  d*en  cenclure,  comme  tous  les  résuU 
Uts  géologiques  le  dénoteot,  que  le  moove- 
mant  des  eaui  a  été  très-prolongé,  et  qu'un 
laps  de  temps  considérable  a  existé  entre  la 
fin  d  un  étage  et  Tinslanl  où  une  nouTelle 
faone  s*est  montrée  sur  la  terre,  |K)ur  cons- 
titaer  Tanimalisation  de  l'étage  suivant. 

Les  aoimanx  d^une  faune  propre  à  un 
étage  ont  pu  passer,  dans  l'étape  suivant^ 
à  J'état  de  rie,  où  leurs  restes  solides  ont  été 
Dtélao^^és  après  leur  anéantissement.  Noas 
croyons  que  les  deux  circonstances  existent 
dans  la  nature.  Quand  nous  Toyoïis,  par 
exemple,  le  lima  proboscidea  passer  de  Té* 
lat  bajocien  à  Vétage  callorien  et  franchir 
trois  étapes  ;  quand  nous  voyous,  dans  les 
terrains  jurassiques,  six  espèces  traverser 
les  étapes  callovieo»  oxfordien  et  corallien, 
nous  en  concluons  forcément  que  ces  es* 
pèoes  ont  survécu  aux  perturbations  géolo* 

fiques,  et  qu'elles  ont  passé  certainement,  à 
état  de  vie ,  d'un  étage  inférieur  à  celui  qui 
lui  a  succédé.  11  suflit  néanmoins  de  compa- 
rer ces  quelque^  faits  isolés,  très-rares,  au 
grand  nombre  d'espèces  cantonnées  au  con- 
traire dans  leurs  étages,  pour  juger  qu'ils  ne 
détruisent  en  rien  les  conclusions  générales. 
D*ail]eurs  ces  es^>èces  se  trouvent  seulement 
sur  des  points  ou  les  étages  sont  en  concor- 
dance, et  où  tout  fait  supposer  qu'elles  de** 
vraient  être  beaucoup  plus  nombreuses. 

Pour  les  restes  solides  des  animaux  qui 
ont  pu  être  mélangés  après  leur  anéantisse* 
mqnt,  iis  sont  un  peu  plus  communs,  sans 
sortir  d'une  faible  exception  ;  et  nous  pla- 
çons dans  cette  catégorie  presque  toutes  les 
espèces   qu'on   rencontre   seulement  dans 
deux  étages  successifs.  £n  laissant  de  côté 
les  faits  de  remaniement  à  Tétat  fossile  des 
espèces  d'un  étage  dans  un  autre;  en  ne  pre* 
nani  que  les  restes  solides  qui  ont  pu  être 
mélangés  à  l'état  frais,  on  voit  deux  modes 
de  mélanges  propres  tes  uns  aux  corps  Qot« 
tants,  les  autres  aux  corps  non  flottants* 
Nous  avons,  aux  causes  actuelles,  parlé  des 
coquilles  actuellement  flottantes  (  \oîf.  Cor- 
CHKS  sÉDiKEBrrAuiES  )  ;  nous  avons  démontré 
<fu'eUes  existaient  à  tous  les  étages  séologi- 
qaes.  Les  coquilles  des  ammonites,  des  nau- 
tiles et  des  antres  céphalopodes,  flottaient 
certainement  à  la  surface  des  mers,  comme 
les   nautiles,  les  spirules  d^aujourd'hui.  Ce 
fait  peut  expliquer  comment  des  espèces  de 
rétage  inférieur  peuvent  se  trouver  dans  l'é- 
tage supérieur  sans  avoir  vécu  dans  les  deux. 
Supposons  que  des  ammonites  se  soient  dé- 
posées sur  un  littoral  et  qu'elles  y  soient  cou- 
Tertes  de  sédiments.  De  l'instant  où  elles  se 
sont  déposées  jusau'au  moment  où  ime  autre 
faune  a  été  créée,  s'il  s'est  passé  assez  de 
tiimps  pour  que  les  loges  aériennes  se  soient 
remplies  de  matières  étrangères  par  des  frac- 
tures, la  coquille  ne  surnagera  plus  ;  mais  si, 
au  contraire,  l'altération  de  la  coquille  n'a 
pas  été  complète,  elle  flottera  encore ,  et  le 
moindre  changement  de  niveau  sur  les  côtes 
pourra  remettre  à  flot  des  coquilles  d'am- 
monites de  l'étage  précédent,  qui  pourront 


ensuite  voguer  sur  les  mers,  poussées  par 
les  vents,  se  déposer  simultanément  sur  les 
côtes  avec  celles  de  la  faune  existante  ;  et 
alors  il  y  aura  mélange  des  espèces  de  deux 
époques  successives,  sans  que  ces  espèces 
aient  vécu  siraultanément.Ce  fait  est  si  vrai, 
que  nouspossédons  des  mega$iphofiia  fossiles 
des  faluns  de  Dax,  qui  flottent  encore  après 
l'intervalle  de  deux  étages  ;  et,  ce  qui  est  plus 
remarquable,  un  ammonites  cordaius  de  l'é-^ 
tage- oxford ien,  qui,  après  douze  étages  de 
temps,  flotte  encore  lorsqu'on  le  plonge  dans 

I  eau.  Ces  faits  prouveront  jusqu'à  l'évidence 
que  les  corps  flottauts  communs  à  deux  éta- 
ges ne  contredisent  en  rien  la  séparation  de» 
faunes  par  étage  ;  et  cela  est  si  vrai,  que  ces 
espèces  communes  sont  des  exceptions  rares 
dans  les  étages,  et  qu'elles  se  montrent  seu- 
lement en  des  lieux  où  ces  mélanges  peuvent 
facilement  être  expliqués. 

Pour  le  mélange  des  corps  non  flottants, 
on  peut  encore  l'expliquer  par  des  causes 
analogues.  Quand  deux  étages  se  sont  succé- 
dé dans  un  bassin  marin,  sans  discordance 
et  sans  dépôts  intermédiaires,  on  concevra 

2ue  des  dépouilles  mortes  de  coquilles  d'un 
ta^e  antérieur  pourront  se  trouver  dans  les 
sédiments  sur  des  points  où  vivent  ensuite 
les  espèces  de  l'étage  suivant;  et  qu'il  y 
aura  alors  mélange,  sur  ces  points,  des  es«> 
pèces  des  deux  faunes  successives,  sans 
que  les  espèces  aient  vécu  en  même  temps. 
On  voit  «icore  que  ces  faibles  exceptions  ne 
changent  en  rien  les  conclusions  précédentes, 
relatives  aux  limites  générales  des  faunes 
propres  à  ces  étages. 

£n  résumé,  on  voit  :  que  le  nombre  des 
espèces  communes  à  deux  étages  est  un^ 
rare  exception,  qui  n'existe  que  pour  quel- 
ques étages  séparés  sans  doute  par  des  per- 
turbations géologiques  de  moindre  valeur 
que  ceux  où  aucune  espèce  commune  ne 
s'est  montrée  jusqu'à  présent  ;  que  même 
dans  les  étages  où  ces  espèces  communes 
existent,  leur  présence  s'explique  par  la  con- 
cordance de  stratification  des  étages»  ou 
lorsaue  ceux-ci  ne  sont  pas  séparés  par  des 
eoucnes  intermédiaires  soit  terrestres,  soit 
marines  sans  fossiles,  il  ne  faut  donc  pas 
prendre  ces  espèces  communes  pour  des 
faits  de  passage,  mais  on  doit  les  regarder 
commodes  mélanges,  commodes  exceptions 
dont  un  peut  facilement  se  rendre  compte^ 

II  convient  même  de  se  prémunir  contre  les 
idées  fausses  qu'on  pourrait  prendre  surdes 

[)oints  exceptionnels,  en  les  confondant  avec 
'état  normal.  Quand  on  trouve  des  mélanges 
nombreux,  dans  les  étages  falunien  et  sub- 
apennin  du  Piémont,  par  exemple,  où  les 
étages  sont  <X)ucordanls  et  sans  couches  in- 
termédiaires, il  faut  bien  se  garder  de  rieù 
en  conclure;  car  ces  mélanges  tiennent  évi- 
demment aux  causes  que  nous  avons  indi- 
quées précédemment. 

Si ,  du  reste ,  on  veut  ea  avoir  la  preuve, 
on  la  trouvera  dans  Tétude  comparative  de 
ces  mêmes  étages  bien  circonscrits,  sur 
d'autres  points,  tels  que  la  Touraine,  Bor- 
deaux, Dai,  pour  Télage  falunien,  et  Perpi- 


It9 


ESP 


DICTIONNAIRE  Dfi  COSMOGONIE 


EXT 


4(1 


gnao,  pour  1  élage  subapennin,  où  Ton  ne 
rencontre  aucun  mélange,  aucune  espèce 
commune  entre  ces  deux  étages.  Ce  fait 
de  mélange  que  nous  citons,  dans  le  Pié- 
mont, pour  les  étages  falunien  et  subapen- 
nin,  est  applicable  aux  limites  des  étages 
suessonien  et  parisien,  à  Guise-Ia-Motte  , 
dans  le  bassin  parisien.  Ainsi,  lorsqu'il  y  a 
mélange  sur  un  point,  il  faut  recourir  aux 
étages  bien  circonscrits  pour  les  expliquer, 
et  pour  ne  pas  confondre  des  exceptions  lo- 
cales avec  les  limites  réelles  des  faunes  ca- 
ractéristiques des  étages  géologiques. 

Définition  d'un  étage  géologique  pa^  rap-- 
port  aux  espèces.  —  Après  tout  ce  que  nous 
avons  dit  de  la  séparation  des  faunes  spé- 
ciales ,  nous  devons  faire  connaître  ce  que 
nous  entendons  par  un  élage  :  un  étage, 
pour  nous,  est  une  époque  en  tout  identi- 
que à  l'époque  actuelle.  C'est  un  état  de  re- 
pos de  la  nature  passée,  pendant  lequel  il 
existait,  comme  dans  la  nature  actuelle,  des 
continents  et  des  mers ,  des  ptentes  et  des 
animaux  terrestres,  des  plantes  et  des  ani- 
maux marins;  et,  dans  les  mers,  des  ani- 
maux pélagiens  et  des  animaux  côtiers  à 
toutes  les  zones  de  profondeur.  Pour  qu'un 
étage  soit  complet,  il  doit  montrer  un  en- 
semble d'êtres  terrestres  ou  marins,  qui 
puisse  représenter  une  époque  tout  entière, 
analogue  au  développement  que  nous  voyons 
actuellement  sur  la  terre.  Lorsqu'on  ne  con- 
naît aue  quelq^ues  parties  de  cet  ensemble 
qui  aevrait  exister  à  la  fois,  c'est  que  les 
autres  ont  été  anéanties  lôrs  des  perturba- 
tions géologiques,  ou  qu'elles  nous  sont 
encore  inconnues.  Ainsi  donc,  nous  ne  pour- 
rions admettre,  comme  étage,  des  couches 
même  discordantes,  quelle  que  soit  leur  puis^ 
sance,  si  elles  ne  contiennent  pas  leurs 
faunes  caractéristiques.  Nous  regardons,  par 
ce  motif,  comme  tout  à  fait  fausse  l'idée  que 
chaque  étage  doit  avoir  peu  d'espèces  spé- 
ciales; car  il  est  évident  que,  si  chaque  étage 
est  une  époçiue  semblable  à  l'époque  ac- 
tuelle, il  doit  renfermer  une  faune  propor- 
tionnée; et  que,  si  nous  n'y  connaissons  aue 
peu  d'espèces,  c'est  que  la  trace  de  la  plus 
grande  partie  des  espèces  de  la  faune  qu'il 
renfermait  a  été  entièrement  anéantie  ou 
nous  est  inconnue.  Nous  pensons  encore 
que  le  nombre  aujourd'hui  découvert  des 
espèces  propres  à  chaque  étage  doit  consi- 
dérablement augmenter  par  les  recherches 
3ui  nous  restent  à  faire  pour  connaître  les 
ivers  Ages  du  monde  sur  tous  les  points 
du  iglobe;  et  nous  ne  serions  pas  étonné  si 
ee  nombre ,  par  la  suite,  devait  se  tripler. 

Il  est,  relativement  aux  limites  de  l'étage, 
un  écueil  qu'il  faut  soigneusement  éviter  : 
c'est  celui  d'attacher  trop  d'importance  à  la 
distribution  locale  des  fossiles  par  couches, 


avant  de  s'être  assuré  si  les  détails  sont  les 
mêmes  sur  tous  les  points  du  n}onde.  Le 
plus  souvent,  en  effet,  quand,  dans  un  has« 
sin  géologique,  on  trouve  que  telles  cou- 
ches renferment  telles  séries  d'espèces,  oa 
est  naturellement  porté. à  regarder  cette  dis- 
position comme  un  fait  important  de  strati- 
graphie, comme  une  époque  spéciale,  dis- 
tincte, quand  ce  n'est,  le  bius  souvent, 
qu'une  disposition-  purement  locale,  qui  nt» 
})ermet  sa  généralisation  nulle  part,  et  qui 
timt  seulement  aux  compositions  des  sâi- 
ments  ou  aux  oscillations  locales  du  sol. 

Espèces  caractéristiques   en  géologie.  — 
Quand  la  science  était  encore  dans  son  en- 
fance, on  a  pensé  qu'il  n'existait,  pour  cha- 
que époque  géologique,  que  quelques  es- 
pèces caractéristiques.  C'est  une  erreur  que 
fait  disparaître  l'étude  comparative  de  tous 
les  faits  répartis  à  la  surface  du  globe  ;  car 
il  est  certain,  au  contraire,  qu'a  très-peu 
d'exceptions  près,  pour  les  espèces  commu- 
nes, les  24^,000  espèces  connues  à  Tétat  fos- 
sile sont  toutes  caractéristiques.  Dans  cha- 
que étage^  en  effet,  les  unes  sont  caracté- 
ristiques des  dépôts  terrestres ,  les  autres 
des  dépôts  marins  ;  dans  ces  derniers  dépôts, 
des  espèces  flottantes  caractérisent  les  sédi- 
ments côtiers,  au  niveau  des  hautes  mers;^ 
d'autres  appartiennent  à  des  zones  déposées 
peu  au-dessous  du  balancement  des  mers, 
tandis  que  des  séries  tout  entières  dépendent 
des  zones  profondes  des  océans.  On  voit, 
dès  lors,  qu'il  n'y  a  pas  d'espèces  caracté- 
ristiques d'un  étage  ;  mais  que  toutes  les 
espèces,  suivant  la  nature  des  dépôts,  on 
suivant  les  lieux,  peuvent  être  considérée 
comme  telles;  Nous  insistons  d'autant  plus 
sur  ce  résultat,  que  les  mêmes  étages,  pris 
sous  la  zone  torride  ou  près  des  pôles,  nous 
montrent,  aux  déductions  climatologiques^ 
que  des  espèces  identiques  étaient,  à  cha- 
cune de  ces  époques,  répandues  sur  le  globe 
à  des  distances  énormes,  ce   qui  les  rend 
encore  plus  importantes  (326). 

ESPECES  CARACTERISTIQUES  es  géo- 
LOoiB.  Voy,  Espaces  fossiles. 

ETAGE  GEOLOGIQUE,  qu'est- ee  par 
rapport  aux  espèces  fossiles.  —  Voy*  Espèces 
Fossass. 

ETAT  DES  COUCHES  GÉOLOGIQUES.  Voy.  Si- 
DiMEiiTS  ANCIENS  Comparés  aux  sédimenis 
actuels. 

ÉTERNITÉ,  NON-ETERNITÉ  du  globi 
démontrée.  Yoy,  l'Introduction. 

ETOILES»  leur  origine.  Voy.  GoDBPaoT, 

HÊRAT. 

EXTINCTION  ET  RBPRODUCTIOir  des  GER- 
EES ET  DES  BSPiCBS.  Vof.  GÉOLOGIE  et  Bt- 
PàCES  FOSSILES. 


(SM)  L<%  Idées  ihéoriqQes  de  eet  article  sont  empruntées  >  M.  A.  d'Orbigny,  doBC  ta  sdeace  égale  U 
ppofoodenr  de  vues. 


lei 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGR 


FAL 


481 


F 


FAILL£«   Toy.    pEaTi:RBATiO!<s   cioLOGi- 
FALLOPIO.  Voy.  Géologie  et  ikuk:^  (us 

SlIXT-CLA¥IE3f.) 

FALUNIEN  (ETAGE).  —  Le  troisième  des 
terrains  tertiaires  et  le  Yiugt-siilème  de  la 
série  tolale  des  formations  stratifiées.  Cet 
éUgese  divise  eDdeaxsous-étageSf  l'inférieur 
00  iangrien^  et  le  supérieur  ou  falunien 
yefremeni  dit. 

Le  sous-ét4ge  iongrien  tire  son  nom  de  la 
▼ille  de  Tongres,  en  Belgique,  qui  est  le 
point  étalon  pour  celte  contrée,  de  même 
que  les  eonrons  d*Étampes  le  sont  pour  la 
France.  L'étage  tongrien  est  une  partie  des 
ierraint  tertiaireê  moyens  (miocènes),  le  grèê 
de  Fonimintbleauj  moiiasseSf  trameriin  êupé" 
rieur  et  weeulièree  de  Ch.  d'Orbignj,  etc. 

I.  Étagb  toxgrien 

Ifons  considérons  comme  des  dépendan- 
ces de  cet  étage ,  dans  le  bassin   ânglo- 
parisien,  toutes  les  couches  séparées  depuis 
longtemps,  par  MM.  Duf renoj  et  El  ie  de  Beau- 
moat,  sous  le  nom  de  grès  inférieurs  et  supé- 
rieurs de  Fontainebleau  ;  les  sables  et  les  grès 
supérieurs  de  M.  Graves,  c'est-à-dire  depuis 
les  manies  marines  vertes  contenant  les  os- 
irem  cyathmla  ,  langirosîrie^  etc.,  jusoues  et 
7  compris  les  calcaires  lacustres  supérieurs 
uEtampes.  Dans  le  bassin  pyrénéen,  les 
dépôts  de  Voetrea  longirosiris  ^  du  calcaire  à 
astéries  de  M.  Delbos ,  ainsi  que  les  fai%ms 
bieus  inférieurs  de  Gaas  et  de  Lesperon,  de 
Mt.  GratelouD.  Dans  le  bassin  méditerranéen, 
les  calcaires  lacustres  des  environs  d'Aix.  Eu 
Belgique,  les  marnes  argileuses  de  Boom, 
les  arigiles  sableuses  de  Tongres  et  de  KIcjn- 
Spanwen  ,  dans  le  Limbourç,  ou  les  étages 
tongrien*  rupélien  et  boldénen  de  M.  Du- 
nonC;    les  sables  coquilliers  d'Alzey,  en 
Westphalîe ,  et  quelques  autres  points.  Ce 
n'est  point,  comme  on  Ta  cru,  Téquivalent 
des  argiles  de  Londres,  mais  bien  un  éla^e 
supérieur  à  cette  époque. 

Dans  la  nartie  française ,  on  remarque 
d*abordnn  lait  :  c'est  que,  jusqu'au  nord  de  la 
Seine,  on  ne  retrouve  plus  que  des  lambeaux 
disséminés  sur  l'étage  parisien  ,  et  témoi- 
^ant  seuls  qu'un  grand  tout  homogène,  dont 
il  ne  reste  que  des  jalons  isolés,  s'étendait 
néanmoins  à  une  grande  distance  au  nord. 
C*est  seulement  au  sud  du  cours  de  la  Seine 
que  rétage,  alors  en  parties  continues,  re- 
couvre partout  l'étage  parisien,  comme  à 
Vir^^ay,  à  Sèvres.  Nous  voyons  les  couches 
marines ,  les  argiles  à  huîtres  et  les  sables 
marins  supérieurs  se  montrer  en  lambeaux, 
d'après  M.  Graves,  dans  l'Oise,  au  mont 
Pa^piotte ,  à  Saint-Christophe-en-Halatte ,  à 
llontméliant,  à  Neuville-Bosc,  à  Monjavoult; 
on  les  voit  dans  ie  d^rtement  de  Seine- 
et-Oise,  à  Ecouen,  à  Montmorency,  à  Ar- 


genlcuil,  au  mont  Valérien,  etc.  Jusqu'à 
présent,  cette  époque  n'a  pas  élé  reconnu» 
en  Angleterre;  et  c'est,  avec  l'étage  danien, 
la  seule  lacune  qui  existe  des  jkes  géologi- 
ques les  plus  anciens  jusqu'à  1  époque  ac- 
tuelle. 

Tous  les  géologues  sont  d'accord  sur  la 
position  de  cet  étage  dans  le  bassin  anglo- 
parisien.  Les  premières  couches  à  huîtres 
reposent  en  couches  concordantes  sur  les 
derniers  dépôts  gypseux  de  l'étage  parisien, 
comme  on  peut  le  voir  à  Montmartre,  à 
I^ierreGtte,  à  Montmorency,  à  Ecouen,  etc., 
et  tout  autour  de  Paris.   Dans  le  bassin 

f)yrénéen,  et  principalement  autour  de  Blavo 
Gironde),  ainsi  que  l'ont  observé  MM.  Del- 
bos et  Baulin  :  les  premières  couches  de  cet 
étage,  contenant  des  huîtres,  reposent  sur 
les  calcaires  à  orbilolités  et  les  couches 
lacustres  analogues  aux  couches  terrestres 
de  l'étage  parisien  des  environs  de  Paris. 
la  même  superposition  existe  en  Bel- 
gique, d'après  tous  les  beaux  travaux  do 
MM.  d'Omalius ,  d'Halloy  et  Dumont;  aussi, 
nul  doute  que  cet  étage  tongrien ,  tel  que 
nous  le  considérons,  n'ait  succédé  régu- 
lièrement, dans  Tordre  chronologique,  à 
l'étage  parisien ,  qu'il  recouvre  sur  tous  les 
points. 

Quant  aux  caractères  stratigraphi.pies  dis- 
tinctifsde  cet  étage,  ils  sont  aussi  nombreux. 
En  jMrlant  des  limites  supérieures  de  l'étage 
parisien,  nous  avons  donné  les  limites  infé- 
rieures de  celui-ci.  Ces  limites  étant,  du 
reste,  admises  par  presque  tous  les çéolo^es 
français,  nous  croyons  ne  pas  devoir  insister 
davantage. 

Pour  les  limites  supérieures ,  elles  sont 
données  par  des  discordances  réelles  et  par 
de  nombreuses  discordances  d'isolement. 
Pour  discordances  réelles ,  nous  citerons  la 
relief  du  Système  de  YUeée  Wight^  du  Tatra^ 
du  Rilo^Dagh  et  de  VHœmus^  de  Mi  Elie  de 
Beaumont,  qui  parait  séparer  l'étage  des 
faluns  proprement  dits.  Pour  discordance 
réelle  d  isolement,  nous  avons  le  manque 
de  l'étage  tongrien  sous  l'étage  falunien  d'une 
infinité  de  points  du  globe ,  dans  le  bassin 
anglo-parisien,  dans  la  Manche,  où  Tétage 
falunien  repose  sur  les  terrains  triasiques, 
avec  une  lacune  de  19  étages.  Dans  le  bassin 
ligérien,  on  voit  les  lambeaux  faluniens  re|K)- 
ser  directement  sur  les  terrains  plutoniqucs 
ou  azoïqoes,  avecSS  étages  de  lacunes,  comme 
dans  les  départements  de  la  Loire-Inférieure, 
de  la  Vendée  et  d'Ille-et-Viiaine  ;  sur  les 
terrains  paléozoiques ,  à  Gahard ,  avec  2è 
étages  de  lacunes  ;  sur  l'étage  turonien  des 
terrains  crétacés ,  à  Tourtenay,  autour  de 
Doué,  avec  une  lacune  de  k  étages;  sur  l'é- 
tage sénonien,  à  Sablançai,  à  Mantbelan  ,  et 
sur  beaucoup  d'autres  points  du  déparle*» 
ment  dlndre-et-Loire,  avec  une  lacune  do 


4^3 


FAL 


DICTIÛNNAZU£  DE  COSMOCOME 


FAL 


m 


3  étages.  Dans  le  bassin  pyrénéen,  on  a  re- 
connu l'étage  falunien  sur  l'étage  kimmé- 
rid^ien  à  Tlle  d^OIéron,  avec  une  lacune  de. 
10  étages.  A  Carrj  (Bouches-du-Rhône),  le 
dépôt  falunien  repose,  en  discordance  com- 
plète» sur  l'étage  néocomien,  avec  8  étages 
de  lacunes  ;  sur  les  terrains  crétacés,  à  Sour- 
Hbes  (Basses-Alpes),  et  sur  les  terrains  ju* 
rassiques,  à  Cbâteauredon.  Nous  pourrions 
encore  multiplier  à  l'infini  les  lieux  où  Fi- 
solement  de  Kétage  falunien,  sans  Fétage 
tongrien,  qui  devrait  être  partout  inférieur, 
s'il  avait  dépendu  de  la  même  époque ,  se 
trouve  le  mieux  constaté.  Nous  dirons  seu- 
lement que  nous  regardons  encore  comme 
fait  de  discordance ,  la  présence  des  parties 
d'eau  douce  corrodées  et  perforées  par  les 
nholades  de  l'étage  falunien,  comme  MM.  de 
Vibraje  et  Coquand  l'ont  constaté,  d'an  côté, 
dans  le  bassin  ligérien,  h  Pontlevo/^  et  de 
l'autre,  dans  le  bassin  méditerranéen,  autour 
d'Aix.  C'est  la  preuve  que  les  dépôts  d'eau 
douce  étaient  déià  consolidés  et  a  l'état  de 
roches,  lorsque'  les  mers  ont  recouvert  ces 
dépôts  terrestres,  et  lorsque  les  pholades 
les  ont  perforés ,  ce  qui  suppose  un  laps  de 
temps  considérable  entre  les  deux  et  une 
véritable  discordance  d'érosion. 

On  ne  peut  donc  pas,  après  des  fiiits  si 
nombreux,  se  dispenser  de  recomiaître  ren- 
tière icdépendance  stratigraphique  de  cet 
ét/ige,  qui,  comme  pour  toutes  les  époques 
prfeédentes,  se  trouve  parfaitement  coïnci-^' 
deravec  les  limites  paléontologiques,  comme 
on  le  verra  plus  loin.- 

La  plus  grande  épaisseur  connue  se  re-^ 
marque  auprès  de  Bordeaux /où  M.  Delbos 
révalue  à  100  mètres. 

Nous  trouvons,  dans  cette  époque,  divers 
genres  de  dépôts  qui  nous  font  reconnaître^ 
des  parties  marines  et  des  parties  terrestres. 

Lorsque  nous  voyons  la  composition  de 
foutes  tes  couches,  marines  du  bassin  anglo- 
parisien  ,  où  se  remarquent  de  nombreuses 
ttuitres:  ou  des  coquilles  de  bivalves  et  de 
gastéropodes  dans  les  lits  horizontaux  de 
sable,  on  ne  peut  s'empêcher  d'y  retrouver 
un  dépôt  fait  à  peu  de  profondeur  dans  la 
mer,  mais  certainement  au-dessous  du  ba^ 
lancement  des  marées.  Les  lits  horizontaux 
des  fossiles ,  et  surtout  les  coquilles  lamel*^ 
libranches,  encore  dans  leur  position  nor- 
male d'existence,  comme  à  Jeurre,  nous 
donnent  la  certitude  qu'aucun  mouvement 
des  eaux  semblable  à  celui  que  produisent 
les  marées  n'est  venu  déranger  ce  dépôt, 
depuis  qu'existaient  les  coquilles  encore  en 
place.  Les  dépôts  k  huîtres  des  environs  de 
Blaye,  les  faluns  bleus  des  environs  de  Dax, 
ainsi  que  tous  les  dépôts  marins  de  la  Bel- 
gique, semblent  ètrejdans  le  môme  cas. 

L'abondance  des  parties  d'astéries  et  le  peu 
de  lamellibranclies  et  de  gastéropodes,  que 
renferment  les  calcaires  à  astéries  du  bassin 
ftyrénéen,  nous  font  croire  qu'ils  ont  dû  se 
fonner  dans  des  régions  bien  plus  profondes 
des  mers  de  cette  époque. 

I.-a  composition  zoologiquc  des  couches 
terrestres  qui  recouvrent  les  couches  ma- 


rines dans  les  bassins  anglo-parisien  et  pyré^ 
néen,  ainsi  que  les  dépôts  analogues  du  bas- 
sin méditerranéen,  donnent  la  certitude  que, 
.  dans  ces  trois  bassins,  il  a  existé  des  parties 
'^  continentales.  Ces  dépôts  lacustres  ont  rem- 
placé et  recouvert  les  dépôts  marins,  sur 
tous  les  points ,  dans  le  ba^sin  anglo-pari- 
sien, sur  les  régions  sud  du  bassin  pyrénéen. 
A  Gaas,  à  Lesbarritz,  à  Dax,  à  Saint-Jean-de- 
Marsac,  k  Goufs,  à  Abesse,  à  Gaillac  (Landes), 
ils  se  trouvent  isolés  et  seuls  dans  le  bassin 
méditerranéen,  et  paraissent  manquer  tout 
à  fait  en  Belgique. 

Dunes. — Ne  pourrait-on  paô  croire  que  ces 
amas  de  sable  non    stratifié,  d'une  ^le 
grosseur,  et  sans  corps  organisés,  gui,  par 
exemple,  forment  les  grès  de  Fontainebleau 
et  ceux  des  environs  dlStampes,  ont  été 
d'anciennes  dunes  dans  la  mer  tongnenne  ? 
OscUlaiions  du  soL  —  La  succession  ré- 
gulière  que  nous  voyons  exister  sur  un 
même  t)oint,  dans  les  bassins  anglo-parisien 
et  pyrénéen ,  de  dépôts  purement  marins  et 
de  dépôts  purement  terrestres  «  nous  donne 
la  preuve  que  des  oscillations  du  sol  ae  fai- 
saient sentir  dans  cette  période  géolorâque. 
La  succession  des  détMs  terrestres  à  des 
dépôts  flMfiBS  exige  d'abord^  pottrqœdes 
coquilles  terrestres  etfluviatiles  y  aient  yécOf 
que  la  mer  se  retire  des  points  qu'elle  occu- 
pait, et.  qu'après  un  laps  de  temps  considé- 
rable la  salure  des  eaux  ait  entièrement  dis- 
paru de  ces  lieux.  Il  a  donc  fallu  un  chan- 
gement de  niveau  sur  ces  points,  ce  qui  est 
le  fait  des  oscillations  du  sol.  Les  environs 
d'£tampes  sont  instructifs  sous  ce  rapport. 
On  y  voit,  au-dessus  des  dernières  couches 
marines  de  Jeurre  et  d'£strécby,  une  masse 
considérable  de  sables,  sans  coquilles  marines 
ni  coquilles  terrestres^ Ces  sables,  analogues 
à  tous  ceux  de  Fontainebleau,  qui«  peut-être, 
formaient  ou  des  dunes  de  sable,  ou,  au 
moins,  des  déserts  autour  des  dépôts  marins, 
paraissent  avoir  tout  nivelé  à  la  un  de  l'épo- 
que marine,  caron  les  voit  sur  tous  les  points 
recouvrir  ces  dépôts.  La  manière  dont  les 
dépôts  lacustres  commencent  à  la  côte  de 
Saint-Martin,  près  d'Ëtampes,  nous  montre, 
aux  premières  couches,  des  lignile5,puis  des 
dépots  siliceux,  contenant  des  cérites ,  des 
cyclostomes  et  des  graines  de  chara;  puis, 
après  plusieurs  alternances,    des  couches 
contenant  seulement  des  lymnées  etdespla- 
norbes,   et  plus  de  cérites.  Pour  nous,  la 
présence  des  cérites  annonce  encore  un  peu 
de  salure  dans  les  eaux  qui  les  nourrissaient, 
en  même  temps  que  des  chara  ou  des  cyclos- 
tomes terrestres  étaient    amenés    par  les 
pluies.  Ce  n'est  qu'après  que  les  eaux  ont 
été  entièrement  douces  que  les  Ivmuées  et 
les  planorbes  y  ont  pu  vivre. 

Perturbation  finoie.  —  Nous  pourrions 
voir ,  ^ans  les  dépôts  de  galets  inférieurs 
aux  dépôts  faluniens  marins  de  Carry  (fiov> 
cl>es-du-Rhône},  les  traces  certaines  du  mou- 
vement des  eaux  à  la  surface  de  la  terre,  k 
la  fin  de  l'étase  tongrien  et  avant  les  dépôts 
renfermant  des  corps  organisés  de  Téia/e 
fdilunien.  I^ournous,  ces  ga!et$  dont  uou^ 


us 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FAL 


166 


parlons  plus  loin,  no  sont  que  les  premiers 
oiteHements ,  dus  à  la Tioienee des  eaux, 
lors  de  la  perturbation  finale  de  Tépoque 
toOKrienne. 
D après  la  grande  surface  de  galets,  d*ar* 

Îiles  et  de  poudingues,  qu'on  Toit  entre  les 
épdts  lacustres  tongriens  du  département 
dlndre-et-Loire  et  les  dernières  couches 
crétacées,  on  a  également  la  certitude  qu'un 
noarement  riolenl  de  laYage  su(>erficiei  |iar 
les  eaux  avait  précédé  les  premiers  dépôts 
lacustres  de  Tétage  tongrien. 

Caraciires  paléoniologiques.  —  Nous  ne 

parlerons  ici  que  des  caractères  propres  aux 

espèœs.  En  laissant  de  c6té  tous  les  animaux 

vertébrés  et  annelés  de  cette  époque,  encore 

peu  faciles  k  séparer  de  ceux  de  l'étage  fa* 

junîen ,  avec  lequel  ils  ont  été  confondus, 

nous  ne  nous  baserons  que  sur  les  res* 

tes  d'animaux    mollusques   et    rayonnes. 

Nous  connaissons  dans  cet  étage  h28  espèces. 

Le  très^grand  nombre  de  ces  espèces,  iden« 

tifiées  à  tort,  en  Belgique  et  à  Bax,  avec  les 

argiles  de  Londres  et  avec  le  calcaire  gros* 

sier  de  Paris,  étaient  toutes  basées  sur  de 

busses  déterminations  qui  étaient  venues, 

pour  ainsi  dire,  anéantir  les  données  strati- 

graphiques  et  embrouiller  considérablement 

la  question  géologique.  Après  avoir  vu  un 

grand  nombre  de  ces  espèces  identifiées , 

nous  pouvons  afiirmer,  dit  M.  d'Orbignj, 

que  toutes  sont  distinctes ,  et  pour  nous  la 

laune  de  l'étage  tongrien  de  France  et  de 

Belgique  ne  renferme  que  des  espèces  spé 

ciales  et  tout  à  fait  caractéristiques,  de  ce 

éta^e. 

Chronologie  hhtorifue.'-M.  Elle  de  Beau- 
mont  place  la  dislocation  de  son  système  de 
la  Corse  et  de  la  Sardaigne  à  la  fin  de  la  pé« 
riode  géologique  parisienne.  C'est  alors  que 
se  sont  anéantis,  par  les  perturt)ations  qu'elle 
a  occasionnées  à  la  surlace  de  la  terre,  les  69 
genres  spéciaux  à  cette  époque,  et  les  lô78 
espèces  déjà  décrites  dans  cette  période^ 
J  orsque  le  calme  est  revenu  sur  la  terre, 
lorsque  les  mers  sont  rentrées  dans  leurs 
lits,  sont  nées,  indépendamment  des  ani- 
maux vertébrés  et  annelés ,  les  428  espèces 
«l'animaux  mollusques  et  rayonnes  que  nous 
connaissons  dans  cet  étage. 

Les  continent^  et  les  ïobts  ont  alors  subi 
plusieurs  changements.  La  mer,  dans  le 
bassin  parisien ,  laisse  de  larges  atterrisse- 
iiients  vers  le  nord,  et  ses  limites  septen- 
trionales connues  s*élr  igncnt  beaucoup  vers 
\*i  sud,  tandis  que  la  mer  s'avance,  de  ce 
côté,  jusqu'à  Etampes,  en  formant  un  cercle 
autour  de  Paris.  Uans  le  bassin  pyrénéen, 
la  mer  recouvre  presque  les  mêmes  limites 
septentrionales,  en  laissant  un  étroit  atter- 
rissement  au  nord-ouest  de  Blaye  ;  mais,  de 
méoie  que  dans  le  l)as$in  anglo-parisien, 
elle  s*étend  considérablement  vers  1  est  et  le 
sud,  d*un  cdté  jusqu'à  Libourne,  de  l'autre 
jusqu'à  Dax.  En  Belgique,  l'atterrissement. 
I*aralt  avoir  eu  lieu  dans  les  mers  vers  le 
^ud,  tandis  que  les  mers  tongriennes  se  sont 
avancées  vers  le  nord-est  jusqu  au  Limbourg 
^taax  environs  de  Maëstrich^ 


Les  continents  s'accroissent  donc  au  nord 
et  au  sud  du  continent  belge,  d'un  e6té  en  BeK 
gique,  de  l'autre  dans  le  bassin  anglo-pari- 
sien, d'abord  de  l'atterrissement  de  la  région 
nord  des  environs  de  Paris,  et  pëut-^lre  de 
toutes  les  mers  tertiaires  antérieures  de 
l'Angleterre,  puisque  les  mers  tongriennes 

ir  sont  inconnues.  11  en  serait  de  même  du 
lassin  méditerranéen,  où  nous  ne  connais^ 
sons  pas  encore  la  faune  ùiarine  de  cette  épo« 
que.  Ilans  le  bassin  pyrénéen,  les  continents 
auraient  perdu  une  assez  vaste  surface  orien- 
tale et  méridionale  des  parties  surélevées 
pendant  les  dépôts  parisiens. 

Les  animaux  marins  de  cotte  époque, 
quoique  très- voisins ,  génériquement  par- 
lant, de  ceux  de  la  faune  falunienne,  s'en 
distinguât  tous  spécifiquement.  En  sépa*- 
rantde  la  flore  miocène  de  M.  Brongniart 
les  plantes  fossiles  des  meulières  et  des  grès 
supérieurs  des  environs  de  Paris,  et  les 
plantes  des  environs  d'Aix,  on  aura  la  liste 
suivante,  à  laquelle,  peut-être,  il  faudra 
joindre  les  plantes  fossiles  d'Amussan,  près 
de  Narbonne  : 

Crgpiogame9   oerogème». 
Chara  medicagula  (Brong.).  Paris. 

Mùnocotylédones. 
Carpolitbes  Ibalictroîdes  (Brong.).  Paris. 

CaAHȃES. 

Culmiles  anomaliis  (Brong.).  Paris. 

PALHIKRS. 

llabellaria  lamaoonis  (Brosg.).  Aii. 
Endogeniles  diclymo^oleo  (Spreng.)-  Paris. 
Dieottiiédone*  gymnospermes^ 

Flypcostrobites  parisiensis  (Brong.)  Paris. 
Miisciles  squamatus  (Bron^.)  Prod. 
Podocarptts  macrophylla  (Lindl.).  Aix.  ' 
Dicotylédones  angiosperme4, 

LâI:PI5É£S« 

Laums  dukis  (Lindl.)  Aii. 

HfVpeÉACÉes. 
Nymphaea  arcthus»  (Brcng).  Paris. 

Les  oscillations  du  sol  ont  existé  pendant 
cette  époque,  qui  parait,  d'après  la  puis- 
sance des  couches,  avoir  eu  une  très-longun 
durée.  La  dislocation  du  Système  de  nie  de 
Wight,  du  Tatra,  du  Rilo-dagh  et  de  VHœ^ 
mus  9  que  M.  Elie  de  Beaumont  fait  arriver 
à  la  fin  de  cette  époque,  aurait,  par  la  per- 
turbation qu'elle  a  causée  à  la  surface  de  la 
terre,  occasionné  le  mouvement  des  eaux, 
dont  nous  avons  des  traces,  gui  aurait  ter- 
miné cette  période,  en  anéantissant  les  428 
espèces  marines  qui  nous  sont  connues. 
Nous  aurions  donc  encore  ici  la  perturl>9« 
tion  géologique  comme  moteur,  les  traces 
du  mouvement  des  eaux  qu'elle  aurait 
amené,  et,  pour  résultats  visibles  de  cette 
révolution,  1  anéantissement  de  la  faune. 

U.  Etagb  SLPÉaiEt'A  ou  VÂLVfiiEis  propre- 
ment dit. 

CesX  l'époque  de  la  première  apparition 
des  ordres  de  mammifères  amphibies ,  in- 
sectivores, édentés  et  ruminants  ;  des  reptiles 
liatraciens  (grenouilles),  etc. 

Le  nom  ue  falunien  est  pris  d'une dénotmi* 


Wl 


FàL 


DICTlONNAlRls.  Dfi  COSMOGONIE 


FAL 


m 


nation  vulgaire  de  Tétage,  et  en  renferme  une 
des  formes  les  plus  communes  et  les  plus 
utiles. 

C'est  une  partie  des  terrains  tertiaire$ 
moyens  l miocènes  )j  faluns^  meulières^  de 
MM.  Ikurenoy  et  Élie  de  Beaumont  ;  Véiage 
des  mollasses,  des  falunsy  du  crag^  de  M,  Cor* 
dier  ;  V étage  moyen  des  terrains  supercrétacés^ 
de  M.  Huot  ;  terrain  tritonien^  de  M.  d'O- 
•malius  d'Halloy  ;  partie  de  la  période  mio- 
r^edeM.  Lyell;  les  faluns  de  Touraine;  le 
calcaire  moellon  ^  de  M.  Marcel  de  Ser- 
res ;  etCv  etc. 

Type  français,  à  Pontlevoy,  à  Montpellier; 
type  anglais j  le  crag  du  Sufiblk  ;  type  belge, 
le  crag  d'Anvers;  type  autrichien;  les  envi- 
rons de  Vienne  ;  typ9  américain,  les  environs 
d*£aston  (Maryland)  (Etats-Unis),  etc« 

Extension  géographique.  —  Nous  ne  pla* 
cerons  pas  ici  toutes  les  couches  alluviales 
et  superficielles  du  sol,  dont  TAge  est  plus 
ou  moins  contestable,  mais  seulement  les 

grands  dépôts  géologiques  marins .  ou  d'eau 
ouce,  dont  la  position  stratigraphique,  ainsi 
que  les  fossiles  quHIs  renferment,  ne  peu* 
vent  laisser  de  doute  sur  leur  Age  chrono- 
logique. 

Nous  ne  pouvons  plus ,  pour  cet  étage» 
nous  servir  des  mêmes  circonscriptions  géo- 
graphiqiies,  car  les  parties  françaises  du  bas- 
sin marin  anglo-pansien  se  sont  entièrement 
comblées,  à  Tépoque  précédente;  et,  quant 
è  la  France,  il  est  plus  logique  de  nous  ser- 
vir, pour  la  partie  marine  encore  existante, 
dû  nom  de  bassin  ligérien;  car  les  dépôts 
marins  se  concentrent,  pour  ainsi  dire^  dans 
la  grande  dépression  aue  forme  aujourd'hui 
le  bassin  de  la  Loire.  Nous  allons  donc  nous 
occuper,  d'abord,  du  bassin  ligérien,  où  les 
parties  marines ,  débris  des  mers  de  cette 
époque,  échappés  aux  révolutions  géologi- 

aues,  ne  forment  plus  que  des  lambeaux 
isséminés  çà  et  là  sur  une  extension  géo- 
graphiaue  comprise  de  l'est  à  l'ouest,  entre 
Loin^  (Loir-et-Cher)  et  les  environs  de  Di- 
nan  (Côles-du-Nord(,  d'un  côté,  et  de  l'autre, 
du  nord  au  sud  deDinan,  jusqu'à  la  Vendée. 
Voici,  du  reste,  la  liste  de  ces  lambeaux,  d'a«* 
près  les  travaux  de  MM.  Besnoyers,  Dujar- 
clin,  Toulmouchci  Rivière,  Ponceau,  etc. 
Dans  le  département  de  Loir-et-Cher,  on  en 
voit  d'abord  un  assez  vaste  lambeau,  qui 
s'étend  de  l'est  à  l'ouest,  àLoing,  à  Fresnes, 
à  Contres ,  à  Saint-Aubin ,  et  deux  autres 
petits  à  l'ouest,  l'un  près  de  Pontlevoy,  et 
l'autre  à  Thenay;  dans  l'Indre-et-Loire,  d'a- 
bord au  sud  de  Tours,  entre  l'Indre  et  la 
Vienne,  où  l'on  voit  plusieurs  lambeaux,  à 
Ferrières-Larçon  et  à  Cussay  :  d'autres  assez 
près,  à  l'est  de  Sainte-Maure  ;  sur  les  com- 
munes de  Bossée,  de  Manthelan,  du  Lou- 
roux,  de  Louans  et  de  Sainte-Catherine-de- 
**ierbois.  Un  petit  lambeau  existe  au  nord  de 
Tours,  à  l'ouest  de  Sablançay,  et,  bien  plus 
à  l'ouest,  s'en  retrouvent  encore  d'autres,  au- 
tour de  Savigné,  de  Courcelles,  de  Ghaunay, 
4e  Saint-Laurenl,  de  Meigné-ie^Vîcomte,  et 
des  Cléons.  Dans  les  Deux-Sèvres,  M.  de 
Vielbianc  en  a  reconnu  un  petit  lambeau  au 


sommet  du  mamelon  crétacé  de  Tourtenav. 
Dans  Maine-et-Loire,  on  eu  voit  encore  des 
lambeaux  auprès  de  Sdumur,  au  Coudray, 
à  Antoigné,  aux  environs  de  Doué,  à  Saint- 
Clément-de-la-Place,  à  Thorigné,  à  Saint- 
Georges,  à  Brigué,  à  Grezillé,  a  Notre-Dame- 
de-Louresse,  à  Ambillon,  à  Chavaignes ,  ï 
Tigné,  à  Aubigné,  autour  de  Gonnord» 
de  Joué,  au  Champ,  et  près  des  Alleads;  au 
nord  d'Angers,  un  lambeau  se  montre  à 
Sceaux  ;  dans  la  Vendée,  il  en  existe  a  la 
Grande-Chevrière  et  à  la  Gariopière.  On  en 
connaît  encore  dans  la  Loire-Inférieure,  aux 
environs  de  Nantes,  aux  Cléons,  à  Saint- 
Colombin,  près  de  Chflteaubriant,  à  Arton; 
aux  environs  de  Nort,  à  Saffré,  à  Cambon, 

Eres  de  Savenay  ;  près  de  la  Roche-Bernard, 
Sainte-Reine,  à  Saint-Liphard.  Dans  la 
Mayenne,  il  en  existe  à  Samt-I^urent-des- 
Mortiers;  dans  l'Ille-et-Vilaine,  auprès  d'A^ 
gentré,  dans  la  forêt  Duperte,  à  Saint-Jac- 
aues  et  à  Saint-Grégoire,  près  de  Rennes,  à 
1  est  de  Gahard,  à  l'ouest  de  Feus,  à  Tréme- 
heuc,  à  Chaus6èvre;  dans  les  Côtes-du-Nord, 
entre  Dinan  et  Bécherel ,  et  à  Saint-Juvat, 
près  de  Dinan. 

Le  second  bassin  maritime  français  de 
cette  époque  est  le  bassin  pyrénéen,  encore 
resté  a  peu  près  dans  les  mêmes  parages. 
C'est  peut-être  le  plus  connu  par  le  nomnre 
considérable  d'espèces  de  coquilles  qu'il  ren- 
ferme, étudiées,  tour  à  tour,  par  MM.  Jouan- 
net,  Bastérof,  Grateloup  et  Des  Moulins.  Les 
points  où  les  dépôts  marins  sont  le  mieui 
caractérisés  se  trouvent  d'abord  en  lambeaux, 
à  l'île  d'Oléron,  auprès  du  phare  de  Saint- 
Pierre,  où  M.  d'Orbigny  père  les  a  décou- 
verts. Ils  reprennent  ensuite  dans  la  Gironde, 
au  sud  de  Bordeaux,  où  les  localités  célè- 
bres de  Labrède,  de  Léognan,  de  Saucats,  de 
Saint-Médard,  de  Salles,  de  Mérignac  et  de 
Gradignan,  de  Martillac,  se  montrent,  pour 
témoigner  de  la  grande  extension  de  ces  dé- 
pôts, qui  reparaissent  aux  environs  de  Dai, 
où  ils  ont  été  si  bien  étudiés  par  M.  le  doc- 
teur Grateloup;  on  les  reconnaît,  en  effet,  au 
moulin  de  Cabanière ,  à  Dax ,  à  Saint-Paui, 
aux  Cabannes,  à  Mainot,  à  Saubrigues,  à 
Saint-Jean-de-Marsac,  à  Cazorditte,  à  Clastel- 
crabe  et  à  Mugron,  etc.,  etc. 

Le  bassin  méditerranéen  est  égalemant 
bien  circonscrit  à  cette  époque.  On  en  con- 
naît des  dépôts  marins  dans  l'Hérault,  aux 
environs  de  Montpellier,  où  ils  ont  été  étu- 
diés par  M.  Marcel  de4§erres«  Les  plus  belles 
locahtés  sont  à  Boutonnet,  près  de  Montpel- 
lier, dans  la  vallée  du  Château-d'Eau,  aux 
buttes  de  Marennes,  au  nord  de  Pézénas,  et 
à  Mousson.  On  retrouve  l'étage  dans  le  Gard, 
à  SommièreSy  à  Villeneuve-lez-AviRDOn,  au 
Pont- Saint -Esprit;  dans  les  Bouches-du- 
Rhône,  sur  la  côte  en  dehors  de  Martigues, 
à  la  Couronne,  à  Garry,  où  M.  Honoré  Mar- 
tin a  recueilli  tant  d'espèces;  au  plan  d'Acen, 
à  Rognes,  à  Lambesc,  à  Salon,  a  Lançon,  à 
Aix,  à  Saint^lannal,  au  bord  de  l'éUnK  de 
Valduc,  à  Barbentanne,  àFoz  ;  daus  led^r- 
tement  de  VaucFuse,  à  Vedènes,  aux  Angles, 
prè«  d'Avignon,  à  Bollène  ;  aux  environs  de 


M 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FAI 


GijKomias ,  au  plateau  ce  Saint-Amand,  au 
Tiila^e  de  Maseou,  à  Vasquieras,  à  Beaumes» 
à  Caromb;dansJa  Drôinc,à  Sainl-PaaMroi»- 
ChâteauXf  à  Suze,  à  Mont-Ségury  h  Saint- 
Jtfan-de-Royan,  à  Saint-Jusl,  à  1  est  de  Saint- 
Restitul»  à  Clausayes.  La  continuation  des 
iLèaies  dé|)ôls,  suivant  les  recherches  de 
M.  Scipion  Gras,  se  voit  dans  ]es  Basses- Al- 
lées, à  Cereste,  au  mont  Justin,  à  Beillanne, 
et  se  continue  au  nord- est  en  passant  par 
Lincel,  Saint-Miche),  jusaue  bien  au  delà  de 
Forcalquier.  Cn  autre  Jambeau  se  voit  au 
sud-est,  à  Sainte-Tulle,  en  passant  par  Ma- 
nosque,  jusqu'à  Volve.  D'autres  suivent  la 
direction  du  uord-nord-est,  et  se  remarquent 
à  Gana^obie,  à  Peyrcies  ;  et  une  bande  com- 
mence à  Valonne,  Sourribes,  Baudument, 
Abron,  Melanet  Saint-Lambert.  Deux  autres 
se  voient  au  sud-ouest  de  Digne,  à  Gaubert 
et  auprès  de  Mezel  ;  à  Cbâteauredon,  à  Ta- 
naron.  On  voit  Tétage  dans  llsère,  à  Vo- 
reppe,  à  Voiron,  à  PrOTejsieux,  d'après 
M.  Gras;  dans  TAin,  à  Bourg,  à  Romaigneu, 
à  Saint-Martin-de-Bavel,  à  Sevssel,  à  Cha- 
uay  ;  dans  la  Savoie,  aux  bords  nord-ouest 
du  lae  du  Bourget;  en  Suisse,  au  canton  de 
Friiiourg,  au  mont  Molière,  à  Vavey,  près 
uu  lac  de  Neufcbâtel;  au  cantoûdeNeufchâ- 
te!,  à  la  Chaux-de-Fonds,  à  Sainl-Gall;  dans 
le  cauton  de  Vaud,  à  Sainte-Croix;  dans  le 
canton  de  Berne,  à  Utzigen,  sur  les  pentes 
du  Buchelberg,  vers  Messen.  En  Argovie, 
M.  Auder  Ta  rencontré  à  Britbeau,  près  de 
Zofingen. 

La  continuation  des  lambeaux  de  la  Pro- 
vence se  voit  encore,  d'un  cdté,  dans  le  Var, 
è  ieannet,  à  28  kilomètres  au  nord-est  de 
Grasse,  à  Tourretles-lez-Vence,  à  Vence  et 
à  Pegomas,  à  Biot,  près  d'Antibes,  à  Fréjus, 
entre  Fréjus  et  Saint-Raphaël  ;  dans  le  comté 
de  Nice  et  en  Piémont,  aux  collines  de  Tu- 
rin, à  Dertona,  au  Castel-Nuoro,  à  Rivalba, 
à  Sainte-Agathe,  près  de  Tortona,  si  habile- 
ment étudiés  par  MM.  Sismonda,  Gastaldi, 
Micbelotti  et  Bellardi;  dans  l'Ile  de  Corse,  à 
Bonifacio,  à  Balestro,  à  Santa-Mouza,  à  Ajao- 
cio,  à  Fontana-Canna,  à  Tumazza;  à  Civita- 
Veccbia  ;  de  l'autre,  en  Catalogne  et  dans  le 
royaume  de  Grenade,  en  Es^iagne;  en  Por- 
tugal, dans  les  environs  de  Lisbonne,  sur  le 
Tage. 

La  continuation  de  ce  même  bassin  mé- 
diterranéen se  retrouve  en  Algérie,  près 
d'Alger,  d'Oran ,  au  désert  de  Sahara  ;  dans 
lUe  de  Sardaigne,  dans  l'Ile  de  Malte;  sur 
quelques  poinU  de  l'Italie,  à  Schio,  à  Polsa- 
eno  (Vicentin)  ;  sur  une  infinité  de  points  de 
&  Grèce,  surtout  dans  la  plaine  d'Argos; 
dans  les  tles  de  Spezzia,  de  Crète  et  de  Ca- 
prée.  En  Morée,  dans  la  Turquie  d'Enrope, 
M.  Viquesnel  Fa  rencontré  dans  les  vallées 
des  principaux  affluents  du  Danube ,  où  cet 
étage  forme  des  terrasses  oui  accompagnent 
le  cours  de  la  Saxe,  du  Koloubara  et  du  Da- 
nube. Le  Taurus  en  montre  entre  Bostane- 
son  et  Selefke,  où  H.  -de  TchihatchefT  l'a 
trouvé.  En  Autriche,  dans  le  bassin  de  Vienne 
M  bien  exploré  par  MM.  de  Hauer  et  Partch, 
à  Steinabrunn,  à  Gaimfarem ,  à  Tfussdoif,  à 


Anzerfeld,  à  Baden,  à  Neustadt,  à  Sarajtadat, 
à  Piesting.  à  Brunn,  à  Ebersdorf ,  à  Euzers* 
dorf,  à  Aralsee»  etc.  ;  dans  la  plus  grande  partie 
de  iaStyrie,  d'après  M.  Boue,  d'où  il  se  prolon- 
gerait dans  les  plaines  de  la  Bongie,  dans  1c 
centre  de  la  Carinthic,  et  dans  la  Croatie, 
dans  laGallicie,  à  Leroberg;  dans  la  Polo- 
gne, à  Zoukouce,  à  Warowe,  à  Poczacow; 
dans  la  Crimée  ;  dans  la  Bessarabie,  à  Kichi- 
nev, à  I>outchina,  sur  le  Dniester,  à  Neu- 
koustantinow,  à  Tessow,  à  Gregoriopol; 
danslaPodolie,à  Krzemiemia,  à  Kamiouka, 
à  Tamaruda;  dans  la  Wolhynie,  Szuskowce, 
près  de  Bialozurka»  à  Jukowce,  à  Bilca,  à 
Salisze. 

Cn  bassin  spécial,  qui  parait  avoir  sa  con- 
tinuation en  Belgique,  commence  en  Angle- 
terre, où  il  couvre  une  partie  du  Suffolk  et 
du  Norfolk,  et  est  connu  sous  le  nom  de 
crag,  M.  Lyell,  qui  l'a  parfaitement  étudié, 
le  divise  en  quatre  parties  successives,  en 
commençant  par  les  couches  inférieures  de 
ces  quatre  divisions.  Nous  croyons  que  les 
trois  inférieures,  le  crag  à  palypierg^  U  crag 
rouge  de  Suffolk.,  et  rancien  crag  de  Norwich^ 
dépendent  de  cet  étage. 

Voici  encore  des  parties  où  cet  étase  parait 
exister  :  dans  la  Hesse,  à  Cassel,  étuoiées  par 
H.Thilippi;  peut-èlrc  doit-on  y  réunir  en- 
core le  Lîassin  de  Mayence,  si  toutefois  il 
ne  dépend  pas  de  l'étage  tongrien.  D'après 
&L  Murchison,  il  existe  encore,  en  grandes 
surfaces,  dans  la  Transylvanie,  tout  autour  de 
la  mer  Noire,  dans  la  Valachie,  la  Moldavie, 
la  Bessarabie  et  la  Tauride.  Une  autre  vaste 
étendue  existerait  à  l'est  de  la  mer  Cas- 
pienne, etc. 

D'après  les  savantes  rechercbesdeMM.Con-' 
rad,  Morton,  Lea  et  Lf  eil,  une  ^ande  sur- 
&ce,  dans  les  Etats-Unis  d'Amérique,  borde- 
rait l'Océan  Atlantique,  principalement  dans 
le  New- Jersey,  à  Cumberiand-County;  dans 
le  Delaware,  dans  le  Maryland. 

Nous  voyons  cet  étage,  dans  l'Amérique 
méridionale,  occuper  une  vaste  surface  à 
l'ouest  des  Andes,  depuis  la  côte  de  Feli- 
ciano,  province  d'Entre-Rios,  jusqu'à  l'ex- 
trémité de  la  Patagonie  ;  il  est  surtout  visi- 
ble dans  la  république  Argentine,  à  Feli- 
ciano.  D'après  les  savantes  recherches  du 
capitaine  Granit,  l'étage,  iMrfaitement  carac- 
térisé, formerait  une  lisière  méridionale 
près  de  la  côte  de  toute  la  province  de 
Cutch,  dans  les  Indes  orientales.  Les  plus 
riches  localités  en  fossiles  sont  Soomrow, 
Cheeosir,  Joonagrea  et  Kotra.  M.  Walter 
Mantell  l'a  découvert  à  Middie-lsland  (Nou- 
velle-Zélande). 

Maintenant  que  nous  avons  donné  Tex- 
tension  des  couches  marines,  nous  allons* 
citer  rapidement  quelques  points  où  se 
trouvent  les  dépôts  lacustres  qui  paraissent 
dépendre  de  cette  même  époque  :  les  envi- 
rons d'Agen  (Lot-et-Garonne),  Monpazier  et 
Beaumont  (Dordogne)  ;  les  environs  d'Auch, 
et  principalement  le  célèbre  dénôt  de  San- 
san,  exploré  par  M.  Lartet;  Mandillot,  Saint- 
Paul,  Mainot  (landes),  la  Caunette,  Saint- 
Chinian   (Hérault),    Concurron    (Vauclu- 


lIlLliUSN.   DE   COSMOGOTIIE  ET  DE  PaLÉO^ITOLOGIE. 


16 


491 


FAL 


DiCTiONrsAinE  m;  gosmog<m«e 


FAL 


4» 


se),  ele.,  etc.  ;  dans  Tlndoiistan,  le  sud  des 
monts  ffimalaya,  entre  le  cours  do  rapide 
Setledge  et  du  Brahmapoutre  ;  en  Birmanie, 
le  bassin  de  riraou«iday,  dont  M.  Cautley  a 
décrit  Tadmirable  faune  terrestre. 

Après  tout  ce  qui  a  été  dit  sur  Tâge  relatif 
(}e  I  éta^e  fâluniën,  nous  n'aurons  pas  beau- 
lîoup  à  insister  pour  prouver  qu'il  est  posté- 
rieur à  l'étage  tongrien.  Lorsque,  dans  le 
bassin  parisien,  on  poursuit  au  dehors  la 
formation  d'eau  douce  que  nous  avons  vue, 
À  Etampes,  recouvrir  la  formation  marine, 
on  voit,  sur  quelques-uns  des  points  où 
nous  avons  signalé  cet  étage,  dans  les  dépar- 
tements de  Loir-et-Cher  et  d'Indre-et-Loire, 
notamment  à  Pontlevoy,  à  Savigné  et  k 
Louans,  les  premiers  dépôts  de  faluns  repo- 
ser immédiatement  dessus.  On  reconnaît 
même  que  ces  dépôts  lacustres,  certaine- 
ment consolidés,  ont  été  souvent  percés  par 
les  pholades  et  autres  coquilles  perforantes 
de  l'étage  falunien,  comme  à  Pontlevoy; 
ainsi,  de  ce  côté,  les  faluns  ont  évidemment 
succédé  à  l'éla^e  tongrien.  Dans  le  bassin 
pyrénéen,  on  voit  de  même  les  faluns  jaunes 
succéder  régulièrement,  autour  de  Bor- 
deaux, comme  à  Dax,  et  surtout  à  Saint- 
Justin,  aux  dernières  couches  de  calcaires  à 
astéries  ou  de  faluns  bleus.  La  même  super- 
position existe  en  Belgique  ;  aussi  ne  reste- 
t-il  aucun  doute  sur  la  succession  régulière 
et  chronologique  de  l'étage  falunien  sur 
l'étage  tongrien. 

Les  caractères  stratigraphiqpies  différen- 
tiels qui  distinguent  l'étage  falunien  de 
l'étape  tonsrieh,  ont  été  énumérés  à  l'étage 
précèdent.  Nous  n'avons  donc  plus  qu'à  re- 
chercher les  limites  stratigrapniques  supé- 
rieures de  l'étage.  Ces  limites  sotit  marquées 
£ar  des  discordances  de  toutes  sortes.  D'abord 
[.  Elie  de  Beaumont  place,  entre  cet  étage 
et  rétage  subapennin,  son  système  des  Alpes 
occidentales,  dont  la  dislocation  est  dirigée 
du  S.  26*  O.  au  N.  26**  E.,  et  qui  a  isolé  les 
couches  fïiluniennes  sur  toutes  ces  parties 
du  bassin  méditerranéen.  Voici,  du  reste, 
encore,  les  nombreuses  discordances  d'isole- 
ment qui  existent  en  France,  et  prouvent 
des  allures  distinctes  entre  les  étages  falu- 
nien et  subapennin.  On  trouve  l'étage  falu- 
nien isolé  sans  l'étage  subapennin,  d'abord 
sur  tous  les  nombreux  points  du  bassin  ligé- 
rien,  où,  sans  exception,  les  dernières  cou- 
ches faluniennes  ne  sont  recouvertes  par 
aucun  dépôt  subapennin  marin.  Il  parait  en 
être  de  même  dans  tout  le  bassin  pyrénéen, 
où,  jusqu'à  présent,  les  dépôts  faluniens  de 
Bordeaux  et  des  Landes  sont  encore  les  der- 
niers dépôts  marins.  On  peut  dire  la  même 
chose  des  dépôts  marins  des  déparlements 
du  Gard,  de  Vaucluse,  de  la  Drôme,  des 
Basses-Alpes,  de  TAin,  de  tous  les  points  de 
la  Savoie  et  de  la  Suisse,  et  du  bassin  médi- 
terranéen. Le  même  fait  existe  en  Corse  et 
SUT  une  iuQnité  de  localités  qu'il  est  inutile 
de  mentionner  ici,  ce  que  nous  venons  de 
dire  étant  suffisant  pour  prouver  qu'il  y  a  eu 
entre  l'étage  falunien  et  l'étage  subapennin, 
dons  la  circonscription  des  mers,  un  grand 


changement  qui  correspond  à  la  discorduce 
la  plus  complète  et  (a  plus  tranchée,  discor- 
dance parfaitement  en  rapport  avec  les 
limites  des  fatuies  respectives  que  ces  deux 
étages  renferment  sur  les  points  isolés.  On 
trouve,  de  plus,  l'étage  subapennin  isolé, 
sans  l'étage  falunien,  dans  les  Pyrénées- 
Orientales,  ce  qui  prouve  encore,  dans  les 
deux  étages,  la  complète  indépendance  d'al- 
lures qui  leÈ  distingue  parfaitement. 

Déductions  tirées  de  la  position  des  cou* 
ehes.  —  En  étudiant  les  petits  lambeaux  de 
cet  étage  disséminés  sur  tout  le  grand  bassin 
de  la  Loire  et  sur  une  partie  de  la  Bretagne, 
depuis  le  département  de  Loir-et-Cher  jus^ 
()u  aux  Côtes-dn-Nord,  la  presque  horizon- 
talité des  couches  et  Tanalogi^  complète  des 
faunes  qu'elles  renferment  démontrent  bien- 
tôt que  ces  lambeaux  sont  les  restes  d'un 
seul  et  même  tout,  qui  devait  constituer 
une  mer,  dont  les  gigantesques  dénudations 
postérieures,  produites  par  les  eaux,  n'ont 
plus  laissé  que  quelques  parcelles.  Les  par- 
ties existantes  ae  ce  bassin  marin,  compa- 
rées, en  effet,  aux  parties  dénudées  qui  les 
séparent,  ne  sont  plus,  en  surface,  que  dans 
le  rapport  d'un  à  cent.  Il  a  donc  fallu  que 
ces  dépôts,  d'abord  répandus  sur  toute  la 
surface  renfermée  par  ces  lambeaux,  aient 
été  ensuite  enlevés  sur  les  qtiatre"vingt'dix' 
neuf  centièmes  de   leur  surface  première. 
C*est  peut-être  l'un  des  faits  les  plus  curieux 
et  les  plus  concluants  pour  prouver  qu'avec 
une  impétuosité  inconnue  dans  les  causes 
physiques  ordinaires  les  eaux  ont  balayé  la 
^rface  de  ces  contrées  pendant  assez  long- 
temps pour  au 'en  deux  époques  géologiques 
seulement  elles  aient  pu  enlever  une  surface 
aussi  considérable;  car  il  ne  faut  pas  oublier 
qu'il  n*y  a  eu,  depuis  que  ces  mers  exis- 
taient, jusqu'à  nous,  que  la  perturbation 
finale  de  cette  mémo  époque,  et  la  perturba- 
tion finale  de  l'étage  subapennin,  qui  a  pré 
cédé  notre  arrivée  sur  la  terre.  Nous  ne  sau- 
rions donc  trop  insister  sur  ce  morcellctnent 
très-important,  la  preuve  là  plus  évidente 

Sue  nous  puissions  donner  du  mouvement 
es  eaux,  gui,  d'après  tous  les  faits  existants» 
parait  avoir  marqué  la  fin  de  chaque  grande 
époque  géologique,  plutôt  que  des  change- 
ments de  température  ou  de  milieux  d'exis- 
tence, que  les  recherches  géologiques  nous 
dénotent  n'avoir  pas  existé. 

Dans  le  bassin  pyrénéen,  la  disposition 
des  couches  prouve  qu'elles  ne  sont  pas 
ddns  une  nouvelle  mer  spéciale  à  cette  épo- 
que, comme  il  arrive  pour  le  bassin  ligé- 
rien;  mais  que,  comme  pour  les  époques 

{îrécédentes,  elles  se  sont  déposées  dans  un 
)assin  préexistant,  qui  s'étendait  de  Léo- 
gnan  (Gironde)  jusqu'au  sud  de  Dax  (Lan- 
des), et  remplissait  tout  l'intervalle.  Les  par- 
ties des  faluns  qu'on  retrouve  sur  -beaucoup 
de  points  sont  encore  dans  la  position 
qu'elles  occupaient  lors  de  leur  dépôt, 
n'ayant  nullement  été  dérangées  depuis,  si 
ce  n'est  qu'elles  ont  également  suhl  l'effet 
de  nombreuses  dénudations. 
A  côté  de  ces  bassins  morcelés,  oh,  pour 


4SS 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FAL 


i94 


ainsi  dire  intacts,  existant  dans  l'ouest  de  la 
France,  od  les  dislocations  du  sol  sont  bien 
plus  ataciennes,  que  trouTons-nous  en  Pro- 
rencé,  dans  lé  grand  bassin  méditerranéen? 
(ci  aucune  couehe  n^est  intacte;  toutes  ont 
f|!us  ou  moins  subi  Tinfluence  de  disloca- 
tions postérieures  du  sol,  qui,  dliorizontalcs 
4u*clles  étaient,  les  a  placées  sur  toutes  les 
uclinaisons,  depuis  la  ligne  presque  bori- 
^ntale  jusqu^è  fa  ligne  verticale.  C*est  ainsi 

Ju'onles  a  observées  à  Carry,  et  sur  une  in- 
nité  de  points  des  Alpes  ou  de  la  Provence. 
On  voit  donc,  en  résumé,  dans  les  bassins 
ligérien  et  pyrénéen,  des  couches  qui  ont  à 
peine  subi  quelques  dérangements  depuis 
leur  dépAt,  tandis  qu'en  Provence  et  dans 
les  Alpes  elles  ont  certainement  subi  l'effet 
immédiat  de  dislocations  postérieures.  Soit 
par  les  dénudations,  soit  par  le  manque' de 
parallélisme,  on  y  retrouve  les  traces  certain 
nés  d'une  révolution  géologique.  La  discor- 
dinre  complète  des  couches  de  cet  étage 
avec  les  couches  crétacées  qui  les  supportent 
annonce  que  les  terrains  crétacés  avaient 
antérieurement  éprouvé  en  Provence  les 
elTets  d*une  dislo(^tion  considérable. 

Composition  minéralogique.  —  Nous  cite- 
n^DS  comparativement  quelaues  points,  pour 
irriver  h  des  conclusions  ultérieures.  Voyons 
J'abord  le  bassin  ligérien.  Aur  Cléons,  près 
Je  Xantes,  on  trouve  aux  parties  inférieures 
on  calcaire  friable,  composé  particulière- 
ment d'^  nombreux  bryozoaires  brisés,  en 
oouchcs  horizontales,  au-dessus  de  petits 
cailloux,  des  couches  calcaires  à  bryozoai- 
res, des  buttres  mêlées  de  cailloux  roulés, 
Jes  calcaires  k  bryozoaires  et  à  lérébratules; 
le  tout  recouvert  de  cailloux  roulés  et  d'huî- 
tres. A  Lempes  (Indre-et-Loirej ,  les  couches 
Je  faluns  composées  de  coquilles,  les  unes 
intactes,  les  autres  roulées,  mélangées  de 
sable,  de  petits  cailloux,  le  tout  friable.  Ici 
ces  faluns  forment,  entre  des  lits  horizon- 
taux, de  petits  lits  inclinés  en  sens  inverse» 
c:  super|)osés  les  uns  aux  autres.  Sous  les 
faluns  de  la  Touraine,  quand  on  arrive  aux 
couches  inférieures ,  on  trouve ,  sur  beau- 
coup de  points,  des  calcaires  jaunes  entier 
leoieat  composés  de  bryozoaires,  comme 
eeox-des  Géons.  Cette  couche  à  bryozoaires 
est  surtout  commune  dans  le  déparlement 
de  Maine-et-Loire,  à  Louvisse,  à  Chavaigues, 
où  les  couches  sont  souvent  formées  de  JiU 
inclinés  en  sens  divers,  alternant  avec  des 
lits  horizontaux,  produits  par  les  courants, 
oooime  ceux  des  faluns.  Les  couches  infé- 
rieures ont  généralement  des  cailloux  et  des 
fossiles  crétacés  remaniés.  Dans  le  bassin 
pyrénéen,  on  trouve  à  Sauçais,  d après 
îf .  Dufrénojr,  d'abord  une  mollasse  compo- 
sée d'un  calcaire  K  ciment  cristallin,  empâité 
i'ane  grande  quantité  de  débris  marins^ 
pvûs  des  marnes  coquillières  friables,  qui 
oasbent,  vers  les  parties  supérieures,  à  des 
aluns  composés  de  sable  jaune,  renfermant 
oeaneoup  de  coquilles  intactes  non  roulées, 
ti  souvent  avec  les  deux  valves.  On  voit, 
Taprés  M.  ]>eIbos,  entre  les  faluns  jaunes 
le  Saucats  et  ceux  de  Hérignac,  qu'il  s'est 


déposé  une  couche  lacustre,  visible  à  Sau- 
cats,  à  Labrède,  à  Méri^ac.  Dans  le  bassin 
méditerranéen,  aux  environs  de  Montpellier, 
d'après  M.  Marcel  de  Serres,  on  trouve,  aux 
parties  inférieures,  des  marnes  sablonneuses 
a  coquilles  marines  et  fluviatiles;  au-dessus 
^ont  des  roches  calcaires  de  sable  et  do 
marne,  que  M.  Marcel  de  Serres  appelb 
calcaire-moellon.  Les  couches  les  plus  supé- 
rieures sont  formées  de  sable.  A  Carry 
(Bouches-du-Bhône) ,  où  l'on  peut,  dans  des 
coupes  naturelles,  au  bord  de  la  mer,  suivre 
toute  la  formation  depuis  les  couches  les 
plus  inférieures,  voici  ce  que  l'on  trouve  : 
d'abord ,  au  Rouet-de-Carry,  des  couches  de 
poudingues  fortement  inclinées,  formées  de 
galets  enlevés  aux  couches  néocomiennes 
sur  lesquelles  elles  reposent  en  couches  dis- 
cordantes, mélangés  à  ces  cailloux  noirâtres 
dits  cailloux  de  la  Durance  ou  de  la  Crau; 
sur  ces  poudingues,  une  série  d'alternance 
de  couches  de  mollasse  calcaire  et  d'areiles 
rouges,  de  sables  purs,  de  sables  arçileux 
durcis,  et  d'une  roche  composée  de  cailloux 
avec  coquilles.  Les  coquilles  de  toutes  ccS 
couches  n'y  sont  pas  roulées,  mais,  au  con- 
traire, souvent  entières,  ou  même  dans  leur 
position  normale  d'existence.  A  Vence,  près 
de  Grasse,  comme  en  Corse,  ce  sont  des  cal- 
caires entièrement  formés  de  débris  marins 
et  contenant  un  grand  nombre  d*échinides, 
surtout  des  clypeasier.  La  grande  variété  de 
composition  minéralogique  de  cet  étage 
prouve  que,  comme  les  mers  actuelles,  il 
était  soumis  à  toutes  les  influences  diverses 
des  causés  actuelles. 

Puisiance  connue.  — L*épaisscurde  Tétage 
est  très-variable,  suivant  les  lieux.  On 
trouve  les  dépôts  les  plus  épais  dans  le  bassin 
méditerranéen.  Dans  le  département  de  Vau- 
cluse ,  M.  Eugène  Raspail  lui  a  reconnu 
jusqu^à  200  mètres.  Sur  quelques  points  des 
Basses -Alpes,  H.  Scipion  Gras  y  a  trouvé 
jusqu'à  300  mètres  de  puissance,  ce  qui, 
avec  le  nombre  considérable  de  débris  d'ani- 
maux marins  des  autres  bassin^,  annoii::e 
une  longue  durée  de  celte  épo<]ue  remar* 
quable»  la  plus  riche  de  toutes,  jusqu'à  pré- 
sent, en  corps  organisés  fossiles. 

Dédtactions  tirées  de  la  nature  des  sédiments 
et  des  fossiles.  — Sur  ce  sujet,  non-seulement 
chaque  bassin,  mais  aussi  chaque  localité 
pourrait  nous  donner  des  déductions  cu- 
rieuses, pour  prouver  que  tous  les  iait^ 
actuels  existaient  dans  les  époques  passées, 
où  les  mers  et  les  continents  étaient  soumis 
à  toutes  les  causes  physiques  d'aujourd'hui. 
Nous  en  citerons  seulement  quelques  exem- 
ples pris  entre  mille. 

Suivant  je  résultat  des  bits ,  nous  avons 
dit  que  chaque  époque  a  dû  comniencer  par 
des  dépôts  forgaés,  même  pendant  l'agitation 
des  eaux,  des  parties  Jes  plus. pesantes  des 
matériaux  sédimentaires  qui  existaient  dans 
les  bassins  .'nouvellement  formés  Les  bassins 
méditerranéen  et  ligérien  nous  en  donnent 
la  preuve. Quand  on  considère,  par  exemple, 
la  composition  des  premières  couches  du 
Rooet-de-Garrv  ^Bouches-du-Rbône),  il  est 


4M 


PAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


FAL 


m 


impossible  d'en  douter  un  nstant.  Les  énor- 
mes cailloux  de  calcaire  néocomicn ,  évi- 
demment enlevés  sur  le  même  point  à  c^t 
étage,  sur  lequel  il  repose,  ainsi  que  les 
nombreux  galets  de  la  Durance ,  semblables 
jk  ceux  de  la  Grau  qui  les  accompagne, 
prouvent  non^seulement  que  le  mouvement 
des  eaux  a  déposé  les  débris  voisins  pris 
«ux  roches  sous-jacentes  ,  mais  encore  qu'il 
en  a  apporté  de  loin  pendant  ce  mouvement 

fénéral.  Le  même  lait  parait  exister  sur 
eaucoup  de  points  de  la  Provence.  On  voit 
clairement  que  ces  premiers  dépôts  ont 
même  précédé  Tanimalisation  de  1  époque , 
puisqu  ils  ne  sont  mélangés  à  aucun  corps 
organisé.  Les  corps  organisés  remaniés  à 
l'état  fossile ,  qu'on  trouve  ailleurs ,  nous 
donnent  encore  la  preuve  de  ce  mouvement; 
on  en  voit  surtout  un  exemple  remarquable 
près  de  Clausayes  (  Drftme  ) ,  où  Ton  .trouve 
des  ammoniteset  beaucoup  d'autres  coquilles 
<Ie  l'étape  crétacé  albien  remaniées  dans  les 
sables  jaunes  de  l'étaj^e  falunien.  Dans  la 
Touraine  et  dans  le  Maine,  on  remarque  des 
faits  analogues.  Souvent,  les  couches  infé- 
rieures renferment  un  plus  grand  nombre 
de  galets  que  le  reste,  et  Ton  y  remarque, 
comme  aux  environs  de  Doué ,  ainsi  que  Ta 
observé  M.  Ponceau,  que  ces  premières 
couches  déposées  renferment  des  ostrea  co^ 
îumba  de  l'étage  cénomanien ,  remaniées  à 
l'étal  fossile  dans  l'étage  falunien. 

Les  parties  terrestres ,  soit  isolées  »  soit 
superposées  ou  même  intercalées  entre  des- 
couches  marines ,  se  remarquent  sur  beau- 
coup de  points  différents  de  la  France  »  et 
nous  en  citerons  seulement  quelques-unes. 
Peut-être  doit-on  rapporter  a  cette  époque 
cette  vaste  surface  comprise  entre  Albi  et 
Castres;  mais  pour  les  localités  deMandillot, 
de  Saint-Paul ,  de  Mainot  (Landes),  et  sur- 
coût celles  de  Saucats,  de  Labrède  et  de  Mé- 
rignac,  11  ne  peut  exister  de  doute,  pas  plus 

Sue  pour  les  calcaires  lacustres  contenant 
es  lymnées  et  des  planarbes,  aux  environs 
de  Montpellier.  On  trouve  des  coquilles 
terrestres  (hélices)  et  des  ossements  de 
mammifères,  avec  les  coquilles  marines  des 
faluns  de  la  Touraine  ;  ce  qui  annonce  que 
des  affluents  terrestres  y  venaient  terser 
leurs  eaux  et  apportaient  ces  restes  d'ani- 
maux terrestres.  M.  d'Orbigny  a  remarqué 
sur  les  bords  du  Rio-Negro,  en  Patagomei 
entre  les  bancs  que  forment  les  j^rès,  ces 
empreintes  physiques  des  ondulations  lais- 
sées par  la  mer  lorsqu'elle  se  retire  ;  elles 
sont  là,  des  plus  communes  et  des  mieux 
marquées. 

La  grande  abondance  de«  coquilles  de 
gastéropodes  et  d'acéphales ,  qu'eu  rencontre, 
réuniesdans  toutes  les  falunières  de  la  Tou- 
raine, dans  le  bassin  ligérien ,  aux  environs 
de  Bordeaux ,  de  Dax ,  dans  le  bassin  pyré» 
iréen,  et  dans  les  calcaires  ou  les  sables  de 
Garr^  (Bouchesndu-Rhtoe  ),  et  dans  le  bassin 
méditerranéen,  annonce,  non  des  dépôts 
eètiers  faits  sur  le  littoral ,  comme  quelques 
auteurs  Tont  pensé,  mais  bien  des  dépôts 
formés  dans  une  mer  peu  profonde  au-des^ 


sous  du  balancement  des  marées.  Les  couches 
horizontales  des  faluns,  ou  même  les  petits 
lits  inclinés  qui  les  séparent,  dénotent  des 
dépôts  non  formés  sous  rinfluence  de  la 
vague ,  dont  l'effet  est  de  tout  mélanger  sans 
laisser  de  couches  ni  de  lits  proprement  dits. 
Pour  nous,  en  jugeant  par  comparaison,  les 
dépôts  de  Léognan,  de  Saucats,  se  sont 
formés  dans  une  mer  tranquille,  au-dessous 
des  marées,  tandis  que  les  dépôts  de  faluns 
de  la  Touraine  ont  été  charriés  par  de  vio- 
lents courants ,  qui  ont  même  plusieurs  fois 
changé  de  direction ,  ce  qu'annonce  l'incli- 
naison en  sens  inverse  des  petits  lits  de 
dépôts  de  sable  falunien.  Le  même  fait  existe 
dans  le  Suffolk,  en  Angleterre. 

Nous  avons  vu ,  dans  les  causes  actuelles, 
que  les  mollusques  bryozoaires,  les  braihio- 
podes  et  quelques  échinodermes  vivaient 
toujours  dans  des  zones  spéciales  profondes^ 
et  en  même  temps  soumises  à  des  courant^. 
Ces  résultats,  appliqués  aux  causes  passées» 
nous  prouvent  que  ces  nombreuses  couches 
de  calcaire,  composées,  presque  entière- 
ment de  bryozoaires,  qu'on  trouve  aux 
Cléons,  à  Chavaignes,  aux  environs  de  Doué; 
au-dessous  des  faluns,  à  Manthelan,  et  sur 
une  infinité  de  points  du  bassin  ligérien, 
ont  dû  être  déposées  dans  des  parties  pro- 
fondes des  mers,  soumises  néanmoins  à 
l'action  des  courants;  car  les  débris  forment 
encore  des  lits  inclinés,  comme  ceux  que 
nous  avons  décrits  dans  les  étages  batno* 
nien,  coralien  et  parisien.  Les  couches  à 
échinides  de  Vence,  de  l'île  de  Corse  et  de 
la  Sardaigne,  sont  encore  des  dépôts  pro* 
fonds  sous-marins  d'une  autre  nature. 

Oscillationê  du  $oL  — Deux  circonstances 
de  dépôt  nous  démontrent  que  les  oscilla- 
tions du  sol  existaient  durant  répoaue  falu- 
nienne  :  d'abord ,  le  changement  brusque 
de  nature  de  dépôt  que  nous  avons  signalé 
sur  quelques  points  du  bassin  ligérien.  Lors- 
que nous  voyons,  par  exemple,  à  Manthe- 
lan, des  couches  de  calcaire,  oik  Von  ne 
trouve  que  des  bryozoaires,  presque  sans 
mélange,  et  dénotant  une  mer  profonde, 
être  immédiatement  recouvertes  par  des  fa-^ 
luns,  au  contraire  avec  très-peu  de  bryo- 
zoaires ,  et  contenant  principalement*  des 
gastéropodes  et  des  lamellibranches,  que 
Ton  sait  n'exister  en  erand  nombre  que 
peu  &a«>dessous  du  balancement  des  ma- 
rées ;  des  oscillations  du  sol  peuvent  seu- 
les nous  expliquer  ces  changements  su- 
bits. La  superposition ,  comme  à  Saucats,  à 
Labrède,  à  Mérignac  (Gironde),  d'abord  d'un 
dépôt  marin,  puis  d*an  dépôt  lacustre,  en- 
core recouvert  d'un  second  dépôt  marin,  le 
tout  durant  une  seule  période  géologique,  ne 
saurait  aussi  s'expliquer  i|ue  par  1  eflet  des 
oscillations.  Pour  que  cette  succession 
existe ,  il  a  fallu ,  d'abord,  une  surélévation 
des  parties  sous-marines  de  Saucats,  au- 
dessus  des  eaux  de  la  mer,  ensuite  un  laps 
de  temps  considérable  pour  que  oc  point  se 
couvre  d'animaux  lacustres  fluviatiles  ;  puis, 
enfin,  pour  que  des  dépôts  marias  viennent, 
de  nouveau,  recouvrir  ces  dépôts  terrestres. 


07 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FAL 


iM 


il  a  fallu  certainement  un  aflaissemenl  local 
considérable.  Ces  exhaussements  et  ces  af- 
iâissements  sont,  comme  nous  Tarons  dit,  le 
fut  des  oscillations  du  sol 

Perturbaiion  finale.  —  Nous  ayons  attribué 
à  la  perturbation  finale  de  Tétage  ce  morcel* 
lemant  remarquable  de  toutes  les  parties 
éparses  de  cet  étage  sur  le  bassin  ligérien, 
{Mjr  suite  de  dénudations  considécables.  Les 
caillou  et  les  grosses  butlres  roulées,,  qui 
forment  généralement  les  dernières  couches 
des  différents  lambeaux,  amèneraient  encore 
à  ces  conclusions;  car  elles  sont  le  produit 
évident  d*un  grand  mouvement  dans-  les 
eaux.  La  position  du  lambeau  de  Doué,  placé 
dans  une  dépression  du  sol  viendrait  corro* 
borer  cette  opinion.  Il  n*a  évidemment  été 
conservé  que  par  suite  de  sa  position  abri- 
tée, donnant  moins  de  prise  à  Teffet  des 
eaux. 

Peut-être  pourrait-on  rapporter  à  ce  raou- 
Tcment  tinai  des  eaux  les  dépôts  d^animaux 
mammifères  flottants ,  comme  ceux  de  Sau- 
san,  dans  le  Gers,  autour  d'Auch.etde  quel- 
ques points  de  TAuvergne  ,  étudiés  par 
MM.  Croiset,  Delesert  et  Bravard.  La  réu- 
nion extraordinaire  des  ossements  d'ani- 
maux yertébrés  qu*a  rencontrée  M.  Lartet, 
dans  la  première  de  ces  localités,  nous  paraît 
appartenir  aux  mêmes  causes  qui  ont  amon- 
celé les  débris  de  mammifères  dans  les  pam- 
pas, comme  nous  le  dirons  à  Tétage  sui- 
vant. 

Caracières  païéontologiques.    —   Un  pre- 
mier caractère  qui  domine  tons  les  autres, 
dans  cet  étage,  c'est  que  les  genres  qui  y 
sont  apparus,  au  nombre  de  là,  comparés 
à  ceux  qui,  antérieurement  nés,  viennent  s*y 
éteindre,  au  nombre  seulement  de  29,  prou- 
vent, plus  que  tous  les  autres  faits,  que 
l'étage  falunien  est  en  pleine  voie  crois- 
«inle  de  développement  de  la  période  ter-, 
taire    Les  séries  animales  montrant  le  plus 
de  formes  nouvelles  pendant  cette  pénode 
Sont  les  mammifères,  qui  en  donnent  hl  i 
puis  les  mollusques  gastéropodes,  qui  en 
offrent  20;  les  foraminifères  et  les  crustacés, 
dont  les  premiers  ont  15  formes  nouvelles  et 
les  derniers  ik.  On  voit,  dès  lors,  que  ces  sé- 
ries animales  remplacent,  par  leur  dféveloppe- 
ment,  durant  la  p'riode  falunienne,  les  zoo- 
phjtes  et  les  poissons,  qui  forment  le  maxi- 
mum de  développement  de  la  période  pari- 
sienne. Les  formes  génériques  noos  donnent 
les  caractères  strati^raphiques  suivant  (327). 
Tons  les  genres  qui  s'eteienent  dans  Tétage 
parisien  sans  arriver  à  celui-d,  comme  les 
69  genres  cités  à  l'étage  précédent,  seront 
autant  de  caractères  négatus  propres  à  dis- 
tinguer ces  deux  étages.  Les  genres  incon- 
nus à  rétage  falunien,  et  qui  apparaissent 
Seulement  dons  l'étage  subapenum,  pour- 
ront aussi  servir  de   caractères  distmctifs 
entre  les  deux  ..Ces  genres  au  nombre  de  93, 
sont  ainsi  distribués  :  parmi  les  mammifè- 
l'As,  42  genres  ;  parmi  les  oiseaux,  26  gen- 
res ;  parmi  les  reptiles,^  7  genres  ;  parmi  les 


poissons,  8  genres  ;  parmi  les  cmstaeés,  3 
genres;  parmi  les  céphélopodes,  1  genres 
parmi  les  gastérooodes,  1  genre  ;  parmi  lea 
lamellibranches,  2  «enres  ;  parmi  les  forami» 
niières,  3  eenres.  Nous  aurions  donc,  en  ca- 
ractères négatifs,  pour  distinguer  l'étage  la* 
lunien  des  deux  étages  immédiatement  su- 
périeurs ou  inférieurs,  le  nombre  de  16% 
genres. 

Les  caractères  positifs  pour  distictguer 
Fétase  parisien  de  celui-ci  nous  sont  donués 
jiar  148  genres,  qui,  inconnus  daiis  Tépoque 
antérieure,  se  montrent,  pour  la  première 
fois,  avec  l'étage  falunien. 

Parmi  ces  genres,  ceux  qui  meurent  dans 
ce  même  étage,  sans  passer  à  Tétage  sui- 
vant, seront  encore  autant  de  caractères  jfo-' 
sitiis  qu'on  pourra  invoquer  pour  le  distin- 
guer de  Tétaffe  subapennin,  où,  jusau*à 
présent,  ils  iront  pas  encore  été  signalés^ 
Ces  genres  sont  ainsi  distribués  dans  les 
diverses  classes  d'animaux  :  parmi  les 
mammifères,  les  genres  pilhecus^  agnoihe^ 
ritim,  ompAuryon,  amphiarcios,  picrodan^ 
machœromsy  amyxodon^  hyctnodon^  oxygom- 
phitiij  dimyluSj  megamys^  arehœomy$^  Heneth 
fiber,  palœomySf  chalecomySf  chtlodus^  ma- 
eroiherium^  dmotherium^  chœrolherium^  ma- 
crauchenia^  chalicolherium  ^  hippotherium  et 
ciralherium  :  parmi  les  reptiles,  les  genres 
megalocheiluseia$pidonete$:  parmi  les  pois- 
sons, le  genre  hemipri$ti$  ;  parmi  les  céfMiakH 
podes,  le  genre  spiruUrostra;  parmi  les  gas- 
téropodes, les  genres  de^Aayefta  etferuâstna; 
parmi  les  mollusques  bryozoaires,  les  genres 
metidropora  et  uniretepora;  parmi  les  échi- 
nodermes,  le  genre  scutella;  parmi  les  poly- 
piers, les  genres  deltocyathus,  conoeyathus^ 
asirhelia  gyrophyllia^  cnryptangia  et  Mtftico; 
parmi  les  foraminifères,  U»  genres  hauêrina 
et  dimorphina.  Si  nous  joignons  à  ceux-ci 
(pus  les  genres  d'animaux  existant  depuis 
plus  eu  moins  longtemps,  et  qui  se  sont  en- 
core éteints  dans  cet  étage,  sans  passer  au 
suivant,,  comme  les  29  genres  ci-après  dé- 
nommés :  parmi  les  mammifères,  les  genres 
antrachotherium^  lophiodoneixiphius;  parmi 
les  reptiles,  le  genre  palœ^phis;  parmi  les 
poissons,  les  genres  oiodus^  corox,  edaphô- 
don,  ischyodon ,  sphœrodus ,  smerdis  ;  parmi 
les  céphalopodes ,  le  genre  megasiphonia  ; 
parmi  les  lamellibranches,  les  genres  myo- 
concha  et  grateloupia;  pumi  les  bryozoai-  . 
res,  les  genres  radtopora^  capularia  etpyri- 
pora  ;  parmi  les  échinodermes,  le  genre  co-  , 
noclypus;  parmi  les  polypiers,  les  genres  . 
aploeyalhuSf  [aslroccmia^  funginella  phyllo-  - 
cœniaf  trochocyalhu$f  actinoiœnia^  itytocœ- 
nta,  goniaraa,  rhizangia^  s^piasttw  et  fup-i 
$ammia;  parmi  les  foraminifères».  le  genre 
operculinaf  nous  aurons  69  genres  pouvant 
servir  à  distinguer  l'étage  falunien  de  l'étage 
subapennin. 

Sans  compter  plusieurs  centaines  d*es< 
pèces  d*animaux  vertébrés  et  annelés,  et  de 
plantes  que  nous  n'énumérons  pas  ici,  nous 
avons,  en  animaux  mollusoues  et  rayonué4 


(3^7)  Nous  comparerons,  aans  ces  caractères,  ki  deux  sous-étages  toopien  et  falunien. 


A39 


FAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


FAL 


m 


seulement,  le  nombre  de  2,75&-  espèces.  Bien 
entendu  que  nous  en  avons  d*abord  entiè- 
rement séparé  les  espèces  tougriennes  men* 
tionnées  au  sous-étage  précédent.  Si  Ton 
deyait  prendre  pour  définitives  les  nom- 
breuses espèces  signalées  par  auelaues  au- 
teurs, comme  se  trouvant  a  la  fois  aans  Té- 
tage  parisien  et  dans  l'étage  falunien  des 
environs  de  Bordeaux,  de  Dax,  de  Kleynspau- 
wen,  en  Belgique,  ou  de  Cassel,  dans  la 
Hesse ,  il  y  aurait  un  grand  nombre  d'es- 
pèces se  trouvant  dans  les  deux  à  la  fois  ; 
mais  ayant  discuté  wne  à  une  toutes  les 
espèces  indiquées  comme  se  trouvant  à  la 
fois  dans  \es  deux  étages,  M.  d'Orbigny  a 
reconnu  qu'elles  étaient  toutes  basées  sur 
de  feusses  déterminations.  Nous  n'avons 
donc,  jusqu'à,  présent,  aucune  espèce  qui 

f)asse  réellement  de  l'étage  parisien  à  l'étage 
àlunien.  Sans  discuter  à  fond  la  valeur  des 
mélanges  nombreux  admis  par  les  auteurs 
piémontais  et  allemands,  entre  l'étage  falu- 
nien et  l'étage  subapennin,  et  surtout  sans 
attacher  une  grande  importance  à  ce  mé- 
lange, qui,  sans  doute,  a  eu  lieu,  les  coquilles 
étant  mortes,  sur  les  points  où  existe  le 
contact  immédiat  des  deux  étages,  nous 
trouvons  néanmoins  qu'il  en  existe,  et  nous 
citerons  les  espèces  suivantes  : 

II0LLC8QCE& 

Rissoina  pusilLa. 
Cyprœa  elongata. 
SUiquaria  subanguîna. 
Cancellaria  subcancellala» 

—  iK^bilicarts. 

—  ampuilacea. 

—  unianguiata. 

—  faricosa. 
Triton  doliare. 

—  beptagoniim. 

—  iniermcilium. 

—  tortuosum< 
Nassa  Serrata. 

—  prismalica. 
Cassis  texia. 
Morio  fasciatus. 
Petricola  rupeslris. 
Mitra  striatula. 
Coiius  pondorosus. 
Murex  polymorpbus. 
Purpura  striolala. 
Buccinum  poJygonum. 
Dcntalium  clephantiuum^ 
Venus  subcincla. 

—  subplicatn. 
Cardita  intermedia. 

—  elonçata. 
Chama  grypînina. 

En  résumé,  si  des  2,754  espèces  citées 
comme  faluniennes  nous  séparons  provi- 
soirement les  28  espèces  précédentes,  qui, 
i)ar  une  cause  quelconque,  se  trouvent  dans 
'étage  subapennin,  il  nous  resterait  encore 
2,726  espèces  caractéristiques  de  cet  étage; 
et  cependant  nous  avons  la  certitude  que 
nous  ne  connaissons  pas  peut-être  la  moilié 
de  la  faune  si  considérable  de  cette  époque. 

Chronologie  historique.  —  A  la  fin  de- la 
période  pansienne,  par  suite  d'une  pertur- 


bation géologiauc,  se  sont  éteints  69  genres 
d'animaux,  sans  compter  les  plantes.  A  la  iin 
de  la  période  tongrienne,  se  sont  également 
éteintes  428  espèces  propres  à  cette  période; 
et  lorsque  le  calme  a  reparu  dans  les  mers« 
sont  nés,  en  animaux  divers,  lMgeores(d28) 
inconnus  à  l'époque  parisienne,  ainsi  que 
2,754  espèces  également  inconnues  dans  les 
époques  antérieures ,  et  qui  ne  sont  qu'une 
faible  portion  de  ce  qui  existe  dans  la  nature. 

A  la  fin  de  la  période  tongrienne,  les  con- 
tinents et  les  mers  subissent  des  change- 
ments considérables.  C'est,  en  effet,  alors 
que  la  mer  se  retire  tout  à  fait  de  la  partie 
française  du  bassin  anglo-parisien,  et  vient 
former   un   bassin    spécial    qui   occupe  la 

Srande  dépression  de  la  Loire  et  une  partie 
e  la  Bretagne,  comprise  entre  Pontlevoy 
et  Dinan  d'un  côté,  et  Dinan  et  Tourtenay 
de  l'autre,  nouveau  bassin  jusqu'alors  étran- 
ger aux  dépôts  marins  tertiaires  que  nous 
appellerons  maintenant  bas$in  ligérien.k  en 
juger  par  les  lambeaux,  ce  bassin  devait 
s'étendre,  d'un  côté  jnsqu*à  la  Manche,  et  de 
l'autre  jusqu'aux  côtes  du  Morbihan  et  de  la 
Vendée,  en  représentant  un  golfe  très-pro- 
fond,—Le  second  bassin  maritime  de  celte 
époque  est  encore  le  bassin  pyrénéen,  qui 
reste  à  peu  près  dans  la  raèuie  circonscrip- 
tion, mais  en  s'avançanl  encore  vers  l'ouest, 
et  laissant  des  atterrissements  tout  autour 
à  l'est.  —  Le  troisième  bassin  français,  le 
bassin  maritime  méditerranéen,  a  complète- 
ment changé  de  forme.  Pendant  la  période 
falunienne,  il  parait  avoir  envahi  une  \asie 
surface  antérieurement  continentale,  com- 

ftrise  entre  les  environs  de  Montpellier  et 
'ouest  de  Marseille,  et  s'étendant,  au  nord, 
jusqu'au^x  départements  du  Gard  et  de  la 
Drôme.  Néanmoins,  un  golfe  s'étendait  au 
nord-est  jusqu'aux  Basses-Alpes  ;  et  un  au- 
tre, se  dirigeant  au  nord  jusqu'au  départe- 
ment de  la  Drôme,  tournait  au  nord-nord- 
est  par  l'Ain,  et  de  là  couvrait  une  partie 
de  la  Savoie,  de  la  Suisse,  et  s'étendait  pro- 
bablement jusqu'à  Vienne,  en  Autriche,  et 
sans  doute  beaucoup  plus  à  l'est.  £n  résumé, 
nous  avons  encore  en  France  trois  mers,  le 
bassin  ligérien,  le  bassin  pyrénéen  et  le 
bassin  méditerranéen. 

En  Angleterre,  la  mer  falunienne  envahit 
le  Suffolk  et  le  Norfolk,  dont  elle  couvre 
toute  la  côte  ;  et  c'est  probablement  de  ce 
point  que  s'étendait  la  mer,  jusqu^aux  envi- 
rons d'Anvers,  en  Belgique,  gui,  par  ses 
fossiles,  dépend  du  même  bassin,  que  nous 
appellerons  anglo-belge. 

Les  contïnenls  se  sont  également  modifiés. 
Pour  la  première  fois,  depuis  les  terrains 
triasiques,  nous  voyons,  en  eflet,  le  bassin 
anglo- parisien  devenir  continental.  Une 
surélévation  de  toutes  ses  parties  s*étend  an 
sud,  jusqu'à  Blois,  et  sur  une  ligne  qui ,  de 
ce  point,  passe  par  Laval;  mais  les  continents 
antérieurs  perdent  tout  le  bassin  ligérien, 
antérieurement  exhaussé.   Bans  le  bassia 


(5tô)  Les  genres,  en  pettt  nombre,  p.as  (spéciaux  à  la  section  tongrienne,  y  sont  compris. 


SOI 


FAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FAL 


502 


pjréoéen,  un  grand  atterrissement  se  fait  à 
re<î,  sur  les  parties  déjà  exondées.  En  Pro* 
fçdce,  nous  voyons  le  continent  perdre  toute 
la  partie  que  nous  trouvons  occupée  par  la 
mer,  entre  Montpellier  et  Marseille.  En  ré- 
sumé, entre  les  deux  é|>oques,  les  continents 
ont  perdu  tout  le  bassin  ligérien ,  la  partie 
sud  du  bassin  méditerranéen ,  et  la  France 
approche  déjà  de  la  forme  continentale  que 
oous  lui  connaissons  aujourd'hui. 

Les  mers  étaient,  durant  cette  période» 
peuplées  d'un  grand  nombre  d*animaux  in- 
eoonus  dans  les  époques  antérieures.  Les. 
crustacés  amphipodes  offrent  leurs  premiers 

genres  f  ainsi  oue  les  mollusques  nucléo- 
rancbes.  En  résumé»  89  genres  marins  ap- 
paraisfent  pour  la  première  fois,  parmi  les- 
quels dominent  les  mollusques  gastéropodes 
surtout,,  au  nombre  de  20,  parmi  lesquels 
des  haliotis^  des  turhintlla^  des  ranella  et  des 
dolium;  puis  les  foraminifères,  qui  montrent 
i5  genres  nouveaux,'  au  nombre  desquels 
sont  les  potystomellaj  \es  dendrùina  et  les 
6o/i9ifia  ;  enfin  les  crustacés,  oui  renferment 
les  genres  pagurus ,  tutacus.  momar^),  por- 
tunusj  grapsusj  etc. 

Ce  sont  surtout  les  continents  qui  nous 
offrent  des  animaux  terrestres  nombreux  et 
remarouables  par  leur  taille  ou  leurs  for- 
mes. C'est,  en  effet,  alors ,  qu'avec  tant  de, 
mammifères  aujourd'hui  tout  à  fait  perdus, 
^mme  les  palaeomvs,  les  macrotherium,  les 
dinotherium,  aux  défenses  gigantesques;  les 
toiodon,  les  mastodon,  aux  formes  massi- 
ves, ainsi  aae  beaucoup  d'autres,  apparais- 
sent déjà  les  premiers   représentants  des 
genres  ours  (ursus)^  felis^  mustekif  phoca, 
muiy  castor^  rhinocéros^  taperus^  eervus,  etc., 
qui  peuplent  aujourd'hui  la  surface  de  la 
terre.  C'est  encore  pendant  cette  période  gue 
se  montrent,  chez  les  reptiles,  les  premiers 
représentants  des  couleuvres  {coluoer) ,  des 
grenouilles  (rami),  des  salamandres;  et  chez 
les  poissons,  les  premières  perches  (perca)^ 
olosuj  lebiaSy  etc.,  etc.,  qui  peuplaient  les 
eaux  douces.  Avec  ces  animaux,  M.  Bron- 
gniart  cite  la  flore  suivante  comme  ayant 
vécu  durant  cette  période. 

FLORE  DE  L'ÉTAGE  FALUNIEN. 

Crypiagamet  amphigènei. 

Nombre  des  espèces. 

ALGUES. 

CTstosetriles,  5 

MKBrococdtes,  I 

ouancHOHS. 
Hvstmiea,  1 

I 


Cryptogame*  mcrogènes. 

Antiies, 
Fibcîtes, 

MOC88E8. 
FOUCfeEES. 

Monoeoifflédoneê, 

Zosieriles, 
<  Califiiies, 
Huppia. 

MKÎkWS, 

I 
I 


Gulmites,  ■ 
Bambusium, 

Smilacites, 


eEÂiiDiics. 


LaUCÉES. 


NoBlire  dat  espères; 

i 
I 


FlabeUana, 
Phœnicites, 
Rodogeniles, 

Dycotfflédones  gymnosoemus. 

C051FfcEES 

Callitrites, 

Sequoîtes, 

Gl^p^trobites, 

Abîeselites. 

PiDiles, 

Araacaiiles? 

EieoxyloD, 

Taxit^, 


9 
i 


« 

'i 

1 

4 
I 

3 


i 
I 


Comptonia, 
Myriça, 

Betala, 

BeUilioium 

Allias, 

Qu^tcus, 

Fa^us, 

Carpinus, 

Ulmus, 

Ficos, 

PlaUous, 

Populus, 

Daphoogène^ 
Laums, 

PimpûieHites, 

Myriophyllites, 

Getonia, 
Terminalia, 

CaljcaDthus, 

PhaseoliteSy 

Desmodopbynoin, 

Doliehite^, 

Ervtbriiia, 

Auelocercis, 

Bauhinia, 

Mimositea, 

Acacia, 

Kbus, 

Xantboxylon, 

Jnglaiis, 

RbamiiHS, 
Ceanotbtts, 

Acer, 

Eobiloniam,    . 
Ncritioiuffi 


Dicotyiédoneê  angio9perme$, 

HTaiCÉES. 
BÉTULDiilS. 


COPCLIFÈREII. 


ULHACÊES.. 
ORÉES. 
?LâTA1IÉE8. 
SALlCIlfÉES. 

lâi:rui£e8. 
oatELLirEiies. 

BàLOBàGÉES. 
COMBRETÂCÉES. 

CÂLTCA1ITHÉE8. 
LÉCmilHECSES. 


AHACAaaiÉBa. 

XA9TH0XTLÉES. 
ICGLAIfatfES. 
RHAICIÉES. 

ACÉRI5VÉES. 
APOCtNÉBS. 


5 

% 
f 
t 

i 
5 


^ 

« 


m 


Plumeria, 
Apocynopliyiluiu, 

bteinhauera. 


FAL 


DlCnONNAUŒ  DE  COSMOGONIE 


FEU 


m 


RCBIACÉC8, 


Nombre  des  espèces. 

i 

2 

2 


Le  savant  professeur  s^exprime  ainsi  à 
l'égard  de  celte  flore  : 

«t  Les  caractèids  les  *plus  frappants  de 
cette  époque  consistent  dans  le  mélange  de 
formes  exotiques  propres  actuellement  à  des 
régions  plus  chaudes  que  l'Europe,  avec 
des  végétaux  croissant  généralement  dans 
les  contrées  tempérées  ;  tels  que  les  pal- 
miers, une  espèce  de  bambou,  des  lauri- 
nées,  des  combrétacées,  des  légumineuses 
des  pays  chauds,  des  apocynées  analogues , 
d'après  M.  Unger ,  aux  genres  des  régions 
équatoriales ,  une  rubiacee  tout  à  fait  tropi- 
cale ,  unis  à  des  érables ,  des  noyers ,  aes 
bouleaux,  des  ormes,  des  chênes,  des 
charmes ,  etc. ,  genres  propres  aux  régions 
tempérées  ou  froides.  La  présence  de  formes 
équatoriales,  et  surtout  des  palmiers,  me 
paraît  essentiellement  distinguer  cette  épo- 
que de  la  suivante.  Enfin ,  on  remarquera 
aussi  le  très-petit  nombre  de  végétaux  a  co- 
rolle monopétale  •  bornés  aux  espèces  rap- 
Sorlées  à  la  famille  des  apocynées  par 
[.  Unger,  et  au  eenre  steinhauera^  fondé 
sur  un  fruit  qui  a  Jbeaucoup  de  rapport  avec 
celui  des  nauclea^  parmi  les  rubiacées.  » 

La  présence  dans  les  mers  des  bassins  li- 
gérien,  pyrénéen  et  méditerranéen,  d'un 
nombre  considérable  d'animaux  aujourd'hui 
spéciaux  seulement  aux  régions  chaudes  de 
4a  zone  torride,  tels,  par  exemple,  que  les 
genres  delphinula ,  pteroccras ,  solarium  , 
fusus^  strombusy  rostelîaria^  pyrula^  mi* 
tra^  phorus^  conusj  fasciolaria^  sigaretus^ 
cyvrœa^  marginetla  ^  anciUaria,  o/it'a,  tere^ 
beUum^  terebra^  tiphis^  Curbinella^  sislrum^ 
oniscia^  perna^  pticatuîay  corbiSf  etc.,  etc., 
joints  aux  animaux  terrestres  ,  tels  que  les 
rhinocéros  f  les  tapirusj  les  munatus^  et  tous 
les  genres  éteints  si  voisins  de  ceux-ci,  dé- 
tnontre,  de  la  manière  la  plus  pérenipioire, 
que  les  mers  et  les  continents,  en  France, 
en  Angleterre  et  en  Allemagne,  étaient 
sous  une  température  unifornie,  semblable 
à  la  température  de  la  zone  équatoriale.  La 
chaleur  centrale  de  la  terre  neutralisait  donc 
encore  l'elTet  des  zones  isothermes. 

La  puissance  des  couches,  et  surtout  le 
nombre  considérable  de  coquilles  qu'elles 
renferment ,  nous  donnent  la  certitude  que 
cette  période  a  été,  peut-être,  l'une  des 
plus  prolongées;  elle  était,  de  même  que 
les  autres ,  soumise  à  l'action  des  oscilla- 
tions du  sol.  La  fin  de  cette  période  est  mar- 
quée par  l'élévation ,  au-Jessus  des  eaux , 
de  tous  les  bassins  ligérien,  pyrénéen  et 
méditerranéen,  que  nous  avons  décrits.  Les 
effets  en  ont  été  de  dénuder  d'une  manière 
si  remarquable  et  de  morceler  les  dépôts  du 
bassin  ligérien,  en  anéantissant  tous  les 
animaux  terrestres  et  marins  de  cette  épo- 
que. C'est  peut-être  aussi  lorsqu'en  Europe 
&  est  eflectuée  la  dislocation  du  S.  2^*  O.  au 
N.  26*  E.,  nui  a  surélevé  le  système  dcA  Alpes 


occidmiates  de  M.  Elie  de  Beaumonl.  Nous 
aurions  donc  encore ,  pour  la  fin  de  cette 
époque,  la  dislocation  qui  a  déterminé  la 
perturbation  géologique ,  les  traces  cerlai 
nés  du  mouvement  des  eaux  que  cette  per- 
turbation a  produit,  et  pour  résultai, 
l'anéantissement  de  la  faune  de  cette 
époque. 

FAVCLAIRE.  Voy.  Sigillaike. 

FER.  Voy,  y  Introduction. 

FER  OOLIÏIQDE.  Voy.  Aptien. 

FER.  «Son  rôle  dans  la  constitution  de  .a 
terre.  —  Voy.  Matièrea  élémeutaibes  du 
globe  terrestre. 

FER  viviANiTB.  Voy.  Fossiusation. 

FEU  CENTRAL.  ~  Laissant  de  c6té  ia 
Question  d'origine,  nous  allons  examiner  si 
1  hypothèse  de  la  fluidité  interne  de  notra 

{)lanète  peut  concorder  avec  l'astronomie  et 
a  physique  générale,  deux  sciences  depuis 
longtemps  positives,  depuis  longtemps  sorn 
ties  de  1  état  hypothétique. 

Je  prie  qu'on  veuille  bien  -e  remarquer , 
je  ne  mets  nullement  en  doute  qu'il  y  ait 
dans  le  globe  une  force  de  caloricité ,  une 
chaleur  propre,  quelle  qu'en  soit  la  cause  ; 
mais  de  là  a  conclure  qu'aundessous  d'une 
épaisseur  de  40  à  50  mille  mètres  il  y  a  un 
foyer  doué  d'une  telle  puissance  que  i'ima-! 

Î;ination  ne  peut  se  la  figurer,  de  là  il  y  a 
ûin ,  il  y  a  une  différence  complète. 

Les  croissances  uniformes  de  température 
que  la  théorie  pose  comme  un  fait,  n'ont  en 
réalité  rien  de  constant,  rien  de  régulier 
dans  la  nature.  Par  exemple,  le  maximum 
de  croissance  de  la  température  »  observé 
dans  l'eau  des  sources  dans  les  mines,  est 
de  1"  par  20  mètres  de  profondeur ,  le  mini- 
mum de  1**  par  187  mètres;  le  maximum  pour 
l'eau  des  puisards  dans  les  mires,  est  de  i' 
par  li  mètres,  le  minimum  de  1"  par  75  ir.è 
très;  le  même  maximum  observe  dans  les 
eaux  des  inondations  anciennes  des  mines, 
est  de  1*  par  12  mètres  et  le  minimum  de  1* 
par  43  mètres,  etc.  La  température  du  ror 
n'est  pas  moins  variable.  Ainsi  des  thermo- 
mètres à  poste  fixe,  placés  dans  des  niches 
pratiquées  à  cet  effet  dans  la  roche  et  der 
rière  des  vitres,  en  deux  mines  de  Saxe,  ont 
été  observés  trois  l'ois  le  jour  durant  l'espace 
de  deux  ans.  Il  est  résulté  de  ces  observa- 
tions que  la  croissance  de  la  température 
n'était  pas  la  même  selon  les   lieux  :  ainn 
dans  un  lieu  cette  croissance  était  de  l*par 
60  mètres  de  profondeur,  dans  un  autre  de  i' 
par  37  mètres,  dans  un  autre   de  i*  par  73 
mètres,  dans  un  autre  de  1"  p^r  42  mètres, 
dans  un  autre  de  l"*  par  38  mètres  ,  et  enfin 
dans  un  autre  de  1"  par  33  mètres,  La  pro- 
portion moyenne  de  l'au^nientation  de  la 
chaleur,  calculée  d'après  les  résultats  obte- 
nus dans  six  des  mines  de  houille  les  pliis 
profondes  du  Durhani  et  du  Nor  thumberland, 
est  de  1**  cenlig.  pour  24  mètres  de  profon- 
deur. Cette  proportion  a  été  de  1'  cent,  par 
30  mètres  de  profondeur  dans   la  mine  de 
Dolcoath  (Cornouailles).  11  nous  serait  facile 
d'augmenter  l'énumération    de  ces  différen- 
ces, mais  ce  que  nous  avons  dit  suffira  pour 


FEU 


ET  DE  PALEONTOfjOGIE, 


FEU 


506 


prouver  le  défaatd'afiiformitédans  Taccrois- 
semenide  la  température  intérieure  du  çlo-- 
be,  lait  sur  leauel  repose  notre  première 
objection  à  la  tnéorie  du  feu  central. 

Comment  de  ces  variations  a-t-on  pu  dé* 
dnire  des  formules  de  croissance  fixes  de  1* 
par  %9  par  30,  par  M  à  50  mètres  ?  On  a 
établi  une  moyenne  entre  les  diverses  quau-* 
lités  données  par  les  c^ervations.  Or  »  les 
moyennes  sont  des  choses  purement  artifi^ 
défies,  des  procédés  à  notre  usage,  mais  il 
n*en  existe  pas  dans  la  nature.  Aussi,  se- 
rait-ce faire  un  étrange  abus  que  de  conclure 
de  Tunité  et  du  caractère  d'une  moyenne  à 
l'unité  et  au  caraclère  de  la  cause.  On  s'est 
conduit  comme  celui  qui,  d'une  moyenne  sur 
la  température  annuelle,  en  induirait  que 
Tété  etThiver  sont  la  même  chose,  et  dépen- 
dent d'un  rapport  toujours  semblable  entre 
la  terre  et  le  soleil,  etc.  C'est  le  sophisme 
connu  dans  l'école  sous  le  nom  de  Fallacia 
aecidentis, 

A  cette  objection  on  a  tâché  de  répondre 
par  une  nouvelle  hypothèse.  On  a  supposé 
une  épaisseur  variable  a  l'écorce  du  ^lobe, 
de  telle  sorte  que  le  trajet  à  parcourir  par 
le  calorique  étant  plus  consideralile  en  cer- 
tains lieux,  il  ^y  fusait  moins  sentir.  Cette 
réponse  est  loin' d'être  satisfaisante,  car  les 
distances  existantes  entre  les  points  d'obser- 
vations sont  le  plus  souvent  trop  petites 
pour  qu'on  puisse  y  trouver  une  place  suffi- 
sante pour  nn  épaississement  capable  d'ex- 
pliquer l'effet  des  différences  observées  en- 
tre les  températures.  Attribuerait-on  ces  dif- 
férences aux  diverses  capacités  des  roches 
pour  la  transmission  du  calorique  ? 

Mais  ces  mines  dans  lesquelles  on  trouve 
de  pareilles  variations  sont  creusées  dans 
des  terrains  de  nature  sensiblement  sembla- 
bles. S'il  existait,  sous  la  mince  écorcequi 
nous  supporte,  un  feu  d'une  intensité  im- 
mense et  que  l'on  pourrait  considérer  com- 
me agissant  depuis  un  temps  infini  compa- 
rativement à  nos  expériences,  ce  serait  le 
cas  d'appliquer  une  loi  de  la  physique  sur  la 
transmission  du  calorique,  en  vertu  de  la- 
quelle tous  les  corps,  quelle  qu'en  fût  la  na^ 
ture,  devraient  présenter  un  éiat  de  chaleur 
rayonnante  parfaitement  égal  à  la  même 
profondeur.  Or ,  puisqu'il  n'en  est  point 
ainsi,  puisque  la  température  varie  en  rai- 
son des  lieux,  en  raison  de  la  composition 
chimique,  il  y  a  lieu  de  croire  que  la  cha- 
leur propre  du  globe  est  tout  autre  que  celle 
qui  est  généralement  admise  aujourd'hui. 

On  s'est  servi  de  l'hypothèse  de  Tincandes- 

tence  interne  de  la  terre  pour  donner  une 

théorie  des  phénomènes  volcaniques.  On  a 

prétendu  que  les  volcans  étaient  des  soupi- 

jTîaiL  par  ou  s'échappait  le  trop  plein  de  la 

^natière  incandescente.  Mais  comment  expli- 

^  \uer  ce  trop  plein  ?  N'admettez-vous  pas  que 

\a  surface  solidifiée  s'est  moulée  sur  la  i)ar- 

Vie  restée  à  l'état  de  fluidité  ignée,  et  que  de 

f)lus  c'est  cette  surface  qui  seule,  jusqu'à  ce 

1  oor,  a  empêché  le  foyer  central  de  perdre 

^m  calorique?  Pour  qu'il  y  eût  un  trop 

r^cin,  il  faudrait  donc  que  fe  foyer  central 


acquit  une  chaleur  plus  grande  que  celle 
quil  possédait  au  moment  de  la  formation 
de  l'écorce,  une  chaleur  capable  de  le  dila- 
ter. Or,  d'où  lui  viendrait  ce»  accroissement 
de  chaleur?  Ou  bien,  d'où  reçoit-il  les  ali- 
ments qui  peuvent  le  forcer  è  briser  son  en-i 
veloppe  pour  se  faire  jour  au  dehors? 

Pressé  par  cette  objection,  on  a  répondu 
en  supposant  que,  par  l'effet  de  la  rétraction 
opérée  dans  l'enveloppe  solide  par  le  refroi- 
dissement, la  masse  fluide  interne  est  sou- 
mise à  une  pression  croissante  et  est  eu  déti» 
nitive  obligée  de  s'épancher  au  dehors,  en 
rompant  en  quelque  point  les  barrières  qui 
la  serrent  et  la  tiennent  enfermée.  On  a  cal- 
culé qu'une  .'contraction  de  l'écorce  du  globe, 
capable  de  réduire  le  rayon  terrestre  seule- 
ment d'un  millimètre,  suffimit  pour  fournit 
la  matière  nécessaire  aux  épanchements  de 
cinq  cents  éruptiona  volcaniques. 

A  cette  h  vpothèse,  il  y  a  une  objection  de 
fait ,  c'est-à-dire  fondée  sur  Tobservation. 
S'il  était  vrai  que  les  effets  volcaniques  fus-> 
sent  dus  à  la  pression  qu'exerce  sur  la 
masse  fluide  l'enveloppe  solide,  en  se  con- 
tractant sous  l'influence  du  refroidissement, 
il  arriverait  que  les  éruptions  volcaniques 
seraient  continues,  que  les  volcans  seraient 
INirtout  et  toujours  en  activité.  Or,  les  érup- 
tions sont,  en  tous  lieux,  des  exceptions  pas- 
sagères qui  succèdent  à  des  périodes  plus 
ou  moins  longues  de  repos.  On  ne  comprend 
pas,  dans  cette  théorie,  comment  il  peut  y 
avoir  des  tremblements  de  terre,  ni  d'où 
viennent  les  gaz  et  les  vapeurs  aqueuses, 
hydrochloriques.  etc.,  qu'émettent  le  plus 
grand  nombre  des  volcans,  et  même  les  im- 
menses volumes  d'eau  qu'Us  rejettent  quel- 
quefois. Il  ne  |)eut  en  effet  exister  aucune 
substance  semblable  dans  la  partie  de  la 
terre  en  ignition,  d'où  ces  substances,  beau- 
coup plus  légères  que  le  fluide  minéral,  ont 
dû  être  chassées  longtemps  avant  que  la 
température  fût  sensiblement  diminuée.  En- 
fin le  feu  central  n'explique  point  pourquoi, 
sur  205  volcans  en  activité,  107  sont  dans 
des  lies  et  96  sur  des  continents,  à  des  dis- 
tances toujours  peu  considérables  de  la  mer. 
Une  circonstance  de  f>osition  aussi  remar- 

auable  ne  peut  être  raisonnablement  consi- 
érée  ix>mme  indifférente  :  elle  est  certaine* 
ment  motivée  par  une  cause  naturelle  et 
aussi  générale  qu'elle-même. 

Si  maintenant  nous  passons  à  la  discussion 
d'un  autre  ordre  de  phénomènes,  nous  vou- 
lons parler  de  la  tnéorie  sur  la  formation 
des  montâmes,  nous  trouverons  matière  à 
une  nouvelle  série  d'objections.  L'auteur  de 
cette  théorie,  M.  Ëlie  de  Beaumont,  contrai- 
rement à  la  théorie  précédemment  énoncée, 
suppose  que  l'écorce  du  globe  ne  se  contracte 
ni  ne  se  resserre  par  t'effetdu  refroidissement. 
Selon  lui ,  c'est  la  masse  fluide ,  en  contact 
avec  l'enveloppe  solide,  qui  continue  à  se 
refroidir  et  se  contracte  d'une  manière  pro- 
portionnelle à  ce  refroidissement.  En  consé» 
quence  le  diamètre  de  la  masse  centrale  va 
en  diminuant,  et  par  suite  il  se  forme  des 
vides  intérieurs.  Alors  l'écorce,  manquant 


MOI 


FED 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


FEU 


as 


d'appui,  fléchi  1,  se  ridé  et  prend  une  forme 
en  quelque  «sorte  ondulée.  Il  distingue  deux 
espèces  d  aciioos,  la  flexion  lente  et  la  rup- 
ture instantanée,  d*où  résultent  deux  eflets 
différents  :  tantôt  Técorce  solide  se  plisse  et 
se  ride;  tantôt  elle  se  fracture  assez  large- 
ment pour  permettre  Tépanchement  du  fluide 
incandescent  intérieur.  De  là  deux  espèces 
de  montagnes  et  de  vallées,  celles  qui  sont 
produites  par  les  rides  et  les  plissements,  et 
celles  qui  sont  formées  parles  épanchements 
de  matières  à  Tétat  fluide  ;  de  ta  les  volcans 
et  les  Qlons. 

utre  Tobjection  générale  que  nous  ferons 
valoir  plus  loin  contre  Téiat  de  fluidité  in- 
candescente de  intérieur  du  globe,  il  y  a 
plusieurs  objections  de  détail  que  Toa  peut 
opposer  au  système  que  nous  venonsd'esq^u  if^-< 
scr.  Nous  né  répéterons  pas  les  observations 
que  nous  avons  émises  plus  haut  relative-* 
ment  aux  phénomènes  volcaniques  et  qui  sont 
applicables  ici.  Nous  nous  bornerons  à  une 
seule  objection,  et  nous  la  tirerons  des  obser- 
vations géologiques  recueillies  par  les  parti- 
sans même  de  cette  doctrine.  Ces  observa- 
tions nous  apprennent  en  effet  que  les  masses 
énormes  dont  on  attribue  l'apparition  à  des 
épanchements,  sont  sorties  du  sein  du  globe 
à  Tétat  solide.  M.  Boussingault  a  remarqué 
que  les  tracbytes,  qui  forment  la  masse 

f)rincipale  des  Andes,  devaient  être  déjà  à 
'étal  de  solidité  rigide  fors  de  l'exhausse- 
ment de  ces  montagnes  ;  car  ils  présentent 
partout  des  arêtes  aiguës  et  des  angles  sou- 
vent tranchants.  M.  ulie  de  Beaumont  lui- 
même  a  remarqué  que  le  Mont-Rose,  pour 
parvenir  à  l'exhaussement  qu'il  possède  au- 
jourd'hui, a  fracturé  et  brisé  violemment  les 
couches  qu'il  a  soulevées  pour  se  faire  place. 
Ce  n'est  point  ainsi  que  se  serait  compor- 
tée une  matière  fluide.  Aussi  a-t-on  renoncé 
à  admettre  que  les  épanchements  des  por- 
phyres et  des  trach^tes  aient  été  fluides;  on 
affirme  aujourd'hui  qu'à  leur  apparition  ils 
étaient  déjà  passés  à  l'état  pâteux  ;  de  telle 
sorte  qu'ils  n  ont  pu  ni  s'étendre  en  coulées 
sur  le  sol ,  comme  ils  eussent  fait  s'ils  eus- 
sent été  fluides,  ni  acquérir  les  apparences 
qui  sont  le  propre  des  terrains  décidément 
volcaniques  (basalte  et  laves),  dont  le  re- 
froidissement a  Heu  tout  entier  dans  l'atmo- 
sphère. Mais  on  ne  voit  pas  comment  des 
masses  de  matière  aussi  considérables  que 
colles  dont  il  s'agit  ont  pu  passer  de  l'état  de 
fluidité  ignée  à  celui  d'une  roche  pâteuse, 
dans  le  court  trajet  de  40  à  50  kilom.,  qu'el- 
les parcouraient  rapidement ,  puisqu  elles 
sont  supposées  poussées  par  une  force  irré- 
sistible. Loin  de  perdre  ae  la  chaleur,  elles 
auraient  dû  en  acquérir  par  l'effet  du  frot- 
tement. Si,  d'ailleurs,  ers  matières  se  fussent 
[présentées  à  l'état  de  pÀte ,  elles  eussent 
aissé  d'autres  traces  de  leur  passage  sur  les 
terrains  qu'elles  ont  traversés,  que  des  mar- 
ques de  rupture  et  de  brisement;  elles  n'eus- 
sent point  présenté  des  arêtes  aiguës  et  des 
angles  tranchants  ;  au  contraire,  elles  eus- 
sent pris  des  formes  en  rapport  avec  les  ca- 
vité;>.  sièifies  qu'elles  formaient  ou  venaient 


remplir  ;  elles  se  fussent,  en  un  mot,  com- 
portées à  la  manière  des  dykes  et  des  eu- 

lOtS. 

Elles  ont  donc  dû  sortir  du  sein  delat8rre 
à  un  état  'de  solidification  que  l'on  est  en 
droit  de  croire  égal  à  celui  des  terrains  au 
milieu  desquels  elles  venaient  prendre  place. 
Or,  en  supposant  que  l'intérieur  de  la  terre 
soit  à  l'état  de  fluidité  ignée,  est-il  probable, 
d'après  les  lois  de  l'hydrostatique,  que  ce 
fluide  comprimé  ait  poussé  au  dehots  des 
masses  solides  plutôt  que  d'y  passer  lui- 
même? 

Abordons  maintenant  directement  la  théo- 
rie de  la  fluidité  centrale  et  i{pée  du  globe, 
et  examinons  si  elle  est  scientifiquement 
admissible. 

Suivant  cette  théorie,  le  globe  présente- 
rait encore  aujourd'hui,  au  delà  d'une  croûte 
peu  épaisse,  un  état  de  fluidité  ignée  et  com- 
plète, qui  occuperait  un  peu  plus  de  126  par- 
ties sur  les  127  que  possède  le  diamètre  ter- 
restre. Pour  s'assurer  que  cette  conclusion 
est  scientifiquement  inaccepjable,  il  suffit  de 
suivre  les  phénomènes  du  refroidissement 
et  d'en  soumettre  la  marche  aux  lois  connues 
de  la  physique*. 

Ce  refroidissement  a  dû  commencer  sans 
doute  par  la  surface,  au  milieu  d'un  espace 
dont  la  température  est  seulement,  selon 
Fourier,   de  50  degrés  au-dessous  de  zéro. 
Voici  donc  ce  qui  sera  nécessairement  ar- 
rivé :  chaque  fois  qu'un  groupe  quelconque 
de  molécules  aura  passé,  par  la  perte  de  son 
calorique,  à  l'état  de  condensation  conforme 
à  sa  nature,  par  exemple,  la  yapeur  à  l'état 
d'eau,  le  gaz  à  l'état  de  combinaison,  le  mi- 
néral à  l'état  solide,  etc.,  chaque  fpis,  ce  pe- 
tit corps,  ayant  acquis,  en    raison  de  sou 
moindre  volume,  un  poids  pi  us  considérable, 
sera  descendu  rapidement  dans  les  profon- 
deurs de  la  matière  embrasée  jusqu  au  mo- 
ment où,  ayant  pris,  dans  ce  milieu,  une 
nouvelle  dose  de  calorique,  il  auraremontéà 
Ia  place  qu'il  avait  çccupée  d'abord. 

Chaque  partie  de  la  matière  en  ignition  dût 
éprouver  un  grand  nombre  de  fois  ces  mou- 
vements alternatifs  de  précipitation  et  de 
dissolution  ;  et  cette  circonstance  concourut 
puissamment  sans  doute  à  liAter  la  déperdi- 
tion du  calorique  et  à    Téquilibrer  jusqu'à 
un  certain  point  dans  la  masse  entière.  Tels 
durent  être  les  phénomènes  du  refroidisse- 
ment, tant  ceux  qui  se  passaient  dans  une 
atmosphère  d'air,  de  gaz  et  d'eau  en  vapeur, 
que  ceux  qui   s'accomplissaient   dans  les 
masses  fluidifiées.  Pourcesderniers,  en  efl'et, 
si  lafluidité  de  la  matière  oflrait  un  obstacle 
plus   considérable  à  la   précipitation  des 
masses  refroidies  et  cristallisées,  la  force  qui 
les  attirait  en  bas  était  aussi  plus  grande. 
Si  elles  étaient  moins  soumises  au  mouve- 
ment centrifuge,  elles  obéissaient  davanta^^e 
au  mouvement  centripète.  La  masse  minérale 
fluide  dut,  en  conséquence^  subir  ce  mouv«>- 
ment  alternatif  de  précipitation  et  d'exhaus- 
sement, cette  sorte  de  bouillonnement  dont 
nous  avons  parlé,  dans  la  durée  du  temps 


m 


FEV 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FLO 


510 


même  ou  des  événeinenU  semblables  araient 
Heu  dans  Fatmosphère. 

L'effet  de  re  mouTemenf  alternatif  dut 
être  pareil  dans  les^deux  cas.  En  définitire, 
pour  les  minéraui/il  dut  ayoir  ce  résultat , 
que  les  matières  descendant  vers  le  centre» 
i  mesure  qu'elles  se  refroidissaient  à  la  sur- 
bce,  elles  ne  cessèrent  de  remonter  qu'à 
hnstant  où,  en  raison  de  la  capacité  spé- 
ciale de  chaque  genre  de  corps  pour  le 
calorique»  elles  ne  trouvèrent  plus  dans  ce 
centre  une  Quantité  de  calorique  suffisante 
(lour  les  fonarede  nouveau.  C'est  seulement 
alors  que  commença  Tœuvre  de  la  cristalli- 
sation (329). 

Ainsit  en  suivant  le  phénomène  du  refroi- 
dissement du  globe  supposé  d'abord  fluide, 
mais  en  donnant  à  la  force  d'attraction  et  à 
la  force  centrifuge  les  rôles  qu*elles  durent 
avoir,  nous  trouvons  que  les  parties  les  plus 
solides  du  globe  doivent  être  celles  qui  en 
ooeupent  lesprufondeurs;nous  trouvons  que 
le  centre  de  la  terre,  au  lieu  d'être  fluide,  est 
ciistallisé. 

Si,  d*un  autre  cAté,  nous  tenons  compte 
des  phénomènes  généraux  d'attraction  qui 
ont  dû  se  passer  alors  comme  ils  se  passent 
aujourd'hui,  on  ne  peut  mettre  en  doute 
que  la  masse  fluide  du  globe  ne  fût,  comme 
les  mers  de  nos  jours,  sujette  à  des  marées. 
Ces  marées  n'étant  gênées  par  aucun  obsta- 
cle, ne  devaient  pas  s'élever  plus  haut  que 
celles  qui  ont  lieu  dans  les  mers  complète- 
ment libres,  ainsi  que  la  mer  Pacifique.  Ces 
marées  atteignaient  donc  une  élévation  de 
deux  à  trois  mètres,  élévation  considérable 
et  suffisante  pour  rompre  en  morceaux  une 
couche  solidifiée  qui  jBÛt  été  déjà  fort  épaisse. 
Qu'on  en  iuge  par  Faction  qu'elles  exercent 
sur  les  glaces  polaires,  quoique  celles-ci, 
par  TeSèt  de  leur  léjçèrete  spécifique  et  de 
icnr  séparation,  résistent  infiniment  moins 
à  la  puissance  du  flux  et  du  reflux.  En  outre, 
ne  devait-il  pas  j  avoir,  dans  cette  mer  de 
feu,  des  courants,  qui,  à  eux  seuls,  eussent 
été  suffisants  pour  briser  la  mince  éeorce  qui 
aurait  voulu  se  produire? 

De  l'étude  du  refroidissement  de  la  terre 

(o!29)  On  eélébre  physicien  anglais,  le  pror«>sseur 
Danieil,  dans  les  expéneDces  qu*il  a  faites  pour  dé- 
lerminer  la  chaleur  de  certains  corps  à  leur  point  de 
fiuîoo,  a  trouvé  constamment  qu*on  ne  pauvait  éle- 
ver la  leflipéraivre  d*un  grand  creuset  contenant  du 
fer,  de  Vor  ou  de  Tardent  fondu,  d^un  seul  degré 
4i|.-dessus  du  point  de  fusion  de  ces  divers  métaux, 
(4Di  qu^une  barre  de  Tun  d'eux  était  plongée  dans 
^  portions  à  l'état  liquide.    H  en  étau  de  même  à 
'^t^ard  de  diverses  autres  substances  :  quelque  con- 
^il^rables  que  fussent  les  quantités  de  matière  en 
'iiaÂoii*  leor  chaleur  ne  pouvait  être  augmentée  tant 
*|  fie  quelques  parties  solides,  plongeant  dans  les  par- 
^<<fs  liquides,  n'étaient  point  fondues,  chaque  nou- 
^^Hle  quantité  de  chaleur  se  trouvant  instantanément 
t^orbée  pendant  leur  liquéfaction.  On  savait  dc|à 
f  avssi  longtemps  qu*un  fragment  de  glace  reste 
,jn^  l*eau,  m  ne  peut  élever  la  température  de  ce 
^.jqpdde  au-dessus  du  0*  centigrade. 

8t  donc  la  chaleur  du  centre  de  la  terre  s^éléve, 
finsi  qu'on  Ta  calorie,  ii  250,000*  centigrades,  ou  a 
l«s  de  160  fois  la  chaleur  du  fer  iondu,  suivant  le 


s'opérant  selon  les  lois  physiques  actuelles, 
nous  avons  été  amenés  à  conclure  que  le 
centre  du  globe  est  plus  solide  que  son 
éeorce.  Cette  conséquence  est  conforme  aux 
calculs  astronomiqrues.  Clairaut  a  démontré 
que  la  masse  du  globe  n*e$t  pas  d*une  den- 
sité homogène,  que  cette  densité  crott  de  la 
surface  au  centre.  Le  savant  astronome 
Laplace  a  dit  :  «La  précession  des  éqni- 
noxes  et  la  nutation  de  Taxe  terrestre  indi- 
quent une  diminution  dans  la  dénoté  des 
couches  du  sphéroïde  terrestre,  depuis  le 
centre  jusqu*à  la  surffice...  Les  principes 
de  rbydroslatiqoe  exigent  que,  si  la  terre  a 
été  primitivement  fluide,  les  parties  voisines 
du  centre  soient  en  même  temps  les  plus 
denses.  » 

Les  résultats  obtenus  par  les  physiciens, 
relativement  à  ladensitéduglobe,  ne  varient 
que  de  sept  centièmes;  aussi  M.  d'Aubuis- 
son  s*est-il  cru  autorisé  k  en  conclure  que 
«  la  densité  moyenne  du  globe  terrestre  est 
environ  cinq  fois  plus  grande  que  celle  do 
Teau,  et,  par  conséquent,  presque  double  de 
celle  de  I  éeorce  minérale  du  globe  (330).  » 

Voilà  donc  ce  que  constatent  de  la  manière 
la  plus  positive  et  sous  une  forme  nullement 
hvpothetique,  l'astronomie  et  la  physique  : 
c^st  que  les  parties  internes  du  globe  sont 
plus  denses  et  plus  pesantes  que  son  éeorce. 
Or,  s'il  n  y  avait,  comme  on  Va  dit,  au-des- 
sous ce  cette  mince  enveloppe  qu'une  masse 
fluide,  incandescente,  soumise  en  certains 
points,  à  une  chaleur  égale  h  250,000  degrés 
centigrades,  n'en  présentant  nulle  part 
moins  de  mille  à  deux  mille,  et  occupant  en 
outre  125  parties  du  diamètre  terrestre  sur 
127,  il  serait  impossible  que  cette  portion 
moyenne  du  globe  fût  plus  dense  que  la  sur- 
face. 11  faut  donc  renoncer  h  la  théorie  dont 
nous  faisoub  ici  la  critique  sous  peine  de 
nierleslois  les  plus  incontestables  de  deux 
sciences  depuis  longtemps  positives.  —  Voy. 
Tebre. 

FLORE  FOSSILE.— Les  végétaux  actuels, 
contemporains  de  l'espèce  humaine,  ont^  été 
précédés  à  la  surface  de  la  terre jfrtir  d'aa- 
tres  végétaux  dont  on  retrouve  des  traces 
nombreuses  dans  certaines  roches  ou  ter- 

pyromélre  perfectionné,  Il  est  évident  que  les  parties 
supérieures  de  la  mase  fluide  ne  pourront  se  main- 
tenir pendant  louglenips  à  une  température  èplé 
seulement  à  celle  que  réclame  la  fusion  des  roches. 
Une  tendance  coiilinuelleà  un  étal  unifoimedecha^ 
leur  devra  se  manifester,  et  jusqu'à  ce  que  cet  équili- 
bre soit  établi  par  le  n:ébnge  des  parties  liquides, 
douées  de  densités  diflerentes,  la  surface  ne  pourra 
commencer  à  se  solidifier. 

(550)  Ici  toutefois  une  question  Intéressante  se 
trouve  soulevée  à  regard  de  la  forme  que  les  ma* 
lériaux,  soit  liquides,  soit  solides,  prendraient, 
s'ils  étaient  soumis  à  Ténorme  pression  qui  doit 
s'exercer  au  centre  de  la  terre.  L*eau,  si  elle  conti- 
nuait à  diminuer  de  volume  suivant  le  degré  de  corn- 
pressibilité  que  rexpérience  a  indiqué,  doublerait 
de  densité  à  la  profondeur  de  54  lieues,  ei  sérail 
aussi  pesante  que  le  mercure  à  celle  de  151  lieues. 
Le  docteur  Youug  a  caleuié  qu'au  centre  de  la  terre 
l'acier  serait  réduit  au  quart  de  son  volume  et  la 
pierre  au  huitième  du  sien.  (Mrs  Souucevill^s  Co»- 
nexioH  of  the  physical  science*^  p.  90.) 


su 


FLO 


DICTIONNAIRE  0£  COSMOGONIE 


FLO 


SIS 


res,,  en    particulier  dans    les    mines   da 
houille. 

Ce  fait,  de  la  plus  haute  importance  pour 
les  géologues,  aoi^  aussi  être  étudié  par  les 
botanistes,  car  il  appartient  à  Thistoire  du 
règne  végétal,  et  la  détermination  des  fos- 
siles végétaux,  sur  Taxactitude-  de  laquelle 
reposent  toutes  les  conséquences  que  Ton 
pjeut  en  tirer,  est  une  question  purement 
au  ressort  des  botanistes. 

Les  pétrifications  animales  ont  été  re*- 
marquées  de  tout  temps,  mais  ce  n*est  que 
depuis  le  siècle  dernier  que  les  fossiles  vé-. 
gétaux  ont  attiré  sérieusement  Tattentioa 
des  savants,  probablement  parce  gue  les 
organes  des  plantes,  n'étant  pas  aussi  solides 
que  les  os  et  les  coquilles,  se  $ont  moins 
bien  conservés  dans  les  entrailles  de  la 
terre. 

.  Antoine  de  Jussieu  (331)  fut  un  des  pre- 
miers à  recoiinaltre  la  différence  qui  existe 
9ntre  les  végétaux  fossiles  des  mines  de 
bouille  et  ceux  qui  croissent  aujourd'hui 
dans  les  mêmes  pays.  Il  remarqua  aussi 
l'analogie  inattendue  qu'ils  présentent  avec 
ceux  des  climats  équatoriaux.  Divers  mé- 
moires furent  publiés  dès  cette  époque  sur  * 
ce  sujet  intéressant,  et  Scheuchzer  donna 
dans  un  ouvrage  spécial  {H&rbarium  dilu- 
vianum)  des  ûgures  assez  exactes  de  divers 
fossiles  végétaux.  Mais  celte  branche  de  la 
science  ne  pouvait  faire  de  progrès  réels 
que  lorsque  la  géognosie  et  la  botanique 
en  auraient  fait  elles-mêmes.  Il  fallait  que 
l'esprit  d*observation  eût  placé  la  géologie 
sur  ses  vraies  bases  ;  que  la  botanique  ne 
fût  plus  régie  par  des  systèmes  artificiels, 

Sui  rendent  difficiles  les  compacaisous  entre 
es  êtres  analogues;  que  fa  majorité  au 
moins  des  espèces  actuellement  existantes 
fût  connue;  et  que  celles  des  pays  chauds 
surtout  eussent  été  étudiées. 

Au  commencement  de   ce  siècle  on  put 

déjà  s'en  occuper  utilement,  et  dès  lors  un 

grand  nombre  d'écrits  ont  paru  sur  ce  sujet. 

En  1804,  M.  de  Schlotheim    (332)  donna 

des  figures  plus  parfaites  que  celles  de  ses 

f)rédécesseurs,  des  descriptions  plus  détail- 
ées,  et  des  comparaisons  souvent  heureu- 
ses avec  les  espèces  actuelles.   La  nomen- 
clature des  plantes  fossiles  qu'il  décrivai 
.aissait  cependant  à  désirer. 

En  1820,  commencèrent  les  publications 
de  M.  le  comte  de  Stemberg  (333),  qui  font 
époque  dans  celte  partie  de  la  science.  Dès 
lors  un  grand  nombre  d'ouvrages  et  de  mé- 
moires, contenus  surtout  dans  les  collec- 
tions académiques,  ont  Ajouté  chaque  année 
aux  connaissances  des  géologues  et  des 
botanistes.  Un  grand  nombre  de  mines  de 
houille  ont  été  examinées  sous  ce  point  de 
vue,  surtout  en  France,  en  Allemagne,  en 

(551)  Mem.  de  Caead.  dtê  sciences,  1718. 

\il5fi)  B/M^hreibung  merkwûrdiger  Kréuîerabdrùcki 
und  Ppanzen  Versieinerungen,  Gotha,  1804. 

(535)  Versuch  einer  geoqnosliseh  'botatHschen  Dar» 
iteilung  der  Flora  der  Vorvelt,  4  fasc.,  in-folio., 
Leipsick,  1820-^,  ouvrage  tradvil  en  français  par 
M.  le  comte  de  Dray. 


Angleterre  et  en  Suède  (334),  ce  qui  a  per- 
mis d'établir  des  comparaisons  intéressan- 
tes entre  des  végétations  contemporaines 
éloignées. 

En  1828,  M.  Adolphe  Brongniart  entreprit 
la  tâche  de  rapprocner  les  documents  épars 

Subliés  par  un  si  grand  nombre  de  savants. 
lans  son  Prodrome  d'une  histoire  des  végé^ 
taux  fossiles  (335),  il  a  réuni  avec  un  soin 
scrupuleux  les  faits  alors  connus,  et  grâces 
à  cette  clarté  de  rédaction,  dont  il  a  souvent 
donné  des  preuves,  il  a  attiré  t'atlenlion  de 
tous  les  hommes  intruits  sur  les  conséquen- 
ces de  l'étude  des  fossiles  végétaux.  Il  con- 
sidère ceux-ci  d'abord  sous  le  point  de  vue 
botanique ,  ensuite  sous  le  point  da  vue 
géologique.  Dans  la  première  partie  il  indi- 
que comment  on  compare  les  fossiles  végé- 
taux avec  les  plantes  actuelles,  comment  il 
convient  de  les  nommer,  de  les  classer; 
enfin  il  passe  en  revue  toutes  les  familles, 
genres  et  espèces  de  végétaux  fossiles  alors 
connus,  et  mentionne  leur  gisement,  qui 
indique  à  la  fois  leur  époque  d'existence  et 
leur  habitation  sur  l'ancienne  surface  du 

(;lobe.  Dans  Ta  seconde  partie,  il  examine 
es  fossiles  trouvés  dans  chaque  couche  de 
terrain  en  divers  endroits  ;  il  donne  la  pro- 
portion des  grandes  classes  de  végétaux 
dans  chacune  de  ces  couches;  et  il  termine 

1)ar  des  conclusions  curieuses  sur  l'état  de 
a.  surface  terrestre,  aux  époques  indiquées 
par  la  position  relative  des  couches. 

Le  Prodrome  de  M.  Ad.  Brongniart  est 
devenu  la  bosedetout  travail  sur  les  fos- 
siles végétaux.  Dès  lors  il  a  continué  lui- 
même  à  publiei:  de  nouvelles  descriptions 
de  végétaux  fossiles  (336).  En  Angleterre, 
MM.  Lindley  et  W.  Hutton,  qui  réunissent 
à  un  haut  degré  les  connaissances  botani- 
ques et  géologiques  nécessaires,  ont  entre- 
pris en  commun ,  une  flore  fossile  de  la 
Grande-Bretagne,  comprenant  les  figures  et 
les  descriptions  des  végétaux  trouvés  à  l'étal 
fossile  dans  ce  pays  (337).  En  partant  le  plus 
souvent  des  mêmes  idées  que  M.  A.  Bron- 
gniart, ces  deux  savants  diffèrent  quelque- 
fois d'opinion,  et  se  livrent  alors  à  des  re- 
cherches du  plus  grand  intérêt.  Au  moyen 
de  ces  ouvrages  tout  récents,  on  peut  se 
faire  une  idée  assez  complète  de  l'état  de 
cette  partie  de  la  science. 

ARTICLB   PREUIEB 

Les  parties  délicates  et  minutieuses  de 
l'organisation  végétale  n  ont  pas  pu  se  con- 
server intactes  dans  des  couches  de  terrain 
solidifié;  aussi  est-on  obligé  de  se  borner 
dans  l'examen  des  fossiles  végétaux  à  1*^ 
comparaison  des  organes  volumineux,  cou- 
me  la  tige,  les  feuilles  et  quelques  fruits» 
Les  plantes  à  l'état   de  germination,  les 

(334)  NiLSON.  dans  Mém.  de  Vaead.  des  sdenc.  ^ 
Stockholm  ;  1824. —  Agardb,  ibid. 

(335)  ln-8%  Paris,  1838. 

(336)  HUt.  des  vég.  foss.^  iii-4o,  paraissanl  par 
livraison^. 

(337)  Fomle  Flora,  in-8''  ;  Lcuidr^;  joamal  (ri- 
mcsiriel,  qui  conlinuo  depuis  4831. 


513 


FLO 


ET  VE  PALEONTOLOGIE. 


FLO 


Sfi 


fleurs  et  la  plupart  des  fruits  ou  graines,  ne 
se  retronrent  pas.  Les  es^ièces  les  plus  her- 
l>acées»  les  plantes  analogues  aux  confer- 
Tps,  aux  itbampignons,  aux  lichens,  s*il  en 
eiistaity  peuvent  également  avoir  disparu, 
oa  se  retrouver  dans  un  état  plus  ou  moins 
altéré. 

Les  tiges  ligneuses  ont  été  changées  «en 
fJerre,  par  suite  d'un  substitution  graduelle 
r!e  molécules  solides  aux  molécules  qui  cons* 
titoaîent  le  bois  ou  Fécorce.  La  forme  n'est 
point  altérée.  Les  feuilles  se  distinguent 
plutôt  sous  forme  d'empreinte  ;  elles  se  dé- 
tachent en  noir  oru  en  gris  sur  les  fragments 
de  pierre. 

Pour  comparer  utilement  ces  vestiges  aux 
espèces  actuellement  vivantes,  il  faut  choi- 
sir pour  ces  dernières  des  échantillons  des 
,  mêmes  organes  par  conséquent  des  tiges  et 
des  feuilles.  L'arrangement  des  couches  li^* 
gneuses  des  dicotylédones,  celui  des  fibres 
des  monocot^flédones,  se  reconnaissent  bien 
dans  les  fossiles,  si  on  rapproche  les  échan^ 
tillons  pétrifiés  de  fragments  de  ces  deux 
catégories  de  tiges.  Ceci  fait  sentir  l'utilité 
des  collections  de  bois  dans  lesquelles  l'é** 
eoree  et  le  corps  ligneux  ne  sont  point  dé» 
natures,  et  oili  une  nomenclature  certaine 
peut  offrir  des  termes  de  comparaison  La 
texture  du  bois,  vue  à  la  loupe,  et  manifes» 
tée  plus  clairement  en  faisant  polir  les  sur- 
faces, est  aussi  un  bon  moyen  de  reconnaî- 
tre l'analogie  d'un  fossile  avec  l'une  des 
dasses  de  végétaux  vivants. 

Avec  des  procédés  de  ce  genre,  il  est  rare 
que  l'on  ne  découvre  pes  une  certaine 
ressemblance,  qui  permet  de  rapporter  le 
fossile  h  une  fiimille  existante.  Quelquefois 
un  grand  nombre  d*espèces  se  rapportent  à 
des  formes  aujourd'hui  très-rares. 

Dans  Torigine  on  leur  donnait  quelque* 
Mois  éds  noms  dont  la  terminaison  en  luhis 
indiquait  l'état  de  fossile,  et  il  est  peut-être 
à  regretter  oue  cet  usage  n'ait  pas  été  suivi, 
pour  éviter  les  équivoques  entre  des  genres 
fossiles  et  vivants.  Augourd'hui  on  se  con- 
tente de  faire  des  noms  de  genres  et  d'es- 
fxèees  à  peu  près  comme  pour  les  plantes 
^vantes,  et  on  les  rapporte  avec  ou  sans 
hésitation  aux  grandes  classes  et  aux  famil- 
les existantes.  Ainti  Upidodendron  insigne 
est  une  espèce  d'un  genre  fossile  de  la  fa- 
mille des  lycopodiacees;  equisetum  colum- 
mare  est  une  espèce  fossile  du  genre  vivant 
epiifrlvin.  Dans  ce  dernier  c^s  il  convient 
«i  ajouter  au  nom  spécifique  l'épithète  /b«- 
Mîle  ou  un  signe  quelconque. 

Lorsque  Tanalo^e  avec  un  genre  existant 

f'^i  reconnue,  mais  que  l'on  ne  sait  i^as,  vu 

i'ah^^ence  des  organes  de  la  fructification,  si 

1  '^pèce  fossile  appartenait  réellement  au 

mèoQie  eenre  ou  à  un  ^enre  voisin,  on  se 

•tf^rt  deïi  terminaison  xtes  ajoutée  au  nom 

^u  genre  vivant:  Ainsi  zamites  est  un  genre 

£-^^sile  analogue  au  zamia.  lycopodiies  au 


lycopodiumy  etc.  Si  cela  était  nécessaire,  on 
pourrait  adopter  des  familles  analogues  aux 
familles  existantes,  avec  une  terminaison 
de  la  même  nature,  comme  filiciiînées  povît 
une  famille  analogue?  aux  fougues. 

Les  fossiles  végétaux  se  classent  ou  sui- 
vant l'époque  de  leur  existence,  ou  selon 
leurs  caractères  botaniques. 

Le  premier  point  de  vue  est  sans  contre- 
dit le  plus  important.  Les  végétaux  que  I  on 
trouve  enfouis  dans  une  même  couche  ont 
dû  vivre  sous  les  mêmes  conditions,  et  pré- 
senter un  certain  ensemble,  comme  les  es- 
pèces qui  coexistent  maintenant.  11  faut 
donc  les  comparer  entre  elles  avant  de  les 
rapprocher  de  végétaux  d'une  autre  é|)oque. 
Les  classifications  botaniques  doivent  donc 
être  subordonnées^  pour  lea  fossiles,  aux 
classifications  géologiques 

Quant  aux  couches  dont  ta  superposition 
à  des  époques  successives  a  formé  graduel- 
lement la  croûte  de  notre  globe,  on  sait  que 
les  çéologues  ne  sont  |H1s  d'accord  sur  la 
meilleure  manière  de  les  classer.  Souvent 
ils  partent  de  caractères  tirés  de  la  nature 
des  fossiles;  mais  pour  étudier  la  réparti*» 
tiondes  corps  fossiles  eux»-mêmes>  il  fout 
au  contraire  ne  s'appuyer  que  sur  lea  dis« 
tinctions  minéralo^ques. 

M.  Ad.  Brongniart  (338)  énumère  qua- 
torze formations  géologiques  contenant  des 
traces  de  végétaux. 

Une  formation  se  compose  de  plusieurs 
couches,  présentant  des  caralères  communs, 
qui  semblent  indiquer  une  origine  ou  un 
mode  de  formation  analogue.  C^estle  cas  dea 
couches  de  houille,  de  celles  de  craie,  etc. 
Chaque  formation  répond  à  une  certaina 
époque.  Toutes  ces  formations,  qui  ont  suivi 
les  terrains  primitifs,  où  il  n'existe  aucune 
trace  d'êtres  organisés,  .sont  classées  par 
M.  Brongniart  en  quatre  grandes  catégonea» 
répondant  à  des  périodes  très-longues. 

âBTlGUC  SECOITD. 
rmsMiiM  viuoDK  ms  Irart  OMiondb. 

Première  époque, — Schistes  et  calcaires  in" 
férieurs  à  la  houille  (339) . —Cette  formation ,  si 
riche  en  madrépores  et  animaux  des  classes 
inférieures,  est  pauvre  en  végétaux  fossiles. 
M.  Ad.  Brongniart  n'en  connaissait,  en  1^8, 
que  treize  espèces. 

Ce  sont  uniquement  des  cryptogames,  plus 
une  espèce  dont  la  classe  botanique  est  dou- 
teuse. On  remarque  k  algues  (plantes  mari- 
nes) d'un  genre  appelé  fucoides^  et ,  en  fait 
de  plantes  terrestres,  2  équisétacées  d'un 
genre  calamités^  3  fougères  et  plusieurs  lyco- 
podiacees, la  plupart  en  mauvais  état. 

Toutes  ces  espèces  sont  diflérentes  de  cel- 
les qui  existent  aujourd'hui.  Quelques-unes 
se  retrouvent  dans  la  formation  suivante. 

Deuxième  époqwt.  —  Houille.  —  La  houille, 
dont  les  gisements  sont  si  bien  connus  à 


'-  ^^38)  Amu  4a  se.  sol.,  dot.  1828,  p.  5;  et  Prod.      raîns  adoptée  par  If.  Ad.  Brongniart  dans  son  niu. 
^^  ^  véy.  iasmUs^  1828,  à  la  fin.  des  vég.  foss. 

'^^)  Mon»  suîToos  ici  la  classification  des  1er- 


515 


FLO 


DiCTiONNAIRk:  DJE  COSMOGONIE 


FLO 


«S 


cause  de  leur  utilité»  se  compose  unique^ 
ment  de  débris  de  végétaux  transformés  en 
matières  charbonneuses.  Dans  les  couches 
les  plus  épaisses,  on  trouve  des  troncs  d^ar^^ 
bres  encore  verticaux. 

Ce  qui  est  remarquable  dans  cette  forma- 
tion, ce  n*est  pas  seulement  le  grand  nombre 
des  espèces,  dont  M.  Ad.  Brongniart  énu- 
mèreSbSconnues  déjà  en  1828,  mais  surtout 
le  petit  nombre  de  familles  auxquelles  ap^- 
*  partienuent  ces  espèces,  et  la  proportion  des 
grandes  classes,  extrêmement  différente  de 
celle  qui  existe  aujourd'hui  dans  les  mêmes 
régions. 

La  classe  des  œtiiéogames  (fougères,  mar* 
siléacées,  équisétacées,  lycopodiacéesi  domi- 
nait dans  une  proportion  très-extraoruinaire. 
Elle  formait  à  elle  seule  les  2f3  ou  les  5i6  de 
la  végétation,  tandis  que  maintenant  elle  ne 
s'élève  guère  qu'au  30'.  La  plupart  étaient 
arborescentes ,  analogues  aux  fougères  en 
arbre  des  pays  tropicaux  actuels.  Plusieurs 
prêles  (equisetum)  en  arbre  donnaient  au 
paysage  un  aspect  singulièrement  éloigné 
de  tout  ce  que  nous  connaissons  aujourd'hui. 
Les  autres  cryptogames  manquaient  complè- 
tement à  cette  époque,  ainsi  que  les  plantes 
marines,  ou  dû  moins  elles  étaient  fort  ra- 
res, car  on  n'en  a  pas  encore  découvert.  Il 
existait  à  peine  ijik  de  monocotylédones, 
parmi  lesquelles  on  remarque  trois  palmiers 
et  quelques  graminées.  On  sait  que  cette 
classe  forme  aujourd'hui  la  6'  partie  des  vé- 
gétaux» Quant  aux  dicotylédones ,  dont  le 
nombre  est  si  remarquable  dans  notre  épo- 
que, il  est  douteux  aue  la  formation  dont  il 
s'agit  en  possédât  plus  d'un  tiers.  M.  Ad. 
Brongniart  en  indique  21  comme  douteuses, 
mais  M.  Lindley  (3^0)  s'efforce  de  démontrer 
que  les  genres  sigiilaria  et  stigmariay  rap- 
portés aux  œthéogames  par  M.  Brongniart, 
sont  des  dicot}[lédones  analogues  aux  atioci'- 
nées,  euphorbiacées  et  cactées.  Il  y  a  49  es- 
pèces de  ces  deux  genres,  parmi  les  258  énu- 
mérées  dans  le  Prodrome  des  végétaux  fos- 
siles, ce  qui,  avec  les  21  douteuses,  ferait 
seulement  70  espèces  dicotylédones 

Avec  cette  modification,  et  en  partant  des 

Satre  grandes  classes  adoptées  par  M.  de 
ndolle  (3/^1),  la  flore  des  mines  de  houille 
se  comiX)serait  comme  suit,  d'après  les  es 
oèces  connues  en  1828r 


CRYPTOG.VIIES. 


Proporiion 
sur  lUO  espèces. 


Arnphîgaaies,  0       0 

iliiliiéogainesy  équisétacées,  ik 

—  fougères,  89 

—  niarsiléaeées,  7      170    66 

—  lycop«»diacées,  60 

PBA!fÉRO<SÀME& 

Monocotylédones,  palmiers.  3 

—                   cannées;  I      18        7 

^             indéterminées,  14 


A  reporter.        188      73 


(540)  Fo$$U  Flora. 

(541)  Bibl.  uiiiv.,  1833,  vol.  111,  p.  259. 


Repori. 

Dicotylédones,  sigiilaria, 

—  stigmaria, 

-  douteuses, 

Nombre  total. 


m  z 


10 


41 


3     19    19 

258  m 


Sans  doute  des  recherches  ultérieures  mo- 
difieront ces  proportions  I  mais  il  n'estpas 
probable  qn*elles  ôtent  à  cette  époque  se.^ 
principaux  caractères  :  la  prédomimut  d» 
œthéogames  ligneuses^  et  la  taille  giganttt(i\u 
de  ces  espèces^  relativement  à  celles  qui  eiis- 
tent  aujourd'hui. 

La  découverte  la  plus  reuiarquable  qui  se 
soit  faite  dans  les  fossiles  des  minesdehouilk 
depuis  le  travail  de  M.  Brongniart,  c'est  celle 
de  quelques  conifères  (3^2),  famille  qui  joue 
un  grana  rôle  dans  Ie«  époques  subséquen- 
tes, et  qui,  sous  le  point  de  vue  botaniqae* 
est,  parmi  les  dicotVlédones,  une  de  cdles 
qui  approchent  le  plus  des  œthéogames. 

Troisième  époque.  —  Calcaire  pénétn  rf 
schistes  bitumineux.  —  Cette  formatioD  est 
pauyre  en  fossiles  des  deux  règnes,  ù^ 
schistes  de  Mansfeld  et  les  couches  houillè- 
res de  Hoganes,  en  Scanie,  que  les  géologues 
rapprochent  des  schistes,  ont  présenté  a 
M.  Ad.  Brongniart  seulement  8  espèces  rc 
connaissables. 

Elles  sont  toutes  marines.  Septd*enlreè 
les  constituent  le  genre  fucoidts;  une  ap[)tf* 
tient  aux  naïades 

DnxiiMB  rétiODK. 

Quatrième  époque. — Gris  bigarré.— }l.  Ad 
Brongniart  ne  cite  que  19  espèces  de  ct^ 
formation  trouvées  principalement  à  Scoit?- 
les-Bains.  Leur  découverte  est  due,  cd 
grande  partie,  è  M.  Voltz,  ingénieur  (b 
mines  à  Strasbourg.  Elles  se  classent  cornas 
suit  : 

CR\TTOGAlf£S. 

Sur  100  o^ 

Anipbigames,  0      I 

iClbéogames,  équisétacées,       3         on 
—  fougères,  6 

PBikMÉIIOGAMfiS. 

Monocotylédones,  5  Se 

Dicotylédones,  5  % 


Total. 


9  m 


Autant  qu*on  peut  iuger  des  proporiiofi> 
par  des  chiffres  aussi  faibles,  il  paraît  qoeV 
nombre  des  phanéro^james  dépassait  celui 
des  cryptogames,  tandis  que  c'était  riaterse 
dans  les  formations  antérieures. 

Les  ^genres  sont  extrêmement  différent^ 
de  ceux  de  la  houille.  A  peine  y  en  a-t-il  us 
de  commun,  et  certainement  aucune  esp^'V 
n'est  semblable.  Elles  sont  toutes  terres- 
tres. 

Cinquième  époque.  —  Calcaire  eonchyiien. 
—  Celte  formation,  dit  M.  Ad.  Brongniari. 
qui  paraît  presque  entièrement  marine,  b> 
offert,. jusqu'à  présent,  que  des  fragmenb 
qu'on  ne  peut  considérer  que  comme  des 

542)  Fossil  Fiera 


S17 


FLO 


ET  m  PAUKONTOLOGIE. 


FLO 


518 


traces  de  la  végétation  qui  courrait  proba-* 
btement  alors  quelques  points  de  la  terre, 
mais  dont  les  débris  plus  nombreux  n'au- 
raient été  enfouis  aue  lors  de  la  formation 
des  couches  arénacees  ou  argilleuses  qui  re- 
couTrent  ce  calcaire. 

Les  mieux  caractérisés  de  ces  débris  sont 
une  fouL^ère  et  une  cjrcadée,  découverte  près 
de  Luiiéville  par  M.  Gaillardot.  Il  y  a  aussi 
quelques  fucus. 

Sixième  époque.  —  Keuper^  marne$  irri* 
iée$  et  lias.  —  La  prédominance  des  cyca^ 
dées  est  le  trait  caractéristique  de  cette  épo- 
que, car  sur  ^  espèces  reconnaissables, 
elles  constituent  la  moitié.  Il  ii*y  a  point 
d'autres  dicotylédones ,  une  seule  monoco- 
tylédone  et  dix  œlhéogames.  Aucune  plante 
aquatique. 

Septième  époque.  —  Formation  jurassique. 
—  M.  Ad.  Brongniart  comprend  sous  ce 
Dom  la  série  des  couches  oolithiques  des 
géologues  anglais  et  quelques-unes  des  cou- 
ches qui  les  séparent  de  la  craie,  comme  les 
sables  ferrugineux  et  le  grès  de  la  forêt  de 
Tîlsate.  Le  grès  vert  (green  fand)  en  est 
exclu. 

Le  Jura  n*a  fourni  qu'une  seule  espèce  h 
/énumération  faite  en  1828.  La  plupart  sont 
de  Whitby,  Portland  et  Slonesfieldy  en  An^- 
gleterre. 

Sur  51  espèces  énumérées  par  M.  Ad. 
Brongniart  en  1828,  d'après  un  grand  nom- 
bre de  géologues,  il  y  a  trois  espèces  ma^ 
rines. 

Le  ncfrobfe  des  cycadées  est  Irès-remar^ 
qaable.  Il  v  en  a  17,  dont  11  du  genre 
samia  actuellement  vivant^  c'est-A^ire  que 
€ette  famille«  qui  forme  à  peine  un  millième 
1*6  la  végétation  actuelle  et  qui  croit  seule- 
iieiit  près  de  Téquateur,  formait  alors  la 
n-oitié  de  la  végétation  euroî^éenne.  On  re- 
n  arque  aussi  dans  cette  flore  six  conifères, 
deux  liliacées,  et»  comme  dans  toutes  les 
époques  précédentes ,  beaucoup  de  fou^- 
géres. 

La  proportion  des  grandes  ciasses  est 
doue. 

CBTFTOGAHES. 

S«r  100  espèee». 

AnpIrigaiiDes  (algues),  3         6 

iClbéocuBes  (dont  21  fougères),       25       45 

PBASÉAOGAIIES. 

M  onoeotTlédones  (lili^cées),  9        i 

I>icoljlédooes  'c-cadëes  et  conif.),      »      45 


Toul. 


51    100 


es   espèces  de  fougères  sont  fort  JifTé- 
rentes  de  celles  des  autres  formations. 

Uuilième  époque.  —  formation  crétacée.  — 
M.  A;l.  Brongniart  réunit  dans  ce  parapraphe 
îe^  fos^siles  de  la  craie  proprement  dite»  et  de 
la  i^lauconie  sablonneuse  ou  sable  vert 
Qreem  s4Ênd  des  Anglais),  qui  lui  sert  de 

Les  végétaux  connus  en  1828,  dans  cette 
formation,  sont  des  plantes  marines  au 
i^OAiibre  de  17,  glus  une  plante  terrestre  (cy- 


cadée)  de  la  craie  inférieure  de  Scanie.  La 

tlupart  proviennent  de  Tile  d'Aix,  près  de 
a  Rochelle»  de  la  montagne  des  Voirons^ 
près  de  Genève,  etc. 

On  peut  présumer  que  la  seule  espèce 
terrestre  dé<'Ouverte  jusqu'à  présent  crois- 
sait sur  la  limite  de  deux  formations,  ou 
sur  le  bord  d'un  vaste  océan  qui  recouvrait 
alors  une  grande  partie  de  l^urope. 

Les  17  espèces  marines  se  composent  de  S 
conferves,  1  i  algues,  k  naïades  (genre  xoste^ 
rites)  i  il  y  a  donc 


CmiPTOGAMES. 

Ampaigames, 
JElbéogames, 

FIU9ÉR0GAIKS. 

Monocotylédonesi 
Dicotylédones^ 

Total. 


Sur  100 
15 

l 
1 


n 

G 


18      100 


Neuvième  époque.  —  Formation  marno- 
charbonneux.  —  Cette  formation  comorend 
Targile  plastique,  les  psammttes  mollasses 
et  les  dépôts  de  lignites  qui  les  acc(Hn|  a- 
gnent  souvent. 

Les  débris  végétaux  en  sont  rarement  re- 
connaissables,  soit  à  cause  de  leur  nature 
fragile,  soit  qu'ils  aient  été  broyés  dans 
un  grand  bouleversement  du  globe,  l^s  li- 
gnites, en  particulier,  offrent  tantdt  une 
réunion  de  végétaux  dans  leur  position  ver- 
ticale naturelte,  tantôt  un  amas  de  frag- 
ments de  bois,  de  feuilles  et  de  fruiU  di- 
vers, comme  les  courants  et  les  fleiives 
en  accumulent  aujourd'hui  dans  certaines 
localités. 

La  nature  de  ces  végétaux  esl  toute  diffé- 
rente de  celle  des  couches  antérieures  à  la 
craie.  Ce  sont  des  dicotylédones  dont  le 
nombre  considérable  est  attesté  par  des 
fruits  détachés  de  la  tige,  plusieurs  pal- 
miers et  quelques  fougères;  aucune  plante 

marine. 

On  a  reconnu  un  érable,  un  noyer,  un 
saule,  un  ormeau,  des  cocos,  des  pins  et 
d'autres  espèces  qui  peuvent  se  rappçrtcr 
aux  genres  existants.  Il  y  a  beaucoup  de  co- 
nifères, mais  aucune  cycadée.  Celte  végéta- 
tion ressemblait  beaucoup  à  celle  qui  nous 
entoure  aujourd'hui. 

Les  proportions  ne  peuvent  pas  être  don- 
nées. H  suffit  de  constater  la  prédominance 
des  dicotylédones. 

Dixième  époque.  —  Calcaire  grossier.— 
Cette  formation  d'origine  marine  a  été  bien 
observée  près  de  Paris  et  au  Monte -Bolca. 
Elle  offre  beaucoup  d'algues  et  quelques 
plantes  terrestres  de  diverses  classes,  qui  pa- 
raissent avoir  été  entraînées  des  terres  voi- 
sines dans  l'Océan.  Elles  diffèrent  peu  des 
espèces  terrestres  de  la  précédente  forma- 
tion. On  remarque  plusieurs  dicotylédones 
du  genre  phyllites. 

(hiziime  époque.—  Formation  lacustre  pa- 
lœothérienne.-lJi  présence  des  mammiieres 
appelés  pa/tfofAfrittffi  a  déterminé  le  nomUc 


Si9 


FLO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGOiNIE 


FLO 


cette  formation,  où  l'on  trouve,  soità  Aixen 
Provence,  soit  à  Paris  et  ailleurs,  quelques 
fossiles  végétaux. 

Ils  sont  analogues  aux  lignites  quant  aux 
genres,  mais  les  espèces  diffèrent. 

Tous  sont  terrestres. 

Sur  dix-sept  espèces  énumérées  par  M.  A, 
Brongniart,  on  remarque  une  mousse,  un 
equisetuiHy  une  fougère,  deux  chara^  une  li* 
Jiacée ,  un  palmier,  deux  conifères ,  et  plu*- 
sieurs  amentacées, 

Douzième  époque,  —  Formation  marine  5«- 
périeure,—  Un  très-petit  nombre  de  fossiles 
végétaux  ont  été  trouvés  à  Tétat  de  débris 
dans  ces  couches,  gui  composent  certaines 
collines  subapennines.  On  remarque  une 
noix  très-commune  à  la  Morra ,  près  Turin 
l jugions  nua>taurinensis).  Elle  est  toujours 
dfétachée  de  la  plante,  et  sans  doute  elle  flot- 
lait  dans  les  eaux  voisines  de  quelque  terre» 

Treizième  époque  —  Formation  lacustre 
supérieure.  —  Les  meulières  de  Montmo- 
rency contiennent  cinq  ou  six  plantes  fossiles 
Jifférentes,  q^ui- toutes  paraissent  être  des 
plantes  aquatiques^  analogues  h  celles  qui 
croissent  encore  dans  les  étangs  peu  pro- 
fonds. La  fréquence  des  chara  et  la  présence 
i*nn  nymphœa  annoncent  un  dépôt  formé 
Jans  les  eaux  peu  profondes. 

Quatorzième  époque,—  Formation  contem^ 
poraine  des  végétaux  actuels.  —  Les  couches 
de  tourbe  se  ferment  sous  nos  yeux,  et  con* 
tiennent  uniquement  des  débris  d*espèces 
végétales  qui  vivent  encore  dans  les  mêmes 
régions.  En  Ecosse,  où  ce  genre  de  formation 
s'opère  assez  rapidement,  M.  Lyell  a  remar- 
qué des  graines  de  chara  conservées  dans  de 
la  tourbe,  exactement  comme  dans  certaines 
formations  antérieures.  Les  lignites  n'étaient 
que  des  tourbières  d'une  époque  beaucoup 
plus  ancienne. 

Le  point  <le  transition  entre  les  tourbières 
et  les  couches  antédiluviennes  est  d'une 
haute  importance  pour  l'histoire  naturelle» 
puisque  c  est  là  que  se  trouve  le  passage  des 
espèces  actuelles  aux  formes  ^antérieures. 

ARTICLE  TROISIÈME. 

Rapport  entre  les  végétaux  des  régions 
diverses  à  chaque  époque, 

11  est  naturel  de  se  demander  si,  à  chaque 
époque  géologique,  les  mêmes  espèces,  gen- 
res et  familles,  existaient  simultanément  et 
uniformément  en  tous  pays,  ou  s'il  y  avait 
comme  à  présent  des  formes  de  plantes  spé- 
ciales à  certaines  régions,  des  groupes  natu- 
rels limités  à  de  petites  étendues  de  pays,  et 
d'autres  répandus  au  contraire  sur  des  es- 
paces immenses. 

Pour  répondre  à  ces  questions,  il  faudrait 
d'abord  que  les  géologues  fussent  bien  cer- 
tains que  les  couches  semblables  ou  analo- 
gues, situées  dans  des  pays  très-distants,  ont 
constitué  aux  mêmes  époques  la  surface.de 
notre  glooe.  La  circonstance  que  certaines 
couches  de  mûme  nature  sont  superposées 
semblablement,  en  Amérique  et  en  Europe 
par  exemple,  est  bien  une  probabilité  qu'elles 


ont  été  formées  en  même  temps  et  do  la  mèine 
manière.  Quand  elles  contiennent  les  mêmes 
espèces  fossiles,  les  géologues  en  tirent  une 
nouvelle  preuve  d'identité  ;  mais  le  natura- 
liste qui  se  demande  au  contraire  ai  les  es- 
pèces étaient  semblables  dans  des  couches 
contemporaines  ou  successives ,  ne  peut  pas 
employer  ce  genre  de  preuve  sans  tourner 
dans  un  cercle  vicieux. 

Une  autre  difficulté  résulte  de  ce  que  les 
fossiles  végétaux  ont  été  examinés  dans  un 
petit  nombre  de  pays  seulement,  et  d'une 
manière  encore  très-incomplète.  Ainsi,  on 
ne  peut  rien  conclure,  quant  à  la  distribution 
géographique,  des  plantes  du  terrain  de  tran- 
sition, puisque  l'on  ne  connaît  que  quatorze 
espèces  de  cette  époque,  dont  treize  recueil- 
lies en  Europe  et  une  seule  dans  l'Amérique 
septentrionale.  Il  faut  évidemment  ne  com-^ 
parer  sous  ce  point  de  vue  que  les  époques 
dont  on  connaît  beaucoup  d^espèces  recueiU 
lies  dans  des  pays  éloignés. 

Les  deux  cent  cinquante-huit  espèces  de 
la  formation  houillière  énumérées  parld.Àd. 
Brongniart  soht  intéressantes  à  comparer 
sous  ce  point  de  vue,  parce  qu'elles  ont  été 
recueillies  en  Europe,  dans  l'Amérique  sep- 
tentrionale ,*  la  Nouvelle-Hollande  et  Tlnde. 

En  jetant  un  coup  d'oeil  sur  le  tableau  de 
M.  Ad.Brongniart  et  sur  la  flore  fossile  d'An»* 

tleterre,  on  voit  aussitôt  que  les  mines  de 
ouille  de  divers  points  de  l'Europe,  nolam 
ment  de  Saint-Etienne,  du  nord  de  l'Angle- 
terre, de  Belgique  et  de  Bohême,  ont  très^ 
sauvent  offert  les  mêmes  espèces  fossiles. 
Ceci  n'a  rien  de  surprenant,  puisque  les  flo* 
res  actuelles  de  tous  ces  pays  sont  extrême- 
ment semblables.  Mais  ce  qui  est  digne  de 
remarque»  c'est  que  sur  vingt-trois  espèces 
des  mines  de  houille  de  l'Amérique  septen- 
trionale, quatorze  ont  aussi  été  trouvées  en 
Europe.  Une  telle  proportion,  certaineraenl 
plus  forte  que  dans  les  plantes  actuelles  de 
ces  deux  régions ,  atteste  une  similitude  bh* 
sez  grande.  Ces  deux  parties  du  monde  né' 
taient  peut-être  pas  séparées  à  cette  époque, 
ou  bien  il  existait  des  îles  interméaiaire^. 
Sur  trois  espèces  de  la  Nouvelle^Hollande, 
une  a  été  aussi  trouvée   dans  la  mine  de 
houille  de  Rajmahl  dans  l'Indè.  De  cette  der- 
nière origine,  M.  Ad.  Brongniart  ne  connais- 
sait, en  1828,  que  deux  espèces,  dont  Tune 
(fov^ère)  est  l'espèce  comnaune  avec  la  Nou- 
velle-Hollande, et  l'autre  constitue  un  genre 
de  palmier  très-distinct. 

Ces  faits  semblent  attester  pour  cette  épo- 
que une  plus  grande  uniformité  de  végéta- 
tion k  la  surface  de  la  terre,  que  pour  l'éjjO- 
que  où  nous  vivons.  Non -seulement  i»l"- 
sieurs  espèces  croissaient  indifféremm^n' 
dans  des  pays  très-éloignés ,  mais  encore  les 
proportions  des  grandes  classes  étaient  asse? 
uniformes.  Ainsi,  les  œthéogames  ffougères 
lycopodiacées,  etc.)  dominaient  égalemci' 
en  Europe,  en  Amérique  et  en  Australie. 
Partout  elles  constituaient  environ  les  deui 
tieis  des  espèces. 

Comme  aujourd'hui ,  les  espèces  phanéro- 
games avaient  en  moyenne  une  habiiatiof 


s» 


FLO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FLO 


Sit 


moins  étendae  que  les  cryptogames^  car  sur 
neuf  phanérogames  d'Amérique,  quatre  (  ou 
hk  pour  100)  étaient  communes  avec  l'Europe, 
tindis  que  sur  quatorze  cryptogames,  il  y  en 
avait  onze  (soit  78  pour  lOO). 

Les  formations  suiTantes,  jusqu*au  calcaire 
jurassique,  offrent  un  trop  petit  nombre  d^es* 
pèces  de  localités  différentes  pour  que  Ton 
puisse  en  tirer  quelque  comparaison  de  ce 
genre.  Dans  le  terrain  jurassique  examiné  en 
Allemagne  et  en  France ,  il  est  remarquable 
combien  peu  des  mêmes  espèces  ont  été  dé- 
couyertes  en  plusieurs  localités.  Sur  cin* 
cHunten^tMine  espèces  énumérées  par  H.  Ad. 
Brongniart,  je  n'en  vois  que  deux  qui  soient 
indiquées  à  la  fois  dans  deux  de  ces  pays.  11 
eu  est  de  même  pour  les  formations  subsé- 
cpentes  ;  d'oil  Ton  peut  conclure  gue,  depuis 
1  époque  de  la  bouille,  la  diversité  des  ré- 
gions contemporaines  a  été  extrêmement 
sensible. 

AmnCLB  QCATRièXB. 

Rapports  entre  les  végétaux  d époques  et  de 
périodes  successives. 

Un  bit  important  domine  l'histoire  des 
▼éffétaux  fossiles,  c'est  que  la  même  espèce  a 
été  rarement  trouvée  f  d^une  manière  certaine^ 
éamê  deux  formations  différentes^  et  jamais 
dans  deux  formations  ^parées  par  une  ou 
plusieurs  autres. 

11  parait  que  les  révolutions  du  globe,  qui 
ont  fait  changer  subitement,  \  diverses  épo- 
ques, la  nature  du  sol,  ont  détruit  toutes  ou 
presque  toutes  les  espèces  végétales,  et  qu'a- 
près  chaque  bouleversement  de  ce  genre  de 
nouvelles  espèces  ont  vécu  au-dessus  du 
terrain  des  anciennes.Bans  toute  l'épaisseur 
d  une  même  couche,  on  trouve  peu  de  varia- 
tioDS  de  la  même  espèce,  et  rien  n'indique 
des  modifications  graduelles  déformes,  par 
lesquelles  les  espèces  auraient  passé  insen- 
siblement d'une  formation  ou  époque  h  une 
autre. 

Entre  les  espèces  végétales  de  deux  forma- 
tions successives,  il  y  a  souvent  des  rapports 
assez  frappants.  Elles  se  classent  à  peu  près 
dans  les  mêmes  genres  ou  dans  les  mêmes  fa- 
milles, et  la  proportion  des  espèces  de  chaque 
grande  classe  est  peu  différente.  Quelquefois 
on  a  trouvé  la  même  espèce  dans  deux  for- 
mations superposées  et  analogues,  mais  ce 
sont  des  cas  bien  rares.  Le  Prodrome  de 
M.  Ad.  Brongniart  contient  trois  espèces 
communes  au  terrain  de  transition  et  à  la 
iiouille,  quatre  communes  au  lias  et  au  cal- 
caire jurassique,  une  au  calcaire  jurassique 
et  à  la  craie.  Ce  sont  les  seuls  cas  connus 
d*ane  manière  certaine,  et  c'est  toujours  en- 
tre des  couches  subséquentes  assez  analo- 
gues. 

De  temps  en  temps  on  trouve  une  forma- 
tion recouverte  par  une  couche  d'une  nature 
toute  différente,  qui  d'ordinaire  contient  un 
très-i>etit  nombre  d*êtres  organisés  ayant  vé- 
ca  dans  de  Teau  salée  ;  puis,  au-dessus  de 
cette  couche,  commencent  d'autres  forma- 
tions très-ditrérentes,  où  Ja  proportion  des 
mandes  clas5;es  de  vé(;étaux  nest  plus  la 


même,  et  où  les  espèces  ne  sont  jamais  sem- 
blables à  celles  qui  ont  précédé.  M.Ad.Bron- 
gniart  est  parti  de  ces  faits  remarquables 
pour  grouper  toutes  les  formations  en  qua- 
tre grandes  périodes.  Pendant  la  durée  de 
chacune  de  ces  périodes ,  la  végétation  n  a 

f>résenté  que  des  changements  graduels  et 
imités.  Certaines  espèces  en  ont  remplacé 
d'autres  analogues,  d'une  manière  plus  ou 
moins  brusque,  plus  ou  moins  complète.  Au 
contraire,  d  une  période  à  l'autre  le  passage 
a  été  extrêmement  sensible  sous  tous  les 
points  de  vue  :  les  genres  sont  rarement  les 
mêmes,  la  proportion  numérique  des  classes 
est  trèsKiifférente,  les  espèces  ne  sont  jamais 
identiques. 

Ces  quatre  périodes  répondent  k  quatre 
grandes  catégories  de  terrains  que  plusieurs 
géolo^es  admettent  déjà  par  d  autres  consi- 
dérations. 

La  première  période,  depuis  les  premiers 
terrains  de  transition  jusqu'à  la  fin  du  dépêt 
de  houille,  est  caractérisée  par  l'énorme 
proportion  des  cryptogames,  surtout  de  ces 
espèces  de  fougères,  équisétacées  et  lycopo- 
diacées  arborescentes,  dont  nous  pouvons 
à  peine  trouver  des  analogues  aujourd'hui, 
et  seulementdans  les  climats  les  plus  chauds. 
L'Océan  a  recouvert  cette  végétation  remar- 
quable, puisque  dans  le  calcaire  pénéen  on 
trouve  à  peine  quelques  espèces,  qui  toutes 
sont  mannes. 

La  deuxième  période  offre  une  végétation 
spéciale  mal  connue.  Au  çrès  bigarré,  qui 
contenait  un  peu  plus  de  phanérogames  que 
de  cryptogames,  toutes  fort  dififerentes  de 
celles  de  la  première  période,  a  succédé 
une  longue  inondation  salée  (terrain  con- 
chylien). 

Avec  la  troisième  période  commence  le 
règne  des  cycadées,  de  cette  foimille  anomale 
que  les  botanistes  ont  rejetée  alternative- 
ment d'une  classe  à  l'autre,  et  oui  paraît  en 
définitive  former  une  division  aes  dicotylé- 
dones, voisine  des  cryptogames.  Elle  consti- 
tue à  elle  seule  la  sioitié  des  végétaux  de  cette 
période;  les  vraies  cryptogames  ne  forment 
d'abord  que  le  tiers,  puis  jusqu'à  la  moitié 
de  l'ensemble  des  espèces;  enfin  Ta  mer  dé- 
truit de  nouveau  cette  végétation  extraordi- 
naire. L'épaisseur  de  la  couche  de  craie 
montre  que  ce'  e  submersion  a  duré  bien 
des  siècles. 

Enfin  la  quatrième  période,  dans  laquelle 
rentre  notre  époque,  est  caractérisée  par  la 
prédominance  des  phanérogames  sur  les 
cryptogames,  et  des  dicotvlédones  parmi  les 
phanérogames.  Une  inondation  salee,  suivie 
de  trois  d'eau  douce,  ont  bouleversé  quatre 
fois  pendant  cette  période  la  surface  du  glo- 
be, et  détruit  à  quatre  reprises  les  esp^s 
végétales,  avant  l'apparition  de  celles  qui 
existent  aujourd'hui.  La  proportion  des  di- 
cotylédones est  toujours  restée  considérable; 
c'est  le  trait  caractéristique  du  développe 
ment  actuel  du  règne  végétal,  depuis  la  for- 
mation de  la  craie. 

Le  tableau  suivant  présente  le  résumé  de 
la  végétation  des  quatre  nériodes.  Il  es| 


Dicnosm.  de  Cosmogoivik  ei  db  pALioNTOLOcn. 


17 


t2S 


FLO 


WCTlONiNAlRE  DE  COSMOGONIE 


FLO 


Sl4 


fondé  sur  ceux  du  Prodrome  de  M.  Ad.  Brou- 
guiart,  en  plaçant  dans  les  dicotylédones  les 
genres  stigmaria  et  sigillariaf  suivant  l'opi- 
rion  de  M.  Lindley,  et  en  ramenant  les  six 
classes  admises  par  Fauteur  aux  quatre  ad- 
mises par  de  Candolle  (343) 

péTHxJe.  period.  péri'td.  périod 


CAYPTOGAIIÊS. 

Âmphigames, 
^théognmes, 

i 

176 

7 

4i 

3 
51 

13 
9 

PHANÉROGAMES. 

Monocolylêdones, 
DicolylcJones, 

48 
52 

5 
5 

5 
35 

25 
117 

Nombre  total, 

250 

25 

72 

164 

Soit  : 

Cryptogames, 
Phanérogames, 

180 
70 

15 
10 

Si 
58 

22 
142 

Total, 

2o0 

25 

72 

164 

«  Eu  présence  de  ces  résultats,  il  est  ira- 
possible  de  ne  pas  reconnaître  avec  M.  Ad. 
Brongniarl  que  les  végétaux  les  plus  parfaits, 
c'est-à-dire  qui  ont  les  organes  les  plus 
nombreux,  les  plus  distincts,  ont  suivi  les 
moins  parfaits;  en  d'autres  termes  que  le 
rè^ne  végétal,  comme  le  règneaniraal,  a  été 
en  se  penectionnant  depuis  un  nombre  in- 
déQni  de  siècles. 

«  Je  sais  que  les  auteurs  tiela  Flore  fossile 
d'Angleterre  ont  rejeté  cette  théorie  (344), 
mais  je  ne  trouve  pas  que  leurs  motifs  soiont 
sujQlsants.  La  circonstance  que  l'on  n'a  pas 
encore  trouvé  dans  la  houille  des  cryptoga- 
mes inférieures,  telles  que  les  champignons, 
mousses,  etc.,  n'est  pas  une  objection,  car 
vu  la  petitesse  extrême  de  ces  plantes,  elles 
doivimt  avoir  échappé  plus  que  les  autres 
à  toutes  les  recherches,  et  ont  sans  doute  été 
détruites  plus  complètement  dans  les  révo- 
lutions du  globe.  L  absence  ou  la  petite  pro- 
portion des  monocotylédones  herbacées, 
dans  les  couches  anciennes,  en  comparaison 
des  palmiers,  bananiers,  etc.,  que  1  on  peut 
regarder  comme  plus  parfaites,  s'explique  en 
partie  par  les  mêmes  causes  et  par  la  na- 
ture des  stations  :  les  mines  de  houille,  cel- 
les du  moins  qui  valent  la  peine  qu*on  les 
exploite,  sont  des  forêts  pétrifiées,  et  dans 
nos  forêts  actuelles  on  trouve  peu  de  grami- 
nées, joncées  et  plantes  analogues.  S*il  en 
existait  alors,  c'est  dans  les  filons  très-min- 
ces de  terrain  houiller  qu'on  pourrait  les 
trouver.  Enfin,  en  admettant,  avec  M.  Lind- 
ley, que  les  stigmaria  ei  sigillaria  soient  ces 
dicotylédones,  on  voit  que  la  prédominance 
des  ffithéogames  dans  la  première  période 
n'en  subsiste  pas  moins;  elle  est  seulement 
moins  forte  que  M.  Brongniart  ne  le  suppo- 
sait. 

(343)  Les  cycadées  et  les  conifères  sont  considé- 
rées comme  un  groupe  (gymnospermes)  des  dicoty- 
lédones, qui  touche  aux  monocotylédones  et  aux 
ablkéogames.  Nous  réunissons  les  mousses  aux  aethéo- 
games.  Ces  changements  modifient  très-peu  les  opi- 


«  Si  r(»n  veut  ar^er  des  détails,  on  peut 
s'étayer  de  ce  que  Tes  premières  dicotylédo- 
nes qui  apparaissent  appartiennent  en  grande 
proportion  à  ces  formes  douteuses  (cycik 
dées,  conifères,  et  certains  genres  anofBiatx} 

3ui  ne  sont  certainement  pas  des  die^ylé-» 
ones  parfaites.  Mais,  dans  des  questions 
aussi  générales,  quand  on  possède  aussi  peu 
de  matériaux,  et  que  1*on  a  reconnu  d'ail- 
leurs que  la  hiérarchie  des  familles  ne  peut 
pas  être  constituée  rigoureusement  sous 
forme  d'échelle  ou  de  série  linéaire  comme 
on  le  voulait  autrefois,  il  vaut  mieux  se 
borner,  ce  me  semble,  à  comparer  en  gros 
la  pro[)ortion  des  grandes  divisions  du  règne 
végétal  pendant  certaines  périodes  très-éten- 
dues. 

(c  Personne  ne  nie  -qu^  les  phanérogames 
ne  soient  plus  complètement  organisées, 

f)lus  parfaites  aux  yeux  des  naturalistes,  que 
es  cryptogames.  Quelques  transitions  de 
formes,  quelques  groupes  de  phanérogames 
qui  peuvent  être  égaux  ou  même  inférieurs 
à  certains  groupes  de  cryptogames,  ne  sau- 
raient altérer  cette  vérité.  Or,  si  l'on 
compare  ces  deux  grandes  divisions  du  règne 
végétal,  on  ne  peut  se  refuser  à  reconnaître 
que,  pendant  les  quatre  périodes  géologi- 
ques admises  par  M.  Brongniart,  la  propor- 
tion des  phanérogames  a  toujours  été  en 
augmentant. 

«  Cette  toi  de  perfectionnement  existe 
donc  dans  le  règne  végétal,  comme  dans 
l'autre.  La  seule  difi*érence  me  parait  être 
que  les  grandes  divisions  du  règne  vé^^étal 
ont  toujours  eu  des  représentants,  tandis 
que  les  vertébrés,  par  exemple,  manquaient 
tout  à  fait  dans  les  périodes  les  plus  an- 
ciennes. Au  surplus,  cette  différence  n'étonne 
pas,  si  l'on  réfléchit  à  la  distance  immense 
qui  séparé  les  animaux  inférieurs  des  supé- 
rieurs, et  à  l'homogénéité  comparative  des 
grandes  classes  du  Tègne  végétal 

«  Quelques  philosophes  ont  émis  l'idée 
que  les  êtres  organisés  fossiles  servent  de 
complément  aux  êtres  actuels,  en  comblant 
les  lacunes  qui  se  remarquent  entre  certai- 
nes classes,  et  en  donnant  une  symétrie 
complète  au  tableau,  maintenant  irrégulier, 
des  aflînités.  Cette  hypothèse  hardie  échappe 
à  notre  examen  ;  car  si  la  période  actuelle 
est  un  perfectionnement  xles  êtres  organisés 
antérieurs,  on  peut  avec  tout  autant  de  rai- 
son ,  et  en  s'appuyant  d'une  probabilité 
fondée  sur  ce  qui  s  est  passé ,  regarder  les 
êtres  organisés  actuels  comme  une  pierre 
d'attente  pour  des  perfectionnements  ulté- 
rieurs. Si  ce  qui  est  arrivé  maintes  fois  se 
répète  de  nouveau,  l'homme  et  toutes  les 
espèces  coexistantes  feront  place  un  jour  à 
d'autres  espèces,  dont  quelques-unes  seront 
organisées  d'une  manière  [Aus  complète,  et 
dont  l'ensemble  sera  suj)érieur  à  tout  ce  qui 
a  existé  auparavant.  Voilà  ce  que  l'analogie 

niuns  de  M  Brongniart  sur  le  développcjD^nt  du  rè- 
gne végétal. 

(344)  Introd.  au  prem.  vol.;  LoniJr.,  1851.  en  an- 
glais. 


fi£5 


FLO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FLO 


596 


nous  indique,  et,  en  pareille  matière/  les 
prédictions  fondées  sur  ce  qui  est  déjà  arrivé 
sont  sans  doute  les  moins  hasardées  que  Ton 
puisse  faire  (345).  » 

▲RTIGLB    CINQUIEUB. 

De  quejçues  conséquences  de  l'éttute  des  fossi- 
les végétaux. 

L*étude  générale  des  fossiles  a  ces  consé- 
quences importantes  pour  Thistoire  de  notre 
globe.  Cest  à  la  géologie  de  les  examiner. 
Cependant,  comme  les  déductions  tirées  des 
fossiles  végétaux  reposent  sur  des  considé- 
rations purement  botaniques,  je  crois  né- 
cessaire d*en  indiquer  ici  quelques-unes. 

Les  conditions  physiques  dans  lesquelles 
une  localité  a  dû  se  trouver  sont  souvent 
mieux  indiquées  par  les  végétaux  fossiles 

Sue  par  les  animaux.  On  ne  saurait  avoir  de 
oute  sur  l'existence  d'une  plante  dans  Teau 
douce  ou  dans  Teau  salée,  dans  un  lieu  sec 
ou  humide,  très-chaud  ou  tempéré.  On  en 
\uge  facilement  par  les  conditions  nécessai- 
res aux  plantes  de  formes  analogues,  qui 
existent  aujourd'hui. 

M.  Ad.  Brongniart  a  donné  plusieurs  de 
ces  inductions  avec  une  sagacité  remar- 
quable. 

Les  iBthéosames  arborescentes  de  la  pre- 
mière périoae  ont  dû  vivre  dans  une  atmo- 
sphère plus  chaude  et  plus  humide  que  celle 
des  tles  aujourd'hui  situées  même  sous  l'é- 
quateur.  On  sait  que  les  fougères  et  lyco- 
podes  des  pays  tempérés  et  septentrionaux 
sont  toujours  de  petites  plantes,  dont  la  tige 
rampe  ou  se  cache  iréquemment  sous  terre. 
Vers  Tég^ateur  on  trouve  des  fougères  et  des 
Ivcopodiacées  ligneuses.  Leur  nombre  est 
d'autant  plus  çrand  que  la  région  est  plus 
cAaude  et  humide.  M.  Brongniart  conclut  de 
tt,  avec  raison,  que  les  forêts  qui  composent 
là  bouille  ont  cru  probablement  sur  des  îles, 
i  une  épOQue  où  la  température  du  gloLe 
était  plus  élevée  que  maintenant.  Les  lies  de 
l'Ascension  et  de  Sainte-Hélène,  où  les  fou- 
gères et  plantes  analogues  forment  le  tier» 
ou  la  moitié  du  nombre  des  phanérogames, 
approchent  un  peu  de  cette  antique  végéta- 
tion ;  seulement  les  dimensions  des  espèces 
sont  plus  petites. 

Les  tles  ou  archipels  qui  ont  formé  les 
bassins  de  bouille  étaient  entourés  d'un 
océan  dont  les^  terrains  de  transition  sont 
rindice. 

Quelques  géologues  ont  considéré  les  ar- 
bres fossiles  des  mines  de  houille  comme 
ayant  été  transportés  de  terrains  voisins  ;  ils 
se  sont  efforces  de  justiGer  par  quelques 
exemples  la  position  verticale  habituelle  de 
tes  troncs  d'arbres  ;  mais  cette  hypothèse  est 
repoussée  par  d*autres  naturalistes.  M.  Ad. 

(545)  Alp.  ra  Candollb,  ïnlrodnctian  à  ta  Bota-- 
«M€,  t.  Il,  p.  243.  Le  lecteur  appréciera  ces  Idées 
théork|oes. 

(M6)  Introduction  au  deuxième  vol.  de  la  Fossil 

(347)  On  objectera  peut-être  que  les  mathémati- 
oeist  ont  démontré  que,  dans  les  conditions  actuelles 


Brongniart  défena  avec  conviction  Tidée  de 
Deluc,  que  les  arbres  des  mines,  de  houîHo 
ont  été  enfouis  sur  place,  et  MM.  Hutton  et 
Lindley,  qui  viennent  de  discuter  cette  ques- 
tion (&6),  partagent  la  même  opinion. 

Pour  expliquer  la  nature  charbonneuse  de 
la  houille,  M.  Ad.  Brongniart  croit  nécessaire 
de  supposer  que  l'atmosphère  contenait 
alors  une  proportion  de  gaz  acide  carbonique 
su[)érieure  de  beaucoup  à  celle  qui  existe 
maintenant.  Comme  il  devait  y  avoir  peu  de 
terreau,  il  fallait  que  les  plantes  vécussent 
en  absorbant  par  les  feuilles,  et  en  fixant 
beaucoup  de  carbone  tiré  de  Tair.  M.  T.  de 
Saussure  a  d'ailleurs  démontré  qu  une  pro- 
portion de  2,  3,  k  et  jusqu'à  8  pour  100  de 
gaz  acide  carbonique  dans  l'air,  favorise  la 
vésétation.  On  peut  donc  expliquer  ainsi  la 
taille  gigantesque  des  espèces  de  la  première 
périoae.  L'existence  simultanée  de  beaucoup 
de  reptiles,  et  l'absence  des  mammifères, 
sont  favorables  à  cette  hypothèse  ingénieuse. 
Depuis  une  époque  si  reculée,  la  vie  de  tant 
de  végétaux  et  d'autres  causes  peut-être 
ont  pu  réduire  de  beaucoup  le  gaz  acide  car- 
bonique répandu  dans  l'air,  et  augmenter 
l'épaisseur  des  terrains  propres  à  la  végéta- 
tion des  plantes  actuelles. 

L'autaur  de  l'Introduction  au  premier  vo- 
lume de  la  Flore  fossile  d Angleterre  attire 
l'attention  des  savants  sur  ce  singulier  fait, 
que  les  mines  de  houillts  du  Canada  et  de  la 
baie  de  Badin  contiennent  des  plantes  ana-* 
logues  è  celles  des  autres  couches  de  houille^ 
par  conséquent  k  celles  qui  vivent  aujour« 
d'hui  sous  réquateur.  Or,  la  différence  de 
température,  relativement  au  temps  présent, 
peut  s'expliquer  de  diverses  manières ,  en 
particulier  par  le  refroidissement  très-lent, 
mais  continuel,  du  elobe  terrestre  dans  l'es- 
pace ;  mais  M.  Lindley  remarque,  avec  rai- 
son, que  les  plantes  des  pays  équatoriaux 
ont  besoin  de  lumière,  et  aune  lumière  dis- 
tribuée également,  autant  que  de  chaleur. 
Un  très-petit  nombre  d'espèces  végétales 
peuvent  supporter  la  privation  de  la  lumière 
pendant  quelques  mois. 

C'est  une  des  causes  qui  empêchent  les 
espèces  des  pays  tempères  de  s'avancer  jus- 
qu'au nord  et  cie  végéter  avec  vigueur  dans 
les  serres  les  plus  chaudes  des  pays  septen- 
trionaux. Il  devait  en  être  de  même  des 
plantes  fossiles  analogues  à  celles  de  nos 
régions  équatoriales.  Or,  comme  l'in^alité 
des  jours  dépend  de  la  position  de  la  terre 
relativement  au  soleil,  if  faut,  pour  que  des 
fougères  en  arbre  aient  pu  vivre  là  ou  est  le 
pôle  arctique  maintenant,  que  l'inclinaison 
de  la  terre  sur  le  plan  de  l'écliptique  ait 
changé  (347). 

C'est  ainsi  que  des  observations  de  détail 

de  Funivers,  Taie  de  la  terre  ne  peut  pas  avoir  changé 
de  position.  Mais  les  fossiles  de  la  bouille  remontent 
à  une  époque  où  les  conditions  fondamentales  des 
calculs  pouvaient  être  dilBerentes. 

Nous  suivons  dans  cet  article  les  idées  théoriques 
de  M.  Alp.  de  Candolle  et  de  plusieurs  autres  '  sa- 
vants, sans  les  condamner  ni  les  défendre. 


5S7 


FLO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


FLO 


SSS 


conduisent  quelquefois  à  constater  des  faits 
de  la  plus  haute  importance. 

Rajouterai  que  des  recherches  multipliées 
sur  les  fossiles  végétaux  pourront  peut-être 
indiquer  par  la  suite  remplacement  des  pôles 
et  de  l'équateur  à  chaque  époque  géologi- 
que. II  suffira  de  découvrir,  malgié  Tuuifor- 
mité  apparente  des  végétaux  antédiluviens, 
iians  quelle  direction  croissaient  et  décrois- 
eraient en  nombre  les  espèces  qui  exigent  le 
plus  de  chaleur  et  la  lumière  la  plus  uni- 
forme, dans  chaque  période  géologique. 

J*en  ai  dit  assez  pour  faire  comprendre 
rintérèt  des  recherches  sur  les  fossiles  vé- 
gétaux, et  la  reconnaissance  que  nous  de*- 
vons  aux  naturalistes  distingués  qui,  depuis 
quarante  ans,  poursuivent  ce  genre  d*étude 
avec  tant  de  succès. 

CONCLUSIOI* 

Outre  les  senres  de  végétaux  fossiles  dont 
nous  avons  fait  mention  dans  cet  article ,  i! 
y  en  a  plusieurs  autres  d'une  nature  encore 
plus  obscure ,  et  dont  on  n'a  retrouvé  au- 
icune  trace,  ni  parmi  les  végétaux  actuelle- 
ment existants,  ni  dans  aucune  couche  pos- 
térieure au  groupe  carbonifère  (3W).  Plu- 
sieurs années  s'écouleront  encore  avant  que 
Ton  arrive  k  saisir  complètement  Im  carac- 
tères de  cette  végétation  primitive  du  globe. 
Les  plantes  qui  ont  essentiellement  contri- 
bué a  la  formation  de  la  houille,  formation 
si  importante  et  si  pleine  d'intérêt  pour  nous, 
se  rapportent  principalement  aux  genres 
dont  nous  venons  d'essayer  d'esquisser  l'his- 
toire, les  calamités ,  les  fougères,  les  lyco- 
podiacées,  les  sigillarias,  et  les  stigmarias  ; 
€'*est  dans  les  couches  carbonifères  de  r£u- 

(548)  Quelques-unes  des  plus  nombreuses  parmi 
ces  plantes  entêté  réunies  sous  le  nom  d'astérophy- 
iiies  à  cause  de  la  disposition  rayonnée  de  leurs  feuil- 
les autour  des  rameaux. 

(549)  La  considération  des  rapports  numériques 
dans  rétude  de  IVnsemhle  des  conditions  de  la  flore 
de  ces  périodes  reculées  a  beaucoup  perdu  de  sou 
importance  par  les  résultats  auxquels  a  été  conduit 
le  professeur  Lindley  sur  la  résistance  qu'offrent  à  la 
décomposition  les  plantes  immergées  dans  Teau. 
(Flore  fossiUy  n"  7,  t.  UI,  p.  4.)  Ce  savant  a  tenu 
plongées  dans  un  bassin  d*eau  douce,  pendant  plus 
de  deux  ans,  cent  soixante-dix-sept  espèces  de  plantes 
choisies  parmi  ^«lles  qui  représentent  dans  la  créa- 
tion actuelle,  soit  les  espèces  qui  se  montrent  cons- 
tamment dans  les  mines  de  houille,  soit  celles  que 
Ton  n'y  rencontre  jamais;  il  a  trouvé  : 

1'  Que  les  feuilles  et  Técorce  de  la  plupart  des 
plantes  dicotylédonées  te  décomposent  complète- 
ment en  deux  années,  et  que  parmi  celles  où  ces 
parties  résistent  la  plupart  appartiennent  aux  deux 
familles  des  conifères  et  des  cycadées. 

^Que  les  plantes  monocotyiedonées  peuvent  résis- 
ter plus  longtemps  à  Taction  décomposante  des  eaux 
et  surtout  les  palmiers  et  IfS  scitaminées  ;  mais  que 
les  graminées  et  les  joncs  se  détruisent  complè- 
tement. 

3*  Qu'on  voit  se  détruire  de  môme  les  champi- 
gnons, les  mousses,  et  toutes  les  formes  inférieures 
de  végétation. 

i"'  Que  les  foogères  offrent  une  remarquable  per- 
sistance lorsqu'elles  ont  été  plongées  étant  encore  à 
l'tut  vert  ;  car  aucune  de  celles  qui  ont  été  sou- 


ropo  que  ces  plantes  ont  été  le  plus  souYent 
recueillies,  mais  on  rencontre  les  mêmes  es- 

[)èces  dans  les  mines  de  houille  du  nord  de 
'Amérique,  et  on  a  des  raisons  de  penser 
que  de  semblables  débris  existent  dans  tou- 
tes les .  formations  houillères  de  la  même 
époque ,  sous  des  latitudes  très-nlifféreiites, 
et  dans  des  points  du  globe  fort  éloi^^nés', 
comme  dans  l'Inde,  à  la  Nouvelle-Hollande  | 
dans  l'île  Melville  et  dans  la  baie  de  Baliio. 
Les  conséquences  les  plus  imporlàntès 

3ue  nous  puissions  déduire  de  l'état  actuel 
e  nos  connaissances  sur  les  végétaux  aux- 
quels la  houille  doit  son  origine,  sont  les 
suivantes  : 

l""  Que  ces  végétaux  ont  été  pour  la  plu- 
part des  cryptogames  vasculaires,  et  surtout 
des  fougères  ; 

2"*  Que  parmi  ces  cryptogames ,  les  équi- 
sétacées  atteignaient  une  taille  gigantesque; 

d'houe  les  plantes  dicotyléuonées ,  qui 
constituent  les  deux  tiers  à  peu  près  des  vé* 
gétaui  actuels,  n'occupaient  qu'une  placo 
peu  importante  dans  la  flore  de  ces  périodes 
reculées  (349). 

k''  Que,  bien  que  plusieurs  genres  éteints, 
et  même  des  familles  entières,  n'aient  aucua 
représentant  dans  l'état  actuel  des  choses, 
et  que  ces  groupes  aient  môme  entièrement 
disparu,  passé  la  formation  houillère,  elles 
tiennent  cependant  aux  végétaux  modernes 
l-ar  les  principes  généraux  de  leur  structure 
et  par  des  détails  d'organisation  qui  nous 
montrent  en  elles  des  parties  détachées  d'un 
seul  et  vaste  plan  rempli  d*ensemble  el 
d'harmonie. 

Mous  terminerons  cette  étude  que  nous 
venons  de  faire  des  plantes  auxquelles  la 

mises  à  rcxpcrieuce  n'a  disparu  aans  le  temps  ea 
question,  mais  que  leur  frucliiicaliou  dispanut  com- 
plètement. 

Bien  que  ces  résultats  inûrment  jusqu^à  un  cer- 
tain  point  la  valeur  de  nos  connaissances  relative- 
ment à  la  flore  complète  de  chacune  des  n^riodes con- 
sécutives de  la  chronologie  géologique,  ils  ne  modifient 
en  rien  ce  que  noua  savons  sur  le  nombre  des  plan- 
tes réiUtantes  qui  ont  contribué  à  la  formation  de  la 
houille,  non  plus  que  sur  les  changements  qui  se 
sont  accomphs  dans  les  proportions  relatives  et  dan» 
les  caractères  spécifiques  des  fougères  et  des  autres 
plantes  dans  les  divers  systèmes  de  végétation  oi  se 
sont  succédé  à  la  surface  du  globe. 

Nous  pouvons  ajouter  à  cela  que  aes  troncs  et 
des  feuilles  de  étcolylédones  angintpermei  se  sont 
conservés  en  abonuance  dans  lei»  fv^rmaliODS  ter* 
tiaiies,  il  ne  parait  pas  y  avoir  de  motif  pour  que, 
s*il  eût  existe  des  végétaux  de  celte  irtbu  pendant 
que  se  formaient  les  terrains  des  périodes  secoa- 
uaires  el  de  transition,  il  n*eût  pas  pu  en  échapper 
quelques-uns  à  la  destruction»  au  milieu  des  Vx- 
mations  sé<iimentaires  de  ces  époques  reculées. 

11  est  rendu  compte  dans  le  Magasin  d*Hittoirt 
naturelle  de  Londres  (janvier  1834.  p.  54)»  de  qoel- 
ques  expériences  pleines  d*inlérel  qu'a  faites 
M.  Lukis  sur  la  succession  dechaDgcmenisde  fonae 
qu*éprouvent  les  parties  corticales  et  internes  d<f 
tiges  de  plantes  charnues,  du  êoupervivum  ërh- 
reum^  par  exemple,  aux  diverses  périodes  de  leur 
décomposition.  Ces  expériences  expliquent  certaines 
apparences  analogues  qn^olTreat  plusieurs  planta 
fossiles  de  la  formation  houillère. 


FLO 


ET  DF.  PALEONTOLOGIE. 


FOR 


SSO 


lioiu««e  nous  parait  ûevoir  son  origine^  par 
un  coup  d*ϔl  rapide  sur  les  divers  change- 
meots  qu*a  subis  dans  la  nature  cette  im^r- 
tante  production  Tégétale,  et  sur  les  services 
qa*elle  rend  aux  arts  et  à  rindustrîe. 

Peu  de  personnes  sont  au  courant  des 
érénenieuls  merveilleux  qui  se  sont  succédé 
dans  réconomie  de   notre  planète  :  et  il  en 
est  é^lenient  peu  qui  sachent  combien  les 
applications  combinées  de  Findustrie  et  de 
la  science  humaine  sont  subordonnées  à  la 
priKluclion  de  la  houille ,  s^ource  de  chaleur 
el  lie  lumière  pour  la  métropole  de  FAngle- 
lerre.   L*é|ioi|ue  la  plus  reculée  jusqu'oCi 
mius  puissions  remonter  vers  l'origmc  de  la 
végélalion  est  celle  où  elle  florissait  dans  les 
marais  et  les  forêts  du  monde  primitif ,  sous 
les  formes  gigantrsi|ues  et  majestueuses  des 
calamités,  drs  lépiiJodendrons  et  des  sigil- 
laires.  Arraclii'C!»  au  siil  qui  les  avait  vues 
naître  par  les  teui|iètes  et  les  inondations 
d'an  climat  chaud  et  humide,  ces  plantes 
furent  entraînées  dans  un  lac,  dans  vn  golfe, 
ou  dans  cjuelqtic   mer  peu  éloignée.  La, 
après  avoir  Qfitlé  h  la  surface  jusqu'à  co 
que,  saturées  par  Teau,  elles  soient  tombées 
au  fonti,  elles  y  ont  été  envelop|)ées  par 
les  détritus  des  terres  adjacentes,  et,  chan- 
geant de  conditions,  elles  ont  f-ris  place 
parmi  !cs  minéraux.  Depuis  lors  elles  sont 
demeurées  longtemps  dans  leur  sépulture, 
où  9  soumises  à  une  longue  série  d'actions 
rhîuiiques  et  k  do  nouvelles  combinaisons 
dans  leurs  éléments  végétaux ,  elles  ont  passé 
k  la   forme  minérale  do  la  houille.  Puis, 
IVi|iansion  des  feux  internes  a  soulevé  ces 
lits  Uu  fond  des  eaux,  pour  les  élever  à  la 
fiositîon  quMIs  occupent  maintenant  sur  les 
mon  laines  et  les  collines  où  Tindustrie  hu- 
maine lient  aller  les  prendre.  Ccst  à  cette 
quatrième  période  que  le  mineur  va  chercher 
la  houille,  assisté  par  les  arts  et  la  science 
qui  lui  ont  donné  la  machine  h  vap»eur  et  la 
i.iin|»c  de  sûreté.  Kenduo  à  la  lumière  et  de 
nouveau  confiée  à  Télément  aquatique,  la 
navîgatinn  la  traiis|iorte  de  la  bouche  du 
puits  d*estractioii  sur  la  scène  où  le  feu 
lioil  lui  faire  subir  ses  derniers  et  ses  plus 
îfuportants  changements,  ceux  qui  doivent 
]«i  lucllre  enfin  au  service  des  besoins  et  du 
bien-néire  de  l'espèce  humaine.  A  cette  der- 
nière phase  de  son  histoire,  si  riche  en  évé- 
nements, la  houille  disparaît,  et  le  vulgaire 
la  croit  anéantie;  ses  éléments,  en  effet,  se 
dél>arrassent  des   combinaisons  minérales 
dans  lesquelles    ils    ont  été  emprisonnés 
fieodant  des  âges  sans  nombre;  mais  cette 
destruction  apparente  n'est  que  le  point  du 
départ    d'une   activité  nouvelle,  et  d'une 
nouvelle  suUe  de  changements.  Libres  enfin 
des  liens  qui  les  ont  retenus  si  longtemps, 
ces  éléments  retournent  à  leur  atmosphère 
natale ,  d*où  ils  furent  appelés  jadis  à  fournir 
le   principe  de  la  végétation  primitive  du 
globe;  puis,  le  lenlemain,  ils  retournent 
peut-être  constituer  la  substance  du  bois 
dans  les  arbres  de  nos  forêts  actuelles;  et 
quand  ils  auront  repris  ainsi  leur  place  dans 
le  r^;na  végétal  de  notre  éi)oque,  ils  revien- 


dront avant  peu  se  remettre  une  seconde 
fois  au  service  de  Tespèce  humaine.  Et  lors- 
que la  décomposition  ou  le  feu  auront  de 
nouveau  rendu  à  l'atmosphère  ou  à  la  terre 
les  mêmes  éléments  désagrégés,  ce  ne  sera 
que  pour  au'ils  rentrent  de  nouveau  dans  le 
cercle  indéfini  ou'ils  sont  destinés  à  parcou- 
rir au  sein  de  l'économie  du  monde  maté- 
riel. 

FLORE     DES     TERBJàlNS    HOCUXEHS      Voffm 

Carbonifêrie?!. 

« 
FLORE  DE  L  ÉTAGE  SCBAPB!f!II!f .  Voy.  SUB- 
APEXSIlIf. 

FORAMINIFERES.  —  Classe  dezoopbytes, 
appartenant  à  la  division  des  zoophytes  glo- 
buleux. Les  foraminifères  sont,  générale- 
ment, des  animaux  microscopiques,  non 
abrégés,  à  existarice  individuelle  toujours 
distincte,  composés  d'un  corps  entier  et 
alors  arrondi  ou  divisé  en  segments.  Ce 
corps  est,  dans  toutes  ses  parties,  recouvert 
d'une  enveloppe  testacée ,  rarement  cartila- 
gineuse, modelée  sur  les  segments  et  en 
suivant  toutes  les  modifications  de  forme  et 
d'enroulement.  De  l'extrémité  du  dernier 
segment  sortent ,  soit  par  une  ou  plusieurs 
ouvertures  de  la  coquille ,  soit  par  de  nom- 
breux ix>res  de  son  pourtour,  (les  filaments 
contractiles,  incolores,  très-allongés,  plus 
ou  moins  grêles,  divisés  et  ramifiés,  ser- 
vant à  la  reptation,  et  pouvant  encroûter 
extérieurement  le  test  enveloppant. 

Le  corps  (nom  que  nous  sommes  forcé 
d'appliquer  à  la  masse  vitale)  est  quelque 
fois  entier,  rond,  sans  segments,  chez  les 

iromûi,  les  orbulina^  etc.,  qui  représentent, 
tous  les  âges,  l'état  embryonnaire  de  tous 
les  autres,  et  s'accroissent  sans  doute,  par 
la  circonférence  entière.  Lorsque  le  corps 
est  divisé  par  lobes  ou  par  segments,  le 
premier,  semblable  à  l'état  constant  des 
gromia,  est  d'abord  rond  ou  ovale,  suivant 
les  genres;  une  fois  formé,  il  ne  grossit 
plus,  s'encroûte  extérieurement  de  matière 
testacée  ;  et  représente,  plus  ou  moins,  une 
boule  sur  laquelle  vient  s'en  appliquer  une 
seconde,  plus  grande,  puis  une  troisième  , 
plus  grande  encore,  et  ainsi  de  suite  tout  le 
temps  de  la  durée  de  Texistence  de  l'animal. 
Les  segments  recouverts  d'un  test  sont  ag*- 
gloméres  ou  contournés  de  différentes  ma- 
nières, on  ne  peut  plus  régulièrement,  et 
suivent,  dans  leur  arrangement,  des  lois 
mathématiques.  En  effet  : 

1*  Chez  les  uns ,  il  n'y  a  qu*un  seul  seg- 
ment. 

2*  Les  segments  sont  placés  en  lignes  cir- 
culaires. 

3*  Ils  sont  sur  une  seule  ligne  droite  ou 
arquée  •  lorossissant  des  premiers  aux  der* 
niers. 

k*  Chez  d'autres ,  placés  les  uns  au  bout 
des  autres,  ils  viennent  s*enrouler  oblique- 
ment ,  ou  sur  le  même  plan ,  en  représen* 
tant  une  volute,  une  sphère  régulière. 

5*  D'autres  fois,  ne  s*enroulant  pas,  ils 
croissent  alternativement  à  droite  et  k  gau- 
che du  premier,  et  successivement  de  cha^ 


S31 


FOR 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOCaNlE 


rOR 


SSÎ 


qiie  côté  de  l'axe  longitudinal  fietit  et  s*en* 
chevêtrant. 

6*  D'autres  genres  présentent  une  com- 
plication de5  deux  derniers  modes  dont  nous 
Tenons  de  parler,  c'est-à-dire  que»  formés  de 
segments  alternes ,  leur  ensemble  se  roule 
en  spirale ,  soit  sur  le  même  plan  »  soit  obli- 
quement. 

T  Enfin  ces  sesments  se  pelotonnent  au- 
tour d'un  axe,  et  latéralement  à  la  longueur, 
sur  deux,  trois ,  quatre  ou  cinq  faces  oppo- 
sées, revenant,,  après  chaque  révolution 
complète ,  se  superposer  exactement  les  uns 
aux  autres. 

Les  segments  s^agglomèrent  donc  dans 
l'accroissement  du  corps,  de  sept  manières 
distinctes  ;  et  ce  sont  ces  modifications  que 
Ton  a  prises  pour  la  base  de  la  classifica- 
tion. 

Semblables,  quant  à  leur  forme,  dans  tous 
his  foramînifères ,  les  filaments  s'allongent 
un  point  de  prendre  jusqu'à  six  fois  le  dia- 
mètre du  corps.  Pliis  ou  moins  nombreux , 
ils  se  divisent  et  se  subdivisent  dans  le  sens 
de  leur  longueur,  de  manière  à  représenter 
une  branche.  Ces  ramifications  s  attachent 
aux  différentes  matières  avec  assez  de  force 
pour  traîner  le  corps  et  le  faire  avancer.  Si 
les  filaments  sont  semblables  quant  à  leur 
forme,  ils  varient  beaucoup  de  position. 
Chez  beaucoup  de  genres  ils  se  composent 
d*un  faisceau  qui  sort  par  une  ouverture 
unique  et  rentre,  par  le  même  point,  dans 
la  contraction;  chez  quelques  autres  les  fila- 
ments se  projettent  seulement  par  chacune 
des  nombreuses  petites  ouvertures  du  test 

S[ui  recouvre  le  dernier  segment.  Qaelque- 
ois  encore  les  filaments  sortent,  non-seule- 
ment par  une  grande  ouverture  du  dernier 
se^meut,  mais  aussi  par  les  nombreux  pores 
qui  criblent  le  test  des  derniers  segments. 
Eu  résumé  ces  filaments ,  remplissant,  chez 
les  foraminifères ,  les  mêmes  ronctions  que 
les  nombreux  tentacules  des  astéries,  servent 
à  fixer  l'aoîmal  et  sont,  pour  lui,  de  puissants 
moyens  de  locomotion. 

Lacontexture  de  lacoouille  qui  revêt 
extérieurement  les  segments  est  très-varia- 
ble; mais  elle  suit,  presque  toujours,  les 
divers  modes  d'accroissement  dfont  nous 
avons  parlé.  Lorsque  les  segments  sont  pelo** 
tonnés,,  la  coquille  est  opaque,  d'une  con- 
texture  serrée  comme  de  la  porcelaine  et 
sans  indices  de  porosité  extérieure.  Lors- 
que les  segments  sont  alternes  sans  spire, 
et  lorsque  l'enroulement  spiral  est  oblique, 
la  coquille  est  poreuse,  percée ,  sur  les  der- 
nières loges,  d  un  grana  nomhro  de  petits 
trous  par  où  sortent  les  filaments,  mais,  qui 
s'oblitèrent  à  mesure  que  lanimal  n'en  a 
plus  besoin.  Quand  les  segments  sont  sur 
une  ligne  droite^  lorsqu'ils  s*enroulent  sur 
le  même  plan  spiral,  ou  quand  ils  sont  alter- 
nes, la  coquille  inéquilatérale.  Leur  con- 
texture  est  presque  toujours  transparente 
comme  du  verre. 

Les  coquilles  sont  généralement  libres^ 
néanmoins,  il  y  a  des  exceptions  dans  les- 
quelles ces  coauilles,  fixées  sur  un  ooint  dé- 


terminé, s'y    moulent   et  en   orennent  la 
forme. 

Tous  les  animaux  sont  composés  d  ua 
corps  de  même  nature,  de  filaments  idesti- 
oues.  Ce  corps  nous  offre  donc  seul,  par 
I  arrangement  régulier  de  ses  segments  dm 
l'accroissement,  un  bon  caractère  pour  des 
coupes  primordiales.  Nous  avons  dit  aussi 
que  la  coquille  revêt  extérieurement  tous 
les  s^^ents,  en  se  moulant  sur  toutes  leurs 
modifications  de  formes  et  d'enroulement, 
qu'elle  en  fait  partie  intégrante  etqu'elleea 
reproduit  tous  les  caractères.  Cet  arrange- 
ment des  segments^  ou  des  loges  de  la  co- 
quille qui  les  contiennent,  sera,  dès  lors,  la 
base  de  la  classification,  puisqu^il  représente 
la  réunion  intime  des  caractères  zooiogiques 
de  ranimai  et  de  la  coquille.  Ce  mode  de 
classement  est  d'autant  plus  nécessaire, 
qu'il  permettra  d'étudier  et  d'y  comprendre, 
sans  connaître  les  animaux»  les  espèces  qui 
couvrent  actuellement  toutes  les  cotes  mari- 
times du  monde,  et  toutes  les  espèces  au 
moins  aussi  nombreuses  qui  composent  une 
partie  des  couches  de  l'écorce  terrestre. 

Les  foraminifères  f  malgré  leur  grande 
ténuité,  ont  joué  un  rôle  immense  a  cer 
taines  époques  géologiques.  En  effet,  leur 
nombre  est  venu  compenser  leur  taille,  et 
ils  n'en  ont  pas  moins  formé  quelquefois 
des  couches  entières,  telles  que  les  terrains 
carbonifères  de  Beloga,  de  Sowia,en  Russie; 
les  bords  de  l'Ohio,  aux  Etats-Unis  ;  les  cou- 
ches nummulitiques  des  Pyrénées,  des  Al- 
pes et  de  tout  l'Orient,  elles  calcaires è 
milioles  de  Gentill  v,  près  de  Paris,  Les  fo- 
raminifères  se  sont  parfaitement  conservés 
dans  les  couches  terrestres.  Le  plus  souvent, 
ils  ont  encore  leur  coquille  externe  bien 
intacte  et  seulement  transformée;  rarement 
ils  sont  à  l'état  de  moules  intérieurs. 

La  réi)artition  des  genres  et  des  espèces  de 
foraminifères  à  la  surface  du  globe,  depuis 
la  première  anîmalisation  jusqu'à  nos  jours, 
démontre  que  cette  division  des  animaui 
rayonnes  manque  tout  à  fait  dans  les  trois 
premiers  étages  du  monde  animé,  n'ayant 
même  montré  qu^une  seule  forme  générique 
dans  les  terrains  jpaléozoïques,  et  aucune 
dans  les  terrains  triasiques.  Ainsi  donc,  la 
progression  croissante  des  formes  généri- 
ques ne  commence  qu'avec  les  terrains  juras- 
sfques,  et  se  continue  jusqu'à  nous,  non 
sans  laisser  en  arrière  un  bon  nombre  de 
genres  aujourd'hui  tout  à  fait  inconnus  et 
ensevelis  dans  les  couches  terrestres. 

Comparaison  desordres  entre  eux.— Nous 
allons  d'abord  comparer  les  ordre?  entre 
eux  poiu*  nous  assurer  si  tous  ont  suivi  la 
même  marche  dans  leur  apparition  succès* 
sive. 


Les  hilicoslègues  manquent  dans  les  trois 


paléozoïques  offrent  1  genre, 

les  terrains  triasiques,  aucun  ;  les  terrains 
îurassiques,  2;  les  terrains  crétacés,  19; 
les  terrains  tertiaires,  24;  tandis  que  les 
mers  actuelles  en  nourrissent  21b,  Ainsi  les 


S33 


FOR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOB 


m 


hélioostègttes  seraient  toujours  dans  une 
voie  croissante  depuis  leur  première  appa- 
rition jiisqu*à  ivésent. 

Les  siickostfguti  manquent  dans  les  ier- 
rains  paléozoïques  et  triasiqnes.  Leurs  pre- 
miers genres  sont  de  Tétage  liasien  des 
terrains  jurassiques,  qui  en  contiennent  6; 
les  terrains  crétacés  en  offrent  5;  les  ter- 
rains tertiaires,  8  ;  tandis  qu  il  /  en  a  11 
dans  les  mers  actuelles.  Cette  série  est  donc 
toujours  dans  une  voie  croissante  de  déve- 
lapement  de  formes. 

Les  monostêgues  manquent  dans  les  ter- 
rains paléozoïques  et  triasioues.  Le  pre- 
mier genre  se  montre  dans  Tetage  bajocien 
des  terrains  jurassiques,  où  l'on  compte  2 
genres.  Les  terrains  crétacés  n'en  montrent 
pas  ;  les  terrains  tertiaires  en  offrent  k;  les 
mers  actuelles  en  nourrissent  le  même 
nombre,  ce  qui  prouve  que  cette  série  est 
dans  une  voie  croissante  de  développement 
g^érique,  depuis  les  terrains  jurassiques. 

Le$  énalloêtèques  manquent  dans  les 
terrains  paléozoïques,  triasiques  et  jurassi- 
ques. Les  plus  anciens  genres  sont  de  l'étage 
néocomien  des  terrains  crétacés,  qui  en 
contiennent  déjà  4.  Les  terrains  tertiaires  en 
montrent  7,  et  les  mers  actuelles  9.  Ainsi 
les  énallostègues  sont  en  oléine  voie 
croissante  de  multiplication  de  formes. 

Les  agathistèçtàes  manquent  dans  les  trois 

Îreroiers  terrains.  Leur  premier  cenre  est 
e  rétage  al  bien  des  terrains  crétacés,  qui  en 
renferment'S.  Les  terrains  tertiaires  en  of- 
frent 6,  et  les  mers  actuelles  9.  Cet  ordre  est 
donc  encore  en  pleine  voie  croissante  de 
développement  de  formes  animales. 

Les  cyclosiêgues  manquent  également  dans 
les  trois  premiers  terrains.  Leur  premier 
genre  est  de  l'étage  albien  des  terrains  cré- 
tacés, où  l'on  en  connaît  3.  Les  terrains 
tertiaires  offrent  2  genres,  et  les  mers  ac- 
tuelles 1  seul.  Cette  série  serait,  depuis  les 
terrains  crétacés,  en  voie  décroissante  de 
développement  de  formes  géné^ériques  , 
contrairement  aux  autres  ordres. 

Les  entomostegues  manquent  dans  les  trois 
premiers  terrains.  Leur  premier  genre  est 
de  l'étage  sénonien,  le  deruiec  des  étages 
créta*;és.  Les  terrains  tertiaires  en  ont  offert 
3y  et  les  mers  actuelles  5.  Cet  ordre  est  donc 
bien  certainement  en  voie  croissante. 

£n  résumé,  tous  les  ordres,  excepté  les 
cyclosiêgues,  son*  en  pleine  voie  de  dévelop- 
fiement  de  formes  génériques,  depuis  leur 
première  apparition  jusqu'à  Tépoque  ac- 
tuelle, où  ils  sont  plus  nombreux  qu'à  aucune 
époque  géologique.  Comme  il  n  y  a  pas  de 
degré  de  perfection  bien  tranché  parmi  cette 
série  animale,  nous  ne  croyons  devoir  rien 
conclure ,  quant  à  leur  degré  comparatif 
d*ancienneté  avec  leur  perfection  zoologi-* 
que. 

Déductions  zoologiques  générales.  —  Les 
comparaisons  de  l'ensemble  numérique, 
sans  avoir  égard  aux  ordres,  nous  donnent 
nécessairement  des  résultats  identiques  aux 
ordres.  En  effet,  les  foraminifùres  montrent 


1  genre  dans  les  terrains  paléozoïques,  au- 
cun dacs  les  terrains  triasiques ,  10  genres 
dans  les  terrains  jurassiques ,  36  dans  les 
terrains  crétacés,  57  dans  les  terrains  ter- 
tiaires ,  et  l'on  en  compte  67  dans  les  mers 
actuelles.     . 

Déductions  cUmatolôgiques  comparées,  — 
Les  Joraminifères  nous  oSrent  encore  des 
résultats  identiques  aux  autres  séries  ani- 
mides.  Nous  citerons  seulement  quelques 
exemples  pour  constater  que,  jusque  dans  les 
époques  les  plus  rapprochées  de  nous,,  la  ré- 
partition géologique  n^a  pas  de  rapport  avec  la 
répartition  actuelle.  On  ne  trouve  aujour- 
d  nui,  à  l'état  vivant,  que  sous  la  zone  torride 
les  genres  orbiculina ,  alteolina ,  valtulina , 
asierigerina ,  cmphistegina ,  heteroestegina 
et  articulinaj  tandis  qu'ils  se  montrent  fos- 
siles à  Vienne ,  à  Paris ,  à  Londres ,  à  Bor- 
deaux, etc.,  jusque  dans  les  étages falu- 
niens  et  subapenulns  qui  nous  ont  précédés 
sur  la  terre.  C'est  une  preuve  de  plus  que 
la  terre  a  gardé  sa  chaleur  centrale ,  de  ma- 
nière à  neutraliser  l'action  des  zones  de  la- 
titude ,  jusqu'à  rinstant  où  la  faune  actuelle 
a  été  créée. 

Déductions  géographiques  comparées.  — 
Si,  pour  nous  assurer  s'il  a  existé  cjes  cen- 
tres constants  de  création ,  nous  voulons 
chercher  quel  est  le  rapportde  la  distribution 
géographique  actuelle,  comparée  a  la  distri- 
Eution  géographique  des  senresdeforamini- 
fères  dans  les  étages  géologiques,  nous  ar- 
riverons aux  mêmes  conclusions  que  pour 
les  mammifères.  (Voy.  ce  mot.)  £n  effet ,  le 
genre  heterostegina  ue  s'est  encore  montré 
vivant  que  dans  l'archipel  des  Amis ,  les 
holivina  seulement  sur  les  côtes  du  Chili  et 
de  la  Bolivia;  les  orbiculina ,  les  ralculina , 
les  asierigerina^  les  articulina,  qu'aux  An- 
tilles; tandis  que  tous  ces  genres,,  ineon- 
nus  aujourd'hui  dans  la  Méditerranée  et 
sur  les  côtes  d'Europe ,  sont  fossiles  dans 
les  derniers  étapes  tertiaires  de  France, 
d'Autriche,  d'Italie,  d'Angleterre ,  etc. ,  etc. 
On  voit  qu'il  n'y  a  pas  plus  de  rapports  pour 
les    animaux  ûes  classes  inférieures  que 

Eour  les  animaux  vertébrés ,  dans  la  distri- 
ulion  géographique  ancienne  comparée  à 
la  distribution  actuelle. 

Déductions  géologiques  tirées  des  genres. 
—  Les  caractères  stratigraphiques  négatifs 
sont  très-marqués  pour  les  foraminifères. 
En  effet,  comme  aucun  des  genres  fossiles 
ne  traverse  tous  les  étages ,  les  73  genres 
connus  de  foraminifères  fossiles  sont  autant 
de  caractères  négatifs  qu'on  peut  appliquer 
à  reconnaître  les  terrains  et  les  étages  infé- 
rieurs ou  supérieurs ,  où  ils  ne  se  sont  pas 
encore .  montrés  ;  72  sont  applicables  aux 
terrains  paléozoïques ,  73  aux  terrains  tria- 
siques, etc. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifs 
sont  d'autant  plus  marqués  pour  les  forami^ 
nifères,  qu'aucun  genre  n'occupant  tous  les 
étages,  les  73  genres  connus  sont  limités 
dans  ces  étages  et  peuvent  servir  de  carac- 
tères positifs  pour  ceux  où  ils  se  trouvent. 
Sur  ce  nombre,  23  genres  n'arrivent  ra^ 


135 


FOR 


DICTfœtNAlRE  DE  COSMOGONIE 


FOB 


S36 


jusqu'à  nous  et  sont  perdus  pour  l'époque 
actuelle. 

La  persiêtanci  des  caractères  positifs  se 
trouve,  pour  les  foraminifères  ,  aussi  mar- 
(juée  que  pour  les  autres  êtres.  On  peut  en 
juger  en  jetant  les  yeux  sur  le  tableau  pour 
les  genres  cristetlaria^  marginutina^  textu- 
laria^  aheolina^  spiroloculina  ^  etc. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  es- 
pices  sont,  pour  les  foraminifères,  dans  les 
mêmes  conditions,  c'est-à-dire,  qu'à  l'ex- 
ception de  très-peu  d'espèces  qui  se  trouvent 
dans  deux  élages,  toutes  les  autres  sont 
spéciales  à  leur  éta^e  particulier ,  et  dès 
lors  seront  caractéristiques  de  ces  étages. 

FORCE  LUMINIQUE,  qu'est^ef  —  Voy. 
Debrevne. 

FORCES  PERTURBATRICES.— Les  preu- 
ves de  Faction  d'un  Créateur  plein  de  sa- 
gesse, de  pouvoir  et  de  bienveillance,  que 
nous  trouvons  dans  le  règne  animal  et  dans 
le  règne  végétal,  reposent,  pour  la  plupart, 
sur  lliarmonie  et  la  perfection  des  arrange- 
ments que  nous  v  avons  rencontrés,  et  sur 
les  mécanismes  admirablement  calculés  pour 
leurs  tins,  dont  Texistence  s'est  révélée  à 
nous  daus  l'étude  que  nous  avons  faite  des 
débris  organisés  du  monde  ancien. 

Un  argument  d'une  autre  nature  nous  se- 
rait offert  par  l'ordre, la  symétrie,  et  la  cons- 
tance des  formes  cristallines  qu'offrent  les 
substances  minérales  inorganisées  qui  en-^ 
trent  dans  la  composition  de  notre  globe.  Et 
si  nous  venons  à  considérer  les  grands  phé- 
nomènes géologiques  qui  se  manifestent 
^lans  la  disposition  des  couches  et  dans  leurs 
divers  accidents,  nous  verrons  une  troi- 
sième nature  de  preuves  surgir  des  condi- 
tions dans  lesquelles  la  terre  se  trouve  pla- 
cée, et  qui  ont  été  produites  par  l'action  de 
forces  perturbatrices  que  l'on  pourrait  croire 
jusqu'à  un  certain  point  avoir  agi  au  ha- 
sard et  sans  loi. 

Des  phénomènes  qui  ont  eu  pour  résultat 
de  soulever,  d'enfoncer  la  surftice  du  globe, 
dh  l'iucliner  et  de  la  tordre  dans  tous  les 
sens,  de  la  briser  et  de  la  disloquer,  pour* 
raient  sembler  au  premier  coup  d'œil  n'of- 
frir que  désordre  et  confusion.  Mieux  étu- 
diés, ils  nous  démontrent  l'existence  d'un 

(550)  c  Malgré  le  désordre  et  le  cbaos  apparent 
qui  se  montrent  dans  la  construction  de  la  croûte 
{.«^rrestre  lorsque  nous  en  contemplons  la  pby- 
a^tjSiGmie  extérieure,  les  géologues  ont  souvent 
réussi  k  découvrir  dans  la  place  qu'occupent  les  mas- 
ses stratifiées  et  dans  leur  arrangement  une  tendance 
vers  les  lois  géométriques.  Dès  lois  semblables  se 
reconnaissent  aisément  dans  les  phénomènes  des 
lignes  anticUnaUsj.  des  failles,  des  fissures,  des  filons 
métallifères, etc.»  (HopxiN,  Researches  in  phy%ical 
aeology,  —  Transactions  de  la  société  philosophique 
de  Cambridge,  t.  VI,  ii*  partie,  1855.) 

c  II  est  à  peu  près  hors  de  doute,  »  dit  Fauteur  d*un 
excellent  article  du  Quarterlg-Review  (septembre 
183G,  p.  5S7),  <  que  les  arrangements  les  plus  par- 
faits et  les  mieux  ordonnés  reconnaissent  leur  cause 
daus  des  tremblements  de  terre  dont  les  actions  se 
#ont  produites  avec  des  degrés  divers  de  violence  et 
à  des  intervalles  de  temps  divers,  pendant  une  lou- 
du^  série  de  siècles.  Gei  ordre  qui  règne  à  la  surface 


ordre,  d'une  méthode  et  d'an  idan,  josque 
dans  les  actions  de  ces  forées  physiques  Jei 
plus  turbulentes  et  les  plus  unissantes  parmi 
celles  qui  ont  modifié  1  état  de  la  planète  que 
nous  habitons  (350j. 

Nous  avons  considéré  dans  un  autre  arti- 
cle (Fby.  Couches  ciBBOiinriaBs)  les  avanta- 
ges qui  résultent  pour  nous  de  la  disposition 
des  couches  carbonifères  sous  forme  de  bas- 
sins. Il  nous  reste  à  examiner  d'autres  avan- 
tages qui  résultent  encore  d'antres  disloca- 
tions  de  ces  couches,  par  suite  de  failles  ou 
de  fractures^  dislocations  d'une  haute  impor- 
tance par  les  facilités  qu'elles  procurent 
pour  l'exploitation  des  mines  de  houille;  et 
nous  étendrons  notre  étude  jusqu'aux  effets 
plus  généraux  qu'ont  produits  desdislocations 
semblables  dans  d'autres  couches  où  elles 
ont  établi  des  sortes  de  réservoirs  destina 
à  recevoir  des  minerais  métalliques  d'une 
grande  valeur,  et  à  régulariser  reeoulement 
des  eaux  de  l'intérieur  de  la  terre  par  l'in- 
termédiaire des  sources. 

L'existence  des  failles^  et  la  position  tar/f- 
néCf  que  présentent  d'ordinaire  les  couches 
dans  les  terrains  houillers  ,  sont  des  faiis 
de  la  plus  haute  importance,  par  le  voisi- 
nage plus  ou  moins  étroit  ou  elles  pia* 
cent,  par  rapport  à  l'homme,  les  substapees 
minérales  qui  y  sont  contenues.  Par  suite 
de  leur  position  inclinée  y  les  couches  le 
houille  qui  n'ont  que  peu  d'épaisseur  soi:t 
exploitées  avec  plus  de  facilité  que  m 
elles  offraient  une  direction  horizoolale; 
mais  comme  cette  inclinaison  des  coucht^s 
tend  sans  cesse  à  en  faire  descendre  les  ei- 
trémités  les  plus  basses  jusqu'à  des  profon- 
deurs inaccessibles,  on  voit  s'v  interposer 
une  série  de  failles  dont  le  résultat  est  de 
disposer  les  portions  qui  constituent  une 
même  formation  en  une  série  corres[)OD- 
dante  de  tables  ou  d'étages  successifs,  situés 
les  uns  à  la  suite  des  autres,  et  s'élevant 
continuellement  de  bas  en  haut,  et  depuis 
les  points  de  dépression  les  plus  profuoils 
jusqu'à  la  surface.  Souvent  un  effet  tout 
semblable  est  produit  oar  des  onduiationt 
ou  des  sortes  de  torsions  oui»  outre  les  avan- 
tages de  la  position  inclinée  qu'elles  don- 
nent aux  couches,  ont  celui  de  les  tenir  à 

du  globe,  nous  en  sommes  donc  redevables  i  des 
forces  qui  n*ont  été  généralement  regardées  «toe 
comme  des  agents  de  ruine  et  de  deslnieiioD,  vais 
que  de  puissantes  considéralions  no«s  montrent 
aujourd^nui  comme  n*ayanl  été  par  rapport  au  globe 
dans  son  état  primitif,  comme  elles  le  sont  pea'-éire 
encore  dans  1  état  actuel,  que  les  intrumenis  d'an 
renouvellement  incessant.  1!  est  prouvé  parles  effels 
de  ces  forces  souterraines  qu'elles  sont  soumises  à  des 
lois  générales,  et  que  ces  lois  reconnaissent  leur  prin- 
cipe dans  une  sagesse  el  dans  une  prévoyance  in- 
finies. 

c  Les  causes  d'un  désordre  apparent  dans  les^rstéme 
du  monde,  si  nous  venons  à  eoibrasser  dans  un  seul 
coujfd'œil  leurs  opérations  pendant  une  longue  série 
de  siècles,  nous  apparaissent  comme  ayant  eu  pour 
résultat  définitif  une  grande  somme  totale  de  bien.  e( 
comme  a^ant  été  subordonnées  à  des  lots  générales 
déterminées,  utiles,  nécessaires  peut-être,  pour  (^ 
le  globe  parvint  à  un  état  habitable.»  {Ibid,^  p.  5^) 


ssu 


^OR 


ET  DS  PALEC^iTOLOGIE. 


FOR 


pea  de  distance  de  a  suiface.  La  disposition 
en  bassins,  qu*oflirent  si  sonvent  les  gise- 
ments hoatJIers,  tend  à  produire  les  mêmes 
conséçiuences  bienfaisantes 

Mais  un  autre  bienfait  résulte  encore  de 
Texistence  de  ces  failles  ou  fractures  (351), 
sans  lesquelles  les  trésors  qne  contiennent 
plusieurs  profondes  et  riches  mines  fussent 
demeurées  inaccessibles  à  Thomme.  Si  les 
schistes  et  le  grès,  qur  alternent  avec  la 
houille  eussent  été  disposés  en  des  couches 
continues  et  sans  fractures,  les  eaux  se  fus- 
sent rassemblées  à  la  surface  supérieure, 
dans  les  excavations  des  couches  poreuses 
du  grès,  en  des  masses  qui  eussent  défié 
toutes  les  forces  mécaniques  que  Thomme 
eût  pu  employer  avec  fruit  pour  effectuer 
Tépuisement  des  mines,  tandis  qu'il  a  suffi 
de  ce  système  simple  de  failles  pour  que 
Teau  n*y  puisse  être  admise  qu'en  quantité 
salwrdonnée  à  la  puissance  nnmaine.  Par 
suite  de  cette  disposition,  les  couches  qui 
constituent  un  bassin  houiller,  se  trouvent 
panacées  en  masses  ou  nappes  distinctes,  ir- 
régolières  dans  leurs  formes  et  dans  leurs 
dimensions,  dont  aucune  ne  se  continue  sui- 
vant un  même  plan  dans  tout  un  district  de 
quelcpie  étendue,  et  dont  chacune  est  d'ordi- 
naire séparée  de  celle  qui  en  est  la  plus  voi- 
sine par  une  digue  d'argile  imperméable 
!|ui  remplit  les  fissures  produites  par  la 
raclure  de  l'enveloppe  terrestre  dont  les 
failles  ont  été  la  conséquence. 

Supposons  qu'une  nappe  épaisse  de  glace 
soit  brisée  en  fragments  à  contours  irrégu- 
liers, et  que  ces  fragments  viennent  à  se 
réunir  de  nouveau  après  s'être  inclinés  ir- 
régulièrement d'une  laible  quantité  par  rap- 
port au  plan  de  la  masse  primitive,  ces 
fragments  de  glace  ainsi  réunis  nous  offri- 
ront la  même  apparence  extérieure  qu'of- 
frent les  parties  constituantes  des  masses 
brisées  ou  des  nappes  dont  se  composent, 
comme  nous  l'avons  dit,  les  terrains  bouil- 
lers.  La  glace,  oui  se  forme  postérieurement 

(351)  Les  tailles,  dit  M.  Conybeare,  consistent 
dans  des  fissores  qui  traversent  les  couches,  en  s*êten- 
dant  soofeul  à  plusieurs  milles  de  distance,  en  des- 
eendant  à  ane  profondeur  que  Ton  n*a  pu  reconnaître 
que  dans  un  tres^petit  nombre  de  cas.  Elk^  coîn- 
cid^tit  avec  un  abaissement  des  couches  de  Tnn  de 
leurs  côtés,  on,  ce  qui  revient  au  même,  avec  un 
eihaassement  des  couches  de  l'autre  côté,  de  sotte 
qu'on  est  conduit  à  penser  que  la  môme  force  qui 
a  déchiré  ces  roches  a  été  c^use  que  Tun  des  bords 
de  rooverturc  ainsi  produite  dans  la  masse  fracturée 
&*esFl  sooleYé,  ou  que  le  bord  opposé  s*est  abaissé. 
Ordinairement  les  fissures  sont  remplies  d*argile. 
{Ceoloaif  of  England  and  Waiet.) 

(55*21  Si  une  mine  de  bouille  où  Teau  abonde,  dit 
M.  ikiddle,  n'était  pas  coupée  pardcsdikes,rexploî- 
talion  en  serait  rendue  impraiic^ble.  la  masse  tout 
enliére  des  eaux  qui  y  pourrait  être  contenue  cou- 
lani  sans  ictemiptiou  dans  toutes  les  cavités  qui 
pi-tiTeot  s'y  trouver.  Les  failles  remplissent  Toflice 
d«-t  caissons  que  Ton  emploie  pour  la  construction 
des  ponts,  et  partagent  la  houillère  en  des  districts 
déparés  les  uns  des  autres.  (Lettre  de  M,  John  Buddie, 
mgémUur  distingué  et  inspecteur  des  mines,  à  New- 
caîstle,  écrite  au  révérend  dodear  Buckland  le  30 
aofcaibfe  1851). 


et  qui  soude  entre  elles  les  diflérentes  nap- 
pes, représente  Taille  et  les  débris  qui 
remplissent  les  failles  et  isolent,  comme  par 
des  sortes  de  cloisons  on  de  murs,  ces  por- 
tions adjacentes  d^une  même  couche  qui 
furent  primitivement  formées  dans  un  seul 
plan  continu ,  de  la  même  manière  que  les 
nappes  de  glace  auxquelles  nous  les  avons 
comparées.  C'est  ainsi  que  chaque  nappe  ou 
table  inclinée  des  terrains  houillers  est  en- 
fermée dans  un  système  de  murs  plus  ou 
moins  verticaux,  formés  par  une  argile 
broyée  provenue,  à  Tépoque  même  où  eurent 
lieu  les  fractures  et  les  dislocations,  des  lits 
de  schistes  ar^leux  de  la  même  formation. 
Telle  est  l'origine  de  ces  ioinlures  et  de  ces 
séparations  qui,  bien  quelles  surviennent 
souvent  à  contre-temps  au  milieu  du  travail 
des  mines  et  qu'elles  en  viennent  arrêter 
brusquement  les  progrès,  bien  qu'elles  jet- 
tent souvent  le  désordre  dans  les  portions 
des  couches  qui  se  trouvent  en  contact  im- 
médiat avec  elles ,  n'en  sont  pas  moins  con- 
sidérées dans  l'ensemble  de  leurs  résultats, 
comme  la  sauvegarde  des  exploitations  et  les 
digues  k  Tabri  desquelles  peuvent  s'en 
exécuter  tous  les  travaux  (35S). 

Ces  mêmes  failles,  outre  l'obstacle  qu'elles 
opposent  à  l'envahissement,  par  d'énormes 
quantités  d'eau  de  points  où  les  inondations 
seraient  des  causes  de  grands  dommages, 
nous  rendent  encore  d'autres  services  de  la 
plus  grande  importance,  en  s'emparantde 
ces  mêmes  eaux  dans  un  but  utile  et  les 
amenant  à  la  surface  où  elles  se  déversent 
en  une  série  de  sources  tout  le  long  de  la 
ligne  suivie  par  la  faille  elle-même,  révé- 
lant même  souvent  ainsi  l'existence  de  la 
fracture  située  au-dessous.  Ce  rôle  impor- 
tant que  jouent  les  failles  dans  l*hydraulique 
de  notre  globe ,  elles  en  sont  en  possession 
dans  les  terrains  stratifiés  de  toutes  les  for- 
mations, et  il  est  également  probable  que  la 
plupart  des  sources  qui  sortent  des  terrains 
non  stratifiés  sont  maintenues  en  actirité 

En  creusant  les  galeries  d^nne  mine  de  bouine, 
les  mineurs  évitent  avec  soin  de  s^approcher  troji 
d'une  faille,  car  ils  savent  que  s'ils  venaient  à  de- 
Iroire  cette  barrière  naturelle ,  une  irruption  des 
eaux  qai  sont  amassées  de  Tautre  côté,  et  Tinonda- 
tîon  de  leurs  travaux,  en  seraient  une  conséquence 
fréooente. 

Vers  Tan  1825,  on  creusa  à  Gosfortfa,  aux  envi- 
rons de  Newcastle,  un  puits  de  quatre-vingt-dix 
brasses  du  cété  mouillé  d'un  dike,  et  ce  putls  m 
trouva  tellement  inondé  que  force  fut  de  Tabandon- 
ner.  Un  autre  puits  fut  entrepris  du  côté  sec  d . 
même  dike,  à  quelques  mètres  scolement  dn  pre- 
mier, et  Ton  y  put  descendre  jusqu'il  une  profon- 
deur de  deux  cents  brasses  sans  avoir  éprouvé  au- 
cun obstacle  de  la  part  des  eaux. 

On  construit  parfois  dans  les  mines  de  bouilles  des 
di^es  artîGcielles  destinées  à  remplacer  les  bar- 
rières naturelles  des  dikes  et  des  failles.  M.  Uultoa 
en  a  construit  dernièrement  une  de  cette  nature  près, 
de  Manchester,  dans  le  but  d'arrêter  Teau  qui  des- 
cendait de  la  partie  supérieure  des  couches  poreuses, 
dans  la  portion  basse  desquelles  il  exécutait  eci. 
excavations,  et  dont  la  continuité  s'est  trouvée  ainsi 
interrompue. 


FOR 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE. 


FOS 


W 


par  Taction  des  failles  qui  les  traTersent. 

De  semblables  solutions  de  continuité  dans 
les  masses  que  forment  les  terrains  primi- 
tifs, et  dans  ceux  qui  occupent  Tinterralle 
compris  entre  ces  terrains  et  la  formation 
houillère ,  se  montrent  sur  une  grande  éten- 
due dans  les  exploitations  des  filons  métal- 
liques. Il  4rriTe  fréquemment  qu'un  filon 
est  coupé  brusquement  par  une  faille  ou  par 
une  fracture  perpendiculaire  à  sa  direction, 
et  que  les  deux  parties  jprimitivement  conti- 
nues se  trourent  séparées  par  un  interralle 
considérable.  La  fracture  est  ordinairement 
remplie  par  un  mur  d'argile  qui  tire  proba- 
blement son  origine  du  broiement  des  por- 
tions de  roches  qui  ont  été  ainsi  yiolemment 
séparées.  Il  existe  des  failles  semblables 
dans  les  mines  du  Cornouailles  où  on  les 
désigne  sous  le  nom  de  flucan^  et  elles  y 
rendent  souvent  les  mêmes  services  que 
celles  qui  traversent  les  mines  de  charbon , 
en  préservant  les  mineurs  contre  l'inonda* 
tion ,  par  une  série  de  di^es  naturelles  qui 
traversent  les  terrains  suivant  toutes  les  di- 
rections, et  interrompent  toute  communica^ 
tion  entre  la  masse  au  sein  de  laquelle  les 
travaux  on^  lieu  et  les  masses  situées  de 
l'autre  côté  du  flucan  ou  de  la  dieue  (353). 

Nous  devons  ajouter  encore  (^ue  les  failles, 
dans  une  mine  de  houille,  en  interrompant 
la  continuité  des  couches,  de  telle  sorte  que 
les  bords  des  nappes  brisées  se  trouvent  ap* 
pliqués  contre  des  couches  d'un  schiste  ou 
d'un  grès  non  susceptible  de  s'enflammer, 
mettent  à  l'abri  des  ravages  d*un  incendie 
tout  ce  qui  se  trouve  en  dehors  de  la  nappe 
même  où  l'incendie  aurait  commencé.  Sans 
cette  précaution  ,  des  gisements  de  houille , 
tout  entiers,  pourraient  être  consumés  et 
complètement  détruits. 

Après  avoir  contemplé  cet  ordre  de  cho- 
ses si  admirablement  disposé  pour  procurer 
aux  habitants  de  notre  globe  les  matériaux 
propres  à  satisfaire  leurs  premiers  besoins 
et  à  alimenter  leur  industrie,  il  nous  est 
impossible  d'attribuer  tout  l'honneur  de  ce 
merveilleux  arrangement  à  l'action  aveugle 
des  causes  fortuites.  Il  est  dangereux  sans 
doute  d'invoquer  trop  tôt  les  causes  finales  ; 
mais,  comme  d'un  autre  côté  dans  plusieurs 
branches  des  sciences  physiques,  et  plus 

Sarticulièrement  dans  celles  qui  s'occupent 
e  la  matière  organisée,  nous  connaissons 
mieux  la  fin  de  plusieurs  arrangements  que 
nous  ne  connaissons  les  arrangements  eux- 
mêmes,  il  serait  assurément  tout  aussi  peu 
philosophique  de  se  refuser  à  admettre  les 
causes  finales  quand  l'ensemble  général 
d'un  phénomène  et  les  témoignages  qu'il 
fournit  nous  y  conduisent  sans  euort,  que 
de  les  iuvoouer  gratuitement  alors  que  nous 

(555)  c  J*ai  surtout  pour  objet  de  voir  si  Tarran- 
gement  des  liions  et  les  autres  phénomènes  analo- 

Sues  ne  nous  fournissent  pas  des  preuves  qu'ils  ont 
té  dirigés  par  un  plan,  et  s*ils  ne  sont  pas  dans  des 
connexions  probables  avec  les  autres  phénomènes  de 
notre  globe. 

c  Les  filons  métallifères,  et  les  vcinos  de  quarz, 
etc.,  semblent  être  des  canaux  destinés  à  la  circula- 


n'y  serions  conduits  par  aucune  considéra- 
tion de  c^tte  nature.  Nous  pouvons  donc  à 
coup  sûr  nous  croire  autorisa  à  voir,  dans 
les  arrangements  géologiques  décrits  plus 
haut,  un  système  de  sagesse  et  des  disposi- 
tions pleines  d'une  bonté  providentielle, 
ayant  pour  but  de  fournir  aux  besoins  et 
au  bien-être    des  créatures   mii  devaieui 
peupler  ce  globe,  où  leur  influence,  qui 
s'est  manifestée  des  le  premier  instant  de  sa 
création,  n'a  pas  cessé  un  seul  instant  pen- 
dant toute  la  durée  des   révolutions  et  des 
convulsions  qui  en  ont  successivement  mo- 
difié la  surface. 

FORCES  DAifs  LA  MATiÈBB,  huT  onfîfie, 
leurnaiure.  —  Voy.  Laplacb. 

FORMATION  bb   la  tebbb,  dbs  puiii- 
TES,  DU  SOLEIL,  otc.  Voy.  Cos  mots 

FORTIS.  Foy.  Géologib. 

FOSSILES.  —  Les  anciens  comprenaient 
sous  ce  mot  toutes  les  substances  minérales 
utiles  extraites  de  la  terre  par  des  fouilles 
directes.  Plus  tard,  dans  les  divisions  établies 
par  Linné,  le  nom  de  pétri ficaia  vint,  comme 
division  des  fossilia^  s'appliquer  aux  corps 
organisés  fossiles.  Aujourd'hui  la  significa- 
tion du  mot  fossile  est  très-variable,  suivant 
les  auteurs  :  ainsi  tel  géologue,  prenant  en 
considération  les  seuls  caractères  dérivés  de 
ta  nature  organique  du  corps  enfoui  et  de 
son  degré  de  transformation  minérale  plus 
ou  moins  avancée,  ne  place  au  rang  des  fos- 
siles que  ceux  de  ces  corps  chez  lesquels  le 
ehangement  est  complet;  tels  autres,  plus 
réservés,  se  sont  contentés ,  pour  condition 
essentielle  de  fossilisation,  de  la  transfor- 
mation partielle  de  la  structure  organique, 
d'une  décomposition  ou  d'un  remplissage 
imparfait  du  corps  enfoui.  Ub  grand  nombre, 
sans  précisément  tenir  compte  des  caractères 
empruntés  aux  divers  changements  organi- 
ques ou  chimiques,  font  figurer  en  première 
ligne  l'Age  présumé  du  corps  organisé  enfoui 
au  sein  des  couches.  Ils  n'oni  vu  de  vérita- 
bles fossiles  que  dans  des  dépôts  relative- 
ment très^anciens  ;   plusieurs    même  sont 
allés  jusqu'à  rechercher  exclusivement  par 
delà  le  déluge  des  ves|iges  véritablement 
fossiles,  en  rejetant  comme  tels  tous  ceux 
des  corps  organisés  qu'ils  rencontraient  dans 
les  dépôts  modernes- de  l'époque  actuelle. 
Pour  ces  derniers  paléontologistes,  la  nature 
des  couches,  leur  structure  et  leur  compo- 
sition minéralogique  étant  généralement  en 
rapport  avec  leur  âge  présumé,  les  débris 
organisés  qu'ils  ont  découverts  dans  les  dé- 

f)ôts«meubles,  les  roches  élastiques,  les  grès« 
es  argiles,  enfin  les  terres  plus  ou  moin» 
superficielles  et  qui  caractérisent  souvent  la 
désagrégation  ou  la  désunion  des  parties 
composantes,  ne  leur  ont  pas  paru  méritée 

lion  des  eaux  et  des  vapeurs  souterraines;  et  les  non- 
brenses  veines  d*argiles,  on  flucan  confies,  comnie 
on  les  nomme  dans  le  Cornouailles,  qui  les  coiiD^nl 
et  y  sont  quelquefois  contenues,  permettent  ainsi  le 
travail  des  exploitations  à  des  profondeurs  où  sans 
re  secours  touUravail  de  Thomme  aurait  été  impr^ 
tic.ibl€>  I  (R.  W.  Fox,  On  the  mines  of  ComvalL  — 
Phit.  rran».,  1850,  page  ÎOi). 


511 


FOS 


ET  M  PALÉQEITOLOGlfi 


ros 


le  nom  de  fossiles.  Enfin  la  plupart  des  dé- 
finitions dn  mot  fossile»  proposées  josqu*k 
ee  jour,  s'appliquent  excloslTement  aux  por- 
.  lions  intégrales  des  corps  organisés  qu*on 
renoonire  dans  les  couches  ;  sans  qu*on  ait 
pris  garde  qu'il  est  des  fossiles  qui  ne  pré- 
sentent plus  de  portions  organiques  en  na- 
ture dans  le  soi,  mais  seulement  une  image 
de  leur  forme.  Nous  voulons  parler  des  em- 
preintes de  pas  d'animaux  et  des  traces  de 
«lion  laissées  sur  la  rase  par  les  organes 
de  moQTement  des  animaux  nageurs.  Ces 
sortes  de  représentations  ne  sont,  fx>ur  ainsi 
dire,  que  des  souvenirs,,  des  vestiges  phy«- 
siologiques  des  mœurs  et  des  habitudes  des 
animaux  perdus,  qui,  conservés  dans  les 
couches,  attestent  tout  aussi  bien  que  les 
débris  organiques  l'existence  d'animaux  ja- 
dis virants  et  qui  nous  semblent,  à  tous 
é^rds,  mériter  Je  nom  de  fossiles. 

En  résumé,  les  principes  sur  lesquels  on  a 
cro  pouvoir  fonder  lesdiverses  dérmitions  da 
ruot  fouilty  proposées  jusqu'à  ce  jour,  sont  : 
leur  état  organique  ou  cbiniique,  leur  âge,  la 
nature  des  couches  qui  les  contiennent,  enfin 
la  nature  même  de  la  représentation  orga- 
nique. Ces  principes,  vrais  lorsqu'ils  sont 
pris  dans  leur  ensemble,  lorsqu'on  les  con- 
sidère dans  leurs  rapports  respectifs,  sont 
au  contraire  insuRisants  ou  incomplets  quand 
on  les  prend  chacun  en  particulier,  et  peu- 
vent roérae  induire  en  erreur  relativement 
i  la  véritable  origine  des  corps  organisés 
qu'on  rencontre  dans  les  couches. 

Plus  large  dans  notre  manière  de  voir, 
nous  donnerons  le  nom  de  fossile  à  tout 
corpa  <m  vestige  de  corps  organisé  enfoui  na* 
iurtltemeni  dans  tes  couches  terrestres  et  se 
trouvant  mujourfhui  en  dehors  des  conditions 
nonnaUs  et  actuelles  d^existence.  Un  fossile 
n'est  pas  seulement  pour  nous  le  corps  or- 
^nisé,  avec  son  relief,  ses  contours,  sa 
forme  extérieure;  il  suffit  qu'il  nous  ait 
laissé,  dans  des  couches,  des  traces  quelcon- 

3oes,  non  équivoques,  de  son  existence, 
^oe  la  structure  organique  en  ait  été  dé- 
truite, la  composition  altérée,  transformée 
partiellement,  changée  d'une  manière  plus 
complète;   que  les  éléments  premiers  en 
aient  dispara  totalement,  ou  aient  été  con- 
servés; que  la  cavité  en  ait  été  remplie,  la 
snfistance  propre   pénétrée  de   substances 
étrangères;  qu'il  çise  dans  une  couche  for- 
mée d'hier,  ou  bien  dans  une  couche  plus 
ancienne;  que  cette  couche  soit  compacte, 
grenue,  terreuse,  cristalline,  dure,  friable 
ou  élastique,  peu  nous  importe...  Tous  les 
corps  organisés  que  nous  rencontrons  au 
sein  des  couches  terrestres^  dans  des  condi- 
tions qui  ne  sont  plus  les  conditions  nor- 
males a'exislence,  sont  k  nos  yeux  de  véri- 
tables fossiles.    Par  exemple,  les  huîtres 
(osiroa  edulis)  et  les  autres  coquilles  qui  se 
trouvent  dans  les  buttes  de  Saint-Michel  en 
merm  (Vendée),  bien  qu'elles  aient  con- 
servé leurs  couleurs  et  tous  leurs  caractères 
organiques,  sont  fossiles  pour  nous,  panje 
qu^elles  existent  à  vingt  mètres  au-dessus 
du  niveau  où  elles  pourraient  vivre  dans  la 


mer  voisine,  et  à  douze  kilomètres  de  dis* 
tance  des  rivages  actuels  ;  elles  sont  fossUcs, 
parce  qu'il  a  fallu  un  mouvement  géologique 
pour  les  sortir  de  leur  lieu  normal  d  exis- 
tence, et  peur  les  placer  où  elles  sont  au- 
jourd'hui. 

Les  fossiles,  suivant  la  série  à  laquelle  ils 
appartiennent,  sont  divisés  en  fossiles  végé- 
taux  et  en  fossiles  animaux.  Les  animaux 
fossiles  reçoivent,  suivant  la  classe,  l'ordre 
auquel  ils  appartiennent,  les  mêmes  déno- 
minations que  les  animaux  vivants,  et  ren- 
trent dès  lors  dans  la  nomenclature  zoolo- 
gique ordinaire.  Les  animaux  vertébrés  fos* 
siles,  tels  que  les  mammifères,  les  oiseaux, 
les  reptiles,  les  poissons,  viennent  se  classer 
dans  des  familles  naturelles,  de  même  que 
les  animaux  annelés,  mollusques  et  rajon- 
nés  (les  crabes,  les  insectes,  les  coquilles, 
les  polypiers,  etc.).  Presque  toutes  les  classes 
d*animaux  vivants  ont  leurs  représentants  à 
rétat  fossile  ;  il  en  est  de  même  des  plantes. 

Les  fossiles,  suivant  leur  analogie  avec  les 
espèces  qui  vivent  actuellement  dans  les  mers 
ou  qui  se  retrouvent  dans  des  couches  dis- 
tinctes, sont  divisés  en  fossiles  identiques^ 
en  fossiles  analogues  et  en  fossiles  perdus  ou 
défruits, 

Ijes  fbMsiles  identiques  sont,  en  tout,  sem* 
blal)les  aux  espèces  actuellement  vivantes, 
bien  qu'ils  ne  se  trouvent  plus  dans  les  con- 
ditions normales  d'existence  actuelle.  Les 
huttres  (ostrea  edulis) ,  le  littorina  littorea^ 
fossiles  aes  buttes  de  Saint-Michel  en  l'Herm, 
sont  identiques  aux  huîtres  comestibles,  à  la 
littorine  de  nos  cêtes.  La  tonne  (dalium  per* 
dix)^  fossile  dans  le  calcaire  blanc  de  l'Ile  de 
Cuba,  est  identique  à  la  même  espèce  vi- 
vante sur  les  cêtes  des  Antilles,  etc. 

On  a,  outre  mesure,  augmenté  le  nombre 
des  espèces  identiques  sur  des  détermina- 
tions faites  à  la  légère.  On  a  trouvé,  par 
exemple ,  un  grand  nombre  d'espèces 
identiques  entre  les  coquilles  du  calcaire 
grossier  du  bassin  de  Paris  et  la  faune  des 
mers  actuelles,  tandis  que,  jusqu'à  présent, 
tous  les  prétendus  identiques  que  nous 
avons  pu  étudier  diffèrent  spécifiquement  de 
la  manière  la  plus  frappante,  lorsqu'on  veut 
les  comparer  avec  une  critique  sévère.  Le 
nombre  des  espèces  identiques  entre  les 
espèces  vivantes  et  les  espèces  fossiles  est 
bien  plus  restreint  qu'on  ne  l'avait  pensé. 
Elles  ne  se  trouvent  guère  que  dans  les 
étages  géologiques  les  plus  rapprochés  de 
nous,  dans  les  couches  qui  dépendent  de 
l'époque  actuelle  et  qui  forment  notre  étage 
contemporain  f  comme  les  buttes  è  huttres 
de  Saint-Michel  en  l'Berm. 

Lorsqu'entre  deux  étages  géologiques  dis 
tincts  et  en  -contact   on  rencontre  la  même 
espèce,  on  peut  dire  aussi  qu'elle  est  iden- 
tique. Vammonites  discus  de  Fétage  bajocien 
de  Bayeux  (Oalvados)  est  l'identique  de  l'a.. 
âtscus^  qu'on  rencontre  à  Ranville  (Cal.va-' 
dos),  dans  l'étage  bat^onien.  On 'trouve  des 
identiques  entre  les  espèces  de  Vétage  yari- 
sien  inférieur  et  supérieur,  près  de  Chau- 
mont  (Oise)  et  è  Anvers  :  on  en  voit  encore 


Bi3 


VOS 


DlCTlOMUlilE  DE  COSMOGOMB 


FOS 


&U 


entre  quelques  autres  étages  ;  mais  les  iden* 
tiques  de  ce  genre  sont  des  exceptions  et 
tiennent,  le  plus  souvent,  à  des  remanie- 
ments postérieurs  à  leur  prenvier  dépdt. 

On  dit  également  fossiles  identiques^  quand 
on  compare  des  couches  géologiques  du 
même  âge,  mais  géograpbiquement  très- 
éloignées  les  unes  des  autres.  L*étage  dévo- 
nien  de  TAmérique  du  nord  renferme  des 
espèces  identiques  au  même  étage  en  Europe 
[spirigerina  relicular€s)  ;  Télage  néocomien 
de  Colombie  renferme  des  espèces  identi- 
ques avec  l'étage  néocomien  de  France  et  de 
Suisse  [cardium  peregrinum).  Les  couches 
sénoniennes  de  Pondichéry  renferment  des 
espèces  idenliaues  avec  celles  de  Fiance, 
avec  celles  de  l*Amériaue  du  nord  {Vostrea 
larva^  Lamarck).  Les  étages  des  Etats-Unis 
montrent  le  belemmtella  mucronaia^  iden- 
tique à  celui  des  mêmes  couches  en  France. 
L'étage  parisien  montre  des  identiques  de 
cette  sorte  avec  Tétage  correspondant  do  la 
Caroline  du  sud,  aux  Etats-Unis  (le  cardita 
planicosta,  Lamarck). 

Les  fossiles  analogues  ^  tels  que  nous  les 
considérons,  ne  peuvent  être  pris  qu'en  gé- 
néral. Us  ne  peuvent  servir  a  désigner  r-es 
semi-espèces  de  certains  auteurs,  lesquelles 
n'existent  réellement  pas  dans  la  nature, 
mais  bien  l'analogie  qu'on  remarque  dans 
les  formes  de  deux  faunes  locales  de  mémo 
flge,  éloignées  l'une  deTautre.  Nous  nous 
servons  de  ce  mot  dans  deux  acceptions 
différentes.  1*  On  dit  que  telle  série  de  fos- 
siles est  analogue  h  telle  autre,  quand  elle 
se  trouve  dans  les  mêmes  conditions  çéolo- 
fj^iques,  bien  qu'elle  ne  renferme  pas  d  iden- 
tiques communs  :  ainsi  les  coquilles  fossiles 
de  l'état  falunien  du  Chili  sont  analogues 
aux  coquilles  fossiles  de  nos  faluns  de  France, 
parce  qu'elles  se  composent  les  unes  et  les 
autres  d'une  série  de  genres  différente  de  la 
série  qui  vit  actuellement  sur  les  côtes  voi- 
sines. 2*  On  peut  dire  encore  que  telle  série 
de  fossiles  est  analogue  h  telle  autre,  lorsque 
le  faciès^  l'ensemble  des  formes,  des  genres 
et  des  espèces  se  ressemblent,  n'y  eût-il 
d'ailleurs  aucune  espèce  identique.  L'étage 
carboniférien  des  Andes  boliviennes  ressem- 
ble, sous  ce  rapport,  au  même  étage  en  Bel- 
gique et  en  Angleterre;  les  fossiles' jurassi- 
Sues  de  l'Himalaya  ont  le  même  ensemble 
e  formes  que  ceux  de  l'étage  callovien  de 
France  et  d'Angleterre. 

Les  fossiles  perdus  ou  détruits  sont  ceux 
qui  n'ont  plus  de  représentants  dans  les 
mers  actuelles,  et  qui  ont  tout  à  fait  disparu 
de  la  surface  du  globe.  On  peut  dire  que 
toutes  les  couches  terrestres,  depuis  les 

t)tus  anciennes  jusqu'aux  époques  tertiaires 
es  plus  rapprochées  de  nous,  ne  contiennent 
que  des  fossiles  perdus. 

Les  fossiles  perdus  peuvent  quelquefois 
constituer  des  familles  natui»lles  bien  cir- 
conscrites, dont  aucun  des  genres  n'a  sur- 
vécu ,  comme  la  famille  des  mégathéridées , 
dans  l'ordre  des  édentés,  celle  des  ptérodac- 
t^lidées  ou  sauriens  volants  parmi  les  rep- 
tiles, les  lipidoldes  parmi  les  poissons  |  les 


ammonites  ammonidées  parmi  les  mollos- 

3ues,  les  crino'ides  cystim  parmi  les  échino- 
ermes,  etc. 

D'autres  fois  ces  formes  constuaent  seu- 
lement des  genres  perdus  dans  des  bmilles 
dont  quelques  genres  sont  encore  viTAots, 
tels  que  le  mastodonte  parmi  les  prohasd- 
diens,  les  mosasaurus^  les  iguanodt-n,  les 
ickthyosaurus^  les  ptesiosaurus  {laruii  les 
reptiles,  les  genres  ;ia//roni<rus  parmi  les 
|X)issons,  les  irinucleus  panni  les  crustacés, 
icsliiuites  parmi  les  tnoliusqneSi  les apio- 
crinus^  les  dysasier^  les  mneo/iiia  parisi  les 
animaux  rayonnes. 

Lorsque  les  fossiles  perdus  ne  forment 
PhI^  de  ramilles,  des  genres  distincts  des  fa- 
milles, et  des  genres  actuellement  vivants  à 
la  surface  du  glol>e,  ils  olTrent  seulement dei 
espèces  fterdues  appartenant  à  des  genres 
de  la  faune  actuelle  L'ursus  cultrident  est 
une  es|>èco  lerduo  «lu  genre  urtut;k 
mammouth  une  espèce  perdue-  du  genre 
éléphant,  H  en  est  du  même  des  carcharias, 
/rniiif,  ûrif/ns,  etc  «  du  genre  acluei  cardm- 
ruts  (rc(pi:n)  parmi  tes  poissons;  dn  nau/i- 
lus  koninckiu  du  i'hehj  hemisphœrua,  |«riui 
les  mollusques,  des  adaris  biumtnbQ(kiu 
du  pentacrmus  ùrtareus  parmi  les  échinu- 
deniies,  tiu  meandnna  retis» lo no,  de  l'aiirM 
6arri/briiifj  (Mtcti.)  parmi  les  zooptjytcs. 

Los  fossiles  ne  sont  pas  perdus^  sculemenl 
par  rapport  h  la  nature  actuelle;  les  fa- 
milles, les  genres  et,  dans  tous  les  cas,  (es 
espèces  0  sont  eniure  |»rcsque  tous  ô'un 
étage  g6*il«)gi<|uu  è  l'autre.  Les  ammoium 
qui  ont  ces^é  tresibter  arec  les  dernières 
couches  de  terrain»  crétacés,  soct  peMues 
relativement,  pour  les  terrains  ternaires  (;ui 
les  ont  suivis;  les  orlhoceraïuet  sont  i^cr* 
dues  pour  les  terrains  jurassiques,  pc'Mitic 
les  derniers  représentants  do  ce  |;enrc  rcv 
tent  dans  les  étages  inférieurs.  En  général 
les  espèces  d*uii  étage  géologii|uc  uc  | as^an{ 
pas  21  Vétago  suivant,  il  en  résulte  t|uc  rh^- 
que  épofjiie  géologique  contient  une  faune 
particulière,  caractéristique,  et  que,preH|ue 
toujours,  la  faune  enfouie  dans  un  tcriaio. 
dans  un  étage,  est  entièrement  («cnluc  |<ar 
rapport  au  terrain,  a  roiago  (pu  lui  suc- 
cède. 

Comparativement  h  ce  qui  exî>le  lïujour- 
d'Iiui,  on  se  sert  du  moi  faune  fostile,]^^^ 
désigner  rensemhledo  la  zoologie,  tous  les 
animaux  ciui  ont  peuplé  une  époi|uc  géolo- 
gique quelcon(]ue  ou  une  superlicie  définie. 
Comme  on  peutpa/lT  de  la  faune  aclutlk 
pour  désigner  tous  les  animaux  qui  cou- 
vrent la  terre  aujourd'hui,  on  peut  dire  éb^ 
lenient,  la  faune  fossile  de  Céiage  carbonift' 
rien^  la  faune  fossile  de  l'étage  oxfordien,  w 
faune  fossile  lertiairede  Paris,  pour  tous  les 
êtres  qui  vivaient  à  ces  diverses  époques 
géologiques.  Alors  la  faune  désigne  \^s^^^' 
maux  fossiles  d'un  âge  géologique^  et  ce  sont 
des  faunes  chronologiques^  des  faunes  succes- 
sives, qui  se  sont  remplacées  dans  l'ordreûe 
superposition  des  étages  terrestres. 

En  d*autres  cas,  on  se  sert  du  mot  laune 


515 


FOS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


516 


pour  désigner  une  circonscription  géogra- 

Shiqoe  quelconque.  Comme  on  dit  aujour- 
liui  la  faune  d'Afrique,  la  faune  d'Améri- 
oue,  pour  désigner  tous  les  animaux  d'A- 
irique  ou  tous  les  animaux  d'Amérique,  on 
|ieut  aussi  dire,  en  parlant  des  animaux  fos- 
siles dans  le  même  sens,  que  là  faune  fooile 
du  bassin  de  la  Touraine  ou  de  l'étage  falu- 
nien  de  la  Touraine  est  nombreuse  ;  que  la 
faune  fouite  du  bassin  tertiaire  des  environs 
de  Paris  est  la  plus  riche  en  espèces,  etc.,  etc. 

Relativement  à  Vhabitai^  ou  milieu  dans 
lequel  les  animaux  fossiles  paraissent  avoir 
vécu,  en  les  comparant  k  ce  que  nous  ob- 
servons auiourd'liui,  ils  sont  terrestres^  flu- 
tiatiUê  el  lacustres^  palustres  ou  marins. 

Les  fossiles  sont  terrestres  iorsiju'ils  ha- 
bitaient exclusivement  les  terrains  sortis 
des  eaux,  les  eontinents.  Les  mastodontes^ 
les  paleoiherium^  les  mylodon^  les  limaçons 
(AWix),  les  r/tfcoj/oma  sont  des  animaux  ter- 
restres dont  Tes  organes  respiratoires  pren- 
nent Tair  en  nature,  et  qui  ne  peuveut  vivre 
dans  d'autres  conditions. 

Les  fossiles  sont  fluviatiles^  lacustres  ou 
palustres^  lorsque,  d'après  leurs  caractères, 
on  diaprés  la  composition  de  leur  faune,  on 
reconnaît  par  comparaison  qu'ils  ont  vécu 
dans  les  eaux  douces  d'une  rivière,  dans  un 
lac,  ou  dans  un  marais.  Certains  poissons  , 
parmi  les  animaux  vertébrés,  les  planorbis, 
.es  symnea^  lesphysa^  les  anodonta,  les  unio 
}>anni  les  mollusques,  sont  des  animaux 
fossiles  fluviatiles^  lacustres  ou  palustres^ 
qui  vivent  effectivement  en  séparant,  des 
eaux  douces,  au  moyen  de  branchies,  Fair 
propre  à  leur  existence.  On  a  quelquefois 
abusé  de  ces  caractères  en  géologie,  mais 
une  saine  critique  peut  ramener  les  choses 
à  leur  limite  réelle. 

Les  animaux  fossiles  sont  marins  ^  lors- 

S  s'ils  ont  dû  habiter  exclusivement  la  mer. 
n  doit,  suivant  leur  manière  de  vivre,  les 
subdiwiseT  encore  en  fossiles  côtiers^  ou  du 
littoral,  comme  les  ichtkyosaurus^  lesp/ma- 
saurus,  qui  vivaient  probablement  sur  les 
rivages, les  frftrirmum,  les  itivr^x,  les  ceri- 
thium^  les  ryprœa^  tes  renia,  les  huîtres 
''o'^trea),  quelques  oursins,  qui  ne  pour- 
raient vivre  sur  les  côtes  qu'è  telle  ou  telle 
profondeur.  On  a  souvent  donné  le  nom  de 
fossiles  pétagiens  aux  animaux  que,  par  ana- 
lo.^e,  on  croit  avoir  habité  les  hautes  mers, 
comme  beaucoup  de  cétacés,  les  céphalo- 
poJes  (nautilus  ammonites)^  les  conutaria  et 
les  hyalea^  parmi  lee  animaux  naollnsques, 
qai  paraissent  avoir  vécu,  ainsi  que  leurs 
analogues  d'aujourd'hui,  au  sein  des  océans 
et  ne  s'approcher  des  côtes  que  lorsqu'ils  y 
sont  portés,  de  leur  vivant,  par  des  causes 
fortuites,  ou  après  leur  mort  par  la  nature 
légère  de  leur  coquille,  comme  on  le  voit 
de  la  spirula  fragilis^  du  nautilus  pompi- 

iiiâs   0tc. 

Les  différences  qu'établissent  entre  les 
animaux  fossiles  I  habitat  et  les  ui  verses 
conditions  du  milieu  d'existence,  de  climat 
ou  de  disUribution  géographique,  sont  d  une 
haute  importance  en  Paléontologie,  cl  peut- 


être,  jusqu'à  présent,  ne  leur  a-t-on  pas  ao- 
cordé  toute  la  valeur  qu'elles  méritent. 

Quant  à  rage  des  fossiles^  dans  les  cou- 
ches terrestres,  chacun  les  a  divisés  à  sa  ma- 
nière, en  les  appelant  anciens  ou  modernes; 
mais  il  faut  oublier,  aujourd'hui,  ces  déno- 
minations purement  relatives.  li  en  est  ainsi 
des  noms  qui  avaient  rapport  aux  anciennes 
divisions  employées  dans  les  divers  systè- 
mes géologiques,  tels  que  fossiles  primaires, 
secondaires^  tertiaires  et  quaternaires^  main- 
tenant beaucoup  trop  vagues  pour  être  ri- 
goureusement appliqués  à  lâge  réel  des 
couches  terrestres.  Sous  ce  rapport,  les 
noms  des  séries  chronolo^ques,  qui  déri- 
vent de  l'âge  relatif  géoloçque  des  fossiles, 
suivront  les  noms  de  divisions  fournies  par 
l'étude  des  faunes. 

On  a  souvent  appelé  subfossiles  des  co- 
quilles qu'on  rencontre  quelquefois  en  grand 
nombre  sur  certaines  côtes,  et  qui  sont  abso- 
lument identiques  à  des  coquilles  vivant 
encore  aujourd'hui  dan$  les  mers  voisines. 
On  en  trouve  sur  toutes  les  côtes  du  mondCf 
sur  le  littoral  de  l'Amériaue  -méridionale, 
des  Antilles,  de  France,  de  ^orwége«  etc.,  etc. 
Ces  coquilles  appartiennent,  pour  lious,  à 
l'étage  contemporain,  parce  qu'elles  dépen- 
dent de  la  faune  contemporaine  de  l'homme* 

Suitant  le  degré  de  transformation  miné^ 
rale^  les  fossiles  peuvent  être  organiques  p 
semi-organiques  ou  inorganiques^  c'est-à^ire 
ne  conserver  de  leur  état  primitif  que  les 
formes  extérieures  qui  seules  attestent  en- 
core leur  existence.  En  effet,  tantôt  le  fos- 
sile est  conservé  en  nature^  n'ayant  subi  que 
de  légères  modiCcations,  soit  uans  s^s  carac- 
tères physiques  extérieurs,  soit  dans  sa 
composition  chimique.  Beaucoup  d'osse- 
ments sont  dans  ce  cas,  ceux  surtout  qu'on 
extrait  des  cavernes  à  ossements  et  des  brè- 
ches osseuses  les  plus  modernes.  Les  insec- 
tes qu'on  rencontre  quelquefois  si  bien  con- 
servés dans  les  résines  fossiles  n'ont  proba- 
blement aussi  subi  aucune  espèce  de  chan- 
gement organique  ou  chimique.  La  substance 
combustible  qui  leur  sert  de  gangue  est  res- 
tée k  l'état  d'enveloppe  extérieure;  et  la  na- 
ture même  de  cette  substance ,  semi-fluide 
et  glutineuse  au  moment  où  elle  enveloppait 
les  corps  organisés,  ne  permet  guère  de  sup- 
poser qu'elle  ait  pénétré  plus  intimement 
dans  ces  corps.  Nous  citerons  également,  au 
nombre  des  fossiles  conservés  en  rature^  les 
mollusques  qu'on  rencontre  en  certains  dé- 
pôts travertins  très-modernes,  calcaires  ou 
siliceux,  où  les  coquilles  se  montrent  conser- 
vées avec  leur  nacre,  avec  leurs  couleurs. 
Grand  nombre  de  fossiles  des  dépôts  contem- 
porains paraissent  encore  avoir  gardé  la  plus 
grande  partie  de  leur  matière  animale. 

Néanmoins,  la  conservation  des  couleurs 
chez  les  coquilles  n'est  pas  toujours  en  rap- 
port avec  leiu  degré  de  transformation,  avec 
leur  âge  géologique;  car  nous  connaissonSy 
dans  1  étage  dévonien  de  PaSralh  (Prussejft 
des  coquilles  avec  leurs  couleurs  {turbo  suh^ 
eostatus).  Nous  en  possédons  de  l'étage  siné- 
murien  de  Pouilly  (Côte-d'Or),  de  TéUge 


5i7 


FOS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ros 


54S 


btyocien  ae  Bayeui  (Calvados),  de  Tétage 
.  néocomien  des  Basses-Alpes  {pecten  alpinusL 
'  de  l'étage  turonien  inférieur  des  bords  de  la 
Loire  [lostrea  columba),  et  de  tous  les  étages 
tertiaires.  Le  brillant  de  la  nacre»  chez  les 
coquilles  qui  en  étaient  pourvues,  se  con- 
serve aussi  parfaitement  dans  les  couches 
terrestres  d*âges  géologiques  très-diÉFérents. 
Elle  a  tout  son  éclat  sur  les  fossiles  des  éta- 
ges oxfordiens  de  Russie;  elle  le  montre 
encore  sur  les  coquilles  de  l'étage  albien  ou 
du  gaull  de  Folkstone  (Angleterre),  de  Wis- 
sant  (Pas-de-Calais),  de  Machéroménil  (Ar- 
dennes),  etc.,  sur  quelques  coquilles  de 
Tétage  cénomanien  de  la  montagne  Sainte- 
Catherine,  à  Rouen  (Seine-Jnférieure),  de 
l'étage  sénonîen  des  Montagnes-Rocheuses 
fbtats-Unis),  et  sur  les  coquilles  de  presque 
tous  les  dépôts  tertiaires. 

D'autres  fois,  on  dit  que  le  fossile  est 
altéré.  C'est  le  cas  du  plus  grand  nombre 
des  ossements  de  vertébrés  qu'on  rencontre 
dans  les  cavernes  et  dans  les  brèches  osseu- 
ses; c'est  le  cas  aussi  de  la  plupart  des 
coquilles  tertiaires,  celles,  par  exemple,  que 
fournissent  en  si  grande  abondance  les  bas- 
sins subapennin,  parisien  et  de  la  Gi- 
ronde, etc.  Dans  ces  sortes  de  fossiles,  la 
matière  animale  a  disparu  en  partie  ou  en 
totalité;  les  principes  solubles  en  ont  été 
éliminés  et  entraînés  par  les  eaux  inGltran- 
tes;  il  n'est  resté  du  corps  enfoui  que  la 
charpente  osseuse  ou  l'enveloppe  calcaire, 
en  quelque  sorte  nue,  et  ne  contenant  plus 
que  les  principes  insolubles  et  les  sels  per- 
manents, terreux  ou  alcalins. 

Enfin,  le  plus  souvent,  le  corps  organisé  a 
été  complètement  transformé^  soit  en  conser- 
vant une  partie  de  ses  principes  constituants 
qui  auraient  subi  une  nouvelle  disposition 
moléculaire,  soit  en  acquérant  des  principes 
étrangers  qui  l'auraient  remplacé  en  totalité 
ou  en  partie.  Tous  les  fossiles  des  terrains 
les  plus  anciens  sont,  à  peu  d'exceptions 
près,  dans  ce  cas.  —  Voy.  Fossilisation. 

Quand  le  corps  organisé  a  été  remplacé  par 
des  substances,  on  dit  qu'il  a  éié  pétri  fie.,  il 
faut  bien  distinguer  le  sens  restreint  que 
nous  donnons  au  nom  pétrification^  du  sens 
plus  général  que  nous  avons  donné  au  mot 
fossile.  Le  mot  pétrification  désigne  tout 
corps  organisé  enfoui  dans  les  coucnes,  dont 
la  forme  extérieure  a  été  conservée,  la  struc- 
ture intérieure  plus  ou' moins  détruite  et 
remplacée  par  une  matière  toute  différente 
de  la  matière  organique  dont  il  se  composait 
à  l'état  vivant.  Souvent  la  matière  minérale 
qui  a  fourni  à  la  pétrification  est,  à  peu  de 
chose  près,  de  même  nature  que  la  matière 
organique  elle-même;  ainsi,  le  test  des  mol- 
lusques qui  se  compose  en  grande  partie,  à 
l'état  vivant,  de  carbonate  de  chaux,  demeure 
à  l'état  de  carbonate  après  sa  conversion  au 
sein  des  couches  calcaires.  De  même,  les 
ossements  qui  offrent  à  l'état  y  vant  une  cer- 
taine quantité  de  carbonate  et  une  plus  forte 
proportion  de  phosphate  de  chaux,  conser- 
vent, à  l'état  de  pétrification,  le  premier 
principe ea  totalité,  le  second  en  partie,  de 


telle  sorte  que  la  pétrification  ou  la  conver* 
sion  minérale  du  corps  organisés  est,  le  plus 
souvent  une  simple  épigénie  minérale.  La 
pseudomorphose  est  rarement  complète. 

FOSSILES,  controverse  relative  à  leur  im- 
ture.  Yoy.  Géologie.  —  Attribtiés  au  D^- 
luge.  Yoy.  Géologie  et  Chaubàrd.  —  Lmr 
origine  diaprés  les  savants  du  xvi*  siêclt. 
Voy.  JEHAN  (de  Saint-Clavien).  —  Ont'ili 
été  créés  tels  que  nous  les  trouvons  dans  les 
strates f  autrement^  ontnls  vécu?  Voy.  Pa'> 

CHON. 

FOSSILISATION.  —  On  comprend  sous 
ce  titre  général  tout  ce  qui  se  rattache,  plus 
ou  moins  directement,  aux  changements  par 
lesquels  un  corps  vivant  et  jadis  aniroo  a 
'passé  d'une  éj^oque,  alors  actuelle,  aune au« 
tre  époque  qui  n  est  plus ,  en  laissant,  dans 
les  roches  terrestres ,  des  traces  impérissa- 
bles de  sa  forme  caractéristique. 

§1. 

Conditions  de  fossilisation  dérivant  de  la  no- 
ture  et  delà  composition  chimique  des  corps 
vivants. 

Pour  qu'un  corps  organisé  soit  suscepti- 
ble de  laisser  au  sein  dés  couches  des  traces 
durables  de  son  existence,  il  ne  suffit  pas 
que  sa  dureté  et  sa  consistance  lui  permet- 
tent de  résister  à  l'action  mécanique  des  mi- 
lieux environnants,  et  de  conserver  ainsi  sa 
forme  jusqu^à  consolidation  complète  des 
sédiments  oii  il  se  trouve  enfoui  ;  il  faut  en- 
core que  sa  composition  chimique  soit  telle 
au'il  puisse  en  même  temps  échapper  à  la 
ëcomposition  organique,  et  que  la  dissolu- 
tion de  chacune  de  ses  parties  ne  soit  pas 
immédiate  après  sa  mort. 

La  nature  physique  d'un  corps  organisé, 
c'est-à-dire  sa  c/>nsistance,  sa  solidité ,  sa 
dureté,  etc.,  est  essentiellement  en  rapport 
avec  sa  nature  chimique,  et  connaître  celle- 
ci,  c'est^  en  quelque  sorte ,  déterminer  les 
caractères  physiques  :  or  la  nature  des  éié- 
roents  chimiques  n'est  pas,  à  beaucoun  près, 
la  même  chez  tous  les  animaux  ;  elle  pré- 
sente, il  est  vrai,  des  caractères  généraui 
communs  à  toute  la  série  animale,  mais  elle 
comporte  aussi  des  différences  particulières 
propres  à  chaque  classe,  à  chaque  ordre,  ou 
même  à  chacune  des  parties  d'un  même 
corps  organisé.  Suivant  ces  différences,  les 
caractères  physiques  varieront  dans  le  même 
rapport ,  et  la  fossilisation  offrira  des  modi- 
fications semblables. 

La  composition  chimique  comparée  des 
fossiles  de  toute  la  série  animale  n^avait 
guère,  jusqu'à  ce  jour,  fixé  d'une  manière 
spéciale  l'attention  des  géologues  et  des  pa- 
léontologistes; du  moins  aucun  travail  d*en- 
semble  n'avait  encore  été  publié  sur  ce  su- 
jet. M.  Hugard  a  essayé  de  combler  cette  la- 
cune, en  réunissant  les  matériaux  épars  dans 
les  ouvrages  et  en  y  ajoutant  d'autres  maté- 
riaux bien  plus  nombreux,  fruit  de  ses  pro- 
t)res  recherches.  Une  communication  quil  < 
aite  dernièrement  sur  ce  sujet,  à  la  Société 
géologique  de  France ,  contient  le  résumé 


s» 


roâ 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


550 


de  son  Irarail»  dont  nous  ne  ferons  que  don- 
ner ici  une  analyse  succincte. 

Panni  les  caractères  chimiques  qui  distin- 
guent les  animaux  entre  eux,  les  uns,  atons- 
nous  dit,  sont  communs  à  toute  la  série  ani- 
male. La  présence  de  l'azote,  i>ar  exemple , 
âractérise  assez  bien  toute  substance  ani- 
malei  et  la  distingue  des  substances  végéta- 
les; les  autres  sont  propres  à  telle  ou  teHe 
dif  ision  de  cette  série,  ou  même,  dans  cer- 
tains cas,  à  telle  ou  telle  partie  d  un  même 
corps  or^nisé.  Les  caractères  communs  ne 
noos  oectjperont  pas  ici  ;  leur  étude  nous  en- 
traînerait à  de  trop  longs  détails  et  à  des  dis- 
cussions inutiles.  I^s  caractères  chimiques 
mécioux  ont  pour  nous  une  importance  plus 
directe;  ce  sont  aussi  ceux-là  que  concerne 
principalement  le  travail    de  H.  Hugard. 
Bans  ce  travail,  l'auteur  a  groupé  les  faits, 
d'après  les  affinités  chimic^ues  de  composi- 
tion des  corps  oi^nisés  qu  il  passe  successi- 
vement en  revue;  cet  ordre  est  celui  que 
nous  adoptons  dans  les  considérations  qui 
suivent. 

(h,  dtntij  cartilages  des  mammifères.  —  La 
composition  chimique  des  os  de  mammifè- 
res peut  se  résumer  par  les  chiffres  moyens 
suivants:  cartilage,  complètement  sofuble 
dans  Teau,  ^,17;  vaisseaux,  1,13  ;  phosphate 
basique  de  chaux,  avec  un  peu  de  fluorure 
de  calcium,  M,Ol;  carbonate  de  chaux,  11,30; 
phosphate  de  magnésie,  1,16;  soude  avec 
une  très-petite  quantité  de  chlorure  de  so- 
dium, 1,20,  =100  (Berzélius).  Ces  différents 
chiffres,  comparés,  nous  démontrent  que 
les  matières  terreuses  l'emportent  de  beau- 
coup, par  leur  quantité  relative,  sur  les  ma- 
tières  animales,   et  que  le  phosohate  de 
rhaax  forme  même,  à  lui  seul,  plus  de  la 
moitié  de  Tensemble  de  la  matière  osseuse. 
Le  phosphate  de  chaux  possède  une  dureté 
considérable  ;  sa  stabilité  chimique  est  très- 
grande;  faits  qui  seuls  nous  expliquent  déjà 
pourquoi  les  os  et  les  dents  sont  de  toutes 
les  parties  d'un  mammifère  celles  qu'on  ren- 
contre le  plus  fréquemment  à  l'état  fossile. 
Do  reste,  tous  les  os  du  squelette,  ou  même 
les  différentes  parties  d'un  même  os,  ne  con- 
tiennent pas  les  mêmes  quantités  proportion- 
nelles de  matière  animale  et  de  matière  ter- 
reuse. Les  os  longs  des  membres  offrent  plus 
«je  matières  terreuses  que  ceux  du  tronc;  les 
o^  des  membres  supérieurs  en  renferment 
un  peu  plus  que  ceux  des  extrémités  infé- 
rieures, et  en  général  les  extrémités  soumi- 
ses à  un  travail  plus  actif,  en  présentent  plus 
f^ue  ceux  qui  le  sont  moins.  Les  os  spon- 
rieux  sont  aussi  toujours  relativement  moins 
lerreax  que  les  os  plus   compactes.  De  ces 
(lits,  il  est  naturel  ae  conclure  que  telle  ou 
fclle  partie  du  squelette,  tel  ou  tel  os,  ou 
fuéme  les  différeutes  parties  d'un  même  os, 
ti'offrîront  pas  des  conditions  semblables  de 
Arçsilîsation.  C'est  ce  que  prouve,  en  effet, 
ic  nombre  comparé  des  différentes  parties 
tia  squelette  qu  on  trouve  à  Télat  fossile. 

Les  cartilages,  c|ui,  sous  plus  d'un  rapport, 
l^eo^ent  être  assimilés  aux  os  proprement 
^aits«  offrent  cependant  une  composition  chi- 


mique assez  différente  par  les  proportions, 
sinon  par  la  qualité  des  éléments  qui  les 
constituent.  Les  principes  terreux  que  nous 
avons  vus  s'élever  jusqu'à  66,50environ  pour 
100  dans  les  os,  ne  sont  plus  que  de  1  à  2 

Gur  100,  au  maximum,  dans  les  cartilages, 
gélatine  en  constitue  la  majeure  partie; 
or,  on  sait  que  ce  dernier  principe  est  bien 
peu  stable  :  nous  n'aurons  donc  pas  lieu  de 
nous  étonner  si  l'existence  des  parties  carti- 
lagineuses du  squelette  des  mammifères  n'a 
pas  souvent  été  constatée  à  l'état  fossile, 
malgré  la  dureté  et  la  résistance  presque  os- 
seuse que  présentent  quelques-unes  d'entre 
elles.  Du  reste,  ce  que  nous  venons  de  dire 
des  cartilages  des  mammifères  s'applique 
également  a  ceux  d'oiseaux  et  de  reptiles, 
mais  non  aux  cartilages  de  poissons. 

Les  dents  de  mammifères  offrent,  dans  les 
différents  groupes,  une  composition  chimi- 
que à  peu  près  semblable  à  celle  des  os  dan^ 
les  mêmes  vertébrés,  du  moins  quant  à  1? 
nature  des  éléments  qui  les  forment  ;  il  n'en 
est  pas  de  même  de  la  quantité  relative  dei 
éléments  comparés  entre  eux.  L'un  des  prin- 
cipes terreux,  le  phosphate  de  chaux,  est  ic5 
en  quantité  bien  mus  considérable  que  dani 
les  os  en  général.  Nous  avons  tu  que  dans 
ceux-ci  la  quantité  du  sel  terreux  s'élevai< 
en  moyenne  à  54,0V  pour  100  ;  dans  la  subs- 
tance des  dents,  cette  quantité  n'est  jamais 
au-dessous  de  60  et  peut  aller  même  jusqu'à 
64  et  66.  Les  dents  doivent  k  leur  dureté  et 
leur  ténacité  considérable  la  forte  proportion 
de  phosphate  qu'elles  contiennent.  Du  reste, 
la  composition  de  la  dent  n'est  pas  identique 
dans  chacune  de  ses  parties  ;  l'émail  contient 
une  bien  plus  forte  proportion  de  phosphate 
que  l'ivoire,  et  la  substance  corticale  qui 
existe  chez  quelques  mammifères  contient, 
à  son  tour,  bien  moins  encore  de  principes 
terreux  que  \es  deux  précédentes;  de  là  des 
différences  essentielles  de  dureté;  de  là 
aussi  des  conditions  variables  de  fossilisa* 
tion. 

Les  défenses  de  divers  mammifères,  et  en 
particulier  de  certains  pachydermes,  l'ivoire 
de  quelques  animaux  du  même  ordre ,  les 
cornes  de  cerfs  ont  la  plus  grande  analogie 
de  composition  avec  les  dents.  Les  cornes, 
toutefois,  contiennentuneplusfaible  quantité 
de  phosphate  et  de  carbonate  terreux.  Ce- 
pendant les  cornes  de  cerfs  ne  semblent  pas 
différer  par  leur  composition  des  os  eux- 
mêmes. 

La  composition  chimique  des  os  d'oiseaux 
diffère  peu  de  celle  des  os  de  mammifères; 
les  proportions  seules  des  éléments  varient, 
pour  un  même  poids.  A  volume  égal,  un  os 
d'oiseau  contiendra  une  aussi  forte  propor- 
tion de  sels  terreux  que  l'os  d'un  animal 
appartenant  à  la  première  classe  de  verté- 
brés, bien  que,  sous  ce  volume  égal,  sa  den- 
sité soit  beaucoup  moindre  à  poids  égaux. 
Cette  même  proportion  des  sels  terreux  dans 
un  os  d*oiseau  sera  de  beaucoup  supérieure 
à  la  quantité  des  mêmes  éléments  dans  tout 
autre  os  de 'vertébré.  Si  donc  la  qualité  des 
éléments  constitutifs  des  os  d*oiseaux  no 


5SI 


FOS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


FOS 


S52 


pottt  saffire  À  la  faire  distinguer  de  ceux  de 
tous  les  autres  yertébrés,  la  quantité  de  ces 
mêmes  éléments  pourra  suppléer  à  ce  dé- 
faut, et  Ton  conçoit,  dès  à  présent,  combien, 
dans  ce  cas,  la  différence  quantitative  pourra 
être  utile  au  paléontologiste  indécis  sur  la 
nature  de  fragments  osseux  dont  les  carac- 
tères zoologiques  ne  lui  paraîtraient  pas 
suffisamment  tranchés. 

La  composition  des  os  de  reptiles  n'a  pas 
encore  été  étudiée  eh  particulier;  toutefois, 
il  est  à  présumer  qu'elle  ne  diffère  pas  beaur 
coup  de  celle  des  deux  classes  précédentes. 
Des  oi  de  poUsons.  —  La  quantité  des 
matières  terreuses  est,  relativement  à  la  ma- 
tière animale,  beaucoup  moindre  dans  ces 
os  que  dans  ceux  des  classes  précédentes.  Ce 
fait  nous  explique  pourquoi  les  os  de  pois- 
sons sont  rares  a  l'état  fossile;  il  nous  four- 
nit en  même  temps  un  excellent  moyen  pour 
distinguer  ces  os  à  Tétat  fossile,  par  le  seul 
caractère  de  la  quantité  absolue ,  sous  un 
poids  donné,  de  quelques-uns  de  leurs  élé- 
ments essentiels;  enfin  il  nous  fait  compren- 
dre pourquoi  les  poissons  étant  rarement 
conservés  à  l'état  fossile  avec  leur  forme  et 
leur  volume  réel,  on  les  rencontre  toujours 
Irès-déformés  et  aplatis ,  ou  même  le  plus 
souvent ,  représentés  par  leurs  écailles. 
Quant  aux  cartilages  dont  se  compose  uni- 
quement le  squelette  de  toute  une  division 
de  la  classe  des  poissons,  leur  composition 
diffère  peu  de  celle  des  cartilages  des  autres 
classes  de  vertébrés  ;  c'est  toujours  du  phos- 
phate de  chaux,  de  magnésie ,  de  fer,  envi- 
ron 0,1600;  du  sulfate  de  chaux,  0,1200;  des 
traces  de  soufre,  d'alumine,  de  silice,  de 
potasse;  et  tout  le  reste,  pour  100  parties, 
est  de  la  matière  animale.  Cepenclant  les 
cartilages  de  certains  poissons  présentent 
une  dureté  et  une  résistance  presque  égales 
à  celles  des  os  proprement  dits  :  dans  ce 
cas,  leur  fossilisation  a  pu  devenir'plus  fa- 
cile, et  effectivement,  il  n'est  pas  rare  de 
rencontrer  des  poissons  cartilagineux  fos- 
siles. Toutefois  dans  ceux-ci,  on  remarque 
qu'il  n'est  plus  rien  resté  d'organique  que 
la  forme;  leurs  principes  élémentaires  ont 
été  totalement  remplacés  par  des  substances 
adventitielles  de  nature  pierreuse  qui  ont 
pénétré ,  dans  tous  les  sens ,  le  corps  per- 
méable assez  résistant  pour  conserver  sa 
forme  pendant  toute  la  durée  de  la  fossilisa- 
tion, mais  qui  ne  l'était  pas  assez  pour 
échapper  ensuite  à  la  décomposition  orga- 
nique. 

Les  cornes  des  ruminants^  la  carapace  des 
chéloniens^  les  écailles  des  reptiles  ^  aes  pois* 
sonSf  le  squelette  iégumentaire  des  annelés^  se 
ressemblent  par  une  composition  commune. 
Quelques-uns  de  ces  organes  se  rencontrent 
fréquemment  à  l'état  fossile;  aussi  est-il  im- 
portant de  bien  connaître  leurs  véritables  ca- 
ractères chimiques,  afin  d'en  mieux  compren- 
dre les  différences  de  fossilisation.  Nous  ne 
possédons  pas  encore  de  données  bien  certai- 
nes sur  la  composition  chimique  de  la  cara- 
pace  cornée  des  chéloniens.  Son  origine  fait 
présumer  quelle  n'est  pas  très-différente  de 


celle  des  écailles  de  reptiles  et  de  poissons, 
sur  lesquelles  nous  allons  donner  quelques 
détails.  Les  cornes  creuses  des  ruminants 
sont  probablement  aussi  dans  le  même  cas. 
Les  écailles  de  reptiles  consistent  principa- 
ment,  à  l'état  frais,  en  une  sorte  de  suos- 
tance  cornée  qui  contient  à  peine,  chez  quel* 
ques  genres,  le  crocodile  dans  le  jeune  Age 
par  exemple,  1  et  1|2  pour  100  de  matière 
terreuse,  et  pas  plus  de  3  pour  100  dans  les 
écailles  du  même  animal,  qui  forment  la 
crête  dorsale  et  qui  paraissent  en  contenir  le 
plus.  La  très-faible  proportion  de  matières 
terreuses  dans  les  écailles  de  celte  grande 
classe  de  vertébrés  explique  facilement  leur 
rareté  à  l'état  fossile.  Souvent  les  écailles 

2u'on  a  cru  devoir  attribuer  à  des  reptiles 
talent  au  contraire  des  écailles  de  pois- 
sons ;  et  en  effet,  nous  verrons  plus  loin  aue 
celles-ci  offrent  des  conditions  bien  plus 
favorables  de  fossilisation  que  les  premières. 
Les  écailles  de  poissons  diffèrent  essentiel- 
lemeilt  de  celles  des  reptiles,  quant  aux  pro- 
portions des  éléments  qui  les  constituent. 
Nous  possédons  un  grand  nombre  d'analyses 
d'écaillés  de  poissons  vivants  et  fossiles. 
Toutes  démontrent  que,  dans  ces  écailles,  la 

Eroportlon   des  sels  terreux  l'emporte  de 
eaucoup  sur  celles  des  éléments  analogues 
pour  la  classe  précédente.  Le  phosphate  de 
chaux  y  entre  à  lui  seul  dans  fa  proportion 
de  42  à  46  centièmes  de  la  masse  totale; 
c'est-à-dire  que  l'écaillé  d'un  poisson  .offre 
presque  la  composition  d'un  os.  On  voit  par 
là  combien  il   sera  facile  de  distinguer,  à 
l'état  fossile,  une  écaille  de  poisson  de  celle 
d'un  reptile.  D'un  autre  côté,  les  écailles  de 
poissons  ne  devront  pas  être  rares  dans  les 
couches,  et,  en  effet,  ce  sont  quelquefois  les 
seuls  organes  qui  représentent  l'animal  à 
l'état  fossile.  Du  reste,  les  écailles  de  repti- 
les, lorsqu'elles  existent  conservées  dans  les  . 
couches,  y  sont  généralement  remplacées 
par  une  matière  siliceuse  ou  calcaire  ;  au 
contraire,  les  écailles  de  poissons  retiennent 
toujours,  à  l'état  fossile,  une  quantité  consi- 
dérable de  phosphate  de  chaux ,  comme  le 
prouvent  un  grand  nombre  d'anal pes  chi- 
miques de    ces    écailles,   entreprises  par 
M.  Hugard,  sur  des  échantillons  pris  à  diffé- 
rents  Ages  géologiques.    Nous  insisterons 
donc  ici  encore  une  fois  sur  les  différences 
essentielles  de  composition,  ou  du  moins  de 
proportions  dans  les  éléments  qui  consti« 
tuent  les  écailles  de  poissons  et  de  reptiles, 
en  rappelant  combien  ces  différences  peu- 
vent être  utiles  pour  la  détermination  zoo- 
logique de  débris  fossiles  appartenant  à  Vune 
ou  à  l'autre  des  deux  classes  de  vertébrés; 
car  il  est  souvent  impossible  de  distinguer 
par  les  seuls  caractères  anatomiques  ou  ex- 
térieurs des  écailles  prises  dans  l'une  ou 
l'autre  de  ces  deux  classes. 

Les  ongles^  les  piquaniSy  les  crins^  les 
poilsj  les  cheveux^  etc.,  ont  entre  eux  la  plus 
grande  analogie  de  composition,  et  diffèrent 
a  peine,  même  dans  la  proportion  des  élé* 
ments  qui  les  constituent.  Nous  n'insiste^ 
rons  donc  pas  plus  longtemps  sur  Timpcr* 


.* 


53 


FOS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


554 


i^xîce  des  caractères  que  peut  fournir  leur 
composition  chimique  comparée  pour  la 
distinction  des  classes  auxquelles  ils  appar- 
tiennent. Notjs  dirons  seulement  que  chacun 
d'eux  n*esl  qu'une  simple  dépendance  du 
tissu  cuticulaire,  et  comme  tel  se  compose 
presque  exclusivement  do  matière  animale 
semblable  au  mucus.  On  y  rencontre,  de 
plus,  un  peu  de  phosphate  de  chaux,  du 
carbonate  de  la  même  hase,  de  Toxyde  do 
n:anganèse,  du  fer  oxydé,  du  fer  sulfuréy  une 
quantité  notable  de  silice  et  une  quantité 
plus  notable  encore  de  soufre.  Cette  der- 
nière circonstance  mérite  de  fixer  un  instant 
notre  attention.  On  attribue  à  la  décomposi- 
tion de  substances  animales  la  grande  quan- 
tité de  soufre,  généralement  à  Vétat  de  sul- 
fure, qu'on  rencontre  dans  certaines  cou- 
ches d'origine  sédimentaire  où  abondent 
effectivement  certains  débris  organiques. 
L'explication  nous  parait  peu  probable,  ou 
du  moins  insuflisante. 

Les  plumes,  chez  les  oiseaux,  dé{»endent, 
comme  les  organes  précédents,  du  système 
cuticulaire;  elles  se  composent  également, 
en  grande  partie,  de  mucus  animai. 

Que  conclure  de  tous  ces  faits?  Qu'on  es- 
ivérerait  en  vain  trouver  avec  abondance,  à 
réiat  fossile,  la  plupart  des  organes  aue 
nous  venons  de  citer  :  d'al*ord  leur  solidité 
et  leur  résistance  aux  agents  mécaniques 
extérieurs  n'est  pas  très-grande,  et  puis  ils 
se  composent  d'éléments,  tout  à  fait  insta- 
bles, dont  Ja  putréfaction  s'empare  i>rompte* 
ment.  Car  la  plus  grande  partie  de  ces  élé- 
ments sont  solubles.  Aussi  les  cas  de  crins, 
).oils,  ongles,  etc.,  fossiles,  cités  jusqu'à  ce 
jour  soDt-ils  extrêmement  rares  et,  en  quel- 
que.<;orte,  exceptionnels. 

Des  téfumerUs  et  autres  pièces  cornées  des 
animaux  annelés.  —  Dans  l'embranchement 
des  annelés ,  la   classe  qui  compte  le  plus 
grand  nombre  de  représentants  a  l'état  fos- 
sUe  est,  sans  contredit,  celle  des  crustacés. 
La  classe  des  annélides,  moins  toutefois  les 
tubicoles,   et  celle    des  arachnides  n'ont 
laissé,  au  sein  des  couches,  que  quelques 
vestiges  de  leur  existence.  Après  les  crusta- 
cés, viennent,  par  ordre  d'abondance,  les  in- 
sectes, puis  les  cirrhipèdes.  Ceux-ci,  par  la 
g.a nde  analogie  de  leur  enveloppe  testacée 
avec  celle  des  mollusques,  se  rencontrent 
ahondamment  dans  quelques  terrains.  Voyons 
jijsqu^èquel  point  les  conditions  chimiques 
«îe   ces  différents  corps  pourront  expliquer 
l«Mir  ai>ondance  relative  dans  les  couches 
.f-rreslrea 

L'«»nveloppe  solide  des  crustacés  est  for- 
mée d*unc  grande  quantité  de  carbonate  de 
rhaux,  d'une  moindre  quantité  de  matière 
animale  et  d'une  quantité  toujours  décrois- 
sante de  phosphate  calcaire.  Toutefois  la 
jiroportîon  de  ces  éléments  varie  avec  l'ani- 
mal de  tel  ou  tel  ordre,  ou  môme  quelques- 
uns  d'entre  eux  |)euvent  disparatlrc  com- 
|ilétciuent  suivant  le  genre.  On  voit,  en  ef- 
fet, tel  cruslacé  présenter  une  enveloppe 
j'xtérieurc  à  peine  cornée,  tandis  que  tel 
autre  j^résenlcra  cette  même  enveloppe  en- 


croûtée de  matière  calcaire  et  constituant  u.i 
test  d'une  solidité  remarquable,  comparable 
même,  dans  certains  cas,  à  celle  des  os  des 
animaux  supérieurs.  Lorsque  le  squelette 
téguroentaire  du  crustacé  est  de  nature  seu- 
lement demi-cornée,  elle  se  compose  pres- 
que en  entier  d'albumine  et  d'une  substance 
particulière  nommée  chitine,  substance  qu'on 
retrouve  é^^alement  dans  les  téguments  des 
insectes.  Lorsqu'au  contraire  la  carapace  du 
crustacé  est  osseuse,  on  y  rencontre,  outre 
l'albumine,  les  éléments  que  nous  avons 
cités  ci-dessus  ;  mai.s  dans  l'un  et  l'autre 
cas,  la  substance  qui  en  constitue  la  base  et 
qui  donne  leur  forme  aux  téguments  est  la 
chitine,  principe  organique,  découvert  d'a- 
bord qar  M.  Odier,  retrouvé,  plus  tard,  par 
d'autres  chimistes  et  étudié  tout  spéciale- 
ment par  M.  Milne  Edwards.  Ce  savant  zoo» 
logiste  a  reconnu,  dans  la  carapace  du  car-^ 
cin  menade,  environ  lOO^iour  100  de  chitine, 
i8  d'eau,  G3  de  sels  mêlés  à  un  pou  de  ma- 
tière animale  soluble  à  froid  dans  une  pe- 
tite quantité  d'acide  "hydrochlorique  faible 
et  environ  8  d'albumine.  Dans  les  segments 
dorsaux  des  anneaux  abdominaux  du  même 
animal,  il  a  trouvé  20  pour  100  de  chitine  et 
64  de  matières  salines. 

Cette  observation  prouve  que  certains 
crustacés  offrent  les  conditions  h^jtlus  fa- 
vorables à  la  fossilisation  :  composition  rhi' 
mique  et  solidité  se  réunissent  pour  les  pré- 
server de  la  désorganisation  putride  ei  de  la 
destruction  mécaniaue.  Aussi  les  crustacés 
I)résentent-ils  en  général,  un  degré  de  con- 
servation remarquable  à  lëtat  fossile,  quel 
que  soit,  du  reste,  leur  âge  géologique  ;  tels 
sont,  par  exemple,  les  fameux  trilobites  de 
Dudley,  les  crustacés  décatH)des  de  bien  d'au- 
tres localités  ;  et  si  nous  ne  trouvons  pas  un 
très-grand  nombre  de  ces  animaux  a  l'état 
fossile,  dans  toute  la  série  des  autres  ét4ges, 
c'est  qu'apparemment  la  classe  en  était  moins 
nombreuse  en  individus  que  dans  la  nature 
actuelle.  N  oublions  pas,  du  reste,  que  leur 
composition  chimique  varie  beaucoup  dans 
chacune  des  familles,  dans  cliacun  des  gen- 
res, ou  même  dans  chacune  des  espèces. 

Le  tégument  externe  dans  les  instetes  est 
souvent  aussi,  comme  dans  les  crustacés,  de 
consistance  rigide  et  cornée;  il  se  compose, 
ainsi  que  iesailes,  chez  ces  mêmes  animaux  : 
!•  d'une  maîière  animale  particulière  qu'on 
a  nommée  entomoléinej  la  même  que  nous 
avons  iïéfk  nommée  chitine  dans  les  crusta- 
cés ;  â**  d  un  autre  matière  animale  propre, 
qui  a  reçu  le  nom  de  coccine:  3"  d'huile  co- 
lorée diversement  suivant  les  espèces.  A  ces 
trois  sortes  de  principes  organiques,  il  faut 
ajouter  de  ))etites  quantités  d'alumine,  do 
sous-carbonalc  de  potasse,  de  phosphate  de 
chaux,  etc.  On  voit ,  par  cette  composition, 
que  les  téguments  des  insectes  ont  la  plus 
grande  analogie  avec  la  corne  des  an > maux 
vertébrés.  Ce  que  nous  avons  dit  des  condi- 
tions de  fossilisation  de  ces  derniers  organes 
sapplique  donc  é^^alemcnt  aux  organes  de 
composition  analogue  qu  on  retrouve  chez 
les  insectes.  Les  insectes  n'ont  la'"*''^  ^  ^-^^M 


D;cTJox?i.  DE  Cosmogonie  et  de  Paléontologie. 


S55 


FOS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONOSL 


FOS 


W 


fossileque  de  trôs-rares  débris  de  leur  sque- 
lette. Dans  quelques  cas  plus  rares  encore, 
les  ailes,  qui  ont  la  plus  grande  analogie  de 
composition  avec  les  autres  parties  du  sque- 
letfe  tégumcntaire,  paraissent  bienconser* 
Yées.  Les  insectes  renfermés  dans  Tambre 
sont  un  cas  tout  à  fait  exceptionnel  sur  le- 
quel nous  ne  croyons  pas  devoir  insister  ici. 

De$  coquilles  des  mollusques ,  etc.  —  De 
4ous  les  animaux,  ceux  qu'on  rencontre  le 
plus  fré(}uemment  à  l'état  fossile  sont,  sans 
contredit,  les  mollusques  ,  soit  que  le  nom- 
bre de  ceux-ci  ait  été  réellement  plus  con- 
sidérable que  celui  des  autres  animaux,  aux 
différentes  époques  géologiques,  soit  que 
leur  habitude  d  existence  dans  les  eaux  les 
«it  placés  dans  des  conditions  plus  favora- 
i)les  de  conservation  ,  soit  enfin  que  la  na- 
ture de  leur  enveloppe  solide  en  ail  rendu  la 
transformation  plus  facile.  La  composition 
chimique  du  test  des  coquilles  est  telle  qu*on 
ne  doit  pas  s*étonner  de  leur  bonne  conser- 
vation dans  les  couches  même  les  plus  an- 
ciennes. Cette  composition  n'est  pas  tou- 
iours  identique  dans  chaque  classe  de  mol- 
lusques, où  elle  offre  des  différences  dans 
les  genres ,  dans  les  espèces.  Toute  coquille 
est  composée  de  matière  animale  et  de  car- 
bonate de  chaux  ;  seulement,  les  plus  com- 
pactes montrent  une  plus  forte  proportion 
de  ce  dernier  principe.  Voici  à  peu  près  les 
nombres  proportionnels  qui  pourraient  rc- 
]>résenter  la  èomposition  chimique  de  la 
coauille  des  mollusques  :  carbonate  de  chaux, 
95  a  96  pour  100  ;  pnosphate  de  chaux,  1  à  2  ; 
eau  ,  1  à  1  et  1t2;  matière  animale,  1.  Les 
coquilles  des  céphalopodes  contiennent  bien 
plus  de  matière  animale  que  celles  des  au- 
tres classes,  Certaines. coquilles  d'acéphales 
renferment,  outre  la  matière  animale  et  le 
carbonate  de  chaux ,  du  phosphate  calcaire, 
du  carbonate  de  magnésie,  de  Toxydede 
fer,  et  même,  dans  quelques-unes,  celles  des 
huîtres  par  exemple  ,  la  proportion  de  ma- 
tière animale  est  si  minime,  qu'à  peine  en 
peut-on  tenir  compte.  Cette  dernière  cir- 
constance nous  explique  l'énorme  quantité 
d'huîtres  fossiles  qu'on  rencontre  dans  la 
plupart  des  couches. 

Les  téguments  testacés  des  cirrhipèdes  et 
ceux  des  annélides  tubicoles  offrent ,  è  peu 
de  chose  près ,  la  composition  élémentaire 
des  coquilles  de  mollusques. 

Carapace  testacée  f  carapace  siliceuse  ^  de 
certains  animaux  microscopiques,  dits  /b- 
raminifères  et  infusoires  ,  etc.  —  Nous  igno- 
rons SI,  jusqu'à  ce  jour,  on  a  essayé  de  faire 
Tanalyse  chimi|)ue  des  organes  de  ces  ani- 
maux, à  l'état  vivant.  Quel  que  soit  le  résul- 
tat obtenu,  on  peut  affirmer  par  avance  que 
ces  organes,  surtout  ceux  aont  la  nature 
était  siliceuse ,  oirt  dû  offrir,  dans  tous  les 
cas,  les  conditions  les  plus  favorables  à  la 
fossilisation  ;  on  sait ,  en  effet,  que  certaines 
roches,  en  couches  très-étendues  dans  quel- 
ques localités,  le  tripoli  par  exemple,  sont 
complètement  formées  de  débris  de  la  cara- 
pace siliceuse  de  ces  singuliers  animaux. 

Des  polypiers.  —  On  connaissait  déjà»  de- 


puis fort  longtemps,  d'une  manière  eèné- 
raie,  la  compos  tion  chimique  dedifférenU 
polypiers.  Hatchett  avait  donné,  dans  les 
Fhilosophical  Transactions^  vol.  XVII,  des 
résultats  d'analyses  qualitatives  faites  sur 
des  dendrophyllies,  des  gorgones,  deslubi- 
pores,  etc.,  et  l'on  savait,  d^près  ces  analy- 
ses, que  les  polypiers  consistaient  principale- 
ment en  carbonate  de  chaux  imprégnant  une  ' 
sorte  de  membrane  de  nature  gélatineuse» 
laquelle  retenait ,  jusqu'à  un  certain  degré, 
la  forme  et  la  structure  du  zoophyte,  après  la 
dissolution  de  celui-ci  dans  l'acide  azotique. 

Dans  certains  polypiers,  Hatchett  avait 
trouvé  une  petite  proportion  d'acide  phos- 
pborique.  Les  proportions  relatives  de  car- 
bonate de  chaux,  ae  phosphate  de  chaux,  et 
de  matière  animale  avaient  paru  extrême- 
ment variables  dans  les  différents  genres. 
Depuis  Hatchett,  M.  Silliman  jeune  a  cru 
devoir    soumettre,     d'après    les    moyens 
plus  parfaits  que  nous  possédons  aujour- 
d'hui, à  de  nouvelles  analj^ses  plus  rigou- 
reuses, la  composition  chimique,  non-seule- 
ment qualitative ,  mais  encore  quantitaiitt^ 
des  zoophytes  pierreux.  Dans  la  plupart  das 
coraux  calcaires  qu'il  a  examinés^  il  a  trouvé 
une  petite  quatitité,  sur  100>  de  magnésie, 
d'alumine,  (le  fer,  de  silice,  d*acide  phospbo- 
riq^ue  et  de  fluor,  outre  le  carbonate  de  cuaui 
qui  constitue,  après  qu'on  a  séparé  la  ma- 
tière animale ,  les  97  a  98  centièmes  de  Ja 
masse  totale.  La  tige  cornée  de  la  jjforgoma 
setosa  lui  a  fourni  une  proportion  considé- 
rable d'alumine,  outre  de  l'acide  phosphori* 
que,  un  peu  de  carbonate  de  chaux  et  93 
pour  100  de  matière  animale.  Tous  ces  résul- 
tats sont  consignés   dans    un   ouvrage  de 
M.  Dana,  intitulé  Sur  la  structure  et  la  clas- 
sification des  zoophytes^  et   dans  différents 
endroits  du  Journal  américain  dirigé  par 
M,  Silliman.  Nous  trouvons  une  explication 
suffisante  de  Toriçine  des  éléments  qui  conh 
posent  les  polypiers ,  dans   la  composition 
même  des  eaux  de  la  mer  où  ils  sont  appe- 
lés à  vivre  et  dans  celles  des  fonds  solides 
où  ils  ûient  leur  demeure.  Il  est  inutile  de 
développer  ici  les  transformations  successi- 
ves que  les  polypiers  doivent  subir  en  cas- 
sant à  l'état  fossile;  ils  ne  perdent  guère, 
t)Our  passer  à  cet  état,  que  la  quantité  varia- 
>le  de  matière  animale  qu'ils  contiennent. 
La  composition  chimique  des  polypiers  est 
d*une  haute  importance  en  géologie ,  pour 
expliquer  la  formation  de  couches  puissan- 
tes qui,  dans  certains  étages,   sont  presque 
exclusivement  composées  de  polypiers. 

Pour  compléter  ce  que  nous  avons  à  dire 
sur  la  composition  .chimique  comparée 
lies  diverses  parties  organiques  qu^on  peot 
rencontrer  à  1  état  fossile  ,  nous    ajouterons 

auelques  mots  sur  celle  des  coproîithes  des 
ifférentes  classes  de  vertébrés.  Nous  avons 
annoncé  ailleurs  {Voy.  Coprouthes)  nue  les 
coproîithes  diffèrent  entre  eux  par  la  forme; 
ils  diffèrent  également  par  la  nature  chimi- 
que, qui  se  résume  dans  les  principaux  chefs 
.«uivants  :  fLes  coproîithes  de  mammifère* 
((  eux  des  cavernes  de  Lunel  Viel,  ]'ar  exew 


8S7 


FOS 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


S58 


pie)  sont  c3mposés,  pour  1000  parties,  de 
phosphate  de  chaux,   625;    carbonate  de 
chaux,  150;  eau,  lâO;  limon  siliceux  coloré 
par  l'oxyde  de  fer,  55  ;  matière  organique, 
des  traces,  mais  en  moindre  quantité  que 
dans  les  os  ;  fluorure  de  calcium,  des  traces  ; 
perte,  50.  —  â*  Les  coprolithes  d'oiseaux, 
ceux  de  Chicopee ,  par  exemple,  ont  fourni 
h  l'analyse  pour  100  :  eau,  matière  organi- 
que, urate  et  sels  volatils  d'ammoniaque, 
10,30  ;  chlorure  de  sodium,  0,51  ;  sulfates  de 
chaux  et  de  magnésie,  1,75  ;  phosphates  de 
chaux  ei  de  magnésie,  39,60  ;  carbonate  de 
chaux,  34k77;  silicate,  13,07.  Ces  résutats  of* 
frent  la  plus  grande  analogie  avec  ceux  que 
fournit  le  guanoj  matière  coprolithique  d'oi- 
seaux, non  fossile.  —  3"  Les  coprolithes  de 
reptiles.  —  4*  Les  coprolithes  de  poissons 
paraissent  composés  de  phosphate  et  de  car*» 
bonate  de  chaux,  jusqu*à  90  pour  100,  de 
phosphate  de  magHésie>  d'oxydes  de  fer  et 
de  manganèse,  de  silice,  de  traces  de  matière 
animale,  etc.  Si  nous  comparons  ces  diffé- 
rents résultats  d'analyses  de  coprolithes,  em- 
pruntés aux  quatre  classes  de   vertébrés, 
nous  trouverons  que  les  coprolithes  de  mam- 
mifères diffèrent  peu  de  ceux  des  poissons, 
et  ne  s'en  distinguent  que  par  la  forme;  que, 
«ians  les  coprolithes  de  reptiles,  la  quantité 
de  phosphate  et  de  carbonate  calcaires  parait 
moindre  ;  enfin  que,   dans  les  coprolithes 
d'oiseaux,  la  proportion  ou  même  la  seule 
présence  d'acide  unque  suffira  toujours  pour 
les  distinguer  de  ceux  de  toutes  les  autres 
classes.  Au  reste,  la  composition  générale 
des  coprolithes  est  sensiblement  différente 
de  celle  de  toutes  les  autres  parties  organi**» 
ques  et  servira  à  les  séparer  facilement  tle 
c-elies-ci ,  quelles  qu'elles  soient.  Ajoutons 
toutefois  qu'il  est  difficile  de  se  faire  une 
idée  exacte  de  la  composition  chimique  com- 
parée des  différents  coprolithes  ;  car  ces  corps 
n'étaient  pas  parfaitement  compactes  et  im-^ 
r>erinéables  k  l'état  frais;  de  sorte  que,  dans 
la  plupart  des  cas,  ils  ont  été  pénétrés,  avant 
de  passer  à  l'état  fossile,  d'une  plus  ou  moins 
grande  quantité  de  substances  étrangères. 

Les  considérations  qui  précèdent,  relati- 
rement  à  la  composition  chimique  comparée 
dans  les  corps  organisés  vivants  de  fossiles, 
nous  conduisent,  en  résumé,  aux  principales 
conclusions  suivantes  : 

La  composition  chimique  n'est  pas  la  même 
rlans  toute  la  série  des  corps  k  l'état  vivant  ; 
elle  varie  suivant  les  grandes  divisions  du 
rè^ne  animal,  suivant  les  classes,  les  ordres, 
les  genres,  les  espèces,  ou  même  suivant  les 
différentes  parties  d'un  même  individu; 

Du  caractère  de  la  composition  chimique 
dépend  essentiellement  le  caractère  physi- 
que du  corps  organisé  ;  et  des  deux  caractè- 
res réunis  découle  essentiellement  l'une  des 
conditions  les  plus  importantes  de  la  fossi- 
lisation ; 

La  composition  chimique  est  telle,  même 
è  l*éiat  fossile,  que  dans  le  plus  grand  nom- 
bre de  cas, on  peut  déterminer,  par  les  seuls 
caractères  qu'elle  fournit,  le  ran^ç  zoologi- 
c|ue  du  corps  fossile; 


D'autres  considérations,  qui  seront  déve- 
loppées dans  le  cours  de  cet  ouvrage,  nous 
montreront  que,  par  la  composition  chimi* 
que,  on  peut  déterminer  jusqu'à  un  certain 
degré,  l'Âge  géologique  du  fossile; 

Enfin  la  composition  chimique  comparée 
des  différents  fossiles  nous  fournira  de  très- 
utiles  renseignements  sur  les  circonstances 
qui  ont  pu  accompagner  la  formation  de  cer- 
taines couches  fossilifères. 

I.  Il 

Substancts  minérales  fossitisantes* 

Ainsi  que  nous  Tavonsdit  précédemment, 
la  conservation  d'un  corps  organisé  dans  les 
couches  terrestres  dépend  de  sa  nature  plus 
ou  moins  résistante,  de  sa  composition  chi- 
mique et  des  milieux  qui  l'entourent  lors 
de  son  enfouissement  dans  les  couches  ter- 
restres. Que  les  sédiments  soient  produits 
par  le  lavage  des  continents  ou  par  la  tritu* 
ration  des  côtes  maritimes  due  à  l'action  de 
la  mer,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  les  sé- 
diments déposés  par  les  eaux  sont  les  plus 
Suissants  agents  de  conservation  des  corps, 
^r  les  éléments  arrachés  aux  roches  préexis- 
tantes sont  principalement  pierreux  ou  ter- 
reux, tandis  que  les  roches  salines  métalli- 
Ïues  ou  combustibles  sont  des  exceptions. 
jxx  premiers  se  rapportera  la  silice,  aux  se* 
conds  le  carbonate  de  chaux.  Les  deiîx  subs- 
tances qui  forment  la  majorité  des  fossiles, 
sont  la  silice^  et  plus  sp^^ialem^vnt  le  cal- 
caire. La  plupart  des  fossiles  paléozoïques, 
jurassiques,  crétacés  ou  tertiaires  sont  a  Té- 
tât de  carbonate  de  chaux.  Tantôt  cette  subs- 
tance minérale  y  est  à  Tétat  grossier,  tantôt 
à  l'état  compacte ,  tantôt  à  l'état  spathique. 
Lorsoue  la  dépouille  animale  présentait  une 
cavité  assez  large  pour  permettre  au  sédi- 
ment grossier  de  s'introduire,  celui-ci  a  pé- 
nétré, en  remplissant  rintérieur,  et  l'enve- 
loppe testacée,  déjà  composée  de  carbonate 
de  chaux,  s'en  est  assimilé  une  nouvelle  quan- 
tité arrachée  au  sédiment  environnant  et  qui 
est  venu  remplir  les  vides  laissés  par  la 
soustraction  de  la  matière  animale  ;  aussi  le 
test  est^il  généralement  plus  compacte  dans 
les  fossiles  que  les  cavités  intérieures 
qu'il  circonscrit.  Lorsqu'au  contraire,  le 
corps  organisé  ne  présentait  aucune  cavité  à 
remplir,  et  seulement  une  masse  solide  à 
mineraiiser,  cette  minéralisation  n'a  pu  s'o- 
pérer qu'au  moyen  de  molécules  très-fines, 
et  alors  la  totalité  de  cette  masse  a  passé  à 
l'état  de  carbonate  de  chaux  compacte.  Lors- 
qu'enfin  ce  remplissage  s'est  fait  dans  des 
circonstances  favorables  au  groupement  ré- 
gulier des  molécules  fossilisantes,  le  carbo- 
nate de  chaux  a  pris  la  forme  spathique 
Cette  forme  est  plus  fréauente  dans  les  an- 
ciens terrains.  Dans  les  fossiles  tertiaires,  le 
carbonate  do  chaux  est,  pour  ainsi  dire, 
resté  ce  qu'il  était  h  l'état  vivant;  seulement 
le  test  est  devenu  plus  poreux,  par  l'ablation 
de  la  matière  animale  qu'il  contenait  à  l'état 
vivant;  et  le  carbonate  de  chaux  en  est  plus 
terreux  que  compacte 


55» 


FOS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ros 


La  silice,  bien  que  plus  rare  que  le  car- 
bonate de  chaux  dans  les  fossiles,  est  cepen- 
dant encore  assez  fréquente,  beaucoup  plus, 
4lu  moins,  qu'aucune  autre  dos  substances 
minérales  qui  vont  suivre.  Comme  le  cal- 
caire, la  silice  peut  être  tenue  dans  les  eaux 
à  l'état  d3  dissolution  ou  à  Tétat  de  suspen* 
sion  fine,  ou  enfin  à  l'état  de  sédiment  gros- 
-sier.  A  ce  dernier  état,  la  silice  provient  de 
la  désagrégation,  de  la  trituration  par  les 
eaux,  de  roches  préexistantes;  elle  consti- 
tue les  grès,  les  sables,  etc.  Les  fossiles  à 
l'état  de  grès  ne  sont  pas  rares  ;  mais  on  ne 
les  rencontre  qu'à  l'état  de  moules  intérieurs, 
Templissant,  par  exemple,  des  coquilles  de 
.nkfvllusques  ou  tout  autre  corps  à  cavités  li- 
bres intérieures  ;  la  matière  siliceuse,  trop 
grossière  pour  pénétrer  la  coquille,  n'a  fait 
que  remplir  là  cavité  qu'elle  circonscrit. 
Vàns  la  plupart  des  cas,  cette  coquille  elle- 
même  a  disparu  en  laissant  un  vide  ; 
car  tes  couches  de  grès  sont  essentiellement 
perméables  aux  eaux,  et  celles-ci  ont  ainsi 

Im  facilement  entraîner  ou  même  dissoudre 
a  matière  calcaire  des  corps  organisés  seu- 
lement; aussi  est -il  rare  de  rencontrer  des 
fossiles  entiers  convertis  en  grès,  On  doit 
remarquer  que  dans  plusieurs  localités,  les 
fossiles  des  grès  sont  en  carbonate  de  chaux. 
La  silice  à  l'état  de  division  fine  parait  avoir 
été  beaucoup  plus  puissante  pour  pénétrer 
les  substances  oi^anisées,  et  dans  tous  les 
cas  où  un  fossile  se  présente  à  l'état  siliceux, 
la  silice,  pour  remplir  ce  fossile,  semble 
avoir  subi  une  véritable  dissolution  ;  du 
moins  présente-t-elle  toujours  les  caractè* 
res  physiques  généraux  qui  se  sont  formés 
sous  de  telles  circonstances.  Tels  sont  les 

Suartz  hyalin,  compacte,  vitreux,,  incolore^ 
iversement  imprégnés  de  substances  métal- 
liques étrangères,  quartz-agate,  calcédoine, 
cornaline  ,  etc.,  quartz-silex  ,  pyromaque» 
eorné,etc.,quartz-^aspe,  quartz-r6inite>  etc. 

Nous  pourrions  placer  ici,  comme  subs- 
tance minérale  fossilisante  d'une  certaine 
fréquence^  le  sulfure  de  fer  (pyrite  ou  sper- 
kise).  Certaines  couches  des  terrains  juras- 
siqpies  ou  crétacés  paraissent  contenir  une 
énorme  quantité  de  fer  à  l'état  de  sulfure, 
ei  dans  ces  couches,,  comme  dans  celles  oui 
contiennent  beaucoup  de.  silice,  ce  sont  les 
corps  organisés  qui  en  contiennent  les  plus 
fortes  proportions;  même  en  certains  cas, 
les  fossiles  en  sont  totalement  pénétrés,  tan- 
dis que  les  couches  qui  contiennent  ces  fos- 
siles n'en  présentent  que  fort  peu.  Les  fos- 
siles à  l'état  de  fer  sulfuré  abondent  surtout 
dans  certaines  couches  des  éta^^es  jurassi- 
ques, dans  l'étage  liasien  de  Vieu\-Pont 
(Calvados),  dans  l'étage  collovicn  des  Va- 
ches-Noires, dans  l'étage  néocomien  des 
Hautes-Alpes,  etc.  Les  corps  ainsi  péjiélr(^'s 
appartiennent  à  toutes  les  classes  d*animaux, 
mais  principalement  aux  ammonites. 

On  sait  jusqu'à  quel  point  abondent,  dans 
l'argile  bleue  de  Shepey,  les  gt*aines  fossiles 
à  l'état  de  pyrite. 


La  décomposition  des  pyrites  de  fer  a  quel- 
quefois donné  lieu  à  un  accident  de  fossili- 
sation fort  remarquable.  On  voit  dans  cerla?- 
nescou3hcs,  des  fossiles  entièrement  couverts 
en  soufre  natif,  et  ce  corps  simple,  qu'on  ne 
peut  guère  supposer  avoir  remplacé  à  priori 
les  corps  organisés ,  s' v  trouve  ainsi ,  sous 
rinfluence  de  certaines  forces,  au  nombre  des 
substances  minérales  fossilisantes.  M.  Braun 
(35^*)  cite,  sur  le  territoire  des  communes 
de  Willel,  Libros  et  Riodeva,  dans  la  pro- 
vince de  Feruel  (Aragon),  une  couche  régu- 
lière de  marne  g}[pseuse  imprégnée  de  sou- 
fre, dont  la  partie  inférieure  contient  une  im- 
mense quantité  de  restes  organiques,  surtout 
des  PlanorbeSy  quelques  lymnées,  etc.,  avec 
leurs  moules  intérieurs  formés  par  le  soufre. 
Très-souvent  leur  test  se  trouve  parfaitement 
conservé.    La    partie  supérieure   contient 
aussi  de  nombreux  fossiles,  mais  ils  sont 
presque  entièrement  confondus  dans  la  ro- 
che mélangée  de  soufre  et  de  marne  bitu- 
mineuse, contenant  50  à  70  0/0  de  soufre. 
>   Les  substances  minérales^  beaucoup  plus 
accidentelles  que  les  précédentes,  dans  les 
fossiles,  sont  :  parmi  les  substances  ter« 
reuses,  la  barytine  (sulfate  de  baryte).  K 
existe,  aux  environs  d'Alençon,  un  gisement 
de  fossiles  ainsi  convertis  en  sulfate  de  ba* 
ryte,  consistant  en  polypiers  (a^^rcra)  et  en 
coquilles  bivalves  (lima).  Ces  fossiles  for- 
ment des  masses  disséminées  au  milieu  d'un 
sable  argilo-ferrugineux  qui  contient  quel- 
ques graines  de  feldspath»  sur  le  granit  et 
au-dessous  du  calcaire  oolytique.  M.  Dela- 
noue  a  rencontré,  près  de  Nontron  (Dor- 
dogne),un  calcaire  magnésien  cx>ntenant  des 
béiemnites  dont  la  substance  a  été  remplacée 

f)ar  de  la  barytine.  On  trouve ,  dans  la  même 
ocalité,  des  tellines  et  autres  coquilles  con- 
verties en  cette  substance.  Plusieurs  localités 
en  Angleterre  contiennent  également  des 
fossiles  barytiques. 

On  voit,  dans  certains  endroits  du  Derby- 
shire»  en  Angleterre,,  des  fossiles  à  l'état  de 
fluorine  (chaux  fluatée),  particulièrement 
des  crinoïdes  et  quelquefois  aussi  des  mol- 
lusques testacés. 

Le  gypse  (sulfate  de  chaux  hydratée)  rem- 
plit rareufient  les  fossiles  creux.  Les  osse- 
ments de  vertébrés  qu'on  rencontre  en  abon- 
dance dans  les  gypses  tertiaires  de  la  France 
en  offrent  rarement,  à  Tanalyse»  la  moindre^ 
parcelle.  Toutefois,  on  renconlre  des  cris- 
taux de  gypse  dans  la  cavité  de  certaines 
coquilles. 

La  série  des  substances  minérales  dési- 
gnées, en  général,  sous  le  nom  de  pierres^ 
et  composée  en  grande  pactia  de  siiicates  à 
ba^cs  terreuses  multiples  ne  se  rencontrent 
pas  à  l'état  fossile,,  excepté  Je  quartz  et  ses 
varioles ,  qu'on  fait  rentrer  dans  cette  grande 
classe.  On  cite  néanmoins  des  moules  de 
fossiles  testacés,  à  l'état  de  àornbUndt*  La 
plupart  àespierres  sont  des  substances  essen- 
tiellement cristallines,  et  dont  la  crisialUsa- 
tion  s'est  opérée  par  fusion  ignée  ou  par 


(554)  Bull.  S9C.  féol.,  voL  13,  p.  Uà. 


581 


FOS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE, 


Foa 


S6t 


sublimation.  On  conçoit  que  In  présence  de 
corps  organisés  est  impossible  au  milieu  de 
semblables  agents  ;car9  en  supposant  même 
(]u*r1s  eussent  existé  dans  les  couches  au-* 
jourd*hui  pénétrées  de  ces  sortes  de  subs- 
tances ignées,  la  chaleur,  produite  lors  de 
la  production  de  celles-ci,  les  aurait  infailli- 
blement anéantis. 

Les  substances  métalliques  sont  plus  fré- 
quentes dans  les  fossiles.  Nous  avons  vu  les 
fossiles  à  Tétat  de  sulfure  très-abondants 
dans  certaines  couches.  Les  corps  organisés 
convertis  eu  /imoniïc  (fer  peroxyde  hydraté), 
ne  sont  peut-être  pas  moins  abondants  :  du 
moins  sont-ils  plus  généralement  répandus 
dans  la  série  des  terrains.  Souvent,  les  fos- 
siles à  Tétat  de  limonite  ne  sont  que  des 
épigénies  formées  aux  dépens  de  fossiles 
d  abord  pyriteux  et  dont  le  soufre  aurait 
disparu  pour  faire  place  àToxygène*  D'autres 
fois,  les  corps  organiques  ont  été  convertis 
directement  en  limonite;  c'est  le  cas  des 
fossiles  qu'on  rencontre  en  grand  nombre 
dans  certaines  couches  oolitiques ,  à  la  for- 
mation desquelfes  le  fer  n*a  pas  moins  de 
part  que  le  calcaire  ou  d'autres  substances 
non  métalliques.  La  limonite  se  trouve  ordi- 
nairement a  Tétat  terreux  ou  compacte  ; 
aussi,  est-ce  à  cet  état  que  se  rencontrent  les 
fossiles  convertis  en  cette  substance. 

H  existe  également  des  fossiles  à  Tétat  de 
fer  oligisU  (sexquioxyde  de  fer).  Tout  le 
monde  connaît  ces  coquilles  si  remarquables 
de  cardinia,  de  lima,  de  gastéropodes  et  de 
polypiers,  qu*on  voit  en  immense  quantité 
dans  la  luroachelle  ferrugineuse  de  l'étage 
sinémurien  de  Beau  regard  (Côte-d'Or).  Le 
test  de  ces  fossiles  singuliers  est  complète- 
ment converti  en  fer  olinste  très-cristallin 
et  lamellaire,  de  la  variété  dite  spéculaire. 
(jueiques-uns  sont  simplement  à  Tétat  d*oli- 
giste  rouge  terreux  ;  a  autres  à  Télat  de  li- 
monite. Jamais  Tintérieur  de  ces  bivalves 
ainsi  minéralisées  n'est  rempli  lui-même  par 
le  fer  oligiste  spéculaire. 

Le  fer  vivianile  (fer  phosphaté,  fer  azuré) 
se  rencontre  quelquefois  oans  les  fossiles, 
en  remplissant  la  cavité,  tapissant  cette  ca- 
vité de  cristaux ,  ou  plus  rarement  y  prenant 
la  fdace  du  test  lui-même.  Les  fossiles  con- 
vertis en  vivianitc  nous  offrent ,  comme  nous 
l'avons  déjà  vu  ci-dessus,  un  magnifique 
exemple  d  épigénie  minérale.  Le  phosphate 
de  chaux,  qui  constituait  la  plus  grande  partie 
du  corps  organique  à  Tétat  vivant,  a  fini  par 
perdre  en  lotalité  sa  base  alcaline,  Toxyde  de 
calcium ,  pour  «^attribuer  une  autre  base  mé- 
tallique, 1  oxide  de  fer;  de  là,  formation  du 
phosphate  de  fer.  Ces  sortes  d'épigénies  sont 
|>eutHêtre  plus  fréquentes  qu*on  ne  le  pense; 
seulement,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  la 
transformation  chimique  s'est  faite  de  telle 
sorte  que  la  structure  organique  ou  les  formes 
extérieures  des  fossiles  ont  été  anéanties; 
c'est  alors  surtout  qu*on  a  la  vivianite  pulvé- 
rulente, si  fréquente  dans  certains  terrains 
abondants  en  débris  or^niqucs.U  existe  en 
Oimée  un  dépôt  tertiaire  où  se  trouvent 
ries  coquilles  dont  le  tcct  est  en  partie  con- 


servé avec  5a  substance  »rimitive,  tandis  que 
rinlérieur  est  rempli  ae  cristaux  diverse* 
ment  entre-croisés  de  vivianite  prismatique 
bleu  foncé.  M.  d'Orbigny  possède  de  magni- 
fiques échantillons  ainsi  tapissés  de  cristaux 
de  fer  phosphaté,  qui  lui  ont  été  donnés 
par  M.  Hommaire  de  Hell. 

A  la  Bouiche,  en  Bourgogne,  on  a  trouvé 
des  vertébrés  fossiles  dont  l'intérieur  était 
tapissé  de  cristaux  de  cette  substance.  Le  fer 
phosphaté  bleu  pulvérulent  revêt  quelque- 
ibis,  sous  forme  de  belles  taches  bleues,  la 
surface  de  certaines  coquilles;  tels  sont 
quelques  échantillons  de  Grignon,  près  de 
Versailles.  Dans  ces  sortes  d'épigénies ,  on 
rencontre  encore  quelques  traces  de  matière 
organique:  ainsi  M.  Thompson  a  trouvé, 
dans  un  échantillon  de  vivianite,  2,80  sur 
100  de  cette  matière.  Enfin,  on  rencontre, 
dans  certaines  couches,  des  fragments  d'i- 
voire, des  dents  ou  autres  parties  de  divers 
animaux  pénétrés  de  fer  phosphaté,  qui  leur 
a  donné  une  couleur  bleue.  Cette  couleur 
les  a  fait  comparer  aux  ^tirguot^e^  orienta- 
les, qui  ne  sont  autre  chose  que  des  substan- 
ces pierreuses  colorées  par  de  l'oxyde  de 
cuivre,  et  susceptibles  de  recevoir  un  beau 
poli.  Les  fausses  turquoises  (calaîtes),  qui 
seules  doivent  nous  occuper  ici,  ne  préscn* 
tent  pas  une  transformation  organique  com- 
plète. Le  phosphate  de  fer  y  existe  en  faible 
Juantité,  proportionnellement  au  phosphate 
e  chaux  qiii  subsiste  encore. 
Sidérose  (fer  carbonate).  Cette  espèce  mi- 
nérale n'existe  guère  dans  les  fossiles  qu'à 
l'état  lithoïde  ou  compacte.  Tout  le  monde 
connaît  ces  sortes  de  masses  sphéroïdales 
aplaties  ou  noduleuses,  irréguliêres,  de  fer 
carbonate  dont  la  grosseur  est  variable, 
qu'on  rencontre  quelquefois  en  grand  nom- 
bre dans  certaines  couches  de  l'étase  carbo- 
niférien,  souvent  disposées  sur  des  plans 
parallèles  à  la  stratification.  Ces  masses  ar- 
rondies {sphérosîdérites^  fer  oolitique  des 
houillères)  sont  pleines  et  compactes;  mais 
on  remarque  souvent  qu'elles  se  composent 
de  couches  conoenlriqnes,  et  qu'au  milieu 
se  trouvent,  parfois,  des  corps  organisés, 
des  poissons  fossiles.  Ces  nodules  de  fer  car- 
bonalé  lithoïde  ne  sont  pas  exclusifs  aux 
terrains  houillers.  On  voit  dans  Télage  lia- 
sien  ,  au  milieu  d'argiles  très-fines,  aux  en« 
virons  de  Nancy  (Meurthe),  par  exemple, 
des  nodules  semblables,  contenant  un 
échantillon  d'ammonite,  ou  beaucoup  d'au- 
tres coquilles. 

Le  cuivre  fournit  quelques-unes  de  ses 
espèces  au  remplissage  des  corps  organisés  ; 
la  chalkopyrite  (sulfure  double  de  cuivre  et 
de  fer)  parait  même  avoir,  sous  ce  rapport, 
quelque  fréquence.  C'est  surtout  dans  les 
terrains  triasiques  que  les  émissions  sulfo- 
cuivreuses  (si  telle  est  Torigine  du  cuivre 
qu'on  rencontre  en  certaine  abondance 
^ans  ces  terrains)  paraissent  avoir  exercé 
une  action  plus  marquée.  Les  schistes  bitu- 
mineux de  Mansfeld  contiennent  de  nom- 
breuses empreintes  de  poissons  dont  les 
écailles  5ont  à  l'état  do  cuivre  sulfuré  Berg- 


803 


FOS 


DICTIO.NNAIRE  ÙE  COSMOGONIE 


FOS 


304 


mann  a  cité  une  anomie  complètement  con- 
Tertie  en  cuivre   sulfu-ré,   qui  aurait   été 
trouvée  en  Norwége ,  dans  une  gangue  de 
minerai  de  fer  magnétique  (?).  EnGn ,  on  dit 
qu'il  existe  en  Sibérie  des  végétaux  trans- 
formés en  chalkopyrite.  La  c/ia//:o«//ie  (cui- 
vre sulfuré)  existe  à  Frankenberg  (Hesse) , 
sous  forme  do  petites  masses  ovales  et  apla- 
ties, dont  la  surface  présente  des  espèces 
d*écailles  imbriquées  à  la  manière  des  cônes 
de  pin.  Cotte  configuration  a  fait  penser  à 
quclaues  naturalistes  que  les  tvpes  de  cette 
pseudomorphose  pourraient  liien  être  des 
portions  de  cônes  de  pin  ,  qui  auraient  été 
pénétrées  ou  même  remplacées  par  le  cuivre 
sulfuré.  D'autres  croient  que  ce  sont  les  épis 
d'une  espèce  de  graminée,  le  Phalaris  but^ 
bosa  de  Linné.  Quoi  qu'il  en  soit ,  cette  va- 
riété de  cuivre  sulfuré  <}u*on  a  nommée , 
dans  le  pays,  argent  en  épis,  se  trouve  dans 
des  filons  qui  traversent  le  terrain  primitif, 
et  reposent  sur  une  gangue  argileuse.  Ces 
deux  circonstances  semblent  exclure  Tidée 
que  la  pseudomorphose  ait  été  produite  sur 
une  substance  végétale ,  ou  pour  mieux  dire 
sur  une  substance  organique.  Enfin  on  cite 
des  fossiles  transformés  en  azurite   et  en 
malachite,  entre   autres  des  végétaux  en 
Sibérie. 

Le  plomb  est  représenté,  dans  les  fossiles, 
par  la  galène  (plomb  sulfuré).  Il  existe  aux 
environs  de  Seraur  (Côte-d'Or)  des  huîtres 
complètement  transformées  en  cette  subs- 
tance; mais,  le  plus  souvent,  elle  a  été 
trouvée  seulement  en  cristaux  disséminés 
dans  des  végétaux.  On  cite  également  une 
belle  impression  de  feuille  découverte  sur 
dn  plomib  sulfuré,  dans  les  houillères  de 
Zwickau. 

Il  existe,  dans  certains  districts  du  Missis- 
sipi  supérieur,  riches  en  gisements  de 
plomb,  des  calcaires  dont  les  fossiles  sont 
remplis  de  galène. 

Le  mercure  cinabre  (mercure  sulfuré), 
plus  ou  moins  mélangé  de  substances  im- 
pures, remplit  quelquefois  les  cavités  de 
coquilles  de  mollusques  ;  rarement  il  rem- 
place la  substance  môme  de  leur  test.  Le 
mercure  sulfuré  appartient  aux  terrains  pa- 
lâeozoïques,  les  roches  qui  le  renferment  en 
p!us  grande  abondance  sont  le  grès  houiller 
proprement  dit,  le  grès  quartzeux,  les 
schistes  bitumineux  et  les  argiles  endurcies 
subordonnées  au  calcaire  qui  recouvre  la 
première  de  ces  roches.  Presque  toujours , 
dans  ce  dernier  gisement,  le  mercure  sul- 
furé est  accompagné  de  débris  de  corps  or- 
ganisés, tels  qu'empreintes  de  poissons,  co- 
Suilles  fossiles,  bois  silicifié,  petits  amas 
e  houille  et  d*anthracite. 

Le  zinc  présente  deux  espèces  principales 
ayant  quelque  abondance  dans  la  nature  :  la 
calamine  (ziuc  silicate)  et  la  blende  (zinc  sul- 
furé). La  calamine,  dans  beaucoup  de  pays, 
existe  en  véritablss  couches  étenaues;  on  a 
cru  reconnaître,  dans  ces  couches  ou  dans 
les  dépôts  qui  leur  étaient  immédiatement 
liuperposés  des  échantillons  de  cette  subs- 
Ittitce  leuipUs^ant  des  coi  aux  ou  des  coquil- 


les. Bergman»  assure  aussi  avoir  tu  de  la 
blende  sous  forme  de  coraux.  Ces  deux  faits, 
ou  du  moins  le  dernier,  sont  sujets  à  cou- 
troverse. 

Il  nous  resterait ,  pour  terminer  la  liste 
des  substances  minérales  rencontrées  jus- 
qu'à ce  jour  dans  les  fossiles,  à  parler  de 
certaines  substances  charbonneuses  qui  rem* 

}>lacent  quelquefois  les  corps  organisés  en- 
buis  dans  les  couches.  Telles  sont,  en  par- 
ticulier, les  substances  bitumineuses;  mais, 
comme,  dans  ce  cas,  la  matière  de  remplis- 
sage provient  de  la  décomposion  même  des 
principes  charbonneux  dont  le  corps  de  l'a- 
nimal était  en  partie  formé  à  l'état  vivant, 
nous  en  parlerons,  plus  tard»  en  traitant  du 
processus  ou  procédé  de  la  fossilisation. 

S  III. 
Processus  de  fossilisation, 

La  fossilisation^  ou  pour  mieux  dire,  le 
processus  de  la  fossilisation  est  une  sorte  d(^ 
phénomène  par  lequel  un  corps  organisé 
perd  plus  ou  moins  de  sa  jiature  primitive 
et  normale  pour  se  convertir  en  une  subs- 
tance nouvelle  qui,  sous  la  forme  du  corps 
organisé  lui-même,  présente  des  carai*tères 
de  romposition  chimique  ou  de  structure 
plus  ou  moins  différente  du  corps  origiuiire. 
On  distingue  plusieurs  modes  de  fossilisa- 
tion.  On  connaît  plusieurs  procédés  de  fos- 
silisation. 

Fossilisation  par  altération  ou  mieux  pat 
ablation  simple.  Le  corps  organique  perd 
une  partie  de  ses  éléments  premiers,  et  en 
général,  d'abord  sa  matière  animale  plus 
vite  décomposable  et  volatile.  C'est  le  cas  de 
la  plupart  des  fossiles  récents  des  cavernes, 
des  coquilles  contemporaines,  etc.  Ce  mode 
de  fossilisation  semble  être  le  premier  pas- 
sage par  lequel  le  corps  organïsé,  qui  doit 
devenir  plus  complètement  fossile,  com- 
mence ses  phases  de  transformation. 

Fossilisation  par  incrustation^  à  la  sur- 
face. C'est  une  sorte  de  procédé  mécanique 
dont  reflfet  est  de  recouvrir,  d'envelopper» 
et  même,  jusqu'à  un  certain  point,  de  péné- 
trer un  corps  par  une  substance  nainerale, 
3ui  vient  se  montrer  à  sa  surface,  comme 
es  cristaux  d'un  sel  se  groupant  autour 
d'un  fil  qu'on  suspend  dans  une  dissolution 
saturée.  Après  cette  incrustation,  le  v^rps 
intérieur  [)eut  avoir  disparu  par  une  cause 
quelconque,  ou  bien  avoir  échappé  à  la  de^- 
truction  et  subsister  avec  toutes  ses  formes 
et  sa  nature  première.  Le  corps  intérieur, 
totalement  détruit,  a  laissé  après  lui  un  vide 
qui  représente  sa  configuration  extérieure 
ou  intérieure  et  un  nouveau  mode  de  fosM- 
lisation  s'ajoute  alors  au  premier,  celui  de 
la  pénétration^  que  nous  aurons  occasion 
d'expliquer  tout  à  l'heure.  Les  substance* 
minérales  inscrusiantes  sont  principalement 
le  carbonate  de  chaux  et  la  silice.  On  sait 
crue  le  carbonate  de  chaux  est  soluble  dans 
1  eau  ordinaire,  à  la  faveur  d'un  excès  d'a- 
cide carbonique.  Toutes  les  eaux  contien- 
nent de  i  acide  carbonique  ;  il  en  est  mèoie 


FOS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


56» 


((ui  en  ooDliennent  plusieurs  fuis  lecr  vo* 
lame:  mais,  à  l'air  et  à  la  tein|«érature  ordi- 
naire, Texcès  cFacide,  en  vertu  de  sa  force 
éiftstiqne,  ne  tarde  pas  à  reprendre  l'état  de 
gaz,  ce  qui  explique  très4»ien  comment  les 
eaai  acidulées  on  gazeuses  forment  des  in- 
crustations sur  les  corps  qu'elles  baignent. 
Telles  sont,  par  exemple,  les  eaux  de-  Saint- 
Philippe  en  Toscane*  de  la  fontaine  de  Saint- 
AlljTe«  près  de  Clermont.  Lorsque  Tincrus- 
latTon  est  longtemps  prolongée,  elle  ne  tarde 
pas  à  se  communiquer,  de  proche  en  proche, 
dans  rintérieur  de  la  masse  du  corps  in- 
crusté; et,  alors,  au  premier  phénomène 
Tient  s*aiouter  celui  de  la  pénétration.  Peu 
de  fossiles  sont  simplement  à  l'état  d'tn- 
cruMtaiion. 

On  a  encore  Quelques  antres  exemples  de 
substances  minérales  incrustantes,  comme 
les  sulfures  de  fer  ou  de  cuivre,  la  limonite, 
etc.,  mais  ces  cas  sont  beaucoup  plus  rares. 
On  cite  toutefois  de  fort  beaux  exemples  de 
concrétions  pyriteuses  dans  certains  terrains 
(les  argiles  de  Dires,  Tar^le  plastique  ter- 
tiaire, etc.).  Sans  ce  dernier  étage,  les  corps 
organisés,  enveloppés  de  la  croûte  py^riteuse, 
sont  altérés^  mais  non  pas  complètement 
remplacés.  Cette  croûte  elle-même  est  essen- 
tiellement tuberculeuse,  mamelonnée,  ce 
qui  ne  permet  aucun  doute  sur  son  mode  de 
formation. 

Fossiiisaiion  par  introduction  mécanique 
grossière.  Ce  mode  de  fossilisation  se  rap- 
fiorte  principalement  aux  corps  organiques 
dont  1  enveloppe,  osseuse,  cornée  ou  testa- 
rée,  présente  une  cavité  plus  ou  moins  close, 
munie  toutefois  d'ouvertures  qui  permet- 
tent une  entrée  facile  aux  matières  des  sédi- 
ments environnants.  On  rencontre  ce  mode 
lie  fossilisation  dfos  la  plupart  des  mollus- 
ques fossiles  dc.it  le  test  circonscrivait  une 
cavité  intérieure  fins  ou  moins  complète  où 
pouvait  s'opérer  très-l  ibrement  Fin troduction  • 
méeaniqne  des  substances  minérales  envi- 
ronnantes. Le  test,  dans  ces  coros,  est  assez 
résistant;  les  substances  minérales  intro- 
duites pouvaient  en  prendre  facilement  la 
fonney  en  donnant  dinsi  naissance  à  ces  sor- 
tes de  novaux  de  remplissage  que  nous  avons 
appelés  des  moules  intérieurs.  — Voy.  Moule. 
—  Le  test  ainsi  enveloppé  à  l'extérieur,  rem- 
pli à  l'intérieur,  perd  msensiblement,  sous 
riiiflaence  de  certaines  circonstances  envi- 
ronnantes, une  partie  de  ses  éléments  cons- 
tituants. Ces  casse  présentent  fréquemment; 
mais  en  général  le  test  a  acquis  de  nouveaux 
I»rincipes  empruntés  à  la  couche  elle-même 
qui  Tenveloppe. 

Fossilisation  par  pénétration  moléculaire^ 
oo  en  quelque  sorte  par  introduction  plus 
intime  de  matières  beaucoup  plus  ténues. 
\j3L  pénétration  est  une  sorte  de  (iltralion 
des  matières  solides  au  travers  de  la  masse 
'rganique.  Elle  accompagne  souvent  lesin- 
«.mstations  chez  lesquelles  il  est  rare  que 
\^  matière  incrustante  s'en  tienne  à  la  sur- 
face extérieure.  Peu  de  fossiles  ont  échappé 
à  son  influence:  car, dans  tout  liquide  chargé 
«le    sédiments ,  les    parties    sédimentaires 


peuvent  se  trouver  à  un  état  d'extrême 
division ,  voisine  ,  pour  ainsi  dire  ,  de 
l'état  de  dissolution.  Un  sédiment  très-Gn 
n'aura  pas  de  peine  à  pénétrer  des  substan- 
ces déjà  altérées,  et  chez  lesquelles  le  dé- 
placement des  premiers  éléments  qu'aura 
entraîné  la  décomposition,  aura  laissé,  par 
là  même,  de  nombreux  vides  îutermolé- 
culaires.  Toutefois,  la  matière  animale  peut 
être  pénétrée  de  substances  minérales  sans 
rien  perdre,  pour  ainsi  dire,  de  sqs  élé- 
ments organiques:  ce  qui  distingue  ce  pro- 
cédé d'un  autre,  celui  de  la  substitution^ 
oit  la  perte  des  éléments  est  plus  ou  moins 
complète.  Enfin,  pour  bien  distinguer  la  pé- 
nétration de  l'introduction,  il  nous  suffira 
d^ajouter  que  celle-ci  a  lieu  dans  les  cavi- 
tés qui  lui  sont  offertes,  tandis  une  celle-là 
se  fait  au  travers  des  parois  elles-mêmes 
de  ces  cavités,  ou  encore  au  travers  des 
corps  pleins  dans  toute  leur  masse.  Un  seul 
exemple  fera  comprendre  cette  distinction. 
On  rencontre  souvent  des  ammonites  dont 
la  dernière  loge,  celle  qui  est  immédiate- 
ment en  rapport  avec  le  milieu  environnant, 
se  trouve  remplie  par  des  cassures,  de  la 
pAte  plus  ou  moins  grossière  qui  forme  la 
couche  oii  elles  ont  été  déposées,  tandis 
que  les  autres  loges  sont  remplies  d'une 
pAte  fine  ou  même  seulement  tapissées  de 
cristaux.  La  substance  minérale  qui  rem- 
plit cette  dernière  loge  est  ici  une  substance 
introduite;  celle  qui  remplit  les  loges  sub- 
séquentes, et  qui  est  souvent  d'autant  plus 
fine  que  les  loges  sont  plus  éloignées  de 
la  première,  ainsi  que  les  cristaux  eux-mê- 
mes, a  pénétré,  au  contraire,  à  travers  la 
coquille  du  cépbalopo<le.  « 

Fossilisation  par  substitution  :  un  élément 
étranger  pénètre  dans  la  substance  organi- 
que, pour  y  remplacer  mécaniquement  un 
ou  plusieurs  éléments,  ou  même  pour  y 
remplacer  le  corps  total.  Ce  cas  est  assez 
rare,  car,  dans  la  plupart  des  corps  organi- 
sés qui  paraissent  au  premier  aspect  com- 
plètement remplacés,  on  rencontre  encore 
des  indices  de  matière  animale;  tels  sonli 
par  exemple,  des  lérébratuies  etdes  productus 
des  roches  siluriennes  de  Malvern,  qui  ont 
laissé  pour  résidu  de  légers  flocons  de  ma* 
tière  animale  ressemblant  à  la  membrane 
fraîche  d'une  coquille- 

Onsaitaussiqucdans  les  boissilicifiés,  qui 
qui  offrent  l'un  des  meilleurs  exemples  de 
minéralisation  connus,  la  matière  végétale 
existe  encore,  suivant  les  expériences  de 
Parkinson. 

Les  coquilles  remplacées  par  le  fer  oli- 
giste  de  Semur fournissent  peut-être  le  plus 
bel   exemple  de  substitution  totale. 

Fossilisation  par  conversion  chimique.  Ici 
le  procédé  n'est  plus  mécanique,  comme 
dans  la  plupart  des  cas  précédents.  Des  lois 
secrètes,  que  nous  ne  connaissons  encore 
que  par  leur  effet,  président  à  ce  nouveau 
mode  de  fossilisation.  Tantôt  la  conversion 
chimique  s'exerce  sur  les  éléments  organi- 
ques eux-mêmes  qui  constituent  le  corp,< 
soumis   à  cette  sorte  de  couyersion.    Ca. 


567 


FOS 


DICTION^NÂUŒ  DE  COSMOGONIE 


FOS 


5<>g 


éléments  entrent  alors  dans  de  nouvelles 
combinaisons  donnant  lieu  h  des  corps  com- 
posés nouveaux  qui  ronservent  toutefois 
leur  forme  première;  telle  serait,  par  exem- 

file  la  conversion  de  certains  animaux  en 
ûtume.  Parfois  d'autres  éléments  extérieurs 
arrivent  pour  se  combiner  aux  éléments 
existant  déjà  ;  enfin,  laniôt  la  conversion 
chimique  est  partielle,  tantôt  elle  est  com- 
plète. 

Fossilisation  par  transformation  de  la 
structure  intérieure.  C\»st  un  simple  acci- 
dent de  cristallisation  par  leqiïel  les  mo- 
lécules ont  pris  un  nouvel  arrangement  et 
se  sont  groupées  entre  elfes,  suivant  des  faces 
ou  dans  des  directions  électives,  propres  à 
chaque  espèce  minérale;  accident  fréquent 
à  réiat  fossile.  Le  carbonate  de  chaux^  qui 
constitue  en  çranrie  partie  le  test  des  co- 
quilles, et  qui  présente  généralement  une 
structure  compacte,  rarement  fibreuse,  à 
l'état  vivant,  acquiert  ainsi  dans  les  fossiles, 
une  structure  lamellaire,  souvent  même  .spa- 
thîquo,  et  quelquefois  nettement  fibreuse  > 
chez  certaines  espèces.  Souvent  les  subs- 
tances organiques  solides,  en  passant  à  l'é- 
tat fossile,  au  lieu  de  perdre  complète- 
ment leur  structure  organique  première, 
changent  seulement  quelrrues-unes  de  leurs 
propriétés  physiques.   Tel  corps,  d'opaque 

Su'il  était  (des  astartés  de  1  étage  oxfor- 
iea)  devient  translucide  ou  même  transpa- 
rent; tel  autre  est  plus  cassant^  tel  autre 
plus  léjçer,  et  ainsi  de  suite. 

Après  avoir  décrit  les  divers  modes  de 
fossilisation,  il  nous  sera  facile  d'expliquer 
te  processus  lui-même  de  la  fossilisation. 
Dans  tous  les  cas  précédemment  supposés, 
la  fossilisation  n'a  pu  se  faire  que  par  Vun 
des  trois  procédés  suivants,  et  quefquefois 
par  deux  ou  les  trois  réunis  :  par  voie  mé^ 
canique,  par  voie  galvaniquey  par  voie  élec^ 
tro^himtqu^s. 

Si,  de  nouveau,  nous  passons  en  revue 
ces  divers  modes  de  fossilisation  qui  va- 
rient pour  chatjue  fossile,  suivant  l'espèce, 
suivant  le  milieu  environnant  et  suivant 
les  substances  minérales  qui  ont  fourni  à 
leur  transformation  ;  si  nous  cherchons  les 
causes  qui  ont  amené  leur  changement,  ce 
phénomène  si  simple  en  apparence  nous 
apparaîtra  plus  complexe,  car  à  ce  phéno- 
mène se  rattache,  pour  ainsi  dire  toute  l'his- 
toire de  la  formation  et  des  transformations 
des  cmiches  solides. 

Lorsque  les  corps  organisés  simplement 
livrés  à  eux-mêmes  sont  exposés  à  Faction 
des  a;jçnts  extérieurs  et  à  Finfluence  directe 
de  Fàir  atmosphérique  après  leur  mort  ,  la 
décomposition  en  est  complète.  La  simple 
altération  des  corps  fossiles  est  donc  un 
phénomène  naturel  essentiellement  lié  aux 
lois  de  décompos  tion  cpii  régissent  l'ensem- 
ble du  règne  organique.  Lorsqu'en  effet  les 
matières  animales  ou  végétales  humides  sont 
abanionnéesàellos-mèmesà  la  température 
ambiante ,  bientôt  l^urs  principes  se  sépa- 
rent. Les  uns  se  combinent  dans  un  autre 
ôrdi^,  et  donnent  lieu  à  bcau?ou;>  de  pro- 


its,  parmi  lesauels  on  compte  l'eau,  le 
c  carbonique,  I acide  acétique,  l'ammo» 


duits 
gaz 

niaquc ,  l'hydrogène  carbonné,  etc.;  les 
autres,  qui  se  dégagent,  sont  formés  avec 
ccux-ri  et  emportent  eux-mêmes  une  por- 
tion delà  matière  à  demi  décomposée. Quand 
la  matière  organique  a  le  contact  de  Tair 
libre,. elle  fmit  par  se  dissiper  ainsi  tout 
entière  ;  mais,  lorsqu'elle  est  enfouie  dans  la 
terre  immergée,  ou  enveloppée  dans  les  sédi- 
ments sous-marins,  quelques-uns  de  ces 
éléments  subsistent  encore  dans  ces  milieux 
après  la  décomposition,  et  c'est  sans  doute  à 
la  présence  des  substances  animales,  désa- 
grégées et  disséminées  après  leur  décompo- 
sition, çu'il  faut   attribuer  Fodeur  féline , 
tantôt  bitumeuse,  tantôt  alliacée,  tantôt  amo- 
niacale ,    etc. ,    que    répandent    certaines 
roches ,  lorsqu'on   les  casse  ou  qu'on  les 
frotte,  les  calcaires  noirs,  carbonifères,  par 
exemple ,  et  en  général  les  roches  compo- 
sées d'une  grande  quantité  de  débris  orga- 
niques. 

Enfin,  lorsque  la  matière  animale»  outre  les 
parties  charnues,  vasculo-cellulaire,  molle, 
etc. ,  contient  des  parties  solides  salines,  à 
bases  terreuses  ou  alcalines ,  celles-ci  sont 
les  dernières  à  subir  une  décomposition 
totale.  Elles  perdent  d'abord  leurs  principes 
volatils  ;  tels  que  ceux  que  nous  avons  énu- 
mérés  ci -dessus.  Leurs  autres  principes  plus 
fixes  finiront  bien  à  la  longue  par  disparaî- 
tre eux-mêmes,  mais  ils  résistent  longtemps. 
Lorsqu'après  leur  première  altération  par 
la  perte  de  quelques-uns  de  leurs  éléments» 
les  os  fossiles  sont  plus  poreux,  plus  légers, 

Elus  cassants,  et  que  les  sédiments  viennent 
les  envelopper,  ils  offrent  tous  les  élé^ 
ments  nécessaires  à  une  conservation  com- 
plète. N'oublions  pas  qu'au  nombre  des 
principes  constituants  qui  résistent  le  plus 
longtemps  à  la  décomposition  dans  les  ani- 
maux ,  il  faut  citer  principalement  les 
phosphates  et  carbonates  de  chaux,  le  phos* 
phate  de  magnésie,  des  traces  d*alumine,de 
silice ,  d'oxyde  de  fer,  etc.,  principes  que 
nous  avons  rencontrés  dans  les  os  des  verté- 
brés ,  et  dans  les  enveloppes  cornées  ou  tei- 
(acées  des  animaux  appartenant  aux  autri$ 
grandes  classes  du  règne  animal. 

L'introduction,  comme  la  pénétration, sont 
des  procédés  de  fossilisation  faciles  à  com- 
prendre. Nous  ne  nous  y  arrêterons  pas  plus 
longtemps.  Nous  ajouterons  seulement  ici 
que  l'altération  par  décomposition  putride 
ou  par  soustraction  simple ,  prépare  généra- 
lement les  fossiles  à  la  pénétration,  et  que 
celle-ci  sera,  dans  tous  les  cas,  d'autant 
plus  prompte  et  plus  facile  que  le  corps  lui- 
même  sera  [>Ius  poreux  et  conséquemment 
plus  perméable,  Il  est  même  assez  difficile 
de  concevoir  qu'un  corps,  une  coquille  de 
mollusque  par  exemple,  puisse  être  péné- 
tré de  substances  étrangères,  s'il  n*a  pas 
préalablement  perdu  quelques-uns  desprin- 
cij>es  qu'il  contenait  à  l'état  vivant. 

La  substitution  dans  les  fossiles  n*a  de 
mécanique  que  le  transport  des  molécules 
substituées;  mais  les  forces  qui  président  à 


S6f 


OS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


£70 


ce  transport  sont  compliquées  et  difficiles  à 
saisir.  Nous  croyons  que  rélcctrieité  de 
contact  et  Pélectricité  pnr  inOuence  jouent 
ici  un  grand  rôle,  pour  déterminer  le 
départ  premier  des  molécules  qui  Tont  s'u* 
nir  à  la  substance  organique  »  pour  en 
déplacer  des  substances  déjà  existantes  et  y 
former  quelquefois  de  nouTclles  combinai- 
sons.  A  ce  moment  commence  l'affinité  chi* 
miqne,  et  les  deux  forces  réunies  (peut-èlre 
n*est-ce  qu'une  seule  et  même  force  accusée 

Car  des  résultats  un  peu  differenls)  contrit 
uent  à  former  lentement  les  modifications 
qu*ici  nous  avons  désignées  sous  le  nom  de 
substitutions.  Le  galvanisme  etTélectro-cbi- 
mie  ont  été  encore  bien  peu  étudiés  sous 
le  rapport  de  leur  influence  dans  les  phéno- 
mènes naturels,  mais  les  savantes  expérien- 
ces de  M.  Becquerel  à  ce  sujet  ont  déjà  fait 
faire  un  grand  pas  à  la  science ,  et  nous 
voyons  du  moins  clairement ,  dès  aujour- 
dliai  y  ce  qui  nous  reste  à  faire  pour  com- 
pléter nos  documents  sur  ce  sujet.  L'attrac* 
tif>n  électriçiue  jointe  aux  affinités  chimiques 
nous  fournit  d'excellents  moyens  pour  expli- 
quer la  substitution  dans  les  fossiles ,  et  ces 
forces  cachées  sont,  sans  doute,  plus  gêné* 
raJes  qu*on  ne  Ta  cru  jusqu'à  présent. 

Dans  les  substitutions  électro-chimiques, 
le  corps  organisé  re|)résenle  probablement , 
par  rapport  au  milieu  ambiant,  Tun  des 
pôles  d  une  pile  voltaïque  dont  le  milieu 
Serait  le  pôle  Apposé  positif  ou  négatif;  fait 
d^autant  plus  vrai  qu  un  grand  nombre  de 
substances  minéralesqui  entrent  dans  la  com- 
position des  fossiles  pétrifiés  sont  insolu- 
oles  par  les  moyens  connus  ;  que  leur  trans- 
port n'a  pu,  par  conséquent,  se  faire  parun 
mojen  simplement  mécanique  ou  chimique 
et  que  la  substance  elle-même  du  fossile  est 
souTent  totalement  différente  de  celle  des 
couches  environnantes.  On  dit,  dans  ces 
e&^là,  que  le  corps  organisé  a  servi  de 
point  de  départ  à  la  matière  minérale  tenue 
en  dissolution  ou  en  suspension  qui  est 
Tenue  se  grouper  autour  d'un  centre  ou  d'un 
axe,  comme  des  cristaux  d'alun,  par  exem- 
ple, on  de  sulfate  ferrique  autour  des  corps 
étrangers  qu'on  introduit  quelque-fois  dans 
leurs  dissolutions,  pour  les  faire  cristalli- 
ser; or  qu'est-ce  que  ce  point  de  départ  ou 
cette  sorte  d'attraction  moléculaire,  sinon 
une  dépendance  des  effets  électroK^himi- 
qccs  T 

Sous  rencontrons  à  chaque  pasT  dans  les 
roaches  fossilifères,  des  exemples  remarqua- 
bles de  ces  sortes  de  phénomènes,  postérieu- 
rement à  leur  dépôt,  ou  même  se  continuant 
encore  de  nos  jours.  H  n'y  a  rien  en  cela 
d^étonnant.  La  diversité  i\es  éléments  dont 
se  composent  les  roche?,  la  nature  des  fos- 
siles à  l'état  vivant,  qui  diffère  totalement  de 
celle  de  ces  roches  elles-mêmes,  le  degré 
plus  on  moi  us   grand  d'humidité  qu'elles 
renferment,  deviennent  en  certaines  circons- 
tances, les  éléments  d'autant  de  piles  qui 
donnent  lieu  à  des  courants  électriques  puis- 
sants, quoique  imperceptibles.  Tiran»!  nom- 
bre d*oolitbes  ont  été  ainsi   formi»s  :    les 


sphérosidcrites,  lea  incrustations  pyriteuses, 
les  silex  noduleux  enveloppant  des  cpri^s 
organisés,  etc.,  sont  dans  le  même  cas.  On 
sait  que  la  plupart  des  grains  oolithiques 
contiennent  à  leur  centre  un^rain  de  sable, 
ou  un  petit  corps  organisé  qui  a  servi  pro- 
bablement de  centre  d  attraction  à  la  matière 
oolithique.  Autour  de  ce  centre  se  sont 
groupées  plusieurs  couches  concentriques 
successives  de  cette  matière.  Les  oolilhes 
calcaires  et  les  oolithes  ferrugineux  sont 
dans  le  même  cas.  Les  rognons  sphéroidaux 
plus  ou  moins  réguliers  de  fer  rarl)onaté  li- 
tho'ide  qu'on  rencontre  dans  les  terrains 
bouillers  (ainsi  nommés  fer  oolithique  des 
houillères),  ont  une  origine  analogue.  Ces 
sphéroïdes  sont  pleins  et  compactes,  mais  on 
remarque  qu'ils  se  composent  d'une  croûte 
formée  par  la  réunion  de  plusieurs  couches 
enveloppantes  qui  se  séparent  on  calottes 
creuses.  Ordinairement  riniérieur  en  est 
rempli  de  cristaux  de  quartz  de  chaux  car- 
lionatée  ;  plus  souvent,  il  contient  des  corps 
organisés. 

Nous  avons  {uirlé  de  l'origine  des  rognons 
de  silex  qu'on  rencontre  abondammentdans 
divers  terrains,  comme  les  silex  pyroma- 
ques  de  la  craie,  etc.  Ce  sujet  a  fixé  long- 
temps] attention  desçéolo^es,  et  plusieurs 
opinions  plus  ou  moins  différentes  ont  été 
émises  sur  leur  mode  de  formation.  Nous 
ne  voyons  là  qu'un  phénomène  purement 
électriaue  dont  les  forces  umllipHées  ont 
agi,  à  i  époque  de  la  formation  des  couches 
e(  postérieurement  à  leur  dépôt. 

Un  autre  phénomène  non  moins  général 
et  non  moins  puissant  que  les  forces  eiectro- 
chimiques,  le  galvanisme  et  réiectricité 
simple,  a  dû  présider  an  remplissage  des 
fossiles:  c'est  l'électro-magnétisme.  Le  phé^ 
nomène  de  la  substitution,  des  incrustations 
et,  en  partie,  de  la  conversion  chimique, 
que  nous  avons  vu  emprunter  à  l'électro-» 
chimie  des  forces  dont  les  résultats  sont 
pour  nous  irrécusables,  est  aussi,  dans 
quelques  cas,  étroitement  lié  arec  Télectro* 
magnétisme  ;  mais,  c'est  surtout  à  cette  der*-^ 
nière  série  d'agents  souterrains  qu'il  faut 
rapporter  la  transformation  cristalline  et  les 
accidents  divers  de  cristallisation  qu*on  ren**^ 
contre  si  fréquemment  dans  les  fossiles ,  et 
surtout  dans  les  fossiles  des  anciens  étages*. 
On  sait  combien  sont  décisivesles  expérien-^ 
ces  faites,  depuis  quelques  années,  en  An- 
gleterre, sur  la  puissance,  la  direction ,  la 
nature  des  courants  magnétiques  dans  l'in* 
térieur  des  roches,  et  sur  les  effets  produits 
par  de  tels  courants.  Ces  courants  ont  une 
action  directe  sur  la  formation  des  minéraux 
et  sur  la  transformation  moléculaire  des 
roches  qu'iis  traversent.  PcutHêlre  ces  sortes 
d'effets  s'expliquent-ils  par  la  filtration  au 
travers  des  masses  minérales  d'eau  chargée 
principalement  de  dissolutions  métalliques. 
Les  minéraux  se  déposeraient,  ainsi  suivant 
leurs  conditions  électriques,  et  la  direction 
des  dépôts  serait  influencée  par  celle  du  œé* 
ridien  magnétique.  On  sait  aussi  que  cette 
direction  a  une  tendant  e  générale  de  l'est  à 


S7l 


FOS 


D1CT10NNAIUE  DE  COSHOGONIË 


FOS 


m 


Toaest,  du  nord-est  aa  sud-ouest.  On  con- 
naît, du  r'îst^,  les  travaux  de  M.  Becquerel 
à  ce  sujet  ;  ils  sont  antérieurs  à  tous  les 
autres  dans  le  même  (^cnre.  Les  forces  élec- 
tro-magnétiques paraissent  agir  avec  plus 
d'intensité  dans  Jes  terrains  les  plus  an- 
ciens; leur  action  dans  ces  terrains  asit 
sans  doute  encore  de  nos  jours  autant  qu'elle 
a  agi  aux  époques  anciennes.  Là  ,  sont  les 
plus  nombreux  filons ,  veines  ou  masses 
minérales  et  principalement  métalliques. 
Les  roches  sédimentaires  ont  rarement  con- 
servé, dans  ces  terrains,  leur  texture  pre- 
mière, grossière,  compacte,  terreuse;  elles 
V  sont  devenues  plus  ou  moins  cristallines, 
lamellaires;  leur  couleur  a  changé,  et  les 
fossiles  qu'elles  contiennent  ont  générale- 
ment [lassé  à  un  état  cristallin,  qui  contraste 
môme,  dans  nombre  de  cas,  avec  la  texture 
moins  cristalline  des  roches  elles-mêmes 
qui  les  contiennent.  Tels  sont,  par  exemple, 
les  marbres  bélemni  tifères  de  la  Tarentaise,  et 
les  calcaires  coralliens  des  environs  de  La 
Rochelle. 

Les  corps  organisés  qui  se  détachent  ainsi 
nettement  de  Ta  masse,  étaient  probable- 
ment déjà  fossiles  quand  a  commencé  sur 
eux  Taction  électro-magnétique;  elle  n'a 
fait  ainsi  que  transformer  leur  structure 
ittiéneure,  sans  ajouter  de  nouveaux  élé- 
ments à  la  pétri lication.  C'est  aussi  aux 
forces  incessantes  de  l'électro-magnétisme 
souterrain,  qu'il  faut  rapporter  ces  filons 
qu'on  voit  quelquefois  sillonner,  dans  tous 
les  sens,  la  plupart  des  fossiles  de  certaines 
localités.  Nous  possédons  de  nombreux 
échantillons  ainsi  traversés  de  i)etits  filons, 
provenant  des  étages  carboniférien,  liasien, 
albien,  etc.,  etc.  Ce  singulier  phénomène 
s'observe  surtout  d'une  manière  remar- 
cfuable  à  Mont-de-Lans  (Isère),  sur  des 
échantillons  de  bélemnitcs.  Tantôt  le  filon 
participe  de  la  nature  môme  de  la  substance 
minérale  qui  remplit  le  fossile;  tantôt  ces 
liions  sont  de  nature  différente,  le  plus  sou- 
T6nt  quartzeux  ou  métalliques.  Ces  faits 
sont  au  plus  haut  point  dignes  de  notre  at- 
tention, et  nous  expliquent  combien  de  forces 
83crètes,  que  nous  ne  connaissons  pas  assez, 
parce  que  nous  n'en  faisons  pas  l'objet  d'ob- 
servations directes,  agissent  incessamment 
dans  les  couches  souterraines  et  peuvent 
très  bien  nous  expliquer  la  plupart  des 
transformations  qu  ont  subies  les  roches,  et 
que  nous  avons  trop  de  tendance  à  attribuer 
à  des  actions  générales  de  métamorphisme 
direct  par  l'action  immédiate  de  la  chaleur 
de  contact.  Le  métamorphisme  à  de  grandes 
distances  est  certes  inadmissible.  Les  forces 
électro-chimiques  ou  ma-çnéli(jues  sont  uni- 
versellement rt'pnndues  dans  les  masses,  et 
donnent  une  meilleure  idée  des  effets  pro- 
duits à  de  grandes  distances,  et  sur  de  larges 
étendues. 

Le  mode  de  transport  des  molécules  miné- 
rales dans  les  fossiles,  ou  le  groupement  de 
celles-ci,  dans  telles  ou  telles  circonstances 
particulières,  au  moyen  de  courants  élc;> 
tri<iucs   souterrain-,  olfre  que'«iucfoi5  des 


accidents  dignes  d'intérêt,  et  qui  nous  don- 
nent une  juste  idée  de  la  force  de  ces  cou- 
rants.   Tantôt    l'enveloppe   testacée  qu'on 
rencontre  à  l'état  fossile,  demeure  avec  la 
même  composition  et  la  même  nature  que 
les  couches  environnantes,  Tintérieur  ou  la 
cavité  se  tapissant  de  cristaux  à  formes  très- 
nettes  ;  tantôt  cette  enveloppe  testacée  elle- 
même  est  de  nature  plus  ou  moins  différente 
de  celle  de  la  couche  environnante,  tandis 
que  sa  cavité  est  remplie  par  la  matière  de 
la  couche  elle-même;  tantôt  la  cristallisation 
a  paru  soumise  à  certaines  lois  symétriques, 
toujours  les  mêmes  pour  la  même  espèce 
(les  échinodermes).  Les  fossiles  présentent 
unecristall  isationa'autantplus  nette,  aueleur 
cavité  a  été  moins  remplie  par  la  substance 
minérale  qui  a  pénétré  dans  leur  intérieur. 
Lorsqu'il  existe  un  vide  dans  la  cavité  du 
fossile,  la  filtration  des  substances  minérales 
solubles  au  travers  du  test  est  plus  facile,  et 
la  dissolution,  une  fois  introduite,  trouvant 
l'espace  libre  au  groupement  moléculaire  des 
substances  qu'elle  dépose,  donne  lieu,  sous 
l'influence  cle  l'électricité,  à  une  multitude 
de  petits  cristaux  qui  tapissent  l'intérieur  de 
la  cavité,  en  affectant  les  formes  propres  àcha- 
que  substance.  Souvent  la  nature  de  ces  cris- 
taux est  difTérentedecelIe  de  l'enveloppe  tes- 
tacée elle-même.  Dansies  ammonites  deFou- 
tenay  (Vendée),  par  exemple,  les  loges  sont 
souvent  tapissées  de  cristaux  de  guartz,  tan- 
dis que  le  test  lui-même  est  palcaire,  suivant 
la  nature  des  couches  où  on  les  rencontre. 
Un  spatan^e,  qui  existe  dans  la  collection 
minéralogique  du  Muséum  d'Histoire  natu- 
relle, présente  le  test  à  l'état  calcaire  et  spa- 
thique,  la  croûte  qui  l'enveloppe  en  partie 
est  crétacée;  l'intérieur  du  spaiangue  est  re- 
vêtu d'une  couche  mince  de  silex,  et  sur 
cette  dernière  enveloppe  intérieure  on  re- 
marque de  nombreux  cristaux  de  baryte  et 
de  strontiane  sulfatée.  Les  divers  genres  de 
la  grande  classe  des  échinodermes  présen- 
tent fréquemment  de  ces  accidents  de  cris- 
tallisation plus   ou   moins    remarquables. 
Leur  structure  poreuse  favorise,  sans  doute, 
plus  spécialement  chez  eux,  la  transforma- 
tion moléculaire  au  moyen  des  agents  élec- 
triques; et  la  perte  de  la  petite  quantité  de 
matières  animales  que  ces  corps  contiennent 
permet  plus  promptement  ces  sortes  de  trans- 
formations. 

En  appliquant  artificiellement  les  divers 
moyens  que  la  nature  a  employés  pour  faire 
des  fossiles,  on  est  parvenu,  par  des  expé* 
riences  modernes,  à  des  résultats  Irès-rap- 
prochés.  On  connaît  les  belles  expériences 
de  M.  Gœppert,  entreprises  ilans  le  but  do 
changer  des  substances  vé^jétaleset  aniraal<*s 
en  substances  terreuses  et  métalliques, 
sans  altérer  leur  tissu  ni  leur  structure.  Il 
obtient  ces  changements  au  moyen  db  dis- 
solutions assez  concentrées,  dans  lesquellts 
on  laisse  tremper  ces  substances  jusqu'à  ce 

3 ne  les  solutions  aient  entièrement  pénétré 
ans  rintérieur  des  corps  organiques.  En 
exposant  ceux-ci  à  un  feu  assez  vif,'  il  dé- 
truit le  tissu  organique  et  obtient  la  subs- 


»55 


ros 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


FOS 


^m 


;jnc6  des  caratières  que  peut  fournir  leur 
cciinposition  chimique  comparée  pour  la 
distinction  des  classes  auxquelles  ils  appar- 
tiennent. Nous  dirons  seulement  que  chacun 
d'eux  n'est  qu'une  simple  dépendance  du 
fissu  cuticulaire,  et  comme  tel  se  compose 
presque  exclusivement  de  matière  animale 
semblable  au  mucus.  On  y  rencontre,  de 
plus,  un  peu  de  phosphate  de  chaux,  du 
carbonate  de  la  même  hase,  de  Toxyde  do 
manganèse,  du  fer  oxydé,  du  fer  sut furé^  une 
quantité  notable  de  silice  et  une  quantité 
plus  notable  encore  de  soufre.  Celte  der- 
nière circonstance  mérite  de  fixer  un  instant 
notre  attention.  On  attribue  à  la  décomposi- 
tion de  substances  animales  la  grande  quan* 
tité  de  soufre,  généralement  à  Tétat  de  sul- 
fure» qu'on  rencontre  dans  certaines  cou- 
ches d'origine  sédimentaire  où  abondent 
effectivement  certains  débris  organiques. 
L*explication  nous  parait  peu  probable,  ou 
du  moins  insuflisante. 

LesplumtSj  chez  les  oiseaux,  dépendent, 
comme  les  organes  précédents,  du  système 
cuticulaire;  elles  se  composent  également, 
en  grande  partie,  de  mucus  animai. 

Que  conclure  de  tous  ces  faits?  Qu'on  es- 

Férerait  en  vain  trouver  avec  abondance,  à 
état  fossile,  la  plupart  des  organes  que 
nous  venons  de  citer  :  d'abord  leur  solitlité 
et  leur  résistance  aux  agents  mécaniques 
extérieurs  n'est  pas  très-grande,  et  puis  ils 
se  composent  d'éléments,  tout  à  fait  insta- 
bles, dont  Ja  putréfaction  s'empare  i>rompte- 
ment.  Car  la  plus  grande  j>artie  de  ces  élé- 
ments sont  soiubles.  Aussi  les  ras  de  crins, 
j.oiU,  ongles,  etc.,  fossiles,  cités  jusqu'à  ce 
jour  sont-ils  extrêmement  rares  et,  en  quel- 
que 5orte,  exceptionnels. 

Deê  iégumenls  et  autres  pièces  cornées  des 
animaux  annelés.  —  Dans  l'embranchement 
des  annelés ,  la  classe  qui  compte  le  plus 
grand  nombre  de  représentants  à  l'état  fos- 
sile est,  sans  contredit,  celle  des  crustacés. 
La  classe  des  annéiides,  moins  toutefois  les 
tubicoies ,  et  celle  des  arachnides  n*ont 
laissé,  au  sein  des  couches,  que  quelques 
vestiges  de  leur  existence.  Apres  les  crusta- 
cés, viennent,  par  ordre  d'abondance,  les  in- 
sectes, puis  les  cirrhipèdes.  Ceux-ci,  par  la 
g.ande  analogie  de  leur  enveloppe  testacée 
avec  celle  des  mollusques,  se  rencontrent 
a!>ondamment  dans  quelques  terrains.Voyons 
jusqu*àquel  point  les  conditions  chimiques 
#ïe  ces  différpnls  corps  pourront  expliquer 
l<Mjr  abondance  relative  dans  les  couches 
.«•rrestres. 

l/cnveloppe  solide  des  crustacés  est  for- 
mée d'une  grande  quantité  de  carbonate  de 
r;]iaux,  d^une  moindre  quantité  de  matière 
animale  et  d'une  quantité  toujours  décrois- 
sante de  phosphate  calcaire.  Toutefois  la 
proportion  de  ces  éléments  varie  avec  rani- 
mai de  tel  ou  tel  ordre,  ou  même  quelques- 
uns  d'entre  eux  peuvent  disparaître  com- 
plètement suivant  le  genre.  On  voit,  en  ef- 
fet, tel  crustacé  présenter  une  enveloppe 
extérieure  à  peine  cornée,  tandis  que  tel 
autre  [présentera  cette  même  enveloppe  en- 


croûtée de  matière  calcaire  et  constituant  u.i 
test  d  une  solidité  remarquable,  comparable 
même,  dans  certains  cas,  à  celle  des  os  des 
animaux  supérieurs.  Ix^rsquc  le  squelette 
tégumentaire  du  crustacé  est  de  nature  seu- 
lement demi-cornée,  elle  se  compose  pres- 
que en  entier  d'albumine  et  d'une  substance 
particulière  nommée  chitine^  substance  qu'on 
retrouve  écçalement  dans  les  téguments  des 
insectes.  Lorsqu'au  contraire  la  carapace  du 
crustacé  est  osseuse,  on  y  rencontre,  outre 
l'albumine,  les  éléments  que  nous  avons 
cités  ci-dessus  ;  mais  dans  l'un  et  l'autre 
cas,  la  substance  qui  en  constitue  la  base  et 
qui  donne  leur  forme  aux  téguments  est  la 
chitine,  principe  organique,  découvert  d'a- 
bord qar  M.  Odier,  retrouvé,  [)lus  tard,  par 
d'autres  chimistes  et  étudié  tout  spéciale- 
meiit  par  M.  Milne  Edwards.  Ce  savant  zoo* 
logiste  a  reconnu,  dans  la  carapace  du  cor- 
cin  menade,  environ  100  pour  100  de  chitine, 
18  d'eau,  63  de  sels  mêlés  à  un  pou  de  ma- 
tière animale  soluble  à  froid  dans  une  pe- 
tite quantité  d'acide  "hydrochlorique  faible 
et  environ  8  d'albumine.  Dans  les  segments 
dorsaux  des  anneaux  abdominaux  du  même 
animal,  il  a  trouvé  20  |X)ur  100  de  chitine  et 
54  de  matières  salines. 

Cette  observation  prouve  que  certains 
crustacés  oifrent  les  conditions  les  plus  fa- 
vorables à  la  fossilisation  :  composition  rhi' 
mique  et  solidité  se  réunissent  pour  les  pré- 
server de  la  désorganisation  putride  et  de  la 
destruction  mécanique.  Aussi  les  crustacés 
présentent-ils,  en  général,  un  degré  die  con* 
servation  remarquable  À  l'état  fossile,  quel 
que  soit,  du  reste,  leur  âge  géologique  ;  tels 
sont,  par  exemple,  les  fameux  trilobites  de 
Dudley,  les  crustacés  déca^KHles  de  bien  d'au- 
tres localités  ;  et  si  nous  ne  trouvons  pas  un 
très-grand  nombre  de  ces  animaux  a  l'état 
fossile,  dans  toute  la  série  des  autres  éUges, 
c*est  qu'apparemment  la  classe  en  était  moins 
nombreuse  en  individus  que  dans  la  nature 
actuelle.  N'oublions  pas,  du  reste,  que  leur 
composition  chimique  varie  beaucoup  dans 
chacune  des  familles,  dans  cliacun  des  gen- 
res, ou  même  dans  chacune  des  es|>èces. 

Le  tégument  externe  dans  les  insectes  est 
souvent  aussi,  comme  dans  les  crustacés,  de 
consistance  rigide  et  cornée;  il  se  compose, 
ainsi  que  lesailes,  chez  ces  mêmes  animaux  : 
1*  d'une  manière  animale  particulière  qu'on 
a  nommée  entomoUine^  la  même  que  nous 
avons  déjà  nommée  chitine  dans  les  crusta- 
cés ;  2*  d'un  autre  matière  animale  propre, 
qui  a  reçu  le  nom  de  coccine:  3-  d'huile  co- 
lorée diversement  suivant  les  espèces,  A  ces 
trois  sortes  de  principes  organiques,  il  faut 
ajouter  de  \Ki\ics  quantités  d'aiumino,  do 
sous-carbonalc  de  potasse,  de  phosphate  de 
chaux,  etc.  On  voit ,  par  cette  composition, 
que  les  téguments  des  insectes  ont  la  plus 
grande  analogie  avec  la  corne  des  animaux 
vertébrés.  Ce  que  nous  avons  dit  des  condi- 
tions de  fossilisation  de  ces  derniers  organes 
s'applique  donc  é^j^alemont  aux  organes  de 
composition  analogue  qu'on  retrouve  chez 
les  insectes.  Les  insocte^  n'ont  lai  v^é  à  l'é^M 


DîCTIO^:^,    DE  COSWOCOME   ET   DE   PALÉONTOLOGIE. 


18 


675 


CAS 


DICTIOISNAlhE  DE  COSMOGOiME 


CAS 


57(i 


nue  tout  entière  de  cette  formation  ;  mais 
ces  espèces  ne  reproduisent  qu'un  p'îtil 
nombre  des  formes  que  l'on  rencontre  main- 
tenautdansTensemble  des  fougères  vivantes, 
et  elles  appartiennent  en  presque  totalité  à 
la  tribu  des  polypodiacées ,  qui  renferme 
encore  maintenant  le  plus  grand  nombre 
d'espèces  arborescentes  (360).  Bans  cette 
même  formation  se  rencontrent  des  frag* 
ments  de  tiges  de  fougères  arborescentes, 
M.  Brongniart  voit  dans  cet  ensemble  de 
circonstances  les  indices  d'une  végétation 
analosrue  à  celles  des  lies  des  régions  équi- 
noxiaus  du  globe,  et  il  en  conclut  que  les 
mémois  conditions  de  chaleur  et  d'humidité 
qui  favorisent  la  végétation  actuelle  de  ces 


GANOIDIENS.  Voy.  Poissons. 

GASTÉROPODES  (7«(rTfl/),  ventre,  woûç,  tro- 
3of,  pied).  —Cette  classe  de  mollusques,  à 
laquelle  appartient  le  limaçon,  a  été  ainsi 
nommée  par  Cuvier,  parce  que  les  animaux 
qu'elle  renferme  rampent  sur  une  partie 
charnue,  très-variable  dans  sa  forme,  placée 
sous  le  ventre  et  à  laquelle,  par  analogie, 
on  a  donné  le  npm  de  pied.  La  partie  supé- 
rieure se  recouvre  d'un  manteau  charnu, 
entier  ou  non,  recouvert  ou  renfermant  une 
coquille.  En  avant  est  la  tète,  plus  ou  moins 
distincte,  pourvue  ou  non  de  tentacules  qui 
remplissent  les  fonctions  d'organe  du  tact, 
ou  sur  lesquels  ou  près  desquels  sont  placés 
les  yeux,  lorsqu'ils  existent.  Au-dessous 
des  tentacules  est  ToriGce  buccal,  muni  ou 
non  de  lèvres  et  de  mâchoires  armées  de 
dents.  Les  gastéropodes,  suivant  qu'ils  vi- 
vent sur  la  terre  ou  dans  les  eaux,  respirent 
l'air  en  nature  par  un  réseau  vasculaire,  ou 

tardes  branchies  dans  l'élément  aqueux, 
es  sexes  sont  séparés  sur  des  individus  ou 
réunis  sur  le  môme. 

Les  gastéropodes  manquent  quelquefois 
de  coquille,  alors  ils  ne  laissent  pas  de  trace 
de  leur  existence  dans  les  couches  terrestres; 
mais  le  pi  us  sou  vent  ils  ont  une  coquille,  ra- 
rement interne,  .{)resque  toujours  externe. 
Les  coquilles  externes  existent  dans  le  plus 
grand  nombre  des  genres.  Elles  sont  rare- 

(360)  Les  foujîèrcs  arborescentes  qui  ornent  nos 
contrées  tropicales  modernes  allcigneiil  une  taille  de 
quarante  à  cnupianlc  (licds. 

On  voit  dans  IVscaJicr  dû  Muséum  britannique 
une  fougère  arborescente  haute  de  miaraute  pieds 
ahophila  brunonlana  provenant  de  Silhot,  dans  le 
ïîengale.  Les  liges  de  ces  fougères  se  distinguent  de 
celles  de  tous  les  nKmocolylédoncs  arborescents  par 
la  forme  spéciale  et  la  disposition  des  cicatrices  que 
laissent  les  pétioles  après  que  les  feuilles  sont  tom- 
bées. Dans  les  palmiers  et  dans  K's  autres  arbres 
monocotylcdones,  h  s  feuilles  ou  leurs  pétioles  em- 
brassent la  tige  et  laissent  des  cicatrices  transver- 
sales, allongées  en  forme  d'anneaux,  et  ayant  leur 
Îdus  grand  diamètre  (!ans  le  sens  horizontat.  Dans 
es  fougères,  à  la  seule  excoplion  près  des  an^iopte- 
r  s,  les  cicatrices  sont  ellipliques  ou  rlsombotJalos, 
et  leur  diamètre  veflical  est  le  plus  gi  and. 

M.  kù.  Broiignluit  (llisl  »in'  des  vcuctaux  fussiUSf 


lies  doivent  avoir  exercé  une  plus  grande 
influence  encore  sur  la  végétation  du  globe 
pendant  la  formation  des  couches  carboni- 
fères de  la  série  de  transition. 

Dans  les  couches  de  la  série  secondaire, 
les  fougères  ont  beaucoup  perdu  de  leur 
importance  numérique,  soit  absolue,  soit 
relative.  Elles  forment  un  tiers  à  peu  près 
de  la  flore  connue  de  ces  périodes  intermé- 
diaires de  la  géologie. 

Dans  les  couches  tiTtiaires,  leur  nropor- 
tion  aux  autres  végétaux  est  à  peu  près  celle 
où  nous  les  voyons  dans  les  régions  tempe* 
rées  actuelles  de  notre  globe. 

FRACASTORO    Voy.  Géologie. 

FUSCHSHËL.  —  Voy,  Géologib. 


6 


ment  symétriques  ou  formées  de  parties  pai- 
res; d'ordinaire  elles  sont  spirales,  et  alors 
enroulées  obliquement,  montrant,  d'un  côté 
la  saillie  formée  par  la  spire,  de  Tautre  \i 
bouche  ou  Youverlure  par  où  sort  Tanimal, 
et  au  centre.  Taxe  sur  lequel  les  tours  vien- 
nent s'appliquer,  qu'on  nomme  columeiU. 
Lorsque  celle-ci  est  creuse ,  on  rappelle 
ombilic.  Le  côté  de  la  bouche  qui  touche  la 
columelle,  nous  l'appelons  bordcolumellaire: 
et  le  côté  extérieur,  labre.  Ces  coquilles  va- 
rient exlraordinairement  de  forme,  depuis 
la  spirale  incomplète,  la  spirale  formée  d'un 

Eetit  nombre  de  tours  ou  d'un  çrand  nom- 
re  ;  ceux-ci  formant  une  saillie  conimie, 
une  spire  surbaissée,  ou  fortement  prolon- 
gée, et  alors  turriculée. 

La  bouche  de  la  coquille  est  également 
très-variable  de  forme  :  elle  est  entière  lors- 
qu'elle n'a  pas  de  sinus  ;  à  bords  unis,  lors- 
que les  bords  fpnt  toute  la  circonférence, 
ou  &  bords  désunis^  lorsque  les  bords  sont 
Interrompus  par  la  columelle.  La  j)Ouche  est 
échancrée,  sinueuse,  lorsqu'elle  offre,  près 
du  bord  columellaire,  un  sinus  par  où  sort 
le  tube  respiratoire  de  l'animal.  Elle  est  ca- 
naliculée  lorsque  cette  échancrure  se  pro- 
longe en  un  tube  plus  ou  moins  fermé. 
L'ouverture  est  souvent  protégée  par  une 
pièce  cornée  ou  testacée  qu'on  appelle  oper- 
cule,  dont  les  fonctions  sont  de  protéger 


l 


.  261.  Lxxix  ctLXxx)  a  décrit  et  figuré  la  tige  et 
a  feuille  d*une  fougère  arborescente  {Anomopiem 
Monqeolii),  du  grès  bigarré  de  llcilegenberg  daos 
les  Vosges.  On  rencontre,  dans  la  formation  dtt  nou- 
veau grès  rouge  de  ce  même  district,  de  belles  feuil- 
les de  cette  espèce  ayant  encore  leurs  capsules  de 
fructification  adhérentes  aux  folioles.. 

Bf .  Col  ta  a  public  un  ouvrage  intéressant  sur  les 
débris  fossiK  s  de  fougères  arborescentes  aue  Ton 
rencontre  en  abondance  dans  le  nouveau  grès  rouge 
de  Saxe,  près  de  Chemnitz.  (Dendroltthen  Dresde  et 
Leipsick,  1832).  Les  débris  consistent  surtout  dans 
des  fragments  de  tronc  de  plusieurs  espèces  perdues, 
que  leur  structure  rapproclie  assez  des  fougères  ar- 
borescentes actuelles,  pour  que  Ton  paisse  les  rap- 
porter presque  sans  hésitation  aux  espèces  arbores- 
centes de  celle  famille,  qui  était  répandue  sur  la 
surface  de  l'Europe  à  celte  époque  ocs  formatiOM 
secondaires. 


577 


CAS 


ET  me:  PALEO}(TOLOGiE. 


CAS 


575 


ranimai  lorsqu'il  se  retire  dans  sa  coquîHe. 
êù  rencontre  fréquemment  de  ces  opercu- 
les fossiles. 

On  dlrise  les  gastéropodes  en  7  ordres  ; 
l*ies  pulmonibranrhesj  ^  lespertinibranches, 
3*  les  9cutihranche$  ^  h*  les  teciibranches  ^ 
5*  les  nudibranches^  6*  les  nurUobranches^  et 
7*  les  piéropodes.  De  ces  divisions,  les  nu- 
dibranches  seuls  n*ont  pas  de  représentants 
fossiles. 

Depuis  la  première  animalisation  jusqu*à 
nos  jours,  les  gastéropodes  se  sont  montrés 
assez  nombreux  dès  le  commencement  du 
monde  animé,  et  ils  ont  touiours  été  en  pro- 
gression eroissanle  jusqu*à  I  époque  actuelle  ; 
car  les  formes  qui  restent  en  arrière,  dans 
cette  marche  croissante,  sont  loin  d*étre  aussi 
nombreuses  que  celles  qui  persistent. 

Les  peciinioranches ,  qui  renferment  le 
buecm,  ont  déjà  juiru  en  nombre  arec  Tétage 
silurien,  le  premier  du  monde  animé,  et  ils 
se  sont  auementés  d'une  manière  progres- 
sive jusqu  à  répoque  actuelle.  Ils  montrent 
en  effet  19  genres  dans  les  terrains  paléozoï- 
•ues,  17  dans  les  terrains  triasiques,  31 
ëans  les  terrains  jurassiques ,  52  dans  les 
terrains  crétacés,  et  80  dans  les  terrains  ter- 
tiaires, tandis  que  le  chiffre  est  encore  bien 
plus  élevé  dans  répoque  actuelle.  Ainsi  cette 
série  animale  aurait  toujours  été  et  est  en- 
core en  voie  croissante  de  multiplication  de 
ibrmes,  par  suite  de  créations  successives  à 
tous  les  Âges  du  monde. 

Les  smtibranches^  qui  renferment  la  pa^ 
itile^  n'offrent  pas  tout  à  fait  la  même  mar* 
che.  On  compte  3  genres  avec  Tétage  silu- 
rien, le  premier  du  monde  animé,  $epi  dans 
les  terrains  paléozoîques  ;  3  dans  les  terrains 
triasiques  ;  k  dans  les  terrains  jurassiques: 
«  dans  les  terrains  crétacés,  et  dans  les  ter- 
rains tertiaires.  Mais  il  est  à  remarquer  que 
ces  genres  se  renouvellent  bien  plus  chez 
les  pectinibranches,  puisque  la  moitié  reste 
en  arrière  et  que  le  nombre  des  genres  en- 
core vivants  est  seulement  un  peu  plus  élevé 
qne  celui  des  terrains  paléozoîques.  On 
pourrait  dire  que  cet  ordre  est^  en  quelque 
sorte,  dans  un  état  stationnaire  de  dév^lon- 
Iiement,  mais  non  dans  une  voie  réelle 
d'augmentation. 

Les  piérapodesj  qui  renferment  Vkyale^ 
toujours  en  petit  nombre,  ont  deux  genres 
dans  les  terrains  paléozoîques,  qui  commen- 
cent avec  rétame  silurien,  et  trois  dans  les 
terrains  tertiaires.  Comme  on  connaît  un 
assez  çrand  nombre  de  genres  vivants,  on 
|.eut  dire  qu'ils  sont  aujourd'hui  en  voie 
croissante  cie  développement  générique. 

les  teetibranehes  qui  renferment  la  bulle 
eommencent  par  1  genre  dans  les  terrains 
jurassiques ,  1  dans  les  terrains  crétacé, 
4  dans  les  terrains  tertiaires.  Comparé 
aux  genres  vivants^  ce  nombre  montre 
eooore  les  tectibranchesdans  une  voie  crois- 
sante de  développement  de  formes. 

Les  piilBiofit6mncAef ,  qui  contiennent  le 
l'maçonj  manquent  complètement  dans  les 
lerrains  paléozoîques ,  triasiques ,  jurassi- 
Ques  et  crétacés  ;  ils  commencent  donc  seu- 


lement dans  les  terrains  tertiaires  et  vont 
croissant  en  nombre  jusqu'à  l'époque  vtuelle 
où  ils  sont  à  leur  maximum;  ainsi  ils  se- 
raient en  pleine  voie  croissante. 

Pour  les  nucUobranchfêy  comme  on  n'en 
connaît  qu'un  çenre  fossile  des  derniers  éta- 
ges tertiaires,  ils  sont  dans  le  même  cas  que 
les  pulmonibrancbes. 

La  comparaison  de  ces  différentes  séries 
animales,  par  rapport  à  leur  progression  de 
formes,  les  montrerait  toutes  à  l'exception 
des  scutibranches  (presque  stationnaires), 
dans  une  voie  croissante  de  progression  gé- 
nérique. Considérées  suivant  leur  époque 
d'apparition  comparée  à  leur  rang  de  per- 
fection, les  gastéropodes  nous  montrent  trois 
séries:  les  pectinibranches,  les  scutibran- 
ches et  les  stéropodes,  au  premier  étag^de 
l'animalisation ,  bien  que  la  première  série 
soit  infiniment  plus  panaite  que  la  dernière 
dans  ses  organes  et  dans  son  genre  de  vie. 
D'un  autre  cdté,  moins  parfaits  que  les  pec- 
tinibranches, les  tedibranches  paraissent 
onze  étages  plus  tard,  et  les  nuciéobran- 
ches,  vingt-cinq  étages  après.  On  aurait  par 
ces  faits,  une  preuve  que  les  gastéropodes 
n'ont  pas  suivi,  pour  ces  séries,  une  pro- 
gression régulière  de  perfectionnement  ;  re- 
Ï rendant,  quand  nous  voyons  les  pulmonés , 
es  seuls  animaux  terrestres  de  cette  classe , 
se  montrer  les  derniers,  c'est-à-dire  vingt- 
quatre  étages  plus  tard  que  les  animaux 
marins,  on  serait  tenté  d*en  conclure,  mal* 
gré  les  exceptions ,  que  la  loi  du  perfection- 
nement successif,  suivant  l'époque  chrono- 
logique d'apparition  des  gastéropodes  ,  ueut 
ètreappuyée  encore  par  lesfaitsqui  précèdent. 

Déductions  zoologiques  générales.  —  Main- 
tenant, si  nous  prenons  l'ensemble  des 
genres ,  sans  avoir  égard  à  Tordre  auquel  ils 
appartiennent,  nous  trouverons  une  marche 
croissante  très- régulière.  Nous  voyons,  en 
effet,  avec  la  première  animalisation  dn 
globe,  12  genres  dans  l'état  silurien,  et  29 
avec  les  terrains  paléozoîques  ;  là  dans  les 
terrains  triasiques,  38  dans  les  terrains  ju- 
rassiques, 57  dans  les  terrains  crétacés, 
103  dans  les  terrains  tertiaires.  L*?  chiffre 
étant  encore  bien  plus  élevé  dans  Féfjoque 
actuelle,  où  les  genres  sont  au  maximum 
de  leur  développement,  on  doit  en  conclure 
que,  pris  dans  .leur  ensemble,  les  gastéro- 
podes ont  toujours  multiplié  progressive- 
ment leurs  ibrmes,  de|.uis  le  premier  â^eda 
monde  animé  jusqu'à  nos  jours. 

Déductions  physiologiques.  —  Parmi  les 
genres  que  nous  trouvons  à  l'état  f  ssilc,* 
nous  en  voyons  quatre  :  les  turbo ,  les  sto- 
mAtia^  parmi  les  pectinibranches,  les  hélcion, 
parmi  les  scutibranches,  et  le  raginella  par- 
m*!  les  ptéropodes,  c'est-à-dire  trois  types 
d'organisation  différente  qui  ont  traversa 
tous  les  âges  du  monde  géologique ,  depuis 
la  première  animalisation  jusqu'à  l'époque 
actuelle.  Ce  fait,  que  nous  n'avons  pas  eu  à 
signaler  dans  les  autres  séries  animales,  est 
d'une  grande  importance.  Lorsqu*en  effets 
nous  étudions  comparativement  ces  genre» 
fossiles  avec  leurs  analogues  vivants,  nou# 


il9 


GËN 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GtM 


Mo 


ne  trouvons  aucune  différence  appréciable  ; 
on  doit  donc  croire  que  leur  organisation  in- 
terne était  la  même.  S*il  en  est  ainsi,  comme 
tout  porte  à  le  penser,  il  faut  en  conclure 
que  les  conditions  d'existence  n'ont  pas 
changé  depuis  les  époques  géologiques  les 
plus  anciennes  jusqu*o  nos  jours,  au  moins 
pour  les  animaux  marins,  qui  respirent 
dansTeau  salée,  au  moven  de  branchies. 

Déductions  climatologiques  comparées.  — 
Il  est  peu  de  séries  animales  qui  oilrent  plus 
de  faits  que  celle-ci,  pour  prouver  que  la 
température ,  môme  des  deux  derniws  éta- 
ges géologiques  qui  nous  ont  j)récédés  sur  la 
terre,  était,  en  Europe,  identique  à  la  tem- 
pérature des  régions  tropicales.  Il  nous  suf- 
lira,  pour  le  prouver,  tfe  citer  les  genres  : 
onisciay  dolium^columbellay  turbinelhyharpa^ 
oUta^  ancyllaria^  etc.,  etc.,  qu'on  trouve  vn 
Allemagne,  en  Angleterre,  en  France,  en 
Italie,  tandis  qu'ils  sont  exclusivement  des 
régions  les  plus  chaudes  des  mers  actuelles. 
Les  déductions  géographiques  sont  encore 
ici  les  mêmes  que  pour  les  mammifères. 
{Voy.  ce  mot). 

Déductions  géologiques  titées  des  genres. — 
Les  caractères  stratigraphiques  négatifs 
sont  très -marqués,  puisque  sur  les  138 
genres  fossiles  dépendant  des  gastéropodes, 
i34  n'occupent  pas  tous  les  étages,  et  qu'ils 
sont  au  contraire  limités  dans  leurs  étages, 
do  manière  à  donner  des  caractères  néga- 
tifs pour  tous  ceux  où  ils  ne  se  trouvent  pas. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifs 
sont  aussi  très-saillants.  Les  idk  senres  li- 
mités dans  les  étapes,  sont,  en  eflet,  autant 
de  caractères  positifs  propres  à  les  faire  con- 
naître sous  toutes  les  formes  minéralogi- 
Ques,  Ces  caractères  sont  d'autant  plus  cer- 
tains, que,  sur  ce  nombre,  32  genres  sont 
perdus  pour  l'époque  actuelle.  La  [>ersislan- 
(îe  des  caractères  positifs  est  encore  plus 
tranchée  pour  les  gastéropodes  que  pour 
lesautres  séries, comme  le  prouvent  jesgen- 
respleurotomaria,  natica,  trochus^  cerithium^ 
fusuSf  turritella^  mitra,  triton^  etc.,  etc. 

Les  déductions  géologiques  tirées  des  es- 
pèces, nous  prouvent,  a  très-peu  d'expres- 
sions près,  que  les  jG,2]3  es{:èces  de  gasté- 
ropodes que  M.  d'Orbigny  a  discut^^os  dans 
son  Prodrome  de  paléontologie^  sont  caracté- 
ristiques. Chacune,  en  particulier,  n'occupe, 
en  ctlet,  qu'un  seul  étage  qu  elle  peut  par- 
faitement caractériser. 

tfAULï.  Voy.  Alb:en. 

GELÉES,  leur  action  désorganisatrice  — 
Voy.  Couches  sédimentaires,  art.  IL 

GENERËLLL  Voy.  Géologie. 

GENESE,  interprétations  diverses  du  i" 
fibapitre.  —  Voy.  Jehan  (de  Saint-Clavien  ) , 
liucKLAND,  Marcel  de  Serres,  Godbfeoy» 
Dbbretne,  Pachon,  Maupied,  Chaubard, 
tilalre,  jours-périooes,  cosmooonie  gu  xvi 
ei  X.V1I*  siècle  etc 

GENESE  MATERIALISTE.—  Avant  d'ap- 
précier les  efforts  de  la  scierce  orthodoxe, 
pour  concilier   les   découvertes   modernes 
avec  la  révélation  mosaïque,  il  convient  <]> 
voir  raison  d'une  hypolnèse  cosmogoiiiquc 


qui  n'est  que  le  panthéisme,  c'est-à-dire,  en 
di^finitive,  le  matérialisme;  car,  en  science, 
une  doctrine  panthéistique  est  toujours  ré- 
ductible à  unedoctriue purement  matérialiste. 

Dans  les  sciences  qui  ont  p)our  objet  la  re- 
cherche des  causes  ou  des  origines,  il  est  un 
critérium  qui  donne  tout  de  suite  la  mesure 
de  la  puissance  coordinalrice  et  de  la  valeur 
d'une  doctrine  :  c'est  le  résultat  final,  la  con- 
clusion rigoureuse  qui  ressort  de  l'ensemble 
de  ses  raisonnements  et  de  ses  principes. 

Or,  quel  est  le  point  de  départ,  le  principe 
fondamental  de  la  Genèse  matérialiste?  Sa 
formule  est  nécessairement  celle-ci  :i{exû(€ 
de  toute  éternité  dans  l'espace  infini  une  somme 
finie  de  matière;  cette  matière^  douée  de  pra» 
priétés  ou  de  forces  essentielleSy  a  produit  et 
produit  encore  tout  ce  vaste  ensemble^  toute 
cette  succession  de  phénomènes  qui  constituent 
notre  monde. 

Cette  formule  est  l'essence  même  de  la 
conception  matérialiste ,  et  l'on  n  en  pour- 
rait retrancher  un  seul  terme  sans  que  le 
matérialisme  ne  cessât  d'être  à  l'instant 

En  effet,  si  la  matière  n'est  pas  éternelle, 
elle  a  été  créée  :  donc  il  existe  en  dehors  de 
la  matière  une  puissance  qui  lui  a  donné 
Têtre.  De  plus,  on  ne  peut  admettre  qu'une 
somme  finie  de  matière,  autrement  le  mou- 
vement serait  impossible  ;  car  une  matière 
intinie  dans  res])ace  infini,  ce  serait  le  pleîR 
absolu;  or,  le  mouvement  ne  peut  être  conçu 

3ue  dans  le  vide,  l'impénétrabilité  étant  une 
es  propriétés  essentielles  de  la  matière. 

Nous  avons  ajouté  que  la  matière  pos- 
sédait des  propriétés  ou  des  forces  essen- 
tielles; ces  lorces  sent  nécessairement  fmies 
comme  la  matière,  finies  aussi  comme  nem- 
bre,  car  il  serait  anti-logique,  absurde,  de 
reconnaître  des  propriétés  iaiinies  dans  un 
être  fini.  Puisque  ces  forces  sont  essentielles 
à  la  matière,  elles  sont  éternelles  comme  la 
matière.  Autrement  la  matière  les  aurait  re- 
çues, ce  qui  impliquerait  encore  une  créa- 
tion que  le  matérialisme  rejette.  Enfin, puis- 
Î|u'elles  sont  éternelles  et  essentielles,  ces 
orces  ne  sont  susceptibles  ni  d'accroisse- 
mentf  ni  de  diminution. 

I^  conclusion  dernière  d'une  pareille  doc- 
trine, c'est  donc  le  fatalisme,  plus  la  viola- 
tion la  plus  flagrante  des  lois  qui  sont  la  base 
de  la  raison  humaine.  Car  qu*est-ce  qu'une 
matière  éternelle,  incréée,  existant  par  elle- 
même,  et  qui  pourtant  est  tinîe,  limitée, 
bornée  dans  son  essence  comme  dans  ses 
propriétés?... 

Mais  si  cette  matière  éternelle,  incréée, 
n'est  pas  seulement  de  la  matière  purement 
et  simplement,  c'est  de  la  matière  disposée, 
façonnée,  arrangée,  agglomérée  en  globes, 
en  mondes,  organisée  en  corps  de  la  native 
la  plus  diverse.  Et  cette  organisation  de  la 
matière  n'est  pas  éternelle  :  elle  a  commen- 
cé; le  matérialisme  le  proclame.  Se  fondant 
sur  les  découvertes  de  la  chimie  moderne  et 
sur  celles,  aujourd'hui  fort  ébranlées,  qui  ont 
été  faites  dans  l'astronomie  stellaire,  princi- 
palement par  les  deux  Herschell,  lescosroo- 
gonistc   panthéistes  ont  eu  recours  à  une 


StI 


GKZI 


ET  DE  PALEONTOLOG». 


GEN 


hKl 


hypothèse  renouTelée  des  écoles  de  la  Grèce, 
et  particalièrement  de  la  secte  d'£picure. 

Ils  ont  prétendu  qae.  dans  le  pnneipe  »  la 
matière  existait  disséminée  dans  l'espace ,  à 
Tétat  élémentaire,  mo!é«nilaire,  nébulaîre, 
gazéiforme,  tous  mots  synonymes;  que  cha- 
cune des  molécules  qai  composaient  cette 
matière  était  primitivement  tenue  en  place 
par  Taction  simultanée  de  deux  forces  :  l'une 
répulsire,  la  chaleur;  l'autre  attractive ,  la 
^ravitation  ;  et  enfin,  que  cette  matière  dif- 
fuse s'étant  successivement  condensée  par  la 
déperdition  de  la  chaleur,  a  formé  tes  soleils 
ou  les  étoiles,  les  planètes  et  leurs  satellites,  et 
tous  les  corps  célestes  qui  remplissent  l'espace. 

Telle  est  la  théorie  générale  matérialiste 
dans  toute  sa  rigueur. 

Voyons  maintenant  à  quelles  conclusions 
scien  tifiques  nous  condui  t  une  pareille  théoria 

L'hvpothèse  matérialiste  suppose  que , 
dans  U  princîpe^']a  matière  existait  à  Fétat 
nébulaire  ou  diffus,  soumise  à  deux  forces 
contraires,  le  calorique  et  la  pesanteur.  Mais 
cette  formule,  dans  le  principe^  n'est-elle  |ias 
une  évidente  contradiction  dans  la  doctnne 
qui  soutient  Téternilé  de  la  matière?  Il  n'y  a 
pas  eu  de  principe^  il  ne  peut  pas  y  avoir'eu 
de  commencement  à  cet  état  nébulaire  et 
diffus  de  la  matière  ;  de  toute  éternité  elle  est 
diffuse  et  soumise  à  deux  forces  contraires, 
la  force  répulsive,  et  son  antagoniste,  la  force 
attractive.  Mais  alors  il  s'en  suit  de  trois 
choses  l'une  :  ou  la  force  répulsive  l'empor- 
tait sur  la  force  attractive,  et,  dans  ce  cas,  la 
matière  aurait  dû  se  disperser,  s'évanouir 
sans  limite  et  sans  terme  dans  l'espace  infini, 
et  puisque  cette  prépondérance  de  la  force 
répulsive  est  un  phénomène  qui  s'accomplit 
de  toute  éternité,  de  toute  éternité  aussi  a  dû 
avoir  lieu  cette  dispersion  de  la  matière,  dis- 
jjersion  par  conséquent  illimitée ,  infinie 
fomme  l^étemité  et  l'espace;  ou  bien,  au 
contraire,  c'est  la  force  attractive  qui  prédo- 
minait, et  alors  la  matière  aurait  dû  tendre  à 
se  condenser  en  suivant  la  loi  inverse  du 
rarré  des  distances,  et  puisque  cette  conden- 
sation dure  depuis  l'éternitié,  cette  contrac- 
tion de  la  matière  devrait  être  infinie  ;  ou 
bien,  enfin, la  répulsion  et  lattraction  se  t)a- 
lançaient,  étaient  de  toute  éternité  égales  et 
contraires,  et,  dans  ce  troisième  cas,  tout 
mouvement  aurait  dû  être  éternellement  im- 
possible. Ainsi,  le  matérialisme  ne  peut  po- 
ser la  Question  d'origine  sans  tomber  dans  la 
plus  palpable  contradiction,  et  quand  on  lui 
en  ferait  la  concession,  il  n'en  resterait  pas 
moins  renfermé  dans  les  limites  d'une  triple 
impossibilité. 

Ce  n'est  pas  tout  :  l'hypothèse  veut  que  la 
force  de  répulsion  domine  par  l'effet  ciu  re- 
froidissement ou  de  la  déperdition  du  calo- 
rique, et  qu'ainsi  l'attraction  devenue  pré- 
pondérante opère  la  condensation  de  la  ma- 
iière.  Ici  encore  il  y  a  une  contradiction  et 
une  impossibilité.  En  effet,  entre  deux  mo- 
lécules matérielles  dont  les  températures 
sont  égales,  il  ne  saurait  se  produire  aucun 
effet  tberœolo^iqne  ;  or,  la  matière  diffuse 
étant  nécessairement  et  de  toute  éternité 


également  ineandescen:e  dans  toute  sor 
étendue,  tout  phénomène  thermologique  de 
molécule  à  molécule  était  impossible  :  il  n'a 
donc  pu  y  avoir  aucune  déperdition  de  cha- 
leur; l'équilibre  entre  les  températures  de 
chaaue  molécule  est  éternel  et  doit  persévé- 
rer à  jamais,  suivant  les  lois  fondamentales 
Ïui  régissent  les  phénomènes  de  la  chaleur. 
>u'est-ce  donc  que  celte  déperdition  de  la 
chaleur  que  suppose  l'hypothèse?  Elle  na 
peut  signifier  autre  chose  que  la  dissémina- 
tion de  la  chaleur  dans  l'espace.  Mais  l'es- 
pace, c'est  Je  vide  absolu,  et  la  chaleur  étant, 
d'après  la  tnéorie,  une  propriété  essentielle 
de  la  matière,  il  ne  peut  y  avoir  chaleur  là 
où  il  n'y  a  pas  matière  ;  s'il  n'en  érait  ainsi, 
il  faudrait  admettre  la  matière  infinie  ou  le 
plein  absolu,  ce  qui  serait  une  absurdité.  La 
chaleur  n'a  donc  pu  se  perdre  dans  l'espace. 

Est-ce  assez  de  contradictions?  Non,  rhjr- 
pothèse  matérialiste  porte  encore  à  la  logi- 
que une  dernière  atteinte  que  nous  devons 
signaler.  En  effet,  elle  conclut  directement  à 
la  solidification  complète  de  toute  matière 
par  la  déperdition  totale  de  la  chaleur  pri- 
mitive. De  l'aveu  de  tous  ceux  qui  1  ont 
adoptée,  notre  état  phénoménal  actuel  tout 
entier  n'est  que  la  série  des  termes  par  les- 
quels le  phénomène  marche  de  son  origine 
où  de  son  premier  terme  qui  est  la  diffusion 
illimitée  et  l'incandescence  excessive  de  la 
matière  vers  sa  fin,  vers  son  dernier  terme, 
qni  est  la  condensation  illimitée  et  le  froid 
absolu.  Or,  quel  que  soit  l'espace  de  temps 
qui  s'écoule  entre  le  premier  et  le  dernier 
terme  de  ce  phénomène  général,  ce  temps 
est  nécessairement  et  essentiellement  limité, 
puisque  ce  temps  mesure  une  série  de  phé- 
nomènes dont  le  nombre  est  fatalement  dé- 
fini :  par  conséquent,  le  phénomène  général 
tout  entier  a  dû  nécessairement  être  accom- 
pli de  tout  temps,  puisque  la  matière  est, 
par  hypothèse,  éternelle,  et  que  toute  durée, 
quelque  longue  gu'on  la  suppose,  est  tou- 
iours  et  nécessairement  nulle  par  rapport  à 
l'éternité;  d'où  il  suit  enfin,  comme  dernière 
conséquence,  que  tout  ce  qui  existe  n'existe 
pas  :  ce  qui  est  une  absurdité  métaphysique. 

Ainsi,  jusqu'à  ce  qu*il  devienne  possible 
d'effacer  de  l'esprit  des  hommes  le  signe  spi- 
rituel qui  répond  à  l'idée  d'infini  et  qui  est 
la  base  de  toutes  les  sciences ,  toute  doctrine 
matérialiste  sera  nécessairement  ou  une  con- 
tradiction scientifique  ou  une  absurdité  mé- 
taphysique. 

G  EN  KE8  FOSSILES,  dédlctiotvs  géologi- 
ques. —  Si  nous  considérons,  dans  ses  rap- 
ports intimes  avec  la  géologie,  le  genre  ra- 
mené à  sa  juste  valeur,nous  verrons  avec  évi- 
dence que  le  genre,  une  fois  bien  défini,  est 
un  caractère  positif  on  négatif  d'une  grande 
importance,  pour  arriver,  par  comparaison 
avec  les  faits  acquis  à  la  science,  a  recon- 
naître l'âge  relatif  d'un  lambeau  de  terrain 
séparé  des  étages  supérieurs  et  inférieurs 
qui  devraient  l'accompagner,  ou  d'une  con* 
trée  sur  laquelle  on  n'a  pas  de  données 
géologiques.  Le  tableau  suivant  fera  res- 
sortir cette  importance. 


S83 


CKN 


DICTIONNAIRK  DE  CCS.HOGOME 
RÉCAPITULATION  GÉNÉRALE 

DU   KOMBRE   DES  GENRES  VIVANTS  ET   FOSSILES 

Appartenant  aux  divisions  zoohgiques  suirantes  : 

GENRES. 


G  EN 


6M 


DIVISIONS 

H 

us 

• 

ZCOLO;iQUES. 

FOSSILES. 

eu  généra 

05    « 

•H 

S   «3 

r.    -jt   3 

H          «A 

C.   z  n 

K  c  2 

K^minircrcs. 

279 

ils 

47 

68 

464 

413 

Oiseaux.                                             • 

300 

U 

57 

6 

26<$ 

44 

heplilcs. 
Poissons. 

200 

67 

45 

54 

420 

67 

65S 

278 

70 

499 

5(:0 

278 

CnisUicés  (361). 

268 

100 

52 

68 

46«; 

400 

Céphalopodes  acélabulifêres. 

53 

18 

5 

45 

*/> 

18 

Céphalopodes  leulaeulifcres. 

5$ 

56 

i 

55 

> 

56 

Guslcropodes  lerreslres  el  fluvialiles. 

22 

17 

46 

4 

5 

17 

Gasléropodes  marins. 

116 

421 

90 

31 

25 

4 

447 

Lamellibranches  fluvialilcs 

a 

5 

5 

1 

6 

5 

Lamellibranches  marins. 

101 

92 

67 

25 

9 

M 

85 

Brachiopodcs. 

41 

A\ 

9 

52 

1 

5 

58 

Rryozoaires. 
Ecuinoderincs  échinîdes. 

86 

69 

21 

48 

48 

2 

67 

92 

71 

22 

49 

21 

74 

Eclilnodernies  crinoiJes. 

K9 

58 

2 

56 

4 

58 

Echiuodcrmcs  aslérotdcs. 

20 

6 

5 

5 

44 

6 

Echinodermes  ophiuroiJes, 

20 

40 

4 

9 

40 

40 

Zoophyles. 

509 

216 

58 

478 

95 

216 

Foraniiiiircres. 

87 

75 

50 

25 

44 

75 

Amorpliozoaircs  tcstaccs. 

3<$ 

55 

9 

4 

5S 

Amorphozoaires  cornés. 

45 

4 

4 

1 

44 

1 

Totaux.      2,799      4,475 


659 


953       4,524 


4G 


4,457 


Du  tableau  précédent  qui  contient,  moins 
Î6&  insectes,  les  annélides  et  les  autres  ani- 
maux mous  qui  n'ont  pu  laisser  de  traces 
dans  les  couches  lerreslres,  Tenserable  ap- 
T)roxiraatif,  par  série  zoolo^ique,  \\{is  nom- 
bres de  genres  généralement  admis  en  zoo- 
logie et  en  paléontologie,  on  peut  déduire 
les  proportions  suivantes: 

Les.gcnres  vivants  et  fossiles  conuus  s'élèvent 
environ  à  '  2,799 

Sur  ce  nombre,  sont  seulemeul'vivanls  et 
uon  fossiles.  4,524 


11  reste  en  genres  fossiles.  4,475 

Si  ces  1473  genres  occupaient  tous  les  éta- 

§e$  géologiques,  depuis  le  commencement 
e  Tanimalisation  jusqu'à  présent,  ils  ne  so- 
raiontd*auoune  utilité  pour  la  géologie;  mais 
il  n'en  est  pas  ainsi  :  car,  sur  ce  nombre  y 
nous  trouvons  : 

Genres  fossiles,  occiipant  tous  les  étages.  46 

Genres  perdus,  limilés  dans  les  élages.      955  \ 
Genres  encore  vivants ,  limités  dans  les        )  1457 
étages  559 1 

Total  égal,    1475 

Ainsi  donc,  il  est  certain  que,  sur  les 
1(^73  genres  connus  à  l'état  fossile,  16  seu- 
lement traversant  tous  les  éla:.^es,  il  re2>te 
1457  genres  limités  dans  les  éUi^es  et  of- 
frant des  moyens  d'application  en  géologie  : 
cl  6ur  ce  nombre  933,  ou  près  dos  deux  tiers, 
Cellement  limités,  qu'ils  sont  perdus  pour 
Tépoquc  aolucilc.   On  voit  encore  que  ces 


1457  genres,  bien  constatés  dans  les  étages, 
nous  donnent,  comi)arativemcnt  par  leur 
présence  ou  par  leur  al.sencè  dans  les  ter- 
rains el  dans  les  étages  géologiriucs,  1457  ca- 
ractères po5t7i/ir,  et  1457  caractères  n^fgatifs^ 
en  tout  2914  caractères  stmh'ffraphiqufsù'xïnf* 
grande  puissance,  parce  que,  se  rattachant 
a  toutes  les  séries  animales,  ils  se  trouvent 
dans  toutes  les  conditions  diverses  de  fossi- 
lisation et  de  dépôts  terrestres  et  marins. 
Voyons  successivement  ces  deux  caractères 
slratigraphiques. 

Des  caractères  strati graphiques  négatifs,— 
Nous  appelons  ainsi  les  caractères  que  lour- 
nit  dans  un  terrain  ,  dans  un  étage,  fab- 
sence  des  genres,  de  la  forme  r.oologique, 
reconnus  jusqu'à  présent  en  d'autres  ter- 
rains, en  d'autres  élages.  Donnons  en  quel- 
ques exemples  saillants  qui  ressortent  de 
la  réi>arlition  des  ôlres  à  la  surface  du  gloire. 
Quand  nous  voyons  les  triloOiies^  un  grand 
nombre  de  céphalopodes,  de  brachioi>odes, 
de  bryozoaires,  de  crinoïdesv  de  zoophj- 
les,  etc.,  ne  pas  sortir  des  ttrirains  |»aléo- 
zoï((ue$,  et  disparaître  à  celle  époque,  cef 
genres  deviennent  autant  <;'e  cnraolères  né- 
gatifs pour  tous  les  étapes  rowiï>''is  dans  «es 
terrains  triasiciucs,  jurassitjuc»  rretacés  et 
tertiaires,  où  ilsmamiuent  jusqu'à  jirésenl, 
Presrpjc  tous  les  genres  tie  mnniinifores, 
de  reptiles,  de  poissons,  i)eanct>up  do  genres 
de  mollusques  gastéropodes,  de  mollusques 
laniellibranchcs,  etc.,  etc.,  ne  descendent, 
au  contraire,  jamais,  d'après  les    connais* 


(561)  Les  donnH's  sur  lofi  insectes  vi  sur  Icsnnné-     rni  devoir  ne  pas  citer  ici  les  genres  de  cgb  deux 
lidcs  laissant  encore  beaucoup  à  dôsiror,  nous  avons     t>crios. 


a:. 


GE>i 


ET  DE  rALEÔNTOLOGB. 


CE!^ 


M6 


sanecs  acluellest  dans  les  terrains,  paléo- 
zoïaues,  et  peuTenl  leur  fournir  des  ca- 
ractères négatifs  constants.  En  résumé, 
comme  nous!  avonsdît  plus  hau(,nousToyons 
que  sur  U73  genres,  1457. peuvent  nous 
otfrif  des  caractères  né.zalife  dans  les  ter- 
rains et  dans  les  étages.  En  supposant  même 
qu^on  découvre  quelques  exceptions  h  ces 
résultats,  le  chiffre  principal  est  si  consi- 
dérable, qu'il  restera  toujours,  pour  cha(|ue 
terrain,  quelques  centaines  de  formes  gé- 
nériques pouvant  servir  de  caractères  stra- 
ti^phiques  négatifs,  comme  on  pourra  le 
voir  dans  le  tableau  suivant  destiné  à  faire 
ressortir,  par  terrain,  et  suivant  les  divisions 
zoologiques,  le  nombre  des  genres  qu*on peut 
appliquer  diaprés  nos  tableaux  successifs. 

Il  résultera  évidemment  de  ce  tableau, 
gae  les  caractères  né^tifs  sont  d*une  haute 
importance  en  géologie,  comme  moyen  d'ap- 
plications, |K)ur  déterminer,  par  comparai- 
son avec  ce  que  nous  connaissons,  Tâge  de 
ces  lambeaux  isolés  uu'on  trouve  quelque- 
fois sur  Mes  roches  d'éruption,  ou  pour  ar- 
river k  connaître  Page  des  animaux  fossiles 
rapportés  de  contrées  sur  lesquelles  on  n'a 
pas  de  données  géologiques  suffisantes. 

Caractères  êlratigraphiqueê  positifs.  — 
Nous  appelons  ainsi  les  rormes  animales, 
les  genres  qui  existent  dans  un  terrain,  dans 
UQ  étage,  et  dont  les  limites  connues  dans 
ces  terrains,  dans  ces  étages,  offrent  autant 
lie  caractères  positifs,  en  opposition  avec  les 
caractères  négatifs.  En  prenant,  en  effet,  le 
contre-pied  de  ce  que  nous  avons  dit  aux 
caractères  négatifs,  on  aura  les  caractères 
positifs  ;  on  verra,  par  exemple,  que  presque 
tons  les  genres  de  mammifères,  de  mollus- 
ques terrestres,  offrent,  ainsi  qu'une  raulti- 
tiulc  de  genres  des  autres  classes,  un  moyen 
de  reconnaître  les  terrains  tertiaires;  auo 
beaucoup  de  céphalopodes,  de  brachiojpooes, 
di%  bryozoaires  sont,  avec  les  trilobites  et 
an  grand  nombre  de  genres  des  autres  sé- 
ries, des  moyens  puissants  de  reconnaître 
les  terrains  paléozoïques.  En6n,  en  prenant 
les  ^nltats  numériques  qui  précèdent,  et 
ceu\  qui  suivent,  nous  voyons,  pour  toute 
la  zoologie,  1457  genres  offrant,  par  leurs 
limites  dans  les  étages  géologi€[ues,  d'excel- 
lents caractères  positifs.  Ces  limites  mêmes 
sont  si  vraies  que,  sur  ce  nombre  de  1i57 
genres  limités  dans  les  étages,  539  arrivent 
seulement  jusqu'à  nous,  après  avoir  traversé 
pins  ou  moinsdc  terrains  et  d'étages  ;  tandis 
que  933,  ou  près  du  double,  se  sont  éteints 
suceessiveroent  dans  les  âges  du  monde ,  et 
ne  sont  pas  arriva  jusqu'à  notre  époque. 
On  voit  que,  dût-on  trou  ver  quelques  genres 
plus  on  moins  étendus,  au  delà  des  limites 
«loi  nous  sont  connues  aujourd*bui,  il  en 
restera  toujours,  pour  chaque  terrain  et  pour 
chaque  élagc,  un  nomlMre  assez  considérable 
pour  les  caractériser  parfaitement. 

En  noos  résumant  sur  les  caractères  stra- 
tigrapbiques  ^es  genres,  on  voit  que  les 
t$57  genres  offrant  des  caractères  positifs 
itous  donnent,  par  leurs  limites  dans  les 
ii^es  géologiques,  autant  de  caractères  né- 


gatifs, et,  par  conséquent,  St9l4  caractères 
stratigraphiques,  qu*on  pourra  invoquer  pour 
reconnaître  l'Age  d'un  terrain,  d'un  étage, 
sur  lequel  on  n'aur*  pas  de  données  géo- 
logiques, aussi  cer  >«inement  que  si  des  es* 
pèces  identiques  venaient  en  indiquer  la 
contcmporanéité  parfaite  avec  des  étages 
bien  connus.  Il  résulte  des  ensembles  de 
faune,  tellement  tranchés,  qu'avec  de  l'ha- 
bitude, en  pdrtantdosfailsac<(uisà  la  science, 
on  arrive,  par  comparaison,  à  dire  posi- 
tivement que  cette  laune  fossile,  sur  la- 
quelle on  n'a  pas  de  renseignements  géolo- 
giques, doit  être  placée  dans  Tordre  'chro- 
nologique, seulement  à  tel  âge  stratigraphi- 
que.  C'est  un  des  résultats  auxquels  ont 
conduit  les  recherches  sur  la  |ialéontologie 
générale;  résultat  qui,  comme  on  l'a  vu, 
n'offre,  jusqu'à  présent,  que  16  exception!^ 
sur  1473,  ce  qui  ne  modiGe,  en  rien,  la  gé- 
néralisation et  l'importance  de  ce  caractero 
d'application  tiré  du  genre. 

Persistance  des  caractères  stratigraphiques 
positifs.  —  Sous  celte  rubrique,  nous  avons, 
a  chacpie  classe,  parlé  d'un  caractère  des 
genres,  qui  a  autant  d'importance  zoolo- 
gique que  géologique.  C'est  cette  persis- 
tance qui  fait  que,  lorsqu'un  genre  cora- 
inence  à  se  montrer,  il  se  trouve  ordinai- 
rement dans  tous  les  élages  intermédiaires, 
jusqu'à  ce  qu'il  disparaisse  entièrement  ou 
qu  n  arrive  à  l'époque  actuelle.  Les  gen- 
res éteints  pour  la  faune  contemporaine, 
comme  ceux  qui  ont  encore  des  représen- 
tants dans  la  faune  actuelle,  sont  dans  le 
même  cas.  Citons  quelques  exemples.  Parmi 
les  mammifères,  on  voit  les  genres  lutra^ 
ranisy  rirerra,  se  montrer  dans  tous  les 
étages,  depuis  leur  première  apparition  jus- 
qu'à l'époque  actuelle  ;  les  oiseaux  dont  on 
connaît  si  peu  de  traces  fossiles,  montrent, 
néanmoins,  ce  caractère.  Il  en  est  de  mêoie 
des  genres  noÊililus,  ammonites^  orthoesra^ 
titts^  parmi  les  céphalopodes;  des  genres 
trorhusj  turbOf  chêmnitna^  parmi  les  gas- 
téropodes; des  genres  acicula^  cardium. 
nuctUa,  parmi  les  lamellibranches  ;  des  gen- 
res terébratula^  rynchonélla,  atrypa^  orthisn 
spirifer^  parmi  les  brachiopodes  ;  des  genres 
diastopora^  entalophora^  parmi  k^  bryozoai- 
res ;  des  echinus^  des  cidaris^  des  pentacri- 
fiiM,  parmi  les  échinodermes;  des  synos- 
trea^  parmi  les  zoopby  tes  ;  des  cristelMria , 
parmi  les  foraminifères,  etc.,  etc.  Quand  on 
comi  are  le  nombre  des  genres  qui  offrent 
cette  persistance  si  marquée  à  travers  tous 
les  étages,  à  ces  Quelques  formes  i^lées, 
ne  dépassant  pas  fe  chiffre  de  Iroîf  powr 
cent^  qui»  au  contraire,  attestent  une  grand# 
interruption  entre  le  premier  étage  oik  Up 
sont  nés  et  ceux  où  ils  reparaissent  de  nou- 
veau, on  est  forcé  de  conclure  q^e  la.  pef- 
sistance  est  le  fait  général,  tandis  qpie  ki 
non -persistance  est  l'exception. 

Nous  insistons  beaucoup  sur  cette  con- 
clusion, basée  sur  la  généralisation  des  fiûts, 
parce  qu^elle  nous  offre,  dans  legenre  foripant 
exception,  unmotifdeplusde  l'étudier  scit|- 
puleusemenl,  aiiade  voir  si  cette  exception 


DlCTIO^.'V     Dk:   COSUOI.O?(1B  et   DC  PllÉO.NTOlOiïlC. 


19 


5r 


G^ 


IiICTIONNAlRK  UK  COS\IOCO.M£ 


GEO 


5» 


rsl  réelle,  on  s\  cHe  n  f^i  f»«*,  «léu  riiiîn<^  par 
une  feuss*?<JéltTnjin;i!ion.  On  a  rer-oonu que 
ÏH'ancoupiie  ces  exc<-[ilioiis  étaient,  en  effet, 
produites  par  «Jfs  erreurs.  Néauoioins,  comme 
il  en  reMe  emcre,  il  est  lK>n  de  se  fixer  sur  le 
jugement  qu'on  en  doit  fi^irter,  sous  le  raf>- 
porl  des  earactères  straligrapliiques.  Quand 
un  genre  manque  dans  un  oa  plusieurs  éta- 

RÉCAPITULATION  GÉNÉRALE, 


gcs«  font  en  é!anl  représenté  dans  les  eu 
^es  inférieurs  et  supérieurs,  il  faut  croire 
que,  s'il  n*a  pas  été  rencontré  dans  les  étages 
intermédiaires,  il  doit,  sans  aucun  douter 
evîster  sur  des  points  géologiques  emore 
inconnus  à  la  Siience,  et  sa  nom-prùence 
dans  cette  partie  intermédiaire  ne  peut  fttre 
regardée  comme  un  fait  négatif. 


SCITAXT  LES  MT1SI0XS  ZOOIjOCIQIE.S, 

Du  wonért  àe%  tfemm  poasûmt  sertir  de  utrûdères  pôâtifê  ef  Mégalif$  dans  ie$  terrûvis  géolêp^nn 


GL.\R 

ES  FOI 

IIXA5 

TCARj 

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ES  pas 

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»  ET  ] 

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1 

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Paléoioîqves. 

1  nasiques. 

lnn.«iques. 

tjviAcCs. 

Tertia 

DIVISIONS  ZOÛLOr.lQLXS. 

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l 

Mainmireres. 

• 

lir. 

» 

115 

2 

113 

ff 

115 

113 

2      400 

Oiseaox. 

• 

44 

» 

44 

1 

44 

5 

41 

41 

5       66 

Reptiles. 
Poissons. 

2 

65 

18 

49 

27 

47 

16 

51 

21 

46      276 

67 

491 

15 

265 

56 

222 

46 

232 

Ul 

131    1,000 

Cnistarés 

40 

60 

2 

92 

36 

64 

6 

94 

H 

76   1,000 

Céplialopofles  acélalNilirères. 

t 

18 

1 

17 

12 

6 

4 

14 

7 

Ul^*« 

Géptialopodes  tentacutifcrcs. 

ft 

14 

7 

29 

7 

29 

14 

22 

1 

Gastéropodes  terrestres  et  fluviaiilcs. 

> 

17 

> 

17 

• 

17 

1 

16 

17 

2*  1 6.215 

OaslérofMNles  marins. 

29 

9i 

20 

101 

38 

83 

57 

64 

94 

LanidHbranebes  fluvialiles. 

» 

5 

> 

5 

1 

4 

2 

3 

5 

»l  6,301 

Laniellibrancbes  marins. 

Î7 

05 

27 

65 

52 

40 

59 

33 

69 

Bracliiopodes. 

25 

16 

7 

34 

8 

33 

20 

21 

8 

33   1,513 

Hryo/oaires. 
lù'hinmlermTS  écliînldes. 

2i 

45 

3 

66 

21 

48 

36 

33 

29 

40   1,676 

3 

68 

2 

69 

19 

.52 

39 

32 

35 

58      695 

£diinodenDes  crinoides. 

40 

18 

2 

56 

11 

47 

7 

51 

2 

56      286 

KchinodHrmes  astéroïdes. 

i 

5 

1 

5 

5 

1 

3 

3 

1 

5        40 

E^sbiitodermes  opblorolJes. 

t 

8 

3 

7 

5 

5 

2 

8 

» 

8        !9 

Zoophyiés. 

4>8 

178 

12 

204 

57 

159 

73 

Ui 

6.n 

135    1,133 

r«i.'ariiniféres. 

1 

7i 

1 

73 

10 

63 

36 

37 

57 

16      657 

Aworpbozoaires  testacés. 

S 

52 

iO 

25 

17 

18 

27 

8 

1 

54      409 

Amarphozoaires  cornés. 

• 

1 

1 

1 

» 

i 

1 

> 

1 

»          3 

Totaux.  .  .    324  1,129    130  1,337     384  1,096    452  1,022    730  719  22,937 


GEOLOGIE  (Histoire  de  la).  —  La  géo- 
logie (de  7Â,  terre,  et  Xôvoc,  t^ilé  on  icience) 
est  la  science  qui  traite  des  changements 
successifs  qui  se  sont  opérés  dans  les  règnes 
organiqiie  et  inorganique  de  la  nature  :  elle 
rechercne  les  causes  de  ces  changements  et 
leur  influence  sur  les  modifications  que  la 
surface  du  globe  et  sa  structure  intérieure 
ont  subies.  A  l'aide  de  nos  investigations  sur 
l*état  de  la  terre  et  de  ses  habitants,  en  des 
temps  reculés,  nous  acquérons  une  connais- 
sance plus  parfaite  de  sa  constitution,  et 
iious  obtenons  des  notions  plus  étendues  sur 
les  lois  qui,  à  Tépoque  actuelle,  gouvernent 
-ses  productions  animées  et  inanimées.  Lors- 
que noud  étudions  Thistoire ,  la  comparai- 
son de  rétat  présent  et  de  Tétat  passé  de  là 
société  donne  à  notre  jugement  sur  la  nature 
humaine,  plus  de  rectitude  et  de  profondeur. 
Nous  découvrons  la  longue  série  d'événe- 
ments qni,  peu  à  peu,  ont  amené  les  choses 
•à  leur  état  actuel.  Si  nous  prenons  soin  d'en- 
chaîner les  effets  à  leurs  canses  nous  arri- 
vons sans  peine  h  classer  et  h  graver  dans 
notre  mémoire  uiie  multitude  de  rapports 
compliqués,  tels  que  les  diverses  parlicula- 
rilés  du  caractère  nationaî,  les  différents  de- 


grés de  perfectionnement  moral  et  intellec- 
tuel ,  et  une  infmité  (fautres  circonstances 
qui,  sans  Taide  de  THistuire,  seraient  oa 
mal  comprises  ou  dénuées  d'intérêt.  De 
même  que  la  condition  présente  des  nations 
est  le  résultat  d'un  grand  nombre  de  change- 
ments antérieurs»  les  uns  d'une  date  extrê- 
mement ancienne,  les  autres  d*une  origine 
récente,  les  uns  graduels,  les  autres  subits  et 
violents;  de  même  l'état  du  monde  physique 
est  le  résultat  d'une  longue  suite  d'événe- 
ments. Si  donc  nous  voulons  ajouter  quel- 
que chose  à  nos  connaissances  sur  l'ordre 
actuel,  il  nous  faudra  rechercher  les  effets 

aui,  dans  les  temps  anciens,  ont  été  le  pro- 
uit  des  diverses  opérations  de  la  nature. 
Quand  nous  jetons  un  coup  d^œil  en  ar- 
rière sur  les  annales  des  nations,  nous  re- 
marquons souvent  avec  surprise  combien  1^ 
succès  de  telleou  telle  bataille,  dès  longtemps 
oubliée  par  la  niasse  des  peuples,  a  eierr) 
d'influence  sur  le  sort  de  plusieurs  millions 
de  nos  contemporains.  Nous  trouvons  qu'à 
cet  événement  éloigné  se  rattachent  les  bor- 
nes géographiques  d'un  grand  Etat,  le  lan- 
gage actuellement  parlé  (lar  ses  habitants, 
leurs  mœurs  caractéristiques,    Uurs  lois  et 


w 


CEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


CEO 


r9î 


lears  opinions  religieuses.  Mais  combien 
plos  étonnants  encore  et  plus  inattendus 
sont  les  rapports  qui  viennent  nous  frapper, 
fMûod  c'est  ITiistoire  de  la  nature  que  nous 
interrogeons  I  La  forme  d'une  côte,  la  confi- 

fDFation  intérieure  d*un  pays,  Texistence  et 
étendue  des  lacs,  des  YaÛées  et  des  monta- 
gnesy  peuvent  souvent,  dans  des  régions  de- 
puis longtemps  tranquilles,  être  attribuées 
à  quelque  action  ancienne  de  tremblements 
de  terre  et  de  volcans.  A  ces  convulsions 
éloignées  peuvent  aussi  se  rattacher,  d'une 
manière  distincte,  la  fertilité  actuelle  de  cer- 
tains pays,  la  stérilité  de  quelques  autres, 
FéiévatioB  du  sol  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer,  le  climat  et  diverses  autres  particula- 
rités. D'un  autre  côté,  on  peut  encore  rai>- 
porter  un  grand  nombre  de  traits  caractéris- 
tiques de  la  surface  du  globe,  soit  à  Faction 
produite  jadis  par  certaines  casses  lentes  et 
tranquilles,  telles  que  les  dépôts  sédimen- 
taires  qui  se  sont  ibrmés  dans  les  lacs  ou 
dans  rOcéan,  soit  à  raccroissement  des  tes- 
tâtes et  des  coraux. 

A  ces  divers  exemples,  j'aiouterai  encore 
les  couches  de  charbon  que  1  on  trouve  dans 
certaines  localités.  Ces  couches  sont  comi>o* 
sées  de  substances  végétales,  lesquelles  ont 
été  antrdbis  entraînées  dans  des  mers  et  des 
laes.  Outre  que,  depuis  la  formation  des  de- 
puis en  question,  ces  mers  et  tes  lacs  ont 
été  comblés,  les  terres  mêmes  sur  lesquelles 
jadis  s'élevaient  les  forêts  qui  alimentaient 
les  couches  de  charbon  ont  oisparu  ou  chan- 
gé de  forme;  les  rivières  et  les  courants  qui 
servaient  au  transport  des  masses  végétales 
Q*ont  laissé  aucune  trace  ;  et  les  plantes,  de 
même  que  les  espèces  auxquelles  elles  ap- 
partenaient,  ont,  depuis  bien  des  siècles, 
disparu  de  la  surface  du  globe.  Cependant  la 
prospérité  commerciale  et  la  force  numéri- 
que d'une  nation  peuvent  aujourd'hui  dé- 
pendre, en  très-grande  partie,  de  la  distribu- 
tion locale  du  combustible  déterminée,  com- 
me on  le  voit,  par  cet  ancien  étal  de  choses. 
La  géologie  est  aussi  intimement  liée  à  la 
plupart  des  sciences  physiques  que  l'His- 
toire Test  h  la  morale.  Un  historien  devrait, 
s*il  était  possible,  être  à  la  fois  profondé- 
ment versé  dans  la  morale,  la  politique,  la 
jurisprudence,  lart  militaire,  fa  théologie; 
UaDs  toutes  les  sciences,  en  un  mot,  qui 
péarent  le  conduire  à  la  connaissance  la 
plus  parfaite  des  affaires  humaines,  on  de  la 
nature  morale  et  intellectuelle  de  Fhomme. 
De  même,  il  serait  à  souhaiter  aussi  qu'un 
géologue  pût  avoir  des  notions  élendues, 
tant  sur  la  chimie  et  sur  la  physique  que 
»ur  la  minéralogie,  la  zoologie,  Fanatomie 
comparée,  la  botanique,  et  toutes  les  autres 
branches  des  sciences  qui  se  rapportent  à  la 
nature  organique  et  inorganique.  A  Taide 
de œs  connaissances,  Vhistorien  et  le  géolo- 
gue manqueraient  rarement  de  tirer  des  con- 
séquences   exactes  et  philosophiques  des 
'livers  monmaeiita  qui  rendent  témoignage 
ries  événements  passés.  Ils  sauraient  h  quelle 
coBibinaboo  de  causes  devaient  se  rappor- 
ter certains  effets  analogues  à  ceux  qui  se 


passent  sous  leurs  yeux  ;  ils  pourraient  sou- 
vent suppléer,  par  induction,  à  des  rensei- 
enements  positifs  sur  un  grand  nombre  de 
rails  non  consignés  dans  les  annales  défec* 
tueuses  de  Tantiquité.  Mais  comme  une  si 
grande  variété  de  connaissances  ne  peut 
^lère  se  rencontrer  dans  un  seul  individu, 
il  devient  nécessaire,  pour  alleiiidre  ce  but, 
que  ceux  qui  cultivent  les  sciences,  dont 
nous  venons  de  parler,  réunissent  leurs 
talents  et  leurs  efforts.  Ainsi  Thisiorien  s'ai- 
dera des  lumières  de  Tantiquaire  et  de  celles 
des  hommes  qui  s'adonnent  aux  diverses 
branches  de  la  morale  et  de  la  politique  ;  de 
son  côté,  le  géologue  aura  recours  à  diffé- 
rents naturalistes;  à  ceux  surtout  qui  se 
livrent  à  Télude  particulière  des  débris  fos- 
siles que  les  espèces  perdues  d'animaux  et 
de  plantes  ont  laissés. 

L'analogie  des  monuments  consultés  en 
géologie  et  en  histoire  ne  s'étend,  toutefois, 
qu'à  une  seule  classe  de  monuments  histo- 
riques, à  ceux  dont  on  peut  dire  que  le  ha- 
9ard  les  a  chargés  de  perpétuer  la  mémoire 
des  événements  passés.  Les  canots,  par 
exemple,  et  les  haches  de  pierre  quon 
trouve  dans  les  tourbières  d'Angleterre,  don- 
nent aux  nouveaux  habitants  de  cette  Ile  une 
idée  des  arts  grossiers  et  (\cs  mœurs  de  leurs 

t)rédécesseurs  ;  les  pièces  de  monnaie  que 
'on  rencontre  parfois  dans  la  terre  indiquent 
la  date  du  règne  de  tel  ou  tel  empereur  romain; 
lesancienscampementsfontconnaltréleslieux 
occupés  autrefois  par  des  armées  envahis- 
santes, et  la  manière  dont  étaient  construi- 
tes les  défenses  militaires  ;  les  momies 
égyptiennes  nous  fournissent  des  données 
sur  l'art  d'embaumer,  sur  le  mode  de  sépul- 
ture en  usage  dans  l'ancienne  ^ypte,  sur  la 
stature  moyenne  de  l'espèce  humaine  dont 
les  indivious  peuplaient  cette  antique  con- 
trée. Or  ce  genre  de  monuments  coromé- 
moratifs,  qui  ne  le  cède  à  nul  autre  en  au- 
thenticité, ne  forme  qu'une  faible  partie  des 
ressources  de  l'historien,  tandis  qu'en  géo- 
logie, il  constitue  la  seule  preuve  qui  soit 
à  notre  disposition.  Nous  ne  pouvons  donc 
espérer  d'atteindre  à  la  connaissance  par- 
faite d'aucune  série  d'événements ,  m  de 
parvenir  à  suivre  leur  enchaînement  lors- 
que ces  événements  remontent,  au  delà  des 
temps  historiques.  Quant  au  témoignage  des 
monuments  géologiques,  s'il  est  souvent  in- 
complet, il  possède,  en  revanche,  Tavantago 
d'èlre  à  l'abri  de  tout  soupçon  d'inexacti- 
tude. Nous  pouvons,  il  est  vrai,  tout  aussi 
bien  nous  tromper  dans  les  conséquences 
que  nous  déduisons  des  faits  soumis  à  nos 
observations,  que  nous  sommes  exposés  à 
nous  méprendre  sur  le  genre  et  sur  1  impor- 
tance des  phénomènes  qui  s'opèrent  dans  le 
cours  journalier  delà  nature;  mais  ici,  du 
moins.  Terreur  ne  peut  aller  au  delà  de  Tin- 
lerprétation,  de  sorte  que  si  cette  interpré- 
tation est  exacte ,  nos  connaissances  devien- 
nent certaines. 

Tant  que  dura  l'enfance  de  la  civilisation, 
les  limites  de  l'histoire,  de  la  poésie  et  de 
la  mvthologie  rosîèrcnt  indéterminées;  il  en 


^31 


GEO 


D1CT!0NNÂ1U£  DE  COSMOGOMG 


GLO 


m 


lut  de  môme  de  la  géologie  :  ta  nature  dis- 
tincte et'  son  but  positif  n'ayant  été  recon- 
nus que  très-tard,  elle  demeura  longtemps 
confondue  avec  plusieurs  autres  sciences. 
Au  temps  de  Werner  même,  c'est-à-dire,  à 
la  fin  du  xvin*  siècle,  elle  n'était  considérée 
que  coiniiic  une  branche  secondaire  de  la 
minéralogie;  il  fallait,  suivant  De^marest, 
la  ranger  dr.ns  le  domaine  de  la  géo;^raphie 
j)hysique,  La  cause  la  plus  probable  et  la 
]»lus  p:énérale  de  celte  confusion  tenait  à  ce 
que  1  ou  voulait  imposer  «^  la  géologie  de 
découvrir  le  mode  d'ori;4;ine  de  la  terre,  ©u, 
comme  riraa^inaicnt  quelques-uns,  d'étu- 
dier *es  effels  des  forces  cosmogoniques  mi- 
ses en  usage  par  fauteur  de  la  nature  pour 
tirer  cette  planète  du  cbaos,  et  pour  l'ame- 
ner au  point  d'hùbUabilité  et  de  perfection 
où  elle  est  aujourd'hui.  Hutton  fut  le  fire- 
mier  qui  tenta  de  tracer  une  ligne  de  démar- 
cation fortement  prononcée  entre  sa  science 
favorite  et  la  cosmogonie  ;  il  déclara  que  la 
géologie  était  entièrement  étrangère  «  aux 
questions  relatives  à  l'origine  des  choses.  » 

Les  doctrines  les  plus  anciennes  des  phi- 
losophes de  l'Inde  et  de  l'Egypte  s'accordent 
toutes  h  attribuer  la  création  première  du 
inonde  à  un  être  infini  et  tout  puissant.  Tou- 
tes aussi  soutiennent  d'un  commun  acconi 
que  cet  être,  existant  de  toute  éternité,  a 
détruit  et  réformé  plusieurs  fois  le  monde 
et  ses  habitants.  «  Les  Institutes  ou  Lois  de 
Manou,  »  le  livre  sacré  des  Indous,  auquel, 
dans  sa  forme  actuelle ,  sir  William  Jones 
attribue,  pour  le  moins,  une  ancienneté  de 
huit  cent  Quatre-vingts  ans  avant  Jésus- 
Christ,  renierme,  en  vers  remarquables  , 
l'exposé  suivant  du  système  de  destruction 
et  de  reproduction  alternatives  du  monde  : 

L'Etre  dont  la  puissance  est  incompréhen- 
Êtblcy  nCayant  rréé^  moi  (Manou)  et  cet  univers^ 
s'absorbera  de  nouveau  dans  tintelligenve  su- 
prême^ abandonnant  ainsi  le  temps  de  Nner» 
giepour  le  temps  du  repos. 

Quand  cette  puissance  s'éveille^  le  monde 
reçoit  son  entière  expansion  ;  mais  dés  miun 
sommeil  tranquille  vient  à  s'emparer  (telle^ 
tout  le  système  s'anéantit.,.  Car^  tandis  quen 
quelque  sorte  elle  repose^  les  âmes  revêtues 
d'un  corps  et  douées  du  pouvoir  d'agir  ces* 
sent  de  se  livrer  à  leurs  diverses  actions^  et 
l  esfrit  lui-même  devient  inerte. 
'  Mançu  décrit  ensuite  l'absorption  de  tous 
les  èlrcs  dans  la  sunrème  essence ,  et  Tâme 
do  Dieu  assoupie  elle-même,  et  demeurant 
pendant  un  certain  temps  plongée  dans  la 
première  idéc^  ou  dans  tes  ténèbres.  Puis  il 
ajoute  (vers.  57)  :  Ainsi ^  par  une  succession 
alternative  et  constante  dneures  de  veille  et 
d  heures  de  repos^  cette  immuable  puissance 
revivifie  et  détruit,  dans  un  ordre  éternel,  cet 
immense  assemblage  de  créatures  douées  ou 
non  de  mouvement. 

Il  déclare  ensuite  qu'il  y  a  eu  une  longue 
succession  de  manwantaras,  ou  périodes, 
dont  la  durée  a  été,  pour  chacune,  de  plu- 

("62)  Institutes  de  ta  toi  hindoue,  ou  Code  de  Ma- 
ffov/traduit  du  sanskrit  par  iirWiLLUsi  Jones;  1790. 


sieujs  milliers  de  siècles,  et  continue  ainsi  : 
Il  y  a  aussi  des  créations  et  des  destruc- 
tions de  mondes  innombrables:  mais  Vitre 
ejalié  au  suprême  degré  semble  se  jouer  de 
tout  cela,  tant  il  l'accomplit  avec  facilité;  de 
plus,  il  recommence  sans  cesse  pour  h  seul 
plaisir  de  donner  du  bonheur  aux  êtres  quil 
crée  (362). 

La  compilation  du  Code  de  Manou  ne  fut 
ni  l'œuvre  d'un  seul  auteur,  ni  celle  d'une 
même  époque;  aussi,  est-ce  à  cela,  sans 
doute,   qu'il   faut  attribuer  la  plupart  des 
inégalités  qu'on  y  remarque,  soit  dans  le 
style,  soit  dans  la  matière.  Toutefois  plu- 
sieurs passages  relatifs  aux  attributs  et  aux 
actes  de  n  l'Etre  infini  et  incompréhensible» 
y  sont  rendus  d'une  manière  vraiment  su- 
blime, et  traités  avec  une  grandeur  de  coih 
ception  remarauable  ;  tels  sont»  entre  autres, 
quoique  passanlement  mystérieux,  les  frag- 
ments cil  s   plus  haut.  Cette  cosmogonie 
renferme  tout  à  la  fois  tant  d'imaginations 
puériles  et  tant  d'absurdités  monstrueuses, 
qu'on  est  souvent  tenté  d'imputer  au  hasard 
les  faibles  lueurs  de  vérité,  ou  la  coïnci- 
dence apparente   qu'on  retrouve  entre  les 
dogmes  orientaux  et  les  faits  observés.  Cette 
prétendue  révélation  n'est  ^s»  cependanl^iiii 
pur  effet  de  l'imagination  ;  il  est  aisé  d'aper- 
cevoir les  rapports  qu'on  y  a  ménagés  avec 
les  opinions  et  les  observations  des  natura- 
listes. On  y  remarque  certaines  théories  as- 
tronomiques évidemment  déduites  du  raison- 
nement et  de  l'observation.  Ainsi,  par  exem- 
ple, il  y  est  énoncé  au'au  pôle  nord  l'année 
était  partagée  en  un  lon^  jour  et  une  longue 
nuit;  que  le  longjour  était  marqué  par  la  pré- 
sence du  soleil  vers  le  nord,  et  la  longue 
nuit  par  son  séjour  dans  la  partie  sud.  Qnàni 
aux  habitants  de  la  lune,  il  est  dit  que  leurs 
jours  sont  égaux  aux  mois  des  mortels  (363). 
Si  de  telles  propositions  ne   p'^uvent  être 
considérées  comme  de  simples  conjectures, 
nous  n'avons,  [lar  la  même  raison,  aucun 
droit  d'attribuer  au  hasard  Topinion  si  fort 
accréditée  que  la   terre  et  ses   habitants 
ont  jadis  subi  une  suite  de    révolutions 
et  de  catastrophes    interrompues    par  de 
longs  intervalles  de  tranquillité.  Or,  cette 
théorie  peut  avoir  eu  deux  origrines  diffé- 
rentes :  1"  les  traces  évidentes  et  palpables 
des  révolutions  anciennes  qui  ont  eu  lieu 
sur  tous  les  points  de  la  surface  de  notre 
planète,  et  2"  les  débris  d'animaux  marins 
renfermés  dans  les  couches  solides  du  globe, 
lesuuels  sont  si  nombreux  qu'on  peut  s'at- 
tendre à  les  voir  devenir  un  sujet  d'obser- 
vation pour  tous  les  peuples  un  peu  avancés 
en  civilisation,  pour  ceux  surtout  chez  qui 
une  certaine  classe  d'hommes  s'adonne  tout 
particulièrement  à  la  méditation  et  ft  Tétude* 
Ces  circonstances  une  fois  établies^  il  sem- 
ble naturel  d'en  tirer  des    conséquences, 
non-seulement  en  faveur  des  changements 
énormes  qui   ont  dû  s'accomplir  Sans  les 
siècles  passés ,  mais  en  faveur  aussi  des  oé- 

(3G3)  Maxou,  /îi$/.,c.  1,  ce  ei  67^ 


GFO 


ET  DE  PALEo^rroLocle. 


GCO 


S9» 


riodes  de  calme  cl  de  désordre  qui  se  sont 
suef édé  alleraativement  ;  —  de  c&lme,  alors 
que  les  animaux  fossiles  vivaient,  crois- 
saient et  se  multipliaient;  —  de  désordre, 
alors  que  les  coucnes,  dans  lesquelles  furent 
enfouis  ces  mêmes  animaux,  se  trouvèrent 
Iransportées  de  la  mer  au  sein  des  conti- 
Dents,  et  soulevées  au  point  de  faire  partie 
de  hautes  chaînes  de  montagnes.  Quelque 
portés  que  soient  certains  auteurs  modernes 
a  rabaisser  Pavancement  intellectuel  et  1  an- 
tique civilisation  des  peuples  de  TOrient,  ils 
peuvent,  néanmoins,  sans  craindre  de  se  li- 
vrer à  des  idées  exagérées  sur  les  progrès 
de  la  science  parmi  ces  peuples,  accorder 
aux  théories  curieuses,  soumises  k  notre 
examen,  quelque  fondement  basé  sur  des 
faits  observés.  Quant  aux  catastrophes  uni- 
verselles et  aux  destructions  d'êtres  organi- 
sés telles  qu'elles  sont  interprétées  par  les 
brahmes,  ce  sont  des  théories  vraiment  in- 
soutenables. 

Les  prêtres  égyptiens  n'ignoraient  pas  que 
les  couches  inférieures  des  plaines  du  Nil 
renfermaient  des  coquilles  marines  ;  ils  sa- 
vaient fort  bien  aussi  que  les  collines  envi- 
ronnant la  grande  vallée  en  contenaient  égale- 
neot  (364),  d'ailleurs,  les  excavations  con- 
ftidérables  que  nécessitaient  la  multitude  de 
travaux  nationaux  exécutés  anciennement 
par  les  monarques  d'Orient,  font  re^^arder 
comme  une  chose  impossible,  que  les  philo- 
sophes de  ces  contrées  n'aient  pas  eu  con- 
naissance des  fossiles  nombreux  cpe  ren- 
fermaieiit  certaines  couches  de  terrains  alors 
en  exploitation.  Beaucoup  de  ces  travaux 
consistaient  en  citernes  et  en  canaux  im- 
loenses  ;  or,  nous  savons  qu'en  des  temps 
plus  récents  (au  xiv*  siècle  de  notre  ère}, 
le  déplacement  de  terre  auquel  des  entre- 
prises semblables  donnèrent  lieu,  mit  au 
jour  des  phénomènes  géologiques  qui  atti- 
rèrent l'attention  d'un  peuple  moins  civilisé 
que  ne  Tétaient  jadis  un  grand  nombre  de 
nations  orientales  (%3). 

Mais,  quoique  les  braliraes  aient  pu,  aussi 
bien  que  les  prêtres  de  TE^ypte,  avoir  «on- 
nai£a»aoce  des  fossiles  existant  dans  certains 
terrains,  il  est  possible  que  ces  preuves 
niaient  senri  qu'à  corroborer  la  doctrine 
des  destructions  et  des  reformations  suc- 
cessives du  monde;  et  uuo  cette  doctrine, 
de  même  que  les  traditions  religieuses 
de  la  plupart  des  natims,  ait  eu  pour 
cri^ne  première  le  peu  d  avancement  de 
l'état  social.  D'un  autre  côté  il  se  pour- 
rait également  qu'elle  eût  pris  naissance 
dans  Tes   récits  exagérés  des  catastrophes 

<3Si>  Békoootc,  Euterpe,  12. 
;365)  Il  est  fait  meiiitou  de  cette  circonstiince  dans 
«B  aMBiiscrit  persan  de  rhistorieii  Ferisbia,  rdatif 
à  réfaLUssanent  et  av  progrès  de  Fempire  mahomé- 
tan  éaas  llade.  Ce  maaoscrît,  qui  aHjoonTbui  fait 
partie  de  la  bililjotliégiie  de  la  Compagnie  des  Indes 
Orieatales,  appartenait  orif  inaîremeot  à  la  bibliolbè- 
ém  soltan  Tîpoo,  d'oo  il  fut  rapporléen  1799 
le  colood  Briggs.  l*a  même  circonsiance  a  rc- 
it  éréille  FatleiitioB  dà  docteur  Bockland,  qui 
é  â  ee  sojct  dans  d^assez  longs  déuiils  (GéoL 
Trmmê.^  n*  série,  toI.  U,  part,  ni,  p.  589).  —  L'iii»- 


partieUes,  mais  sourent  eifroyables,  aux- 
quelles donnent  lieu,  parfois,  certaines  com^ 
binaisons  de  causes  naturelles.  Les  déluges  et 
les  éruptions  Yolcaniaues,  ces  deux  puissants 
résultats  de  Faction  oe  Teau  et  du  feu,  sont, 
à  la  surface  du  globe,  les  principaux  instru- 
ments de  destruction.  Plus  loin,  nous  signa- 
lerons l'étendue  d'un  grand  nombre  de  phé- 
nomènes terribles  qui,  dans  le  cours  actuel 
de  la  nature,  se  reproduisent  de  temps  à 
autre  ;  nous  nous  bornerons,  quant  k  pré- 
sent, à  observer  aue,  d'une  part,  ces  é?éne- 
nements  sont  tellement  propres  è  inspirer 
une  grande  terreur,  et  que,  de  l'autre, 
ils  entraînent  des  suites  si  souTcnt  funestes 
à  des  multitudes  de  peuples,  au'il  n'est,  pour 
ainsi  dire,  pas  besoin,  ni  ae  Tamour  du 
menreilleux  qui  caractérise  les  nations  igno- 
rantes et  à  demi  cirilisées,  ni  moins  encore 
de  l'imagination  exaltée  des  écrivains  orien- 
taux, pour  qu'on  soit  disposé  à  les  transfor- 
mer en  conflagrations  et  eu  cataclysmes  gé- 
néraux. 

Le  grand  déluge  des  Chinois,  que  leurs 
traditions  font  remonter  au  temps  de  Yaou , 
c'est-k-dire  à  un  peu  plus  de  deux  mille  ans 
avant  l'ère  chrétienne ,  a  été  confondu ,  par 
quelques  auteurs,  avec  le  déluge  universel 
de  l'Ancien  Testament.  Mais  M.  Davis,  qui  a 
accompagné  en  Chine  deux  ambassadenrs 
anglais,  et  qui  a  étudié  avec  le  plus  grand 
soin  les  traaitions  écrites  des  Chinois,  rap- 
porte qu'il  y  est  fait  mention  de  leur  déluge, 
plutôt  comme  ayant  interrompu  les  travaux 
de  l'agriculture,  que  comme  ayant  entraîné 
la  destruction  générale  de  l'espèce  humaine. 
11  ajoute  gu'après  l'inondation,  des  actions 
de  grâces  furent  rendues  au  grand  Yu  pour 
avoir  «  ouvert  neuf  canaux,  à  l'effet  de  reti- 
rer les  eaux  qui  courraient  les  collines  peu 
élevées,  ei  baignaient  le  pied  des  plus  hautes 
montagnes.  »  H.Davis  donne  à  entendre  qu'un 
çrand  débordement  des  eaux  de  la  rivière 
Jaune,  Tune  des  plusconsidérables  delà  terre, 
pourrait,  même  à  ré|)oque  actuelle,  occasion- 
ner un  nouveau  déluge  semblable  à  celui  de 
Yaou,  et  ensevelir  sous  ses  eaux  les  plaines 
les  plus  fertiles  et  les  plus  peuplées  de  la 
Chine.  La  rupture  des  aiguës  d'un  canal  ar- 
tificiel, dans  lequel  une  partie  des  eaux  de 
la  rivière  Jaune  ont  été  détournées,  a,  plu- 
sieurs fois, dans  les  temps  modernes,  donné 
lieu  aux  plus  terribles  accidents  ;  la  possi- 
bilité qu  un  j^areil  malheur  se  renouveîle 
est,  pour  le  gouvernement,  une  source  d'in- 
quiétudes continuelles.  Or,  n'est-il  pas  aisé 
ci  in:aginer  romliien  cette  inondation  peut 
avoir  été  plus  considérable  encore,  si  ja- 

lorien  Feristha  rapporte  qu'en  l&i  (on  1360  de  notre 
èrr),  le  roi,  dans  la  rue  d*opérer  la  jonction  des  ri- 
vières Séilma  et  Sui]efte,eBiploYa  50,000  hommes  à 
coQper  un  monticule,  et  que  dans  ce  monticule  oii 
trouva  des  ossements  d*bommes  et  d]élcphanls,  dont 
quelques-uns  étaient  pétrifiés ,  tandis  que  d'antre:» 
avaient  conservé  leur  apparence  osseuse.  Les  pro- 
portions giganiesques  observées  dans  ceux  de  ces  os- 
sements qu*on  croyait  être  des  ossements  humains, 
prouvent  qu^ls  ont  apparteiîu  à  quelqoes-Qns  des 
plus  grands  pacbydermes. 


M)5 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOCONIE 


GKO 


m 


tnats  quelque  tremt>Ienient  de  terra  violenl 
ébranla  la  vallée  eu  question  (366). 

M.  de  Uumboldt  rapporte,  qu*en  1766, 
après  le  tremblement  de  terre  qui  engloutit 
une  grande  partie  des  habitants  de  Cumana, 
il  y  eut,  à  la  suite  des  grandes  pluies  dont 
furent  accompagnées  les  convulsions  sou- 
terraines, une  saison  d*une  fertilité  ex- 
traordinaire. Suivant  les  idées  d'une  antique 
superstition,  les  Indiens^  dit-il ,  céle^braient 
par  d€S  fêtes  et  des  danses  la  destruction  du 
monde  et  Vépoque  prochaine  de  sa  régéné- 
ration (367). 

Ueiistence  de  tels  rites,  parmi  les  nations 
grossières  do  rAmérique  du  sud  est  des 
plus  importantes,  en  ce  qu'elle  montre  Tef- 
fet  que  peuvent  produire,  sur  Tesprit  d'un 
peuple  ignorant  et  barbare,  les  retours  plus 
ou  moins  éloignés  de  ces  grandes  catastro- 

{ihes.  Les  superstitions  d'une  tribu  non  civi- 
isée  se  propagent  successivement  parmi  les 
divers  étapes  de  la  société,  jusqu'à  ce  que, 
frappant  1  esprit  du  philosophe ,  elles  en 
viennent  à  exercer  sur  lui  une  influence 
puissante.  Les  traces  des  révolutions  an- 
ciennes de  la  surface  du  globe  lui  révèlent 
alors  loriginc  évidente  des  traditions  qui 
ont  été  transmises,  de  génération  en  géné- 
ration, sur  la  foi  du  chasseur  sauvage,  dont 
l'imagination  efl'rayée  traça  une  image  infi- 
dèle de  ces  manifestations  terribles  de  délu- 
ges et  de  tremblements  de  terre,  à  l'aide 
desquels  toute  la  partie  de  la  terre  a  lui 
connue  fut  simultanément  ravagée. 

Quant  è  ce  qui  regarde  la  cosmogonie  des 
prêtres  égyptiens,  on  en  retrouve  beaucoup 
de  traces  dans  les  auteurs  appartenant  aux 
sectes  grecques ,  qui  empruntèrent  de  l'E- 
gypte la  plupart  dfe  leurs  traditions,  celle, 
entre  autres,  des  anciennes  destructions  et 
réformations  successives  du  monde  (368). 
Plutarque  nous  apprend  que  cette  doctrine, 
rapportée  des  bords  du  Nil  par  Orphée,  ce 

1>oëte  si  célèbre  dans  les  temps  fabuleux  de 
a  Grèce,  fut  le  sujet  d'un  de  ses  hymnes  ; 
dans  les  vers  d'Orpnée;  la  durée  de  chaque 
monde  successif  se  retrouve  exprimée, 
comme  dans  les  systèmes  indiens  (369).  Les 
retours  de  ces  grandes  catastrophes  étaient 
déterminés  par  la  période  de  Vannus  ma- 
gnus^  ou  grande  année,  —  cycle  qui  se  com- 
posait des  révolutions  du  soleil,  de  la  lune 
et  des  planètes,  et  dont  l'accomplissement 
était  marqué  par  le  retour  simultané  de 
tous  ces  astres  au  si)^ne  d'où  l'on  supposait 

3u'è  une  époque  très-éloignée  ils  avaient 
û  partir.  La  durée  de  ce  grand  cycle  était 
diversement  évaluée.  Suivant  Orphée,  elle 
était  de  120,000  ans  ;  d'autres  la  crovaient  de 
300,000;  et  selon  Cassandre,  enfin,  elle  dépas- 
sait de  60,000  an«  ce  dernier  nombre  (370). 
Platon,  dans  son  Timée,  dit,  d'une  ma- 
nière expresse  que  les  Egyptiens  croyaient 

(S66)  Voyez  FarUcle  ât  Davis  sur  c  les  Chinois,» 

}>*imié  |)ar  la  société  pour  la  propagation  des  conuais- 

sanccs  utiles,  vol.  I",  p.  137, 147. 

(367)   HuMBOLDT   et  BoNPLAMD.    (V.  Mai.  hhl., 
vol.  1,  n.  30. 

(5l)8j  MytholJgypt    dePRicHAR»,  cap.  177. 


que  de  temps  à  autre  ie  monde  était  sujet 
h  des  déluges  et  k  des  conflagrations,  que 
c'étaient  là  les  moyens  dont  les  dieui  su 
servaient  pour  mettre  un  terme  à  la  malice 
humaine,  et  pour  purger  la  terre  des  crimes 
qui  sy  commettaient  ;  qu'après  chaque  régé- 
nération ,  le  genre  humain  se  retrouvait 
dans  un  état  parfait  d'innocence  et  de  bon- 
heur :  mais  qu'ensuite  il  recommençait  in 
sensiblement  à  dégénérer,  et  retombait  dans 
le  vice  et  l'immoralité.  C'est  celte  doctrine 
égyptienne  qui  a  donné  lieu  à  la  fable  de 
lage  d'or  et  de  l'âge  de  fer.  Les  stoïciens 
adoptèrent,  sans  aucune  réserve,  le  système 
de  catastrophes  destinées  à  opérer,  k  de  cer* 
tains  intervalles,  la  destruction  du  monde. 
Ils  admettaient  deux  sortes  de  ces  catastro- 
phes :  ie  c^tacl^rsme  ou  déluge,  genre  de 
destruction  qui  anéantissait  l'espèce  hu- 
maine entière,  ainsi  que  toutes  les  produc- 
tions animales  et  végétales  de  la  nature;  et 
Tecpyrosis  ou  conflagration,  autre  mode  de 
destruction  qui  occasionnait  la  dissolution 
du  globe  lui-même.  C'est  aussi  des  Egyp- 
tiens qu'a  été  empruntée  l'idée  de  la  cor^ 
ruption  progressive  de  l'horame.  Suivant 
cette  croyance,  vers  la  fin  de  chaque  époque 
de  repos,  les  dieux ,  poussés  à  bout  par  la 
méchanceté  des  hommes,  leur  envoyaient 
un  déluge  pour  Ics  exterminer;  après  quoi, 
Astk*ée  redescendait  des  cieux  et  rendait  à 
la  terre  un  nouvel  âge  d'or  (371). 

Le  rappon  qui  existe  entre  la  doctrine  des 
révolutions  successives  du  globe,  et  les 
énoques  marquées  par  la  perversité  de  Ves- 
pece  humaine ,  est  bien  plus  naturel  et  bien 
plus  intime  qu'on  n'est  porté  à  le  croire 
d'abord.  Les  peuples  non  civilisés  sont  tou- 
jours prêts  à  considérer  les  grandes  calami- 
tés comme  des  châtiments  infligés  par  Dieu 
à  la  malice  humaine.  Lo  récit  lait  è  Solon, 
par  les  prêtres  égyptiens,  de  la  disparition 
de  l'Atlantide  sous  les  eaux  de  TOcéan  • 
représente  de  même  cet  événement,  qu'a- 
vaient précédé  plusieurs  secousses  de  trem- 
blement de  terre,  comme  une  marque  de  la 
colère  de  Jupiter  envers  les  habitants  de 
cette  lie,  dont  la  dépravation  était  parvenue 
à  son  comble  (372).  Lorsque ,  par  suite  des 
causes  qui  viennent  d'être  exposées,  ou  de 
toute  autre  considération ,  l'opinion  que  la 
terre  avait  subi  plusienrs  destructions  eut 
une  fois  prévalu,  il  devint  naturel  d'en  con- 
clure que  l'espèce  humaine  avait  été  détruite 
et  recréée  autant  de  fois  qu'il  y  avait  eu  de 
catastrophes  ;  et  comme  ces  exterminations 
successives  étaient  attribuées  à  la  vengeance 
céleste,  il  fallait  en  même  temps,  pour  rendre 
hommage  à  la  justice  divine,  supposer  qu'à 
chaque  régénération,  l'homme  renaissait  dans 
son  premier  état  d'innocence  et  de  pureté. 

Une  très-grande  partie  de  l'Asie,  habitue 
par  les  plus  anciens  peuples  dont  les  tradi- 

'  (560)  Plut.,  De  defectuoracHlorum^p.  12:  Ceh- 
soRiKirs,  De  die  natali.  V.  aussi  la  Mglhol.  égfjpt.  de 

pRICBABDfP.  482. 

(370)  MythoL  é^ypt,  do  Prichard,  p.   182. 

(371)  MythoL  égypt.  de  Paichabd,  p.  195. 

(372)  rfm.fedePLAJON. 


597 


CEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


59t 


lions  soient  parvenues  jusqu'à  nous ,  a  tou- 
jours été  sujette  à  d'effroyables  tremble- 
ments de  terre.  Plus  tard  nous  aurons  à 
décrire  les  effets  et  les  bornes  géographiques 
de  ces  terribles  convulsions  souterraines. 
Quant  h  TEgypte,  qui  presque  en  tout  temps 
a  été  exempte  d'un  tel  fléau,  il  eist  à  croire 
que  c'est  de  l'Orient  que  lui  est  venue  la 
tradition  de  ces  sortes  de  catastrophes. 

La  mythologie  égyptienne  faisait  interve- 
nir dans  ses  fictions  un  principe  à  la  fois 
mâle  et  femelle^  auquel  elle  attribuait  le  déve- 
loppement de  l'embryon  du  monde,  confor- 
mément, à  très-peu  près ,  au  mode  d'incu- 
bation. Lorsque ,  d'après  cette  doctrine,  la 
première  masse  chaotique  eut  été  produite  , 
sous  la  forme  d'un  œuf,  par  un  être  indé- 
pendant et  éternel,  il  laliut  le  concours 
mystérieux  du  principe  à  la  fois  tiMê  et 
femelle  uour  transformer  les  éléments  com- 
posant la  matière,  en  êtres  organisés. 

Cette  conception  bizarre,  dont  on  peut  à 
peine  se  retracer  le  souvenir  sans  rire,  ne 
semble  pourtant  pas  différer  essentiellement, 
en  principe ,  de  certaines  idées  cosmologi- 
ques émises  dans  l'Europe  moderne  par  des 
hommes  d'un  talent  remarquable   et  d'un 
génie  supérieur.  Les  philosophes  éevptiens 
sedonnèrent  la  tâche  périlleused'étabhr  quel- 
ques rapports  entre  le  mode  de  reproduc- 
tion tel  qu'il  existe  dans  le  monde ,  c'est-à- 
dire,  celui  qui  par  la  génération  détermine 
la   naissance  d'individus  nouveaux,  et  le 
mode  d'opération  à  l'aide  duquel  l'auteur  de 
la  nature  créa  les  premiers  êtres  organisés. 
Il  n'était  ni  absurde ,  ni  contraire  à  rien  de 
cequi  nous  est  connu  dans  l'économie  de 
l'uoiTers,  de  supposer  que  certaines  lois 
générales  avaient  pu  présider  à  l'oridne 
première  des  êtres  créés,  ou  à  la  première 
apparition  d'espèces  nouvelles  dans  notre 
système.  Hais   l'hypothèse  par  laquelle  on 
^dmettait  qu'il   y  avait  quelque   analogie 
entre  ces  lois  et  celles  qui  régissent  la  repro- 
duction continuelle  des  espèces,  était  une 
hypothèse  entièrement  gratuite.  D'un  autre 
cdté,  il  ne  serait  ni  déraisonnable,  ni  offen- 
sant pour  la  puissance  suprême,  d'imagi- 
ner que  des  lois  générales  puissent  présider 
à  la  création  de  mondes  nouveaux;  et  s*il 
était  donné  à  l'homme  d'être  témoin  de  la 
naissance  de  ces  mondes,  il  pourrait,  par 
induction,  raisonner  sur  l'origine  du  sien 
propre.  Mais  de  pareilles  données  n'étant 
pas  à  sa  portée,  if  a  tenté  d'y  suppléer  en 
cherchant   à   découvrir    quelque  analogie 
entre  les  agents  présentement  employés  à  dé- 
truire, k  reproduire,  et  à  changer  perpétuel- 
lement la  surface  du  globe,  et  ceux  à  l'aide 
desquels  la  première  masse  confuse  de  la  terre 
fut  tirée  du  chaos,  et  amenée,  sans  doute, 
jiar  suite  d'une  énergie  toujours  croissante, 
de  l'état  d'embryon  à  l'état  d'habitabilité. 

Je  ne  m'occup3rai  pas  de  la  diversité  de 
nuances  qui  peuvent  exister  entre  les  divers 
systèmes  si  péniblement  établis  sur  ces 
itàses,  et  les  mystères  de  «  l'œuf  du  monde  » 

(iê^)  AjusToiB  2iE9fLts  oiscaus,  694. 


3, 


de  la  fable  égyptienne.  C'est  une  question 
qu'il  serait  peut-être  dangereux  de  soule:*'er; 
car  plusieurs  de  nos  contemporains  pour- 
raient fort  bien  ne  pas  avoir  autant  de 
f>atience  qu'en  montrèrent  les  Athéniens, 
orsque  la  fiction  de  l'œuf  du  chaos,  intro- 
duite par  Orphée  dans  leur  mythologie,  fut 
tournée    en    dérision    par    Aristophanes, 

ui,  dans  un  hymne  solennel,  fit  intervenir 

es  oiseaux  chantant  :  Comment  la  nuii 
au  noir  plumage  conçut  dans  le  vaste  sein  de 
l'Erèbe^  et  déposa  un  amf^  d'ot),  par  la  suite 
des  temps ,  naquit  VAmour^  tout  resplendis- 
sant de  l'éclat  de  ses  ailes  dorées;  puis^ 
comment  l  Amour  féconda  le  Chaos  aux 
ailes  rembrunies^  et  donna  naissance  à  la  ràc,e 
des  oiseaux  (373). 

Après  avoir  séjourné  plus  de  vingt  aiis  en 
Ejgypte,  et,  suivant  Cicéron,  après  avoir 
visité  l'Orient  et  fréquenté  les  poilosophes 
persans,  Pythagore,  de  retour  dans  son 
pays»  y  introduisit  la  doctrine  de  la  dé- 
chéance progressive  de  l'espèce  humaine  par 
rapport  a  son  premier  état  d'innocence  et  de 
bonheur.  Quant  à  la  théorie  de  Pyttiagore , 
touchant  la  destruction  et  la  réformation  de 
la  terre,  on  ne  peut  réellement,  d'après 
Tesquisse  qu'Ovioe  nous  en  a  laissée,  se 
dispenser  de  convenir  qu'elle  est  incompara- 
blement plus  philosophique  qu'aucune  autre 
version  connue  des  cosmogonies  enfantées 
par  les  sectes  orientales  ou  égyptiennes. 

Bien  qu'Ovide  ait  représente  Pythagore 
comme  professant  sa  doctrine  en  ).)ersonne , 
il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  certains  éclair- 
cissements relatifs  à  cette  doctrine  résul- 
tèrent d'événements  naturels  qui  n'eurent 
lieu  qu'après  la  mort  du  philosophe.  Toute- 
fois, malgré  ces  anachronismes,  le  récit  du 
poète  doit  être  regardé  comme  la  peinture 
fidèle  des  dogmes  de  l'école  pythagoricienne 

Eendant  le  siècle  d'Auguste;  car,  bien  que 
I  doctrine  puisse  y  être  en  partie  modifiée  » 
toujours  est-il  que  la  substance  du  dogme 
primitif  doit  au  moins  s'y  trouver  repro- 
duite. Ainsi  considéré,  ce  récit  est  aussi 
instructif  que  curieux,  en  ce  qu'il  renferme 
un  sommaire  habilement  trace  de  la  pluoart 
des  grandes  causes  de  changement  actuelle- 
ment en  action  sur  le  globe, —  causes  qui 
viennent  à  l'appui  du  principe  de  révolution 
progressive  et  constante,  iidiérent  à  la  na- 
ture de  notre  système  terrestre.  Ces  doc- 
trines, il  est  vrai,  ne  sont  pas  directement 
appliquées  à  l'explication  des  faits  géologi- 
ques ;  en  d'autres  termes,  on  n'y  retrouve 
aucune  donnée  sur  les  changements  accom- 
plis dans  les  siècles  passés,  ni  sur  ceux  que 
réservent  aux  âges  a  venir  ces  fluctuations 
incessantes.  Si  de  telles  idées  sur  les  chan- 
gements géologiques  eussent  été  mention- 
nées, on  n'aurait  pu,  en  vérité,  trop  admirer 
une  anticipation  aussi  extraordinaire,  et 
notre  surprise  eût  dû  égaler  celle  des  astro- 
nomes, au  sujet  de  la  ^route  que  suivit  le 
philosophe  de  Samos  pour  atteindre  à  la 
connaissance  du  système  de  Copernic. 


99è 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


«00 


Eiamlnous  maintenant  les  passages  les 

Îilus  frappants  de  \a  relation  d^Ovi/le 
374)  :  Rien  ne  meurt  dans  ce  monde  ;  les 
choses  ne  font  que  rarier  et  changer  de 
forme.  Naître ,  signifie  simplement  qu'une 
chose  commence  à  être  différente  de  ce  qu'elle 
fut  auparavant:  mourir,  veut  dire  qu'elle  cesse 
d'être  la  même  chose.  Cependant,  quoique  rien 
individuellement  ne  conserve  longtemps  la 
même  forme,  le  tout  reste  constant  dans  son 
ensemble.  Ces  propositions  générales  sont 
ainsi  appuyées  par  de  nombreux  exemples, 
tous  tires  de  phénomènes  naturels,  à  l'ex- 
ception du  premier  qui  a  rapport  au  rem- 
placement de  rftge  d'or  par  l'âge  de  fer.  Ces 
•xemples  sont  cités  dans  l'ordre  suitant  : 

1.  La  terre  ferme  a  été  convertie  en  mer. 

S.  La  mer  a  été  changée  en  terre.  Des 
coquilles  marines  gisent  loin  de  l'océan ,  et 
l'ancre  a  été  trouvée  au  sommet  des  collines. 

3.  Des  vallées  ont  été  creusées  par  les 
•aux  courantes,  et  des  inondations  ont  en- 
traîné des  montagnes  jusqu'au  fond  de  la 
mer  (375). 

4.  Des  marais  ont  remplacé  des  terrains 
secs 

5.  Des  terrains  secs,  à  leur  tour,  ont  été 
transformés  en  eaux  stagnantes. 

6.  Durant  des  tremblements  de  terre,  cer- 
taines sources  ont  tari  ;  d'autres  ont  jailli  du 
sein  de  la  terre  ;  des  rivières ,  telles ,  entre 
autres,  que  l'Erasinus,  en  Grèce,  et  le  My- 
sus,  en  Asie,  ont  abandondé  leur  lit  pour 
aller  reparaître  ailleurs. 

7.  Les  eaux  de  quelques  rivières,  de  dou- 
ées qu*ellp.s  étaient  d'abord,  sont  devenues 
amères.  Telfes  sont  celles  de  TAnigre,  en 
Grèce,  etc.  (376). 

8.  La  forination  de  certains  deltas  et  de 
certains  dépôts  nouveaux  a  donné  lien  à  la 
réunion  de  plusieurs  lies  au  continent:  c'est 
ainsi  qu'aujourd'hui  Pharos  se  trouve  jointe 
h  l'Egypte,  Antîssa  à  Lesbos,  etc. 

9.  Plusieurs  presqu'îles  ont  été  détachées 
du  continent  et  sont  devenues  des  lies;  nous 
citerons,  entre  autres,  Leucadie,  et  aussi  la 
Sicile,  qui,  suivant  la  tradition,  était  jadis 

!374|  Mélamorph.  d*OviDE,  lib.  xv. 
375)  Eluxie  mons  est  dednctus  in  œquor.  (Y.  267.) 
Le  sens  de  ce  dernier  vers  est  un  peu  <  bscur  ; 
maU  considéré  par  rapport  à  IVnsemble  da  sujet, 
en  peut  supposer  ipf  il  (ait  allusion  au  pouvoir  (fes- 
truclcur  des  torrents,  des  rivières  et  des  inonda- 
lions. 

(376)  Peut-être  esMl  fait  allusion  ici  aux  effets  ré- 
ftuhaDt  du  mélange  de  ces  eaux  avec  celles  des  sour- 
ces minérales  nouvelles  que  les  tremblements  de 
terre  font  naître  souvent  dans  les  régions  volcaniques^ 

(377)  Ceci  se  rapporte  sans  doute  au  dégagement 
de  gaz  inflammable  qui  a  lieu  dans  le  territoire  de 
Bakou,  à  Pouest  de  la  mer  Caspienne;  à  Pietramala, 
dans  les  Apennins  Toscans,  et  en  plusieurs  autres 
tiens. 

(378)  La  plupart  de  ces  propriétés  semblent  être 
tout  à  fait  imaginaires ,  comme  celles  qu'actuelle- 
ineni  encore  tant  de  gens  attribuent  aux  eaux  mi- 
nérales. 

,  (379)  Dans  un  savant  et  judicieux  essai  (De  novU 
insults,  cap  19)  Raspe  a  donné  à  entendre,  d*une  ma- 
nière extrêmement  probable,  que  Toriffine  de  toutes 
les  traditions  relatives  à   certaines  *flcs  anciennes 


réunie  au  continent  par  un  isthme  que  U 
mer  a  entraîné. 

10.  Certains  pays  ont  été  submergés  pat 
l'effet  de  tremblements  de  terre.  C'est  ainsi 
que  Buris  et  Hélice,  deux  villes  de  la  Grèce, 
ont  été  ensevelies  sous  la  mer,  où  on  les  voit 
encore,  avec  leurs  murs  inclinés. 

11.  Trézène,  dans  le  Péloponnèse,  ofire 
l'exemple  d'un  autre  phénomène  :  celui  de 
la  transformation  de  plaines  en  collines,  par 
l'effort  de  l'air  comprimé  cherchant  à  s'ou- 

.vrir  un  passage. 

12.  Il  est  des  sources  où  la  températura 
varie  à  différentes  époques.  Il  en  est  d  au- 
tres dont  les  eaux  sont  inflammables  (377). 

.  13.  Certains  courants  ont  le  pouvoir  de 
pétrifier  et  de  convertir  en  marbre  les  corps 
qu'ils  touchent. 

Ib.  Il  existe  des  sources  et  des  lacs  dont 
les  eaux  produisent  des  efTets  délétères,  ou 
possèdent  des  propriétés  médicinales  très* 
marquées  (378). 

15.  Certaines  tles  et  certains  rochers,  ti^ls 
que  les  lies  Cyanées  et  Uélos,  ont  fini,  après 
avoir  été  flottants  et  sujets  à  dq  très-violents 
mouvements,  par  rester  stationuaires  et  im- 
mobiles (379). 

Les  ouvertures  volcaniques  ne  conservent 
pas  toujours  les  mêmes  positions  ;  soit  que, 
par  suite  des  convulsions  du  globe,  certaines 
cavernes  viennent  à  se  fermer  et  d'autres  à 
s'ouvrir,  soit  que  les  matières  combustibles 
qui  alimentent  leurs  feux  finissent  pars^épui- 
ser,  etc.,  etc.  Ainsi ,  par  exemple,  il  fut  un 
temps  où  l'Etna  n'était  pas  un  mont  igni- 
vome,  comme  viendra  sans  doute  un  jour  où 
il  cessera  de  brûler. 

Après  cette  énumération  des  diverses  cau- 
ses oe  changement  qui  agissent  dans  le  monde 
inorganique,  suit  immédiatement  la  doctrine 
de  la  génération  équivoque  mise  en  avant 
pour  prouver  les  changements  analogues 
qui,  perpétuellement,  ont  lieu  (larmi  les  êtres 
organisés  (380). 

On  ne  peut,  en  général,  d'aorès  les  cos- 
roogonies  égyptienne  et  orientale,  ainsi  que 
d'après  la  version  grecque  de  ces  mêmes 

de  la  Méditerranée  qu'on  prétendait  avoir  successi- 
vement occupé  diverses  positions  avaiii  de  devenir 
stationnaires,  est  due  aux  changements  énormes  qui, 
par  suite  d'éruptions  soos-mariiies  et  de  tremûe- 
ments  de  terre,  s*étaient  opérés  dans  lem*s  foTm^s; 
—  circonstances  dont  les  lies  émergées  dans  les 
temps  historiques  offrent  plusieurs  exemples  récents. 
Dès  que  les  convulsions  qui  avaient  occasionne  ce^ 
changements  cessaient,  les  iles  étaient  réputées  fixes. 
(380)  La  supposition  que  Pvthagore  rappoita  de 
rOrient,  non-seulement  le  système  d^one  succession 
éternelle  de  catastrophes  violentes  et  universelles,  et 
de  périodes  de  repos,  mais  aussi  la  doctrine  des  ré- 
volutions périodiques  résultant  do  Taction  continue 
des  causer  ordinaires,  n*a  rien  d'inconqiatible  ^tec 
h  mythologie  hindoue;  en  effet,  Brahma,  VUbiiou 
et  Shiva,  la  première,  la  seconde  et  la  iroisicnte 
personne  de  la  Trinité  hindoue,  représ<^ntaienl  cha 
eu  ne  séparément  les  pouvoirs  créateni-s,  coiiserra* 
teurs  et  destructeurs  ae  la  divinité.  I^a  coeiîslence 
de  ces  trois  attributs,  agissant  tous  Rimultanéôient, 
pouvait  trés-bicn  s'aceorder  avec  ridée  de  c!iangc- 
mants  perpétuels ,  mais  partiels,  Pt  susceptibles  de 
produire  à  U  longue  une  révolution  complète.  Qjaant 


COI 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


GOi 


cosmogonies ,  attacher  aucun  sens  déQni  à 
ces  mots  :  dê$iruction  du  monde  ;  car,  tantôt 
ils  paraissent  s'étendre  à  notre  système  pla- 
nétaire tout  entier*  tandis  que  d  autres  fois 
ils  semblent  s'appliquer  seulement  è  queU 
qae  révolution  de  la  surface  terrestre. 

^  D'après  les  ouvrages  qui  nous  sont  restés 
d'Aristote»  et  d'après  le  système  de  Pytha- 

Sore  qui  vient  d'être  exposé,  il  est  aisé 
*apercevoir  que  ces  deux  philosophas  ont 
considéré  les  causes  de  changement  actuel- 
lement existantes  dans  la  nature,  comme 
propres  à  déterminer,  |)ar  la  suite  des  siè* 
clés,  une  révolution  complète.  Aristote  va 
iiiême  jusqu*à  regarder  les  catastrophes  ac- 
cidentelles, qui  de  temps  k  autre  se  mani- 
festent, comme  contribuant  chacune  pour  sa 
part  au  eours  régulier  et  ordinaire  de  la  na- 
ture. Le  déluge  de  .Deucalion,  dit-il,  qui 
n*affecta  aue  la  Grèce,  cette  partie,  entre 
autres,  qu  on  appelait  Hellade,  fut  occasionné 

Kr  les  inondations  considérables  qui  eurent 
lu  durant  un  hiver  pluvieux.  Mais  ces  hi- 
vers extraordinaires,  ajoute-t-ily  quoique  re- 
▼enant  à  certains  intervalles,  ne  se  reprodui- 
sent pas  toujours  dans  les  mêmes  lieux  (381). 
^  Censorinus  rapporte  que,  suivantl'opinion 
d*Aristote,  le  globe  était  sujet  à  des  inon- 
dations générales,  alternant  avec  des  confla- 
grations; aue  le  déluge  constituait  l'hiver 
de  la  grancfe  année  ou  cycle  astronomique  ; 
tandis  que  la  conflagration,  ou  destruction 
par  le  feu,  formait  Tété,  ou  l'époque  des  plus 
grandes  chaleurs  de  cette  même  période 
(â82).  Si,  comme  le  suppose  Upsius,  cette 
citation  de  Censoripus  est  la  reproduction 
exagérée  d'un  passage  du  Traité  des  Mi- 
Uareêf  elle  doit  être  considérée  comme  une 
reproduction  aussi  grossière  qu'infidèle  de 
la  doctrine  du  philosophe  de  Stagyre;  car, 
dans  ce  traité,  le  but  général  de  son  raison- 
nement tend  évidemment  vers  une  direction 
opposée.  Il  rapporte  plusieurs  exemples  de 
ebangements  pareils  à  ceux  qui,  de  nos 
jours ,  continuent  à  s'accomplir  d'une  ma- 
nière constante,  et  insiste  avec  une  certaine 
emphase  sur  les  grands  résultats  que,  dans 
le  cours  des  siècles,  ces  changements  peu- 
vent produire.  Il  cite  des  lacs  qui  se  sont 
desséchés,  et  des  déserts  qui,  à  la  longue, 
sont  devenus  fertiles  par  t'influence  des  ri- 
Tières  qui  y  ont  établi  leur  cours.  Il  signale 
raoeroissement  du  delta  du  Nil  depuis  Ho- 
mère jusqu'à  l'envasement  du  Palus-Méotide 
Ïui  eut  heu  soixante  ans  avant  le  temps  oii 
.ristote  vivait.  Bien   que  dans  le  même 
chapitre  l'auteur  ne  dise  rien  des  tremble- 
ments de  terre,  d*autres  parties  de  son  traité 
indiquent  qu'il  n'était  pas  étranger  aux*  ef- 
fets résuitacl  de  ces  phénomènes  (383).  C'est 
ainsi,  par  exemple,  que,  faisant  allusion  à 
Tappantion  d'une  des  iles-£oliennes,  qui 
précéda  «ne  éruption  volcanique,  il  s'ex- 
prime de  la  manière  suivante  :  «  Les  révo- 

a  la  ftdion  exprimée  dans  les  vers  de  Bfanou  que 
nous  avons  cilcé  plus  bnut,  fiction  relative  aux 
rtlourt  atteniulfs  a  consiauis  des  heures  de  vnllc 
et  de  sommeil  du  Graiul  Etre,  rllc  parait  se  rappor- 
ter au  système  drs  gr.in(los  catasimphes  griiémles 


lutions  du  globe  sont  si  lentes,  comparati- 
vement a  la  durée  de  notre  vie,  que  leurs 
progrès  sont  tout  à  fait  insensibles  (XavOftvc}; 
d'un  autre  côté,  les  migrations  des  peuples, 
après  de  violentes  catastrophes,  et  leur  éloi- 
gnement  des  lieux  où  la  scène  s'est  passée, 
occasionnent  souvent  l'oubli  de  grands  évé- 
nements (38&). 

Les  connaissances  que  possédait  Aristote 
sur  les  pouvoirs  destructeur  et  re|)roducteur 
de  la  nature  se  laissent  apercevoir  dans  ses 
divers  ouvrages;  mais  cest  surtout  dans 
l'introduction  et  à  la  fin  d'u  douzième  cha^- 
pitre  de  son  Traité  des  Météores^  qu'elles 
se  montrent  dans  toute  leur  étendue,  ainsi 
que  l'on  peut  en  juçer  par  la  manière  doi)t 
est  conçue  la  première  phrase  de  ce  traité  : 
Il  est  certains  pays  où  la  distribution  des 
terres  et  des  mers  n'est  pas  en  tous  temps  la 
méme^  c'est-àrdire  que  telle  partie  qui  a  uns 
époque  était  terre^  devient  mer  ensuite;  et  jjfua 
telle  autre  qui  faisait  partie  de  la  mer  devient 
terre  à  son  tour.  De  plus^  il  y  a  tout  lieu  de 
croire  que  c'est  d'après  une  certaine  loi^  et 
dans  le  cours  d'une  période  déterminée^  que 
s'opèrent  ces  changements.  En  concluant,  il 
ajoute  :  Comme  le  temps  ne  périt  jamais  ^  et 
que  l'univers  est  éternel,  on  ne  peut  supposer 

Îme  le  Tanats  et  le  Nil  aient  toujours  coulé.  Les 
ieux  où  ils  prennent  naissance  durent  élr^ 
secs  jadis;  leur  existence  bien  certainement  a 
des  bornes  9  car  le  temps  seul  n'en  a  pas. 
Toutes  les  autres  rivières  subissent  le  même 
jsorl;  toutes  naissent  et  toutes  meurent;  la 
mer  n'a  pas  plus  de  constance  :  sans  cesse 
nous  la  voyons  abandonner  certains  lieux  et 
en  envahir  d'autres,  La  terre  ne  présente  donc 

?}as  toujours  le  même  aspect:  là  où  nous  fou- 
ons  aujourd'hui  un  sol  continental ,  la  mer 
a  séjourné  et  séjournera  encore;  la  région  où 
elle  est  à  présent  fut  jadis,  et  redeviendra  plus 
tard  encore  un  continent.  Le  temps  modifie  tout. 
Ces  remarques  d'Aristote  donnent  tout 
lieu  de  croire  que  non-seulement  les  Grecs 
avaient  emprunté  à  leurs  devanciers  la  théo- 
rie relative  aux  révolutions  périodiques  du 
monde  inorganique,  mais  qu  en  outre,  leurs 
propres  observations  les  avaient  en  parti o 
conduits  à  ces  mômes  idées.  Quant  à  ce  qui 
regarde  les  anciens  changements  de  la  na- 
ture organisée,  rien  ne  peut  faire  supposer 
qu'ils  s  en  soient  occupés.  La  circonstance 
môme  des  débris  marins  renfermés  dans  des 
roches  solides,  quoique  observée  par  quel- 
ques-uns, et  bien  qu'ayant  servi  de  liàse'à 
certaines  s|>écuialions  géologiques,  n'éveilla 
jamais  l'attention  des  naturalistes,  ni  ne  les 
guida  dans  leurs  recherches,  il  serait  très- 
possible  que  la  théorie  de  la  génération 
é(juivoque  eût  contribué  pour  beaucoup  h 
l'indifférence  qui  régnait  a  cet  égard  ;  pcut- 
ôlre  aussi  qu'en  donnant  lieu  de  supposer 
que  lé  monde  organique  était  sujet  à  la  plus 
grande  instabilité  et  à  un  état  incessant  de 

suivies  de  créations  nouvelles  cl  de  périodes  de  repos.. 
(581)  De  meteor.,  lib.  i,  cap.  Iz. 
(589)  De  die  nat. 

(585)  De  meieor,,  lib.  ii,  cap.  U,  15  et  16. 
(5Si)  De  $i€tcor.,  lib.  n,  cap.  14, 15  Cl  16. 


f95 


GCO 


DICTIONNAIRE 


fluctuation,  la  croyance  de  la  production 
spontanée  d'êtres  Vivants  provenant  de  la 
terre  ou  de  la  matière  corrompue»  empêcha 
les  phénomènes  qui  indiquent  d'anciens 
changements  d'exciter  une  vive  curiosité. 
Les  Egyptiens,  il  est  vrai,  et  les  Stoïciens 
après  eux  avaient  enseigné  que  la  terre, 
jadis,  avait  donné  naissance  à  quelques  ani- 
maux monstrueux,  dont  l'espèce  s'était  en- 
suite perdue.  Toutefois,  il  paraît  que  l'opinion 
dominante  était  qu'après  chaque  grande  ca- 
tastrophe les  mêmes  espèces  d'animaux 
étaient  de  nouveau  reproduites.  Celte 
croyance  es*  'x primée  dans  un  passage  de 
Sénèque»  où,  en  parlant  d'un  déluge  futur, 
il  dit  :  Tout  leg  animaux  seront  recréés^  et 
rhomme,  affranchi  du  crime^  sera  rendu  à  la 
I  erre  (385).. 

Une  vieille  tradition  arabe,  relative  à  la 
théorie  des  révolutionssuccessivesdu  globe, 
semble  faire  exception  à  la  règle  générale. 
Cette  tradition,  qui  a  été  reproduite  en  latin 

()ar  Abraham  Ecchellensis  (%6),  renferme 
'idée  de  la  création  de  divers  genres  et  es- 
pèces. Suivant  les  Gerbanites,  secte  d'astro- 
nomes qui  florissait  quelques  siècles  avant 
"l'ère  chrétienne ,  tous  les  trente-six  mille 
quatre  cent  vingi-cinq  ans^  un  couple  d'ani- 
maux mâle  et  femelle  de  chaque  espèce  était 
créé^  et  donnait^  en  se  reproduisant^  de  nou-- 
veaux  habitants  à  la  terre.  Mais  lorsqu'une 
révolution  des  orbes  célestes,  comprenant  cet 
espace  de  36,k2&  ans,, se  trouvait  accomplie, 
d'autres  genres  et  d'autres  ESPicBS  suc- 
cédaient aux  premiers  II  en  était  de  même 
des  plantes  et  de  toutes  les  autres  produc- 
tions ;  le  premier  ordre  étant  détruit,  celui 
qui  le  remplaçait  éprouvait,  à  son  tour,  le 
même  sort ,  et  ainsi  de  suite  indéfini- 
ment (387). 

De  même  que  les  Grecs  nous  ont  transmis 
par  leurs  ouvrages  les  doctrines  d'un  grand 
nombre  de  philosophes  orientaux  et  égyp- 
tiens, de  même  aussi,  les  écrivains  du  temps 
d'Auguste  et  des  siècles  suivants  nous  ont 
mis  à  portée  de  connaître  les  opinions  des 
anciens  auteurs  grecs.  Strabon  surtout,  au 
second  livre  de  sa  géographie,  se  livre  à 
d'assez  longs  développements  sur  les  opi- 
nions d'Eratosthènes  et  de  plusieurs  autres 
Grecs,  relativement  à  un  des  problèmes  les 
plus  difficiles  de  la  géologie,  savoir,  les  cau- 
ses auxquelles  doit  être  attribuée  la  présence 
d'un  grand   nombre  de  coquilles  marines 


DE  COSMOGOKfE  GEO  f04 

dans  certaines  couchdft  irès-^levées  et  irès- 
éloignées  de  la  mer. 

Il  cite,  entre  autres^  l'explication  dornée 
à  ce  sujet  par  Xanthus  le  Lydien.  Ce  philo: 
sophe  prétendait  que  Jadis  les  mers  avaient 
eu  une  étendue  plus  grande  que  celle 
qu'elles  offraient  de  son  temps  ;  suivant  lui, 
elles  s'étaient  desséchées  en  partie,  c'esl-à- 
dire,  d'une  manière  Ifioins  complète  que 
certains  puits,  certains  lacs  et  certaines  ri- 
vières d  Asie,  qui,  de  ses  jours  aussi,  et 
durant  une  saison  de  sécheresse,  s'étaient 
trouvés  entièrement  privés  d'eau.  Après 
avoir  traité  cette  coniecture  sans  plus  d*é- 

Fards  qu'elle  n'en  mérite,  Strabon  passe  à 
hypothèse  de  Straton  le  physicien.  Ce  phi- 
losophe avait  observé  que  la  quantité  de  II* 
mon,  transportée  dans  le  Pont-Euxin  par  les 
rivières  qui  s'y  jettent,  était  si  grande,  que 
son  lit  devait  nécessairement  aller  en  s'éle- 
vant,  tant  que  ces  rivières  continueraient  à 
y  verser  la  même  quantité  d'eau  ;  par  suite^ 
il  pensait  que   lorsque  originairement  le 
Pont-Euxin  était  une   mer  intérieure,  son 
niveau  avait  dû,  à  raison  des  causes  ci-des- 
sus mentionnées,  atteindre  une  hauteur  qui 
permit  à  cette  mer  de  franchir  ses  digues,  et 
de  s'ouvrir,  près  de  Byzance,  une  commu- 
Dication  avec  la  Pronontidé.  Il  supposait,  en 
outre,  qu'un  dessécnement  partiel  avait  dû 
convertir  déjà  la  partie  gauche  du  Pont- 
Euxin  en  un  sol  marécageux  ;  enfin  que, 
par  la  suite  des  temps,  cette  mer  tout  entière 
se  trouverait  ainsi  transformée  en  un  te^ 
rain  solide.  On  a,  de  même,  prétendu  que 
la  Méditerranée  s'était  jadis  ouvert,  aux  co- 
lonnes d'Hercule,  un  passage  dans  l'Océan  ; 
que  les  coquilles   marines  trouvées  en  si 
grande  abondance  près  du  temple  de  Jupiter- 
Âmmon,  en  Afrique,  pouvaient  fort  bien 
«♦voir  été  déposées  par  quelque  mer  inté- 
rieure ancienne,  qui,  à  la  longue,  se  fraya 
une  issue  nouvelle,  et  abandonna  le  lit  où, 
pendant  longtemps,  ses  eaux  avaient  reposé. 
Strabon  rejette  cette  théorie  comme  étant 
insuifisaiite  pour  rendre  compte  de  tous  les 
phénomènes  observés,  et  il  en  propose  une 
autre  qu'il  a  imaginée  lui-même.  Cette  der- 
nière est  d'une  très-grande  profondeur,  et 
commence  à  présent  seulement  à  être  ap- 
préciée par  les    géologues    modernes.  Ce 
n'est  pas,  dit  Strabon,  parce  que  les  terra 
couvertes  par  les  mers  furent  originairement 
de  hauteurs  différentes,  que  les  eaux  se  sont 


(385)  Omne  ex  intégra  animal  generabitur,  dabi  ■ 
turque  terris  homo  inscius  scelerum.  {Quœst,  Nat,, 
ni,  c.  i9.) 

(586)  Cet  auteur  était  professeur  de  syriaque  et 
d'arabe  à  Paris ,  où  il  publia  une  traduction  Uiline 
<le  plusieurs  manuscrits  arabes,  traitant  de  diverses 
branches  de  la  philosophie.  Cet  ouvrage  a  toujours 
été  considéré  comme  étant  d'une  très-grande  autorité. 

(387)  Gerbanitœ  docebant  ëingutos  triginta  sex 
mille  annos  quadringentos^  viginti  quinque  bina  ex 
singulis  animalium  speciebus  nroduct,  marem  scilicet 
ac  (eminam,  ex  quibus  animalia  propagantur,  hune- 
que  inferiorem  incolunt  orbem.  Abtoluta  autem  eœ- 
ieêttum  orhium  circulations,  quœ  illo  annorum  confi- 
ciiur  ^paiio^  iierum  aiia  producuntur  animalium  ge- 
i^tr^^e'  species  quemadmodum  cl  planifirum  ttliaruni- 


que  rerum,  et  primu$  destruitur  ordo^sicque  in  tn/iM- 
îum  producitur.  (Histor.  Orient,,  suppl.,  per  Aun- 
hamum  Ecchellensum  ,  Syrum  Maronitam,  cap.  ' 
et  8 ,  ad  calcem  Chronici  Oriental.;  Parisis;  t  lyp. 
regia,  1685,  in-fol. 


fait  rapporter  le  nombre  vingt-cinq  à  la  période 
d'années,  et  non  au  nombre  de.  couples  de»  espèces 
créées  au  même  moment.  Suivant  rinterpréuiipn 
de  Fortis,  vingt-cinq  espèces  seulement  auraient  *te 
créées  ensemble;  mais  le  sens  du  passage  ne  saonit 
admettre  celte  construction.  {Mém.  sur  VUht.  nuu 
rf«?/7«fl/Tf,vol.  !•',  p.îOS.) 


eor> 


CKO 


ET  BK  PAI-KONTOr-OClE. 


CKO 


eo6' 


«u  élevées  oh  abaissées^  ou  retirées' de  certains 
lieux  pour  en  inonder  d* autres  ;  la  vraie  rai- 
son de  ces  divers  phénomènes  est  que  la  même 
terre  tantôt  s^élève  et  tantôt  se  déprime;  et 
que  la  mer^  obligée  de  suivre  ces  divers  mou- 
xementSf  tantôt  franchit  ses  bornes^  et  tantôt 
rentre  dans  ses  limites.  C'est  donc  au  sol  que 
doit  être  attribuée  la  cause  dont  il  s'agit  :  soit 
à  ce  sol  qui  forme  le  fond  de  ta  mer^  soit  à 
celui  qu'elle  inonde  parfois  ;  le  premier^  néan" 
moins,  étant,,  à  cause  de  son  humidité,  plus 
mobile  que  l'autre,  on  conçoit  aisément  qu'il 
doive  être  sujet  à  des  altérations  plus  promp^ 
tes,  et  jouer  un  plus  grand  rôle  dans  raccom- 
plissement  des  phénomènes  (388).  Jl  convient, 
ajoute  encore  Strabon,  de  tirer  nos  explica- 
iions  de  choses  qui  tombent  sous  les  sens,  et 
qui,  telles  que  les  déluges,  les  tremblements 
de  terre,  les  éruptions  volcaniques  (389)  et 
les  soulèvements  spontanés  de  terrains  sous^ 
marins,  se  reproduisent  en  quelque  sorte 
tous  les  jours.  Celte  dernière  circonstance 
entraîne  nécessairement  avec  elle  le  soulë- 
vetnent  de  la  mer  ;  de  même  que  le  phéiio- 
mène  opposé ,  c'est-à-dire  l'affaissement 
iioureau  des  mêmes  terres,  occasionne  de 
nouveau  sa  dépression.  Il  ne  faut  pas  croire 
que  les  petites  îles  soient  seules  suscep- 
tibles de  participer  au  soulèvement  et  à 
1  al>aissement  de  la  mer  ;  les  grandes  îles 
et  les  continents  sont  également  sujets  à  ce 
double  mouvement,  qui  se  manifeste  indif- 
féremment à  l'égard  de  grandes  et  de  petites 
étendues  de  terrain.  Ainsi,  par  exemple,  on 
a  vu  quelquefois  des  habitations  et  des 
▼ilies  entières,  telles  que  Bure,  «Byzona  et 
plusieurs  autres,  être  englouties  par  des 
tremblements  de  terre. 

Ailleurs,  en  faisant  allusion  à  cette  tradi- 
tion que  la  Sicile  a  été  séparée  de  l'Italie  par 
une  cause  violente,  le  savant  géographe  ob- 
serve que  depuis  que  dans  ces  régions  le  feu, 
les  matières  ignées  et  l'eau  ont  trouvé  des 
orifices  qui  leur  servent  d'issue,  le  sol  voisin 
de  la  mer  n'est  que  très-rarement  ébranlé 
par  des  secousses  souterraines  ;  tandis  qu'au- 
trefois, lorsaue  les  volcans  de  l'Etna,  des  lies 
de  Lipari,  d  Ischia  et  plusieurs  autres,  n'a- 
Taieiit  point  encore  d'ouvertures,  le  feu  et 
Tair  comprimés  devaient,  suivant  toute  pro- 
babilité, produire  des  effets  bien  plus  vio- 
lents (390).  Ce  passage  de  Strabon  nous 
prouve  que  ce  n*est  pas  une  doctrine  nou- 
Telle  que  celle  qui  porte  à  considérer  les 
volcans  comme  des  soupapes  de  sûreté,  et  à 
croire  que  les  convulsions  souterraines,  qui 
précèdent  ou  accompagnent  les  premières 
éruptions  d'un  volcan,  sont  incoraparable- 
inent  plus  terribles  que  celles  qui  peuvent 
avoir  lieu  lorsqu'une  fois  les  orifices  de  ce 
même  volcan  sont  bien  établis. 

(388;  Quod  enim  hce  atlollitur,  aut  subiidH  et  tel 
ittumàat  quœdam  loea,  tel  ab  tîs  recedit^  ejus  rei 
causa  non  est,  auod  alla  alii$  sala  humiliora  tint  aut 
altiora;  ied quod  idem  solum  modo  altoUiiur,  modo  cfe- 
primiiHr;  êimulqueetiam  modoaUolliiur,  modo  depri- 
mitur  mare;  itaque  tel  exundat  vd  in  huum  redit  locum, 
Postea,  p.  88.  Re$iat,  ut  cau$am  adscribamus  solo, 
éite  quod  mari  iube$t,  site  quod  inundalur;  potiut 
tamen  ci  quod  mari  iubeêL  Hoc  enim  multo  e$t  mo- 


Un  autre  pa^sajjc  'Ju  nic>mc  auteur  f391J 
nous  apprend  qu  il  clnît  de  dogme  punni 
les  druides ,  (|ue  l'univers  est  iiiniiorlol,  et 
destiné  h  survivre  h  des  catastrophes  occa- 
sionnées par  l'eau  et  |)ar  le  feu.  On  ne  sau- 
rait douter  que  cette  doctrine,  ainsi  que  la 
nlupart  des  connaissances  que  possédaient 
les  prêtres  de  la  Gaule,  ne  leur  aient  été 
transmises  par  leu  peuples  de  rOrienl.  César 
dit  qu'ils  faisaient  u.^^age  de  lettres  grecques 
dans  leurs  calculs  arilnmétiques  (392). 

Ce  philosophe  n'avait  point  u'opinions 
théoriques,  à  lui  personnelles,  touchant  les 
changements  qui  s'accomplissent  à  la  sur- 
face de  la  terre.  Sur  ce  sujet,  comme  sur 
tous  ceux  dont  il  a  fait  mention  dans  se» 
ouvrages,  il  s'est  borné  àiouer  le  simple 
rôle  de  compilateur),  ne  se  oonnant  pas  plus 
la  peine  de  discuter  les  faits  qu'il  a  rappor- 
tés, que  de  les  citer  avec  ordre.  Toutefois, 
l'énumération  mi'il  nous  a  laissée  des  lies 
nouvelles  qui  s  étaient  formées  dans  la  Mé^ 
diterranée,  ainsi  que  de  plusieurs  autres 
révolutions  naturelles,  montre  que  les 
anciens  avaient  su  observer  leschangemenls 
qui,  de  mémoire  d'homme,  s'étaient  pro* 
duits  à  la  surface  du  globe. 

Telles  semblent  être  les  opinions  qui, 
avant  l'ère  chrétienne ,  prévalaient  à  l'égard 
des  révolutions  anciennes  de  notre  planète. 
Quoique  aucune  recherche  particulière 
n'eût  été  faite  dans  le  but  exprès  d'inter- 
préter les  vesti|jes  des  changements  [  assés, 
ces  vestiges  étaient  trop  évidents,  trop  pal- 
pables ,  pour  qu'il  pût  être  possible  de  ne 
point  les  remarquer;  de  plus,  l'observation 
des  phénomènes  présentait  trop  de  preu- 
ves des  changements  continuels  qui  s'opè- 
rent sur  la  terre ,  pour  qu'il  fût  permis  aux 
philosophes  de  ^croire  que  la  nature  était 
dans  un  état  de  repos,  ou  que  la  surface  du 
globe  n'avait  jamais  subi  et  ne  subirait  ja- 
mais de  changements.  Mais  ces  mêmes  ob- 
servateurs n'avaient  pas  comparé  attentive- 
ment les  résultats  des  actions  destructrices 
et  reproductrices  des  temps  modernes,  avec 
les  résultats  des  causes  qui  agirent  dans  les 
temps  anciens;  ils  ne  s'étaient  même  jamais 
avancés  jusqu'à  faire  la  moindre  conjecture 
sur  l'ancienneté  relative  soit  delà  race  hu- 
maine, soit  des  espèces  d'animaux  et  do 
plantes  qui  vivaient  de  leur  temps,  et  des 
espèces  qui  avaient  appartenu  a  l'ancien 
monde  organique.  A  grands  frais  d'applica- 
tion et  de  travail ,  ils  étudièrent  les  mouve- 
ments et  les  positions  des  corps  célestes ,  et 
acquirent  quelques  connaissances  sur  les 
trois  règnes  de  la  nature;  mais  l'histoire 
ancienne  du  çlobe,  quoique  écrite  en 
caractères  aussi  frappants  qu'imposants, 
était    restée    pour   eux   comme   un   livre 

biliut,  et  qnod  ob  humiditalem  celeriu$  mutari  oossil. 
(Strahoh,  CeQrg.^eû'ii,  Aimelov.;  Anist.  1707;  lib.  i.) 
(389)  Eruvtiotu  volcaniques ,  eruptionee  fiatnum  p 
dans  la  traduction  latine,  et  dans  reriginal  fti-ee 
«va^joiQuaTa ,  éniDtions  ga/.fusos?  un  boui'soufY&u- 
meius  ue  terre?  (Ibid.,  p.  95.) 

(590)  Strabon,  lib.  vi,  p.  590. 

(591)  Strabon,  liv.  iv. 

(593)  SiRABO.fy  liv,  \i,  cliap.  15 


607 


r.£o 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


m 


scellé  dont  ils  ignoraient  jusqu'à  Texistence. 

Après  la  liécatience  de  l'empire  romain , 
la  culture  des  sciences  physiques  fut  remise 
en  rigueur  avec  quelque  succès  par  les  Sar- 
rasins, vers  le  milieu  du  viii*  siècle  de 
notre  ère.  A  cette  époque ,  les  ouvrages  des 
auteurs  classiques  les  plus  célèbres  s'ache- 
taient à  grands  frais  des  Chrétiens,  et  étaient 
traduits  en  arabe;  en  même  temps  que,  d'un 
autre  côté,  AUMamoun,  fils  du  fameux  Ha- 
roun-Al-Raschid ,  contemporain  de  Charle- 
magne,  recevait  à  sa  coiir  de  Bagdad,  avec 
les  marques  de  la  plus  flaltcuse  distinction» 
les  astronomes  et  tous  les  savants  étran- 
gers qui  s'y  présentaient.  Ce  calife  et  plu- 
sieurs de  ses  successeurs  trouvèrent  beau- 
coup d'opposition  et  de  jalousie  de  la  part 
des  docteurs  de  la  loi  mahométane,  qui 
voulaient  que  les  musulmans  bornassent 
leurs  études  au  Koran,  redoutant  les  effets 
que  pouvaient  produire  le  ^oût  trop  gé- 
néralement répandu  des  sciences  physi- 
ques (393). 

Presque  tous  les  ouvrases  des  anciens 
écrivains  arabes  sont  perdus.  Parmi  ceux 
du  X'  siècle,  dont  quelques-uns  ont  été  con- 
servés ,  nous  citerons  un  petit  traité  d'Avi- 
cenne  le  physicien  ,  «  sur  la  formation  et  la 
classification  des  minéraux,  »  ouvrage  dans 
lequel  cet  auteur  a  fait  preuve  d'un  talent 
inconstestable.  Son  second  chapitre ,  Sur  la 
came  des  montagnes  j  est  surtout  très-digne 
de  remarque.  Les  montagnes ,  dit-il,  sont 
dues,  les  unes  à  des  causes  essentielles,  et 
les  autres,  à  des  causes  accidentelles. 
Comme  exemple  de  causes  essentielles,  il 
cite  les  Iremblemenis  de  terre  violents  f  par 
lesquels  le  sol  se  trouve  soulevé  et  change  en 
montagnes.  Quant  aux  causes  accidentelles , 
la  principale  est  l'excavation  produite  par 
l'eau,  —  phénomène  qui,  en  donnant  heu 
à  des  cavités ,  rend  saillants  les  terrains  en- 
vironnants, et  en  fait  des  éminences  (3%). 

Ce  fut  dans  le  même  siècle  qu'Omar,  sur- 
nommé El  Aalem^  ou  le  Savant^  écrivit  sur 
La  Retraite  de  la  Mer.  Cet  auteur  parait 
s'être  assuré,  par  la  comparaison  des  cartes 
de  son  temps  avec  celles  des  astronomes  in- 
diens et  persans,  faites  deux  mille  ans  aupa- 
ravant, que,  depuis  les  temps  historiques, 
des  changements  considérables  avaient  eu 
lieu  dans  Ta  configuration  des  côtes  dé  l'Asie; 
il  trouva  qu'à  certaines  époques  anciennes 
la  mer  avait  été  plus  étenaue.  Une  autre 
circonstance,  le  grand  nombre  de  sources  et 

(593|  Mod,  Univ.  l/tsi.,  vol.  11,  eh.  4,  sect.  3. 

(394)  Mantes  quandotfue  fiunt  ex  causa  essentiati , 
ifuandoque  ex  causa  acctdentali.  Ex  essentiati  catuci, 
ut  ex  vehementi  motu  terne  elevatur  terra,  et  fit  mow. 
Accidentali^  etc.  (De  cowjelatione  lapidum.  Ed.  Ge- 
DANi  ;  4682.) 

(595)  Von  HoFF  Ge$chuhte  der  Veràndenigen  der 
Krdoberftàcke^  vol.  1*%  p.  406 ,  que  cite  Delisle,  bey 
llismanii  Weil^und  VolkergeicidUe  ^  alte  GeschUn 
ter  theil,  s.  234. 

(396)  Les  persécutions  srabes  relatives  à  des 
tlo^mes  hérétiques,  en  matière  de  théologie, 
êiiient  souvent  trés-sauguinaifes.  Dans  le  temps 
où  la  science  jouissait  de  la  plus  haiite  estime, 
la»  mabométans  étaient  divisés  en  deux  sectes* 


de  marais  salais  répandus  dans  l'intérieur 
de  l'Asie,  vint  encore  le  confirmer  dans  cette 
opinion.  En  des  temps  plus  récents,  Fallas  tira 
de  ce  phénomène  la  même  conséquence. 

M.  de  Hoff  a  suegéré  l'idée,  extrêmement 
probable,  oue  ce  nirent  les  changements  de 
niveau  de  la  mer  Caspienne  (dont  plusieurs, 
vraisemblablement,  ont  eu  lieu  dans  les 
temps  historiques),  et  les  dispositions  géolo- 
fçiques  du  district  où  elle  est  située,  qui,  en 
indiquant  oue  cette  mer  avait  abandonné 
son  ancien  lit,  conduisirent  Omar  à  sa  théo- 
rie de  la  retraite  générale  de  la  mer  (395). 
Toutefois,  quelles  qu'aient  pu  être  les  preu- 
ves sur  lesquelles  reposait  son  système,  il 
fut  déclaré  en  opposition  avec  certains  pas- 
sages du  Koran  ;  et  l'auteur,  sommé  de  uiire 
publiquement  la  rétractation  de  ses  erreurs, 
s*exila  volontairement  de  Saniarcande,  pour 
se  soustraire  à  la  persécution  (396). 

Les   opinions   cosmologiques   exprimées 
dans  le  Koran  étant  fort  peu  nombreuses,  et 
ne  se  trouvant,  d'ailleurs,  introduites  dans 
ce  livre  que  d'une  manière  tout  à  fait  inci- 
dente, il  serait  assez  difficile  de  comprendre 
comment  elles  auraient  pu  jouer  un  rèle 
aussi  imporfant  dans  une  discussion  relative 
aux  révolutions  anciennes  du  globe.  Le  nro- 
phète  déclare  que  la  terre  fut  créée  en  (Jeux 
lours,  et  qu'aussitôt  sa  création  accomplie 
les  montagnes  furent  placées  à  sa  surface; 
que,  durant  ces  deux  lours  et  deux  autres 
encore,  les  habitants  destinés  à  la  peupler 
recurent  l'existence;  et  qu'en  deux  nou- 
veaux jours,  enfin,  les  sept  cieux  furent 
créés  à  leur  tour  (397).  Le  Koran  n'ajoute 
aucun  autre  détail  au  sujet  de  la  création,  et 
s'exprime  d'une  manière  tout  aussi  brè^e 
en  parlant  du  déluge,  à  Toccasion  duquel  il 
dit  que  les  eaux  s'échappèrent  d'un  four 
(fable  bizarre,  que  l'on  suppose  avoir  été 
empruntée  aux  maçes  persans,  qui  repré- 
sentaient les  eaux  diluviales  comme  sortant 
du  four  d'une  vieille  femme  (398);  que  tous 
les  hommes,  à  l'exception  de  Noé  et  de  sa 
famille,  furent  noyés;  mais  que  Dieu  avant 
dit  ensuite  :  -c  O  terre,  engloutis  tes -eaux;  el 
toi,  ciel,  reliens  tes  pluies  I  »  les  eaux  dimi- 
nuèrent à  l'instant  (399). 

Nous  pouvons  supposer  qu'Omar  a  repré- 
senté l'abandon  de  la  terre  par  la  mer,  comme 
ayant  été  graduel,  et  que  son  hypothèse  exi- 
geait, pour  l'accomplissement  de  la  retraite 
des  eaux,  un  plus  Krand  nombre  dô  siècles 
que  n'en  admettait  la  croyance  musulmane; 

Tune  soutenait  que  le  Koran  était  incrëé  ,  et  araii 
subsisté  en  Dieu  même  de  toute  éternité;  FauUv, 
dite  U  secte  des  motazalites,  tout  en  admettant  que 
le  Koran  était  d'institution  divine ,  n<;  faisait  dater 
son  origine  que  du  moment  où  il  avait  été  révèle  an 
prophète  à  la  Mecque ,  et  accusait  ses  adversaires» 
de  croire  à  deux  êtres  éternels.  Les  opinions  de  cba- 
cune  de  ces  sectes  furent  admîsea  par  différents  ca- 
lifes successivement  ;  et  Ton  vit  quelquefois  leor; 
partisans  respectifs,  mieux  aimer  perdre  la  lèle«  ou 
mourir  sou4  le  fouet,  q\^  Je  renoncer  k  leur 
croyance.  (Mod.  Univ.  Iftst.,  vol.  II.  ch.  4. 

(597)  Koran,  ch.  41. 

(598  Koran. Tradiict.  dcSale,  ch.ll.  (r./diicir.) 

(399)  Ibid. 


ao 


CEO 


ET  DE  PALEOXTOLOGiE. 


GLO 


6I# 


c:ir  on  doit  conclure  du  Koran,  que  Thomme 
ei  la  planète  qu'il  habite  furent  créés  en 
roéoie  tem^;  et  quoique  Mahomet  n*ait  pas 
déterminé  d'une  manière  expresse  l'ancien- 
neté de  la  race  humaine,  H  donne  cependant 
une  sanction  implicite  à  la  chronologie 
m€»saiqne,  par  la  rénération  au'il  témoigne 
pour  les  patriarches  hébreux  (M)0). 

On  oonsenre  à  la  Bibliothèque  impériale 
de  Paris,  un  manuscrit  arabe  intitulé  :  Mer^ 
Teilles  de  la  nature^  dont  l'auteur^  Mohammed 
Kazwini,  fl«»rissaitau  wif  siècle  de  l'hégire, 
ou  Ters  la  fin  du  xiir  siècle  de  notre  ère  (^1  ). 
Outre  diverses  remarques  sur  les  aérolithes, 
les  tremlilements  de  terre  et  les  changements 
de  position  gne  la  terre  et  la  mer  ont  éprou- 
vés successivement,  il  renferme  la  belle 
narration  suivante  que  l'auteur  met  dans  la 
bouche  de  Kidhz,  personnage  allégorique. 
—  Passantunjourparune ville  très-ancienne, 
et  prodigieu)$ement  peuplée,  je  demandai  à 
l'un  de  ses  habitants  depuis  quand  eHe  était 
fondée.  —  «  C'est,  me  répondit-il,  une  cité 

•  puissante;  mais  pour  vous  dire  depuis 
«  combien  de  temps  elle  existe,  cela  m'est 

•  ak)Solument  impossible,  et  k  ce  sujet,  nos 
«  ancêtres  étaient  tout  aussi  ignorants  que 
«  nous.  »  Cina  siècles  plus  tard,  je  repassai 
par  le  même  lieu  ;  n  y  apercevant  aucun 
vestige  de  la  ville ,  ie  voulus  savoir  d'un 
pavsan  qui  cueillait  des  herbes  sur  son  an- 
cien emplacement,  combien  de  temps  s'était 
écoulé  depuis  sa  destruction.  «  Sur  ma  foi, 
«  dit-il,  vous  me  fiiites-là  une  question 
«  étrange.  Ce  terrain  n'a  jamais  été  autre 

•  que  ce  qu'il  est  à  présent.  »  —  Mais  n'y 
eut-il  donc  pas  anciennement  une  vaste 
eité?  lui  demandai -je  encore.  «  Jamais,  ré- 
«  pliçiua-t-il,  autant  du  moins  que  nous  en 
«  puissions  juçer  par  ce  que  nous  avons  vu; 
^  je  vous  dirai  même  que  jamais  nos  pèies 
<  ne  nous  en  ont  encore  parlé.  ^  Cinq  cents 
autres  années  après,  je  revins  encore  aux 
mêmes  lieux;  cette  fois,  la  mer  en  oecupait 
ia  pUue.  Ayant  aperçu  des  pécheurs  sur 
:^es  rivages,  je  leur  demandai  depuis  quand 
la  mer  avait  envahi  ce  terrain.  «  Un  homme 

•  comme  vous,  dirent-ils,  peut-il  bire  une 

•  semblable  question?  Ce  lieu  a  toujours 
«  été  tel  qu'il  est  aujourd'hui.  »  Au  t>out  de 
cinq  cents  nouvelles  années,  j'y  retournai 
encore.  La  mer  n'^  étant  plus,  je  voulus  sa- 
voir depuis  combien  de  temps  elle  s'était 
retirée.  Un  homme  a  qui  je  le  demandai  me 
répondit,  comme  tons  les  précédents,  c'est- 
à-dire,  que  les  choses  avaient  toujours  été 
ainsi  que  ie  les  voyais.  Enfin,  après  un  laps  de 
temps  éjoii  aux  précédents,  j'y  retournai  pour 
la  dernière  fois,  et  je  trouvai,  en  place  d'un 
yen  désert ,  une  cité  florissante,  plus  peu- 

(400)  Kossa,  g ouTenieor  du  calife  At-MamAd ,  fut 
Tmateur  d*an  lîTre  ÎPlitulé  :  Histoire  des  Patriarekes 
et  des  Prophètet  éewiê  ta  créatiou  du  wuntde.  {Mad, 
r«ffv.  tfûl.,  Tol.  Il,  rh.  4.) 

(401)  Tnuluit  Mr  MU.  Cliexy  et  île  Sacy  ,  ei  rite 
^r  Jf .  Elie  de  Bcaamoot.  (Am.  des  ëciemcet  iwir., 

(iOi)  Vo§.  les  extraits  des  maDuscrits  de  LéoDard 
i,  lesquels  soot  acttieUement  à  la  biblîoibéque 


pléeet  plus  riche  en  monuments  somptueux 
que  la  première  que  j'avais  vue.  Voulant 
alors  connaître  la  durée  de  son  existence , 
je  m'adressai  aux  habitants,  qui  me  dirent  : 
«  L'origine  de  cette  ville  se  perd  dans  la  nuit 
<  des  temps,  nous  ignorons  cfepuis  quand  elle 
c  existe,  et  nos  pères,  à  ce  sujet,  n'en  sa- 
«^  valent  pas  plus  que  nous.  » 

Ce  ne  fut  guère  qu'au  commencement  du 
xvr  siècle  que  les  phénomènes  géologiques 
commencèrent  à  fixer  l'attention  des  nations 
chrétiennes.  A  cette  époque,  une  controverse 
des  plus  vives  s'éleva  en  Italie,  au  sujet  de  la 
nature  véritable  et  de  l'origine  des  coquilles 
marines  et  des  autres  corps  organisés  fosssiles 
que  l'on  trouvait  en  at)ondance  dans  les 
couches  de  cette  contrée.  Le  célèbre  peintre 
Léonard  de  Vinci ,  qui ,  dans  sa  jeunesse, 
avait  conçu  le  plan  de  plusieurs  canaux  na- 
vigables qu'il  exécuta  lui- même  dans  le  nord 
de  ritalie,  fut  un  des  premiers  qui  sut  ap- 
pliquer, au  sujet  en  question,  un  raisonne- 
ment logique  et  sain.  Il  prétendait  que  la 
x^se  des  nvières  avait  recouvert  l'extérieur 
et  pénétrée  l'intérieur  des  coquilles  fossiles, 
alors  que  ces  corps  reposaient  au  fond  de  la 
mer  près  du  rivage,  (m  assure,  disait-il,  que 
ces  coquilles  furent  formées  dans  les  collines 
par  f influence  des  étoiles ,  mats  s'i7  en  fût 
ainsi  jadis^  pourquoi  n'en  serait-il  pas  encore 
de  mime  aujourahui.  Qui  fourrait  me  dire 
où  sont  les  étoiles  formant  a  Fépoque  actuelle 
dans  les  collines  les  coquilles  t espèces  et 
d'âges  différents  quon  y  trouve.  Comment  ^ 
bailleurs,  se  rendre  compte,  à  Vaidedesétoiles^ 
de  F  origine  de  ce  gracier  dont  les  parties 
n'ont  pu  être  arrondies  que  par  le  mouvement 
de  Feau  courante,  et  qu'on  rencontre  à  diverses 
hauteurs?  Comment,  enfin,  expliquer,  par 
une  telle  cause,  la  pétrification  des  feuilles  et 
des  plantes  marines  que  renferment  aussi  les 
collines  (MS). 

Les  excavations  bites  en  1517,  à  Foecasioa 
des  travaux  qu'on  exécutait  à  Vérone,  mi- 
rent au  jour  une  multitude  de  pétrifications 
curieuses,  et  donnèrent  lieu  aux  spéculations 
de  divers  auteurs,  parmi  lesquels  nous  cite- 
rons, entre  autres,  Fracastoro  (M3).  Celui- 
ci  déclara  que,  dans  son  opinion,  les  co- 

auilles  fossiles  avaient  toutes  appartenu  à 
es  êtres  vivants,  lesquels  vécurent  jadis, 
et  multiplièrent  là  où  se  trouvaient  alors 
leurs  dépouilles.  Il  démontra  combien,  pour 
expliquer  l'origine  de  ces  fossiles,  il  était 
absurde  de  recourir  à  une  cerisine .  force 
plastique,  douée,  disait-on,  du  pouvoir  do 
donner  aux  pierres  des  formes  organiques. 
Fracastoro  prouva ,  à  l'aide  d'arguments  non 
moins  puissants,  qu'il  était  tout  aussi  peu 
sensé  d  attribuer  la  situation  des  coquilles  en 

de  riiistltutde  France.  Ces  eitraits,  des  k  Yentori, 
ne  sont  pas  mentionnés  par  Broccbi;  c*est  M.  Hal- 
lain  qui,  le  premier,  a  fixé  sur  eux  ratteniioii.  Léo- 
nanl  de  Vinci  mourut  en  1519. 

(4«S)  Mmsimm  eeleM.  Vagst  le  DiMeemn  de  ftw* 
elii  tur  les  nrogrèt  de  Fétedede  la  emttkgHologk  fos- 
sile en  Italie.  Dans  ce  discours,  qneliioes-mies  des 
notices  sur  les  auteurs  iuliens  ont  plus  d'étendue 
que  je  n'ai  pu  leur  en  donner  ici. 


^\ 


GEO 


DrCTlONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


m 


quostionau  ddluge  biblique,  ainsi  que  quel- 
ques-uns soutenaient  obstinément  qu'on  de- 
vait le  faire;  car,  disait-il,  outre  que  celte  inon- 
dation fut  de  trop  courte  durée  pour  produire' 
le  déplacement  de  ces  corps ,  on  doit  remar- 
quer aussi  qu'elle  fut  occasionnée  presaue 
entièrement  par  des  eaux  fluviales.  D  un 
autre  côté,  en  admettant  même  que  l'inon- 
dation eût  été  capable  de  transporter  les 
coquilles  à  de  grandes  distances ,  elle  n'au- 
rait pu  que  les  disséminer  sur  la  surface  du 
sol ,  et  non  les  ensevelir  à  d'immenses  pro- 
fondeurs dans  l'intérieur  des  montagnes. 
Rendus  aussi  évidents ,  de  tels  faits  eussent 
mis  un  pour  toujours  à  la  discussion ,  si  les 
passions  humaines  ne  se  fussent  trouvées 
engagées  dans  la  dispute;  car,  bien  que  quel- 
ques doutes  restassent  encore  dans  certains 
esprits,  il  est  probable  que  bientôt  ils  auraient 
disparu  en  présence  des  découvertes  nouvel- 
les faites  peu  de  temps  après,  sur  la  structure 
des  fossiles  et  de  leurs  analogues  vivants. 

Mais ,  bien  loin  d'accorder  aux  idées  aussi 
îusles  que  philosophiques  de  Fracastoro, 
l'attention  qu'elles  m -ntaient,  tout  le  talent 
et  la  force  de  raisonnement  des  savants  ne 
furent,  durant  trois  siècles,  employés  qu'à 
discuter  ces  deux  questions  préliminaires 
et  toutes  simples,  savoir  :  si  les  fossiles 
avaient  appartenu  à  des  êtres  vivants  ;  et  si , 
une  fois  cette  circonstance  admise,  tous  les 
phénomènes  ne  pouvaient  pas  s'expliquer 
par  le  déluge  de  Noé.  Jusqu'alors,  il  avait 
été  de  croyance  générale,  dans  le  monde 
chrétien,  que  l'origine  de  la  terre  remontait 
seulement  à  quelques  milliers  d'années,  et 
que ,  depuis  la  création ,  le  déluge  était  l'u* 
nique  catastrophe  qui  eût  produit  quelque 
changement  considérable  a  ia  surface  du 
globe.  D'une  autre  part,  l'opinion  que  la 
conflagration  de  notre  planète  devait  avoir 
lieu  bientôt  était  presque  aussi  générale- 
ment répandue.  Cependant  l'époque  du  millé- 
naire attendu  se  nassa  sans  catastrophe.  Il 
semble  que,  dès  lors,  il  n'eût  plus  dû  en 
être  question  que  pour  rire  aux  dépens  de 
c^ux  dont  la  crédulité  se  trouvait  si  heu- 
reusement trompée. 

Bien  qu'au  xvi*  siècle  il  devint  néces- 
saire d'interpréter  plus  largement  les  pro- 
phéties, et  d  assigner  à  la  conflagration  du 
monde  une  date  plus  éloignée,  les  spécula- 
tions des  premiers  géologues  n'en  renfer- 
ment pas  moins  une  allusion  constante  à 
l'accomplissement  prochain  d'une  telle  ca- 
tastrophe. Quant  à  ce  qui  regarde  l'ancien- 
neté du  globe ,  les  opinions  des  siècles  d'i- 
çnorance  se  maintinrent  également  à  cette 
époque,  sans  la  moindre  modiflcation.  Aussi, 
lorsque  plus  tard  on  voulut  entreprendre  de* 
détruire,  par  des  preuves  physiques,  un 
article  de  foi  si  généralement  accrédité ,  une 
alarme  très-vive  s'empara  de  tous  les  esprits, 
et  il  ne  fallut  rion  moins  que  la  tolérance  et 
la  franchise  qui  régnaient  parmi  le  riergé 
italien,  pour. qu il  fût  permis  de  débattre 
ce  sujet  en  toute  liberté.  Les  prêtres  eux- 

(404)  De  Foêsilib.,  p   109  et  176. 


mêmes  prirent  chaudement  parti  dans  la 
controverse  ;  les  uns  se  prononcent  pour  tel 
côté  de  la  question,  et  les  autres  pour  tel 
autre.  Tout  en  regrettant  vivement  le  temps 
et  le  talent  qui,  dans  cette  circonstance, 
furent  consacrés  à  la  défense  de  principes 
insoutenal)les ,  on  ne  peut  s'empêcher  de 
rendre  justice  au  peu  d'acrimonie  qu'entraîna 
cette  polémique,  comparativement  à  celle 

3ui  se  maniresta  dans  les  disputes  que, 
eux  siècles  et  demi  plus  tard,  on  vit  éclater, 
de  ce  côté-ci  des  Alpes ^  parmi  certains  écri- 
vains. 

Le  système  de  disputes  scolastiques,  en- 
couragé dans  les  universités  du  moyen  Age, 
avait  non-seulement  conduit  à  des  habitu- 
des d'interminables  ai*guties,  mais  en  était 
même  venu  jusqu'à  produire  ce  dangereux 
effet  que  souvent  des  propositions  absurdes 
et  extravagantes  se  trouvaient  préférées  à 
des  idées  raisonnables  et  justes,  par  cela 
seul  qu'elles  exigeaient  plus  de  talent  pour 
être  soutenues  ;  le  but  de  ces  combats  intel- 
lectuels était  la  victoire  et  non  la  vérité.  11 
n'y  avait  pas  une  seule  théorie,   quelque 
subtile  et  bizarre  qu'elle  fût,  qui  n'eût  ses 
partisans,  pourvu  toutefois  qu'on  pût  la  rap- 
porter à  quelque  idée  populaire;  et  comme 
dans  la  création  de  leurs  systèmes,  les  cos- 
mogonistes  ne  s*en  tenaient  pas  à  l'action 
des  causes  connues,  les  adversaires  de  Fra- 
castoro combattirent  ses  argiiments  en  sup- 
posant des  causes  imaginaires,  lesquelles 
aififéraient  les  unes  des  autres  bien  plus  de 
nom  que  de  fait.  Ainsi,  par  exemple,  Andréa 
Mattioli,   célèbre    botaniste    qui    expliqua 
Dioscorides,  adopta  cette  opinion  de  l'habile 
mineur  allemand,  Agricola,  qu'une  certaine 
«  matière  grasse,  materia  pitiguis^  »  mise  en 
fermentation  par  la  chaleur,  donnait  nais- 
sance  à  des   formes  organiques   fossiles. 
D'après  ses  propres  observations,  Mattioli^ 
cependant,  en  était  venu  à  conclure  que  le« 
corps  poreux,  tels  que  les  os  et  lescoquitle^f 
pouvaient,  comme  étant  perméables  à  C9 
qu'il  appelait  le  suc  lapidtfiani^  être  trans- 
formés en  pierre.  D'un  autre  côté,  Fallop- 
piode  Padoue  imagina  que  les  coquilles  pé- 
trifiées étaient  produites  par  la  fermentation, 
dans  les  lieux  mêmes  oii  on  les  trouve,  et 
que  dans  certains  cas,  leurs  formes  résul- 
taient  des    mouvements  tumultueux   des 
exhalaisons  terrestres.  Tout  célèbre  analo- 
miste  qu'il  était,  il  soutint  que  certaines 
défenses  d'éléphants  que,  de  son  temps,  on 
avait  trouvées  dans  la  Fouille,  n'étaient  au- 
tre  chose  que  des  concrétions  terrestres. 
Suivant  toujours  ces  mêmes  principes,  il 
alla  jusqu'à  considérer  les  vases  du  Monte 
Testaceo,  à  Rome,  comme  n'étant,  très-pro- 
bablement, que  des  impressions  naturelles 
S li  s'étaient  formées  dans  le  sein  de  la  terre 
^  OW.  Animé  du  même  esprit,  Mercati  pré- 
tenclit  que  les  coquilles  fossiles  conservées 
par  le  pape  Sixte  V  dans  le  musée  du  Vati- 
can, et  dont,  en  1574,  il  avait  publié  des  fi- 
gures très-exactes,  n'étaient    tout  simple^ 


615 


Ci» 


ET  m:  PAL£OMOLOCI£. 


GEO 


6U 


meotqoedef  pierres  dont  la  configuration 
particulière  devait  être  attribuée  à  i*in- 
fluencedes  corps  célestes.  Quant  à  Olivier 
de  Crémone*  à  qui  ^st  due  la  description 
des  débris  fossiles  d'un  riche  musée  de  Vé- 
rone, il  se  borna  k  considérer  ces  corps 
eomme  de  simples  «  jeux  de  la  nature.  » 

Parmi  les  conceptions  bizarres  de  ces 
temps,  quelaues-unes  furent  jugées  moins 
déraisonnables  que  les  autres,  en  cela  qu'el- 
les offraient  des  rapports  avec  la  théorie  de 
la  génération  spontanée  d'Aristote,  ensei- 
gnée alors  dans  toutes  les  écoles  (405) .  On 
conçoit,  en  effet,  que  des  hommes  imbus 
dès  leur  première  jeunesse  de  Tidée  que  la 
plupart  des  plantes  et  des  animaux  vivants 
avaient  été  formés  par  le  concours  fortuit 
d'un  certain  nombre  d'atomes,  ou  qu'ils 
avaient  puisé  la  vie  dans  la  matière  organi- 
que corrompue,  pouvaient  facilement  se 
persuader  que  les  formes  organiques,  sou- 
Tent  mal  conservées  qui  se  rencontrent  dans 
l'intérieur  des  roches,  devaient  leur  exis- 
tence à  des  causes  également  obscures  et 
mystérieuses. 

Ce  siècle,  toutefois,  ne  fut  pas  entière- 
ment dépourvu  d'auteurs  professant  des  opi- 
nions plus  rationnelles  et  plus  graves  .que 
celles  oui  viennent  d'être  exposées.  Un  ou- 
vrage ue  Cardan,  publié  en  1552,  et  dont  le 
titre,  Ih  mbUlUate^  correspond  k  ce  que  de 
nos  jours  on  appellerait  ptiilosophie  trans- 
cendante, devait  naturellement  nous  donner 
à  penser  qu'au  chapitre  des  minéraux  se  iton^ 
Teraient  plusieurs  théories  subtiles,  la  sub- 
tilité étant  le  type  caractéristique  de  presque 
toutes  les  doctrines  d'alors.  Néanmoins , 
qnand  1  auteur  en  vient  à  traiter  des  coquilles 
pétrifiées,  il  n'hésite  pas  à  déclarer  qu'elles 
Indiqumt  d'une  manière  évidente  1  ancien 
séjour  de  la  mer  sur  les  montagnes  (U)6). 

Cesalpioo,  botaniste  célèbre ,  pensait  que 
les  coquilles  fossiles  avaient  été  anandonnées 
sur  les  continents  lors  de  la  retraite  de  la 
mer,  et  que  leur  pétrification  s'était  opérée 
durant  la  solidification  du  sol  (i07).  L'année 
suivante,  1587,  Simeone  Majoli  (i06),  dont 
les  idées  cc»uicidaient  pour  la  plupart  avec 
celles  de  Cesalpioo ,  alla  plus  loin  encore.  Il 
prétendit  qu'il  n'y  aurait  rien  d'impossible  à 
ce  que  les  couuilles  et  autres  substances 
sous-marines  au  Véronais  et  de  quelques 
aalros  districts ,  eussent  été  vomies  sur  la 
terre  par  des  explosions  volcaniques ,  telles 
que  celles  oui,  en  1538,  donnèrent  naissance 
au  Monte-Nuovo,  près  d<^  Pouzzole.  C'est 
cette  supposition  qui  semble  avoir  servi  de 
base  aux  théories  de  Uooke,  de  Lazzaro 
lloro,  de  Hutton  et  de  plusieurs  autres  écri- 
vains qui,  plus  tard,  cherchèrent  aussi  à  éta- 
blir des  rapports  entre  l'action  des  volcans 
et  les  gisements  des  coquilles  fossiles. 

Deamns  après,  Imperati  se  déclara  en  fa- 
veur de  l'origine  animale  de  ces  corps  ;  mais 
en  admettant  toutefois  la  possibilité  de  la 

(466)  AaiSTon,  Trmîé  de$  ammaux^  chap.  1  et  15. 
(405)  Baoccei,  Con.  fou.  êubmp.^   Di$c^  «ai  pro- 
grrsn,  vol.  I",  p.  57. 
(iOT;  Dt  nutallicië. 


végétation  des  pierres,  phénomène  qn*il  ex- 
pliquait par  la  force  «  d'un  princiiM»  inté- 
rieur, »  à  l'appui  duquel  il  citait  les  dents  de 
poissons  et  les  épines  d'échinides  que  Ton 
avait  trouvées  à  1  état  de  pétrification  (409). 

Palissy,  écrivain  français,  publia  divers 
ouvrages  scientifiques.il  traita,  entre  autres, 
de  «  1  origine  des  sources  attribuées  à  l'ean 
de  pluie,  »  et  entreprit,  en  1580,  de  com- 
battre les  idées  répandues  en  Italie  par  plu- 
sieurs de  ses  contemporains,  au  sujet  des 
coquilles  fossiles  que  ceux-ci  supposaient 
avoir  été,  toutes  sans  exception,  déposées 
par  le  déluge  universel.  //  fui  le  premier^ 
dit  Fonteneile  un  siècle  et  demi  plus  tard,  en 
parlant  de  lui  dans  VHistoire  de  f  Académie 
des  sciences^  qui  osa  tou/entr,  à  Pariê^  que  le§ 
debrii  fossiles  des  testacés  et  des  poissons 
avaient  jadis  appartenu  à  des  animaux  marins. 

Comme  ce  serait  une  tâche  aussi  inutile 
que  fiistidieuse  d'énumerer  la  multitude  d'é- 
crivains italiens  qui,  vers  le  commencement 
du  xvii*  siècle,  avancèrent  des  hypothèses 
toutes  plus  fantastiques  les  unes  que  les  au- 
tres, nous  nous  abstiendrons  d'en  parler; 
nous  ne  ferons  d'exception  qu'en  faveur  de 
Fabio  Colonna  qui,  seul,  mérite  d'être  dis- 
tingué de  la  foule;  car,  bien  qu'il  s'aban- 
donnât au  dogme  qui  rapporte  au  déluge  do 
Noé  l'origine  de  tous  les  débris  fossiles,  il 
sut  résister  à  l'absurdd  théorie  de  Stelluti, 
et  ne  pas  admettre  que  le  bois  fossile  et  les 
ammonites  n'étaient  autre  cbase  que  de  l'ar- 
gile dont  les  formes  avaient  été  déterminées 
par  des  eaux  sulfureuses  et  par  la  chaleur 
souterraine  du  globe.  Fabio  Colonna  indi- 
qua les  différents  états  des  coquilles  fossiles, 
établissant  entre  elles  les  distinctions  sui- 
vantes :  savoir,  1*  la  simple  empreinte;  2*  le 
moule,  et  3*  les  débris  de  la  coquille  elle- 
même.  C'est  à  lui  aussi  aue  revient  le  mé- 
rite d'avoir,  le  premier,  aémontré  que  parmi 
les  fossiles,  tous  n'ont  pas  appartenu  a  des 
testacés  marins,  et  que  quelques-uns  pro« 
viennent  de  testacés  terrestres  (ilO). 

De  tous  les  ouvrages  publiés  à  cette  é|)o- 
que,  le  plus  remarquable  fut  celui  de  Sté- 
non,  savant  Danois,  qui,après  avoir  professé 
quelque  tem|»s  l'anatoroie  à  Padoue,  alla  è  la 
cour  du  grand  duc  de  Toscane,  où  il  résida 
plusieurs  années.  Son  traité  porte  le  titre 
pompeux  de  De  solido  intra  solidum  «lo/ura- 
titer  contento  (16C9),  titre  qui,  pour  bien 
rendre  Tintention  de  l'auteur,  peut  se  tra- 
duire ainsi  :  Sur  les  pierres  précieuses^  les 
cristaux  et  les  pétrifications  organiques  ren- 
fermés  dans  les  roches  solides.  Cet  ouvrage 
atteste  la  priorité  de  l'école  italienne<fansles 
recherches  géologiques,  el  signale  en  même 
temps  les  obstacles  puissants  qui,  dans  ce 
siècle,  furent  opposés  a  l'admission  générale 
des  idées  propres  k  favoriser  les  progrès  de 
la  science.  Tous  ceux  qui  ne  pouvaient  se 
résigner  à  croire  qu'avant  la  formation  d'une 
grande  partie  des  montagnes  qui  recouTrent 

(408)  iHes  canicutares, 

(409)  Staria  nantële. 

(410)  0$éerv.  tugli  mnimali  aquat.  e  unest.;  itf26. 


r>r. 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


116 


globe,  la  terre  pût  avoir  été  habitée  par 
des  èlres  vivants,  maintenaient  l*opinion 
qjic  les  coquilles  fossiles  et  les  autres  corps 
marins  n*étaient  pas  d'origine  animale.  Ce 
fut  h  l'occasion  de  cette  controverse  que 
iSlénon,  ayant  disséqué  un  requin  qu  on  ve- 
nait de  prendre  dans  la  Méditerranée,  prou- 
va que  ses  dents  et  ses  os  étaient  identiques 
avec  ceux  de  plusieurs  fossiles  trouvés  en 
Toscane.  Il  compara  aussi  les  coquilles  qui 
avaient  été  découvertes  dans  les  couches 
dTtalie  aux  espèces  analogues  vivantes,  si- 
gnala leur  ressemblance  ,  et  indiqua  les 
nuances  diverses  qui  distinguaient  dès  co- 
quilles simplement  calcinées,  ou  qui  n'a- 
vaient perdu  que  leur  gluten  animal,  de 
celles  dans  lesquelles  s'était  opérée  une  subs- 
titution complète  de  matière  pierreuse.  Dans 
sa  division  des  masses  minérales,  il  insista 
beaucoup  sur  l'origine  secondaire  des  dépôts 
qui  renferment  des  dépouilles  d'animaux  ou 
iles  fragments  de  roches  anciennes.il  établit 
une  distinction  entre  les  formations  d'origine 
marine  et  les  formations  d'origine  fluviale, 
in  Jiï|uanl,  comme  moyen  de  reconnaître  ces 
dernière^,  les  graines,  les  herbes,  ou  même 
ies  troncs  et  les  branches  d'arbres  que  sou- 
vent elles  renferraent.il  se  prononça  aussi  en 
faveur  de  l'horizontalité  primitive  desdépôts 
sédimentaires,  dont  il  attrihuait|  la  position 
actuellement  inclinée  ou  verticale,  tantôt  à 
quelque  dégagement  devap^rs  souterraines 
capable  de  soulever  de  bas  en  haut  la  croûte 
de  la  terre,  et  tantôt  à  l'affaissement  de  cer- 
taines masses  solides  reposant  sur  des  cavi- 
tés souterraines. 

Sténon  prétendit  être  à  même  de  prouver 
que  la  Toscane  devait  avoir  eu  successive- 
ment six  conQgurations  distinctes,  ayant  été 
deux  fois  couverte  entièrement  par  l'eau, 
mise  à  sec  deux  fois ,  avec  un  niveau  uni- 
forme, et  deux  fois  enfin  avec  une  surface 
inégale  et  irrégulière  (411).  II  fit  tous  ses  ef- 
forts pour  concilier  avec  l'Ecriture  sainte 
ses  nouvelles  idées,  et  ce  fut  dans  ce  but 

2u'il  signala  certaines  roches  comme  ayant 
té  formées  avant  l'existence  de  toute  espèce 
d'animaux  et  de  plantes.  Malheureusement 
il  choisit  pour  exemple  de  ces  roches  cer- 
taines formations  calcaires  et  de  grès  de  son 
propre  pays,  lesquelles  renfermant,  ainsi 
qu'on  Ta  reconnu  depuis,  quelques  débris 
d'animaux  et  de  plantes,  ne  peuvent  pas 
môme  être  rangées  parmi  les  couches  les 
plus  anciennes  des  séries  secondaires.  Sté- 
non chercha  à  faire  entendre  que  Moïse,  en 
disant  que  les  eaux  du  déluge  avaient  cou- 
vert le  sommet  des  montagnes  les  pi  js  éle- 
vées, n'entendait  parler  que  des  plus  hautes 
collines  existantes  alors,  lesquelles  ne  pou^ 
valent  avoir  une  élévation  bien  grande.  D'a- 
près sa  supposition,  les  eaux  diluviennes 
provenaient  de  l'intérieur  de  la  terre  où  elles 

(41  i  )  Sex  Uaque  dUtvietas  Etruriœ  faciès  aanoscimus 
autnbû  fluida^  bh  plana  et  stcca,  bis  asperafuent,  elc. 

(412)  Scilla  cite  la  remarque  de  Cieéron  à  Tocea- 
sîon  d'une  certaine  pierre  trouvée  dans  File  de 
CUiio,  laquelle,  suivant  la  tradition,  ajrant  été  sépa- 
rée eu  deux  parties,  présenta  la  tète  de  Paniscus  en 


s'étaient  réfugiées,  lorsque,  orianaireiBent, 
la  séparation  de  la  terre  et  de  la  mer  s*éiait 
opérée.  De  telles  hypothèses  n'étaient  certes 
pas  faites  pour  ajouter  au  mérite  du  traité 
de  Sténon  ;  loin  de  là,  au  contraire,  elles  ne 
pouvaient  que  diminuer  l'autorité  de  filles 
de  ses -opinions  qui  étaient  basées  sur  des 
déductions  justes  et  rigoureuses  des  faits  et 
de  l'observation.  Dans  ces  derniers  temps, 
néanmoins,  elles  ont  servi  de  germe  à  di- 
verses théories  populaires; revêluesdelongs 
développements,  elles  ont  été  reproduites  et 
présentées  comme  des  idées  nouvelles  par 
plusieurs  de  nos  contemporains. 

Scilla,  peintre  sicilien,  publia,  en  1670, un 
traité  latin  sur  les  fossiles  de  la  Cal(d)re,  ac- 
compagné de  très-bonnes  gravures.  Cet  ou- 
vrage offre  la  preuve  de  1  influence  prolon- 
gée que  conservent  d'ordinaire  les  dogmos 
souvent  réfutés;  car  c'est  surtout  contre  l'in- 
crédulité obstinée  des  naturalistes,  à  réganl 
de  la  nature  organique  des  coqnilles  fossi- 
les, que  l'auteur  dirige  les  plus  habiles  res- 
sources de  son  esprit  et  de  son  élomieo- 
ce  Iki^).  De  même  que  plusieurs  naturalistes 
célèbres  de  son  temps,  Scilla  s'abandonna  à 
la  croyance  populaire  que  toutes  lescoquiiln 
fossiles  étaient  en  même  temps  les  effets  et 
tes  preuves  du  déluge  biblique.  £n  profes- 
sant cette  opinion,  était-il  entièrement  de 
iionne  foi  ?  Il  est  permis  d'en  douter.  Quant 
h  plusieurs  de  ses  contemporains  qui  suivi- 
rent la  même  voie  que  lui,  bien  que  leur 
manque  de  sincérité  fût  complètement  avéré, 
ils  mirent  tant  d'empressement  à  déraciner 
les  idées  généralement  admises  à  l'égard  de 
la  nature  des  fossiles  organisés,  qu'on  les  au* 
rait  crus  volontiers  disposés  à  faire  toutes 
les  concessions  possibles  pour  fixer  invaria- 
blement  l'opinion  sur  ce  point.  Ces  transac- 
tions étaient  peu  éclairées;   il  ne  serrait 
pour  ain^i  dire  à  rien  que  la  nature  des  do- 
cuments fût  enfin  bien  comprise,  si  les  hooi- 
nies  n'avaient  pas  la  liberté  d'en  drerdes 
conséquences  exactes. 

Los  théologiens  italiens ,  allemands, 
français  et  anglais,  qui,  à  cette  époque,  eth 
trèrent  dans  Ta  lice,  étaient  en  si  grand 
nombre,  qu'il  serait  trop  long  d'en  faire 
rénumération  ;  €[uant  à  ceux  oui  refusèrent 
d'adopter  l'opinion  que  tous  les  débris  or- 

Saniques  marins  étaient  autant  de  preuves 
u  déluge  biblique ,  ils  furent ,  dès  ce  ino- 
ment,  exposés  à  l'accusation  de  ne  ries 
croire  des  saintes  Écritures. 

Plus  d'un  siècle  s'était  écoulé  depuis  Fra- 
castoro  ;  et  à  peine  pendant  ce  temps  toot 
employé  à  propager  la  croyance  qoe  les 
fossiles  organises  n'étaient  que  de  simples 
jeux  de  la  nature,  de  faibles  efforts  avaient- 
ils  été  faits  pour  se  rapprocher  d'une  saine 
théorie.  Une  nouvelle  période  d'un  siècle  et 
demi  fut  ensuite  perdue  à  consacrer  rbjp 

rdtef.  —  Je  veux  bien  croire^  dît  Torateur,  (pu  «(" 
figure  j90uvail  avoir  quelque  ressemblance  avec  P<'^ 
eus  ;  maiê  je  n'admetêrai  jamais  qns  eetu  rtunt- 
blance  fût  telle  qu^on  pKl  aUribuer  au  ciseau  de  Set- 
pas  la  tête  en  question;  carie  hasard  nlmUijeubU 
parfaitement  (a  vérilé. 


ai 


ÇFJd 


ET  DE  PALEONTOLOG!R 


CEO 


Gi& 


Ihèse  mise  en  avant  |iar  ceux  qui  prélcn* 
daient  que  renfouissement  de  tous  les  corps 
ùrgmisés  dans  les   couches   solides  était 
rœuTre  du  déluge  de  Noé.  Jamais ,   dans 
aucune  branche  delà  science,  illusion  théo- 
rique ne  se  mêla  plus  sérieusement  à  Tob- 
serration  exacte  et  à  la  classiGcation  systé- 
matique des.  faits.  Les  progrès  rapides  de  la 
.fëologie,  dans  ces  derniers  temps ,  doivent 
mre  particulièrement  attribués  à  la  détermi- 
nation précise  de  Tordre  de  succession  des 
masses  minérales,  établie  à  Faide  de  la  ré- 
gularité de  leur  superposition  etde  la  nature 
des  différents  eor^^oi^aniques  qu'elles  ren- 
ferment. Toutefois,  loin  de  vouloir  recon- 
naître la  moindre  distinction  dans  Tensem- 
bledes  couches,  les  vieux  partisans  de  la 
théorie  diluvienne  étaient  portés,  au  con- 
traire, d'après  leur  système,  à  confondre 
les  divers  groupes  de  strates,  à  rap|)orter 
tous  les  phénomènes  à  une  cause  unique, 
et  à  une  seule  époque,  de  très-courte  durée, 
plutôt  que  de   les  attribuer  à  un  certain 
nombre  de  causes  dont  Taction  se  serait 
continuée  pendant  une  longue  suite  de  pé- 
riodes. Ils  ne  voyaient  les  phénomènes  que 
comme  ils  voulaient  les  voir,  tantôt  déûgu- 
rant  les  faits,  et  tantôt  déduisant  de  données 
correctes  de  fausses  conséquences.  De  nos 
jours,  par  bonheur,  les  choses  ont  changé 
de  face  ;  le  vaisseau  confié  à  noire  direction 
n*ayant  plus  besoin,  |)our  avancer,  de  lutter 
contre  un  courant  contraire,  un  très-petit 
nombre  d^années  suflirait,  à  présent,  pour 
faire  faire  autant  de  progrès  à  la  science  que, 
sous  rinfluence  despréjugésaueuous  venons 
de  signaler,  elle  en  fit,  dans  respacede  trois 
siècle. 

.  En  suivant  Thistoire  de  la  géologie,  le  lec- 
tenr  doit  s*attendre  à  voir,  depuis  la  fin  du 
.xra'  siècle  jusqu'à  la  fin  du  xviii*,  la 
5cieoce  marcher  aussi  souvent  en  sens 
réirograde  qu*en  sens  progressif.  Dans 
celte  revue,  il  devra  s'appliquer  à  remar- 
quer les  retours  fréquents  à  des  erreurs 
plusieurs  fois  combattues,  et  l'abandon  de 
certaines  opinions  aussi  judicieuses  que 
saîoes  pour  des  idées  de  la  dernière  absur- 
dité. Souvent  aussi  il  aura  à  s'arrêter  soit 
sur  une  argumentation  futile ,  soit  sur  une 
lijpothèse  cliimérique,  non  à  raison  de 
riatérét  que  de  tels  sujets  offriront  par  eux- 
méfnes,  mais  à  cause  que  plusieurs  des  sys- 
tiètnes  les  plus  extravagants  ont  été  imagi- 
nés ou  contestés  par  des  hommes  d*un  talent 
reconnu.  En  un  mot,  l'esquisse  des  progrès 
de  la  géologie  n'est  autre  chose  que  l^is- 
foire  aune  lutte  perpétuelle  et  violente 
entre  des  opinions  nouvelles  et  des  doc- 
trines anciennes,  qui ,  sanctionnées  par 
la  foi  implicite  de  plusieurs  générations, 

(413)  De  testmceU  fouitibus  Mut.  Septalumt, 

(414)  Les  opinions  de  Boyie,  aaïquelles  Quirini 
bit  aflasion  ici,  avaient  élé  publiées  quelques  années 
aoparavam  dans  un  petit  article  intitulé  Sur  le  fond 
d€  la  airr.  D'après  des  renseignements  obtenus  des 
pécbenrs  de  perles,  Bo}1e  conclut  que  lorsque  les 
Tabacs  sont  à  sîi  on  sept  pieds  de  liauieoraunlcssus 
de  l'caa^oo  n*âperçoit  pas  le  moindre  signe  d^agita- 


soiit  censées  reposiT  sur  lautorilé  des 
staintes  Écritures.  Quoique  oflfrant  le  plus 
grand  intérêt  pour  auiconque  se  livre  à  l'é- 
tude de  la  philosopnie  de  Tesprit  humain, 
cet  examen,  toutefois,  ne  saurait  suffire  à 
celui  qui,  dans  Tétude  des  sciences  physi* 
ques,  aspire  à  trouver  des  vérités. 

Eu  1676  (Vi3),  Quirini  soutint ,  contraire- 
ment à  l'opinion  de  Scilla,  que  les  eaux  du 
déluge  ne  pouvaient  avoir  transporté  des 
cor{>s  pesants  sur  le  sommet  des  montagnes, 
l'agitation  de  la  mer  ne  s'étant  iamais  (ainsi 
que  Boyle  l'avait  démontré)*  étendue  à  de 
grandes  profondeurs  (Vi4j;  il  nia,  de  plus, 
que  les  testacés  eussent  pu  vivre,  comme 
quelques-uns  le  prétendaient,  dans  ces  eaux 
diluviennes  ;  car,  outre,  disait-il,  que  «  l'inon- 
dation fut  de  courte  durée,  les  grandes  pluies 
anéantirent  la  salure  de  la  mer.  s  Quirini 
fut  le  premier  écrivain  qui  se  hasarda  à  sou- 
tenir une  opinion  contraire  à  celle  qui  fai- 
sait du  déluge  de  Noé  un  cataclysme  uni* 
verset.  Quant  à  la  nature  des  coquilles  pétri- 
fiées, il  pensait  que,  puisque  ûi^s  molécules 
solides  se  réunissaient  dans  la-  mer  four 
former  les  coquilles  des  mollusques,  le  même 
mode  de  cristallisation  pouvait  tout  aussi 
bien  se  produire  sur  la  terre.  Pour  expli- 
quer ce  dernier  cas,  il  supposait  que  les 
germes  des  animaux  avaient  pu  être  dissé- 
minés dans  la  substance  dont  sont  formées 
les  roches,  puis  développée  par  l'humidité. 
Toute  chimérique  qu'elle  était,  celte  doc- 
trine, par  cela  seul  qu'elle  refusait  d'ad- 
mettre l'explication,  donnée  {lar  la  théorie 
diluvienne,  de  la  position  des  corps  fossiles, 
ne  laissa  pas  d'avoir  de  nombreux  partisans, 
môme  parmi  les  raisonneurs  les  plus  graves 
de  l'Italie  et  de  l'Allemagne. 

A  cette  époque,  la  doctrine  par  suite  de 
laquelle  les  coquilles  fossiles  étaient  consi- 
dérées comme  n'ayant  jamais  appartt^nu  à 
de  véritables  animaux,  se  soutenait  encore 
en  Angleterre,  où  celte  question  ne  com- 
mença que  beaucoup  plus  tard  à  être  agitée. 
Le  docteur  Plot,  dans  son  Hhtoire  naturelle 
de  rOxfordêhire  (1677),  attribua  l'origine  des 
coquilles  et  des  poissons  fossiles  à  une  reriu 

Îlasttque  latente^  propre  à  la  terre.  En  1678, 
ister  ajouta,  sous  la  dénomination  de  pierres 
turbinées  et  bivalves^  les  espères  fossiles  aux 
coquilles  de  la  Grande-Bretagne,  sur  les- 

Suelles  il  avait  fait  précédemment  un  travail 
^une  exactitude  remarquable.  «  Que  ces 
pierres,  dit-il,  soient  ou  ne  soient  pas  d'ori- 
gine terrestre,  \es  animaux  qu'elles  repré* 
sentent  si  fidèlement  n'en  sont  pas  pioins 
des  animaux  perdus.  »  Cet  auteur  paraît  avoir 
élé  le  première  signaler  la  longue  continuité 
des  principaux  croupes  de  strates  que  ren- 
ferment les  séries  britanniques,  et  h  pro- 

tion  il  qui.ize  brasses  de  profondeur;  et  que,  même 
par  un  veut  fort,  le  mouvement  de  Peau  diiniiiue, 
prodigieusemeal  à  la  profondeur  de  douze  à  quinze 
pieds.  Ce  fni  aussi  a  la  même  source  que  Boyle 
puisa  ses  i n for lua: ions  au  sujet  de  Teiistence  des 
courants,  qui,  à  des  pr(/ron<!eurs  diverses,  suivent 
des  directions  opposées.  ((E'vrr<'stf«fioj^/f,ToL  lit, 
p.  110;  Londres,  I744.J 


?l.  DE  GOSXOGONIB  ET  DE  PaLEOHTOLOGIE. 


20 


6f9 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


m 


poser  la  construction  de  cartes  géologiques 
régulières  (^15). 

Ce  fut  en  1680  que  Leihnitz,  célèbre  ma- 
thématicien allemand,  publia,  sous  le  titre 
de  Protogœa,  sa  théorie  de  la  formation  de 
la  terre.  II  pensait  que  le  globe,  à  Torigine, 
avait  été  une  masse  lumineuse  brûlante  qui, 
de[)uis  sa  création,  s'était  constamment  re- 
froidie; que  lorsque  la  croûte  extérieure  de 
ce  globe  eut  perdu  suflisammcnt  desa chaleur, 
pour  que  la  condensation  des  vapeurs  pût 
avoir  heu,  ces  vapeurs  avaient  formé,  en  tom- 
bant, un  océan  immense,  lequel  avait  couvert 
îe  sommet  des  plus  hautes  montagnes,  et  en- 
touré la  terre  de  toutes  parts.  Il  supnosaitaussi 
qu*cn passant  de  Tétat  de  fusion  à  1  état  solide, 
la  croûte  avait  dû  prendre  une  structure  vési- 
culeuse  et  caverneuse,  et  que  les  déchirures 
qui  s'y  étaient  faites  en  plusieurs  endroits, 
ayant  permis  à  l'eau  de  se  précipiter  dans 
les  cavités  souterraines,  il  s'en  était  suivi 
l'abaissement  du  niveau  de  l'océan  primitif. 
C'est  à  la  rupture  de  ces  vastes  cavernes 
qu'ont  été  attribués  la  dislocation  et  le  dé- 
rangement des  couches,  dont  Sténon  avait 
fait  mention,  ainsi  que  les  mouvements  vio- 
lents qu'éprouvèrent  les  eaux  supérieures,  et 
les  inondations  considérables  qui  résultèrent 
de  ces  grands  mouvements.  Après  avoir  été 
ainsi  agitées,  les  eaux,  dans  les  intervalles 
de  tranquillité  qui  suivirent,  déposèrent  les 
matières  sédimentaires  qu'elles  tenaient  en 
dissolution,  et  ce  furent  ces  dépôts  qui  cons- 
tituèrent les  diverses  couches  de  pierre  et 
de  terre  qui  forment  Técorce  du  globe.  «  On 
peut  donc,  dit  Leibnitz,  attribuer  aux  masses 
primitives  une  double  origine  ;  l'une,  due 
au  refroidissement  des  matières  en  fusion  ; 
et  l'autre  à  la  concrétion  résultant  d'une  so- 
lution aaueuse  (i!^16).  La  répétition  de  ces 
causes  (la  rupture  de  la  croûte  et  les  inon- 
dations qui  s'ensuivaient)  donna  lieu  à  la 
formation  de  nouvelles  couches,  lesquelles 
se  succédèrent  jusqu'à  ce  que*  les  causes  en 
question  eussent  été  réduites  à  une  condi- 
tion d'équilibre  tranquille,  et  qu'un  état  de 
choses  plus  durable  eût  été  établi  (417).  » 

Les  OEuvres  posthume»  de  Robert  Hooke^ 
aussi  avantageusement  connu  comme  ma- 
thématicien que  comme  physicien,  parurent 
en  1705.  Elles  renferment  un  discours  sur 
les  tremblements  de  terre^  qui,  d'après  les 
renseignements  fournis  par  l'éditeur,  fut 
écrit  originairement  en  1668,  mais  revu  plu- 
sieurs fois  ensuite  (418).  Hooke  est  souvent 
d'accord  avec  les  meilleure  auteurs  italiens 
et  anglais  qui  s'occupèrent  de  géologie  avant 

(415)  y  oyez  Texceilente  introduction  de  M.  Cony- 
oeare,  à  Touvrage  intitalé  :  Ouilinet  of  the  geology 
of  Engiand  and  Wales  (E$quis$e$  de  la  qéologie  de 
l'Angleterre  et  du  pay$  de  Callei)^  page  li. 

^(416)  (Inde  jam  duplex  origo  ti^telUgilur  primo^ 
rum  corporum,  «na,  cum  ab  ignis,  fusione  refrigesce^ 
rentf  altéra^  cum  reconcretcerent  ex  solutione  aqua^ 
tum, 

(417)  Redeunte  mox  $imili  causa  strata  subindeatia 
o/î»  imponerentur,  et  faciès  teneri  adhucurbis  tœpius 
novata  est.  Donec  quiescentibus  causiSj  atque  œquili^ 
bratiSf  consmenlhr   emergerct  rerum  itatus.-^  Le 


lui  ;  mais  rien  dans  ses  ouvrages  ne  prouve 
qu'il  ait  partagé  les  idée^  hardies  de  Sténon 
et  de  Lister,  ou  de  Woodward,  son  conlempo- 
rain,  relativement  à  l'étendue  géographique 
de  certains  groupes  de  couches.  Son  traité, 
toutefois,  est|  à  l'égard  des  causes  des  chao* 
gements  anciens  qui  eurent  lieu  dans  les  rè- 
gnes organiques  et  inorganiquesdelanatur^, 
l'œuvre  la  plus  philosophique  de  ce  siècle. 
Quelle  trivialy  dit-il,  que  puisse  paraître 
à  certaines  personnes  un  objet  tel  qu  une  co' 
quille  pourrie^  de  pareils  monuments  de  la 
nature  n^en  présentent' peut  moins  des  témoi- 
gnages d'antiquité  plus  authentiaues  que  des 
pièces  de  monnaies  ou  des  médailles;  celles-ci 

Îwuvant  très-bien^   de  même  que  les  livres^ 
es  manuscrits  et  les  inscriptions^  être  imitées 
par  Vart   et  le  dessin,  ainsi  que  tous  les  tik^ 
vants  tiennent  aujourd'hui  pour  certain  que 
cela  s'est  souvent  pratiqué.  D'un  autre  cité, 
il  faut  bien  convenir  que  la  lecture  des  archi- 
ves de  la  nature  et  tes  travaux  nécessaires 
pour  parvenir  à  en  extraire  une  chronologie, 
et  à  établir  la  durée  des  périodes  pendant  les- 
quelles  tels  changements  et  telles  catastrophes 
se  sont  accomplis,  forment  une  tâche  qui,  bien 
qu'elle  ne  soit  pas  impossible,  est  au  moins 
tris'difficile  (419). 

Quant  à  Textinction  des  espèces,  Hooke 
savait  fort  bien  que  les  nautiles  et  les  am- 
monites fossiles,  ainsi  que  plusieurs  autres 
coquilles  et  squelettes  fossiles  trouvés  en 
Angleterre,  appartenaient  à  des  espèces  dif- 
férentes de  celles  qui  étaient  aies  connues  ; 
mais  il  mettait  en  doute  que  ces  premières 
fussent  éteintes,  sachant  combien,  à  l'égard 
de  toutes  les  espèces  marines,  de  celles  sur- 
tout qui  habitent  les  mers  profondes,  les 
connaissances  des  naturalistes  étaient  bor- 
nées. Cependant,  dans  quelques  parties  de 
ses  ouvrages,  il  semble  porté  à  adopter  l'o- 
pinion que  plusieurs  espèces    avaient  été 
perdues  ;  et  se  livrant  à  (Quelques  considé- 
rations sur  ce  sujet,  il  va  jusçiu'à  laisser  en- 
tendre qu'il  pourrait  y  avoir  des  rapports 
entre  la  disparition   de  certaines    espèces 
d'animaux  et  de  plantes,  et  les  changements 
produits  par  les  tremblements  de  terre  qixi 
se   sont  manifestés  dans  les  temps  anciens. 
Quelques  espèces,  observe-l-il  avec  la  plus 
grande  sagacité,  sont  particulières  à  certains 
lieux,  et  ne  se  rencontrent  pcis  ailleurs.  Si  donc 
tel  ou  tel  lieu  a  été  englouti,  il  est  assez  pro» 
bable  que  les  êtres  animés  qui  y  vivaient,  en 
comptam  même  des  animaua:  aériens  et  aquà' 
tiques,  ont  tous  été  détruits  en  même  temps  ; 
car  les  corps  animés,  soit  végétaux,  soit  ani- 

rapport  fait  en  4852  par  M.  Conybeare,  à  l  assocî»- 
lion  britannique  sur  les  progrès  de  la  géologie,  ren- 
ferme une  excellente  analyse  des  principes  de  Leib- 
nilz,  exposés  dans  son  Protogœa^ 

(418)  Dans  rintervalte  de  1688  à  1703,  époque  de 
sa  moit,  il  lut  à  la  Société  royale  dirers  Mémotrcs, 
et  prononça  plusieurs  discours  sur  des  sujets  rclKî^ 
aux  fossiles  et  aux  effets  produits  par  les  ircnil)le- 
knents  de  terre* 

(419)  Œuvres  posthumes,  ICK^ture    du  29  Urriex 


6il 


CED 


ET  DE  PALKONTOLOCIE. 


GEO 


0:^2 


fMiiijr,  à  la  nourriture  el  à  rexisten^e  des- 
queit  Fair  est  nécetsairej  ne  peuvent  manquer 
a  être  détruits  par  Ceau^  etc.  (^20).  Il  ajoute 
ensuite  que  les  tortues  et  toutes  les  çrandes 
ammonites  que  Ton  troure  dans  Ttle  de 
Portiand ,  semblent  avoir  été  engendrées 
dans  des  pays  beaucoup  plus  chauds;  et  il 
enconclut  que  jadis  TAngieterre  a  dû  séjour- 
ner sons  les  eaux  des  mers  intertropicales! 
Pour  expliquer  ce  phénomène,  ainsi  que 
plusieurs  autres  du  même  senre,  Uooke 
s^abandonne  à  diverses  spéculations  sur  la 
possibilité  de  certains  changements  dans  la 
position  de  Taxe  de  rotation  de  la  terre, 
changements  qiril  attribue  à  tm  déplace- 
ment  du  centre  de  gravité^  analogue  aux  ré- 
Tolutions  du  pôle  magnétique^  etc.  Toutefois, 
loin  d*étre  proposées  comme  dogmes,  toutes 
ces  diverses  conjectures  n'ont,  pour  aina 
dire,  été  mises  en  avant  que  dans  Tespoir 
de  provoquer  de  nouvelles  recherches  et  de 
nouvelles  expériences. 

Hooke  ne  craignit  pas  de  se  mettre  en 
opposition  avec  les  préjugés  de  son  siècle, 
en  combattant  l'étrange  idée  que  la  nature 
n'avait  formé  des  corps  fossiles  que  dans 
ta  rue  de  produire  une  imitation  du  règne  mi- 
merai. Il  soutint  que  les  pierres  figurées 
étaient,  en  réalité^  les  corps  âivers  eux-mêmes 

Su*elles  représentaient  y  ou  les  moules  pétrifiés 
e  ces  corpSy  et  non,  comme  quelquesuns Va 
raient  imaginé,  un  lusus  naturœ  consistant 
dans  laformation  inutile  d'êtres sansbut  (^21  ). 
Lorsqu'on  objectait  à  Hooké  que  sa  doc- 
trine de  l'extinction  des  espèces  faisait  in- 
jure à  la  sagesse  et  à  U  puissance  du  sou- 
verain Créateur  de  toutes  choses,  il  répon- 
dait que  de  même  qu'il  y  a  des  l>ori]es  à 
la  vie  des  individus,  de  même  aussi  il  |>eut 
j  avoir  une  certaine  limite  à  la  durée  des 
espèces;  que,  du  reste,  ses  opinions  n'a- 
vaient rien  de  contraire  aux  saintes  Ecri- 
tures, puisque  dans  la  Bible  il  est  dit  que 
notre  système  est  en  voie  de  dégénération, 
et  tend  à  sa  dissolution  finale;  qu'enfin, 
comme  toutes  les  espèces  seraient  aétruites 
quand  cette  catastrophe  aurait  lieu,  il  no 
lui  semblait  pas  qu'il  fût  moins  d'accord 
«ree  la  Sagesse  divine  qu'elles  s'éteignissant 
successivement,  c'est-à-dire  les  unes  dans 
un  temps,  et  les  autres  dans  un  autre,  que  de 
s'éteindre  toutes  dans  un  même  moment  (i^). 
Le  but  principal  de  Hooke  était  d'ex- 
pliquer comment  les  coquilles  avaient  été 
transportées  sur  les  points  les  plus  élevés 

(i90)  Œutres  posik.,  p.  327. 

lA2i)  Œmwêê  postk. ,  kcttiredala  fé\rier  1688. 
Boûke  a  explique  avec  une  dartéadmirable  les  divers 
modes  soivant  lesquels  les  substances  organiques 
peavent  se  lapidifier.  Il  cite  entre  autres,  à  Tappui 
de  soo  raisonnenient,  les  fragments  de  bois  de  pal- 
■ner  stiidiés  qui  avaient  été  rappurlés  d*Afrique,-et 
a«  sujet  desquels  M.  de  La  Hire  avait  lu,  en  juin 
Iti92,  un  Mémoire  à  rAeadémie  royale  de  France. 
Dans  ee  Mémoire  éiaieiit  signalés,  non-senlemeot  les 
udies  qui  parcouraient  le  tronc  dans  toute  sa  Ion* 
^ueor,  m^is  eneore  les  racines  qui  se  trouvaient  à 
À'une  de  ses  extrémités.  DeLa  Hiie^  dit  Hooke,  traita 
aussi  de  certains  arbres  oui  avaient  été  pétrifiés 
c  la  rtvîère  qui  arrose  Baban,  ville  située  dans 


des  Alpes ^  des  Apennins^  des  Pyrénées  rt 
dans  antérieur  des  continents  en  g  'néraK  Ces 
circons!ances,  dit-il,  et  plusieurs  autres  en- 
core, peuvent  avoir  été  occasionnées  iwir 
dos  tremblements  de  terre,  phénomines 
qui  souvent  ont  transformé  des  plaines  en 
montagnesy  des  montagnes  en  plaines^  des 
mers  en  continents  et  des  continents  en  mers; 
qui  ont  donné  naissance  à  des  rivières  là 
où  il  n^en  existait  pas^  en  ont  englouti  d'au- 
tres qui  depuis  longtemps  subsistaient ^etc.^ 
etc.f  et  quiy  depuis  la  création  du  monde  ^ 
ontf  en  un  moty  apporté  les  plus  grands 
changements  à  la  surface  de  la  terre^  et 
placé  les  coquilles^  les  ossements,  les  plantes^ 
les  poissons  et  les  autres  corps  organisés,  fos- 
siles, dans'  les  lieux  où,  à  notre  très-grande 
surprise,  nous  les  trouvons  aujourd'hui  (iS3). 
Quoique  cette  doctrine  eût  été  exposée  en 
termes  presque  aussi  explicites  par  Stra- 
bon,  qui  s'en  était  servi  pour  rendre  compte 
de  la  présence  des  coquilles  fossiles  dans 
l'intérieur  des  continents,  et  quoique  Hooke 
ait  souvent  emprunté  le  secours  de  ce  géo- 
graphe et  d'autres  auteurs  anciens,  on  ne 
peut  disconvenir,  toutefois,  que  le  rétablis- 
sement de  ce  système  et  les  développe- 
ments qu'il  lui  donna,  n'aient  beaucoup  con- 
tribué auxprogiès  de  la  science  moderne. 
Hooke  fit  ]'énuinéra:ion  de  toutes  les  con- 
vulsions souterraines  qui,  à  sa  connaissance, 
avaient  pris  place  dans  les  annales  de  li 
nature  depuis  la  terrible  catastrophe  deSo^ 
dôme  et  de  Gomorrhe,  jusqu'au  tremblement 
de  terre  du  Chili  de  16^  Selon  lui,  le  sou- 
lèvement du  fond  des  mers,  ainsi  que  l'a- 
baissement et  la  submersion  des  continents, 
pouvaient,  de  même  que  la  plupart  des  iné- 
galités de  la  surface  du  globe,  s'expliquer 
Far  l'action  de  ces  causes  souterraines.  A 
appui  de  cette  supposition,  il  cite  le  soulè-* 
vementde  la  côte  voisine  de  >'aples,  qui  eut 
lieu  durant  Véruption  du  Monte-Nuovo  ;  et 
celui  du  sol  de  l'Ile  Saint-Michel  qu'occa- 
sionna, en  1591,  une  autre  éruption.  H  ne 
fait  aucun  doute  (quoique,  dît-il,  la  chose 
soit  bien  plus  diflTicile  a  prouver),  qu'il  n'y 
ait  eu  autant  de  tremblements  de  terre  dans 
les  divers  points  du  globe  situés  sous  l'O- 
céan, que  dans  les  parties  continentales;  al- 
iénant, pour  confirmer  cette  opinion,  l'in- 
commensurable profondeur  de  la  mer  dans 
le  voisinage  de  certains  volcans.  En  témoi- 
age  de  1  espace  qu'embrassent  quelquefois 


les  mouvements  souterrains  simultanés,  il 

le  royaume  d'iira.  Cette  rivière  offre,  sur  une  éten- 
due de  dix  lieues,  la  propriété  remarquable  de  pétti- 
fier  le  bois.»  *Atf  point  où  la  science  est  parvenue 
aujimrd^huf,  fes  d^ouvertes  importautes  d  animaux 
et  de  végétaux  fo^siics,  qui  ont  (té  faites  récemment 
par  M.  Crawford  et  le  docteur  Wallich,  près  de  llr- 
raouadi,  ne  présentent  rien  dVxtraordinaire  ;  mais 
ee  qui  Test  beaucoup  plus,  c*est  rattentton  <|ue,  de- 
puis plus  d'un  siede  déjà,  le  bo!s  silidfie  de  ee 
fleurie  a  attirée  de  la  part  des  observateivs, — Vôtres 
Céot.*lratts.^  vol.  Il,  part,  m,  p.  577,  seconde  série. 
De  La  Hire  cite  le  P.  Duchatz,  dans  le  second  vtri. 
des  Obsenations  faites  dam  les  Indes,  par 

(Jm)  Œttwres  pastli.,  lectare-du  29  mai  168$. 

(4^)  (Envrei  poslk.,  p.  312. 


4*  '•" 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


m 


luenlionnc  le  tremblement  de  terre  qui  se 
lit  sentir  en  1690  dans  les  Indes  occidentales, 
et  qui,  par  ses  secousses,  souleva  ou  re- 
pouaa  de  bas  en  haut  une  étendue  de  terrain 
plus  considérable  en  longueur  que  les  Alpes 
et  les  Pyrénées. 

Hooke,  ayant  déclaré  que rhji>o thèse  favo- 
rite de  son  temps,  celle  qui  attribuait  au  dé- 
luge de  Noé  Torigine  des  corps  fossiles  ma- 
rins, était  une  hypothèse  absolument  insou: 
tenable,  se  crut,  en  quelque  sorte,  obligé  de 
substituer  une  autre  théorie  diluvienne  à 
celle  qu'il  repoussait.  Mais  cette  nouvelle 
théorie  dont  il  était  l'auteur,  le  jeta  dans 
des  diflicullésetdes  contradictions  sans  nom- 
bre. «  Il  se  pourrait,  dit-il,  que  durant  la 
grande  catastrophe,  les  parties  continentales 
eussent,  par  suite  d'un  affaissement,  été 
transformées  en  mer;  et  que,  par  l'effet  d'un 
soulèvement,  les  mers  se  fussent  trouvées 
changées  en  continents;  de  même  aussi^ 
ajoute-t-il,  i7  serait  fort  possible  ^ue,  durant 
t intervalle  compris  entre  la  crémation  et  le  dé- 
lugef  des  corps  marins  eussent  été  ensevelis 
sous  Vocéany  dans  des  sédiments  (4^24).  v  Après 
cet  énoncé  ,  vient  une  dissertation  sur  la 
séparation  de  la  terre  et  des  eaux  mention- 
née dans  la  Genèse ^  —  opération  durant  la- 
quelle il  est  dit  que  certaines  parties  de  l'é- 
corce  terrestre  furent  repoussees  en  dehors 
et  d'autres  en  dedans,  etc.  La  théorie  dilu- 
vienne de  Uooke  ressemblait  beaucoup  à 
celle  de  Sténon,  et  était  entièrement  opposée 
aux  principes  fondamentaux  qu'ilproiessait, 
.ainsi  qu'à  la  prétention  qu'il  avait  d'expli- 
quer les  révolutions  anciennes  du  globe  d  une 
manière  plus  naturelle  qu'on  ne  l'avait  fait 
encore.  Aussi,  lorsqu'en  dépit  de  ce  dont  il 
s'était  vanté  è  ce  sujet,  il  se  vit  obligé  de 
.  recourir  à  une  ancienne  crise  de  la  nature 
et  qu'il  se  mit  à  vouloir  prouver,  non-seu- 
lement que  les  tremblements  de  terre  étaient 
devenus  moins  intenses,  mais  qu'en  outre, 
les  Alpes,  les  Andes  et  diverses  autres  chaî- 
nes avaient  été  soulevées  dans  l'espace  de 
quelques  mois,  il  fut  forcé  d'admettre  une 
si  grande  rapidité  dans  les  changements 
auxquels  il  faisait  allusion,  que  son  système 
ne  parut  guère  moins  extravagant  qu'aucun 
des  plus  bizarres  de  tous  ceux  qu'avaient 
enfantés  ses  prédécesseurs.  C'est  à  cela, 
sans  doute,  qu  il  faut  attribuer  l'indifférence 
non  méritée  avec  laquelle  fut  accueillie  sa 
théorie  des  tremblements  de  terre. 

Ray,  naturaliste  célèbre  et  contemporain 
de  Hooke,  eut  aussi  le  désir  d'expliquerles 
phénomènes  géogéniques  par  des  causes 
moins  hypothétiques  que  celles  auxquelles 
jusqu'alors  on  avait  eu  recours (4.25).  Soniff- 
sai  sur  le  chaos  et  la  création  renferme  un 
système  qui,  dans  son  ensemble  aussi  bien 
qiie  dans  plusieurs  de  ses  détails,  s'accorde 
•avec  celui  de  Hooke,  dont  il  ne  diffère  que 
'sous  le  rapport  de  la  lucidité  avec  laquelle 

(424)  (Emre$  posth.,  p.  410. 

(4i5)  Les  discours  physico-lhéologUfues  de  Ray 
parurent  peu  à  près  le  grand  ouvrage  d'Hooke  sur  les 
tremblements  de  terre,  liay  parle  de  Uooke  comme 


les  connaissances  de  Ray  en  histoire  nain* 
relie  et  diverses  observations  originales   le 
mirent  à  même  d'en  faire   l'expositioa.  Il 
donna  à    entendre  que  les    tremblements 
•déterre  pourraient  fort  bien   avoir  été  les 
causes  secondaires  employées  lors  delà  créa- 
tion, à  produire  la  séparation  de  la  terre  et 
des  eaux,  et  à  opérer  fa  réunion  des  eaux  en 
un  seul  et  même  lieu.  Comme  Hooke,  licite 
le  tremblement  de  terre  de  16M,  qui,  sur 
une  étendue  de  plusieurs  centaines  de  lieues, 
avait  ébranlé  violemment  la  chaîne  des  An- 
des et  y  avait  occasionné  beaucoup  d'altéra- 
tions. Ray  aimamieux  admettre,  comme  cause 
du  déluge,  un  changement  dans  le  centre  de 
gravité  de  notre  planète,  que  de  faire  inter- 
venir les  tremblement  sde  terredans  cet  évé- 
nement. Ces  mots  :  la  rupturedes  sources  du 
grand  abime^   lui  semblaient  indiquer  que 
(}uo]que  cause  inconnue  pouvait  avoir  fait 
jaillir  à  l'extérieur  les  eaux  souterraines. 
Parmi  les  écrivains  anglais,  Ray  fut  un  des 

fremiers  qui  s'étendirent  sur  les  effets  de 
eau  courante  à  la  surface  du  globe,  et  de 
rem[)iètement  de  la  mer  sur  les  rivages. 
L'action  de  ces  causes  lui  semblait  tellement 
importante,  qu'il  les  considérait  comme  une 
indication  de  la  tendance  de  notre  système 
vers  sa  destruction  finale  ;  et  il  s'étonnait  do 
ce  que,  vu  l'immense  quantité  de  matières 
entraînées  par  les  rivières,  ou  arrachées  par 
la  mer  aux  falaises,  la  terre  ne  marchât  {mis 
plus  rapidement  vers  un  état  de  submersion 
générale  sous  les  eaux  de  l'océan.  Les  écrits 
de  Ray  nous  font  voir  que  la  détérioration 
graduelle  de  notre  système,  et  sa  destruc- 
tion future  par  le  feu,  constituaient  un  arti- 
cle de  foi  tout  aussi  rigoureux  que  Tétait  à 
leurs  yeux  l'origine  récente  de  notre  pla- 
nète. Ses  discours,  comme  ceux  de  Hooke, 
sont  d'un  très-erand  intérêt,  sous  ce  rap- 
port surtout»  quils  attestent  le  mélange  di- 
dées  relatives  tout  à  la  fois  à  la  physique  et 
à  la  théologie ,  qui  régnaient   dans  l'esprit 
des  philoso[)hes  contemporains  de  T^ewlon. 
En  renonçant  à  son  avancement  dans  l'Eglise, 
plutôt  que  de  prêter  contre  les  presbytériens 
un  serment  qu'aurait  désapprouvé  sa  cons- 
cience, Ray  donna  une  preuve  non  équi- 
voque de  là  droiture  de  ses  principes.  D'un 
autre  côté,  comme  sa  réputation  dans  le 
monde  savant  le  plaçait  trop  haut  pour  que 
le  désir  de  se  rendre  populaire  put  l'enga- 
ger à  s'asservir  au  goût  physieo-tnéologique 
de  son  siècle,  on  est  tout  étonné  de  rencon- 
trer dans  ses  essais  sur  la  physique  un  si 
grand  nombre  de  citations  des  Pères  de  VE- 
glise  et  des  prophètes  ;  de  le  voir  cherchant, 
clans  une  page,  a  expliquer  les  anciennes  ré- 
volutions du  globe,  à  1  aide  des  plus  strictes 
règles  de  l'induction  ;  et  traitant  gravement, 
dans  la  page  suivante,  la  question  de  savoir  si 
le  soleil,  les  étoiles  et  le  ciel  tout  entier  parîi- 
ciperontà  l'anéantissement  de  la  terre,  quand 

d'un  homme  c  qu'il  Iionorait  tout  particulièrement 
pour  son  savoir  cl  les  connaissances  profondes  qu'il 
possédait  à  l'égard  des  mystères  de  la  nature.»  — 
On  ihe  Déluge,  cliap.  i\. 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO- 


€26 


Tien  Ira  le  moment  de  la  grande  conflagration. 

Parmi  les  contemporains  de  Hooke  et  de 
Raj,  Weodward,  professeur  de  médecine, 
tùl  celui  dont  les  connaissances  sur  la  struc- 
ture de  Vécorce  terrestre  acquirent  le  plus 
d*ex(ension.  Il  se  livra  avec  un  soin  tout 
particulier  à  Teiamen  de  plusieurs  parties 
oes  couches  britanniques;  et  la  collection 
méthodique  d'échantillons  qu'il  légua  h  TC- 
niversité  de .  Cambridge ,  ou  elle  existe  en- 
core dans  Tordre  où  il  Tarrangea  lui-même, 
montre  le  pas  immense  qu'il  fit  faire  à  la 
science,  quant  à  la  manière  de  déterminer 
Tordre  de  la  superposition  des  strates.  D'a- 
près le  grand  nombre  de  faits  recueillis  par 
Woodward,  il  était  permis  d'attendre  de  sa 
part  des  idées  théoriques  plus  vastes  et  plus 
rationnelles  que  celles  de  ses  contemporains  ; 
mais  son  désir  extrême  de  faire  concorder 
tous  les  phénomènes  observés  avec  lés  récits 
sacrés  de  la  création  et  du  déluge,  Tempè- 
cha  de  répondre  à  ce  qu'on  était  en  droit 
d*espérer  de  lui,  et  le  conduisit  aux  résul- 
tats les  plus  erronés.  Il  pensait  qu'au  temps 
du  déluge,  toui  le  globe  ierreetre  avait  été  en 
quelque  iorte  broyé  et  diisoui^  et  que  le$  cou^ 
ckes  qui  s'étaient  formées  ensuite  provenaient 
de  cette  masse  confuse  foù  elles  s  étaient  dé- 
gagées  à  la  manière  dont  un  sédiment  terreux 
quelconque^  tenu  en  dissolution  dans  un  li- 
quide^ se  sépare  de  ce  liquide  (^26),  A  Tappui 
de  cette  opinion,  il  alléguait  que  les  corps 
marins  occupent  dans  les  couches  terrestres 
des  positions  analogues  à  leur  degré  de  pesant- 
leur:  cest-à^ire^  que  les  coquilles  les  plus 
lourdes  se  trouvent  dans  la  pierre,  les  plus  lé- 
gères dans  la  craie,  et  ainsi  de  suite  (427). 

Aussitôt  que  eetté  proposition  fut  émise, 
Ray  s'empressa  d'en  aémontrer  la  fausseté , 
en  prouvant  que  souvent  dés  corps  fossiles, 
tant  lourds  que  légers,  se  rencontrent  ensem- 
ble  dans  laméme  couche,  U  alla  même  jusqu'à 
dire,  chose  bien  forte  de  la  part  d'un  con- 
tt^mporain,  que  Woodward  avait  probable^ 
tnent  intenté  les  phénomènes  dont  tl  parlait, 
tout  exprès  pour  étayer  son  hypothèse  hardie 
et  bizarre  (iâ8). 

Ce  fut  vers  le  même  temps  que  Bumet 
imblia  sa  Théorie  de  la  terre  (^29),  dont  le 
titre  :  Théorie  sacrée  de  la  terre^  contenant  le 
récit  de  Foriainedu  globe^  et  de  tous  les  chan- 
gemenis  généraux  qu'il  a  déjà  suftû,  ou  doit 
subir  encore  jusqua  la  consommation  de  tou- 
tes  chosesy  offre  une  empreinte  exacte  du  ca- 
ractère de  l'époque.  C  est  tout  au  plus  si 
Miiton  lui-même,  en  peignant  dans  son  poème 
les  scènes  de  la  création,  du  déluge,  du  pa- 
radis et  du  chaos,  avait  osé  donner  un  aussi 
libre  essor  à  son  imagination.  Burnet  expli- 
qua pourquoi  la  terre  primitive  jouit  avant 
le  déluge  d'un  printemps  perpétuel.  U  dé- 

(4S6)  Essey  Umetés  a  natural  histanfof  iheeartm, 
iCdS,  Préfaoe.  (Esseî  sur  VBUtoire  mauretie, 
de  Im  terre,  PiéEioe.) 

(427)  tessey  lamards  a  natmrat  histonf  of  the  earth, 

(42H)  Comseamemces  of  tke  Déluge  iCouséquences 
4m  Déimge),  p.  I€5. 
{IS9)  La  première  publication  4e  cet  ouvrage , 


montra  comment  la  croate  du  globe,  h  force 
d'avoir  été  sillonnée  de  fissures  par  t  les 
rayons  du  soleil,  i»  finit  par  éclater;  et  com- 
ment, par  suite  de  cette  rupture,  les  eaux 
diluviennes  parvinrent  è  s'échapper  de  l'a- 
bîme central  supposé  qui  les  renfermait. 
Burnet  était  en  trop  bonne  voie  d'explica- 
tion pour  s'en  tenir  le  ;  aussi,  non  content 
d'avoir  interprété  le  passé,  il  voulut  encore 

f prédire  l'avenir.  A  cet  effet,  il  exhuma  des 
ivres  des  auteurs  sacrés,  et  même  de  plu« 
sieurs  autorités  païennes^  certaines  notions 
prophétiques  relatives  aux  révolutions  futu- 
res du  globe;  fit  la  plus  terrible  peinture  de 
la  conflagration  générale,  et  prouva  qu'un 
nouveau  ciel  et  une  nouvelle  terre  sortiraient 
d'un  second  chaos,  après  quoi  viendrait  le 
bienheureux  millénaire. 

Il  est,  je  pense,  nécessaire  d'avertir  le  leo 
teur  que  suivant  l'opinion  de  plusieurs  écri- 
vains recommandables  de  ce  siècle,  le  texte 
de  l'Ecriture  sainte  donnait  tout  lieu  de  pré* 
sumer  que  le  jardin  où,  lors  de  la  création, 
furent  placés  nos  premiers  parents,  n'était 
pas  situé  sur  la  terre,  mais  au-dessus  des 
nuages,  dans  la  région  moyenne  de  l'espai-^ 
qui  sépare  la  lune  de  notre  planète.  Burnet 
aborda  ce  sujet  avec  une  gravité  vraiment 
comique.  Il  accordait  volontiers  que  le  para- 
dis n'eût  jamais  été  situé  en  Mésopotamie, 
mais  il  n  admettait  pas  qu'il  eût  été  placé 
ailleurs  que  sur  la  terre 9*^  et  voulait  que  ce 
fût  dans  l'hémisphère  sud,  et  près  de  Téqua- 
teur.  Butler  s'empara  de  cette  conception  bi« 
zarre,  et  en  fit  un  des  plus  puissants  épiso- 
des de  sa  satire,  dans  laquelle,  passant  en 
revue  les  nombreuses  connaissances  d'Hu- 
dibras,  il  dit  : 

Ue  knew  the  seat  ofFandise, 
CoBlel  tell  ÎD  what  dogree  ît  lies  ; 
And,  as  he  was  disposed,  couU  prove  ît 
Bdow  Ibe  moon,  or  else  above  it  (i30). 

Cependant  le  même  monarque,  qui  passe 
pour  ne  s'être  jamais  endormi  sans  avoir  le 
{foëme  de  Butler  sous  son  oreiller,  s'était  dé* 
elaré  le  patron  du  livre  de  Burnet,  pour  le- 
quel il  avait  une  prédilection  si  grande,  qu'il 
en  ordonna  la  traduction  du  latin  en  anglais. 
Outre  que,  sous  le  rapport  du  style,  la  Théo^ 
rie  sacrée  pût  être  considérée  comme  une 
ceuvre  éloquente,  l'ouvrage,  quant  au  fond, 
annonçait  une  puissance  d'imagination  vrai- 
ment peu  ordinaire.  C'était,  comme  l'a  dit 
Buffon,  un  très-beau  roman  historique.  Mais 
ce  jugement,  tout  équitable  qu'il  est,  ne  s'ac- 
corde guère  avec  celui  qu'on  en  portait  du 
temps  de  l'auteur.  A  cette  époque,  onie  re- 
garclait  comme  un  ouvrage  scientifique  pro- 
fond, dont  Steele  parlait  avec  admiration 
dans  le  Spectateur  en  même  temps  qu'Ad- 
dison  en  faisait  le  .plus  pompeux  éloge  dans 

qui  fut  faite  en  latin,  date  de  I680-IG90. 

(430)  Il  connaissait  la  longitude , 
Aussi  bien  que  la  latitude 
Du  paradis,  et  le  plaçait. 
Selon  riiumeur  dont  il  était, 
bfssoos,  ou  par-dessus  la  Inné. 

{Hudibras,  de  Bvtlee,  ciiant  1.) 


Ci7 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


m 


une  ode  latine.  Vers  la  fin  même  du  siècle 
dernier*  Warlon,  dans  si>n  Essai  9ur  Pope^ 
ne  craignit  nas  d'avancer  que Burnet  joignait 
à  une  grande  puissance  d'imagination  le  don 
})récieux  du  jugement. 

Une  autre  production  de  la  même  école, 
et  qui  se  trouve  également  empreinte  du 
caractère  de  Tépoque,  est  la  Nouvelle  Théorie 
de  la  Terre^  par  Whiston.  Dans  cet  ouvrage, 
l'auteur  a  cherché  à  prouver,  ainsi  que  l'in- 
dique le  titre  très-detaillé  de  son  livre,  que 
les  grands  événements  de  la  création  du 
monde  en  six  jours,  du  déluge  universel  et 
de  la  destruction  générale  par  le  feu,  tels 
qo'ilssont  décrits  dans  les  saintes  Ecritures, 
:»ont  parfaitement  d'accord  avec  la  raison  et 
la  philosophie.  Whiston  fut  d'abord  partisan 
de  Burnet  ;  mais  sa  croyance  à  l'infaillibiHlé 
de  cet  écrivain  se  trouva  fortement  ébranlée 
par  l'opinion  émise  par  Newton,   savoir, 

a  n'en  astronomie  tout  portait  à  révoquer  en 
oute  que  l'inclinaison  de  l'axe  de  la  terre 
eût  jamais  éprouvé  le  moindre  changement. 
Or,  ce  changement  constituait  un  des  prin- 
ripaux  dogmes  du  système  de  Burnet,  qui 
l'avait  emprunté  d'un  Italien  nommé  Ales- 
landro  degli  Alessandri.  Celui-ci  s*en  était 
f ervi  vers  le  commencement  du  xv  siècle, 
])0ur  expliquer  Tancienne  occupation  des 
continents  actuels  par  la  mer.  Depuis,  les 
Arguments  de  La  Place  sont  encore  venus 
&rùouter  à  ceux  de  Newton,  contre  la  probabi- 
Iw  té  d'aucune  ré  vol  ulion  ancienne  de  ce  genre. 
Lo  souvenir  de  la  fameuse  comète  de  1680 
était  encore  présent  à  tous  les  esprits,  quand 
Whiston  commença  à  se  livrer  à  ses  études 
cosmologiques.  La  principale  nouveauté  de 
son  système  consistait  dans  la  cause  qu*il 
assignait  au  déluge,  lequel,  selon  lui,  de- 
vait être  attribué  au  passage  d'une  comète 
dans  le  voisinage  très-rapproché  du  globe 
terrestre.  Après  avoir  ainsi  déterminé  la 
cause  de  l'augmentation  des  eaux  à  la 
surÉace  de  la  terre,  il  adopta  Thypothèse  de 
Woodward»  et  soutint  comme  lui,  que  tous 
les  dépôts  stratifiés  étaient  le  résultat  du  «  sé- 
diment chaotique  du  déluge.  »  Whiston  fut 
un  des  premiers  qui  se  risquèrent  à  propo- 
ser d'interpréter  le  texte  cle  la  Genèse  au- 
trcmont  qu'il  ne  l'avait  été  jusqu'alors,  afin 
que  la  doctrine,  qui  enseignait  que  la  terre 
avait  existé  longtemps  avant  la  création  de 
riiommi*,  cessât  d'être  regardée  comme  hé- 
térodoxe. Il  eut  l'art  de  répandre  un  air  de 
probabilité  sur  les  parties  les  plus  invrai- 
semblables de  sa  théorie,  et  sembla  ne  vou- 
loir procéder  à  l'établissement  de  ses  diver- 
ses propositions  qu'avec  la  plus  çrande  ré- 
serve, el  h  l'aide  seulement  de  démonstra- 
tions mathématiques.  Dans  un  discours  qu'il 
,  fit  à  la  louange  de  la  théorie  de  Whiston, 
Hooke  insista  particulièrement  sur  le  mérite 
des  explications  qu'il  avait  su  donner  de 
tant  de  choses   merveilleuses,    qui,  jus- 

(131)  An  examination  ofDr.^  BumeCs  theory  (Exa- 
men de  la  théorie  de  Burnet),  etc.,  2*  ëJit.  17^4. 

(452)  Raniazzini  alla  jusqu*6  dire  que  Burn  't  avait 
i>Ti  ^ande  partie  omprunle  ses  id^cs  à  un  dialogue 
duu  reriAiu Patrizio;  mais  Brocclii,  après  avoir  lu 


qu'à  lui,  étaient  restées  inapplicables.  Son 
livre  fut,  ainsi  que  celui  de  Burnet,  critiqué 
et  réfuté  par  Keill  (^1),  de  même  que  tous 
ceux  qui,  pour  rendre  compte  des  phéno- 
mènes naturels,  proposèrent  des  causes  pu- 
rement  hypothétiques.  Whiston  retarda  la 
marche  de  la  vérité  en  détournant  les  es- 

ririts  de  la  recherche  des  lois  de  nature  sub- 
unaire,  et  en  les  engageant  dans  de  vaines 
spéculations,  tant  sur  le  pouvoir  qu'il  attri- 
buait aux  comètes  de  déplacer  les  eaux  de 
Tocéan  pour  les  répandre  sur  la  terre,  que 
sur  la  résolution  en  eau  des  vapeurs  de 
leurs  queues,  et  sur  plusieurs  autres  sujets 
de  même  valeur. 

John  Hutçhinson ,  qui  avait  été  employé 
par  Woodward  à  faire  sa  collection  de  fos- 
siles, publia,  en  172ib,  la  première  partie  de 
ses  Principes  de  Moise^  dans  laquelle  il  ri- 
diculisa l'hypothèse  de  Woodward.  Accou- 
tumés à  déclamer  hautement  contre  la  science 
humaine,  Hutçhinson  et  ses  nombreux  par- 
tisans soutinrent  que  les  livres  desHébreui, 
fidèlement  traduits,  présentaient  un  système 
complet  de  philosophie  naturelle.  On  confit 
aisément  qu'avec  de  telles  idées  ils  dussent 
avoir  plus  d'une  objection  à  faire  à  la  théo- 
rie de  Newton  sur  la  gravitation. 

Ce  fut  à  peu  près  vers  cette  même  époque 
qu'Acdrea  Celsius,  astronome  suédois,  pu- 
blia ses  remarques  sur  la  diminution  et 
rabaissement  graduels  des  eaux  de  la  Bal- 
tioue.  —  Voy»  Sollàveuent. 

Dans  le  même  temps,  Scheuzer,  en  Aile- 
magne,  s'efforçait  de  prouver  dans  un  ou- 
vrage intitulé  :  Complainte  despoissons{n(ï6)t 
S|ue  la  terre  avait  été  remodelée  une  seconde 
ois  au  déluge.  En  1732,  Pluche  soutint  aussi 
la  même  thèse;  mais  en  1753,  d'Holbach, 
après  avoir  examiné  les  différents  essais 
tentés  pour  rapporter  au  déluge  de  Noé 
toutes  les  formations  anciennes»  démontra 
Tinsuflisance  de  cette  cause. 

Je  reviens  avec  plaisir  aux  géolog;ues  d*Ita- 
lict  qui,  après  avoir  précédé,  ainsi  qu'on  Ta 
déjà  vu,  les  naturalistes  des  autres  pays, 
dans  leurs  recherches  sur  l'histoire  ancienne 
de  la  terre,  conservaient  encore  sur  eux,  à 
Tépoque  à  laquelle  nous  voici  arrivés,  une 
prééminence  marquée.  Ils  réfutèrent  et 
tournèrent  en  ridicule  les  systèmes  phy- 
sico-théologiques de  Burnet,  de  Whiston  et 
de  Woodward  (432).  Vallisneri  (433),  entre 
autres,  fit  remarquer,  dans  ses  commentaires 
sur  la  théorie  woodwardienne,  combien  les 
intérêts  de  la  religion,  aussi  bien  que  ceux 
de  la  saine  philosophie,  avaient  souffert  du 
mélange  continuel  des  saintes  Ecritures  a vih; 
des  questions  relatives  à  la  physique.  Ixs 
ouvrages  de  cet  auteur  sont  reoiplis  d'obser- 
vations originales.  C'est  à  lui  que  la  scieme 
est  redevable  de  la  première  esquisse  géné- 
rale des  dépôts  marins  de  l'itaiie,  de  leur 
étendue  géographique,  et  des  débris  organi- 

ce  dialogue,  assure  qu'il  n*y  a  rien,  pour  ainsi  dire, 
d'analogue  entre  les  systèmes  de  ces  deux  écrivains, 
si  ce  n'est  la  bizarrerie  (]ui  les  caraclértsc. 
(435)  Dei  Corpimarini,Lettcrc  crUichCy  etc.;  t"il* 


ù^ 


CEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE 


GEO 


650 


ques  les  plus  caractéristiques  qu'ils  ren* 
lerment.  Dans  son  traité  intitulé  De  F  origine 
dei  iources^  il  démontrô  leur  rapport  avec 
Tordre  des  couches,  et  souveat  même  avec 
les  dislocations  de  ces  couches,  et  se  livre  à 
une  dissertation  philosophique  contre  les 
opinions  de  ceux  qui  regardaient  Tétat  con- 
fus de  récorce  terrestre  comme  un  signe 
manifeste  de  la  colère  de  Dieu,  excitée  par 
la  malice  des  hommes.  Dans  son  chapitre 
préliminaire,  il  se  vit  obligé  de  soutenir 
eootre  saint  Jérôme  et  contre  quatre  au- 
tres des  |)rincipaux  traducteurs  ne  la  Bible, 
sans  compter  plusieurs  professeurs  de  tliéo- 
lo^e,  «  que  les  sources  ne  venaient  pas  de 
la  mer  en  passant  par  des  siphons  souter- 
rains et  des  cavités,  et  en  perdant  leur  salure 
en  chemin,  »  cette  théorie  n'ayant  d'autre 
soutien  queletémoigna^esoi-disantiiifaîllible 
des  saintes  Ecritures,  sur  lequel  avaient  un 
peu  trop  compté  ceux  qui  Tavaient  imaginée. 

Quelque  répugnance  qu'il  eût  à  générali- 
ser les  données  résultant  des  riches  maté- 
riaux recueillis  dans  ses  voyages,  Vailisneri 
avait  été  si  vivement  frappé  de  la  continuité 
remarquable  des  couches  marines  les  [»Ius 
récentes  qui  s'étendent  d'une  extrémité  à 
lautre  de  fltalie,  qu'il  en  était  venu  à  con- 
clure que  jadis  l'océan  avait  couvert  la  sur- 
face entière  du  globe,  et,  qu'après  y  avoir 
longtemps  séjourné,  il  avait  uni  par  s'en 
retirer  peu  à  peu.  Cette  opinion,  quelque 
insoutenable  qu'elle  fût,  était  pourtant  bien 
moins  déraisonnable  que  la  théorie  dilu-» 
vienne  de  Woodward«  que  Vailisneri,  et 
après  lui,  tous  les  géologues  toscans,  cora- 
l>atlirent  de  tout  leur  pouvoir,  en  opposition 
aux  membres  de  l'institut  de  Bologne,  qui 
mirent  un  zèle  extrême  à  la  soutenir  (Ul\). 

Parmi  les  autres  écrivains  de  cette  même 
époque,  nous  citerons  d'abord  Sfiada,  prêtre 
lie  Grczzana,  qui,  en  1737,  essaya  de  prou- 
Ter  que  les  corps  marins  pétriGés  qu'on 
avait  découverts  dans  le  voisinage  de  Vé- 
rone ,  n'étaient  pas  d'origine  diluvienne 
(i35)  ;  puis  Matani,  qui  tira  une  conséquence 
semblable  des  coquilles  trouvées  à  Vollerra, 
et  en  divers  autres  lieux;  et  enGn,  Constan- 
tini  qui,  d'un  autre  côté,  entreprit  de  soute* 
iiir  la  vérité  du  déluge ,  et  de  prouver  cpie 
rilalie  avait  été  peuplée  par  les  enfants  de 
Japhet  (i3G).  On  doit  à  cet  auteur  d'assez 
bonnes  oiiserrations  sur  la  vallée  de  la  Brenta 
et  plusieurs  autres  localités. 

Lazzaro  Moro,  dans  son  ouvrage  publié 
en  1740,  et  avant  pour  titre  :  Sur  tet  corps 
marins  que  ton  trouve  dans  les  montagnes 
{V37),  essaya  d'appliquer  aux  phénomènes 
(réologiques  décrits  par  Vailisneri,  la  théorie 
lies  tremblements  de  terre,  telle  qu'elle  avait 
été  exposée  par  Strabon,  Pline  et  différents 

(454)  Baocaii,  p.  28. 
<435)  Ikid.^  p.  33. 

(436)  îbid,,  p.  37. 

(437)  Smi  erostacei  ed  altri  corpi  marini  ehe  $i 
ixotamo  tut  mcnlù 

(438  Bien  qa^on  graiMi  nombre  des  idées  de  Me- 
ro  fe  rapportent  à  celles  de  ifooke  et  de  Ray ,  Il 
e^  â  présumer  poartaDt  qu*il  n*cut  pas  connaissance 


autres  auteurs  anciens  qui  hii  étalent  fami- 
liers (&%).  Un  phénomène  remarquable  qui 
eut  lieu  de  son  temps,  et  que  Vailisneri 
avait  également  signalé  dans  sqs  lettres , 
éveilla  son  attention  sur  le  pouvoir  de  sou- 
lèvement des  forces  souterraines.  En  1707 , 
une  lie  nouvelle  jaillit  aux  environs  de  San* 
torin,  dans  une  partie  très-profonde  de  la 
Méditerranée.  Cette  lie,  qui  d'abord  n'était, 
pour  ainsi  dire,  qu'un  point,  grandit  si  ra* 
pidement,  qu'en  moins  d'un  mois  elle  se 
trouva  avoir  un  demi-mille  (la  sixième  partie 
d*une  lieue)  de  circonférence,  et  25  pieds 
(7  m.  6)  environ,  d'élévation  au-dessus  de 
la  marque  de  la  haute  mer.  Bient6t  après , 
elle  fut  couverte  de  déjections  volcaniques  ; 
mais  dans  le  principe  c'était  un  rocher  de 
couleur  blancne,  à  la  surface  duquel  adhé- 
raient des  huîtres  et  des  cruslacés  vivants, 
lloro,  dans  la  vue  de  ridiculiser  les  diverses 
théories  alors  en  vogue,  su|)[)Osa  très-in- 
génieusement l'arrivée  dans  cette  lie  de 
plusieurs  naturalistes  ignorant  son  origine 
récente.  L'un,  aussitôt,  en  appelle  aux  co* 
quilles  marines  comme  preuve  du  délugs 
universel;  un  autre  soutient  que  ces  co* 
quilles  attestent  l'ancien  séjour  de  la  mer 
sur  les  montagnes;  un  troisième  prétend 
qu'elles  ne  sont  autre  chose  que  de  simples 
jeux  de  la  nature;  tandis  qu'un  quatrième , 
enfin,  aflirme  qu'elles  ont  pris  naissance  et 
qu'elles  ont  vécu  dans  quelque  ancienne 
caverne  du  roc  constituant  lile,  où  l'eau 
salée  se  trouvait  introduite  sous  forme  de  va* 
]!eur,  par  l'action  de  la  chaleur  souterraine. 
Moro  donna  la  j)reuve  d'un  très-bon  juge- 
ment en  faisant  intervenir,  à  l'appui  de  sa 
théorie  du  s^mlèvement  des  continents  par 
des  mouvements  souterrains,  les  failles  et 
les  dislocations  de  couches  observées  par 
Vailisneri  dans  les  Alpes,  ainsi  que  dans  di- 
verses autres  chaînes,  et  décrites  )ar  ce 
naturaliste  lui-môiuc.  11  opposa  aux  hypo- 
thèses de  Bunict  et  de  Woouward  plusieurs 
objections  fondées  sur  des  raisonnements 
aussi  judicieux  que  solides;  mais,  d'un  au- 
tre côté,  il  tint  si  peu  de  compte  de  la  pro- 
testation de  Vailisneri,  qu'il  alla  jusqu'à 
essayai  de  faire  coordonner  chaque  partie 
de  son  propre  système  avec  le  récit  bibli- 
que de  la  création.  Le  troisième  jour,  dit-il, 
le  globe  fut  couvert,  sur  toute  son  étendue, 
d'une  couche  d'eau  douce,  ayant  partout  la 
même  profondeur;  et  quand  il  plut  à  l'Etre 
suprême  de  faire  apparaître  les  continents, 
la  surface  unie  et  régulière  de  la  terre,  com« 

Ksée,  de  roches  primitives,  se  brisa  par 
ffet' d'explosions  volcaniques.  Ces  roches» 
en  s'élevant  au-dessus  du  niveau  des  eaux» 
formèrent  des  masses  montagneuses  dont 
les  fissures  livrèrent  passage  aux  métaux  en 

des  ouvrages  de  ces  deux  auteurs,  p^r  la  raison 
qu*ils  n*avaienl  pas  été  traduits,  et  qu^il  y  a  lieu  de 
supposer  que  Moro  ne  savait  pas  Tanclais.  On  re- 
marque, en  effet,  qu'indcpendamment  de  ce  qa*il  ne 
cite  jamais  ni  llooke  ni  Ray ,  il  renvoie  toujours 
pour  ses  dtatjpns  de  Burnel  à  Tédiiion  latine  ,  ef 
pour  celles  de  Woodward,  à  réditionfrançaîse« 


^ùl 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


6,12 


fusion  et  aux  sels  que  renfermait  Tintérieur 
(lu  globe.  Peu  à  peu,  les  exhalaisons  volca^ 
niques  eommuniquèrent  aux  mers  leur  sa- 
lure; et  \  mesure  que  ces  parties  liquides 
de  la  surface  terrestre  perdirent  de  leur 
étendue,  elles  augmentèrent  de  profondeur. 
Le  sable  et  les  cendres  vomis  par  les  volcans 
furent  régulièrement  disposes  sur  le  fond 
de  l'océan,  et  formèrent  les  couches  secon- 
daires qui,  à  leur  tour,  furent  soulevées  par 
des  tremblements  de  terre.  Il  est  inutile  de 
suivre  cet  auteur  dans  tous  les  détais  où  il 
entre  sur  le  mode  de  création  employé  les 
jours  suivants,  à  l'égard  des  végétaux  et  des 
animaux  ;  nous  nous  bornerons  simplement 
à  faire  remarquer  qu'un  très-petit  nombro 
des  théories  cosmologiques  anciennes  avaient 
su  ménager  aussi  bien  les  idées  reçues. 

Moro  eut  cela  de  commun  avec  Hutton, 
qui  phis  tard  soutint  quelques-uns  des 
mêmes  principes,  que  Texlrème  prolixité  de 
son  style  lui  rendu  le  secours  d'un  com- 
mentateur nécessaire  pour  mettre  ses  idées 
en  lumière.  Tous  deux,  à  cet  égard,  furent 
également  Uien  f)artagés  ;  car,  si  le  géologue 
écossais  «tut  s'estimer  heureux  d'avoir  Play- 
fair  pour  avocat,  Moro  ne  le  fut  pas  moins 
lorsque,  neuf  ans  après  la  publication  de  sa 
théorie,  Cérillo  Generelli,  un  de  ses  plus 
ardents  admirateurs,  se  chargea  d^en  laire 
l'exposition  dans  une  des  séances  de  l'Aca- 
démie de  Crémone.  Ce  savant  frère  Carme 
ne  se  piquait  pas  d'avoir  observé,  par  lui- 
même  ;  mais  il  avait  assez  étudié  pour  être 
parfaitement  en  état  de  soutenir  les  opi- 
nions de  Moro,  à  l'aide  d'arguments  tirés 
d'autres  auteurs.  Le  choix  qu'il  nous  a  laissé 
des  doctrines  les  mieux  établies  de  son 
temps  est  si  judicieux,  que  nous  pensons 
faire  plaisir  au  lecteur  en  lui  en  présentant 
ici  l'analyse  succincte;  elle  le  mettra  à 
même  de  juger  quel  était  en  Europe,  et 

{nincipalement  en  Italie,  l'élat  de  la  géo- 
ogie  vers  le  milieu  du  siècle  dernier. 

Les  proiluctions  marines  que  l'on  rencon- 
tre à  chaque  pas  dans  les  montagnes  sont,^ 
dit-il,  des  monuments  que  la  terre  a  soi- 
gneusement conservés  aans  son  sein  pour 
rendre  témoignage  de  certains  événements 
passés.  D'après  les  réflexions  de  Moro,  il  est 
presque  impossible  de  ne  pas  être  persuadé 
que  la  présence  de  ces  corps  dans  les  mon- 
tagnes soit  due  à  d'anciens  tremblements  de 
terre,  qui  auraient  changé  de  vastes  étendues 
de  mer  en  continents,  et  des  terres  habitées 
en  mers.  Cependant ,  comme  ici  plus  qu'en 
aucune  autre  partie  des  sciences  physiques, 
l'expérience  et  l'observation  sont  indispen- 
sables, nous  devons  nous  hâter  d'appeler  les 
faits  à  notre  aide.  En  quelque  part  qu'on  ait 
creusé  la  terre,  on  a  toujours  trouve  qu  elle 
était  composée  de  diverses  couches  ou  ter- 
rains superposés  les  uns  aux  autres,  et  con- 
sistant, les  uns  en  sable,  les  autres  en  roc, 
«n  craie,  en  marne,  en  houille,  en  pierre- 
ponce,  en  gypse,  en  chaux  et  en  diverses 


autres  substances.  Quelquefois  ces  matières 
sont  pures,  mais  quelquefois  aussi  «lies  sont 
mélangées  d'une  manière  confuse.  SouTent 
elles  renferment  des  squelettes  de  poissoDS 
marinsetplus  souvent  encoredescoquillesdes 
crustacés,  des  coraux,des  plantes,  etc.  Cen'est 
pas,  au  reste,  en  Italie  seulement  que  lescho* 
ses  se  passent  de  la  sorte  :  il  en  est  de  même 
en  France,  en  Allemagne,  en  Angleterre,  en 
Afriaue,  en  Asie  et  en  Amérique  ;  dans  les 
couches  les  plus  éloignées  de  la  surface  ter- 
restre, aussi  bien  que  dans  celles  qui  en  sont 
le  plus  près  ;  sur  les  montagnes  comme  dans 
les  mines  les  plus  profondes;  et  dans  le  yoI- 
sinage  de  la  mer  ainsi  qu'à  plasieurs  cen- 
taines de  milles  de  ses  bords.  Woodwarda 
supposé  que  ces  corps  marins  se  rencontrcot 

Sartoutr  sans  exception  ;  mais  Yallisneri  et 
farsilli  ont  afiirmé  qu'il  existe  des  roches 
dans  lesquelles  il  ne  s'en  trouve  aucun.  Les 
débris  des  animaux  fossiles  consistent  prin- 
cipalement dans  les  parties  les  plus  solides 
de  ces  animaux,  et  tout  porte  à  croire  qise 
les  couches  les  plus  dures  ont  dû  être  mol- 
les au  moment  où  de  tels  corps  y  ont  péné- 
tré. On  rencontre  aussi  dans  certaines  strates 
des  productions  végétales  à  divers  états  de 
hiaturité  :  ce  qui  prouve  qu'elles  y  ont  été 
déposées  dans  des  saisons  diSérentes.  £d 
Angleterre  et  ailleurs  encore,  enatrouTér 
dans  des  couches  superficielles  qui  n'ayaient 
jamais  été  couvertes  par  la  mer,  des  éléphants, 
des  élans,  et  divers  autres  quadrupèdes 
terrestres.  Quoique  les  alternances  de  cou- 
ches marines  et  ae  couches  renfermant  des 
productions  terrestres  et  marécageuses  soient 
rares,  il  s'en  présente  cependant  quelquefois. 
Les  animaux  marins  sont  disposés  en  grou- 
pes distincts  dans  les  couches  'souterraines^ 
avec  un  ordre  admirable  ;  ici  les  huîtres,  là 
les  dentales  ou  les  coraux,  etc.,  arrangement 
dont,  suivant  Marselli  ;  les  côtes  de  1  Âdria- 
tiqueoffrcntaujourd'hui  l'exemple  (439).  Mais 
il  nous  faut  abandonner  la  doctrine,  jadis 
si  populaire,  qui  refuse  d'admettre  que  les 
corps  organisés  fossiles  doivent  leur  origine 
à  des  êtres  vivants,  de  même  qu'il  nous  faut 
renoncer  aussi  à  expliquerla  position  actuelle 
de  ces  mêmes  fossiles,  soit  par  l'ancienne 
théorie  de  Strabon,  soit  par  celle  deLeibuilz. 
soit  enfin  par  le  déluge  universel,  tel  qu'iU 
été  expliqué  par  Woodward  et  plusieurs 
autres.  Il  ne  serait  pas  raisonnable  non  pln^^ 
dit  Generelli,  de  mettre  en  jeu  la  Divinité 
au  gré  de  nos  caprices^  et  de  lui  faire  foin 
des  miracles  pour  le  seul  plaisir  de  confirmer 
nos  hypothèses  prématurées.  —  Très-sawnii 
académiciens  !  ajoute-t-il  encore,  fai  en  hor- 
reur tous  ces  systèmes  qui^  bâtis  en  ffl/r,  «^ 
peuvent  se  soutenir  sans  miracle^  et  jt  rait 
essayer^  avec  Fassistance  de  MorOy  de  tous 
expliquer  comment  ces  animaux  marins  o»' 
été  transportés  par  des  causes  naturelles  deni 
les  montagnes  {hhQ). 

Après  cela,  vient  l'analyse  succincte  de  la 
théorie  de  Moro,  à  l'aide  de  laquelle  Gene- 


(459)    Saggio  fisico  intorno  alla  storia  dcl  ttsnfe,         (iiO)  De  crostaceic  di  aUreproduz,  dd  mare,eic*l 
part.  I,  p.  Î4.  i7i9. 


6S3 


GCO 


ET  M  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


€51 


relli  assure  qu*on  pcot  rendre  compte  de 
tous  les  phénomènes,  comme  Yallesneri  dé- 
sirait si  ardemment  qo^on  le  Ot,  c*est-è-direi 
Mfu  rto/airr,  sans  priions^  sans  kvpoihêseSf 
sans  miracles  (Ul).  Le  Carme  s'applique  en- 
saite  à  ooml>aitre  une  objection  très-ration* 
nelle  que  Ton  faisait  au  système  de  Moro, 
considéré  comme  moyen  propre  à  expîiauer 
d*iffie  manière  naturelle  les  révolutions  oe  la 
terre.  S'il  est  vrai,  disait-on ,  que  jadis  les 
tremblements  de  terre  aient  été  les  agents 
d'aussi  grands  changements  que  ceni  que 
Moro^  leur  attribue,  comment  se  fait-il  que, 
depuis  les  temps  historiques,   leurs  effets 
aient  été  si  peu  considérables?  Cette  même 
difficulté  s^était,  comme  on  sait,  présentée 
à  Hooke,  un  demi-siècle  auparavant,  et  l'a- 
vait obligé  de  recourir  à  une  ancienne  eriu  de 
ta  nature.  Toutefois,  Generelli  défendit  sa  po- 
sition en  faisant  remarquer  combien,  dans  l'es- 
pace de  ces  six  mille  dernières  années,  les  ré- 
cits d'irruptions,  de  tremblements  de  terre, 
d'Iles  nouvelles,  de  soulèvements  et  d'affais- 
sements de  terrains  avaient  été  nombreuses, 
et  cela  sans  compter  ceux  de  ces  événements 
qui  étaient  restés  inattestés  et  dans  l'oubli, 
et  dont  le  nombre  devait  être  bien  plus  con- 
sidérable encore  que  celui  des  premiers.  11 
en  appela  aussi  au  témoignage  de  Vallès - 
ceri  pour  |;rouvcr  qu'il  n  existait  que  très- 
peu  île  masses  minérales  renfermant  des 
Coquilles,  comparativement  aux  roches  dé- 
pourvues de  débris  organiques  ;  et  il  pensait, 
en  outre,  que  ces  dernières  pouvaient  avoir 
été  créées,  à  Forigine^  telles  qu'on  les  voit 
aujourd'hui. 

Generelli  décrit  ensuite  la  dégradation  des 
montagnes  et  des  continents,  à  iaauelle  l'ac- 
tion des  rivières  et  Aes  torrents  donne  lieu 
incessamment,  et  Gnitpar  les  considérations 
suivantes  :  «  Serait-il  possible ,  dit-il,  que 
cette  dégradation  se  fût  continuée  pendant 
six  mille  ans,  et  bien  plus  encore,  peuz-i^/rf, 
et  que  les  montagnes  fussent  restées  aussi 
grandes  qu'elles  le  sont  à  l'époque  actuelle, 
si  leurs  pertes  n'eussent  été  réparées?  D'un 
autre  côté,  peut-on  raisonnablement  sup- 
poser que  Tauteur  de  la  nature  ait  réglé  îe 
monde  suivant  des  lois  telles  que  la  ]uirtie 
solide  de  la  terre  aille  toujours  en  diminuant, 
jusqu'à  ce  qu'enfin  elle  se  trouve  entièrement 
submergée  par  les  eaux?  Et  quel  est  l'esprit 
rationnel  qui  consentirait  à  admettre  qu'au 
milieu  de  tant  d'objets  créés,  les  montagnes 
seules  diminuent  journellement  de  nombre 
et  de  volume ,  sans  que  leurs  perles  soient 
jamais  compensées?  Cela  serait  tellement 
contraire  à  l'ordre  de  la  Pt*ovidence,  qui 
règne  et  se  manifeste  d'une  telle  manière  dans 
toutes  les  autres  créations ,  que  l'on  ne  peut 
vraiment  s'empêcher  d'attribuer  à  la  même 
cause  qui ,  dans  l'origine  des  temps,  fit  sortir 
les  montagnes  de  l'abîme ,  la  production  de 
celles  qui  depuis  sont  venues  sucessivement 
réparer  les  partes  que  les  premières  ont  pu 
éprouver,  soit  par  suite  d'affaissement  ou  de 
brisement,  soit  par  l'effet  de  tontautre  genre 

<4il)  f'Seoza  violenze,  senza  finxioui,  sen^a  sttp- 
fosii,  senza  rainicoli. »  yùe  croUacti  e  di  aitrepr^dus. 


d'altération.  Cela  une  fois  admis,  on  com- 
prendra aisément  pourquoi,  sur  tant  de 
montagnes,  il  se  trouve  un  si  grand  nombre 
de  crustacés  et  d'autres  animaux  marins.  » 

Dans  l'extrait  que  je  viens  de  donner  des 
travaux  de  Generelli,  non-seulement  j'ai 
iait  rénumération  la  plus  scrupuleuse  des 
lUts  et  des  opinions   que  l'observation  a 
confirmés  récemment,  mais  de  plus,  et  tout 
en  ayant  soin  de  passer  sous  sdence  ce  qui 
depuis  cet  auteur   a  été  reconnu  comme 
étant  inexact,  j'ai  présenté  l'analyse  fidèle 
du  traité  tout  entier,  à  la  seule  exceptiou 
de  l'hypothèse  de  Moro,  que  Generelli  adopta 
avec  tout  ce  qu'elle  a  de  bon  et  de  défec« 
tueux.  Maintenant  il  me  reste  à  faire  remar* 
quer  que,  bien  que  cet  admirable  essai  em- 
brasse le  plus  grand  nombre  des  principes 
fondamentaux  de  la  géologie,  il  ne  uiit  nulle- 
ment allusion  à  l'extinction  de  certaines 
classes  d'animaux;  sujet  sur  leauel  il  est 
évident  que,  du  temps  de  Generelli,  aucune 
opinion  n'était  fermement  établie  en  Italie. 
On  concevra  sans  peine  comment  Lister  et 
plusieurs  autres  naturalistes  anglais  avaient 
dû  se  déclarer  depuis  longtemps  en  faveur 
de  la  perle  des  espèce?,  tandis  que  Scilla  et 
la  plutiart   de  ses  compatriotes  hésitaient 
encore  ^  admettre  cette  extinction,  si  l'on 
considère  que  les  musées  italiens  étaient 
remplis  de  coquilles  fossiles  appartenant  à 
des  espècea  dont  un  très-grand  nombre  vi« 
vait  alors  dans  la  Méditerranée ,  et  que  les 
collecteurs  anglais,  au  contraire,  ne  |)Ou« 
vaient  retrouver  aucune  espèce  récente  dans 
les  couches  qui ,  à  cette  é(K>que,  étaient  ex* 
plorées  chez  eux. 

Le  côté  le  plus  faible  de  ce  système  de 
Moro  consistait  dans  la  supposition  que 
toutes  les  roches  stratifiées  devaient  leur 
origine  è  des  éjections  volcaniques,  sup|)Osi- 
tion  dont  ses  adversaires,  et  Vito  Amici  par* 
tîculièrement,  prirent  soin  de  faire  ressortir 
l'absurdité  (Uâ).  C'est  au  désir  extrême  qu'a- 
vait Moro  de  représenter  la  formation  des 
roches  secondaires  comme  s'étant  accomplie 
dans  une  période  excessivement  courte,  et 
à  l'aide  seulement  d'agents  connus  dans  la 
nature ,  qu'il  faut  attribuer  l'erreur  dans 
laquelle  il  tomlia.  L'opinion  d'après  laquelle 
on  admet  que  les  torrents,  les  rivières,  les 
courants,  les  déluges  partiels  et  tous  les  di-- 
vers  genres  d'action  de  l'eau  courante  ont 
en  jadis  une  énergie  plusieurs  milliers  de 
fois  plus  grande  qu'à  présent,  aurait,  au 
temps  de  Moro,  parut  tellement  absurde  et 
incroyable,  et  aurait  en  outre  exigé  tant 
d'liyp«)thèses  violentes,  que  c'est  jX)ur  cela 
sans  doute  qu'il  aima  mieux  faire  intervenir 
les  éjections  volcaniques  comme  ayant  pro- 
duit les  matières  dont  les  couches  se  oom* 
posent,* que  d'attribuer  ces  matières  au 
transport  effectué  par  l'eau  courante.  Cette 

Iiréférence, d'ailleurs,  s'explique  enooro  pan 
e  peu  de  connaissances  que  nous  possédons 
à  I  égard  des  véritables  causes  des  convul- 
sions souterraines,  circonstance  qui  fait  qut^ 

âcl  mare^ew,  ;  I7i9. 
(4i2}  Sut  testaeei  deUa  Sicitia. 


f 


t 


i 


655 


GEO 


DICTIONiNÂIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


636 


la  yiolence  avec  laquelle  s'exerçaienl  autre- 
fois ces  convulsions  peut  être  indéfiniment 
augmentée  en  théorie  >  sans  qu'il  y  ait  lieu 
de  taxer  d'absurdes  et  de  contradictoires 
toutes  les  conjectures  qu'il  est  possible  de 
faire  II  ce  sujet. 

M[arsiHi,  le  même  que  celui  dont  Gene- 
relli  a  mentionné  Touvrage,  se  livra  à  des 
recherches  intéressantes  sur  le  fond  de  TA- 
drialique.  Il  fut  conduit  à  ce  genre  d'obser- 
vations, parce  qu'il  avait  remarqué  dans  le 
territoire  de  Parme,  que  les  coquilles  fos- 
siles n'étaient  pas  dispersées  au  hasard  dans 
lés  roches,  mais  qu'elles  y  étaient,  au  con- 
traire, disposées  avec  un  ordre  parfait,  sui- 
vant certains  genres  et  certaines  espèces, , 
C'est,  du  reste,  ce  qu'avaient  observé  avant  lui 
Spada,  près  de  Vérone,  et  Schiavô,  en  Sicile. 

Dans  la  vue  de  répandre  un  nouveau, 
jour  sur  ces  questions,  Vitaliano  Donati 
entreprit  des  recherches  du  môme  genre, 
maïs  plus  étendues  que  celles  dont  s'était 
occupé  Marsilli.  Ces  recherches,  qui  eurent 
lieu  aussi  dans  TAdriàtique,  M  firent  dé- 
couvrir, h  l'aide  de  sondages  souvent  répé- 
tés, (|ue  des  dépôts  de  sable,  de  marne,  et 
des  incrustations  tuffacées ,  parfaitement 
analogues  à  ceux  des  collines  subapenni- 
nes,  étaient  en  voie  de  s'accumuler  dans 
cette  mer,  II  déclara  que  certaines  régions 
sous-marines  étaient  totalement  dépourvues 
de  coquilles,  tandis  que  d'autres,  au  con- 
traire, en  possédaient  un  plus  ou  moins 
grand  nombre,  telles  surtout  que  les  genres 
arca^  pecten^  venuSf  murex  et  quelques  au- 
tres, qui  y  vivaient  réunies  en  familles.  Il 
aïllrma  aussi  avoir  trouvé,  dans  diverses  lo- 
calités, une  masse  formée  de  coraux,  de  co- 
quilles et  de  diverses  espèces  de  crustacés, 
mêlés  confusément  avecae  la  terre,  du  sable 
et  du  gravier.  A  un  pied  (trois  décimètres 
environ),  ou  plus,  de  profondeur,  les  subs- 
tances organiques  étaient  complètement  pé- 
trifiées et  réJuites  à  Tétat de  marbre  ;à  moins 
d'un  pied  de  la  surface,  elles  approchaient 
davantage  de  leur  état  naturel,  et  à  la  surface 
enfin,  elles  étaient  vivantes,  ou  du  moins 
dans  un  très-bon  état  de  conservation  quand 
ellos  avaient  cessé  de  vivre. 

Baldassari,  naturaliste  contemporain  de 
Buffon  et  de  Donati,  prouva,  que  les  débris 
organiques  des  marnes  tertiaires  du  terri- 
toire de  Sienne  étaient  groupés  par  familles, 
d'une  manière  exactement  semblable  à  celle 
h  laquelle  ce  dernier  avait  fait  allusion. 

Ce  fut  dans  son  Histoire  naturelle^  publiée 
en  17i9,  que  Buffon  fil  connaître  pour  la 
première  fois  ses  irlées  théoriques  sur  lès 
révolutions  anciennes  du  globe.  H  adopta 
tout  à  la  foi  s  l'hypothèse  d'un  noyau  primitif 
îçné,  et  celle  de  l'océan  universel  de  Leib- 
mtz.  Les  plus  hautes  montagnes,  dit-il,  fu- 
rent jadis  recouvertes  par  cette  enveloppe 
aqueuse  ;  puis,  les  courants  marins,  exer- 
çant une  aiUion  très-violente ,  creusèrent 
des  vallées  sous-marines  profondes,  et  for- 
mèrent des  couches  horizontales,  en  entraî- 
nant de  certains  lieux  des  matières  solides, 

(i45j  Hiit.  nat.f  lom.  V,  édiUon  de  rimprimerie  ro 


pour  les  déposer  ailleurs.  La  retraite  d  une 
partie  des  eaux  de  l'océan ,  dans  des  ca-. 
vernes  souterraines,  occasionna  la  dépres- 
sion de  son  niveaui  et,  par  suite,  la  mise  k 
sec  de  qiielques  portions  de  terre.  Buffon  ne 
semble  pas  avoir  profité,  comme  Leibnitz  et 
Moro,  des  observations  de  Sténon  ;  car,  au- 
trement, il  n'eût  certes  jamais  émis  l'opi- 
nion que  les  couches  étaient  çénéralemenl 
horizontales,  et  que  celles  qui  renferment- 
des  débris  organiques  n'avaient  subi  aucun 
bouleversement  depuis  l'époque  de  leur  for- 
mation. Il  était  tellement  convaincu  de  l'ac- 
tion puissante  qu'exercent  annuellement  les 
rivières  et  les  courants  par  le  transportdes 
matières  terreuses,  de  niveaux  élçvés  à  des 
niveaux  plus  bas,  qu'il  allait  jusqu'à  entre- 
voir Tépoque  à  laquelle  cette  cause  occa- 
sionnerait la  destruction  générale  des  conti- 
nents actuels.  Quoique  en  géolo^eil  n'e^t 
point  fait  d'observations  par  lui-mèuie,  il 
dut  à  son  génie  do  rendre  son  hypothèse  at- 
travante,  et  sut,  par  l'élocpience  cfe  son  style 
et  la  hardiesse  de  ses  idées,  éveiller  la  cu- 
riosité de  ses  compatriotes,  et  provoquer  en 
eux  un  ardent  désir  d'investigation. 

Peu  après  la  publication  de  son  Histoire 
naturelle  j  dans  laquelle  était  com|.rise  sa 
Théorie  de  la  Terrey  il  reçut  une  lettre  offi- 
cielle (en  date  de  janvier  1751)  de  la  Sor- 
l>onne,  ou  Faculté  de  Théologie  de  Paris, 
qni  lui  donnait  à  savoir  que  quatorze  pro- 
positions de  ses  ouvrages  «  avaient  été  trou- 
vées repréhensibles  et  contraires  à  la  foi 
de  l'Eçlise.  »  Le  premier  de  ces  passages 
incriminés,  et  le  seul  qui  eût  rapport  à  la 
géologie,  était  ainsi  conçu:  «  Ce  sont  les 
eaux  de  la  mer  qui  ont  produit  les  mcnla- 
gnes  et  les  vallées  de  la  terre...  ;  ce  sont  les 
eaux  du  ciel  (jui,  ramenant  tout  au  niveau, 
rendront  un  jour  cette  terre  à  la  mer,  qui 
s'en  emparera  successivement»  en  laissant  à 
découvertde  nouveaux  continents  semblables 

à  ceux  oue  nous  habitons.  BufiCon  fut  invité 
par  la  Facu'ié,  en  termes  très-courtois,  à 
donner  l'explication,,  ou  plutôt  à  faire  la  ré- 
tractation de  ses  opinions  hétérodoxes  ;  co 
à  quoi  ayant  consenti,  isa  déclaration,  fut  ap- 
prouvée, en  assemblée  générale  par  la  Fa- 
culté, qui  l'engagea  à  la  publier  dans  le 
Eremier  ouvrage  qu'il  donnerait  au  public, 
es  premiers  mots  de  ce  document  curieux 
étaient  ceux-ci  :  «  Je  déclare  que  je  n'ai  eu 
aucune  intention  de  contredire  !e  texte  de 
l'Ecriture;  que  je  crois  très-fermement  tout 
ce  qui  y  est  rapporté  sur  la  Création,  soit 
pour  l'ordre  des  temps,  soit  pour  les  circons- 
tances des  faits  ^  et  que/a6andofifie  ce  qvif 
dans  mon  /itre,  regarde  la  formation  de  (a 
terre^  et  en  général,  tout  ce  qui  pourrait 
être  contraire,  à  la  narration  de  Moïse  (U3).* 
Le  grand  principe  auquel  Buffon  fut  ap- 
pelé à  renoncer,  consistait  simplement  dans 
cette  donnée,  savoir,  que  les  montagnes  et 
les  vallées  actuelles  de  ta  terre  sont  dues  à  des 
causes  secondaires  ;  et  que^  par  la  suite  des 
tempsy  ces  mêmes  causes  détruiront  tous  les 
continents^  collines  et  valléesy  et  en  rqfrodui" 

yalp,  Paris,  1769. 


C57 


CEX> 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


€58 


roni  d'auires  semblables.  Or,  quelque  défec- 
tueuses que  puissent  ^tre  certaioes  idées  de 
BuCTon,  sa  doctrine  de  Torigine  secondaire 
des  continents  actuels  n'en  reste  pas  moins 
aujourd'hui  aussi  fermement  établie  que  la 
rotation  de  la  terre  autour  de  son  axe.  D'un 
autre  côté,  Topinion  qu'il  émit  que  les  par* 
ties  du  globe,  maintenant  à  découvert,  pour- 
ront un  jouréire  envahies  par  les  mers,  s'ac- 
crédite de  plus  en  plus,  à  mesure  aue  Tex- 
périence  nous  fait  mieux  apprécier  les  chan- 
gements actuellement  en  voie  de  s'accomjilir. 

Dans  un  très-volumineux  ouvrage  intitulé 
Toffage  en  Toscane ,  iloi  et  175i,  Targioni 
s'appliqua  à  achever  l'esquisse  de  la  géolo- 
gie de  cette  région,  commencée  pr  Sténon, 
soixante  ans  auparavant.  Malgré  le  défaut 
d*ordre  et  de  concision  qui  règne  dans  les 
mémoires  de  cet  auteur,  ils  ne  laissent  pas, 
toutefois,  d'offrir  beaucoup  d'intérêt,  par 
suite  du  grand  nombre  d'observations  exac- 
tes qu'ils  renfermenL  D'un  autre  côté,  bien 
que  Targioni  ne  se  soit  pas  beaucoup  atta- 
ché aux  vues  générales,  il  s'est  cependant 
oecut)é  de  forigine  des  vallées,  sujet  à  l'é- 
gard duquel  il  ne  partageait  pas  l'opinion 
de  Buffon,qui  attribuait  principalement  cette 
origine  aux  courants  sous-marins.  Le  natu- 
raliste toscan  s'efforça  de  prouver  que  toutes 
les  vallées  des  Apennins,  tant  grandes  que 
petites,  avaient  été  creusées  par  des  rivières 
et  des  inondations  dues  à  la  rupture  des  di- 
^es  de  certains  lacs,  après  la  retraite  de 
focéan.  Il  soutint  aussi  que  les  éléphants 
et  les  autres  quadrupèdes  que  Ton  rencontre 
si  fréquemment  dans  les  dépôts  lacustres  et 
ail u viens  de  l'Italie,  avaient  habité  cette 
contrée,  et  n'y.  avaient  été  transportés  ni  par 
Anoilial,  ni  par  les  Romains,  comme  quel- 
ques-uns le  prétendaient,  non  plus  que  par 
ce  qu'il  plaisait  à  d'autres  d'appeler  une  car 
tasirophe  de   la  nature. 

En  1756,  parut  le  traité  de  Lehman,  miné- 
ralogiste aJlemand,  et  directeur  des  mines 
de  Prusse,  à  qui  on  doit  aussi  une  division 
des  montagnes  en  trois  classes.  Dans  la  pre- 
mière il  plaça  celles  qui,  formées  en  même 
temps  que  le  monde,  étaient  antérieures  à 
la  création  des  animaux,  et  ne  contenaient 
aucun  fragment  d'autres  roches  ;  dans  la  se- 
conde, il  réunit  celles  qu*il  attribuait  à  la 
destruction  partielle  des  roches  primitives, 
occasionnée  par  une  révolution  générale  ;  et 
dans  la  troisième  classe,  euûn,  il  rangea  les 
montagnes  qui  devaient  leur  origine  en 
partie  a  des  révolutions  locales,  et  en  partie, 
au  déluge  de  Noé. 

L'auteur  d'une  traduction  française  de  cet 
ouvrage,  qui  parut  en  1759,  exposa,  dans  sa 

F  réface,  des  idées  extrèm  ementjud  ideuses  sur 
action  des  tremblements  de  terre,  ainsi  que 
surceHe  qui  résulte  descausesaqueuses  (îi^}. 
A  cette  époque,  Gesner,  botaniste  de  Zu- 
rich«  publia  un  excellent  traité  sur  les  pé^ 
trîGi^trons  et  sur  les  révolutions  terrestres 
dont  ees  mdmes  pétrifications  rendent  té- 

(iil;  Essai  funekisk  nat.  des  cimcfies  de  lu  terre, 
1759. 


moignage  (1^5).  Après  une  énuméralion  dv- 
taillée  des  différentes  classes  de  fossiles  ap- 
partenant aux  règnes  animal  et  végétal,  et 
des  remarques  sur  les  divers  états  de  pétri- 
fication dans  lesquels  on  les  trouve,  il  se 
livre  à  des  considérations  ingénieuses  sur 
lesjrapports  de  ces  fossiles  avec  certains  phé- 
nomènes géologiques;  nbservant  que  les 
uns,  tels  que  ceux  d'CKningen,  ressemblent 
aux  testacés,  aux  poissons  et  aux  plantes 
qui  vivent  près  du  lieu  de  leur  gisement, 
tandis  que  d'autres,  comme  les  ammonites, 
les  grjrphytes,  les  bélemites,  etc.,  appar- 
tiennent soit  à  des  espèces  inconnues,  soit 
à  des  espèces  qui  ne  se  trouvent  que  dans 
l'océan  Indien,  ou  dans  quelques  autres  mers 
très-éloignées.  Pour  aider  ses  lecteurs  à  se 
faire  une  idée  de  la  structure  de  la  terre,  il 
leur  donne,  d'ajTès  Varenius,  Buffon  et  plu- 
sieurs autres  naturalistes,  la  reproduction 
de  diverses  coupes  obtenues  en  creusant  des 
puits;  il  signale  ensuite  la  différence  qui 
existe  entre  les  sSrates  horizontales  et  les 
strates  inclinées^  et,  dans  une  dissertation' 
sur  les  causes  de  cette  diff«*rence,  il  fait  al- 
lusion à  l'examen  du  lit  de  l'Adriatique,  au- 
quel Donati  s'était  livré  quelques  années 
auparavant;  il  mentionne  aussi  le  remblaie- 
ment des  lacs  et  ries  mers  |  ar  les  sédiments; 
les  dé|>ôts  de  coquilles  en  voie  de  se  former 
à  ré|)oque  actuelle;  et  plusieurs  effets  con- 
nus des  tremblements  de  terre,  tels  aue  l'a- 
baissement de  certaines  régions,  ou  le  sou- 
lèvement du  lit  de  la  mer,  pbtnomène  ca- 
pable de  donner  naissance  à  des  Iles  nou- 
velles, et  de  mettre  à  sec  des  couches  ren- 
fermant des  pétrifications.  L'océan,  dit-il, 
altandonua  ses  rivages  dans  plusieurs  con- 
trées, comme  sur  les  bords  de  la  Baltique; 
mais  là,  par  exemple,  cette  action  s'est  pro- 
duite d'une  manière  si  lente  durant  les  vingt 
derniers  siècles  qui  se  sont  écoulés,  qu'en 
supposant  que  les  Apennins,  dont  les  som- 
mets sont  couverts  de  coquilles  marines, 
eussent  été  élevés  dans  la  môme  proportion, 
il  leur  aurait  fallu  80,000  ans  pour  atteindre 
leur  hauteur  actuelle.  Or,  dépassant  de  dix 
fois,  au  moins,  Tâge  du  monde,  un  tel  laps 
de  temps  nous  obligerait  à  rapporter  le 
phénomène  en  question  à  la  simple  volonté 
de  Dieu,  qui,  suivant  Moïse,  ordonna  «  aux 
eaux  de  se  réunir  tous  en  un  même  endroit, 
et  aux  continents  de  s'élever  au^Iessus  du 
niveau  des  mers.  »  Gesner  se  servit  des 
idées  de  Leibnitz  pour  expliquer  la  retraite 
de  l'océan  primitif.  Son  essai  annonce  beau- 
coup d'érudition  ;  et  ses  commentaires  sur 
les  auteurs  italiens,  allemands  et  anglais 
qui  l'avaient  précédé,  décèlent  autant  de 
bonne  foi  que  de  discernement. 

L'année  suivante,  Arduino  (U6\  dans  ses 
Mémoires  sur  les  montagnes  de  Padoue^  de 
Tieence  et  de  T&one,  établit,  d'après  des  ol>- 
servations  originales,  la  distinction  des  6i* 
verses  roches  dont  se  compose  la  croûte  du 
globe  :  il  les  divisa  en  primitives,  secondaires 

(H^)  lobn  GEs?in,  paMîé  h  Lrvde,  en  btia. 
(416)  Giomalf  de!  GriseUm,  175». 


630 


G£0 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


GEO 


m 


et  tertiaires,  et  prouve  qu*une  suite  d'érup- 
tions volcaniques  sous^-marines  avalent  eu 
lieu  dans  les  régions  qui  viennent  d*èlre 
énoncées. 

En  1760,  le  Rcv.  John  Michel),  professeur 
de  minéralogie  à  Cambridge,  et  zélé  partisan 
fte  Woodward,  publia,  dans  les  Transactions 
philosophiques^  un  Essai  sur  la  cause  et  les 
phénomènes  des  tremblements  de  terre.  Son 
attention  avait  été  attirée  sur  ce  sujet  par  le 
violent  tremblement  de  terre  qui  s  était  fait 
sentir  à  Lisbonne  en  1755.  Il  émit  des  idées 
originales  et  philosophiques  sur  la  propaga- 
tion des  mouvements  souterrains,  et  sur  les 
cavernes  et  les  fissures  dans  lesquelles 
on  pouvait  supposer  que  la  vapeur  était 
produite.  En  cherchant  à  prouver  à  quel 
point  sa  théorie  était  applicable  à  la  struc- 
ture  du  globe,  il  se  trouva  amené  à  décrire  l'ar- 
rangement et  le  bouleversement  des  cou- 
ches, l'horizontalité  ordinaire  qu'elles  présen- 
tent dans  les  paysde  plaines,  et  leur  état  con- 
vulsionné et  fracturé  dans  le  voisina;je  des 
chaînes  de  montagnes.  Il  expliqua  aussi,  avec 
une  exactitude  surprenante,  les  rapports  qui 
Qxistent  entre  les  crêtes  centrales  de  certai- 
nes roches  anciennes,  et  les  bandes  longues 
^  étroites  dont  la  composition  terreuse , 
pierreuse  et  minéralogique  est  analogue  à 
celles  de  ces  crêtes^  en  même  temps  que  leur 
direction  est  semblable.  Dans  ses  générali- 
sations, qui  résultent  en  très-grande  partie 
de  ce  qu'il  avait  observé  sur  la  structure 
géologique  du  Yorkshire,  il  laissa  apparatre 
plusieurs  idées  nouvelles,  que  développè- 
i.ent  d'une  manière  complète  d'autres  natu- 
ralistes qui  vinrent  après  lui. 

Bien  que  les  écrits  de  Michell  fussent  en- 
tièrement dégagés  de  toute  espèce  de  con- 
sidérations physico-théologiques,  quelques- 
uns  de  ses  contemporains  n'en  continuèrent 
pas  moins  encore  a  soutenir  ou  à  combattre 
avec  ardeur  l'hypothèse  de  Woodward.  Cat- 
cott,  partisan  de  la  doctrine  de  Hutchinson  , 
et  auteur  d'un  Traité  sur  le  Déluge^  publié 
en  J761,  fit  allusion  à  plusieurs  des  ouvra- 
ges écrits  soit  pour,  soit  contre  cette  hypo- 
thèse. Il  s'appliqua  particulièrement  à  réfu- 
ter Texplication  des  saintes  Ecritures,  propo- 
sée par  l'évéque  Clayton,  son  contemporain. 
Ce  prélat  avait  déclaré  que  le  déluge  ne 
pouvait  être  considéré  comme  un-  fait  rigou- 
reusement  vrai^  si  ce  n'est  pour  le  point  du 
globe  qu'habitait  Noé  avant  ce  grand  événe- 
ment. Catcott  insista  sur  l'universalité  du 
délu{[e,  d'après  les  traditions  d'inondations 
mentionnées  par  des  auteurs  anciens  ou  par 
des  voyageurs,  comme  ayant  eu  lieu  aux 
Indes  Orientales,  en  Chine,  dans  l'Amérique 
du  Sud,  et  en  divers  autres  pavs.  Cette  par- 
tie de  son  livre  n'est  point  dépourvue  de 
mérite,  bien  que,  pourtant,  on  n'y  voit 
guère  de  quel  poids  peuvent  être,  par  raj)- 
port  à  rargumeut  de  l'évoque,  les  traditions 

(447)  Sut  eorpiniarinidel  Feltrino,  4761. 

(  i48)  Spécimen  historiœ  naturalii  globi  terraqueif 
prœcipHe  de  novis  e  mari  uatis  imulis  ;  Amstclodami, 
1 705.  Raspe  fut  aussi  l'éditeur  des  Œuvres  philoso- 


en  question  ;  car,  même  en  les  MjppofAnt 
authentiques,  rien  ne  firouve  que  les  catas- 
trophes dont  il  y  est  fait  mmtion  aient  eu 
lieu  contemporairement;  plusieurs  d'entre 
elles,  au  contraire,  sont  très-posiiivemeut 
représentées  par  les  auteurs  anciens  quitc& 
citent  comme  étant  arrivées  sucGe85iY&- 
ment. 

Les  doctrines  d*Arduino,  dont  nous  a\ons 
parlé  il  y  a  quelques  instants,  furent  confir- 
mées plus  tard  par  Fortis  et  Ûesmarcst,  sur 
les  lieux  mêmes  où  Arduino  les  avait  pui- 
sées peu  de  tant  auparavant.  Ainsi  que  fial- 
dassari,  ces  deux  auteurs  s'appliquèrent  à 
compléter  l'histoire  des  coucnes  subapen- 
nines.  L'ouvrage  d'Odoardi  (W7)  renferme 
un  argument  décisif  en  faveur  de  la  dilTé- 
renced'Age  qui  caractérise  les  couches  a^^en- 
nines  anciennes  ,  et  les  formations  sob- 
apennines  d'origine  plus  récente.  L'auteur 
y  reconnaît,  en  outre,  que  les  couches  dont 
se  composent  ces  deux  groupes  sont  discor- 
dantes  entre  elles,  et  il  en  conclut  qu'elles 
doivent  avoir  été  formées  par  des  sédiments 
provenant  de  différentes  mers,  et  k  des  épo- 
ques trèsnéloignées  les  unes  des  autres. 

En  1763,  Raspe,  savant  Hanovrien,  publia, 
en  latin,  une  histoire  des  Iles  nouvelles  (U8]. 
Dans  cet  ouvrage ,  l'auteur  réunit  tous  les 
récits  authentiques  des  tremblements  de 
terre  qui  avaient  produit  {quelque  change- 
ment permanent  dans  les  parties  solides  du 
^lobe,  et  en  fit  une  critique  extrêmement 
ludicieuse.  Il  pas^sa  en  revue  tous  les  meil- 
leurs systèmes  qu'avaient  proposés  au  sujet 
de  l'histoire  ancienne  de  notre.planëte,  soit 
les  auteurs  anciens,  soit  les  écrivains  mo- 
dernes, et  sut  apprécier  à  leur  juste  valeur, 
d'une  part,  le  mérite,  et,  de  l'autre,  les  dé- 
fauts dont  n'étaient  exemptes  ni  la  doctrine 
deUooke,  ni  celles  de  Ray,  de  Moro,  deBnf- 
fon ,  et  de  plusieurs  autres ,  ténaoignant 
d'ailleurs  une  erande  admiration  pour  l'hy- 
pothèse de  Hooke,  et  s'attachant  a  prouver 
?ue  son  explication  de  l'origine  des  couches 
tait  plus  exacte  que  celle  de  Moro.'Pour 
ce  qui  regarde  les  théories  de  oes  deux 
auteurs,  relativement  aux  effets  des  trena- 
blements  de  terre ,  il  reconnut  qu'elles 
étaient  d'accord  en  tous  points.  Bien  que 
les  idées  de  Raspe  sur  la  structure  géologi- 

aue  du  globe  fussent  peut-être  moins  har- 
ies  que  celle  de  Michell;  dont,  au  reste, il 
ne  connaissait  pas  le  mémoire,  il  ne  laissa 
pas,  toutefois,  d'ajouter  quelaues  argu- 
ments à  la  théorie  de  Hooke ,  et  de  la  rendre 
telle,  disait-il,  que  l'auteur  l'eût  écrite  lui- 
même  ,  s'il  fût  venu  plus  tard.  Quant  aux 
périodes  qui  furent  les  témoins  de  tous  les 
tremblements  de  terre  auxquels  nous  devons 
l'élévation  de  diverses  parties  de  nos  conti- 
nents et  de  nos  lies,  Raspe  dit  qu'il  ne  pré- 
tend pas  en  assigner  la  durée  et  encore  moins 
soutenir  l'opinion  avancée  par  Hdoke  à  cet 

phiqties  de  Leibkitz;  Amsterdam  et  Leipzig,  i7^« 
et  Fauteur  du  Catalogue  raisonné  des  pierres  fina  as 
Tassief  ainsi  que  des  Voyages  du  baron  Uunchn- 
sen. 


su 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


Ui 


^^anl,  saroir,  que  las  convulsions  sonterrai- 
ncs  s*étaient  presque  toutes  manifestées 
duiant  le  déluge  de  Noé.  11  considère  les  in- 
dications apparentes  de  l'ancienne  chaleur 
tropiquale  du  climat  de  l'Europe,  et  les  chan- 
gements qui  se  sont  opérés  parmi  les  diver- 
ses espèces  d*animaui  et  de  plantes,  comme 
deui  des  problèmes  géologiques  les  plus 
ol)Scurs  et  les  plus  diiuciles  à  résoudre.  A 
regard  des  lies  qui,  depuis  les  temps  histo- 
riques ou  traditionnels,  sont  sorties  du 
sein  de  la  mer,  il  déclare  que  quelques- 
unes  d'entre  elles  sont  formées  de  cou- 
ches renfermant  des  débris  organiques  , 
et  non,  comme  Buffon  le  prétendait,  de  ma- 
tière volcanique  seulement.  Il  termine  son 
ouvrage  en  exhortant  vivement  les  natura- 
listes a  examiner  avec  le  plus  grand  soin  les 
Iles  qui  s'étaient  élevées,  en  1707,  dans  FAr- 
chipel  grec,  et«  en  1720,  dans  les  Açores, 
et  a  mettre  à  profit  ces  précieuses  occasions 
d*éludier  la  nature  dans  êon  acte  f  enfante^ 
meni,  Raspe  ne  comprenait  pas  comment 
les  écrits  de  Hooke  avaient  pu  être  négligés 
pendant  plus  d*un  demi-siècle  ;  mais  ce  qui 
a  droit  d  étonner  plus  encore,  c*est  que  Tex- 
position  brillante  de  la  théorie  de  cet  auteur, 
laite  par  Raspe  lui-même,  ait,  à  son  tour , 
pendant  plus d*un  autre  demi-siècle»  excité 
aussi  peudlntérèL 

Fucnsel,  physicien  allemand,  publia,  en 
17G2  une  description  géologique  du  {lajs 
compris  entre  le  Thuring  liVald  et  le.Bartz, 
et  un  mémoire  sur  les  environs  de  Rudels- 
tadt  (U9);  plus  tard,  en  1773,  il  fit  paraître 
un  ouvrage  théorique  sur  Thistoire  ancienne 
de  la  terre  et  de  Thomme  IhSO).  Les  connais- . 
saooes  de  Fuchsel  dépassèrent  de  beaucoup 
celles  de  Lehman ,  son  prédécesseur.  Il  sut 
f^faitement  distinguer,  tant  par  leur  posi- 
tion que  par  les  fossiles  qu'ils  contenaient , 
plusieurs  croupes  de  couches  différents  entre 
eux  soua  Te  rapport  de  Tâge,  et  correspon- 
«lant  aux  formations  secondaires  actuelle- 
ment reconnues  par  les  géologues  dans  di- 
verses parties  de  TAUemagne.  Il  supposait 
que  les  continents  européens  étaient  restés 
couverts  par  la  mer  jusqu'à  la  formation  des 
couches  marines  que  l'on  désigne  en  Alle- 
magne sous  la  dénomination  de  Muschelkatk, 
et  pensait  que  les  plantes  terrestres  renfer- 
ma dans  plusieurs  dépôts  de  l'Europe, 
attestaient  Texistence  de  la  terre  ferme  dans 
le  voisinage  de  Tanciennemer,  —  circons- 
tance d'où  il  était  naturel  de  conclure  qu'un 
continent  avait  dû  ,  jadis,  occuper  la  place 
de  roeéan  actuel.  Il  expliquait  la  dispari- 
tion totale  de  ce  continent,  en  disant  que 
l'enfoncement  successif  de  plusieurs  de  ses 
parties*  dans  des  cavernes  souterraines,  avait 
grmdueilemeni  déterminé  son  engloutisse- 
ment général  sous  la  mer.  Quant  à  l'état  de 
bouleversement  dans  lequel  se  trouvent  à 
présent  un  grand  nombre  de  couches  sédi- 

J449)    Acia    aeadenûœ   eUctoraiis    moguntimt^ 
.  Il,  Erfoit. 

<450)  Ces  détails  sur  Focbsel  sont  tirés  irune  ei- 
etliaite  analyse  de  ses  mémoires,  due  à  M.  Kefers- 
{JcurnJtU  géclogie^  lom.  Il,  ocl.  1830.) 


mentaires,  €pï*i\  considérait  comme  ayant 
dû  être  horizontales  à  Torique,  iJ  Tattri- 
buait  à  des  oscillations  postérieures  du  sol. 

Il  pensait  que,  de  même  que  les  anciennes 
périodes  virent  naître  des  plantes  et  des 
animaux,  de  même  aussi  l'homme  dut  figu- 
rer parmi  les  êtres  animés  de  ces  temps  prii- 
mitus.  Mais  tous  les  hommes,  dont  peu  à  peu 
la  terre  se  peupla,  ne  dérivèrent  pas  d^nn 
seul  et  même  couple  ;  ils  furent  créés  sur 
divers  points  de  la  surface  du  globe,  et  des 
centres  de  naissance  furent  aussi  nombreux 
que  les  langages  primitifs  des  nations. 

Fuchsel,  dans  ses  écrits,  laisse  apercevoir 
un  très-vifdésir  d'expliquer  les  phénomènes 
géologiques,  autant  que  possible,  par  l'ac- 
tion de  causes  connues,  et,  quoique  plu- 
sieurs de  ses  hypothèses  soient  entièrement 
dénuées  de  fondement,  ses  idées  n'en  sont 
pas  moins  bien  plus  d'accord  avec  celles  qui 
dominent  généralement  aujourd'hui,  que  ne 
le  sont  les  théories  promulguées  postérieu- 
rement par  Wemer  et  ses  partisans. 

Guslavus  Brander  publia,  en  1776,  ses 
Foiiilia  Hautonientia,  ouvrage  qui  renferme 
d'excellentes  figures  des  coquilles  fossiles 
trouvées  dans  les  couches  marines  les  plus 
modernes  de  l'Angleterre.  On  a,  dit-il  dans 
sa  préfëcejodoplé  diterêet  opinions  touchant 
la  question  de  savoir  quand  et  comment  ces 
corps  ont  été  déposés.  Les  uns  pensent  que  ces 
dépôts  sont  dus  au  déplacement  graduel  de 
la  mer^  et  qu'ils  ont  mis  un  temps  considé^ 
rable  à  se  former,  etc.,  tandis  que  d  autres, 
et  c'est  le  plus  grand  nombre,  en  -rapportent 
la  cause  au  déluge.  Cette  conjecture,  toute- 
fois, ajoute  Brander,  doit  être  considérée 
comme  purement  hypothétique,  lors  même 
qu'oh  admettrait  l'universalité  du  cataclisme 
dilurien.  Suivant  lui,  les  testacés  et  les  au- 
tres animaux  fossiles  provenaient,  pour  la 
plupart,  d'espèces  inconnues;  et  quant  à 
ceux  qui  appartenaient  à  des  espèces  con- 
nues, il  supposait  que  leurs  anafog^ues  vi- 
vants habitaient  les  latitudes  méridionales. 

Soldani  appliqua  avec  succès  ses  connais- 
sances en  zoologie  .à  l'explication  de  This- 
toire  des  masses  stratifiées.  Il  prouva  que, 
de  même  que  les  zoophites  et  les  testacés 
microscopiques  vivants  habitent  les  profon- 
deurs de  la  Méditerranée,  de  même  aussi  les 
espèces  fossiles  se  trouvent  dans  les  dépôts 
qui,  par  la  ténuité  de  leurs  molécules  et  par 
1  absence  complète  des  galets,  indiquent 
qu'ils  se  sont  formés  dans  une  mer  profonde, 
ou  loin  du  rivage.  Cet  auteur  est  le  premier 
qui  ait  observé  l'alternance  des  couches  ma- 
rines et  des  couches  d*eau  douce  qui  existe 
dans  le  bassin  de  Paris  (451). 

En  1793,  une  controverse  animée  s'éleva 
entre  Fortis  et  Testa,  autre  naturaliste  ita- 
lien, à  l'occasion  des  poissons  de  Monte- 
Bolca.  Les  lettres  (V52)  de  ces  deux  savants, 
écrites  avec  autant  de  vivacité  que  d*élé- 

(i5l)  Saggiû  orithografco,  etc.  ;  1780,  et  autres 

ouvrages* 

(ABt)  Lelt,  $u  ipesci  fosiili  de  monte  Botca;  Milan; 
17Ô3. 


613 


CEO 


DICTiONNAiRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


Cil 


gance,  font  voir  qu  ilsalgnoraient  pas  qu  un 
Krand  nombre  de  coquilles  subapcnnincs 
étaient  identiques  avec  des  espèces  encore 
existantes,  et  que  quelques-unes  d'entre 
€lles  avaient  leurs  analogues  vivants  dans  la 
zone  torride.  Fortîs  mit  en  avant  une  con- 

iecture  assez  bizarre  :  il  supposa  que,  lorsque 
es  volcans  du  Vicentin  étaient  en  activité, 
les  eaux  de  l'Adriatique  avaient  une  tempé- 
rature plus  élevée  que  l'ellcs  qu'elles  ont  eue 
depuis  que  ces  volcans  ont  cessé  de  brûler; 
et,  par  suite  de  ce  raisonnement,  il  fut  con- 
duit à  croire  que  les  coquilles  particulières 
i  des  régions  beaucoup  plus  chaudes  que 
Titalie  pouvaient  avoir  peuplé  jadis  les  mers 
de  cette  contrée.  Quant  à  Testa,  il  semblait 
disposé  à  penser  gue  les  espèces  de  testacés 
dont  il  s'agit  étaient  encore  communes  aux 
mers  équinoxiales  et  à  celles  de  son  propre 
pays,  appuyant  cette  opinion  sur  ce  que  plu- 
sieurs de  ces  espèces,  qu'on  avail  cru  pen- 
dant longtemps  appartenir  exclusivement  à 
des  régions  plus  cliaudcs,  avaient  été  pos- 
térieurement trouvées  dans  la  Méditerra- 
née (153). 

Tandis  que,  de  concert  avec  Cortesi  et 
Spallanzani ,  les  naturalistes  italiens  dont 
nous  venons  de  parler  s'occupaient  active- 
ment à  signaler  Tanalogie  qui  existe  entre 
les  dépôts  des  mers  modernes  et  ceux  des 
mers  anciennes,  et  la  manière  d'être,  ainsi 
que  Tordre  d'arrangement  des  habitants  de 
ces  mers  ;  et  tandis  que,  d'un  autre  côté,  les 
recherches  relatives  aux  roches  volcaniques 
anciennes  jet  modesnes  se  poursuivaient  avec 
quelque  succès  en  Italie,  Whitehurst  (4^54) 
et  Wallerius,  deux  des  observateurs  les  plus 
originaux  parmi  les  écrivains  anglais  el  alle- 
mands, employaient  leurhabiletéà  soutenir, 
suivant  la  vieille  hypothèse  Woodward ,  que 
toutes  les  couches  avaient  été  formées  par 
le  déluge  de  Noé.  Whitehurst,  toutefois,  ra- 
cheta en  quelque  sorte  celle  erreur  par  la 
description  parfaitement  exacte  qu'il  lit  des 
roches  du  Derbyshire  ;  el  de  plus,  il  répara 
le  tort  que  ses  fausses  idées  théoriques 
avaient  pu  faire  à  la  science,  en  fournissant 
lui-môme  des  armes  pour  les  combattre. 

Ce  fut  vers  la  fin  au  xviii'  siècle  que  la 
nécessité  de  diviser  en  groupes  distincts  les 
différentes  masses  minérales  dont  se  com- 
pose la  croûte  du  globe,  commença  à  se  faire 
sentir  généralement,  et  que  l'examen  des 
rapports  que  ces  masses  ont  entre  elles  de- 
vint l'objet  favori  des  éludes  de  tous  ceux 
qui  s'occupaient  de  géologie.  Pallas  el  Saus- 
sure figurent  au  premier  rang  des  savants 
dont  les  travaux  contribuèrent  le  plus  à  ce 

(453)  Cel  argumeutde  Tesla  a  été  confimé,  il  y  a 
quelques  années,  parla  certitude  qu*on  acquit  que  «les 
loarcnands  de  coquilles,  dans  la  vue  de  tirer  un  plus 

Î^rand  profit  de  certaines  espèces  de  la  Méditerranée, 
es  avaient  pendant  longtemps  vendues  pour  des»  co- 
quilles appartenant  à  des  latitudes  plus  méridio- 
nales et  plus  éloignées.  Il  parait,  surtout  d'après 
plnsieurs  certaines  d'expériences  faites  par  le  capi- 
.  laine  Smith,  dans  la  Méditerranée,  de  la  surface  à 
huit  brasses  de  profondeur,  que  la  température  de 
cette  mer  est  de  5«  1;2F.  (l-tit  cent,),  terme  moyen, 
plus  élevée  que  celle  de  la  partie  occidentale  de 


résultat.  Après  un  examen  attentif  des  deui 
grandes  chaînes  de  montagnes  de  la  Sibérie, 
Pallas  annonça  que  les  roches  granitiques 
occupaient  le  milieu  de  ces  chaînes;  aue  b 
roches  schisteuses  s'appuyaient  laléraWnl 
contre  le  granit,  et  que  les  roches  calcaires, 
à  leur  tour,  reposaient  sur  les  schistes,- 
arrangement  qu'il  considérait  comme  éUnl 
îa  preuve  qu'une  loi  générale  avail  présidé  i 
la  rormation  de  toutes  les  chaînes  composées 
principalement  de  roches  primitives  (io3\ 
Dans  ses  Voyages  en  Russie  (1793  et  179ij, 
il  fit  plusieurs  observations  importantes  sur 
la  disposition  des  couches  modernes  situées 
près  du  Wolga  et  de  la  mer  Caspienne,  el 
prouva  qu'à  une  époque  assez  récente  de 
riiistoire  de  la  terre,  l'élendue  de  cette  mer 
avait  été  plus  considérable  qu'elle  ne  Test 
aujourd'hui.  Son  mémoire  relatif  aux  osse- 
ments fossiles  de  la  Sibérie,  attira rattenlioa 
des  observateurs  sur  quelques-uns  des  phé- 
nomènes géologiques  les  plus  remarquables. 
Il  diclara  avoir  trouvé  dans  le  sol  cou^elé 
un  rhinocéros  tout  entier,  encore  pourvu 
de  sa  chair  el  de  sa  peau.  Cette  circonslanfe 
qui,  d'abord  avait  paru  douteuse,  fut  conlir- 
méc  quelque  temps  après  par  la  découverte 
que  1  on  lit  sur  les  bords  de  la  mer  du  Nord 
d'un  éléphant  enfermé  dans  une  masse  lie 
glace  (456). 

Les  sujets  relatifs  à  Tliistoire  naturelle 
qui  tiièrent  rattentionde  Pallas,  furent  trop 
multipliés  pour  qu'il  pût  consacrer  m 
grande  partie  de  ses  travanx  à  la  géologie 
exclusivement.  Quant  à  Saussure,  il  s'atta- 
cha surtout  à  l'élude  de  la  structure  des  Al- 
f>es  et  du  Jura,  et  fournit  à  la  science  des 
données  dont  ceux  qui  vinrent  après  loi 
devaient  profiter  d'une  manière  si  utile.  H 
n'eut  la  prétention  de  déduire  aucun  sys- 
tème général  de  ses  intéressantes  et  nooi- 
breuses  observations  ;  et  le  petit  norahrf 
d'opinions  théoriques  qui  lui  échappèrent 
semblent,  comme  celles  de  Pallas,  avoir  pris 
naissance  dans  les  spéculations  cosmolo- 
giques  des  auteurs  qui  l'avaient  précédé. 

En  1775,  Werner  fut  nommé  professeur 
de  minéralogie  à  l'Ecole  des  mines  de  Frer- 
berg,  en  Saxe.  Il  dirigea  son  attention,  noa- 
seulement  sur  la  composition  et  les  carac- 
tères extérieurs  des  animaux,  mais  aussi  sw 
ce  qu'il  appelait /a  j^ojno«i>,  c'est-à-dire, là 
position  naturelle  des  minéraux  dans  cha- 
que espèce  de  roches,  le  groupement  de  ces 
roches,  leur  distribution  géographique  et 
leurs  rapports  divers.  Les  phénomènes  ob- 
servés dans  la  structure  du  globe  n'avaient 

rOcéan  Atlanlique.  Ce  fait  trés-imporUnl  peut,  jo^ 
qu'à  un  certain  point,  aider  à  expliquer  la  m» 
par  suite  de  laquelle  plusieurs  espèces  sont  cor 
ini  nés  aux  latitudes  des  tiopiques  et  à  celles  de  u 
Méditerranée. 

(454)  Inauiry  into  the  original  tlale  and  fom&i^^^ 
of  the  eartn  (Recherches  sur  Torigine  et  la  foiif-*' 
tion  delà  terre);  1778. 

(455)  Obierv.  sur  la  formation  des  mnltÇ^'- 
(.ici.  petrop,^  ann.  1778,  part,  i.) 

(456)  Nov.   comm.  peir.  xvii;  Cvyitn,  ^M 
Pailas. 


it 


ei5 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOCIE. 


GEO 


eu» 


guère  serri  jusqu'alors  qu'à  fournir  d'inté- 
ressants sujets  de  discussion  philosophique; 
mais  quand  Wemer  signala  leur  apftlication 
è  Tusage  pratique  de  1  art  du  mineur,  l'élude 
de  ces  phénomènes  fut,  dès  ce  moment, 
considérée  par  une  classe  d'hommes  très- 
nombreuse,  comme  devant  constituer  une 
des  parties  les  plus  essentielles  de  l'éduca- 
tion qui  convenait  à  leur  profession;  et 
depuis  lors,  la  géologie  fut  cultivée  en  Eu- 
rope d'une  manière  plus  systématique,  et 
avec  plus  d'ardeur  quu  jamais.  Werner  joi- 
gnait à  une  imagination  brillante  un  esprit 
orné  d'une  immense  variété  de  connaissan- 
ces. A  sa  science  favorite  il  associait  l'étude 
de  toute  espèce  de  suicts;  et  dans  ses  leçons, 
qu'il  savait  orner  d  une  foule  de  digres- 
sions intéressantes,  il  indiquait  tons  les 
usages  domestiques  des  minéraux,  ainsi  que 
leurs  propriétés  médicales  ;  Tintluence  de  la 
composition  minéralogique  des  roches  sur 
le  sol,  et  celle  du  sol,  à  sou  tour,  sur  les  res- 
sources, la  richesse  et  la  civilisation  de 
l'homme.  De  même,  disait-il,  que  les  vastes 

F  laines  sablonneuses  de  la  Tartane  et  de 
Afrique  maintenaient  leurs  habitants  à 
l'état  de  bergers  errants;  de  mèuie  aussi, 
suivant  lui,  les  montagnes  granitiques,  et 
les  teixains  calcaires  et  d*alluvion  situés  à 
des  niveaux  intérieurs,  donnaient  lieu  à  des 
différences  marquées  dans  les  mcsurs,  ainsi 
que  dans  les  de^^rés  de  bien-être  et  d'intel- 
ligence de  ceux  qui  les  habitaient.  L'histoire 
même  des  langues,  et  les  migrations  des 
espèces,  avaient,  prétendait-il  encore,  été 
déterminées  \iàr  la  direction  de  telles  ou 
telles  couches  particulières.  Les  qualités  de 
certaines  |iierres  à  bâtir  devenaient  pour  lui, 
quekjuefois,  Toccasion  d'un  long  discours 
sur  I  architecture  de  différentes  époques  et 
de  dilférep*^  peuples;  comme  aussi  la  géo- 
graphie physique  d'un  pays  l'amenait  sou- 
vent à  traiter  de  la  tactique  militaire.;  Le 
charme  de  ses  manières  et  son  éloquence 
excitaient  Tenthousiasme  de  ses  élèves,  au 
point  que  plusieurs  d'entre  eux,  qui  n'a- 
raîent  eu  d*at>ord  d'autre  ambition  ^ue  d'ac- 
quérir quelques  notions  superficielles  de 
minéralogie,  se  dévouaient,  une  fois  qu'ils 
l'avaient  entendu,  à  l'étude  de  cette  science, 
«xkmme  à  la  orincipale  affaire  de  leur  vie.  Ce 
f  t«t  ainsi  qu  en  peu  d'années  une  petite  école 
des  mines  jusqu'alors  inconnue  en  Europe, 
s'éleva  au  rang  d'une  grande  université,  où 
des  hommes  déjà  distingués  dans  la  science 
se  rendaient  des  pays  les  plus  éloignés  pour 
entendre  le  grand  oracle  de  la  géologie,  dont 
ils  avaient  étudié  la  langue  dans  la  seule 
intention  de  pouvoir  le  comprendre  (^57). 
Wemer  avait  la  plus  grande  antipathie 

r^ur  le  travail  mécanique  de  récriture  ;  aussi 
l'exception  d'un  traité  important  sur  la 
ForwuUiim  des  filons  ^  ne  put-il  jamais  se 
résoudre  à  écrire  qu'un  petit  nombre  de  mé- 
moires, lesquels  encore  ne  contiennent  au- 
coQ  développement  de  ses  opinions  généra- 
les. Quoiqu  il  fût  d'une  modestie  excessive,  et 

(157}  Covio,  Bloge  àt  Wemer. 


que  cette  modestie  allflt  même  quelquefois 
jusqu'à  la  timidité,  il  se  livra  aux  généralisa- 
tions les  plus  hardies  et  les  plus  tranchantes, 
et  sut  inspirer  à  tous  ses  disciples  une  foi  im- 
plicite dans  ses  doctrines.  Leur  aduiiratiou 
))Our  son  génie,  et  les  sentiments  de  recon- 
naissance et  d'amitié  que  tous  ils  éprouvaient 
pour  lui,  étaient  sans  doute  bien  mérités; 
mais  la  suprême  autorité  qu'il  exerça  sur  les 
opinions  de  ses  contemporains  fut  quelque- 
fois préjudiciable  au  progrès  de  la  scien'^e, 
au  point  de  balancer  les  avantages  qu'elle 
retirait  de  ses  talents.  S'il  est  vrai  que  i'éio- 
.quence  soit  la  première,  la  seconde  et  la 
troisième  chose  nécessaire  à  un  orateur  po- 
pulaire, il  est  tout  aussi  vrai  que  les  voya* 
ges  sont  la  première,  la  seconde  et  la  troi- 
sième condition  de  succès  pour  ceux  qui  lié- 
sirent  acquérir  des  notions  étendues  et  pré- 
cises sur  la  structure  du  globe  terrestre.  Or, 
Werner  n'avait  f as  voyagé  dans  des  pays 
éloignés;  il  s'était  borné  à  explorer  une  pe- 
tite portion  de  l'Allemagne,  et  de  là  l'erreur 
dans  laquelle  i}  tomba  et  qu'il  fit  partager 
aux  autres,  savoir,  que  la  surface  entière 
de  notre  planète  et  toutes  les  chaînes  de 
montagnes  qui  existent  dans  le  monde,  n'é- 
taient que  la  représentation  de  ce  qu'on  ob- 
servait dans  son  propre  pays.  Bientôt  le  dé- 
sir de  confirmer  les  généralisations  de  cet 
illustre  maître,  et  de  découvrir  jusque  dans 
les  parties  les  plus  éloignées  du  globe  les 
formations  universelles  qu*il  supposait  avoir 
été,  à  diverses  reprises,  simultanément  pré- 
cipitées d'un  dissolvant  commun ,  fluide 
chaotique f  sur  toute  Tétendue  de  la  terre, 
devint  le  but  principal  de  l'ambition  de  tous 
ses  élèves.  Mais  il  parait  qne  le  professeur 
saxon  s'était  trompe  dans  1  interprétation  de 
plusieurs  phénomènes  des  plus  importants, 
parmi  ceux  mêmes  qu'il  avait  observés  dans 
le  voisinage  de  Freyberg.  Ainsi,  [lar  exem- 
ple, le  porphyre  que  l'on  rencontre  à  une 
journée  de  distance  de  son  école,  et  auquel 
il  avait  donné  le  nom  de  porphyre  primitif, 
fut  reconnu  depuis,  non-seulement  comme 
envovant  des  dykes  et  des  veines  dans  les 
couches  de  la  formation  houillère,  mais  en- 
core comme  recouvrant  en  masse  ces  mê- 
mes couches.  D*un  autre  côté,  il  demeure 
avéré  aujourd'hui  que  le  granit  des  monta- 
gnes du  Cartz,  que  Werner  croyait  être  le 
noyau  de  la  chaîne,  traverse  les  autres  cou- 
ches jusqu'à  Goslar  ;  en  même  temps  que 
dans  l'Erzgebirge ,  plus  près  de  Freyber^e 
encore,  le  micaschiste,  au  lieu  de  recouvrir 
le  granit ,  ainsi  qu'on  l'avait  supposé,  vient 
abuter  brusquement  contre  cette  roche.  De 
plus,  M.  de  Seekendorf  a  trouvé  récemment 
dans  le  granit  du  Hartz,  des  fragments  de 
grauwacbke  schisteuses,  renfermant  des  dé- 
bris organiques. 

Le  principal  mérite  du  mode  d'enseigne* 
ment  de  Werner  consistait  à  diriger  inva- 
riablement l'attention  de  ses  disciples  sur 
les  rapports  constants  qui  se  manifestent 
dans  la  superposition  de  certaines  masses 


€17 


€E0 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


CEO 


minérales  ;  mais  ,  ainsi  qu*on  Ta  vu,  plu- 
sieurs géologues  italiens  et  autres  l'avaient 
devancé  dans  la  découverte  de  cette  loi  gé- 
nérale. Quant  aui  principales  divisions  des 
couches  secondaires  établies  par  le  célèbre 
professeur  William  Smith,  auteur  anglais,  h 
I  ouvrage  duquel  je  reviendrai  dans  un  ins- 
tant, en  fit,  vers  le  même  temps,  de  son  côté, 
la  base  d*une  classification  des  couches  bri- 
tanniques. 

Si  à  l'égard  du  basalte  et  des  diverses  au- 
tres roches  ignées,  la  théorie  de  Werner  avait 
une  certaine  originalité,  il  faut  bien  conve- 
nir aussi  que,  d  un  autre  côté,  elle  ne  lais- 
sait pas  dêtre  extrêmement  erronée.  Les 
basaltes  de  Saxe  et  de  Uesse,  sur  lesquels  ont 
porté  plus  particulièrement  ses  observa- 
tions, consistaient  en  masses  tabulaires  qui 
recouvraient  la  partie  supérieure  de?  v^fli- 
nes,  et  n'avaient  aucune  liaison  avec  les 
niveaux  des  vallées  actuelles,  comme  plu- 
sieurs des  formations  basaltiques  de  l'Au- 
vergne et  du  Vivarais.  Suivant  lui,  ces  tia- 
saltes  n'étaient,  ainsi  que  toutes  les  autres 
roches  de  la  même  famille  qui  pouvaient  se 
trouver  ailleurs,  que  des  précipités  chimi- 
ques résultant  des  matières  tenues  en  dissi>- 
lution  dans  Tcau.  Non-seulement  il  niait 
qu'ils  fussent  les  produits  de  volcans  souy- 
marins,  mais  il  allait  même  jusqu'à  soutenir 
que  dans  les  premiers  âges  du  monde  il  n'y 
avait  pas  de  volcans  du  tout.  Sa  théorie  étart 
doublement  opposée  h  la  doctrine  qui  ad- 
mettait l'action  permanente  des  mômes  cau- 
ses; car,  outre  qu'il  introduisait  sans  scru- 
'pule,  dans  son  système,  plusieurs  causes 
imaginaires  qui ,  après  avoir  produit  jadis 
de  grandes  révolutions  dans  l'intérieur  de  la 
terre,  avaient,  à  la  longue,  cessé  d'agir,  il 
•en  faisait  aussi  intervenir  de  nouvelles,  dont 
l'action  n'avait  commencé  à  se  manilester 
que  dans  les  temps  modernes.  Parmi  celles- 
ci,  il  faisait  figurer  au  premier  rang  les  feux 
souterrains,  qu'il  considérait  avec  raison 
comme  étant  la  cause  de  changement  la  plus 
énergique. 

Dès!  année  1768,  et  avant,  par  conséquent, 
que  Werner  eût  commencé  ses  études  mi- 
nératogiques ,  Haspe  avait  reconnu  d'une 
manière  très-positive  l'origine  ignée  des  ba- 
saltes de  Uesse.  D'une  autre  part,  Arduino 
avait,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  tu,  signalé 
l'analogie  qui  existe  entre  les  nombreuses 
variétés  de  trapps  du  Vicentin  et  les  pro- 
duits volcaniques,  et  de  cette  analogie  il 
avait  conclu  que  la  formation  de  ces  trapps 
devait  être  attribuée  à  d'anciennes  irruptions 
sous-marines.  En  17C6,  Desmarest,  conjoio- 
tement  avec  Forlis,  étudia  le  Vicentin,  et 
confirma  les  opinions  d'Aniuino.  En  1772, 
'  Banks,  Solander  et  Troïl,  comparèrent  le  ba- 
salte colomnaire  de  l'Hécla  avec  celui  des 
Hébrides.  Collini,  en  177k,  reconnut  la  vé- 
ritable nature  des  roches  ignées  situées  sur 
les  bords  du  Rhin,  entre  Andernach  et  Bonn. 
En  1775,  Guettard  visita  le  Vivarais,  et  éta- 


CI8 


blit  te  rapport  qui  existe  entre  les  couraïus 
basaltioue  et  les  laves.  Enfin ,  en  1779,  Fau- 
jas  publia  sa  Description  des  volcans  du  Yù 
varais  et  du  Velay^  et  fit  vo  r  de  quelle  ma- 
nière les  courants  du  basalte  s'étaient  échaiv 
pés  de  cratères  qui,  aujourd'hui  encore,  se 
trouvent  dans  un  si  bel  état  de  cooserya^. 
«on  (458). 

De  saines  opinions  sur  la  nature  véritable 
des  anciens   trapps  régnaient  depuis  vingt 
années  en  Europe,   lorsque  Werner,  jwJe 
^eulfaitde  son  autorité,  occasionna  à  cet 
égard  un  mouvement  rétrograde  dans  les 
esprits,  non-seu'eraent  en  renversant  une 
théorie  vraie,  mais  en  y  substituant, en 
outre,  la  doctrine  la  plus  an li philosophique 
qu'on  pût  imaginer,  La  prépondérance  sou- 
tenue ae  ses  dogmes ,  relativement  aux  ro- 
ches en  question,  était  d'autant  plus  surpre- 
nante, qu*une  multitude  de  faits  nouveaux, 
et  tous  plus  frappants  les  uns  que  les  au- 
tres,  s*accumulaient  journellement  en  fa- 
veur des  opinions  vraies  qui  dominaient 
avant  les  siennes.  Après  s'être   livré  à  un 
examen  très-attentif  de  l'Auvergne  ,  Desma- 
rest s'occupa  de  classer  par  âges  les  divers 
volcans  qu'on  y  observe.  H  les  divisa  en 
trois  époques,  et  rangea  dans  la  prem\èro 
les  plus  récents ,  ou  ceux  dont  les  cratères 
sont  encore  entiers.  Les  laves  que  ces  vol- 
cans ont  jetées  forment  des  courants  qui  se 
-sont  répandus  dans  les  plaines  voisines,  en 
se  moulant  sur  les  inégalités  de  la  surface 
du  sol.  Dans  la  seconde,  il  comprit  ceux  oili 
les  cratères  ont  dis[)aru  totalement ,  où  les 
courants  sont  placés  à  la  superûcie  des  plai- 
nes élevées,  ei  où  différentes  portions  de  ces 
courants  sont  séparées  par  des  vallons  larges 
et  profonds.  Dan^  la  troisième,- enfin,  il  plaça 
ceux  qui,  plus  anciens  encore  que  les  au- 
tres,* ne  laissent  apercevoir  aueune  trace  de 
-cratères  ni  de  scories.  Il  remarque,  en  ou- 
tre, que  les  matières  qui  constituaient  ces 
derniers  offraient  la  plus  grande  analogie 
avec  certaines  roches  situées  dans  d'autres 
parties  de  l'Europe,  mais  dont  l'origine  vol- 
canique était  contestée  par  l'écxile  de  Frey- 
berg  (ii59}. 

La  carte  d'Auvergne  de  Desnaarest  est  un 
ouvr#je  d'un  mérite  i»eu  ordinaire.  La  prc- 
raièro'chose  qu'il  fit ,  en  entreprenant  cette 
tAche,  fut  le  relèvement  trigonométrique  ila 
pays  ;  puis  il  traça  la  partie  relative  à  la  géo- 
graphie physique,  travail  dont  il  s'acquitu 
avec  une  exactitude  rigoureuse  et  un  talent 
graphique  admirable.  Il  essaya  en  méine 
temps  de  représenter,  sans  l'aide  des  cou- 
leurs, une  infinité  de  détails  géologiques, 
tels,  entre  autres,  que  les  différents  âges, 
et  même  quelquefois  la  structure  des  ro- 
ches volcaniques  ,  qu'il  trouvait  moyen  de 
distinguer  des  rociies  granitiques  et  des  for* 
mations  d'eau  douce.  Ceux  qui  ont  soigneu- 
sement étudié  l'Auvergne,  et  suivi  les  traces 
des  différents  courants  de  lare  au*oa  y  ren- 
contre, depuis  les  cratères  qui  les  ont  pro- 


(i58)  CuvEiR,  Eloge  de  Desmarest.  vantes  Voy,  aussi  les  Mém.  de  Vlntt.^  Siences  ma- 

(459)  Journ.de  pitys.y  vol.  XUl,  p.  118  et  sui-       tbémat.  eipliys.,  vol.  Yl,p,  ti9^ 


6i9  GEO  ET  DE  PALE(MHTOLOGlE. 

doits  jusqu'à  leurs  HœUcsrqui  ont  observé 
les  divers  chapeaux  basaltiques  isolés  qui  s'y 
trouvent  ;  les  rapports  de  certaines  laves  avec 
les  vallées  actuelles  ;  Tabsence  de  ces  rap- 


GEO 


6{tf 


ports  dans  quelques  3as;  ceux-là,  dis-ie« 
peuvent  seuls  apprécier  l'extrême  fidélité 
de  ce  travail,  que  tout,  en  vérité,   concou- 
rait à  rendre  aussi  intéressant  que  possible  ; 
car,  indépendamment  de  ce  qu  aucune  au- 
tre région  d'une  pareille  étendue ,  en  Eu- 
rope,  n*ofirait  peut-être  une  série  de  phé- 
nomènes aussi  variés  et  aussi  magnifiques 
que  TAuver^ne,  il  a  appartenu  à  Desma- 
rest  de  réunir  tous  les  genres  d'instruction 
nécessaires  à  Taccomplissement  d'une  tâche 
aussi  difficile,  tels  que  les  connaissances 
mathématiques    qu'exige    la    construction 
d'une  carte ,  celles  qui  caractérisent  le  mi- 
néralogiste éminent,  et,  de  plus,  une  ha- 
bileté peu  commune  en  fait  de  généralisa- 
tion. 

Dolomieu,  autre  contemporain  de  Wer- 
oer,  avait  trouvé  des  basaltes  prismatiques 
parmi  les  anciennes  laves  de  l'Etna.  En  1784, 
il  observa  les  alternances  <le  laves  sous-ma- 
rines et  de  couches  calcaires  que  présente 
le  Val  di  Noto,  en  Sicile,  et  décrivit,  en  1790, 
les  phénomènes  du  même  genre  qu'on  re- 
marque dans  le  Vicentinet  dans  le  Tyrol. 
Montlosier  publia^en  1788,  un  essai  sur  la 
théorie  des  volcans  d'Auvergne ,  ouvrage  où 
à  des   observations   locales   extrêmement 
exactes  se  trouvent  réunies  des  vu^s  assez 
étendues.  Cependant,  qui  le  croirait  ?  Mal^ 
gré  tant  de  laits  évidents ,  les  disciples  de 
Werner  n'en  restèrent  pas  moins  disposé^ 
à  défendre  ses  opinions  envers  et  contre 
Ums,  allant  jusgu  à  soutenir,  dans  la  plé- 
nitude de  leur  loi,  que  l'obsidienne  même 
éiaii  un  précipité  aqueux.  Aveugles  qu'ils 
étaient,  par  leur  vénération  pour  le  grand 
professeur,  ils  brûlaient  d'impatience  de 
▼oir  la  lutte  s'ouvrir  entre  eux  et  leurs 
adversaires.  De  leur  côté,  les  Yolcanistes  ne 
furent  pas  longtemps  sans  éprouver  une 
disposition  semblable.  Le  ridicule  et  l'iro- 
nie devinrent  les  armes  favorites  des  deux 
sectes  rivales,  qui,  s'en  servant  de  préfé- 
rence à  de  bonnes  rai&ons,  finirent  par  don- 
ner À  leur  controverse  un  caractère  d'amer- 
tume dont,  jusqu'alors,  les  questions  rela- 
tives aux  sciences  physiques  n'avaient,  en 
quelque  sorte,  offert  aucun  exemple.  Des- 
marestseul,  qui  depuis  longtemps  tenait  en 
réserve  une  ample  provision  de  matériaux 
pour  réfuter  cette  théorie,  restait  en  dehors 
de    la  dispute  ;   si  bien  que  chaque  fois 

3u*uD  neptuniste  zél^  cherchait  à  l'engager 
ans  quelque  discussion,  il  se  contentait  de 
lui  répondre  :  «  Allez  et  voyez  (kW).  w 

Il  serait  sans  exemple  qu'une  guerre, 
ayant  pour  motif  quelque  matière  grave, 
eût  éclaté  sur  le  continent  avec  l'énergie, 
i>our  ne  pas  dire  la  fureur,  qui  caractérisa 
la  lutte  dont  il  s'agit,  sans  que  les  habitants 
de  nie  voisine  de  la  France  y  eussent  pris 


part.  Quoique,  en  Angleterre,  les  esprits  ne 
fussent  pas  dominés  par  l'influence  person- 
nelle de  Werner,  ceux  que  leurs  connais-  ' 
sances  mirent  h  même  de  s'associer  à  la  dis- 
cussion, soutinrent   le  côté   faible  de  lia 
question,  s'efforçant  de  trouver  quelques 
bonnes  raisons  pour  justifier  leur  enthou- 
siasme eu  faveur  des  erreurs  du  théoricien 
allemand.  Pour  aider  le  lecteur  à  compren- 
dre les  motifs  particuliers  de  ceux  qui,  pous- 
sés par   l'esprit  de  parti  ou  par  d'autres 
vues,  entrèrent  dans  la  lice,  il  est  néces- 
saire de  mettre  sous  ses  yeux  l'esquisse  des 
opinions  professées  par  Uutton,  contempo- 
rain du  géologue  Saxon.  Hutton  avait  reçu 
une  éducation  conforme  à  Té.tat  de  méde- 
cin, qu'il  devait  embrasser;  maïs,  ne  se  sen- 
tant point  de  {;oût  pour  cette  profession,  il 
résolut,  tout  jeune  encore,  de  se  contenter 
de  la  position  modeste,  mais  indépendante^ 
que  lui  avait  assurée  l'héritage  de  son  père, 
et  de  s'adonner  entièrement  à  l'étude  des 
sciences.  Il  résidait  à  Edimbourg,  où  11  se 
trouvait  entouré  de  plusieurs  hommes  d'un 
mérite  éminent, qui,  tous  attirés  par  la  sim- 
plicité de  ses  mœurs  et  la  sincérité  de  son 
caractère,   étaient  devenus  ses  amis.  Son 
amour  pour  la  science,  qui  ne  se  démentit 
jamais,  l'engagea  à  faire  de  fréquentes  ex- 
cursions dans  différentes  parties  de  TAn- 
ffleterre  et  de  l'Ecosse,  ce  qui  lui  donna 
roccasion  d'acquérir  une  habileté  peu  com- 
mune coinme  minéralogiste,  et  d'étendre  les 
grandes  erbelles  idées  qu'il  avait  comme 
géologue.  Il  communiauait  les  résultats  de 
ses  observations  sans  la  moindre  réserve, 
et  avec  l'abandon  qui  convient  à  un  homme 
qui  n'a  d'autre  mobile  que  l'amour  de  la 
vérité.  En  1788,  lorsque  ses  idées  lui  sem- 
blèrent assez  mûres,  il  publia  sa  Théorie  de 
la  terre  (Ml) ,  la  même  que  plus  tard,  en 
1795,  il  développa  d'une  manière  bien  plus 
oomplète  dans  un  ouvrage  séparé.  Ce  traité 
est  le  premier  dans  lequel  il  ait  été  déclaré 
que  la  géoloeie  est  tout  à  fait  étrangère  aux 
aueêiioHê  reuuives  à  l'origine  des   choses; 
le  premier  dans  lequel  ont  ait  tenté  d'écar- 
ter entièrement  toute  cause  hypothétique, 
et  tâché  d'expliquer  les  anciens  changements 
de  l'écorce  terrestre  par  l'action  exclusive 
d'agents  naturels.  Hutton  s'efforça  d'établir, 

§our  sa  science  favorite,  des  principes  aussi 
ien  déterminés  que  ceux  que  Newton  avait 
appliqués  à  l'astronomie;  mais  malheureu- 
sement la  géologie  n'était  pas  encore  assez 
avancée  pour  fournir  à  aucun  naturaliste, 
quel  que  fût  d'ailleurs  son  génie,  les  don- 
nées nécessaires  à  la  réalisation  d'un  tel 
but. 

La  structure  actuelle  de  notre  planète^  dit 
Hutton,  révile  les  ruines  Sun  monde  ancien. 
Ainsij  par  exemple^  tout  atteste. que  les  cou^ 
ehes^  dont  sont  formés  nos  continents^  ont  jadis 
séjourné  sous  la  merf  et  que  les  matériaux 
dont  elles  se  composent  proviennent  des  débris 
de  continents  préexistants.  D^un  autre  cdtéf 


(i60)Cwicft,  Eiùçe  de  Desmaresl. 

(iOI)  Ed.  pkii.  fr«fM.  ;  4788  (Trunsacliont  philosophiques  (T Edimbourg.) 

DiCTioïfx.  drXosuogopiib  et  de  Paléontologie. 


21 


tsi 


GEO 


DIGTIONNAIRE  0£  COSMOGONIE 


CtO 


et 


mon-seulement  les  forces  qm  agissent  aujour- 
dhui  sont  les  mêmes  que  celtes  qui  agissaient 
\mtrefoiSy  mais^  de  ptusy  elles  se  comportent 
'exactement  de  ta  même  manière  y  détruisant 
tout  y  jusqu'aux  roches  les  plus  dures,  soit  par 
voie  de  aécomposition  chimiquCy  soit  à  Vaide 
dune  action  mécanique  violent Cy  et  transport- 
tant  les  matériaux  qu^ elles  ont  déplacéSyjus^ 
qii*à  la  mery  oà  ceux-ci  se  disséminent  et  don-- 
nent  naissance  à  des  couches  analogues  à  celles 
d'autrefois.  Bien  que  sans  consistance  au 
moment  où  s'opère  leur  dépôt  sur  le  fond  de  ta 
mery  tes  couches  ainsi  produites  subissent  plus 
tard  différentes  modifications  dues  à  la  cha- 
leur volcanique  y  qui  les  solidifie  y  les  soulève  y 
les  fracture  et  les  contourne  en  tous  sens. 

Quoique  Huttoti  n'eût  jamais  exploré  de 
régions  de  volcans 'en  activité,  il  ne  formait 
pa?  le  plus  léger  doute  sur  Torigine  ignée 
iiu  basalte  et  de  divers  autres  trapps;  il  était, 
en  outre,  convaincu  que  plusieurs  de  ees 
roches  avaient  été  injectées  à  l'état  de  fu- 
sion, dans  des  fissures  de  couches  anciennes, 
ot  il  attribuait  leur  compacité,  ainsi  que  la 
différence  d'aspect  qu'elles  présentent  avec 
les  laves  ordinaires,  a  ce  que  leur  refroidis- 
sement s'était  opéré  sous  la  pression  de  la 
mer.  Dans  la  vue  d'éloigner  toutes  les  ob- 
jections soulevées  contre  cette  théorie,  sir 
James  Hall,  son  ami,  entreprit  une  suite 
d'expériences  des  plus  curieuses  et  des  plus 
instructives,  tendant  h  montrer  Tarrange- 
ment  cristallin  et  la  texture  qu'affecte  la 
matière  en  fusion,  quand  elle  se  refroidit 
sous  une  haute  pression. 

Le  défaut  de  stratification  du  granit,  et  son 
analogie,  sous  le  rapport  du  caractère  miné- 
ralogique,  avec  d'autres  roches  que  Hutton 
considérait  comme  étant  d'origine  ignée,  le 
portèrent  à  conclure  que  le  granit  provenait 
aussi  de  matières  qui  avaient  été  fondues. 
Toutefois  il  comprit  que  ce  fait  ne  pouvait 
être  pleinement  confirmé  que  s'il  parvenait 
à  découvrir,  au  contact  du  granit  et  des 
couches  voisines  de  celte  roche,  des  phéno- 
mènes semblables  à  ceux  que  présentent  si 
constamment  les  trapps.  Résolu  de  soumet- 
tre sa  théorie  à  cette  épreuve,  il  se  rendit 
aux  monts  Grampians,  et  s'y  livra  à  l'exa- 
men le  plus  attentif  de  la  ligne  de  jonction 
du  granit  et  des  masses  stratifiées  qui  lui 
sont  superposées.  Enfin,  en  1785,  ses  efforts 
furent  couronnés  d'un  succès  complet  :  il 
trouva  dans  le  Glen-Tilt  les  preuves  les  plus 
ft'appantes  et  les  moins  équivoques  de  la 
justesse  de  ses  opinions.  Là  s'ourent  à  la 
vue  des  veines  de  granit  rouge,  qui,  en  se 
dégageant  de  la  masse  principale,  traversent 
le  schiste  micacé  noir  et  le  calcaire  primaire. 
I^  couleur  et  l'aspect  des  couches  strati- 
fiées, coupées  par  le  granit,  diffèrent  telle- 
ment de  ceux  de  cette  roche,  qu'ils  rendent 
très-sensible  l'exemple  qu'on  observe  dans 
cette  localité.  De  plus,  l'altération  du  cal- 
caire en  contact  avec  le  granit  offre  une  ana- 

(i62)  Platfajb's  Works  (Œuvres  de  Playfair) , 
vol.  IV,  p.  75. 


logie  parfaite  avec  celle  qui  résulte  da  ^oU 
sinage  des  veines  de  trapps  par  rapport  ai» 
strates  calcaires.  Ce  fait,  qui  venait  confir' 
mer  son  système,  lui  causa  une  satisfaciion 
si  vive,  que,  suivant  sou  biographe, les 
{^ides  qui  l'accompagnaient  crurent,  i  en 
juger  par  les  démonstrations  de  joie  aui- 
quelles  il  se  livra,  qu'il  avait  découvert  une 
mine  d'or,  ou  tout  au  moins  d'argent  (ifô). 
Sachant  fort  bien  oue  la  même  tnéone  ne 
pouvait  pas  servir  a  expliquer  l'origine  des 
schistes  prtmatret,  terme  qu'il  employait  de 
préférence  à  celui  de  primitifsy  Hutton  était 
assez  porté  à  considérer  ces  schistes  comme 
formés  par  voie  de  sédiment,  puis  altérés 
par  la  chaleur,  et  comme  i)rovenant  origi- 
nairement de  la  décomposition  de  roches 
antérieurement  existantes. 

A  l'aide  de  la  découverte  importante  de 
ces  veines  de  granit,  où  l'avait  conauit^par 
induction,  une  classe  de  faits  entièrement  ï 
part ,  Hutton  ouvrit  la  voie  h  des  idées  coin- 

ftlétement  nouvelles.  Vallisneri  avait  sipalé 
e  fait  général  de  l'existence  de  certaines 
roches  ne  renfermant  aucun  débris  oi^ani- 

3 lie,  et  il  en  avait  conclu  que  la  formation 
e  ces  roches  devait  avoir  précédé  la  créa- 
tion de  tout  être  vivant.  Moro,  Generelli,et 
Î)lusieurs  autres  auteurs  Italiens,  adoptèrent 
a  même  opinion.  De  son» côté,  Lehmann  re- 
gardait les  montagnes  qu'il  avait  appelées 
primitives  comme  autant  de  parties  du 
noyau  originel  du  globe.  Ce  principe  était 
devenu  un  article  de  foi  dans  l'école  de 
Freyberg;  et  s'il  arrivait  que  l'on  témoignât 
le  moindre  doute  sur  la  possibilité  de  uire 
remonter  les  recherches  géogéniqucs  à  Tori- 

(fine  de  l'état  actuel  des  choses,  on  en  appe- 
ait  avec  triomphe  aux  roches  granitique, 
il  semblait  que  sur  ces  roches  était  écrite  en 
caractères  distincts  cette  inscription  mémo- 
rable : 

Dinanii  a  me  ru)n  fur  eou  ereate. 
Se  noneterne  (465). 

On  peut  se  fi  jurer,  d'après  cela,  quelle* 
sensation  produisit  Hutton,  lorsqu'il  essajra 
de  porter  une  main  sacrilège  sur  des  cam- 
lères  que  déjà  tant  de  gens  regardaieni 
comme  sacrés.  «  Je  ne  puis ,  disait  le  çéoto- 
gue  écossais ,  trouver  dans  l'économie  du 
monde,  ni  les  traces  d'un  commencement, 
ni  la  perspective  d'une  fin,  »  déclaration  (pj 
parut  bien  plus  alarmante  encore,  q»»^!^ 
vint  s'y  joindre  la  doctrine  gui  admejtaw 
que  tous  les  changements  anciens  da  glû^ 
avaient  été  produits  par  l'action  lente  a« 
causes  encore  existantes.  L'imagination  »• 
tiguée  des  efforts  qu'il  fallait  faire  pourcoc»- 
prendre  l'immense  espace  de  temp  néces- 
saire à  l'anéantissement  de  tous  les  conti- 
nents, par  un  procédé  aussi  insensible» 
n'entrevoyait,  après  avoir  erré  au  milieu  JJ 
ces  interminables  périodes,  aucun  point  û* 
repos,  même  à  la  distance  la  plus  éloignée- 

(4G5)  f  Avant  mot  rien  ne  futciéé 
Sinon  ce  qoi  est  éternel.  » 

{L'enfer  de  Dante,  clianl,  m.) 


GCO 


Et  DE  PALEONTOLOGIE. 


GEO 


634 


Les  roches  les  plus  anciennes  étaient  oonsi- 
déréest  non  comme  ayant  été  créées  primi- 
tiTcment,  dans  Tétat  où  elles  sont  aujooi^ 
d*biii ,  mais  comme  prorenant  des  débris 
d'autres  roches  plus  anciennes  encore.  On 
les  regardait,  en  outre,  comme  les  dernières 
d^une  série  antérieure,  qui,  peut-être,  elle* 
même,  arait  appartenu  à  quelque  monde 
préexistant.  Dételles  idées  étaient,  relaiire- 
menl  àfimmensité  des  temps  passés,  comme 
celles  auxquelles  la  philosophie  Mewto- 
nienue  ataiL  donné  naissance  à  Té^rd  de 
Tespace,  c*est^-dire,  qu'elles  étaient  si 
tastes,  que  ce  qu'elles  offraient  de  sublime 
ne  pooTait  manquer  de  produire  surl'es- 
pril  numain  un  sentiment  pénible,  dû  à  son 
incapacité  d'embrasser  un  plan  d'une  éteti- 
doe  aussi  prodigieuse.  Comment',  en  effet, 
contempler,  sans  un  profond  saisissement,  la 
nnltitiule  innombrable  de  mondes  qui ,  si- 
tëés  entre  eux  à  d'énormes  distances,  se 
succèdent  jusqu*aux  confins  de  l'unirers  vi- 
sible, où  d'autres  systèmes  non  moins  nom- 
breux se  laissent  encore  faiblement  aperce- 
voir T 

Le  trait  caractéristique  de  la  théorie  hut- 
Ionienne  consistait,  ainsi  que  nous  avons 

Îm  l'entreToirdéjà,  dans  l'exclusion  de  toutes 
es  causes  que  1  on  considérait  comme  étant 
en  dehors  de  Tordre  actuel  de  la  nature.  Mais 
Hutton  n'alla  jamais  au  delà  de  ce  qu'avant 
loi  dé^à,  Hooke ,  Moro  et  Raspe  avaient 
avancé  sur  les  changements  géologiques  que 
poon  aient  occasionner  les  causes  qui,  de 
nos  jours,  donnent  lieu  aux  mouvements 
souterrains,  si  un  temps  suffisant  leur  était 
accordé.  Il  semble,  au  contraire ,  être  resté 
bien  en  arrière  de  quelques-unes  de  leurs 
idées,  surtout  '  lorsqu'il  refuse  d'admettre 
que  les  sédiments  contribuent  à  modifier  la 
coDfiffliratfon  extérieure  de  l'écorce  terres- 
tre. Il  imaginait  que,  dans  le  principe,  les 
continents  avaient  été  détruits  graduellement 
par  l'action  de  l'eau ,  et  que,  lorsque  leurs 
mines  eurent  fourni  les  matériaux  néces- 
saires a  la  reproduction  de  nouveaux  conti- 
nents, ceux-ci  furent  soulevés  par  l'effet  de 
quelques  violentes  convulsions.  Or,  une 
semblable  théorie,  exigeant  la  supposition 
d'une  alternance  de  périodes  de  bouleverse- 
ment générel  et  de  périodes  de  tranquillité, 
Hatton  dut  nécessairement  admettre  qu'un 
tel  ordre  de  choses  avait  toujours  existé  et 
qo'il  subsisterait  toujours. 

Sans  son  exposition  du  système  de  Moro, 
GenerelU  avait  sut>eaucoup  mieux  concilier 
les  fSûts  Observés  arec  le  cours  ordinaire  de 
la  nature;  car,  en  même  temps  qu'il  était 
d*aeeord  avec  Hutton,  relativement  à  la  des- 
traction et  à  la  reproduction  continuelle 
des  roches,  et  à  la  manière  uniforme  dont 
s*aceomplissaient  ces  phénomènes,  il  consi- 
dérait le  rétablissement  des  montagnes  par 
▼crie  de  soulèvement,  c'est-è-dire,  par  l'effet 
d*nn  mouvement  de  bas  en  haut ,  comme 
étant  le  résultat  d'une  opération  tout  à  la 
ftns  constante  et  synchroniaue.  Envisagée 
néparément,  aucune  de  ces  théories  ne  sa- 
lîibit  k  toutes  les  conditions  du  grand  pro- 


blème qu'un  géologue,  qui  rejette  les  causes 
rosmolo^ques,  est  appelé  à  résoudre;  mais 
il  est  du  moins  très-probable  que  dans  leur 
ensemble  elles  renferment  les  germes  d'un 
système  complet.  De  même  qu'on  ne  peut 
mettre  en  doute  que  des  périodes  de  bou- 
leversement et  de  tranquillité  se  sont 
sucoMé  tour  à  tour  dans  toutes  les  régions 
du  globe ,  de  même  aussi  ne  peut-on  nier 
que,  considérée  par  rapport  au  ghbe  ter^ 
resire  entier j  Ténergie  des  mouvements  sou* 
terrains  a,  suivant  toute  apparence,  été  cous* 
tamment  uniforme.  Il  se  pourrait ,  en  ou- 
tre, que,  durant  une  longue  suite  d*années« 
la  force  qui  occasionne  les  tremblements  de 
terre  fût  restée  limitée,  ainsi  qu'elle  Test 
actuellement  à  certains  espaces  vastes,  mais 
détermina  ;  puis,  que  se  déplaçant  graduel- 
lement, elle  eût  été  se  faire  sentir  en  d'au- 
tres lieux,  qui,  après  un  repos  de  plusieurs 
siècles,  fussent  ainsi  devenus  à  leur  tour  le 
théâtre  de  l'action  souterraine  la  plus  éner- 
gique. 

L'explication  proposée  par  Hutton  et  par 
Pla^fair,  son  commentateur,  à  l'égard  de 
l'ongine  des  vallées  et  des  formations  allu- 
viales, était  aussi  très-incomplète.  Ces  deux 
géologues  n'attribuaient  aucune  des  inégali- 
tés de  la  surface  terrestre  aux  mouvements 
qui  ont  accompagné  le  soulèvement  des 
continents;  ils  supposaient  qu'en  général 
le  creusement  des  vallées  était  dû  à  Faction 
séculaire  des  rivières  qui  y  établissent  leur 
cours,  et  semblaient  otiblier  entièrement  la 
force  de  transport  et  d*érosion  que  les  vagues 
de  l'Océan  devaient  nécessairement  exercer 
sur  les  continents,  durant  leur  émersion. 

Bien  que  Hutton  possédât  en  minéralogie 
et  en  chimie  des  connaissances  très-élen- 
dues,  il  n'avait,  à  l'égard  des  débris  orga- 
nises, que  des  notions  fort  limitées  qui  ne 
lui  servirent,  ainsi  qu'elles  l'avaient  fait  pour 
Wemer,  qu'à  caractériser  certaines  couches, 
et  à  prouver  leur  ori^e  marine.  D'un  autre 
côté,  comme  la  théorie,  qui  admettait  d'an- 
ciennes révolutions  dans  la  rie  organique» 
n'était  pas  encore  complètement  établie ,  il 
en  résulta  que  beaucoup  de  gens  refusèrent 
d'adopter  1  hypothèse  de  Hutton,  donnant 
pour  raison  qu'une  doctrine,  qui  s'appuyait 
surdes  périodes  indéfinies,  ne  pouvait  être 
admise  sans  le  secours  de  preuves  qui,  ainsi 
que  ces  révolutions,  fussent  de  nature  à  at- 
tester Tancienneté  du  globe.  Qoelques-un  s 
même,  jugeant  cette  doctrine  incompatib  le 
avec  les  vérités  révélées,  allèrent  jusqu'à  se 
lirrer  à  des  soupçons  fort  peu  charitables 
sur  les  motifs  de  son  auteur.  Ils  l'accuser  eif t 
d'avoir  conçu  le  dessein  de  fidre  revivre  le 
dogme  païen  d'une  $ucces$ian  étemelie ,  et 
de  nier  que  ce  monde  ait  jamais  eu  un  com- 
mencement. On  trouve,  dans  la  Biographie 
de  Huiton,  par  Playfair,  le  commentaire 
suivant  sur  cette  partie  de  leur  théorie  : 
«  Dans  les  mouvements  planétaires ,  là  où 
Tceil  de  la  ^métrie  a  pénétré  si  avant,  soit 
dans  le  passé,  soit  dans  l'avenir,  nous  n'a- 
percevons aucune  trace  du  commencement 
ou  de  la  fin  de  l'ordre  de  choses  actuel.  Je 


G55 


GLO 


DIGTIONNÂIIIE  DE  COSMOGONIE 


CEO 


€S6 


dirai  môme  qu'il  serait  déraisonnable  de 
supposer  crue  de  pareilles  traces  pussent 
^xisteY  mielqûe  part.  L'auteur  de  la  nature 
n^a  pas  aonne  &  l'univers  de  lois  qui ,  ainsi 
que  les  institutions  humaines,  portent  en 
elles-mêmes  les  éléments  de  leur  propre 
destruction.  Il  n'a  point  voulu  que  ses  ou- 
vrages eussent  aucun  symptôme  d  enfance  ou 
de  vieillesse,  ni  qu'ils  fussent  empreints 
afaucun  signe  à  l'aide  duquel  il  fût  possible 
d'évaluer  leur  durée  future  ou  passée.  Bien 
que,  suivant  toute  apparence,  il  puisse  met^ 
tre  jfin  au  système  actuel  à  un  certain  mo- 
ment déterminé,  ainsi  que  très -probablement 
il  lui  a  donné  naissance  aussi^  nous  pouvons 
être  bien  assurés  qu'une  telle  catastrophe  ne 
sera  jamais  le  résultat  des  lois  aujourd'hui 
existantes,  et  que  rien  de  ce  qui  est  à  notre 
portée  ne  peut  nous  la  faire  prévoir  (464).  » 
L'esprit  de  parti  qu'excitèrent  contre  elle 
les  doctrines  huttoniennes,  et  le  manque 
avéré  de  sincérité  et  de  modération  qui  si- 

Snala  la  controverse  relative  à  ces  mêmes 
octrines,  ne  pourront  être  justement  aperé- 
eiés  du  lecteur  que  s'il  se  rappelle  1  état 
d'excitation  où  se  trouvait,  à  cette  époque , 
l'esprit  public  en  Angleterre.  En  France, 
une  certaine  classe  d'écrivains  s'efforçait, 
depuis  plusieurs  années ,  à  saper  les  bases 
de  la  religion  chrétienne,  dans  la  vue  de 
diminuer  1  influence  du  clergé.  Leurs  suc- 
cès ,  auxquels  vinrent  encore  s'ajouter  les 
conséquences  de  la  révolution ,  alarmèrent 
les  esprits  les  plus  résolus.  Qu'on  juge,  d'a- 
près cela,  de  l'effet  qu'un  tel  progrès  dut  prô- 
dv.ire  sur  les  hommes  timides,  pour  qui  la 
moindre  idée  d'innovation  était  aussi  redou- 
table que  les  fantômes  qui  parfois,  dans  un 
songe  terrible,  se  présentent  à  un  esprit 
malade. 

Voltaire  s'était  emparé  des  découvertes 
modernes  de  la  physique  pour  en  faire  une 
de  ces  armes  puissantes  avec  lesquelles  il 
savait  si  habilement  répandre  le  rioicule  sur 
les  saintes  Ecritures. 

Ayant  reconnu  que  les  systèmes  de  géo- 
logie en  vogue  de  son  temps  avaient  été  com- 
binés de  la  manière  la  plus  adroite  pour 
s'accorder  avec  la  Bible,  et  pour  faire  coïn- 
cider les  faitit  observés  avec  le  récit  mosaï- 
f[tie  de  la  création  et  du  déluge,  il  n'en  fal- 
ut  pas  davantage  pour  lui  inspirer  une  pré- 
vention défavorable  contre  les  géologues , 

(AU)  PLÀiPAn*8  Works,  vol.  IV,  p.  56. 

(465)  11  p.rélendait,  en  faisant  allusion  aux  théo- 
ries de  Buriiet ,  de  Woodward ,  et  de  divers  autres 
auteurs  physîco-tbëoiugiens ,  quils  voulaient  de 
grands  changement»  dans  la  scène  du  monde, 
comme  le  peuple  en  vev*  aux  spectacles,  t  Chacun 
d^ux.  »  disait-il  encore,  <  détruit  et  renouvelle  la 
terre  à  sa  mode,  ainsi  que  Descartes  Ta  foriiiéc; 
car,  la  plupart  des  philosophes  se  sont  mis  sans 
façun  à  la  place  de  Dieu;  ils  pensent  créer  un 
univers  avec  la  parole.  >  {Dissertation  envoyée  à 
C Académie  de  Bologne,  sur  tes  changements  arrivés 
dans  notre  globe.)  Ciette  critique,  et  bien  d'autres  en- 
core, dirigées  centre  les  cosmogonistesj  n'étaient 
mallieureusemant  que  irop  fondées. 

(i66)  Dans  M  essai ,  il  dit  :  i  Presque  tous  les 
nâluralistcs  sont  persuadés  aujourd'hui  que  les  dé- 


dont  il  considérait  la  science  comme  une  de 
celles  que  les  théologiens  avaient  enrôlées 
avec  le  plus  de  succès  dans  leur  cause  (Û5). 
Sachant  ({u'on  regardait  encore,  générale- 
ment ,  Timmense  quantité  de  coquilles  fos- 
siles renfermées  dans  Finlérietir  des  conti- 
nents ,  comme  une  preuve  du  déluge  uni- 
versel ,  il  résolut  d  ébranler  cet  article  de 
foi ,  et  chercha ,  dans  la  vue  d'arriver  à  ce 
but  le  plus  vite  possible ,  à  répandre  des 
idées  de  scepticisme  sur  la  nature  réelle  de 
ces  cx)quilles  ,  et  à  réhabiliter  ropinion  qui 
les  faisait  considérer,  au  xvr  siècle,  comme 
des  jeux  de  la  nature.  Quoiqu'il  prétendit 
que  les  impressions  végétales  quon  troU' 
vait  dans  certaines  couches  provenaient  de 
plantes  véritables,  il  no  laissait  pas,  néan- 
moins, d'être  parfaitement  convaincu,  ainsi 
que  Ton  peut  en  juger  par  son  Essai  sur  la 
formation  des  montagnes  (46C) ,  que  les  co- 
quilles fossiles  avaient  réellement  appartenu 
à  des  testacés  vivants.  Quelquefois,  s'adres- 
sant  aux  esprits  vulgaires ,  il  changeait  de 
manière  de  raisonner,  et  prétendait,  au  mé- 
pris de  toute  vraisemblance,  et  quoique 
connaissant  fort  bien  la  vraie  nature  dos 
coqurMes  recueillies  dans  les  Alpes,  ainsi 

?ue  dans  diverses  autres  localités ,  qu'elles 
talent  originaires  d'Orient,  et  qu'elles 
avaient  été  détachées  des  chapeaux  de  pèle- 
rins venant  de  Syrie.  Du  reste,  les  nom- 
breux essais  qu'on  a  de  lui  sur  différents 
sujets  relatifs  k  la  géolosie  sont  tous  de  na- 
ture à  fortifier  les  prqugés  existants.  Ils 
montrent  que  l'auteur  ne  connaissait  pas 
l'état  réel  de  la  science;  peut-être  aussi 
accusent-ils  son  manque  de  sincérité  (^67). 
D*un  autre  côté,  ceux  qui,  tout  en  sachant 

3ue  ses  attaques  avaient  pour  but  de  discré- 
iter  les  saintes  Ecritures ,  ne  connaissaient 
pas  la  vraie  portée  de  la  question ,  auraient 
fort  bien  pu  considérer  la  vieille  hypothèse 
diluvienne  comme  étant  à  Tabri  de  toute 
controverse,  si,  pour  la  cooQbattre,  Voltaire 
n'avait  su  trouver  de  meilleur  argument  que 
la  dénégation  de  la  nature  réelle  des  débris 
organiques. 

Ce  n'est  qu'en  observant  avec  une  atten- 
tion soutenue  les  difficultés  provenant  de 
causes  extérieures ,  que  l'on  peut  expliquer 
la  lenteur  et  la  répugnance  qui ,  en  géolo* 

fie,  ne   manquent  jamais   d'accompagner 
adoption  des  vérités  les  plus  simples.  Ainsi. 

pots  de  coquilles,  au  milieu  de  nos  terres,  soni  des 
monuinenls  du  long  s^our  de  l'Océan  dans  les  pro- 
vinces oik  ces  dépouilles  se  sont  trouvées.  >  Ailleurs 
encore,  en  parlant  des  coquilles  fossiles  de  la  Tou- 
raine,  il  admet  leur  véritable  origine. 

(467)  Pour  donner  un  exemple  du  désir  qu^il  avait 
de  répandre  du  doute  sur  toute  espèce  de  données 
géologiques,  nous  rapporterons  le  passage  suif  ant  : 
<  On  découvrît ,  ou  Ton  crut  découvrir ,  il  v  a 
quelques  années,  les  ossements  d*on  renne  et  J^vn 
hippopotame,  pi^  d*£tampes,  et  de  là  on  eondot 
que  le  Nil  et  la  Laponie  ayaieai  été  autrefois  sur  le 
chemin  de  Paris  à  Orléans;  mnis  on  aurait  dâ  plu- 
tôt soupçonner  qu*ua  curieuK  avaii  eu  autrefois , 
dans  son  cabinet ,  le  squelette  d^uii  renne  et  d'un 
hippopotame.  » 


657 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GtO 


G58 


par  exemple ,  on  a  vu  plusieurs  naturalistes 
nabiles  présenter  les  débris  fossiles  de  cer^ 
tâins  animaux  marins  comme  une  des  preu- 
yes  les  plus  irrécusables  d*un  événement 
rapporté  dans  la  Bible,  et  cette  conclusion 
passer  pour  infaillible  durant  un  siècle  en- 


Yes  nouYelles  et  inespérées.  Plusieurs  de 
ceux  qui  ne  se  laissèrent  pas  prendre  à  ces 
fausses  apparences,  se  donnèrent  bien  de 
^arde ,  toutefois  «  d*en  détourner  les  autres , 
jugeant  qu'une  semblable  erreur  ne  pouvait 
avoir  qu*un  bon  résultat,  et  pensant,  en 
agissant  ainsi ,  ne  commettre  qu'une  pieuse 
fira*ide. 

Les  choses  restèrent  dans  cet  état  jnsou'à 
ce  qu^une  secte  nouvelle  vint  enfin  s'effor- 
cer  de  détruire  les  idées  erronées  qui  domi- 
naient alors.  II  est  vrai  que  cette  secte,  appa- 
raissant avec  des  idées  nostiles  aux  saintes 
Ecritures,  ne  renversa  les  idées  établies  que 
|K>ar  les  remplacer  par  d  autres  non  moins 
irrationnelles. 

En  Angleterre,  les  hérétiques  vuleanistes 
se  virent,  peu  après  cette  époque,  en  butte 
aux  imputations  les  plus  outrageantes. 
Pour  comprendre  toute  la  malveillance  des 
persécutions  dont  ils  furent  Tobjet ,  il  fau- 
drait nécessairement  se  reporter  au  moment 
où  ces  persécutions  eurent  lieu;  car,  bien 
qu'en  tout  temps  les  accusations  d'incrédu- 
lité et  d'athéisme  laissent  après  elles  quel- 
que chose  d'odieux,  c'est  surtout  quand 
1  exaltation  politique  est  portée  à  son  com- 
Me«  ainsi  qu'elle  l'était  à  l'époque  dont  il 
s'agit,  que  leurs  effets  sont  le  plus  funestes. 
Pour  donner  une  idée  de  la  manière  dont  on 
appréciait  ceux  contre  qui  de  pareilles  ac- 
cusations étaient  dirigées,  il  suffira  de  dire 
que  des  hommes  d'une  réputation  trèsnéqui- 
voque,  sous  le  rapport  ae  la  morale,  leur 
élaientgénéralement  préférés  dans  le  monde. 

le  passerai  sous  silence  les  ouvrages  d'un 
Çtma  nombre  de  théologiens  dont  la  suscep- 
tibilité, à  l'égard  de  certains  points  qui  ex- 
citaient alors  la  plus  vive  inquiétude  dans 
Tesprit  public,  peut  paraître  excusable  ;  je 
ne  parlerai  pas  non  plus  de  l'aimable  poète 
Cowper  (468) ,  que  l'on  serait  très-étonné 
de  voir  prendre  parti  pour  telle  ou  telle 
doctrine  relative  k  la  physique  ;  mais  parmi 
les  auteurs  qui  se  firent  remarquer  par  leur 
intolérance,  ]e  placerai  au  premier  rang  plu- 
sieurs laïques  qui  eurent  des  droits  réels  à 
une  réputation  scientifique.  Tels  furent, 
entre  autres,  Williams,  inspecteur  des  mi- 
nes d'Edimlx>ure,  qui,  en  1789,  publia  une 
JJisioùre  naturelle  m  règne  minéral^  ouvrage 
de  beaucoup  de  mérite  pour  l'époque,  et 
d'une  grande  utilité  pratique  sous  le  rap- 
port des  excellentes  données  qu'il  renferme 
sur  les  couches  de  houille.  Je  dois  dire  ce- 
pendant que ,  dans  sa  préface,  il  présente  la 

aeS)  Theiatk,  bouk  m.  The  garden  (La  tât-he, 
bvre  m.  Le  jardin), 
[iS9)  La  tàcke^UsTC  m,  Le  jardin^  p.  59. 


théorie  de  Hutton  sous  un  jour  complète- 
ment faux,  et  qu'il  accuse  ce  naturaliste 
d'avoir  considère  toutes  les  roehes  comme 
n*étant  autre  chose  que  des  laves  diflérAnt 
de  couleur  et  de  structure  les  unes  à  l'égard 
des  autres.  Il  lui  reproche  ensuite  de  s'être 
emparé  de  tout  ce  qui  existe,  pour  en  faire 
un  appui  à  sa  doctrine  de  l'élemité  du 
monoe,  s'applique  à  faire  ressortir  Tin- 
fluence  pernicieuse  de  ces  idées  sceptiques . 
comme  conduisant  tout  naturellement  i* 
l'incrédulité  et  à  lathéisme,  et  ne  tendant  i 
rien  moins  qu'à  déposséder  le  souverain 
Créateur  de  Tunivers  de  son  emploi  su- 
blime (^9). 

Tout  en  n'étant  pas  dépourvu  de  connais- 
sances assez  étendues  comme  chimiste  et 
comme  minéralogiste,  Kirwan,  président  de 
l'Académie  royale  de  Dublin,  ne  laissa  pas 
toutefois  d'avoir,  dans  le  monde  savant,  une. 
réputation  bien  au-dessus  de  celle  à  laquelle 
son  mérite  lui  donnait  droit.  Dans  l'intro^ 
duction  de  ses  geologieal  e$êay$  (essais  géo- 
logiques), ouvrage  publié  en  1799,  il  dit  que 
la  eatne  géologie  ajoutait  une  noutelle  force 
à  la  religion ,  et  était  appelée  à  dissiper 
certains  systèmes  athées  ou  impies,  tels  que 
ceux  qui  avaient  été  émis  récemment  (470). 
Il  fut  le  défenseur  outré  de  la  théorie  qui 
admet  l'origine  aqueuse  de  toutes  les  ro^ 
ches;  et  c'est  tout  au  plus  si  Bumet  et 
Whiston  allèrent  aussi  loin  que  lui  dans  les 
efforts  qu^ls  tentèrent  pour  faire  des  écrits 
de  Moïse  un  rempart  à  leurs  opinions.  t 

Beluc,  dans  le  Discours  préliminaire  de 
son  Traité  de  géologie {hli)f  dit  :  Le$  armes 
de  ceux  qui  attaquent  ta  religion  révélée  ont 
changéf  et  il  faut  y  conformer  $a  défense  :  on 
Fattaque  par  la  géologie,  et  eest  nécessaire^ 
ment  une  science  à  acquérir  par  les  théolo' 
giens.  Le  même  auteur  attribue  le  défaut  de 
durée  ou  le  manque  de  succès  des  anciens 
systèmes  géologiques,  à  leur  nature  anti- 
mosaïque,  et  k  l>sprit  contraire  à  la  fu- 
blime  tradition^  dans  lequel  ils  étaient  con"» 
çus.  Ces  suppositions,  qui,  de  même  que 
plusieurs  autres  assertions  analogues,  se 
trouvent  répétées  dans  les  ouvrages  de  De- 
luc,  semblent  avoir  été  confirmées  par  quel- 
qiies  auteurs  modernes;  cela  fait  que,  dans 
1  intérêt  de  la  justice,  nous  crevons  devoir 
déclarer  qu'aucun  des  divers  géologues  dont 
nous  venons  de  passer  les  ouvrages  en  re- 
vue, ne  s'est  rendu  coupable  d'effbrts  ten- 
dant h  détruire  les  dogmes  de  l'Ecriture,  à 
l'aide  d'arguments  réellement  empruntés  à 
la  saine  physique. 

Hutton  répondit  aux  attaques  de  Kirwan 
non-seulement  avec  la  plus  vive  chaleur, 
mais  encore  avec  toute  l'indignation  que 
devaient  lui  faire  éprouver  des  reproches 
aussi  peu  mérités  que  ceux  qui  lui  étaient 
adressés.  Il  avait  toujours  témoigné^  dit  Play- 
fair,  une  profonde  admiration  pour  finten- 
tion  bienfaisante  qui  se  manifeste  dans  Vor^ 

a70)  Introduction^  p.  S. 
'171  )  Pkris,  1909. 


659 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


66» 


dre  de  Funiven;  et  iluffectionnait  pardessus 
taut^  dan$  m  théorie^  ce  qui  pouvait  répara 
dre  quelque  elarU  sur  les  causes  finales. 
Pour  ce  qui  regarde  Pl^yfair  personnelle^ 
ment,  on  peut  dire,  sans  manquer  à  la  vé^ 
rite,  qu'il  n'existe  po5at  d'ouyrages  scienti- 
fiques anglais  qui  contiennent  des  passages 
plus  éloquents  que  les  siens  sur  la  grandeur 
et  l'harmonie  que  Ton  remarque  jusque 
dans  les  moindres  détails  de  la  création  : 
aussi,  peut'^on  dire  de  ces  ouvrages  qu'ils 
sont  l'eipression  sincère  d'un  esprit  qui 
s'attache  a  l'étude  de  la  nature  comme  à  ce 
qu'il  y  a  de  plus  propre  à  nous  porter  vers 
la  contemplation  de  la  cause  première  de 
tout  ce  qui  existe.  Dans  tout  autre  moment, 
Vélé^ance  et  l'énergie  du  style  de  Playfair 
auraient  assuré  aux  théories  huttoniennes 
la  plus  grande  popularité;  mais,  par  une 
coïncidence  singulière,  le  neplunianisme  et 
Vorthodoxie  étaient  alors  rangés  sous  la 
même  croyance»  et  le  préjugé  dominait  à 
tel  point,  que  la  majorité  se  trouva  entrai* 
née  à  admettre  l'hypothèse  du  fluide  chao- 
tique, ainsi  que  plusieurs  autres  idées  cos- 
mologiques de  Werner.  Ces  fictions,  le  pro- 
fesseur saxon  les  avait  empruntées  de  ses 
Prédécesseurs,  sans  les  améliorer  en  aucune 
içon,  et  même  sans  le3  modifier  d'une 
manière  notable.  Quant  à  la  tolérance  avec 
laquelle  elles  furent  accueillies,  on  ne  peut 
Vattribuer,  qii'à  ce  que,  ne  reposant  ni  sur 
l'Ecriture,  ni  sur  des  données  que  le  bon 
sens  pût  admettre,  on  les  considérait  comme 
trop  conjecturales  et  trop  dénuées  de  fon- 
dement, pour  craindre  qu'elles  pussent  ja- 
mais heurter  bien  viyemeut  les  préjugés 
existants. 

Suivant  Deluc,  la  première  distinction  es- 
sentielle à  faire  entre  les  divers  phénomènes 
qui  se  manifestent  à  la  surface  de  la  terre, 
consistait  à  déterminer  les  résultat^  des  caur 
ses  actuelles  ^t  ceux  dont  les  causes  ont  cessé 
d'ei^ist^r.  Il  supposait  que  la  forme  et  la 
com[>osition  de  19  niasse  de  nos  continents 
devaient,  ainsi  que  leur  élévation  au-dessus 
du  niveau  dis  la  mef,  être  attribuées  à  des 
causer  qui  n'agissaient  plus,  et  que  la  mise 
k  ^ec  de  ces  continents  avait  eu  lieu  à  Té- 

Foque  peu  ancienne  de  la  retraite  subite  de 
Océan,  dont  les  eaux  avaient  pris  place  dans 
des  cavités  souterraines.  Il  pensait  aussi  que 
les  roches,  qui  composent  la  Cfoûte  de  la 
ter^e,  avaient  commencé  à  se  foriper  dans  le 
temps  où  le  granit  s'était  précipité  d'un  cer- 
tain liquide  primordial;  qu'ensuite,  d'autres 
couchas  reniermant  des  restes  d'êtres  orga- 
nisée s'étaient  déposées  à  leur  tour,  jusqu'à 
ce  qu'enfin  la  mer  acfuelle,  formant  en  quel- 
que sorte  le  risidu  du  liquida  primordial, 
cessât  de  produire  des  couches  piiuéra- 
les  (W2),  Toy.  Delco. 

Tandis  que  les  opinions  des  écoles  rivales 
de  Frey  berg  çt  d'Edimbourg  faisaient  grand 
bruit  et  étaient  chaudement  soutenues  par 
de  zélés  partisans,  les  travaux  de  Williams 


Smith,  ingénieur  anglais,  pfité  désavantages 
de  la  fortune  et  de  ceux  que  procure  dans  le 
monde  une  position  élevée,  étaient  i  peine 
remarqués.  Cet  auteur  publia  d'abord,  en 
1790,  son  Tableau  des  couches  6rirann}fupi, 
dans  lequel  il  proposa  un  mode  de  classifi- 
cation applicable  aux  formations  secondaires 
de  l'ouest  de  l'Angleterre.  Bien  qu'entre 
Werner  et  Smith  il  n'y  ait  jamais  eu  de  com- 
munications relatives  à  leurs  traraui,  cet 
ouvrage  fait  voir  que  non-^seulement  soi) 
auteur  avait,  à  l'égard  des  lois  qui  président 
à  la  superposition  des  roches  stratifiées,  dei 
idées  toutes  wernériennes  ;  mais,  qu'en  ou* 
tre,  il  savait  fort  bien  que  l'ordre  de  succes< 
sion  de  certains  groupes  n'était  Jamais  in* 
terverti,  et  que,  môme  en  des  points  très* 
éloignés  les  uns  des  'autres ,  ces  groapes 
pouvaient  être  identifiés  à  l'aide  des  corps 
organisés  qu'ils  renferment. 

Après  la  publication  de  l'ouvrage  qui  rient 
d*ètre  cité,  Smith  s'occupa  de  la  construction 
d'une  carte  géologique  générale  de  l'Angle* 
terre,  travail,  que  par  suite  du  grand  désin^ 
téressement  de  sou  esprit  il  s'empressait  de 
communiquer  à  tous  ceux  qui  désiraient ea 
avoir  connaissance,  ne  craignant  pas  que  ses 
Idées  fussent  émises  par  d'autres  que  par 
lui,  et  fournissant  au  contraire,  à  ses  con* 
tcmporains,  tous  les  moyens  possibles  de 
concourir  à  l'accomplissement  de  la  tâche  in- 
téressante et  laborieuse  qu'il  s'était  proposée. 
Sa  carte,  complètement  terminée  en  1815, 
est  un  monument  qui  atteste  tout  Ma  fois 
un  talent  original  et  un^  persévérance  mi- 
ment  extraordinaire;  car,  pour  se  mettre  à 
même  d'exécuter  fidèlement  un  pareil  tra- 
vail, Smith  n'ayait  pas  craint  d'explorer  tout 
Je  pays  à  pièd'j  et  cpla.  uon-seuleçaenl  sans 
rassis  tance  d'aucun  obseryateur  qui  l'eût 
précédé,  mais  encore  sans  aucun  aide  qui 
prît  part  à  ses  recherches.  II  avait  réussi,  de 

t)lus.  à  classer  par  divisions  naturelles  toute 
a  série  si  cqmpliquée  des  roches  brilanni- 
3ues.  D'Aubuisson,  un  des  élèves  les  plus 
isti^gués  dé  Werner,  paya  un  juste  tribut 
d'éloges  à  ce  travail  remarquable,  en  faisant 
observer  que  ce  que  plusieurs  minéralogifta 
célèbirçs  avaient  mis  un  demi-siècle  à  fairtpw^ 
une  petiU  partie  de  V Allemagne ,  un  ww 
homme  Vavail  exécuté  pour  F  Angleterre  «• 
tiire{Vî3). 

Werner  fut  oblijçé  de  créer  un  nouveau 
laugage  pour  désigne^  les  subdivisions  de 
«roches  qu'il  introduisit  dans  la  science. 
Quelques-uns  de  ses  termes  techniques,  tels 
que  ceux  de  grauwfi^che,  de  gneiss  et  plu- 
sieurs autres,  furent  admis  dans  tous  ie$ 
pays  de  l'Europe.  Quant  à  Smith,  il  appliqua 
à  sa  nomenclature  un  grand  nombre  de  noms 
lo<»ux  anglais,  dont  la  résonnaûce  était  sou- 
vent barbare,  ainsi  que  l'on  peut  en  juger 
par  les  désignations  de  çault,  de  corabrasîii 
de  clunchclay,  etc.  Plusieurs  de  ses  subdi- 
visions conservent  encore,  dans  les  nomeii' 
clalures  anglaises,  la  place  qu'il  leur  a  assi* 


(472)  TraiU  élémentaire  de  géologie  ;  Paris,  1809. 

(475)  Voyez  le  mémoire  du  docteur  Fitton,  déjà  ciié,  p.  il6, 


GEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE 


GEO 


goée;  de  sorte  qa*il  est  facile  d*en  déduire 
ses  droits  de  priorité  par  rapport  à  leur  clas- 
sification. 

L'animosité/qui  régnait  entre  les  factions 
rivales  de  Saxe  et  d  jEcosse,  en  était  venue 
an  point  que  les  dénominations  de  neptu- 
nistes  et  de  yulcanistes  équivalaient  à  des 
termes  de  reproche.  Quant  a  la  recherche  de 
la  véritéy  elle  était  également  négligée  par 
les  deux  partis  ;  car  chacun  d'eux  avait  bien 
plus  à  OBur  de  trouver  des  arguments  favo- 
ratdes  k  sa  propre  cause  ou  contraires  à  celle 
de  ses  adversaires,  que  de  concourir  au  pro- 
grès réel  de  la  science.  Sur  ces  entrefaites 
apparat  une  nouvelle  école  qui,  s'appliquant 
k  conserver  la  plus  stricte  neutralité  et  pro- 
fessant la  plus  complète  indifférence  pour 
les  systèmes  de  Hutlon  et  de  Werner,  con- 
sacra tous  ses  travaux  à  Inobservation.  La 
réaction  provoquée  par  Texallation  des  sec- 
tes antagonistes  disposa  dès  lors  les  esprits 
è  une  râerve  extrême.  Les  idées  hypothéti- 
ques firent  place  au  doute  et  k  Tincertitude  ; 
et^  dans  la  crainte  de  s'exposer  au  soupçon 
de  pepcher  pour  un  parti  ou  pour  un  autre, 
<iqelqiies  géolosues  poussèrent  le  scrupule 
jusqu*k  ne  vouloir  se  fiûre  aucune  opinion 
mu  les  causes  des  phénomènes  dont  ils 
étaient  témoins,  et  jusqu'à  se  montrer  scep* 
tiques  dans  les  cas  mêmes  où  les  consë- 

2ueaces,  qui   découlent  naturellement  des 
lits  observés,  ne  permettaient,  pour  ainsi 
dire,  aucun  doute. 

Kep  qu'à  l'époque  à  laquelle  ce  changa- 
ment  eut  Heu,  la  prévention  contre  toute  es- 
pèce de  théorie  fût  portée  un  peu  trop  loin 
peut-être,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  riep, 
dans  un  tel  moment,  ne  pouvait  être  plus 
heureux  que  l'inlerruption  des  nombreux 
essais  qui,  en  si  peu  de  temps,  avaient  été 
tentés  a  l'yard  de  ce  que  l'on  appelait  les 
théories  de  ta  terre.  Mais,  pour  atteindre  le 
bot  vers  lequel  tçndait  l'école  dont  il  s'aeit, 
une  grande  masse  de  données  nouvelles  de- 
venait nécessaire.  La  société  géologique  de 
Londres,  fondée  en  1807,  en  fournit  un  bon 
nombre  pour  sa  part.  Multiplier  et  recueillir 
les  observations,  en  attendre  patiemment  le 
résultat  dans  l'ayenir ,  tel  était  le  bul  que  se 

{iroposaient  les  hommes  de  la  nouvelle  école. 
is  avaient  pour  maxime  favorite  que  le  mo- 
ment d'adopter  un  système  générai  de  géolo- 
B'e  n'était  pas  encore  venu,  mais,  que  pour 
hâter,  on  devait,  durant  plusieurs  années, 
s*occuper  exclusivement  du  soin  de  préparer 
aux  générations  futures  les  matériaux  néces- 
saires pour  arriver  à  cette  fin.  En  ne  cessant 
d'agir  d'après  ces  principes,  ils  eurent  en 
peu  d'années  entièrement  désarmé  les  pré- 
ludés et  mis  la  science  qu'ils  cultivaient  à 
couvert  de  l'accusation  d'être  une  science 
dangereuse,  ou  tout  au  moins  imaginaire. 

C  est,  ainsi  que  Ta  remarqué  un  auteur 
moderne  célèbre,  à  trois  des  principales  na- 
tions de  l'Europe,  rAllema2;ne,  l'AnKlelerre 
et  la  France,  que  trois  des  branches  Tes  plus 
importantes  de  la  géologie  ont  dû,  pendant 


le  demi-siècle  dernier,  leur  avancement  suc- 
cessif iyîh).  En  effet,  n'est-ce  pas  en  Alle- 
magne, là  où,  pour  la  première  fois,  les  ca- 
ractères minéralo^qnes  des  roches  furent' 
décrits  avec  précision  par  Werner,  que  l'é- 
tude systématique  de  ce  que  l'on  peut  appe- 
ler la  géologie  minéralogique  prit  naissance 
et  se  développa  avec  le  plus  d'activité?  D'un 
autre  côté,  l'Angleterre  n'a-t-elle  pas  le  droit 
de  revendiquer  pour  sa  part  le  plus  grand 
nombre  des  travaux  que  nécessita  la  classifi- 
cation des  formations  secondaires  caractéri- 
sées par  leurs  fossiles?  A  ces  travaux  con- 
coururent principalement  Smith,  dont  nous 
parlions  tout  à  l'heure,  et  plusieurs  des 
mcmbces  les  plus  actifs  de  la  Société  géolo^ 
gique  de  Lojidres.Quant  à  la  troisième  bran- 
che de  la  science,  celle  qui  se  rapporte  aux 
formations  tertiaires,  eUe  naquit  en  France, 
où  elle  dut  son  origine  au  magnifique  ou^ 
vrage  de  Cuvier  et  Brongniart,  publié  ^i 
1808,  sous  le  titre  d'EsêaU  sur  la  géographie 
minéralogique  et  sur  les  débris  organiques  des 
environs  de  Paris. 

Le  langage  technique  de  la  science  et  les 
méthodes  actuelles  de  classification  peuvent 
encore  nous  faire  reconnaître  les  différents 

Eays  où,  à  des  époques  diverses,  ces  trois, 
rancbes  distinctes  de  la  çéolo^e  commen- 
cèrent à  être  cultivées.  Ainsi,  par  exemple», 
de  même  qu'un  irès-srand  nombre  de  roches 
et  de  minéraux  simples  ont  conservé  jusqu'à 
présent  les  noms  allemands  qui  leur  ont  été^ 
donnés  dans  le  principe,  de  même  aussi  Ie& 
terrains  secondaires  observés  en  Europe  ont 
continué  à  être  désignés  par  des  noms  ana<^ 
logues  aux  types  anglais,  auxquels  noua, 
avouerons  en  passant  qu'on  les  a  trop  ex- 
clusivement rapportés.  Enfin,  pour  ce  qui 
regarde  les  subdivisions  qui ,  pour  la  pre- 
mière fois ,  ont  été  établies  dans  la  série  de 
couches  du  bassin  de  Paris,  elles  ont  été 
considérées  comme  autant  de  groupes  nor-. 
maux  auxquels  on  a  cru  devoir  comparer 
tous  les  autres  dépôts  tertiares  de  l'Europe, 
alors  même  que  souvent  rien  ne  justiGait  cq 
rapprochement. 

Nulle  époque  ne  pouvait  être  plus  favo- 
rable à  la  découverte  d'un  grand  nombre  dQ 
fossiles  bien  conservés  dans  le  voisinage  de 
Paris  que  le  commencement  du  siècle  ac- 
tuel; car  jamais,  auparavant,  l'histoire  na- 
turelle n'avait  été  cultivée  avec  autant 
d'enthousiasme  dans  cette  capitale  de  la 
France.  Les  travaux  de  Cuvier  en  anatomie 
comparée,  et  ceux  de  Lamarck  en  conchy- 
liologie, placèrent  ces  deux  parties  de  la 
science  à  un  rang  auquel,  jusqu'alors,  on  ne 
les  avait  pas  jugées  susceptibles  de  s'élever. 
Les  investigations  de  ces  savants  eurent  ac- 
cidentellement pour  effet  de  dissiper  le  pré- 
jugé  qui  avait  longtemps  prévalu  relative- 
ment au  début  d'analogie  qu'on  supposait 
exister  entre  l'état  ancien  et  l'état  moderne 
du  globe.  Une  comparaison  attentive  des 
esp^es  récentes  et  fossiles,  et  les  conséf  . 
qucnces  déduites  de  cette  comparaison  pc^ 


(471)  WflcwELL,  Bûtuh  critic  (critifiue  britannifittf)^  n.  xvii^  p.  iS7^  i83K 


«35 


GEO 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GEO 


6(14 


rapport  à  leurs  mœors,  accoutumèrent  le 
géologue  à  regarder  notre  planète  comme 
ayant  été,  à  diverses  époques  successives,  la 
demeure  d'animaux  et  de  plantes  d'espèces 
différentes;  les  unes  terrestres,  les  autres 
marines,  d'autres,  enGn,  lacustres  et  fluvia- 
tiles.  De  telJes  considérations  firent  insen- 
siblement disparaître  les  idées  fantastiques 
de  catastrophes  et  de  confusion  chaotique, 
auxquelles  s'était  livrée  l'imagination  des 
premiers  cosmologistes.  On  découvrit  des 
preuTes  nombreuses  de  la  précipitation  tran- 

Suilie  des  matières  sédimentaires,  et  du 
éveloppement  lent  et  progressif  de  la  vie 
organique.  Quand  plusieurs  auteurs,  au 
nombre  desquels  était  Cuvier  lui-même, 
persistaient  a  soutenir  que  le  fil  de  tinduc^ 
tion  était  rompu  (b75),  ils  professaient  un 
dogme  c[ue  dans  la  pratiaue  ils  étaient  loin 
de  confirmer,  puisque,  dans  le  rapproche- 
ment qu'ils  établissaient  entre  les  espèces 
récentes  et  fossiles,  ils  procédaient  d'après 
les  règles  les  plus  strictes  de  l'induction. 
L'adoption  des  mêmes  noms  de  genres,  et 

Suelquefois  des  mômes  noms  d'espèces  pour 
ésigner  les  débris  des  animaux  fossiles  et 
leurs  analogues  vivants,  était  un  point  es- 
sentiel pour  familiariser  l'esprit  avec  la 
donnée  de  l'identité  et  de  l'unité  du  système 
&  des  époques  très -éloignées.  C'était,  en 
quelque  sorte,  reconnaître  qu'une  partie,  au 
moins,  des  antiques  annales  de  la  nature 
était  écrite  en  un  langage  vivant.  L'impôt - 
lanee  croissante  de  1  histoire  naturelle  des 
diébris  organiques  peut  donc  être  considérée 
comme  le  trait  caractéristique  des  progrès 
de  la  géologie  durant  le  siècle  actuel  ;  car, 
indépendamment  de  ce  que  cette  branche  de 
la  science  est  déjà  devenue  d'un  immense 
secours  dans  la  classification  géologique, 
elle  continue  encore  chaque  jour  à  fournir 
de  nouvelles  données,  propres  à  étendre  et 
à  agrandir  les  idées  relatives  aux  anciennes 
révolutions  du  globe. 

Quand  on  compare  le  résultat  des  travaux 
qui  ont  été  exécutés  pendant  ces  cinquante 
dernières  années  avec  celui  des  observations 
faites  dans  le  cour^  des  trois  siècles  précé- 
dents, on  ne  peut  s*empècher  de  prévoir  le 
haut  degré  d avancement  auquel,  suivant 
toute  probabilité ,  la  géologie  est  appelée  à 
parvenir,  non-seulement  dans  la  suite  des 
temps,  mais  à  l'aide  même  des  efforts  de  )a 
génération  actuelle.  Jamais  peut-être,  en  un 
aussi  court  intervalle,  aucune  science,  si  ce 
n'est  l'astronomie,  ne  mit  au  jour  un  si 
grand  nombre  de  vérités  nouvelles  et  im-r 
prévues,  et  ne  renversa  autant  de  prélugés. 
Ainsi,  par  exemple,  de  même  que  l'illusion 
de  nos  sens  nous  Gt  considérer  la  terre 
comme  étant  en  repos,  jusqu'à  ce  qu'après 
bien  des  siècles  l'astronome  eût  reconnu 
(qu'elle  était  emportée  dans  l'espace  avec  une 
inconcevable  vitesse,  de  même  aussi  la  sur- 
face de  notre  planète  fut  regardée  comme 
n'ayant  éprouvé  aucune  altération  depuis 


sa  création,  jusqu'au  moment  où,  à  son  tour, 
le  géologue  eût  constaté  que  non-sealemem 
elle  avait  été  jadis  le  théâtre  d^innombrables 
changements,  mais  que,  déplus,  elle  était 
encore,  à  présent,  sujette  à  de  lentes,  mais 
incessantes  fluctuations.  La  découverte  d'au- 
tres systèmes  que  le  nôtre  dans  les  régions 
sans  bornes  de  l'espace  fut  le  triomphe  de 
l'astronomie.  Reconnaître  le  même  système 
à  travers  plusieurs  transformations,  feotre- 
voir,  à  diverses  époques  successives,  omé 
de  vallées,  de  montagnes,  de  mers,  delaci 
respectivement  différents,  suivant  chacune 
de  ces  époques ,  et  peuplé  d'habitants  nou- 
veaux ;  tel  fut  le  iruit,  telle  fut  la  noble 
récompense  des  recherches  géologiques.  Le 

f;éomètre  mesure  les  régions  de  l'espace  et 
es  distances  relatives  des  corps  célestes; 
quant  au  géologue,  c'est  le  temps  qu'il 
compte.  Pour  évaluer  les  myriades  de  siècles 
qui  passent  sous  ses  yeux,  ce  n'est  pas 
1  arithmétique  qu'il  emploie,  mais  certains 
symboles,  })résentant  à  l'esprit  des  idées 
mieux  déGnies  de  l'immensité  du  temps,  que 
des  figures  ne  pourraient  le  faire;  c'est  celte 
enchaînement  d'événements  physiques,  cette 
longue  suite  de  phénomènes  qui,  dès  les 
périodes  les  plus  reculées  de  Tnistoire  du 
globe,  ont  eu  lieu  soit  dans  le  monde  animé, 
soit  dans  le  monde  inorganique. 

Pour  ce  qui  regarde  la  question  de  savoir 
si  nos  recherches,  relativement  à  l'histoire 
de  la  terre  et  à  sa  structure,  seront,  sous  le 
rapport  de  .  l'utilité  pratique ,  d'un  aussi 

(;rand  avantage  pour  le  genre  humain  que 
a  connaissance  aes  cieux,  c'est  à  la  posté- 
rité seule  qu'il  appartient  d'en  juger.  L'ap* 
f>lication  de  l'astronomie  aux  arts  utiles  ne 
eur  devint  réellement  profitable  que  lors- 
que cette  science  se  fut  enrichie  des  obser- 
vations recueillies  dans  l'espace  de  plusieurs 
siècles,  et  lorsqu'elle  eut  réussi  à  remplacei, 
par  une  théorie  rationnelle,  les  préjugés  qui 
dominaient  avant  elle.  Quant  à  la  géologioi 
outre  qu'elle  ne  commença  à  être  cultivée 
qu'à  une  époque  de  beaucoup  postérieure  à 
celle  qui  fut  témoin  des  immenses  progrès  de 
l'astronomie,  elle  eut  constamment  à  lutter 
contre  les  préventions  les  plus  opiniâtres, 
chaque  fois  que,  jusqu'à  ce  jour,  elle  cher- 
cha  à  se  rapprocher  de  quelque  principe 
basé  sur  une  saine  doctrine.  Toutefois,  les 
avantages  pratiques  qui  en  sont  déjà  résultés 
n'en  ont  pas  moins  une  importance  réelle 
Pour  ce  qui  est  des  généralisations  aux- 
quelles cette  science  a  donné  lieu,  elles  lais- 
sent encore  beaucoup  à  désirer,  et  tout 
porte  à  croire  que  c'est  à  ceux  qui  viendront 
après  nous  que,  sont  réservés  les  fruits  les 
plus  précieux  de  nos  travaux.  Quoi  qu'il  en 
6oit|  c'est  pour  nous  qu'aura  été  le  charine 
de  la  découverte  ;  et  si,  pour  explorer  le 
noble  et  admirable  champ  offert  à  nos  re- 
cherches, nous  avions  besoin  de  quelque 
encouragement,  nous  pourrions  le  trouver 
dans  ce  qu  a  dit  un  grand  historien  de  notre 


(475)  Discours  sur  tes  révolutions  de  la  surface  du  fflobe.^ 


6« 


M 


GLÀ 


£T  DE  PALEONTOLOGUE. 


QIA 


606 


époque,  que  cHui  qui  rappelle  à  la  vie  ce  qui 
a  ctsêé  aéire^  ressent  une  jouissance  égaie  à 
celte  ds  créer  (476). 

GÉOLOGIE ,  comment  elle  se  distingue  de 
la  Cosmogonie.  —  Voy.  Géologie. 

GESN)iA.  Voy.  Géologie. 

GIRAFE,  première  apparition.--  Voy.  Sub- 

(•ISEMENT  DES  fossiles   hvuaiiis.  Voy. 
floiiiiE  fossile. 

GLAIRE  (M.  rahbé).  —  Dans  le  premier 
Tolume  de  rourrage  qu*il  a  publié  sous  le 
titre  :  Les  livres  saints  vengés  ^  M.  Tabbé 
Glaire,  professeur  d*Ecrilure  sainte  à  la  fa- 
culté de  théologie  de  Paris,  a  donné  Tinter* 
prétation  suivante  du  premier  chapitre  de  la 
Cenese. 

I.  Les  interprèles,  tant  anciens  que  moder- 
nes, sont  loin  de  s'entendre  sur  le  vrai  sensdu 
récit  dans  lequel  Moïse  nous  retrace  Torigino 
de  Puni  vers.  Cependant,  en  bonne  critique,  ce 
désaccord  ne  devrait  point  tourner  au  préju- 
dice do  texte  sacré  lui-mème,  vu  qu*un  écri- 
vain qui,  comme  Moïse,  réunit  évidemment 
tous  les  caractèrcsderbistoricn  le  plussincère 
et  le  plus  éclairé,  n*est  nullement  responsa^- 
l»)e  du  manque  de  lumières  de  ses  traduc- 
teurs et  de  ses  interprètes.  Quoiau'il  en  soit, 
ce  désaccord  se  manifeste  dès  le  premier 
irerset.  En  eOet,  on  le  traduit  au  moins  de 
<i6ax  manières  différentes  {VH}  ;  les  uns  le 
rendent  par  :  Au  commencement  Djkd  créa  le 
citt  et  la  terre:  et  les  autres  le  rattachent 
ainsi  au  verset  suivant  :  Au  commencement 
fit  Dieu  créa  le  ciel  et  la  terrcy  la  terre  étuit 
informe  et  nue, 

La  première  de  ces  traductions  se  rappro- 
che davantage  des  anciennes  versions  (£78), 
et  nous  devons  dire  qu'elle  est  généralement 
adoptée.  Cependant  elle  présente  une  difû- 
culié  qui  a  été  justement  remarquée.  L*ei- 
pression  adverbiale  au  commencement^  étant 
Jéterminée  par  Tarticle,  se  trouve  nécessai- 
*ement  incomplète.  Il  est  vrai  que  Ton  con- 
sidère  comme  sous- entendu  les  mots  le 
empSf  ou  toutes  choses  :  mais,  outre  que  Ta- 
lalo^e  de  la  langue  sainte  ne  permet  point 
ine  pareille  ellipse  (W9),  cette  expression 
insi  complétée  serait  tout  à  fait  inutile,  et 
jrmerait  même  un  non-sens.  Car,  comme 
/en  de  ce  qui  peut  servir  à  constituer  le 
jmps  n*existait  avant  la  création  du  ciel  et 
c^  la  terre,  elle   signiGerait   uniquement 
u*au  commencement  du  ciel  et  de  la  terre ^ 
Ueu  créa  le  ciel  et  la  terre.  La  traduction  va- 
ue  et  indéterminée  des  Septante ,  dans  un 
^mmencement^  n*est  pas  plus  satisfaisante, 
iFp  on  a  droit  de  demander  :  quel  est  ce 
Dromenceiuent  ? 
Dans  rbjpothèse  que  cette  expression  dût 

(476)  NiEBiTHR^s  Hht.  of  Rome  (nistoire  romtiine 
i  Niebuhr). 

(477)  Nous  ne  mentionnons  en  effet  ici  que  les 
aduc&ions  qui  ont  été  Ti^iies  sur  le  texte  primitif, 
-îs  dans  sou  sens  propre. 

(478)  La  version  des  Septante  a  tradnil  dam  un 
^mmeneement  ;  la  |iaraphrase  dialdalque  d^Onkeios, 
ins  dts  UnfDê  ancieus. 

C479^  T.  Waltheta  dans  ses  etttpus  hebmct^ 


se  détacber  do  ce  qui  suit,  on  pourrait  la  tra- 
duire, comme  le  chaldéen,  dlans  des  temps 
ancienSf  anciennement^  en  considérant  tout  le 
verset  comme  un  véritable  sommaire,  ce  qui 
est  assez  dans  le  style  de  la  Bible  ;  mais  il 
ne  faut  point  se  dissimuler  que  cette  inter- 

E relation  dénature  le  vrai  sens  du  terme  bé- 
reu  RESGHiTH,  qui  signifie  commencement  ^ 
origine  ou  principe^  comme  Ta  parfaitement 
rendu  la  Vulgatc,  et  non  point  simplement 
temps  anciens.  Nous  verrons  aussi  un  peu 
plus  bas  k  quelles  erreurs  a  donné  lieu  cette 
manière  d'envisager  le  premier  verset  de  la 
Genèse  comme  une  proposition  isolée  et  com- 
plète en  elle-même. 

La  seconde  traduction ,  c'est-à-dire  celle 
qui  lie  le  premier  verset  au  suivant ,  quoi- 
que généralement  abandonnée  aujounrhui, 
nous  a  paru  la  seule  conforme  au  texte  hé- 
breu, et  en  même  temps  la  moins  favorable 
à  tles  inductions  opposées  à  la  saine  doc- 
trine. Sans  entrer  dans  toutes  les  preuves  de 
détail  que  nous  pourrions  alléguer,  nous 
nous  bornerons  k  dire  que  l'expression  bb- 
BEscuiTH  ne  se  trouvant  jamais  ailleurs  dans 
la  Bible,  sans  être  suivie  d'un  complément, 
ce  serait  violer  les  lois  de  llierméneutique 
les  mieux  établies  que  de  la  détacher  ici  des 
mots  qui  suivent  [lAo].  Le  vrai  sens  du  texte 
original  est  donc  littéralement  :  Au  commen- 
cement de  Dieu  créa  le  ciel  et  la  terre  {in 
principio  quo  Deus  creavit  cœlum  et  terram)^ 
La  terre  était  informe  et  nue  ;  ce  qui  est  dire 
en  d'autres  termes,  que  lorsque  le  Tout- 
Puissant  tira  du  néant  le  ciel  et  la  terre , 
cette  planète,  loin  d'être  belle  et  ornée  comme 
nous  la  voyons  aujourd'hui,  n'offrait  au  con- 
traire que  l'image  de  4a  nudité  et  du  chaos 
le  plus  âflfreux. 

Sans  parler  ni  des  interprètes  juifs  et  pro- 
testants, ni  de  tous  les  catholiques  qui  ont 
admis  cette  explication,  nous  citerons  ce- 
pendant le  P.  Mariana.  Le  savant  Jésuite  ex- 
plique les  mots  de  la  Yuleate  :. In  principio 
creavit j  en  disant  que  l'bebreu  signifie  :  m 
principio  creandij  le  prétérit  étant  mis  pour 
le  gérondif,  comme  dans  Osée  (i,  2),  puis  il 
ajoute  :  «c  Voici  donc  comment  j'interprète 
ce  passase  :  Au  commencement  du  temps» 
lorsque  Dieu  créait  le  ciel  et  la  terre,  c'est- 
à-dire,  tout  ce  que  le  ciel  et  la  terre  contien- 
nent... la  terre  était,  etc.  [h&i).  » 

D.  Calmet,  après  avoir  dit  que  quelques 
nouveaux  critiques,  tels  que  Grotius,  Vata- 
ble  et  plusieurs  rabbins,  voudraient  que  l'on 
traduisit  :  Au  commencement  ^  lorsque  Dieu 
créa  le  ciel  et  la  terre^  la  terre  était  informe: 
ou  bien  :  Avant  que  Dieu  formât  le  ciel  et  la 
terre^  la  terre  était  informe^  lyoute  :  «  Hais» 
outre  que  ces  traductions  sont  contraires  à 

p,  139,  140,  cite  bien  quelques  phrases  dans  les- 
quelles, selon  lui,  le  mot  cd/,  io«/,  esi  sous-enlendu  ; 
mais  nous  pensons  qu'il  a  mal  analysé  les  unes,  et 
que  les  autres  n*ont  pas  de  rapport  avec  celle  qui 
nous  ocTupe  en  ce  moment. 

(480)  Les  seuls  passasses  où  se  trouve  cette  ex- 
pession  sont,  d*après  les  concordances  de  Buxtorf, 
Jet.  XXVI,  1  ;  xxvu,  1  ;  xxviu,  1  ;  xlix,  S4. 
.     (181)  Ma«u>'4  in  Cencsim  Scholia^  y   1,2. 


667 


GLA 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GLA 


m 


la  foi  en  favorisaot  Topinion  de  réternité  de 
la  matière,  elles  sont  aussi  contraires  au 
texte  dé  Moïse,  qui  distingue  ces  deux  pro- 
positions qu'on  voudrait  unir  (hSS).  » 

Nous  ne  saurions  admettre  cette  dernière 
assertion,  pour  les  motifs  que  nous  Tenons 
d*exposer.  Quanta  la  précédente,  elle  ne  nou^ 

Sarait  ^lus  pas  [exacte  ;  car  Texplication  du 
.  Mariana  n'a  jamais  été,  que  nous  sachions, 
frappée  d'aucune  censure  tnéologique.  D'ail- 
leurs, la  conséquence  que  l'on  tirerait  de  ces 
traductions  en  faveur  ae  l'éternité  de  la  ma- 
tière, ne  serait  nullement  logique.  L'abbé  de 
la  Chambre,  docteur  de  la  société  et  de  la 
maison  de  Sorbonne,  dont  la  i)arfaite  ortho- 
doxie n'est  pas  suspecte,  a  émis  sur  la  ques- 
tion présente,  un  sentiment  opposé  à  celui 
djB  D.  Calmet;  voici  ce  gu'il  dit  (lans  son  ex- 
cellent Traitide  la  véritable  religion  :  «  Les 
interprètes  sont  partagés  entre  eux  sur  le 
sens  qu'il  faut  donner  au  premier  verset  de 
la  Genèse.  Il  y  en  a  qui  disent  que  Moïse 
enseigne  que  Dieu  a  tiré  immédiatement  du 
néant  le  monde  visible.  C'est  pourquoi  ils 
traduisent  :  Lorsque  le  temps  a  commencé  y 
Dieu  créa  le  ciel  et  la  terre;  ta  terre^  sortie  de 
ses  mains f  était  informe  et  toute  nue.  D'autres, 
au  contraire,  prétendent  que  Moïse  marque, 
simplement  que  le  monde,  tel  qu'il,  est  au- 
jourd'hui, n'est  point  éternel,  sans  détermi- 
ner si  Dieu  l'a  tiré  immédiatement  du  néant; 
c'est  pourquoi  ils  traduisent  :  Dans  le  mo- 
ment^ ou  avant  que  Dieo  créât  le  ciel  et  la 
terre^  la  terre  était  informe  et  toute  nue.  Ces 
deux  interprétations  sont  catholiques  ;  elles 
supposent  Tune  et  l'autre  que  Dieu  a  tiré  la 
matière  du  néant,  mais,  elles  diffèrent  en  ce 
IK)int  :  la  première  dit  que  Dieu  a  tiré  im- 
médiatement du  néant  le  ciel  et  la  terre  ;  et 
la  seconde,  au  contraire,  annonce  que  Dieu 
a  tiré  le  monde  d'une  matière  préexis- 
tante, qu'il  avait  auparavant  fait  sortir  du 
liéant  {kS3).  » 

Ainsi,  la  traduction,  qui  rattache  le  pre- 
mier verset  de  la  Genèse  au  second ,  outre 
qu'elle  est  la  seule  qui  rende  fidèlement  le 
texte  primitif,  n'implique  nullement  l'é- 
ternité de  la  matière  ;  et  par  conséquent  on 
ne  saurait  légitimement  la  condamner  comme 
contraire  à  la  foi.  Mais  passons  à  l'explica- 
tion philologique  des  mots  suivants  dont  le 
vrai  sens  a  été  encore  l'objet  de  nombreuses 
et  vives  discussions. 

II.  C*est  avec  raison  que  la  Vulgate  a  rendu 
le  mot  hébreu  baba  par  creavit^  il  a  créé; 
car  c'est  l'idée  de  création  qu'on  attachait  à 
i^e  moi  dans  la  nation  judaïque.  Nous  en 
avons  la  preuve  la  plus  irrécusable  dans  ce 

(482)  Calmct,  Comm,  Utt,  sur  la  Genèse^  p.  2,  3. 
(4S3)  Traité  de  la  voie  religion,  t.  lY,  p.  213,  UA. 

(484)  //  Mach.  vu,  28.  Le  texte  grec  ne  saurait 
être  plus  ciair  et  plus  précis  -  e  non  jam  existent 
libus  fecit  ea  Deus;  ou  bien  selon  le  Ms.  Alex,  de 
Londres  non  e  jam  exi$untibus. 

(485)  Simon  (Uist.  cril.  du  Y.  T.,  1.  m,  ch.  2)  dit . 
I  R.  Al)en-Esra  dans  son  commentaire  sur  ce  pas- 
sage réfute  Topinion  de  quelques  interprètes  juifs 
qui  expliquent  ce  verbe  hébreu  produire  de  rîen.  » 
Nous  croyons  devoir  fairç  observer  /ju'il  y  a  dans  le 


beau  passage  où  la  mère  des  Machabées  dit 
à  un  de  ses  fils  que  Dieu  a  créé  de  rien  le 
ciel,    la   terre   et  tout  ce   qu'ils  contieh- 
nent(48(').  De  plus,  la  version  arabe  Ta  tra< 
duit  par  un  verbe  qui  signifie  rigoureuse- 
ment  créer.  C'est  aussi  le  sens  que  lui  ont  at- 
tribué,  d'un  accord  presque  unanime,  les 
rabbins  les  plus  savants  (11^85),  les  interprètes 
chrétiens,  protestants  et  catholiques.  11  serait 
inutile  et  superflu  de  reproduire  ici  leurs 
témoignages;  cependant  il  en  est  un  que 
nous  pouvons  d'autant  moins  passer  sous  si- 
lence que  son  autorité  doit  être  décisive  pour 
la  plupart  de  nos  adversaires  ;  nous  voulons 
parler  de  celui  de  W.  Gesenius,  si  connu 
par  son  savoir  philologique  et  ses  principes, 
rationalistes.  Après  avoir  exposé  les  diffé- 
rents sens  du  verbe  hébreu  bara,  ce  savant 
«goûte  :  Quelques-uns  prétendent  que  de  Té- 
tymologie  et  de  la  signification  propre  de  ce 
verbe  on  peut  conclure  que  l'auteur  du  pre- 
mier chapitre  âe  la  Genèse    a  voulu  nous 
parler,  non  point  de  la  création  ex  niAifo, 
mai$  d'une  simple  disposition  de  la  matière, 
qui  est  éternelle.  Cependant,  d'après  ce  que 
nous  venons  de  dire,  il  paraît  clairement  que^ 
ce  verbe  employé  à  la  forme  kal  a  unje  signi- 
fication tout  à  fait  différente  de  son  sens  pri- 
mitif, et  qu^l  signifie  la  production  d'un  ob- 
jet nouveau ,  plutôt  que  le  simple  arrange- 
ment et  la  simple  disposition  d'une  matière 
déjà  existante.  D'ailleurs^  là  liaison  du  dis- 
cours dans  toute  cette  section  prouve  clairer. 
ment  que,  dans  le  premier  verset  de  la  (?«- 
nèse^  il    s'agit  de  la  création  première  ex 
nihilo  de  ce  monde  à  l'état  informe  et  gros-» 
sier,  tandis  que,  dans  les  autres  versets  de  ce^ 
même  chapitre,  il  est  question  de  la  dispo- 
sition et  de  l'arrangement  de  cette  masse 
chaotique.  C'est  ainsi  que  l'ont  entendu  les 
rabbins,  les  écrivains  dû  Nouveau  Testament 
et  la  mère  des  Machabées,  contrairement  au 
sentiment  de  l'auteur  du  livre  de  la  Sagesse 
(xi,  17),  qui,  imbu  des  doctrines  des  Grecs^ 
suppose  que  la  matière  est  éternelle  (U6). 

On  objecte ,  il  est  vrai,  que  les  Septante 
n'ont  pas  cru  que  Moïse  voulût  parler  d'une 
véritable  création,  puisqu'ils  ont  rendu  Ibé- 
breu  BARA  par  a  fait ,  mais  cette  conséquence, 
paratt  bien  peu  logique.  Procope  de  Gaze  so 
plaignait  déjà  de  son  temps,  que  quelques- 
uns,  abusant  de  cette  traduction  des  Septante„ 
prétendaient  que  Moïse,  instruit  à  l'école  des 
Egyptiens,  croyait  que  l'univers  avait  été. 
formé  d'une  matière  préexistante,  et*  qu'il 
avait  voulu  nous  inculquer  ce  sentiment  en 
l'inscrivant  au  commencement  de  son  li- 
vre (487).  Mais  cette  difficulté,  pour  6tre  an- 
texte  do  rabbin  \tjrand  nombre^  la  plupart. 

(486)  G.  Gesenii  Thésaurus  philologicus  critienSf  clc, 
p.  236.  Cette  dernière  phrase  de  Gesenius  contient 
une  erreur;  le  contexte  çt  le  but  deTauteurde  h 
Sagesse  prouvent  jusqu^à  Tévidenoe  que  le  sens  de 
ce  fiassage  est,  que  non-seulement  uicu  a  créé  la 
malière,  mais  encore  qu*il  Ta  sagement  disposêi^ 

^487)  Voy.  les  paroles  de  Procope,  traduites  en 
latin,  dans  J.  H.  Hott»grr  {Bist.  créât,  examê» 
tMoL  philolog.,  p.  18),  et  plus  complètement  dans 
les  remarques  que  le  P.  Soucie t  a  aioutèes  à  Toa* 


'* 


GL> 


ET  DE  PALEaNTOLOGlE. 


GLA 


«"0 


cienne»  n'en  est  pas  plus  solide.  En  effet,  il 
tàiMi  eoDsidérer  qa'il  en  est  en  grec  comme 
en  hétireoy  et  généralement  comme  dans  ton- 
tes les  langues;  Fusage  permet  et  veut  même 
2ue  Ton  donne  à  un  mot  une  signification 
tfférente  de  celle  que  son  étymologie  semble 
exiger,  el  c*est  pour  avoir  oublié  ou  négligé 
eette  loi  sacrée  de  linguistique,  que  1  on  a 
TouJu  attribuer  également  au  verbe  baba  la 
signification  de  créer.  C'est  donc  par  Tusage 

2ue  les  Grecs  ont  fait  du  mot  ir«  tîy  qu  il 
lui  juger  du  sens  qae  les  Septante  ont  réel- 
lement prétendu  v  attacher  au  premier  ver- 
set de  la  Genèse.  Or,  c*est  incontestablement 
un  idiotisme  de  leur  langue,  que  de  se  ser- 
vir du  verbe  faire  dans  le  sens  de  créer ^  et 
técîproquenient  d'employer  le  verbe  créer^ 
en  lui  donnant  la  signification  de  faire.  Té- 
moin cet  article  du  symbole  de  Constantino- 
ple  :  Je  crois  en  un  seul  Dieu,  créateur  du 
ciel  U  de  la  Urre;  article  où  le  terme  grec 
9M«r%9,  à  la  lettre  factorsm^  est  pris  néces- 
Miremeet  dans  le  sens  de  creaiorem;  per- 
sonne n'oserait  en  douter. 

D'un  autre  côté,  en  vertu  du  même  prin- 
eipe  de  linguistique  que  nous  venons  d'in- 
voquer, on  donnait  au  mot*  qui  signifie  pro- 
prement créeTf  le  sens  de  faire  une  chose 
d'une  autre  qui  existait  déjà;  l'auteur  du 
livre  de  la  Sagesse  nous  en  fournit  un  exem- 
ple frappant,  lorsqu'il  dit  :  //  n'étaii  pas 
difficile  à  voire  main  loute-puissante^  qui  a 
créé  tout,  lemonde  éCune matière  informe^  etc. 
Les  mots  tout  le  monde  désignent  évidem  - 
ment,  en  effet,  tout  ce  qui  a  été  tiré  de  la 
terre,  et  ces  autres  matière  informe^  ne  pou- 
vant s'appliquer  qu'à  la  terre,  laquelle  était 
primitivement  informe  et  nue^  selon  le  texte 
même  de  laCenete,  il  suit  nécessairement 
que  le  verbe  créer  n'a  ici  d'autre  sens  que 
celui  de  fair coproduire  an  moyen  d'une  ma- 
tière déjà  existante. 

Beaucoup  d'interprètes,  tant  catholiques 
que  protestants,  objectent  encore  que  le 
terme  hébreu  baba  a  été  employé  plusieurs 
fois  dans  le  récit  même  de  la  création,  pour 
les  verbes  faire,  former  de  quelque  chose,  et 
que  par  conséquent  il  ne  signifie  point  par 
lui-même  extraction  du  néant.  C'est  en  par- 
ticulier le  sentiment  du  P.  Mariana,  et  celui 
de  l'abbé  de  La  Chambre,  que  nous  avons 
déjà  cités.  Voici  comment  ce  dernier  s'ex- 
pliifue  sur  cette  question.  «  'La  force  du 
mot  hébreu  baba  n'emporte  pas  avec  elle 
cj-troetion  du  néant.  U  faut  dire  la  même 
chose  du  mot  latin  creare,  et  du  mot  fran- 
çais créer.  Souvent  ces  termes  signifient 
simplement  former  d'une  matière  préexis- 
tante. C'est  dans  ce  sens  que  saint  fiasilc 
(W8)  a  expliqué  les  paroles  de  Moïse.  Il 
dit  positivement  qu'il  y  avait  déjà  quelque 
chose  avant  la  formation  du  monde  visi- 

vrage  de  R.  SiiDOo,  intitulé  :  Crilique  de  la  Biblio- 
TBCQCE  Bcs  ACTCcis  ECCLÉsusTiQDCs  dc  M.  Dejnn. 
(•M8)    HoMÊélie   premièTe  sur  (^ouvrage  des   $ix 


(489)  Ici  |f  fiaranl  auteur  ajoute  :  <  Faiit-ii  un  pah- 
M^e  iHus  forniel  ?  En  voici  un  au-dessus  de  toute 
-■_  ,  1^  Scifneurcréq  (en  hébreu  tara)  rhomttts 


ble....  Il  est  inutile  d'objecter  que  le  mot 
BABA  sienifie  extraction  du  néant.  Moïse  lui- 
même  lui  donne  un  autre  sens.  En  parlant 
de  Dieu,  qui  commande  aux  eaux  oe  pro- 
duire les  poissons,  il  dii:  Le  Seif/neur  créa 
de  grands  poissons  {Gen.  i,  20, 2J  )  ;  creavii 
en  latin  et  baba  en  hébreu;  or,  il  est  clair 
ou'il  ne  les  tira  pas  du  néant  puisqu'il  les 
forma  de  l'eau  («89).  » 

Il  est  vrai  que  les  termes  baba,  creore, 
créer,  sont  les  seuls  dont  on  puisse  se  ser* 
vir  pour  exprimer  l'ex^rac/tofi  du  nù$nt. 
Mais,  comme  ils  sont  équivoques,  on  ne  peut 
dire  que  Moïse  leur  a  donné  ce  sens,  à 
moins  qu'il  ne  vienne  nous  dire  lui-même 
que  c'est  sa  pensée,  ou  qu'il  n'y  ait  dans 
son  discours  quelque  chose  qui  nous  dé* 
termine  à  le  croire.  Or,  Moïse  ne  dit  rien 
qui  puisse  faire  entendre  que  ce  soit  là  sa 
pensée.  Tertnllien,  en  proavant  contre  Her- 
mogène  que  la  matière  est  tirée  du  néant , 
convient,  après  avoir  parlé  des  livres  de 
Moïse,  que  l'Ecriture  n  est  point  claire  sur 
cet  article,  non  pronuntiavit  Scriptura  super 
hoc  ex  nihilo  facta  esse  ornnia  (490). 

Sans  chercher  à  ramener  les  textes  cités 
de  saint  Basile  et  de  Tertullien  à  un  sens 
qui  ne  serait  point  défavorable  à  notre  thèse, 
nous  nous  bornerons  à  montrer  qu'on  au- 
rait tort  de  prétendre  que  le  verbe  baba 
désigne,  dans  le  récit  cosmogonique ,  la 
simple  conformation  ou  disposition  d*une 
chose  déjà  existante.  Nous  en  convenons  pour 
Iatroisièmeformeoucopjugaison(ptAe/),mais 
nullement  pour  la  jiremière  {kal).  Car,  quoi 
qu'on  en  aise,  il  n'est  pas  un  seul  exeni- 
ple  biblique  de  cette  première  forme  où 
l'idée  de  création  proprement  dite  ne  se 
trouve  renfermée;  et,  quant  au  passage 
(Gen.  I,  21,)  allégué  par  Tabbé  de  La  Cham- 
bre, et,  après  lui,  par  Rosenmûller,  il  nous 
a  paru  bien  mal  choisi,  vu  qu'il  s'a^t , 
dans  cet  endroit,  d'une  véritable  création. 
Le  texte,  en  effet,  ne  dit  pas  que  l'eau  fôt 
la  matière  ex  qua  de  la  formation  et  de 
l'organisation  des  poissons,  comme  il  l'ex- 
prime si  formellement,  lorsque  Dibu  forma 
le  (!orps  de  l'homme  du  limon  de  la  terre 
(II,  7). 

RosenmiUler  n'a  pas  été  plus  heureux 
dans  la  citation  du  chap  xuii,  7  ;  d'i^irte, 
car,  dans  ce  passage,  l'éloquent  prophète, 
loin  de  vouloir  établir  la  synonymie 
de  BABA  et  de  tatsab  et  hasça,  mar- 
que, au  contraire,  la  gradation  de  ces 
trois  verbes,  dont  le  premier  désigne  l'ex- 
traction du  néant  ;  le  second,  la  formation, 
la  disposition,  et  le  troisième,  Yaekhement, 
la  confection  pleine  et  entière.  A  la  vérité, 
plusieurs  enc&oits  de  \9iGenise  (i,  â6;  h,  h) 
où  il  est  question  de  l'origine  du  ciel, 
de  la  terre  et  de  l'homme,  semblent  prou- 

dm  limon  de  la  terre.  {Gem^  n,  7).  >'C*est  mbs  coa- 
tredit  par  ioatteolion  que  rahbé  de  La  Cbaabre  a 
cité  ce  passage  ;  car  le  texte  hébreu  porte  non  point 
le  verbe  iaba,  miis  tatsab,  fonner,  façonner. 

(490)  Trailé  de  la  vérilaHe  rétinien ,  t.  IV , 
p.  244^247. 


671 


GL\ 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GLA 


C^ 


ver  que  baea  n*cst  qud  le  synonyme  de 
UASÇA,  qui  signifie  faire^  former.  Hais  si 
l'on  examine  avec  attention  ces  passages, 
on  verra  aisément  que  les  deux  verbes  ont 
|)U  être  employés  réciproquement  Tun  pour 
rautref  sans  qu'U  y  ait  entre  eux  une  vé- 
ritable synonymie,  car  le  ciel  et  la  terre, 
étant,  aussi  bira  que  Tbomme,  composés 
de  plusieurs  substances,  dont  les  unes  ont 
été  tirées  immédiatement  du  néant,  et  les 
autres  d*une  matière  déjà  créée.  Moïse  a 

Eu  employer  indifféremment  les  deux  ver- 
es  pour  marquer  leur  origine. 

EnGn  les  critiques  et  les  interprètes,  dont 
nous  venons  de  parler,  soutiennent  que 
lURA  ne  signifie  point,  dans  son  sens  primi- 
tif, /tVfr,  extraire  du  néanty  faire  de  rien  {ex 
nihilo  productio)^  puisque  même  les  auteurs 
grecs  et  latins,  qui  ont  inventé  le  mot  créer 
en  leurs  langues ,  n*ont  pu  lui  attacher  ce 
sens,  d*autant  plus  que  ce  que  nous  appe- 
lons aujourd'hui  création  ou  production  de 
rien  leur  a  été  tout  à  fait  inconnu  ((^91).  ' 

C*est  en  effet  une  question  qui  a  été  fort 
agitée,  que  celle  de  savoir  quel  a  été  le  vrai 
sentiment  des  anciens  philosophes  sur  le 
dogme  de  la!  création.  Mais  cette  question 
ifest^elle  point  indépendante  de  celle  qui 
nous  occupa  en  ce  moment?  Etserait-il  bien 
logique,  par  exemple,  de  vouloir  expliquer 
Moïse  par  Platon,  c'est-à-dire  de  prétendre 

Sue  le  législateur  des  Hébreux  n'a  pu  avoir 
es  idées  et  des  doctrines  autres  que  celles  du 
philosophe  grec  ?  Ainsi,  il  ne  s'agit  nulle- 
ment de  connaître  l'idée  exacte  et  précise 
que  se  formaient  les  païens  de  la  création, 
mais  plutôt  de  savoir  comment  Moïse  et  les 
Hébreux  entendaient  ce  point  de  doctrine. 
Or,  il  faut  s'aveugler  volontairement  pour 
ne  point  reconnaître  que  iamais  terme 
obscur  ii*a  reçu  d'explication  plus  claire  et 
plus  satisfaisante  que  celui  qui  fait  l'objet 
de  cette  discussion. 

En  effet,  quel  commentaire  à  la  fois  plus 
riffoureux  et  plus  lucide  que  la  formule 
itiéme  qui  exprime  la  création  des  divers 
êtres  qui  reçoivent  l'existence?  Dieu  dit  :  Que 
la  lumière  soii^  et  la  lumière  fut...  Dieu  dit 
encore  :  Que  la  terre  se  couvre  ie  verdure^ 
ft  la  terre  $e  couvrit  de  verdure...  Dieu  dit 
auêêi  :  Que  les  eaux  fourmillent  d'une  multi- 
tude d'étreg  animés;  et  que  des  oiseaux  vo- 
lent sur  la  terre  et  s'élèvent  dans  les  airi.  Et 
DiKU  créa  les  grands  poissons^  etc.,  et  toutes 
sortes  d'oiseaux.  11  n'est  pas  possible,  en 
effet,  de  mieux  exprimer  le  pouvoir  et  l'acte 
créateur;  la  puissance  divine  opère  par  le 
3eul  vouloir,  et  sans  employer  ni  matière, 
ni  sujet,  ni  instrument. 

Noua  trouvons  dans  d'autres  écrivains  sa- 
crés cette  même  explication  du  mot  créer. 
Le  Psalniiste,  invitant  les  justes  à  célébrer 
les  louanges  du  Seigneur,  donne  ce  motif  : 
H  a  parlée  et  toutes  choses  ont  été  faites;  il  a 
commandé^  et  elles  ont  été  créées  (492).  Dans 

(49!)  lf4RiA!i.c  fit  Geueùm  Scholia,  p.  2. 
(492)  P$.  XXXII,  9. 

(193^  Judith.  XVI,  17;  la  Vul^ate  porte  texliiellc- 
nient  do  même  que  le  grec  :  mi$i9ti  spiriium  tnum, 


son  beau  cantique,  Judith  nous  donne  1^ 
même  idée  de  la  création  lorsqu'elle  s'écrie* 
Que  toutes  vos  créatures  vous  obéisteni;  mr 
vous  avez  parlé^,  et  toutes  choses  ont  éUfah 
tes;  vous  avex  envoyé  votre  sou^s^  ttdtu 
ont  été  créées  (1^93).  Au  contraire,  dans  tou^ 
les  écrits  des  philosophes  anciens,  on  ne 
saurait  nous  montrer  un  seul  passage  où 
l'ori^ne  des  choses  soit  racontée  de  celte 
manière.  Et  si  Ton  nous  demande  la  raisoa 
de  cette  différence,  nous  répondrons  que  les 
Hébreux,  étant  le  seul  peuple  de  l'antiquité 
qui  ait  bien  connu  l'unité,  la  spiritualité, 
1  éternité  et  la    toute-puissance  de  Disd, 
sont  aussi  le  seul  peuple  qui  ait  cru  à  l« 
création  proprement  dite;  l'un  est  la  consé- 
quence de  l'autre.  Aussi  voyons-nous  toutes 
les  nations  de  la  terre,  qui  n'ont  point  eu 
une  notion  juste  et  exacte  de  ces  attributs 
de  la  Divinité ,  supposer  que  le  monde  est 
éternel,  que  Dieu  est  l'âme  de  l'unirers,  que 
les  Ames  numaines  en  sont  unejportion,  el 
par  une  conséquence   inévitable ,  que  le 
monde  n'a  pas  été  tiré  du  néant,  c'est-à-dire 
créé  de  rien. 

Nos  adversaires  auraient  voulu  que  pour 
exprimer  la  création  sans  équivoque,  Moïse 
eût  dit  gue  le  monde  avait  été  fait  di  nn; 
mais  qui  ne  voit  au  contraire  1  amphibolo- 
gie que  présente  cette  expression?  Les  JuiEs» 
auxquels  son  livre  était  destiné,  hommes 
pour  la  plupart  ignorants  et  grossiers,  n'aa- 
raient-ils  pas  confondu  (comme  l'ont  fait  au 
reste  des  philosophes  mêmes),  la  cause  el* 
ci  ente  avec  la  matière  ex  qua?  C'était  oa 
danger  inévitable  que  le  sage  législateur  de- 
vait  prévenir. 

Ou  nous  nous  trompons  d'une  manière 
bien  étrange,  ou  il  résulte  clairement  de 
celte  discussion  que  la  philologie  ne  saurait 
nous  fournir  aucun  argument  solide  contre 
le  sentiment  généralement  reçu,  que  dans 
le  récit  de  la  cosmogonie  mosaïque,  leverii} 
BARA  exprime  la  création  proprement  dite, 
Yextraction  du  néant. 

Ce  serait  peut-être  ici  le  cas  de  montrer 
que  le  mot  Èlouih  n'implique  point  la  pia- 
rali té  des  dieux;  mais  nous  réservons eette 
discussion  philologique  pour  le  moment  oii 
traitant  de  la  création  de  l'homme,  nos) 
aurons  à  expliquer  le  pluriel  du  verbe/ûâow» 
dont  le  sujet  est  Dieu. 

IH.  Les  mots  ciel  et  terre^  qui  forment  le 
complément  du  verbe  dans  le  premier  m« 
set  de  la  Genèse^  étant  en  hébreu  déterminés 
par  l'article,  et  précédés  de  la  particule  ew 
tnrme  primitivement  et  proprement  dé- 
monstratif, mais  qui  le  plus  souvent  ne  se 
traduit  pas,  signiQent  nécessairement  refw' 


terprètes  qui,  détachant  le  premier  ter>r 
du  suivant,  ne  voient  dans  ces  deuî  nioi^ 
que  la  matière  première,  que  les  éléwer.i? 

qoî  est,  selon  nous,  pour  :  mistsfi  smriUim  oris  /£'. 
comme  on  Ut  au  P$.  xxxn,  6,  d'où  les  paroW« 
Judith  ont  été  évidemment  empruntées. 


«T$ 


€LS 


ET  DE  PALEONTOIX)GIE. 


€LA 


r4 


primitifs,  que  Dieu  aurait  crées  avant  tout» 
et  dont  il  se  serait  servi  pour  former  le  reste 
des  créatures.  Comment,  d*ailleurs,  se  Ggu* 
rer  Teiistence  d*un  ciel  avant  la  création  de 
rétendue,  de  Tospace,  de  Tait,  de  la  lumière 
et  des  astres?  Ne  sont-ce  point  là,  aucoi>- 
traire,  les  éléments  constitutifs  d'uû  ciel 
tel  que  nous  pouvons  le  comprendre?  De 
même,  qu*est-ee  qu*une  terre  qui  n*a  aucune 
des  conditions,  aucune  des  propriétés  es- 
sentielles h  Tètre  que  nous  concevons  sous 
ce  terme? 

Une  preuve  manifeste  que  ces  mots  ne  se 
trouvent  employés  ici  que  par  anticipation, 
e*e8t  que  les  choses  qu'ils  expriment  ne  re- 
çurent que  plus  tard  leur  origine  et  leur 
dénomination.  Ainsi,  ce  fut  seulement  au 
second  jour  que  le  nom  de  ciel  fut  donné  à 
l^étendue  et  a  l'espace  que  Dieu  venait  de 
créer;  et  au  troisième,  que  la  partie  lerme 
du  glot)e  fat  appelée  terrif  lorsqu'à  la  voix 
toute-puisaante  du  Créateur,  les  eaux  qui  la 
couvraient  se  furent  retirées  en  un  seul  lieu 
et  eurent  reçu  elles-mêmes  le  nom  de 
mers. 

Quant  au  sens  étym(»logique,  le  mot  du 
texte  scHAVATiif,  €ietÂXf  dérive  d'un  verbe 
inusité  en  hébreu,  mais  dont  l'analogue  en 
arabe  désigne  Yélévation^  la  kauteur.  Le  nom 
KmETs,  si  on  veut  l'expliquer  par  l'a- 
rai>e,  désigne  quelque  chose  de  &(m,  d'infé- 
rieur ;  signification  qui  lui  convient  d*autant 
mieux  qu'elle  forme  un  contraste  parfait 
avec  celle  de  schamaim,  cieL  On  peut  remar- 
quer ici  avec  quel  naturel,  quelle  simplicité, 
mais  en  même  temps  avec  quelle  exactitude, 
Moïse  s'exprime  dans  son  récit.  On  sentira 
curtout  un  peu  plus  bas  l'importance  de  cette 
observation. 

IV.  —  Les  mots  qui  c(Mnmencent  et  ceux 

3ui  terminent  le  second  verset  offrent  des 
ifficultés  philologiques  assez  embarras- 
santes pour  les  exégètes  ;  de  là  le  peu  d*ac- 
cord  qui  règne  entre  eux  pour  en  assigner 
la  véritable  signiflcation.  Les  termes  hé- 
breux TOflou  vABOHou  out  été,  selou  nous» 
parfaitement  rendus  dans  la  Vulgate  par 
tiuinit  et  vaeua,  c'est-à^lire  informe  et  nuf, 
£n  vain,  des  interprètes  verront-ils  dans  ces 
mots  Texpression  d'une  révolution  et  d'une 
dévastation  de  notre  globe,  pour  en  con- 
clure que  Ho'ise  a  voulu  parler,  dans  son 
premier  verset,  d'une  époque  bien  anté- 
rieure à  celle  dont  il  parle  dans  son  second. 
£o  vain  diront-ils,  en  faveur  de  leur  opinion, 
qn'isaïe,  annonçant  la  désolation  future  de 
1  Idumée,  se  sert  de  cette  même  expres- 
sion (xxxiv,  f  I)  ;  nous  répondrons  que  le 
but  du  prophète  n*a  pas  été  de  peindre,  par 
cette  image,  l'acte  même  du  ravage  et  de  la 
destruction  de  l'Idumée  par  s^s  ennemis 
vainqueurs,  mais  l'état  de  dépouillement  et 
de  nudité  complète  aui  doit  suivre  la  dévas- 
tation. Un  passage  de  Jérémie.  justifie  plei- 
nement notre  explication  :  /'at  vu  ta  terrcj 
ei  je  n*y  ai  trouve  qu^un  chaoe  et  qu'un  tide 
affreux  (tohou  vabohou).  J'ai  regardé  les 
^ieuXf  et  ils  étaient  sans  lumière.  J  ai  vu  les 


montagneSf  et  eUes  tremblaient  :  fai  ru  lee 
collineSf  et  elles  étaient  ébranlées.  J'ai  jeté 
les  yeux  de  toutes  parts^  et  il  n'y  avait  pas 
Mn  seul  homme;  tous  les  oiseaux  même  du 
ciel  s'étaient  retirés.  J'ai  vu  le  Carmel  lui' 
même  changé  en  un  désert:  et  toutes  les  viliee 
détruites  devant  la  face  de  Jéhovah,  et  parle 
feu  de  sa  colère  (iv,  23-26).  Il  est  évident,  en 
effet,  que  le  prophète  a  voulu  représenter 
la  terre  réduite  au  premier  état  de  nudité  et 
de  stérilité  où  elle  fut  créée,  c'est-à-dire 
sans  ornements,  sans  hommes,  sans  animaux, 
et  couverte  de  ténèbres.  Si  nous  devions 
faire  ici  l'office  de  commentateur,  nous  ajou- 
terions d'autres  témoignages  bibliques  à 
l'appui  de  notre  explication  ;  mais  ceux  que 
nous  venons  de  rapporter  s'ont  sulfisants 
pour  notre  objet. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  au  scrupula 
des  critiques,  qui  rejgardent  comme  cho^ 
quant  d'imaginer  queTËtre  souverainement 
sage  ait  créé  le  chaos,  qui  n'est  autre  chose 

Sue  le  désordre  ;  une  seule  considération 
oit  le  faire  évanouir.  Quand  même  l'Etre 
souverain,  qai,  à  ce  seul  titre,  ne  doit 
conipte  de  ses  œuvres  à  personne,  n  aurait 
eu  aautre  dessein  que  de  faire  mieux  ap- 
pré«:ier  à  l'homme  l'ordre  et  la  belle  har- 
monie du  monde  actuel,  en  le  lui  présentant 
comme  sorti  du  désordre  et  du  chaos,  sa 
sagesse  infinie  serait  entièrement  à  l'abri  de 
tout  reproche. 

Les  derniers  mots  de  ce  même  verset 
n'offrent  pas  moins  de  difllcultés.  Et  d'abord 
les  anciennes  versions  ne  sont  nullement 
d'accord  sur  la  manière  de  les  rendre.  Les 

Î paraphrases  chaldaïques  d'Onkélos  et  do 
.  onathan,  de  même  que  la  version  arabe^ 
y  compris  l'édition  d'Erpénius,  l'ont  entendu 
d'un  vent  qui  souiBait  sur  les  eaux  et  les 
agitait.  Plusieurs  Pères,  entre  autres  Ter- 
tullien  et  Théodoret  (494),  suivis  d'un  certain 
nombre  d'interprètes  tant  juifs  que  chré- 
tiens, ont  adopté  ce  sentiment,  vers  lequel 
nous  inclinons  nous-mêine,  pour  les  motifs 
que  nous  allons  exposer. 

Tout  le  monde  convient  que  le  nom 
de  Dieu  ajoutée  un  nom  lui  donne  souvent 
la  force  et  la  valeur  d'un  superlatif.  Ainsi 
l'expression  du  texte  sacré  Rouah  Elohim, 
que  l'on  rend  généralement  par  Vesprit  de 
Dieu,  peut  fort  bien  signifier  uti  vent  violent. 
La  question  se  réduit  donc  uniquement  à 
savoir  si  c'est  ici  réellemen*  son  sens.  La 
raison  qui  nous  porte  à  le  croire  est  le  moi 
suivant  hbrabefbth,  qui  lui  sert  d'attribut, 
•et  qui,  quoi  qu'on  en  dise,  ne  saurait  signi- 
fier autre  chose  que  s'agitamt.  En  effet,  ce 
même  mot  se  présente  dans  le  Deutéronome 
(xxxii,  11),  où  il  est  appliqué  à  l'aigle,  qui, 
pour  exciter  ses  petits  a  voler,  agite  et  se- 
coue ses  ailes  au-dessus  d'eux.  Le  verbe 
d'où  ce  mot  dérive  ne  se  trouve  qu'une  seule 
fois,  c'est  dans  Jérémie^  xxiu,  9.  Or,  dans  ce 
passage  encore,  il  signifie  évidemment  Vor 
^i/aa'on;  car  le  prophète,  après  avoir  dit.: 
Mon  -eeeur  a  été  brisé  au  milieu  de  mai,  ajoute 
immédiatement  :  Tous  mes  os  se  sont  agiêée 


(194)  TtaTVtL.,  Canrr.  Hermogen.^  c.  5S;  TflRMOiirf,  QuiStL  8,  in  Cems. 


<7S 


eu 


MCùËMOCùyiE 


CL.% 


(Rasavoc).  Aussi,  non-seulement  le  Targum 
et  lu  rersion  syriaqnet  mais  encore  les 
Septante  et  la  Vnlgate  elle-même  ont  traduit 
es  ce  sens  eaniremmerwmi  Çk9S),  En  vain 
Toudrait-on  recourir  aux  idiomes  syriaque 
et  arabe,  pour  attribuer  un  autre  sens  à  ces 
mots;  les  lois  de  rherménentique  s'y  oppo- 
sent ;  car  elles  prescrirent  impérieusement 
dVxpliqucr  rbébreu  par  l'bébreu  liii-ocême, 
toutes  les  fois  qn*il  j  a  possibilité  de  le 
faire.  Or,  il  n*y  a  évidemment  ici  aucun 
obstacle. 

On  sent  bien  que,  donnant  au  mot  mahs- 
Fcra  le  sens  d^agUer^  nous  ne  pouvons  con- 
venablement assigner  à  son  sujet  celui  d*e»- 
ÎrU  de  Dnu  ;  la  disparate  entre  les  deux 
iées  nous  paratt  par  trop  étrange  et  par 
trop  choquante.  Nous  voudrions  an  moins 
trouver  un  autre  passage  de  la  Bible  qui  fût 
de  nature  à  nous  foire  vaincre  notre  répu- 
gnance. Voilà  la  cause  principale  et  même 
unique  qui  nous  a  porté  à  ne  voir  en  cet 
endroit  qu*un  simple  vent  par  lequel  Dieu 
agitait  la  surface  des  eaux  (496). 

D^autres  traduisent  Texpression  de  Tori- 
ginal  par  le  souffle  de  Dieu  ;  cette  traduction, 
comme  on  le  voit,  tout  en  rendant  servile- 
ment la  lettre  du  texte,  n'offre  aucun  sens 
clair  et  précis  k  Pesprit,  et  elle  aurait  be- 
soin elle-mAme  d*une  interprétation. 

Mais  le  sentiment  qui  attribue  aux  paroles 
du  texte  original  le  sens  rigoureux  de  Tei- 
ptit  de  Dieu  est  le  plus  généralement  reçu  ; 
3e(dndant  tous  ceux  qui  le  partagent  ne 
Texpliquent  pas  de  la  même  manière.  En 
effet,  les  uns,  en  partant  de  Tidée  que  cette 
npression  désigne  assez  souvent  dans  fE- 
cnture  la  vertu  divine,  qui,  quoique  invi- 
sible, comme  le  soufBe  et  le  vent,  pénètre 
toute  la  nature,  anime,  vivifle  et  iéconde 
tous  les  êtres,  veulent  qu*elle  simifie  ici  la 

fuiêsance  créatrice^  c'est-à-dire  l'efficace  de 
opération  divine  qui  préparait  les  eaux 
de  la  terre  à  la  fécondité  ;  et  les  autres, 
parmi  lesquels  on  peut  compter  la  plu- 
part des  Pères,  l'entendent  du  Saint-Esprit 
même,  inspirant  la  chaleur  et  la  vie  aux 
eaux  dont  le  monde  nouveau  devait  sortir. 
Pour  nous,  nous  le  répétons,  il  nous  f)a- 
ratt  difficile  de  concilier  l'idée  de  l'Esprit- 
Saiot  même,  inspirant  la  chaleur  et  la  vie 
aux  eaux  dont  le  monde  nouveau  devait 
sortir.  11  nous  parait  difficile  de  concilier 
l'idée  de  l'Ësprit-Saint  avec  aucune  le  celles 

(i95)  Gesenius  dit  à  ce  sojet  (Thetanr.,  p.  1283)  : 
c  LXX.  Yolg.  Taiig.  Pescb.  eonîrendêcunt  mers  con- 
jectura ex  conteittt  ducta,  quae  taroen  coni  relique 
verbi  uso  non  satis  r4>ngniit.  i  Or,  cet  usage  se 
réduit  aux  deux  seuls  passages  de  la  Genèu  et  du 
DeutéronotMe  dont  le  sens  est  précMmeot  contesté. 
C*est  bien  plutôt  Gesenius  luî-méme  qui  traduit  par 
pure  conjecture;  car  après  avoir  expliqué  le  verbe 
nébren  par  :  fovii  puHos  avis,  incubmî  putlis ,  il 
ajMite  :  <  Dein  vaiUaviî  super  pullos,  >  comme  si 
cette  dernière  signification  pouvait  eiégétiquement 
se  dédoire  de  la  première. 

iiW)  Le  savant  P.  Mariana  ne  paratt  pas  eroire 
4a on  puisse  douter  de  la  vérité  de  ce  sens,  lors- 
qo^n  dit  d*une  manière  si  affirmative  :  <  Aer  inquie- 
|os  erat  :  Sriaivos  DowRi ,  id  est,  ventua  a  Deo  ex- 


que  Ton  peut  attacher  au  mot  menkfetk  : 
car^  qu'on  l'entende  dn  mouvem^i  ii*Qn 
oiseau  qui  étend  ses  ailes  sur  ses  petits  pour 
les  couvrir,  on  pour  les  exciter  et  les  ares- 
ser  à  voler;  on  même  de  la  manière  donr 
il  échauffé  ses  oeufs  pour  les  animer  ^ 
les  faire  éclore,  on  ne  saurait  l'appliquer 
convenablement  à  l'Esprit-Saint  Si  toutefois 
le  respect  si  légitimement  dû  au  témoignage 
des  samts  docteurs  de  l'Ef^ise  nous  portait 
k  embrasser  leur  opinion  sur  ce  point,  nous 
ne  pourrions  le  fSure  qu'en  prenant  les  pa- 
roles du  texte  biblique,  non  point  dans  le 
sens  littéral,  mais  dans  le  sens  spirituel. 

y.  Le  mot  jour^  en  hébreu  toh,  setronve 
répété  deux  fois  dans  le  verset  cinquième, 
et  pris  évidemment  dans  deux  sens  diffé- 
rents. D'abord,  il  est  oonaidéré  comme  sj" 
noujrme  de  lumière,  puisqu'il  est  dît  :  Et 
Ihsu  appela  ta  lumière  jour.  C'est  1«  partie 
du  temps  où  il  fait  clair,  et  que  les  Latins 
ont  exprimée  par  dîA.  C'est  en  ce  sens  en* 
core  qu'il  est  pris  dans  Zaekarie^  ch.  xjv, 
vers.  7,  et  peut-être  aussi  dans  /o6,  m,  5< 
£n  second  lieu,  il  est  employé  comme  une 
certaine  durée  de  temps^  resMce  qu'embrasse 
le  soir  réuni  au  matin,  om  1  espace  de  vingt' 
quatre  heures,  qui  chez  nous  est  compris 
entre  midi  et  minuit,  et  minuit  eV  midi  ; 
c'est  le  vut6éfttpav  des  Grecs. 

On  a  voulu  entendre  ce  mot  pris  dans  le 
dernier  sens,  d'un  long  espace  de  temps  in« 
déterminé,  d'une /ipofve.  Mais  on  n'a  pas 
considéré  qu'il  faudrait  nécessairement  dans 
ce  cas  que  le  mot  hébreu  fût  au  pluriel. 
Anssi  est-ce  avec  raison  que  Rosenmûller 
conclut  du  récit  de  Moïse  (ju'il  serait  difli*' 
cile  d'exprimer  d'nne  manière  plus  précise 
et  plus  claire,  qu'il  s'a^ptici  d'un ^'oiif  as* 
/tire/,  et  nullement  d'un  espace  qu  embras- 
serait un  grand  nombre  de  jours  ou  d'an- 
nées (497).  On  prend,  il  est  vrai,  assez  sou- 
vent dans  l'Ecriture  le  mot  jour  pour  un 
moment  ou  uii  temps  indéterminé,  ce  qni  < 
lieu  également  dans  les  autres  langues; 
mais  alors  il  y  a  toujours  dans  le  contexte 
Quelque  indice  de  cette  accej^tion  ;  ainsi  on 
cfit  fréquemment  :  un  jour  y  il  iC  arriva  que  ; 
un  jour  viendra:  au  jour  où  ;  pour  à  un  cff' 
tain  temp$f  il  arrivera;  un  temps,  un  moment 
viendra:  lorsque.  Nous  n'insisterons  pts 
davanta^je  sur  ce  point  ;  il  ne  saurait,  à 
notre  avis,  offrir  une  difficulté  sérieuse  à 
un  bébraïsant  (496). 

dlatus,  sine  adiectîoue  Domiai  manilndinan  Mrii 
^U8  intelligit  :  Pm/ni.  lxvii,  motu  Dei  rnorn  fi»9^- 
Itaque  vastus  spiritus  et  aer  rsncBATun,  agitalniur  * 
id  proprie  signidcat  hebraicum  sic  liet»raeu&  (kioicla} 
merahepheth  significal  molionem  et  agitaiionem,i  (/* 
Gen.  SchoL^p.  2.) 

(497)  f  Dtem  mtelligendum  esse  naturalem,  n^ 
que  vero  plurium  si^e  dierum,  sive  annorun  spi' 
tium,  viz  disenius  dedarari  potuit  bac  formab.  > 
(Schol.  in  Geji.,  i,  5.) 

(498)  Quelques  inierprètes  donnent  encore  f^ 
preuve  ce  passage  de  I  £xode  :  c  Pendant  six  )0ht9 
lu  pourras  travailler...  mais  le  se^èoDe  est  na  joar 
de  repos  qui  doit  être  consacré  à  rEiernel  ton  Diec* 
Car,  en  six  jours  rEteriiel  a  fait  le  ciel,  la  terre, 
la  mer,  et  tout  ee  qu'ils  contiennent,  et  il  t'en  re- 


m 


€LÀ 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GU 


671 


VL  Nous  trouvons  dans  les  versets  sui- 
vants des  termes  qui  Ont  d*autant  plus  be- 
soin d'être  expliqués,  que  les  incrédules  s*en 
softt  servis  pour  attaquer  la  véracité  du  ré^ 
cit  mosaïQue.  D'abord^  le  mot  hébreu  ra* 
QUH,ren(lu  dans  nOs  versions  par  firmament^ 
signifie  proprement  étendue  [expansum^  ;  car, 
eutre  que  le  verbe  dont  il  dérive  signifie 
battre^  frapper  une  lame  de  métal,  et  de  là 
rétendre  f  la  rendre  ductile  en  la  frappant ^ 
tous  la3  passages  où  il  se  trouve  confirment 
pleinement  ce  sen§.  D'ailleurs,  l'explication 
qu*en  donne  Moïse  lui-même  enlève  tonte 
espèce  de  doute  à  cet  égard ,  puisqu'il  en 
fait  un   svnonyme  de  Ciel^    lorsqu'il  dit, 
que  DiBO  tut  donna  le  nom  de  ciel.  Or,  nous 
avons  déjà  vu  que  le  mot  ciel  signifie  lui- 
même  hauteur^  élévation^  c'est-à-dire  une 
vaste  étendue  de  bas  en  haut.  Seulement, 
OAGiAH  igoute  à  cette  idée  celle  d'une  éten- 
due horizontale,  que  lui  donne  sa  propre 
étymologie. 

Ainsif  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué 
ailleurs  (499),  Moïse  ne  pouvait  choisir  un 
terme  plus  propre  à  peindre  l'objet  qu'il  vou- 
lait exprimer;  car,  dès  que  nous  élevons  les 
3"eux  oe  la  terre,  ce  qui  nous  frappe  unique- 
inent«  c'est  cet  espace  immense,  cette  vaste 
étendue  dans  Laquelle  la  vue  semble  se  per- 
iire.  Quelques  traducteurs  ont  rendu  le  mot 
hébreu  par  atmosphère^  qui,  sans  y  répondre 
d'une  manière  tout  à  fait  exacte  et  complète, 
l'explique  cependant  assez  bien,  puisque 
r*est  dans  cette  étendue  ou  espace  crue  se 
trouve  contenue  l'atmosj^hère,  c'est-à-dire 
la  couche  qui  enveloppé  je  globe  terrestre 
et  contient  les  vapeurs  aqueuses  qui,  en  s'é- 
levant  de  la  terre,  se  condensent,  se  rappro- 
chent, forment  les  nuages,  les  brouillards, 
les  pluies,  la  neige,  la  grêle  et  la  rosée. 

il  résulte  de  cette  explication,  c|ue  créer 
cette  étendue  ou  atmospnère,  c'était  donner 
à  ces  vapeurs  un  milieu  qui  pût  les  recevoir 
et  les  séparer  des  eauiL  des  mers.  Il  résulte 
encore  que  par  les  eaux  supérieures  dont  il 
parle  au  verset  7,  Moïse  entendait  évidem- 
luenl  ces  vapeurs  aqueuses  de  l'atmosphère, 
et  par  eauxxnférieures^  celles  qui  forment  les 
mers.  Il  résulte  enfin  que  rien  dans  tout  ce 
récit  ne  prouve,  comme  le  prétendent  nos 
adversaires,  que  Moïse  ait  cru  que  les  cieux 
étaient  Une  voûte  solide. 

Quant  à  certaines  expressions  répandues 
Jans  la  Bible,  et  qu*on  pourrait  nous  op- 
f)Oser,  nous  dirons  que  ce  sont  de  pures 
3)étaphores  qui  se  trouvent  dans  toutes 
es  langues*  et  sur  le  vrai  sens  desquelles 
e  peuple  hébreu  ne  pouvait  nullement  pren- 

^osé  le  septième  jour  ;  c*est  pourquoi  il  a  béni 
e  joor  de  ee  repos  et  Ta  déclaré  saint  (xx,  9-ii  ).  > 
lais  cette  preuve  nous  semble  peu  conchiante;  car 
3rs  aftéme  qu'il  8*agirait  d'époques  dans  le  récit  de 
I  créaiHMi,  rien  n^empèdieraUd'y  comparer  les  sept 
jors  de  la  semaine. 

(499)  Le  Pentatenque  avu  une  traduction  fran- 

tme^  «le.,  I.  I"  Genêsc,  p.  9. 


(5ÔO}  TAeMur.  phitotog.  erilic,  p.  I5f9. 

(50I  )  Cette  expmsion,  comme  on  va  le  voir  im- 

lédtalcmeDt,  est  ^ussi  susceptible  du  sens  de  avec 


dre  le  change.  Gesenius  Ini-même  reconnaît 

3 ne  dans  la  description  poétique  qu'ils  font 
u  firmament,  les  Hébreux  parient  le  langage 
vulgaire,  bien  qu'ils  sachent  parfaitement 
qu'il  renferme  quelque  chose  d'inexact  (500). 

VII.  A  la  parole  toute-puissante  du  Créa- 
teur, la  terre  se  trouve  couverte  de  verdure, 
de  plantes  renfermant  de  la  semence  féconde,  { 
et  d'arbres  chargés  de  fruits  (vers.  11-12).  * 
Ici  se  présente  pour  la  première  fois  l'ex- 
pression LEMiNO ,  que  1  on  rend  générale- 
ment par  selon  son  espèce^  mais  qui,  à  notr^ 
avis,  signifie  à  la  lettre  avec  son  ressemblant: 
et,  ajoutée  aux  arbres  fruitiers,  désigne  les 
arbres  semblables  en  tout  à  ces  derniers,  et 
qui  en  différent  seulement  par  les  fruits  qu'ils 
ne  portent  point  comme  eux.  Sans  cela  on 
serait  en  aroit  de  demander  qui  a  créé  les 
arbres  et  les  plantes  sauvages  (501). 

De  même  au  verset  21,  où  il  est  question 
de  la  création  des  animaux,  cette  expression 
signifie  également  avec  leurs  irmÂfaMea, 
c'est-à-dire  avec  leurs  femelles.  Car  autre- 
ment où  trouverait-on  la  création  des  f^ 
melles?  et  d*aillenrs  cette  explication  n'est* 
elle  pas  suffisamment  indiquée  par  ce  qui 
suit  immédiatement?  EtDnu,..  les  bénit  en 
disant  :  Soyez  féconds^  nmltipliez^ous.  Il 
nous  semble  qu  il  n'y  a  pas  Hou  d'en  douter» 
quand  on  compare  les  versets  27  et  28,  où  il 
est  dit  textuellement  en  des  termes  mutuel- 
lement équivoques  :  £t  Dieu  créa  Vhomme 
à  son  image;  il  les  dféa  méUe  et  femeUe^ 
it  leur  dit  :  Soyez  féconds^  multipliet^^wms. 

Ce  n'est  pas  ici  le  Jieu  de  monter  com- 
bien rinterprétation  selon  leur  espèce^  selon 
leurs  espèces^  est  peu  fondée  sous  le  rapport 
grammatical  et  lexicographique  ;  nous 
créons  l'avoir  fait  suftisamment  aillenrs 
(502);  mais  nous  devons  faire  remarquer 
(}ue  tout  en  retenant  le  nom  d'espèce,  cette 
interprétation  n'en  établit  pas  la  réalité,  ou 
bien  elle  nous  la  représente  sous  une  idée 
vague,  incomplète,  et  par  là  même  très-favo- 
rable aux  définitions  erronées  de  certains 
naturalistes;  car,  pour  constituer  Tespèce, 
if  faut  absolument  le  concours  des  deux 
sexes,  mâle  et  femelle;  concours  d'ailleurs 
parfaitement  établi  (lar  notre  traduction  : 
avec  sa  femelle^  avec  leurs  femelles. 

VIII.  Il  ne  sera  pas  inutile  de  faire  ooser- 
ver  ici  que  dans  le  verset  20,  rendu  ordinai- 
rement par  :  Que  les  eaux  produisent  des 
êtres  antmés^  etc.,  le  sens  littéral  est  :  Quê 
les  eaux  abondent^  soient  remplies^  fourmil- 
lent (scateant)  d^ êtres  animés:  et cpie par  con- 
séquent les  eaux  ne  sont  ici  ni  la  matière 
ex  fiMi,  ni   la  cause  efficiente  oit  créatrice 

sa  femelle.  Nous  aimerions  encore  mieux  supposer 
que  Moïse  a  réellement  parlé  des  deux  sexes  des 

Sntes,  que  d'admettre  la  traduction  ordinaire,  i#- 
ion  espèce^  pour  les  motifs  exposés  dans  cette 
discussion  même. 

f502)  Yoy.  Le  Pentat.  avec  nne  traénçtion  fran- 
çatu^  etc.,  1. 1'%  GcNÈss,  p.  0-il.  Introduet.  histor. 
et  erit.  aux  livret  de  CAneien  et  du  Nouveau  Testa 
ment.^  1. 1«',  AacaaoL  bisl..  p.  128;  et  Leme»  heèt. 
et  ékaîd.,  p.  524,  925, 2«  édit. 


679 


CTOÛ 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


CEO 


des  poissons,  etc.  Cette  dernière  est  assez 
clairement  exprimée  dans  le  verset  suivant, 
où  il  est  dit  :  Ce$l  ainri  que  Dieu  créa  les 
grandi  monstres  marins^  etc.  Quant  à  la  ma- 
tière ex  ^gua,  le  terme  même  BARi,  créa, 
Terclut  entièrement. 

GLAUCONIE  GROSSIÈRE.  Foy.  Parisien. 

GLAUCOME  SABLEUSE.  Voy.  Albibm. 

GLAUCONIE  CRAYEUSE.  V.  Cénomaniev. 

GLAUCONIE  INFÉRIEURE.  F.  Subssonien. 

GLEIG  (ÉvÊQUB  anglican),  interpréta^ 
tion  du  récit  de  la  création. — Voy  Bucrland. 

GLYPTODON.  Voy.  Mammifères. 

GODEFROY(503).— La  théorie cosmogoni- 
que  de  cet  auteur  est  une  des  plus  audacieuse- 
inent  téméraires  qui  aient  été  imaginées 
dans  le  but  de  concilier  la  science  moderne 
avec  la  Genèse.  Aussi* cette  théorie,  loin 
ct*opérer  la  conciliation  désirée,  n*aboutit 
qu*a  compromettre  le  livre  sacré.  11  serait 
bien  étrange,  en  effet, qu'un  livré  écrit  sous 
rinspiration  divine  n  eût  été  compris  par 
personne  pendant  plus  de  3,500  ans,  et  n*eût 
pu  Tètre  qu*au  19*  siècle ,  à  Tépoque  des 
systèmes  les  plus  opposés,  les  plus  aventu- 
reux, les  plus  incertains,  dans  un  siècle  où 
une  science  orgueilleuse  et  voulant,  à  tout 
prix,  se  passer  de  Dieu,  se  livre  à  tout  le 
dévergondage  de  ses  spéculations  insensées. 

C'est  un  bien  triste  labeur,  en  vérité ,  que 
d*aller  prendre  les  rêves  cosmogoniqucs  et 
toutes  le3  témérités  scientifiques  de  notre 
temps,  pour  nous  les  présenter  comme  la 
traduction  fidèle  ou  le  commentairedu  texte 
sacré.  Rien  n'égale,  comme  nous  le  montrons 
dans  divers  articles  de  ce  Dictionnenre^  l'au- 
dace de  ces  interprétations  qui  sont  la  con- 
fusion la  plus  incroyable  du  langage  humain. 
On  en  aura  une  Idée  en  lisant  l'analyse  dé- 
taillée que  nous  allons  donner  du  livre  de 
M.  Godefroy,en  l'accompagnant  de  quelques 
observations. 

«  Le  premier  de  tous  les  livres  porte  ins- 
crit en  tète  le  nom  mystérieux  de  l'Etre 
éternel  et  créateur;  et  dans  cette  première 
de  toutes  les  cosmogonies,  le  ciel  et  la  terre 
ont  une  même  origine,  et  leur  naissance 

£  récède  tous  les  temps  :  Au  commencemeni 
Heu  créa  le  ciel  et  la  terre.  Tel  est  le  début 
de  la  Genèse. 

a  Alors  le  Livre  des  générations  du  ciel  et 
de  ta  terre  nous  révèle  ce  qu'était  la  création 
en  ce  premier  instant  de  la  nature  :  une  ma- 
tière informe ,  un  abtme  dans  les  ténèbres  ; 
mais  Tesprit  de  Dieu  se  portait  au-dessus 
de  ces  éléments,  et  la  lumière  fui.  C est  le 
premier  jour.  >» 

Non,  la  création  tout  entière  n'était  point 
telle  que  vous  Tinsinuez  ici,  une  matière  ins 
forme f  un  abtme  dans  les  ténèbres:  cela 
n'est  dit  que  de  la  terre  seule  :  Terra  auiem 
erat  inanxs  et  vacua^  etc. 

«  Ainsi,  d'après  la  Genèse ,  la  lumière  est 
le  premier  produit  de  la  création ,  et  son 
a|)parition  date  du  premier  jour  ou  de  la 
première  époque  de  la  nature,  p 

La  lumière  n'est  pas  le  premier  produit 

(505)  La  eosmogonie  de  la  févélution  ou  ieê  quatrepremieri  jours  de  la  Genèse  en  présence  de  la  science 
moderne^  «•  éJit.,  1847. 


de  la  créatien  ;  le  contexte  s'oppose  à  cette 
opinion.  La  terre  et  les  eauxi  sont  videm- 
ment  créées  et  nommées  avant  que  Dieu 
prononce   le /Sa/  lux. 

«  C'est  en  présence  de  nouvelles  doctrines 
scientifiques  que  nous  discuterons,  en  les 
comparant  avec  ces  nouvelles  doctrioes,|tous 
les  faits  que  renferme  Tbistoire  des  premiers 
Ages  du  monde.  C'est  en  présence  des  intes- 
tigations  de  rastronomie,de  la  physique,  dcila 
chimie  et  de  la  géologie,  aue  nous  allons  in- 
terroger les  archives  sacrées  sur  la  condition 
primitive  de  l'être  un  et  multiple  nommé  uni- 
vers, et  sur  les  lois  primordiales  qui  ont  pré- 
sidé à  l'organisation  du  ciel  et  de  la  terre. 

«  Nous  reprenons  le  récit  historique ,  que 
nous  citerons  toujours  textuellement. 

«  Au  commencement  Dieu  créa  le  ciel  et 
la  terre,  in  princinio  creaviê  Deus  cctiumtl 
terram.  (Gen.  i,  1.) 

«  Si  la  ressemblance  du  çlobe  terrestre 
avec  les  autres  globes  planétaires  décèle  une 
origine  commune ,  l'état  actuel  de  l'astrono- 
mie ne  nous  permet  pas  de  douter  que  le 
soleil  lui-même  n'ait  une  génération  pa- 
reille à  celle  de  ces  planètes  ou  satellites* 
qui  ont  tant  d'analogie  avec  lui  par  leur 
forme,  leur  mouvement,  leur  densité,  etc. 
Mais  notre  système  solaire,*  malgré  son 
immense  étendue,  n'occupe  qu'un  point 
dans  l'espace  :  des  mille  millions  d'autres 
soleils  brillent  comme  lui  de  leur  lumière 
propre.  C'est  ce  vaste  univers ,  ou  ce  grand 
tout  résultant  de  l'ensemble  des  étoiles  ou 
soleirs ,  et  des  planètes  ou  satellites,  que  le 
Créateur,  ^au  commencement  des  temps  fit 
jaillir  du  néant  par  un  seul  acte  de  sa  toute- 
puissante  volonté. 

«  Cependant  ce  ciel  du  commencement  et 
cette  terre  créée  en  même  temps  que  le  ciel 
ne  sont  pas  le  ciel  et  la  terre  que  nous 
voyons;  car,  d'après  la  Genèse  encore,  la 
première  formation  du  ciel  et  la  constitution 
définitive  de  la  terre  ne  datent,  l'une,  que 
du  deuxième,  et  l'autre,  que  du  troisième 
jour  ;  et  ce  n'est  que  le  quatrième  jouf  que 
le  soleil,  la  lune  et  les  étoiles,  c'esl-à-dire 
tout  ce  qui  constitue  le  ciel,  brillent  dans 
le  champ  de  la  création.  La  création  du  ciel 
et  de  la  terre  du  commencement  des  temps 
n'est  donc  que  la  création  de  la  matière  cons- 
titutive du  ciel  et  de  la  terre.  )» 

Ainsi  Moïse,  dans  le  premier  verset  et  dans 
le  second,  donue  le  nom  de  ciel  et  celui  de 
terre  à  ce  qui  n'est  en  réalité  ni  l'un  ni  l'au- 
tre, mais  seulement  la  matière  élémentaire  du 
ciel.et  de  la  terre,  ilsemble  que,  si  Moïse  avait 
voulu  désigner  la  prétendue  mcuière  consii' 
tutive  que  vous  supposez  ,  rien  sans  doute 
ne  lui  aurait  été  plus  facile  que  de  le  dire, 
en  employant  d'autres  termes  que  cœlum  ei 
terra  qui  ne  peuvent  s'entendre  ainsi  qu*(  n 
faisant  la  plus  grande  violence  au  texte.  iVon 
est  probabile  materiam  solam  sine  forma  créa- 
tam  esse,  nec  talis  vocari  posset  cœlumf  <iil 
Cornélius  à  Lapide  [Curs.  compl.  t.  V,  col. 
128).    Aussitôt  après  le  premier   verset, 


GOD 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GOD 


6tt 


Ibise  ajoute  :  Terra  auiem  erai  inanis  tt 
vaeuoy  etc.  Cette  forme  du  récit  ne  permet 
pas  d'admettre  Tinlerprétation  forcée  à  la- 
quelle vous  avez  recours;  Moïse  nomme  ici, 
séparément  du  ciel,  la  terre  dont  la  création 
a  été  expressément  désignée  dans  le  premier 
Yerset.  Deux  choses  très-distinctes  sont  évi- 
demment mentionnées  comme  créées  au 
commencemenif  le  ciel  et  la  terre.  De  ces  deux 
choses  Moïse  négli^^e  la  première,  le  ciel» 
pourne  s'occuper  que  de  la  seconde,  la /rrrf. 
£t  cette  terre  existe,  est  créée  et  distinguée 
du  ciel  9  puisqu'elle  est  inanis  et  tacua,  c  est- 
l^lire  MMU  arbres^  sans  fruits  et  sans  aucun 
ornement  ^traduct.  du  P.  de  Carrières)  et  que 
de  plus  elle  est  recouverte  par  les  eaux. 

«  Cette  doctrine,  comme  nous  l'apprenons 
de  saint  Augustin,  est  celle  des  anciens  in- 
terprètes, qui,  par  ces  mots,  le  ciel  et  la 
TsamE,  ont  entendu  la  matière  dont  ont  été 
formés  le  del  et  la  terre,  et  toutes  les  mer- 
Teilles  que  renferment  le  ciel  et  la  terre  ; 
la  matière  de  tous  les  corps  de  la  nature,  des 
globes  lumineux  et  des  slobes  opaques.  Et 
le  grand  interprète  de  1  Ecriture  fait  voir 
qu*eo  effet  il  n'est  pas  possible  d'entendre, 
partes  premières  paroles  de  la  Genèse,  au- 
tre chose  que  la  matièbe  do  ciel  et  de  la 
TCEBE,  nisi  nuUeriam  cali  et  terrœ,  la  matière 
qui  allait  servir  à  la  formation  du  ciel  et  de 
la  terre,  id  est  materiam  quœ  cœli^st  terrœ 
fermuun  capereposset  ;  et  qu'il  faut  dire  avec 
Ions  les  interprètes,  sous  peine  de  tomber 
dans  l'absurde,  que  Dieu  a  d'abord  c<'éé  la 
matière  du  ciel  et  de  la  terre ,  et  qu'ensuite 
il  a  donné  la  forme  à  cette  matière.  » 

Saint  Augustin,  dans  ses  Confessions  (1.  xn, 
c.  20  et  28,  et  I.  i  deGen.  contra  Manich.^  c. 
7),  émet  effectivement  cette  opinion.  Mais  le 
Berne  Père  dit  (I.  i  deGen.  ad  litt.^  c.  ik)  : 
kmu  materiam  eodem  instanti  temporis  fuisse 
sma  forma  donatam  et  omatam^  et  lib.  n  Ih 
Ctr.  D.,  c.  9,  il  entend  par  cœlum  les  anges, 
el  par  terram  la  première  matière  informe , 
ee  qui  fiait  dire  à  Cornélius  à  Lapide  :  Prius 
eu  musticum^  posterius  improbabile.  Corné- 
lius â  Lapide  est  loin  de  se  ranger  au  senti- 
ment de  saint  Augustin.  Ce  commentateur 
€tit  :  Maxime  prooabile  est^  per  cœlum  sic 
isuMigi  primum  et  summum  ^  scilicet  empy^ 
remm^  quod  Paulus  vocat  calum  tertium^ 
Jtmeideœtum cœlif  quodque  sedes  est  beatorum^ 
mii  poMsim  omnes  docent.  (Curs.  compl.  t.  Y, 
eol.  138.)— Cornélius  à  Lapide  ajoute  :  Est 
kmt  sententia  B.  Clementis^  accepta  ex  ore  S. 
Feiris  ut  ipse  aithi  Reeognit.;  Origenis  hic  Ao- 
amI.  1  ;  Theodoretij  Alcuini,  Rabbani,  Lyranij 
FkitoniSf  M,  De  mundi  opificio^  S.  Hilarii 
m  pe.  cxxxv  ;  Tkeophili  Antiocheni  ad  Anta^ 
è^ekum  1.  u  ;  Junilii  ^-Bedœ^  Abulens,  Cathor 
rmi,  Straei  m  glossa  ord.  hicj  S.  Anselm. 
L  I  Ae  imagine  mundi^  c.  28  ;  5.  Bonav.  in  2  ; 
dist.  12;  Ruperti  1. 1  in  Gen.f  c.  6;  Gulielmt 
Paris.  1,  p.  I,  De  universo^  c.  31  et  U).  Aiex. 
Alemsm   p.   ni   Suaifiur  théologie. ^  quœst.  43; 


memb.  2;  Hugon.  Victor  in  Sent,  tract.  2f 
1  ;  Brunonis  Carthus.  Patriarchœ  l.i  de  No^ 
vis.j  c.  2;  Lud.  Molinœ  i  p.,  qu  86,  sub  ini» 
tium  operis  primat  diei  mundi  ^  et  aliorum; 
adeo  ut  S.  Bonacent.  hanc  sententiam  asserat 
esse  communiorem^  Catharinus  vero  esse  veris-- 
simam  {loc.  cit.  col.  129).  —  Vous  voyez  que, 
quoique  voiis  en  disiez,  il  s'en  faut  bien  que 
vous  ayez  pour  vous  le  sentiment  de  tous  les 
interprètes. 

«  Quel  était  l'état  de  cette  matière  du  ciel 
et  delà  terre?  C'est  ce  que  le  livre  divin 
nous  révèle  tout  d'abord.  Dès  le  second  ver- 
set, nous  sommes  avertis  que  la  terre  du 
premier  jour  était  à  l'état  simple,  qu*elle 
était  VIDE  ET  TAi!iE,  i!fcoiiPosÊE,  ct  que  la 
création  tout  entière  n'était  alors  qu'un 
abtme  invisible,  ou  une  matière  ditfuse, 
impalpable.  » 

Ainsi  le  terra  autem  erat  inanis  et  tacua 
veut  dire  non  que  la  terre,  mais  la  création 
tout  entière  n'était  qu'une  matière  diffuse , 
impalpable.  Quel  incroyable  bouleversement 
du  langage  I 

«  Cette  terre  vide  et  vaine^  dans  la  Vulgate, 
intisible  et  incomposée  dans  la  version  des 
Septante,  n'est  qu'un  vide  et  un  rien  xhu^ 
Mi  «v^»  dans  la  traduction  d'Aquila,  une  m- 
formité  et  une  nullité  nvôv  7«i  oOdtv  dans  la 
traduction  de  Théodotion,  une  matière  diffuse 
et  inerte  «^yôv  wc  «^npirov  dans  celle  dehym- 
maouê;  et  nous  apprenons  de  MM.  Cbaubard 
et  Marcel  de  Serres  que  le  texte  chaluaïque 
porte  mot  pour  mot  :  alors  la  terre  étMt 
matièrt  informe  à  tétat  de  molécules  élémen- 
taires :  et  la  version  samaritaine ,  qui  est 
l'ancien  texte  hébreu,  une  matière  divisée 
jusqu'à  être  impalpable ^  jusque  Fannihi' 
latton  (59i),»  interprétation  étrangement  exa- 
gérée et  adoptée  pour  les  bénins  du  sys- 
tème. Le  P.  de  Carrières,  se  conformant 
au  sens  qui  s'offre  d'abord,  et  qui  est  pré- 
senté |)ar  le  commun  des  interprètes  qui 
n'ont  pas  de  théories  préconçues,  oit  simple- 
ment :  «  La  terre,  en  sortant  du  néant,  était 
informe  et  toute  nue,  sans  arbres,  sans  fruits, 
sans  aucuns  ornements.  »  C'est  ce  que  font 
entendre  les  mots  hébreux  tohu  vauohu^  et 
c'est  ainsi  qu'ils  ont  été  traduits  par  Jona- 
thas  le  chaldéen,  par  les  Septante,  etc. 

«  Or,  d'après  la  Genèse^  cet  état  de  nature 
première  n  est  pas  seulement  celui  de  la  terre 
du  premier  jour;  c'est  encore  l'état  de  la 
création  tout  entière  :  l'universalité  de  la 
création  n'était  alors  qu'un  abîme,  une  masse 
inerte  de  matière  diffuse.  La  lumière  elle- 
même,  ce  premier  produit  de  la  création, 
n'était  pas  encore  :  les  ténèbres  régnaient 
sans  partage  sur  l'abime  unique  du  ciel  et 
de  la  terre,  sur  l'abtme  du  ciel  dont  la  dispo- 
sition première  date  du  deuxième  jour;  sur 
l'alilme  de  la  terre  qui  n*est  distinguée  et 
séparée  ou  détachée  de  l'abtrae  unique  du 
premier  jour,  que  par  ce  deuxième  jour  de  la 
création.  » 


(504)  M.  CaAirBAAn,  Elém.  de  CéoL^  p.  37,  38.  <  on  état  de  diffusion  qoi  irait  jasqu'à  rimperceptî- 

c  iufermis  et  seriformis^  diaprés  le  texte  de  Tlié-  t  bililc  ou  rincomprébensibililé.»  (M.  M.  de  Suies, 

.  Le  lexle  samaritain  emploie  d^autres  exprès-  De  la  Ci^mog.  de  Mmse  eomp,  aux  faits  géoiof.p 

qui  préseDlent  œ  qui  fut  plus  tard  la  terre  dans  p.  50.)  (GoDsraoi .) 

Dicn0!f.  PF  C0SM0G05I8  BT  DE  PaLE05TOLOGIB.  23 


605 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


M* 


«  L'universalité  de  la  création,  dites-vous, 
ifétait  alors  qu'un  abime ,  uue  masse  inerte 
(le  matière  diffuse  » 

Cornélius  à  La|nde  réprouve  ce  senti- 
ment. «  Improbabile  est,  dit-il,  quod  cen- 
sent  Gabriel,  in  13,  dist.  lâ,q.  I,  et  Marsil., 
ibidem,  chaos  hoc,  sive,  ut  sapiens  loquitur, 
materiam  informem  fuisse  materiam  primam. 
Tel  solara;  vel  certe  informalam  tantum  for- 
ma quadara  rudi,  obscura,  generali  et  com- 
muni  corporeitatis,  ita  ut  tantum  esset  in 
potentia  ad  oranes  particulares  formas  su- 
scipiendas,  ut  censuit  Abalensis.  Ex  hoc  enim 
Mosis  locO'^^onstat,  primitus  fuisse  ereatam 
terram  et  cœlum  :  ergo  materia  primitus 
creata  non  fait  form»  expers,  sed  particu- 
lari  cœii  et  terr»  forma  induta  et  imbuta.  > 
(Curs.  lompl.y  t.  V.  col.  132.) 

Et  les  ténèbres  étaient  sur  la  face  de  rabtme. 
Vous  entendez  i>ar  (Ufîme  la  même  chose 
que  par  le  terra,  du  môme  verset,  et  par  le 
cœlun  et  terram  du  premier  versot,  c'est-à- 
dire  une  masse  inerte  de  matière  diffuse.  Ce 
sentiment  est  rejeté  par  Cornélius  à  Lapide 
comme  nous  venons  de  le  voir.  Il  est  en 
vérité  bien  étrange  qne  Moïse  ait  pris  tant 
de  détours,  ait  eraf>loyé  tant  de  termes  im- 

f propres  et  qui  devaient  donner  si  longtemps 
e  change  sur  sa  pensée,  pour  dire  qu'au 
commencement  Dieu  créa  une  immense 
masse  de  matière  gazeuse,  chaotique,  impal- 
pable» qui  remplissait  l'espace  sans  bornes, 
et  que  c'est  avec  cette  matière  élémentaire 
qu'ii  fit  le  ciel  ou  les  astres  et  la  terre.  C'est 
la  fameuse  hypothèse  astronomico-chimique 
que  les  panthéistes  et  les  naturistes  ont  ima- 
ginée pour  expliquer,  sans  Dieu,  la  formation 
du  monde  matériel.  Le  vulgaire  des  commen- 
tateurs a  entemlu  tout  simplement  que  les 
ténèbre  étaient  sur  la  face  de  Vabime,  c'est- 
i-dire  sur  la  face  de  l'abîme  d'eau  où  \di  terre 
était  absorbée,  suivant  le  P.  de  Carrières.  On 
comprend  qu'un  abîra»  d'eau  ait  une  face  ou 
surface,  et  que  cette  surface  soit  dans  les 
ténèbres,  mais  comment  comprendre  la /ac« 
d'une  matière  à  Yétat  de  gazj  de  tapeurs  émi- 
nemment subtiles,  d'ime  matière  divisée  ju^-- 
m  à  être  impalpable,  jusque  l'aMnihilatton? 
Est-ce  qu'un  amas  de  gaz  et  de  vapeurs  émi- 
nemment subtiles  peuvent  s'appeler  un 
abîme?  L'atmosphère  est-elle  un  abtme?  Et 

{>eut-on  dire  d'une  matière  gazéifiée  jusqu*à 
'annihilation  qu'elle  a  des  ténèbres  ou  de  la 
lumière  à  sa  surface  ? 

Et  V esprit  de  IHeu  se  portait  sur  les  eaux 
(trad.  de  M.  Godefroy).  «  Nous  devons  dire 
et  nous  dirons  tout  d'abord  que,  sous  ce  nom 
d^eaux^  nous  entendons  la  même  chose  que 
sous  le  nom  d'abîme,  c'est-à-dire  la  matière 
informe  de  l'univers.  )»  (P.  15.) 

Ainsi  le  mot  aquœ,  les  eaux,  a  ici  exacte- 
tfient  la  même  signification  qne  le  cœlum  du 
premier  verset,  que  le  terra  et  Vabyssus  du 
second  verset;  ctel,  terre,  abîme,  eau,  quatre 
mots  synonymes  dans  le  langage  de  Moïse  I 
M.  Godefroy  voit  partout  et  en  tout  la  ma* 
tière  élémentaire,  son  hypothèse  a  les  plus 
impérieuses  exigences,  il  ne  recule  devan 
aucune  interprétation  pour  y  satisfaire.  Le 


P.  de  Carrières,  bien  plus  sobrement,  a  tnr   - 
duit  :  L  esprit  de  Dieu  était  vorté  sur  hs  emx, 
Us  disposant  à  produire  Us  créatures  qui] 
en  voulait  former. 

Mais  que  faut-il  entendre  pa.  ces  mots  : 
r esprit  de  Dieu?  Plusieurs  commentateurs 
entendent  un  vent  violent,  un  vent  deDiev, 
une  montagne  de  Dieu,  etc.,  en  hébreu, 
signifie  un  grand  vent,  une  haute  mon!a-;ne* 
Presque  tons  les  Pères  veulent  que  ce  "soit 
le  Saint-Esprit  lui-même,  ou  la  troisième 
personne  de  la  sainte  Trinité,  et  l'Eglisea 
consacré  cette  interprétation  dans  la  Wné 
diction  des  fonts,  lorsqu'elle  dit  :  Tu  supef 
ùquas  foturus  cas  ferebaris. 

Pour  M.  Godefroy,  ce  n'est  ni  le  xent  \A 
le  Saint-Esprit,  Nous  avons  déjà  vu  trois  ou 

Juatre  énigmes  que  Moïse  a  données  à 
eviner  à  ses  lecteurs,  et  qui  n'auraient  été 
devinées  que  de  notre  temps  ;  en  voici  uce 
cinquième  dont  M.  Godefroy  a  tout  aussi 
heureusement  trouvé  le  mol  que  pour  les 
précédentes.  Selon  lui ,  par  spiritut  Dei, 
Moise  déôij^ne  le  calorique!!! 

a  Dans  la  cosmogonie  sacrée,  l'esprit  do 
Dieu  qui  se  porte  au-dessus  des  eaux ,  est 
le  principe  actif  de  la  création  ;  et  dans  cette 
cosmogonie,  c'est  de  l'action  incessante  de 
cet  esprit  de  Dieu,  ou  du  principe  calorifique, 
que  procèjent  toutes  les  opérations  de  la 
Sagesse  créatrice,  pendant  les  quatre  jours 
consacrés  à  l'organisation  des  mondes,  ou 
de  tous  les  globes  de  l'univers.  »  Qu'en  pense 
Cornélius  à  Lapide?  «  Pro  ferebatur  (éM\) 
hebraice  est  merachephet,  quod  teste  S. 
Basilio,  Diodoro  et  Uieronymo  in  Quaést. 
bebraic.  in  Genesim,  est  volucrum,  dum 
super  ova  et  pullos  quasi  pendulœ  leniler 
agitatione  alarum  se  librant»  motitant,  et 
volitant  (unde  ArabicaBiblia  babent  :ro(ï(a- 
bat,ulale8se  gerebat,  alissenhovebat:ChalààiCS 
vero,  insufflabat),  iisque  deinde  incubant, 
calorem  aspirant ,  fovent  et  animant.  Pari 
modo  Spiritus  sanctus  superferebatur,  vel, 
utTertull.  legit,  supervetlabatur  àquis,  non 
loco  aut  motu,  sed  omnia  superante  ac  pra- 
cellente  potentia ,  sicut  superfèrtur  rébus 
fabricandis  voluntas  et  idea  artiQcis,  inquil 
S.  Augustinus,  1.  i  jDe  Genesi  eut  liU.y  c.  7.  » 
{Curs.  compl.y  t.  V,  col.  133). 

D'après  le  système  d'inierprétatîoA  de 
M.  Godefroy,  voici  comment  les  trois  pre- 
miers versets  du  i)remier  chapitre  de  la 
Genèse  devraient  se  traduire. 

1.  <c  Au  commencement,  Dieu  créa  la  ma* 
tière  gazéiforme  ou  nébulaire  dont  il  fit  plus 
tard  le  ciel  et  la  terre.  » 

a 2.  Terra autem,  or  la  terre...  impossible 
de  traduire  ainsi  ;  il  ny  a  pas  encore  de 
terre;  il  n'v  a  que  la  matière  nébulaire; 
terra  signine  donc  encore  ici  la  matière 
nébulaire  dont  la  terre  comme  le  ciel  sera 
faite,  laquelle  terre  n'est  distinguée  et  sé- 
parée ou  détachée  de  rabtme  vnique  don! 
elle  fait  partie  en  ce  moment  que  le  deuxième 
jour  de  la  création  (p.  6).  —  Il  faudrait  donc 
traduire  ainsi  c^  second  verset  ;  t  Or,  k 
matière,  dont  la  terre  devait  ôlre  faite ,  était 


m 


WD 


ET  DB  PÂLEdMTOLOGIE. 


GOD 


inmit  et  raetia^  c'est-à-dire  à  l'état  nébulaire 
ou  gazéiforme.  » 

Hais  c'est  ce  que  disait  déjà  la  premier 
verset,  suivant  M.  Go<iefroy,  et  d'après  lui, 
te  verset  ne  peut  signifier  autre  chose. 

<  Les  ténèbres  étaient  sur  la  face  de  la 
uatièrp  nébulaire,  et  le  calorique  se  portait 
à  la  surlilce  de  cette  Uiéme  nïatière.  » 

3.  «  Et  Dieu  dit  :  Que  la  lumière  soit  et 
ia  lumière  fût.  » 

Après  avoir  examiné  la  valeur  de  Tinter- 
préiaiion  du  texte  sacré  pour  les  trois  pre- 
miers versets  de  la  Genèse,  au  point  de  vtte 
de  riiypotlièsB  de  M.  Godefroy,  nous  allons 
entrer  avec  lui  dans  le  domaine  de  la  science. 
Serons-nous  plus  satisfaits?  voyons. 

Llnterpréiaiion  du  texte  sacré  de  la  Genèse 
par  M.  Godefroy,  n'est  autre  chose  que  Tap- 
pliiation  des  théories  scientifiques  modernes 
a  ce  texte. 

0  Cet  ordre  de  création  si  éloigné  de  nos 
idées  et  de  nos  conceptions  (il  est  vrai  qu'on 
croit  rêver  en  voyant  celui  que  vous  avez 
inia^^iné],  celle  suite  méthodique  d*opéra- 
tions  successives  si  longtemps  inintelligible, 
se  trouve  mervei^lleusement  d'accord  avec 
des  faits  qui  ne  devaient  être  connus  que 
dans  le  xix'  siècle  (p.  Si-).  » 

Ainsi^  jusqu'aujourd'hui,  c'est-à-dire  pen- 
dant 3,500  ans,  on  n'avait  point  compris  et 
J  on  ne  pouvait  comprendre  le  récit  gêné- 
siaciael  M.  Godefroy  ne  met  pas  un  instant 
en  doute  que  la  science  moderne  ne  soit  dé- 
finitivement la  science  infaillible.  Tout  est 
(rouré,  tout  pst  découvert,  tout  est  dit  en 
matière  de  cosmogonie,  de  géo^nie,  de 
physique,  de  chimie,  d'astronomie,  etc.  Et 
c;Hto  merveilleuse  science  du  xix^  siècle 
n'est  autre  chose  que  ïe  commentaire  du 
premier  chapitre  de  la  Genèse.  Nous  avons 
TU,  en  effet ,  comme  le  texte  sacré  se  plie 
beureusement  à  cette  exégèse. 

Parmi  les  échecs  récents  éprouvés  par  ces 
ibéories  cosmogoniques  aventureuses,  nous 
cTÏieronâ  la  résointion  en  étoiles  d'une  cer- 
taine classe  de  nébuleuses,  sur  lesquelles  ces 
hautes  spéculations  s'appuyaient  comme  sur 
ane  base  «pie  l'on  croyait  inébranlable.  Le 
finissant  télescope  de  lord  Ross,  vient  de 
Taire  évanouir  ces  sortef;  de  nébuleuses  et 
de  les  résoudre  en  étoiles.  11  n'y  a  plus  de 
tiiatière  nébuleuse  éparse  en  amas  divers 
tians  Tespace,  il  n'y  a  plus  que  de  brillantes 
«étoiles  groupées  aiversement  dans  les  pro- 
r4jndeiirs  de  l'immensité,  groupes  que  l'on 
eontinnera  d'appeler  nébuduses  si  Von  veut, 
mais  qui  n'ont  rieri  de  commun  avec  la  ma- 
tière diffuse,  formant,  dans  les  cieux ,  des 
9inas  qui  allaient  se  refroidissant  et  se  con- 
iensaot  pour  devenirdes  mondes,  des  étoiles 
nx  soleils  nouveaux.  Aujourd'hui  ces  idées 
^oni    au    nombre  des  chimères ,  et,  c|uoi 
fu^en  aient  dit  quelques  savants  qui  avaient 
KUi  IÀ:-<ies8U5  de  superbes  systèmes,  l'œuvre 
le  la  créaition  est  achevée  et  complète. 

Vo vons  toutefois  comment  M.  Godefroy 
>rpr*Aiaii  avec  les  nébuleuses  avant  qua  le 


télescope  de  lord  Ross  les  eût  mises  à  néant. 

«  Newton  avait  dit,  à  Kl  fin  de  son  livre 
des  Principes,  que  l'arrangement  si  ad- 
mirable du  soleil,  des  planètes  et  des  satel- 
lites ne  pouvait  être  gue  l'ouvrage  d'un  être 
intelligent  et  tout-puissant.  En  présence  de 
cette  profession  de  foi  si  philosophique , 
M.  Laplace  déclare  que  cet  arrangement  des 
planètes  peut  être  lui-même  un  effet  des  lois 
du  mouvement ,  et  que  la  suprême  Intelli- 
gence peut  l'avoir  fait  dépendre  d'dn  phé- 
nomène plus  général.  «  Tel  est,  ajoute-t-îl  , 
«  suivant  nos  conjectures,  celui  d'une  ma- 
«  tière  nébuleuse  éparse  en  amas  divers  dans 
<i  l'immensité  des  cieux  (503).  » 

«  Depuis  longtemps  \vs  nébuleuses  avaient 
attiré  toute  Tattention  des  astronomes.  Déjà 
Simon  Marins  ,  en  1(512  ,  Huygens  ,  en 
1656,  avaient  signalé  quelques  nébuleuses , 
et  Measier,  en  1784,  avait  publié  ses  obser- 
vations sur  celte  partie  si  intéressante  des 
cieux.  Mais  Herscliell ,  au  moyen  de  ses 
puissants  télescopes,  a  considérablement 
surpassé  les  autres  astronomes  dans  ses  dé- 
couvertes. Sa  publication  sur  la  constitution 
du  ciel  et  l'organisation  des  corps  célestes, 
insérée  dans  les  Transactions  philosophiques 
de  1811,  est  le  recueil  le  plus  précieux  que 
la  science  ait  jamais  Hvré  aux  méditations 
du  philosophe. 

«  Cet  iniatigable  explorateur  des  cieux, 
qui  a  observé  les  nébuleuses  pendant  plus 
de  trente  années,  divise  ces  objets  astrono- 
miques en  un  grand  nombre  de  classes,  d'a- 
près leur  degré  de  lumière.  La  première 
classe^  ou  le  premier  degré,  est  ce  qu'il  ap- 
pelle nébulosité  obscur e,  nébulosité  étendue 
et  diffuse j  nébulosité  extrêmement  faible,  d'une 
blancheur  entièrement  laiteuse,  au  il  n'est  pos- 
sible d\ipercevoir  qu'en  rassemblant  une  /w- 
miêre  considérable  au  moyen  des  plus  puis» 
sants  instruments.  Dans  les  classes  suivantes, 
la  matière  nébuleuse  passe  à  un  état  tou- 
jours de  plus  en  plus  lumineux,  jusqu'à  ce 
qu'elle  arrive  à  la  forme  dite  planétaire, 

«  Ces  gradations  successives  qui  s'obser- 
Ventd'un  groupe  à  l'autre,  rendent  extrê- 
mement probable,  disent  les  astronomes,  I4 
conclusion  à  lajjuelle  on  est  naturellement 
conduit,  que  chaque  état  de  la  matière  nébu- 
leuse résulte  de  la  condensation  de  cette 
matière,  qui,  dans  son  état  complet  de  dif 
fusion,  ou  d'invisibilité  absolue,  remplissait 
originairement  tous  les  espac-  s  célestes. 

«  Conformément  à  ce  haut  point  de  vue, 
notre  ciel,  où  toutes  nos  étoiles*  n'étaient 
dans  Torigine  qu'une  seule  et  même  nébu- 
leuse, que  la  condensation  a  transformée  en 
une  multitude  de  systèmes  distincts,  plus 
ou  moins  indépendants. 

n  Dans  sa  Cosmogonie,  H*  Laplace  ne 
s'explique  pas  sur  la  division  dé  cette  im- 
mense nébuleuse  en  groupes  séparés.  Il  ne 
s'occupe  que  de  la  formation  de  notre  sys- 
tème solaire  déjà  détaché  des  autres  systè- 
mes, et  qu'il  assimile,  dans  cet  état,  à  l'un 
de  ces  a$tre$  problématiques  connus  en  l^«  ; 


(509J  Es^poêitivn  du  système  du  monde,  p.  395,  5*  édiUon. 


«87 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


€8S 


Irooomie  sous  le  nom  d'étoiles  nébuleuses. 
«*Le  soleil,  dans  son  état  primitif,  ressem- 
er blait  aux  nébuleuses  que  le  télescope,  dit- 
«  il,  nous  montre  composées  d'un  noyau 
«r  plus  ou  moins  brillant,  entouré  d'une  né- 
«  bulosité  qui,  en  se  condensant  à  la  surface 
«  du  noyau,  le  transforme  en  étoile.  » 

a  Nous  reviendrons ,  lorsqu'il  en  sera 
temps,  sur  ce  qu'il  y  a  d'inexact  dans  cette 
exposition.  Nous  n'avons  besoin  présen- 
tement que  de  connaître  Tétat  originel 
de  la  matière  constitutive  de  tous  les 
corps  de  l'univers.  Or,  sur  ce  premier  point, 
mais  sur  ce  premier  point  seulement,  la 
doctrine  du  savant  géomètre  est  absolument 
la  même  que  celle  de  nos  physiciens  et  de 
nos  astronomes. 

«c  Si  l'on  conçoit ,  par  analogie ,  toutes  les 
«  étoiles  formées  de  cette  manière,  continue 
«  M.  Laplace,  on  peut  imaginer  leur,  état 
«  antérieur  de  nébulosité,  précédé  lui-même 
«  par  d'autres  états  dans  lesquels  la  matière 
«  nébuleuse  était  de  plus  en  plus  diffuse,  le 
«no^au(le  no^au  problématique)  étant  de 
«  moins  en  moins  lumineux.  On  arrive  ainsi, 
«  en  remontant  aussi  loin  qu'il  est  possible, 
«r  à  une  nébulosité  tellement  diffuse,  que 
n  Ton  pourrait  à  peine  en  soupçonner  l'exis- 
«  tence  (506),»  c'est-à-dire,  pour  reproduire 
les  propres  expressions  d'Herschell  citées 
par  M.  Ampère,  c'est-à-dire  que  la  matière 
dont  les  mondm  sont  composes  était  d'abord 
à  tilat  gazeux  (507). 

«  N'est-ce  pas  là  évidemment  celte  matière 
vide  et  vaine^  invisible  et  incomposée^  celte 
matière  impalpable  et  divisée  jusqu'à  Vanni- 
hilation^  que  Tau teur  inspiré  de  la  Genèse 
nous  représente  comme  la  matière  constitu- 
tive du  ciel  et  de  la  terre?  N'est-ce  pas  là  ce 
quasi-néant,  ce  vide  ténébreux^  dont  l'intelli- 

S[ence  humaine  ne  saurait  ni  sonder  la  pro- 
ondeur  à  cause  de  son  immensité,  propter 
profunditatem  vastissimam^  ni  concevoir  la 
nature  à  cause  de  son  informité,  propter 
ipsam  informitatem?  » 

Nous  n  avons  pas  à  nous  occuper  de  cette 
comparaison  que  l'auteur  établit  entre  la 
première  classe  de  nébuleuses  on  nébulosités 
étendues  et  diffuses^  nébulosités  qui  n'existent 
que  dans  le  cerveau  de  quelcfues  savants,  et 
sa  matière  nébulairc  primitive,  désignée 
avec  la  clarté  que  nous  avons  signalée  dans 
les  premiers  versets  de  la  Genèse.  —  Voy. 

NÉBULEUSES. 

Après  avoir  cité  un  passase  de  Herschell  le 
fils,  sur  les  nébuleuses,  M.  Godefroy  ajoute  : 

n  Bientôt  nous  suivrons  l'illustre  astro- 
nome dans  son  développement  du  magnifi' 
que  problème^  comme  il  l'appelle.  11  nous 
suffit  présentement  de  savoir  que  la  science, 
proclame  que  les  vraies  nébuleuses  ne  font 
naître  l'idée  d'aucune  étoile,  et  que  l'exis- 
tence de  la  lumière  est  antérieure  à  la  for- 
mation des  globes  lumineux;  car  les  astro- 
nomes ne  mettent  pas  plus  en  doute  la  trans- 
formation future  des  nébuleuses  en  étoiles 

/S06)  Exposition  du  système  de  monde^  p.  410  et 
(507.)  Théorie  delà  terre t  Revue  des  Deuo^Mondes^ 


que  Vétat  antérieur  de  nébulosité  de$  étoiles 
existantes  (508).  » 

Ces  astronomes  là  ont  une  foi  robuste 
qui  ne  le  cède  qu'à  celle  ^e  M.  Godefroy  a 
mise  en  eux. 

«  Mais,  remarquons-  e  bien ,  ce  n*est  pas 
seulement  dans  cette  production  de  la  lu- 
mière avant  la  formation  du  soleil  et  des 

.  étoiles  que  la  cosmogonie  de  Moïse  est  si 
digne  de  toute  notre  attention.  Ce  qui  étonne 
encore ,  c'est  de  voir  l'historien  de  la  créa- 

.  tion  nous  parler  des  opérations  de  la  nature 

Îui  ont  préparé  la  naissance  de  la  lumière, 
a  matière  créée  était  vide  et  vaine  ,  impal- 
pable et  divisée  jusqu'à  l'annihilation,  et 
des  ténèbres  universelles  régnaient  sur  la 
face  de  l'abîme.  Cependant  le  principe  calo- 
rifique, jusque-là  confondu  dans  la  masse 
moléculaire,  sedégageait,  s'envolait  au-des- 
sus de  l'abîme,  qui  se  condensait,  qui  se 
liquéfiait,  SUPER  aquas:  l'Esprit  de  Dieu,  un 
principe  mystérieux,  se  portait  au-dessus 
de  l'abîme  fluide  pour  vibrer  à  sa  surface. 
Et  c'est  alors  qu  apparaît  la  lumière  :  Et 

FAGTA    EST  LUX.    >» 

La  masse  moléculaire ,  divisée  jusqu^ à  V an- 
nihilation^ renfermait  du  calorique  {Spiri- 
tus  Det),  ce  calorique  se  porte  à  la  surface 
de  l'immense  masse  [ferebatur  super  aquas) 
et  devient  lumière  (et  facta  est  lux).  Cette 
incommensurable  masse ,  d  où  devaient  sor- 
tir notre  système  solaire ,  toutes  les  étoiles 
et  tous  les  systèmes  d'étoiles  ou  nébuleuses 
connues  et  inconnues,  avait  un  dian;4t7« 
qui  effraye  l'imagination  En  vertu  de  quelle 
loi  le  calorique  se  portait-il  à  ^a  surface? 
où  allait-il  ?  y  a-t-il  aujourd'hui  une  déper- 
dition de  calorique  à  la  périphérie  du  soleil, 
des  étoiles?  Il  vous  faut  une  condensation, 
une  liquéfaction  ;  pour  cela  vous  admettez 
un  dégagement  de  calorique;  mais  a-t-il  pu 
y  avoir  réellement  un  pareil  dégagement? 
vous  l'affirmez  le  plus  gratuitement  du 
monde.  Le  dégagement  de  calorique  tous 
amène  à  un  dégagement  de  lumière;  celte 
lumière  pour  vous,  c'est  le  calorique  qui 
entre  en  vibration  à  la  surface  de  la  masse 
fluidiforme.  On  ne  voit  pas  la  raison,  dans 
votre  système ,  de  votre  appréciation  de  la 
sublime  parole  :  Dixitque  Deus  :  fiai  lux^ 
et  facta  est  lux.  «  Lan^a^e  solennel  et  tout 
divin,  dites- vous,  mais  Tangage  significatif , 
parce  que  la  lumière  est  le  premier  produit 
de  la  création.  «  L'existence  de  la  masse 
moléculaire ,  dans  les  dimensions  que  vous 
savez,  était  pourtant  un  assez  joli  produit. 
Et  le  calorique  donc?  11  n'y  en  avait  pas 
mal ,  je  suppose. 

M.  Godefroy  nous  fait  l'honneur  de  rap- 
peler une  appréciation  que  nous  avons  por- 
tée sur  la  théorie  astronoraico-chimique  que 
ff  beaucoup  d'esprits  du  premier  ordre, 
disons-nous  à  la  page  273  de  la  S' édition 
de  notre  Nouveau  Traité  des  sciences  géoto- 
giques ,  appellent  grande  et  simple.  »  Sans 
doute,  pourvu  que  l'on  rejette  la  cosmogonie 

1"  juU.  <855. 
(508)  Expoi^du  sffUhne  du  monde^  *i.  S96 


GOb 


El  DE  PALEONTOLOGIE. 


COD 


C9v 


et  la  gëogénie  au-delà  du  secono  verset  du 

i>reniier  chapitre  de  la  Genèse  ^  comme  Ta 
lait  Villustre  Buckland ,  etc. ,  et  qu  ou  ne 
s*ayise  pas  de  traduire  le  texte  sacré  par  la 
nomenclature   physico-chimico-astronomi- 

3ue  moderne ,  nous  sommes  prêt  à  applau- 
ir  à  tous  les  efforts  que  l'on  tentera  dans 
ce  but  élevé ,  di^ne  des  plus  hautes  intelli- 
gences. Nous  ne  blâmons  que  les  interiiré- 
tatiOQS  violentées,  tourmentées*  absurdes, 
données  au  texte  de  la  Genè$e  pour  y  trou- 
ver les  théories  si  incertaines,  si  téméraires, 
si  mobiles ,  d'une  science  aussi  orgueilleuse 
qu'impuissante. 

M.  Godefroj  revient  à  sa  masse  gazeuse 
et  à  son  calorique  (Spiritut  Dei). 

<  Le  calorique  est  hypothétiquement  con- 
sidéré comme  un  fluide  dont  la  distribution, 
en  proportion  diverse  parmi  les  molécules 
de  la  matière  pondérable,  constitue  les  trois 
formes  générales  :  gazeuse,  liquide  et  solide. 
Nous  sommes  conduits,  de  la  sorte,  à  envi- 
sager la  chaleur  comme  la  puissance  pri- 
mordiale et  modératrice  de  l'univers,  et 
comme  le  principe  sur  lequel  repose  la 
constitution  immédiate  de  tous  les  corps  de 
la  nature.  Si  nous  ne  sommes  pas  encore 
autorisés  à  prononcer  des  décisions  do^a- 
tiques  sur  la  nature  abstraite  de  la  chaleur, 
si  son  essence  est  encore  un  mystère,  nous 
savons  du  moins  d'une  manière  certaine,  et 
c>st  tout  ce  qu'il  nous  imnorte  ici  de  sa- 
voir, que  les  liquides  renferment  plus  de 
calorique  latent  que  les  solides,  et  les  gaz 
pius  que  les  liquides,  et  que  le  passage  des 
gaz  à  l'état  liquide  ou  solide  est  toujours 
accompagné  d'un  prodigieux  dégagement  de 
caloriqne  qui  se  répana  à  la  surface  ou  sur 
les  corps  environnants.  La  simple  condensa- 
tion suffit  è  la  production  de  ce  phénomène, 
eomme  le  montre  Texpérience  si  connue  du 
briquet  pneumatique,  où  la  compression 
semble  exprimer  et  chasser,  hors  ae  l'air 
froid,  son  approvisionnement  latent  de  cha- 
leur et  de  lumière.  On  a  expérimenté  qu'une 
condensation  d*air  au  cinquième  de  son  vo- 
lume produit  une  chaleur  d'ignition.  Il  nous 
sera  donc  {lermis  aujourd'hui  de  voir  dans 
cette  première  condensation  de  la  matière 
gazeuse  de  la  création  la  première  m/vnifes- 
tation  de  la  Sagesse  créatrice,  ou  l'exécution 
de  ce  premier  ordre  du  Créateur  :  Que  la 
LUMifcBE  sorr.  • 

Si  le  texte  sacré  a  beaucoup  k  se  plaindre 
de  la  théorie  qui  lui  est  appliquée  ici,  la 
vience,  de  son  cAté,  n'aurait  pas  moins  à 
dire.  Vous  admettez  du  calorique  dans  votre 
masse  gazeuse;  mais  pourquoi  voulez-vous 

Ju'il  se  porte  k  la  surface?  Son  action  est  de 
ilater  indéfmiment,  s'il  y  est  en  excès,  cette 
immense  masse  de  gaz  dans  le  vide  qui  l'en* 
TiroDoe.  Pour,  qu'il  y  eût  condensation  et 
dégagement  dé  caloric[ue  et  de  lumière,  il 
faudrait  une  compression.  Et  d'où  viendrait- 
elle  ?  11  n*y  a  que  le  vide  en  dehors  de  la 
matière  moléculaire,  et  par  conséquent  dila- 
talatioD  indéfinie  ou  jusqu'à  équilibre  de 
<li$tribution  de  calorique  entre  les  matières 


à  rétat  gazeux.  Vous  faites  du  Créateur  un 
chimiste  qui  n'y  entend  rien. 

M.  Godefrov  achève  de  traduire  le  texte 
qui  concerne  l'œuvre  du  premier  jour  : 

«  Dieu  vit  que  la  lumière  était  bonne,  et 
il  sépara  la  lumière  d'avec  les  ténèbres.  Il  . 
donna  à  la  lumière  le  nom  de  jour,  et  aux  ! 
ténèbres  le  nom  de  nuit.  Et  du  soir  et  du 
matin  se  fit  le  premier  jour.  » 

M.  Godefroy  ne  fait  aucun  commentaire 
sur  la  première  partie  de  ce  texte.  11  nous 
semble  pourtant  qu'il  eût  été  convenable  de 
s'expliquer  sur  cette  séparation  de  la  lu- 
mière d'avec  les  ténèbres.  Cette  séparation 
est  une  œuvre  du  Créateur  qui  appartient  au 
premier  jour.  Qu'est-ce  que  cette  sépara- 
tion? Nous  ne  voyons,  dans  l'hypothèse  de 
M.  Godefroy,  qu'une  masse  gazeuse  incom- 
mensurable, à  la  périphérie  de  laquelle  il 
affirme  qu'il  ^  a  de  la  lumière  ;  soit.  Mais, 
encore  une  fois,  comment  le  Créateur  sépare- 
t-il  cette  lumière  d'avec  les  ténèbres?  Nous 
ne  voyons  que  de  la  lumière,  et  cet  état  de 
chose  dure  au  moins  pendant  toute  la  pre- 
mière époque;  car,  pour  M.  Godefroy,  les 
jours  génésiaques  sont  des  époques. 

Dieu  donna  à  la  lumière  le  nom  de  jour, 
et  aux  ténèbres  le  nom  de  nuit.  Jour  ici  ne 
doit  pas  signifier  époque;  c'est  impossible» 
évidemment.  Que  signifie-t-il?  Un  jour  de 
24  heures?  Mais  comment  était-il  mesuré» 
je  vous  prie?  expliquez-vous.  La  nuit  aussi 
est  mentionnée  par  opposition  au  jour.  Il 
est  donc  question  ici  d  un  jour  et  d'une  nuit 
ordinaire?  Si  ce  n'est  pas  cela»  qu'est-ce 
donc? 

M.  Godefroy  passe  outre,  et  entame  une 
discussion  sur  ta  valeur  des  jours  génésia- 

3[ues.  Nous  en  renvoyons  l'examen  à  Tarticle 
OUAS  PERIODES. 

Passons  à  l'œuvre  du  second  jour.  «  Dieu 
dit  aussi  :  Que  le  firmament  soit  fait  au  mi- 
lieu des  eaux»  et  qu'il  séparejes  eaux  d'avec 
les  eaux, 

Dixii  quoque]  Deus  :  Fiai  fhrmamentum  m 
medio  aquarunif  et  dividai  aqua$  ab  aquis. 
[Gen,  I,  6.) 

<«  Et  c'est  au  centre  de  la  masse  molécu- 
laire de  la  création,  c'est  au  milieu  des  eaux 
sur  lesquelles  la  lumière  vient  remplacer 
les  ténèbres  de  labtme  du  premier  jour» 
que  Dieu  fait  le  firmament  pour  constituer 
le  ciel  du  deuxième  jour.  Et  fecit  Deus  /Ir- 
mamentum^  dirisitque  aquas  quœ  erant  sub 
frmamento  ab  his  quœ  erant  nsper  firmu" 
mentum:  et  factum  est  tia,  voeavitque  Deu$ 
firmamenium  ealum  ;  et  factum  est  vespere  et 
mane  dies  secundus.  {Gen.  i,  7,  8.) 

«  Dans  les  fastes  de  la  science  humaine» 
comme  dans  le  récit  de  la  révélation  divine, 
un  mot  présente  d'un  seul  trait  l'ensemble 
de  tous  les  faits  en  système  céleste.  Si  nous 
interrogeons  les  savants,  ils  nous  diront 
qu'une  même  force  constitue  l'essence  de 
tous  les  corps,  produit  la  stabilité  de  tous 
les  êtres,  attache  et  resserre  la  matière  de 
tous  les  globes,  lie  toutes  les  sphères  entre 
elles,  et  les  retient  chacune  dans  sa  forme 
spéciale.  Ils  nous  diront  que,  semblable  k 


•  »  4  ' 


6M 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


çop 


m 


une  chaîne  immense,  celte  puissance  indé^ 
finie  s'i^tend  h  toute  Tirnukensité  de  Tespace, 
({u'elle  embi'asse  toutes  les  parties  de  la 
matière,  que  par  elle  enfin  tout  est  lié,  coor- 
donné et  mis  CD  harmonie  avec  une  sa- 
f^esse,  une  régularité  et  une  constance  qui 
irappartienneot  qu'à  Dieu  même. 

Dieu  parle,  et  le  cbaos  se  dissipe  à  sa  voix  : 
Vers  un  centre  commun  tout  gravite  à  la  fois. 
Ce  ressort  si  puissant,  Tàme  de  la  oalure. 
Etait  enseveli  dans  une  nuit  obscure  ; 
Le  compas  de  Newton,  mesurant  Punivers, 
Lève  enfin    ce  grand  voile,  et  les  cicux  sont 

to">'«rls  (509). 

tf  Telle  est  la  force  mystérieuse  que  ia 
science  humaine  désigne  par  le  nom  d'at- 
traction, de  pesanteur,  de  force  centripète, 
de  gravitation  universelle  ;  et  que,  dans  son 
religieux  enthousiasme,  elle  proclame  «  le 
o  chef-d'œuvre  de  rintelli^ence  créatrice  et 
^  l'objet  éternel  de  ladmiration  des  auges 
«  et  des  hommes  (510).  » 

«  Mais  cette  force  inconnue  qui  préside  à 
l'organisation  du  ciel,  celle  force  qui  sert 
de  lien  et  de  support  à  tout  iuntvers  maté- 
riel  (511),  le  livre  divin  l'avait  appelé  ce  gui 
affermie^  ce  qui  consolide^  ce  qui  solidifie, 
ou  simplement  eirmamemt,  firmamentum.  » 
(P.  30  et  suiv.) 

Les  commentateurs  jusqu'ici  ont  émis  sur 
le  sens  de  ce  mot  des  opinions  bien  diffé- 
rentes. Les  uns,  parmi  lesquels  il  faut  ron* 
ger  saint  Augustin,  pensent  que  le  firma- 
meut  est  la  moyenne  région  de  Tair,  inter- 
posée entre  les  eaux  supérieures  ou  les 
nuages  et  les  eaux  inférieures ,  celles  des 
fleuves,  des  sources,  elc.  Les  autres,  et  ceux- 
ci  sont  les  plus  nombreux,  disent  que  le 
firmament  dont  parle  ici  &toïse,  est  le  ciel 
étoile  et  tous  les  globes  célestes  qui  sont 
dans  son  voisinage  au-dessous  comtue  au- 
dessus,  jusqu'au  ciel  empyrée.  Hœc  est^  dit 
Gornëlius  à  Lapide,  communis  Patrum  sen- 
tentia^  Philonis,  Josephiy  S,  BasiUi,  Ain- 
brosiiy  Procopii,  Theodoreti,  Chrvsostomij 
Btupnrtiy  Gennadii  ét'&sverianii  in  Cat.  Gra3- 
corum,  Hilarii  in  Psal.  cxxxv,  Btdm  kib.  De 
Nat.  rerum,  iusidni,  q.  98,  Augmt,  Hb,  ii 
De  Ci  vit.  D.,  cap.  ul^,  et  Jam.  OnAelt,  Ole- 
astri ,  Lipomani ,  Molinœ  et  aliorum  multo- 
rum.  (Curs.  compl.y  t.  V,  col.  IW.) 

Citons  M.  Godefroy  :  h  Pour  nous,  dit-il, 
BOUS  a(>puyaDt  sur  le  texte  primitif,  sur  la 
traduction  des  Septante,  sur  toutes  les  ver- 
sions anciennes  et  sur  presque  toutes  les 
Tersions  modernes,  nous  entendons  ces  ex- 
pressions de  la  Genèse,  fiât  firmainenlum  in 
medio  aquarum^  et  factuni  est  itafiniuunentum 
cœlum,  nous  entendons  ces  expressions, 
d'une  force  centrale  imprimée  à  la  matière 
fluide  de  la  création  et  de  l'universalité  des 
phénomèaes  qui  en  sont  réi^ltés.  Et,  ce  que 
nous  entendons,  nous  l'exprimons  ainsi  : 

«  Qu'il  y  ait  faisant  tehma  ferub  au  cen- 
tre, firwàmentam  in  média  ;  qu'il  y  ait  una 
force  centrale  qui  affermisse,  qui  condense 


les  eaux  de  l'abtme,  et  qn'en  les  condensant 
elle  les  divise,  ûat  firmamentum  in  média 
aquarum  et  dividat  c^uqs  ab  aqui$  ;  et  Dien 
donna  au  firmament,  mais  au  firmament 
A1.NSI  FAIT ,  factum  est  iia,  au  résultat  de 
l'opération  du  firmament,  ou  à  l'ablo*^  ju 
premier  jour  ainsi  condensé  et  divisé ,  le 
nom  générique  de  ciel,  et  factum  est  ita^tO' 
cavitque  Deus  firmamentum  cœlum, 

a  C'est-à-dire  que  la  matière  fluide  de  la 
création,  placée  sous  l'infiuence  de  la  force 
centrale,  se  condensait  et  se  consolidait,  et 
que  parle  fait  même  de  cette  condensation, 
ces  eaux  de  l'abîme  unique  du  premier  jour 
se  divi-saicnl  en  agglomérations  distinctes, 
en  aliîmos  distincts  et  séparés^  pour  coti- 
stiluer  le  ciel  ou  les  divers  systèmes  cé- 
lestes, r 

Nous  aurons  à  revenir  plus  loin  sur  ceiie 
hypothèse  d'une  force  centrale  et  de  cette 
division  de  l'abîme  unique  en  aggloméra- 
tions distinctes.  Nous  nous  bornerons  ici  à 
quelques  observations. 

Le  firmamentum,  c'est  l'attraction. 

V^oici  donc,  (raj)rès  les  idées  de  M.  Gode- 
froy, comment  il  faudrait  traduire  les  6'  7* 
et  8'  versets  : 

«  Que  raltraclion  soit  faite  au  milieu  de  la 
masse  moléculaire,  et  qu'elle  sépare  la  masse 
moléculaire  de  la  masse  moléculaire. 

«  Et  Dieu  fil  l'attraction,  et  il  sépara  la 
masse  moléculaire  qui  était  sous  l'attraction 
de  celle  qui  était  au-dessus  de  l'altraction.Et 
cela  se  fil  ainsi. 

«  Et  Dieu  donna  à  l'attraction  le  nom  de 
ciel.  Et  (lu  commencement  à  la  fin  se  fit  la 
seconde  époque.  » 

M.  Godefroy  avance  que  la  traduction  des 
Scptanlo,  toutes  les  versions  aaciennes  et 
presqtie  toutes  les  versions  modernes,  en- 
tendent ))ar  firmamentum  une  force  centrale. 
Nous  avons  vu  plt^s  haut  qiHl  n'en  est  rien. 
Cornélius  à  Lapide  s'en  explique  ainsi  :  5i- 
CHti  œs  (Ixiiâum  fundendo  atstenditur  et  con- 
dcnsatur,  ita  hic  aqua  densaia  in  cQ*h$,  ror a- 
tur  grœce  oT'Tùi'^iUK,  /an'rie  firmamentum  ;  est 
enim  firmam'enium  qtuisi  murus  in  medio 
aquarum,  id  est,  inter  duas  aquas,  superaj 
scilicét  et  inféras  iriterjectus,  easque  ab  twrf- 
cem  dispescens  et  coércens,  {  Curs,  compl.* 
tora.  IV,  col.  142.)  Et  plus  loin  ;  Verum  dico^ 
firmamentum  esse  cirlum  stetlàtum ,  omnesque 
orbes  ealestes  illi  vicinos,  iam  inferiores  quam 
superiores  usque  ad  empyreum. 

Il  produit  ensuite  cinq  principales  raisons 
è  l'appui  de  ce  senti  meut,  t^a  cinuuième  est 
celle  du  sentiment  comaïun  des  Pères  que 
nous  avons  cités  plus  haut.  Tous  les  com- 
mentateurs entendent  donc  du  ciel  le  fi^c- 
mentum  du  second  iour,  ainsi  que  le  texte  lo 
dit  formellement.  11  n'est  donc  pas  exact  d'a- 
vancer que  les  ver^io^  permettent  de  tra« 
duire  firmameiptum  par  je  ne  sois  quelle  fûrce 
centrale   ou  faist$nl  tenir  ferme  an  cetiire, 

Îui  n'était  encore  venu  jusau'ici  à  l'espril 
e  personne. 


(509)  Voltaire,  Elém,  de  la  phiios.  de  Newton. 
/510)  Syst.  du  monde,  par  L\mrkrt. 


(,M1)  Discours  $ur  l'élnde  de  ta  pMo^hie  «al., 


«95 


GOD 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GOD 


e»4 


M.  fiodefroy  est  ooligé  de  placer  sa  force 
(enirale^  ou  ]*aUractioii ,  au  milieu  de  la 
ina^se  rooléeola  re,  m  médio  aquarum;  mais 
Uoïse  ajoute  que  ce  firmament  est  destiné  à 
s/prrer  les  eaux  des  eauTj  ou  la  masse  molé- 
culaire de  la  masse  moléculaire.  Si  le  prma- 
mentum  est  faUraction  au  centre^nous  com- 
prenons que  cette  force  centrale  condense 
toute  la  mas.^e  moléculaire  en  un  î^iobe»  mais 
nous  ne  pouTons  comprendre  ouVile  la  se- 
iiare  en  deux  parties  ou  deux  gloltes,  qu*elle 
la  divise  eu  agglomérations  distinctes. Qu*ou 
lasse  intervenir  p<iur  cela  la  puissance  du 
Créateur,  je  le  veux  bien  ;  mais  alors  qu^on 
n^invoque  pas  la  science  dont  les  lois  sont 
tout  opposées  aui  effets  qu'on  veut  obtenir 
ici. 

Le  septième  verset  devient  complètement 
inintelligible.  Qu*est-ce  que  séparer  la  ma^se 
moléculaire  uni  était  au-dessous  de  la  force 
centrale,  de  la  masse  moléculaire  qui  était 
au-dessus  de  celte  même  force?  Qu'est-ce 
qu'une  force  qui  a  un  dessous  et  un  dessus? 

Le  huitième  verset  est  également  travesti 
d'une  manière  bizarre  :  Vocatiique  Deus  fif- 
«a/fien/um  cœlum^  et  Dieu  appela  ciel  Tat- 
traf lion  ou  force  centrale.  Mais  dans  Tinter- 
préîation  de  M.  Godefroy  il  y  a  deux  firma- 
ments, la  force  centrale  de  la  masse  au-des- 
sous et  la  force  centrale  de  la  masse  au-des- 
sus, afirës  la  division  en  deux  de  la  masse 
unique  primitive.  Et  cependant  Dieu  ne 
l»arle  jamais  qiie  d'un  firmament  qu'il  nomme 
eitL  Dans  la  Bible,  c*est  évidemment  le  fir- 
marnent  qui  est  fait  ;  dans  II.  Godefroy,  c'est 
le  firmament  lui-même  qui  opère. 

Quoi  qu  il  en  soir,  le  firmament  est  resté 
synonyme  de  cff/ ,  dans  le  sens  de  la  voûte 
apparente au-<lessous  de  laquelle  nous  voyofis 
se  mouvoir  les  corps  célestes,  et  c'est  une 
étemelle  protestation  contre  le  sens  étrange 
donoé  à  ce  mot  par  M.  Godefroy.  CœU  enar^ 
rami  gloriam  Dety  et  opéra  manuum  epu  an- 
uuntiat  firmamentum. 

n  Ce  que  nous  voyons  dans  le  livre  de$  gé-- 
méraiions  du  ciel  et  de  la  terre  (  Gen.  ii,  4), 
leote  la  tradition,  dit  M.  Godefroy,  l'a  vu 
arec  nous  (  page  65  ).  »  Nous  avons  yu  ce 
qu*ii  en  est  de  ces  assertions  audacieuses. 

«  Sans  doute,  ajoute  M.  Godefroy,  nous 
sommes  loin  de  prétendre  qu'il  n'y  a  pas 
beaucoup  de  va^e,  d^incertitude,  et  sourent 
flitaie  beaucoup  d'inexactitude  dans  les  ex- 
plications de  ces  anciens  interprètes  sur  cette 
canse  efficiente  de  tout  ce  qui  existe,  sur  ce 
firmament  du  deuxième  jour  qu'ilsappellent, 
tes  uns  le  cordon  ombilical  du  monde,  le  mi- 
lieu des  eboses  ;  les  autres,  le  mystère  du 
sein  maternel,  l'enfantement  de  la  niture 
(saÎDl  Emasif,  in  G  en.).  Sans  doute  tous  ces 
interprètes  n'ont  pas  saisi  dans  tous  ses  dé- 
veloppements la  grande  loi  qui  a  présidé  à 
Tofi^nisation  des  mondes...  Mais  nous  de- 
vons eonstater  qu'ils  ont  reconnu  que  le  fir- 
nament  de  l'hébreu,  dans  sa  signification 

C'witire  et  radicale,  exprime  l'action  d'af- 
mir  et  de  solidifier  ce  qui  était  aupara- 
vant rare  et  fluide.  Firmamentum  keoraice 
THOtur  EAKii,  cujui  radix  eaka  tigm^ficat 


firmare  ac  solidare  rem  aliquam  quœ  pnu$ 
fluida  erat  et  rara.»  (Curs.  compl.^  t.  V.j 

Oui,  nous  reconnaissons  que  les  commen- 
tateurs admettent  que  firmamentum  dérive 
en  latin  comme  en  grée  et  en  hébreu  d*un 
mot  oui  signifie  affermir^  solidifier;  mais 
assurément  il  ûe  s'en  suit  pas  du  tout  qu'ils 
y  reconnaissent  l'attraction.  Ils  n'y  voient 
que  le  ciel  étoile,  comme  nous  l'avons  mon- 
tré plus  haut.Et  cela  est  si  vrai,  que  l'auteur 
du  commentaire  auquel  vous  empruntez  la  < 
citation  que  vous  venez  de  faire  admet, avec 
Procope,  Théodoret,Bède,  saint  Jusân  etl>aau 
coup  d'autres ,  qu'au-dessus  du  firmament 
fait  le  second  jour,  ou  ciel  étoile,  sont  les 
eaux  supérieures,  véritables  eaux^et  qu'elles 
sont  là  pour  beaucoup  de  raisons  qu'il  énu- 
mère,  et  que  nous  n  entreprendrons  pas  de 
discuter  ici.  Le  lecteur  les  trouvera  à  la  co- 
lonne m  du  tome  V  du  Curs.  compL  publié 
par  M.  l'abbé  Migne.  Ce  qui  nous  suffit  en 
ce  moment,  c'est  de  constater  que  vous  êtes 
en  flagrante  contradiction  avec  ci^tte  tradition 
sur  laqnelle  vous  prétendez  vous  appuyer. 

M.  GcHlefrov,  après  a\oir  interprété  divers 
passages  de  l^Ecriture  et  des  commentateurs 
avec  le  même  bonheur  quHl  a  interprété  le 
texte  de  la  Genèse,  résume  ^insi  la  concep- 
tion de  son  imagi native  : 

«  L'opération  du  deuxième  j  tnr  est  ropéra- 
tion  par  laquelle  le  Créateur  tonne  la  forme 
à  la  matière;  et  cette  formation  de  l'univi^rs 
matériel  est  proclamée  l'ouvrage  du  firma- 
ment. Dans  cette  architecture  céleste,  les 
masses  stellaires  et  planétaires,  les  mondes 
et  les  systèmes  de  mondes  sont  également 
oompris.  La  terre  n'est  point  nommée  dans 
la  dédicace  de  l'édifice  de  la  création,  parte 
que  le  soleil,  la  lune  et  les  étoiles  ne  sont 

Kint  nommés  dans  cette  dédicace.  Les  glo- 
s  célestes  et  le  globe  terrestre  ne  sont  pas 
encore  nominativement  distingués,  parce 
que  cet  édifice ,  ouvrage  du  firmament ,  est 
un  tout  uniforme  dont  chacune  des  parties , 
modelée  sur  le  même  patron  et  assujettie  à  la 
même  loi,  n'a  encore  rien  de  distinctif.  La 
terre  n'est  point  nommée,  et  les  astres,  oui 
constituent  le  ciel,  ne  sont  point  nommés , 

Krce  que  le  ciel  du  deuxième  jour  comprend 
iniversalité  des  choses  créées ,  parce  que 
ce  ciel  du  deuxième  jour  est  le  ciel  du  fir- 
mament, l'ouvrage  tout  entier  du  firmament, 
l'introduction  de  la  forme  dans  la  matière 
créée,  ou  la  formation  de  la  création  en- 
tière i^ 

Ainsi,  il  est  bien  entendu  que  toute  ce4e 
œuvre  du  deuxième  jour  n'est  qu'une  ébau- 
che, et  qu'aucun  des  mots  dont  se  sert  Moïse 
dans  ce  récit  du  second  jour  comme  dans  ce- 
lui du  premier,  n'exprime  rien  de  ce  qu'il 
paraît  exprimer. 

Après  avoir  emajé  si  malheureusement 
de  traduire  les  sixième ,  septième  et  hui- 
tième versets  du  i"  chapitre  ce  la  Genèse  par 
le  roman  cosmogonii^ue  de  Laplace,  M.  Go- 
defroy présente  les  iuées  herschéliennes  sur 
la  nature  deb  nébuleuses,  et  analyse  les  ima- 
ginations des  astronomes  sur  ce  snjet.  M.  Go. 
defroy  veut  qu'à  l'origine  du  monde ,  il  n\ 


«Ô5 


GOb 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


PS^ 


M 


ait  eu  qi^^me  incommensurable  nébuleuse, 
divisée  par  l'altraction  en  nébuleuses  secon- 
daires ;  il  prétend  le  prouver  par  le  texte 
de  TEcrilure,  et  le  confirmer  par  ce  qui 
s*est  dit  et  écrit  depuis  Herschell  sur  les 
nébuleuses,  lesquelles,  comme  on  sait,  sont 
devenues  nulles  aujourd'hui,  de  probléma- 
tiques qu'elles  avaient  toujours  été  (Voy,  l'ar- 

-  iticie  Nébuleuses]  :  c'est  là  aue  nous  discu- 

'  terons  les  idées  de  M.  Godeiroy,  de  M.  Mar- 
cel de  Serres,  etc. 

M.  Godeiroy  passe  ensuite  à  la  formation 
des  planètes  et  du  soleil.  Le  mouvement  gy- 
ratoire  imprimé  à  la  nébuleuse  d'où  doit  sor- 
tir tout  notre  système  planétaire ,  détache 
successivement  des  anneaux  à  Téquateur  de 
ce  globe  nébulaire  ori^^inel.  De  là  le  soleil  et 

•  les  planètes.  Voy,  PLàNÈTES. 

A  Torigine,  c'est-à-dire  aux  temps  décrits 
par  les  premiers  versets  du  i"  chapitre  de  la 
Genèse^  ou  autrement  à  la  première  époque 
génésiaque,  il  n'y  avait  qu'une  masse  uni- 
que dont  les  éléments  devaient  constituer 
tous  les  mondes  existant  aujourd'hui  dans 
l'espace.  Il  a  fallu  faire  au  second  jour  la 
part  des  cieux,  qui  dut  être  la  grande  part, 
et  la  part  de  notre  globe  terraqué.  C'est  ce 
que  dit  Moïse  par  les  eaux  en  dessus  du  fir- 
mament et  les  eaux  en  dessous  de  ce  même 
firmament.  M.  Godefroy  veut  que  ce  soit  le 
firmament,  c'est-à-dire  l'attraction  qui  ait 
fait  ce  partage.  Il  suppose,  dans  la  masse 

>  immobile  des  éléments  originels,  d'innom- 
brables centres  d'attraction,  de  manière  que 
chaque  masse  particulière  se  condensait  sur 
place,  en  agglomérant  les  molécules  qui  se 
trouvaient  dans  les  limites  de  sa  sphère  d'at- 
traction, et  s'isolant  ainsi  des  masses  voisi- 
nes. Qui  est-ce  qui  détermine  ces  centres 
d'attraction?  aucune  loi  connue.  M.  Gode- 
froy imagine  cela  pour  la  commodité  du  sys- 
tème. Mais  il  y  a  dans  le  texte  :  Fiat  firmor 
tnentum  in  medio  aquarum  et  dividat  aquas 
ab  aquis.  Or,  le  firmament  c'est  l'attraction, 
les  eaux  sont  la  grande  masse  moléculaire. 
Il  faudrait  être  bien  difficile  pour  ne  pas  ad- 
mettre comme  conséquence  d'une  interpré- 

.  tation  aussi  lucide  qu'il  s'établit  des  cen- 
tres d'attraction  dans  ladite  masse  primi- 
tive. 

Voilà  donc  l'attraction,  ou  mieux  encore 
le  faisant  tenir  ferme  au  centfe^  suivant  la 
traduction  nouvelle  du  firmamentum  par 
M,  Godefroy,  qui  divise  en  agglomérations 
infinies  la  masse  moléculaire  originelle;  si, 
à  présent,  vous  tenez  à  arranger  le  septième 

.  verset  avec  ce  procédé  cosmogonique ,  vous 
vous  en  tirerez  comme  vous  pourrez. 

Et  fecit  Deus  firmamentum^  divisitque 
aquas  quœ  erant  sub  firmamento^  ab  his  quœ 
erant  super  firmamentum.  Qu'est-ce  que  di- 
viser les  eaux  ,  c'est-à-dire  les  aggloméra- 
tions de  matière  nébulaire  qui  étaient  sub 
firmamentum^  c'est-à-dire  au  dessous  de  l'at- 
traction, d'avec  les  eaux  ou  agglomératioiis 
de  nMttière  moléculaire  quœ  erant  super  fir- 

(Sit)  Version  des  Septante  (itc  irvvotyi^ynv  fuov  ). 
(515)  Le  sens  que  présente  PHébrea  n'est  pas  res- 
treint et  limité  comme  celui  ottert  par  la  Yulgate. 


mamentum^  qui  étaient  au-dessiis  deVatlrac- 
tion? 

Quoi  qu'il  en  soit ,  pour  M.  Godefrey, 
l'agglomération  au-dessous  de  l'altraction, 
c'est  notre  globe  terrestre,  comme  nous  al- 
lons le  voir  dans  le  chapitre  suivant. 

Avant  de  passer  à  1  œuvre  du  Iroisième 
jour,  M.  Godefroy  nous  donne  ses  idées  sur 
l'origine  des  comètes,  des  nébuleuses  el  sur 
la  formation  des  planètes  et  du  soleil  de  no- 
tre  système.  Nous  renvoyons  aux  articles 
Comètes,  Nébuleuses,  Plâhètes,  Soleil. 

Arrivons  au  récit  du  troisième  jour  géné- 
siaque. M.  Godefroy  le  commente  de  la  ma- 
nière suivante  : 

«  Le  troisième  jour,  les  eaux  délachtede 
l'abîme  originel  pour  être  en  firmamenl  au- 
dessous,  constituent  une  masse  unique,  une 
conglomération  unique  ;  et  c'est  du  scinde 
cette  conglomération  unique  sous  le  ciel 
que  surgit  le  globe  déjà  consolidé  de  la 
terre. 

«  Les  deux  premiers  jours,  la  lumière  T^ 
nait  remplacer  les  ténèbres  sur  la  face  de 
4'ablme  de  la  création,  tandis  que  le  firma- 
ment agissait  au  centre  de  ce  même  abîme 
qu'il  divisait  en  abîmes  distincts  et  sépara. 
Mais  voici  qu'il  nous  est  révélé  que,  sous  le 
ciel,  il  n'y  eut  qu'un  seul  abîme;  que  les 
eaux  en  firmament  au-dessous  constiluèrenl 
une  seule  et  unique  conglomération,  ooe 
congrégation  unique,  une  syti agogue  niçrs; 
et  que  le  globe  terrestre,  appelé  ici  \im^ 
fut  le  produit  du  firmament ,  t^ii  au  ifito 
de  cet  abîme  unique  sou»  le  ciel  :  I^Wtero 
Deus  :  Congregentur  aquœ^  quœ  sub  céo  iwiij. 
in  locum  unum  (m  congregationem  uwcm,  w 
synagogam  unam)  (51 2J  :  et  apmreol  orido. 
Et  factum  est  ita  (Gen.  i,  9] .  «  Alors  Dieu  dil: 
«  que  les  eaux  sous  le  ciel  n'occupent  qu un 
tf  seul  lieu,  et  que  les  eaux  ne  forment  socs 
«  LE  ciel  (513)  qu'une  seule  congréxato 
«  qu'une  synagogue  unique;  et  que  la» 
«  apparaisse.  Et  il  fut  fait  ainsi.» 

«  Dans  le  récit  de  l'œuvre  du  troisièffle 
jour,  il  n'est  plus  question  que  des  eaux  m 
firmament  au-dessous  ;  et  c'est  du  milieu* 
ces  eaux  séparées  des  eaux  en  firmamenla*' 
dessus ,  c'est  du  nilieu  de  ces  eaux  sous  » 
ciel  que  le  noyau  solide,  le  ferme,  apparwt^ 
Mais  remarquons  qu'il  est  spécifié  que  '^ 
éléments  séparés  des  éléments  du  ciel  inm 
conOnés  dans  un  seul  lieu,  pour  ne  compost 
qu'une  seule  et  unique  agglomération,  ub« 
synagogue  unique,  in  locum  tinum,  in  *iNJ" 
gam  unam.  Moïse,  dont  la  mission  spécia)'? 
était  de  nous  révéler  les  origines  du  globeQO« 
nous  habitons,  ne  nous  parle  que  de  lag'!^ 
mération  de  ces  éléments  sous-célestes.  S4|S 
en  notant  que  les  éléments  qui  ne  sont  pas  i<^ 
éléments  du  ciel  furent  con^^lobés  en  sToa- 
gogue  unique,  pour  n'occuper  quun>«C' 
lieu  sous  le  ciel,  pour  ne  constituer  (i^^^ 
seul  système  sous-célesle ,  fl  nous  donne  « 
entendre  qu'il  n'en  a  pas  été  ainsi  pour  i^* 
éléments  constitutifs  du  ciel,  pour  les  «i*^" 

Dans  l'orî  j;inal  il  n'y  a  point  de  proposition  iac^»!^ 
Texpression  sub  cœlo  n*esl  point  Siccom^sfi»  •■ 
mots  qnœ  stmt,  ((Godefroy.) 


697 


GOD 


ET  DE  PALEONTOLOGK. 


GOD 


ments  qui  composent  le  firmament  du  des- 
sus, altitudmii  firmamentum^  le  firmament, 
qu'il  appellera  bientôt  le  firmament  du  ciel, 
frmamenium  cœli.  Cette  épithëte  ou  cette 
dénomination  de  coni;lomération  unique  ap- 
pliquée au  firmament  du  dessous,  aux  eaux 
constituées  en  firmameht  sous  lb  ciel,  par 
opposition  au  firmament  du  dessus,  aux 
eaux  constituées  En  fibmamettt  d'eti  haut, 
Et  FiBMAifB5T  DU  CIEL,  ccttc  quallficatiou 
distinctive  n'a  plus  aucun  sens,  du  moins 
dans^sa  signification  relative,  si  elle  ne  sert 
à.  marquer  une  différence  essentielle  dans  le 
mode  f  l'agglomération  ;  si  elle  n'indique  qu'à 
Topposite  des  choses  terrestres  ou  des  élé- 
ments sous  le  ciel  (51^),  les  choses  célestes 
ou  les  éléments  du  firmament  du  ciel  ont 
constitué  une  infinité  d'agglomérations  dis- 
tinctes dans  l'immensité  de  l'espace. 

«  Mais  Toici  qu'en  même  temps  il  nous 
est  révélé  que  les  éléments  qui  englobent 
l'aride  ou  le  noyau  solidifié  de  la  terre  sont 
les  éléments  qui  composent  aujourd'hui  tou- 
tes les  mers  du  globe,  au  milieu  desquels 
s'était  effectuée  cette  solidification  du  globe 
terrestre.  Voici  qu'il  nous  est  révélé  que 
ces  eaux  extérieures  du  troisième  jour  sont 
les  paux  de  toutes  les  mers  et  de  tous  les 
fleuves,  qui  passent,  à  leur  tour,  de  l'état  de 
Tapeurs  a  l'état  d'aggrégation ,  de  condensa- 
tion, en  se  déposant  à  la  surface  du  globe 
terrestre  solidifié  le  deuxième  jour,  à  la 
surlace  du  globe  terrestre  fah*  firmament 
▲c  MILIEU  DBS  BAUX  :  Et  vocavU  Deus  aridam 
ierram,  eongregaiionesque  aquarum  appel- 
tmcit  maria  :  n  Et  Dieu  donna  à  rélement 
m  aride  le  nom  de  terre  ;  puis  il  donna  le 
«  Dom  de  mer  aux  amas  des  eaux,  aux  con- 
«  eréjgations  des  eaux.  »  Ainsi  se  termine  la 
relation  historique  de  la  première  partie  de 
Fceuvre  du  troisième  jour»  avec  la  formule 
sacramentelle  ordinaire  :  «  Et  Dieu  vit  que 
«  cela  était  bon  :  Et  vidit  Deus  quod  e$$ei 
banmm  {  Gen.  i,  10).  v 

«  Ici  nous  ne  devons  nous  occuper  que  de 
ce  qui  est  relatif  à  la  constitution  jihysigue 
du  êlobe  terrestre.  Or,  sur  ce  premier  point, 
seul  accessible  aux  investigations  de  la 
science,  sur  le  double  phénomène  de  la  con- 
densation des  eaux  à  la  surface  de  la  terre 
et  du  surgissement  de  cette  surface  au-des- 
sus de  son  enveloppe  liquide,  il  n*^  a  plus 
et  il  ne  peut  plus  y  avoir  qu'une  voix  parmi 
les  savants.  Toutes  les  toéories  modernes 
amènent  à  cette  conclusion,  qu'à  cette  épo- 

aue  les  eaux  de  toutes  les  mers  et  de  tous  les 
enves  étaient  tenues  en  diss<tlution  dans 
Falmosphère,  qui  devait  occuper  une  grande 
étendue  autour  de  la  terre  ;  que  les  eaux 
sont  le  dernier  produit  de  la  condensation 
de  la  matière  originelle  ;  que  ce  ne  fut  qu'à 
la  dernière  épajue,  ou  après  l'entière  soli- 
dification de  la  surface  du  globe  terrestre, 
que  les  eaux,  jusque  là  retenues  à  l'état  de 
vapeurs,  purent  enfin  se  condenser  et  se  dé- 
poser à  cette  surface 


«  Les  eaux  du  troisième  jour  s*agglomé- 
rèrent  dans  un  seul  lieu,  pour  ne  constituer 
qu'une  seule  conglomération  ;  et  c'est  du 
sein  de  cette  conglomération  unique  sous  le 
ciel  que  surgit  ensuite  le  globe  déjà  conso- 
lidé de  la  terre  :  Et  appareat  arida^  et  roco- 
tit  Deus  aridam  terram.  Puis,  voici  que  l'his- 
torien de  la  création  ajoute  qu'à  l'apparition 
de  la  terre,  les  eaux  furent  distribuées  dans 
les  divers  bassins  des  mers;  ce  qu'il  ex- 
prime en  disant  que  Dieu  donna  aux  amas 
des  eaux,  aux  congrégations  des  eaux,  le 
nom  de  mers,  congregationesque  aquarum 
appellatit  maria. 

«  Considérons  tout  d'abord,  en  n'envisa- 
geant plus  le  récit  historique  que  sous  son 
point  Je  vue  spécial,  par  rapport  à  la  terre 
et  à  sa  constitution  physique,  considérons 
que  ce  précis  synoptique  fait  état  de  deux 
opérations  distinctes  et  successives  :  de  la 
condensation  ou  de  l'agrégation  des  eaux 
élémentaires  à  la  surface  du  globe  terrestre 
fait  firmament  au  milieu  de  ces  mêmes  eaux; 
et  de  révulsion  de  ce  firmament  inférieur 
appelé  ici  élément  aride,  ou  de  l'émersion 
de  l'élément  central  consolidé  dès  le  deu- 
xième jour.  Que  les  eaux  du  firmament  sous 
le  ciel  s'agglomèrent  dans  un  seul  lieu, 
qu'elles  ne  constituent  qu'une  seule  songlo- 
méralion,  in  locumunum,  in  congrégation 
nem  unam  ;  c'est  la  première  opération.  Et 
que  l'élément  aride  paraisse,  et  appareat 
arida  ;  c'est  la  seconde  opération.  La  pre- 
mière opération,  ou  la  condensation  des 
eaux  élémentaires  à  la  surface  de  la  masse 
solidifiée  du  noyau  central,  détermine  leur 
nouvelle  modalité  ou  leur  liquéfaction.  Et  la 
seconde  opération,  ou  révulsion  de  la  masse 
solidifiée  au-dessus  de  la  masse  liquéfiée, 
détermine  la  division  de  cette  cohorbcatioh 
OHiOGE  des  eaux  en  co9i«Ré6ATiON8  multi- 
ples ;  dernière  opération  qui  constitue  l'état 
physique  du  globe  terrestre,  d'où  résultent 
les  dénominations  distinctives  de  mers  et  de 
continents  :  Et  vocatit  Deus  aridam  terratiHf 
congregationesque  aquarum  appellavit  ma- 
ria. 

«  Le  troisième  jour,  les  eaux  du  dessous, 
c'est-à-dire  les  eaux   séparées  des  abîmes 

f>réj)arés  pour  les  deux,  ces  eaux  sous  cé- 
estes,  placées  le  deuxième  jour  sous  l'in- 
fluence du  FAISANT  TENIR  FERME,  COUtinUCUt 

d'obéir  à  l'action  de  cette  force  centrale  qui 
agit  en  dernier  lieu  à  la  surface  :  et  ces  eaux 
du  troisième  jour  se  condensent  en  s'agglo- 
méraiit,  congregatione  spissata^  autour  ou  à 
la  surface  du  globe  terrestre  fait  firmament 
dès  le  deuxième  jour,  ou  en  même  temps 
que  les  globes  célestes,  etenim  firmavit  of" 
hem  terrœ^  parata  sedes  tua  ex  tune.  Hais, 
parce  que  l'agglomération  de  ces  eaux  prin- 
ci[»es  est  la  cause  efficiente  de  leur  liquéfac* 
tion,  parce  que  cette  agglomération  est  l'o* 
pération  même  qui  détermine  leur  trans- 
mutation en  une  masse  aqueuse  qui  enve- 
loppe  l'aride  ou  la  masse  solide,  $em 


(5U;  uus  le  siéde  de  Voltaire  on  n*aarait  pas     Aujoord^boi  le  bons  sens  public  ferait  iastice  d' 
.«driié  de  noas  demander  si  la  leire  est  seut  lecieL     paralle  objection,  (Godefrov.) 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


J60B 


"m 


longe  laleque  subsidens^  Moïse  ne  distingue 
que  par  son  universalité,  il  ne  distingue  que 
I)ar  sa  qualification  de  seule  et  unique  cette 
eonglomération  primitive,  des  congloméra- 
tions  qui  constituent  les  mers  ^  l'appaeitiok 

DE  LA  TERRE. 

«  Avant  Tapparition  de  la  terre,  les  eaux 
du  troisième  jour  ordonnées  pour  composer 
une  conglomération  unique  sous  le  ciel, 
ne  sont  pas  distinguées  autrement  des  eon- 
glomérations  préparées  pour  les  cieu%;  ces 
eaux  du  troisième  jour  ne  sont  pas  autre- 
ment distinguées  des  eaux  soumises  le  dieu- 
xième  jour  à  Faction  du  firmament  pour  la 
génération  de  tous  les  cieux,  ex  qua  abysso^ 
iive  aqua  densata  atque  solidata  facti  sunt 
cœli  omnes,  êive  firmamentum  die  secundo. 
Mais,  à  ce  nouvel  nrdre  du  Créateur  :  Que 
le  ferme  ap);.araisse,  appareat  arida,  nous 
comprenons  que  les  derniers  produits  de 
celte  conglomération  unique  sous  le  ciel 
sont  de  la  même  nature  que  les  conglomé- 
rations  qui  vont  constituer  les  mers. 

«  Nous  n'ignorons  pas  que  certains  com- 
naenlateurs  n'ont  voulu  voir,  dans  la  double 
Of)ération  décrite  ynr  Moïse,  qu'un  seul  et 
même  événement  qui  aurait  mis  nos  conti- 
nents à  découvert  par  la  retraite  des  eaux. 
Mais  rien  dans  la  g('Ographie  physique  ni 
dans  le  récit  historique  ne  favorise  celte  opi- 
nion. Si  les  eaux  qui  enveloppaient  le  globe 
dans  l'origine,  comme  le  disent  ces  commen- 
tateurs, s'étaient  rassemblées  ou  retirées 
dans  un  seul  lieu^  comme  Texoliquent  encore 
ces  mômef  commentateurs,  il  n'y  aurait  sur 
toute  la  .«urface  de  la  terre  qu'un  seul  bas- 
sin pour  toutes  les  eaux  ;  il  n  y  aurait 
qu  une  seule  et  même  naj)pe  d'eau,  il  n'y 
aurait  qu'une  mer  unique.  Et  pourtant  nous 
voyons  la  surface  de  la  terre  partagée  inéga- 
lement eu  terres  et  en  eaux  ;  nous  vofjrons 
ces  eaux  former  plusieurs  océans  ou  plu- 
sieurs mers  extérieures,  et  chacune  de  ces 
mers  extérieures  former,  sur  chaque  conti- 
nent, un  certain  nombre  de  mers  intérieures 
ou  méditerrannées.  Ajoutons  qu'il  est  avéré, 
en  géologie,  que  ces  mers  intérieures  étaient 
beaucoup  plus  multipliées  autrefois  qu'au- 
jourd'hui ;  que  dans  l'origine,  les  mers 
moins  profondes  qu'elles  ne  le  sont  main- 
tenant, occupaient  un  très-grand  nombre 
de  centres  ou  bassins  plus  ou  moins  res- 
serrés, et  souvent  sans  communication  au- 
cune entre  eux.  Or,  l'interprétation  de  ces 
commentateurs  ne  saurait  être  en  contradic- 
tion manifeste  avec  l'observation,  sans  être 
en  même  temps  directement  opposée  à  la 
lettre  «lu  texte  sacré  ;  et  c'est  ce  qui  arrive 
€n  effet.»  Cette  explication  n'est  évidemment 
qu'une  subtilité. 

«  ]>ans  le  récit  génésiaque,  les  eaux  s'ag- 
^louièrent  ou  se  rassemblent  en  un  seul 
-UEu,  pour  ne  former  qu'cNE  seule  et  même 
conglomération,  in  locum  unumj  in  congre- 
gationem  unam:  et  dans  ce  même  récit,  ces 
eauxxsont  confinées  dans  divers  lieux,  elles 
forment  plusieurs  amas,  plusieurs  conglo- 
MiRATiONsou  plusieurs  MERS  :  «  Congregaiio- 
nesque  aquarum  appeUapit  nuirta,  et  il  donna 


le  nom  de  mers  aux  amas  des  eaux,  aux  co!f- 
GLOMÉRATioN  DES  EAUX.  »  Evidemment  n>$ 
amas  des  eaux  en  des  lieux  différents,  ou 
selon  l'expression  originale,  ces  coNGRiGA- 
TioNS  DES  EAUX,  qui  deviennent  autant  de 
mers,  ne  sont  pas  le  résultat  du  Dsssemhle- 
roent  des  eaux  dans  un  seul  lieu,  ou  de  leur 
agglomération  en  une  seule  masse,  ek  ine 
SEULE  congrégation.  Ce  qu*il  pouvait  yairoir 
d'obscur  dans  le  9*  verset  est  clairement  ex- 
pliqué par  ce  qui  précède  et  parce  qui  suit; 
par  ce  qui  précède,  puiscjue  nous  sommes 
avertis  que  ces  eaux,  qui  s  agglomèrent  soos 
LE  CIEL,  font  partie  des  eaux  élémentaires 
tirées  de  Tabime  universel  du  premier  jour, 
et  condensées  et  consolidées  dans  leur  milieu 
dès  le  second  jour;  et  par  ce  qui  suit,  puis- 

3ue  ces  eaux  agglomérées  sous  le  ciel  ne 
oivent  occuper  qu'un  seul  et  même  Heu, 
ne    doivent    composer    qu'une    seule    et 
même  masse,    une  seule   et    même  con- 
grégation ;    et  que  les  eaux,  dont  il  est 
question  dans  le  verset  suivant,   sont  di- 
visées  et  partagées  en  plusieurs  masses, 
en  plusieurs  congrégations,  pour  former  au- 
tant de  mers  dans  des  lieux  différents.  Il  faut 
donc  qu'il  y  ait  eu  une  opération  intermé» 
diaire  entre  cette  agglomération  des  eaui 
élémentaires   en    une   seule   congrégation 
aqueuse  ou  en  une  mer  universelle,  et  la 
distribution  des  eaux  de  celte  congréj^alion 
unique  en -plusieurs  congrégations  ou  plu- 
sieurs mers.  Cette  opération  intermédiaire 
est  révulsion  terrestre,  ou  le  surgissement 
de  la  surface  solidifiée  du  globe  au-dessus 
de  cette  enveloppe  liquide,     au-dessus  de 
cette  mer  primitive. 

«  Cette  vérité  capitale  rassort  en  toute 
évidence  de  chacune  des  expressions  des 
deux  versets  de  la  Genèse  que  nous  exami- 
nons ici  :  u  Que  l'élément  aride  paraisse  :  » 
Taride,  par  opposition  à  ce  liquide  univer- 
sel, Télément  aride,  par  opposition  h  Vi}^ 
ment  aqueux  ;    paraisse  :   l'élément  aride 
n*était  donc  pas  visible  auparavant,  il  étai^ 
donc  caché,  couvert,  enseveli,  l'eau  lerecou* 
vrait  donc  entièrement;  et  c'est  du  sein  des 
eaux  qu'il  apparaît,  appareat  :  car  telle  est 
l'expression  simple,  mais  sublime  de  Tori- 
ginal.  £t  Dieu  donne  à  ce  nouvel  élément 
qui  apparaît  è  découvert  le  nora  de  terre,  et 
il  appelle  les  amas  des  eaux  mers.  Les  amis 
DES  eaux,  congregationes  aquarum  :  il  d*t 
avait  qu'un  seul  amas,  qu'une  seule napp^ 
d'eau,  congregationem  unam,  avant  TappÀri* 
t.'on  de  la  terre  ;  mais  la  terre,  en  apparais- 
sant, en  se  montrant  au-dessus  de  Vimmen- 
site  de  ces  eaux,  les  a  divisées,  et  d'une 
mer  universelle  elle  en  a   fait   plusieurs 
mers,  congregationesque  aquarum  appellovit 
maria.  Ce  nom  de  mers  n*est  donné  aux  eaut 
qu'après  qu'elles  eurent  été  divisées  par  le 
surgissement  de  la  masse  intérieure,  conso; 
lidée  dès  le  deuxième  jour;  et  la  terre,  qui 
n'apparatt  qu'après  la  formation  des  eaux, 
reçoit  «on  nom  la  première,  parce  que,  avant 
son  ap.iarition,  l'universalité  des  eaux  n'élail 
susceptible  d  aucune  dénomination  particu- 
lièrep  parce  qu'auoune  autre  dénominatioa 


GÛD 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


GOB 


\(^ 


}uo  eelle  d'amas  nni'que,  d'agglomération 
tHTifjue  ne  convenait  à  leur  universalité.  » 

Ainsi,  pour  résumer,  Yaquœ  d\ï9'  verset 
ngnilie  tes  eaux  du  dessous,  mais  ces  eaux 
du  dessous,  lecteur,  ne  sont  pas  les  eaui 
jue  vous  connaissez  ;  ce  sont  les  eaux  qui 
lurent  séparées  des  abtmes  préparés  pour 
les  deux,  le  deuxième  jour,  sous  rinfluence 
ju  FAiSA?(iT  TBNiR  FERME,  OU  eu  langage  un 
•>eu  plus  humain^  sous  Tinfluence  de  Tat- 
iractioQ.  Qu'était-ce  que  ces  eaux  principes, 
^mme  les  appelle  notre  auteur?  était-ce 
ies  eaux  à  l'état  de  vapeur?  Etait-ce  seule- 
ment les  éléments  dé  Teau,  l'hydrogène  et 
.'oxygène?  En  ce  dernier  cas  sous  quelle 
.ircssion  ces  gaz  se  sont -ils  combinés  pour 
faire  de  Teau? 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  questions  et  de 
nilie  autres  que  la  physique  et  la  chimie 
30iirraient  adresser  à  rauleur,  non  seulement 
Ici  mais  à  chaque  pa^e  de  son  livre,  toujours 
»t-il  que,  d'après  M.  Godefroy,  la  première 
opération  du  troisième  jour  consiste  à  li- 
{uéGer  les  eaux  élémentaires  et  à  les  a^lo- 
tnércr,  congregentur^  en  un   seul   lieu,   m 
ênumiocum^  c'est-à-dire  en  une  mer  uni- 
r'erselle  enveloppant  notre  globe  tout  en- 
tier. 11.  Godefroy  veut  que  ce  soit  là  le  sens 
iu  ••  verset. 

Ce  n'est  qu'au  f  0*  verset  que  ces  eaux,  oui 
^iirrent  la  terre  enUère,  sont  rassemblées 
tfi  plusieurs  con^iomérations  ou  plusieurs 
siers  !  c(mgreg€Utones  aquarum. 

Voyons  maintenant  comment  les  inter-^ 
©rèlps  ont  entendu  ce  9*  et  10*  verset. 
Voici  la  traduction  du  P.  de  Carrières  : 
«  Dieu  dit  encore  :  que  les  eaux  qui  sont 
rt^tétn  sous  le  ciel ,  et  qui  cottwent  ta  face 
de  4a  terre^  se  rassemblent  en  un  seul  lieu, 
et  que  Félémenl  aride  paraisse,  et  cela  se  fil 
lirssi 

«^  Dieu  donna  à  Vélémmt  aride  le  nom  de 
tonre,  et  il  appela  mer  toutes  ces  e*ux  ras- 
veti^blées.  Et  il  vit  que  cela  était  bon  et 
conforme  à  $€$  desseins.  » 

C'est  ta  le  »entimcnt  unanime  des  [^Pères 
ït  des  commentateurs. 

M.  Godefroy  place  ici  quelques  observa- 
ions  sur  la  formation  des  terrains  intermé- 
iiaires  nu  de  transition,  appelés  paléozoi- 
jues  |)ar  Phillips,  Murchison,  A.  d'Orhi* 
;ny,  etc.,  et  sur  les  soulèvements.  Nous 
envoyons  la  discussion  de  ces  deux  points 
ux    oQOts   Jouas ,   p6rioi>es   et   Soulève- 


Quant  au  11'  et  12*  verset  qui  concernent 

I  création  des  premiers  végétaux,  voici  ce 

ue  M.  Godefroy  a  tma^né  pour  leur  don«- 

<?r  la  Itimière  qui  était  nécessaire  à  leur 

éTelopr  nnent.  Figurez-vous  qu'à  Torigine 

t*    notre  système  planelo-solaire,  il  n'y 

vaitqu*un  globe  dun  volume  prodigieux, 

omposé  de  la  même  manière  que  le  soleil 

'aujourd'hui,  s'il  -en  faut  croire  M.  Gode- 

^^Y'  Ainsi,  cette  masse  globulaire  primitive 

t«i£  formée  d'une  masse  moléculaire  cen- 

/•a/e  cl'oû  sont  sorties,  parleffet  du  mouve- 

f//jetit  rotatoire,  toutes  lesplanèles;  et  au- 

•^^»a  ^  de  cette  masse  moléculaire  était  une 


atmosphère  d'une  étendue  immense  et  pro- 
dijneusement  raréfiée,  terminée  par  une  en- 
veloppe lumineuse  qui  serait  aujourd'hui 
ce  que  les  astronomes  aprieilent  la  photos- 
phère du  soleil.  La  terre,  lancée  des  flancs 
du  noyau  central ,  se  trouva  au  troisième 
jour  dans  l'atmosphère  solaire,  au-dessous 
et  à  une  distance  convenable  de  la  photos- 
phère qui  l'éclairait  et  l'échaufl^ait.  Voici 
tout  au  long  la  théorie  de  M.  Godefroy. 

K  £n  revenant  ainsi  par  les  déductions  de 
la  science  moderne  au  récit  de  l'historien 
de  ta  création,  nous  comprenons  que  Té-* 
lectrisation  était  encore  peu  avancée,  ou 
que  le  fluide  électrique  ne  manifestait  en- 
core sa  présence  que  d'une  manière  impar- 
faite, et  que  ses  effets  calorifiques  éiaient 
peu  éner^^iques  encore  à  la  troisième  épo- 
que génésiaque,  c'est-à-dire  à  une  époque 
où  la  masse  centrale  et  l'atmosphère  du  so- 
leil avaient  encore  une  extension  considé-* 
rable.  Et,  puisque  la  théorie  d'accord  avec 
l'observation  nous  ap|)rend  que  le  plus  8ub« 
til  de  tous  les  fluides  exerce  son  empire 
dans  les  régions  de  l'espace  où  l'air  at- 
mosphérique est  porté  au  [>lus  haut  degré 
de  raréfaction  qu'il  soit  possible  d'imaginer, 
nous  comprenons  que  la  terre  et  toutes  les 
planètes  ont  pu  opérer  leurs  révolutions 
dans  un  milieu  qui  devait  être  moins  ma- 
tériel que  le  vide  le  plus  parfait  de  la  ma- 
chine pneumatique.  C'est  sur  cette  afmos** 
phère  primitive  que  se  développait  Tatmos- 
obère  électrique,  ou,  si  on  1  aime  mieux, 
l'atmosphère  éthérée  de  tout  le  système 
planéto-solaire,  en  tout  semblable  à  l'at- 
tnosphère  lumineuse,  purement  superpcielUj 
de  ces  sphères  immenses  appelées  nébuleu- 
ses [Planétaires. 

<f  En  tout  cas,  l'existence  d'une  enveloppe 
lumineuse  ou  la  concrétion  du  fluide  lu- 
mineux dans  les  plus  hautes  régions  de 
l'atmosphère  solaire  est  une  preuve  toujours 
subsistante  de  la  vérité  du  récit  de  l'histo- 
rien de  la  création,  qui  nous  apprend  qne 
la  lumière  a  brillé  dans  les  cieux  avant 
l'apparition  du  soleil  ;  que  la  lumière  est 
un  corps  différent  et  indépendant  du  soleili 
ou  que,  dès  le  premier  jour,  le  fluide  lumi- 
neux fut  réellement  et  ph^ysiquement séparé 
de  la  matière  opaque  (pu  compose  les  glo- 
bes célestes  :  ki  facta  est  lux^  et  divisit 
tucem  a  tenebris;  et  que,  relativement  à  la 
terre,  le  soleil  ne  fut  environné  de  son  au- 
réole lumineuse,  ou  que  la  nuit  ne  succéda 
au  jour  et  le  jour  à  lanuitau^à  la  quatrième 
époque  de  la  création  :  ift  iucerent  sup  er 
terrant  et  prœessent  diei  ac  nocti. 

«  Maintenant,  puisqu'il  est  pareillement 
démontré  «que  l'atmosphère  du  soleil  est 
entièrement  comprise  sous  cette  enveloppe 
lumineuse,  et  qu'elle  ne  s'étend  point  au 
delà,  il  est  démontré  par  cela  même  c|ue 
toutes  les  opérations  de  la  nature  primitive, 
si  habilement  exposées  par  M  Laplace, 
n'ont  pu  s'effectuer  qu'au  sein  même  de 
cette  atmosphère  ou  dans  Tesi  ace  compris 
entre  le  noya*u  central  et  l'auréole  lumineusQ 
du  monde  planéto-solaire. 


705 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


704 


«  Nous  ne  répéterons  pas  ce  que  nous 
airons  dit  ailleurs,  pour  établir  que  la  terre 
et  toutes  les  planètes  n'ont  pu  prendre  nais- 
sance qu'aux  limites  successives  de  la  masse 
moléculaire  et  constitutive  du  y.lobe  solaire, 
jlu  noyau  central  du  soleil,  et  que  l'orga- 
nisation de  la  terre,  dun  volume  et  d'une 
masse  comparativement  si  minimes,  fut 
Eécessairement  antérieure  à  l'organis/^tion 
du  globe  central.  Mais  nous  avons  ici  à  ré- 
pondre à  une  dernière  objection. 

«  Quand  la  masse  du  ^lobe  solaire  était 
oocore  à  l'état  de  vapeurs,  ses  éléments 
constituants  se  renfermaient  sans  cesse 
dans  un  espace  moins  étendu  proportion- 
nellement a  leur  condensation,  et  par  con- 
séquent son  atmosphère  se  resserrait  et  les 
particules  de  l'enveloppe  lumineuse  de 
cette  atmosphère  se  rapprochaient  les  unes 
des  talves  dans  la  proportion  de  la  dimi- 
nution de  la  surface  de  cette  enveloppe.  A 
une  certaine  époque  déterminée  par  la  Ge- 
nèse,  le  troisième  jour  de  la  création  de  la 
matière  et  de  la  production  de  la  lumière, 
la  terre  se  couvrit  d'une  première  végéta- 
tion; et  pourtant  il  n'y  avait  point  encore 
de  luminaires  pour  marquer  le  jour  et  la 
nut7,  et  pour  distinguer  les  temps  et  les  sai-- 
sons^  les  jours  et  les  années.  Ainsi,  d'après 
la  Genèse^  la  terre,  à  cette  époque,  opérait 
encore  sa  révolution  dans  l'enceinte  com- 
prise sous  cette  enveloppe  lumineuse  ,  d'où 
elle  allait  sortir  pour  être  soumise  à  l'al- 
ternance du  jour  et  de  la  nuit,  et  bientôt 
après  à  la  vicissitude  des  saisons.  Mais, 
va-t-on  nous  dire,  comment  la  végétation 
a-t-elle  pu  se  développer  au  milieu  de  cette 
atmosphère  de  la  masse  constitutive  du 
noyau  soiaire? 

«  Avant  de  répondre  directement  è  cette 
dernière  objection,  il  nous  sera  permis  d'op- 
poser à  notre  tour  une  oilliculté  bien  autre- 
ment inesiplicable  dans  lesystèmede  M.  La- 
place  et  dans  tous  .es  systèmes  à  effluxious 
solaires,  il  nous  sera  permis  de  retourner 
contre  nos  adversaires  la  difficulté  qu'ils  ont 
opposée  avec  tant  d'insistance  à  l'exactitude 
du  récit  biblique. 

a  Les  terrains  cambrien,  silurien  et  houil- 
1er  se  retrouvent  avec  les  mêmes  caractères 
non-seulement  en  France,  en  Angleterre, 
en  Allemagne,  mais  encore  en  Russie  et  jus- 
qu'en Sibérie  et  au  voisinage  des  pôles,  dans 
des  contrées  où  régnent  des  nuits  de  plus 
de  deux  mois  et  où  Ta  végétation  est  absolu- 
ment nulle  aujourd'hui  ;  et  ces  mêmes  ter- 
rains occupent  de  grands  espaces  en  Améri- 
que et  renferment  des  plantes  analogues  à 
celles  qui  vivent  aujourd'hui  sous  1  équa- 
:  teur.  Il  ne  suffirait  pas  de  répondre  que  la 
température  climatérique  des  pôles  était 
alors  aussi  élevée  aue  i  est  maintenant  celle 
des  réglons  tropicales  :  que  le  climat  primi- 
tif du  globe  était  indépendant  de  la  chaleur 
solaire,  car  un  certain  degré  de  température 

(515)  y ny.  Echo  du  monde  savant^  dn  2  octobre 
1856.  —  Afialyée  du  Cours  de  Géologie  professé  au 
Colléye  de  France,  par  M.  Elie  de  Beacjmont.  etc. 


n'est  pas  la  seule  condition  nécessaire  à  la 
végétation.  Puisque  la  lumière  est  indispen- 
sable .  à  la  végétation,  puisque  les  plantes 
ont-besoin  de  la  lumière  pour  croître  et  se 
reproduire,  comment  concevoir  que  cette 
végétation  primitive  ait  pu  exister  indépen- 
damment de  toute  lumière?  On  a  eu  recours 
à  un  déplacement  de  l'équaleur,  à  un  choc  de 
comète  contre  la  terre;  on  dit  aujourd'hui 

3u'on  manque  d'expériences  pour  savoir  si 
es  plantes  pourraient  vivre  privées  de  la 
lumière  du  soleil,  éclairées  seulement  par 
la  lune  et  par  les  étoiles  (515);  toutes  hypo- 
thèses ou  conjectures'  qui  témoignent  de 
l'impuissance  des  géologues  à  expliquer  un 
fait  naturel. 

a  Un  célèbre  phvsiologiste  a  bien  compris 
toute  la  difficulté  de  la  position,  M.  de  Can- 
dolle  a  bien  compris  l'impossibilité  de  con- 
cevoir la  manifestation  de  semblables  phé- 
nomènes vitaux  sous  l'influence  de  la  faible 
lumière  qui  éclaire  aujourd'hui  les  pôles  de 
la  terre,  lorsqu'il  recourt  à  ces  suppositions: 
«  Peut-être  un  jour  trouvera  t-on  quelema- 
«  gnétisme  terrestre  et  ime  haute  température 
«  dii  globe  ontpu  produire  jadis  une  lumiàre 
«(  inconnue  maintenant;    peut-être   décoor 
«  vrira-t-on  que  les  aurores  boréales  ont  été 
t  autrefois  plus  fréquentes  et  plus  inten- 
«  ses  que  dans  notre  époque.  »  Et  ailleurs  : 
«  M.  Lindiey  remarque,  avec  raison,  que  les 
c  plantes  des  pays  équatori aux  ont  besoin  de 
«  lumière  et  d'une  lumière  distribuée  égale- 
«  ment,  autant  que  de  chaleur: un  très-petit 
«  nombre  d'espèces  végétales  peuvent  sup- 
*(  porter  la  privation  de  la  lumière  pendant 
«  quelques  mois.  11  faut  donc,  pour  que  des 
«  fougères  en  arbres  aient  pu  vivre  la  où  est 
<K  le  pôle  arctique  maintenant,  que  l'inclinai- 
ff  son  de  la  terre  sur  le  plan  del'équateur  ait 
«  changé.  »  Puis  le  grand  botaniste  exprime 
encore  sa  conviction  en  ces  termes  :  «  Ce 
a  qui  me  parait  toujours  un  fait,  c'est  aue 
a  les  végétaux  fossiles  de  la  baie  de  fiatGn 
a  étaient  éclairés  autrement  que  ceux  qui 
«  viventdenosjours dans  cette  région  (516).  > 
<i  Avouez  donc  que  la  nécessité  de  trouver 
une  autre  lumière  pour  les  végétaux  fossiles 
des  régions  polaires  nous  ramène  au  récit 
de  Moïse.  Avouez  que  cette  grave  difficulté 
ne  trouve  sa  solution  que  dans  la  théorie 
mosaïque,  et    que  les  conséquences   que 
fournit  tout  naturellement  le  récit  de  l'his- 
torien inspiré  ne  sont  que  la  reproduction 
exacte  et  parfaite  de  ce  qui  caractérise   le 
dépôt  universel  des  premiers  terrains   de 
transition  ;  car,  dans  cette  théorie,  la  lumière 
régnait  sans  partage  sur  toute  la  surface  du 

Î;lobe,  puisque  la  nuit  ne  succéda  au  jour  et 
e  jour  à  la  nuit  qu'à  la  quatrième  époque 
de  la  création. 
«  Venons  à  la  grande  objection. 
t  II  ne  peut  s'agir  dans  cette  objection  que 
de  la  température  du  lieu  que  la  terre  occupait 
relativement  à  la  distance  où  elle  se  trouvait 

(516)  BibL  univers,,  avril  1835.  —  Iniraductitm 
à  Vélude  de  ta  Botaniquej  t.  II,  c.  6. 


GOD 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


GOD 


706 


da  fojer  de  la  chaleur  et  de  la  lumière  «  car, 
aoant  k  la  température  propre  ou  originelle 
de  la  terre,  on  peut  dès  cette  époque  la  eon- 
ikiérer  comme  suffisamment  abaissée  pour 
lesb^ins  de  la  Yé^étation.  Or,  Tinfluence 
du  disque  lumineux  sur  les  régions  que  la 
terre  parcourait  à  la  fin  de  ce  troisième  jour 
de  la  Genèse  ne  pouvait  être  beaucoup  plus 
considéralile  que  Tinfluence  qu  il  exerce  au- 
ourJ*hui.  En  effet,  s  il  est  vrai  que  Tinten- 
sité  de  la  chaleur  et  de  la  lumière  est  en 
raison  inverse  du  carré  des  dislances,  il  est 
vrai  aussi  que  les  surfaces  des  globes  sont 
comme  les  carrés  des  diamètres.  Ainsi,  en 
supposant  qu*à  cette  époque  la  terre  opérât 
sa  révolution  k  une  distance  de  Tenveloppe 
lumineuse  éçale  au  rayon  actuel  du  globe 
ioial  du  soleil,  la  chaleur  qu'elle  en  recevait 
aurait  été  environ  h8  mille  fois  plus  grande 
que  celle  qu'elle  reçoit  présentement  de  cet 
astre,  si  la  densité  de  Tenveloppe  incandes* 
eente  eût  été  la  même  qu'aujourd'hui.  Mais, 
dans  cette  hypothèse,    la  surface  de  cette 
enveloppe  était  48 mille  fois  plus  grande;  et 
par  conséquent  la  température  qui  en  ré- 
sultait pour  la  terre  n'était  pas  supérieure  à 
celle  que  le  soleil  lui  communiquée  réi)oque 
actuelle,  toutes  choses  égales  d  ailleurs. 

<  Nous  disons  toutes  choses  égales  d'ail- 
leurs: car  il  est  plus  que  probable  qu'à  cette 
époque  l'auréole  lumineuse  du  soleil  dont 
la  puissance  sidérale  augmentait  incessara- 
mentaufuret  à  mesure  de  la  déperdition  du 
laiorique  des  masses  sol^re  et  planétaires, 
il  est  au  moins  infiniment  probable  que  ce 
réceptacle  unique  delà  chaleur  primitive  de 
tout  le  svstème  planétaire,  était  loin  d'avoir 
i  cette  époque  1  énergique  activité  que  nous 
loi  connaissons.  Remarquons  encore  qu'en 
raison  du.  prodigieux  développement  de 
eette  surface  lumineuse,  l'action  de  cette 
surface  était  infiniment  moins  puissante  sur 
le  glotie  terrestre,  qui  ne  répondait  direc- 
tement, à  cette  distance,  qu'à  une  très-petite 
partie  de  cette  immense  surface. 

«  On  conçoit  dès  lors  que  la  terre  pouvait 
être  beaucoup  plus  rapprochée  encore  de 
l'enveloppe  lumineuse,  sans  que  la  chaleur 
qu'elle  en  recevait  fût  beaucoup  plus  grande 

Îue  celle  qu'elle  reçoit  aujourdiiui  du  soieil. 
ossi  est-ce  bien  moins  à  la  proximité  du 
disque  lumineux  qu'au  oéj^agement  de  la 
cbaîleur  produite  par  la  solidification  de  la 
inssse  intérieure  de  la  terre  et  par  la  con- 
densalion  de  la  masse  centrale  du  soleil,  que 
BOUS  attribuons  la  chaleur  d'origine  qui  se 
maintient  encore  dans  Téeorce  superficielle 
du  ^lobe. 

m  Ajoutons  à  ces  considérations  péremp- 
loires  que  l'atmosphère  de  la  terre ,  encore 
peu  épurée  et  beaucoup  plus  chargée  qu*au- 
jourd  nui,  devait  protéger  puissamment  sa 
sorface  contre  le  rayonnement  du  fluide  lu- 
ixiÎDeux,  et  nous  concevrons  que  l'immersion 
même  du  globe  terrestre  dans  ce  fluide  lumi- 
neux si  prodigieusementdilaté n'aurait  pu  in- 
fluer que  bien  faiblement  sur  sa  température. 

(^517)  Rmpporî  de  M.  âkago  a  t Académie  des  scien- 
CM.  sâaee  da  M  octobre  183G. 


«  On  verra  tout  à  l'heure  que  si  le  fait 
d'une  pareille  immersion  parait  être  une 
condition  absolue  de  notre  hypothèse,  les 
phénomènes  de  la  nature  nous  autorisent  à 
ne  recourir  qu'à  une  simple  station  de  la 
terre  dans  des  régions  plus  ou  moins  rap- 

Srochées  des  régions  or*cu{>ées  alors  oar  ce 
uide  lumineux. 

«  Or,  il  est  possible  que  cette  station  de 
la  terre  n'ait  été  qu'instantanée;  car,  qui  dira 

3ue  le  Créateur  n'a  f>u  activer  les  opérations 
es  agents  naturels  qu'il  venait  de  mettre  en 
action?  Sans  doute  mille  ans  sont  devant 
lui  comme  un  jour,  et  un  jour  comme  mille 
ans;  mais,  tout  en  imprimant  une  marche 
naturelle  aux  phénomènes  de  l'univers,  son 
auteur  n'a-t-il  pu  rendre  plus  rapide  le  déve- 
loppement des  êtres  ?  Pour  ne  citer  qu'un 
seul  trait,  l'ordonnateur  des  mondes  n  a-t-il 
pu  circonscrire  l'atmosphère  du  soleil,  sinon 
dans  ses  limites  actuelles,  du  moins  en 
deçà  de  l'orbite  terrestre,  à  l'instant  même 
où  il  prononça  cet  arrêt  solennel  :  Qu'il  y 
ait  des  luminaires  dans  le  firmament  du  ciel 
pour  faire  la  distinction  du  jour  et  de  la 
nuit?  Toujours  doit-on  convenir  qu'il  ne 
répugne  fias  aux  lois  de  la  nature  que 
de  brusques  transitions  se  soient  opérées 
dans  les  globes  nouvellement  formes,  et 
particulièrement  et  à  plus  forte  raison 
dans  lesatmosphères  de  ces  globes;  car  il 
y  a  sur  cedernier  point  des  données  ac- 
quises. 

^  Tous  les  astronomes  ont  admiré,  sans 
pouvoir  les  expliquer,  les  changements 
physiques  de  la  comète  de  Halley,  si  remar- 
quables par  leur  étendue  et  par  leur  promp' 
titude.  Sir- John  Herschell ,  qui  a  été  favori- 
sé au  cap  de  Bonne-Espérance  d'une  belle 
et  longue  exhibition  de  cette  célèbre  comète 
à  son  retour  du  périhélie,  écrivait  à  M. 
Arago  que  l'enveloppe  parabolique  de  la  co- 
mète, aperçue  )K>ur  la  première  fois  le  éh^ 
janvier  1836,  se  forma  sous  les  yeux  des 
observateurs  avec  une  si  étonnante  rapidité 
qu'on  la  voyait  augmentera  vue  d'œil,  et 
que  son  volume  visible  fit  plus  que  doubler 
dans  la  journée  du  26  janvier  (517).  De  leur 
côté,  les  astronomes  d'Europe  avaient  ob- 
servé, avant  le  passage  au  périhélie,  un 
aflaîKissement  graduel  et  rapide  dans  la 
nébulosité  de  cette  comète ,  et  des  secteurs 
lumineux  extrêmement  variables.  «  Quand 
«  on  voudra  expliquer  ces  singuliers  chan- 
«r  gements  de  forme,  dit  M.  Arago,  il  faudra 
«  ne  pas  oublier  que  ces  secteurs,  si  subite- 
«  ment  détruits  et  si  subitement  renouvelés, 
«  n'avaient  pas  moins  de  deux  cent  mille 
«  lieues  d'étendue.  »  Ei  ailleurs  :  «  Je  ne  re- 
«  garde  plus  comme  impossible  qu'il  se  ma- 
«  nifeste  dans  le  noyau  d'une  comète,  dans  la 
«  totalité  ou  dans  quelque  partie  de  sa  cho- 
«  velure  et  de  sa  queue  des  changements 
«  d'intensité  presque  subits  (518).  » 

c  Mais  ces  changements  d  intensité  pres- 
que subits  jusque  dans  lenoyau  d'une  comète^ 
sont  aujourd'hui  des  faits  acquis  et  directe* 

'  (518>  inw.  1836.  p.  Î21  et  235, 


m 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


GOD 


7li 


mosphèro  primitive  de  la  masse  génératrice 
de  tout  le  système  planéto-solaire.  Mais 
>ces  molécules  des  dernières  couches  atmos- 
phériques allaient  acquérir  un  mouvement 
de  rotation  en  rapport  avec  la  longueur  de 
leur  rayon  vecteur,  et  en  même  temps  une 
force  centrifuge  égale  à  leur  pesanteur,  pour 
s*étendre  circulairementdans  le  plan  de  Té- 
quateur,  et  former  ainsi  ce  quon  appelle 
aujourd'hui  la  lumière  zodiacale,  et  qu'on 
devrait  appeler  la  nébuleuse  zodiacale.  Ce- 
pendant la  pellicule  lumineuse  qui  encei- 
gnait  cette  immense  atmosphère  se  déchirait 
et  s'entrouvrait  par  Telfet  de  ce  mouvement 

f)|i.is  rapide,  pour  se4)orter  et  se  replier  sur 
es  parallèles  à  Téquateur,  en  se  rapprochant 
sans  cesse  do  la  masse  centrale. 

«  Il  serait  inutile  d'objecter  que  la  zone 
sidérale  ou  la  pellicule  lumineuse  comprise 
dans  le  plan  de  cet  équateur  universel  au- 
rait dû  se  détacher  pour  se  coordonner 
aux  atmosphères  des  planètes ,  ou  pour 
continuer  son  mouvement  révolutif  à 
la  même  distance  de  la  masse  centrale.  Car 
les  phénomènes  de  Fécartement  de  l'enve- 
loppe du  soleil  ou  des  couches  lumineuses 
qui  Hottent  au-dessus  de  son  atmosphère, 
ces  phénomènes,  dont  nous  sommes  tous  ks 
jours  les  témoins,  attestent  que  cet  ordre  est 
celui  de  la  nature.  Nécessairement  la  même 
cause  existant  dans  l'origine  des  choses  a  dû 
produire  les  mêmes  effets  qu'aujourd'hui; 
c'est-à-dire  que  l'enveloppe  lumineuse  de- 
vait se  déchirer  et  s'entr  ouvrir  dans  les  ré- 
Sions  équatoriales.  Seulement,  ces  effets 
ans  cette  origine  étaient  incomparablement 
i)lus  marqués,  à  cause  du  prodigieux  déve- 
oppement  de  la  surface,  ou  de  F  amincisse- 
ment de  la  pellicule  lumineuse. 

a  Mais,  SI  cet  ordre  est  celui  de  la  nature, 
l'immersion  de  notre  planète  dans  la  couche 
lumineuse  qui  constitue  la  pellicule  sidé- 
rale du  soleil  était  à  peu  près  impossible , 
fmisqu'à  cette  première  époque ,  comme  à 
'époque  actuelle,  la  terre  opérait  sa  révolu- 
tion dans  le  plan  de  l'équateur  solaire ,  et 
qu'alors  la  couche  lumineuse,  si  prodigieu- 
sement dilatée,  devait  céder  au  moindre  ef- 
fort, et  par  conséquent  demeurer  entr'ou- 
verte  dans  le  plan  de  l'équateur.  Ces  déchi- 
rements et  écartements  de  l'enveloppe  lu- 
mineuse n*ont  rien  de  surprenant  ni  même 
d'insolite  puisqu'aujourd'h'ui  il  existe  encore 
dans  cette  enveloppe  lumineuse  du  soleil,  de 
ces  éclaircis  en  forme  de  bandes  obscures 
dont  la  largeur  souvent  surpasse  plusieurs 
fois  le  diamètre  de  la  terre. 

«  Et  ainsi  s'explique  la  mystérieuse  appa- 
rition des  véj^étaux  sous  1  influence  de  la 
lumière  primitive,  antérieurement  à  l'orga- 
nisation de  l'astre  régulateur  du  jour  et  de 
la  nuit,  antérieurement  à  la  confection  dr 
globe  central,  de  ce  foyer  de  toutes  les  or 
bites,  où  convergent  toutes  les  grandes 
forces  de  notre  monde  planétaire. 

«  En  rendant  encore  ici  hommage  à  Tau- 

(527)  Et  fÊrœ$H  beitiU^  universœque  terrœ,  {Gen^  i, 
^.)  —  Consiiiuiêtihinwnem  u$  dammareiur  rreaturo^ 


teur  inspiré  de  la  Geniscy  nous  dirons  que 
nous  ne  sommes  pas  moins  frappé  de  la  sa 
gesse  qui  a  présidé  à  la  disposition  de  l'u 
nivers  et  de  tout  ce  qu'il  renferme,  que  de5 
analogies  qui  existent  entre  les  récits  de  la 
science  et  les  récits  de  la  révélation.  Dieu 
ordonne  aux  végétaux  de  croître  avant  que 
le  soleil  marque  la  succession  du  jour  et  de 
la  nuit,  parce  que  les  végétaux  n'ont  {las 
besoin,  pour  croître  et  se  reproduire ,  que 
la  nuit  succède  au  jour  et  le  jour  à  la  nuit. 
Puis  il  constitue  1  astre  régulateur  du  jour 
et  de  la  nuit,  des  saisons  et  des  années  ;  et 
alors,  et  seulement  alors,  il  crée  les  ani- 
maux de  toute  espèce,  et  enfin  Thomme,  né 
pour  commander  a  la  nature  instinctive  et 
régner  en  dominateur  responsable  sur  toute 
la  surface  de  la  terre  f527).  » 

Croyez-vous,  grave  lecteur,  qu'il  soit  né- 
cessaire de  nous  arrêter  à  démonter  ce 
gigantesque  échafaudage  cosmogonique  ? 
Nous  ne  le  pensons  pas,  et  nous  présumons 
que  vous  prendrez  tout  cela  pour  ce  qu'il 
vaut,  c'est-à-dire  pour  un  épisode  au  milieu 
du  roman.  L'imagination  de  M.  Godefroy  a 
des  ressources  inlinies,  et  Ton  s'aperçoit  en 
le  lisant  que  s'il  avait  été  è  la  place  de  Job» 
quand  Dieu  lui  posait  tant  de  sublimes  pro- 
blèmes, il  n'eût  pas  été  un  instant  embar- 
rassé pour  répondre. 

Suivent  dans  le  livre  de  M.  Godefroy  trois 
longues  dissertations.  La  première  intitulée  : 
Théorie  dr  la  terre  ;  la  seconde  :  Créa- 
tions SUCCESSIVES  ;  la  troisième  :  Délcgb 
UNIVERSEL.  (Voy.  CCS  mots.) 
.  Arrivons  a  l'œuvre  du  quatrième  jour. 

M.  Godefroy  commence  par  rappeler  en 
peu  de  mots  ses  conceptions  interprétatives 
ae  la  Genèse, 

«  Le  grand  miracle  de  la  toute-puissance 
divine  proclamé,  in  principio  creavil  Deu$ 
cœlum  et  terram^  le  récit  de  la  Genèse  ne  pré- 
sente plus  qu'un  ensemble  dû  faits  qui  ren- 
trent tous  sous  l'empire  des  lois  naturelles 
déterminées  par  la  volonté  du  Créateur,,  et 
qui  par  là  s'accordent  dans  leurs  généralités 
avecles  observations  ou  les  déductions  de  la 
science.  »  Nous  avons  vu  qu'il  n'en  est  rien. 

«c  Ainsi,  au  premier  jour,  le  principe  ré- 

f)ulsif  se  dégage  de  la  masse  moléculaire  de 
a  création  pour  se  porter  à  la  surface  de 
cette  masse  fluide,  et  bientôt  ce  principe 
universel  devient  lumineux  :  Fiai  lux.i»  G* est 
une  imagination  étrange. 

«  Au  second  jour,  la  matière  encore  fluide 
de  la  création  se  contracte  et  se  condense 
par  l'effet  de  ce  rayonnement  du  calorique  ; 
et  «  la  matière  destinée  à  composer  le 
«c  monde,  >*  «  la  matière  de  tout  l'univers,  » 
K  la  matière  d'où  sortirent  tous  les  cieux 
«  aussi  bien  que  le  globe  terrestre,  »  est  di- 
visée en  amas  distincts  ;  et  ces  aggloméra- 
tions diverses,  désormais  soumises  à  l'in- 
fluence d'une  force  centrale  qui  domine  à 
son  tour  toutes  les  parties  de  la  matière» 
constituent  «  ces  vastes  corps  du  ciel  et  de 

quœ  a  te  fada  est,  ut  ditponat  orbem  terrarum  m 
œauitate  et  ju$iilia.  fSap,  ix,  2  5.) 


...<■-> 


us 


GOD 


£T  MS  PiOEONTCMjOGIE. 


GOD 


7U 


c  «a  terre  •précédemBieat  désignés  sous  le 
«  BOOid*al:wie,>paisoe  qu'alors  «cette  masse 
«  immense,  ininie,  sans  mouyement  et  sans 
>  fond,  n*était  point  encore  divisée  ni  dis- 
«  Criboée  :  Fiai  frmamtnimm  et  dimdat.  • 
C*est  une  autre  imagination. 

«  An  troisième  jour,  Tagglomération  des 
éléments  constilutils  de  la  terre  est  distin^- 
guée  ^les  agglomérations  constitutiTes  du 
ciel.  Ce  qui  a  été  fait  firmament  au-dessous 
ne  forme  qu'une  seule  agglomération;  et 
celle  agglomération  unique  sous  le  ciel  a^iéit 
à  ee  commandement  nouveau  et  tout  spé^ 
€m\  :  Que  la  terre  ferme  apparaisse  :  Anpi^ 
rtai  arida.  »  Nous  en  sommes  restés  la  du 
roman.  OmtinuonS). 

n  U  n*est  pas  encore  iail  mention  du  fir«> 
nsament  du  c^L  Ce  n'estcfu'au  quatrième 
jour  que  Iheu  dit  :  Qu'il  y  ait  des  luminaires 
dans  le  firmament  du  ciel  :  Fiami  lunUnaria 
im  frmamunto  rarft. 

«  Mais  qu'est*oe  que  ce  firmament  du  ciel? 
^  quels  sont  ces  luminaires  du  quatrième 
jour?  C'est  C9  que  Moïse  Ta  nous  apprendre. 

«  L'historien  de  la  création  ne  se  borne 
pis  à  nous  dire  oue  des  luminaires  furent 
institués  dans  le  nrmament  du  ciel;  il  nous 
dit  en  même  temns  quels  sont  ces  luminai- 
res, et  pour  quelles  fins  ils  furent  institués, 
et  encore  quel  est  ee  firmament  du  ciel  dans 
lequel  furent  institués  ces  luminaires.  Le 
texte  porte  : 

c  Dieu  dit  ensuite  :  Qu'il  t  ait  des  lumi^ 
naires  dans  le  firmament  du  ciel  pour  sé- 
parer le  jour  et  la  nuit,  et  distinguer  les 
temps  et  les  saisons,  les  jours  elles  an- 
nées; qu'ils  brillent  dans  le  firmament  du 
ciel,  et  cj(iiM1s  illuminent  la  terré.  Et  il  fût 
fait  ainsi.  Dieu  fit  donc  deux  grands  lu- 
minaires; Tun  plus  grand,  pour  présider  au 
f'  ur,  et  l'autre  moins  grand,  pour  présider 
la  nuit  :  DixU  autem  Deus  :  /lani  Immi" 
noria  infirmamento  rœft,  ei  dhidani  diem 
aenocttmy  H  smi  in  signa  €i  (empara,  et 
'dieê  et  «iMMf,  ut  Ineeant  in  frmamenta  cati 
et  illumnent  terram.  Et  faetum  ut  ita.  Fe- 
dtque  Deuê  dua  luminaria  magna,  ftun»- 
nare  mo/ua  ni  prmeuet  diei^  et  Inminare 
wUnuê  ut  prœeseet  noeti,  » 

«  Puis  la  Genise  ^oute  un  mot,  un  seul 
mot  :  «  et  les  étoiles,  et  stetUu,  »  pour  mar- 

3uer  que  la  manifestation  du  ciel  étoile  ou 
n  firmament  du  ciel  est  aussi  le  résultat  de 
cette  dernière  disposition  du  Créateur.  Ce 
mot  ainsi  çlacé  incidemment  au  milieu  du 
récit  historique,  réôriyain  sacré  continue  en 
ces  termes  s 

c  Et  il  les  mit  (les  deux  luminaires]  dans  le 
«  firmament  du  ciel  pour  luire  sur  la  terre, 
<  pour  présider  au  jour  et  à  la  nuit,  et  pour 
«  séparer  la  lumière  et  les  ténèbres.  Et  po" 
m.  smi  ea  in  frmamenta  eœlif  ut  lueerent  «u- 
c  per  ttrram^  et  prœeuent  diei  ae  nocti^  et 
m  diéiderent  hicem  ae  tembroM.  »  {Gen.  s,  14, 
15,  le,  17,  18.) 

«  LaVulgate  fptt»  etpoeuit  ea»;  mais  c'est 
une  erreur  manifeste  de  saint  Jérôme.  Dans 
lliéfereu,  et  dans  la  tersion  des  Septante,  ce 


pronom  ea$  delà  V'ul^ate  est  du  m&uic  genre 
que  le  substantif  lummaria^  et  se  rapporte  à 
ce  substantif,  c'est-à-dire  aux  deux  lumi- 
naires. La  corrélation  existante  entre  ce  der- 
nier membre  de  phrase  et  ce  qui  précède, 
fait  Yoir  au'en  effet  il  n'est  question  ici  que 
des  deux  luminaires,  et  nullement  des  étoi- 
les. La  concordance  et  la  correspondance 
parfaite  des  expressions  employées  dans  ces 
deux  propositions  sjnonymiques  ne  laissent 
aucun  doute  à  cet  é^^ard.  » 

Les  commentateurs  et  les  traducteurs  bé- 
breisants  n'ont  point  fait  cette  découverte. 

n  Si  une  idée  commune  aux  mots  ciel  ot 
fh-mament  les  fit  employer  indifféreiumeiU 
pour  désigner  les  cieux  ou  l'universalité  des 
menreillesdes  cieux, cesdeux  termes,  néan- 
moins, eurent  toujours -des  différences  ipar- 
qoécs,  ou  chacun  une  signification  particu- 
lière. Chez  tous  les  écrivains  sacrés,  le  mot 
ciel,  d'une  signification  généralement,  plus 
étendue,  désigne  particulièrement  les  e^ 
paces  célestes,  le  lieu  où  sont  disséminés  les 
corps  célestes,  et  le  mot  firmament,  ces  corps 
célestes  eux-mêmes.  Ainsi,  tous  les  auteur> 
des  Livres  saints  emploient  indifféremment 
ces  expressions,  l'armée  du  ciel,  la  milice  du 
ciel,  les  astresdu  ciel,  les  étoiles  du  ciel,  etc., 
dans  le  sens  de  firmament  du  del.  Mais  au- 
cun des  auteurs  inspirée  ne  s'est  servi  de  ces 
expressions,  Farmée  du  firmament,  la  milice 
du  firmament,  les  astres  ou  les  étoiles  du 
firmament,  parce  que,  dans  la  langue  sacrée, 
cette  expression,  fe  firmament  du  ciel,  est 
un  terme  générique  qui  comprend  dans  sa 
commune  acception  l'universalité  des  mer- 
veilles des  cieux,  parce  que  c^est  le  mot  sa- 
cramentel.  sous  l'acception  duquel  est  dési- 
Çié  collectivement  tout  ce  qui  constitue  le 
ciel.  Enfin,  chez  tous  les  auteurs  bibliques, 
le  ciel  désigne  généralement  la  sphère  cé- 
leste; et,  chez. tous  les  auteurs,  le  nrmament 
du  ciel,  le  firmament  d'en  haut,  ou  tout  sim- 
plement le  firmament  quand  il  s^agit  des 
choses  du  cfel,  désigne  toujours  les  corps 
ou  les  ouvrages  que  renfermée  cette  sphère.» 
Ceci  n'eist  qu'  une  pure  subtilité  à  laquelle 
on  a  recours  pour  le  besoin  du  svstème. 

«  Ces  idées  distinctives  ont  été  ntelisées 
par  la  plupart  des  interprètes.  De  la  il  est 
arrivé  que  certains  commentateurs,  ne  faisant 
plus  attention  à  la  différence  qu'offrent  ces 
expressions  dans  leur  synonymie,  ont  défi- 
guré le  récit  historique,  en  transportant  au 
Îuatrième  jour  ce  q^ui  fiût  l'objet  principal 
e  l'ceuvre  du  deuxième  jour.  »  Comment 
auraient-ils  pu  jamais  s'en  douter?  U  fallait 
les  cosmôgonistes  du  xix*  siècle  pour  trou- 
ver toutes  ces  savantes  interprétations. 

c  De  là  aussi  leurs  erreucs  d'interprétation 
sur  le  firmament  du  deuxième  jour,  substi- 
tué au  chaos  universel,  à  l'abtme  du  premier 
jour,  sur  ce  firmament,  cause  productrice  et 
conservatrice  de  l'univers  matériel  ou  du 
ciel  universel,  du  ciel  considéré  dans  son 
universalité  absolue,  du  système  du  monde 
enfin,  de  ce  système  universel,  dont  une  |:ar- 
tie  retient  le  nom  de  ciel  ou  de  firmament 
du  ciel,  parce  que  le  ciel  est  la  plus  grande 


Dicnosni.  d«  Cosiiooo?iie  bt  hb  PALftosrroLoaiE. 


23 


7J5 


GOD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


€0D 


lî^ 


^  la  plus  belle  partie  de  ce  produit  du  fir- 
mament. 

«  Le  deuxième  jour,  la  grande  loi  de  Tu- 
niyers  est  promuleuée  :  ta  forme  est  intro- 
duite dans  la  matière;  etie  produit  de  cette 
force  nouvelle  est  l'univers  matériel,  produit 
'appelé  aussi  allégoriquement  et  sjmt)Olî- 
^uement  firmament,  du  nom  de  sa  cause 

Ïroductrice  et  conservatrice  :  Voeavitaue 
^eu$  firmamentum  cœlum,  »  Ainsi,  selon 
vous,  le  firmamentum  est  -une  allégorie.  Tout 
le  monae  s'y  était  trompé  jusqu'ici.  Sans 
Newton,  il  est  probable  que  vous  vousy  seriez 
trompé  comme  tout  le  monde,  et  cfue  vous 
n'auriez  guère  songé  à  voir  dans  ce  mot 
4e  synonvme  d'attraction.  Si  Newton  n*était 
pas  né,  le  firmamentum  restait  incompris 
pour  un  nombre  indéfini  de  générations  k 
Tenir,  comme  il  l'avait  été  depuis  Moïse  qui 
pourtant  avait  dû  écrire  pour  être  entendu, 
qui,  en  sis  servant  du  mot  firmamentum^  sa- 
vait ce  qu'il  disait  sans  doute  et  voulait 
être  compris. 

ff  Ce  n'est  que  le  quatrième  jour  que  la  lu^ 
mière  vient  faire  rornement  de  ce  firma- 
ment du  ciel  compris  dans  le  firmament  du 
deuxième  *jour ,  dans  ta  formation  effectuée 
ce  deuxième  Jour,  la  (ïen^âe  distinguant  ainsi 
et  nous  apprenant  à  distinguer  la  lumière  des 
corps  célestes  de  leurs  éléments  constitutifs 
ou  de  leur  firmament  du  deuxème  jour. 

«  Cette  distinction,  éminemment  siçnifica- 
4ive,  se  trouve  reproduite  chez  tous  Tes  au- 
ieurs  sacrés.  Comme  Moïse,  ces  autres  écri- 
vains inspirés  distinguent  toujours  le  firma- 
ment du  ciet,  ou  les  globes  célestes  de  la 
lumière  qui  fait  Tomement  de  ce  firmament 
du  eieU  Ainsi,  ils  distinguent  le  globe  solaire 
de  la  lumière  dont  il  est  revêtu,  iol  et  lumen 
{Eccle.  XII,  2);  ils  distinguent  tes  étoiles  de 
leur  lumière  propre,  omnes  stellœ  et  lumen. 
{Pi.  cvm,  3.)  Revêtu  de  lumière  comme  d'un 
vêtement,  amictus  lumine  sicut  ve$timento^  te 
Dieu  eréateur  a  revêtu  les  globes  célestes  de 
sa  lumière  indéfectible,  de  même  qu'il  a  re- 
vêtu le  globe  terrestre  d'une  atmosphère 
nébuleuse  :  Ego  feci  in  cœlis  ut  ortretur 
lumen  indefitieni^  et  iicut  n^fula  iexi  omnem 
terram.  »  (Ps.  cm,  2;  EcclL  xxnr,  6.) 

Si  cette  distinction  estéminem ment  significa- 
tive, elle  est  encore  plus  évidemment  subtile. 

«  Il  faut  bien  le  proclamer  hautement, 
puisque  te  Livre  des  générations  du  ciel  et 
de  Iff  terre  nous  l'a  formellement  révélé, 
jusqu'à  cette-  quatrième  et  dernière  époque 
de  la  formation  de  l'univers  matériel,  jus- 
qu'à ce  quatriènie  et  dernier  jour  de  la  cos- 
mogonie génésiaque,  il  n'y  avait  point  sur 
la  terre  de  succession  de  jour  et  de  nuit.  La 
terre  n'avait  point  de  luminaires  pour  faire 
la  distinction  du  jour  et  de  la  nuit,  de  la 
lumière  et  des  ténèbres.  Dieu  n'avait  point 
encore  disposé  de  luminaires  dans  te  firtna^ 
ment  du  ciel  pour  luire  sur  la  terre,  pour 

(^résider  au  jour  et  à  la  nuit,  et  séparer  la 
umière  et  les  ténèbres  :  ut  lucerent  super 
terram^  et  prœeesent  diei  ac  nocti^  et  divxde^ 


rent  lucem  ae  tenebras.  La  lumière,  ee  pro 
duit  du  premier  fiât  de  la  Sagesse  créatrice, 
la  lumière,  qni  avait  remplacé,  au  commen- 
cement des  choses,  les  ténèbres  universelles, 
•régnait  à  son  tour,  sans  partage,  sur  la  créa- 
tion tout  entière.  Mais  a  la  quatrième  épo- 
que, è  cette  dernière  époque  de  la  prépara- 
tion des  cieux,  cette  lumière,  qui  se  conden- 
sait à  la  suiiaice  des  globes  préparés  pour  les 
cieux,  œthera  firmabai  eunum^  cette  lumière 
du  premier  ^our  abandonne  la  terre;  et, 
pour  la  première  fois,  la  terre  va  voir  la  nuit 
sucoéder  au  jour,  et  le  jour  succéder  à  la 
nuit.  Pour  la  première  fois,  la  terre  va  dis- 
tin^er  un  jour  d'un  autre  jour  :  Fiani  /umf- 
naria  et  dividant  diem  ae  nêctem;  et  pour  la 
première  fuis  elle  va  avoir  ses  jours  et  ses 
années,  ses  mois  et  ses  saisons  :  Et  sint  m 
eigna  et  lempora  et  diei  et  annos.  » 

Les  interprètes,  à  la  presque  unanimité, 
sont  d'un  sentiment  bien  différent,  et  \è 
contexte  est  tout  à  fait  contraire  également  à 
cette  opinion.  Dès  le  premier  jour,  au  qua- 
trième et  au  cinquième  verset,  il  est  dit  que 
Dieu  divisa  les  ténèbres  d'avec  laiumière{^às)^ 
appela  'la  lumière  jour,  et  les  ténAre*  ntiî/, 
et  que  du  soir  et  au  matin  se  fit  le  premier 
jour.  Cette  dernière  formule  est  répétée 
dans  les  mêmes  termes,  avant  comme  après 
la  création  du  soleil,  à  la  fin  de  chaque  jour 
génésiaque.  Si  la  lumière  avait  régné  san$ 
partage  jusqu'au  quatrième  jour,  pourquoi, 
dès  le  premier  jour,  le  Créateur  fait-il  cette 
division  des  tâièbres  et  de  la  lumière,  et 
appelle-l-il  la  lumière  jour,  et  les  ténèbres 
nml?  Jour  désigne  une  duriée  déterminée, 
pendant  laquelle  la  lumière  brille;  nuis 
désigne  de  même  une  durée  que  mesure 
l'absence  de  la  lumière  :  ce  sont  deux  mots 
corrélatifs.  Le  jour  et  la  nuit  sont  nommés, 
et  ils  n'existaient  pas  t  Ils  sont  nommés  dès 
le  premier  jour,  et  ils  n'existeront  qu'au 
quatrième^  rfuit^  jour^  mentionnés  ici  de^ 
milliers  d'années  avant  qu'ils  existassent, 
seraient  évidemment  hors  de  propos,  et  les 
mots  ténèbres  et  lumière  étaiept  les  seuls 
convenables,  les  seuls  nécessaires,  les  seuls 
sans  doute  dont  Moïse  se  serait  servi,  s'il 
n'eût  pas  eu  à  désigner  une  durée  mesurée 
et  alternative  de  l'un  et  de  l'autre  phéno- 
mène. Ici,  il  n'est  pas  possible  d'entendre 
par  le  mot  jour  une  époque;  et,  puisque 
Moïse  emploie  exactement  le  même  mot 
pour  désigner  chacun  des  jours  génésia- 
ques,  on  n  est  nullement  fonaé  à  croire  qu'il 
passe  subitement,  et  sans  en  avertir,  du  sens 
propre  au  sens  figuré.  Du  reste,  ce  senti- 
ment des  jours-coques  n'est  pas  soutenable, 
comme  nous  le  démontrerons  h  l'article 
JocBS'-PéRioDEs.  Il  a  contre  lui  le  texte  sacré 
et  l'interprétation  de  tous  les  commenta- 
teurs. II  est  en  contradiction  avec  les  foits 
les  mieux  constatés  de  ta  science,  et  il  trou- 
ble les  plus  belles  harmonies  du  plan  de  la 
création.  C'est  ce  que  nous  ferons  voir  à 
l'article  indiqué. 

GODEFROY,  ses  idées  sm'  la  nature  et  la 


(528)  Le  P.  de  Carrières  ajoute  :  ordonnant  qu^elles  te  iuccéàassent  Cune  à  l'autre* 


m 


uox 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


HOV 


718 


formation  des  nébukuiéi. — Voy.  Nébulvusb^  ; 

—  Êur  la  formaiian  du  ioleil.  —  Voy,  Solkil; 

—  Murla  formation  des  planètes.  —  Voy.  Pla- 
Hins.  — Réponse  à  ses  attaoues  contre  Thy- 
pothèse  antéhexamérique.  Voy.  Jéiian  (db 

SAINT-CLATlElf). 

GRANIT.  Voy.  Vlniroduciion. 
GRAVITATION  UNIVERSELLE,  sa  cause, 
Muivani  M.  Maupied.  —  Voy.  Maupied. 
GRENOUILLES,  première  apparition.  Voy. 

SDBÂPBlIlfllf. 

GRÈS.  Voy.  RoGHBS  fossilifèbbs. 

GRÈS  DE  FONTAINEBLEAU.  Voy.  Fàlc- 


GRÈS  VERT.  Voy.  Alubr. 

GRUYER,  son  opinion  sur  f  attraction.  — 
Voy.  Laplace. 

GUIRAUD  (H.  ALBXAirDBB).  —  Ce  saTant  et 
ce  poète  distingué  a  émis  des  idées  étranges 
sur  Torigine  des  choses  et  sur  le  sens  des 
premiers  chapitres  de  la  Genèse.  Cest  un 
roman  de  plus.  — -  Voy.  sa  Philosophie  eatho^- 
lique  de  thistoire. 

GYPSE.  Voy.  Roches  FOssiLipàBES. 

GYPSE  DE  MONTMARTRE.  Voy   Pabi- 

SIEN. 


H 


HAHITES.  —  Si  nous  imaginons  qu'une 
haculite  se  recourbe  yers  son  milieu  de  ma- 
nière à  ce  que  ses  deux  extrémités  devien- 
nent à  peu  près  parallèles,  nous  aurons  la 
forme  la  plus  simple  du  genre  de  coquilles 
cloisonnées ,  que  leur  courbure  a  fait  dési- 

fner  sous  le  nom  de  hamites.  On  roit  des 
amîtes  où  ce  mode  de  courbure  se  montre 
dans  sa  plus  grande  simplicité;  d'autres 
espèces  de  ce  genre  sont  d'une  forme 
beaucoup  plus  contournée,  soit  qu'elles 
eoQStitiient  une  spirale  serrée  comme  l'ex- 
trémité postérieure  de  la  spirule,  ou  que 
cette  forme  spirale  soit  beaucoup  plus  ou^^ 
TeHe  (529). 

Il  est  probable  que  quelques-unes  de  ces 
coquilles  étaient  en  partie  extérieures  et  en 
partie  loffées  à  l'intérieur  du  corps  ;  et  que, 
dans  celles'  qui  offrent  des  épines ,  la  por- 
tion armée  de  cette  manière  demeurait  exté- 
rieure. On  connaît  neuf  espèces  de  hamites 
dans  la  seule  formation  du  gault  faisant  suite 
immédiatement  à  là  craie  dans  les  enti- 
rons  de  Scarborough.  Quelaues-unes  des 
plus  grandes  espèces  sont  oe  la  grosseur 
du  'poing  (390). 

HERSCHELL,  ses  idées  sur  la  constitution 
eu  soleil.  -  Voy.  Souil.    _ 

HISTOIRE  DE  LA  GÉOLOGIE.  Vov. 
Géologie. 

HOMME.  —  L'homme  existe-t-il  à  l'état 
fossile  T  Telle  est  la  question  que  beaucoup 
d'écrivains  ont  sourent  adressée  aux  zoolo- 
gistes et  aux  géologues.  En  consultant  les 
oits  bien  constatés ,  il  n'y  a ,  pour  nous , 
aucun  doute  pour  FaffirfnatiTe»  surtout  dans 

(S29)  Les  haiiiiles  oflrent  avec  les  ammonites  les 
Mêmes  rapporte  que  ks  Utilités  avec  ks  aauUles  ;  ce 
sooc,  en  qadqae  sorte,  des  coquilles  de  Ton  oa  de 
)*aotie  de  ces  daix  senres,  qoi  n'aitnieni  ëlé  qii*in- 
eomplécemeni  déroulées. 

Les  boculiies  et  les  hamites  se  rapprodient  des 
aattMmIieS  par  denx  de  leurs  eanicicres  :  d*abord 
par  la  posilîOD  on^oocupe  lear  sipliOD  da  celé  dorsal 
M  posiériear  detla  coquille;  pais  parla  constnic- 
lioB  foliacée  des  bords  de  leurs  cloisons  transver- 
aales,  là  oà  ces  doiaons  s'unissent  à  la  coquille  ex- 
éricmre.  Cette  éemiére  est  fortifiée  en  outre  par  des 


l'acception  que  nous  donnons  au  mot  Fos* 
siLB.  (Voy.  l>ossiLB.j  En  effet,  bien  qu'ils  ne 
soient  qu'exceptionnels ,  on  a  rencontré  des 
ossements  humains ,  ou  des  olqets  fabriqués 
par  l'homme,  sur  l'ancien  et  le  nouveau 
continent,  dans  les  conditions  des  autres 
fossiles. 

.  En  Europe  on  les  a  observés  dans  les  ca- 
vernes, les  brèches  osseuses  et  le  terrain 
meuble  diluvien.  Les  premiers  en  ont  oITert 
à  KoBstriz ,  en  Saxe  ;  à  Vruhloch  et  à  Zalm- 
locb ,  en  Franconie;  à  Hendipp,  à  Burring- 
ton,  etc  ,  en  Angleterre,  à  Gibraltar;  eu 
Dalmatie ,  à  Mialét ,  à  Bite  »  à  Pondres  et  à 
Sauvinargues,  en  France,  dans  la  province 
de  Liège,  çn  Belgique,  etc*  Les  alluvions 
plus  on  moins  anciennes  en    renferment 

auelauefois  dans  le  Lehm  des  bords  du  Rhin, 
ans  les  alluvions  de  Srems  (Basse- Autriche) 
etdeCanstadt  (Wurtemberg),  etc.  Ces  dé- 
bris humains  ont  été  également  découverts 
en  Amérique.  On  en  a  parfois  trouvé  dans  les 
cavernes  de  Withe  (Kentucky) ,  dans  celles 
de  la  protince  de  Hinas-Geraês ,  au  Brésil , 
que  les  recherches  de  M.  Lund  ont  rendues 
célèbres.  On  a  signalé  des  ossements  hu- 
mains non  loin  oe  la  mer,  au  lieu  dit  le 
Moule,  à  la  Guadeloupe  (Antilles),  dans 
une  roche  solide,  mais  renfermant  seule- 
ment QcS  coquilles  identiques  aux  coquilles 
qui  vivent  encore  sur  la  même  côte.  Enfin 
M.  d'Orbignv  a  observé ,  dans  les  plaines  du 
centre  de  1  Amérique  méridionale,  sur  les 
rives  du  Rio-Secun ,  alQuent  supérieur  de 
l'Amaarane ,  sous  6  mètres  d'alternats  de 
sable  fin  mélangé  d'argile ,  des  morceaux  de 

replis  ou  côtes  transfersales,  et  qoi  sont  coastmiies 
exactement  iTaprés  les  mêmes  prioeipes  qoe  nous 
avons  dqi  Eait  ressortir  en  parlant  des  ammonites. 

Certaines  espèces  de  hamites,  de  même  ^oe  cer* 
taines  ammonites,  ont  leur  siphon  mai]|uial  logé 
dans  on  tube  qui  les  surmonte  à  la  manière  d*un^ 
coquille.  11  en  est  d^autres  dont  la  face  dorsale  est 
armée  de  chaque  cfité  d*une  série  d*épines. 

(530)  La  kamtes  grandU  (Sowckbt,  M.  C;  595), 

Sui  se  trouye  à  Hythe,  dans  le  sable  vert,  atteint  cette 
imension. 


719 


ROM 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


flOM 


7)0 


poterie  et  beaucouD  de  rouleaux  de  terre 
cuite  fabriqués  par  rhomme. 

•Maintenant,  que  nous  avons  admis  Thom- 
roe  à  rétat  fossile»  il  reste  à  cherchera 
•quelle  époque  appartiennent  les  restes  obser^ 
^és.  Les  derniers  étages  géologiques  falunien 
et  subapennin,  qui  ont  précédé  Tépogue 
actuelle,  ont-ils  montré,  sur  quelques  points 
du  globe,  des  traces  humaines  dans  les  cou- 
ches marines  ou  terrestres  gui  y  correspon- 
dent? Nous  croyons  pouvoir  répondre  par 
la  négative  ;  car  aucun  fait  bien  constaté  ne 
vienarait  appuyercette  assertion.  Les  restes 
humains  sont  donc  spéciaux  aux  cavernes , 
'aux  brèches  osseuses  ou  aux  alluvions. 

Tant  qu'elles  ont  donné  accès  aux  eaux, 
les  cavernes  ont  pu  recevoir  de  nouveaiu 
sédiments  avec  des  restes  d'animaux  ter- 
restres, et  elles  renferment,  dès  lors,  des 
fiiunes  d'Ages  différents.  Aujourd'hui  môme, 
les  grandes  cavités  souterraines  reçoivent 
'encore  des  sédiments  et  les  ossements  que 
peuvent  entraîner  les  eaux  pluviales.  11  est 
donc  d'autant  plus  certain  que  les  restes 
humains  y  ont  été  portés  depuis  Vépoquo 
actuelle,  qu'ils  se  trouvent  toujours  mélan- 
gés avec  d  autres  ossements  de  mammifères 
appartenant  à  la  faune  contemporaine.  Les 
brèches  osseuses  n'étant,  le  plus  souvent, 
qu*un  amas  formé  dans  les  cavernes  et  dé- 
nudé ensuite ,  rentrent  dans  les  mêmes  cir^ 
eonslances.  Pour  les  restes  humains  rencon- 
trés dans  le  Lehm  des  bords  du  Rhin,  ou 
dans  les  alluvions ,  leur  Age  géologique  est 
plus  facile  à  constater  que  la  présence  des 
coquilles  terrestres  et  fluviatiles  qui  les  ac- 
compagnent. En  effet,  toutes  ces  coquilles 
sont  identiques  aux  espèces  qui  vivent  au- 
jourd'hui sur  les  berges  ou  sur  les  coteaux 
voisins.  Nous  avons  dit  que  les  ossements 
-humains  4és  roches  solides  de  la  Guadeloupe 
sont  également  mélangés  avec  les  coquilles 
marines  des  mers  ao.uelles  des  Antilles*  Il 
resterait ,  dès  lors  »  démontré  que  les  restes 
humains  fossiles,  lorsqu'ils  ont  été  bien 
observés ,  se  sont  rencontrés  partout  avec 
d'autres  êtres  dépendant  de  l'époque  ac- 
tuelle, et  qu'ils  sont  fossiles  dans  les  dépota 
contemporains,  comme  le  sont  les  huîtres 
de  Saint-Michel-en-l'Herm  (Vendée),  les 
dépôts  littoraux  de  beaucoup  de  points  de  la 
Méditerranée,  de  l'Amérique  méridio- 
nale, des  Antilles,  etc. ,  etc.  Ce  fait  positif 
aurait  d'autant  plus  de  valeur ,  qu'il  serait 
corroboré  parle  fait  négatif  dix  manque  com- 
plet d'ossements  humains  dans  les  couches 
^traliGées  ou  marines  des  deux  derniers 
étages  qui  nous  ont  précédés  à  la  surface  de 
notre  planète. 

Giiement  des  fossiles  humains.  —  Amé- 
rique septentrionale,  à  Saint-Domingue, 
des  squelettes  humains  avec  produits  de 
l'industrie  humaine ,  dans  un  calcaire  marin 
récent. 

A  la  Guadeloupe,  squelettes  humains  avec 
flèches ,  fragments  de  poteries ,  etc. ,  dans 
un  palcaire  marin  extrêmement  dur. 
*  ^  lie  de-San-Lorenzo,  dans  une  couche  ma- 
rine, des  fragments  de  fil  de  coton,  du 


jonc  tressé-,  la  tète  d'une  tige  de  bl^  de  Tur- 
quie. 

Le  sol  de  remblai  de  TEtat  de  Tnessée  a 
montré  aussi  des  ossements  humains. 

Amérique  méridionale,  dans  les  cavernes 
à  ossements  du  BrésiU  un  crAne  humain 
avec  des  animaux  d'espèces  éteintes. 

Europe.  —  France  :  les  cinq  cavernes  de 
Bize  près  Narbonne  (Aude) ,  ont  fourni  des 
dents  et  des  ossements  humains ,  avec  pote- 
rie, os  travaillés;  antilopes,  etc.,  animaux 
perdus  dans  des  couches  de  galets ,  d'argile 
calcaire  rouge. 

A  huit  ou  neuf  lieues  de  distance  des  ca- 
vernes de  Bize ,  on  rencontre  celle  de  Sal- 
le-lès-Cabardès  ,  dans  le  vallon  de  la  Cclso , 
département  de  l'Aude.  Dans  cette  cavenie, 
avec  des  galets  et  des  os  d'animaux  perdus 
et  d'espèces  vivantes^  on  trouve  des  os- 
sements humains  et  des  fragments  de  po- 
terie. 

La  caverne  de  la  contrée  de  Miollet  sur  le 
Gardon,  près  d'Aiiduse,  département  du 
Gard,  se  compose  de  deux  galeries  placées 
l'une  au-dessus  de  l'autre.  Dans  la  galerie 
inférieure  est  un  enduit  stalagmitique  sous 
lequel  se  trouvent  les  os  humains  mêlés 
avec  ceux  d'animaux  encore  vivants;  ils 
sont  contenus  dans  un  limon  durci ,  sablon- 
neux ,  semblable  à  celui  que  charrie  le  Gar- 
don encore  aujourd'hui. 

Dans  l'autre  galerie  le  limon  diffère  un 
peu;  il  est  plus  onctueux,  plus  coloré,  la 
couche  en  est  plus  épaisse  et  les  os  humains 
y  sont  pluLS  bnsés.  Dans  cette  vase  on  a  ob- 
servé des  restes  d'ours  mêlés  confusér 
ment  avec  ceux  de  cerfs,  de  chevaux,  d'au- 
rochs, de  poterie  et  d'ossements  humains. 

Dans  une  cavité  de  la  galerie  inférieure  » 
on  avait  premièrement  trouvé  deux  crAnes 
humains  mêlés  à  des  os  d'ours;  puis,  à  peu 
de  distance ,  on  trouva  une  petite  statue 
romaine  et  six  bracelets  de  cuivre;  enfin  on 
trouva,  dans  cette  même  couche  d'arçile,  des 
os  et  des  dents  travaillés  de  main  d'nomme. 

Près  de  Poudres,  département  du  Gard,  à 
deux  lieues  de  la.  caverne  de  Lunel-Vieil, 
existe  une  autre  caverne  ouverte  dans  le 
calcaire  moellon;  le  sol  en  est  formé  par  un 
sédiment  terreux,  arénacé;  il  renferme  des  os 
brisés  et  des  coprolithes.  M.  de  Christol  a 
extrait  de  la  coucne  limoneuse  du  sol  la  plus 
basse  un  fragment  de  poterie. 

M.  Dumas  a  trouvé  à  Sommières  une  d^iit 
molaire  humaine  dans  le  sédiment  stalagmi- 
tique. Le  limon  contenait  encore  des  os 
d'un  homme  d'une  grande  taille  avec  des 
animaux  perdus  et  vivants. 

Dans  la  caverne  de  Sauvinargues,  à  une 
demi-lieue  de  celle  4ont  on  vient  de  parler , 
M.  de  Christol  a  trouvé  des  ossements  do 
bœuf,  de  cerf  et  d'homme  presque  à  la  sur- 
face du  sol. 

Un  sguelette  humain  a  été  trouvé  daDS-oA 
travertin  qui  continue  de  se  former  à  Saint 
Martial  près  de  Martres  de  Veyre  (Puy-de- 
Dôme). 

Un  tibia  humain  dans  une  couche  d*atter- 


7il 


HOU 


ET  &E  PALEONTOLOGIE. 


UW 


ifi.' 


rissement»  au  4eyant  do  Taocieinie  Ger- 
gOTîa. 

£a  Italie,  des  fragments  de  sculpture ,  de 
poterie,  des  restes* de  bAtiments  dans  des 
strates  marines  à  Pouzzoles»  près  de  Naples. 

£n  Belgique»  dans  la  proyince  de  Liège, 
sur  les  deux  rîTes  de  la  Meuse,  près  d'Engi- 
lioul,  et  sur  les  bords  de  la  Vesare ,  près  de 
Gaffontaine,  existent  plusieurs  cavernes. 

Les  os  humains  que  Riedmann  a  détermi- 
nés d*une  manière  bien  certaine  existent 
dans  presque  toutes  les  cavernes  des  rives 
de  la  Meuse,  mêlés  à  des  os  d'animaux 
d'espèces  perdues.  On  y  a  trouvé  entre 
autres  deux  crânes  humains.  Ces  os  humains 
étaient  absolument  dans  les  mêmes  circons* 
tances  et  le  même  d^ré  de  conservation  que 
ceux  des  animaux  perdus  ;  et  tout  prouve 
que  les  uns  et  les  autres  avaient  été  trans- 
portés. 

II  en  est  absolument  de  même  des  cavernes 
sur  la  rive  droite  de  la  Vesdre;  les  osse- 
ments humains  s'y  trouvent  dans  les  mêmes 
circonstances.  Les  ossements  humains  des 
cavernes  de  Li^e  peuvent  se  rapporter  à 
six  individus  dinerents. 

En  Suède^  divers  ouvrages  d'art  et  des  dé- 
bris de  vaisseaux  dans  des  couches  de 
marne  et  de  sable  marin ,  près  de  Stoc- 
kholm. 

Saxe;  dans  des  brèches  osseuses  de  Saxe, 
les  fossiles  humains  sont  accompagnés  d'os 
de  rhinocéros,  de  eoquilles  d'eau  douce  ;  etc. 

M.  Boue  a  trouvé,  en  18^  de  l'autre  côté 
de  i'Aar,  dans  le  pays  de  Bade,  des  os  hu- 
mains placés  à  diverses  hauteurs  et  dans  des 
endroits  où  rien  ne  pouvait  iaire  supposer 
Texistence  d'uu  cimetière. 

Le  même  observateur  a  fait  connaître, 
d'autres  crânes  humains  que  le  comte  de 
liazoumowski  a  trouvés  à  Bade ,  près  de 
Vienne,  mêlés  à  des  ossements  d'animaux 
d'espèces  perdues,  où  qui  vivent  maintenant 
dans  les  régions  équatoriales. 

Des  ossements  numains ,  avec  d'autres 
fossiles  d'espèces  perdues,  ont  été  trouvés 
b  diverses  profondeurs,  dans  une  caverne 
grpseuse  de  la  vallée  étroite  de  l'Elster,  qui 
Fetend  de  Kaschwitz  jusqu'au  Kostritz,  non 
loin  de  Géra. 

On  a  encore  trouvé  entre  Messen  et  Dresde 
des  ossements  humains  placés  dans  les  mê- 
mes circonstances  qu'à  Kostritz. 

Des  ossements  et  des  squelettes  humains 
ont  été  aussi  trouvés  dans  quelques  cavernes 
d'Angleterre;  ainsi  dans  les  cavernes  de 
Glamorgand,  les  fossiles  humains  sont  asso- 
€iés  à  des  os  d'éléphants,  de  rhinocéros,  etc., 
et  accompagnés  de  divers  produits  d'arts , 
tels  que  aiguilles  en  os,  haches  et  couteaux 
en  silex. 

Divers  uarties  de  rAUemagne ,  entre  au- 
tres la  vaUée  du  Danube,  ont  offert  des  crA- 
nes  semblables  à  ceux  découverts  par  H. 
Doué  et  placés  à  diverses  hauteurs. 


Enfin  plusieurs  des  animaux  perdus,  sur- 
tout des  herbivores,  se  retrouvent  constam* 
ment  dans  les  tourbières,  et  très-sou  vent  avec 
des  produits  de  Pindustrie,.  des  squelettes 
humains  et  quelquefois  avec  deseadavres  cou- 
verts de  vêtements  extraordinaires  dont  la 
chair  est  devenue  savonneuse,  des  tiges  et 
des  graines  de  plantes  qui  croissent  dans 
nos  tourbières  ou  marais  identiquement 
les  mêmes  et  sans  la  moindre  modifica- 
tion (531). 

Nous  n'avons  pas  recueilli  tous  les  gise- 
ments de  fossiles  humains,  et  cependant 
dans  les  seuls  que  nous  venons  d'indiqocr, 
on  doit,  en  ne  tenant  compte  mie  des  osse- 
ments, sans  {varier  des  débris  de  l'industrie, 
évaluer  au  minimum  à  soixante  et  quelques 
individus  de  notre  espèce,  les  ossements 
fossiles  trouvés  dans  ces  gisements. 

HOOKE,  $eê  idéu  âur  Us  soutêvemmts. — 
Voy.  GéoLOore. 

m)PKINS(H.  W.)— A  partirdef837,  époqyo 
à  laquelle  ce  savant  communiqua  à  V Associa- 
tion briianique  pour  ravanctmenl  des  scien- 
ces le  commencement  de  ses  Recherches  sur 
la  géologie  physique,  M.  Hopkins  a  publié  suc- 
cessivement plusieurs  Mémoires  dont  nous 
allons  rendre  compte.  Les  aperçus  nouveaux 
qu*on  y  trouve  sur  la  théorie  de  la  terre,  le 
grand  nombre  de  calculs  auxquels  l'auteur 
s'est  livré  à  ce  sujet,  et  l'extrême  réserve 
qu'il  a  mise  dans  ses  conclusions,  méritent 
une  attention  particulière 

Dans  la  première  série  de  ses  recher- 
ches (532),  M.  Hopkins,  avant  d'entrer  en 
matière,  fait  remarquer  qu'il  y  a,  pour  les 
corps,  deux  modes  distincts  de  refroidisse* 
ment  :  l'un  pour  les  corps  solides  ou  impar- 
faitement fluides,  et  qu'il  nomme  refroidis- 
sement par  conduction  ;  l'antre  jpour  les  mas- 
ses dans  un  état  de  fluidité  tel  que  les  par- 
ticules] composantes  peuvent  se  déplacer  et 
se  mouvoir  entre  elles  :  c'est  le  refroidisse- 
ment par  circulation  ou  par  érection.  Les 
lois  du  premier  mode  sont  assez  connues  : 
mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  celles  du 
second.  A  l'origine  du  globe,  alors  qu'il  était 
dans  un  état  de  fluidité  parfaite,  le  prem  ie  * 
refroidissement  a  eu  lieu  par  circulation  ,  et 
le  changemeiit  de  ce  premier  mode,  dans  lo 
second,  a  dépendu  de  certaines  conditions. 

Si,  d'une  part,  la  tendance  à  se  solid  ifier 
par  le  refroidissement  diminue  de  la  cir- 
conférence au  centre,  de  l'autre,  la  tendance 
à  se  solidifier  par  la  pression,  augmente  dan  s 
le'même  sens;  mais  les  lois  de  ces  deux 
phénomènes  étaient  peu  connues.  M.  Hopkins 
déduit  seulement  de  cette  proposition,  que 
si  l'augmentation  de  température,  en  ,s'cn- 
fouçant  dans  la'masse,  est  assez  rapide  pour 
s'opfioser  à  la  solidification  que  tend  a  dé- 
terminer la  plus  grande  pression,  il  y  aura 
propension  vers  un  état  imparfaitement 
fluide  de  la  masse,  et  ensuite  vers  sa  solidi- 
fication dans  ses  parties  supérieures  ;  tandis 


(551)  LwcH,  Le  monde  ftimiaf^  t.  V\  p.  140,  trad.      {PUUot.  transe,  of  the  t.  Soc,  of  Lonion  pour  1839, 
de  MuUel.  part,  ii,  p.  581). 

(552)  Rt$earche$  in  phy$ical  geology,  First-series 


7i5 


HOP 


DicTioHfujftE  m:  GOSHOGONIE 


HOP 


m 


que  si  c^est  la  pressioa  qui  remporte.  Je 
passage  de  la  fluidité  parfaite  è  Vétàvbe- 
fluidité  imparfaite,  et  enfin  la  sobdiflcatton, 
commenceront  par  le  centre. 

Dans  le  premier  cas»  il  n*7  aura  solidifia 
cation  de  la  croûte  externe  que  lorsque  toute 
la  masse  sera  à  un  état  imparfaitement  fluide; 
car,  jusque-là,  il  y  aura  tou^urs  circulation; 
et  celle-ci  devra  cesser  presque  en  môme 
temps  dans  toute  TétenduejlQ^la  masse,  la- 
quelle commencera  aloffasertifroidir,  M 
conduction,  très^rapidément  à  ta  surface 
et  très-lentement  à  rintérieur,  &  cause  du 
peu  de  conductibilité  des  roches.  Nous  ne 
savons  point  encore  Tépaisseuf  probable 
de  la  croûte  terrest/e,  dans  rby(>othèse  de 
sa  fluidité  primitive,  ne  connaissant  pas 
rinfluence  d'une  liante  température  pour 
résister  à  la  solidification ,  comparée  ou 
opposée  à  celle  d'une  grande  pression  qui  la 
déterminerait  ;  seulement,  Téta^  actuel  de  la 
surface  du  globe  beijmet  d'admettre  Texis- 
tcnce  d'une  cfoûtê  solide,  dont  l'épaisseur 
est  très-pelito  reladvement  au  rayon. 

Bans  Je  seConcT  cas,  celui  où  la  pression 
vers  le  centre,  l'emporterait  sur  la  tempé- 
rature ,  le  refi:t)idi^seix][ent  par  conduction 
commencerait' par  le  centre,  tandis  que  les 
parties  supérfeures  se  refroidiraient  encore 

£ar  circulation,  et  cela  dans  le  même  temps. 
Tais  on  coi/çoit  que  le  premier  mode  tendra 
à  gagner  sAr  le  secohd,  qui  cessera  dès  que 
toute  la  m&sse  externe  ne  sera  plus  parfaite- 
ment fluiqe.  La  partie  superficielle  se  refroi- 
dira alorsi  très -rapidement  ;  une  croû4e  ex- 
terne se  ^oriBera  et  saccrolti'a  de  haut  en 
Las,  bien  plus  vite  que  la  solidification  n'aura 
lieu  au-ddssus  du  noyau  central  antérieure- 
ment consolidé.  Le  globe  pourra  donc  être 
composé  d'une  enveloppe  solide ,  et  d'un 
noyau  ceiitral  également  solide,  séparés 
l'un  de  l'autre  par  la  matière  fondue,  mais 
moins  fluide  que  celle  qui  pouvait  exister 
vers  le  centime,  dans  la  première  hypothèse. 
Quant  à  l'épaisseur  de  la  croûte  externe,  elle 

J courra  être,  ôomme  dans  le  premier  cas,  très- 
àible,  relativement  au  rayon.  Mais,  dans 
l'état  actuel  debos  connaissances,  dit  M.  Hop^ 
kins,  il  n'est  ))as  possible  de  prononcer  si 
la  croûte  exterbe  et  le  noyau  solide  sont  à 
présent  réunis,  ou  s'ils  sont  encore  séparés 
par  la  matière  en  fusion. 

Ainsi,  tout  en  admettant  avec  Poisson  que 
la  solidification  à  p\x  commencer  par  le  centre, 
le  savant  profeâsftui^  de  Cambridge  est  loin 
de  penser  que  la  surface  s'est  solidifiée 
la  dernière  ;  car,  il  est  évident  aue  l'encroûte- 
ment a  dû  se  produire  à  la  suriace  avant  que 
toute  la  partie  inlel'ne  fût  devenue  solide, 
distinction  que  M.  Hopkins  considère  comme 
très-importante  pOtar  l'explication  des  phé- 
nomènes çéologiqilips  subséquents.  En  ré- 
sumé, si  1  on  regardé  le  globe  comme  ayant 
été  originairement  àTétat  de  fluide  parfait, 
on  ne  peut  pas,  dit-iu  arriver  encore  à  des 
conclusions  plus  précises  que  les  suivantes  : 
1"  Le  globe  peut  êti^  formé  d'une  enve- 
loppe extérieure  solide  et  d'une  masse  in- 
terne dont  la  fluidité  est  la  plus  grande  au 


<;etttre.  L'épaisseur  de  l'enveloppe  peut  dre 
/très-faible,  comparée  au  ravon,  et  la  fluidité 
au  centre  approcher  de  celle  qui  admet  le 
refroidissement  par  circulation. 

S*  Le  globe  peut  être  formé  d'une  enre- 
loppe  extérieure  solide  et  d'un  noyau  cen- 
tral également  solide,  séparés  l'un  de  l'autre 
par  une  matière  en  fusion.  L'épaisseur  delà 
Cfoûte  et  le  rayon  du  noyau  solide  peuTeot 
être  très-faibles,  eu  égard  au  rayon  delà 
terre,  et  la  fluidité  de  la  masse  intermédiaire 
est  alors  beaucoup  moindre  que  ceHe  qui 
permet  le  refroidissement  par  circulatioa. 

3**  Enfin ,  la  terre  peut  être  solide  de  la 
surface  jusqu*au  centre. 
'  L'observation  directe  du  mode  de  refroi- 
dissement du  çk>be,  en  lui  supposant  une 
origine  fluide  i^ée,  nous  laisse  donc  eo- 
core  très-incertains  sur  l'état  actuel  de  sa 
partie  centrale.  Cette  incertitude  résulte, 
non  de  l'imperfection  de  la  partie  mathéma- 
tique des  recherches ,  mais  du  manque  de 
détermination  expérimentale  de  Yaleors 
qu'il  sera  toujours  très-diflicile,  sinon  im- 
possible, de  déterminer  avec  exactitude. 

.  M.  Hopkins  recherche  ensuite  si  l'on  ne 
trouverait  pas  des  preuves  deria  fluidité 
centrale  dans  les  phénomènes  de  la  préces- 
sion et  de  la  nutation,  car  l'action  directe 
des  forces  qui  les  produisent  doit  être  très- 
difl'érente  sur  la  partie  interne,  suivant  que 
celie-cî  est  solide  ou  liquide.  On  adénootrt 
que  ces  phénomènes  étaient  d'accord  ayecla 
solidité  interne  supposée  dans  certaîaes  bv- 
pothèses  rationnelles,  relativement  à  la  loi  m 
densité,  mais  ils  ne  paraissent  fàs  avoir  été 
étudiés  relativement  a  la  fluidité  interne  sup- 
posée, et  c'est  ce  problème  dont  l'auteur  s  oc- 
cupe particulièrement.  Après  avoir  appliqué 
successivement  l'anal  vsea  l'attrAction  du  so- 
leil sur  la  croate  solide,  connne  à  celle  de  la 
lune,  puis  à  la  pression  exercée  intérieure- 
jaMH  sur  les  parois  de  la  croate  par  la 
masse  fluide  soumise  à  l'attraction  solaire  et 
lunaire,  et  enfin  à  la  force  centrifuge  «  il 
considère  la  tendance  des  forces  agissant 
sur  le  fluide  interne  pour  le  mettre  en  mou- 
vement, et  trouve  qu'en  réalité  les  acUons 
du  soleil  et  de  la  lune  ne  déterminent  point 
cette  tendance,  et  que  l'axe  de  rotation  ins- 
tantané du  fliiide  interne  sera  exactemeut 
semblable  à  celui  de  la  croûte,  et  de  même 
ordre.  Ehfin,  il  arrive  (p.  M3)  h  ces  autres 
conclusions. 

1*  Quelle  (luc  soit  l'épaisseur  de  Tenve^ 
loppe,  la  precession  sera  la  même  que  si 
toute  la  terre  était  homogène  et  solide. 

2**  La  nutation  lunaire  sera  la  même  qs^ 
pour  un  sphéroïde  homogène,  et  ft  un  tel 
degré  d'approximation  que  la  différence  e^t 
inappréciable  à  l'observation. 

3'  La  nutation  solaire  sera  aussi  sensible- 
ment la  même  que  pour  le  sphéroïde  hoiuf)- 
gène,  à  moins  que  l'épaisseur  de  la  coque 
ne  soit  très-approchée  d'une  certaine  valeur 
un  peu  moindre  que  un  quart  du  rayon  te^ 
restre,  auquel  cas  cette  mutation  deviendra 
beaucoup  plus  grande  que  pour  le  sphéroïde 
solide 


fÊ» 


ET  D£  PALiONTOLQGifi. 


HW 


7tt 


:  fc*  Outrv  ces  moovemettts-  de  précession 
•I  de  Dutalipn,  le  pj^ïe  de  la  terre  aurait  un 
l»elit  mouTement  circulaire  dépendant  en- 
tièrement de  la  fluidité  întérieure.  Le  rayon 
du  cercle  ainsi  décâl  serait  le  plus  ^and 
lorsque  Tépaisseur  de  Técorce  seraH  la 
moindre,  mais  Tinégaiité  ne  pourrait  excé- 
der, pour  la  plus  faible  épaisseur  de  Técorce, 
une  quantité  de  même  ordre  que  la  nutatioii 
solaire». 

0ans  un  second  Mémoire ,  H.  Hopkins  a 
traité  la  même  question  en  supposant  Tin- 
térieur  de  la  terre  fluide  ei  hétérogène,  on 
mieux,,  le  fluide  interne  et  Técorce  comme 
étant  des  corps  de  nature  différente.  Parmi 
les  problèmes  qu*il  a  examinés  se  trouve  * 
oelui  de  la  permanence  de  Tinclinaison  de 
Taxe  de  la  terre,  depuis  la  première  forma- 
tien  de  la  croûte,  et  en  admettant  que  la  so- 
lidification ait  commencé  par  la  surface. 

Enfin,  dans  la  troisième  série  de  ses  re- 
cherches, Tauteur  s*occupe  de  Tépaisseur  et 
de  la  constitution  de  la  croûte  terrestre,  et 
en  particulier  du  minimum  â*épaisseur 
comi^atible  arec  la  Taieur  de  la  précession 
obsenrée.  Dans  le  ç^s  de  la  terre,,  le  passage 
de  la  partie  fluide  à  la  partie  solide  n*est  pas 
immédiafe  comme  il  Tavait  d*abord  sup- 

r(é.  Sl^l'on  considérait  comme  fluide  toute 
masse  qui  n*est  pas  parfaitement  solide, 
ou  comme  solide  toute  celle  qui  n'est  pas 
parfiiitement  fluide,  on  donnerait  une  trop 
uiblé  ou  une  trop  grande  épaisseur  à  la 
croûte  ;  aussf  H;  uopluns  admet-il  une  sur- 
fioe  d*égale  fluidité,  ou  si  Ton  reut  d*égale 
solidité,  intermédiaire  aux  deux  surbces  de 
parlSûte  solidité  et  de  parfaite  fluidité,  et 
telle  que,  si  tout  ce  qui  est  au-dessus  était 
pai^tement  solide  et  tout  ce  qui  est  au- 
dessous  complètement  fluide,  la  précession 
et  la  nutation  seraient  les  mêmes  que  dans 
le  cas  où  le  passage  de  la  solidité  de  la 
ooûte  à  la  masse  fluide  interne  serait  gra- 
duel et  continu.  11  nomme  cette  surfiice,^tfr- 
fàee  effective  interne^  et  sa  distance  à  la  sur- 
lace extérieure ,  épaiseeur  effective  dit  la 
croûte. 

Le  degré  de  solidité  et  de  fluidité  d*un 
point  quelconque  de  Tintérieur  du  globe 
dépena  en  |>ai3tie  de  sa  température  et  de  la 
pression  qui  s'y  exerce,  et,  après  avoir  indi- 
qué, d*uae  manière  relative,  la  surface  de 
même  fluidité  ou  solidité  passant  par  ce 
poinl,  M.  Hopkins  fait  voir  que  la  détermi- 
nation des  formes  des  surfaces  isothermes  à 
Tintérieure  du  sphéroïde,  est  entièrement 
approchée  lorsque  Fellipticité  est  petite,  et 
le  temps  pendant  lequel  le  refroidissement 
a  lieu  est  très-grand,  comme  on  peut  le  sup- 
poser pour  la  terre. 

11  déduit  de  la  marche  analvtiaue  du  pro- 
blème, qu'il  faudrait  descencire  a  une  pro- 
fondeur ^le  à  environ  un  cinquième  du 
layon  terrestre  avant  d*arriver  à  la  surface 
d*é^e  fluidité  avec  une  ellipticité  de  la 
valeur  exigée,  c'est-à-dire  que  l'épaisseur 


effective  de  la  croûte  doit  être  égale,  à  un 
quart  ou  un  cinquième  au  moins  du.  rajron    < 
terrestre  pour  que  la  .préctssiôn-  ait  la  va- 
leur observée. 

.  Ce  résultat  de  calculs  assej  compliqués  fait 
penser  à  l'auteur  qu'il  n'y  a  point,  comme 
on  l'a  supposé,  de  communication  entre  les 
oriflces  volcaniques  et  la  surface  du  noyau 
fluide  interne,  et  que  la  matière  fondue  des 
volcans  actuels  se  trouve  dans  des  réservoirs 
d'un*  étendue  limitée,  constituant  des  lacs 
souterrains,  mais  non  un  véritable  océan.  Il 
attribue  à  la  même  cause  la  plupart  des 
grands  soulèvements  reconnus,  excepté 
peut-être  le  plus  ancien,  car,  à  l'époque  de 
ces  divers  soulèvements,  la  croûte  terrestre 
était  déjà  d'une  énorme  épaisseur.  Cette 
supposition  de  lacs  souterrains  ignés,  à  une 
faible  profondeur,  s'accorde  d'ailleurs  avec 
les  recherches  fondées  sur  les  principes  do 
la  mécanique  pour  les  phénomènes  d  éléva- 
tion, tels  qu'il  les  a  donnés  dans  son  Mé-- 
moire  sur  la  géologie  plufiique  (533).  Ces 
parties  fluides,  placées  au  milieu  de  la 
croûte  solide,  de  même  que  leur  perma- 
nence dans  cet  état ,  seraient  dues  à  une 
plus  ^nde  fusibilité  de  la  matière  qui  les 
constitue. 

Comme  conséquence  de  ses  Mémoires  pré- 
cédents, M.  Hopkins  insiste  de  nouveau  sur 
la  permanence  de  l'inclinaison  moyenne  de 
l'axe  terrestre,  sur  le  plan  de  l'écHptique 
(page  53),  en  faisant  remarquer  gue  les  preu- 
ves de  cette  permanence  n'avaient  été  jus- 
qu'alors basées  que  sur  Thypothèse  de  la  so .  ' 
lidité  entière  du  globe,  présomption  qui, 
quel  que  soit  l'état  actuel  de  notre  planète» 
ne  peut  jamais  être  admise  comme  nécessai- 
rement applicable  à  toutes  les  époques  anté- 
rieures à  Texistence  des  êtres  organisés  à  sa 
surface.  Mais  cette  proposition  étant  dé- 
montrée vraie,  en  l'appliquant  à  la  terre  de- 
f>uis  l'origine  de  son  enveloppe  externe  so- 
lde, doit  fidre  regarder  comme  essentielle- 
ment fausse  toute  hypothèse  établie  sur  le 
changement  de  position  de  l'axe  de  la  terre, 
soit  que  l'on  suppose  l'intérieur  avoir  été 
solide  et  fluide,  soit  qu^on  le  suppose  encore 
tel  aujourd'hui. 

nus  loin,  l'auteur  démontre  que,  quand 
même  la  pression  des  éléments  de  la  terre 
ne  serait  pas  telle  cpi'il  en  résultât  la  solidi- 
fication d  une  partie  de  la  masse,  la  conclu- 
sion relative  à  l'épaisseur  de  la  croûte  ter- 
restre serait  encore  vrai^o  fortiori.  Ainsi,  la 
détermination  de  la  dernière  limite  à  cette 
épaisseur  est  indépendante  de  l'effet  incon- 
nu de  pression,  ou,  en  d'autres  termes,  de  la 
détermination  expérimentale  de  température 
de  fusion,  pour  difTérentes  substances  sous 
de  hautes  pressions. 

Il  a  fait  voir  également  que  la  température^ 
actuelle  de  l'intérieur  de  la  terre  ne  peut 
être  due  à  sa  chaleur  originaire,  si  la  tempé- 
rature de  fusion  pour  la  matière  est  indé- 
pendante de  la  pression  à  laquelle  la  matière- 


(533)  Reaemrckes  in  pkmêicot  oeologm  (Recbercbes  sor  la  céoloffie  phraoïM»)  [Transat,  oftke  Camkrid^ 
Ml.  Soc.,  TOI.  %  p.lVÎfe5.|fc6].  '  B^    1     P  .    f-   i  V- 


m 


icft 


DICTkKfNAIRE  DE  COSMOGONUl 


1» 


fondue  est  soumise;  car»  dfois  ce  cas»  elle 
doit  être  sans  doute  suffisante  à  la  profon-* 
deur  de  if%  ou  1;5  du  rayon  terrestre  pou? 
fondre  toutes  les  roches  de  la  partie  solide 
sous  la  pression  de  l'atmosphère  ;  par  eon-* 
stfquent»  h  ces  profondeurs,  ta  matière  serait 
&  1  état  de  fusion,  et  la  croûte  de  la  terre  de-- 
vrait  être  très-mince,  à  moins  que  la  solidi-t 
ficatiôn  n'ait  été  déterminée  par  la  pression  ; 
or,  comme  M.  Hopkins  a  prouvé  q^ue  cette 
croûte  ne  pouvait  être  très-miftce,  il  tfi  ré- 
sulte que  sa  proposition  est  démontrée,  c'est- 
à-dire  que  la  température  de  fusion  est  dé* 
pendante  de  la  pression  à  laquelle  elle  esl 
soumise. 

Nous  n'avons  pu  faire  connaître  que  très- 
succinctement  les  principaux  points  de  la 
question  à  laquelle  M.  Hopkins  a  appliqué 
les  calculs  très-variés  rie  1  analyse,  et  queN 
ques-uns  des  résidtats  qu'il  en  a  déduits; 
mais  ils  suffiront  peut-^tre  pour  indiquer  la 
voie  dans  laquelle  il  s*est  engagé,  et  que 
nous  désirerions  voir  suivie  par  les  person<« 
nés  qui,  famittarisées  comme  lui  avec  le  mé-^ 
canisme  des  formules,  le  sont  également  avec 
toutes  les  données  de  h  physique  eipéri*. 
mentale  et  les  résultats  de  la  géologie  mo- 
derne. Les  conclusions  de  l'auteur  sont  sans 
Joute  encore  plutôt  négatives  que  {«ositives, 
mais  elles  témoignent  du  désir  de  cherchei: 


1» 


ïà  vérité  avec  une  extrême  bonne  foi,  et  m\ 
beaucoup  plus  utiles  que  ces  hypothisM 
hardies  et  tranchantes  oasées  sur  des  élé- 
ments incomplets  et  qui  s'écroulent  deiant 
le  plus  simple  bon  sens.  M.  Hopbns,  dans 
ses  applications  directes  des  mathématiques 
h  certains  pays  affectés  par  l'action  des  fer- 
ces  souterraines ,  a  fait  voir  quel  parti  oo 
pouvait  tirer  de  ce  mode  de  recherches,  lors- 
ou'on  possédait  également  bien  et  sans  idée 
théorique  préconçue,  tous  les  éléments  d'un 
problème,  à  quelque  ordre  d'idéw  oi  d^ 
faits  qu'ils  appartiennent. 

HOUILLE^  Voy.  Flobb  Fossas  et  VM- 
TAUX  FOSSILES.  —  Soh  Utilité.  —  foy,  Coc- 
CHES  CARBONiFiREs  et  Ylfitroduction.^SH 
origine  et  sa  (ormcUion  $uivMt  AT.  Mmtpità, 
—  xoy.  Maupie»  et  ïlniroducfiofif  Cibboxh 
FéniEN,  etc. 

HÙTCHINSON,  Voy.  <;6olo6Ii. 
HUTTON.  Voy.  Géologie. 
HUTTON  (W.),  $€s  opiniom  «nr  ^ti  Hjé^ 
taux  fo$sile8.  —  Voy.  Flobb  fossob, 

HYDROGÈNE,  âon  rdte  dam  la  tonUil^ 
Uon  de  la  terre,— Voy.  Matièbbs  ÉLimcTinn 

no  OLOBS  TVBBBSTBE. 

HYLiEOSAURE.  Foy.  Iotanoboii 
HYPOTHESES*  ou'm/btU-i/pMierr-rq^ 
Cosmogonie. 


I 


ICHNITES.  Yoy.  Eufebuntes  physk)logj(- 

OUES.  

ICHTHTOSAURE  (t;(Ovf ,  poision^  9«vper, 
Uxard).  —  Animal  marin  de  l'ordre  des  sau- 
riens, dont  plusieurs  espèces  fossiles  pré-« 
sentent  une  organisation  ibrt  extraordinaire. 
Elles  offrent  des  combinaisons  de  formes  et 
de  structure  presque  incroyables,  et  qui  les 
mettaient  en  harmonie  avec  des  modes  d'eiis-i 
tence  dont  aucun  exemple  ne  nous  est  offert 
par  les  espèces  actuelles  de  la  classe  des  rep- 
tiles. Leurs  restes  abondent,  surtout  dans  le 
lias  et  dans  les  formations  ooHtiques  de  la 
série  secondaire  (534)  :  et  ce  ne  sont  pas  seule* 
ment  des  animaux  voisins  des  crocodiles  ou 
des  gavials  du  Gange  que  l'on  y  rencontre , 
mais  aussi,  et  en  bien  plus  grand  nombre, 
Ces  lézards  gisanCesques  qui  habitaient  les 
mers  et  les  golfes  des  époques  où  cette  his- 
toire nous  reporte. 

f'armi  les  espèces  les  plus  remarquables 

de  ces  reptiles,  il  en  est  quelques-unes  qui 

ont  été  reunies  pour  constituer  le  genre  ich- 

th>osaure  IpoissonMzard)^  ainsi  nommées 

.  à  ca'Jise  J'une  certaine  ressemblance  de  leurs 

(SSI)  Le  dépôt  principal  où  ron  ait  trouvé  ces  ani- 
maux est  le  lias  de  Lyine -Régis;  mais  Hs  abondent 
aussi  dans  tonte  retendue  ou^occupe  cette  formation 
en  Ancieterre,  c'est-à-dire  aepuis  les  côtes  du  Dorsel 
juBoua  celles  du  Yorkshirc,  en  traversant  les  comtés 
de  ^mmerset  et  de  Leicester.  On  les  rencontre 
aussi  dans  le  lias  dv  la  France  et  de  l'Allemagne. 


vertèbres  avec  celles  des  poissons.  Si  nooi 
étudions  ces  créatures  sous  le  rapport  de 
leurs  organes  de  locomotion  et  des  moyens 
d'attaque  ou  de  défense  qui  résultent  de  leur 
structure  extraordinaire ,  nous  y  trouv^^roos 
des  comibinaisons  de  formes  et  d'ac^aBg^ 
ments  mécaiiiiqiieSxqiit  se  rencontrent  encore 
dispersées  dan$  certains  Qrdxes  oo  dans  cer* 
taines  classes  actuellement  existantes,  miis 
jamais  réunies  dans  un  seul  genre.  Cest  m 
qu'un  même  individu  off^  la  museau  d'on 
marsouin  et  les  dents  du  crocodilei^  la  téied'uo 
lézard  et  les  vertèbres  d'un  poisson,  le  ster- 
num d'un  ornithorhynque  et  les  nageoires 
d'une  baleine.  L'ichthyosauce,  par  sonaspett 
général,  devait  rappeler  de  bien  près  le  ruar- 
souln  moderne,^  ou  l'épaplard  (rfc/pAww*- 
orca).  U  avait  quatre  pattes  élar^es,  sortes 
d'avirons ,  et  son  corps  se  terminait  en  ar- 
rière par  une  queue  lonçue  et  puissante.  Les 
pl^us  grands  de  ces  reptiles  ont  dû  avoir  plus 
ae  trente  pieds  de  long. 

On  connaît  sept  ou  nuit  espèces  dn  genre 
ichthyosaure ,  et  elles  se  ressemblent  luiiics 
par  les  points  généraux  de  leur  organisalion, 

Le  genre  ichthyosaure  paraît  avoir  cQmmeoe«  i^ 
le  muscbelkalk,  et  être  parvenu  jusqa^à  lafon^ 
tion  crétacée  en  traversant  la  période  o^Jiibiqoe  k" 
entière.  La  couche  la  plus  rëoente  dans  bqi|dK^ 
ait  trouvé  quelques  restes  an^rtenant  à  ce  geii| 
est  la  marne  crayease  de  Douvres,  o«  Us  oi^  ^ 
découverts  par  M.  ManU^II. 


KH 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


ICH 


13* 


el  par  la  présence  de  ces  diTer»  organes  sin- 
guliers dans  lesquels  Ressaierai  de  faire  Toir 
des  mécanismes  et  des  arrangements  en  rap- 
pel arec  leurs  habitudes  et  leur  mode  ae 
Tie. 

TAe. — Le  tête,  qui  chez  tous  les  animaux , 
est  la  rj^on  la  pins  importante  et  la  plus 
caractéristique,  Sut  Toir,  au  premier  coup 
d'cBfl,  que  les  icbthyosaures  étaient  des 
reptiles  qui ,  bien  que  Toisins  des  crocodiles 
modernes  par  plusieurs  de  leurs  caractères  » 
ae  rapprochaient  néanmoins  encore  dayan* 
Ufgd  aes  lézards.  Ils  ressemblent  aux  croco- 
diles plus  qu*à  aucun  autre  animal  «  par  la 
forme  et  Tarrangement  de  leurs  dents.  Mais» 
ta  lieu  oue  Touverture  de  leurs  narines 
aoit  placée,  comme  chez  ces  derniers,  à 
Feitrémité  du  museau ,  on  la  Toit ,  comme 
chez  les  lézards»  tout  près  de  l'angle  anté- 
rieur de  Torbite  oculaire.  Mais,  ce  que  teur 
télé  offre  de  plus  remarquable,  c'est  le  vo- 
lume extraordinaire  des  yeux  qui  dépassent 
ceux  de  tous  les  animaux  non  contempo- 
rains (535).  Leurs  mâchoires  doivent  avoir 
en  une  ouverture  énorme;  car  elles  ont 
jusau'à  sixpieds  dans  la  plus  grande  espèce, 
lickthyotaurut  plalyodon;  et  on  ne  peut 
révoquer  en  dente  que  la  voracité  de  cet 
animal  ait  été  en  proportion  de  ses  moyens 
de  destruction.  Son  cou  est  court  comme 
celui  des  poissons. 

Denis.  —  Les  dents  de  Tichthyosaure  sont 
coniques ,  et  ressemblent  beaucoup  h  celles 
des  crocodiles;  mais  elles  sont  beaucoup 
plus  nombreuses,  puisque,  dans  certains  cas, 
on  en  trouve  jusqu'à  cent  quatre-vingts. 
Elles  varient  du  reste  suivant  les  espèces ,  et 
ne  sont  point  implantées  dans  des  alvéoles 
profondes  et  séparées,  comme  celles  de  ces 
derniers  animaux  ;  mais  elles  sont  rangées 
dans  une  rigole  longue  et  continue ,  creusée 
dans  l'os  maxillaire,  et  oJ!l  la  séparation  en 
alvéoles  distinctes  est  représentée,  à  l'état 
de  vestige,  par  quelques  replis  f>eu  saillants 
qui  tiennent  aux  parois  de  la  rigo.e  et  s'é- 
lendent  dans  Tintervalle  des  dents.  Xe  mé- 
canisme à  l'aide  duquel  les  vieilles  dents 
::ont  remplacées  par  des  dents  nouvelles, 
est  à  peu  près  le  même  dans  les  ichthyo- 
saores  que  dans  les  crocodiles.  La  dent  nou- 
refle  prend  naissance  au  pied  de  l'ancienne  ; 
celle-ci ,  par  suite  de  la  compression  latérale 

{SS5)Qb  voit  dans  b  eofleclkHi  de  M.  Johnson,  k 
Bnstol,  le  crine  d^oa  ichthvosaanis  piatyodon,  dont 
les  «viles  orbitaires  ont  44  ponces  dans  kar  plus 
grand  diamètre. 

(538)  La  sdéroliqne  osseuse  des  îebthyosaures  se 
rapprodie  beaneoiip  pour  sa  forme  du  cercle  osseux 
qui  entoure  ia  pupUle  de  Taigle  doré.  Dana  Tun 
counne  dans  Tautre  cas ,  cette  disposition  a  pour 
but  de  Elire  varier  retendue  de  la  vision  distincte, 
de  façon  k  ce  que  fanimal  puisse  découvrir  sa 
proie  aux  «fistanees  les  plus  éloignées  comme  aux 
distanees  les  plus  courtes.  Ces  plaques  osseuses 
aerveni  encore  â  conserver  à  la  partie  proéminente 
ëe  reeil  celle  saillie  qui  est  si  remarquable  chez  fies 
oiseaux.  Chex  les  hiboux,  oè  la  vision  à  de  arandes 
distances  est  incompatible  avec  leurs  hanitudes 
nocturnes,  le  cercle  ossrui,  d'après  les  observations 


qu'elle  éprouve, a  sa  base  bientAt  absorbée, 
et  son  corps  finit  par  tomber  pour  iaire 
place  à  celle  qui  doit  lui  succéder. 

Comme  les  habitudes  de  rapine  des  icb- 
thyosaures les  exposaient,  ainsi  que  les  cro» 
ccdiles  de  nos  jours,  à  la  perle  fréquente  de 
leurs  dents,  il  a  été  abondamment  pourvu, 
dans  les  uns  et  dans  les  autres,  à  ce  qu'elles 
fussent  continuellement  remplacées. 

Teux.  —  Le  volume  énorme  de  Tœil  des 
icbthyosaures  est  une  des  particularités  les 
plus  remarquables  de  leur  organisation.  La 
grande  quantité  de  lumière  que  ces  orjçanes 
pouvaient  admettre,  par  suite  de  ce  diamè- 
tre extraordinaire,  devait  leur  donner  une 
puissance  de  vision  remarquable,  et  nous 
trouvons  ailleurs  des  preuves  que  ces  yeux 

Souvaient  remplir  tout  à  la  fois  les  fonctions 
u  microscope  et  du  télescope.  A  la  partie 
externe  de  la  cavité  orbitaire  où  cet  œil 
était  logé,  se  trouve  une  série  circulaire 
de  plaques  osseuses  minces  et  pétrifiée* 
entourant  l'ouverture  centrale  où  fut  la 
pupille.  Pour  la  forme  et  Fépaisseur,  cha- 
cune de  ces  plaques  ressemble  beaucoup  aux 
écailles  d'un  artichaut  :  ce  cercle  de  plaques 
osseuses  n'existe  pas  dans  les  poissons; 
mais  on  le  trouve  dans  les  yeux  de  plu- 
sieurs oiseaux  (536),  ainsi  que  dans  ceax  des 
tortues  terrestres  et  marines,  des  lézards,  et 
même,  bien  que  moins  développé,  dans  ceux 
des  crocodiles. 

Chez  les  animaux  vivants,  ces  plaqueai 
osseuses  sont  fixées  dans  la  tunique  externe 
de  l'œil,  ou  sclérotique ,  et  leur  action  a 
pour  résultat  de  modifier  la  convexité  de  la 
cornée.  Si  elles  sont  ramenées  en  arrière, 
la  cornée  transparente  se  trouve  repoussée 
en  avant,  son  rayon  diminue,  et  1  ceil  de- 
vient un  microscope.  Viennent-elles  à  re- 
prendre Teur  position  lorsque  l'œil  est  en 
repos,  elles  en  font  une  sorte  de  télescope. 
Les  parties  molles  de  Tœil  des  ichthvosau- 
res  sont  entièrement  détruites,  mais  la  con- 
servation de  ce  curieux  appareil  de  plaques 
osseuses  nous  fournit  une  preuve  que  les 

Jeux  énormes  auxquels  ils  servaient  jadif 
'enveloppe  extérieure  étaient  des  instru- 
ments d  optique  d'un  pouvoir  prodigieux^ 
et  su5ceptibles  de  varier  leur  action  de  telle 
sorte  que  l'ichthyosaore  pouvait  découvrir- 
sa  proie  aux  plus  grandes  comme  aux  plus^ 

de  M.  Tarrd,  est  eoneave  et  proloiifé  en  avant,  4a 
telle  façon  i|iie  la  surface  externe  de  Viml  se  trouve 
|iorl^  à  rexlrénité  d*aB  lonf  tube,  et  sàiUe  ainsi 
en  dehors  des  plumes  légères  ovi  forment  an  duvet 
aaloar-dela  tète.  Cet  anteor  ajoute  :  Véumàme  éê 
tUion  dami  jtnmêent  Us  fmusms  m  été  prohmblewÊeui 
refusée  aux  yems  d^  ki^us;  Mm  im  spkériàté  pitu^ 
tùfsssdérahU  du  crisiëfim  et  de  im  eomée  elles  ses  of» 
seaas  de  proie  leur  dorme  une  imtetuité  de  vmsmi 
plus  en  rapport  avee  tobscmritéde  Voimùsplàre  ok 
s^eserce  leur  aetUm  wismeUe,  Ces  oiteamx  pemeeM  iiro 
comparés  ans  persormes  myopes  fin  aotciu  les  oijsis 
pins  grands  et  pius  ctairs,  pomrem  qu*iis  sotent  piaeé» 
è  lu  dislance  nalnrelie  de  knr  oisiem  distinese,  parm 
^lls  le  voieni  sons  nm  an^  pins  ffmsd.  fK 
Anaiùme  des  oiseaux  de  proie  [Zooêogieai  éo 
tome  lU,  ^  188]  ) 


731 


ICI! 


DlCT10iNNAIft&  DE  COSMOGONIE 


ICH 


751 


petites  distances,  au  sein  de  robscnrité  des 
nuits  et  des  abîmes  de  TOcéan.  Enfin  nous 

ÏtrouTODS  un  nouveau  caractère  qui  associe 
la  famille  des  lézards  Tanimal  auquel  ap- 
partenaient des  jeux  ainsi  conformés  et  en 
même  temps  l'éloigné  à  une  grande  dis- 
tance de  la  classe  des  poissons  (537). 

Un  autre  genre  aulilité  qu'offrait  ce 
curieux  appareil  de  lames  osseuses,  c'est 
qu'il  soutenait  la  surface  externe  de  ce 
▼aste  globe  oculaire,  dont  le  volume  ex- 
cédait souvent  celui  de  la  tétc  d'un  hom- 
me, et  lui  donnait  la  force  nécessaire 
pdur  supporter  la  pression  des  eaux  pro- 
londes.  En  outre,  comme  les  narines  occu- 

f>ent  l'angle  antérieur  oculaire  de  l'orbite, 
es  yeux  se  trouvaient  nécessairement  élevés 
au-dessus  de  la  surface  des  eaux,  toutes  les 
fois  que  l'animal  y  venait  prendre  l'air  né- 
cessaire à  sa  respiration,  et  ces  importants 
organes  recevaient  encore  de  leur  enveloppe 
osseuse  un  service  précieux,  par  la  protec- 
tion qu'ils  y  trouvaient  dans  cette  circons- 
tance contre  les  injures  des  vagues. 

Mâchoires.  —  Les  mâchoires  des  ichthyo- 
saures,  de  même  que  celles  des  crocodiles  et 
des  lézards  qui  se  prolongent  plus  ou  moins 
en  un  bec  saillant,  sont  formées  par  l'assem- 
blage de  plusieurs  lames  disposées  de  façon 
à  reunir  la  force,  l'élasticité  et  la  légèreté  à 
un  bien  plus  haut  degré  que  n'eussent  pu  le 
faire  des  os  isolés,  tels  que  ceux  qui  consti- 
tuent les  mâchoires  des  mammifères.  Il  est 
évident  qu'une  mâchoire  inférieure  aussi 
mince  et  en  inème  temps  aussi  allongée 
que  le  sont  celles  des  crocodiles  ou  des 
ichthyosaures ,  et  qui  devait  avoir  pour 
emploi  de  retenir  les  grands  et  puissants 
animaux  qui  formaient  leur  proie,  eussent 
été  comparativement  faibles  et  faciUs  à  bri- 
ser, si  elles  n'eussent  été  composées  que 
d'un  os  unique.  Aussi  chaque  moitié  laté- 
rale de  la  mâchoire  inférieure  était-elle  for- 
mée de  six  pièces  distinctes. 

Cet  arrangement  de  la  mâchoire  infé- 
rieure, dans  le  but  de  réunir  la  force  et 
l'élasticité  avec  le  plus  petit  poids  de  maté- 

(557|  Une  disposition  analogue  a  été  accordée 
aux  poissons,  dans  le  but  d'opposer  à  la  pression  du 
liquide  ambiant  la  résistance  nécessaire  pour  que 
les  yeux  conservent  leur  forme.  Elle  consiste  dans 
Tossilication  de  la  capsule  extérieure;  maïs,  chez 
oes  derniers  animaux,  Tossiication  est  ordînaire- 
inent  simple,  bien  que  ]>lus  ou  moins  complète  sui- 
i  vaut  les  difleréntes  es}»èces,  et  la  lame  circulaire 
osseuse  n'est  jamais  divisée  par  des  sections  trans- 
i  versales  en  un  srand  nombre  de  plaques,  comme 
cela  a  lieu  dans  les  lézards  et  dans  les  oiseaux.  Les 
capsules  oculaires  osseuses  sont  souvent  conservées 
daîiè  les  tètes  de  poissons  fossiles.  On  en  rencontre 
«H  aboodanee  dans  Targîle  de  Londres,  et  quelque- 
fois aussi  dans  la  craie. 

(538)  L*os  corouoîde  pénètre  entre  le  dental  et 
ropercuiaire,  et  ses  ttbres  sont  dirigées  oblique- 
ment, tandis  que  celles  de  oes  deux  derniers  os  sont 
horizontales  et  parallèles.  La  force  de  résistance  de 
cet  organe  est  'considërablement  accrue  par  celte 
flireclioa  diagonale  des  fibres,  sans  que  son  poids 
ni  ion  volume  s*en  augmentent  de  la  plus  laililH 
quantité.  H  existe  une  pareille  structure  dans  les  os 


riaux  possible,  est  en  tout  semblable  k 
celui  qu'on  donne  aux  lames  de  bois  élas- 
tiques ou  d'acier  qui  entrent  dans  la  com- 
position d'une  arbalète  ou  d'un  ressort  de 
voiture.  Dans  la  mâchoire  de  l'ichtbyosaure, 
comme  dans  les  deux  cas  que  nous  venons 
de  citer,  les  lames  sont  plus  nombreuses  et 
plus  épaisses  sur  les  points  otl  doit  s'exer- 
cer un  plus  grand  etfort;  elles  sont  plus 
minces  et  en  nlus  petit  nombre  vers  les 
extrémités,  là  ou  l'action  est  beaucoup  moin- 
dre. Ceux  qui  ont  été  témoins  du  choc  qui 
ébranle  la*  tête  du  crocodile,  lorsqu'il  fenne 
brusquement  ses  mâchoires  longes  et  min- 
ces,, ont  pu  voir  combien  le  maxillaire  infé- 
rieur eût  été  exposé  à  se  briser,  si  chacune 
de  ses  moitiés  n'eût  été  formée  que  d'un 
seul  os.  Les  mètnes  dangers  eussent  été- une 
conséquence  de  la  même  simplicité  de  struc- 
ture de  la  mâchoire  inférieure  chez  l'ichlbyiv 
sauré.  Dans  Tun  comme  dans  l'autre  c^s, 
ces  six  lames  plates  et  minces  de  longueur 
et  de  force  diflferentes,  enchevêtrées  et  for- 
tement liées  les  unes  aux  autres,  pour  for- 
mer chaque  moitié  de  la  mâchoire  infé- 
rieure, compensent  la.  faiblesse  et  là  fra^- 
lité  qui  étaient  une  conséauence  nécessaire- 
de  l'allongement  extrême  au  museau. 

M.  Conybeare  signale  encore,  dans  la  mâ- 
choire de  l'ichthyosaure,  un  arrangement 
fort  remarquable,  et  tout  à  fait  analogue  k 
certaines  dispositions  adoptées  depuis  peu 
dans  Tarchitecture  navale  (538). 

Vertêbres,^La  colonne  vertébrale  de  J'icK- 
tbyosaure  est  composée  de  plus  de  cent 
vertèbres;  et  bien  qu'elle  supporte  une  tête 
qui  ressemble  beaucoup  à  celle  d'un  lézard, 
elle  offre  dans  sa  structure  les  plus  grandes 
analogies  avec  le  mode  d'organisation  propre 
k  la  colonne  vertébrale  des  poissons.  Cet 
animal  ayant  été  créé  pour  une  locomotion 
rapide  à  travers  les  mers,  des  vertèbres  à 
facetfes  concaves,  telles  que  celles  qui  i)ar 
leur  mécanisme  contribuent  à  donnes  aux 
poissons  leur  grande  puissance  de  locomo- 
tion (539),  étaient  beaucoup  plus  en  rapport 
avec  de  telles  fonctions  que  les  vertèbres 

de  la  tête  des  poissons,  et  aussi,  bien  qirà.  un  degré 
moindre,  dans  la  tète  des  tortues.  (Géolég.  trafisac^ 
London,  t.  V,  p.  565,  et  nouv.  série,  1. 1'%  p.  llS.y 
(S39)  La  section  d'une  vertélire  de  poisson  offre 
deux  cônes  creux  réunis  par  leur  sommet  au  centre 
de  la  vertèbre  et  rappelant  la  forme  d'un  sablier; 
mais  la  base  de  chacun  des  cènes,  au  lieu  d*étre  fer- 
mée, comme  cela  a  lieu  dans  le  sablier,  par  udc  lame 
plate  et  élargie,  se  termine  par  un  bord  mince  coname 
celui  d*un  verre  à  pied,  et  qui  s'applique  sur  le  bord 
o|)posé  de  la  vertèbre  adjacente.  L  e^cc  vide  que 
laissent  entre  eux  ces  deux  cônes  creux  e&i  rempli 
par  une  substance  molle  et  flexible,  ayant  la  forme 
de  deux  cônes  solides  juxta-poscs  par  leur  base,  et 
disposés  de  façon  que  chaque  cône  creux  vertébral 
s'applique  exactement  sur  l'un  de  ces  cônes  élasti- 
ques pleins  qui  le  remplit  et  lui  permet  de.se  mou- 
voir dans  toutes  les  directions.  Ce  mode  spécial 
d'articulation  donne  à  la  colonne  vertébrale  tout 
entière  une  grande  puissance,  et  lui. ^permet  une. 
flexion  rapide  dans  tous  les  sens  au  sein  des  eaux. 
Mais,  comme  la  flexion  verticale  est  beaucoup  moîus 
nécessaire  que  la  flexion  latérale^  elle  se   iriNive 


ica 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


iCH 


TU 


•olides  des  léxards  et  des  crocodiles.  Mais 
d'un  autre  côté,  ces  côaes  creux  juxta-posés 
ne  pooTaîeat  entrer  cooime  élément  dans  la 
colonne  vertébrale  de  quadrupèdes  destinés 
à  habiter  la  terre  ferme  ;  cette  partie  essen* 
tielle  de  leur  charpente  solide  étant  presque 
à  angle  droit  avec  les  membres»  devait  être 
liiMinée  par  une  suite  de  pièces  osseuses, 
larges  et  aplaties,  et  serrées  avec  une  force 
eoosidérable  les  unes  contre  les  autres.  Il 
«^  donc  évident  que  si  à  des  créatures  d'une 
taille  et  d*un  volume  aussi  considérables 

Sue  les  ichthyosaures,  et  une  fois  pourvues 
e  vertèbres  construites  sur  le  même  prin- 
cipe que  celles  des  poissons,  il  eût  été  donné, 
au  lieu  de  rames  élargies ,  des  membres  or- 
ganisés de  la  manière  ordinaire,  elles  n'eus- 
selit  pu  se  mouvoir  sur  le  sol,  sans  qu*il  en 
résultât  de  graves  lésions  dans  leur  char- 
pente osseuse  (5U)). 

Côies,  —  Les  cotes  sont  minces ,  et  pour 
la  i^flupart  bifurquées  à  leur  extrémité  su- 
périeure ;  il  7  en  a  dans  toute  la  longueur 
de  la  colonne  vertébrale,  depuis  la  tète  jus- 
qu'au bassin,  et  c'est  un  rapport  de  plus 
entre  la  structure  de  richthyosaure  et  celles 
des  lézards  actuels.  Cn  grand  nombre  de  ses^ 
os  se  réunissent  en  avant  du  thorax.  Les 
cAtes  du  côté  droit  s'unissent  à  celles  du 
côté  gauche,  à  l'aide  de  certains  os  intermé- 
diaires analogues  aux   portions  cartilagi- 

Caiilée  par  des  apophyses  épineuses,  soit  qa^elles 
cfaevandieBi  les  unes  an -dessus  des  autres,  ou 
^*clles  soienl  simplement  cooligués. 

Cest  là  une  dlsposilion  mécanique  d'une  grande 
niiiîié  ^r  des  animaux  construits  comme  le  sont 
les  poissons.  La  queue  est  pour  eux  le  princi- 
faï  ofgane  de  locomotion»  et  le  poids  de  leur  corps 
étant  constamment  soutenu  par  Teau  dans  laquelle 
ib  sont  uloosés,  n^exerce  sur  les  bords  par  IcMuels 
les  venéores  sont  en  contact,  qu'une  pression  faible 
ou  tout  à  fait  nulle. 

(310)  Sir  T.  Home  a  de  plus  ebserré  une  particn- 
lanlé  an  canal  spinal  qui  n'existe  dans  aucun  autre 
nalMal.  La  portion  annulaire  n'est  point  soudée  au 
carpaéela  vertèlire  comme  ches  les  mammifères;  elle 
my  est  point  non  plus  réunie  par  une  suture  comme 
ckez  ks  crocodiles ,  mais  elle  en  demeure  entière- 
ment  distincte,  et  s'y  articule  à  l'aide  d'une  t^  ovale 
cmprimée,  reçue  dans  unecaTÎté  glénoidale.  M.  Co- 
■ybâre  ajoute  que  ce  mode  d'articulation  concouit, 
avec  la  «Dsposition  çupuliforrae  des  artieulatîons 
inierveftéiirales,  poiir  donner  plus  de  Hexibilité  à  la 
tûkmnt  et'rendre  plus  faciles  ses  mouTements  o^du- 
litoirea.  Car,  si  ces  diverses  psrties  eussentété  soli- 
4iâées  cdnme  cbei  les  mammifères,  les  apophyses  ar- 
lîcnlaifes«  serrées  comme  elles  k  sont  sur  tout  l'en- 
icnUe  de  la  colonne,  eussent  rendu  impossibles  dans 
ses  diverses  parties  tous  les  mouvements  oui,  à  l'aide 
ém  WÊOàt  d'articulations  que  nous  Tenons  de  décrire, 
deviennent  faciles. 

(541)  Ces  arcs  ttemo-eostaux  faisaient  probablé- 

■Msl  partie  d'un  appareil  condensateur  qui  donnait 

à  ces  animaux  la  nculté  de  comprimer  Pair  dans 

nmérieur  de  leurs  poumons  avant  que  de  s'enfon- 

eersoss  les  eaux.  M.  Faraday  (Loiid.  and  £df«. 

MNuL  Jfof ...  oct.  1855)  a  indiqué  un  moyen  à  Talde 

riKMnme  peut  lui-même  disposer  ses  organes 

a  à  prolonger  considérablement  son  séjour 

■ne  atmospoèreimpuriï  ou  sous  Peau,  comme 

le  prationent  les  pèdieurs  de  perles;  et  ce  mo^en  a 

dé  connrmé   par  les  expériences  de  sir   Graves 

€.  Ilongliton.  Si,  après  avoir,  à  l'aide  d'une  inspira- 


neuseSy  intermédiaires  et  sternalesdes  e6tes 
chez  les  crocodiles,  et  aux  os  gui,  chez  le 
plésiosaure  y  forment  ce  que  M.  Conjbeare 
a  appelé  les  arcs  sterno-costaus.  Cette  struc- 
ture avait  probablement  pour  but  d'admettre 
dans  la  poitrine  une  quantité  d'air  considé- 
rable et  de  permettre  ainsi  à  l'animal  de 
demeurer  longtemj^  sous  les  eaux,  sans 
avoir  besoin  de  venir  à  la  surface  (5^1). 

Sternum.  —  A  un  animal  créé  pour  habiter 
la  mer,  sous  la  condition  de  venir  respirer 
lair  atmosphérique,  il  fallait  un  appareil 
qui  lui  permit  de  plonger  sous  les  îlots  et 
de  revenir  à  leur  surface  avec  une  égale 
facilité.  Cet  appareil,  nous  le  trouvons  r&li- 
sé,  avec  un  déploiement  de  puissance  vrai* 
ment  prodigieux,  dans  les  rames  antérieures 
de  richthyosaure,  et  dans  la  manière  non 
moins  extraordinaire  dont  se  combinent  les 
os  de  l'arcade  sternale,  ou  de  cette  partie  du 
thorax  à  laquelle  les  rames  sont  fixées. 

Ces  os,  bar  un  rapprochement  curieux, 
offrent  à  tres-peu  près  les  mêmes  combinai- 
sons que  ceux  gui  constituent  la  même  ar- 
cade, dans  rornithorhynque  de  la  Nouvelle- 
Hollande  (5^2),  animal  qui  passe  sa  vie  à 
chercher  sa  nourriture  au  fond  des  lacs  et 
des  rivières,  et  qui,  comme  richthyosaure, 
est  forcé  de  revenir  à  la  surface  pour  y  res- 
pirer Tair  atmosphérique. 

Ainsi,  voilà  une  race  d*animanx  qui  se 

tion  profonde,  fait  pénétrer  dans  les  poumons  ane 
quantité  d*air  aussi  considérable  que  possible,  on 
cesse  tout  mouvement  respiratoire,  le  temps  que 
Ton  pourra  passer  sans  reprendre  balemesera  dou- 
ble ou  plus  ^ue  double  de  celui  qu'on  eût  pu  passer 
sans  cette  précaution  préparatoire.  Quand  MM.  Bru- 
nel  jeune  et  Gravatt  descendirent,  à  Paide  de  U  clo- 
che a  plongeur,  à  une  profondeur  dVuTiron  trente 
Ijieds  dans  le  trou  par  où  la  Tamise  avait  fait  irrup- 
tion dans  le4unnel  à  Rotberbitie,  M.  Brunel  plongea 
au-dessus  de  la  docbe,  après  avoir  inspiré  profon- 
dément Tair  comprimé  qui  y  était  contenu,  et  il 
éprouva  qu*il  pouvait  demeurer  deux  fois  plus  loua- 
temps  sous  Teau  que  dans  les  circonstances  ordi- 
naires. 

Buckland  tient  aussi  de  M.  Gravatt  qu1l  peut 
plonger  et  demeurer  jusqu^à  trois  minutesaous  Teau, 


desquelles  il  comprime  innïédiatement  Tair  de  ses 
organes  respiratoires  par  une  forte  contraction  des 
muscles  du  thorax  et  se  jette  à  Teau.  Cette  comprcs^ 
sion  des  poumons  a  de  plus  encore  cet  avantage  que 
le  poids  spécifique  du  corps  s>n  aecrott,  et  par  con- 
séquent aussi  la  rapidité  avec  laquelle  il  tombeau  fond. 

H  est  probable  que  tous  ces  avanta^  se  trou- 
vaient réunis  dans  le  mode  de  respiraUon  de  rich- 
thyosaure et  du  plésiosaure. 

(5tô)  Cet  animal  nous  offre  ramalpme  singulier 
d*un  quadrupède  à  fourrure  dont  la  Douche  est  ar- 
mée uun  beCr  comme  celui  d*un  canard,  dont  les 
quatre  pieds  sont  palmés,  dont  la  femelle  allaite  ses 
petits,  bien  qu'elle  paraisse  être  ovoTivipare,  et  dont 
le  mâle  a  les  jambes  années  d*ergoU.  —  Voyes  les 
Mémaireêâe  M.  R.  Owen  sur  YormUhorkffndnu  pmra^ 
doxM,  dans  ks  Tramêmetiams  pkHoêopki^ueê  de 
Londret  1832,  deuxième  partie;  et  1854,  deuxième 
partie.  —  Vov.  aussi  son  Mémoire  sur  le  même  stf- 
[•4,  dans  les  trûtuaeîiotu  de  Im  SoeiM  géûtoàfftÊe  dk 
Londres;  1855,  troisième  partie.  L'auteur  y  lait  Toii 
tant  dans  l^p|Nuretl  de  la  reorodnction  que  dans 


m 


tCH 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ICH 


•n»: 


sont  éteints  à  Tépoque  où  s*est  terminée  la 
série  secondaire  des  formations  géologiques,, 
et  qui  oflFrent  dams  leur  structure  un  ensem- 
•  tile  de  dispositions  fondées  sur  le  même 
principe  que  celles  qui,  de  nos  jours,  ont 
été  employées  pour  produire  les  mômes  ré- 
sultats chez  l'un  des  quadrupèdes  aquatiques 
les  plus  curieusement  organisés  de  la  Nou- 
velle-Hollande (5i3Î. 

Rames,  —  Par  la  forme  de  ses  extrémités, 
richthyosaure  s'éloigne  beaucoup  des  lé- 
zards pour  se  rapprocher  des  baleines.  Dans 
nfi  animal  aussi  ^rand,  qui  se  mouvait  dans 
les  flots  avec  rapidité,  et  devait  venir  respi- 
rer Tair  à  leur  surface,  ij  fallait  que  les 
membres  antérieurs  du  lézard  eussent  subi 
de  grandes  modiflcations  pour  servir  ces 
habitudes  de  cétacés.  Leurs  extrémités  ont 
dû  devenir  des  nageoires  au  lieu  de  pieds; 
et  sous  ce  point  de  vue  elles  offrent,  à  un 
degré  encore  plus  élevé  que  les  nageoires 
de  la  baleine,  la  combinaison  de  la  force 
avec  l'élasticité.  La  série  d'os  polygonaux 
qui  constituaient  les  phalanges  des  doigts 
varie  en  nombre  suivant -les  espèces.  Il  y 
en  a  plus  do  cent  dans  quelques-unes.  Ils 
diffèrent  pour  leur  forme  de  ce  que  sont  les 
phalanges,  soit  chez  les  lézards,  soit  chez 
les  baleines,  et  c'est  à  cet  accroissement  en 
nombre,  en  même  temps  qu'aux  différences 
dans  les  dimensions,  quil  faut  ^tribuer 
l'augmentation  de  puissance  et  d'élasticité 
qui  s'j  fait  remarquer.  Ce  bras  et  cette 
main,  convertis  ainsi  en  un  aviron  élasti- 
que, et  recouverts  de  leur  peau,  devaient 
ressembler  beaucoup,  pour  leur  apparence 
extérieure,  aux  rames  sans  doigts,  distincts 
du  marsouin  et  de  la  baleine.  Leur  position 
à  la  partie  antérieure  du  corps  estaussi  à  peu 
près  Ja  même.  Dans  ces  animaux.»  on  voyait 
en  outre  des  extrémités  ou  nageoires  pos- 
térieures qui  manquent  dans  les  cétacés^ 
et  qui  remplaçaient  probablement  la  queue 
aplatie  et  liorizontaie  de  ces  derniers;  ces 
rattes  postérieures  étaient  de  moitié  plus 
petites  que  les  antérieures  (5U). 

M.  Conybeare  fait  observer,  avec  la  saga- 
cité qui  lui  est  ordinaire,  que  les  motifs  qui 
ont  déterminé  cette  modilication  dans  les 
proportions  accoutumées  des  membres  ix>s- 
téHeurs  chez  les  quadrupèdes  en  général, 
sont  les  mêmes  auxquels  oh  doit  attribuer  la 
(liminution  Relative  des  mêmes  parties  chez 
les  phoques,  et  leur  disparition  complète 
phez  les  cétacés,  et  se  trouvent  dans  la  né- 
cessité de  placer  le  centre  ou  point  d'appli- 
cation de  1  action  latérale  des  organes  de  lo- 
comotion au-devant  du  centre  de  gravité. 
C'est  pour  la  même  raison  gue  les  ailes  des 
oiseaux  sont  fixées  à  la  partie  antérieure  du 
corps  ;  et,  dans  les  vaisseaux  ainsi  que  dans 

d^iiitres  appareils,  une  foule  de  rapports  entre  cet 
juiimat  cl  les  reptiles. 

(5i5)  L'écliidné  ou  fourmilier  épineux,  de  la  Nou- 
.velle*Hollanile«  est  le  seul  mammifère  terrestre 
connu  chez  lequel  on  irouve  une  fourchette  et  des 
clavicules  seroblaliiés.Omroe  cet  animal  se  nourrit  de 
fourmis,  et  se  relire  dans  des  terriers  profonds,  cette 
structure  j^eut  être  Tune  des  causes  prmcipalcs  de  la 


les  bateaux  à  vapeur,  le  centre  d'action  des 

Suissances  motrices^  soil  qu'elles  résident 
ans  les  voiles  ou  dans  les  roues  à  palettes, 
occupent,  par  rapport  au  centre  de  gravité, 
la  même  position.  Dans  les  poissons,  il  est 
vrai,  l'organe  principal  de  locomotion ,  la 
queue»,  occupe  l'extrémité  postérieure  du 
corps  ;  mais  cet  organe ,..  par  son  mode  spé- 
cial d'action,  produit  une  force  impulsive, 
un  vis  a  tergo,  et  agit  par-  conséquent  dans 
des  conditions  tout  autres  que  des  organes 
fixés  latéralement  (545).. 

Pour  terminer  cet  article,  dans  lequel  nou$ 
venons  de  passer  en  revue  avec  détails  Tun 
des  genres  les  plus  intéressants  et  les  plus 
anciens  parmi  tous  ceux  que  la  science  géo* 
lo^que  a  restitué»  à  la  lumière,  je  crois  de* 
voirprésenter  Quelques  considérations  sur  les 
causes  finales  ae  ces  déviations  iemarq(uables 
du  type  primitif,  celui  du  lézard  ;  dévtatioDS 
par  suite  desquelles  richthyosaure*  réunit 
une  combinaison  des  caractères  qni  s'ajou- 
tent au  tyi)e  commun  dans  les  poissons^  les 
baleines  et  les  ornithorynques. 

De  mèoae  qu'un  lézard,  créé  pour  vivre 
au  sein  des  eaux  à  la  manière  des  poissons^ 
n'a  dû  recevoir  des  vertèbres  d'une  forma 
analogue  à  celle  des  poissons  que  dans  lo 
but  d  une  locomotion  plus  rapide,  de  mémo 
aussi  le  choix  pour  les  extrémités  postérieur 
res  d*une  forme  qui  les  rapproche  des  avi- 
rons  de  la  baleine  a  dû  avoir  pour  but  do 
convertir  ces  extrémités  en  de  vigoureuses 
nageoires  ;  et  le  don  d'une  fourchette  et  do 
clavicules  analogues  à  celles  de  l'ornithoryn- 
que est  un  troisième  et  non  moins  frappant 
exemple  des  admirables  prévisions  k  Vaido 
desquelles  il  est  donné  à  des  animanx  d'une 
certaine  classe  de  pouvoir  vivre  dans  Télé 
ment  assigné  à  l'existence  d*une  classe  diffé- 
rente. Si  donc  les  lois  de  la  corrélation  des 
parties  sont  moins  rigoureusement  mainte- 
nues dans  richthyosaure  que  dans  les  autres 
créatures  éteintes  que  nous  retrouvons  narmi 
les  débris  des  formations  primitives,  il  n'en 
est  pas  moins  vrai  que  ces  déviations,  loin 
d*être  l'œuvre  du  hasard,  ou  d'accuser  d'im- 
perfection le  travail  de  Tintelligence  créa- 
trice» sont  des  exemples  de  plus  de  l'arraa- 
gement  parfait  et  du  choix  plein  de  sagesse 
qui  conduit  et  régularise  jusqu'aux  aberra- 
tions en  apparence  les  plus  contraires  ï 
toute  règle»  *  , 

Pourvu  de  la  colonne  veclébrale  don 
poisson  comme  organe  d'une  progression 
rapide;  des  nageoires  de  la  baleine  et  du 
sternum  de  l'omithorhvnque  comme  instru- 
ments d'élévation  ou  d  abaissement  au  seip 
des  eaux,  le  ceplile  qui  nous  occupe  offrait 
une  combinaison  d'arrangements  mécani- 
ques que  nous  ne  trouvons  plus  que  rép&r- 

fmissance  considérable  aveola<^uelle  il  fouille  la  icrr^ 
ly  a  aussi  chez  leta^ouun  rodimeiît  cartilagineux  de 
fourchette  qui  parait  desliné  k  remplir  le  même  M» 
(5^4)  Chez  rornithorhynque  aussi,.  Pexpana» 
membraneuse  ou  palmure  des  pieds  postérieurs  est 
beaucoup  moins  étendue  que  celle  des  pieds  aa- 

fA|*|p|||>a 

(5i5)  Ynirtsar.  of  ihe  GeoL  Soc,  I.  V,p.  5T9. 


75? 


IGU 


ET  DB  PALEONTOLOGIE 


IGU 


T38 


lis  sar  trois  classes  disllnctes  do  règne  ani* 
nud.  Si,  destiné  à  produire  des  mouvements 
verticaux  au  sein  des  eaux,  le  sternum  des 
omithorhjn^uest  nos  contemporains,  aflècle 
des  eombinaisons  de  formes  qui  ne  se  ren- 
contrent que  dans  un  seul  autre  genre  de 
mammilières,  ce  sont,  d*un  autre  côté,  les 
mêmes  combinaisons  que  nous  trouvons 
dans  le  sternum  de  l'ichtii  vosaure  du  monde 
primitif;  de  telle  sorte  qu  à  des  temps  sépa- 
rés les  uns  des  autres  par  des  intervalles 
d'une  durée  an  deU  de  toute  appréciation, 
nous  voyons  un  même  résultat  obtenu  par 
des  instruments  tellement  identiques,  qu'il 
ne  nous  est  plus  possible  de  douter  qu'un 
même  plan,  qu'une  intelligence  unique  aient 
préside  originairement  à  leur  arrangement 
C'était  une  fonction  nécessaire  et  spéciale 
dans  l'économie  du  lézard-poi&son  des  an- 
ciennes mers  que  de  monter  a  la  surface  des 
eaux  pour  j  respirer  l'air  atmosphérique,  et 
de  descendre  au  fond  pour  y  chercher  sa 
nourriture:  or,  les  mêmes  mouvements  sont 
encore,  de  nos  jours,  paiement  spéciaux  et 
nécessaires  à  l'omitborhynqiie  à  bec  de  ca- 
nard dans  les  lacs  et  les  rivières  de  la  Nou- 
Telle-HoUande 

L'aimission  dans  ces  animaux  de  pareilles 
déviations  du  ty|)e  respectivement  propre 
aux  groupes  dont  ils  font  partie ,  dans  le  but 
de  les  harmoniser  avec  des  déviations  iden- 
tiques des  habitudes  générales  de  ces  mêmes 
groupes,  offre  une  combinaison  de  compensa- 
tions et  d'arrangements  tellement  semblables 
dans  leursrapports,  tellement  identiouesdans 
leur  objet,  tellement  jparlaits  dans  la  subor- 
dination de  leurs  diverses  parties  et  dans 
leur  accord  avec  Tbarmonie  et  la  perfection 
de  l'ensemble,  qu'il  nous  est  impossible  de 
nj  pas  reconnaître  l'action  d'un  seul  et 
même  principe  éternel  de  sagesse  et  d'intel- 
ligence qui  a  présidé,  du  commencement 
jusqu'à  la  fin,  a  l'cBuvre  tout  entière  de  la 
création. 

IGUANODON.  —  Tons  les  reptiles  fossiles 

(516)  L]hvlaBOsaiire  oo  iéiard  de  bois  fui  décoa- 
Tcrt  en  1103  dam  b  forêt  de  Tilsale,  comié  de 
Sosiex.  Ce  léiani  «traordinaîre  parait  avoir  eu 
cnvinMi  35  pieds  de  long.  Ce  qui  le  caraclérise 

rtool,  ee  foui  les  restes  d*os  allongés,  plais  et 

nu»,  %m  furmaîenl  sans  doule  une  éiionne 
raofe  cutanée,  semblable  aux  cpiiies  cornées  qui 
samoatent  le  dos  des  modernes  i^anes.  Ces  os  ont 
de  5  i  17  pouces  de  long,  et  <fe  3  à  7  pouces  et 
demi  de  lar]ge  à  leur  base.  Oii  trouve  avec  ces  os  des 
délNÎs  de  grandes  pbqoes  tégumcnlaires  osseuses, 
oo  écailles  épaisses,  qui  probawemenl  étaient  logées 
dans  bi  peau. 

(547)  On  n*a  rencontré  jusqulci  riguanodon,  k 
urne  sade  exception  prés,  qne  dans  la  formation 
wealdienne  d'eao  dooce  du  sud  de  rAngleterre,  for- 
mation Intermédiaire  entre  les  dépôts  marins 
noliiîqnes  de  bi  pierre  de  Fortbnd,  et  les  dé- 
néls  de  saUe  vert  (grmaland)  de  la  série  crétacée. 
Ln  décmnrerteqoe  IVm  a  faite  en  4854  (Pm.  flMa,, 
jwUeC  4854,  p.  77)  d'une  partie  considérable  do 
sqndeite  de  Pua  de  ces  animaux  dans  les  carrières 
de  Keatisl»>ilay,  près  de  Maidstone,  est  une  preuve 
^ae  rexisteBee  dreetle  espèce  n*a  pas  eu  pour  limite 
répoym  ai  s'est  termiaée  la  foramiioB  wealdienne. 
L*iadivida  auquel  appartint  ce  squeletle  fut  pndMh 


ira 


ne  furent  pas  carnivores  ;  il  existe  aussi  dans 
la  même  grande  famille  des  espèces  remplis- 
sant les  fonctions  d'herbivores  et  en  oflfrant 
tous  les  caractères.  De  ce  nombre  est  le  genre 
suivant,  dont  nous  devons  la  connaissance 
aux  savantes  recherches  de  M.  Mantell.  Non- 
seulement  cet  historien  infatigable  de  la  for- 
mation wealdienne  d'eau  douce,  a  rencontré 
dans  ces  dépôts  de  la  période  comprise  entre 
la  série  oohtique  et  la  série  crétacée  des  dé- 
bris de  plésiosaures,  de  mé^osaures,  d'hr  • 
IcBOsaures  (546)  et  de  plusieurs  espteesde 
crocodiles  et  de  tortues;  mais  il  a  décou- 
vert en  outre,  dans  la  forêt  de  Tilga'e ,  les 
débris  de  l'iguanodon*  (547),  reptile  encore 
plus  gigantesque  que  le  mégalosâure,  et  qne 
son  système  dentaire  démontre  avoir  été 
herbivore.  Les  dents  de  Tieuanodon  ressem- 
blent si  parfaitement  par  leur  structure  aux 
dents  de  l'iguane  moderne ,  qu'elles  ne  lais- 
sent aucun  doute  sur  les  rapports  intimes  qui 
existent  entre  ce  dernier  reptile,  notre  con- 
temporain, et  le  premier,  le  plus  gigantesque 
de  ceux  qui  ont  disparu  de  la  surface  du 

§1obe.  Si  nous  observons  que  les  plus  gran- 
es  espèces  d'iguanes  vivants  ont  rarement 
plus  de  cinq  pieds  de  lon^,  tandis  que  leur 
congénère  fossile  dut  avoir  une  taille  douze 
fois  plus  considérable ,  nous  ne  pourrons 
nous  défendre  d'uc  mouvement  d'étonne- 
ment  en  rencontrant  dans  des  organes  aussi 
caractéristiouesque  Test  le  système  dentaire, 
une  ressemblance  qui  vajpresque  iusqu'à  l'i- 
dentité entre  les  reptiles  les  plus  énormes  de 
la  création  ancienne  et  un  genre  qui  ne  ren- 
ferme maintenant  oue  des  espèces  propor- 
tionnellement si  faioles.  Suivant  Cuvier,  l'i- 
guane commun  habite  toutes  les  contrées 
chaudes  de  rAmérique  ;  il  passe  la  plus 
fçrande  partie  de  sa  vie  sur  les  branches,  où 
il  se  nourrit  de  fruits,  de  semences  et  de 
feuilles.  La  femelle  va  quelquefois  à  l'eau, 

riur  déposer  dans  le  sable  ses  orafs,  qui  sont 
peu  près  de  la  grosseur  de  ceux  d'un  pi- 
geon (548). 

Mement  entraîné  par  les  eaux  delà  mer,  de  la  même 
manière  que  cens  dont  on  retrouve  ks  osaementa 
dans  les  dépôts  d*eau  douce  sous-jaceati  à  celte  for- 
mation manne,  ont  dû  être  entraînés  dans  qadqae 
embouefanre  de  fleuve.  Ce  squeletle  unique  se  voit 
maintenant  dans  le  musée  de  M.  Mantell ,  et  il  est 
Tenu  conlinner  presque  toutes  let  conjectures  que  ce 
savant  avait  établies  sur  des  os  isolés  rapportes  par 
lui  au  genre  isuanodon. 

(548)  Dans  un  appendice  i  an  mémoire  inséré  dans 
les  Transactions  géologiques  de  Londres  (nouvelle 
série,  L  Hl,  iii«  nartie)  au  sujet  d*os  fossiles  de 
riguanodon  trouves  dans  llle  de  Wightet  dans  Tile 
de  Purtiecfa,  Buekland  a  dté  les  faits  suivants  qui 
démontrent  les  habitudes  berbivores  des  iguaries 
actuds. 

Dans  le  printemps  de  1899,  M.  W.  J.  Broderip 
vît  un  Iguane  vivant,  d^enviroa  %  pieds  de  km^, 
dans  une  serre  des  pépinières  de  M.  Miller  près 
de  Bristol.  Cet  animal  refusa  tous  les  inseeies  qu'on 
lui  oflirit  ainsi  que.iaaleeȏee  de  noarritare  ani- 
male; mais,  s'étant  approchéde  qaeiques  pieds  de 
ImricoU  que  Ton  avait  pbcés  dans  cette  serre  pour 
V  Uter  leurdéveloppemeat,!!  se  mit  à  eamnagerles 
leuilles,  et  depuis  ce  moment  on  Ta  aaarri  avec  cette 
plante.  En  1828,  le  capitaine  Belcher  rencontra  daaa 


7S0 


IGU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIB 


KO 


)K 


De  ce  fait  que  les  iguanes  modernes  ne  se 
rencontrent  que  dans  les  régions  les  plus 
chaudes  de  notre  globe,  nous  sommes  auto- 
risés à  conclure  qu'une  température  égale  à 
celle  de  ces  contrées»  sinon  plus  élevée,  ré- 
gnait sur  les  côtes  maintenant  tempérées  du 
sud  de  r Angleterre,  à  Tépooue  où  elles 
avaient  poiir  habitants  des  lézards  aussi 
énormes  que  Tiguanodon.  Il  est  prouvé  par 
un  fragment  de  fémur  de  la  collection  de 
M.  Hantell  que  Tos  de  la  cuisse  de  ce 
reptile  surpassait  en  grosseur  celui  des  élé- 
phants les  plus  grands.  Ce  fragment  a  22 
pouces  de  circonférence  dans  sa  moindre 
épaisseur  y  et  il  a  dû  avoir  en  longueur 
environ  &  ou  5  pieds.  Et  si  Ton  vient  à 
comparer  les  dimensions  de  cet  os  mons- 
trueux avec  celles  des  dents  fossiles  qui 
l'accompagnent,  on  voit  que  ce  rapport  est  à 
peu  de  chose  près  celui  qui  existe  entre  le 
fémur  de  Tiguane  et  ses  dents  si  caractéris- 
tiques et  si  semblables  à  celles  de  Tiguano- 
don-(5^9). 

Les  grandes  cavités  médullaires  du  fémur 
et  la  forme  des  os  des  pieds  démontrent 
'que  l'iguanodon,  comme  le  mégalosaure,  était 
organisé  pour  une  locomotion  terrestre. 

Une  analogie  de  plus  existe  entre  le  rep- 
tile fossile  et  ses  congénères  actuels  ;  c'est 
l'existence  d'une  corne  osseuse  surmontant 
le  museau.  Deux  faits  d'organisation  aussi 
remarquables  que  cette  corne  nasale  d'une 
part,  et  de  l'autre  le  mode  de  dentition  dont 
aucun  exemple  ne  se  rencontre  ailleurs  que 
chez  les  iguanes,  fournissent,  dans  leur  pré- 
sence simultanée,  une  preuve  nouvelle  de 
Funiversalité  de  ces  lois  de  coexistence  des 
parties  dent  l'empire  n'est  pas  moins  absolu 
sur  les  genres  et  les  espèces  qui  font  partie 
de  l'univers  fossile  que  sur  les  existences 
qui  composent  le  règne  animal  du  monde 
actuel. 

Dents.  —  Comme  les  dents  sont  les  orga- 
nes les  plus  caractéristiques  et  les  plus  im- 
portants de  l'animal  tout  entier,  j'essaierai 
de  faire  voir  qu'elles  ont  été  l'objet  d'un 
arrangement  providentiel,  soit  dans  leur 
structure,  soit  dans  la  matière  dont  elles 
se  renouvellent,  soit  enfin  dans  le  mode 
tout  spécial  suivant  lequel  elles  s'adapteut 
à  un  régime  essentiellement  végétal.  Ces 
dents  ne  sont  point  logées  dans  aes  alvéo- 
les distinctes  comme  celles  des  crocodiles , 
mais  fixées,  comme  cela  a  lieu  chez  les 
lézards,  à  la   face  interne  de  l'os  dental, 

nie  Isabelle  des  troupai  d'Iguanes  qui  paraissaient 
oinoivores.  Os  dévoraient  avec  avidité  les  œufs 
d'oiseaux ,  li^  intestins  des  voUilles  toées  et  les 
Insectes. 

(549)  M.  Vantail  a  comparé  avec  soin  les  os  de 
riguanodoD  S  ceux  de  Figaane  dans  huit  points  dis- 
tincts de  leurs  squelettes  respectifs,  aûn  d'obtenir  de 
cette  comparaison  le  rapport  de  ces  diverses  parties, 
et  il  a  été  conduit  aux  nombres  qui  suivent  pour  les 
dimensions  principales  de  ee  reptile  extraoraiuaire. 

Pieds. 
Du  boot  du  mosesD  à  rextrénilé  de  It  queue,     70 
ÎJÊ  queue  seule,  SS  ifi 

.  Clrconrérenee  du  corps.  Il  t;i 

M.  Mantell  a  calculé  que  le  fémur  de  Tiguanodou 


auquel  elles  sont  sondées  par  l'une  des  b* 
ces  de  la  substance  osseuse  de  leur  racine. 

Les  dents  des  quadrupèdes  herbivores,  si 
Ton  en  excepte  les  défenses,  forment  deux 
groupes  à  fonctions  bien  distinctes,  les  in- 
cisives et  les  molaires  ;  les  premières  des- 
tinées à  saisir  et  à  arracher  au  soi  ou  aux 
{liantes  les  substances  végétales  alimentaires, 
es  autres  à  les  broyer  et  à  les  préparer 
pour  qu'elles  descendent  dans  Testomac.  Les 
lianes,  bien  qu'ils  soient  en  grande  pai^ 
tie  herbivores,  offrent  une  exception  frap- 
pante à  cette  règle  générale.  Comme  leurs 
dents  sont  peu  propres  au  broiement  des  ali- 
ments, elles  les  laissent  passer  dans  i'es- 
toihac  presjque  sans  leur  avoir  fait  subir 
aucune  division. 

Le  reptile  géant  qui  nous  occupe  possède 
des  dents  tout  à  fait  pareilles  a  celles  de 
l'iguane,  et  d'un  aspect  tellement  herbivore 
que  Cuvier,  au  premier  coup  d'oeil,  pensa 
que  ce  devaient  être  celles  de  quelque  rhi- 
nocéros. 

L'étude  de  c«s  dents  nous  fera  connat- 
tre  de  remarquables  dispositions  qui  les 
rendent  propres  à  la  fonction  de  brouter 
des  substances  végétales,  telles  que  le  cla- 
thraria  et  d'autres  plantes  analogues,  que 
l'on  rencontre  ensevelies  avec  les  restes  de 
Tiguanodon.  On  connaît  la  disposition  et 
la  force  des  tenailles  en  fer  qui  servent  à 
arracher  les  clous  du  bois  où  ils  sont  en- 
foncés. Il  est  d'autres  pinces  ou  cisailles 
encore  plus  puissantes,  destinées  à  couper 
des  fils  de  métal,  et  qui  les  divisent  avec 
autant  de  facilité  qu'un  fil  est  divisé  par 
une  paire  de.  ciseaux.  Dans  les  dents  do 
l'iguanodon,  la  place  qu'occupent  les  bords 
tranchants,  leur  mode  de  courbure,  les  points 
où  elles  deviennent  plus  larges  ou  plusétr«)i" 
tes,  sont  à  peu  près  les  mêmes  que  dans  ces 
puissantes  tenailles  en  acier;  et  .l'on  peut 
se  convaincre  que  ces  organes,  soit  pour 
aecacher,  soit  pour  trancher,  offrent  les  mê- 
mes «vantages. 

On  T  observe  deux  arrangements  dis- 
tincts ooDl  le  but  est  de  maintenir  toujours 
acérée  leur  arête  tranchante,  depuis  la  sor- 
tie des  gencives  jusqu'au  moment  où  les 
dents  étaient  usées  jusqu'à  n'être  plus 
qu'un  tronçon.  C'est  d'abord  leur  arête  ai- 
guë et  dentée  qui  descend  des  deux  cAtëSt 
depuis  la  pointe  jusqu'à  la  portion  la  plus 
élargie  du  corps  de  la  dent.  Puis,  une  com- 
pensation à  la  destruction  graduelle  de  cette 

était  vingt  fois  aussi  grand  que  celui  de  Figuane  ; 
mais,  comme  la  longueur  des  animaux  ne  [croiLpas 
toujours  en  raison  de  leur  posseur,  on  n*e$t  pas 
autorisé  à  en  conclure  que  Tiguanodon  ait  atteint  la 
taille  de  iOO  pieds,  quoique  selon  toute  probabilité 
il  ait  été  fort  près  de  70. 

'  Avec  on  corps  d'un  volume  aussi  énorme,  cet  ani- 
mal était  impropre  à  poiiter  aux  arbres;  il  B*avsil 
pas  roccasion  de  se  servir  de  sa  queue  pour  grimper 
comme  le  fait  Tiguane;  aussi  lesdimensionsdes  ver- 
tèbres caudales,  dans  le  sens  de  la  longueur,  ^bodI- 
elles  beaucoup  moindres:  d'où  il  résulte  que  la  queuo 
elle-  même  devait  être  proportioanellemeiit  beaiicoap 
-plus  courte. 


741 


IXC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


«F 


7lt 


«réie  dentée,  par  Tapplication  d*one  lame 
mince  d'émail  à  la  lace  antérienre  de  la 
dent,  laquelle  conserrait  ainsi  son  fil  acéré, 
tandis  que  le  reste  de  sa  substance  se  détrui- 
sait par  suite  de  ses  fonctions  (550). 

A  mesure  que  la  couronne  s'usait  ainsi 
de  haut  en  bas,  une  al^sorption  simultanée 
s*eierçait  à  la  racine,  causée  par  la  pression 
d*une  dent  nourelle  qui  naissait  pour  rem* 
placer  l'ancienne,  jusqu'à  ce  que  celte  des- 
truction ,  agissant  d'une  manière  incessante 
aux  deux  extrémités,  eût  réduit  la  portion 
moyenne  de  Tancienne  à  la  condition  d'un 
tronçon  creux  qui  tomlMdt  de  la  mâchoire 

K urètre  bientôt  remplacé.  A  ce  dernier  état. 
Forme  de  l'organe  avait  entièrementchangé; 
sa  couronne  avait  pris  la  forme  aplatie  de  la 
couronne  des  incisives  humaines;  elle  ne 
IK>uvait  plus  s'acquitter  que  d'une  mastica- 
tion imparfaite,  et  elle  étaitdevenue  presque 
inutile  comme  instrument  tranchant. 

H  n'existe  pas,  je  crois,  un  autre  exem- 
p\e  de  dénis  aussi  merveilleusement  cons- 
tituées comme  instruments  mécaniques  des- 
tinés à  couper  et  à  déchirer  la  substance 
Tégétale  des  plantes  coriaces  et  résistantes  ; 
et  nous  trouvons  dans  ce  mécanisme  animal 
des  plus  curieux,  une  harmonie  parbdte  de 
toutes  les  diverses  parties  qui  constituent 
la  dent  et  de  toutes  les  proportions  de  cet 
organe  avec  les  fonctions  spéciales  qu'il  est 
appelé  à  remplir,  en  môme  temps  que  des 
modifications  que  l'orjgane  subit,  en  rai^rt 
avec  les  conditions  diverses  où  il  se  trouve 
placé  aux  diverses  périodes  de  sa  destruction 
successive.  Et  à  moins  que  de  nous  refuser 
à  appliquer  aux  ouvrages  de  la  nature  les 
mesures  qui  nous  servent  dans  l'apprécia- 
tiôn  des  ouvrages  de  l'art  humain,  com- 
ment pourrions-aous  voir  ces  instruments, 
où  la  beauté  des  dispositions  mécaniques 
s'allie  à  une  si  grande  simplicité  de  moyens, 
et  où  tout  est  préparé  à  Tavance  pour  tou- 
tes les  phases  successives  de  leur  emploi , 
sans  nous  sentir  pénétrés  de  cette  conviction 
firofonde  que  tous  ces  arrangements  pren- 
nent leur  origine  dans  les  desseins  d'une 
haute  intelligence. 

INCANDESCENCE  oaiGiHELLB  de  la  teebb. 
Fpy.  Pbbtukbatioiis  géologiqcbs- 


(550}  De  t'mème  qae  dans  les  rongeurs,  la 
iadâfaiie  do  trancunl  des  deots  éuii  une  consé- 
de  Teiislenoe  d*ane  lame  d*éniaU  qui  rerêi 
ijenent  leur  bce  antérieure.  La  substance  plus 
de  llnlérieur,  Tivoire,  devant  8*user  plus  rapi- 
Il  qtie  rémail,  et  d^aulanl  plus  rapidement 
qv^elle  tnit  plus  éloignée  de  cette  dernière  lame,  la 
se  trouvait  ainsi  toujours  lailtce  oUiqne- 
et  conserrait  à  sa  partie  intérieure  une  aréle 
comme  œb  a  lieu  dans  des  tenailles. 
Les  dents  jeunes,  au  moment  de  leur  sortie  of- 
Iraieat  la  forme  d*une  lancette,  avec  un  trandiant 
étalé  de  chaipie  côté  s*éteiidant  depuis  la  pointe  îos- 

£*!  la  portion  la  plus  éhrgie,  ainsi  que  cela  a  lieu 
■s  les  Iguanes  conlempprains.  La  dentelure  cessait 
ft  oè  la  dent  avait  le  pm  grand  diamètre,  c*est-a- 
dire  aa  point  précis  jpnssé  lequel,  si  elle  se  Ht  co»- 
liaaée,  ette  n*eàt  été  d*ancnn  eiét  dans  la  fonction 
et  coappr;  Â  nKsure  que  ces  arêtes  en  sde  s*usaient 

fttlOMplc^en^ent ,  elles  âaient  remplacées  dans 
action  tranchante  par  b  lame  antérieure  d*é- 


INCRUSTATION.   Yoy.  FossiusatiOw. 

INFINIMENT  PETITS.  Foy.  Ihfcsoibes. 

INFCSOIRES.  —  D'après  Ebrenberg,  les 
infusoires,  que  jusqu'à  lui  oa  avait  regar- 
dés comine  à  peine  organisés,  possèdent  une 
structure  interne  qui  rapfielle  celle  des  ani- 
maux les  plus  éïewés.  H  leur  a  trouvé  des  mus- 
cles, des  intestins,  des  deuts,  des  glandes  de 
diverses  sortes,desyeux,des nerfs,  des  appa- 
reils de  reproduction  mâle  et  femelle.  Il  a  vu 
Su'il  y  en  a  dont  les  petits  naissent  vivants, 
'autres  qui  se  reproduisent  par  des  œufs, 
et  quelques-uns  par  une  division  spontanée 
de  leur  corps  en  deux  ou  plusieurs  animaux 
distincts.  Ils  ont  une  puissance  de  repro- 
duction telle  qu'un  seul  individu  {hydaiinn 
ienta)  en  a  produit  un  million  en  dix  jours, 
quatre  millions  en  onze  jours,  et  seize  mil- 
lions en  douze  jours.  Le  résultat  le  plus 
étonnant  de  ses  observations,  c'est  que  les 
plus  petites  taches  colorées  du  corps  du  mc- 
na$  iermo  (lequel  n  a  en  diamètre  que  jiji' 
de  li^e)  n  ont  qu'un  4^000  de  ligne,  et  que 
l'épaisseur  de  la  membrane  stomacale  doit 
être  comprise  entre  TTritt/  ^^  »»fitf  *  de  li- 

Sne.  Or,  cette  peau  elle-même  doit  contenir 
es  vaisseaux  d'un  diamètre  encore  moindre, 
et  dont  il  devient  impossible  de  calculer  les 
dimensions  {Mhitmdtungem  der  Acadtmû  der 
Wissenschaftem  xu  Berlin^  1831).  Ebrenberg 
a  décrit  et  nguré  plus  de  SOO  espèces  de  ces 
animalcules  :  la  plupart  ne  se  rencontrent 
que  dans  certaines  infusions  végétales  dé- 
terminées; quelques-unes  seulement  se 
montrent  dans  presque  toutes  les  infusions. 
Un  grand  nombre  de  végétaux  en  produi- 
sent à  la  fois  plusieurs  espèces,  dont  quel- 
3ues-unes  se  propagent  avec  plus  de  rapi- 
ité  que  les  autres  dans  certaines  de  ces  in- 
fusions. Tout  le  monde  sait  avec  quelle 
promptitude  apparaissent  et  se  propagent  les 
animalcules  dans  Tinfusion  de  poivre,  et  ce 
cas  suffit  à  donner  une  idée  de  tous  les 
autres. 

Ces  observations  des  plus  curieuses  jet- 
tent d'importantes  lumières  sur  la  question 
des  générations  équivoques ,  question  si 
obscure  et  depuis  si  longtemps  en  litige.  Ce 
&it  bien  connu  que  des  aniinalcules  de  ca- 
ractères déterminés  apparaissent  dans  les 

mail,  et  la  disposition  qu^atR^ctalt  cette  lame  lui  don- 
nait encore  une  force  nouvelle,  et  rendait  son  action 
plus  complète.  La  face  antérieure  des  dents  est,  en 
eflel,  parcourue,  dans  le  sens  de  sa  longueur,  par 
des  rcnlis  etdes  siOons  alternatifs;  ces  replis,  qui 
formaient  Uk  comme  des  arcs-boulants,  avaient  pour 
bot  d'empèeber  rémail  de  s*écalller  ;  et  le  boni  tran- 
chant légèrement  ondulé,  qui  résultait  de  Taher- 
'  nanœ  de  ces  replis  et  de  ces  sillons,  constituait  une 
suite  de  petites  gouges,  ou  de  petits  ciseaux  canne- 
lés. Il  résultait  &  là  ^ne  les  denu,  sous  Faction  des 
mâchoires,  constituaient  un  îustroment  d*un  eflfet 
bien  plus  complet  pour  trancher  les  Végétaux  que  si 
kur  email  eâl  formé  une  seule  ligne  droite  conti- 
nue. Par  suite  de  ces  divers  arrangemenU,  les  dents 
demeuraient  également  propres  à  remplir  leurs  fone- 
•ions,  dans  toutes  les  phases  qu^elles  subissaient, 
depuis  le  moment  où  elles  naissaient  sous  la  forme 
d*ttne  bmcetae  aiguë,  jusqu'à  celui  oà  leur  usfre  était 
complète. 


74S 


INF 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


INF 


74* 


infusions  animales  et  végétales  préparées 
arec  de  Teau  distillée,  en  reçoit  une  explica- 
tion probable  ;  et  les  infusoires  ne  parais- 
sent pas  différer  beaucoup  des  autres  ani- 
mauXt  quant  aux  princines  qui  président  à 
leur  propagation.  Ce  cpi  ils  offrent,  sous  ce 
point  de  vue,  de  plus  remarquable,  c*est 
qu*ils  présentent^  reunis  dans  une  seule  fa- 
mille, les  trois  modes  de  reproduction  vivi- 
pare, ovipare  ou  scissipare. 

€e  qu*il  est  difficile  d*expliauer«  c*est 
comment  les  œufs  ou  le  corps  aindividus, 
déjà  précédemment  existants,  peuvent  trou* 
ver  accès  dans  chaque  infusion  ;  mais  cette 
^  explication  est  déjà  facilitée  par  les  faits 
analogues  que  présentent  plusieurs  cham- 
pignons que  Ton  voit  naître,  sans  aucune 
cause  apparente,  partout  où  une  matière 
.  animale  ou  végétale  se  trouve  exposée  à  la 
décomposition  sous  certaines  conditions  de 
température  d*humidité.  Pries  explique  la 
production  subite  de  ces  véeétaux  par  Thy- 
pothèse  que  des  sporules  légers  et  presque 
invisibles^  dont  lia  compté  plus  de  10,000,000 
dans  un^ul  individu,  «ont  continuellement 
en  suspension  dans  l'air,  et  vont  se  déposer 
sur  tous  les  points.  La  plus  grande  partie  de 
ces  corpuscules  demeure  stérile ,  parce 
qu'elle  ne  rencontre  pas  de  conditions  con- 
venables; ceux  au  contraire  qui  trouventces 
conditions,  ae  développent  avec  rapidité,  et 
donnent  eux-m6a>es  naissance  à  d'autres 
sporules  destinés  à  remolir  les  mêmes 
fonctions. 

On  peut  expliquer  de  même  la  reproduc- 
tion des  infusoires.  L'excessive  petitesse  des 
œulls  et  du  corps  de  ces  animalcules  leur 
permet  sans  doute  de  flotter  dans  l'air  de  la 
même  manière  que  les  sporules  invisibles 
des  champignons,  après  que  diverses  causes, 
et  peut-être  Tévaporation  elle-même,  leur 
ont  fait  quitter  la  surface  des  liquides  où  ils 
se  sont  formés.  Chaque  goutte  d'eau  qui 
s'évapore  d'un  étang  ou  d'un  fossé,  pendant 
l'été,  entraîne  peut-être  avec  elle  des  mil- 
lions de  ces  ceuis  pu  de  ces  corps  desséchés, 
pour  les  dissiper  dans  l'atmospnère,  comme 
les  atomes  oui  constituent  la  fumée^  Puis 
ces  corpuscules  reprendront  vie  dès  gu'ils 
seront  tombés  dans  quelque  milieu  qui  leur 
transmette  l'excitation  nécessaire.  M.  Ebren- 
berg  en  a  trouvé  dans  le  brouillard,  dans 
l'eau  de  pluie  et  dans  la  neige. 

Si  le  grand  océan  aérien  qui  entoure  le 

S  lobe  est  ainsi  chargé  de  pr4ncipes  de  vie 
ottant  continuellement  en  compagnies  des 
atomes  que  nous  voyons  scintiller  dans  un 
'  rayon  de  lumière,  et  prêts  à  se  ranimer 
aussitôt  qu'ils  auront  rencontré  un  milieu 
favorable  à  leur  dévelofipement,  cette  con- 
dition de  l'atmosphère  constitue  un  ensem- 
ble de  dispositions  calculées  pour  la  dissé- 
mination presque  indéfinie  de  Télément  vi- 
tal dans  les  liquides  de  la  surface  actuelle 
du  globe  ;  ^t  cet  ensemble  de  dispositions  se 
trouve  en  harmonie  avec  la  population  qui 
fourmillait  dans  les  eaux  de  rancien  globe, 
population  qui  nons  est  attestée  nar  les  my- 


riades de  débris  microscopiques.  (Vay.  Ncm- 

MDLITBS.) 

M.  Lonsdale  a  découvert  que  la  craie  de 
Brigbton,  de  Gravesend,  et  des  environs  de 
Cambridge,  est  remplie  de  coquilles  micros- 
copiques. Ou  peut  en  détacher  des  milliers 
d'un  seul  petit  bloc,  en  les  grattant  sous 
l'eau  avec  une  brosse  à  oncles.  Le  même 
observateur  a  reconnu,  parmi  ces  coquilles, 
des  ({uantités  immenses  de  valves  de  cypris 
marins  (cythérines),  et  seize  espèces  de  fo- 
raminifères 

INSECTES.  —  Bien  au'à  l'époque  actuelle 
le  plus  grand  nombre  aes  habitants  de  notre 
globe  appartienne  k  la  classe  des  insectes, 
cette  importante  division  du  rème  animal 
n'a  laisse  dans  les  couches  de  la  terre  que 
peu  de  traces  de  son  existence.  Cette  cir- 
constance est  due,  selon  toute  probabilité,  à 
•ce  que  la  plus  grande  partie  des  débris  ani-^ 
maux  fossilisés  doivent  leur  origine  à  d^ 
•êtres  qui  ont  habité  Teau  salée,  où  Ton  ne 
croit  pas  qu'il  se  rencontre,  dans  la  création 
dont  nous  faisons  partie,  plus  d'une  ou 
deux  espèces  d'insectes. 

Mais,  alors  même  qu^aucuiie  rencontre 
n'aurait  été  faite  de  ces  articulés  à  Tétat  fos-^ 
sile,  la  présence  dans  certaines  couches  de 
scorpions  et  d'araignées,  fS&milles  organisées 
Tune  et  l'autre  pour  se  repaître  d*insectes , 
nous  fournirait  un  puissant  argument  aprîort 
en  faveur  de  l'opinion  qu'à  la  même  époque 
e;Listait  déjà  cette  classe  si  nombreuse  d'a- 
nimaux, aux  dépens  desquels  nous  voyons 
que  les  arachnides  se  nourrissent.  Cette  pro- 
.habilité  a  reçu  une  con^rmation  complète 
de  la  découverte  de  deux  coléoptères  appar- 
tenant à  la  famille  des  curculionides,  dans 
le  minerai  de  fer  de  Coalbrook-Dale ,  et 
d'une  aile  de  corydale. 

Cette  rencontre ,  dans  la  même  fornaation 
carbonifèT*e,  de  débris  fossiles  qui  nous  at- 
testent l'existence,  à  ces  époques  reculées, 
de  la  grande  classe  insectivore  des  arachni- 
des, en  même  temps  que  des  insectes  (}ui  ont 
dû  former  leur  nourriture,  est  un  fait  plein 
tout  à  la  fois  d'intérêt  et  d'importance.  En 
l'absence  de  cette  remarquable  découTerte , 
nous  eussions  pu  conclure  de  l'abondance 
des  plantes  terrestres  l'abondance  probable 
des  insectes ,  et  cette  dernière  probabilité 
entraînait  celle  de  l'existence,  a  la  même 
époque,  d'arachnides  créées  pour  circons- 
crire dans  de  justes  limites  l'accroisse- 
ment excessif  des  premiers.  Mais ,  ce  qui 
n  eût  été  qu'une  probabilité  est  devenu  pour 
nous  une  certitude,  et  nous  pouvons  main- 
tenant remplir  une  importante  lacune  dans 
Thistoire  de  la  vie  animale  depuis  Tépoque 
où  se  déposèrent  les  couches  carbonifères. 

Les  couches  de  la  série  carbonifères  de 
Coalbrook-Dale,  et  d'autres  bassins  houil- 
liers  qui  renferment  des  coquilles  d'unio, 
se  sont  formés  dans  les  eaux  saumâtres  ou 
dans  les  eaux  douces,  ce  qui  rend  iacile 
d'expliquer  pourquoi  l'on  y  rencontre  des 
insectes  et  des  arachnides.  Ces  articulés ,  en 
effet,  ont  pu  y  être  entraînés  des  tcTte»  cii»* 
convoîsines  par  les  mêmes  torrents  Çî<i  y 


715 


JEQ 


ET  DE  PALEOOTOLOGIE. 


JEH 


746 


ont  iFmsporté  les  régétaux  (orresires  aux- 

Suels  nous  derons  les  productioBS  des  lits 
e  la  bouille. 

Dcj)Qis  loogtemps  déjà ,  dans  le  schiste 
Tolîtiqae  de  Stonesfield*  l'un  des  étages  de 
la  séné  secondaire»  on  a  reconnu  des  elytres 
d'insectes.  Ces  débris  appartiennent  tous  à 
des  coléoptères;  et  plusieurs,  d'après  M.  Cur- 
tis,  sont  fort  Toisins  des  bupres»1es ,  genre 
qui  abonde  maintenant  dans  les  latitudes 
chaudes  (551). 

Le  comte  Munster  possède  dans  sa  collec- 
tion Tîngt-cinq  espèces  d'insectes  fossiles 
treurés  dans  la  calcaire  jurassique  de  So- 
leflfhofen,  dont  cinq  appartiennent  a  la  iamille 
actuelle  des  libellules.  On  y  roit  en  outre 
uiie  grande  ranatre  et  quelques  coléoptères. 


On  a  récemment  découvert  de  nombreux 
insectes  fossiles  dans  le  cvpse  tertiaire  de  la 
formation  d'eau  douce  oAix  en  Prorence. 
M.  Marcel  de  Serres  en  mentionne  soixante- 
deux  genres  appartenant  surtout  aux  ordres 
des  diptères,  des  hémiptères  et  des  coléo}>- 
tères,  et  M.  Curtis  «rapporte  tous  les  échan- 
tillons proYcnant  de  cette  localité,  qu'il  a  eu 
occasion  de  voir,  à  des  formes  aue  l'on  re- 
trouTe  en  Europe ,  et  pour  la  plupart  à  ûts 

Smres  qui  existent  encore  maintenant  [552). 
n  rencontre  aussi  des  insectes  dans  la  li- 
gnite d'Orsberg»  sur  le  Rhin. 
INTESTINS.  Voy.  Copboutbes. 
ISOTHERMES  (Zones),  cjcistaient-eiles  à 
répoque  qui  a  précédé  immédiaUment  TAcm- 
me.  —  Yoy.  Scbafentci?!. 


j 


'  JEHAN  (DE  SAINT-CLAVIEN).  —  Nous 
demandons  la  permission  d'exposer  ici  briè- 
▼emeni  au  lecteur  l'interprétation  du  pre- 
mier chapitre  de  la  Geniu^  à  laquelle  nous 
donnons  la  préférence,  comme  la  plus  sim- 
ple et  la  plus  naturelle,  comme  celle  qui  nous 
semble  le  plus  en  harmonie  avec  le  texte  sa- 
cré et  les  déoouTertes  de  la  science  (553). 
Nous  ferons  siliyre  cette  courte  exposition 
de  qoelaues  mots  de  ré|ionse  aux  attaques 
peu  réfléchies  dont  cette  mterprétation  a  été 
robjet  de  la  part  de  l'auteur  oe  la  Cosmogo- 
nie  de  la  rétélaiian.  Nous  opposerons  au  peu 
de  consistance  scientifique  de  M.  Godeiroy 
la  fxàYé  autorité  de  Monseigneur  le  cardinal 
Wiseman  qui  rejette,  comme  n'étant  ceriai-^ 
nemeni  pa$  saiiêfaiionief  l'opinion  des^ours- 


périodesj  et  adopte  la  théorie  que  nous  ayons 
soutenue  arec  MM.  Buckland,  Chalmers,  Des- 
douits,  Genoude,  etc. 

«  Au  milieu  de  eette  fluctuation  de  rêres 
contradictoires  et  d  opinions  incertaines,  les 
livres  sacrés  offrent  à  l'esprit  humain  un 
port  assuré  ;  il  ne  s*agit  que  de  ne  pas  choi- 
sir les  interprétations  qiû  choquent  notre 
raison  ;  car  Dieu  l'a  donnée,  comme  il  nous 
a  donné  les  livres  saints.  S'il  est  un  merveil- 
leux sublime  oui  subjugue  cette  raison,  il 
est  un  merveilleux  absurde  qui  la  révolte.  » 

(M.  DE  MOHTEBON.) 

«  Au  commencement  de  tous  les  temps. 
Dieu,  qui  de  toute  éternité  acait  résolu  de 
faire  de  rien  les  choses  qu'il  a  faUes  (S5fc), 
créa  le  ciel  et  la  terre.  » 


(551)  Diaprés  M.  Ang.  Odier,  les  éljtres  et  les  an- 
tres parties  de  Tenveloppe  cornée  des  insectes  ren- 
UAwûuÊk  me  sobstanee  pariîcolîére ,  la  ekitime  ou 
étfÊtrime^  qui  se  rapproche  iwaveoup  da  principe  vé- 
n&d  cêMui  siMs  le  noni  de  là§mne.  Ces  parties  des 
"%  brilent  sans  se  bonrsoafler  eomne  la 
et  aussi  sans  lépandre  Todeur  de  matière  anî- 
et  en  laissant'  après  elle  an  cbarbon  qui  en 
tAfonnc. 
M«  Odier  a  olisené  q«e  les  poils  dn  scarabée  nasi- 
eonscrvent  lenr  fome  aptes  qn*on  les  a  heùr 
lés,  et  il  en  oondot  qoe  ces  poils  difirent  de  cenx 
des  aiûnan  Tcnébrn.  Cette  drosnstance  explique 
fisnimmi  les  poils  se  sont  conservés  sur  Tcnveloppc 
oomée  do  scorpioa  de  Bohême. 

Diaprés  le  mène  auteur,  les  nervures  des  scara- 
bées sontcomposées  de  chitine,  et  il  en  est  de  même 
des  lames  molles  que  Too  relire  de  renveloppe  cms- 
lacée  d'an  crabe,  après  en  avoir  séparé  la  chaux. 
Covier  lait  observer  que  les  téguments  des  enlo- 
mostracés  sont  pintdt  cornés  qoe  calcaires,  et  que 
sons  ce  point  oe  vue  ces  animaux  se  rapprochent 
beaucoup  de  b  nature  des  insectes  et  des  arachnides. 
(?«pes  le  ^omrmat  Zoologique^  Londres ,  1825; 
t.Hs^  llll.) 
J582)  Fsyes  VEdim^r§k  new.  Pkil.  Jomnel,  oO. 

ÇSSy^  La  Ceuèwéiantb  base  delà  religion,  ceux 
qoi  la  voulaient  détruire  ont  toujours  protesté  coii- 
Ire  ces  archives  du  f^enie  humain,  au  nom  d*une 

DlCTIO!>5.   UE  C0SM0G0?fIE   ET   DE  PALio^tTOLOGIE. 


physique  erronée,  de  la  physique  de  leur  siècle  ;  H 
pour  comble  de  malheur,  les  défeuseurs  de  la  réli- 
gton,  toujours  moins  versés  que  les  philosophes 
dans  rétnde  des  sciences  naturelles,  et  prenant  pour 
article  de  foi  les  opinions  de  leur  éeole,  ont  préten- 
du soutenir  Tune  par  Tautre  la  Genèse  et  la  physi- 
que des  siècles  précédents.  C'est  ainsi  qne  saint  Cnry- 
sostome,  Lactance  et  plusieurs  antres,  appellent 
baiiuires ,  ceux  m,  parlant  sens  preuves^  avamcent 
qne  te  ciel  i'étena  aussi  par  dessous  terre.  Cest  de  ta 
même  source^  dit  encore  Lactance,  que  leur  est  venue 
ridée  des  antipodes,  imaginant  que  celte  partie  de  la 
terre  qui  est  opposée  à  la  nôtre  était  penplée  et  habi- 
tée comme  ceUe-H, 

c  En  des  temps  moins  éloignés  de  nous  les  dé- 
couvertes les  |>lu$  importantes  et  les  plus  certaines 
ont  été  contestées  de  la  même  manière  :  zèle  indis- 
cret, qui,  aux  yeux  de  prétendus  philosophes,  a  fini 
par  rendre  la  religion  paiement  responsable  é^% 
interprétations  maladroiles  de  la  Gemhe  et  de  milh 
erreurs  de  Tesprit  humain,  qne  Ton  donnait  pour 
sacrées  parée  qu'elles  étaient  anciennes. 

f  Les  notions  les  plus  sûres  en  physique,  et  les 
traditions  les  plus  authentiques,  loin  de  contredire 
le  récit  de  Moïse,  se  réunissent  pour  le  contirmcr.  > 
(J.^h.  K  MmiTBBOSi,  Euai  sur  la  lilUralure  aes 
Hébreux^  1. 1*',  p.  6. 

(554)  Le  P.  de  Carrières.  Nous  empruntons  sa 
traduction  avec  son  commentaire. 


2i 


m 


jEn 


dictio?<nâire  de  cosmogonie 


JER 


m 


Ce  verset  est  un  énonci^  sommaire  de  la 
création  des  éléments  matériels  de  Tunivers 
à  une  époque  reculée,  au  delà  de  toute  me- 
sure, et  qui  a  été  suiv.ie  de  périodes  durant 
lesquelles  se  sont  accomplies  toutes  les  ré- 
volutions géologiques  attestées  par  les  dé- 
couvertes de  la  science  (553). 

«(  La  terre  était  informe  et  toute  nue, 
les  ténèbres  couvraient  la  face  de  Tabtme 
dVau  où  la  terre  était  comme  abiorbée;  et 
Tesprit  de  Dieu  était  porté  sur  les  eaux,  tes 
disposant  à  produire  les  créatures  qu'il  en 
voulait  former.  » 

Ce  second  verset  décrit  la  fin  de  cette 
période  indéfinie  qui  a  suivi  la  création  pre- 
mière. La  terre  existe  ;  les  eaux  existent  ; 
elles  sont  distinctement  mentionnées  ;  mais 
notre  planète  est  enveloppée  de  ténèbres  et 
elle  est  dans  cet  état  de  trouble  et  de  con- 
fusion qui  annonce  la  ruine  d'un  monde 
antérieur.  La  science  la  plus  positive  constate* 
aujourd'hui  vingt-sept  révolutions  géolo- 
giques qui  ont  détruit  la  faune  et  la  flore 
d'autant  d'époques  nettement  caractérisées 

£ar  des  faunes  et  des  flores  toutes  spéciales. 
A  catastrophe  décrite  dans  ce  second  verset 
serait  celle  qui  a  terminé  Tétase  subapennin, 
lequel  a  immédiatement  précédé  l  époque 
actuelle,  f  Koy.  Sub4pbni«i!i.) 

«  Or,  Dieu  dit  :  Que  la  lumière  soit,  et  la 
lumière  fut.  »  Les  vapeurs  denses ,  produites 
par  le  trouble  des  éléments,  avaient  enve- 
loppé la  terre  de  ténèbres  temporaires.  Le 
premier  acte  de  la  sagesse  et  de  la  toute- 
puissance  du  Créateur  est  de  ramener  le 
calme  et  la  lumière  à  la  surface  de  la  terre. 
Mais  on  conçoit  sans  peine  aue  ces  épaisses 
vapeurs  commencent  à  se  dissiper,  que  la 
lumière  commence  h  renattre  sans  que  les 
corps  célestes  qui  produisaient  cette  lumière 
ressassent  d'être  obscurcis,  la  purification 
complète  de  l'atmosphère  n'avant  eu  lieu 
'  qu'au  quatrième  jour,  époque  a  laquelle  les 

(555)  €  L*anciennelé  de  notre  globe  peut  être  anté- 
rieure au  récit  de  Moise.  Selou  Topimon  de  M*  de  La 
Prise,  toutes  les  révolutions  géologiques  peuvent 
être  arrivées  entre  b  création  et  le  premier  jour.  En 
vaio  objecterait-on  ou^il  est  au  moins  singulier  de 
Mpposer  un  intervalle  de  plusieurs  milliers  de  siè- 
cles entre  deux  phrases  qui  se  suivenL  Une  foule 
d*exemples  autorisent  cette  interprétation.  Dans  la 
roéme  phrase  d*un  récit,  d'ailleurs  très-circonstancié, 
le  serviteur  d'Abraham,  Eliézer,  conduisant  ses  cba- 
roeaui,  part  des  environs  d'Arbé  dans  U  Palestine, 
et  arrive  au  fond  de  la  Mésopotamie  ;  il  en  est  de 
même  de  son  retour  et  de  voyages  encore  plus  longs 
que  le  sien.  , 

«  Si  Ton  suppose  que  toutes  les  révolutions  du 
globe  aient  preœdé  le  récit  de  Ifoise,  on  ne  doit  plus 
être  arrêté  par  cette  expression,  €  Dieu  créa  (a)  les 
cieux  et  la  terre.  >  Uiie  moitié  des  Juifs  ne  crojait 
pas  que  Dieu  eût  fait  le  monde  avec  rien  et  crée  la 
matière;  mais  il  fiouvait  Tavoir  créée  antérieure- 
ment. Or,  si  elle  préexistait,  eUe  avait  dû  subir  des 
modifications.  Parmi  les  lois  imposées  à  la  nature 

(a)  Selon  Elehkom,  tara  ((Teû  vient  bar.  Ois)  signlHe, 
1*  eogendrer,  9*  créer,  produira,  5*  fooiler  une  oatioo. 
Il  est  employé  daot  le  |isaume  or  pour  créer  de  imr* 
teau,  feeréer;'9ii  cette  accepUoa  IneootesUble  est  très- 
Iniiorunie  ici.  Elle  irouverait  sans  répliqtte  que  l'on 
peut  «iiteodre,  p«r  !«•«  iireniiers  niols  de  HoHe,  noe  nou- 
ve*le  di&postlioa  irélénietiU  précxiitaou  et  créés  ï  aue 


astres  qui  dispensent  la  lumière,  se  trou- 
vèrent dans  de  nouvelles  relations  avec  la 
terre,  nouvellement  modifiée  (S56),  etatec 
Tespèce  humaine  dont  cette  terre  allait  de- 
venir le  séjour. 

«  Dieu  vit  que  la  lumière  était  bonne  U 
conforme  à  ses  desseins;  ainsi  il  Tapproma; 
et  il  sépara  la  lumière  d'avec  les  téaèbrei. 
ordonnant  qu'elles  se  succédassent, 

«  11  donna  h  la  lumière  le  nom  de  jour»  et 
aux  ténèbres  le  nom  de  nuit.  Et  du  soir  et 
du  maUn  se  fit  le  premier  jour.  » 

Le  grand  phénomène  de  la  sueçessioa  dn 
jour  et  de  la  nuit,  est,  comofte  toute  chose, 
rcBuvre  de  Dieu ,  mais  c*est  ceiui  qui  mani- 
feste de  la  manière  la  plus  éclatante  ^ba^ 
monie  de  1* univers,  la  poîasanoe,  FinteHi- 
gence  et  la  sagesse  infinie  du  suprême  lé- 
gislateur des  mondes. 

Toutes  ces  sublimes  dispositions  sont  rs^ 
pelées  à  l'homme  parce  qu'il  en  est  le  but 
final  et  que  leur  notion  constitue  la  première 
base  de  ses  rapports  avec  son  divin  auteur. 

11  en  sera  ainsi  de  toutes  les  œuvres  sui- 
vantes.  Moïse  décrit  sommairement  l'admi- 
rable ordonnance  de  la  création  matérielle; 
mais  qu'une  partie  des  grandes  lois  qui  h 
constituent  ait  déjà  existé  antérieurement 
et  qu'il  ne  s'açisse  ici  que  d'une  restauration 
avec  les  modifications  que  la  sagesse  dn 
Créateur  apporte  à  son  œuvre  en  introdui- 
sant l'homme  au  milieu  de  ce  grand  théâtre 
de  sa  puissance,  c'est  là  un  point  qu'aucun 
root  dans  le  texte  ne  défend  d'admettre  et  que 
tout  dans  la  science  tend  à  démontrer  de  la 
manière  la  plus  positive. 

Conformément  à  la  précision  du  teite  et 
à  toutes  les  exigences  de  la  science  qui  re- 
pousse toute  autre  interprétation,  nous  pre- 
nons le  mot  jour  dans  son  acception  natu  • 
relie,  et  nous  rejetons  l'insoulenable hypp- 
thèse  des  jours'périodes.  —  Voy.  ce  mol  (557). 

Continuons  notre  ihterpréution  du  récU 

^r  le  Créaiear,  une  des  mienx  «mnoes  est  «pie  li 
matière  ne  peut  exister  sans  changer  de  fonaes.  U 
Gemèsê  elle-même  semble  autoriser  ou  plutôt  èam 
cette  acception  dn  mot  créer  :  eUe  dit  plusieurs  m 

Sue  Diieacrém  Tbomme  et  la  femme,  et  ccpo* 
•Bt  elle  dît  positivemeoc  aue  Dieu  it  Vhmm 
avec  la  terre  ronge  (6)  don^il  a  tiré  son  immii« 
que^la  ienuie  ne  M  qu^ine  eélede  rhemme,  fm- 
née  par  les  mahia  de  là  Divinité.  O»  peut  donc  m- 
bien  supposer  qu*il  s'agit  d*uoe  nouvelle  dispostuou 
des  élémenu  d^nn  monde  détroit  par  une  des  révo- 
lutions dont  nous  avons  parié,  t  (MOHTBaoH,  ap*  ^** 
p.  10.) 

(556)  lusqu'à  ce  moment,  jusmi^à  l'avènement  de 
lliomme,  les  lignes  isothermes  n^avalent  pascxisii'i 
et  les  faunes  et  les  flores  éuient  les  mêmes  sa^ 

g  Mes  qu'elles  sont  aujourd'hui  sous  les  tropiqttÇ^ 
n  sait  que  dans  Képoque  actuelle  les  faunes  et  vs 
flores  sont  toutes  locales. 

(557)  Vay.  la  Note  uddmomulU  à  la  fin  du  f »- 
lume. 

époque  bien  ititérienr<^.  ti  signlReation  prMtiva^^ 
•*acconle  avec  l'arabe  ei  veut  dire  :  il  a  ooQ|«é,  coofw  s^*^ 
U  hache.  Cepoudaot,  Micliaelis  le  fait  venir  dedeus  m- 
bes,  run  arabe  et  lautre  ^aqae,  dgniflMt  tous  de«t 
U  a  créé, 
(6)  àdamah^  d'où  vient  Àdan^ 


718 


JEU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


JEU 


750 


génésiaque.  Nous  semmes  à  TceuTre  du  se- 
eood  jour* 

«  Diea  dit  aossi  :  Que  le  Qrmaroent  soit 
fiât  tu  milieu  des  eaui  et  qu*il  sépare  les 
eaoi  de  la  ierre  d*ayec  les  eaux  du  ciel.  » 

Pour  nous  comme  pour  tous  les  commen- 
tateurs jqui  ne  sont  point  de  ceux-là  qui , 

Toojoofs  loin  do  droit  sens  ront  cbercbcr  leurs 

[pensées. 

(BotiXAr.) 

le  frmament  c'est  Tatmosphëre  (538). 

m  Et  IMeu  fit  le  firmament  ;  et  il  sépara  les 
eaux  qui  étaient  sous  le  firmament,  de  celles 
qui  étaient  au-dessus  du  firmament.  £t  cela 
se  fit  ainsi.  • 

Ce  lerset  est  parfaitement  clair;  il  n'en  a 
pas  moins  été  lobjet  des  plus  bizarres  inter- 
prétations. Nous  renroj^ons  au  commentaire 
.  de  Cornélius  à  Lapide  iCurtuê  eompL^  t.  V, 
col.  14a,  lU,  Itô)  et  à  rarticle  Godetbot  de 
ce  M^ict  iawÊGÎTt. 

•  Et  Dieu  donna  au  firmament  le  nom  de 
ciel.  > 

C'est  ains^i  que  nous  disons  encore  tous 
les  jours  que  le  citl  est  chargé  de  nuagtê^  que 
les  oùeoMX  Tùleni  dans  le  ciel ,  etc.  Moïse 
parle  au  moins  quatre  fois  des  oiseaux  du  ciel. 
.{Gtm.  I,  as,  28;  m  19,  âO.)  Ainsi,  dans  ce 
Terset,  évidemment  le  firmeatuni  ou  ciel  c'est 
Tatmosiriière. 

«  Et  du  soir  et  du  matin  se  fit  le  second 
jour. 

«  Dieu  dit  encote  .  Que  les  eaux  qui  sont 
^êsiéeê  son»  le  ciel,  ei  qui  cauvretU  la  face  de 
1rs  terre^  se  rassemblent  en  un  seul  lieu ,  et 
que  niémeul  aride  paraisse.  Et  cela  se  fit 
aîDsi.  9 

A  l'exception  de  M.  tiodefroyf  Foy.  ce 
mot),  nous  ne  connaissons  aucun  interprète 
qui  n'ait  donné  à  ce  verset  le  sens  qu'il  pré- 
sente naturellement. 

m  Dieu  donna  à  FéUmeui  aride  le  nom  de 
terre;  et  il  appela  mers  tou^^s  ces  eaux  ras- 
scoiMées.  El  il  vit  que  cela  était  bon  ei  eon- 
fanne  à  ses  desseitis.  » 

Ce  verset  s'eiplique  lui-même. 

m  Dieu  dit  encore  :  Que  la  terre  produise 
de  llieriie  verte  qui  porte  de  la  graine,  et 
des  arbres  fruitiers  qui  portent  du  fruit, 
chacun  eelon  son  espèce,  et  qui  renferment 
leur  semence  en  eux-mêmes  pour  se  repro- 
duire  sur  la  terre.  Et  cela  se  fit  ainsi. 

«La  terre  produisitdonc  de  l'herbe  verte  qui 
portait  de  la  graine  selon  son  espèce,  et  des 
arlires  fruitiers  qui  renfermaient  leur  se- 
mence en  eux-mêmes,  chacun  selon  son  es- 
pèce. Et  Dieu  vit  que  cela  était  bon  ei  con- 
forme à  ses  desseins, 

n  Et  du  soir  et  du  matin  se  fit  le  troisième 
jour.  9 

La  création  des  végétaux  le  troisième  jour 
et  avant  la  création  du  soleil ,  a  beaucoup 
embarrassé  les  cosmogonistes  à  hypothèses 
qui  ont  voulu  voir  des  iours-périodes  dans 
les  jours  de  la  Genèse.  M.  Marcel  de  Serres 
imagine  de  les  Caire  traverser  toute  cette 


troisième  époque  h  letat  de  germes,  et  de 
ne  les  faire  croître  et  se  dévolopper  qu'à  la 
quatrième  époque ,  après  la  création  du 
soleil.  M  Godefroy.a  recours  à  un  moyen 
non  moins  extraordinaire  et  très-compliqué 

2ue  nous  avons  fait  connaître  à  l'article 
ODSraOT. 

«  £t  Dieu  dit  aussi  :  Que  des  corps  de  lu- 
mière soient  faits  dans  le  firmament  du  ciel, 
afin  que,  par  rinéaaliié  de  leur  éclair  ils  sé- 
parent le  jonr  et  la  nuit ,  et  que,  par  leurs 
mouvemenis  réglés^  ils  servent  de  signes  pour 
marquer  les  temps  et  les  saisons,  les  jours 
et  les  années. 

«  Qu'ils  luisent  dans  le  firmament  du  ciel 
et  qu'ils  éclairent  la  terre.  £t  cela  fut  fait 
ainsi. 

c  Dieu  fit  donc  deux  grands  corps  lumi- 
neux; l'un  plus  grand  pour  présider  au  jour, 
et  l'autre  moiiidre  pour  présider  à  la  nuit. 
Il  fit  aussi  les  étoiles. 

«  Et  il  les  mit  dans  le  firmament  du  ciel, 
01»  tï  les  créa,  pour  luire  sur  la  terre. 

«  Or,  Dieu  fii  ces  corps  de  lumière  pour 
présider  au  jour  et  à  la  nuit,  et  pour  sépa- 
rer la  lumière  d'avec  les  ténèbres.  Et  Dieu 
vit  que  cela  était  iK>n  ei  conforme  à  ses  des^ 
seins. 

€  Et  du  soir  et  du  matin  se  fit  le  quatrième 
jour.  » 

L*œuvre  du  quatrième  jour  consiste  dans 
une  adaptation  nouvelle  6es  corps  célestes  à 
des  fonctions  d'une  grande  importance  pour 
notre  planète  et  spécialement  pour  l'esi^èce 
humaine  qui  allait  y  pren.1  m  place.  Mais  il 
n'est  point  dit  que  la  substance  même  des 
astres  ait  éié  appelée  à  exister  pour  la  pre- 
mière fois  le  qualrièmejour,  leur  création 
ayant  été  annoncée  d'avance  dès  le  premier 
verset.  La  mention  si  brève  accordée  aux 
myriades  de  mondes  qui  remplissent  l'im- 
mensité de  l'univers,  nous  montre  claire- 
ment que  Moïse  n'accorde  d'autre  intérêt 
aux  phénomènes  naturels  que  celui  qui  ré- 
sulte de  leurs  rapports  avec  l'homme.  Aussi 
ne  devons  nous  pas  plus  nous  étonner  de  le 
voir  passer  sous  silence  les  phénomènes  de 
la  géologie ,  que  nous  ne  le  sommes  de  le 
voir  omettre,  dans  le  récit  du  quatrième 
jour,  la  description  des  phénomènes  astro- 
nomiques. 

L'établissement,  au  commencement  de 
l'époque  actuelle ,  des  lignes  isothermes 
inconnues  iusque-là  sur  notre  planète,  aussi 
bien  pour  létage  qui  a  précédé  immédiate- 
ment l'homme  que  pour  tous  les  étages  an- 
térieurs, est  un  fait  singulièrement  remar- 
quable, et  il  confirme  le  sentiment  gue  nous 
venons  d'exprimer  d'une  disposition  nou- 
velle des  corps  célestes  qui  avaient  jusque-là 
éclairé  et  fécondé  la  terre. 

Nous  n'avons  aucune  observation  à  faire 
sur  les  œuvres  du  cinquième  et  du  sixième 
jour.  Les  versets  oui  les  décrivent  sont  par- 
faitement clairs.  Ils  ne  présentent  de  diili- 
cultes  que  dans  les  hypothèses  cosmogoni* 


(55S)  Vogez,  à  rartide  GoKraoi  réinuif  e  loterpréiatieB  4e  ce  cosaof  onisle. 


75! 


i£il 


ÛICTlONNAIliE  DE  COSMOGONIE 


lEH 


1S1 


queSi  et  particulièrement  dans  celle  des 
jour9'périodes.  —  Voyez  ce  mot. 

La  grande  erreur  des  interprètes,  tant 
anciens  qUe  modernes,  a  été  de  vouloir  faire 
(Je  Moise  uii  cosmogoniste  et  un  géologue. 
Tant  qu*on  persistera  dans  cette  roie ,  on  ne 
rencontrera  qu'insolubles  difficultés  et  inex- 
tricables embarras,  et  du  côté  de  la  Genèse 
et  du  cAté  de  la  science.  On  imaginera  de 
laborieux  systèmes  qui  expliqueront  tout  et 
n'expliqueront  rien ,  constamment  en  con- 
tradiction, ou  ayec  le  texte  ou  avec  la 
science,  souvent  avec  Tunet  Tautre,  tou- 
jours opposés  et  divisés  entre  eux ,  réalisant 
le  chaos  dont  ils  prétendent  tirer  le  monde. 
Le  lecteur  pourra  s'en  convaincre  en  lisant 
les  nombreux  articles  de  cosmogonie  répan- 
dus dans  ce  Dictionnaire, 

L'interprétation  que  nous  venons  de  don- 
ner au  premier  chapitre  de  la  Genèse  nepou- 
vait  pas  convenir  aux  auteurs  de  gros  livres 
de  cosmogonie.  Elle  ne  laisse  aucune  prise 
aux  systèmes,  et  l'imagination  n'y  trouve 
\tas  matière  à  enfanter  d'ambitieuses  hypo- 
thèses. Elle  parait  surtout  avoir  contrarié  les 
conceptions  gigantesques  de  M.  Godefroy  ; 
son  erand  défaut,  à  ses  veux ,  c'est  d'être 
simple.  Il  est  vrai  qu'il  n  aperçoit  là ,  ni  la 
matière  diffuse  primitive  qui  remplit  l'éten- 
due sans  bornes  et  que  Moïse,  selon  lui, 
appelle  terra^  cœlum^  aqua^  abyssus^  etc.  ;  ni 
le  calorique  qui  s'en  va  fermer  une  couche 
lumineuse  au  pourtour  de  cette  masse  in- 
commensurable de  gaz  {fiai  lux);  ni  r attrac- 
tion oui  divise  en  innombrables  masses 
secondaires  la  grande  masse  primitive  (fiât 
firmamentum  in  medio  aquarum  et  divtdat 
aquas  ab  aquis)  ;  ni  le  mouvement  rotatoire 
qui  fait  jaillir  de  toutes  ces  masses  secon- 
daires dautres  masses  qui  s'en  vont  se 
métamorphoser  en  planètes,  lesquelles  en- 
fantent à  leur  tour,  par  le  même  procédé, 
des  satellites,  gui  n'enfantent  rien  du  tout; 
ni  encore  cette  invention ,  tout  à  fait  neuve, 
qui ,  pour  le  développement  de  la  végétation 
au  troisième  jour ,  place  notre  planète  entre 
le  globe  solide  ou  liquide ,  on  ne  sait ,  du 
soleil ,  et  sa  photosphère  jusqu'au  quatrième 
jour,  époque  à  laquelle  cet  état  de  choses 
change  par  des  raisons  tout  aussi  plausibles, 

2ue  celles  qui  l'avaient  fait  admettre,  les 
tonnantes  exigeni;es  de  ce  prodigieux  sys- 
'  tème. 

On  aura  une  idée  de  la  compétence  de  cet 
auteur  pour  exercer  sa  critique,  par  le  pas- 
sage suivant ,  qu'il  place  au  début  de  ses 
attaques  : 

«  Beaucoup  d'éci  ivain? ,  dit-il  (p.  266),  ne 
voient  que  des  indices  de  révolutions  dans 
les  phénomènes  géologiques,  mais  ces  révo- 
lutions tiennent  plus  au  roman  que  de  l'his- 
toire :  jamais  la  chaîne  des  êtres  n'a  été 
rompue  par  une  de  ces  révolutions  géné- 
rales oui  auraient  nécessité  des  créations 
nouvelles.  » 

(8SI9)  Cours  éiém.  de  Paléontologie,  I.  U,  p.  255, 
par  M.  Aie.  d^Orbicsit. 

(560)  Conrt  elém.  dePaléont,,  U  !!«  p.  251.  Le  ce- 


La  proposition  contradictoire  est  le  bit  l» 
plus  positif  et  le  mieux  démontré  de  lagto- 
lo^ie  et  de  la  paléontoloj^e. 

«  Nous  livrons  ces  faits,  ajoQte-t-il,aui 
méditations  des  auteurs  de  1  hypothèse  qii 
rejette  les  créations  des  végétaux  et  des 
animaux  des  temps  géologiques,  atec  la 
formation  du  ciel  et  de  la  terre,  au  delà  do 
point  de  départ  de  la  narration  mosaïque, 
au  delà  du  premier  jour  de  la  Genete.  i 
(P.  267.) 

Les  auteurs  de  l'hypothèse  en  auestioQ 
n*auront  pas  besoin  de  se  livrer  k  de  longues 
méditations  pour  découvrir  que  M.  Godefrof 
ignore  jusqu'aux  premiers  éléments  dn 
sciences  sur  lesquelles  il  veut  bAtir  dêi 
théories,  t  Ce  fait  reste  définitivement  ae> 
quis  à  la  science ,  que  les  faunes  terrestres 
et  marines  ont  été  anéanties  à  chaque  époque 
géologique  ;  que ,  dès  lors ,  chaque  changtf 
ment  chronologique  de  bune  dans  les  étages 
dénote  une  perturbation  géologique  unifer- 
selle;  et  que  ces  faunes  successives,  cooqik^ 
sées  d'espèces ,  sont  les  (  aractères  les  pim 
constants  qu'on  puisse  invoquerpourdistiii- 
guer  les  divers  âges  géologiques  des  cou- 
ches stratifiées  depuis  se  rommencemeol  (k 
lani  malisation  sur  le  globe  t(  rrestre  (359j*  > 

«  Unepremière  création,  d' t  encoreM.d'(h' 
bigny,  s  est  montrée  aves  l'ftage  silurien  ()e 
jiremier  des  terrains  fASsilileres).  Aprèsia- 
néantissem'ent  de  celle-oi,  par  uneciuse 
géologique  quelconque,  après  unlspde 
temps  considérable,  une  seconde  création  a 
eu  lieu  dans  Fétage  dévonien ,  et  succei^i- 
vement  vingt-sept  fois  des  créations  distinc- 
tes sont  venues  repeupler  toute  la  terre  de 
ses  plantes  et  de  ses  animaux ,  à  la  suite  de 
chaque  perturbation  géologique  qui  aiaït 
tout  détruit  dans  la  nature  vivante.  Tel  e$l 
le  fait,  LB  FAIT  CERTAIN,  maîs  incompréhea- 
sible,  que  nous  nous  bornons  à  constatef, 
sons  chercher  à  percer  le  mystère  surhumain 
qui  Tenvironne  (560).  • 

Nous  comprenons  que  ces  faits^là  ruinent 

£ar  la  base  une  hypothèse  comme  celle  è 
f .  Godefiioy.  Il  faudrait  avoir,  pour  s'en 
relever,  autre  chose  à  leur  oppc^r  que  d« 
assertions  gratuites  ou  des  dénégations  qui 
font  trop  voir  qu'on  n'est  point  au  courant 
des  matières  dont  on  parle ,  ou  que,  si  t^ 
saisit  les  faits  dans  toute  leur  portée,  on  m 
pas  assez  de  courage  pour  en  convenir 

En  présence  dé  ces  résultats  de  la  seieo^ 
la  plus  positive,  qui  viennent  ainsi  reofer- 
ser  les  romans  cosmogoniques ,  et  donner 
pleinement  raison  à  1  interprétation  g^n^* 
siaque  qui  met  la  narration  sacrée  en  dehors 
de  toute  discussion  géologique,  M.  Gode- 
froy ne  trouve  rien  de  mieux  à  Caire  poor 
réfuter  Mlff.  Desdouits,  Buckland,  etc.,qoe«i 
citer  les  passages  de  leurs  livres  oà  ilséK- 
blissent  «  que  l'histoire  de  la  création  oest 
que  l'histoire  de  la  réorganisation  don 
monde  primitif,  qu'il  ne  s'agit  dans  rœun« 

lèl>re  paléontologitle,N.  Pietet^déCeDdianiêiDetWse. 
Cest  celle  de  tous  les  savants  de  notre  époque  f» 
sont  comDéicnts  en  cette  matière. 


755 


JEQ 


ET  DE  PALFX)NTOLOGI£. 


JEll 


7:4 


des  sii  jours  que  d'une  transformation  d*un 
ancien  monde  naufragé,  etc.  »  Il  ne  par- 
donne pa3  à  M.  Desdouils  d'aroir  considéré 
comme  neuve  cette  idée  qui  est  confirmée  par 
tontes  les  découyertes  de  la  science.  Dans 
son  zèle  contre  les  nouveaux  docteurs  ^ 
comme  il  les  appelle ,  il  s*écrie  emphatiaue- 
ment  :  «  C'est  ainsi  que  sont  frappés  d^m- 
paissanee  tons  ceux  qui ,  au  mépris  de  cet 
oracle  de  nos  livres  saints,  tentent  de  contre- 
dire la  parole  de  rérité  :  Non  eontradic&s  verbo 
teritalis  uUo  modo  et  de  mendaeio  inerudi- 
tionii  tmœ  eonfundere,  (Eccli.  if,  30[561].) 

«  L  oracle  est  accompli  en  tous  points  :  la 
sentence  portée  contre  les  norateors  a  reçu 
son  entière  exécntion;  car  cette  réorganisa- 
tion d*un  ancien  monde  naufragé,  ou  cette 
substitution  d'un  monde  noureau  à  un  monde 
usé  ou  ruiné,  est  en  même  temps  en  contra- 
diction flagrante  ayec  les  faits  géologiques 
mieux ajipréciés  et  mieux  connus.  »  (P.  ^2.) 
Nous  venons  de  voir  que  c'est  jdstement 
le  contraire  qui  est  yrai  ;  mais  H.  Godefroy 
n'en  peut  pas  convenir;  ce  serait  la  ruine 
de  son  système.  On  ne  iait  pas  un  gros  livre 
plein  de  choses  tout  à  fait  extraordinaires 
en  matière  d*exégèse  et  de  science  cosmogo- 
niqne,  pour  voir  le  fruit  de  tant  de  labeurs 
s'évanouir  tout  à  coup  devant  les  faits.  Ces 
(ails,  on  ne  les  détruira  pas ,  on  sent  bien 
que  cela  est  impossible,  on  les  niera  auda- 
ciensement  ;  c'e^t  plus  commode,  et  il  y  aura 
toujours  quelgue  lecteur  qui  se  contentera 
d'une  dénégation. 

«  LVil^^fieuce  d'une  création  détruite,  con- 
tinue M  Godefroy,  puis  recommencée  sur  un 
jilan  tout  nouveau  ne  peut  se  soutenir  en 
présence  de  ces  attestations  réitérées  de  la 
science,  qu'un  grand  nombre  d'esnèces  vé- 
gétales et  animales,  se  montrant  à  tous  les 
e?ages  de  la  série  des  terrains,  se  sont  per- 
jiéiuées  jusqu'à  nos  jours.  »  (P.  273.)  c'est 
encore  ici  précisément  le  contraire  qui  est 
la  vérité. 

Aa  lieu  de  prolonger  une  discussion  où 
Ton  n*allègue  contre  nous  que  des  arguments 
de  la  forée  de  ceux  oue  nous  venons  de  si- 
{^naler,  nous  allons  mire  entendre  la  voix 
ffDpcKsante  d*un  homme  aussi  célèbre  iiar 
an  scieoee  profonde  qu'éminent  par  le  rang 
qu'il  occupe  dans  la  hiérarchie  ecclésias- 
limie,  nous  voulons  parler  de  Mgr  le  cardinal 
Wiseman. 

m  On  a  prétendu,  dit  M.  Godefroy,  que 
raatenr  des  Diecoun  sur  les  rapports  entre 
in  e€i€nee  et  lu  religion  rétélée  s'était  pro- 
nooeé  eontre  les  périodes  indéterminées  et 
en  CiTeur  de  la  nouvelle  hypothèse.  »  (P. 
37^  note  première.) 

Vcrilà  inen  en  effet  ce  que  nous  avons 
prédaedu  dans  notre  Nouveau  Traité  des 
srienets  géologiques  (p.  2fô,  noie  deuxième). 
Nous  allons  le  prouver  en  citant  les  paroles 
liftâmes  de  M^  Wiseman. 

l^^illnstre  cardinal  va  se  trouver  ainsi  au 

1^1)  H  esl  curieux  de  tron*  le  pliis  auilacieux  des 
roniradideors  de  la  parole  de  vériié,  invoiiuer  coii- 
tx*:  ceux  qn\  ne  peissrnt  pas  connue  lui  Vauloriié 


nombre  des  novateurs^  des  nouveaux  doc- 
teurs, frappés  d' impuissance j  qui  ont  contre^ 
dit  la  parole  de  vérité,  car,  lui  aussi,  comme 
on  va  le  voir,  admet  antérieurement  h  ré|io- 
que  où  Moise  commence  son  récit  une  série 
d'anéantissementset  de  renouvellements  des 
faunes  et  des  flores  qui  auraient  précédé  le 
premier  jour  génésiaque. 

Parlant  de  rhypotnèse  des  savants  qui, 
comme  MM.  Godefroy  et  Blarcel  de  Serres, 
prétendent  que  la  disposition  des  fossiles 
dans  les  couches  correspond  exactement  h 
Tordre  dans  lequel  leurs  classes  res|)eclives 
ont  été  produites  selon  l'Ecriture,  Mgr  Wi- 
seman s'exprime  ainsi  : 

<«  Cette  hypothèse,  cette  tentative  pour 
mettre  d'accord  l'historien  juif  avec  la  phi- 
losophie moderne  peut  paraître  k  plusieurs 
manquer  de  la  précision  nécessaire  pour 
établir  un  parallélisme  aussi  circonstancié.» 
(Dise,  in,  première  partie,  col.  171,  édition 
Migne.) 

âi,  il  y  a  vingt  ans,  l'hypothèse  en  question 
paraissait  déjà  au  docte  président  du  collège 
anglais  de  Rome  manquer  de  précision,  que 
dirait-il  aujourd'hui  où  tant  de  faits  sont 
venus  confirmer  les  aperçus  de  son  génie. 
Mais,  dès  lors  il  avait  compris  toute  l'inanité 
de  ce  système.  Voici  comment  il  le  juge 
dans  un  autre  passade  : 

«  Quelques  écrivains  ont  tenté  de  lire  les 
jours  de  la  création  dans  les  apparences  ac- 
tuelles de  Tunivers,  et  de  tracer  une  histoire 
de  chaque  production  successive  ,  depuis 
celle  de  la  lumière  jusqu'à  celle  de  l'homme, 
d'après  les  monuments  me  nous  offre  la 
face  du  globe.  Tout  cela,  bien  que  louable 
dans  son  objet,  n'est  certaiyemett  pas  sa- 

TISFAISAHT     DANS     SES    RÉSULTATS.  »    {ibid.„ 

col.  158.) 

il  nous  semble  que  rien  ne  saurait  èiro 
plus  formel,  plus  explicite  contre  les  pé- 
riodes indéterminées.  Les  dénégations  de 
M.  Godefroy  n'y  peuvent  rien,  et  toute  la 
tactique  à  laauelle  il  a  recours  dans  la  note 
de  la  psLgo  27i  est  impuissante  contre  le  lan- 
gage si  précis  du  savant  auteur.  Nous  étions 
donc  bien  fondé  à  prétendre  que  Mgr  Wise*^ 
man  s'était  prononcé  contre  fhypothèse  des 
jours-périodes.  Celte  première  partie  de  nos 
prétentions  est  suffisamment  prouvée  ;  dé* 
montrons  la  seconde,  c'est-à-dire,  faisons 
voir  que  réminent  prélat  s'est  prononcé  en 
ftivenr  de  l'hypothèse  que  àf .  Godeflrov  ap- 
pelle nouvdte,  que  MM.  Buckland,  Chalraers, 
Debdouits,  etc.,  ont  présentée,  et  que  nous 
avons  nous-mème  adoptée  dans  ce  Diction- 
noire  et  dans  notre  Nouveau  Traité  des 
sciences  géologiques. 

Nous  prions  le  lecteur  de  lire  avec  atten* 
tion  le  passage  remarquable  que  nous  al- 
lons extraire  du  troisième  Discours  sur  les 
rapports  entre  la  science  et  la  religion  révélée 
prononcé  à  Rome  en  1835;  il  y  verra  ({ue  la 
thèse  que  nous  soutenons  n'est *f  as  si  nou- 

iPiin  passage  de Hvcriitirc  qu'on  p?ut  à  si  bon  droit 
rélorqiier  cojilrc  lui. 


r55 


JEH 


DÏCTlONNiaRfi  DE  COSMOGONIE 


lEH 


1S( 


rellc^  et  qu'elle  a  été  celle  des  premiers 
Pères  de  1  Eglise.  Il  y  verra  aussi  quelle  était 
Thypothèse  que  Ton  préférait  à  Rome,  dans 
le  haut  enseignement,  dès  1835  et  quelles 
étaient  déjà  les  remarquables  tendances 
d'une  exégèse  basée  sur  des  découvertes  qui, 
depuis,  ont  pris  tant  d'extension  et  n'ont  plus 
laissé  le  choix  sur  les  théories  conciliatrices 
entre  la  science  et  la  Geni$e. 

«  En  premier  lieu,  le  géologue  moderne 
doit  reconnaître  et  reconnaît  volontiers 
l'exactitude  de  cette  assertion  :  qu'après  que 
toutes  choses  eurent  été  faites,  la  terre  doit 
avoir  été  dans  un  état  de  confusion  et  de 
chaos  ;  en  d'autres  termes,  que  les  éléments, 
dont  la  combinaison  devait  plus  tard  former 
l'arrangement  actuel  du  globe,  doivent  avoir 
été  totalement  bouleversés  et  probablement 
dans  un  état  de  lutle  et  de  conflit,  i^uelle  a 
été  la  durée  de  cette  anarchie  ?  quels  traits 
particuliers  offrait-elle  ?  Etait-ce  un  désor- 
dre continu  et  sans  modifications,  ou  bien 
ce  désordre  était-il  interrompu  par  des  in* 
tec  valles  de  paix  et  de  repos,  d'cxistencQ  vé- 
gétale et  animale?  L'Ecriture  l'a  caché  à 
notre  connaissance  ;  mais  en  mAme  temps 
elle  n*a  rien  dit  pour  découra^^er  l'investiga- 
tion qui  pourrait  nous  conduire  à  quelque 
hypothèse  spéciale  sur  ces  questions.  Et 
même  il  semblerait  que  cette  période  indé- 
finie a  été  mentionnée  à  dessein,  pour  lais- 
ser carrière  à  la  méditation  et  à  1  imagina- 
tion do  l'homme.  Les  paroles  du  texte 
n'expriment  pas  simplement  une  pause 
«momentanée  entre  le  premier  fiât  de'  la 
création  et  la  production  de  la  lumière; 
car  la  forme  grammaticale  du  verbe,  le  par- 
ticipe, par  lequel  l'esprit  de  Dieu,  l'énergie 
créatrice,  est  représenté  couvant  Tablme,  et 
lui  communiquant  la  vertu  productrice,  ex- 
prime naturellement  une  action  continue, 
nullement  une  action  passa^jère.  L'ordre 
même  observé  dans  la  création  des  six 
jours,  qui  se  rapporte  à  la  disposition  pré-> 
sente  des  choses,  semble  indiquer  que  la 
puissance  divine  aimait  à  se  manifester  par 
des  développements  graduels,  s'élevant , 
pour  ainsi  dire,  par  une  échelle  mesurée 
de  l'inanimé  à  l'organisé,  de  l'insensible  à 
rinstinctif^  et  de  l'irrationnel  à  l'homme.  Et 

Ïuelle  répugnance  y  a-t«il  à  supposer  que, 
epuis  la  première  création  de  Tembryon 
grossier  de  ce  monde  si  beau,  jusqu'au  mo- 
ment oOi  il  fut  revêtu  de  tous  ses  ornements 
et  proportionné  aux  besoins  et  aux  habi-^ 
tudes  de  l'homme,  la  Providence  ait  aussi 
voulu  conserver  une  marche  et  une  grada- 
tion semblables,  de  manière  à  ce  que  la  vie 
avançât  progressivement  vers  la  perfection, 
et  dans  sa  puissance  intérieure,  et  dans  ses 
instruments  extérieurs?  Si  les  apparences 
découvertes  par  la  géologie  venaient  à  ma-* 

(SaS)  Hicereke  sulta  geologia  ;  Roverele,  1924, 

65- 

(563)  Bibr.  i,  2.  —  De  même,  an  des  titres  de 
Dieu  dans  le  Koran  est  :  U  Seigneur  des   mondes 
(^ura  1). 
'  {ù%A)Itt$titvletofhinduhw.\Louû.  i8S5.  ch.  1, 


nifester  l'existence  de  quelque  plaa  s«m. 
blable,  qui  oserait  dire  qu'il  ne  s>coor^e 
i)as,  par  la  plus  étroite  analogie,  avec  iea 
voies  de  Dieu  dans  l'ordre  physicrue  et  mo- 
ral de  ce  monde  ?  Ou  qui  osera  affirmer  que 
ce  plan  contredit  la  parole  sacrée,  lorsqu'eux 
nousT  laisse  dans  une  complète  obscanté  sur 
cette  période  indéfinie  dans  laquelle  l^iaitre 
du  développement  graduel  est  placée!  J'ii 
dit  que  l'iiicriture  nous  laisse  sur  ce  point 
dans  l'obscurité,  à  moins  tauteibis  qee  nons 
ne  supposions  avec  un  pecsonnage  qui  oc- 
cupe maintenaal  une  naute  position  dans 
l'Ëglise,  qu'il  est  fait  alluMon  a  ces  réfola- 
tiens  primitives,  à  ces  destmctions  et  à  œs 
reproduetions,  dans  le  premier  cba|Âtre  i% 
VEecléêia$te  (Mi),  ou  qu  avec  d'autres,  nous 
ne  prenions  dans  leur  sens  le  plus  littéral 
les  passages  où  il  est  dit  que  des  atoniks  OLt 
été  créés  (563}. 

«  Il  est  vraiment  singulier  que  toutes  les 
anciennes  cosmogonies  conspirent  i  nous 
suggérer  la  même  idée,  et  couserfeot  la 
tradition  d*une  série  primitive  de  révolu- 
tions successives  par  lesquelles  le  moode 
fut  détruit  et  renouvelé.  Les  institutes  de 
Menou,  l'ouvrage  indien  qui  s'accorde  le 
plus  étroitement  avec  le  récit  de  l'Ecrilure 
touchant  la  création,  nous  disent  :  if  y  a  p^ 
créations  et  des  destructions  de  mondts  w- 
nombrabtes:  VEtre  suprême  fait  tout  cela 
avec  autant  de  facilité  que  si  c'était  unjeu;n 
crée  et  it  crée  encore  indéfiniment  pour  ré- 
pandre te  bonheur  (564).  Les  Birmans  ont 
des  traditions  semblables  ;  et  Von  peut  TOir 
dans  l'intéressant  ouvrage  de  Sangermano* 
traduit  par  mon  ami  le  docteur  Tandy,  une 
esquisse  de  leurs  diverses  destructions  du 
monde  par  le  feu  et  Teau  (565).  Les  Eg^P' 
tiens  aussi  avaient  consacré  une  P*f?î^^ 
opinion  par  leur  grand  cycle  ou  période 
sothique. 

«  Mais  il  est  beaucoup  plus  important,  f 

f>ense,  et  plus  intéressant  d'observer  qne 
es  premiers  Pères  de  l'Eglise  chrétienne 
paraissent  avoir  eu  des  vues  exactemcni 
semblables  ;  car  saint  Grégoire  deNazianifit 
après  saint  Justin,  martyr,  suppose  une  pé- 
riode indéfinie  entre  la  création  et  le  pr^ 
mier  arrangement  régulier  de  toutes  cho- 
ses (S66).  Saint  Basile,  saint  Césaire  et  On- 
gène  sont  encore  plus  explicites  ;  car  ils  ex- 
pliquent la  création  de  la  lumière  antérieure 
a  celle  du  sokil,  en  supposant  que  oe  lumi- 
naire avait  déjà  existé  auparavant,  n**^Jl'}: 
ses  rayons  ne  pouvaient  pénétrer  jusque  J« 
terre,  à  cause  de  la  densité  de  l'atmosphère 

{rendant  le  chaos,  et  <pie  cette  atmospWre 
Ût  assez  raréfiée  le  premier  iour  pour  lais- 
ser passer  des  rayons  du  soleil  sans  qu  on 
pût  néanmoins  distinguer  encore  sondisque» 

n.  80,  p.  15,  conip.,  d.  S7,  74,  etc. 

(565)  A  descHption  •f  îke  Bwrmese  empm,  {•- 
primé'  pour  la  fondation  des  tradadîons  orieataKit 
a  Rome,  1853,  p.  29. 

(566j  Oral.  2,  t.  1",  p.  51,  édit.  Bëiicd. 


757 


JEH 


ET  DE  PALE0!«T0L0G1£L 


lEH 


75«- 


qui  De  fui  complélemenl  dévoilé   que  lo 
troisième  jour  (567). 

•         •••••••••••••y 

Je  tiens  à  faire  Toir  que  sans  toucher  à  la 
foi,  l'espace  ne  manque  pas  pour  tout  ce  que 
la  géologie  moderne  pense  avoir  le  droit  de 
demander.  Je  tiens  à  montrer  (et  les  grandes 
autorités  que  je  yiens  de  citer  me  rassurent 
parfaitement  sur  ce  poinl}  que  tout  ce  qui 
a  étéréclaméf  demandé  par  cette  science,  a 
été  accordé  autrefois  par  ces  hommes  qui 
furent  rornement  et  la  lumière  du  christia* 
aismeprifflitif,  et  qui,  assurément,  n'auraient 
pas  sacrifié  une  lettre  de  TEcriture. 

«  Hais  TOUS  me  demanderez  :  Qu'est-ce 
qui  rend  nécessaire  ou  utile  de  supposer 
«insi  quelque  période  intermédiaire  entre 
l'acte  de  la  création  et  Tarrangement  des 
cho^s  créées  telles  qu'elles  existent  main- 
tenant? D'après  mon  plan,  je  dois  tous  ei<* 
pliquer  ce  point,  et  je  vais  essayer  de  le  faire 
avec  toute  la  brièveté  et  la  simplicité  possi* 
hies.  Depuis  peu  d'années,  un  élément  nou- 
Teauet  fort  important  a  été  introduit  dans 
l'obs^rTalioD  géologique,  je  Teux  dire  la  dé- 
couverte et  la  comparaison  des  débris  fos- 
siles. Tous  mes  auditeurs  savent  déjà  sans 
doute  que  dans  plusieurs  parties  du  monde 
on  a  trouvé  des  ossements  énormes  que  l'on 
aTait  coutume  d'attribuer  h  l'éléphant,  ou 
mammouth,  comme  ou  disait  d'après  un  mot 
sibérien  qui  désigne  un  animal  souterrain 
fabuleux.  Outre  ces  restes  et  d'autres  sem- 
blables, de  vastes  accumulations  de  coquil- 
lages et  des  empreintes  de  poissons  dans  la 
pierre»  oomme  à  Monte-Boica,  ont  été  décou- 
rertes  dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les 
pavs.  On  était  dans  l'usage  de  rapporter  tout 
eela  au  délu^  et  d'y  voir  une  preuTe  que 
les  eaux  avaient  couTcrt  le  globe  entier  et 
détruit  toute  Tie  terrestre,  en  même  temps 
qu'elles  aTaient  déposé  les  productions  ma- 
rines sur  les  continents.  Mais  peut-être  me 
croirez-TOUs  à  peine,  si  ie  vous  dis  que  pen- 
dant plusieurs  années  fa  plus  vive  contro- 
verse fut  agitée  dans  ce  pays-ci  (en  Italie) 
sur  la  question  de  savoir  si  ces  coquillages 
étaient  des  coquillages  réels  et  avaient  autre- 
fois renfermé  un  animal  ;  ou  bien  si  ce  n'é- 
taientque  des  productions nalurelles,formées 
|iar  cequ'onapi>elaitune  puissance  plastique 
île  la  nature,  imitant  les  formes  réelles.  Agri- 
cola,  suivi  par  le  judicieux  Andréa  Mattioli, 
affirma  qu^uoe  certaine  matière  grasse,  mise 
en  fermentation  par  la  chaleur,  produisait 
ces  formes  fossiles  (568).  Mercati ,  en  1574» 
soutint  obstinément  que  les  coquillages  fos- 
siles recueillis  au  Vatican  par  Sixte-Quint, 
étaient  tout  simplement  des   pierres  qui 

(567)  S.  Basu..,  Hexamer.^  hom.  2;  Paris,  i6IS, 
p.  23;  S.  C^SAftics,  Dial.,  i,  Bihlioth.  Pair.  Gal- 
a.A«»i;  ¥eo.,  1770,  t.  VI,  p.  57  ;  Oriceh.,  Periétrck.^ 
lib.  IT,  c  16,  1. 1";  p.  17i,  édiL  Bénéd. 

(568)  f  Agriciila  sognava  in  Germania  che  alla 
iDrmaûoae  di  questi  corpi  fosse  concorsa  non  so 
anal  BUleria  piugtie,  aie^sa  in  fermeoio  dal  calore. 
Andréa  MaUîoli  addotlo  in  Italia  i  ni'desimi  pre- 
findîij.  >  (BnoGcai,  Conchioiogia  fo$êile  ênbapen- 
mifm,  U  I*",  MUan,  1814.  p.  v.) 


avaient  reçu  leur  configuration  de  TinOnence 
des  corps  célestes  (569;;  et  le  célèbre  méde- 
cin Fallope  àssnrsLxX  que  ces  coquillages  étaieni 
formés  partout  où  on  les  trouvait ^  par  le  mau^ 
vement  tumultueux  des  exhalaisons  terrestres. 
Et  même  ce  savant  auteur  était  si  opposé  à 
toute  idée  de  dépôts,  qu*il  soutenait  hardi- 
ment que  les  fragments  de  poterie  qui  for- 
ment le  singulier  monticule  connu  de  tous 
tous  sous  le  nom  de  monte  Testaceo,  étaient 
des  productions  naturelles,  jeux  de  la  na- 
ture contrefaisant  les  ouvrages  de  Tbom- 
me  (570).  Tels  étaient  les  embarras  auxquels 
ces  nommes  zélés  et  habiles  se  trouTaient 
réduits  pour  expliquer  les  pbéuomènes  qu'ils 
avaient  obsenres« 

c  A  mesure  que  Ton  obserra  avec  plus  de 
soin  et  d'attention  l'ordre  et  les  couches  dans 
lesquelles  on  trouvait  ces  restes  d'animaux, 
on  s'aperçut  qu'il  existait  un  certain  rapport 
entre  ces  deux  choses.  On  remarqua  encore 

3ue  plusieurs  de  ces  restes  étaient  enseyeti& 
ans  des  situations  où  l'action  du  déluge,  si 
Tiolente  et  si  étendue  qu'on  la  suppose,  ne 
saurait  avoir  pénétré.  Car  nous  devons  sup^ 
poser  que  cette  action  s'est  exercée  à  la  sur* 
iSace  de  la  terre  et  a  laissé  sur  son  t^ssag» 
des  signes  de  perturbation  et  de  destruction, 
tandis  que  ces  restes  d'auimaux  ont  été  trou- 
vés au-dessous  des  stralîticatioqs  qui  for- 
ment l'écorce  extérieure  de  la  terre  ;  et  ces^ 
couches  reposent  sur  eux  avec  tous  les  symp- 
tômes d'un  dépôt  graduel  et  tranquille.  En- 
suite, si  nous  rapprochons  ces  deux  observa- 
tions l'une  de  l'autre,  en  supposant  que  le* 
tout  ait  été  déposé  par  le  déluge,  nous  de* 
vrons  nous  attendre  à  trouver  ces  débris 
fossiles  dans  une  confusion  complète,  tandis 
qu'au  contraire  nous  cTécouvrons  que  la  cou- 
cne  la  plus  basse,  par  exemple,  présente  une 
classe  particulière  de  fossiles  ;  \nxis  les  cou- 
ches qui  sont  superposées  contiennent  éga- 
lement des  classes  tout  à  fait  uniformes  do 
fossiles,  quoique  dans  plusieurs  cas  ces  fos^ 
siles  diffèrent  de  ceux  des  dépôts  inférieurs» 
et  ainsi  jusqu'à  sa  surface.  Cette  synétrie  de 
déposition  pour  chaque  couche,  tandis  qu'elle 
dinère  des  précédentes,  suppose  une  succes- 
sion d'actions  exercées  sur  des  matériaux 
divers,  et  point  du  tout  une  catastrophe  coif- 
vulsive  et  violente*  Mais  cette  conclusion 
parait  mise  hors  de  doute  par  une  découverte 
encore  plus  inattendue.  Tandis  que  dans  les 
terrains  meubles  et  partout  où  le  déluge  est 
supposé  avoir  laissé  des  traces,  nous  trou- 
vons les  ossements  d'animaux  appartenant  k 
des  genres  qui  existent  actuellement;  parmi 
les  fossiles  ensevelis  h  de  plus  grandes  pro- 
fondeurs rien  de  semblable  ne  se  découvre. 

(569)  c  Egli  niega  che  le  conchiglie  b|Mde  faUa 
sieno  vere  conchiglie,  e  dopo  nn  lungbissimo  dis-> 
corso  sulla  materia  e  sulla  forma  sosianziale  eoii- 
c'hiode  che  sono  piètre  in  cotai  gnisa  coiifigarate 
dair  influenza  dei  corpi  celesii.i  (/oid.,  p.  \ni.) 

(570)  Concepiscc  più  faciloiente  cbe  le  cbioedola 
iropietrite  siano  state  generato  sul  luof|0  dalla  fer- 
menlazione,  o  pure  cne  abbiano  acquistata  queU«> 
fonna  mcdianic  il  movînicnto  vcrticoso  délie 
lazioiii  terreslri.  »  (P.  vi.) 


TCO 


JEU 


DICTIONNÂIBE  DE  COSMOGONIE 


no 


760 


Au  contraire^  leurs  squelettes  nous  tepr^- 
seutent  des  monstres  qui,  considérés  dans 
leurs  dimensions  et  dans  leurs  formes,  n*ont 
pas  môme  d'analogue  parmi  les  espèces  ac- 
tuellement existantes,  et  paraissent  avoir  été 
incompatibles  avec  la  coexistence  de  la  race 
humaine. 

.  «  Cette  dernière  considération  mérite  quel- 
ques explications,  parce  qu'elle  préparera 
ceux  qui  n'ontpas  étudié  cette  science  &  com- 
prendre ces  dé:'.ouYertes  récentes.  Des  per- 
sonnes s'étonneront  peut-être  qu'à  l'inspec- 
tion de  quelques  os  brisés,  on  puisse  former 
un  jugement  sur  les  animaux  auxquels  ils 
appartenaient.  U  y  a  quelques  années  ce 
problème  n'aurait-il  pas  paru  absurde  ;  re- 
construire un  animal  d'après  un  de  ses  os  l 
Et  cependant,  nous  pouvons  le  dire  avec  vé- 
rité, il  a  été  résolu  de  la  manière  la  plus 
complète.  H  n'est  peut-être  pas  nécessaire 
d'observer  que  rinuividualité  de  chaque  es- 
pèce d'animaux  est  si  parfaite,  que  chaque 
os,  presque  chaque  dent,  est  suflisamment 
caractéristique  pour  déterminer  ses  formes. 
L'étude  approfondie  de  ces  variétés  et  les  ré- 
sultats analogues  auxquels  elle  conduit  tou- 
ipurs,  furent  la  base  sur  laquelle  Cuvier  posa 
Ld  merveilleux  édifice  de  cette  nouvelle 
science.  Les  habitudes  ou  les  caractères  des 
animaux,  comme  j*ai  déjà  eu  occasion  de  le 
i^emarquer^  impriment  leurs  particularités 
sur  chaque  portion  de  leurs  formes.  L'ani- 
mal Carnivore  n'est  pas  tel  seulement  dans 
ses  griffés  ou  dans  ses  serres;  chaque  mus- 
cle doit  être  proportionné  à  la  force  et  à  l'a- 
gilité qu'exige  sa  manière  de  vivre,  et  chaque 
muscle  creuse  une  cavité  correspondante 
ilans  l'os  qu'il  embrasse  ou  sous  lequel  il 

I)asse.  Rien  n'est  plus  curieux  gue  les  ana- 
ogies  convaincantes  quoique  inattendues, 
par  lesquelles  Cuvier  conurme  sa  théorie; 
car  il  montre  un  rapport  constant  et  toujours 

Eroportionné  entre  des  parties  oui  ne  sem- 
ient  avoir  aucune  connexité,  telles  que  les 
pieds  et  les  dents. 
«  Cependant  lorsqu'il  commença  à  appli- 

3uer  ses  principes  d  anatomie  comparée  aux 
ébris  d^ossements  extraits  des  carrières  de 
Montmartre»  il  découvrit  bientôt  qu'on  ne 
pouvait  les  rapporter  à  aucune  espèce  actuel- 
lement existante  sur  le  globe.  Mais  les  prin- 
cipes scientifiques  qui  le  guidaient  étaient 
si  certains,  qu  il  répartit  facilement  ces  os- 
sements entre  différents  animaux  suivant 
leurs  dimensions  et  leursstructures  diverses; 
et  il  prononça  qu'ils  représentaient  des  ani- 
maux de  la  classe  des  pachydermeSfOn  à  peau 
épaisse,  et  très-étroitement  alliés  au  tapir. 
Il  distingua  deux  genres,  découvrit  môme 
plusieurs  subdivisions,  et  leur  donna  des 
noms  appropriés.  Il  donna  aux  deux  genres 
les  noms  de  polœotbtrium  ou  ancien  animal,, 

(571)  Voyez  ses  principes  dans  VExtrait  if  un  ou- 
vrage sur  les  espèces  de  quadrupèdes  dont  on  a  trouvé 
(et  osumenls  dans  rintérieur  de  la  terre^  p.  4  ;  dans 
«on  discours  préliminaire  des  Recherches  sur  les  os  • 
^fiifi.  foss.^  V.  I,  p.  58,  publié  aussi  séparément.  Voyez 
encore  vol.  IIl,  p.  9«ct  suiv.,pour  les  procédés  suivis 
da^ns  la  création, comme  il  dit,  des  nouveaux  genres 


et  anoflothtrium  ou  désarmé,  parce quelua 
était  distingué  de  l'autre  par  le  manque  de 
défenses.  Ces  résultats  ne  doivent  pas  nésD- 
raoins  6tre  considérés  comme  de  pures  con- 
jectures :  car,  lorsqu'on  a  en  le  bonheur, 
après  (^u'il  eut  construit  à  l'aide  de  semblables 
analogies  le  squelette  d'un  animal,  de  dé- 
couvrir un  squelette  entier  ou  une  partie 
que  l'on  ne  possédait  pas  encore,onatrouTé 
qu'il  avait  eu  constamment  raison  dans  ses 
suppositions,  et  je  ne  pense  pas  que  dans  du 
seul  cas  on  ait  eu  besoin  de  modifier  sa  re- 
construction conjecturale  (571). 

«  Dans  quelques  occasions  les  naturalistes 
ont  été  assez  heureux  pour  découTrir  la  dé- 
pouille de  ces  monstres,  dans  un  état  assez 
complet  i)our  dispenser  du  laborieni  pro- 
cédé que  je  viens  de  vous  expliquer.  Lîs- 
pagne,  par  exemple,  a  été  de  bonne  heore 
en  possession  d'un  squelette  presque  coio- 
plet  du  megatherium^  comme  on  rappelle 
maintenant  ;  il  fut  envoyé  de  Buenos-Arres. 
en  1789,  par  le  marquis  de  Loreto,  et  déposé 
dans  le  cabinet  de  Madrid  ;  Juan  fiautisti 
Bru  publia  des  planches  qui  le  représeo* 
tàient.  D'autres  fragments,  etmèmeunepor- 
tion  considérable  aes  ossements  du  méirie 
animal,  ont  été  depuis  apportés  en  Anjle* 
terre  par  M.  Parisfi,  et  présentés  par  loi  as 
Collège  royal  de  chirurgie  ;  par  bonheur  ils 
servent  en  grande  partie  i  remplir  les  ^es 
du  spécimen  de  Madrid  (572).  Nous  êfous 
ainsi  un  animal  avec  la  tMe  et  les  é|»^Qles 
du  paresseux,  et  cependant  avec  des  nem- 
bres  et  des  pieds  qui  tiennent  le  milieu  enlre 
ôeux  de  Tarmadille  et  du  fourmilier.  Mais  en 
même  temps  il  doit  avoir  égalé  les  éléphants 
de  la  plus  haute  taille,  car  il  avait  13  pieds 
de  long  et  9  de  haut. 

#  Plus  étranges  encore  sont  les  classes 
dViniroaux  alliées  aux  sauriens  ou  lézards; 
les  énormes  dimensions  et  les  formes  pres- 
que chimériques  de  quelques-uns  d  entre 
eux  seraient  a  peine  conçues  par  rimaginî- 
Cion.  Le  megalosaurus^  comme  rajustement 
nommé  le  docteur  Buckland,  avait  au  mm 
30  pieds  de  long,  et  même  à  en  juger  d'après 
le  spécimen  trouvé  dans  la  forêt  de  Tiljcaie 
dans  le  Sussex,  il  parait,  toute  réductioo  &ite, 
avoir  atteint  la  longueur  efl^ayanle  de  W 
ou  70  pieds  (578).  Vtchthyosaurus  ou  léanl- 
poisson,  quand  il  fut  découvert  en  partiei 
présentait  de  si  étranges  anomalies,  que  Ion 
pouvait  h  peine  supposer  que  ses  membre 
appartinssent  au  même  animal.  Ce  at  w 
qu  après  des  découvertes  répétées  queCo- 
rtybeare  et  de  La  Bêche  produisirent  un  ani- 
mal avec  la  tête  d'un  lézard,  le  corps  dun 
Eoisson  et  quatre  nageoires  au  lieu  de  pattes. 
a  taille  de  quelques-uns  de  ces  monstres 
doit  avoir  été  énorme,  comme  les  spécimcDS 
du  muséum  britannique  peuvent  le  prouver 

* 

-  (572)  Voyez  une  plandie  indiquant  les  pir^ 
suppléées  par  chacun  de  ces  spcciinei»,  ^^l*'., 
Geohgical  Transactions^  nouTcltes  séries,  ym  .^ 
1835,  planche  xliv,  avec  une  description  deî«w« 
par  Bf .  Clift,  p.  437. 

(;;73)  Ibid,,  vol.  l,  1823,  p.  391. 


711 


ET  DE  PALEOXTOLOGIK. 


im 


762- 


aux  ohsenàleuts.  Plus  faalastiqae  encore 
est  la  Ibrme  du  pUsiQsaurus  ou»  comme  on 
le  nomme  maînlenant  avec  plus  d'exactitude^ 
emalioêOMruêj  ou  lézard  marin,  qui,  aux  ca- 
ractères remarqnés  dans  les  autres,  joint  un 
cou  plus  long  que  celui  d'aucun  cygne,  à 
reitrémité  auquel  est  une  tres-petile 
tète  (574).  Enfin,  pour  ne  pas  tous  arrêter 
plus  longtemps  à  ces  explications,  on  a  dé- 
couTert  un  autre  animal  bien  plus  extraor- 
dinaire, et  je  pourrais  presque  dire  fabuleux. 
CoTier  lui  a  donné  le  nom  de  piérodaeiyle^ 
C'est  lui  qui  le  i>remier  détermina  les  carac- 
tères de  cet  animal  d'après  undessla  de 
Collini  ;  il  eut  la  satisfiietiOB  de  roir  ensuite 
sa  décision  confirmée  par  plusieurs  spéci- 
mens. U  déclare  cet  animal  le  plus  étrange 
de  Tanden  monde:  car  il  arait  le  corps  d'un 
reptile  ou  lézard,  arec  des  pattes  excessive- 
ment longues,  manifestement  formées  comme 
celles  de  U  cbanTe-souriSy  pour  déoloyer 
une  membrane  au  moyen  de  laquelle  il  pou- 
rait  Toler;  puis  un  long  bec  armé  de  dents 
ai^ës;  et  il  doit  aroir  été  couvert  non  de 
poiis  ni  de  plumes,  mais  d'écaillés  (575). 

m  Ces  exemples ,  entre  bieji  d'autres ,  peu- 
vent suffire  pour  vous  laire  roir  que  les  es- 
pèces d'animaux  que  Ton  a  trouvées  ense- 
Telies  dans  la  pierre  calcaire  ou  dans  d'autres 
roches,  n'ont  pas  de  types  correspondants 
dans  le  monde  actuel  ;  et  si  nous  tes  oppo- 
sons aux  senres  existants  trouvés  dans  les 
couches  plus  superficielles,  il  nous  faudra 
conclure  que  les  premiers  n'ont  pas  été  dé- 
truits par  la  même  révolution  qui  enleva  les 
derniers  de  la  surface  de  la  terre,  à  l'excep- 
tion des  couples  conservés  par  l'ordre  de 
Dieu. 

.  %  Quelques  naturalistes,  malgré  les  avan- 
tages que  nos  géologues  ont  tirés  des  fossiles, 
même  dans  la  comparaison  des  couches  mi- 
néralo^ques,  ont  persisté  à  les  exclure  de  la 
géoloçie  comme  étrangers  à  la  science  (576). 
Mais  il  est  impossible  de  fermer  les  yeux  h 
la  nouvelle  lumière  que  ces  découvertes  ont 
répandue  sur  son  étude,  et  par  conséquent 
de'négliger  la  considération  des  rapports  que 
I«  seîfrnce  ainsi  élargie  soutient  avec  les  ré- 
cits de  l'Ecriture;  et  puis,  quoique  notre  con- 
clusion puisse  paraître  négative,  elle  est,  ce 
me  semble,  d'une  haute  importance  :  car  le 
premier  pas  dans  la  connexion  d'une  science 
avec  la  nivélation,  après  Qu'elle  a  passé  la 
période  tumultueuse  des  théories  informes  et 
contradictoires,  est  que  ses  résultats  ne  soient 
point  opposés  à  la  révélation  ;  et  c'est  là  dans 
le  lait  une  confirmation  positive.  Car,  ainsi 
queje  le  démontrerai  d'une  manière  plusap- 
|irofondie  dans  me  a  dernier  discours,  la  ma- 
nière édatante  avec  «aquelle  l'histoire  sacrée^ 
soumise  à  Texamen  des  inrestigations  les 
plus  diverses,  défie  tous  leurs  efforts  de  dé- 

(»74)  Voir  CeologUal  Tramiacltûnê^  voL  I,  |>p«  43, 

i.^75)  OêtemaUs  fouiU$^  \o\.  \\\  p.  56;  vol.  V, 
pari.  IL»  p.  379;  mc  la  Bêchc,  dam  les  Tran$aeiioMS 
^épU^iqu$^  vol.  Ul.  p.  il  7. 

(576)  Par  exempl**,  le  docteur  Hac  Cullocli,  daus 


couvrir  en  elle  aucune  erreur,  forme,  par 
l'accumulation  d'exemples  variés,  une  preuve 
positive  extrêmement  forte  de  leur  inatta- 
quable véracité.  Ainsi,  dans  le  cas  présent, 
SI  l'Ecriture  n'avait  admis  aucun  intervalle, 
entre  la  création  et  l'organisation  du  monde, 
mais  qu'elle  eût  déclaré  que  c*élaient  des 
actes  simultanés  ou  immédiatement  consécu- 
tif, nous  eussions  peut-être  été  embarrassés 
pour  concilier  ses  assertions  avec  les  décou- 
vertes modernes.  Mais  au  lieu  de  cela  elle 
laisse  un  intervalle  indéterminé  entre  les 
deux,  et  même  elle  nous  apprend  qu'il  y  eut 
un  état  de  confusion  et  de  lutte,  de  dévasta- 
tion et  de  ténèbres;  elle  nous  montre  la  mer 
dépourvue  d'un  bassin  convenable  et  cou- 
vrant ainsi  tantôt  une  partie  de  la  terre,  tan* 
tôt  une  antre  ;  dès  lors  nous  pouvons  dira 
avec  vérité  que  le  géologue  lit  dans  ce  peu 
de  lignes  l'histoire  de  la  terre,  telle  que  ses 
monuments  l'ont  établie  :  une  série  de  déchi- 
rements, d'élévations  et  de  dislocations;  des 
irruptions  soudaines  d'un  élément  que  rien 
n^enchatnait,  ensevelissant  des  générations 
successives  d'animaux  amphibies;  un  abais- 
sement subit  des  eaux,  calme,  mais  inat- 
tendu, embaumant  dans  leurs  divers  lits  des 
myriades  d'habitants  aquatiques  (577)  ;  des 
alternatives  de  terre  et  de  mer,  et  de  lacs 
d'eau  douce  ;  une  atmos|ihère  obscurcie  par 
d'épaisses  vapeurs carboniquesqui,  absorbées 
graduellement  par  les  eaux,  s'edaircirent  et 
produisirent  les  masses  si  étendues  des  for- 
mations calcaires,  iusqu'à  ce  qu'enfin  arri- 
vât la  dernière  révolution  préparatoire  i^our 
notre  création.  Quand  la  terre  fut  suffisam- 
ment brisée  pour  cette  magnifique  diversité 
que  0ieu  voulait  lui  donner,  et  pour  produire 
ces  points  d*arrêt,  ces  barrières  que  les  des- 
seins providentiels  avaient  d4:^i(^és,  Tœuyre 
de  ruine  fut  suspendue,  du  moins  jusqu'^au 
jour  d'un  plus  grand  désastre  \  et  la  terre  do- 
meura  dans  cet  état  d'inertie  léthargique 
dont  elle  fut  délivrée  par  la  reproduction 
de  la  lumière  et  l'cBuvre  subséquente  des  six 
jours  delà  création,  m 

Mgr  Wiseman  continue  la  démonstration 
de  sa  thèse  en  Taupuyai it  sur  les  influences 
dynamiques  ou  forées  intérieures  qui  ont 
déterminé  le  surgissement  des  diverses 
cbaines  de  montagnes,  qu'il  regarde  avec 
M.  £lie  de  Beaumont  et  tous  les  géologues 
comme  lacausedes  révolutionsde  lasurlacodu 
g[!obe,  par  les  changements  que  leur  forma- 
tion a  opérés  dans  les  limites  et  le  régime  des 
mers,  des  Jacs,  des  fleuves,  etc.  Nous  croyons 
inutile  de  citer  ici  ces  nouveaux  dévelop- 
pements et  nous  pensons  que  Texlrait  oui 
iirécède  suflit  bien  pour  prouver  que  M,^ 
NViseman  s'est  prononcé  en  faveur  de  Tby- 
pothèse  qui  rejette  les  créations  des  végé- 
taux et  oes  animaux  des  temps   géolotn- 

80D  SysleM  of  Geolûçg,  wiUk  a  tk€or§  of  ^  eartk 
Loiidoii,  1831,  vol.  1«  p.  430. 
(577)  Voir  »e  La  BfcCBE,  (|ui  a  très-bien  traité  ce 

Kint  dans  ses  Rtsearches  tuio  theoretical  Ceoloff, 
mdon,  1834,  cbap.  H,  p.  242. 


w% 


JËB 


DICilONNAIRE  DE  COSMOGOr^lE 


JOO 


tl\ 


ques,  aTOc  la  formation  du  ciel  et  de  la 
terre,  au  delà  da  point  de  départ  de  la  nar- 
ration mosaïque  (578). 

Concluons  par  une  dernière  considération 
sur  la  nature  du  récit  sacré. 

Si  nous  cherchons  è  nous  rendre  compte 
du  but  que  s*est  proposé  Moïse,  dans  le 
rCcit  de  la  création,  nous  ne  pourrons  dou* 
tefr  a\ïil  n*ait  voulu  surtout  prémunir  les 
Israélites  contre  l'idolfltrie  des  nations  qui 
les  entouraient.  On  sait  que,  dans  ces  Ages 
reculés,  princif>a1ement  en  Orient,  cette  iao- 
lAtrie  consistait  dans  le  cuite  et  Tadora- 
tion  de  la  terre  et  des  éléments,  du  soleil, 
de  la  lune,  de  ces  corps  célestes,  pleins 
de  magnificence,  qui  se  meuvent  avec  une 
si  harmonieuse  régularité  dans  Tespace,  et 
qui  paraissent  remplir  un  rôle  si  impor- 
tant dans  révolution  de  tous  les  phénomè- 
nes de  notre  monde  (S79).  Rien  n*était  donc 
plus  propre  è  détourner  un  peuple  déjà  si 
enclin  à  sacrifier  aux  dieux  étrangers,  que 
Je  proclamer  que  ces  glot>es  et  ces  astres, 
et  tout  ce  qu'ils  renferment,  sont  Touvrage 
d'un  créateur  unique  et  tout-puissant,  à 
qui  seul  doivent  être  rendus  toute  gloire 
i*t  tout  hommage. 

L'objet  des  communications  divines  fiiites 
à  Moïse  a  donc  été  de  nous  donner  des  lu« 
mières  morales,  de  fixer  nos  convictions 
religieuses,  de  nous  donner  des  règles  de 
conJuite,  d'établir  des  dogmes  ou  d'impo- 
ser des  devoirs,  conformément  aux  vues 
que  Dieu  s*est  proposées  toutes  les  fois 
qu'il  s'est  manifesté  aux  hommes  par  des 
révélations,  mais  nullement  de  nous  ensei* 
gner  les  sciences  phjsiaues  et  naturelles, 
et  de  nous  révéler  les  (ois  par  lesquelles 
il  a  créé  et  gouverne  l'univers.  Qui  ne  com- 
prend que  de  telles  révélations  scientifi- 

(578)  Parmi  les  âdTcrsaires  de  cette  interprétation 
présentée  |Mir  M||r  Wiseman,  Desdouits.  Buckbnd, 
Cbalmers,  etc.,  il  faut  compier  M.  l'aboé  Maiipiêd 
dans  SOR  livre  :  Dîm,  Vhamme  et  k  monde  (1851), 
M.  Maiipied  prétend  que  des  éerivmm  catholi^ueê 
oiU  eopié  el  mû  en  avant  u  »ifstème  d'interprétation 
êom  dtuuuion^  tans  examen^  etc.  Sans  accepter  celte 
décision  nn  peu  tranchante,  nous  dirons  qne  ces 
écnvaim  ont  mieux  fait  de  se  ranser  dn  côté  de 
deux  illustres  savants,  comme  Buckiand  et  Mgr  Wi*^ 
setnan,  qne  d^masiner  des  théories  aussi  excentrî- 
qnes  one  celles  de  II.  Maupied  à  la  solte  de  M.  Cbau- 
bard  <  Voy.  ce  mot)  et  du  P.  Debreyne  (f^09..ee 
mot).  Ces  éerivaim  catkotiqutê  dont  M.  Maupîed 
parle  avec  tant  de  dédain,  sont  las  des  systèmes 
cosmogoniques  h&tis  sur  la  Genèse  ;  on  les  compte 
par  centaines,  el  les  derniers  venus,  comme  celui 
de  M.  Tabbé  Maupied  (  Vou.  ce  mol),  ne  sont  pas  les 
moins  propres  à  les  en  dégoAter.  Ayec  une  miasi* 
nation  un  peu  folle,  rien  ne  nous  paraît  plus  facile 
que  de  faire  une  bypotlièse  transcendante  sur  le  pre- 
mier chapitre  de  la  Genèse:  mais  les  romans,  même 
f^eientittqaes  et  bibliques,  ne  sont  pas  du  goût  de 
tout  le  monde. 

(579)  €  Us  sont  vains ,  tous  les  hommes  en  qui 
n'est  pas  la  science  de  Dieu  ;  car  ils  n*ont  pu,  des 
hiens  qui  paraissent,  s'élever  k  comprendre  celui  qui 
est  ;  ils  n*ont  pas,  en  considérant  les  œuvres,  connu 
qnel  clait  Tonvricr. 

<  Mais  le  feu,  le  vent,  Tair,  la  multitude  des  étoi- 
les, Fabime  des  eaux,  le  boleil,  la  lune,  voilà  ceux 


ques  dépassent  les  Ibrces  de  lliomne  damt 
les  conditions  physiques  et  morales  où  il 
est  placé  ?  Il  ne  s*agit  de  rien  moins,  eo 
effet,  que  d*embrasser  dans  ce  qu'elles  ont 
de  plus  intime  toutes  les  œuvres  et  toates 
les  voies  de  l'intelligence  infinie.  M'esi-ct 
pas  demander  une  communication  de  l'om- 
niscience?  Quel  que  soit,  en  effet,  le  point 
de  la  science  des  opérattous  divines  auquel 
Thistorien  sacré  se  serait  arrêté,  on  aurait 
toujours  pu  accuser  son  récit  d'imperfec- 
tion ou  d  oubli  pour  Jes  choses  qu'il  an- 
rail  passées  sous  silence.  Ainsi,  il  n'aurait 
pu  se  mettre  fc  l'abri  des  reproches  que 
jmr  une  révélation  complète  de  tout  ce  qu'il 
va  de  mystérieux  dans  les  mécanismes  des 
mondes  matériels  et  dans  les  forces. qui Its 
mettent  en  mourement.  Mais  alors,  au  lien 
de  quelques  chapitres,  il  lui  anrail  fallu 
écrire  une  encyclopédie  des  sciences  d'une 
étendue  e(  d'une  profondeur  telles,  que 
tout  le  génie  du  savant  le  plus  universel 
pourrait  à  peine  s*en  flaire  une  idée.  11  j 
a  donc  une  véritable  déraison  à  vouloir 
trouver,  dans  le  livre  sacré,  une  histoire 
complète  et  détaillée  des  opérations  de  ia 
toute-puissance  créatrice,  lesquelles  appar- 
tiennent à  des  époques  et  à  un  état  de  cho- 
ses qui  n'offrent  aucun  rapport  direct  ^m 
res()ece  humaine.  N'est-il  pas  d'ailleurs  éri- 
dent  que  l'imperfection  du  ianga|$en*aurait 
jms   même   permis  de  les  décrire?  (r«)f. 

BUCKLAND,    JOVRS-FÉRIODKS,    OtC.) 

JOSUÉ ,  son  déluge.  —  Voy,  DEBunii 
Chaubard. 

JOUUS  PÉRIODES.  —  Vers  la  fin  du  de^ 
nier  siècle,  &  raction  du  déluge  auquel  ou 
avait  rapporté  généralement  jusque-là  l'eU' 
sevelissement  des  fossiles  dans  tes  couches 
du  globe»  on  substitua  un  système  nouTeao, 

qii*ils  ont  crus  les  arbitres  da  monde. 

c  Si,  entraînés  par  leur  beauté,  ils  les  odI  regv^ 
des  comme  des  dieux,  qu'ils  appreaneDt  couibieiie4 
plus  beau  leur  dominateur,  puisque,  souree  ^  ^ 
beauté,  il  les  a  créés  tous; 

c  Et  s'ils  ont  admiré  la  force  et  le  pouvoir  des 
créatures,  qu^ils  comprennent  par  là  combies  «( 
plus  puissant  et  plus  fort  celui  qui  les  a  faiitt.  * 
(Sap.  xiii,  1,2,5^4). 

'  Le  sabéisme  était  la  religion  de  la  plupart  des  peu- 
ples de  rOrient.  Ce  mot  vient  de  tuba,  Tuis^ 
(armée),  et  désigne  les  adorateurs  de  Yarmée  ^ 
deux. 

Ce  qui  vient  confirmer  encore  le  sentiment  (|M 
nous  émettons  ici  sur  le  but  que  Moisc  avait  en  tuCi 
dans  le  récit  de  la  création,  cV'st  son  insistance  à 
recommander ,  presoue  à  chaque  naee  de  la  Loi,  dlio- 
norer  la  cessation  oe»  wuvres  du  Trés-Haiii  pf jj 
cessation  de  tout  travail  mautiel  le  septième  jour  de 
chaque  semaine.  Vntlà,  disait-il  aux  Israébics^  w 
m«f^H«  à  laquelle  on  reconnaîtra  le  peuple  de  Oie*. 
{Exod.  XXXI,  15).  En  effet,  ce  repos  religieui  fU»* 
une  profession  expresse  de  rctoiuiuitre  rœ4ivre  <ic> 
six  jours,  de  rejeter  réteruité  du  monde,  et  de  k 
regarder  le  soleil,  la  lune  el  tous  les  êtres  divinise 
dans  la  nature  par  les  Egyptiens,  les  Arabes  et  » 
Chaldéens,  que  comme  des  masses  de  matière  qm 
n'avaient  d^action  et  de  beauté  que  ce  oiril  a^i' P 
à  rEternel  de  leur  en  donner  |>our  Je  «rvîcc  de» 
crâlures  ifitcili  gril  les. 


1«5 


lOV 


ET  DE  PALEOtiTOLOGIi; 


U)h 


1» 


celui  lies  p^fiodfi»  indéfinitst  souieou  prin* 
cipalement  parDelac  (Voy.  ce  mol)»  et  oui 
consiste  à  regarder  les  six  jours  de  la  créa- 
tion comme  autant  de  périodes  d'une  durée 
indéterminée.  Cette  opinion  acquit  un  cer* 
tain  crédit  après  les  travaux  de  Guvier  oui 
pourtant)  dans  son  Diêcoun  $ur  les  révolu^ 
tUns  du. globe  (p.  129),  se  défend  d'admet- 
tre des  créations  successives.  Cependant  il 
revient  .tant  de  fois  sur  ces  époques,  sur  la 
différence  entre  la  création  actuelle  et  les 
créations  anciennes  (Diit.f  etc.,  p.  2;  329; 
^3 ,  etc.)  (full  est  impossible  de  ne  pas  y 
sa  véritable  pensée.  Quoi  qu'il  en  soit, 
logues,  qui  veulent  absolument  trou* 
système  cosmogonique  dans  le  pre- 
ûtre  de  la  Genèse^  continnent  d'à- 
ce  svstème,  malgré  les  nombreuses 
'es  objections  dont  il  est  passible,  et 
lent  au  texte  sacré  qu'il  torture 
[rangipent,  et  du  côté  des  laits  de  la  science 
kvec  Isuelle  il  ne  peut  se  concilier. 

lyssinous,  dans  sa  conférenre  sur 
le  déjpie,  n'a  pjêb  pea  contribué  à  faire 
adoflflr  cette  opinion  par  quelques  tbéolo* 
Dans  ce  discours,  le  célèbre  orateur 
m  tout  le  système  géologiquede  Cuvier 
^s  termes  r  «  Si  l'on  regarde  chacun  des 
j^rs  de  la  création  comme  une  époque  indé* 
^pmiuée,  qui   peut    savoir  quelles  modi- 
ications,  quelles  variations  la  terre  a  su» 
dans  ces  premiers  tem|)s  ?  » 
c  Ces  expressions  dubitatives,  dit  un  sa- 
vant théologien,  ne  préjugeaient  rien,  il  est 
vrai;  mais  les  intelligences  de  second  et 
de  troisième  ordre  acceptent  de  telles  dio- 
ses  comme  des  Térités  désormais  incon- 
testables, parce  qu'elles  sont  appuyées  sur 
I  autorité  de  deux  nom.*»   illustrés  comme 
ceux  de  Frayssinous  et  de  Cuvier  ;  et  c'est 
ce  qui  arriva  :  le  svstème  des  périodes  in- 
déterminées devint  le  dogme  de  tous  les 
iournaux,  de  toutes  les  revues  dites  catho- 
jî<fues,  qui  l'exploitèrent  longtemps  comme 
une  mine  féconde  ;  de  là  il  passa  dans  les 
ouvrages  d'écrivains   catholiques,  animés 
d'excellentes  intentions  ;  alors  journaux,  re« 
vues,  livres  pullulèrent  à  l'envi  pour  ren- 
dre un  culte  au  système  devenu  leur  idole; 
chacun,  sur  cette  base,  exerça  son  imagi* 
nation  è  torturer  le  texte  de  Mo'ise  pour 
7  trouver  ce  qui  n'y  est  pas,  et  à  saisir  quel- 
ques lambeaux  de  faits   géologiques  pour 
corroborer  l'accord  merveilleux  des  six  /pa* 
queg  de  Mo'ise  avec  les  couches  du  globe. 
Chaque  nouvelle  empreinte,  chaoue  nou- 
veau fossile  qu*on  trouvait  dans  les  assi- 
ses du  sol,  était  une  démonstration  qui  fai-* 
sait  tressaillir  de  joie  et  se  pAmer  d'ébabis- 
sement  tous  ces  zélés  défenseurs  de  la  ré- 
vélation, qui  descendaient  en  esprit  dans  les 
profondeurs  du  sol  pour  y  contempler  les 
diverses  assises  dont  ils   n'avaient  pas  la 
plus  légère  notion,  et  pour  y  compter  les 
fossiles  sans  savoir  ce  que  c'était.  La  plupart 
de  ces  faiseurs  d'articles  et  de  volumes  n'a^ 
vaicnt  aucune  notion  des  sciences  naturel- 


les, ils  n'avaient  pas  n^émesouvent  lu  les 
ouvrages  dont  ils  embrassaient  les  doctri- 
nes, ou  bien  ils  les  avaient  lus  sans  pouvoie 
les  comprendre.  Faut-il  s*étonner  mainte- 
nant de  rencontrer  dans  presque  tou$  ces 
écrits,  les  principes  scientifiques  les  plus 
déplorables,  acceptés  eomme  des  vérités;  tels 
que,  ^r  exemple,  le  principe  panthéiste 
matérialiste  de  la  transformation  des  es- 
pèces animales  et  véjgétales  (580).  » 

Le  mot  ydm  qui  signifie  un  jour  natu- 
rel, et  Qu'on  a  traduit  par  époque^  a  bien,  h 
la  vérité,  ce  dernier  sens  queluuefois  dans 
l'Ecriture,  comme  dans  toutes  les  langues,, 
mais  alors  le  contexte  détermine  clairement 
l'acception  dans  laquelle  il  convient  de  le 
prendre.  Or,  dans  le  premier  chapitre  de  la 
fffRÀe,  où  ce  terme  est  répété  jusqu'à  six 
fois,  rien  n'indique  qu'il  doive  y  recevoir: 
une  signitteation  autre  que  celle  qui  est  la. 
plus  naturelle  et  la  plus  commune.  Loin  de 
là,  les  mots  ve$pere  et  mane^  soir  et  matin, 
emplojrés  pour  distinguer  le  commencement 
et  la  fin  a  un  jour  ordinaire,  démontrent 
avec  une  iialpabie  évidence  qu*il  s'agit  d'un 
jour  vul^ire  et  non  d*un  jour^^période  o^ 
métaphorique  ;  de  sorte  qu  en  supposant  à 
Moïse  l'intention  de  Aire  comprendre  des 
jours  semblables  à  ceux  qui  résultent  au-r 
^urd'hui  de  la  révolution  diurne  du  globe» 
il  n'aurait  pu  se  servir  d'une  expressioa 
plus  précise  et  plus  claire. 

M.  Marcel  de  Serres  cite  le  quatrièmei 
verset  du  second  chapitre  de  la  Genèse 
comme   un  exemple  ae  l'emploi  du  roo4 

Îfdm  dans  le  sens  d'épofue.  En  effet,  c'est 
e  sens  qu  il  parait  avoir  dans  ce  verset, 
et  il  nous  semble  que  cette  signiûcatioa 
est  peu  favorable  ici  a  l'opinion  que  soutient 
ce  savant.  On  conçoit  très-oien  en  effet  que 
l'ensemble  des  six  jours  de  la  création  puisse 
être  considéré  comme  formant  «ae  époque  ; 
mais  l'esprit  est  moins  satifait  de  l'idée  qui 
se  présenté  relativement  à  ce  verset,  quand  on 
regarde  les  six  jours  génésiaques  comme  six 
époques  :  on  trouve  alors  qu'il  est  moins 
exact  de  se  servir  du  mot  époque  pour  dé- 
signer un  ensemble  d'époquee^  —  Comment^' 
demande  M.  Marcel  de  Serres,  d'après  l>e- 
luc,  comment,  en  pariant  de  la  première 
éfioque.  Moïse  aurait-il  pu  l'assimiler  à 
des  jours  de  vingt-quatre  heures,  puisque 
ceux-ci  sont  mesures  par  des  révolutions 
de  la  terre  sur  son  axe,  en  présence*  du 
soleil,  et  que  cet  astre  n'a  été  disposé  qu'à 
la  quatrième  époque  pour  répandre  la  In^ 
mière  sur  la  terre  ? 

Mais  pourquoi  vous  plalt-il  de  vous  em- 
barrasser dans  des  diliicultés  qui  n'exis» 
tent  que  parce  que  vous  voulez  h  toute 
force  voir  une  création  là  où  il  n'y  a  qu'une 
réorganisation?  Vous  voulez  que  le  soleil 
n'ait  été  créé  que  le  quatrième  jour,  mais 
cela  n'est  dit  nulle  part.  Nulle  part  il  n'est 
écrit  que  la  substance  même  du  soleil  et  ' 
de  là  lune  ait  été  appelée  à  exister  pour 
la  première  fois  le  quatrième  jour;  le  texte 


(580)  Dhw^  rhomne  et  te  monde,  I.  111,  p.  206,  par  M.  l/abN  Mavpied. 


767 


JFOÙ 


DiGTIONNÀIRË  Dn  COSMOGONIE 


JOC 


Kl' 


peut  également  signifier  que  ces  corps  cé- 
lestes furent  à  cette  époque  spécialement 
iklaptés  à  certaines  fonctions  d  une  grande 
importance  pour  i*es{;èce  humaine  :  à 
rerser  la  lunaière  sur  \e  globe  ;  à  régner 
9ur  le  jour  ettsur  la  nuit  ;  »  —  <c  à  fixer  les 
mois  et  les  saisons,  les  années  et  les  jours.» 
— Quant  au  fait  même  de  leur  création,  il 
arait  été  annoncé  d'avance  dès  le  f>remier 
yerset.  Bst-il  une  interprétation  plus  simple,, 
plus  naturelle,  c[ue  celle  qui  suppose  que 
ces  ténèbres  qui  couvraient  le  soir  du  pre- 
mier jour,  n^élaieut  que  des  ténèbres  tem- 
poraires,  produites  par  faccumulation  de 
vapeurs  denses  «  sur  la  face  de  l'abtme,  » 
et  qu*un  commencement  de  dispersion'  de 
ces  vapeurs  rendit  la  lumière  à  la  «urCsce 
de  la  terre  le  premier  jour,  sans^  que  pour 
Cela  les  causes  qui  produisaient  cette  lu- 
mière cessassent  d*6tre  obscurcies?  On  con- 
Îoit  alors  comment  la  purification  complète 
e  l'atmosphère  au  quatrième  jour  fut  cause 
^ue  le  soleil,  la  lune  et  les  astres  apparu- 
rent dans  la  voûte  des  cieux  et  se  trouvè- 
rent dans  de  nouvelles  relations  avec  la 
terre,  nouvellement  qiodifiée  et  avec  l'es- 
pèce humaine. 

Ces  mots,  que  la  lumière  soie  (yelii  or), 
n'impliquent  nullement  que  ia  lumière  n'ait 
jamais  existé  antérieurement;  on  peut  les 
interpréter  simplement  dans  le  sens  d'une 
substitution  de  la  Jumière  aux  ténèbres  sur 
la  surface  de  notre  planète. 

H.  Marcel  de  Serres  appelle  ndondanee 
imuiU  cette  répétition  de  soir  et  de  matin  à 
propos  de  chaque  jour  génésiaque.  La  re-- 
dondance  n'en  existerait  cas  moins  quand 
te  mot  j/âm  aurait  la  signification  d'époque^ 
oar  sans  doute  toute  époque  a  son  commence^ 
mmt  et  sa  /Su,  comme  chaque  iour  a  son  êoir 
•t  son  maiin»  Mais  en  répétant  à  chaque 
ydm  qu'il  a  eu  son  ^oir  et  son  matin.  Moïse 
a  prévenu  les  difficultés  qu'on  aurait  pu  op- 
poser à  un  récit  qui  porte  sur  un  ordre  de 
phénomènes  antérieurs  à  l'homme,  et  où  le 
(Mfaut  de  précisiou  aurait  pu.  si  faciloment 
induire  en  erreur.  Malgré  la  précision  rigou- 
r<euse  qu'il  a  apportée,  par  exemple,  dans  sa 
définition  de  chacun  des  jours  de  la  création, 
MM.  Marcel  de  Serres,  Godefroy,  etc.,  n'en 
ont  pas  moins  pris  ces  jours  pour  des. p^to- 
def,  et  le  vespert  pour  une  série  de  boule- 
versements, etc. 

*  Mais  voici  un  dernier  argument  tiré  du 
text9,  qui  parait  décisif  à  M.  Marcel  de 
Serres  ;  il  lur  semble  confirmer  puissamment 

*(5dl)  Dans  Phypothèse  des  joun-pêriodes  ^  Dieu 
sr  ri'pose  après  rcDUYre  de  rhaqtie  époque  et  pen- 
dant toute  la  durée  de  ceUe-<ïi  de  h  même  manière 
ifu'il  se  repose  pendant  Tcpoque  aeiuelle  après  avoir 
créé  rborame^.efl  sorte  qne  la  gramlc  Ogure  du  tra- 
vail liebdomadatre  disparaît  et  que  toutes  les  hautes 
harmonies  do  monde  moral  comme  celles  du  monde 
pbvsimic  sont  troublées. 

;  (58i)  Si  nous  avons  recours  à  Pexamen  compara- 
tif des  divers  passa«^cs  de  IJ£«^ritiire,  où  1rs  jours  de 
1«1  création  sont  rapj^clés  par  Moîs\  nous  ne  trouve^ 
rons  rien  encore  qui  puisse  justifier  une  intcrprcia* 
tiou  aussi  témcraii^mcut  hasardée  ;  au'  couUrahe, 


sa  nr.anièrede  vx>ir.  «  Après  chaque  journée, 
dit-il,  l'écrivain  sacré  a  soin  de  nous  arcrtir 
par  les  mots  fuit  vespere  et  fuit  fmme,  qu'elle 
est  complètement  écoulée.  Mais  lorsqu'il  est 
question  de  la  septième  époque,  il  ne  parle 
plus  du  soir  et  du  matin.  On  se  demande  la 
cause  de  eette  omission  et  d'une  eiceptioa 
aussi  remarquable.  »  Voilà  en  effet  gui  est 
bien  surprenant.  Le  Créateur  a  terminé  ses 
œuvres  le  sixième  jour ,  et  Moïse  dit  que  re 
sixième  jour  eut,  conme  les  jours  préeé- 
dents,  son  soir  et  son  matin,  afin  opooiie 
le  prenne  pas  pour  une  durée  indéfinie;  le 
lendemain  Dieu  cesse  de  créer  et  se  repose, 
et  parce  que  Moïse  ne  dit  pas  que  ce  jour  da 
repos  du  Seigneur  eut  un  soir  comme  les 
jours  génésiaques,  cela  étonne  M.  Marcel  de 
Serres.  En  vérité  ce  qui  étonne  ici  c  est  cette 
singulière  observation.  Comment  ce  savant 
ne  voit-il  pas  que  si  Moïse  avait  répété  la 
formule  par  laquelle  il  termine  chacun  des 
jours  du  récit  sacré,  il  eût  fait  croire  que  le 
Créateur  ne  se  reposa  qu'un  jour,  leseptième 
seulement?  Est-ce  que  les  jours  qui  suivi- 
rent le  septième  ne  doivent  pas  être  consi- 
dérés aussi  comme  des  jours  de  repos  du 
Seigneur  (581)7  Quelle  raison  j  aurait-il 
donc  d'appliquer  au  septième  jour  ime  for- 
mule qui  n'est  applicanle  qu'aux  jours  de  la 
oréation,  et  nullement  à  ceux  du  repos  ou 
de  la  cessation  de  créer  (562)  ? 

S'il  y  a  lieu  de  s'étonner  ici,  ce  n'est  pas 
do  l'omtMtofi  signalée  par  M.  Marcel  de 
Serres  A  propas  du  septième  jour,  mais  de 
l'interpretatKMi  donnée  par  le  même  sarant 
au  mot  f>eÉpere  (ereb).  Les  géologues  qui  in* 
tarprètent  le  mot  yém  par  ^qu€  indéimiet 
prétendent  que  le  mo^tn,  tnane  Cocker] ,  si- 
gnifie le  eommencementf  Faurore  d'une  pé- 
riode ou  d'une  création,  et  le  fotV  vupere^ 
une  révolution^  une  catastrophe»  marquant 
la  fin  de  cette  même  période,  et  c'est  ainsi 
qu'ils  expliquent  la  formation  des  terrains 
et  l'ensevelissement  des  fossiles  que  ces  te^ 
raiiis  renferment,  c  En  répétant  à  chaque 
yém  qu'il  y  a  eu  un  soir  et  un  matin,  dit  M. 
Harcelde  Serres,  Moïse  en  a  fait  une  période 
h  part,  et  nous  a  indi({ué  que  de  grands  bou- 
leversements l'ont  distinguée  de  Tère  sui- 
vante, ainsi  que  nous  l'apprennent  les  faits 
géologiques  (583)  »  Or,  Moïse  se  sert  des 
mots  vfspere  et  mane^  en  parlant  du  com- 
mencement  et  de  la  fin  du  premier  et  du 
second  jour.  De  quel  bouleversement  s'agit-il 
à  la  fin  de  ces  deux  prétendues  périodes? 
Supposerez  -  vous   arbitrairement  que  te 

imit  entraîne  à  croire  qu'il  6*a^it  de  jours  véritables: 
Vont  iravaillerêx  pendmit  tit  jours,  dit  Aoîse  aoi  b- 
raélites,  et  vouê  wmê  reposere%Uuptiimê^  piitrceqte^t 
Seigneur  a  faii  le  4M  et  ia  Urre  eu  six  jour$  ei  u 
ê*$êi  reposé  le  septième.  (Exod,  xx,  10,  li.) 

Moïse  einploie  ici  le  même  terme  pour  exprimer 
les  jours  delà  création  elles  jours  ordinaires;  un 
langage  aussi  constamment  équivoque  n'uuraiHl 
pas  jeté  les  esprits  dans  «ne  erreur  încvilaWc,qaan{l 
il  était  si  facile  à  Hoise  de  la  prévenir? 

(585)  De  la  Cosmogonie  âc  Mohe,  1. 1",  p.  U  d 
169,  etc.;  1841. 


KHI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


lOU 


770 


Dièoie  mot  signifie  un  une  chose»  Ut  une  au- 
tre, selon  les  besoins  du  système?  Moise 
emploie  encore  le  même  terme  pour  dési- 
gner la  fin  du  sixième  jour  auquel  la  créa- 
lioD  de  rhomrae,  des  animaux  saurages  et 
domestiques,  appartient.  S'il  y  a  eu  une 
catastrophe,  un  boulerersement  à  la  fin  de 
cette  *përio(le,  comment  les  animaux  actuel- 
lement existants,  et  l'homme  principalement, 
cnt-ils  pu  échapper  à  cette  rérolution  !  Pour- 
quoi d ailleurs  ces  anéantissements,  ces 
destructions  successives  d'œuTres  dont  le 
Créateur  «'était  applaudi  lui-même  après  les 
aroir  faîtes,  et  dont  il  ayait  dit,  de  chacune 
en  particulier ,  qu'elle  était  bonne ,  et  de 
ioutes  ensemble,  qu'elles  et^eni  par faiiemeni 
bonnes j  talde  boxa. 

Remarquez  ce  regard  complaisant  du 
Créateur  sur  toutes  les  cnirres  oui  viennent 
de  sortir  de  ses  mains  :  Vidit  Deue  cuncia 
quœfecerai  et  erant  valde  bona.  (G en.  i,  31.) 
Nous  appelons  l'attention  sur  ce  cuncia 
qum  fecerat. 

Bans  tout  ce  récit  de  Thistorien  sacré,  si 
roa^ififfue  quand  on  lui  conserve  sa  sim- 
idicité  originelle  si  naturelle  et  si  vraie,  il 
n'est  nulle  |iart  question  de  destruction  ou 
de  substitution  aune  création  nouvelle  à 
une  création  détruite;  et  ce  dernier  verset, 
si  précis  et  si  clair,  montre  avec  la  dernière 
évidence  que  toutes  les  œuvres  des  six  jours 
^ont  là,  sous  le  re^rd  du  Dieu  tout-puis* 
sanf  qui  les  fit,  qui  les  harmonisa,  et  qui 
Jes  contemple  avec  amour  :  vidU  DeuMcancla 
qaœ  fecerai  et  erant  talde  bona, 

£t  cette  divine  approbation  avait  été  don«> 
née  par  le  Créateur  a  chacune  de  ses  œuvres 
en  particulier,  au  jour  où  elle  fut  faite,  en 
sorte  que  tout  concourt  à  montrer,  avec  une 
palpable  évidence,  qu'il  n'y  a  rien  de  plus 
opposé  au  sentiment  des  ^éolo^es  perio' 
diêtee  que  cette  formule  si  précise,  et  que 
Ton  ne  peut  sans  bouleverser  le  langage  et 
toutes  les  idées  admettre,  dans  le  récit  sa- 
cré, ces  destructions  et  ces  catastrophes 
successives  suivies  de  créations  nouvelles 
qui  ne  sont  mentionnées  nulle  part 
Plus  on  médite  ce  chapitre  de  la  Geniee^ 

Î lus  on  le  trouve,  k  chaque  Jigne,  contraire 
la  théorie  des  jours  -  époaues.  Moise  y 
divise  le  temps  d'après  la  méthode  judaïque, 
comptant  chaque  jour  du  commencement 
de  la  soirée  au  commencement  de  la  soirée 
sairaute.  Aussi  tous  remarquerez  que 
dans  la  formule  répétée  six  fois  :  factum  est 
vespere  et  manediesunus.  ...  secundus,,,  ter- 
lt«#,  etc.,  le  vespere  est  toujours  placé 
avant  le  wmne  selon  la  manière  de  compter 
des  Jui£i  et  de  plusieurs  autres  peuples 
anciens.  Est-ce  pour  plus  de  clarté  et  de 
précision  que  Moïse,  emploie  pour  désigner 
une  tooque  dune  durée  indéfinie,  une 
formule  qui  ne  convient  qu'à  la  désignation 
du  jour  ordinaire,  et  gui  en  est  comme  la 
définition  et  la  caractéristique?  Si  le  vespere 
signifie  la  fin  d'une  époque,  il  est  assez 
étrange  que  la  fin  de  la  première  époque 
soit  mentionnée  avant  son  commencement, 
Factumque  est  vespere  et'mane^  d'us  linm. 


Mais  on  comprend  fort  bien  que,  la  lumière 
s'étant  manifestée  par  la  volonté  de  Dieu  k 
l'heure  de  midi,  tradition  consacrée  par  la 
manière  de  compter  le  temps  chez  les 
Juifs,  etc.,  la  durée  qui  s*écouIa  depuis 
cette  henre  jusqu'à  minuit  ait  été  appelée 
soir^  et  que  la  durée  depuis  minuit  jusqu'au 
midi  suivant  ait  été  désignée  par  le  terme 
de  matin.  Cet  intervalle  de  temps  d'un  midi 
au  midi  suivant,  du  commencement  d'un 
soir  au  commencement  du  soir  suivant,  est 
ce  qui  formait  un  jour  chez  les  Juifs.  Mais 
employé  pour  désigner  une  époque,  ce  lan- 

Sage  ne  se  comprend  plus,  le  tespere  qui 
ési[jne  la  fin  de  1  époque  étant  constamment 
place  avant  le  mane^^jui  en  désigne  le  com-* 
mencement. 

Les  géologues  périodistes  ont  quelquefois 
recours  S  des  interprétations  qui  font  bien 

Ku  d'honneur  à  leur  science  ou  à  leur 
.  nne  foi.  Ecoutez  M.  Godcfroy  : 
.  «  Bans  la  Genèse^  chaque  |iériode  de  temps 
pu  chaque  ordre  de  création  estpareillcinent 
limitée  entre  un  soir  et  un  matin  :  ainsi  [ut 
fait  du  soir  au  matin  le  premier  jour ,  le  se- 
condjour^etc. 

«Mais  les  jours  naturels,  les  jours  so^ 
laires  sont  composés  de  jour  et  de  nuit,  en 
lemf)s  moyen  de  douze  heures  de  jour  et  de 
douze  heures  de  nuit,  et  entre  un  soir  et 
un  matin  il  n'y  a  qu'un  demi-jour  ou  douze 
heures,  et ,  précisément,  cette  portion  d'un 
jour  naturel,  ou  ces  douze  heures  comprises 
entre  le  soir  et  le  matin  sont  les  douze  heu^ 
res  de  nuit.  » 

Alors  très-satisfait  de  son    observation 

au'il  croit  ou  feint  de  croire  triomphante, 
ajoute  :  «  Les  jours  genésiaques  ne  se- 
raient-ils que  des  portions  de  jours?  Vou- 
drait-on que  les  jours  de  la  création  né 
fussent  que  des  jours  de  nuit?  »  (P.  U.) 

Ce  dernier  trait  lui  a  paru  sans  doute 
fortpiauant,  mais  assurément  il  n'y  a  pas 
un  seul  de  nos  lecteurs  qui  ne  le  regarde 
comme  une  preuve  d'ignorance  ou  de  mau-* 
vaise  foi,  car  il  n'y  en  a  pas  un  seul  qui  ne 
sache  que  la  traduction  de  M.  Godefro^  : 
«  Ainsi  fut  fait  du  soir  au  matin  le  premier 
jour,  le  second  jour,  etc.  »  est  tout  sjm* 
plement  un  contre-sens.  Moise  dit  :  «  Et  du. 
soir  et  du  matin  se  fit  le  premier  jour,  le 
second  jour,  etc.,  »  c'est-à-dire,  que  de^ 
douze  heures  appelées  foir  et  des  douz<} 
heures  appelées  mo/tn,  se  fit  chacun  des  jours 
génésiaaues. 

De  telles  ressources  font  peu  d'honneur  à 
un  svstème. 

.  A  la  fin  de  l'article  Godeitrot,  nous  avons 
déjà  fait  voir  que  le  quatrième  et  le  cin- 
quième verset  ne  j>ermettént  aucun  dout3 
sur  l'existence  du  jour  ordinaire  dès  le  pre- 
mier acte  de  la  Toute-Puissance  créatrice. 
Dieu  sépara  la  lumière  des  téfkeb'res  (ordon^ 
nasU  qu'elles  se  succédassent  Fune  à  Vautre. 
ajoute  le  P.  de  Carrières),  et  il  donsM  à  la 
lumière  le  nom  de  jour  et  aux  ténèbres  le  no» 
de  nuit.  Telle  est  Torigine  du  grand  phéno* 
mène  de  la  succession  du  jour  et  de  la  nuit; 
cette  succession  admirable  de  la  lumière  et 


771 


JOU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


lOU 


7?. 


des  ténèbres,  Hotse  tient  à  la  simaler  comme 
un  effet  de  la  puissance  du  Très-haut  ;  c*est 
Dieu  qui  t'a  établie»  et  si  nous  en  sommes 
peu  frappés,  c*est  qu*il  n'est  point  de  phé- 
nomèue  avec  lequel  nous  soyons  plus  fa- 
miliarisés ;  mais  pour  qui  y  prend  garde,  il 
n'en  est  point  déplus  merveilleux.  Moïse  en 
précise  rinstitution  en  termes  qui  ne  lais- 
sent aucun  doute  possible.  Dieu  sépare  la 
lumière  des  ténèbres  à  l'instant  même  où  il 
vient  de  prononcer  le  fiât  lux;  à  peine  cette 
sublime  parole  est-elle  dite,  que  l'ère  d'un 
monde  nouveau  a  commencé,  laquelle  se 
composera  d'une  succession  indéfinie  de 
jours  et  de  nuits.  Parmi  les  périodistes,  les 
uns  se  sont  tus  sur  ces  versets^  comme 
M.  Godefroy;  les  autres  ont  balbutié, 
comme  M.  Marcel  de  Serres  (t.  I*%  p.  12  et 
(0).  Ils  ont  compris  que  cette  désignation  si 
incontestable  du  jour  et  de  la  nuit  et  de 
leur  succession  dès  le  premier  jour  géné- 
siaque,  c'est-à-dire,  pour  eux,  dès  la  pre- 
mière époque,  est  une  chose  assez  embar- 
rassante dans  leur  système.  A  quoi  bon,  en 
effet,  mentionner  le  jour  et  la  nuit  et  leur 
succession,  trois  immenses  époques  avant 
la  création  du  soleil,  pendant  lesquelles  la 
lumière  régna  sans  partage,  comme  dit 
M.  Godefroy  ? 

Moïse  aurait  dû  réserver  cette  mention 
pour  la  quatrième  époque  :  c'était  si  bien  là 
sa  place.  S*il  ne  l'a  pas  fait,  c'est  aue  les 
jours  génésiaques  sont  des  jours  orainaires 
et  non  des  jours-périodes  (584). 

Il  ne  fut  jamais  rien  imaginé  de  plus  con- 
traire à  l'esprit  et  à  la  lettre  du  récit  de 
Moïse  que  lesjours-péricdesj  ni  de  plus  op- 
posé en  même  temps  à  ht  science.  On  veut 
que  les  six  jours  soient  six  époques;  mais 
pourquoi  donc  six  époques  seulement,  lors- 


jusqu'à  Tétage  subapennin.  Citons  les  pro- 
pres paroles  du  plus  savant,  du  plus  emi- 
nent  paléontologiste  de  notre  époque  :  <  Une 
première  création,  dit  M.  A*  (fOrbigny, 
s'est  montrée  avec  Tétage  silurien.  Après 
l'anéantissement  de  celle-ci,  par  une  cause 
géologique  quelconque ,  après  un  laps  de 
temps  consiaérable,  une  seconde  création  a 
eu  lieu  dans  l'étage  dévonien,  et  successi- 
vement VINGT-SEPT  FOIS  DES  CBiATIONS  DIS- 
TINCTES SONT  VENUES  BEPEtPLEE  TOUTE'  LA 
TBEEB  DE  SES  PLAINTES  ET  DE   SES  ANIMAUX ,  h 

là  suite  de  chaque  perturbation  géologique 
qui  avait  tout  détruit  dans  la  nature  vivante. 
Tel  est  le  fait,  le  fait  ceetain,  mais  in- 
compréhensible ,  que  nous  nous  bornons  à 
constater,  sans  chercher  à  percer  le  mystère 
surhumain  qui  Tenvironne  (S85).  » 
«  Quand,  sur  les  lieux,  dans  les  étages  qui 

(584)  La  forme  dn  globe  terrestre  et  son  aplatis- 
Mineni  aux  pôles  indiquent  suffisamment  i^"'u  a  dû 
tourner  autour  du  soleil  dés  Torigioe  de»  choses. 
Or,  d*aprés  la  Genè$e ,  cet  astre  n'aurait  été  fait 
qu*apréâ  les  végéuux ,  et ,  comme  on  trouve  des 
Ira4'4;8  de  végétaux  dans  les  terrains  de  transition,  il 
s'ensuivrait  que  la  terre  aurait   tourné  sans  soleil 


'se  sont  succédé  régulièrement,  on  cherthe 
le  mode  de  distribution  de  ces  faunes  suc* 
cessives ,  on  trouve  toigours  que  dans  les 
dernières  couches  de  l'étage  inférieur  s'ar- 
rête  la  faune  de  cet  étage  ;  que  le,  elle  8*est 
entièrement  anéantie  :  car  les  premières 
couches  fossilifères  de  l'étage  qui  le  reconm 
renferment,  de  suite,  des  êtres  très-diffé- 
rents des  premiers,  et  constituent  une  faune 
distincte  de  la  faune  de  l'autre  étage.  It  ré- 
sulte de  ces  faits,  que  tout  le  monde  peut 
constater  dans  la  nature,  et  à  tontes  les  épo- 
ques géologiaues,  que  chacun  démêlages  qui 
se  sont  saccédé  dans  les  âges  du  monde* 
renferme  sa  faune  spéciale,  bien  tranchée, 
distincte  des  faunes  inférieures  et  supérieu* 
res,  et  que  ces  faunes  ne  se  sont  pas  snccé- 
dé  par  passage  de  forme  ou  par  remplace- 
ment graduel,  mais  bien  par  anéantissemeot 
brusque.  Comme,  en  effet,  on  ne  rencontre 
nulle  part  de  transition  d'une  faune  spécifi- 
que k  une  autre,  au  contact  de  deux  âm 
successifs  ;  que  les.  êtres  se  sont  succède  ï 
la  surface  du  globe,  non  par  modificatkui 
de  formes  animales,  par  passage ,  mais  bioo 

[)ar  extinction  des  espèces  existantes ,  et  pir 
e  renouvellement  des  espèces  à  chaque 
énoque  géologique,  l'extinction  des  espèces 
d  une  faune  à  chaque  étage  est  évidemment 
un  tait  général  aue  contirrae,  sar  tous  les 
points  du  globe,  l'infection  des  limites  des 
étages,  et  qui,  en  aucune  manière,  nepeat 
être  révoqué  en  doute,  (586).  » 

«  Sur  tous  les  noints  où  il  v  a  diseor* 
dance,  dit  un  peu  plus  loin  le  même  anteuri 
nous  trouvons  les  limites  tranchées  entre  les 
étapes  géologiques  superposés,  et  les  faunei 
qu'ils  renferment.  Sur  tous  les  points  où  h 
concordance  existe,  où  les  étages  se  soot 
succédé  régulièrement,  dans  leur  ordre  natu- 
rel chronolugique,  dans  tous  les  terrains  ja- 
rassiques  des  côtes  du  Calvados,  des  Deui* 
Sèvres  et  de  la  Charente -Inférieure;  dans 
tous  les  étages  jurassiques  et  crétacés  des 
Alpes  ;  dans  les  étages  triasiques,  jurassi* 
ques,  crétacés  et  terliaires  superposés  saas 
lacune  et  sans  grande  discordance,  des  Vos- 
ges  jusqu'en  Touraine,  ou  dans  vingt-deui 
étages  sur  vingt-sept,  que  trouvons-nous  en- 
core? Nous  remarquons  que  sur  les  points 
concordants,  les  étages  sont  aussi  bien  mar- 
qués, et  qu'ils  r^iferment,  comme  leséta^^ 
discordants,  des  faunes  spéciales  distincîeSf 
s'arrètant  aux  mêmes  limites.  Da  reste, 
quand  nous  voyons  que ,  depuis  notre  épo- 
que, aucune  espèce  n  a  disparu  de  la  faone 
actuelle,  on  ne  pourrait  expliquer  les  fan* 
nés  successives  des  étages  concordants  des 
régions  non  disloquées  sans  des  effets  gé- 
néraux produits  par  une  dislocation  partielle 
d'un  point  quelconque.  Il  est  donc  évident 
que  Feffet  prévu  aux  causes   géologique 

pendant  toute  la  période  des  terrains  primiti/i^  et  ^ 
Iranâîlion.  L*arffument  lire  de  raplati&semeot  v 
la  terre  ans  pôles  est  pcremploîre  contre  TopiaioA 
des  jourê-pénodes, 

(585)  Court  ilém.  ât  Paiéontotogit^  U  II,  p.  tdl. 

(586}  Ibid.,  p.  25i. 


773 


iOU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


JOU 


TU 


s'est  réalisé  sur  tous  les  points,  puisque  des 
bassins  géoIogicTues,  restés,  pour  ainsi  dire, 
intacts,  sans  dislocation  apparente,  pendant 
la  plus  grande  partie  des  Ages  du  monde, 
n'en  remennent  pas  moins  des  faunes  aussi 
distinctes  que  les  points  disloqués.  Ce  lait 
reste  donc  définitirement  acquis  à  la  science» 
que  les  bunes  terrestres  et  marines  ont  été 
anéanties  à  chaque  époque  géologique  ;  que 
dès  lors  chaque  cnangement  chronologique  de 
laune  dans  les  étapes  dénote  une  perturba- 
tion géolo^que  universelle;  et  que  cesfaunes 
successives,  composées  d'espèces,  sont  les 
caractères  les  plus  constants  qu'on  puisse 
invoquer  pour  distinguer  les  divers  âges  géo- 
logiques des  couches  stratifiées  depuis  le 
commencement  de  Vanimalisation  sur  le 
globe  terrestre  (587).  » 

Rien  ne  sera  plus  facile  que  de  constater 
ce  faiit  pour  chacun  des  vingt-sept  éta^ifes  qui 
composent  Téchelle  des  terrains  fossilifères 
et  dont  on  trouvera  Thistoire  dans  autant 
d'articles  de  ce  Dictionnaire. 

En  présence  de  ee  résultat  le  plus  incontes- 
table de  la  science,  on  ne  peut  que  déplorer 
Taveuglement  de  ces  savants  qui  s'obstinent 
â  chercher  une  cosmosonie  dans  le  pre- 
mier diapitre  de  la  Gèni$e^  et  qui  ont  ima- 
giné les  j&urê-époque$f  prétendant  concilier 
ainsi  avec  le  teite  sacre  les  découvertes  de 
la  science,  la  formation  des  terrains  et  Ten- 
sevelissement  des  fossiles.  Quand  cette 
triste  théorie  s'est  introauite,  la  géologie 
et  la  paléontologie  étaient  encore  au  ber- 
ccau«  Ces  deui  sciences  ont  singulièrement 
progressé  depuis  Deluc,  et,  à  mesure  qu'elles 
ont  avancé,  les  difficultés  se  sont  multipliées 
contre  le  système  prétendu  conciliateur.  Il 
M  reçD  d'abord  un  orand  échec,  lorsqu'il  y 
a  quelques  annéest  »^  télescope  de  Ross  fit 
voir  des  étoiles  parfaites  là  où  Ton  préten- 
dait voir  de  la  matière  nébulaire  et  diffuse 
qui  se  transformait  en- mondes  nouveaui,  et 
aujourd'hui  enfin  ce  système  reçoit  le  coup 
de  ^âce  par  les  découvertes  de  la  paléonto- 
logie, qui  démontre  avec  la  dernière  évi- 
dence, et  par  des  preuves  de  fait,  que  ce  ne 
sont  jpas  six  époques^  six  révolubons,  six 
créations  seulement  qu'il  faudrait,  pour 
concilier  Moïse  avec  la  science,  mais  vingt- 
sept  au  moins  pour  expliquer  la  destruction 
et  le  renouvellement  des  êtres  organisés, 
«dmaiix  et  végétaux,  à  la  surface  de  notre 
frianèle. 

Dans  ces  vingt-sept  époques,  ne  sont  point 
comprises  la  première  et  la  seconde  époque, 
4m  le  premier  et  le  second  jour  de  la  Genèse. 
Ces  deux  époques-là ,  la  science  ne  peut  les 
atteindre.  Aussi  l'imagination  de  nos  oosmo- 
gonistes  y  est  à  l'aise.  Toutefois ,  il  s'en  faut 
que  ee  qu'ils  en  ont  dit  soit  à  l'abri  de  tout 
eontrAle,  comme  nous  l'avons  montré  à  l'ar- 
ticle GoDBFROT,  et  comme  nous  le  ferons 
▼oir  encore  à  l'article  Maegbl  de  Sbeabs, 
etc.  Afrivé  à  la  troisième  époque,  l'embarras 
devient  sérieux.  Les  partisans  des  joiirv-p^ 
ricdee  ne  voudraient ,  dans  les  terrains  pa^ 


léozoiques,  que  des  végétaux;  Moise  ne 
mentionne,  en  eflet,  le  troisième  jour,  que 
la  création  des  plantes.  Hais,  dans  ces  pre- 
miers terrains  fossilifères,  n'ya-t-11  effective- 
ment que  des  végétaux?  Il  le  faudrait,  pour 
les  besoins  du  système ,  mais  voilà  qu'A  s'y 
trouve  une  faune  de  plus  de  3,180  es|)èces. 
Avant  l'apparition  des  êtres  organisés ,  il  fal* 
lait  que  les  continents  fussent  devenas  stables, 
que  les  mers  fussent  circonscrites,  que  la  tem- 
pérature f6t  propre  à  l'animalisation. 

«  Enfin,  dit  un  profond  observateur,  la  Toute- 
Puissance  créatrice  se  meta  l'cBUvre;  les  conti- 
nents se  couvrent  de  végétaux  :  les  mers  ren- 
fermentdans  leur  sein  de  nombreux  animaux* 
Tous  ces  êtres  ont-ils  été  créésà  la  fois  ou  suc- 
cessivement? Ont-ils  couvert  tout  le  glol>e  à  la 
fois  ou  se  sont-ils  répandus  peu  à  peu  dans  les 
mers?  Telles  sont  les  deux  graves  questions 
que  nous  devons  d'abord  nous  adresser,  en 
cherchant  à  y  répondre.  Pour  que  l'harmonie 
de  l'ensemble  existât  dans  la  nature ,  il  fallait 
que  tous  les  êtres  fussent  créés  à  la  fois , 
cartons  vivent  aux  dépens  les  uns  des  autres 
On  sait  que  beaucoup  d'animaux  vivent  de 
débris  de  végétaux ,  et  que  le  plus  grand 
nombre  se  nourrissent  u'êtres  plus  petits: 
c'est  au  moins  la  loi  générale  actuelle.  Ce 
fait, doit  faire  croire  aprjort ,  que  les  plantes 
et  les  animaux  ont  été  créés  à  la  fois.  Cest 
aussi  ce  que  présente  la  nature  ancienne* 
puisque  les  mêmes  couches  renferment  si- 
multanément un  grand  nombre  d'animaux 
de  toutes  les  classes  et  des  plantes  marines. 
La  première  question  semblerait  donc  être 
résolue,  par  le  raisonnement  aussi  bien  que 
par  les  faits,  dans  le  sens  d'une  création 
générale  simultanée.  Pour  répondre  à  la  se- 
conde question,  les  faits  viendraient  encore 
f trouver  que ,  lors  de  cette  première  anima- 
isation  du  glol>e,  comme  à  toutes  les  créa- 
tions suct^essives  qui  ont  suivi, les  êtres  ont 
été  créés  partout  à  la  fois  ;  car  on  trouve,  sur 
tous  les  points  du  globe ,  les  mêmes  êtres, 
les  mêmes  étages,  quelle  que  soit»  du  reste, 
la  distance  des  points  entre  eux  ;  et  les  formes 
animales  nées  en  Europe  avec  la  première 
animalisation  du  globe,  sont  identiques  à 
ci'lies  qu'on  trouve  dans  les  autres  parties 
du  monde.  Nous  devons  d'autant  plus  le 
croire  que  les  mêmes  résultats  se  montrent 
à  chacun  des  étages  qui  se  sont  succédé  de* 
depuis  le  commencement  du  monde  animé 
jusqu'à  présent,  et  notamment  quatre  fois 
dans  les  terrains  paléozoîques. 

«  Les  terrains  paléoxoiques  avaient  des 
continents  et  des  mers....  Toutes  les  classes 
marines  y  étaient  représentées,  et  il  n'y 
manquait  aucune  des  formes  types  de  classes 
que  nous  avons  aujourd'hui  ;  toutes  soumises 
aux  mêmes  lois  que  les  êtres  actuels  par 
rapport  à  leurs  zones  de  profondeur  dans  les 
mers. 

«  Il  n'y  avait  pas  moins  d'animation  sur 
les  continents  :  des  insectes  nombreux  re»>i- 
rent  l'air  en  nature  par  des  trachées;  ues 
arachnides  respirant  par  des  poumons,  ani- 
maient, de  leurs  brillantes  couleurs  »  des 


iStT)  Cemn  éUmenlâre  de  P^éoatologie,  L  ii,  f,  SHS. 


"775 


JOI] 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


JOC 


776 


sites  où  se  déployait  tout  le  luxé  de  la  végé- 
tation (588). 

«  En  résumé, danâ  cette  première  période 

'  de  ranimalisalion  du  globe,  toutes  les  classes 

d*animaux  marins  6t  terrestres  avaient  déjà 

des  représentants,  excepté  les  mammifères, 

les  oiseaux  et  les  myriapodes.  Tous  les  modes 

'différents de  respiration  des  êtres  existaient: 

Teau,  par  des  branchies  ;  Tair,  en  nature ,  au 

'moyen  de  trachées  ou  de  poumons  (589). > 

Vailà  donc  les  animaux  contemporaiirs 
des  plantes  et  datant  de  la  même  époque,  et 

[)0urtanl,  d'après  la  Geniscy  interprétée  par 
es  périodistes,  les  animaux  n'auraient  été 
créés  qu*à  la  cinquième  époque  ou  le  cin- 
quième jour.  Le  système  est  donc  ici  en  fl£|- 
grante  contradiction  avec  les  faits  géologi- 
ques (590). 

Nous  avons  dit  que  les  es[)èces  animales 
de  la  période  de  transition  s'élevaient  à 
.3,180.  D'après  des  communications  faites  à 
M.  d'Orbiguy,  les  recherches  de  M.  Barande, 
sur  la  Bohème,  doivent  considérablement 
augmenter  les  faunes  de  Téta^e  silurien  in- 
férieur et  suiiéneur,  c'est-à-dire  le  premier 
étage  fossilifère. 

Durant  cette  période,  h  quatre  reprises 
différentes,  des  perturbations  géologiques 
énergiques  ont  détruit  tous  les  êtres,  et  Qua- 
tre lois  aussi  les  mers  sont  rentrées  aims 
leurâ  limiwa,  et  une  nouvelle  création  a 
remplacé  l'ancienne,  création  composée  d'es- 
pèces presque  toutes  différentes. 

Dans  les  terrains  triasigues,  beaucx)up  de 
, genres  éteints  durant  la  période  paléozo'ique 
ont  été  repipiacés  par  d'autres  au  moins 
aussi  nombreux,  et  toutes  les  espèces  y  sont 
^totalement  différentes.  Deux  fois  aussi,  après 
ranéanlissement  des  plantée  et  des  animaux, 
'une  nouvelle  création  repeuple  la  terre,  de 
plantes  et  d'animaux  différents  des  A)oqûes 
j)récédentes.  Première  apparition  aes  oi- 
seaux, des*  tortues,  des  crustacés  décapodes 
*et  des  céphalopodes  acétabulifères. 

Lés  terrains  jurassiques,  qui  suivent  im- 
médiatement la  p(Sriode  triasique,  renfer- 
ment plus  de  4,000  espèces  d'animaux  entiè- 

»  ■*  * 

(588)  Coléoptères,  licmiptères,  lépidoptères,  ap- 
tèi*es,  névropleres. 

(589)  Cours  éUmenlaire  de  Paléontolo^ ,  p.  St83. 

(590)  Â  propos  de  rapp.irition  des  animaux  dans 
les  plus  bass>es  couches  des  lerraius  de  irantition^ 
les  éditeurs  du' quinzième  volume  des  Démomlra" 
Hors  étangéliqnes,  publiées  par  M.  Tabbé  Miffne,  ont 
essayé  de  répondre  an  docteur  Bnekland  quj  faisait 
au  système  de  M.  Marcel  de  Serres  Tobjection  sur 
laquelle  nous  insistons  en  ce  moment.  Malgré  le 
retours  à  I9  science  du  P.  Pianciaid,  rien  n'est  plus 
faible  que  cette  réponse  et  ne  démontre  mieux  les 
embarras  d*une  fausse  voie  dans  laquelle  on  6*est 
engaj^é.  L*auleur  de  la  Note  s^exprime  ainsi  en  ter- 
minant ses  ^considérations  :  t  Enlin,  il  est  une  ob- 
serraiion  bien  simple,  qui  enlèTc  complètement  toute 
difficulté;  cette  observation,  la  voici  :  Moïse  nous  dit 
Meu  que  Forgamsation  de  notre  globe  a  en  lien  en 

-è\x  époQucs  (c'est.justemeut  ce  qui  est  en  question) 
.«t  il  indique  à  grands  traits  les  résultats  progressifs 
.de  Taction  «^.riatrice  pendant  chacune  de  ces  pério- 
jdns;  mais  il  ne  dit  rien  des  révolutions  géologiques 
ddiit  on' a  trouve  les  vestiges  dans  Ics  cniraifies  de 
la  terre  ;  il  ne  dit  pas  qu  il  y  ail,  eu  un  cataclysice 


rcment  différents  des  animaux  des  périodes 
antérieures  et  postérieures. 

Ce  nombre  se  divise  en  dix  zone$  supei;^ 
posées,  formant,  dans  Tensemble  des  ter*^ 
rains  jurassiques,  autant  de  faunes  chrono- 
logiaues  ou  d'époques  qui  se  sont  succédé 
régulièrement  les  unes  aux  autres. 

Chacune  de  ces  dix  zones  a  montré  une 
faune  spéciale,  distincte  de  celle  des  zones 
inférieures  et  supérieures,  qui  constitue  un 
étage,  une  époque  bien  caractérisée,  de  la 
même  valeur  que  Tépoque  actuelle. 

A  la  suite  des  terrains  jurassiques  vien- 
nent les  terrains  crét&cés,  caractérisés  par 
plus  de  5,000  espèces  d'animaux  entièrement 
ditTérents  des  animaux  des  périodes  anté- 
rieûréis  et  postérieures.  Ce  nombre  se  divise 
en  sept  zones  superposées,  formant,  dans 
Tcnsemble  des  terrains  crélacés,  autant  de 
faunes  chronologiques  ou  d*ét)oques  qui  se 
sont  succédé  régulièrement  les  unes  aux 
autres.  Chaque  zone  a  montré  une  ISsiinc 
spéciale,  distincte  des  zones  inféiieures  et 
^ufiéHeUres,  qui  constitue  un  étage,  une 
époque  bien  caractérisée,  de  la  môme  valeur 
queVépoque  actuelle. 
■  Enfin,  au-dessus  de  la  i>ériode  erétario 
sont  les  terrains  tertiaires,  dans  lesquels  ii 
existe  plus  de  8,000  espèces  d'animaux  en- 
tièrement ditférents  des  animaux  des  nério- 
de3  antérieures  et  de  l'époque  actuelle.  Ce 
nombre  se  divise  en  cinq  zones  superpo- 
sées, formant,  dans  Tensemble  des  terrains 
iertiaires,  autant  de  faunes  chronologiques 
ou  d'époques  qui  se  sont  succédé  régulière' 
ment  les  unes  aux  autres.  Chaque  zone  a 
montré  une  faune  spéciale,  distincte  des 
.zones  inférieures  et  supérieures,  qui  consti- 
tue un  étage,  une  époque  bien  caractérisée, 
de  la  même  valeur  queVépoque  actuelle. 
.  Nous  le  demandons  encore,  que  devient  la 
prétendue  conciliation  de  la  ueniêt  avec  la 
science,  en  présence  de  cette  succession 
d*ètres  organisés  anéantis  vingt-sept  fois  et 
vingt-sept  fois  créés  de  nouveau,  et  chaque 
fois  avec  une  faune  et  une  floie  presque  en- 
tièrement nouvelles?  Moïse  ne  mentionne 

â  la  (in  de  Tépoque  où  fût  créé  le  ré|[nc  végéui, 
puis  un  autre  après  la  création  des  poissons ,  eu;. 
(En  effet  il  ne  dit  pas  un  mot  de  ces  vingusept  cata- 
clysmes dont  noue  parlions,  tout  à  Tbeure;  mais  sa 
.contraire  à  la  Un  de  cluique  jour  génësiaqiie  le 
Gréalcur  s'applaudit  de  ^on  œuvre  €^  Ja  trouve 
bonne.)  La  science  moderne  ne  le  dit  pas  davaniaM* 
11  se  peut  donc  fort  bien  que  les  terrains  de  traûf- 
ffoif ,  ofi  sont  ensevelis  pèle-mélé  les  premiers  d^ris 
végétaux  et  animaux,  aient  été  formes  après  la  crt^ 
tion  d*une  partie  du  r^e  animal,  ac  qu'aucun  botf- 
leverseiiient  ne  soit  arrivé  lorsque  les  plantes  cou- 
vraient seules  la  face  de  la  terre.  >  Il  est  vrai  <|a^ 
la  science  ne  dit  pas  plus  ^ue  Moïse  c|u*il  y}^  ^ 
un  cataclysme  après  la  création  du  ré^ne  vcgéult 
unis  un  autre  après  la  création  des  poissons,  etc., 
la  science  constate  des  faits  et  non  les  songes  drs 
cosmogonistes.  Des  la  première  conehe  fôssîliie^t 
elle  trouve  des  animaux  avec  des  végétaux,  le  méttie 

{ihénomène  se  répète  jusqu'à  vtegt<-8ept  fois  dans 
'échelle  des  terrains;  eUe  prend  le  fait  natoitlk^ 
n^ent  comme  U  se  présente,,  et  préfère  un  fait  à  w 
révc,  fruit  d'une  imagination  égalée  dans  les  oéce«- 
sites  d'un  faux  système  q'ti  ne  vit  que  de  ficlion»* 


d 


m 


VU} 


IT  HKPALMNIWiOCiB. 


JOU 


lié. 


qu'une  ieule  erétrtioii  de'YégétAuit  ot/d*a«*' 
près  les  ihre^tigatloiis  tfe  !a  science  le»  plus 
irréfragables,  il  aurait  existé  ringb^ept  flores 
toutes  différentes»  spécifiquement  et  cbrono- 
logiquement.  Kous  ne  voirons  dans  la  Genist 

Sue  deut  créations  d*ammaux  ;  ei  l'échelle 
es  terrains  nous  en  révèle  vin^sepi«  par- 
faitement caractérisées  par  des  espèces  toutes 
différentes.  Que  deviennent  les  jours-périodes 
au  milieu  de  ces  faits?  Comment  les  earacté'^ 
riser,  les  délimiter?  Quelle  peut  être  leur 
signification?  On  aura  beau  tourmenter  le 
teitc,  il  n'en  sortira  jamais  vingt-sept  créa* 
tions  et  vingt-sept  anéantissements  d'espèces 
animales  et  végétales  autant  de  fois  diOnren- 
tes.  Si  le  vèspere  marque  un  cataclysme,  une 
destruction,  et  fe  nianv,  un  renouTcIlement, 
une  création,  il  n*j  a  dans  la  Genêie  que 
trois  veâptre  et  autant  de  mane  dont  on 
puisse  tirer  parti  pour  expliquer  Tappari- 
tion  des  fitres  organisés  et  leur  anéantisse- 
ment. Il  T  a  loin  dé  là  au  tableau  que  les 
décourertes  paléontologiques  nous  présen- 
tent. Et  puis,  nous  devons  lé  redire,  cette 
signification  de  catastrophe,  donnée  au  mot 
Ttspere^  est  repoussée  par  cette  formule,  ré- 
pétée après  chaque  création  :  Et  vidit  Deui 
quod  t9$H  honum. 

Si  les  jours  démiurgiques  sobt  des  époquei^ 
lîiomme  appartient  donc  A  deui  époques,  à 
la  sixième,  qui  est  celle  où  il  a  été  créé,  et  à 
la  septième,  qui  dure  encore.  La  Genisei 
après  avoir  mentionné  la  création  des  ani- 
maux terrestres,  des  reptiles  et  de  Tbomme, 
termine  par  la  formule  ordinaire  :  Il  y  tut 
un  soir  et  un  matin^  et  f^  fe  sixième  joùr^ 
Quel  que  soit  Tinstant  que  les  partisans  des 
y/7iirj-^^r/o(fe9 choisissent  dans  cette  sitième 
époque,  pour  y  placer  4a  création  de  Thom- 
jiie^  ils  ont  à  résoudre  une  difficulté  à  la- 
quelio  il  ne  nous  parait  pas  facile  de  répon- 
oro  d'une  manière  satisfaisante.  Il  est  na- 
turel, sans  doute,  d'admettre  que*  le  eom- 
inencement  de  chaque  époque  est  caractéri- 
sé par  une  création  particulière  ;  c'est,  du 
reste,  ce  que  soutienuent  les  savants  dont 
nous  combattons  en  ce  moment  l'opinion; 
ainsi  lé  commencement  du  premier  jour  est 
marqué  par  l'apparition  de  la  lumière,  celui 
du    second  jour,  par  la  création  du  firma- 
ment ;  ainsi  desjours  qui  suivent.  11  serait 
tout  à  fait  arbitraire  aexcepter  le  sixième 
jour^  et  de  refuser  d'admettre  que  le  oom* 
inoncement  de  cette  époque  a  été  signalé  par 
l<i   création  des  animaux  terrestres  et  par 
celle  de  l'homme.  Mais  alors  l'homme  a  donc 
travecsé  toute  cette,  sixième  époque,  et  nous 


.  Selon  ia  Grnike^  les  bêtes  de  la  terre,  les  » 
reptiles,  4es  animaux  domestiques,  ont  été 
créés,  ainsi  que  Tbomme,  le  sixième  jour. . 
Or,  les  restes  fossiles  de  ces  animaux  ont 
été  entassés  dans  les  terrains  tertiaires  et 
supérieurs,  tels  que  les  gypses  du  bassin  da 
Paris,  etc.  Comment  se  fait-il  qu'il  ne  se 
trouve,  dans  ces  mêmes  formations  géologi-* 
ques,  non-seulement  aucun  ossemeut  appar^-^ 
tenant  à  Thomme,  mais  même  aucun  monu- 
ment de  SOH  industrie?  Et  puis  ces  terrains 
étant  le  résultat  de  dépôts  lents  et  successifs, 
leur  formation  a  nécessairement  exigé  un 
grand  nombre  de  siècles.  Et  Tbomme,  qui 
est  de  la  môme  époque,  aura  subsisté  pen- 
dant cette  longue  durée  !..  Pour  éviter  cette 
difficulté,  établira-t-on  deux  époques  dans 
une  époque  ?Dira-t-on  que  Dieu  créa  d'abord 
les  animaux  terrestres,  puis  l'homme  beau- 
coup plus  tard  7  Mais  sur  quoi  fonderait-on 
cette  aivision  d'une  époque  en  deux,  quand 
Moïse  réunit  cette  double  création  en  un^ 
seul  jour,  en  une  seule  époque?  Rien  ne 
serait  plus  arbitraire  que  de  prétendre  quo 
les  animaux  des  terrains  tertiaires  ont  été 
créés  au  commencement  du  sixième  jour  et 
ont  traversé  toute  cette  longue  période,  mais 
que  l*homme^  rapporté  à  cette  même  époque 

Str  Moïse,  n'est  venu  qu'après  la  formation 
e  ces  mêmes  terrains,  c'est-à-dire  après  un 
intervalle  de  temps  extrêmement  considéra- 
ble. L'avènement,  la  création  de  l'homme 
marquerait  donc  la  fin,  le  soir  de  cette 
sixième  époque  ?  Le  mot  soir  aurait  dons 
ici  un  sens  tout  différent  de  celui  qu'on  lui 
donne  dans  les  autres  versets,  ce  que  rieu 
ae  justifie  (591). 

Nous  disons  qu'il  est  impossible  de  rap- 
porter la  création  de  l'homme  à  la  mètofi 
époque  que  celle  des  mammifères  ensevelis 
<Mns  les  terrains  tertiaires,  il  est  démontré 
en  effet  de  la  manière  la  plus  irrécusable  et 
par  les  faits  les  plus  positifs  de  la  science^ 
que  ces  animaux  ont  été  anéantis  et  créés  de 
nouveau  jusqu'à  cinq  fois  avant  l'apparition 
de  l'homme,  puisqu'on  ne  trouve  aucun 
vestige  de  celui-ci  dans  les  étages  oii  sont 
entassés  en  si  grand  nombre  les  débris  fos- 
siles des  mammifères.  Le  texte  est  donc  id 
en  contradiction  avec  la  science,  puisqu'il 
lait  de  Thomme  le  contemporain  des  ani- 
maux mammifères  et  qu'il  place  son  avène- 
ment à  la  même  époque  que  ces  derniers*  . 
Il  y  a  plus.  Les  ftunes  et  les  flores  de  ces 
cinq  étages  tertiaires  sont  toutes  tropicalest 
aussi  bien  dans  les  régions  polaires  que  sous 
la  zone  torride.  Ainsi,  pour  en  citer  un 


voilà  rejetés  hors  des  temps  historiques exemple,  dans  le  dernier  étage  de  ces  ter- 
Ce   n^est  pas  tout.  Comment  arriver  à  la     rains,  l'étage  subapennin  qui  a  précédé  io^- 


septième  époque,  celle  du  repos  du  Créateur? 
Si  0ieu  s*est  reposé  immédiatement  après 
la  création  de  Tbommc,  son  dernier  ouvrage, 
sorti  de  ses  mains  au  commencement  de  la 
sixième  époque,  la  sixième  et  la  septième 
époque  se  confondent. 

(59f)  Quand  on  lit  attentivement  le  second  cba- 
pilre^  la  Gênàêe ex  ipi^on  arrive  au  19'  verset;  la 

firemiére  pensée  qui  se  présente  sptinlanément  à 
'espiU,  c*est  celle  de  la  création  tonte  récente  des 


médiatement  l'époque  actuelle,  la  France, 
l'Angleterre,  et  le  reste  de  l'Europe,  étaient 
peuplés  de  singes,  de  rhinocéros,  de  tapirs, 
d'éléphants,  d'hippopotames,  de  girafes,  etc., 
etc.  Le  cantcmnement  isotherme  des  faunes 
et  des  flores  est,  au  contraire»  le  caractère 

animaux  :  FormatU  igitur  Dominui  Deui  ae  numo 
cunciis  animantibus  îerrœ^  et  univertiê  volatUibm 
cœli,  adéuxil  ea  ad  Aéam^  nt  widerel  qitid  voeaM 
ea,  6Cc« 


DiCTIOVN.  PK    C0SU0G0:<IB  ET  PE  PALâOKTOLOGIlS. 


Sa 


m 


joo 


DICTIONNAIRE  W  COSMOGOKiS 


joe 


TU 


'eiLCIusif  dt  notre  époque.  Ce  ne  sont  donc 
(Kis  seulement  ces  anéantissements  et  ces 
renouvellements  successifs  d*animanx  mam- 
mifères ,  répétés  jusqu'à  cinq  fois ,  qui  ne 
permettent  pas  de  faire  remonter  la  création 
de  rhomroe  jusqu'à  ces  époques  reculées, 
mais  de  plus  il  existe  ce  caractère  si  dis- 
tinctif,  si  tranché,  entre  l'étage  subapennin 
et  l'époque  qui  le  suit  immédiatement  où 
l'homme  est  apparu,  l'époque  actuelle,  que 
.    les  lignes  isothermes  n'existaient  pas,  que 
;    la  faune  et  la  flore  de  cette  époque  étaient 
tontes  tropicales,  tandis  qu'à  l'arrivée  de 
f'homme  sur  notre  planète,  les  conditions  de 
la  température  et  la  distribution  de  la  cha- 
leur ont  été  profondément  modifiées.  C'est 
de  Tapparition  de  l'homme,  en  effet,  que 
date  1  établissement  des  lignes  isothermes 
dépendantes,  comme  on  sait,  de  deux  cau- 
ses :  des  lignes  de  latitude,  plus  ou  moins 
rapprochées  des  pôles,  ou  du  degré  d'élé- 
vation des  lieux  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer.  Aussi  les  grands  traits  de  dissemblance 
qui  existent  entre  la  faune  subapennine  et 
ta  faune  actuelle  sont  qu'avec  la  dernière 
époque  géologique  qui  nous  a  précédés  sur 
la  terre,  a  disparu  toute  l'uniformité  distri-. 
butive  des  êtres  qui  plaçait,  aussi  bien  dans 
les  régions  chaudes  que  dans  les  régions 
froides,  toujours  des  faunes  spéciales  aux 
zones  tropicales.  Loin  de  suivre  cette  mar- 
che, les  êtres  fossiles  de  l'étage  contempo- 
rain sont  absolument  distribués  comme  la 
-faune  actuelle ,  c'est-à-dire  qu'ils  suivent 
-toutes  les  lignes  isothermes  terrestres  et 
marines  qui  'existent  de  nos  jours  sur  les 
continents  et  dans  les  mers.  On  reconnaît 
partout  les  fossiles  de  l'époque  contempo- 
raine à  leur  identité  la  f>lui  positive  avec  la 
faune  locale  la  plus  voisine. 

La  conséquence  de  ces  faits  incontesta- 
■bles.  c'est  que  l'homme  n'a  pas  vécu,  n'a  pu 
'vivre  à  l'époque  subapennine,  le  dernier 
étage  des  terrains  tertiaires,  et  qu'il  n'a  pas 
eu  a  franchir  la  révolution  qui  a  terminé 
cette  époque  et  enseveli  dans  le  terrain  de 
cette  formation  tant  de  mammifères  qui  s'y 
sont  complètement  éteints  et  qui  n'ont  pas  été 
reproduits  dans  l'époque  actuelle.  L'homme 
n'ap|)artient  donc  pas  à  la  :sixième  époque, 
ou  bien  il  faut  en  exclure,  contrairement 
au  texte  sacré,  l'apparition  Jés  mammifères  ; 
c'est-à-dire  que ,  de  tous  côtés,  on  ne  voit 
qu'inextricables  embarras,  et  qu'il  est  dé- 
montré avec  la  plus  palpable  évidence  que 
la  théorie  des  jours-périodes  est  également 
inconciliable  et  avec  le  texte  de  la  Genèse , 
comme  les  cosmogonistes  l'interprètent,  et 
avec  les  découvertes  de  la  science.  .  , 

Nous  n'insisterons  pas  sur  des  considéra- 
tions de  divers  autres  ordres,  qui  nous  con- 
duiraient au  même  résultat.  Nous  en  avons 
dit  assez  pour  montrer  toute  l'inanité  de  ce 
système  qui,  du  reste,  aujourd'hui  n'a  plus 
guère  pour  partisans  que  ceux  gui  sont  res- 
%é^  en  arrière  du  mouvement  scientifique. 
^  M.  Marcel  de  Serres,  dans  son  livre  de  la 
Cosmogonie  dfi  fdotse^  a  soutenu  l'hypothèse 
des  Jours^riodes,  II  suppose  partout  que 


Mo'ise  a  fait  une  cosmogonie,  et  il  met  iionF- 
lamment  en  preuve  ce  qui  est  en  question. 
Nous  allons  le  laisser  parler  lui-même. 

«  Lorsque  la  science  cherche  à  comprec- 
dre  la  cosmogonie  de  Moïse,  là  plus  ancienne 
et  la  seule  raisonnable  de  toutes  celles  qui 
sont  parvenues  jusqu'à  nous,  elle  éprouve 
dès  le  début  une  difficulté  sérieuse.  Celle 
dilliculté  a  divisé  les  meilleurs  esprits  et  lei 
divisera  longtemps  encore.  Elle  tient  à  U 
manière  dont  on  aoit  placer,  dans  le  récit  de 
Moïse,  les  événements  géologiques  qui  a^ 
sont  succédé  ici-bas. 

«  D'après  certains  physiciens*  ces  éréne- 
ments  n'y  sont  pas  même  indiqués,  car  le 
législateur  des  Hébreux  n'était  pas  plus 
obliffé  d*en  parler  que  d'en  nier  l'existence: 
dès  Tors,  ils  doivent  être  compris  dans  celte 
période  indéfinie  qui  a  précédé  non-seule- 
ment la  disposition  de  la  terre  dans  son  élat 
actuel,  mais  celle  des  astres  de  notre  sjrslèŒe 
planétaire.  Selon  d'autres.  Moïse  aurait  dis- 
tingué deux  sortes  de  créations,  l'une  gén<^ 
raie  et  primitive,  qui  aurait  eu  lieu  dans  la 
période  indéterminée  écoulée  depuis  le  com- 
mencement des  temps;  ce  serait  pendant 
cette  période  que  tous  les  astres  et  par  con- 
séquent toute  la  matière  serait  sortie  da 
néant  à  la  voix  de  Dieu.  Là  seconde  création 
se  rapporterait  à  l'arrangement  particulier 
de  la  terre  et  des  autres  corps  célestes  de 
notre  système  planétaire»  dont  la  formation 
primitive  aurait  eu  lieu  au  commencement, 
a  Lors  de  cette  seconde  création,  ou  plutôt 
de  cette  disposition  nouvelle,  se  seraient 
succédé  les  événements  géologiques  dont 
le  récit  de  Moïse  nous  présente  l'exposé  fi- 
dèle jusqu'à  l'apparition  de  Tbomme.  ^ 

«  Cette  diversité  dans  la  naanière  d'inter- 
préter ce  récit  en  a  entraîné  une  autre  non 
moins  grande,  dans  le  mode  d'interprétation 
du  mot  hébreu  iom.  Les  uns  ont  pris  celle 
expression  dans  le  sens  le  plus  littéral,  c'est- 
à-dire  comme  un  jour  de  vingt-quatre  heu- 
res, et  les  autres,  au  contraire,  ont  supposé 
qu'il  désignait  plutôt  une  époque  indéter- 
minée. 

^  A  cet  égard,  chacun  a  le  droit  de  choisir; 
car  l'Eglise  n'a  rien  décidé.Ses  docteurs  sont 
divisés  sur  cette  question  aussi  bien  que  les 
savants.  Pour  ne  rien  dissimuler,  nous  di- 
rons que  dans  ce  moment  même ,  MM  Le* 
tronne,  Desdouits  et  Buckland  soutiennent 
la  première  hypothèse;  tandis  qu'avec Cham- 
pollion,  nous  avons  adopté  Topinion  con- 
traire, professée  du  reste  par  Deluc  et  Cu- 
vier. 

«  U  est  donc  d'un  très-haut  intérêt  p^ur 
savoir  si  la  cosmogonie  de  Moïse  s'accorvle 
ou  non  avec  les  iaits  géologiques,  de  déter- 
miner ce  qu'il  faut  entendre  par  les  six  jours 
mentionnes  dans  la  Genèse^  et  quelle  «iurée 
on  doit  leur  attribuer.  Ces  jours  doivent-ils 
être  considérés  ou  non  comme  des  périodfi^ 
de  temps  indéterminées,  et  convient-il  ^^ 
penser  que  la  création  a  été  successive  ou 
instantanée? 

«  Ces  questions,  étudiées  dans  ces  dernier^ 
temps  par  l'observation  des  ohénomènes  dd 


7S1 


JOU 


ET  »K  PAUS0KT0L0G1E. 


KHi 


rs2 


la  nature,  semblent  avoir  été  résolues  de 
manière  a  ne  laisser  aucun  doute  dans  les 
esjTits.  Les  résultats  obtenus  par  une  science 
qui  n*aTalt  pas  été  soupçonnée  des  anciens 
philosophes,  prouvent  que  la  création  n*a  pas 
en  lieu  d*un  seul  jet,  mais  a  été  successive. 
Dès  lors,  les  six  jours  doivent  être  des  es- 
paces de  temps  dont  il  est  impossible  de  fixer 
te  terme  et  la  durée.  Ils  ne  peuvent  être  du 
moins  des  jours  de  vingt -quatre  heures,  à 
raison  de  la  grandeur  et  de  rimportance  des 
événements  qui  s'y  sont  passés. 

€  Entre  les  créations  des  êtres  orgnnisés, 
plusieurs  révolutions  ont  anéanti  les  diver- 
ses générations  qui  ont  apparu  aux  différen- 
tes phases  de  la  terre.  Notre  planète  pacifiée 
a  reçu  les  êtres  qui  l'animent  maintenant, 
rfaomme  lui  a  été  donné  pour  maître  et  pour 
dominateur.  Comment  tant  de  modifications 
auraient-elles  pu  s*opérer,  et  un  si  grand 
nombre  de  générations  se  succéder  dans  des 
intervalles  de  temps  aussi  courts  que  le  se- 
raient les  six  jours  de  la  création,  si  on  les 
considère  comme  des  jours  de  vingt-quatre 
heures? 

4  Après  de  pareils  faits,  il  est  difficile  de 
ne  poi.it  admettre  que  d*aussi  grands  événe- 
ments ont  dû  exiger  des  espaces  de  temps 
bien  plus  longs.  Dès  lors  le  mot  iom  doit  ex- 
primer plutôt  des  époques  indéterminéesque 
des  jours  semblables  aux  jours  actuels. 

«  Pour  affaiblir  cette  conséquence  qui  dé- 
rive de  la  nature  des  choses,  on  a  supposé 
que  ces  révolutions  n'avaient  pas  dû  être 
▼iolentes,  puisque  leurs  traces  n  avaient  pas 
pénétré  une  grande  épaisseur  de  notre  pla- 
nète et  n'avaient  troublé  que  quelques  ré- 
gions peu  étendues.  Mais  a-t-on  oublié 
30  elles  apparaissaient  dans  tontes  les  parties 
a  monde,  comme  à  toutes  les  hauteurs  où 
nous  pouvons  porter  nos  pas  ?  Les  deux  hé- 
misphères, tous  les  continents,  toutes  les 
lies  offrent  des  traces  de  ces  révolutions  et 
de  nombreux  corps  organisés  fossiles*  Nous 
en  découvrons  les  restes  partout,  aussi  avant 
que  nos  travaux  nous  permettent  de  fouiller 
1  intérieur  de  cette  terre  sujette  à  tant  de  vi- 
cissitudes. 

«Produites  successivement,  ces  révolu- 
tions qui  ont  vu  nattre  et  périr  un  si  grand 
noml>f e  de  générations ,  ont  dû  exiger  une 
langue  suite  de  siècles.  Comment  pourrait-il 
en  «voir  été  autrement,  lorsqu'À  chacune  de 
ces  révolutions  correspond  une  série  d'es- 
pèces totalement  différentes  de  celles  oui 
avaient  été  ^lélruites  et  de  celles  oui  plus 
tard  ont  été  anéanties  ?  Mais  lors  même  quo 
toctes  ces  données  géologiques  ne  nous  se- 
raient pas  fimrùiss  par  l'observation  des  cou- 
ches terrestres,  il  suffirait  de  lire  avec  quel- 
que attention  le  texte  de  la  Genêêe^  pour  être 
convaincu  que  les  jours  de  la  création  ne  sau- 
raient être  assimilés  à  des  jours  ordinaires. 
L'expression  iom,  traduite  en  grec  par  ifuf«, 
en  latin  par  dies^  désigne  souvent  dans  ces 
trois  langues  une  époque  indéterminée,  com- 
prenant un  ensemble  d'événements  plus  ou 
moins  mémorables.  Rien  n'e»t  {dus  commun 
dans  FEcriture  que  cette  manière  de  parler. 


A  seb  yeux,  les  successions  des  siècles  son^ 
comme  un  seul  jour.  Mille  ans,  dit  le  pro- 

8 bête,  sont  comme  le  jour  d*bier  qui  a  passé. 
Daniel  prend  les  jours  de  la  semaine  pou;* 
des  années  dans  sa  fomeuse  prophétie  sur 
Tavénement  du  Messie. 

«  Saint  Paul  appelle  un  jour  tout  le  temps 
qui  est  donné  à  l'homme  voyageur  sur  la 
terre.  Saint  Pierre  dit  aux  jours  de  Noé,  ce 
qui  signifie  simplement  Tépogue  oîï  vivait  ce 
patriarche.  L'Eglise  nomme  lour  de  l'éter- 
nité, jour  éternel,  cette  ère  de  bonheur  sans 
fin  promise  aux  justes,  et  emploie  cette  ex- 

Eression  dans  ce  sens  dans  la  plupart  des 
ymnes.  Nous  donnons  également  au  mot 
jour  la  signification  d'épo(][ue,  et  c'est  ainsi 
que  nous  disons  les  beaux  jours  de  la  Grèce. 

«  Le  langage  de  Moïse  ne  saurait,  du  reste» 
être  compare  à  celui  du  physicien  ou  du  sa* 
vaut  qui  discute  sur  une  question  contro- 
versée. Encore,  même  sous  ce  rapport,  n'est- 
il  pas  dans  les  sciences  un  langage  de  con- 
vention qui,  s'il  était  pris  dans  son  sens  lit- 
téral et  rigoureux,  conduirait  aux  plus  graves 
erreurs?  L'ilnnuatr^  du  bureau  des  longitudes 
parle  constamment  du  cours  du  soleil ,  de 
son  lever  et  de  son  coucher,  quoique  dans 
l'opinion  des  savants  qui  le  rédigent  tout 
cela  ne  smt  qu'apparent. 

«  Ces  expressions  sont  aujourd'hui  telle- 
ment consacrées  par .  l'usage ,  que  ceux  qui 
s'en  servent  ne  réfléchissent  pas  plus  sur  leur 
véritable  sens  que  ceux  de  qui  ils  les  tien- 
nent. Il  y  a  plus,  tout  autre  langage  paraî- 
trait aux  uns  et  aux  autres  tout  au  moins  ex-: 
traordinaire,  si  ce  n'est  peut'^tre  ridicule. 

«  Dans  la  Genèse  (chap.  11,  v.  fc),  Moïse  em- 
ploie également  le  mot  iom  dans  le  sens  d'é- 
poque. Après  avoir  détaillé  les  œuvres  de  la 
crâtion,  il  en  ftdt  une  sorte  de  récapitula- 
tion, en  disant  :  TelUs  ont  été  les  générations 
des  êtres  au  jour  où  Dieu  créa  te  ciel  et  la 
terre, 

«  Or,  dans  ce  passage,  cette  expression  ne 
signifie  pas  un  jour  de  vingt'^uatre  heures, 
mais  plutôt  les  six  jours  ou  les  six  époques 
de  la  création.  Elle  comprend  donc  des  temps 
ou  des  époques  indéterminés.  D'ailleurs, 
ainsi  que  l'a  lait  observer  Deluc ,  comment, 
en  parlant  de  la  première  époque,  M(Hse  ao- 
rait-il  pu  l'assimiler  à  des  jours  de  vingt- 
quatre  heures,  puisque  ceux-ci  sont  mesu- 
rés par  des  révolutions  de  la  terre  sur  son 
axe,  en  présence  du  soleil,  et  que  cet  astre 
n'a  été  disposé  qu'à  la  quatrième  époque, 
pour  répandre  la  lumière  sur  la  terre?  Dès 
lors  McHîse  ne  pouvait  pas  compter  par  jours 
des  temps  où  les  jours  n'existaient  pas  en- 
core, et  il  ne  pouvait  pas  leur  donner  un 
soir  et  un  matin,  lorsque,  d'après  lui-même, 
il  n'v  avait  encore  ni  lever  ni  coucher  du 
soleil. 

«  Ajoutons  qu'aujourd'hui  même  il  existe 
une  grande  diversité  dans  la  manière  d*eO'>- 
tendre  ces  espaces  de  temps  que  nous  nom- 
mons jours.  Chez  certains  peuples,  ils  ne 
oomprennent  pas  vingt-quatre  heures,  mais 
uniquement  la  moitié  de  ce  temps,  tandia 
que  d'autres  les  conunencent  \  six  neures  du 


m 


lOV 


DICriOKHf  AHIK  DS  COSMOOONIS 


iO(^ 


m 


matin.  Cependant  «fans  Tusage  le  plus  géné« 
râl,  1  heure  de  minuit  est  fixée  pour  le  com- 
mencement et  la  fin  de  cet  espace  de  temps, 
en  sorte  que  la  journée  est  comprise  dans 
Tintervalie  qui  s*écoule  d'un  minuit  à  l'autre. 

«  Les  Indiens  distinguent  leurs  calpoê  ou 
leurs  jours  en  deux  ordres  :  les  uns  qu'ils 
considèrent  comme  humains  et  les  autres 
cbmme  divins.  Ils  ont  en  outre  des  calpas  de 
Brahma  bien  plus  loues  enc/Ore.  Un  seul  dé- 
signe la  durée  de  mille  younga^  c'est-à-dire 
lie  mille  de  ces  âges  après  chacun  desquels 
fe  monde  doit  finir  pour  reprendre  une 
tffxistence  et  une  forme  nouvelles^  Aussi, 
dans  le  style  oriental,  chaque  jour  de  la 
création  est  comme  un  calpas  d  une  durée 
indéterminée.  D'autres  raisons  non  moin$ 
évidentes  que  celles  que  nous  avons  nien- 
:Cionnées  semblent  prouver  qu'en  traduisant 
rexpression  hébraïque  iom  par  jour,  on  se 
jette  dans  des  difficultés  inextricables,  car  i) 
faut  pour  lors  prendre  tout  le  récit  de  la 
Création  à  la  lettre.  Comment,  en  adoptant 
cette  interprétation  purement  littérale,  ex- 
i)Iiquora-t-on  ce  passage  :  Dieu  nomma  la 
lumière  jour  y  et  les  ténèbres  nuii?{6enèsej  i, 
V.  5.)  C'est  la  lumière  qui  éclairait  pour  lors 
la  terre  dont  Moïse  entendait  parler,  car  il 
n*en  existait  pas  d'autre.  Le  soleil  n'avait  pas 
ehcore  reçu  son  atmosphère  lumineuse,  qui 
sSule  lui  a  permis  de  répandre  sur  la  terre 
ses  rayons  qui  l'éclairent  et  qui  réchauffent 
(^ar  leur  action  vivifiante.  l>ès  lors  le  mot 
tom  du  cinquième  verset  de  la  Genèse  ne 
^'applique  nullement  à  une  époque  détermi-» 
née  par  la  rotation  du  globe  autour  du  so- 
leil éclairant,  mais  à  la  lumière  primitive, 
(mi  à  la  seconde  époque  jaillit  à  la  voix  d0 
Bien. 

«Que  faut-il  donc  entendre  par  cette  ex- 
pression iom?  Ne  devons-nous  pas  dire 
avec  saint  Augustin  qu'il  ne  fiiut  pas  se  hâ- 
ter de  prononcer  sur  la  nature  des  jours  de 
la  création,  ni  affirmer  qu'ils  fussent  sem- 
blables à  ceux  dont  se  compose  la  semaine 
ordinaire?  Revenant  sur  la  même  idée  dans 
le  plus  fini  de  ses  ouvrages,  la  Cité  de  Dieu^ 
il  ajoute  qu'il  est  difiicile  d'imaginer  quelle 
était  la  nature  de  ces  jours.  Si  le  saint  doc- 
'teur  pense  gue  l'on  ne  peut  savoir  ce  qtie 
?«ont  les  six  jours  de  la  création ,  il  croit  que 
l'on  peut  affirmer  ce  qu'ils  ne  sont  pas.  Il 
•/iéclare  donc  qu'ils  n'étaient  point  sembla- 
bles aux  jours  ordinaires. 

«  L'opinion  de  saint  Augustin  s'accorde 
parfaitement  avec  celle  qu'ont  professée 
«aînt  Athanase  et  Origène.  Ces  docteurs 
ii'ont  point  partagé  l'opinion  de  saint  Bar- 
jiabé,  lequel,  poursuivant  ses  vues  allégori- 
ques, a  voulu  voir  dans  les  six  jours  de  la 
/Création  une  figure  de  tous  les  événements 
gui  doivent  se  succéder  sur  la  terre  jusqu'au 
jour  du  jugement.  A  ses  yeux,  ces  six  jours 
signifient  autant  de  milliers  d'années,  et  ces 
six  mille  ans  sont  le  terme  que  Dieu  a  mar- 
qué à  tous  ses  ouvrages. 

«  Il  y  aurait  de  Ja  témérité,  ainsi  que  Fa 
fart  observer  Chatopollion,  à  fixer  une  durée 
'ituelcônque  à  ces  six  périodes  €e  sont  des 


jourSf  mais  des  jours  à  la  manière  biUique, 
c'est-à-dire  des  époques  par  lesquelles^Ùoise 
a  voulu  désigner  les  opéralioas  successivei 
du  Créateur.  Ce  sont  les  six  journée  de 
Dieu,  ou  comme  dit  Bossuet,  six  progrès  par 
lesquds  le  monde  est  devenu  ce  ^qHI  estais 
jeurd'bui,  et  qu'on  ne  saurait  assimiler  i  dos 
jours  actuels. 

«L'ensemble  du  récit  de  Moïse  s^accorib 
parfaitement  avec  cette  interprétation ,  el 
surtout  ce  fuit  nesp^re  et  {hU  mone^qoi 
comme  un  refrain  revient  après  chaque 
journée.  Si  ces  tVm  étaientides  jours  ordi- 
naires, ils  ont  dû  avoir  ua  soir  et  im  malin. 
Pourquoi  donc  cette  redondance  inutile daos 
un  ouvrage  d'ailleurs  si  concis?  £Ue  sj 
trouve,  parce  que  Moïse  a  voulu  insister  m 
H  profonde  démarcation  qui  a  divisé  pir 
ères  les  temps  antérieurs  a  rhoauDe,eti 
complètement  séparé  chaque  époque  de  la 
suivante.En  répétant  à  chaque  iom  qu  li  aen 
son  soir  et  son  matin ,  il  an  a  fait  une  pé- 
riode à  part,  et  nous  a  ainsi  indiqué  qued» 
frands  bouleversements  l'oat  distingué  de 
ère  suivante,  ainsi  que  nous  rappreoDeal 
les  faits  géologiques, 

n  Un  dernier  argument  tiré  du  texte  doqs 
semble  décisif;  il  confirme  puissammem 
cette  manière  de  voir.  Après  chaque  joar> 
née,  l'écrivain  sacré  a  soin  de  nous  avenir 
par  les  mots  fuit  vespere  et  fuit  mané, qu'elle 
est  complètement  écoulée.  Mais  lorsqu  il  e^t 
question  de  la  septième  époquet  il  ^  l^^^ 
plus  du  soir  et  du  matin.  On  se  demande  b 
cause  de  cette  omission  et  d  une  eioe^ttioQ 
aussi  remarquable. 

-  «  Ne  serait-ce  point  parce  que  ce  jour  a» 
pas  encore  atteint  son  terme  et  sa  &n,  comoe 
eenrqu!  l'ont  précédé?  Dès  lors n'est-il  )>&) 
évident  que  ces  mois  lo  soir  et  le  oMiiQ 
désignent  uniquement  Ja  fin  ef  le  commeih 
cernent  d'une  période  ?  C'est  aussi  dans  k 
même  sens  qu  il  a  été  pris  par  Daniel,  \^' 
qu'il  dit  usque  ad  ve^eram  et  nutne  dits  éit 
milliatrecenti.  On  ne  peut  du  reste  doDiKC 
une  autre  réponse  à  cette  difficulté.  Kneffei. 
le  tel  te  de  k  Genèse^  si  incohéreat  d<(e 
l'opinioir  contraire,  devient  clair  et  préa» 
lorsqu'on  traduit  le  mot  iom  par  époque. 

«  On  trouve  ainsi  un  accord  remaniod»)^ 
entre  les  paroles  de  Moïse  et  ce  que  ^ 
science  nous  apprend.  Cette  série  de  |^ 
grès  ou  de  révolutions  successives  qui  i&t* 
ment  les  six  jours,  s'est  donc  terminée  |* 
une  septième  époque  de  repos,  qui  vli^ 
eu  encore  son  terme.  Celle-ci ,  qui  s  coe* 
mencé  après  la  sixième,  c'est-à-dire  aprè* 
l'apparition  de  l'homme,  dure  mainteMOt  ei 
constitue  la  période  historique  à  laqoelk 
nous  appartenons. 

ff  Ainsi  se  trouve  expliquée  l'absence  ô^ 
ce  vespera  et  mane^  lorsçiu'il  est  question^ 
la  septième  époque;  en  interprétant  de  cetf 
manière  le  texte,  on  est  frappé  de  ténén 
tien  pour  un  livre  dont  les  moiadresoaroleS 
-ont  une  si  haute  portée. 

«  Cette  opinion  est  loia  d*ètre  en  opp<^ 
tion  avec  les  doctrines  reli^peuses.  D'af^^^ 
tous  les  docteurs,  il  est  p^mis  de  voir  dafi^ 


m 


40U 


£T  DE  PALEONTOI.a£lE. 


iOU 


7S6 


h^  sii  jour$  .des  périodes  indétermioées. 
L'Eglise»  ainsi  que  nous  rappreaoeiU  Bos- 
suet  et  Frajrssinous,  a  laissé  ce  point  de  dis- 
cussion aux  reciierches  et  aux  investigations 
de  tous.  Nous  dirons  donc,  avec  ces  deux 
illustres  prélats,  que  la  chronolc^e  de  Moïse 
date  moins  de  Tinstant  de  la  cr&tion  de  la 
matièFe,  que  de  la  création  de  Tboinuie,  qui 
a  eu  lieu  h  la  sixième  époque.  Les  dates  ou 
les  supputations  d'années  que  nous  donne 
le  léipslateur  des  Hébreux  et  qui  forment  la 
chronologie  des  livres  saints,  ne  remontent 
pas  à  Torigine  de  Tunivers  ni  même  à  celle 
de  la  terre,  mais  uniquement  i  Torigine  du 
genre  humain. 

c  D*ua  autre  c6té ,  comment  pouvoir  se 
rendre  compte  de  ces  géné.*ations,  dont 
Tancienne  existence  est  attestée  par  tant  de 
.témoignages  conservés  dans  les  couches  de 
là  terre,  si  Ton  suppose  qu'elles  ont  été 
créées  et  anéanties  dans  t'espace  de  six 
jours  7  On  ne  peut  pas  non  plus  las  conce- 
voir comme  créées  dans  le  commencement 
4es  temps  et  dans  cette  période  indéfinie  qui 
a  précédé  la  disposition  actuelle  de  la  terre, 
car  évidemment  notre  planète  n'était  pas 
alors  susceptible  de  recevoir  les  êtres  nom- 
breux qui  s'y  ^nt  succédé  pendant  les  pé- 
riodes géologiques. 

«  Ceux  qui  se  sont  opposés  à  ce  mode 
d'interprétation  ont  bien  saisi  que  les  nom- 
jMreuses  couches  fossilifères  de  la  surface  du 
globe  ne  pouvaient  pas  avoir  été  déposées 
dans  des  périodes  aussi  courtes  que  le  se- 
raient les  six  jours  de  la  création.  Pour  les 
expliquer,  ils  ont  eu  recours  à  des  miracles 
bien  plus  étonnants  que  les  faits  qu'on  cher- 
che à  expliquer.  Les  uns  ont  soutenu  .que 
I>iea  avait  créé  tout  aussi  bien  les  fossiles , 
dans  leur  état  pierreux,  que  les  êtres  a«v 
tuellemeut  vivants.  D'autres  ont  observé  que 
relui  qui  avait  tiré  la  matière  du  néant  avait 
fort  bien  pu  en  disposer  toutes  les  parties  à 
son  gréf  et  lui  donner,  au  moment  même  de 
sa  création,  la  forme  et  les  dispositions  qui 
fdouTaieDt  lui  convenir.  Leirfiysicien  et  le 
Idéologue  se  taisent  devant  de  pareils  rai- 
sonnements, car  il  n'y  a  plus  rien  à  expli- 
quer lorsqu'on  parle  de  miracles. 

«  On  pourrait  cependant. faire  observer 
que  Dieu  a  donné  à  l'univers  les  lois  admi- 
niAes  qui  le  régissent  et  qui  y  maintiennent 
Tordre  et  l'harmonie;  aussi  dans  la  sagesse 
îofinîe  qui  a  présidé  à  l'établissement  de 
ces  lois.  Dieu  ne  s'est  jamais  écarté  des 
règles  ^ii'il  a  imposées  k  la  nature.  Depuis 
son  ongine,  l'univers  se  meut  d'après  les 
toémes  principes  et  est  entraîné  par  les  mê- 
mes forces.  Si  quelquefois. là  puissance  di- 
vine a  suspendu  ses  règles  immuables,  c'est 
nniquement  lorsqu'elle  a  voulu  frapper  l'i- 
magination des  hommes  et  vaincre-  leur 
incrédulité.  On  ne  voit  |)as  ici  quels  auraient 
pu  être  les  motifs  du  Créateur  pour  in.ler- 
Yeriir  et  suspendre  sans  nécessite  les  lois  de 
la  nature. 

«  Une  dernière  observation  a  été  adressée 
è  M.  Cahen  lorsqu'il  a  publié  sà  trailuetion; 
cjgnme  elle  est   telalire  k  notr^  manière 


d'interpréter  le  mot  tom,  nous  devons  7 
répondra.  On  a  objecté  que  Dieu  ayant  ter- 
miné toutes  ses  œuvres  a  la  septième  époi- 
que,  il  n'était  pas  présumable  qu'il  se  fAt 
reposé  pendant  tout  ce  temps;  un  jour  de 
vingt-quatre  heures  suffisant  a  cet  ésard.  Ce 
serait  se  faire  une  bien  faible  idée  de  la 
Divinité  que  de  supposer  qu'un  travail 
Quelconque,  même  celui  de  la  création  de 
1  univers,  pAt  être  pour  elle  un  sujet  de  fa- 
tigue. Tout  ce  que  r£criture  a  voulu  indi- 
quer, c'est  qu'à  la  septième  époque.  Dieu 
avait  terminé  toutes  ses  œuvres  et  qu'il 
l'avait  bénie  comme  celle  h  laquelle  il  avait 
cessé  de  produire  et  de  créer. 

«r  Cette  doctrine  est-elle  contraire  à  la 
sanctification  du  septième  jour  de  nos  scr 
maines,  institué  en  mémoire  du  repos  de  la 
septième  époque  ?  Nous  ne  saurions  le  penr 
sen  Nous  avouerons,  avec  M.  Cahen,  que 
nous  ne  pouvons  voir  dans  cette  interprér 
t&tion  rien  qui  attaque  cette  sanctification^ 
car  pour  nous,  comme  pour  ceux  qui  ne 
voient  autre  chose  dans  le  mot  tom  qu'une 
époque  indéterminée,  jour  consacré  au 
Seigneur  est  un  jour  à  oart«  un  jour  saint  et 
sacré. 

«  II  est  enfin  une  dernière  observation 
que  l'on  peut  adresser  à  ceux  qui  considè- 
rent le  mot  tom  comme  se  rapportant,  non  à 
des  époques  indéterminées,  mais  à  des  jours 
semblables  à  ceux  qui  composent  la  semaine 
ordinaire.  En  adoptant  cette  interprétation^ 
on  est  obligé  de  supposer  que  toutes  les  an«> 
ciennes  générations  dont  les  couches  ter- 
restres nous  ont  conservé  la  singulière  f^é- 
néalosie,  ont  été  formées  avant  la  création 
dont  Moïse  nous  a  tracé  le  récit,  opinion 
tout  à  fait  contraire  au  texte  de  TEcriture. 
Si,  4>our  éviter  cette  difficulté,  on  prétendait 

Sue  les  couches  fossilifères  sont  les  débris 
'un  ancien  monde,  on  ne  serait  pas  plus 
avancé;  car  il  est  dit  dans  ce  texte,  qu'on 
voudrait  toutefois  respecter,  ({ue  la  terre 
créée  au  commencement,  était  informe  et 
.dans  le  chaos,  lorsqu'il  a  plu  à  Dieu  d'en 
or(^aniserla  surface.  Comment  dès  lors  pou- 
voir admettre  que  le  globe  aurait  été  habité 
antérieurement  à  l'époque  oîï  il  a  reçu  tes 
dispositions  propres  à  permettre  à  la  vie 
d'y  déployer  toute  son  activité? 
.  «  Ces  difficultés  sont  tout  à  fait  insoluble^, 
si  l'on  suppose  que  le  mondé  a  été  créé  en 
six  jours.  Elles  s  évanouissent  au  contraire 
.en  donnant  au  mot  tom  un  sens  beaucoup 
plus  étendu,  ainsi  que  le  fait  la  Bible  elle- 
même  dans  une  infinité  de  passages  de  la 
jGenise  et  de  YExodéf  sens  qui  a  été  égale- 
ment adopté  par  Ezéchiel  et  Daniel.  Aussi 
préférons  -  nous  suivre  l'inlecprétation  )f 
plus  propre  à  concilier  les  phénomènes  na- 
turels avec  KEcriture  sainte. 

«  Nous  le  devons  d'autant  plus,  qu'il  est 
impossible  que  les  terrains  primitif  et  de 
sédiment  aient  été  produits  dans  l'espace  de 
.six  jours.  En  effet,  ces  derniers,  formés  par 
un  grand  nombre  de  couches,  aussi  diné- 
rentes  par  leur  nature  chimique  que  pat  \^ 
,  êtres  qu'elles  recèlent^  obé  oécc^saiMBieiîi 


7r 


JOU 


OICTIONNAIIIB  DE  COSMOGONIE 


iOU 


n 


exigé,  pour  leur  précipitation,  de  longs  in- 
nervai] es»  car  toute  disposition  en  couche 
indique  des  dépôts  lents  et  successifs  de 
substances  suspendues  dans  un  liquide.  Il 

7^  a  plus  :  ces  tranches  de  séparation  entre 
es  divers  dépôts,  originairemeut  horizon* 
taies,  ont  pour  la  pludart  été  dérangées  dans 
leur  position  primitive.  Elles  se  montrent 
plus  ou  moins  inclinées  et  souvent  même 
rerticales.  De  pareils  effets  annoncent  évi- 
demment qu  à  la  suite  de  leur  formation 
elles  ont  dû  être  bouleversées,  changement 
qui  a  dû  exiger,  dans  leur  inclinaison,  des 
intervalles  de  temps  plus  ou  moins  longs. 
«  La  diversité  de  nature  chimique  de  ces 
tranches  né  permet  pas  non  plus  de  douter 

au'ellés  niaient  été  formées  à  des  époques 
istfnctes  et  sans  doute  très-éloignees  les 
une^i  des  autres.  Les  êtres  fossiles  qu'elles 
recèlent  en  si  grand  nombre  viennent  encore 
à  Tappui  de  cette  assertion.  En  effet,  ces 
corps  organisés  changent  complètement  dans 
leurs  caractères  spéciflques,  suivant  la  si- 
tuation ou  la  profondeur  des  formations  où 
Us  sont  ensevelis.  Enfin  les  animaux  qui 
fourmillent  au  milieu  des  divers  dépôts  de 
sédiment,  s*jr  trouvent  dans  les  Ages  les 
plus  différeqts,  circonstance  qui  ne  peut 
guère  se  concilier  avec  une  création  aussi 
prompte  que  le  serait  celle  des  six  jours.  Les 
faits  physiques  nous  disent  donc  qu'il  s'est 
écoulé  un  long  intervalle  entre  la  première 
apparition  de  la  vie  sur  la  terre  et  celle  de 
l'homme,  et  de  plus  grands  encore  anté- 
rieurement à  ces  deux  époques. 

«  Après  cette  digression  peut-être  un  peu 
longue  mais  nécessaire,  résumons  succincte- 
ment les  faits  que  nous  venons  d'exposer. 
«  Il  en  résulte  évidemment  que  si  1  on  ne 
considérait  pas  le  mot  iom  dont  Moïse  s*est 
servi  comme  exprimant  une  époque  indé- 
terminée, on  ne  pourrait  pas  se  former  une 
idée  de  la  création  en  harmonie  avec  ce  que 
les  faits  physiques  nous  en  apprennent.  Si 
l'on  ne  voqlail  pas  suivre  cette  interpréta- 
tion, il  serait  à  peu  près  impossible  de  don- 
ner au  récit  d^  Moïse  un  sens  raisonnable, 
et  surtout  de  le  faire  concorder  avec  les  faits 
les  plus  positifs  et  les  mieux  démontrés.  On 

I^eut  apprécier  l'exactitude  de  la  Genèse  en 
'adoptant,  et  l'on  est  frappé  de  l'accord 
qu'elle  présente  avec  les  observations  géolo- 
ffiques.  En  envisageant  le  grand  oeuvre  du 
législateur  des  Hébreux  sous  l'influence 
d'une  iQterpétatîon,  nous  osons  le  dire,  né- 
O0issaire,  on  demeure  pénétré  d'admiration 
pour  SQZk  auteur»  qui,  il  y  a  plus  de  trois 
mille  ans,  avait  proclamé  ce  fait  si  remar- 
quable de  la  succession  des  êtres  vivants,  en 
Mison  directe  de  la  complication  de  leur 

(592)  f  Combien  y  a-tril  de  teinps«  demande  mi 
ttttronoroe  allematra,  que  les  atomes^  semés  dans 
l'espace  par  le  souffle  de  TEtre  incréé,  commencéreRt 
k  se  moaToir  poor  la  première  fois,  et  à  se  transfor- 
mer en  globes  solaires  et  en  globes  terrestres,  d'après 
les  lois  que  la  volonté  divine  prescrivit  à  la  nature?» — 
A  cette  question,  le  Judicieux  traducteur  répond  avec 
M.  Frayssinous,  comme  avait  réf>ondu  Bossuet  avec 
les  Pères  de  li  primitive  Eglise,  Origéne,  saintiérôme, 
laint  Augustin,  saint  Athanaie,  etc.,  comme  ont  ré- 


organisation. Cependant  ce  fait  ne  nous  est 
connu  par  des  observations  positives  que 
depuis  moins  d'un  demi-siècle.  » 
'    Comme  M.  Marcel  de  Serres,  M.  Gode- 
froy  veut  faire  de  Moïse  un  ccsmogonisteel 
soutient  les  jours-périodeê  ^  mais  ils  sont 
loin  de  s'entendre  sur  la  manière  d'expli- 
quer le  texte  sacré  et  de  comprendre  de  la 
même  manière  chacune  des  opérations  du 
Créateur  pendant  ces  six  épo(]ues.  Novs 
avertissons  le  lecteur  de  se  tenir  en  garde 
eontre  les  citations  et  contre  les  amoritéti 
qu'on  invoque.  La  plupart  n'ont  pas  grande 
valeur.  Ce  sont  le  plus  souvent  aes  auteors 
incompétents  sur  ces  hautes  questions  qui 
adoptent  une  opinion  toute  faite  qu'ils  trou- 
vent à  leur  convenance.  D'autres  fois  on  at- 
tribue à  tous  ce  qu'un  seul  a  dit.  Ainsi,  pa^ 
exemple ,  -M.  Marcel  de  Serres  et  H.  tiode- 
froy,  essayant  d'interpréter  dans  lear  sens 
le  vespere  et  le  mane  ^  mettront  en  note* 
«  inurdnm  non  tam  de  primo  diei  temporf 
quam  rei  aut  aciionis  de  qua  agitur^  disent 
tous  les   commentateurs.    »    ICosmeg.  di 
Motse^  p.  U;  Cosmogonie  de  la  révélatmt 
p.  43.)  La  Térité  est  que  ce  texte  est  du  seul 
commentateur  Pagnin.  Saint  Augustin  sur 
l'autorité  duquel  on  cherche  à  appuyer  la 
théorie  des  jours-périodes  ^  a  exprimé  sur  la 
nature  de  ces  jours  les  sentiments  les  plus 
divers,  ce  qui  fait  dire  h  Cornélius  a  Lapide 
en  parlant  de  ce  j^ère  :  Dubie  et  disputânds 
lo^iiur  in  quϐtione^  tU  ipse  at<,  tunt  dtf* 
ficillimaj  nec  salis  se  ipsum  oxplical.  (Curs. 
comp/.,  t.  V,  col.  m,  édit.  Migne.) 

M.  Godefroy  démontre  longuement  quelti 
mot  dies,  niiip^t^jour^j  se  trouve  dans  FScri- 
ture  avec  la  signification  d'époque,  de  dnré« 
plus  ou  moins  longue  ;  cela  n'est  contesté 
par  personne ,  et  cette  figure  est  de  toutes 
les  iansues.  Toute  la  question  consiste  à 
savoir  s  il  a  aussi  ce  sens  là  dans  le  premie? 
chapitre  de  la  Genèse;  nous  ne  le  pensons 
pas  et  pour  des  raisons  qui  nous  paraisseat 
décisives. 

«  Tant  d'auteurs  divers  ont  parlé  de  ce* 
jours  de  la  Genèse,  qu'il  est  peut-être  inutile 
de  faire  remarquer  ici  (][ue,  dans  le  langage 
de  l'Écriture ,  le  mot  ;oi»r  signifie  soutent 
un  laps  de  temps,  une  période  indéterminée} 
et  que  Moïse  surtout  n  a  pu  entendre  borner 
ce  mot  h  la  durée  d'une  révolution  solaire  » 
puisque  lui-même  nous  apprend  que  le  soleil 
n'a  brillé  au  firmament  que  le  (^atrième 
jour,  que  les  jours  et  les  années  n  ont  eu©- 
mencé  qu'avec  le  quatrième  jour  ;  et  cnccrei 

fmisqu'après  avoir  énuméré  les  six  jours  de 
a  création,  il  emploie  le  Dième  moij»^ 
pour  exprimer  les  six  iours  mêmes  ou  tout 
le  temps  de  la  création  (592j. 

pondu  Burnet,  Buffon,Deluc,  Duguet,  Kirvan,  Anipèrti 
Cuvier,  Ghampollion ,  etc.,  cl  comme  rëpondcny» 
core  MM.  Beilrand,  Demerson ,  Silliman,  Salud^f; 
Cahen,  etc.,  c  qu'on  peut  regarder  les  six  joars  oc 
la  création  comme  des  pénodes  de  temps  imlélfr0|- 
nées;  que  la  chronologie  de  Moïse  (i;*te  moins  te 
FinsUnt  de  la  eréatio»  défa  maiière,  que  de  fii'SjJJ* 
de  la  création  de  Tliorome.i  {Considérûtions  féi^^* 
inr  la  dispos,  derunivers^  par  Bouc.)  .  • 

A  cette  gestion ,  nous  répondrons  aojoun!  m 


tM 


JOO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


lOU 


790 


«  Pour  p6«r  qu'on  soit  versé  dans  l*é(ude 
■  de  l'Bentnre  sainte,  éeriyait  saint  Augus- 
€  tin,  on  sait  que  c'est  sa  coutume  de  se  ser^ 
€  Tirdu  mot  jour  pour  celui  de  temp$  (593).» 
C'est  Tobseryation  que  font  pareillement  les 
Uhéolo^ens  et  les  critiques  des  deux  der- 
niers siècles(SM).  Le  savant  Bailly  avait  éga- 
lement remarqué  que ,  chez  les  Orientaux , 
le  mot  que  nous  rendons  par  jo«r  a  une 
signification  primitive  que  donne  exacte  • 
ment  le  terme  chaldéen  rare,  révolution, 
période,  succession  défaits  on  de  temps 
fS05j.  Aussi,  chez  ces  mêmes  Orientaux, 
I*hlstoire  des  générations  des  patriarches  et 
des  iirincipaux  faits  arrivés  de  leur  temps, 
portail  le  titre  d*histoire  des  jours,  verba 
éierum  (596). 

c  II  en  est  de  même  des  mots  ioir  et  mn/fft, 
qui,  joints  ensemble,  n'ont  pas  un  sens  fixe 
•t  invariable  dans  la  langue  hébraïque ,  et 


dre  et  ordre,  eanfuêian  él  dispoêiiion  régu^ 
lUre^  comme  l'ont  remarqué  tous  les  inter- 
prètes (597)  et  les  savants  d'un  autre  ordre 

«  Dans  la  célèbre  prédiction  de  Daniel  sur 
le  règne  d'Alexandre  et  de  ses  successeurs,  le 
commencement  et  la  fin  des  événements 
annoncés  sont  appelés  le  soir  et  le  matin  de 
ces  événeinents,  vespere  et  mane  (599). 
^  «  Dans  celte  môme  prédiction ,  Tabomina- 
tion  de  la  désolation  sera  dans  le  lieu  saint , 
et  après  une  longue  profanation  le  sanc- 
luaire  sera  purifié  :  Du  soiraumatiny  porte  le 
texte ,  ou  oe  cette  profanation  du  sanctuaire 
à  sa  purification,  il  se  passera  deux  mille 
trois  cents  jours  (fiOO).  Ces  molsioir  et  malin 
OBt  donc  ici  deux  acceptions  différentes; 
l'une,  relative  au  désorcire  qui  précède  et 
nécessite  la  purification  du  sanctuaire  et  à 
l'ordre  rétabli  par  cette  purification,  et  l'au- 
tre ,  relative  au  commencement  et  à  la  fin 
d'une  période  de  temps  d'une  durée  déter- 
minée et  nettement  limitée. 

«  Dans  la  Genèse^  chaque  |jériode  de 
temps  ou  chaque  ordre  de  création  est  {)a- 
reiliement  limité  entre  un  soir  et  un  matin: 
Ainsi  fut  fait  du  ioir  au  matin  U  premier 
jour,  le  second  jour,  etc. 

«vec  MM.  Ro9e1ly  de  Lorgnes,  Nérée  Boubée,Cbau- 
terd,  Marcel  de  Serres*  Auffii8teNicolas,.en  emprun- 
tant ici  les  expressÎQDS  de  deux  de  ces  auteurs,  «que 
Boo-seulemeiit  en  peiu,  mais  qaî'om  doit  donner  au 
moi  jour^  employé  par  Moïse,  le  sent  îllimiié  dV- 
pofjtu,  9  parce  que  c  il  est  évident  que  Moise  n*a 
pas  Toola  parler  de  jours  tels  que  nous  1^  en- 
lendoos.» 

(593)  Scripturamm  more  sanctarum  diem  pont 
Mierepro  iempore,<|uî  illas  lîUeras,quamlibet  negli- 
weater  legeril,  nesdt.  (De  dw'l.,  JM,  i.  xx,  c.  il.) 

(594)>oT.  La  Genèu  avec  reipiicaiiû»  de$  saimU 
Krtt.  Paris,  1682.—  Uiêtoire  criiiqme  de  la  phUoiO- 
fkU^  L  1",  p.  192,  Amsterdam,  1741. 

(595)  Hiêtoire  de  rattronomie  maciemmt^  p.  103. 

(596)  C*esS  le  nom  qu^avait  cliez  tes  Hébreux  te 
Ihrre  des  Paralioomènes. 

■  (597)  I  ItUerdum  iiaii  tam  de  priaio  diei  tempore 
fMfP  rei  aut  aclionU  de  qaa  aqitnr^  disent  tous  les 


«  Mais  les  jours  naturels,  les  joofs  jof  ii- 
res  sont  composés  déjoua  et  de  nuit,  en 
temps  moyen  de  douze  neures  de  jour  et  de 
dou2^e  heures  de  nuit,  et  entre  un  soir  et  un 
matin  il  n'y  a  qu'un  demi-jour  ou  douze 
heures,  et,  précisément,  cette  portion  d'un 
jour  naturel ,   ou  ces  douze  neures  com- 

Erises  entre  le  soir  et  le  matin  sont  les  douze 
eures  de  nuit. 

«  Les  jours  eénésiaoues  ne  seraient-ils  que 
des  portions  de  jour?  Voudrait-on  que  les 
jours  de  la  création  ne  fussent  que  des  jours 
de  nuit  ? 

«  Biais,  dans  le  récit  historiaue,  la  lu- 
mière est  le  premier  produit  de  la  création  ; 
et  ce  n*est  qu'après  trois  de  ces  jours  do 
lumière,  ce  n*est  que  le  quatrième  jour  de 
la  production  de  la  lumière  que,  pour  la 
première  fois ,  la  nuit  succède  au  jour  et  le 
jour  à  la  nuit,  et  que  commence  le  cours 
des  saisons,  des  jours  et  des  années.  (Gen. 
I,  li-18.) 

«  Que  Toulent  dire  donc  ces  mots  f otr  el 
matin  f  »  demande  ici  un  profond  penseur. — 
«  lis  veulent  dire  simplement  le  commence- 
ment  et  la  fin  d*une  période ,  selon  le  mode 
de  «  supputation  usité  parmi  les  Juifs  do 
compter  leurs  époques  à  partir  dp  soir  (601).» 

€  Saint  Augustin ,  même  lorsqu'il  lui  ar- 
rive de  ne  plus  faire  attention  k  ce  mode  de 
supputation  tout  particulier  au  peuple  iuif 
et  si  éloigné  des  usages  des  autres  peuples, 
saint  Augustin  conserve  encore  à  ces  expres- 
sions déterminativesle  sens  que  réclame  la 
contexture  du  narré  biblique;  en  expli- 
quant, en  conséquence  de  cette  interver- 
sion ,  que  le  soir  exprime  la  fin  d*une  créa- 
tion ou  formation,  vesperam  terminani  con- 
ditœ  creaturœj  et  le  matin,  le  commence^ 
ment  d'un  autre  ordre  de  formation ,  mana 
autem,  initium  condendœ  aller ius  (602). 
Preuve  manifeste  oue  saint  Augustin  a  com- 
pris que  les  jours  de  la  Genèse  devaient  s'en- 
tendre, que  ces  jours  de  la  création  ne 
pouvaient  et  ne  devaient  s'entendre  que  de 
périodes  de  temps  indéterminées,  que  d'au- 
tant d'ordres  successifs  de  formations  dis- 
tinctes. 

«  Aussi,  dans  la  conviction  du  saint  doe^ 
leur,  le  jour  qui  a  suivi  les  six  jours  de  la  - 
créat'on  ou  les  six  ordres  génésiaques,  e$t 

comroeniaieurs.»  (M.  M.  de  Sukes,  op..  rti./p.  375 
et  43.) 

(598)  H.  Blac»,  cité  dans  tes  AunaUs  uniten.  da 
la  Relig.,  n*  d*août  1852. 

f  Ainsi  donc,  dans  la  Ceaèu,  cmidut  M.  Bland,  te 
soir  n*expriroe  que  te  désordre  existant  avant  une 
création  ;  te  malin,  que  Tordre  qui  j  succède  ;  et  te 
jour  est  la  création  achevée,  ou  bien  Tépoque  oà 
elte  a  eulteu.» 

(599)  Et  Visio  ve$pere  et  manSt  iuœ  dicta. est,,  t^ra 
est  :  tu  ergo  tisionem  signa,  <ima  post  maltos  dtes 
erit.  {Dan,  viii,  26.. 

(600)  Usquequo  peceatum  desolalioms  quœ  farta 
est,  et  sanctuarium  etfortitudo  conealcabituf  f  ei  Jt j»l 
tt  :  Vsqne  ad  nsperam  et  mane,  dies  dao  millia  tre- 
centi^etmmndahtur  saerificiam,  {Ibid.,  13,  U.) 

(601)  M.  Au^sle  Nicolas,  Etudes  pkilosopkiiacs 
turle  christianume,  L  I«%  p.  385, 386. 

(602)  De  Cen.ad  lifter.,  l  iv,  c.  18. 


791 


lOU 


DICTI(»(NÂIAE 


Tordra  actuel  des  choses,  Tordre  de  la  sta* 
bilité  des  choses,  créées ,  ideo  ereatura  tmi- 
.  versa  in  Creatore  $uo  semper  manebit.  Dans 
son  explication  9  le  septième  jour  a  eu  son 
matin  ou  son  commencement  sans  avoir  eu 
de  soir  ou  de  un,  septimus  dits  mane  habue^ 
rit  sine  vespera^  ta  est  initium  sine  fine^ 
parce  que  ce  septième  jour  est  le  commen- 
cement d*un  état  fixe  et  permanent,  initium 
manendi  et  quiescendi  tottus  quod  conditum 
estf  parce  qu'il  a  été  sanctifié  pour  subsister 
à  jamais,  quia  sanctificasti  euin  ad  permanr 
sionem  sempilernam  (603). 

«  Mais  rendons  aux  mots  soir  et  matin 
leur  véritable  signification,  leur  signiQca* 
tion  de  commencement  et  fin  que  réclament 
etlemodede  supputaliou  en  usage  chez  le 

Jeuple  hébreu  et  le  contexte  génésiaque. 
lors  nous  pourrons  donner  de  Timportante 
question  qui  a  fait  le  sujet  de  tant  de  discus- 
sions, une  solution  complète  et  décisive  : 
alors  il  nous  sera  démontré  que  le  septième 
jamt  est  un  jour  sans  limite  ;  il  nous  sera 
démontré  que  le  jour  qui  a  succédé  aux  six 
;îpurs  delà  création  est  le  jour  actuel,  le 
^^ur  qui  se  continue,  qui  se  poursuit,  le 
jour  eûfin  dont  Thomme  est  mis  en  posses- 
sion. 

A  Chez  les  prophètes,  le  règne  du  Messie, 
les  temps  évangeliques  ne  comportent  qu'un 
seul  et  même  jour,  dies  una;  et  ce  jour 
unique,  qui  a  eu  son  commencement  ou  son 
temps  du  soir,  temporevesperi^  se  poursuit 
ot  se  continue  sans  interruption. 

«  Chéries  prophètes,  les  temps  du  règne 
du  Messie  constituent  un  jour  unique,  aies 
una ,  non  un  jour  composé  de  jour  et  de 
nuit,  non  dies  ne^ue  nox^  mais  unjourtou^ 
jours  ouvert^  un  jour  qui  a  eu  son  temps  du 
soir  ou  son  commencement,  sans  avoir  son 
temp^  du  matin:  la  lumière  qui  se  manifes^^ 

tcra  au  commencement  d9  ce  jo;ir,  DA?fs  le 

TEMPS  DD  soiM,  if»  tempore  vesperi^  brillera 
.san$  interruption ,  ei-ié  lux  et  erit  in  die  illa  : 
et,  pendant  toute  la  durée  de  ce  jour,  leSei^ 
uneur  régnera  sur  toute  la  terre  dont  il  sera 
le  seul  Dieu  et  où  son  saint  nom  sera  seul 
adoré  (60&-) ,  son  sépulcre  glorifié  et  sa  croix 
invoquée  (605), 

«  C*est  ce  jour,  diem  metim,  qui  luit  sur 
nos  tètes  depuis  dix-^huit  siècles,  qu*Abra- 
ham'  a  désiré  voir  et  qu'Abraham  a  vu  (606)  ; 
et  le  premier  homme  a  vu  la  première  lueur 

(605)  DeGen.  ad  titier,^  L  iv,  c.  18, -r-  Cmfess*^ 
1.  xiii,  c.  35,  56. 

(60 i)  Et  érit  dies  una,  quœ  nota  est  Domino,  non 
dies  neaue  nox,  et  in  tempore  vesperi  erit  lux  et  erit 
in  die  illa,  Exibunt  aquœ  vivœde  Jérusalem,  médium 
earum  ad  mare  orientale^  et  médium  eanim  ad  marif 
novissimum  in  wstate  et  in  hîeme  erunt.  Et  erit  Deui 
rex  super  omnem  terram,  in  die  illa  erit  Dominus 
tcntfs,  et  erit  nompn  ejus  unum,  {Zachar.  xiv,  7,  8,  d.) 

(605)  In  die  illa,  radix  Jesse  qui  stat  in  signum 
populorum,  ipsum  génies  deprecabuntur  ei  erit  sepul^ 
frum  ejus  gioriosum:  et  erit  in  die  illa.  Usai,    i^ 

(606)  Abraham  pater  tester  exsultavii  ut  videreS 
diem  meum,  vidit  et  gavisus  est,  (Joan,  vin,  56.) 

(607)  Ei  prwdicabitur  hoc  evangelium  regni  in  uni- 
verso  orbe,  in  iestimonium  omnibus  gentibns,  et  tune 


DE  COSMOGONIE  itiftO  M 

46  ce  jour  dans  Ja  priHnière-.pfiMease  Jdiia 
rédempteur»  è  lui  faite  à  la  natsaance  de  et 
septième  jour&anctiiîé  par  eette  pronesse^et 
dont  notre  septièmejourbebdoomdaire  est  II 
signe  représentatif,  de  mémeque  nossix  joors 
sont  les  comméaM>ratifs  perpétuels  des  six 
jours  qui  ont  précédé  Tordre  actuel,  qui  oot 
précédé  le  jour  de  la  révélation  faiieà  l'homme 

})réyaricateur,  à  Adam,  \  Abraham,  à  tcos 
es  patriarches  ;  le  jour  qu'avec  Abraham  el 
tous  les  patriarches  nous  nou3  réjoaissom 
de  voir,f7f4t^  et  gavisus  est,  e%  jour  enfia(|tt9 
rHomme-Diett  a  appelé  aon  jour  :  ditm 
meum^  et  qui  ne  doit  prendre  un,  coflune  il 
nous  ^n  assure  Jui-mème,  qu'après^()^e  la 
bonne  nouvelle  dçisoar^g)Qe.d^.misér,]iaordo 
aura  été  aiinoncéeà  tous  les  peuples  de  )4 
terre,  et  ttmc  peniet  con^unmstê^o  (6(nj[. 

«  Puis,  selon  les  prophètes  de  la  Loi  évan* 
gélique,  les  hommes  rendront  gUnre  et  hom* 
mage  à  TenvQ^é  de  Dieu  pendant  toute  la 
durée  de  ce  jour,  jusqu'au  jour  de  Fêler- 
nité  f608)^  jusqu'à  ce  graniJQur  de  la  mnir 
feslation  de  satoute^uissance  (609),  quiseïf 
le  grand  jour  de  la  confusion^  de  ceux  qui 
l'auront  inéconnu  (610)^.et  de  tpus  ceux  qui 
ont  été  réservés  pour  faire  éclater  la  iu> 
tice  divine  çendmite  grasid  jour  de  l'mr- 
«17/(611), 

«  Disons  donc,  avec  les  docteurs  de  l'E- 
glise, au'il  nous  est  absolument  impossibU 
d'apprécier  la  nature  ou  de  déterminer  U 
durée  des  temps  de  la  création,  ou  des  jours 
génésiaques  qui  ont  précédé  l'époque  so 
tuelle,  iîlum  diem^  vel  illos  dieSf  qui  ejus  rt* 
petilione  numeraii  suntf  in  hae  nostra  mor-« 
talitate  lerrena^  experiri  ac  sentire  non  fQs-* 
sumus:  que  nous  savons  seulement,  dun» 
certitude  qui  exclut  jusqu'au  moindre  doule, 
minime  dubitemus^  que  les  jours  ériuméiés 
dans  la  ^enè^eoutéte  entièrement  difTérenU, 
longe  aliter^  des  jours  qui  composent,  daas 
la  période  actuelle,  les  semaines,  les  mois 
et  les  années;  enfin  tout  à  fait  dissemblables 
aux  jours  que  nous  connaissons,  non  eos  ilw 
(qùiagunt  n^domftdam)  similes^  sed  multuM 
impares  minime  dubitemus  (612). 

<%  bisons  avec  les  docteurs  de  l'Egljse, 
aue  ces  jours  de  la  Genèse  sont  autant  d'or- 
ares  d'oriçine  et  de  nature,  et  non  de  leni[)S 
ou  de  durée  qu'il  nous  soit  possible  de  mesu- 
rer, non  durationis  ordinem^ted  solum  origi' 
nis  et  naturœ  (613),  autant  d'ordres .d'exécur 


veniet  consummatio,  (Matth,  xxiv,  II.) 

(608)  Ipsi  gloria  et  nunc  et  in  diem  œlernilsM. 
{Il  Petr,  m,  18.) 

(609)  yid  diem  magnum  omnipotentis  M*  {^P^^- 
XVI,  14.) 

(610)  AbscQHdite  nos  a  facie  sedentis  super  thrm» 
et  ab  ira  Âgni,  quoniam  venit  dis*  UM^nus  irœ  iwi- 
rum.  {ApoCmYi,  16,17.) 

(61 1)  Injudicium  niagnidieitincnlis  setsrms  iw 
ealigine  reservQvit.  (Jud^  6.) 

(612}  Vfrf.  saint  Augdst.,  De  Gen,  ad  tUier.^  c.2' 
cl  c.  18,  26.  —  De  civil.  Dei,  1.  i,  c.  6. 

Vid.  et  OaiGEif.,  De  principiis,  l.  iv,  n'I^-^ 
Conîra  Celsum.  I.  iv,  n"  50,  55.  —  S.  Aidam*. 
Contra  Arian.,  ii*  60. 

(615)  fin  omnlhufihis  operibas  non  ponH ''«r*' 


as 


.100 


ET  m  PÀlXiWlQLOQK. 


JUR. 


m 


lion  des  lois  imposées  par  la  volonté  dirine  à 
lamalièrede  la  création,  rerum  omnium  occa- 
iiones^  causas  et  foiestates  a  Ded  confe- 
€tu$  (614]  ;  et  que,  si  l'ordre  actuel  des  cho- 
ses u*ex]ste  que  depuis  six  ou  sept  mille 
ans,  cet  ordre  des  choses  de  notre  monde  a 
été  précédé  de  siècles  de  temps  compara- 
bles seulement  aui  siècles  ou  aux  temps  de 
^éternité,  stx  millia  necdum  nostri  orbU  im- 
plentur  amti,  ei  çuantas  prius  œtemitaies^ 
ipiania  tempora^  qaantoi  $œculorutti  origines 
[uisse  arbUrandum  est  (615). 

«  Ou  bien,  disons  avec  les  savants  du  siè- 
cle, c  que  nous  n*avons  aucun  moyen  d*ap- 
«  précier  la  durée  des  époques  dont  il  s*agit; 
<  que.  c^est  un  calcul  de  même  nature  que 
«  celui  de  la  distance  des  étoiles  à  la  terre.  » 
pisons  avec  ces  savants  que  «  les  six  jours 
^  de  la  création  ne  sont  que  les  six  mula- 
«  tioDS  par  où  passa  la  matière  pour  former 
«  l'univers  tel  que  nous  le  voyons  aujour- 
c  d*hui;  »  c  qu^on  ne  doit  y  considérer  aue 
«  Tordreet  la  succession  des  créations  (61 6;  ;  » 

Sarce  que  ainsi  nous  nous  trouverons  repro- 
uire  et  les  propres  expressions  de  Moïse,  qui 
appeile  ces  jours  de  la  création  les  générations 
du  ciel  et  de  la  terre  au  tem|)s  de  leur  for* 
matioa,  islœ  sunt  geuerationes  cœli  et  terrœ 
manda  creata  suntf  in  die  quofecit  Dominus 
heus  emlum  et  terram^  et  les  expressions  des 
autres  prophètes  qui  nomment  ces  mêmes 
jours  un  temps  éternel  :  prœparatit  Jerram 
IB  etiemo  tempore  {Bar,  iii,  32). 

«  Ce  sont  ces  jours  dont  il  est  impossible 
i  des  êtres  qui  ne  vivent  qu'un  instant,  in 
kac  nostra  mortalitate  terrena^  de  compren- 
dre la  valeur  ou  de  déterminer  la  durée,  ce 
M>ot  ces  jours  si  diff^^rents  de  nos  journées 
que  Bossuet,  dans  l'impuissance  où  il  se 
trouve  d'en  spécifier  la  nature,  désigne  par 
lu  nom  de  mooBis  :  «  Dieu,  dit  Bossuet, 
m  après  avoir  fait  (^'abord  comme  le  fond  du 
«  monde,  en  a  voulu  faire  l'ornement  avec 
«  six  différents  progrès  qu'il  a  voulu  appeler 
o  six  jours  (617).  » 

€  Hais  qui  nous  dira  l'étendue  de  ces  pro- 
grès, qui  nous  dira  la  durée  incommensura- 
ble de  ces  «  six  époques  de  la  nature  (618),  » 
de  ces  phases  de  la  création,  de  chacune  de 
ces  générations  du  ciel  et  de  la  terre?  Qui 
nous  fera  connaître  la  valeur  des  jours  de 
CELUI  devant  lequel,  selon  le  langage  de 
l'Ecriture,  mille  ans  sont  comme  un  jour, 
comme  une  heure,  comme  un  instant  insai- 
sissable, comme  un  pur  néant  (619)  ;  la  na- 
ture ou  la  valeur  des  jours  de  CELUI  qui 

tioois  ordioem,  sed  solum   origiDÎs  el  natarae.  > 
(8.  Tww.,  I,  p.  9,  1,  IN  eorp.  art.) 

(614)  In  prinâpio  igilur  mundum  esse  canditum 
éicems^  sigmjicat  renm  omnium  oceûs$ione$,  causas  et 
foêesiaies  à  Deo  fuisse  confectas^  (S.  Gregob,  Ntss. 
îo  llexam^) 

(615)  Oo  rerra  ailleurs  combien  M.  Jehan  a  ea  tort 
de  vouloir  approprier  à  son  livpoUiése  d'une  création 
atitégésésiaque  œ  teile  i|u'ii  cite  de  saine  Jérôme , 

MB  Hsmaeam  Traité  des  sciences  gésiag.  p.  358, 


s'appelle  TAncien  des  jours  ou.  rcternelf 
Anuquus  dierum  (Dan.  vu,  9),  et  dont  les 
jours  sont  des  jours  de  réternité,  ei  egressus 
ejus  ab  initio,  a  diebus  cetemitatisf  (ifïcA. 
V,  2.)  »  Yoy.  Dell'c. 

JURASSIQUES  (Terrajks;.  —  Troisième 
grande  époque  du  monde  animé.  Ces  terrains 
tirent  leur  nom  de  la  chaîne  du  Jura,  quoi- 
qu'ils y  montrent  un  moins  beau  dévelop- 
pement que  sur  le  versant  occidental  des 
Vosges  et  du  plateau  central  de  la  France, 
Nous  comprenons ,  sous  le  nom  de  terrains 
jurassiques  f  tous  les  étages,  depuis  et  j 
compris  les  grès  inférieurs  du  lias  et  le  lias 
inférieur  (étage  sinémurien],  jusque  et  y 
compris  rétage  portiandien;  mais  non  le 
Purhec^  le  Wealde-Clay  des  Anglais.  La 
série  complète  de  tous  les  étages  se  voit  du 
versant  occidental  des  Alpes  à  V assy  (Hauter 
Marne}. 

La  France  nous  donne  pent*étre  le  plus 
I>el  ensemble  de  ces  terrains,  comme  le 
démontrent  si  bien  les  beaux  travaux  de 
MM.  EUe  deBeaumont  et  Dufrénov,  résumés 
dans  leur  magnifique  carte  géofogii^ue  de 
France.  On  les  trouve  dààs  les  bassins  pa- 
risien, pyrénéen  et  méditerranéen. 

Eu  Angleterre ,  les  terrains  jurassiques 
ne  sont  pas  moins  bien  développés  qu'e^ 
France;  ils  forment,  en  effet,  une  large 
l>ande,  qui  part  de  Lyme-Regis  (Dorsetshirek 
et  traverse  toute  TAn^leterre,  au  nord-nord* 
est,  jusqu*au  Yorkshire.  Ils  couvrent  divers 
points  de  TEspague,  du  Portugal,  dé  ritalie, 
du  Piémont,  de  la  Suisse,  de  TAllemagné, 
de  Luxembourg,  de  la  Souabe,  dti  Wurtemr 
ber^,  de  la  Westphalie,  de  la  Saxe,  de  la 
Bavière,  etc.  Ils  commencent  dans  TAsie 
mineure,  se  montrent  dans  la  Crimée,  cou- 
vrent le  centre  de  la  Russie  et  vont  de  Jà 
ju5qu*à  la  mer  Glaciale,  des  deux  côtés  des 
monts  Ourals.  On  les  connaît  dans  TAmé- 
rique  du  nord,  dans  la  province  dlndiana  ; 
dans  TAmériqne  méridionale,  à  la  Cordillère 
de  Coquimbo  (Chili).  Grâce  aux  recherches 
de  rinfortuné  Jacquemoot  et  de  M.  Grant^ 
on  les  a  retrouvés  dans  THimalaya  et  dan^ 
la  province  du  Cutsch  (Indes  orientales). 

En  résumé,  nous  connaissons  aujourd*hui 
les  terrains  jurassiques  sous  la  zone  torride; 
au  sud ,  jusqu*au  30'  de^ré,  et  au  nord ,  du 
7' jnsqu*au  68*  degré  de  latitude.  Les  points 
où  ils  se  montrent  répartis  comme  des  ja^ 
Ions  d  attente  à  la'  surface  du  globe ,  nous 
prouvent  qu'on  les  retrouvera  sur  beaucoup 
d*autres  lieux  de  TAsie  et  do  l'Afrique,  ou 

%r  édît.  («;. 

(616)  Uutoire  sHtiq.  de  U  ffkUos.,  U  I",  pL  169, 
—  Exam^M  de  VcoLvre  des  ûx  jours ,  par  M,  an  f  ib» 
arssAC.  —  Buttetin  unirenc!^ 

(617)  Elévations  sur  ta  création;  EUv.  sur  tes  $i» 
jours, 

(618)  M.  Ckwen,  Menuet  d'Histoire  unhersn 

(619)  Miite  anm  ante  ocnioê  tuas  tanqaam  dies 
tustema  qmm  prmterHt^  et  cnsiodia  in  noctCr  qase  pra 
niêttta  kahenimr  {Ps,  lssxii,  4). 


(a)  Kotts  A'tTons  pa  découvrir  Jaos  le  IbTe  de  II.  Gudefroy  lVii*ir(tfi  où  <  e  f«rl  nuus  e>l  nonlré.  (Ttoie  de  M.  Jcmiv.) 


Tf5 


JUR 


0IGT10.\NÂlllfi  M  COSMOGONIE 


iUR 


7S6 


\ 


n*on(  f»as  encore  pénétré  les  investigations 
l^iogiques.  Qaoi  qùMI  en  soit»  ces  points 
isolés,  disséminés  à  des  distances  considé^ 
rabics  les  uns  des  autres,  sont ,  dans  l*état 
actuel  de  nos  connaissances  géologignes, 
d*un  immense  intérêt,  puisquMIs  établissent 
que  ces  terrains,  comme  nous  Ta vons  trouvé 
pour  les  deux  groupes  précédents,  ne  sont 
jias  des  dépôts  partiels,  mais  qu'ils  dépen- 
dent d'une  troisième  grande  époque  géolo- 
gique, qui  s'est  manifestée  sur  toute  notre 
planète  a  la  fois. 

«  Beaucoup  de  divisions  ont  déjà  été  pro- 
jiosées  pour  les  terrains  jurassiques,  les 
unes  déduites  des  caractères  minéralogiques 
des  couches,  les  autres  basées  sur  la  présence 
de  tel  ou  tel  fossile  dominant,  quêlaues-unes 
mêmes  sur  la  couleur  de  la  roche  ne  lias,  le 
jura  brun  et  le  jura  blanc  des  Allemands), 
ou  seulement  en  quatre  parties  (le  lias, 
Toolithe  inférieur,  1  oolithè  moyen  et  Too- 
lithe  supérieur).  Rien  de  plus  commode 
quelquefois  que  ces  termes  vagues ,  d'infé- 
rieur, de  moyen,  et  de  supérieur;  car  ils 
n*obIigenf  à  aucune  limite  réelle  et  ne 
compromettent  nullement  ceux  qui  s'en 
servent  ;  mais ,  dans  l'état  actuel  de  la 
science,  il  faut  plus  de  précision.  Nous  ne 
chercherons  pas  a  discuter  ici  la  valeur  des 
coupes  établies  dans  les  méthodes;  toutes, 
lorsqu'elles  sont  dues  à  l'observation  im- 
médiate, et  non  aux  idées  théoriques,  offrent 
des  faits  partiels  ou  généraux  d'un  ^and  in- 
térêt; néanmoins,  quand  il  s'agit  de  les 
coordonner,  on  se  trouve  de  suite  arrêté. 
Gomment  grouper  des  faits  basés  sur  la  com- 
position minéralogique  seulement,  quand 
on  a  vu,  par  l'étude  des  causes  actuoiles, 
que  ces  limites  sont  tout  à  fait  illusoires? 
[Vov.  CoLCHES  sÉDivENTAinEs.)  D*un  autre 
côté,  comment  oser  se  fier  aux  nomenclatures 
des  fossiles  indiqués  dans  une  série  quel- 
conque de  couches,  quand  on  voit  la  déter- 
mination de  ces  fossiles  si  légèrement  faite 
par  les  auteurs ,  qu'il  faut  souvent  en  re- 
trancher la  moitié?  Il  devient  donc  impossi- 
ble d'établir  actuellement  une  concordance 
parfaite  entre  les  éléments  hétérogènes  ins- 
crits dans  les  annales  de  la  science  géologi- 
que. Devant  ces  difficultés  insurmontables, 
nous  n'avons  trouvé  qu'une  solution  pos- 
sible :  c'était  d'interroger  la  nature  elle- 
même.  Nos  premières  observations  sur  le 
sol  de  la  France  nous  ont  fait  reconnaître 
qu'en  remontant  ou  descendant  la  série  des 
couches  sur  des  points  éloignés,  on  trouvait 
partout  la  même  succession  de  corps  orga- 
nisés fossiles ,  cantonnés  dans  les  mêmes 
limites  de  hauteur  géologique,  quelle  que 
fût,  du  reste,  la  composition  minéralogique 
des  couches  qui  les  renferment.  Nous  avons 
suivi  partout  les  horizons  géologiques  au 
pourtour  Ues  bassins,  afin  de  séparer  les 
«simples  facieê  de  profondeur  des  Ages  dis- 
tincts. Après  un  grand  nombre  d'années  de 
recherches  ,  pendant  lesquelles  nous  ne 
marchions  que  de  conQrmations  en  confir- 


mations, sans  trouver  defaitscontradicloire^, 
nous  avons  acquis  la  certitude  que  les  ter- 
rains jurassiques  s'y  divisent  nettenieiU  eu 
dix  étages  ou  zones  superposées,  aussi  bien 
limités  par  les  faunes  respectives  qu'ils  ren- 
ferment, qiie  par  les  lignes  de  démarcation 
stratigraphiques  relevées  sur  tous  les  points. 
En  les  suivant  l'un  après  l'autre  au  pourtour 
des  bassins,  nous  avons  reconnu  qu'ils  ne 
se  confondent  sur  aucun  point,  et  qu'ils  re- 
présentent bien  autant  d'époques  géologiques 
distinctes,  succédant  les  unes  aux  autres 
dans  un  ordre  constant  et  régulier.  Nous 
nous  sommes  ensuite  assuré  que  ces  dé- 
viations étaient  les  mêmes,  sur  toutes  les 
parties  du  globe  étudiées  jusqu'à  ce  jour,  et 
qu'elles  étaient  dès   lors  l'expression  des 
grands  faits  géologiques  qui  se  sont  succédé 
pendant  cette  longue  période. 

A  Ces  divisions,  en  commençant  par  les 
plus  inférieures,  sont  les  [suivantes  :  étases 
«fn/mtirtfii,  /raiiten,  toarcien^  bajocien^  oa- 
Monten,  callovien^  oxforditn^  corallien^  im- 
méridgien  et  portlandien.  On  verra  par  la 
synonymie  de  chacun  d'eux  que  plusieurs 
avaient  été  parfaitement  sentis,  surtout  par 
les  géologues  anglais,  qui ,  dans  leurs  divi- 
sions, ont  toujours  tenu  plus  de  compte  des 
caractères  paléontologiques  ;  tandis  que  ces 
divisions  souvent  méconnues  ailleurs,  par 
suite  de  préoccupations  minéralogiques  et 
de  peu  de  valeur  qu'on  accordait  aux  fos- 
siles, ont  amené  beaucoup  de  ra[)prochc- 
ments  fautifs  avec  ces  coupes  anglaises.  On 
trouvera  peut-être  ces  divisions  trop  nom- 
breuses; mais,  comme  nous  venons  de  It 
dire,  elles  sont  l'expression  des  limites  ira- 
cées  par  la  nature  et  n'ont  rien  d'arbitraire. 
Elles  ont  toutes  une  égale  valeur,  une  égale 
importance.  Il  faut  ou  les  adopter  toutes 
sans  exception ,  ou  les  supprimer  entière- 
ment, pour  ne  faire  des  diverses  époques 
qui  se  sont  succédé  dans  les  terrains  juras- 
siques, qu'un  seul  tout  qui  serait  trop  inons- 
trueux.  Il  est  certain  que   les  étages,  tels 
que  les  donnent  la  superposition  rigoureuse 
et  la  limite  des  faunes  qu  ils  renferment,  sont 
aussi  tranchés  dans  les  terrains  jurassiques 
que  le  sont,  par  exemple,  lès  étages  silu- 
rien, devonien  et  carboniférien  dans  les  ter- 
rains paléozoïques  (620).  » 

Puissance  des  étages, — Voici  le  résumé  que 
nous  donnent,  h  cet  é^ard,  tous  les  étapes. 

Etage  ponlandlen  60  métrés, 

—  kimniérldgîen  450 

—  corraltîen  500 

—  jxfordien  150 

—  calloviea  150 

—  liallijnien  60 

—  haiocien  60 

—  toarcien  150 

—  liaislen  150 

—  siiiémurien  500 


Total.        1550  mètres  environ. 
En  indiquant  ces   chiffres^   évidemment 
approximatifs,  nous  croyous  être  beaucoup 
au-desçous  de  la  vérité,  pour  les  Alpes,  pour 


(6.20)  Cours  éUm,  de  PaNent,,  par  .Vie.  d*OaBio>Y,  t.  III. 


wt 


Mi 


trr  DK  PMJUXUOLOCVL 


JLK 


7fS 


le  Tenant  occidental  des  Vosges,  et  pour  la 
suite  des  étages»  depuis  Avallon  jusqu*à 
Tonnerre. 

Dédmeiianâ  tirées  de  ta  nature  des  sédiments 
et  des  fossiles.  —  Nous  ne  pouvons  que  ré- 
péter ici  le  résumé  de  ce  que  nous  trouvons 
partiellement  dans  les  étages  :  c^estoue  tous» 
successivement,  étaient  soumis  aux  lois  phy- 
siques qui  régissent  la  nature  actuelle.  A 
chacune  de  ces  époaues,  il  7  avait  des  con- 
tinents, des  mers*  Ces  mers  avaient,  comme 
aujourd'hui,  des  parties  littorales ,  des  par- 
ties sous-marines  voisines  des  côtes,  des 
parties  sous-marines  profondes,  avec  des  ani- 
maux Tvropres  à  i:hacune  de  ces  zones  en 
particulier.  Ces  mers  avaient  des  courants 
sous^narins,  des  côtes  battues  de  la  vague  et 
des  golfes  tranquilles ,  identioues  à  ce  qui 
existe  actuellement.  La  nature  aes  sÀliments 
etdescoquillesqu^ils  renferment,  nousdonne 
encore  la  certitude  que,  pendant  cette  longue 
période  de  terrains  jurassiques,  il  existait 
de  fréquentes  oscillations  du  soi,  analogues 
à  ce  qui  existe  dans  le  nord  de  IIEurooe.  Cela 
est  surtout  prouvé  par  la  superposition ,  les 
DOS  sur  les  autres,  de  dépôts  côtiers  des 
étages  toarcien,  bajocien,  bathonien,  callo- 
vien  et  oxfordien,  à  Chaudon  (Basses-Alpes). 

^  Caractères  paléontofofiqwu.  —  Chercfions 
d*ahord  les  caractères  qui  peuvent  dUlstin- 
goer  ces  terrains  des  grandes  périodes  pré- 
cédentes et  de  celle  qui  Ta  suivie. 

L'absence  totale,  dans  les  terrains  juras- 
siques, des  42 genres  qui  étaient  positifs  pour 
les  terrains  triasiques  en  lait  autant  de 
raractères  né^tifs  qu'on  peut  invoquer  pour 
distinguer  celui-ci. 

Les  terrains  jurassiques  se  distinguent  des 
terrains  crétacés  )rar  tous  tes  genres  qui , 
diaprés  les  recherches  actuelles,  n'existaient 
pas  encore  dans  cette  période  et  ne  sont  nés 
qne  postérieurement,  avec  la  période  créla- 
cée.  Ces  genres  ont  la  répartition  suivante 
dans  les  dasses  animales  :  parmi  les  oiseaux, 
3  genres  ;  parmi  les  reptiles,  9  genres;  parmi 
les  poissons,  90  genres  ;  parmi  les  crustacés, 
5  genres  ;  parmi  les  mollusques  céphalopo- 
des, 9  genres  ;  parmi  les  mollusques  gasté- 
ropodes, 26  genres  ;  parmi  les  mollusques 
biachiopodes,  12  genres;  parmi  les  mol- 
lusques bryozoaires,  21  genres  ;  parmi  les 
écfainodermes,  35  genres  ;  parmi  les  zoo- 
pbytes  ou  polypiers^  56  genres;  jwrmi  les 


Sioéinvriai, 
tiaisicn. 


foraminiferes ,  29  genres  ;  parmi  les  amor- 
phozoaires,  18  genres.  Nous  avons  donc  268 
{genres  parus  postérieurement  aux  terrains 
jurassiques  et  |>ouvant  dès  lors  servir  de 
caractères  né^tifs,  le  manque  complet  de 
33  ordres  d'animaux. 

En  résumé ,  pour  distinguer  les  terrains 
jurassiques  des  périodes  supérieures  ou  in- 
férieures, nous  avons  10T7  genres  pouvant 
donner  des  caractères  négatifs. 

Pour  distinguer  les  terrains  jurassiques 
des  terrains  triasiques,  nous  avons  les  292 
genres  donnés  à  ces  derniers  terrains  comme 
négatifs  et  qui  deviennent  ici  très-positifs , 
attendu  qu'ils  coiLmencent  seulement  avec 
les  terrains  iurassiques  et  sont  encore  in- 
connus à  repooue  antérieure,  au  moins 
dans  rétat  actuel  des  recherches. 

La  période  jurassique  se  distingue  des 
terrains  crétacés  par  tous  les  genres  nés  et 
éteints  dans  cette  période,  ainsi  que  par 
ceux  qui,  nés  antérieurement,  s'j  sont  é^- 
lement  éteints*  sans  passer  aux  terrains 
crétacés.  Ils  forment  un  total  de  iSk  genres 
ensevelis  pour  toujours  dans  les  terrains 
jurassiques. 

La  combinaison  de  dOk  genres  nouvaiu 
donner  des  caractères  négatils  avec  les  ter* 
rains  immédiatement  supérieurs  et  infé- 
rieurs, joints  aux  292  genres  positife  don- 
nant élément  des  caractères  distinctifs  avec 
ces  terrains,  vient  nous  donner  le  faciès 
d'ensemble  zoolosique  de  chacun  en  parti- 
culier. La  fiiune  ne  la  période  jurassique  a 
son  cachet  tout  à  fait  spécial,  consistant  en 
la  présence  de  ce  nombre  considérable  de 
formes  spéciales  de  tous  les  ordres  d*ani- 
maux.  Néanmoins,  malgré  les  diflTérences 
qui  l'en  distinguent,  elle  forme  un  ensemble 
zoologique  intermédiaire  entre  les  terrains 
triasiques  et  crétacés,  aussi  bien  par  ses  ca- 
ractères que  par  sa  superposition. 

Ajoutons  aux  caractères  stratigraphiques 
donnés  par  genres,  les  caractères  plus  mul- 
tipliés encore  que  présentent  les  espèces. 
Les  terrains  jurassiques  se  distin^cnt  en 
effet  des  périodes  supérieures  et  inférieu- 
res, indépendamment  de  près  de  600  es> 
pèces  d*animaux  vertébrés  et  annelés  par 
le  nombre  énorme  de  3,717  espèces  d'ani- 
maux mollns<)ues  et  rayonnes.  Ces  espèces 
sont  ainsi  distribuées  dans  les  étages^  en 
commençant  par  les  plus  inférieurs. 


TOTAOS. 

174 
301 


Rajocicn, 

Bacbonies, 

GsUovieo, 

Oxlbrrfiai, 

CMattien, 

KinuaérÎMlgicD, 

pftIapdicB, 


Ii9 
NooAre  réd  des  «spcces  rooiniunes  après 
la  MppressioB  des  chifîres  répétés,  96 


ICsf  êcet  renmMréM  itef 

Espèces  apédalct 

detti  00  Iruis  étage»  a  la  Msm 

M  ■■seul  éugc 

1 

173 

1 

300 

> 

288 

7 

586 

11 

535 

26 

255 

-57 

lOz 

27 

628 

IS 

183 

Z 

57 

605 
546 


739 

655 

199 

CO 


5  717 


5,816 


KIH 


JMCTIO^NAIRE  D£  C0SMOGO9ÎIE 


Km 


«M 


EiL  résumé,  comme  on  peut  en  ju^^er  par 
\e  tableau  précédent,  et  parles  détails  spé- 
ciaux qu'on  trouvera  aux  étages,  où  nous 
(kvous  donné  le  résultat  consciencieux  de 
tous  les  faits  bien  constatés,  on  peut  en  dé- 
duire: 

1*  Qu*ll  existe  dans  les  terrains  jurassi- 
ques plus  de  <^,000  espèces  d'animaux  en^ 
tièrement  différents  cTes  animaux  des  pé- 
riodes antérieures  et  postérieures. 

2*  Que  ce  nombre  se  divise  en  10  zones 
superposées  formant,  dans  Tensemble  des 
terrains  jurassiques,  autant  de  faunes  chro- 
Tîoloçjques,  ou  d  époques  qui  se  sont  succédé 
réOTlièremcnt  les  unes  aux  autres. 

S*  Que  chaque  zone  a  montré  encore  une 
faune  spéciale  distincte  de  celle  des  zones 
inférieures  et  supérieures,  qui  constitue  un 
élaiçe,  une  époque  bien  caractérisée,  de  la 
même  valeur  que  l'époque  actuelle. 

4*  Que  les  espèces  qui  se  trouvent,  par 
accident  ou  autrement,  dans  deux  eu  plu- 
sieurs de  ces  étapes  à  la  fois,  et  dont  on  a 
eiagéré  le  nombre  d'après  de  fausses  don- 
nées, ne  s'élèvent  en  réalité,  d'après  les 
recherches  actuelles.  j>ar  rapport  aux  es- 
pèces spéciales,  qu'à  1  J/2  pour  100;  chiffré 
Irop  peu  important  pour  changer  en  rien 
les  résultats  propres  aux  faunes  spéciales 
«ttccessives. 

La  présence,  pendant  cette  période,  des 


mêmes  genres  et  des  m&nes  espioos  d'ani- 
maux, depuis  la  zone  torride  jusqu'au  cml$ 
polaire,  prouverait  que  la  température  éidit 
uniforme  sur  le  globe,  par  suite  de  la  cha- 
leur centrale,  et  qu'aucune  ligne  isotherme 
n'existait  encore  sur  le  globe.  La  composi- 
tion de  ces  faunes  démontrerait  aussi  qu'elle 
était  analogue  aux  fiiunes  tropicales  ao- 
tuelles. 

'  Les  oscillations  da  sol  sont  on  ne  peut 
plus  marquées  durant  les  terrains  jurassi- 
ques. Leurs  traces  sont  surtout  visibles  pat 
les  lignes  littorales  superposées  de  quelques 
points. 

*  A  dix  reprises  successives,  des  perturba- 
tions géologiques,  plus  énergiques  que  les 
oscillations,  sont  venues  interrompre  l'ani- 
mation de  la  terre  et  des  mers  à  détruire 
presque  tous  les  êtres.  Après  chacune  de 
ces  grandes  catastrophes  de  la  1erre,  le 
calme  est  revenu  ;  de  nouveau,  toute  la  na- 
ture a  été  repeuplée  dé  ses  plantes  et  de  ses 
animaux.  A  chaque  fois,  si  les  genres  sont 
en  partie  restés  les  mêmes,  les  espèce**  ont 
entièrement  changé,  ainsi  qu'on  peut  le 
voir  par  les  faunes  respectives. 

Quelques  auteurs  font  surgir,  pendant 
cette  pift-iode  les  roches  plutonienues  qui 
dépendent  des  baisâtes,  des  '  porphyres  py* 
roxéniques,  etnéme  des  granits,  M.  Cor- 
dter  ne  naralt  pas  l'admettre. 


K 


KASWINL  Foy.  ttÉOLOOiE. 
•    KEPLER,  belle  prière.  Voy.  Buckland. 

KEyPER.  Voy,  SâUirifiiEN. 
-  KIMMËRIDGIEN  (Étage).  —  Neuvième 
étage  des  terrains  jurassiques  et  le  quin* 
;Zième  de  TécheUe  totale  des  formations 
Kéolosiques.  Ce  nom  dérive  de  celui  de  la 
ville  ae  Kimméridge^  où,  en  Angleterre,  a  été 
décrit  lu  premier  type  de  cette  période  géo* 
.logique  ;  c*est  Vêlage  supérieur  du  système 
poliikique^  V argile  ixHonJleurj  le  Portland* 
4lone  des  Anglais,  etc. 
i  Le  grand  nomlnre  de  points  où  Tétage  qui 
/lOttsoccujpe  a  été  rencontré  dans  les  bassins 
^^lo-parisien  et  pyrénéen ,  doit  nous  faire 
croire  qiill  s*est  déposé  partout  avec  régula* 
rite  sur  Vétage  corallien,  et  que,  sll  ne  se 
voit  jpas  sur  tous  les  points,  c'est  par  suite 
de  changements  de  niveau  postérieurs  ;  qu*il 
a  été  recouvert  par  des  étages  crétacés  et 
tertiaires,  ou  qull  a  subi  (fes  dénudations 
partielles.  Autour  du  bassin  anglo-parisien. 
Use  montre  avec  un  grand  développement 
de  cuuches. 

^  En  Angleterre,  où  nous  trouvons  la  con- 
tinuité du  bassin  anglo-parisien  ,  l'étage 
forme,  sur  les  autres  terrains  jurassiques, 
une  bande  qui  traverse  encore,  du  sud  au 
nord,  une  grande  |:ai tiède  TAngleterre. 

En  additionnant  les  couches  qui  compo- 
sent rélaj^e,  soit  depuis  Châteiaillon  jusqu'à 


lafmdu  Rodier,  route  de  Rochefort,  soit 
depuis  Villeneu  ve-la-Comtesse  jusqu'au  de* 
là  de  Saint-Jean-d'Angély  (Charente-Infé« 
rieure},  on  arrive  à  trouver  pour  puissance 
environ  80  mètres.  A  Tonnerre  ou  à  Sainlo- 
Colombe-en-Puisaye  (Yonne),  on  l'a  évaluée 
à  70  mètres.  En  Angleterre,  on  lai  a  recounu 
jusqu'à  150  mètres. 

Nous  voyons  au  Havre  des  dép6t$  sous- 
hiarins  formés  sous  l'influence  d'une  pé* 
riede  d'agitation  déterminée  par  des  cou- 
rants, et  d'autres  déposés  pendant  le  repo» 
prolongé  :  les  premiers^  marqués  par  Tas* 
semhlage  des  couches  remplies  de  (-oquiUes 
placées  mortes  où  elles  sont;  les  autres,  par 
des  argiles  où  Ton  retrouve  beaucoup  de  oo- 
quilles  bivalves  en  place  dans  leur  portion 
normale  d'existence.  A  l'île  d'Oléron  co 
sont,  au  contraire,  des  dépôts  sous-marinsi 
formés  seulement  dans  une  période  de  repos. 
La  localité  la  plus  remarquable  parles  faits 
de  ce  genre  qu'elle  présente  est,  sans  con- 
tredit, la  pointe  de  Gh&telaillon.  Elle  so 
compose  de  couches  variables,  épaisses, 
plongeant  légèrement  au  sud.  Les  couches 
formées  de  bancs  de  calcaires  marfleui  et 
d'argile,  qui  s'étendent  à  marée  basse  dans 
la  mer  actuelle,  sont  pour  n«>us  le  type 
d'un  dépôt  sous-marin  voisin,  ou  môme  au 
niveau  inférieur  des  marées  de  la  côte,  et 
sous  rintîuçnce  de  larges  j>erlurba(ious  n^r 


mi 


Km 


Cr  DE  PÂLl!X>.XTOLQGlfi. 


KLE 


«02 


turcllesi  niûuieulaaées,  démonlrées  par   la 
réparation  des  bancs  ;  en  cfiet,  e\]es  olTrcnl 

fiartout  une  incroyable  auantiléde  coquilles 
amelUbrancbes»  de  phoîadomya^  de  mactra^ 
de  ccromya^  iTanatina^  de  thracia^  de  pinna^ 
etc.,  dans  leur  position  normale  d*existenee, 
les  unes  ca  famille,  les  autres  isolées.  On 
y  voit  encore,  par  places,  des  centaines  de 
ctylilus^  autour  du  point  où  elles  adhéraient 
par  leur  bj'ssus,  et  des  groupes  de  pitiM 
dans  la  position  vertû^e.  Kien  n*est  remar- 
quable comme  ces  bancs;  on  y  Yoit  les  êtres 
marins  tels  gu  ils  Tivaient»  et  l'on  prend, 
fiour  ainsi  dire,  la  nature  passée  sur  le  fait 
de  son  existence,  comme  pour  animer  en* 
core  lljistoirc  ancienne  de  notre  planète;  oa 
dirait  même  que  les  dernières  com:hes  ont 
été  recouvertes  subitement  par  une  aiHuence 
plus  uu  onliuaire  de  sédiments,  qui  a  tout 
étouOe  au-dessous.  En  résumé,  nocs  verrons 
à  Cbâlelailloii  des  dépôts  littoraas  accéder 
i  des  dé|K>ts  côtiers  sous-marins  qui  indi-» 
cmeraient  un  relèvement  lent  de  ces  côtes, 
oéterininé  par  laccumulation  des  dépôts, 
cpmme  nou5  en  avons  signalé  dans  les  cau- 
ses actuelles;  le  Cait  ne  sera  pas  même  ex« 
ccptionneit  les  couches  kimméridgiennes 
du  Calvados  et  de  Saint-Jean-d'Aogély  nous 
montreraient  un  phéflomène  absolument 
semblable. 

Caraeiiriê  paléonioloqigueê.  —  La  Caune 
de  Tétage  kknméridgieii  (mre  encore  i  côté 
d*une  disparité  presque  complète  des  es- 
pèces, des  formes  génériques,  voisines  de 
la  faune  précédente.  On  reconnaît  qu'elle 
ftit  partie  de  ce  grand  tout  des  terrains 
jurassiques. 

Pour  distin^er  Tétage  kimméridgien  de 
répoque  antérieure,  nous  avons  aujourd'hui 
les  kQ  genres  qui  existaient  dans  celle-er, 
^ns  arriver  jusqu'à  cet  étaçe.  Ce  ré:>ultat 
montre  encore  que  les  terrains  jurassiques 
•antinuent  leur  période  de  décadence  ;  oette 
décadence  ressort  surtout  de  la  valeur  des 
çaffMtèr^  Bégatifs  inférieurs,  très-nom'» 
breiix,  comparés  9ux  caractères  négatifs  su- 
Rieurs,  presque  nuls»  et  du  peu  de  carac- 
tères posiliiis  ticés  des  genres  que  nous 
ATOns  à  siçialer. 

Pour  limite  supérieure,  nous  n'arons,  en 
effet,  parmi  les  reptiles,  que  le  genre  c€ti4H 
r,  qui,  ineonnu  à  l'état  kimméridgien, 


se  rencontrerait  dans  l'étage  portlandien. 

Four  limites  avec  l'étage  inférieur  nous 
avons  4  genres  qui  manquent  encore  à  cette 
épocpie  ei  ne  paraissent  qu'avec  Tétage  kim* 
flâéridgien,  parmi  les  rpi»tiles  :  les  genres 
jlaResaumf,  êêreptùtjfanàylmê^  emjfê  et  pla^ 
leaiya. 

Avec  le  genre  êiemnÊKmrus^  mentioiuié  seu*? 
leiDoit  dans  l'éla»  kimméridgien,  et  qui 
peut  être  invoqué  eomme  limite  positive 
eveeTélage  portlandien,  nous  avons  encore 
les  10  genres  suivants,  qui  s'éteignent  dans 
rétame  kimméridgien  sans  passer  au  port- 
landien; parmi  les  reptiles»  les  genres 
ÎplesioMouruêf  iekoÊtmruê^  piiammÊruê;  parmi 
es  poissons,  les  genres  oêlerocanihus^  êtro^ 
pkoduSf  thri$$op$;  parmi  les  mollusques  la- 


mellibranches ,  les  genres  posidonomya^ 
eeromya  et  pinnigena;  parmi  les  écblno^ 
dermes,  le  genre  clypeuê. 

]  Indépendamment  des  espèces  d'animaux 
vertébrés  et  annelés,  et  des  plantes,  noua 
4vons  seulement,  en  animaux  mollusques 
et  rayonnes,  le  nombre  de  199  espôèes*  En 
séparant  de  ce  nombre  les  13  espèces  que 
nous  avoiis  rues  se  trouver  en  même  temps 
dans  l'élage  corallien,  et  les  2  espèces  sui- 
vantes :  pterocera  octani,  Delabèche,  et 
pecten  IcmellosuSf  Sow.,  qui  se  rencontrent 
dans  l'étage  portlandien,  il  restera  encore 
184  espèces  spéciales  et  caractéristiques  dç 
l'étage  kimméridjpen. 

^  Chronologie  historique.  —  Avec  les  der^ 
nières  couches  de  l'étage  corallien  restent 
ensevelis,  pour  toujours,  40  genres  d'ani- 
maux qui. existaient  dans  cette  période,  eç 
même  temps  que  630  espèitcs  d'animau^ 
mollusques  et  rayonnes  qui,  avec  les  autre3 
séries  animales,  formaient  la  faune  de  cette 
époque.  Après  ce  mouvement  géologique^ 
lorsque  le  calme  a  reparu  sur  la  terre»  son| 
nées  dans  l'étage  kimmérid^en,  avec  ouelf 
ques  genres  nouveaux,  186  espèces  danir 
maux  mollusques  et  rayonnes.  . 

Les  mers,  avec  moins  d'al>ondance,  poss^ 
daient  k  peu  prto  les  mêmes  genres  ;  seule  ♦ 
ment  les  espèces  étaient  différentes  de  celles 
de  rétage  corallien.  Les  céphalopodes  y  sont 
peu  nombreux,  et  les  genres  dominants  y 
eomme  les  ceromya  et  autres,  dépondeni 
principalement  des  lamellibranches  et  des 
«astéropodes,  qui  vivaient  près  des  côtes» 
le  plus  généralement  sur  des  sédiments  fins, 
lei  Ton  ne  voit  plus  de  récits,  et  à  peine 

Juelques  zoophyies  viennent-ils  témmgnec 
e  l'existenee  de  cette  série  animale. 

Les  eoBtineBts,indépendaffiment  des  genres 
d'animaux  déjà  cités  dans  les  étages  préoé* 
dents,  nourrissaient  sur  leurs  bords  mari* 
times  qneiques  genres  nouveaux  de  t^j^ 
tiles,  tels  que  les  sauriens:  sienosaurus-^ 
êireplotpwMtf^uê ^  et  des  tortues  des  genres 
êmtfê  et  pUuemyê.  C'est  du  reste,  tout  ce 
qui  nous  est  resté  de  la  faune  terrestre  de 
eette  période,  où  pas  une  plante  n'est  encore 
connue. 

KIRWAN.  Voy.  Géologob. 

KLEE  (FuBeÉMCK).  Cet  auteur  a  publié, 
en  1846,  à  Copenhague,  un  livre  intitulé  :  La 
déluge^  consiaéraiionâ  géoiofique$  et  Aif leri» 
^ues  $ur  leâ  demierê  caiaely$moi  eu  globe . 
édition  française,  Paris,  18^7.  M.  Klee  traite, 
dans  son  livre,  des  matières  les  plus  graves 
et  les  plus  importantes  et  s'érige  en  réfor- 
mateur universel.  Son  but  principal,  son 
but  «inoneé  du  moins,  est  1  explication  d^ 
déluge. 

«  Dans  tous  les  temps,  dit  M  Godefniy, 
ks.  savants  ont  fût  les  plus  grands  efforts 
pour  trouver  une  cause  physique  à  un  évé^ 
nement  dont  ils  ne  pouvaient  nier  la  réalité 
sans  démentir  la  nature,  qui  en  a  partout 
grevé  les  fastes  en  caractères  inefiaçaUes. 
Cependant  une  voix  qui  s'est  Ait  «itendre  i 
toutes  les  nations  assigne  au  dAuoe,  et  aux 
circonstances  diverses  de  ce  grandf  ei  terri* 


«33 


ILE 


DlCT10N!<AUtE  DE  COSMOCaMB 


KLC 


m 


ble  événement  des  annales  bibliques ,  une 
eause  d*un  ordre  supérieur,  d*un  ordre  tout 
différent  de  1  ordre  de  la  nature.  On  sait  ce 
qui  est  advenu  de  toutes  les  hypothèses  pro- 
posées; et  pourtant  tant  d'essais  infruc* 
tueuxy  tant  de  tentatives-malheureuses  n  ont 
pu  convaincre  tous  ces  savants  de  leur  im- 
puissanoe. 

«  Naguère  encore  un  géologue,  dont  le 
nom  a  eu  du  reteoiissement  dans  la  science, 
nous  disait,  avec  toute  Tassurance  aue  lui 
inspirait  la  satisfaction  d*avoir  résolu  éCun 
même  coup  quatre  ou  cinqfiroblèmes  : 

«  Supposons  qu*un  astre  quelconque  rep- 
«  contre  obliquement  la  terre  dans  son  mou- 
«  vemenl;  que  devra-t-il  arriver?  Le  choc 
«  violent  de  Tasire  fera  dévier  le  globe  ter- 
«  restre,  ou  le  fera  retourner  sur  lui-knème; 
«  son  double  mouvement  de  rotation,  diurne 
«  et  annuel,  seront  l'un  et  Fautre  suspen- 

«  dus,  ou  ralentis  un  instant De  là  la 

«  dispersion  des  blocs  erratiques,  celle  des 
«  dépôts  caillouteux;  la  disparition  subite 
<  d*un  grand  nombre  d*animaux  terrestres, 
c  et  la  présence,  dans  les  climats  froids  et 
c  tempérés,  des  ossements  de  quadrupèdes 
c  dont  les  analogues  vivants  habitent  les 
t  pavs  chauds  (621).  » 

«  Nous  avons  répondu  à  ce  géologue  :  Si 
te  mouvement  de  translation  de  Ta  terre 
autour  du  soleil  était  suspendu  un  seul  ins- 
tant, la  terre,  en  vertu  de  la  force  centrale, 
qui  ne  serait  plus  et  ne  pourrait  plus  6tre 
oontrebaianeée,  tomberait  en  ligne  droite  sur 
k!  soleil;  ainsi  son  mouvement  de  rotation, 
ce  mouvement  diurne  serait  suspendu  pour 
toujours.  Le  double  mouvement  de  la  terre 
aera-t-il  seulement  ralenti,  alors  il  est  bien 
certain,  puisque  la  terre  a,  non-seulement 
un  moutement  de  rotation  à  l'équateur  de  7 
iieues  par  minute  y  mais  encore  une  vitesse 
de  translation  de  7  lieues  par  seconde  ou 
de  U2  lieues  par  minute,  il  est  bien  certain 
que  notre  malheureux  globe  serait  boule- 
versé de  fond  en  comble.  Ce  ne  serait  [Ans 
an  déluge  :  il  faudrait  voir  dans  un  pareil 
événement  le  chaos  des  poètes  et  des  mytho- 
logistes;  ce  serait  alors,  comme  récrivait 
Lalande  en  1773,  Vaceompliesement  des  sii^ 
des  et  la  fin  du  monde.  Mais  nous  savons 
maintenant  que  nous  n'avons  rien  à  crain* 
dre  de  semblable  de  la  masse  volatile  et  tout 
à  fait  insignifiante  des  comètes;  car,  il  iSsiut 
bien  le  dire,  Vastre  quelconque  aue  vous  in- 
voquez, ne  saurait  être  autre  cnose  qu'une 
comète;  lés  comètes  sont  évidemment  les 
seuls  astres  que  la*  terre  puisse  rencontrer 
dans  sa  course  annuelle  au  tour  du  soleil.  » 

Aussi  est-ce  sur  cette  rencontre  de  la  terre 
par  une  comète,  est-ce  sur  un  pareil  dépla- 
cement de  Taxe  de  rotation  de  la  terre,  ooca- 
tianné  par  le  choc  d'une  comète,  que,  plus 
réuemment  encore^  M.  de  fioueheporn  a 
essayé  de  fonder  une  Théurie  nouvelle  des 

(021)  M.  N.  BooB«E,  QMof.  Aément. 
(6iS)  HéflMire  présenté  k  1  Acadéroie  des  sciences, 
•  inlttet  1844.  Voy.  BecoicpoRN. 
(635)  U  Muge^  etc.,  p*  116. 


révolutions  du  globe:  et  cela,  parce  qu«  le 
calcul  des  probabilités  lui  a  moBtré  qu'ea 
supposant  dix  passages  annuels  de  comètes 
dans  les  limites  de  l'orbe  terrestre ,  touks 
les  chances  de  rencontre  de  la  terre  par  un 
de  ces  astres  devaient  être  atteintes  en  iroii 
millions  d'années  (622). 

Rebuté  par  tant  et  de  si  inextricables  dif- 
ficultés, 1  auteur  étranger  qui  se  présenie 
aujourd'hui  pour  VexpTication  du  aéiuge  tt 
du  phénomènes  qui  s'y  rapportent^  emploie 
une  autre  méthode.  S  il  a  encore  recours  au 
déplacement  de  l'axe  de  rotation  de  la  terre, 
il^  n'attribue  plus  ce  déplacement  au  choc 
d'unecomète.  Dans  l'enseignement  nouveau, 
la  cause  du  déplacement  de  Taxe,  ainsi  qui 
celle  du  déluge^  doivent  être  cherchées  dans  it 
développement  intérieur  du  globe  (623). 

Celle  couse  sera-t-elle  plus  facile  k  trouver 
dans  cet  intérieur  du  globe  terrestre  que 
dans  le  ciel  des  comètes?  C'est  ce  que  nous 
ne  pouvons  dire  ;  car  le  savant  6lraD|;er, 
M.  Frederick  Kiee,  ne  s'explique  pas  sur  ce 
point.  Ce  silence  est  d'autant  plus  fteheui 
et  surtout  d'autant  plus  surprenant,  que 
l'auteur  annonce  que  sa  «  théorie  doit  eier- 
cer  une  influence  puissante  et  uniTerselle, 
non-seulement  sur  la  géologie,  mais  aussi 
sur  plusieurs  autres  sciences,  notammeDt 
sur  la  mytholo^e,  sur  l'histoire,  sur  TiS" 
tronomie,  particulièrement  sur  la  théorie 
exposée  par  Laplace  quant  aux  mouvements 
des  corps  célestes  (€2^).  »  Mais,  parce  que 
cette  cause,  quelle  quelle  soit,  eiigeun 
effet  subit,  instantané,  il  enseigne  qu'on  m 
peut  peu  décider  avec  certitude  :  V  t  si  Noé 
a  prévu  cette  catastrophe  ou  non  ;  »  2*  f  s'il 
a,  par  cette  raison,  bâti  un  navire  d'une  con^ 
truotioH  particulière;  »  3*  «  s'il  s*est  passé 
sept  jours,  comme  le  dit  la  Bible,  avant  que 
rin>ndation  atteignit  la  demeure  de  Noé;» 
k'  «  si  la  pluie  continuelle  a  duré  quaraote 
jours  et  quarinte  nuits,  »  etc.^  etc.  (625;. 

En  procédant  de  la  sorte  on  devait  arriver 
à  des  résultats  curieux.  On  arrive,  en  effet, 
à  apprendre^  du  mtcrr  oa  la  biblk  hêii» 
«  qu'il  a  existé  d'autres  hommes  sur  li 
terre  du  temps  d'Adam;  »  et  même  oa 
arrive  à  savoir  «  qu'Adam,  chassé  d'E^teOf 
a  dû  trouver  la  Babylonie  passablement  peu- 
plée (626).»  Puis  une  interprétation  corrttlt 
du  onzième  chapitre  de  la  Genèse  apprend 
«  aue  Babylone  a  été  fondée  déjà  avant  k 
déluge,  h 

Cette  dernière  découverte  est  consigoée 
dans  le  ehapitre  intitulé  :  Hypothèse  qut  la 
ville  de  Eabylone  a  existé  orofU  le  iélugtiti 
que  les  images  de  TApocalypse  ont  été  tiriti 
de  la  catastrophe  du  défwcemitnt  de  foxt  éé 
globe^  surtout  de  la  ruine  de  cette  ville ,  ^ 
truite  tors  de  cette  ce^astrophe. 

En  outre,  il  est  exposé  dans  oe  cbapilK* 
que  «  vraisemblablement  Babylone  fat  H 
«  ville  la  plus  importante  de  l'étal  «ooo» 

(6t4)  Page  S35. 
(6S5)  Page  315. 
(6i6)  Deuuéiae  parik,  eksf.  S. 


tta 


KÎJÊ 


rr  M  MLfi05T0L0CIK. 


€  desdieux  OU  Elobim,  qui  semble  avoir  été, 

«  APBàsCBLCI  DBS  ATLAUTBS,  le  pluS  puîSSBUt 

4  des  Etals  avant  le  déluge  ;  »  car,  dans  Thr- 
pothèse  dont  il  s*agit,  lAilaniide  déiruUe 
aussi  lors  de  ceile  catastrophe^  a  été  fEtat 
civilisé  lepius  ancien  (^7). 

Voici  comment  tout  ceci  se  -démontre  ou 
s'explique  : 

L  Europe  est  TAtlantide  donlparle  Platon, 
ou,  pour  reproduire  les  propres  expressions 
de  Fauteur,  «  TAIlantide  des  anciens  est 
l'Europe  actuelle  (628).  v  Or,  <  de  même 

•  qu'on   peut  démontrer  que,  dans  notre 

•  ère,  la  civilisation  a    suivi    la   marche 

•  du  soleil  de  l'orient  à  l'occident ,  de 
«  même  elle  Ta  suivie  avant  le  déplace- 
«  ment  de  Taxe,  en  passant  de  l'Eurofie  dans 

•  l'Asie  occidentale,  située  alors  h  peu  prAs 
«  h  r occident  deVEuropt^  et  en  s  arrêtant 
«  aux  Indes  et  dans  la  Chine,  où  le  soleil, 

•  pour  ainsi  dire,  j'eil  arrêté  et  a  changé  sa 
«  direction  (629).  » 

Ce  qui  signifie  qn  avant  cette  rétrograda- 
tion frar  il  est  question  ici  bien  moins  d'un 
simple  déplacement  de  l'axe  que  d'un  détonr* 
nement,  d'un  changement  de  rotation  ou 
d'un  mouvement  rétrogratle),  l'Europe  ac- 
tuelle était  à  Forient  de  l'Asie  occidentale 
d'aujourd'hui,  c*est«è-dire  à  l'orient  de  la 
Babjlonie,  et  par  consé<{uent'h  l'orient  de  la 
Chine,  d'oà  la  civilisation ,  en  conséquence  de 
la  nouvelle  marche  ou  nouvelle  direction  du 
soleil,  est  revenue  ensuite,  en  repasssant  par 
les  Indes  et  par  la  Babylonie,  jusijne  dans 
rEorope  actuelle,  son  berceau  primitif;  avec 
eette  diflérenise,  néanmoins,  aue,  cette  fois, 
le  soleil  n'ajant  plus  changé  de  direction, 
m  elle  a  contmné  sa  route  du  cdté  de  l'oeci- 
dent ,  en  passant  dans  TAmérique  (6M).  » 

Voilà  pourquoi  FAmérigne^  çut  se  éétt^ 
lippe  avec  une  force  gigantesque^  pans 
derant  f  Europe  qui^  en  général^  ne  fait  plus 
que  de  lents  progrès  (631). 

Mais,  en  même  temps,  voilà  comment  it 
est  démontré  dans  la  nouvelle  méthode 
explicative,  qu'à  part  l'Amérique ,  l'Atlan- 
tide  on  l'Europe,  le  dernier  des  États  civi- 
lisés dans  l'ère  actuelle,  a  été  TEtat  civilisé 
le  plus  ancien  dans  l'ère  antédiluvienne,  et 
▼oilà  commenti'Etat  de  ces  dieux  ouElohim, 
dont  Babylone  fut  la  C2pitale  ou  la  ville  la 
plus  importante  avant  le  déluge,  a  pu  être 
appelé  par  l'auteur  de  l'explication, un  état 
MOMoiiiB,  comparativement  à  l'Atlantide  ou 
à  FEurope  de  la  civilisation  antéadamique. 

Voilà  aussi ,  sans  doute ,  d*où  vient  que 
lea  t^ptiens,  qui,  «  probablement  auront 
«  édiappé  à  la  mort  dont  les  menaçaient  la 

•  grande  inondation ,  les  éruptions  volca- 
«  niques  et  les  autres  phénomènes  de  la 
«  nafnre  qui  ont  accompagné  le  déplacement 

•  de  l'axe  (682),  »  eiis^gnaient  aux  Grecs  de 

(627)  Paige  5tl. 

(628)  f  Je  pose  donc  rhypotlièse  ^logique-bist<>- 
fû^ae  qa^rAtianîide  éesanciensesl  PEurone  sctmeile^ 
et  qee  tes  kMiaatw  qmi  périrent  par  le  éétmge^  sont 
Irt  AUaates  om  les  Titans  des  anciens  »  (Pag.  229). 

<629)  DeMxiôK  partie,  ckap.  13. 
|6Se)  ilNxiéeie  paitie,  chsf.  IS. 


l'Europe  qu'autrefois  le  soleil  se  levait  à 
l'occident  et  se  couchait  à  l'orient. 
•*  Enfin,  voilà  comment  il  se  fait  que  «  la 
«  théorie  développée  dans  cet  écrit  doit 
'  «  exercer  une  influence  puissante  et  uni- 
^  verselle  sur  l'astronomie,  particulièrement 
«r  sur  la  théorie  exposée  par  Laplace  quant 
c  aux  TBouvements  des  corps  célestes.  » 

Effectivement,  cette  transformation  d'un 
mouvement  de  rotation  primitivement  Ui- 
ri(^  d'orient  en  occident,  ce  mouvement 
originaire  d'orient  en  occident  transformé 
accidentellement  en  rotation  d'occident  en 
orient,  renverse  les  principes  les  plus  fon** 
damentanx  de  Fastronomie,  et  avec  ces  prin- 
cipes fondamentaux,  tout  l'édifice  oosmogo- 
nique  de  Laplace. 

Tels  sont  les  résultats  princi|)aux  de  cette 
i^irLi7B!ic«  PUISSANTS  ET  vxivehscixb  que 
II.  Frederick  Klee  promet  à  sa  théorie  ex- 
plirative  du  déluge. 

Cependant,  comme  Fauteur  du  livre  que 
nous  examinons  déclare  lui-même  que» 
«  tant  qu'on  n'aura  pas  reconnu  la  jusiesse 
«  des-  idées  principales  avancées  daas  ce 
«  livre,  il  serait  hors  de  propos  de  dévelop- 
«  per  plus  exactement  ces  ditférents  résuJ-* 
•  tats  (633),  9  nous  ne  nous  en  inquiéterons 
pas  autrement.  Et  véritablement  nous 
n'avons  j>as  à  nous  préoccuper  de  ces  résul- 
tats, puisque  nous  sommes  en  mesure  de 
ineltre  le  lecteur  à  même  de  juger  en  toute 
eonnaissance  de  cause  de  lajusteue  des  idées 
pri$uipaies  avancées  dans  ce  litre.  Il  nous 
suffira  présenteanent ,  sans  que  nous  ayons 
besoin  de  suivre  plus  longtemps  le  nouveau 
réformateur  dans  ses  considérations  sur  lo 
déluge  de  la  Genèse  et  sur  la  Bab^lone  de 
ï Apocalypse  9  considérations  si  différentes^ 
de  celles  de  Calvin  on  de  Jurieu  sur  cette 
Hiêiiie  Babyloiie  de  VApocalypsCf  il  noua 
suflira  de  reproduire  cette  autre  conclusion 
à  laquelle  est  encore  arrivé  Fauteur  de  Tex- 
plication  du  déluge  :     • 

c  II  est  donc  probable  qu'il  ne  fut  plus 
«  créé  d'hommes  après  le  déluge ,  à  moins 
«  que  ce  ne  soient  les  malheureux  Papuas  » 
€  ou  le  peuple  remarquable  des  Bohémiens» 
c  dont  lepparilion  au  milieu  d'une  période 
«  historique  est  encore  une  énigme  (634).  ^ 

On  voit  queM«  Frederick  Kleea  tenu  tout  ce 
que  promettait  cette  épigraphe  de  son  livre: 

Croire  tout  déroavert  est  oee  encer  preCaede, 
C'est  prendre  riionioa  peer  les  lignies  du  monde. 

S'il  n'a  pas  tenu  ce  que  promettait  le 
titre  de  ce  même  livre,  s*il  n  a  pas  atteint 
h  but  principal  qu'il  se  proposait,  FejrpIiV «- 
Iton  du  déluge ,  s  il  a  manqué  son  bût.  c'est 

?[u'il  est  écnt  dans  le  livre  divin,  qtf e  la  con- 
usion  est  le  partage  de  quiconque,  par  men- 
songe ou  par  ignorance,  contredit  la  parole 
de  vérité  (635\ 


(632)  Page  311. 
.  (6331  Page  335. 
.    i63i)  Page  16S. 

(633)  Nom  cùturaduas  serbo  serUaûi  uUo 
et  de  mendacio  inenditioms  îmm  confsnâert, , 


un 


L 


LAMBiXMRANCHfiS  oa  ACÉPHALES. 
-^Oame  <lenoll«sqviesà  laquelle  appartient 
rtraitre.  Les  lamellilnBcbes  HiaMiveDl  de 
tête  et  sont  bies  plus  sédentaires  que  les  an- 
tres moHosqnes.  Ik  sont  frios,  en  effet , 
œlte  légèreté,  i«tte  aetUité  des  cépbaiopa- 
des;  ils  ne  rampent  Déme  pins  snr  les  ro- 
ebersp  eonme  les  gastéropodes.  Dooés  qnri- 
qnefeis  de  la  loeomotion,  ils  ne  1  exercent 
qaed*une  manière  incomplète,  llssecaehent 
dans  le  saMe  oo  dans  la  vase,  se  déplacent 
en  y  traçant  uo  léger  sillon«  s'j  enfoncent 
plus  profèndéoient,  on  creusent  des  esTités 
au  sein  des  rochers  calcaires  ;  et  dans  ees 
deux  derniers  cas,  ne  chagent  pas  déplace, 
Uii  se  fixent  encore  an  rocher  par  nnbjsana. 
ott  bien  y  adhèrent  d'une  manière  plus  in* 
tiinepar  leur  coquille  mèane,  dont  la  ma- 
tière calcaire  s^unit  an  sel  et  réâste  ainsi  à 
la  Tagne. 

Les  lamellibranches ,  diaons^nons,  man* 
quent  de  tète,  et  dès  lors  sont  dépourvus  des 
organes  de  la  vision,  de  Taudition  et  de  la 
préhension.  Ils  ont  une  bouche  sans  dents , 
itiunie  de  lèvres  charnues ,  tentaculaîres , 
placées  à  la  partie  inférieure,  au  milieu  d'un 
énorme  manteau  qui  enveloppe  Iteîmai,  se 
divise,  le  plus  souvent,  en  deux  grandes 
lames  paires  susceptibles  de  s^onvnr  et  de 
se  fermer ,  et  qui  est  presque  tonionrs  ex«> 
térieurement  pourvu  d'une  coquilieealcaîre 
tiraite,  en  faisant  intimement  partie  et  pro- 
tégeant l'enserohle.  En  dedans  de  ce  man* 
teau  sont  les  viscères,  les  branchies  formées 
de  chaque  cAté ,  dd  deux  feuillets  minces, 
fégulièrement  striées  %n  long  et  en  travers, 
quelquefois  en  avant  sous  deux  tubes  dis-> 
nncts,  dont  l'un  est  le  tnbe  branehml. 

La  bouche  est  h  une  extrémité;  le  tube 
anal  h  l'autre.  Entre  ces  deux  parties ,  mais 
plus  près  de  la  bouche,  existe  chez  beaucoup 
de  genres  un  pied  unique  ;  masse  charnue» 
cjp^lindrique  ou  compnmée,  dont  le  méca^^ 
nisme  de  contmciion  permet  à  ces  êtres  le 
seul  mouvement  dont  ils  sont  susceptibles. 
Indépendamment  des  muscles  propres  au 
manteau,  laissant  des  empreintes  palléales 
sur  la  partie  anlérietu*e  de  la  coquille,  on 
ToU  djuoe  yalve  à  l'autre,  un,  deux  ou  plu- 
sieurs muscles  transrerses,  qui  servent  à  les 
fermer  ;  tandis  que  le  seul  effet  du  relâche- 
ment de  ees  musclée  dattache  laisse  la 
coquille  ouverte  ,  un  ligament  corné , 
élasti^^e,  placé  au  point  d'union  d«)s  deux 
valves,  les  forçant  toujours  h  s'ouvrir.  C'est 
la  force  contraire  des  musclés  d'attache  et 
du  ligament  qui,  à  la  volonté  de  TanioMiU 
ouvre  et  ferme  la  coquille. 

La  coquille  des  lamellibranches  est  ordi- 

«drement  formée  de  deux  pièces;  quelque- 
is,  néaoiuoins,  elle  en  a  plusieurs  autres 
diversement  placées  sur  la  charnière.  Cette 


eoquflle  est  fixée  aux  rochers;  alors  elle  est 
irre^lière,  montrant  toqjoars  son  point 
d'attache,  ou  bien  libre  et  le  plus  srmTent 
sjrmétrique.  Lorsque  '  les  deux  pièces  oq 
valves  sont  égales,  on  les  dit  ^rrofr^i; 
lorsqu'elles  sont  iné^Ies,  on  les  dit  tn^ipi- 
ro/rcf  ;  lorsqu'une  ligne  tracée  à  partir  do 
crochet,  au  bord,  peut  séparer  la  Take  en 
deux  parties  ^ales,  elle  est  équilatéralr, 
dao>  le  cas  ou  les  deux  côtés  sont  alors  iné- 
gaux, elle  est,  au  contraire»  Mguilatéralt. 

<  Chacun,  jusqu  a  présent,  dit  U.  d*0(t)h 
gnj ,  a  repr&enté  les  coquOles  de  lamelli- 
branches, suivant  une  position  arbitraire, 
qualifiée ,  quelquefois  ,  de  position  analo- 
wûfme.  Tous  ceux  «j^ui  ont  étudié  les  coquil- 
les dans  leur  position  naturelle,  ont  r^ 
connu,  qu'un  so/m,  une  pkoïa$t  une  Delncob 
ont  toujours  les  tubes  en  haut,  sailiaols  à  la 
surface  du  sable  ou  de  la  roche  qui,  les  rea- 
ferme,  afin  de  pouvoir  respirer.  La  position 
anaiomiqoe,  admise  par  quelques  auteurs, 
renverse  précisément  tous  les  organes,  de 
manière  à  placer  en  bas  ce  qui  dans  la  sta- 
tion normale,  esten  liant,  absolumealcomme 
un  homme  qu'on  mettrait  les  pieds  en  l'air. 
Si,  sans  tenir  compte  de  Tétat  Dormal ,  on 
suivait  ainsi,  dans  la  position  des  êtres, oœ 
marche  purement  systématique,  on  arrive- 
rait  aux  conséquences  les  plus  disparates. 
Faudrait-il  donc»  en  effet,  parce  que,  dans 
la  slation  habituelle,  l'homme  a  la  coloaoe 
vertébrale  suivant  uee  ligne  verticale,  et 
perce  qu'il  porte  la  tète  à  leitrémilé  supé- 
rieure de  cette  ligne,  faudmit-il,  disossr 
nous,  figurer  le$  autres  mammifères  daus 
une  position  analogue?  Non,  et  personne  n t 
encore  songé  à  chamger  pour  eux  la  siatioa 
normale,  pas  plus  qu*on  n'a  cherché  à  re- 
tourner  un  écbinide,  en  lui  mettant  la  bou- 
che en  haut,  position  contraire  à  la  nature. 
Itous  croyons  donc  qu'il  faut  donner  aui 
êtres,  en  toute  cireonslance,  dans  les  figures 
qui  les  représentent,  une  position  analogue 
à  celle  qu  ils  ont  l'habitude  de  prendre  (iaitf 
les  diverses  phases  de  leur  existence. 

t  Comme  nous  l'avons  ftôt  renaarqueraoi 
gastéropodes,  la  conchyliologie  aywt  été, 
pour  ainsi  dire,  regardée  pendant  lon^op^ 
comme  une  branche  séparée  de  la  sciei€<^ 
qui  traite  de  animaux  mollusques,  les  auteurs 
parmi  lesquels  nous  pourrions  citer  des 
noms  très-cotmus,  avaient  ol'u  poufoir  » 
dispenser  même  de  voir  lu  mer  »  avant  d  ^ 
crire  sur  les  animaux  qui  y  vivent  exclusi- 
vement, et  borner  leurs  études  à  des  re- 
cherche* de  ciUfinet,  C'est  ainsi  qu'ils  avawni 
cru  devoir  fixer  arbitrairement  Ja  position 
d'une  coquille  sans  consulter  la  nature,  pour 
s'assurer  si  ce  qu^'ils  éublissaient  ci*ncordaH 
avec  elle.  Nous  croyons  donc  que  la  p<^^' 
tion  toute  deoentention  donnée  par  les  au- 


LAM 


ET  DE  PALEONT<H.0GIE. 


LAIl 


810 


leurs  prorenait  de  leur  manque  d'obserra- 
tion  sur  les  êtres  rivants;  car  personne» 
même  les  anatomistes  les  plus  distingués 
ilans  leurs  planches  anatomiaues,  n*eût 
▼oulu  changer  la  station  normale  des  mam- 
mifères connue  de  tout  le  monde ,  pour  les 
placer  dans  une  position  uniforme. 

«  Si  dans  beaucoup  de  cas  la  manière  de 
représenter  les  êtres  pouvait  être  indiffé- 
rente, il  n*en  est  pas  ainsi  pour  les  mollus- 
ques lamellibranciies.  La  géologie  et  la  pa- 
léontologie ont,  en  effet,  le  plus  grand 
besuîH  de  connaître  parfaitement  leur  posi- 
tion normale,  afin  de  savoir  si  leurs  nom-» 
breox  restes*  qu'on  rencontre  dans  les  cou- 
ches terrestres,  sont  encore  dans  celte  même 
position,  ce  qui  arrive  fréquemment ,  et  in- 
dique que  ces  êtres  sont  sur  le  point  où  ils 
ont  vécu.  C'est  donc  dans  un  but  d*appli- 
eatioo  que  nous  avons  choisi  cette  posi- 
tion. 

«  Nous  avons  fait  remarquer  qu'il  existait 
une  grande  disparité  entre  la  station  nor- 
male de  rbomme  et  celle  des  quadrupèdes 
ordinaires.  On  en  trouve  encore  un  exem- 
ple dans  la  station  normale  des  poissons 
formés  de  parties  paires,  comme  la  carpe, 
comparés  aux  poissons  non  symétriques , 
eomme  la  sole  ;  puisque  les  premiers  pren- 
nent, dans  la  station  normale,  une  position 
verticale,  dans  le  sens  de  leur  compression 
tandis  que  les  autres  sont,  relativement  aux 
premiers,  couchés  sur  le  côté.  Nous  insiste- 
rons sur  cette  comparaison,  attendu  que 
chez  les  lamellibranches  bivalves  il  en  est 
absolument  de  même,  lorsqu'ils  sont  sjmé- 
triaues  ou  non  symétriques.  * 

vofuilles  symétriques.  Ithaque  fois  qu'une 
coquille  bivalve  est  tout  à  fait  symétrique 
dans  ses  parties,  qu'elle  est  équivalve,  on 
peut  dire,  a  priori  que  sa  position  normale 
est  verticale  ou  presque  verticale,  dans  le 
sens  de  la  longueur*  Les  genres  solen^ 
stfo,  luiraria^  pelricola^  panopœa^  etc., 
dont  la  forme  est  la  plus  allongée,  en  sont 
des  exemples.  Ordinairement  très-enfoncés 
soit  dans  le  sable,  soit  dans  la  vase,  où  leurs 
tubes  exécutent  sans  cesse  un  mouvement 
de  va-etTvieqt  pour  arriver  à  la  surface» 
leur  position  est  tout  à  fait  perpendicu- 
laire. 

Lorsque  1^  coquille ,  également  allongée, 
se  creuse  un  trou  dans  la  pierre,  ainsi  qu'on 
le  voit  pour  les  genres  pholas^  lithodomus^ 
peirieoUf  clavageliay  etc.,  la  coquille  est 
encore  perpendiculaire,  les  tubes  en  haut,  la 
bouche  en  bas. 

Lorsqu'une  coquille  libre,  symétrique, 
est  plus  on  moins^ovale  ou  arrondie,  comme 
celle  des  genres  venus  ^  cardiuin^  tellina^ 
nueulaf  peeiunculusy  area^  itAto,  anodonia^ 
mmeira^  danux^  cyclasj  elle  est  encore  ver- 
ticale, les  tubes  en  haut  et  la  bouche  en 
t»asy  mais  quelquefois  elle  s'incline  un  peu 
décote. 

Pourvues  d'un  byssus  qui  les  fixe  au  ro- 
eber,  les  coquilles  symétriques  ont  des  po- 
sitions peu  différentes  :  chez  les  arca^  ïos 
cmrdUa,  elles  se  fixent  de  manière  à  conser- 


ver la  même  attitude  que  les  peirUola  h 
l'état  libre;  chez  les  les  myiiius^  les  pinna^ 
la  position  varie,  le  crochet  de  la  coquille 
étant  alors  placé  en  bas,  au  lieu  de  se  trou- 
ver sur  le  côté,  et  la  partie  baillante  des 
valves  en  haut.  Dans  ce  cas,  néanmoins, 
l'animal  est  dans  la  même  position  relative, 
en  ce  que  la  bouche  est  toujours  en  l)as  et 
l'anus  en  haut* 

Coquilles  non  symétriques.  Si,  a  priori^ 
une  coquille  bivalve,  symétrique  dans  ses 
parties,  annonce  une  station  normale  verti- 
cale, dans  le  sens  du  grand  diamètre,  on  est 
également  certain  gue  toutes  les  coquilles 
bivalves  non  symétriques  ont  parmi  les  mol- 
lusques, une  position  naturelle  tout  &  fait 
distincte  et  analogue  à  celle  des  soles,  ou 
mieux,  des  pleuronectcs  par  rapport  à  la 
carpe  ou  aux  autres  poissons  ;  c'cst-à-diro 
que  Vanimatf  ou  la  coquille,  au  lieu  de 
présenter  les  parties  paires,  ou  la  Ugqe  de 
séparation  de  ses  deux  lobes  du  manteau,  et 
des  valves,  suivant  une  verticale,  les  mon- 
tre dans  une  direction  horizontale;  ainsi 
dans  la  station  normale,  les  coquilles  non 
symétriques  sont,  relativement  aux  autres, 
comme  si  elles  étaient  couchées  sur  le  côté. 
Il  V  n*a  plus  chez  elles  de  valve  droite  et  de 
valve  gauche^  comme  on  peut  le  dire  de  tous 
les  genres  de  coauilles  symétriques;  mais  il 
y  aura  toujours  alors  une  valve  supérieure  et 
une  valre  inférieure. 

A  rexception  de  la  corbula^  anomale  parmi 
les  coquilles  libres,  vu  son  irrégularité 
(quoique  5a  station  normale  soit  verticale) , 
tous  les  autres  bivalves  non  symétriques 
sont  fixes,  soit  au  moyen  d'un  byssus,  soit 
par  la  coquille  elle-même. 

Lorsqn elles  sont  fixées  par  un  byssus, 
elles  sont  beaucoup  moins  irrégulières  ;  et 
il  faut  quelquefois  un  examen  scrupuleux 

Knr  découvrir  les  différences  d^une  valve  k 
utre. 

Lorsqu'au  contraire  la  coquille  est  fixée 
au  sol ,  ou  aux  corps  sous-marins  par  la 
matière  calcaire  de  la  coquille  elle-même, 
non-seulement  les  deux  valves  supérieures 
et  inférieures  sont  très-iné;^1es,mais  encore 
ces  I  Douilles,  étant  contraintes  à  se  confor- 
mer, ;«^ur  leur  accroissement,  à  l'espace  qui 
leur  est  échu,  on  les  voit,  soit  en  se  moulant 
sur  les  corps  où  elles  sont  parasites,  soit  en 
se  modifiant  suivant  les  conditions  d'exis- 
tence où  elles  se  trouvent,  changer  telle- 
ment de  forme  et  d'aspect  chez  le&  divers 
individus  d'une  même  espèce,  qu'il  faut 
oublier  tout  à  fait  les  limites  ordinaires  de 
variation  et  leur  faire  une  part  beaucoup 
plus  large,  quant  aux  caractères  spécifique^*, 
comme  il  arrive  pour  les  genres  chama^ 
spondylusy  plicatula^  et  surtout  ostrea. 

En  résumé,  la  station  normale  des  co- 
quilles de  mollusques  acéphales  est  verticale, 
les  tubes  en  haut,  la  bouche  en  bas,  chez 
toutes  les  bivalves  symétriques;  tandis 
qu'elle  est  horizontale,  la  bouche  d'un  côté 
et  Tanus  de  l'antre,  chez  toutes  l«s  coquilles 
non  symétriques.  Dans  le  premiei  cas ,  il  y 
aura  une  ralce  drbite  et  une  valre  femeke^ 


D1CTI095.  DU  Cosmogonie  et  de  PALéoTiroLOGiB. 


26 


sir 


LAM 


OlCTlONVArRE  DE  COSMOGONIE 


UH 


8tt 


dans  Tautre  une  valve  supérieun  et  une 
valve  inférieure. 

Là  répartition  des  genres  et  des  espèces 
de  lamellibranches  à  la  surface  du  globe, 
depuis  la  première  animalisation  jusqu  à 
nos  jours  y  démontre  que  cette  division  des 
mollusques  s'est  montrée  déjà  nombreuse 
avec  le  commencement  du  monde  animé,  et 
qu'elle  a  toujours  été  en  progression  crois- 
sante jusqu'à  l'époque  actuelle.  Ici,  comme 
pour  ic*s  gastéropodes,  les  çcnres  qui  restent 
en  arrière,  dans  cette  marcne  toujours  crois- 
sante, sont  loin  d'être  aussi  nombreux  que 
ceux  qui  persistent  ;  ainsi,  c'est  encore  la 
série  animale  qui  montre  le  plus  de  régu- 
larité dans  la  multiplicité  des  formes  de 
{)lus  en  plus  grande,  en  remontant  des  figes 
es  plus  anciens  jusqu'à  notre  épo  que. 

Les  orthoconques  sinupalléalesy  dont  dé- 
pendent la  clovxs  (venus),  le  solen^  ont  mon- 
tré déjà  quatre  genres  avec  l'étage  silurien, 
le  premier  des  figes  animés.  De  la,  sans  in- 
terruption, leurs  genres  vont  en  augmentant 
de  nombre  jusqu'à  l'époque  actuelle,  où 
ils  sont  à  leur  maximum  de  développement. 
Cette  série  a  donc  augmenté  progressive- 
ment ses  formes  d'une  manière  régulière,  et 
elle  est  encore  en  pleine  voie  croissante 
de  développement  générique. 

Les  orthoconques  intégropalléales ,  dont 
dépend  Yanodonte  ou  la  moule  des  étangs^ 
ont  offert  cinq  genres  avec  la  première 
animalisation  du  globe,  à  l'étage  silurien. 
Ils  ont  suivi ,  après ,  la  même  marche 
croissante  aue  Tordre  précédent  et  avec  la 
même  régularité  jusqu  à  l'époque  actuelle 
où  ils  sont  à  leur  maximum  de  développe- 
ment générique.  Ils  sont  donc  toujours  en 
voie  croissante. 

Les  pteuroconques ,  dont  dépend  YhuUre 
comestible,  offrent  deux  genres  avec  l'étage 
Silurien,  la  première  des  zones  animées; 
et,  comme  les  deux  ordres,  ils  vont  en  pro  - 
gressien  croissante  régulière  de  nombre  de 
genres  jusqu'à  l'époque  actuelle,  où  ils 
atteignent  leur  maximum  de  développe- 
c;ent. 

Il  résulte  de  l'examen  qui  précède,  que, 
bien  qu'ils  soient  à  des  degrés  très-diffé- 
rents de  perfectionnement  dans  leurs  cara- 
tères,  les  trois  ordres  de  lamellibranches 
ont  suivi  une  marche  identiquement  pa- 
rallèle, dans  le  développement  toujours 
croissant  de  leurs  formes  génériques,  jus- 
qu'à notre  époque,  où  ils  sont  plus  nombreux 
qu'ils  ne  l'ont  jamais  été. 

Déductions  zoologiques  générales,  —  Com- 
parés dans  leur  ensemble  numérique  sans 
javoir  égard  aux  ordres,  les  genres  de  la- 
mellibranches mènent  nécessairement  en- 
core aux  mêmes  conclusions.  Ils  montrent 
11  genres  avec  l'étage  silurien,  le  premier 
de  T'animalisation  du  globe  ;  23  genres  dans 
les  terrains  paléozoïques  ;  27  dans  les  ter- 
rains triasjques;  52  dans  les  terrains  juras- 
siques; 59  dans  les  terrains  crétacés;  67 
dans  les  terrains  tertiaires,  tandis  qu'on  en 
compte  plus  de  75  dans  les  mers  actuelles; 
ainsi  nm  doute  que,  soit  d'après  les  ordres , 


soit  dans  leur  ensemble ,  les  genres  de  la- 
mellibranches  se  sont,  de[)uis  le  commeQ' 
cément  du  monde  animé  jusqu'à  présent, 
toujours  augmentés  d'une  manière  rép- 
lière. 

Déductions  climatologiques  comparéa,  - 
Nous  pouvons  ici  répéter  la  même  eonclusion 
que  pour  les  autres  séries  anim^des  :  c'est 
que  la  distribution  climatologique  ancienne, 
même  jusqu'à  Tépoque  qui  nous  a  précéiés 
sur  le  globe,  ne  suit,  en  aucune  naaiète, 
la  répartition  actuelle.  Ainsi  dttis  nos  wm 
les  genres  avicula^ptmajplicatula^tivdHB^ 
tella,  capsQy  aspergillum^  etc.,  soDtspéciaox 
seulement  aux  régi<His   tropicales,  tandis 
que  nous   les   trouvons  dans  les  couèes 
géologiques,  même  les  plus  rapprochées  d» 
nous,  dans  toutes  les  parties  ae  l'Europe, 
jusque  très-loin  vers  lenord.  Encere  ici  une 
preuve  que,  par  suite  delà  cbalour  centralet 
le  globe  terrestre  a  assez  de  chaleur  propre 
pour  neutraliser  tout  à  fait  raotioodeszoïKis 
isothermes  de  température 

Déductions  géographiques  comparées.— h^ 
genres  trigonia^  tridacna  et  corbis,  \m 
exemple,  se  trouvent  aujourd'hui  eiclusire- 
ment  dans  les  régions  chaudes  du  Grand 
Océan,  en  Océanie  et  datfs  l'Inde.  On  ren- 
contre les  fossiles  des  trigonia  en  Améri- 
que, en  Afrique  et  dans  toute  l'Europe; des  ' 
corbisy  dans  toutes  les  parties  de  TEarope; 
des  rridocna,  en  Pologne.  Onvoit,  dès^ors, 

3 ne  la  distribution  géographique  ancienne 
es  lamellibranches,  comi>arée  à  leur  dis- 
tribution actuelle,  montre  qu'il  n'y  aaiKun 
rapport.  Ainsi  la  distribution  actuelle  est 
toute  spéciale  à  notre  époque ,  et  ne  se 
rattache  nullement  à  des  questions  générales 
de  cantonnement  jancien  et  persistant  à  la 
surface  du  globe. 

Nous  ajouterons  ici  une  comparaison  oui 
tient  aux  habitudes  et  à  l'organisation  des 
mollusques.  Noos  voulons  parier  des  genres 
spéciaux  à  l'eau  douce,  comme  les  u«io, 
les  anodontes;  nous  dirons  encore,  ainsi 
qu'aux  gastéropodes,  qu'à  l'exception  des 
cyclasy  dont  une  partie  est  manne,  et  de 
quelques  unio,  propres  à  Tétage  néocomiBn, 
tons  les  autres  genres  commencent  avecle 
premier  étage  tertiaire 

Déductions  Géologiques  tirées  des  gmn. 
—  Les  caractères  stratigraphiques  négaiil^ 
sont  on  ne  peut  plus  tranchés jpour  ces  mol- 
lusques lamellibranches.  En  ciret,  à  l'excep- 
tion des  7  genres  qui  traversent  tous  1« 
étages,  les  92  autres  étant  limités  dans  iears 
étages,  peuvent  être  appliqués  corow* 
caractères  négatifs,  pour  les  terrains  ou  le* 
étages,  soit  supérieurs,  soit  inférieurs)  ^ 
ils  ne  se  sont  pas  encore  rencontrés.  Ainsi» 
genres  peuvent  servir  de  caractères  négali» 
pour  les  terrains  paléozoïques  où  ils  man- 
quent, et  il  en  est  de  même  pour  tous  \^ 
autres. 

Les  caractères  stratigrorthlques  potw 
sont  très-marqués  pour  les  iamellibranclies 
suivant  l'extension  qu'ils  occupent  dans  le> 
étages  géologiques  ;  ÏJs  le  sont  d'autant  piu^» 
qu'a  rexco])tioii  de  7,  le^  92  autres  su»' 


SIS 


LAP 


ET  DE  PAL£UNT0L0G1E. 


LAP 


SU 


limités  dans  leurs  étages  et  peuvent  sonrir 
de  caractères  positifs  pour  les  étages  où  ils 
se  trouvent,  et  cela  d*autant  mieui  (fue» 
parrai  eux,  25  n'arrivent  i>as  jusqu'à  nous 
et  sont  perdus  pour  l'époque  atiuelle. 

La  persiitance  des  caractères  positifs  est 
très-marquée  dans  cette  série  animale, 
cemme  on  peut  le  voir  pour  les  genres 
atituta^  htcina^  mitylus^  pecten^  lima^  pli- 
calula^  renus^  spondylus^  chema^  amphide- 
$ma^  etc.,  etc. 

Pour  les  déductions  géologiques  tirées  des 
espèces f  nous  iiouvons  dire,  qu'à  très-peu 
d^exceptions  près,  les  5,301  espèces  connues 
sont  caractéristiques  de  leurs  étages  et  peu- 
vent les  faire  reconnaître  sous  les  diverses 
formes  minéralogiques  quMIs  montreront 
suivant  les  lieux. 

LAMENNAIS,  opinion  sur  la  force  de  ré- 
pulsion.  —  Voy.  Laplace. 

LAPLACE  (Marquis  de}.  —  Quelqu'un  a 
dit  plaisamment,  en  parlant  de  tous  les  s;^'s- 
tèmes  imaginés  pour  expliquer  la  formation 
de  la  terre  :  Vastronome  se  figure  la  terre 
comme  une  nébuleuse  condensée:  le  chimiste 
y  toit  une  boule  de  potassium  et  de  silicium 
oxydés  :  Félectromagnétiste  se  plaît  à  y  dé- 
couvrir  ranalogue  d'une  battene  galvanique  : 
le  zoologiste  ne  manqtie  pas  d'y  reconnaître 
un  énorme  animal^  un  être  ayant  ri>,  dont  les 
rolcans  sont  les  narines^  dont  les  laves  sont 
U  sang  et  dont  les  tremblements  de  terre 
sont  les  battements  artériels. 

On  ne  s'est  pas  contenlé  d'inventer  une 
foule  d'hjpotbèses  sur  la  formation  de  notre 
planète  ;  les  savants  en  ont  imaginé  un 
grand  nombre,  qui  embrassent  la  formation 
non-seulement  do  notre  système  solaire, 
mais  de  l'univers  lui-même  tout  entier.  Nous 
n'avons  pas  l'intention  d'entrer  dans  aucun 
détail  au  sujet  des  romanesques  inventions 
qui  ont  été  proposées  dans  les  xvn*  et  xviu* 
siècles,  sous  le  nom  pompeux  de  théories  de 
l'univers,  avant  que  les  découvertes  scienti- 
fiques soient  venues  donner  au  moins  une 
ombre  de  vraisemblance  à  ce  qui  a  été  tenté 
de  notre  temps  dans  ce  genre  de  hautes  spé* 
culations.  U  est  juste  de  ne  pas  confondre 
les  théories  admises  aujourd'hui  dans  la 
science  avec  les  hypothèses  qui  ont  été  pro- 
posées avant  qu'aucune  observation  exacte 
les  ^ustiGât. 

Nous  ne  nommons  Buflbn  que  pour  rap- 
peler la  réfutation  que  Laplace  a  faite  de  son 
système.  En  vertu  des  premiers  principes 
de  la  mécanique,  il  est  démontré  que  si  les 
planètes  étaient  sorties  du  soleil,  soit  par  le 
choc  d'une  comète,  comme  le  prétena  Buf- 
fon,  soit  par  une  force  intérieure  inhérente 
h  sa  masse  incandescente,  comme  le  sou- 
tiennent des  géologues  plus  modernes,  elles 
reviendraient  toutes  raser  sa  surface  à  clia- 

(636)  (Test  ce  qull  faut  forcémenl  reconnaître  et 
proclanier  baoïement  ;  car,  nier  celte  création  et  ad- 
mcUre  un  commencement^  un  principe^  c*est,  ainsi 
qne  no«s  Pavons  démonlré,  un  non-sens,  une  Impos- 

(^7;  Baniel  Bcrnoolli  avait  iléjâ  calculé  les  chan- 


cune  de  leurs  réfolutions,  et  ne  pourraient 
jamais  circuler  dans  des  ellipses  comme 
celles  que  nous  leur  connaissons. 

Quant  à  la  théorie  de  Laplace,  elle  est 
devenue  fameuse.  Ce  n'est  pas  Laplace  qui 
l'a  inventée,  mais  il  la  développée  avec  une 
grande  habileté  et  appliquée  à  notre  système 
planétaire.  Elle  a  été  acceptée  plus  ou  moins 
complètement  par  tous  les  savants  qui  se 
sont  occupés  des  Questions  d'origine,  comme 
Lamarck,  Geoffroy-Saint-Hilaire,  etc.,  etc. 
L'idée  première  de  cette  hypothèse  cosmo- 
gonique  appartient  à  W.  HerscLell.  L'illus- 
tre astronome  anglais  y  fut  conduit  par  ses 
recherches  sur  les  nébuleuses^  recherches 
qui  ont  pris  une  grande  extension  par  les 
traTaux  de  son  Qls. 

Cette  conception  consiste  à  admettre  qu'il 
existait  ou  commencement^  dans  le  principe^ 
c'est-à-dire  après  que  Dieu  l'eut  créée  (636}, 
une  matière  disséminée  dans  l'espace  à  l'état 
de  molécules  plus  petites  que  toute  quan- 
tité donnée,  soumise  à  deux  forées  simulta- 
nées, l'attraction  et  la  répulsion,  et  qui. 
condensée  par  le  refroidissement,  aurait 
formé  tous  les  corps  célestes,  y  compris  les 
nébuleuses^  qui  ne  seraient  autre  chose  que 
cette  matière  diffuse  se  condensant  j^our  for- 
mer maintenant  encore  des  soleils  nou- 
veaux. 

Laplace,  s'emparant  de  ces  données,  dans 
sa  Mécanique  céleste^  appliqua  la  théorie 
herschélieune  à  la  formation  de  notre  sys- 
tème planétaire.  Cette  application  parut  d'au- 
tant plus  plausible  qu'elle  a  le  mérite  de  ne 
mettre  en  jeu,  pour  opérer  la  formation  de 
notre  monde,  que  deux  agents  les  plus  sim- 
ples et  les  plus  généraux,  que  nous  pré- 
sente sans  cesse  l'ensemble  de  nos  études 
naturelles,  la  pesanteur  et  la  chaleur.  La- 
place s'efforce,  dans  l'hypothèse  cosmogo- 
nique  qu'il  développe,  d  expliquer  tes  cir- 
constances générales  qui  caractérisent  la 
constitution  de  notre  système  solaire  ;  telles 
que  l'identité  de  la  direction  de  toutes  les 
circulations  des  planètes  d'occident  en  orient, 
l'identité  de  toutes  leurs  gyrations  dans  le 
même  sens  ;  la  constance  du  même  phéno- 
mène et  dans  la  circulation  orbitaire  et  dans 
la  g}Tation  des  satellites  ;  la  faible  exci*ntri- 
citedes  orbites  des  planètes  et  de  leurs  sa- 
tellites, alors  que  toutes  les  courbes  ellip- 
soïdales sont  également  possibles;  enOn, 
l'inclinaison  peu  considérable  des  plans  or- 
bitaires  sur  le  plan  de  l'équateur  solaire  (637j. 

Une  fois  notre  soleil  formé  par  la  conden- 
sation de  la  matière  diffuse  et  phosphores- 
cente d'une  immense  nébuleuse,  Laplace 
détache  successivement  de  son  atmospnère, 
supposée  primitivement  étendue  jusqu'aux 
limites  de  notre  monde,  chacune  des  pla- 
ces d*ttBe  dispositiofl  aussi  remarquable.  Laplace, 
compléiantces  caknls,  en  avait  conclu  ^ue  si  la  dis- 
tribution du  sysleme  planélaire  avait  été  Feflet  de 
haprd.  Il  y  a? ait,  suivant  le  calcul  des  probabilitm 
15 1  miltiardib  à  fuirier  contre  un  que  cette  dispoit- 
tJoii  aaraii  été  tout  autre  que  celle^qui  existe. 


SIS 


LAP 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


LAP 


M 


nètes  de  notre  système,  ci  il  fonde  sa  théorie 
sur  les  considérations  sniyantes  : 

1*  En  Yertu  de  la  théorie  générale  de  la 
rotatioit,  et  plus  spécialement  en  rertu  du 
théorème  général  des  aires,  il  doit  exister 
on  rapport  constant  entre  les  dilatations  et 
les  contractions  successives  d*un  corps  et 
la  durée  même  de  sa  rotation,  la  rotation 
devant  s'accélérer  quand  la  contraction  aug' 
mente,  et  se  ralentir  lorsque  la  contraction 
diminue,  de  telle  sorte  que  les  variations 
angulaires  et  linéaires,  que  la  somme  des 
aires  tend  à  éprouver,  soient  exactement 
compensées. 

2*  Il  existe  un  rapport  non  moins  cons- 
tant entre  la  vitesse  angulaire  de  rotation 
du  soleil  et  Textension  possible  de  son  at- 
mosphère :  la  limite  de  cette  atmosphère  est 
inévitablement  fixée  à  la  distance  ou  la  force 
centrifuge,  due  à  la  rotation  du  système, 
devient  égale  à  la  gravité.  Doi\c  si,  par  une 
cause  quelconc^ue,  une  portion  de  cette  at- 
mosphère venait  à  se  trouver  placée  au  delà 
de  cette  limite,  elle  cesserait  aussitôt  de  faire 

fartie  intégrante  du  soleil ,  et  continuerait 
circuler  autour  de  lui  avec  la  vitesse  ac- 
quise au  moment  même  de  la  séparation, 
mais  sans  pouvoir  participer  aucunement 
aux  changements  qui  surviendraient  dans  la 
rotation  solaire  'postérieurement  à  cette 
même  séparation. 

Ainsi,  la  limite  mathématique  de  Tatmo- 
sphère  solaire  a  dû  diminuer  sans  cesse,  h 
mesure  que  le  refroidissement  a  rendu  la 
gjration  de  cette  nébuleuse  plus  rapide  ;  et 
cette  atmosphère  a  dû  nécessairement  aban- 
donner successivement  des  zones  de  ma- 
tières diffuses,  qui.  ont  constitué  Tétat  pri- 
mitif de  nos  planètes.  Celles-ci,  détachées  de 
la  nébuleuse  principale,  se  sont  condensées 
nussi  par  Tenet  de  leur  propre  refroidisse- 
ment, et  ont  ainsi  engendré  des  satellites  en 
vertu  des  mêmes  causes  qui  les  avaient 
elles-mêmes  engendrées. 

Telle  est  la  ttiéorie  générale  de  Laplace 
dans  toute  sa  rigueur. 

Cette  hypothèse,  bAtie  avec  des  hypo- 
thèses, est  contestable  de  tous  points.  Et 
d*abord,  construite  en  dehors  de  Tinterven- 
tisn  d*une  cause  première,  créatrice  de  la 
matière  et  des  forces  qui  la  régissent,  elle 
ne  serait  autre  chose  que  la  genèse  matéria- 
Mste,  dont  nous  avons  déjà  fait  voir  l'absur- 
dité et  les  impossibilités.  Il  faut,  de  toute 
nécessité,  reconnaître  que  ni  les  atomes  ni 
les  corps  qui  en  sont  composés  n*ont  Texis- 
tence  infinie,  immuable,  indivisible,  de  Dieu 
et  des  idées  éternelles;  ils  durent^  et  par 
conséquent  ils  ont  commencé  d'être,  et  leur 
existence  actuelle  n*a  rien  de  nécessaire. 
Les  lois  de  leur  activité,  de  leur  puissance 
motrice  et  de  leur  mobilité,  ne  sont  pas  plus 
nécessaires  que  leur  existence  même.  La 
contingence  est  le  caractère  de  toutes  les 
lois  mécaniaues,  même  les  plus  élevées, 
ainsi  que  lont  démontré  Laplace,  Biot, 
Poisson  et  A.  Comte  lui-même,  pour  les 
cinq  grandes  lois  qui  dominent  toute  la  mé- 
canique.'Il  faut  donc  admettre  une  raison 


suffisante,  extérieure  et  supérieure  aax 
atomes,  qui  a  déterminé  ces  lois.  L'ordre 
actuel  n'est  donc  point  la  consécpience  né- 
cessaire des  propriétés  et  des  lois  de  la  ma- 
tière, telles  que  l'observation  les  découvre; 
mais  cet  ordre  suppose  de  plus  un  arranse- 
roent  primitif,  une  distribution  première 
de  toutes  les  parties  de  la  matière,  de  telle 
sorte  que  de  cette  disposition  première  les 

f»roprietés  et  les  lois  de  la  matière  aient 
ait  sortir  Tordre  actuel,  qui  autrement  se- 
rait sans  raison  suffisante. 

La  théorie  de  Laplace  prena  pour  point 
de  départ  les  nébuleuses^  ces  apparences  cé- 
lestes si  longtemps  problématiques.  On  a 
avancé  que  certaines  nébuleuses  étaient  des 
amas  de  matière  que  l'attraction  concentrait 
actuellement.  Mais  une  pareille  h^'pothèse 
est  inconciliable  avec  la  précipitation  si  ra- 
pide, nécessaire  pour  (^érer  la  conflagration 
et  la  liquéfaction  ignée  des  molécules,  telle 
qu'il  faut  la  supposer  à  l'origine  des  corjis 
planétaires,  et  Yon  ne  se  rend  pas  compte 
pourquoi,  après  tant  de  milliers  d'années, 
il  en  reste  encore  è  se  former.  On  a  crvk 
pouvoir  déduire  immédiatement  d'oftierra- 
tions  faites  à  différentes  époques^  qu*il  s'est 
opéré  des  changements  effectifs  dans  la  nébu- 
leuse é^ Andromède^  puis  dans  celle  du  Mvin 
Argo  et  dans  les  filaments  isolés  quijtffsr- 
tiennent  à  la  nébuleuse  d^Orion;  mais  rinégak 
puissance  des  instruments  employés  à  ces  di- 
verses époquea^  les  variations  de  notre  atm(h 
sphère^  et  d'autres  influences  de  nature  opti- 
que, jettent  un  doute  légitime  sur  une  partis 
de  ces  résultats^  quand  on  les  considère  comms 
des  termes  de  comparaison  légués  par  tkis- 
toire  des  deux.  (Humboldt,  Cosmos^  p.  89.) 
John  Herschell,  dans  son  Traité  d'astrono- 
mie^ n*  619,  parlant  de  la  nébuleuse  décou- 
verte par  Huyghens  en  1556,  dans  la  cons- 
tellation d'Orion,  émet  la  même  opinion. 

On  s'accorde  généralement  aujourd'hui  à 
reconnaître  comme  démontrée  la  résolution 
en  étoiles  de  toutes  les  nébuleuses.  Ainsi, 
nos  pressentiments  ne  nous  trompaient  pas, 
lorsqu'il  y  a  dix  ans  nous  écrivions  dans 
notre  Nouveau  Traité  des  sciences  géoloci" 
ques^  chap.  9  ;  «  L'opinion  gui  regarde  les 
nébuleuses  comme  une  agglomération  d'é- 
toiles trop  éloignées  pour  être  aperçues  dis- 
tinctement à  Taide  de  nos  instruments  d'op- 
tique, nous  paraît  la  plus  vraisemblable.  Il 
y  a  dans  le  ciel  des  groupes  qui  ne  présen- 
tent à  l'œil  nu  qu'une  masse  confuse  de  lu- 
mière, et  dont  on  distingue  très-bien  les 
Erincipales  étoiles  avec  le  secours  de  simples 
ésicles.  Tel  est  le  cas  pour  les  pléiades.  H 
y  a  d'autres  taches  lumineuses  qu'on  ne  f^^ 
vient  à  résoudre  en  groupes  d'étoiles  qn«0 
moyen  de  télescopes  d'un  fort  pouvoir  d'am- 
pljtication.  Ce  qui  a  résisté  è  des  grossisse- 
ments de  50,  de  100,  de  150,  de  200  fois,  ccde 
quand  on  peut  pousser  les  grossissements 
jusqu'à  Um  et  au  delà.  Ainsi  Herscbell 
est  parvenu  à  transformer  en  agglomérauons 
d'étoiles  la  plupart  des  nébuleuses  qne  Meis- 
sier,  pourvu  de  lunettes  moins  puissant^» 
croyait  irréductibles ,  et  qu'il  appelait  o^ 


«r 


LAP 


ET  DE  PALZONTOLOGIE. 


LAP 


SIS 


■  ■ 


nébaleuses  sans  étoîlesL  A  ce  point  de  Tue, 
sans  contredit  le  plus  raisonnaole,  les  nébu- 
Icnses  sont  cootraires  plutôt  gue  favorables 
h  Th jpothèse  astronomîco-ohimîque  ;  car  ce 
seraient  des  mondes  tout  formés,  et  non  k 
rétat  naissant.  » 

Quelques  années  après,  un  astronome 
amateur,  lord  Ross,  parTenail  à  construire 
un  télescope  à  réQeiion  de  deux  mètres  d*Ott- 
Terture.  Toutes  les  fois  que  Ton  a  dirigé  ce 
eîgantesaue  instrument  vers  une  des  nébu* 
feuses,  elle  a  complètement  changé  d*aspect, 
et  s*est  si  souvent  transformée  en  étoiles 
distinctes,  qu*on  ne  peut  plus  raisonnable- 
ment douter  qu  elles  ne  soient  toutes  réso- 
lubles, ainsi  que  le  grand  Herscbell  Favait 
d^abord  supposé  (638j. 

Abordons  les  autres  conditions  de  llijpo- 
thèse  cosmogonique,  et  voyons  si  elles  pré- 
sentent plus  de  solidité. 

La  théorie  suppose  dans  la  matière  des 
forces  motrices  qui  lui  seraient  inhérentes  : 
Tattraction ,  la  répulsion ,  etc.  Que  faut-il 

S  user  de  Torigine  et  de  la  nature  de  ces 
rcesT 

Nous  touchons  ici  à  une  question  philo- 
sophique fort  controversée,  et  que  nous 
croyons  devoir  exposer  avec  quelque  éten- 
due avant  de  passer  outre. 

Quelle  idée  devons-nous  nous  faire  des 
substances  matérielles  qui  composent  l'uni- 
Ters?  Sont-elles  douées  d'activité  interne 
seulement,  comme  le  veut  Leibnitz?  Les 
eorps,  suivant  lui,  seraient  exclusivement 
composés  de  (>etites  âmes  dépourvues  de 
toute  action  réciproque  les  ^unes  sur  les  au- 
tres et  sans  aucune  activité  externe  {Système 
nouveau  de  la  nature  et  delà  communication 
des  substances^  p.  126,  etc.  ;  Monadologie^  p. 
705,  etc.) 

Cette  activité  externe  est  remplacée  par  ce 

Îu'il  appelle  Vharmonie  préétablief  c  est-%- 
ire  par  Faction  de  la  puissance  créatrice 
qui  aurait  misdans  la  nature  de  chaque  être, 
pris  isolément,  le  principe  de  tous  les  phé- 
nomènes qui  doivent  se  succéder  en  lui. 
Dans  ce  s vstème ,  les  causes  finales  ne  sont 
plus  que  la  volonté  de  Dieu,  qui  les  réalise 
par  un  acte  éternel.  La  conséquence  logi- 
que qui  en  découle ,  c'est  qu'il  ne  fondrait 
plus  chercher  dans  les  sciences  physiques 
comment  tel  corps  agit  sur  tel  autre,  mais 
en  vue  de  quelle  fin  Dieu  foit  correspondre 
tel  phénomène  particulier  à  tel  autre,  dans 
Texistence  simultanée,  mais  isolée,  de  ces 
deux  corps.  On  a  vu  1&  un  abus  étrange  des 
causes  finales  et  une  hypothèse  tout  a  fait 
erronée,  contraire  à  l'expérience,  au  sens 
commun  et  à  la  raison. 

Les  cartésiens  ont  émis  une  autre  opinion  : 
ils  refusent  toute  activité  aux  substances 
corporelles.  Malebranche  n*y  voit  que  des 
causes  efficientes,  qui  sont  seulement  les 
rauses  occasionnelles  des  volontés  particu- 
lières par  lesquelles  Dieu  opère  tout  dans 
Id  monde.  Cette  hvpothèse ,  aussi  contraire 
qpie  la  précédente  a  l'expérience  et  au  sens 


commun,  qui  nous  disent  que  nous  agis-' 
sons  sur  les  corps,  que  les  corps  agis- 
sent sur  le  nôtre  et  sur  nous  et  les  uns 
sur  les  autres,  cette  hypothèse,  disons-nous, 
conduit  à  faire  regarder  les  substances  com- 
me de  simples  phénomènes  de  la  cause  qui 
produit  tout  en  elles  et  qui  les  produit  elle»- 
mêmes  de  nouveau  à  chaque  instant  ;  en  un 
mot,  elle  conduit  directement  au  spino- 
sisme.  Descartes  fait  de  l'étendue  le  seul  4it- 
tribut  de  la  matière;  Leibnitz,  au  contraire, 
supprime  l'étendue  et  réduit  tout  à  une  force 
interne  dont  nous  ne  pouvons  trouver  dans 
les  substances  corporelles  aucun  indice ,  et 
qui  est  inconciliable  avec  l'étendue. 

Cn  illustre  mathématicien  de  nos  jours 
a  renouvelé  l'hypothèse  cartésienne  (H.  Cau- 
ohy,  dans  \ts* Comptes  rendus  des  séances 
de  r Académie  des  sciences^  1845).  Il  refuse 
aux  corps  toute  activité,  toute  causalité.  Les 
forces  physiques  sont  tout  à  foit  étrangères 
à  la  matière  :  elles  ne  sont  autre  chose  que 
Dieu  même,  agissant  immédiatement  dans 
l'étendue  d'après  certaines  lois.  C'est  la  subs- 
titution pure  et  simple  de  la  cause  première 
aux  causes  secondes. 

Enfin ,  il  est  sur  cette  ouestion  un  troi- 
sième sentiment  :  c*est  celui  qui  considère 
les  substances  comme  douées  d'activitéf 
mais  d'activité  externe.  Suivant  cette  opi- 
nion, il  ne  peut  exister  de  substances  essen- 
tiellement passives,  car  ce  seraient  des  subs- 
tances sans  loi,  toute  loi  étant  une  loi  d'ac- 
tivité; des  substances  sans  facultés  régies 
par  des  lois,  par  conséquent  sans  attribut  ; 
car  tout  attribut  implique  l'activité ,  est  une 
condition  générale  qui  détermine  les  modes 
d'activité  oont  une  substance  est  capable. 

Que  serait-ce ,  par  exemple,  que  la  sim- 
plicité? Ce  serait  la  simplicité  de  rien,  si  ce 
n'était  pas  la  simplicité  d'une  force  indirisi- 
ble  ;  l'indivisibilité  du  néant  n'est  pas  la 
simplicité  :  car  le  néant  n'est  ni  simple  ci 
multiple  :  il  est  le  néant  et  rien  de  plus. 
Que  serait-ce  que  l'étendue  d'une  substance 
inactive?  Ce  serait  une  étendue  purement 
idéale,  l'étendue  de  rien  ou  Fétenaue  d'une 
chose  quelconque,  indéterminée,  que  l'es- 
prit conçoit ,  mais  qui  n'appartient  a  aucun 
corps  réel. 

L'étendue  n*est  réelle  que  par  la  puissance 
résistante, par  l'impénétrabilité,  qui  est  une 
force  limitée  à  un  certain  espace ,  mais  \n* 
yincible  dans  ces  limites,  llne  substance 
inactive  serait  l'abstrait  purt  ou  plutôt  le 
néant.  L'esprit  ne  pourrait  concevoir  en 
elle  aucune  manière  d'être;  car  qui  dit  ma- 
nière d*étre  dit  existence  réelle  et  nersis- 
tante,  et  cette  existence  est  impossible  sans 
attributs  et  sans  facultés.  Il  ne  pourrait  se 
manifester  en  elle  aucun  phénomène;  car  uip 
phénomène  est  un  changement  dans  les  mat> 
nières  d'être,  et  puisqu'elle  ne  pourrait  eu 
avoir,  elle  ne  pourrait  en  changer.  Des  phé- 
nomènes dans  une  pareille  substance  seraient 
sans  support,  sans  sujet  véritable  ;  ce  serait 
une   idée  purement  abstraite,  uu  plutAt, 


(<S58)  Voy.  rarl.N£BCLCi;SE8. 


SI9 


KAP 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


LAP 


W 


comme  nous  lavons  démontré ,  il  n'y  aurait 
pas  de  phénomènes  possibles,  tout  phéno- 
mène supposant  nécessairement  Tactivilé 
de  la  puissance  qui  en  est  le  sujet. 

La  passivité  est  subordonnée  à  Pactivité, 
et  la  suppose  évidemment.  Car  pour  qu'il  y 
ait  un  phénomène  passif,  il  faut  qu'il  y 
ait  une  substance  agissant  sur  une  autre;  et 
pour  que  celle-ci  soit  passive,  il  faut  qu'elle 
ait  une  force  capable  de  recevoir  uneimpres- 
sion  ;  car  rien  n'éprouve  rien.  11  faut  qu'elle 
réagisse  ;  ainsi,  un  atome ,  mis  en  mouve- 
ment par  une  impulsion,  possède  une  force 
motrice  égale  h  celle  que  l'impulsion  lui  a 
appliquée,  car  ici  la  réaction  est  égale  à  Fac- 
tion. Telle  est  la  loi  des  corps  en  ce  qui  con7 
cerne  la  force  impulsive. 

Comment  dans  une  substance  inactive  la 
passivité  pourratl-elle  déterminer  un  phé- 
nomène? Pourquoi  tel  phénomène  plutôt 
que  tel  autre ,  puisqu'une  telle  substance 
n'aurait  aucune  faculté  propre,  et  par  con- 
séquent point  de  loi?  Ne  voit-on  pas  que  lo 
phénomène  passif  d'une  substance ,  c  est  le 
phénomène  actif  d'une  autre  substance  en 
rapport  avec  la  première;  que  c*est  pour 
celle-ci  une  excitation  et  rien  de  plus?  Mais 
une  excitation,  bien  qu'elle  ait  son  principe 
dans  l'activité  d'une  substance,  et  qu'elle 
existe  comme  acte  de  cette  substance,  n'exis- 
terait pas  à  titre  de  phénomène  passif  pour 
une  autre  substance  en  qui  elle  n'exciterait 
aucun  phéiiomène  d'activité.  Un  phénomène 
passif  n'existe  donc,  h  ce  titre,  dans  une 
substance,  qu'autant  qu'il  produit  une  réac- 
tion dans  cette  substance.  Et  ce  qui  le  dé- 
montre, c'est  qu'un  phénomène  identique 
en  lui-même  et  dans  l'être  qui  le  produit, 
excite  des  réactions  toutes  différentes,  sui- 
vant les  substances  auxquelles  il  s*appHque 
comme  phénomène  passif.  Or,  si  la  subs- 
tance qui  protluit  ce  phénomène  identique 
était  seule  la  cause  des  phénomènes  qui  en 
résultent  dans  d'autres  substances,  ces  phé- 
nomènes devraient  être  tous  semblables  en- 
tre eux,  quelle  que  fût  la  nature  de  ces 
.substances,  dont  lo  rôle  serait  purement 
passif.  Mais  il  n'en  est  pas  ainsi  ;  tout  ce 
qu'il  y  a  de  semblable^  c'est  Pexcitalion  ;  ce 
qui  diffère,  c'est  la  réaction.  La  raison  en 
est  que  celle-ci  est  produite  par  l'activité  de 
rubstances  difl'érentes,  régies  par  différentes 
lois,  en  vertu  desquelles  telle  substance 
réagit  de  telle  manière  à  propos  de  telle  ex- 
ntalion  donnée.  Il  y  a  donc  action  réelle  des 
substances  les  unes  sur  les  autres  et  réaction 
de  ces  substances  (639). 

Outre  la  substance  infinie,  cause  première 
et  absolue,  qui  se  fait  éternellement  elle- 
même  tout  ce  qu'elle  est  nécessairement 
et  qu'elle  peut  être ,  et  en  qui  par  consé- 
quent toute  succession  de  phénomènes  est 
impossible,  il  y  a  deux  ordres  de  substances, 
comprenant  toutes  les  causes  secondes  :  ce 
sont  lés  substances  simples  et  les  substan- 
ces étendues.  L'activité  des  premières  est 
interne  et  externe  à  la  fois  ;  elle  est  varia- 


ble, successive  et  progressive  ;  nous  n'avoni 
pas  à  nous  en  occuper  ici.  L'activité  des 
substances  étendues  est  purement  externe; 
elle  est  immuable  en  elle-même,  variabla 
seulement  dans  ses  effets,  suivant  les  subs* 
tances  extérieures  et  les  objets  auxquels  elle 
s'applique.  Les  phénomènes  de  cette  activité 
externe,  régis  parles  lois  immuables  qui 
les  déterminent  toujours  infailliblement  ds 
la  même  manière ,  dans  les  mêmes  circons- 
tances, résultent  en  partie  de  l'activité,  tou- 
jours involontaire,  de  ce*  substances,  en 
partie  de  l'action  exercée  sur  elles  par  le^ 
substances  qui  se  trouvent  en  rapport  avec 
elles.  Si  les  phénomènes  de  l'activité  externe 
d^un  même  agrégat  de  ces  substances  ne  sont 
pas  toujours  les  mêmes  dans  les  mêmes  cir- 
coristanccs,  c*cst  que  la  nature  et  les  pro- 
priétés de  Tagrégat  changent  suivant  sa 
constitution  intime,  bien  que  les  substances 
qui  le  constituent ,  c'est-à-dire  les  atom?t 
premiers,  ne  changent  ni  de  nature  ni  (t 
propriétés. 

Le  caractère  essentiel  de  la  substance  éten- 
due, en  tant  que  force,  c'est  que  l'activité  do 
chacune  de  ses  parties  constitutives  se  borne 
à  un  effort  externe  de  son  mouveajent  d'ac- 
tion et  de  réaction  auquel  elle  ne  peut  rien 
changer  par  elle-même.  Résister  au  change- 
ment de  mouvement  et  au  passage  du  refos 
au  mouvement  ou  du  mouvement  au  repos, 
détruire  dans  le  moteur,  par  cette  résistance, 
une  partie  de  la  quantité  de  mouvcnieni 
égale  h  celle  qu'il  produit  dans  le  mobile, 
recevoir  ainsi  le  mouvement  et  le  commu- 
niquer suivant  les  lois  invariables;  enfin, 
sans  se  mouvoir  soi-même,  tendre  d'une 
manière  uniforme  h  mouvoir  les  autres 
corps,  de  sorte  que  cette'  faculté  toujours  en 
exercice  produise  invariablement  son  effet 
sur  tout  corps  étranger  auquel  elle  peut 
s'appliquer,  c'est  là  de  1  activité  externe,  et  ce 
qu  on  ne  peut  refuser  à  la  substance  étendue 

A  présent,  si  nous  considérons  le  phéno- 
mène universel  de  l'attraction ,  nous  trou- 
vons que  le  mouvement  est  produit  par  une 
force  qui  n*appartient  pas  à  la  substance  en 
tant  qu'elle  se  meut,  mais  en  tant  qu'elle  at- 
tire une  autre  substance.  En  effet,  s'il  n'j 
avait  aucune  action  exercée  par  le  con^s  at- 
tirant sur  le  corps  attiré ,  comment  le  corps 
attiré,  même  en  lui  supposant  l'intelligence, 
proportionnerait-il  l'intensité  de  son  mou- 
vement à  la  masse  du  corps  vers  lequel  il  se 
précipite  ?  Le  corps  attirant  doit  nécessaire- 
ment être,  soit  la  cause  efficiente,  soit  !« 
cause  finale  de  ce  mouvements  Mais  une 
cause  finale  n'agit  qu'autant  qu'elle  est  con- 
nue, ou,  pour  mieux  dire,  ce  n'est  pas  elle 
qui  agit,  mais  elle  est  le  motif  par  lequel  un 
être  intelligent  se  détermine  à  agir.  Or,  pour 
que  chaciue  particule  du  corps  attirant  tût 
connue  de  cnaque  particule  du  corps  attire» 
il  faudrait  toujours  l'action  à  distance;  u 
faudrait  de  plus,  dans  chaque  particule  de 
matière,  non-seulement  une  âme  intellig^înle 
analogue  aux  monades  de  Lcibnitz,  maii 


(65Q}   Voy.  H,  Martin.    Phil.  de  la  na/.,  1. 1",  p.  217,  etc. 


ttl 


LAP 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


LAP 


8tt 


des  organes  do  sensation,  pour  i»e  mettre  en 
reUlioD  avec  les  particule»  attirantes.  Qui 
ne  voit  la  fausseté  de  ces  deux  dernières  hy- 
pothèses et  leur  inutilité ,  puiscj^u^elles  ont 
clles-mènies  besoin  de  la  première  hypo- 
thèse à  laquelle  oo  voudrait  les  substituer? 
La  première  seule  est  vraie.  Dans  Tattrac- 
tion  réciproque  de  deux  corps,  chaque  par* 
ticule  de  l'un  agit  comme  force  motrice  sur 
€lia.|tte  particule  de  Tautre  avec  une  éner- 
gie constante,  dont  Teffetest  en  raison  in- 
verse du  carré  de  la  dislance.  (H.  l^Iarlin.) 

«  Mais,  objecte-t-on,raction  à  distance  est 
inconcevable  :  un  corps  ne  peut  agir  là  où  i! 
n'est  pas«  m 

Si  ce  prétendu  axiome  était  vrai  dans  le 
seus  qu'on  lui  prête,  il  faudrait  nier  la  com- 
munication du  mouvement  par  le  contact 
En  effet,  1  atome  moteur  n*est  en  aucun  ins- 
tant dans  aucune  partie  du  lieu  occupé  en 
ce  même  instant  pir  l'atome  oui  reçoit  l'im* 
pulsion.  Donc,  en  a^ssant  oans  ce  dernier 
*  atome,  le  premier  agit  là  où  il  n'est  pas  lui- 
raèrne.  D'ailleurs,  qu'est-ce  que  la  présence  ? 
Ne  peut-on  pas  dire  qu'une  force  est  en  (]uel* 
que  façon  présente  partout  où  elle  agit  di* 
reclement«  et  qu'en  un  certain  sens,  la  pré- 
sence d'un  coi^  s'étend  aussi  loin  oue  S9i 
puissance  motrice  immédiate?  La  présence 
d'action  d*un  eorps  est  liée  à  la  présence  cor- 
porelle; car  la  puissance  d'impulsion  et  de 
résistance  ne  peut  s'exercer  qu'aux  limites 
mêmes  du  lieu  actuel  du  corps,  et  la  puis- 
sance attractive,  proportionnelle  au  produit 
des  masses,  c'est-à-oire  an  produit  des  som- 
mes des  étendues  réelles  dont  se  compose  le 
corps  attirant  et  le  corps  attiré  est  en  raiscm 
inverse  du  carré  de  la  distance  qui  sépare 
les  centrée  de  gravité  de  ces  deux  corps. 

On  a  imaginé  (Clark,  Euier,  d'Alembert, 
Cudworth)  un  médiateur  invisible,  intangi- 
ble, à  Taide  duquel  l'attraction  se  réduirait 
à  une  eommunication  de  mouvement  par  le 
contact,  hypothèse  qui  ramènerait  a  une 
simple  impulsion  l'action  à  distance.  En  sup- 
primant ainsi  toute  source  naturelle  et  per- 
manente de  ouissance  motrice,  on  est  obligé 
de  recourir  à  une  série  d'interventions  spé- 
ciales de  la  Divinité  pour  rétablir  le  mouve- 
ment toujours  près  de  se  perdre  dans  l'uni- 
vers où  tant  d'impulsions  contraires  se  dé- 
truisent sans  cesse  :  hypothèse  non-seule- 
ment inutile  et  gratuite,  mais  fausse  et  pleine 
d'évidentes  contradictions.  Elle  a  été  I  écueil 
où  est  venu  é(-houer  le  génie  de  Leibnitz  et 
de  Deseartes. 

Les  spéculations  cosmogoniques  sont  des 
questions  compliquées  d  autres  questions 
qui  aboutissent  pour  la  plupart  à  des  difli- 
cultés  insolubles,  à  des  contradictions  ou  à 
des  impossibilités.  L'attraction,  qui  joue  un 
^i  grand  rAle  dans  toutes  ces  hautes  théories 
sur  la  formation  des  mondes,  nous  a  conduits 
à  examiner  les  hypothèses  présentées  sur  la 
nature  et  l'origine  des  forces  qui  se  manifes- 
tent dans  les  substances  matérielles.  Nous 
av4ins  vu  que  les  plus  profonds  penseurs  sont 


partagés  sur  ce  point  L'opinion  de  Leibnitz 
et  celle  de  Descartes  et  de  son  école  noui» 
ont  paru  insoutenables,  malgré  l'autorité  da 
si  grands  noms,  et  nous  avons  incliné  à  re- 
connaître dans  la  matière  une  activité  ex- 
terne, un  effort  externe  d'action  et  de  réac- 
tion auquel  elle  ne  peut  rien  changer  elle«- 
même.  rîons  admettons  que  toute  substance 
est  inséparable  de  sa  nature  propre,  et  que 
cette  nature  consiste  en  une  certaine  activité 
réglée  par  certaines  lois,  c'est-à-dire  en  cer- 
taines facultés  et  en  certains  attributs  que 
ces  facultés  supposent.  Les  effets  de  cette 
activité  diffèrent  suivant  les  circonstances  ; 
mais  dans  les  substances  dépourvues  de 
liberté ,  des  lois  immuables  établies  par  le 
Créateur  déterminent  inrariablement  le  rap- 
port entre  les  circonstances  et  les  réactions 
de  chaque  substance  proprement  dite. 

Aussi,  pour  définir  par  exemple  une  sul»s- 
tance  chimique,  il  ne  suffirait  pas  de  dire  ce 
qu'elle  était  quand  on  l'a  vue  ;  il  faut  dire 
ce  qu'elle  devient  et  ce  qu  elle  opère  dans  tel- 
les et  telles  circonstances  déterminées.  Qui 
ne  sait  que  les  qualités  d'un  corps  à  l'état  so- 
lide ont  souvent  bien  peu  de  chose  decomniun 
avec  les  qualités  de  ce  même  corps  à  l'état 
liquide  ou  gazeux  ?  Mais  ce  corps,  dans  les 
mêmes  circonstances  tant  internes  qu'exter- 
nes, aurti  toujours  les  mêmes  propriétés  re- 
connaissables.  C'est  ce  que  n'avaient  pas 
compris  les  anciens,  qui  croyaient  que  la 
nature  propre  d'une  espèce  de  corps  dispa- 
raissait sans  retour,  quand  les  qualité?,  con- 
sidérées à  tort  comme  distinctives,  venaient 
à  changer.  Ils  ont  ignoré  la  persistance  il^s 
substances  déterminées  et  de  leurs  proprié- 
tés spécifiques  dans  les  chan^i^ements  d'état 
et  dans  les  combinaisons  chimiques  :  et  c'est 
là  une  des  raisons  pour  lesquelles  ils  n'ont 
jamais  eu  de  chimie  proprement  dite,  de 
chimie  scientifique. 

Mais  revenons  à  l'attraction. 

C'est  à  l'étude  de  cette  force  qui  régit 
l'univers  que  nous  en  sommes  restes.  Nous 
avons  repoussé  rhypoUièse  d'un  médiateur 
invisible  et  intangible,  au  moyen  duquel 
on  prétend  réduire  l'attraction  à  une  com- 
munication de  mouvement  par  le  contact. 
Nous  ne  voyons  qu'un  système  insoute- 
nable et  plein  de  contradictions  dans  l'o- 
pinion de  Leibnitz,  qui  attribue  la  pe- 
santeur et  l'attraction  universelle  à  la  pres- 
sion de  l'élher,  et  dans  celle  de  Deseartes, 
qui  veut  l'expliquer  par  ses  tourbillons. 

Des  hypothèses  plus  récentes  ne  nous  sem- 
blent  pas  plus  heureuses.  Ainsi,  M.  Gruyer 
(640)  suppose  que  l'espace  est  rempli  d'ato- 
mes d'une  matière  subtile,  que  ces  atomes 
se  meuvent  en  ligne  droite  dans  toutes  les 
directions,  avec  une  vitesse  infinie,  qui  com- 
pense l'extrême  petitesse  de  leur  masse, 
i>t  qu'ils  choquent  avec  une  fréquence  comme 
infinie  chaque  atome  de  la  matière  pondéra- 
ble. On  peut  l'arrêter  dès  le  premier  pas, 
et  lui  demander  d'où  viennent  «es  atomes  ei 


i6W)  Principes  4e  phih$&phie  phtfêique;  Paris,  ISI5,  p.  407-450. 


o3» 


LAP 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


LAP 


n\ 


où  ils  vont;  quelto  cause  détermine  la  dirce* 
tion  de.  chacun  d*eui,  quelle  cause  fait  qu'il  y 
en  a  tout  juste  autant  à  se  mouvoir  dans  une 
direction  que  dans  une  autre?  M.  Gruyer  lui- 
infime  comprend  qu'il  faut  que  les  vitesses 
et  les  directions  de  ces  atomes,  qui  se  croi- 
sent sans  cesse  en  tous  les  points  de  Tuni- 
vers,  restent  toujours  les  mêmes.  Ainsi  il 
établît,  de  sa  pleine  autorité,  un  principe 
nouveau  de  mécanique,  en  vertu  duquel 
tout  atome  de  matière  subtile,  choquant  un 
autre  atome  semblable,  mais  immobile,  im- 
primerait à  celui-ci  une  vitesse  é^ale  à  celle 
qu'il  avait  lui-même  et  qu'il  perdrait  tout 
entière,  et»  par  conséqruent,  deux  atomes  qui 
se  choqueraient  en  allant  également  vite  en 
sens  directement  contraire,  se  substitue^ 
raient  chacun  au  mouvement  de  l'autre,  mé- 
canique évidem^ment  en  contradiction  avec 
la  mécanique  générale,  pour  ce  qui  oon- 
cerae  les  lois  de  la  communication  du  mou- 
vement. Combien  d'autres  arguments  que 
nous  omettons  et  qu'on  pourrait  opposer  à 
cette  hypothèse  I 

£nfin  oa  a  voulu  considérer  l'attraction 
comme  un  résultat  de  la  répulsion  (6U),  et 
celle-ci  comme  la  seule  force  primitive  qui 
s'exerce  à  distance.  On  prétend  expliquer 
les  attractions  mutueUes  dedeux  corps  pondé- 
rables par  les  répulsions  inégales  que  Véther 
exercerait  .sur  eux, do  même  que  deux  corps 
flottants  non  mouillés  semblent  s'attirer  : 
hypothèse  gratuite,  inutile,  inconcevable. 
En  effet,  si  entre  les  molécules  de  l'éther  et 
celles  do  la  matière  pondérable  il  y  a  répul- 
sion ;  s'il  y  a  répulsion  entre  les  molécules 
mêmes  de  Téther,  et  s'il  n'y  a  nulle  part  at- 
traction réelle,  la  matière  pondérable  et  l'é- 
ther même  doivent  se  dissiper  dans  l'espace, 
à  moins  toutefois  que  l'éther  où  nage  la  ma- 
tière pondérable  ne  soit  renfermé  en  vase 
clos.  Cest  s'obstiner  à  vouloir  expliquer  le 
connu  par  l'inconnu.  SI  la  répulsion  est 
réelle,  pourquoi  l'attraction  universelle,  dont 
les  lois  sont  mieux  connues  et  si  simples, 
ne  le  serait-elle  pas?  Au  fond,  que  gagne- 
rait-on à  substituer  la  répulsion  universelle 
à  l'attraction  universelle?  11  en  résulterait 
tout  simplement  que  la  répulsion  serait,  de 
même  que  Taltraclion,  une  force  de  la  ma- 
tière agissant  à  distance. 

laissons  là  ces  vaines  hypothèses,  qui 
créent  des  difllcultés  inextricables,  pour 
éviter  une  difficulté  imaginaire,  et  recon- 
naissons que  l'attraction  est  une  cause,  non 
un  simple  résultat;  que  c'est  une  force  pro- 
prement dite,  une  puissance  motrice  appar- 
tenant à  la  substance  étendue  et  pondérable, 
ayant  Dieu  pour  principe  nécessaire,  comme 
l'existence  même  des  corps  ou  celle  de  l'or- 
dre du  monde,  en  un  mot  comme  l'existence 
de  toutes  les  choses  dont  la  non*texistence 
n'implique  point  contradiction. 

Quant  à  la  répulsion,  cette  force  antago- 
niste de  l'attraction,  elle  n'a  point  donné 
lieu  à  de  si  grands  déttats.  Pourtant  il  s'est 


trouvé  un  contradicteur  dont  nous  dironf 
un  mot  :  c'est  M.  Lamennais. 

Ya-i'il  des  forces  répulsitesf  sedeman-îe- 
t-il.  Ce  serait  certes  quelque  chose  tétrangt' 
ment  mystérieux  que  ces  forces  opposéttà 
la f finit/ comme  à  t attraction^  et  qui  h  com- 
battraient sans  cesse:  que  des  forces  qui  ttn- 
draient  directement  à  la  séparation  d$t  élé- 
ments de  tout  ce  qui  est^  à  la  dissolution  Je 
funivers^  Supposez  que  leur  action^  plu»  puis- 
sante que  les  résistances  qu'elle  rencontre^  eût 
atteint f  libre  de  tout  obstacle^  son  termt  dtr- 
nier^  que  resterait-il^  que  subsisterait-il?  Dn 
composés^  dissous  jusque  dans  leurs  demitm 
particules  concevables  ;  Vidée  même  de  corpi 
disparaîtrait;  tout  s^évanauirait  dans  la  nuil 
de  l'espace  vide  (W2)...  C'est  très-possible, 
mais  fiourquoi  supposez-vous?  Avec  des 
suppositions,  on  va  où  l'on  veut.  Faites  ici 
la  supposition  contraire,  vous  arriverez i 
une  autre  contradiction  avec  les  faits.  Tous 
méconnaissez  la  première  loi  de  Tunims, 
celle  de  la  pondération  des  pouvoirs  delà 
nature  ;  vous  paraissez  oublier  que  tout  « 
balance  et  s'équilibre  dans  Tœuvre  du  Créa- 
teur, dans  les  forces  et  dans  les  agents^oDl 
il  a  fait  dépendre  la  conservation  et  l%ar« 
monie  du  monde  :  Omnia  in  menswra  et  nu^ 
mero  et  pondère  disposuit. 

Pour  M.  Lamennais,  le  calorique,  regaidé 
par  tous  les  physiciens  comme  l'agent,  sinoa 
unioue,  du  moins  princi{)al,  de  la  répulsion, 
est  te  fluide  de  la  tie:  la  dilatation  dans  les 
corps  est  un  phénomène  vital. 

Avec  ce  mot  de  vte ,  de  vie  universelle^  ap- 
pliqué même  à  des  êtres  qui  ne  sont  pasri- 
vantSf  on  croit  avoir  dit  quelque  chose,  od 
croit  même  avoir  tout  dit.  En  voyant  la  fai- 
blesse des  arguments  de  M.  LameoDaii 
contre  la  loi  de  la  répulsion,  on  comprend 
que  le  célèbre  écrivain  n'ait  guère  pins  de 
chance  de  succès  dans  ses  attaques  contre 
les  principes  de  la  physique,  que  dans  ses 
tristes  agressions  contre  de  hautes  et  saintes 
doctrines,  dont  les  divins  rayons  ne  cou- 
ronnent plus  son  génie.  Telum  imbàlt  «i^* 

Quoi  qu'il  en  soit  des  négations  de  M.  I> 
mennais,  la  répulsion  est  universellemeol 
admise  comme  la  cause  des  dilatations  et d^ 
changements  d'état  des  substances  maté- 
rielles, et  sans  cette  force,  en  effet,  toutes 
les  ondulations,  par  exemple  celles  du  cajo- 
rique,  de  la  lumière  et  du  son ,  seraient  lœ* 

Sossibles,  ainsi  que  l'a  démontré  M.  hm^- 
fous  croyons  donc  qu'en  bonne  physique 
comme  en  saine  philosophie,  il  faut  «anael- 
tre  et  l'attraction  et  la  répulsion,  ces  deoi 
modes  particuliers  de  la  force  générale  pr 
laquelle  la  matière  agit  à  distance ,  a  «»« 
manière  continue,  suivant  des  lois  iovana* 
blés  fixées  par  le  Créateur, 

Après  cette  diçression^  dont  riacunaurt 
saisi  le  rapport  immédiat  avec  le  sujet  qui 
nous  occupe,  nous  allons  rentrer  dans  i  ei«* 
mcn  de  la  théorie  cosmogonique  do  Lap»^ 


(641)  M.  DE  Saint-Venant  (Mémoire  sur  la  ques- 
iK/aar  savoir  s'il  curiste  des  masses  continuée;  Paris, 


{U^)Ksquisse dune phUosophie^  LîS, p.  1»« 


Sis 


LAP 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


LAP 


826 


Le  point  de  dé|Mirt  de  la  théorie  est  la 
supposition  d*nne  immense  sphère  entière- 
ment sazense  à  une  température  eitrème- 
ment  éJeTée... 

On  voit  d^à  tout  ce  qu'il  y  a  d'arbitraire 
dans  ce  poiot  de  départ.  Pourquoi,  en  effet, 
ne  remonte-t-on  pas  plus  haut  que  la  sphère 
pazeuse  incandescente?  La  science  et  la  phi- 
losophie, quand  il  s'agit  de  l'origine  des 
choses^  permettent-elles  de  supposer  que 
c'est  là  l'état  vraiment  primitif  de  la  matière? 
fTantorisent-elles  pas  au  contraire  à  admet- 
tre que  la  matière  a  pu  |;a$ser  par  plusieurs 
autres  états  antérieurs  avant  d'arriver  à  celui 
de  gaz,  puisque  dans  les  gaz  les  atomes  sont 
déjà  groupés  en  mo1<fcules?  Pourc^uoi  toute 
la  matière  n'aurait-elle  pas  été  primitivement 
à  l'état  d'atomes  chimiques,  ou  même  d  ato- 
mes premiers,  suivant  la  distinction  de  cer- 
tains théoriciens?  Pourquoi  même  ne  pous- 
serait-on pas  cette  division  jusqu'à  l'atome 
du  fluide  universel,  de  VéiherY  Et  au  delà 
encore,  qui  peut  dire,  gui  peut  ima^ncr  ce 
qu'ont  pu  être  la  matière  et  tes  lois  gui  la 
régissent?  Qui  nous  déroulera  la  série  de 
toutes  les  transformations  de  la  matière  et  le 

^'eo  de  tous  ses  éléments,  obéissant  à  toutes 
es  nécessités,  à  toutes  les  puissances  et  les 
énergies  de  leur  nature,  dans  les  différentes 

B hases  de  leur  existence,  sous  la  main  de 
lieu  qui  les  modifiait  et  les  dirigeait  vers 
le  çrand  but  de  Tordre  et  de  l'harmonie, 
qui  devaient  un  jour  témoigner  si  magnifi- 

Suement  de  sa  puissance,  de  sa  sagesse  et 
e  sa  tH>nté? 

Mais  puisque  dans  le  champ  infini  des  hy- 
pothèses, on  s*est  arrêté  à  celle  d'une  im- 
mense sphère  de  gaz  à  l'état  d'incandes- 
cence, acceptons-la  et  constatons  si  elle  peut 
se  concilier  avec  les  exigences  et  les  princi- 
pes reconnus  de  la  science. 

Laplace  donne  à  cet  immense  amas  de  gaz 
la  forme  d'une  iphêre.  Il  emprunte  cette 
forme  aux  néouleuses,  qui  ont  jeté  tant  d'il- 
lusions dans  la  tête  de  tous  les  cosmo.^onis- 
tes  depuis  HerschHl.  Mais  aujourd'hui  que 
ces  fantastiques  nébuleuses  se  sont  éva- 
nouies du  ciel  pour  faire  place  à  des  soleils 
luirfaits  et  non  embryonaires,  toutes  ces 
analogies  qu'on  a  voulu  établir  entre  elles  et 
l'état  primitif  des  choses  ont  disparu  avec 
elles. 

Quelle  loi  maintenait  cet  immense  amas 
de  ^z  dans  la  forme  sphérique?  L'attraction? 
Mais  la  répulsion  ne  devait-elle  pas  être  pré- 
i'OnJéraote  et  l'emporter  dans  cette  matière 
^azeuze,  incandescente,  puisque  c*est  encore 
^•ujourd*hui  la  condition  pour  tous  les  gaz 
soumis  à  nos  expériences?  Il  semble  donc 
que  ce  n'est  pas  une  allumera tion  sphéri- 
f^ne,  mais  une  dispersion  infinie  de  la  ma- 
t'.ère  gazeuse  dans  l'espace ,  qui  devait  être 
la  conséquence  d'un  pareil  état  de  choses. 
L'attraction  qui  constitue  la  cohésion  étant 
insensible  dans  les  corps  à  l'état  gazeux, 
ïious  sommes  en  droit  de  conclure  Qu'elle 
était  nulle  Jans  la  masse  élémentaire  aont  il 


s'agit.  Y  avait-il  l'attraction  atomigne  appe-  * 
lée  affinité?  Pour  que  ce  mode  d  action  de 
l'attraction  puisse  s  exercer,  plusieurs  condi- 
tions sont  nécessaires  :  il  ne  suffit  pas  que 
la  matière  soit  gazéifiée,  il  faut  déplus,  pour 
qu'il  y  ait  combinaison,  qu'il  y  ait  pression 
et  par  conséquent  résistance.  D'où  est  venue 
cette  pression?  Qui  est-ce  qui  a  produit  cette 
résistance  dans  une  matière  élémentaire  foi^ 
mée  de  gaz  essentiellement  élastiques,  in- 
candescents et  soumis  à  une  expansion  in- 
définie en  tous  sens?  Evidemment  il  n'y 
avait  pas  de  pression,  et  par  conséquent  pas 
de  combinaison  possible.  Ainsi,  on  ne  voit 
pas  qu'il  pût  y  avoir  place  pour  aucune  des 
espèces  connues  d'attraction.  Nous  venons 
de  voir  que  dans  une  immense  sphère  de 
matière  nébulaire  ou  gazéiforme  à  l'état 
d'incandescence,  comme  celle  que  Laplace  a 
supposée,  il  n'y  avait  place  pour  aucune  des 
espèces  connues  d'attraction.  Nous  pourrions 
tittenclre  que  l'illustre  géomètre  ait  assigné, 
en  de  hors  du  Créateur,  une  origine  accep- 
table de  cette  grande  loi  du  monde  physique. 
En  attendant  qu'on  la  découvre,  nous  la 
supposerons  trouvée,  et  nous  allons  voir  où 
elle  peut  nous  cooduire. 

D'abord,  où  la  placerons  -  nous  ?  Sans 
doute  au  centre  de  I  immense  masse  globu- 
laire. Mais  alors  les  éléments  de  la  nébu- 
leuse, à  mesure  qu'ils  se  solidifieront  par  le 
refroidissement,  iront  se  précipiter  vers  le 
centre  qui  les  attire,  et  nous  n'aurons  ainsi 
qu'un  globe  solide  énorme  au  lieu  d'un 
système  de  globes.  Comment  préviendrons- 
nous  ce  grave  inconvénient?  Par  le  mouve- 
ment de  rotation  qui  déterminera  l'action  de 
la  force  centrifuge,  antagoniste  de  l'attrac- 
tion, ainsi  que  le  prétendent  les  iiartisans  de 
la  théorie  astronomiitv-chimique.  Soit  1  Mais 
d'où  naît  un  pareil  mouvement  dans  la  né- 
buleuse? Ici  encore  se  présentent  de  nou- 
velles et  inextricables  difficultés. 

Eu  effet,  comment  mettre  en  mouvement 
sur  elle-même  cette  immense  sphère  de  va-* 
peurs,  dont  l'énorme  expansion  devait  em- 
brasser au  moins  l'énorme  sphère  de  Nep- 
tune ?  Parmi  les  lois  de  la  physique  ou  de 
la  mécanique,  en  connalt-on  une  seule  d'où 
l'on  puisse  déduire  l'origine  du  mouvemen  »de 
rotation  ?  Laplacen'en  connaît  aucune.  Cepen 
dant  «  cette  masse,  dit  M.  Henri  Martin, 
ne  pouvait  avoir  un  mouvement  naturel  de 
rotation  ;  car,  pour  produire  un  tel  mouve- 
ment dans  une  sphère  entièrement  çazeuze, 
il  faudrait  produire  sé{)arément,  suivant  ui\ 
même  axe,  des  révolutions  de  même  durée 
pour  toutes  les  couches  concentriques  dont 
elle  se  compose,  en  appliquant  à  ces  couches 
des  forces  centrales  et  des  forces  tapgepr 
tielles  différentes,  suivant  le  rayon  de  cha-^ 
que  couche.  Or  il  est  impossible  de  conce*i 
voir  une  cause  physique  qui  donne  ce  ré-« 
sultat  (643).  » 

Nous  avons  admis  l'attraction,  guoiqu'op 
ne  donnât  aucune  raison  de  son  origine  dans 
l'hypothèse  de  Laplace.  Admettons  de  même 


i^5}  PkUm^hietpiriî.  delà  nature^  C.  Il, p.  196. 


iS7 


LAP 


D.CTIONNAIRË  4)£  COSMOGONIE 


LAP 


m 


j8  mouTeroent  gyraioire  et  procédons  à  la 
formation  de  notre  système  planétaire. 

La  nébuleuse  tourna  sur  elle-même.  A 
mesure  qu^elIc  se  refroidit,  des  masses  s*en 
détachent  par  Teffet  de  la  force  centrifuge* 
Voici  d'abord  la  planète  Leverrier  ou  c[uei« 
que  autre  planète  inconnue  plus  éloignée 
encore,  qui  se  détache  de  la  première^  cou- 
che équatoriale  condensée  de  l'atmosphère 
solaire. 

Cette  couche  équatoriale,  on  le  suppose , 

Î>ossède  une  force  centrifuge  suffisante  pour 
iaire  équilibre  à  Tattraction  centrale,  et  par 
conséquent  elle  peut  se  soutenir  indépen- 
dMument  de  la  force  d'expansion  des  cou- 
ches antérieures  concentriques,  sur  les- 
quelles dès  lors  elle  a  cessé  de  peser,  Figu- 
re^YOus  donc  un  anneau  qui,  pour  Neptune, 
par  exemple,  avait  au  moins  deux  mille 
quatre  cent  millions  de  lieues  de  diamètre. 
£h  bien  I  c'est  avec  cet  anneau  prodigieux 
qu'il  faut  faire  une  planète,  un  globe.  Cher- 
chez à  vous  rendre  compte  de  la  manière 
dont  le  phénomène  a  dû  s'opérer;  comment 
les  éléments  de  Tanneau  qui  se  trouyaient 
à  deux  mille  quatre  cent  millions  de  lieues, 
sont  venus  trouver  ceux  qui  étaient  placés  à 
l'autre  extrémité  du  diamètre.  Vous  répéte- 
rez ladite  opération  autant  de  fois  que  vous 
aurez  de  planètes  à  former.  Puis,  quand  vous 
aurez  ainsi  obtenu  toutes  les  planètes,  ne 
croyez  pas  que  votre  construction  est  ache- 
vée. Que  votre  monde  est  bàtif  que  tous  les 
problèmes  cosmogoniques  sont  résolus.  11 
vous  faudra  encore,  premièrement,  répéter 
la  même  opération  pour  obtenir  chaque  sa- 
tellite. Oui,  les  planètes  une  fois  formées 
et  tournant  sur  elles-mêmes ,  on  ne  sait 
pourquoi,  émettront  à  leur  tour,  et  à  l'instar 
de  la  masse  primitive  d'où  elles  sont  sorties, 

f)lus  ou  moins  d'anneaux  qui  deviendront 
eurs  satellites. 

^  Vous  aurez,  secondement,  à  expliquer 
l'origine  de  la  force  tangentielle,  dont  La* 
place  ne  s'occupe  iias,  trouvant  plus  com- 
mode, sans  doute,  de  prendre  comme  un 
fait  les  mouvements  elliptiques  des  planètes. 
Cependant,  sans  impulsion  primitive,  ce 
mouvement  elliprique  des  planètes,  quand 
même  on  le  supposerait  éternel,  n'en  serait 
\ias  moins  un  effet  sans  cause  (iii^k). 

Ce  n'est  pas  tout.  Puisque  Tattraction  agit 
en  raison  directe  des  masses,  la  sphère  so- 
laire ,  perdant  de  sa  masse  chaaue  fois 
qu'une  couche  équatoriale  s'en  détachait 
pour  former  une  planète,  a  dû  faire  varier 
le  mouvement  de  la  première  planète  déla- 
chée  autant  de  fois  que  celte  opération  s'est 
renouvelée,  c'est-à-dire  au  moins  dix  à  douze 
fois.  Ainsi  pour  Uranus,  par  exemple,  l'at- 
traction ne  serait  aujourd'hui  que  le  dixième 
de  ce  qu'elle  était  à  l'origine,  et  il  en  aurait 

(644)  La  foc3  fan^enliclle  d'une  planète  est  civile 
qui  la  porte  à  suivre  une  laiigenle  à  son  orbile.  Cette 
forceesldiie  à  Fimpulsion  primitive  par  laquelle 
cette  plancte^a  été  lancée  dans   Tespace,  impulsion 

3ui,  pour  aucune  des  planètes,  n'a  passé  par  le  centre 
c  gravite.  Le  c;;rccau  qui  roule  sous  les  coups  de 
baguette  de  Tcnfant  se  meut  en  vertu  de  la  force 


été  de  môme  proporlionneUement  po«r  too- 
tes  les  autres  planètes.  Chaque  m(xnficatio& 
dans  le  mouvemeal  d'une  planète  a  dûeo 
déterminer  une  autre  dans  sa  forme,  et  p^r 
suite  amener  une  série  de  variations  profon- 
des dans  tout  l'ensemble  des  phénomène) 
qui  se  rapportaient  à  e«tte  planète. 

On  fait  sortir  les  satellites  de  la  masse  des 
planètes  :  ils  devraient  donc  participer  i  la 
nature  de  la  masse  d'où  ils  tirent  leur  ori- 
gine ;  cependant  la  lune,  par  exemple,  e'a 
pas  d'atmosphère,  tandis  que  la  terre  eo  i  | 
une.  D'où  vient  encore  que,  parmi  ces  ph- 
nètes,  il  en  est  qui  n'ont  pas  de  satellites  on 
qui  n'en  ont  qu'un,  tandis  que  d*aiitres  en 
ont  jusqu'à  sii,  sept,  etc.?  Enfin,  commem 
expliquer  l'origine  des  comètes?  Lesferi4 
on  venir,  comme  les  planètes,  de  la  mm 
gazeuse  principale?  Pourquoi  alors  ne  sont- 
elles  pas  soumises  aux  mêmes  lois  de  foriM 
et  de  révolution...? 

Combien  d'objections  nouvelles  ne  pour- 
rions*nous  pas  soulever  contre  celle  auda- 
cieuse et  vaine  hypothèse  I  Mais  c'est  assei. 
Terminpns  par  une  réflexion  d'un  Hm\ 
illustre  qui  a  passé  sa  vie  dans  les  pliu 
hautes  contemplations  de  la  nature  et  u 
ses  lois  : 

Le  monde  dee  formations  céUttes  âoitèn 
accepté  comme  un  fait^  comme  une  ionmn 
tutelle  qui  se  dérobe  aux  spéculutionsit 
Vesprii  par  l'absence  de  tout  enchatnmm 
visible  de  cause  à  (ffet.  En  d'autrn  /rrniu, 
les  rapports  de  grandeur  absolue  et  àt  poii* 
tion  relative  des  axes^  les  relations  (fui  txik 
tent  dans  le  système  planétaire  entre  k$  d» 
sitéSj  les  durées  de  rotation  et  les  excenim 
tés^  ne  nous  paraissent  pas  autrement  nérft^ 
saires  dans  la  nature  aue  la  diitrihuiin 
rebuive  dts  axes^  les  relations  qyÀ  ei\t\n\ 
dans  les  contours  de  ses  continents  onkkiii 
teur  de  ses  chaînes  de  montagnes  ;  poitU  dth 
générale  qu'on  puisse  établir.  Sous  ces  dirm 
rapports^  dans  les  deux  ou  dans  les  inéçalità 
des  couches  terrestres,  ce  sont  autant  ûtjcii* 
naturels  produits  par  le  C4^nflit  de  forcet  ffw^ 
tiples  qui  ont  agi  autrefois  dans  de$  rondc 
tions  tout  à  fait  inconnues  (645). 

Ainsi  donc,  dans  cet  ordre  de  baut« 
spéculations,  on  sent  h  chaque  pas  la  n^ 
silé  de  recourir  à  une  intelligence  qiù  > 
conçu  et  exécuté  un  plan  d'ordre  et  d'ba- 
nionie,  d'invoquer  la  volontéd'un  législalear 
qui  a  imposé  dos  lois  à  la  matière  pav 
1  exécution  de  ses  conceptions  et  pour  « 
conservation  de  son  œuvre  à  mesure  qo'^!^^ 
se  développait.  Mais  quelles  étaient  ces  loti. 
Oui  peut  le  dire?  11  est  probable qu* 
écha})peront  toujours  aux  invesligalionsd^ 
la  science,  et  que  «  celui  qui  a  étend» le» 
cieux  et  donné  la  loi  à  toute  leur  arine« 
{Isa:,  XLV,  12)^  s'en  est  réservé  le  secfel. 

tnnjji'nlîolle.  Si  le  coup  de  baguctle  ëfaîl  frappé >H« 
le  diaméln»,  le  cerwaii  potin  ait  éîre  projHeen!>^ 
droite,  tiiuis  il  ne  (ournei'ait  pas  sur  lui-iM«w-  ^* 
a  ralcuié  que  Tiin pulsion  pour  la  terre  a  an  pA^ 
par  un  point  situe  à  neuf  lieues  envirou  tk-  tw 
centre. 
{i}Vô)  De  Hlmbolj>t,  Cosmos,  1. 1'%  p.  IW. 


8« 


LEC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


LEP 


ts» 


«  Car  mes  pensées  ne  sont  pas  tos  i>ensées, 
et  mes  roies  ne  sont  pas  fos  Toies,  dit 
TEternel  ;  autant  les  cienx  sont  élevés  au- 
dessus  de  la  terre,  autant  mes-yoies  sont  au- 
dessus  de  TOS  voies  et  mes  pensées  au-dessus 
de  TOS  pensées.  »  (Jiaie,  lt,  8,  9.) 

LAPLACE,  ses  idées  nir  la  constiiution  du 
ioleil  réhuées  par  M.  Godefroy.  —  Voy.  Sa- 
LEiL.^ — Son  hypothèse  sur  la  formation  des 


les  et  débais  avec  M.  Godefroy.  —  Voy. 
Planâtes. 

LECOUTURIER  (Hehbi).  —  Ce  citoyen  so- 
cialiste est  auteur  d'un  livre  intitulé  :  La 
Cosmosophie  ou  le  socialisme  universel.  Paris, 
IKSO.  C  est  un  ouvrage  aussi  impie  qu'i- 
nepte. Nous  n  avons  pas  l'intention  d*en 
donner  une  analyse,  mais  nous  en  transcri- 
rons le  chapitre  li,  intitulé  La  Mythologie 
de  la  Genèse;  cela  suffira  pour  faire  apprécier 
cette  conception  extravagante. 

«  Des  temps  historiques. — Les  temps  bis- 
toriques  datent  pour  nous  de  Moïse.  —Ce 
n*est  pas  qu*on  doive  regarder  comme  arti- 
cle de  foi  tous  les  récits  de  cet  historien. 

<  11  est  le  premier  écrivain  dont  les  livres 
nous  soient  parvenus  ;  quand  il  parle  de  ce 
qu'il  a  fait,  de  ce  qu'il  a  vu,  de  ce  qui  s*est 
passé  dans  une  époque  et  dans  des  contrées 
peu  éloignées  de  lui,  il  mérite  quelque 
créance,  abstraction  faite  du  merveilleux 
dont  il  s'est  environné  dans  le  but  évident 
defirapper  l'imagination  d'un  peuple  crédule, 
grossier  et  sensuel,  dont  il  voulait  être  le 
législateur. 

«  Mais  oij^and  Moïse,  se  disant  inspiré, 
prétend  s'élancer  au  delà  des  limites  de  la 
nature  humaine  et  remonter,  par  la  tradi- 
tion, le  cours  des  temps,  depuis  son  époque 
jusqu'à  la  venue  de  Tbomme  sur  la  terre,  il 
fait  du  roman  ;  c'était  son  droit;  mais  don- 
ner ce  roman  pour  de  l'histoire,  c'est  de  la 
mauvaise  foi. 

«  Si  nous  ne  connaissons  rien  de  positif 
au  delà  des  temps  décrits  par  Moïse,  ce  n'est 
yas  une  raison  pour  faire  commencer  là 
iliistoire  de  Thumanité,  ainsi  que  cela  s'est 
fSul  pendant  près  de  quarante  s^les  d'igno- 
rance. 

<  Adam  est-il  le  premier  homme?  — Si* 
comme  nous  l'avons  établi,  le  premier 
homme  est  né  dans  les  climats  polaires,  et 
si,  comme  Moïse  le  rapporte,  Adam  est  né 
vers  le  Ti^re  et  TEuporalc,  il  est  évident 
qu'Adam  n  est  pas  le  premier  homme,  parce 
que  dans  le  principe  la  tero|>érature  ix>Iaire 
a  pu  seule  être  supportable  à  fbomme  ;  il  a 
fallu  un  immense  refroidissement  du  ^obe 
et  par  conséquent  des  milliers  de  siècles 
avant  que  l'abaissement  de  la  température 
ait  permis  à  l'homme  de  vivre  dans  des  ré- 
gions qui  sont  pour  nous  aujourd'hui  les 
régions  torrides. 

«  En  mesurant  la  distance  du  passé  au 
présent,  on  peut  mesurer  celle  du  présent  à 
l'avenir.  —  Partant  de  ce  principe,  on  peut 
dire  qu'il  s'était  écoulé  une  infinité  de  siè- 
cles depuis  faction  de  l'esprit  sur  la  matière 
jusqu'à  la  formation  du  premier  corps  orga- 
nisé; il  ne  s*en  était  pas  écoulé  moins  de- 


puis l'organisation  du  premier  végétal  et  du 

firemier  animal  jusqu'à  la  naissance  de 
'homme  ;  il  doit  s'en  être  écoulé  tout  au- 
tant depuis  l'apparition  de  la  rat-e  humaine 
vers  les  pôles  jusqu'à  sa  venue  vers  les  ré- 
gions de  l'équateur. 

^  Par  conséquent,  il  est  de  foute  impossi- 
bilité qu'il  n'y  ait  que  6,000  ans  qui  nous 
séparent  du  premier  nomme. 

c  D'un  autre  côté,  îes  hommes  primitifs, 
descendant  en  ligne  directe  des  animaux, 
trahirent  longtemps  leur  origine.  —  Par 
leurs  formes  matérielles,  par  leurs  appétits, 
par  leur  instinct,  ils  ressemblèrent  beau- 
coup plus  à  leurs  ancêtres  qu'à  l'homme  tel 
que  nous  le  connaissons  aujourd'hui. 

€  Les  premiers  hommes,  au  lien  d'être 
des  types  de  beauté,  selon  le  portrait  qnu 
Moise  nous  fait  d'Adam  et  d'Eve,  furent  au 
contraire  des  espèces  de  brutes,  moitié  sin- 

Ses,  moitié  hommes,  selon  le  portrait  peu 
atteur  qu'Hérodote  nous  ^  laissé  des  Tro- 
glodytes. 

n  Portrait  d'Adam  et  d'Ere.  —  Adam  et 
Eve,  s'ils  ont  existé  tels  qu'on  nous  les  dé- 
peint, étaient  des  civilisés;  ils  étaient  pleine 
de  raison  ;  ils  avaient  l'inteiligence  eiercée  ; 
ils  auraient  eu  le  jugement  sûr,  la  cons- 
cience inCûllible  ;  ils  auraient  toujours  su 
distinguer  le  juste  de  l'injuste,  le  bien  du 
mal,  sans  la  funeste  pomme  qui  se  trouva 
sur  leur  chemin.  —  lis  respectaient  les  loi:» 
de  la  décence;  ils  sont  les  inventeurs  de  la 
feuille  de  vigne,  une  les  statuaires  leur  ont 
empruntée.  —  Us  étaient  vigoureux  etbcaux. 
—  Ce  noble  couple  non-seulement  n'aurait 
pas  été  déplacé  dans  notre  société,  mais  en- 
core il  y  aurait  paru  avec  avantage. 

«  Adam  et  Eve  ne  sont  donc  pas  les  pre- 
miers-nés de  la  race  humaine.  lis  sont  très- 
rapprochés  de  nous  par  le  temps,  par  les 
lieux  qu'ils  habitaient,  par  leur  conforma- 
tion et  par  leurs  mœurs.  -— 11  y  a  infiniment 
plus  de  distance  du  premier  homme  à  Adam 
que  d'Adam  à  nous.  —  Et  même,  il  semble 
que  la  température  du  glol>e  n'ait  pas  sen- 
siblement changé  depuis  son  époque  jusqu'à 
la  nôtre,  puisque  l'embouchure  du  Tigre  et 
de  l'Euphrate,  sié^e  du  paradis  terrestre, 
était  déjà  très-habitable  de  son  temps,  et 
que  de  nos  jours  c'est  encore  un  des  )viys 
les  plus  chauds  de  la  terre.  » 

Quand  on  a  lu  l'ouvrage  du  citoyen  Le- 
couturier,  on  incline  assez  à  croire  que 
Tauteur  est  effectivement  un  de  ces  hommes 
primitifs  qui  descendent  en  ligne  directe  des 
animaux.  C'est  un  des  meilleurs  arguments 
en  faveur  de  sa  thèse. 

LEHMAN.  Voy.  Géologib. 

LEIBNITZ.  Voy.  GioLOGU.  —  Son  opinion 
sur  les  forces  de  la  matière.  —  Voy.  Lah.ace. 

LÉONARD  DE  VINCI.  Voy.  Géologib. 

LÉPIDODENDRON  { de  deux  mots  grecs 
qui  signifient  arbre  à  écailles  ).  —  Le  genre 
lépidodendron  corop-end  plusieurs  espèi-es 
de  plantes  fossiles  d'une  grande  taille,  qui 
abondent  dans  la  formation  houillère.  Plu- 
sieurs particularités  de  leur  structure  les  ont 
ùâ\  couiparer  aux  conifères  ;-  mais  d*autres 


8$i 


LEP 


Dictionnaire  de  cosmogonie 


LIA 


m 


circonstances  et  leur  aspect  général,  moins 
Jeur  Jurande  taille,  les  font. ressembler  beau- 
coup aux  lycopodiacées.  Cette  tribu  ne  ren- 
ferme pas  maintenant  'd'espèces  qui  attei- 
gnent plus  de  trois  pieds  en  hauteur,  et  ce 
sont  pour  la  plupart  des  plantes  faibles  et 
rampantes»  tandis  que  leurs  représentants 
fossiles  les  plus  anciennes  paraissent  avoir 
atteint  les  dimensions  des  grands  arbres  fo- 
restiers (646). 

Les  lycopodiacées  de  Tépoque  actuelle 
sont  soumises  à  peu  près  aux  mêmes  lois 
que  les  fougères  et  les  equisétacées ,  sous 
le  rapport  de  leur  distribution  géographi- 
que; elles  sont  plus  erandes  et  plus  nom- 
breuses dans  les  localités  chaudes  et  humi- 
des situées  entre  les  tropiaues,  et  surtout 
dans  les  petites  tles.  Les  aiiinités  des  lépi- 
doJendrons  avec  ces  plantes,  leur  taille  et 
leur  abondance  parmi  les  fossiles  de  la  for- 
mation carbonifère,  ont  conduit  les  auteurs 
qui  ont  écrit  sur  les  plantes  fossiles  à  cette 
conclusion ,  que  ce  fut  sous  Finfluenco 
d*uiie  grande  chaleur,  d*une  humidité  con- 
venahle,  et  U*une position  insulaire  crue  les 
végétaux  de  cette  famille  atteignirent  les  di- 
incnsioni  gigantesques  sous  lesquelles  ils 
nous  apparaissent  dans  les  dépftts  de  transi- 
tion ;  et  ce  résultat  vient  à  Tappui  du  résul- 
tat tout  semblable  auquel  nous  «vous  été 
conduits  par  Texamen  des  calamités,  avec 
lesquelles  on  les  trouve  associés  (647). 

Suivant  MM.  Lindley  et  Htitton ,  les  lépi- 
doJendrons  constituent,  après  les  calamités, 
la  classe  do  fossiles  la  plus  abontante  dans  la 
formation  houillère  dû  nord  de  l'Angleterre. 
Ces  végétaux  atteignent  parfois  des  dimen- 
sions énormes  ;  on  on  rencontre  des  frag- 
ments de  tiges  qui  ont  depuis  vingt  jusqu  à 
quarante-cinq  pieds  de  longueui^;  et  une 
tige  comprimée  que  Ton  a  rencontrée  dans 
la  houillère  de  Jarrow  mesurait  auatre 
pieds  deux  pouces  dans  son  plus  grand  dia- 
mètre. M.  Ad.  Brogniart  éji  cite  trente-qua- 
tre esjsèces  dans  son  catalogue  des  plantes 
fossiles  de  la  formation  houilfèrc. 

La  structure  intérieure  des  lépiJoden- 
drons  a  montré  que  ces  végétaux  tenaient  le 
milieu  entre  les  lycopodiar^ées  et  les  coni- 
fères (648) ,  et  les  conséquences  gue  tire 
H.  ie  professeur  Lindley,  ae  la  position  in- 
iermédiaire  qu'occupe  ce  curieux  genre 
éteint  de  plantes  fossiles ,  sont  en  harmonie 

(6iG)  Diaprés  le  professeur  Lindley,  les  lycopo- 
jliacées  actuelles  sont  inlermédiaires  entre  les  fou- 
fàres  el  les  conifères  «Pune  part,  les  fougères  et  les 
mousses  d*uno  autre.  Elles  se  rapprochent  des  fou- 

gères  par  Tabsence  d'un  appareil  sexuel,  et  par  IV 
miJancc  des  vaisseaux  annulairei  de  leur  tige;  des 
"Conîfêrt^s,  par  l'aspect  des  tiges  de  quelques-unes  des 
pttis  grandes  espèces  ;  des  mousses,  par  leur  aspect 
j^'énéraL 

(047)  Les  feuilles  des  lycopodiacées  actuelles  sont 
simples  el  disposées  en  spirale  autour  de  la  tige;  et 
rites  laissent,  sur  la  suriace  de  cette  dernière,  des 
cicatrices  de  forme  rbomboïdale  ou  lancéolée,  dans 
lesquelles  se  \oient  les  empreintes  de  vaisseaux. 
Dans  les  lépidodendrons  fossiles,  des  cicatrices^ 
lotîtes  semblables,  et  roniarquahles  à  la  fois  par  leur 


parfaite  avec  les  corollaires  que  nous  avoiis 
déduits  de  Texistence  de  conditions  analo- 
giies  dans  des  genres  éteints  d*animaux  fes- 
siles.  —  «  Cette  découverte  est  du  plus  haut 
intérêt  pour  les  botanistes  ;  car  elle  doDoe 
gain  de  cause  à  ces  esprits  sagement  systé- 
matic{ues,  qui  soutiennent  que  Ton  peut 
ex'pliquer  certaines  lacunes  qui,  au  seio 
de  l'état  actuel  des  choses,  se  font  sentir 
dans  la  série  graduelle  de  roreanisaticD, 
en  lui  assignant  pour  cause  1  extinction 
de  genres  et  même  d*ordres  tout  entiers 
dont  Texistence  manquait  à  Tharmonie  que 
nous  croyons  avoir  existé  dès  l'orieine  du 
monde ,  dans  la  structure  de  toutes  les  par- 
ties du  règne  végétal.  Les  lépidodendrons 
établissent  entre  les  végétaux  à  fleurs  et 
ceux  qui  n'en  ont  pa^  une  liaison  plus 
étroite  que  n'eussent  pu  le  faire  les  equisé- 
tacées, ou  les  cycadées,  ou  tout  autre  genn 
Îui  nous  soit  connu,  i»  (Liicolet  et  Huttos, 
lore  fossile ,  t.  Il ,  p.  53. } 

LEPIDOIDES.  Voff.  Poissons 

LIAS  SUPERIEUR.  Voy.  Toarcikx. 

LIAS  INFERIEUR,  Voy.  Sinémcru!! 

LIASIEN  (ETAGE).  —  Deuxième  élace 
des  terrains  jurassiques  et  le  huitième  de  la 
série  totale  des  formations  géologiques.  Ce 
nom  est  dérivé  de  celui  de  /laa  donné  pri* 
mitivement  par  les  Anglais  à  cet  étage. 

L'étage liasiensuitabsolument,  en  France, 
la  même  distribution  géogranhique  que  Té- 
tage  sinémurien ,  sur  lequel  il  repose  p8r« 
tout  ;  mais ,  de  plus ,  il  se  montre  sur  beau- 
coup d'autres  points  où  cet  étage  manque. 

Partout  où  se  trouve  l'étage  sinémurieo, 
l'étage  liasien  repose  en  couches  concor- 
dantes sur  lui,  et  en  suit  toutes  les  allu- 
res, toutes  les  dislocations.  Lorsque  les 
couches  plongent  vers  le  centre  des  bas- 
sins, il  plonge  parallèlement;  lorsque  les 
couches  sont  relevées  de  diverses  maniè- 
res ,  comme  dans  les  Alpes  ,  il  a  subi  les 
mêmes  relèvements,  sans  aucune  modifi- 
cation. On  le  trouve  en  couches  concor- 
dantes, tout  autour  du  plateau  central  de 
la  France ,  sur  les  deux  versants  des  Vos- 
ges ,  dans  les  Alpes ,  le  Jura ,  et  autour  du 
massif  de  la  Bretagne.  Partout,  en  An^le^ 
terre,  la  môme  superposition  existe  ainsi 
qu*en  Allemagne  et  dans  le  Wurtemberg.  H 
n  y  a  aucun  doute,  dès  lors ,  que  cet  élago 
n*ait  succédé  régulièrement,  sur  tous  les 

grandeur  el  par  leur  beauté,  se  voient  disposées 
comme  des  écailles  en  spirale  sur  toute  la  surfs» 
des  liges.  Une  division  nombreuse  de  ces  cryf^togS' 
mes  se  compose  d^espèces  arborescentes  el  dicbo- 
tomes,  el  dont  les  branches  sonl  couvertes  de  sim- 
ples feuilles  lancéolées. 

La  forme  des  écailles  varie  sur  les  diflërenupoiiiis 
d^une  même  tige  ;  ainsi  celles  qui  sont  les  plus  vtM- 
aines  de  la  base  sonl  de  forme  allongée  dand  le  stdi 
vertical. 

(G48)'  Ycyez  h  Bulletin  annuel  delà  SociUi  pA^f. 
de  YorAsAire,  pour  Tanuée  S832;  les  végétens  J» 
siles,  par  Wituam,  S855,  pi.  xn  el  xni,  el  la  Fion 
fossile,  de  MM.  Ltolet  cl  Hcttoji,  pi.  xctui  « 
xqrx. 


UA 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


LIA 


8Ô4 


points,  à  Télage  sinémurien,  et  qu*il  ne  l*ait 
hniri  dans  Tonlre  chronologiqac. 

Nous  crojons  pouvoir  évaluer  l'épaisseur 
des  couches  de  létage  comprise  depuis  les 
couches  à  oslrea  arcua/a  jusqu'à  la  Qn  de 
Voslrea  cymAïufii,  sur  les  coteaux  voisins  de 
Semor,  à  150  mètres  environ. 

Caractères  paléontohgiques.  —  Le  carac- 
tère dominant  de  la  faune ,  c'est  le  rapport 
d'ensemble  qui  existe  entre  l'étage  précé- 
dent et  le  suivant ,  quant  aux  formes  géné- 
riques ;  car  toutes  les  espèces  sont  distinc- 
tes. Voici  pourtant  les  caractères  généraux 
que  nous  donnent  toutes  les  séries  animales 
comparées. 

Caractères  négatifs  tirés  des  genres.  — 
Pour  distinguer  l'étage  liasien  de  Tépoque 
antérieure,  nous  n'avons  aucuns  genres 
qui ,  nés  antérieurement,  meurent  dans  l'é- 
tage sinémurien,  sans  passer  à  l'étage  lia- 
sien  ;  ce  qui  prouverait ,  plus  que  tout  le 
reste,  ce  que  nous  venons  d'avancer;  mais 
nous  avons ,  pour  séparer  l'étage  liasien  de 
rétage  toarcien  qui  lui  succède,  tous  les 
genres  qui  manquent  encore  dans  le  pre- 
mier, et  paraissent  pour  la  première  fois 
dans  le  second  ;  c'est-à-dire  18  genres  gui 
seront  les  caractères  négatifs,  pour  distin- 
guer l'étage  de  celui  qui  lui  succède  régu- 
lièrement. 

Pour  caractères  diOërentiels  de  cet  étage 
et  de  l'étage  sinémurien,  nous  avons  tous 
les  genres  qui  naissent  avec  l'étage  qui  nous 
occupe  et  paraissent  être  inconnus  aux  épo- 
ques antérieures,  c'est-à-dire,  quarante 
^nres  pouvant  donner  des  caractères  posi- 
tifs^ entre  l'étage  liasien  et  sinémurien. 

Parmi  ces  senres,  ceux  qui  naissent  et 
meurent  dans  l'étage  liasien  peuvent  encore 
nous  donner  des  caractères  positifs  différen- 
tiels avec  l'étage  toarcien,  où  il^  n'existent 
plus,  au  moins  d'apr&s  nos  connaissances 
actuelles.  Ces  genres  sont  les  suivants  : 
parmi  les  poissons,  les  genres  myriacan^ 
thuM,  squatoraya^  cyclarthrus^  astropterus^ 
rhondrostena  9  saurostomus^  conodus^  am~ 
blyurus ,  dapédus  ;  et  parmi  les  crustacés ,  le 
genre  coleia.  En  tout  10  genres ,  plus  le 
Kenre  cardinia ,  né  antérieurement ,  qui  s'y 
éteint  encore.  On  voit  que,  malgré  les  rap- 
ports d'ensemble  qui  unissent  cet  étage  aux 
époques  supérieures  et  inférieures ,  u  reste 
encore  des  caractères  spéciaux  aux  genres. 

Tandis  qu*on  voit  les  caractères  minéra- 
logiques  des  couches  liasiennes  changer  sur 
les  différents  points  où  elles  se  trouvent , 
les  caractères  paléontologiques  restent  in- 
variables, et  sont  partout  on  ne  peut  plus 
positifs.  En  effet,  quelle  que  soit,  dai'«- 
leurs,  la  composition  minéralogique ,  la 
nature  a  doté  cet  étage  de  301  espèces  carac- 
téristiques. Excepte  le  plicatula  spinosa^ 
qui  se  trouve  gueiquefois ,  mais  rarement , 
dans  l'étage  sinémurien,  et  le  lima  thalia 
qui  se  trouve  dans  l'étage  supérieur,  toutes 
les  autres  espèces  sont  caractéristiques  de  cet 
étajge.  Nous  avons  donc  299  espèces  pour  les 
animaux  mollusques  et  rayonnes  seule- 
ment ;  car  nous  n  avons  pas  compris  dans 


ce  nombre  les  65  espèces  de  plantes,  ci 
les  nombreuses  espèces  d'animaux  vertébrés 
et  aunelés  que  nous  y  pourrions  ajouter.  On 
voit,  par  ce  résumé,  que  les  caractères  ti- 
rés des  espèces  sont  on  ne  peut  plus  posi- 
tifs, puisqu*à  deux  exceptions  près  toutes 
sont  spéciales  à  cet  étage.  Parmi  ces  espèces, 
il  en  est  néanmoins  qui,  plus  répandues 
dans  les  diverses  localités,  peuvent  montrer, 
plus  que  les  espèces  rares ,  l'horizon  géolo- 
gioue  qu'elles  constituent. 

Chronologie  historique.  —  L'étage  précé- 
dent a  dû  finir,  comme  tous  les  autres,  par 
une  grande  perturbation  géologique  dont 
nous  connaissons  les  résultats  positifs.  C'est, 
en  effet ,  à  cet  instant  que  se  sont  éteints , 
avec  les  plantes,  avec  lesanimaux  vertébréset 
annelés,  173  espèces  d'animaux  mollusques 
et  rayonnes.  Les  traces  de  ce  mouvement 
sont,  du  reste,  encore  visibles  par  les  grès 
à  gros  grains  et  les  arkoses  de  la  base  de 
l'étage  des  Deux-Sèvres  et  de  la  Sarthe. 
Lorsque  le  repos  est  venu  remplacer  l'agita- 
tion ,  sont  nés  W  genres  inconnus  jusou'a- 
lors,  avec  300  espèces  d'animanx  mollus- 
ques et  rayonnes,  qui,  avec  toutes  les  espè- 
ces des  animaux  vertébrés  et  annotés,  et  les 
plantes,  sont  les  restes  connus  de  la  faune 
*^i  de  la  flore  de  cette  époque. 

Nous  ne  trouvons  en  Europe  rien  de 
changé,  à  la  fin  de  l'étage  siuémunen,  dans 
la  circonscription  des  mers. 

Les  continents  donnés  par  les  corps  flot- 
tants ont,  par  la  même  raison,  des  limites 
identiques  à  celles  de  l'étage  précédent. 

Les  mers  nourrissaient,  plus  nombreux 
que  jamais ,  d'énormes  reptiles  sauriens  des 
genres  icbthyosaurus  et  plesiosaurus,  si  re- 
marquables par  leur*  taille  et  par  leurs  for- 
mes, disposes  qu'ils  sont  à  vivre  constam- 
ment dans  les  eaux.  Les  uns  avaient  l'as- 
Sect  d'un  poisson,  les  aulres  étaient  munis 
'un  long  cou ,  et  pouvaient ,  comme  les 
cygnes,  tout  en  nageant  à  la  surface ,  saisir 
au  loin  leur  proie.  Avec  les  sauriens  vi- 
vaient les  premiers  ptérodactyles,  autres 
reptiles singiuliers ,  qui,  probablement  rive- 
rains, puisqu'on  les  trouve  dans  les  couches 
marines,  avaient  la  faculté  de  voler  au 
moyen  de  longues  ailes  ressemblant  pour 
la  forme  à  celles  des  chauves-souris.  Uu 
grand  nombre  de  poissons  touiours  cuiras- 
sés, des  nouvelles  familles  lépidotidées , 
chimœridées  et  accipensexidées ,  se  dispu- 
taient le  domaine  des  mers ,  avec  un  grand 
nombre  de  céphalopodes  des  genres  ammo^ 
nite,  nautile  et  oélemnite;  tandis  que 
les  côtes ,  avec  tous  les  genres  qui  existaient 
dans  les  mers  sinémuriennes,  nourrissaient, 
de  plus,  les  genres  de  coquilles plerocfra , 
ditremaria^  inoceramus^  hippopodium;  des 
astéries,  des  ophiures  et  autres  échinoder- 
ines,.  et  quelques  nouveaux  genres  de  fora* 
miniCères.  Quelques  plantes  marines  vivaient 
encore  à  cette  époque. 

Les  continents,  avec  des  animaux  terres- 
tres probablement  détruits ,  tels  que  des  Iih 
sectes,  peut-être  des  oiseaux ,  étaient  cou- 
verts  de   nombreux  végétaux,  principale* 


85$ 


IIAM 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAM 


«te 


ment  des  fougères ,  des  cicadées  et  des 
conifères,  dont  Télégant  feuillage  devait  en 
animer  toutes  les  parties. 

Nous  ne  pouvons  expliquer  la  fin  de Té- 
tage  liasien  que  par  une  commotion  géologi- 
que dont  les  traces  seraient  encore  données  : 
1*  par  la  discordance  de  stratification;  2"  par 
la  conservation  des  points  littoraux,  ce  qui 
no  peut  exister  sans  un  affaissement  ;  3*"  par 
les  traces  de  mouvement  des  eaux  au  com- 
mencement de  l'étage  suivant  ;  et  enfin  4' 
par  les  limites  des  faunes  qui  coïncident 

Rarfaitement  avec  ces  éléments  d*;  vérité, 
ous  ne  doutons  pas  que  ces  limites  ne 
soient  données,  de  plus,  par  Une  grand*  per- 
turbation géologique  qui  a  eu  lieu  loin  d  Eu- 
rope, les  seuls  points  sur  lesquels  nous 
connaissions  la  disposition  géologique  des 
étages. 
LIGNITE.  Voy.  V Introduction. 

LIMITES   DES    FAI]?)ES    GKOtOGIQUBS.    Voy, 

Espèces  fossiles 
LIMONITES.  Voy.  Roches  fossilifèbbs. 
UMDLES.  Voy.  Trilobitbs 


LINDLEY,  set  opinions  sur  k$  téfiiom 
fossiles.  —  Voy.  Flore  fossile. 

LISTER.  Voy.  GéoLOGiE. 

LITDITES.  —  On  trouve  avec  les  orlbo- 
cératites  dans  le  calcaire  de  Ttle  tfOllanduii 
genre  de  coquilles  cloisonnées  qui  en  sont 
voisines  et  que  Ton  a  désignées  sous  le  nom 
de  lituites.  Leur  extrémité  la  plus  petite 
est  contournée  en  spirale,  tandis  que  Tex- 
trémité  la  plus  crande  se  continue  en  un 
tube  droit  d'une  longueur  considérable,  par- 
tagé par  des  cloisons  qui  ont  leur  face  con- 
cave en  avant  et  sont  traversées  par  un  si- 
phon. La  grande  ressemblance  qui  existe 
entre  ces  coquilles  et  celles  de  la  spirale 
moderne  nous  conduit  à  penser  qu'elles  ont 
dû  remplir  des  fonctions  analogues  dans  lé- 
conomie  de  quelque  céphalopode  perdu. 

LOPHiODON.  Voy,  Mammifères. 

LUMIÈRE  ZODIACALE.  Voy.  Vhkrihutl 
Soleil. 

LUNE,  son  rôle  dans  la  création prtmitm. 
—  Voy.  MÊRAT.  —  Réfléchit-elle  (a  (umuri 
du  soleil?  —  Voy.  Chaubard« 


m 


MACROTHERIUM  Voy.  Mammifères. 

MAISTRE  (Comte  me),  €ité  à  propos  des 
mammouths  de  Sibérie.  —  Voy.  Mammouths. 

MAMMIFÈRES.  —  Comme  les  animaux 
appartenant  à  cette  première  classe  des  ver- 
tébrés offrent  une  charpente  solide  comme 
point  d'appui  des  organes  du  mouvement, 
et  un  squelette  composé  d'os  et  de  dents,  ces 
parties  dures  se  présentent  dans  les  condi- 
tions les  plus  favorables  h  leur  conservation. 
Les  os  sf?  trouvent,  en  effet,  complets  dans 
les  couches  sédimentaires  du  globe  et  dans 
les  cavernes.  On  rencontre  quelquefois  tou- 
tes les  parties  d'un  squelette  rapprochées 
les  unes  des  autres  dans  la  même  couche; 
ce  qui  arrive  dans  les  argiles  limoneuses 
des  pampas  de  Buenos- A jres  et  de  la  bande 
orientale  ;  dans  les  gypses  de  Montmar- 
tre, etc.  D'autres  fois,  et  c'est  le  cas  le  plus 
fréquent,  on  voit  seulement  des  os  isolés 
dans  les  couches,  ou  des  os  amoncelés  et 
p61e-m6le  dans  les  cavernes. 

De  toutes  les  parties  du  squelette  des 
mammifères,  les  clents  sont,  sans  contredit, 
celles  qui  résistent  le  mieux  aux  agents  des- 
tructeurs; aussi  se  trouvent-elles  dans  un 
état  parfait  de  conservation,  lors  même  que 
les  os  sont  presque  décomposés,  ou  roulés, 
comme  dans  les  raluns  de  la  Touraine. 

Un  fait  exceptionnel  très- remarquable  est 
le  fameux  squelette  de  rhinocéros  rencontré 
en  Sibérie,  et  qui  paraissait  complètement 
conservé  au  milieu  des  glaces.  11  était ,  en 
effet,  couvert  de  sa  peau  ;  et  Ton  voyait,  sur 
quelques  points,  des  parties  considérables 
de  muscles,  de  tendons,  encore  attachés 
aux  os. 

Ou  trouve  auelauefois  les  oarlies  cornées 


des  roamvpifère^  encore  intactes,  telles  qo» 
les  ongles  des  megalonyx  rencontrés  dut 
les  cavernes  du  Brésil. 

Quelques  auteurs  ont  cru  reconnaître  da 
empreintes  physiologiques  de  pas  de  maoï- 
roiières  et  surtout  des  pas  d'hommes;  mai^ 
il  parait  certain  que  ces  soi-disant  trsces 
humaines  étaient  le  produit  de  Tari.  Pocr 
les  autres  traces  au  sein  des  couches  ancico- 
nés ,  qui  ne  renferment  aucun  reste  d't^ 
appartenant  aux  mammifères ,  on  doit  sup- 
poser qu'elles  étaient  les  traces  de  cerlaics 
reptiles  dépendant  d'une  classe  moins  éJerêe. 

il  parait  qu'on  a  rencontré  dans  les  ca- 
vernes à  ossements  de  Lunel-Vieil,  province 
de  Liège  (Belgique),  des  coprolites,  ou/ff» 
fossiles,  qu'on  a  cru  devoir  rapporterai^ 
mammifères. 

C&  divise  généralement  les  maromifère)/^ 
deux  grandes  divisions  :  les  monoAàfi^^ 
et  les  didelphiens. 

Les  premiers,  les  plus  parfaits,  sont  prie- 
cipalement  caractérisés  par  leur  motie  è 
développement  :  ils  naissent  déjà  poum;' 
de  tous  leurs  organes  ;  mais  les  cararlèr*? 
ostéologiques  qui  les  distinguent  netteioHîi 
consistent  en  1  absence  des  os  inarntpia»^* 
destinés,  chez  les  didelphiens,  i  soutenir 
les  parois  de  la  cavité  viscérale  en  avant  da 
bassin. 

§  1.  Mammifères  monodelphievs. 

Eu  prenant  pour  base  l'organe  du  touche: 
ou  de  k  locomotion,  on  a  divisé  lesw^* 
mifères  monodelphiens  en  ordres,  qui  ^^ 
des  représentants  à  l'état  fossile. 

Premier  ordre.  Bimanes  —Les  6wiiaji«ï* 
renferment  qu'un  seul  genre,  le  genre  i*^*'* 


S37 


VAM 


ET  EVE  PALEO^nOLOdC. 


Ksa 


pl  ce  genre  ne  contiept qu'une]  seule  espftce, 
\  homme.  {Voy.  ce  mot.) 

Deuxième  ordre.  QcADRCiiiNEs.  —  {Vojf. 
SnGES.) 

Troisième  ordre.  Cabtiassiebs.  —  Parmi 
les  carnassiers  que  CuTier  sépare  sous  le  nom 
de  plantigrades  jpn  rencontre,  à  l'état  fossile, 
les  genres  suivants  : 

Le  genre  ursus  renferme  plusieurs  espè- 
ces dont  aucune  n*a  son  analogue  virant. 
On  cite  VU.  culiridens,  dans  Tétage  falunien 
de  Sansan,  et  à  Georgen-Gmund,  en  Bavière. 
Dans  rétame  sul«af)ennin,  les  couches  meu- 
bles supérieures  du  val  d*Arno  ont  fourni 
Vursuê  cuUridens.  Des  dépôts  dtf  même  âge 
ont  offert ,  aux  environs  de  Montpellier  et 
an  Puy-de-Dôme»  Vursus  areemennh  et-rtif- 
iridens.  Les  cavernes  et  le  diluvien,  peut- 
être  du  même  A^e,  de  la  France,  de  1  Alle- 
magne, de  l'Angleterre,  de  la  Belgique,  et 
quelques  ^brèches  osseuses,  en  ont  offert  ûes 
débris.  Ces  débris  se  rapportent  générale- 
ment à  Vursus  $pelstu$  de  Blumenbach,  que 
Cuvier  appelait  Vaun  de$  cavernes  ^  ours  à 
front  bombé.  Cette  espèce  est  effectivement 
caractérisée  en  ce  que  chaque  os  frontal 
forme  une  protubérance  arrondie,  de  telle 
sorte  que,  relevée  sur  la  partie  fiostérieure 
du  front,  la  Ii;aie  du  proôl  tombe,  par  une 

tente  très-inciinée ,  sur  la  base  au  nez. 
'ours  des  cavernes  avait  une  taille  au  moins 
d*un  quart  en  sus  des  plus  grands  ours  ac- 
tuels. On  rencontre  encore,  mais  plus  rare- 
ment, dans  les  cavernes  dn  midi  de  la 
France,  1*17.  arctoideus^  pUioriifeimetopoleiar 
nus.  Vursus  giganteus  et  leodiensis  existent 
dansr  les  cavBrnes  de  Liège  avec  plusieurs 
ossements  de  VU.  prisaù^  qu'on  a  trouvé 

{)Ius  spécialement  dans  la  caverne  de  Gai- 
enreuth.  M.  Milne  Edwards  a  cité  un  frag- 
ment de  erftne  d'ours,  dans  une  hrèche  os- 
seuse d'Oran,  en  Alsérie.  EnQn,  M.  Lund  a 
trouvé  les  débris  oe  son  ursus  brasUiensis 
dans  les  cavernes  du  Brésil. 

Les  genres  perdus  suivants  sont  connus  à 
l'état  fossile. 

Le  genre  agnotkerium^  Kaup,  a  été  trouvé 
dans  tes  cavernes  d'Eppelsbeim. 

Le  genre  ampkjfeyon^  Lartet,  dans  l'étage 
binnien  de  Sansan. 

Le  genre  iœnoiheriumj  Blainville,  dans  les 
gypses  de  l'étage  parisien. 

Le  genre  ampkyareios^  Blaihv.,  dans  les 
collines  subhimalayennes  de  l'étage  proba- 
blement falunien. 

Les  genres  encore  existants  ont  montré  le 
genre  mêles  (  mêles  aniediluvianus^  Schm.) , 
dans  les  cavernes  de  Belgique,  de  France, 
d\4ngleterre  et  d'Allemagne. 

Parmi  les  carnassiers  que  Cuvier  sépare 
5oas  le  nom  de  digiii^raaes^  les  uns  ont,  en 
arrière  de  la  carnassière  d'en  haut  et  d'en 
bas,  une  seule  dent  tuberculeuse  ;  leurs 
pattes  sont  brèves,  et  leur  corps  long  et  ef- 
filé :  on  les  a  nommés  pour  cette  raison  ver- 
miformes.  Tels  sont  les  putois,  les  martres, 
les  loutres,  les  mouffettes.  Les  autres  ont 
deux  dents  tuberculeuses  pfates  derrière  la 
carnassière  supérieure,  qui  e'ie-raème  a  un 


talon  assez  lai^e  ;  tels  sont  les  cniens  et  les 
civettes  ;  enQn  Tes  autres  n  ont  point  de  denta 
derrière  la  carnassière  d'en  t>as  ;  tels  sont 
les  chiens  et  les  hyènes. 

Parmi  les  genres  encore  existants  de  cette 
série,  le  genre  kyœna  est  le  plus  intéressant. 
Les  diverses  espèces  d'hyènes  vivantes  ha- 
bitent actuellement  les  parties  chaudes  de 
l'ancien  continent  (Perse,  Arabie,  Abyssinie, 
Cap)  ;  or,  le  même  genre  se  trouve  abon« 
damment  répandu  en  espèces  et  enindivi* 
dus,  à  l'état  fossile,  sur  tous  les  (:oints  de 
l'Europe.  On  connaît  plusieurs  espèces  fos- 
siles ahyènes,  oui  toutes  s(mt  perdues  pour 
la  nature  actuelle.  L'une  des  plus  remar- 
quables est  Yhycena  spœlea.  Godf.,  dont  les 
restes  se  rencontrent  cuins  la  plupart  des  ca- 
vernes osseuses  du  continent. 

Les  quatre  genres  qui  ont  laissé  des  débris 
encore  assez  nombreux  dans  les  coacbes 
terrestres,  sont  :  le  genre  luira,  dont  on 
compte  quatre  à  cinq  espèces  dans  Tétage 
falunien. 

i^  genre  canis  (chien,  renard,  loup},  qui 
ont  montré  plus  de  vingt  espèces,  depuis 
l'étage  i)arisien  ; 

Le  genre  fHis  (chat,  tigre,  lion,  lynx), 
dont  on  connaît  vingt  espèces  dans  les  étages 
supérieurs  ; 

Le  genre  viverra  se  montre  depuis  Tétage 
parisien  ; 

Le  genre  mustela,  depuis  l'étage  falunien. 
Ces  espèces  se  trouvent  à  Eppelsheim ,  h 
Altstatd,  près  de  Moesskirch  (Allemagne),  au 
Puy-de-Dôme,  en  Auvergne;  à  Sainl-Géran 
(Allier)  ;  dahs  l'Himalaya. 

Les  genres  qui  n'ont  pas  de  représentants 
actuels  sont  les  suivants  :  le  genre  pterodon^ 
Blainville,  de  l'étage  fiiiunieo  ; 

Le  genre  machairodus,  Kaup.,  de  Tétage 
falunien  d'Altstadt,  près  de  M«BSSkin:h: 

Le  genre  amyroaon^  Cault.  et  Falc,  de 
l'étage  falunien  de  mimalaya; 
Le  genre  hyeenodon  de  Layser,  d'Auvergne; 
Enfin  les  genres  speothos ,  smilodon ,  et 
icticyon,  Lund,  des  cavernes  du  Brésil,  pro- 
bablement de  l'étage  subapenuin,  comme 
les  ossements  des  pampas. 

Quatrième  ordre.  Amphisibs. — Les  extré* 
mités  ne  sont  plus  disposées  spécialement 
pour  la  marche,  mais  au  contraire,  pour  la 
natation  ;  aussi  les  os  des  membres  sont- ils 
courts  et  munis  d'articulations  anguleuses, 
en  rapport  avec  le  peu  de  mouvements  qu'ils 
exécutent  :  ils  ont  le  bassin  étroit,  les  apo- 
physes des  vertèbres  grêles  et  écartées ,  la 
dentition  des  vrais  carnassiers,  etc.  On  les 
divise  en  deux  tribus  :  les  phoques,  les  mor- 
ses. Les  phoques  (phoca)  ont  quatre  ou  six 
incisives  en  haut,  quatre  en  bas;  leurs  cani- 
nes sont  pointues  et  leurs  mAchelières^  au 
nombre  de  vingt,  vingt-deux  ou  vingt-quatre, 
sont  toutes  tranchantes  ou  coniques,  sans 
aucune  partie  tuberculeuse,  et  ne  peuvent 
être  distinguées  en  fausses  et  vraies  mO'» 
laires,  comme  celles  des  carnassiers.  Les 
morses  (trickechus)  ont  à  la  mâchoire  supé- 
rieure deux  énormes  canines,  qui  se  dirigent 
en  bas  et  atteignent  souvent  jusqu'à  deux 


K59 


MAM 


DICTIONN^URE  DK  COSMOGONIE 


UAM 


m 


pieds  de  long.  Entre  ces  défenses  sont  pla- 
cées deux  incisives  semblables  aux  molaires 
qui|  au  nombre  de  quatre  de  chague  c6léy 
en  haut  et  en  bas,  ont  toutes  la  lorme  de 
cylindres  courts  et  troncjués,  La  mâchoire 
inférieure  manque  d*incisives  et  de  canines 
On  connait  quelau^s  débris  de  ces  genres , 
dans  les  étages  laluniens  de  la  Touraine , 
d'Angers,  de  Dni,  en  France  ;  du  Suffolk , 
en  Angleterre;  dans  les  couches  de  Télage 
subapenntn  de  Baltrigen  (Souabe};  dans  la 
Virginie,  etc. 

Cinquième  ordre.  CnefROPriRBS.  —  Tous 
les  genres  fossiles  appartiennent  aux  genres 
actuellement  existants.  Le  genre  vespertUio 
a  montré  des  représentants  (K  Pansiensis^ 
Cuv.)  dans  les  g,y  pses  de  Téta^c  parisien,  dans 
les  étages  supérieurs  de  Weisenau,  d'Œnin- 
gen,  dans  les  cavernes  de  Liège,  du  Kent  et 
au  Brésil. 

Le  genre  molossus  a  montré  des  espèces 
dans  1  étage  parisien  de  Kyson  (Suffolk)  et 
dans  les  cavernes  du  Brésil. 

Les  genre$  rhinolophutj  Geoffroy,  et  phi/l- 
loêloma^  Cuvier,  aujourd'hui  propres  à  1  A- 
raérique,  ont  aussi  montré  leurs  espèces 
fossiles  dans  les  cavernes  du  Brésil. 

Sixième  ordre,  Insectivores.  —  Les  genres 
éteints  sont  au  nombre  de  quatre  : 

Le  genre  palœcosphalax^  Owen,  des  ca- 
vernes d'Angleterre. 

Le  genre  oxygomphius^  Meyer,  de  l'étage 
falunien  d'Allema^e. 

Le  genre  dimyïas,  Meyer,  de  l'étage  fa- 
lunien. 

Le  genre  spalacodan,  Charl.,  de  l'étage 
Sttbapennin  d'Angleterre. 

Les  genres  encore  existants  sont  :  les 
erinaceus^  Linné,  dont  V£,  arvernensis, 
Croizet,  dépassait  des  deux  tiers  la  taille  de 
notre  hérisson,  et  se  trouve  dans  l'étai^e 
falunien  d'Auvergne,  et  une  autre  à  Sansan. 

Le  genre  cenienes^  lUiger,  a  offert  une 
espèce  en  Auvergne,  dans  l'étage  peut-être 
subapennin. 

Septième  ordre.  Rongeurs.— On  rencontre 
un  grand,  nombre  de  genres  éteints,  et  d'au- 
tres qui  ont  encore  des  représentants  dans 
la  nature  actuelle.  Les  premiers  sont  :  Le 
genre  megamgy  d*Orb.,  deiétage  falunien  d6« 
la  Patagouie  (Amérique  méridional^). 

Le  genre  archœomysy  de  Layse  et  de  Parieu. 
VA.  arvememis  s'est  montré  dans  l'étage 
falunien  de  TAuver^^ne  ; 

Le  genre  lonchophoruêf  Luml,  des  cavernes 
du  Brésil; 

Le  genre  Irogontherium^  Fischer,  qui  re- 
présente une  portion  de  mAchoire  inférieure 
du  îrogonUitrium  Cuvieri^  Owen  {Castor 
gigantesque  de  Cuvier),  trouvée  à  Bacton, 
côte  de  Norfolk,  dans  Tétage  parisien . 

Le  genre  steneo/tter,  GeoffiX>y,  de  Tétage 
falunien  de  France  ; 

Le  genre  palœomysy  Kaupi  de  l'étage  falu^ 
nien  u'Eppelsheim  ; 

Le  genre  chalichomys^  Kaup,  une  espèce 
du  même  lieu; 

Le  genre  chetodus^  Kaup,  une  espèce  du 
même  lieu; 


Le  genre  tkeridomySf  Jourdan,  de  TéUp 
subapennin  de  France,  et  quelques  aalrei 
mal  déterminés. 

Les  genres  encore  existants  sont  les  sui- 
vants : 

Genre  sciurusj  Linné,  dont  une  espère  est 
de  Tétage  parisien  ; 

Genre  arctomys^  Gmelin,  de  l'étage  bh 
nien  des  environs  de  Mayenne,  à  £ppd- 
shcim,  Weisenau; 

Genre  tnyoocus^  Gmelin,  de  l'étage  pari- 
sien de  Montmartre; 

Genre  mus^  Linné,  des  étages  fatunies 
et  subapennin,  dans  les  cavernes  etdaosk? 
brèches  osseuses  des  deux  continents  ;od 
en  connait  plus  de  vingt  espèces  ; 

Genre  cricetus^  Cuvier,  de  l'étage  falunien 
et  des  cavernes  d'Europe; 

Genre  dipus^  Gmelin,  dans  les  cavenifs 
de  l'Allemagne; 

Genre  arvicola^  Lacéi»ède,  de  lïtagcfalo- 
nien  et  subapennin,  de  THimalafa,  du 
Puy-de-Dôme  et  à  Œningen; 

Genre  dasyprocta^  lliiger,  dans  les  rs- 
vernes  du  Brésil,  mais  aussi  dans  les  ^abl» 
supérieurs  et  les  cavernes  de  Liège,  etci 
Puy-de-Dûme,  en  Auverxne.  Cebit  est  d'l^ 
tant  plus  curieux,  que  les  dasyprotla  m 
aujourd'hui  spéciaux  à  l'Amérique  méridn^ 
tiale; 

Genre  aitlacodon;  Swind,  des  cavernes  du 
Brésil  ; 

Genre  echimys^  Geoffroy,  des  étages  sé- 
apennins  d'Auvergne;  c'est  un  fait  curiedi, 
car  les  echimys  sont  de  Tlnde  et  de  TAid^ 
rique  ; 

Genre  ctenomys^  Blainville,  deux  espèce 
sont  de  l'étage  suba))ennin  des  paniiiasde 
Buenos-Ayres  et  des  cavernes  du  Brésil: 

Genre  castor^  Linné,  de  l'étage  faluoieîi 
et  subapennin  de  Russie,  d*  Allemagne  et  i!^ 
France  ; 

Genre  myopotamuSf  Commerson,  des  ca- 
vernes du  Brésil  ; 

Genre  spermophylus^  Cuvier.  Ou  conoali 
deux  espèces  de  l'étage  falunien  de  Mayenrt 
Du  reste,  beaucoup  des  espèces  du  g^&re 
mua,  surtout,  ont  besoin  d'étro  revues  ar^ 
beaucoup  de .  soin,  {)our  savoir  si  elles  dif- 
fèrent des  espèces  vivantes.  Or  ncsepottr- 
rait-il  ))as  que  le  plus  grand  nombre  deoire 
elles  eussent  appartenu  à  des  individus  jiii> 
ou  moins  récents,  qui  auraient  habita  ^'' 
cavernes  postérieurement  à  leur  remiSis^'* 
par  les  ossements  des  autres  manioiirtres 
qu'on  y  rencontre  ?  Leur  habitude  de  Thr.' 

dans  les  trous  et  de  se  fabriquer  des  bé- 
tations  souterraines  porterait  à  le  croire. 

A  l'exception  des  genres  dasyproda  ?< 
echimys ,  rencontrés  fossiles  en  EuroF; 
tandis  qu'ils  n'habitent  plus  nujôunl'liui  c^ 
TAmériquo  méridionale,  tous  les  autrt^ 
genres  se  rencontrent  aujourd'hui  lbs>il^ 
sur  les  mêmes  lieux  qu'ils  habitent  encore: 
mais  ces  deux  exceptions,  jointes  à  quelque-; 
autres,  chez  les  chéiroptères^  et  cbei  i?j 
pacA^dermea,  suffisent  pour  dènDontrerqu" 
en  e^t  des  mammifères  comme  des  autf^ 
séries  animales,  qui  ne  subissent  duIIcw?''' 


S4I 


MAM 


LT  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAM 


%i2 


dans  les  temps  passés,  la  répartition  géogra- 
phique actuelle. 

Huitième  ordre.  Edettés.  Les  mammifères 
qui  composent  cet  ordre  ont  pour  caractère 
principal  Fabsence  de  dents  sur  le  devant 
de  la  bouche  ;  les  doigts  sont  garnis  d*on« 
gles  très-forts,  arqués  et  solides,  qui  se 
rapprochent  plus  uu  moins,  de  la  nature 
de  la  corne,  et  enveloppent  le  doigt,  un 
peu  comme  dans  les  ordres  qui  vont  suivre. 
On  les  divise  en  familles,  dont  deui  ont 
des  représentants  à  l'état  fossile. 

Première  famille,  —  upodonta  ,  qui  se 
rapprochent  le  plus  des  fourmiliers,  toujours 
uépourvus  de  mâchelières ,  et  dès  lors  de 
toute  dent.  On  compte,  dans  cette  famille, 
trois  genres  perdus  et  un  seul  genre  exis- 
tant encore.  «îenres  perdus  :  genre  glos- 
Moiheriumf  Owen,  des  pampas  de  Buenos- 
Ayres  et  des  cavernes  du  Brésil. 

Genre  macrotkerium ,  Lartet.  L*un  des 
deux  seuls  édentés  frissiles  que  Ton  ait  trou- 
Tés  jusqu'aujourd'hui  en  Europe  a  été  créé 
d*après  quelques  ossements  et  quelques  dé- 
bris de  dents  molaires  découverts  dans  l'é- 
tage falunien  du  dépôt  de  Lansan.  Le  macro- 
tkerium  avait  les  phalanges  unsuéales  des 
pangolins  et  des  dents  semblables  à  celles 
des  paresseux.  Certains  auteurs  ont  pensé 
qu'une  espèce  de  pangolin,  qu'on  cite  éga- 
lement  à  Éppeisbeim,  et  qu'on  a  caractérisée 
par  une  seule  phalange  unçuéale,  découverte 
dans  le  dépôt  de  cette  localité,  appartiendrait 
au  maeroikerium. 

Deux  genres  existants  ont  encore  des 
représentants  actuels,  XemyrmecophagvL,  dont 
M.  Lund  a  découvert  deux  espèces  dans 
les  cavernes  du  Brésil. 

Le  genre  orycieropusj  Desmarets,  dont  on 
connaît  des  espèces  dans  Tétage  sutmpen- 
oin  des  pampas. 

Seconde  famitle  des  dastpides.  —  Cette  fa- 
mille renferme  les  dasypus^  caractérisés  par 
le  manque  de  dents  canines.  Leurs  dents 
molaires  sont  cylindriques,  mais  leur  car^^  ' 
tère  particulier  et  le  plus  remarquable  est 
le  test  écailleux  et  dur,  composé  de  com- 
partiments semblables  à  de  petits  pavés, 
recouvrant  leur  tètes,  leur  corps  et  sou- 
vent leur  queue.  Cette  substance  forme  un 
bouclier  sur  le  front,  un  second  très  grand 
et  très-convexe  sur  les  épaules,  un  troi- 
sième semblable  au  précédent  sur  la  croupe, 
et  entre  ces  deux  derniers,  plusieurs  bandes 
parallèles  mobiles,  qui  donnent  au  corps 
la  fiiculté  de  se  ployer.  La  queue  est 
lantAt  garnie  d'anneaux  successifs,  tantôt 
seulement  comme  les  jambes  et  divers  tu- 
liercules. 

Parmi  les  genres  perdus  qui  se  sroupent 
autour  des  aasypuêf  on  peut  citer  Te  genre 
glmiodou^  Owen.  On  n  en  connaît  encore 
qu  une  seule  espèce,  c'est  le  çenre  davipes , 
Owen  (décrit  en  1838  sous  le  nom  de  da- 
sfpat  giganieue^  par  MM.  Vilardebo  et  Isa- 
belle), dont  la  taille  ég;alait  le  tiers  environ 
de  celle  du  migaiherium.  Ses  formes  le 
rapprochent  essentiellement  des  tatous.  Ses 
dents,  au  nombre  de  seize  à  chaque  mâ- 


choire, sont  creusées  latéralement  de  deux 
larges  et  profonds  sillons  qui  en  divisent 
la  surface  molaire  en  trois  portions  ;  de  là 
le  nom  de  glmtodon.  Le  pied  de  derrière 
a  une  forme  très-remarquanle  ;  il  est  massif, 
et  s^s  phalanges  unguéales  sont  courtes  et 
déprimées.  L'animal  était  protégé  à  Texté- 
rieur  par  une  carapace  solide,  com|H>sée  de 
plaques  qui,  vues  en  dessous,  paraissent 
nexagonales  et  sont  unies  par  des  sutures 
dentées,  et  qui,  au  contraire,  forment  en 
dessus  des  sortes  de  doubles  rosettes.  C'é> 
tait  un  animal  de  taille  gigantesque,  propre 
à  l'étage  subapennin  des  pampas  de  Buenos- 
Ayres. 

Genre  clamydotherium^  Lund,  deux  espè^ 
ces  des  cavernes  du  Brésil. 

tienre  hoplophorusj  Lund,  trois  espèces 
des  cavernes  du  Brésil. 

Genre  pachyikerium,  Lund,  des  mêmes 
lieux. 

Genre  euryodon^  Lund,  des  mêmes  lieux. 

Genre  xenurus^  Lund,  encore  des  mêmes 
lieux. 

Le  seul  genre  existant  aujourd'hui,  qui 
a  montré  de  nombreux  restes  fossiles, 
est  le  genre  dasypus,  Linné,  dont  on  con- 
naît des  espèces  fossiles  dans  les  couches 
de  Tétage  subapennin  de  France  {D.  fôsêilis)^ 
dans  les  cavernes  du  Brésil  et  dans  l'A* 
mérique  du  Nord. 

Troisième  famille  des  wieATiiiaiDES. — 
Cette  division  est  exclusivement  composée 
de  genres  perdus  pour  l'épomie  actuelle. 
Genre  megaiherium^  Cuvier,  [Voy.  ce  mot). 

Genre  megalonyr^  Jefférson.  Il  avait  de 
grands  rapports  avec  le  paresseux  :  les 
membres  antérieurs,  en  effet,  étaient  beau- 
coup plus  longs  que  les  postérieurs , 
et  rarticulation  du  pied  était  très-oblique 
sur  la  jambe.  La  queue  de  cet  animal  était 
forte  et  solide,  ses  formes,  en  général, 
étaient  toutefois  moins  lourdes  que  celles 
du  meaatherium.  Il  est  propre  aux  cavernes 
du  Br&il,  où  il  a  montré  quatre  espèces. 

Genre  mylodon^  Owen.  De  même  que  les 
deux  genres  précédents,  celui-ci  est  allié 
de  très-près  au  paresseux  ;  il  a  été  trouvé, 
du  reste,  dans  les  mêmes  gisements.  Ses 
dimensions  n'étaient  pas,  à  t>eaucoup  près, 
aussi  considérables  que  celles  du  mégathé- 
rium  ;  mais  l'animai  ne  différait  guère  de 
celui-ci  que  par  les  caractères  des  dents  ; 
celles-ci,  au  nombre  de  dix-huit,  quatre 
molaires  de  chaque  côté  à  la  mâchoire 
inférieure,  et  mq  de  chaque  côté  à  la 
mAchoire  supérieure,  comme  ehez  le  mé-  ^ 
gathérium»  n'étaient  plus  similaires  comme 
celles  du  dernier  animal  ;mais  à  la  mAchoire 
supérieure,  la  première  était  subeiliptique, 
la  seconde  elliptique,  et  les  autres^  tnan- 
ffulaires,  à  surface  interne  creusée  d'un  sil- 
ion  ;  à  la  mAchoire  inférieure,  la  première 
était  elliptique,  la  pénultième  tétragone,  et 
la  dernière  grande  et  bilobée^  Toutes  ces 
dents  sont  à  surface  usée,  plane  ;  forme  in- 
diquant naturellement  que  Tanimal  se  nour- 
rissaitde  végétaux,  etdans  ceux-ci  choisissait 
probablement   les  feuilles  et  les    tendres 


IhcnOff.   DE  COSXOOONIE  «T  DE  PALé05TOU>6a. 


27 


843 


MAM 


DiCTlONNAlRE  DE  COSMOGONIE 


MAM 


SU 


bourgeons.  Suivant  M.  Owen,  le  mylojon 
formerait,  un  lien  entre  les  animaux  on- 
guiculés et  les  animaux  ongulés;  et  effec- 
tivement, il  présente  à  la  fois  des  sabots 
et  des  griffes 'à  chaque  pied.  Les  trois  es- 
pèces connues  sont  propres  à  l'étage  sub- 
apennin  des  Pampas  de  Buenos-Ayres. 

Genre  sœlidotheriumy  Owen,  une  espèce 
propre  à  Tétage  subapennin  des  pampas. 

Genre  platyonyx^  Lund.  On  en  connaît 
six  espèces  propres  à  Tétage  subapennin  des 
cavernes  du  Brésil. 

,  Genre  cœlodon^  Lund,  de  la  même  époque, 
des  cavernes  du  Brésil. 

Genre  sphenodon,  Lund,  delà  même  é^îo- 
que  et  des  mêmes  lieux. 

Les  édentés,  représentés  par  quelques 
genres  seulement ,  à  l'époque  actuelle , 
avaient  leur  maximum  de  développement 
de  formes  génériques  à  l'époque  de  l'étage 
subapennin,  c'est-a-âire  à  1  époque  qui  nous 
a  précédés  à  la  surface  du  globe 

Neuvième  ordre.  Pichidermes.  —  Ce  sont 
des  mammifères  dont  les  doigts  ne  sont  plus 
libres ,  mais  bien  enveloppés  d'un  sabot 
corné.  Presque,  ious  sont  herbivores.  On  les 
.divise  en  plusieurs  familles. 

Famille  des  ÉLÉPHASiDEs  ou  proboscidiens 
pourvus  de  cinq  doigts  à  tous  les  pieds,  de 
défenses  longues  sortant  de  la  bouche,  et 
d'une  longue  trompe  servant  à  la  préhen- 
sion, dont  le  type  est  Téléphant,  elephas^ 
Linné.  Il  y  a  des  genres  perdus  et  d'autres 
encore  existants.  Parmi  les  premiers  se  re- 
marquent les  genres  suivants  :  Genre  Mas- 
iodonf  Cuvier.  Cet  animal  présentait,  en 
général,  les  formes  extérieures  de  l'éléphant; 
mais  il  en  différait  essentiellement  par  ses 
molaires  :  celles-ci  étaient  surmontées  de 
mamelons  coniques ,  du  moins  dans  le 
jeune  âge  de  la  dent,  au  lieu  de  présenter 
une  couronne  plane,  comme  celle  des  élé- 
phants; de  plus,  la  mâchoire  inférieure  était 
.munie,  dans  le  jeune  Age,  de  deux  petites 
défenses.  A  part  ces  différences,  le  système 
osseux  du  mastodonte  étaitf  à  peu  de  chose 
près,  celui  des  éléphants.  Si  l'on  ea  croit  les 
descriptions  données,  jusqu'à  ce  jour,  de 
différents  débris  des  mastodontes,  ce  genre 
compterait  au  moins  quinze  à  vingt  espèces, 
parmi  lesquelles  deux  ou  trois  beaucoup 

f>lus  distinctes  et  plus  répandues  que  .toutes 
es  autres,  ou  plus  caractéristiques  des  ter- 
rains. Le  M.  giganteuSf  CuVc,  de  l'étage 
subapennin  des  Etats-Unis,  en  Europe,  en 
Asie  et  à  la  Nouvelle-Hollande.  Le  M.  an- 
guslidens^  Cuv.,  de  l'étage  falunien,  à  Ep- 
pelsheim,  àGeorgens-Gmund  (Allemagne),  à 
Sansan  (Gers),  d'Amérique  et  d'Asie.  Le 
M.  longtroslris f  Kaup.,  de  l'étage  falunien 
.d'Allemagne  et  do  France.  Les  autres  sont 
d'Amérique,  d'Asie,  d'Europe. 
Genre  dinptherium.  {Voy.  ce  mot.) 
Le  genre  elephas  montre  des  espèces  per- 
dues et  des  espèces  encore  vivantes.  Ce 
.genre  est  caractérisé,  à  la  mAchoire  supé- 
rieure, par  deux  énormes  défenses  :  celles- 
ci  ne  sont  autre  chose. que  des  incisives  qui 
ont  pris  un  accroissemeot  extrême  et  se 


sont  recourbées  en  bas  et  en  avant.  Aveclw 
défenses,  on  remarque,  à  chaque  mâchoire» 
de  chaque  côté,  une  ou  deux  molaires  coni 
posées  de  lames  de  substance  osseuse ,  en- 
veloppées d'émail,  et  liées  ensemble  par  de 
la  substance  corticale,  comme  il  arrive  chez 
beaucoup  de  rongeurs;  la  couronne  offre 
une  surmce  sensiblement  pîaric.  Au  lieu  de 
se  remplacer  verlicalement,  ainsi  que  chez 
les  autres  mammifères,  les  molaires  se  rem- 
placent d'arrière  en  avant,  de  façon  qu'à  me- 
sure qu'une  mâchelière  s'use,  elle  est,  en  mô- 
me temps,  poussée  en  avant  par  celle  qui  vient 
après.  Il  en  résulte  que  l'animal  a  laulôt 
une,  tantôt  deux  mâchelières  de  chaque 
côté,  suivant  les' époques.  On  a  cité  jusqu'à 
[)résent  huit  ou  dix  espèces  fossiles.  La  plus 
connue  est  VE.  primigenius^  Blumenbach, 
bu  mammouth ,  caractérisé  par  les  lames 
plus  rapprochées  de  ses  molaires.  On  l'a 
rencontre  fossile  en  Europe,  dans  l'Améri- 
que septentrionale,'  dans  l'Asie  septentrio- 
nale, vers  les  régions  polaires,  principale- 
ment en  Sibérie.  On  sait  que  le  premier 
individu  complet  a  été  trouvé  sur  les  bords 
de  la  mer  Glaciale,  récemment  détaché  de  la 
glace  où  il  était  enveloppé,  avec  ses  chairs  et 
sa  peau,  couverte  de  crins  noirs  ayant  jus- 
qu'à quarante-deux  centimètres  de  longueur, 
et  d'une  espèce  de  laine  r'ougeÂtre  très-abon- 
dante. Transportée  par  les  courants  vers  le 
pôle,  à  la  fm  de  la  dernière  période  géologi- 
que, ou  anéantie  sur  les  lieux  mêmes,  cette 
espèce  n'en  est  pas  moins  perdue  pour  Té- 
poque  actuelle.  Les  autres  espèces  parais- 
sent être  de  la  même  époque,  en  France,  en 
Italie,  en  Belgique ,  en  Allemagne  et  dans 
l'Himalaya,  {voy.  Mammouth. 

Les  pachyaermes  ordinaires  ,  sans  trompe 
préhensible,  manquent  encore  de  défense 
développée,  et  ont  quatre,  trois  ou  deux 
doigts  aux  pieds.  Les  genres  perdus  de  cette 
division  sont  les  suivants  :  Genre  chœropo- 
tamiis^  Cuvier.  Dents  molaires  intermédiai- 
res entre  celles  des  pécaris  et  des  hippopo- 
tames ;  canines  courtes  et  aplaties  à  la  mâ- 
choire inférieure.  Les  deux  premières  es- 
pèces sont  de  l'étage  parisien  a  Montmartre, 
et  de  l'Ile  de  Wight,  et  trois  autres  de  l'étage 
subapennin  de  France  et  d'Asie. 

Genre  hyracotherium ,  Owen  (ainsi  nom- 
mé à  cause  de  la  grandeur  de  ses  orbites). 
Il  rappelle  le  chœropotamu$  pour  la  denti- 
tion, avec  la  différence  que  les  molaires  an- 
térieures sont  plus  grandes,  à  proportion,  et 
plus  compliquées;  les  canines  sont  celles 
des  pécaris.  Les  deux  espèces  connues  sont 
de  rëtage  parisien  d'Angleterre. 

Genre  anthracothtrium^  Cuvier.  II  res* 
semble  aux  cochons  par  les  molaires  de  la 
mâchoire  inférieure;  il  présente  aussi  de 
l'analogie  avec  les  anoplotherium  par  ses 
molaires  supérieures.  Ces  molaires  sent  au 
nombre  de  sept  ;  les  canines  ressemblent  à 
celles  des  tapirs  ;  les  incisives  inférieures, 
au  nombre  de  auatré ,  sont  couchées  en 
avant,  comme  celles  des  cochons.  Le  nom 
d'anthracotherium  a  été  donné  à  ce  genre 
très-remarquable,  parce  que,  dans  Tune  des 


S45 


HAM 


ET  DE  PALBONTCMjOGK. 


8M 


première5  localités  où  Ton  eu  ait  trouvé  des 
débris  (Cadibona;près  de  Savone,  Piémont), 
ces  débris,  renfermés  dans  les  lignites,  sont 
fortement  noircis  par  du  charbon.  On  en 
connaît  cinq  espèces,  dont  trois  paraissent 
élre  de  Télage  f^risien,  les  autres  de  Tétage 
falunien  d*Eppelsheim,  de  Sansan. 

Genre  lophiodon^  CuTier.  Voisin  des  ta* 
pirsj  ce  genre  en  diflère  par  les  premières 
molaires  supérieures ,  qui  ne  présentent 
qu*une^eu]e  colline,  par  les  molaires  posté- 
rieures pourrues  de  trots  collines  au  li^u 
de  deux ,  et  parce  que  toutes  ces  dents 
ont  des  collines  plus  obliques.  Ce  genre 
a  fourni  de  nombreuses  espèces,  et  ses  dé- 
bris, dans  Tétage  fiilunien,  sont,  en  quelque 
sorte  caractéristiques.  On  en  connaît  onze 
espèces  fossiles  :  deux  paraissent  être  de 
l'étage  suessenien,  les  autres  de  Tétage  fa- 
lunien de  France  et  d'Allemagne,  à  Ëppel- 
sheim,  à  Argentan,  à  Boutonnet. 

Genre po/<rorAerttfm,  CuTier.  Il  a  quarante* 
quatre  dents,  savoir 7  incisives,!  canines 
aiguës  et  un  peu  plus  longues  que  les  incisi- 
ves, et  f  molaires  dont  les  supérieures 
sont  carrées,  et  dont  les  inférieures  sont  for- 
mées de  deux  croissants.  Leurs  os  nasaux, 
relevés  comme  dans  les  tapirs,  montrent 
quMIs  ont  eu  une  petite  tromije  Qexible;  leurs 
pieds  antérieurs  et  postérieurs  ont  trois 
doigts.  Leurs  formes  extérieures  rappe- 
laient celles  des  tapirs.  On  en  connaît  déjà 
«me  à  douze  espèces.  Le  maximum  de  dé- 
veloppement du  genre  a  en  lieu  avec  Télage 
parisien  de  Montmartre  et  de  Londres,  où 
Ton  en  compte  neuf  espèces  ;  les  autres  sont 
de  rétage  falunien  de  Sansan. 

Genre  anoploiherium.  Cuvier.  considérait 
ee  genre  comme  ayant  à  la  fois  des  affinités 
avec  les  rhinocéros,  les  chevaux,  les  hippo- 
fiotames,  les  cochons,  les  chameaux.  Ses  ca- 
ractères principaux  sont  les  suivants  :  qua^ 
rante-quatre  dents  disposées  en  une  série 
<^oatinue  et  sans  interruption,  caractère  que 
l>>n  ne  retrouve  que  dans  Thomme  et  dans 
les  singes.  On  compte  | incisives,  -f£|  canines 
qui  ne  dépassent  pas  les  incisives,  et  qui  leur 
ressemblent  pour  leur  forme,  et  7^  molaires, 
dont  les  antérieures  sont  comprimées,  et 
dont  les  postérieures  sont  carrées  à  la  mA- 
choire  supérieure  et  à  deux  croissants  à  la 
mâchoire  inférieure.  Les  pieds  antérieurs  et 
postérieurs  n'ont  que  deux  doigts  développés 
comme  chez  les  ruminants,  et,  dans  quel- 
ques espèces,  portent  de  petits  doigts  acces- 
soires ;  mais  les  os  du  métacarpe  et  du  mé- 
tatarse ne  forment  point  de  canons,  et, 
comme  dans  les  autres  pachydermes,  restent 
toujours  séparés.  Des  trois  espèces  connues, 
deux  sont  de  Tétage  parisien  de  Montmartre, 
de  rtle  de  Wi^t  en  Angleterre,  et  de  Eger- 
keingen  (Soleure),  la  troisième  de  Tétage 
snbapennin  d'Asie. 

Les  antres  genres  perdus  sont  les  suivants  : 
Genre  poiamohippuSf  Jn^r,  de  l'étage  snb- 
apennin do  Sonabe. 

Genre  chstrotherium  ^  Cauteley  et  Faloo- 
ner,  voisin  du  sus^  de  Tétage  snbapennin  de 
l'Himalaya. 


Genre  xiphodon^  Cnvier;  une  seule  es- 
pèce de  l'étage  parisien  de  France. 

Genre  adapis^  Cuvier;  la  seule  espèce  de 
l'étage  parisien  de  Montmartre. 

Gerre  kypotkerium,  Meyer.  Des  quatre 
espèces  connues ,  Tune  est  de  Télage  pari^ 
sien  de  Londres,  une  de  l'étage  falunien  de 
Weisenau,  les  autres  sont  de  l'étage  fub- 
apennin. 

Genre  macrockenia^  Owen;  une  espèce 
de  l'étage  falunien  de  Patagonie. 

Genre  toxodon,  Owen.  ms  deux  espèces 
connues  de  la  république  Argentine,  l'une 
est  de  l'étase  falunien  {T.  paranensîê)^  Tau- 
tre  de  Tetage  snbapennin  des  pampas 
(r.  plaiensis). 

Genre  elasmoiherium^  Fischer  ;  deux  es- 
pèces de  l'étaçe  snbapennin  de  Russie. 

Genre  chahcotherium^  Kaup.  ;  les  deux  es- 
pèces connues  sont  de  l'étage  falunien  d'Ep- 
pelsheim. 

Genre  oploiherium^  de  Layser  et  Parieu  ; 
les  trois  espèces  connues  soiît  de  l'étage  fa- 
lunien de  Weisenau«  d'Auvergne,  et  une 
d'Asie, 

Les  gcufes  de  pachydermes  fossiles  en- 
core vivants  sont  les  suivants  :  genre  hippo- 
poiamusj  Linné.  Les  pieds  sont  fourchus,  les 
doigts  en  nombre  pair.  Les  esj^ièces  fossiles 
trouvées  en  Europie  ont  7  incisives,  tandis 
que  les  espèces  fossiles  de  l'Inde  paraissent' 
en  avoir  eu  |.  On  rencontre  les  espèces  fos- 
siles dans  l'étage  snbapennin  d'Europe,  de 
TAmérique  septentrionale,  de  la  Nouvelle- 
Hollande,  de  ruimâlaya. 
-  Genre  diVo^y/ef,  Cnvier.  Les  espèces  fossiles 
sont  le  double  plus  nombreuses|que  les  espè^ 
ces  vivantes.  On  on  connaît  cinq  dans  les  ca- 
vernes du  Brésil. 

Genre  sus,  Linné.  Les  molaires  sont  an 
nombre  de  vingt-quatre  ou  vinet-huit,  à 
couronne  tuberculeuse  au  fond  de  la  bouche, 
mais  plus  ou  moins  comprimées  et  tran- 
chantes en  avant.  Trois  espèces  ont  paru 
dans  l'étage  falunien  d'Eppèlsheim ,  de  San- 
san ;  les  autres  sont  de  ratage  snbapennin 
des  cavernes  et  des  brèches  d%urope. 

Les  autres  ffenres,  qui  ont  les  doigts  im- 
pairs, n'ont  plus  les  pieds  fourchus.  Genre 
rkinocér0$i  Linné.  Une  des  espèces  fossiles, 
le  il.  îickorkinuê^  Cuvier,  devait  avoir  deux 
cornes.  On  en  connaît,  en  tont,  une  dizaine 
d'espèces  fossiles,  dont  quatre  de  l'étage* 
falunien  d*Eppelsbeim ,  de  Sansan;  parmi 
ceHes  de  l'étage  snbapennin,  le  il.  itrAorJimiia, 
Cuvier,  se  rencontre  partout,  et  jusque  dans 
les  glaces  du  p61e  nord. 

Genre  fnptnif,  Unné.  Ils  ont,  à  chaque 
mâchoire,  six  incisives  et  deux  canintrs, 
séparées  par  un  intervalle  vide  des  molaires, 

Îui  sont  au  nombre  de  quatorze  en  haut  et 
e  douze  en  bas.  On  en  connaît  six  espèces 
fossiles,  les  unes  de  l'étage  falunien  d'Ep- 
pèlsheim, les  autres  de  l'étage  subapenmn 
d'Auvergne  et  du  Brésil. 

Famille  des  soupinns,  solidumgukL^  carac- 
térisés par  l'existence  d'un  doigt  unique,  on 
du  moins  un  seul  sabot  à  chaque  |ried.  On 
rapporte  à  cette  famille  le  genre  éteint  Atp- 


S47 


MAM 


DICTiONNAïaE  DE  COSMOGONIE 


MAM 


Ul 


potherium^  Kaup.  Cet  animal,  s'il  appartient 
bien  réellement  à  la  famille  des  soîipèdes, 
était  caractérisé  par  la  structure  de  se5  mo- 
laires, dont  la  lame  d'émail  forme,  dans  l'id- 
lérieur  de  la  dent,  des  plis  nombreux  en 
zigzag,  et  par  la  nature  du  pied  antérieur, 
qui  présentait  des  rudiments  d'un  quatrième 
doigt.  Vhippotherium  a  été  trouvé  à  Eppel- 
sheim,  étage  falunien. 

Le  type  encore  vivant  de  la  famille  est  le 
genre  cheval,  equus^  Linné,  dont  la  tète  est 
allongée,  un  i)eu  comprimée  latéralement. 
Chaque  m&choire  porte  six  incisives,  suivies 
de  cnaque  côté  d  une  canine,  qui  manc^ue 
souvent  chez  les  femelles,  à  la  mâchoire  in- 
férieure surtout,  et  d'une  série  de  six  molai- 
res à  couronne  carrée,  marquée  de  cinq 
croissants,  deux  extérieurs  et  trois  inté- 
rieurs, formés  par  des  lames  d'émail  qui  s'y 
enfoncent;  entre  les  canines  et  les  molaires 
se  trouve  un  grand  espace  vide.  Les  espèces 
fossiles  sont  de  l'étage  subapennin  d'Europe, 
d'Asie,  des  i)ampas  et  des  cavernes  de  l'Amé- 
rique méridionale,  où  le  genre  n'existait  pas 
vivant,  avant,  la  conquête. 

Dixième  ordre.  Ruminants.  —  Leurs  prin- 
cipaux caractères  sont  :  le  manque  d'incisi- 
ves à  la  mâchoire  supérieure,  les  pieds 
pourvus  de  sabots,  et,  souvent,  le  front  armé 
de  cornes  soutenues  par  un  axe  osseux;  ils 
ont,  de  plus,  six  ou  huit  incisives  à  la  mâ- 
choire inférieure.  Entre  les  incisives  et  les 
molaires,  il  existe  généralement  un  espace 
vide;  chez  quelques  genres,  seulement,  des 
canines.  Les  molaires  sont  presque  toujours 
au  nombre  de  )  1,  à  couronne  large  et  mar- 
quée de  deux  doubles  croissants,  dont  la 
convexité  est  tournée  en  dedans  dans  les 
supérieures  et  en  dehors  dans  les  inférieu- 
res. Les  pieds  sont  terminés  par  deux  doigts, 
dont  les  os  métacarpiens  et  métatarsiens 
sont  réunis  en  un  seul  os,  nommé  canon: 
quelquefois,  il  existe,  en  outre,  à  la  partie 
]>ostérieure  du  pied,  deux  petits  ergots,  ves- 
tiges de  doigts  latéraux.  Cbez  tous  ces  ani- 
maux, excepté  cbez  les  chameaux  et  chez  les 
lamas,  le  pied  est  fourchu.  Les  jambes  sont 
sèches,  fines  el  longues;  mais  le  fémur  et 
l'humérus  sont  courts. 

Première  famille.  C amelibjb.  —  Ils  ont  six 
incisives  à  la  mâchoire  inférieure,  et  le  pied 
n'est  plus  fourchu.  Ces  incisives  sont  au 
nombre  de  deux  en  haut;  il  existe  des  cani- 
nes à  chaque  mâchoire,  et  les  molaires  sont 
au  nombre  de  vingt  ou  vingt-deux ,  au  Keu 
de  vinfft-quatre.  On  connaît  dans  cette  série 
un  seul  genre  perdu,  le  genre  mericotheriumf 
BojaHus,  des  régions  glacées  de  la  Sibérie, 
étage  subapennin. 

Deux  des  genres  vivants  ont  laissé  des  tra- 
ces dans  les  couches  géologiques,  le  genre  au- 
ckenia^  lUiger,  dont  deux  espèces  fossiles  se 
sont  rencontrées  dans  les  cavernes  du  Brésil. 
On  sait  que  les  espèces  vivantes  sont  spé- 
ciales à  l'Amérique  méridionale. 

Genre  camelus^  Linné.  On  en  connaît  qua- 
tre espèces  fossiles  de  l'étage  subapennin  : 
trois  d'Asie  et  de  France,  et  une  de  l'Améri- 
que méridionale 


Deuxième  famille.  Gbrvidje.  —  Indépen- 
damment des  carActère$  également  propres 
à  la  troisième  famille,  tels  que  les  huit  iDà. 
sives  à  la  mâchoire  inférieure,  le  pied  four- 
chu, ils  ont  des  cornes  caduques,  uon  recou- 
vertes d'un  étui  extérieur  corné.  On  connaît 
de  cette  famille  des  genres  perdus  et  d^autres 
ec<Gore  représentés.  Les  genres  perdus  sont 
les  suivants  :  genre  sivatherium^  Cautley  el 
Falcon^r.  Ce  senre  forme  un  passage  assez 
naturel  centre  Tes  grands  pachydermes  el  les 
ruminants;  en  effet,  tout  en  présentant  la 
cornes  qui  caractérisent  la  plupart  des  ani- 
maux de  ce  dermer  ordre,  la  tète  était  proi»- 
blement  munie  d*u3e  trompe,  comme  celle 
des  proboscidiens,  si  1  on  en  juge,  du  moins, 
par  la  forme  des  os  du  nez,  ceux-ci  se  rele- 
vant.et  se  prolongeant  en  une  voAte  pointue, 
au-dessus  des  narines  externes.  L^s  cornes 
étaient  au  nombre  de  quatre,  deux  naissant 
du  sourcil,  entre  les  orbites,  et  s'écartanl 
l'une  de  l'autre,  et  deux  autres  probables, 
plus  courtes  et  plus  massives,  qui  ont  dt 
être  posées  sur  aes  protubérances  très-sail- 
lantes que  présente  le  crâne  dans  sa  partie 
siipéro-postérieùre.  Cette  portion  du  crâne 
offre,  du  reste,  de  l'analogie  avec  celle  oui, 
chez  l'éléphant,  occupe  une  place  semblable. 
La  tète  du  sivatherium  égalait  à  peu  près  en 
volume  celle  de  l'éléphant  ;  le  cou  de  cet 
animai  bizarre  devait  donc  être  bien  plus 
fort  et,  par  conséquent,  plus  court  que  celiii 
de  la  girafe.  A  l'opposé  de  la  tète,  qui  olfrail 
un  allongement  remarauable  dans  un  sens 
antéro-postérieur  et  infero-supérieur,  la  face 
était  courte,  ce  qui,  joint  à  la  forme  des  os 
du  nez  et  à  la  direction  même  très-inclinée 
de  la  face  et. du  front,  contribuait  à  donnera 
celte  tète  une  des  formes  assurément  les 
plus  singulières  cfu'il  soit  possible  de  ren- 
contrer. Les  molaires  supérieures,  les  seules 
connues,  sont  au  nombre  de  six,  et  présen- 
tent  tout  à  fait  les  caractères  de  celles  des 
ruminants.  La  seule  espèce  connue  paraît 
être  de  l'étage  falunien  de  l'Himalaya. 

Genre  dremoiherium^  Geoffroy,  qui  repré- 
sente deux  espèces  dans  l'étage  subapennin 
d'Auvergne,  en  France. 

Parmi  les  genres  encore  existants,  k 
genre  cervua,  Linné,  offre  un  très-grand 
nombre  -d'espèces  fossiles ,  dont  dix-hnil 
dans  l'étage  ialunien  d'Eppelsheim,  de  San- 
San;  les  autres  dans  Tétaçe  subapennin  oui 
a  précédé  la  faune  actuelle.  L'une  des  pto 
remarquables  a  été  le  ctrvu»  megactrot, 
Hart.,  ou  cerf  à  bois  gigantesque  de  Cuvier, 
dont  les  bois  ne  mesuraient  pas  moins  de 
3  mètres  d'envergure;  les  perches  de  ws 
bois  étaient  palmées  et  dirigées  horizontale- 
ment vers  leur  extrémité.  Des  tourbi*^ 
d'Irlande,  et  d'une  grande  partie  de  TEo' 
rope. 

Genre  moschus^  Linné.  On  en  connan 
deux  espèces  fossiles  des  étages  falonien 
d'Allemagne,  et  subapennin  du  Bengale. 

Genre  camelopardalis ^  Linné,  dont  trois 
espèces  d'Asie  et  de  France ,  élage  snl)- 
apennin. 

Troisième  famille.  Boyw/R.  —  ttur  carK* 


84f 


lAM 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


HAM 


81» 


1ère  principal  est  d'aroir  des  cornes  persis- 
tantes, osseuses,  revêtues  de  corne.  Ln  seul 
genre  de  cette  division  n*exisle  plus,  le 
genre  lepioiherium^  LuimI,  des  cavernes  du 
Brésil. 

Parmi  les  genres  encore  existants,  le 
genre  boeuf,  6o«,  Linné,  offre  toutes  ses 
espèces  dans  Fétage  subapennin  d'Europe, 
d*Asie  et  de  TAmérique  septentrionale. 

Genre  aniilope^  Linné.  On  eu  connatt 
trois  espèces  de  Fétage  lalnnien  d*Eppel- 
sheim,  de  Sansan,  et  quelques-unes  de 
Fétage  subapennin. 

Genre  capra^  Linné.  On  en  connaît  quel- 
ques espèces  dans  Fétage  qui  a  précédé 
1  époque  actuelle. 

Onzième  ordre.  CÉTAcés,  cetacea.  —  Leur 
forme  générale  se  rapproche  de  celle  des 
poissons.  Ils  manquent  complètement  de 
membres  postérieurs;  les  membres  anté- 
rieurs existent  et  se  composent  des  mômes 
os  que  ceux  des  ordres  supérieurs  des  mam- 
mifères ;  mais,  seulement,  lliumérus  et  les 
os  de  Favant-t>ras  sont  raccourcis,  ceux  de 
la  main  aplatis.  Quelquefois  les  phalanges 
sont  en  plus  grand  nombre  que  chez  les 
autres  mammifères.  On  trouve,  à  la  partie 
postérieure  de  Fabdomen,  deux  ou  trois 
osselets  rudimentaires  suspendus  dans  les 
chairs,  et  qui  sont  les  vestiges  d*un  bassin. 
An-dessous  des  vertèbres  caudales,  on  re- 
marque des  os  en  forme  de  Y,  dont  la  fonc- 
tion, à  Féfat  vivant,  est  de  donner  insertion 
anx  muscles  fléchisseurs  de  la  queue.  Les 
vertèbres  cervicales,  au  nombre  de  sept, 
S'?nt  très-courtes,  et,  en  général,  presque 
lontes  souJées  ensemble.  Enfin  le  rocher, 
portion  do  crâne  qui  contient  Foreille  in  • 
terne,  au  Heu  d*etre  confondu  avec  les 
autres  pièces  du  temporal,  est  séparé  du 
reste  de  la  tête,  et  n'y  adhère  que  par  les 
ligaments,  etc.,  etc. 

Famille  des  MAnkTwm,  Ils  ont  des  dents 
molaires  à  couronne  plate.  Les  uns,  comme 
les  fMinatut,  n*ont,  à  Vâge  adulte,  ni  incisi- 
ves ni  canines,  et  leurs  molaires,  à  couronne 
carrée,  sont  au  nombre  de  huit  i»artout  ;  les 
antres,  comme  les  halicore,  ont  des  défenses 
|K>intues  qui  sortent  de  la  mâchoire  supé- 
rieure. On  connaît  de  cette  famille  plusieurs 
genres  éteints.  Genre  metarytherium,  Cris- 
tol.  U  avait  le  squelette  et  les  défenses  des 
dogongs,  les  molaires  des  lamentins.  On 
connaît  le  squelette  entier  de  cet  animal.  Le 
genre  est  propre  à  Fétage  falunien  de  la 
Tonraine  et  de  Maine-et-Loire,  et  à  Fétage 
subapennin. 

Genre  zeuglodon^  Owen.  Les  molaires  sont 
etraagfées  au  milieu,  au  point  qu'on  les 
dirait  formées  de  deux  parties  réunies  par 
un  mince  pédicelle.  La  mâchoire  inférieure 
est  creusée  en  dedans,  comme  celle  des 
cachalots.  Des  membres  courts  et  déprimés 
prouvent  que  cet  animal  avait  la  forme  des 
cétacés,  et  que  la  queue  était  son  principal 
instrument  de  procession.  L'espèce  connue 
est  de  Fétage  parisien  d'Alabama,  aux  Etats- 
Unis. 

Les  deux  genres  encore  existants  sont  :  le 


genre  Ao/tcore,  Uliger,  dont  on  connaît  une 
espèce  de  Fétage  falunien  à  Rodersdorf,  en 
Suisse  ; 

Le  genre  manatus^  Cuvier,  dont  on  cite 
une  espèce  dans  Fétage  filunien,  une  autre 
dans  Fétage  subapennin  de  l'Amérique  sep- 
tentrionale. 

FamilU  des  DELPemiius,  dont  la  tète  est 
généralement  petite,  proportionnée  avec  le 
corps,  et  dont  les  mâchoires  sont  pourvues 
de  dents.  On  connaît  deux  genres  éteints. 
Le  genre  xipkius^  Cuvier.  La  tète  diffère  de 
celle  des  hyperoodanSf  en  ce  que  les  maxil- 
laires ne  se  redressent  point  sur  les  cdtés 
du  museau  en  cloison  verticale,  et  en  ce  que 
l'espèce  de  mur  situé  derrière  les  narines 
forme  un  demi-dôme  au-dessus  de  ces  cavi* 
tés.  On  les  trouve  dans  Fétage  parisien  de 
Provence,  dans  Fétage  falunien  d'Anvers. 

Genre  fratonodon,  Owen,  de  Fétage  pari- 
sien de  Felixtow,  en  Angleterre,  où  l'on  en 
cite  quatre  espèces. 

Les  genres  encore  existants  qu'on  a  pu  re- 
connaître ,  d'après  quelques  os  isolés,  sont 
les  suivants  :  genre  de/pAtnti#,  Linné,  dont 
les  deux  mâchoires  ont  des  dents  simples 
nombreuses.  On  en  connaît  une  espèce  de 
Fétage  parisien  de  FOme  ;  les  autres  sont  de 
Fétage  liilunien  de  Dax  (Landes),  de  Mary- 
land  (Etats-Unis)  et  de  Fétage  subapennin. 

Genre  monodon^  Linné,  dont  les  mâchoires 
ont,  pour  toutes  dents,  de  longues  défenses 
droites  implantées  dans  Fos  maxillaire.  On 
en  a  tronvédes  débris  dans  le  diJuviam  d'An- 
gleterre et  de  Sibérie. 

Genre  pkffêeur^  Linné.  Il  a,  avec  le  grand 
développement  de  tète  des  baleines,  des  dents 
coniques  à  la  mâchoire  inférieure.  Une  es* 
pèce  est  de  l'étage  falunien  de  SufTolk,  e!i 
Angleterre,  et  d'autres  débris  appartiennent 
à  l'Amérique  septentrionale. 

Famille  des  BALxnwM.  Leur  tète  occupe 
au  moins  le  tiers  de  la  longueur  totale,  et 
leurs  mâchoires  sont  toujours  dépourvues  de 
dents,  et  munies  seulement  de  fanons  cor- 
nés. Les  genres  suivants,  fossiles,  ont  leur 
maximum  de  développement  spécifique  à  l'é- 
poque actuelle.  Genre  balœnopiera^  Lacépède. 
Les  trois  esoèces  citées  sont  de  Fétage  sub*- 
apennin  de  Fltalie. 

Genre  ftatena,  Linné,  dans  Fétage  falunien 
de  la  haute  Souabe,  dans  l'étage  subapennin 
du  Piémont  et  des  Etats-Unis. 

§  II.  MAMMlFàBES  DIDELPniEXS. 

Les  petits  naissent  généralement  dans  l'c- 
tat  imparlait.  Leurs  caractères  ostéologiques 
consistent,  comme  nous  l'avons  dit,  dans  la 
présence  des  os  marsupiaux.  Ces  os  partent 
de  l'arcade  du  pubis,  s  avancent  de  là,  entre 
les  muscles  de  Fabdomen,  sous  forme  de  V« 
destinés  à  soutenir  la  région  mammaire  et 
une  sorte  de  poche  ventrale  où  la  mère  logo 
ses  petits.  Lesdidelphes  forment,  en  quel- 
que sorte,  une  série  parallèle  à  celle  des  mo- 
nodelpbes;  en  efiTet,  ils  se  partagent  en  une 
série  de  groupes  tout  A  fait  comparables , 
pour  certains  caractères,  à  la  plupart  de  ceux 
des  monodelphes  onguiculés.  Parmi  les  mar- 


851 


MA.>f 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


HAM 


m 


supiaux,  par  exemple,  les  uns,  les  phalan- 
gersy  unt  le  pouce  plus  ou  moins  opposable 
aux  autres  doigts  ;  et ,  pourvus  crincisives, 
de  canines  et  de  molaires,  représentent  bien 
la  division  des  quadrumanes  ;  d'autres,  com- 
me les  sarigues ,  ressemblen  t,  par  leur  sys- 
tème dentaire,  aux  insectivores  à  longues 
incisives,  et  leurs  molaires  h  collines  trans- 
versales, correspondent  aux  rongeurs,  par 
exemple,  les  phascoloraes;  enfm,  parla  dis- 
position du  système  dentaire,  ou  par  Tab- 
sence  de  dents,  la  division  des  monotrèmes 
se  rapproche  de  l'ordre  des  éJenlés. 

Devons -nous  ranger  dans  la  division  des 
tlidelphes  les  fameux  ossements  fossiles  trou- 
vés à  Stonesfield,  en  Angleterre,  dans  les 
couches  jurassiques?  On  croit  aujourd'hui 
que  ces  ossements  appartiennent  è  des  mam-. 
mifèi*es;  mais  il  n'est  pas  tout  à  fait  aussi 
certain  qu'ils  aient  été  des  didelphes.  Trois 
opinions  ont  été  succcsssivement  émises  sur 
leurs  aiTmités  :  quelques  auteurs  les  consi- 
dèrent comme  des  insei-îti vores  monodelphes  ; 
d'autres  les  rapprochent  des  phoques  ^  à 
cause  de  leurs  dents  nettement  tricusoides; 
d'autres  enfin  y  voient  des  didelphes. 
M.  Owcn  admet  cette  dernière  opinion  com- 
me la  plus  probable.  Si  cette  opinion  se  con- 
firme, elle  consacrera  l'un  des  faits  les  plus 
extraordinaires  que  puisse  offrir  l'histoire 
des  premiers  âges  géologiques  de  la  terre. 
Ce  fait  constaterait  rexistence,  à  une  époque 
géologique  ancienne,  d*animaux  appartenant 
à  une  classe  dont  la  création,  si  l'on  en  juge 
par  tous  les  faits  çéolo^ques  recueillis  jus- 
qu'à ce  jour,  ne  devrait  dater  que  des  pre- 
miers temps  de  la  période  tertiaire.  Malgré 
l'autorité  des  savants  justement  célèbres  qui 
rapportent  les  fossiles  de  Stonesfield  à  de  vé- 
ritables mammifères,  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  d'émettre  encore  quelque  doutes. 
En  étudiant  comparativement  les  formes  ani- 
maies  de  toutes  les  séries^  dit  M  d'Orbigny, 
nous  avons  reconnu  que  les  exceptions  étaient 
le  plus  souvent  basées  sur  de  fausses  détermi' 
nations.  Des  caractères  internes  irrécusables 
nous  ont  fait  reconnaître  y  par  exemple^  aue 
les  prétendus  conus,  du  lias  de  Normandie^ 
quand  le  genre  cône  ne  réparait  qu'à  la  fin  de 
tépoque  crétacée,  bien  qu  ils  aient  tous  les  ca- 
ractères extérieurs  de  ce  genre,  appartiennent 
à  une  tout  autre  famille,  dont  les  espèces  fos^ 
siles  sont  nombreuses  à  cette  époque»  Nos  dou- 
tes ne  se  fondent  pas  seulement  sur  cette  règle 
générale,  mais  encore  sur  la  présence  de  md- 
choires  inférieures  à  Stonesfield.  Pourquoi  , 
si  ce  sont  de  véritables  mammifères,  n'a-t-on 
jamais  décrit  des  têtes  osseuses  ou  tous  autres 
ossements  qui,  joints  à  la  mâchoire,  confirme* 
raient  la  détermination?  Tout  en  décrivant 
ici  les  genres  en  question,  nous  pensons  qu'ils 
pourraient  appartenir  aux  reptiles,  comme 
on  l'a  déjà  pensé;  ou  bien  que  des  mâchoires 
inférieures ,  comme  la  partie  la  pltM  étroite, 
seraient  tombées  des  étages  tertiaires  dans  des 
fentes  des  étages  jurassiques,  comme  nous  Va- 
rans vu  pour  les  coquilles  de  V étage  liasien  de 
Fontaine^Etoupe  four  {Cahadof)y  renfermées 


dans  les  fossiles  degrés  de  Fétagt  silurienne 
férieur. 

Les  deux  genres  rencontrés  dans  ces  con- 
ditions, sont  :  le  genre  phascolotherium, 
Broderip,    qui  se  rapproche  des  didelphes 

Kr  trois  molaires  fausses  et  quatre  vraies. 
;  seule  espèce  connue  appartient  au\  ter- 
rains jurassiques  de  Stonesfield. 

Le  genre  ihylacotherium ,  Owen,  voUin 
des  dideljjjes,  s'en  distinguait  par  des  mo- 
laires plus  petites  et  plus  nombreuses.  On 
coni>ait  deux  espè!;es  du  même  lieu. 

Les  genres  encore  existants  sont  les  sui- 
vants :  genre  didelphis,  Linné.  Quand  toutes 
les  espèces  vivantes  sont  propres  à  l'Améri- 
que, il  estcurieuxd'en rencontrer  deuxdans 
létale  parisien  de  Montmartre,  près  de  Pa- 
ris, a  Provins  et  à  Kyson(Suffolk);  lesaotrcs 
sont  des  cavernes  du  Brésil. 

Genre  dasyurus,  Geoffroy.  Une  espèce  des 
cavernes  de  la  Nouvelle-Hollande. 

Genre  thylacinus,  Temininck.  Une  es|)tce 
est  des  mômes  lieux. 

Genre  halmaturus,  IIlip:er.  Quelques  es}  è- 
ces  sont  fossiles  des  cavernes  delaNouvelle- 
Holtonde. 

Genî^  hfjpsiprinnus ,  Illi.^cr.  Une  espèie 
est  des  mêmes .liînix« 

i  IIL  RÉSUMÉ  PALÉONTOLOGrQtiî  SUR  LES 

MAMMIFÈRES. 

Comparaison  géfiérale.—Eii  jetant  un  coup 
d'œil  sur  la  répartition  chronologique  dos 
genres  et  des  espèces  de  mammifères  à  la 
surface  du  globe  terrestre ,  depuis  le  com- 
mencement de  l'animalisation  jusqu'à  Tépo- 
que actuelle,  on  est,  tout  de  suite,  frappé  de 
ces  faits  généraux,  qu'à  l'exception  de  deux 
formes  encore  douteuses  ,  l'ensemble  des 
mammifères  manque  dans  les  quatre  pre- 
miers âges  géologiques  du  monde,  mais  qu'us 
se  sont  montrés  très-nombreux  avec  les  ter- 
rains tertiaires,  et  qu'ils  ont  toujours  mar- 
ché en  progression  croissante  depuis  leur 
première  apparition  jusqu'à  la  dernière  épo- 
que qui  nous  a  précédés  sur  la  terre.  On 
voit  encore  que  les  formes  çénériques  qui, 
à  chacun  des  étages,  ont  cesse  d'exister,  soui 
souvent  en  nombre  supérieur  aux  genres  qm 
se  sont  conservés  jusqu'à  nos  jours.  Ainsi, 
d'un  côté,  progression  croissante  de  l'enseï»- 
ble,et,de  rautre,  des  formes  animales  étein- 
tes dans  los  âges  géologiques  et  complètement 
inconnus  dans  la  faune  actuelle. 

Comparaison  des  ordres  entre  eux. ^ky^^^ 
de  pousser  pJus  loin  les  comuaraisons  géné- 
rales, nous  allons  comparer  les  ordres  entre 
eux,  pour  reconnaître  si  les  diverses  sénés 
connues  aujourd'hui  à  l'état  fossile,  ont  ele 
réparties  d  une  manière  uniforme,  suivant 
leur  instant  d'appairilion  à  la  surface  du 
globe.  ,    , 

Les  didelphes.— SU  touten  doulantducjas- 
sement  des  fameux  didelphes  de  StonesûeicJ 
parmi  les  mammifères ,  nous  les  y  plaçons 
provisoirement,  nous  verrons  qu'ils  ont  paru 
a  l'époque  jurassique  de  l'étage  bathoni^^n; 
c'est-à-dire  treize  étages  avant  tous  les  autre| 
mammifères,  à  une  époque  oii  les  granJ' 


8uS 


MâU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


H^ 


reptiles  sauriens  purement  marins .  atteî- 
g*  aient  leur  maximum  de  développement,  et 
où  Ton  ne  connaissait  pas  encore  d'animaux 
purement  terrestres.  Après  ces  animaux  ex- 
ceptionnels et  douteux,  les  vrais  didelphes 
se  sont  montrés  pour  la  première  fois ,  avec 
les  autres  mammifères,  dans  les  terrains 
tertiaires  de  Tétage  parisien  ;  de  cette 
époque  où  ils  étaient  re|irésentés  par  un  seul 
genre ,  ils  ont  encore  laissé  quelques  traces 
dans  rétage  suLapennin,  tandis  qu'ils  sont 
aujourd'hui  représentés  par  plus  de  quatorze 
formes  génériques  différentes.  En  résumé, 
le  maximum  des  genres  se  trouvant  à  l'épo- 
que actuelle,  leur  développement  zoologique 
esl  en  progression  croissante. 

Les  camitcres  se  sont  montrés,  d'abord,  à 
la  surface  du  slobe,  sous  trois  formes  géné- 
riques ,  avec  1  étaçe  suessonien ,  le  ^iremier 
âes  terrains  tertiaires;  l'étage  parisien  n'en 
a  pas  offert  davantage  ;  l'étage  felunien  en 
contient  treize ^  l'étage  subapennin  onze: 
tandis  que  le  maximum  est  dans  la  faune  af> 
luelle,  où  l'on  en  connaît  plus  de  vingt-cinq: 
ainsi  le  développement  zoologique  des  car- 
nivores serait  ae  nos  jours  en  progression 
croissante. 

Les  ron^eurf  présentent  leurpremifT genre 
dans  le  plus  ancien  des  étages  tertiaires,  l'é- 
tage suessonien.  Trois  genres  sont  connus 
dans  Tétage  parisien  ;  dix  dans  l'étage  falu- 
nien,  eisept  àaus  l'étage  subapennin.  La 
laune  actuelle  étant  représentée  par  un  maxi- 
mum d'au  moins  cinquante  formes  zoologi- 
ques, on  voit  que  l'ordre  des  rongeurs  est 
encore  en  urogression  croissante. 

Les  pachydermes  offrent  leurs  deux  pre- 
miers genres  avec  l'étage  suessonien,  qui 
est,  des  terrains  tertiaires,  le  plus  ancienne- 
ment déposé.  L'étage  parisien  en  renferme 
huit.  Leur  maximum  de  développement  zoo- 
logique a  eu  lieu  durant  les  élages  ialunien 
et  subapennin,  qui  montrent  chacun  quinze 
genres,  tandis  que  la  faune  actuelle  n'en 
contient  que  neuf.  Contrairement  aux  trois 
ordres  qui  précèdent,  les  pachydermes  se- 
raient aeluellemeutdans  une  période  décrois- 
sante, puisque  leur  maximum  a  eu  lieu  à 
une  é[K)que  passée. 

Les  quadrunuines  manquent ,  jusqu'à  pré- 
sent, dans  le  premier  étage  tertiaire;  ils  sont 
représentés  par  une  seule  dent  au  sein  de  l'é- 
tape parisien;  par  deux  genres  dans  l'étage 
faliinien,  et  par  quatre  seulement  dans  l'é- 
tage subapennin;  tandis  quelafauneacluelle 
montre  un  maximum  d'au  moins  /reit/e  gen- 
res. Les  quadrumanes  sont  donc  en  progres- 
sion croissante  dans  la  faune  contempo- 
raine^. 

Les  chéiroptères  manauent  dans  l'étage 
suessonien;  ils  offrent  a  peine  un  genre 
avec  rétame  parisien,  deux  avec  l'étage  falu- 
nien,  trois  avec  Tétage  subapennin,  quand 
la  faune  actuelle  en  a  plus  de  trente^trois. 
Les  chéiroptères  sont,  aujourd'hui ,  en  pro- 
gression croissante  de  formes. 

Les  cétacés  9  inconnus  dans  le  premier 
«Hagc  tertiaire,  ont  montré  quatre  genres 
djns  l'étaje  parisien,  ifrp/, dans  Téla^ie  fa- 


lunien,  cinq  dans  l'étape  subapennin;  mais 
la  fiiune  actuelle  contient  le  maximum  de 
quinze  genres.  Ils  sont  en  progression  crois- 
sante dans  la  faune  actuelle. 

Les  amphibies  manquent  dans  les  deux 
premiers  étages;  ils  ont  deux  genres  dans 
chacun  des  étages  falunien  et  subapennin, 
et  leur  maximum  de  développement  se  ma- 
nifeste à  l'époque  actuelle  par  plus  de  dix 
genres.  Ils  sont,  dès  lors,  en  progression 
croissante. 

Les  insectivores  manquent  dans  les  deux 
premiers  étages  tertiaires;  ils  montrent  trois 

Î;enres  dans  l'étage  falunien,  quatre  dans 
'étage  subapennin;  mais  leur  maximum, 
formé  de  neuf  genres,  existe  aujourd'hui. 
Ils  se  trouvent  donc  en  voie  croissante  de 
développement. 

Les  édentés  manquent  aussi  dans  les  deux 
étages  inférieurs  des  terrains  tertiaires  ;  ils 
offrent  un  genre  dans  Tétage  falunien,  et 
seize  f  ou  le  maximum  de  développement 
dans  l'étage  subapennin  qui  nous  a  précédés 
à  la  surface  du  globe;  car  la  faune  existante 
n*a  pins  aue  neuf  sentes  connus.  11  en  ré- 
sulte que  les  édentés,  comme  les  pachyder- 
mes, sont  dans  une  période  décroissante 
avec  la  faune  contemporaine. 

Les  rtimifiartlf  qui,  comme  les  amphibies, 
les  insectivores  et  les  édentés,  manquent 
dans  les  deux  premiers  élages  tertiaires, 
montraient  trois  senrcs  dans  l'étage  falu- 
nien, huit  dans  l^tage  subapennin,  tandis 
que  le  faible  maximum  de  dix  existe  avec 
la  faune  actuelle.  Les  ruminants  sont,  néan- 
moins, dans  une  période  croissante  de  dé- 
veloppement zoologique. 

La  comparaison  de  ces  différentes  séries 
de  mammifères  nous  montre,  dans  une  pé- 
riode décroissante  de  développement  de 
formes  zoologiques ,  les  édentés  et  les  pa* 
chydermes,  tandis  que  les  autres  ordres,  ou 
le  plus  grand  nombre  sont,  au  contraire, 
en  voie  croissante  de  développement  géné^ 
rique.  Nous  insistons  sur  ce  lait,  en  appa- 
rence peu  important,  mais  qui  nous  conciuit 
à  trouver  déjà,  chez  les  mammifères,,  une 
grave  exception  à  la  loi  sur  la  perfection 
successive  des  êtres  eu.  marchant  des  étages 
inférieurs  aux  supérieurs;  perfection  qui 
disparaît  souvent,  quand  on  met  en  paral- 
lèle les  différentes  séries  animales.  Compa- 
rons encore  l'instant  d^apparition  des  ordres 
à  la  surface  du  globe  avec  le  développe- 
ment des  facultés  chez  les  mammifères, 
pour  chercher  des  raisons  pour  ou  contre 
ce  perfectionnement.  Si  Ton  considère  les 
ossements  de  StonesCeld  comme  apparte- 
nant à  de  véritables  mammifères,  cette  loi 
de  perfectionnement  trouve  un  grand  argu- 
ment dans  l'arrivée  prématurée  de  mammi- 
fères didelphes,  les  moins  parfaits  dans  leur 
organisatioa,  è  une  époque  relativement 
ancienne  ;  mais  ce  fait  isolé,  établi  sur  un 
des  animaux  peu  connus,  n'empêche  pas  les 
didelphes  bien  certains  de  manquer  dans  le 

f premier  âge  tertiaire,  et  d'être,  de  toutes 
es  séries,  la  plus  en  voie  croissante  de  dé- 
veloppement générique  à  l'époque  actuelle. 


1 


855 


MAM 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAM 


VJi 


ex 


a 


et  sous  ce  rapport,  presque  en  parallèle 
avec  les  quadrumanes;  tandis  que  les  céta- 
cés, moins  parfaits  sous  le  rapport  des  or- 
ganes du  mouvement,  se  sont  montrés  sur 
fa  terre  après  les  carnivores,  les  rongeurs 
et  les  pachydermes,  en  même  temps  que  les 
quadrumanes.  11  y  aurait  encore  ici  une 
sorte  d'exception  à  la  loi  qu*on  a  regardée 
comme  générale. 
D*un  autre  côté,  sans  avoir  égard  au\ 
ceptions  citées,  et  adoptant  l'hypothèse 
ui  voit  des  didelphes  dans  les  ossements 
e  Stonesûeld,  on  trouvera  que  les  plus 
anciens  des  mammifères  appartiennent  à  la 
série  la  moins  parfaite  de  cette  classe  détrcs; 
qu'ils  ont  été  suivis,  mais  seulement  dans 
les  terrains  tertiaires,  des  carnivores,  des 
rongeurs,  des  pachydermes,  avec  le  premier 
étage;  des  quadrumanes,  des  chéiroptères, 
des  cétacés,  dans  le  second;  des  ara pnibie?, 
des  insectivores,  des  édentés  et  des  rumi- 
nants, dans  le  troisième.  Que  les  carnassiers, 
les  quadrumanes  surtout,  mieui  conformés 
que  ceux-ci,  appartiennent  à  la  série  en  voie 
croissante  de  développement  de  forme,  et 
qu'enfin,  l'homme,  le  plus  parfait  des  êtres, 
n'a  été  créé  qu'avec  l'ensemble  de  la  faune 
actuelle.  On  en  conclut  que,  chez  les  mam- 
mifères «  la  série  prise  suivant  les  ordres  a 
néanmoins  marché  vers  sa  perfection  dans 
la  superposition  chronologique  des  Ages 
géologiques  jusqu'à  notre  époque. 

Déaucfions  zoologiques  générales.  —  La 
comparaison  des  ordres  nous  apporte  des 
exceptions  à  la  marche  croissante  des  formes 
zoologiques,  en  remontant  dans  les  étages 
géologiques,  mais  toutes  ces  exceptions 
disparaissent,  si  Ton  prend  l'ensemble  des 
mammifères,  sans  tenir  compte  de  ces  dif- 
férents ordres.  En  laissant  de  côté  les  deux 
genres  de  Stonesfield  cités  dans  l'étape  ba- 
thonien  des  terrains  jurassiques,  mais  en- 
core douteux,  nous  voyons,  en  effet,  tous 
les  autres  apparaître  dans  les  terrains  ter- 
tiaires, et  montrer  la  progression  suivante 
du  nombre  des  genres  ou  des  formes  zoolo- 

Siques,  en  observant  l'ordre  chronologique 
0  succession  des  étages  de  la  croûte  ter- 
restre. Dans  l'étape  suessonien,  le  premier 
des  terrains  tertiaires,  six  genres;  dans  l'é- 
tage parisien,  vingt-un:  <lans  l'étage  falu- 
nien,  cinquante^sepi:  dans  l'étage  subapen- 
mUf  soixante-douze.  Comparés  a  l'ensemble 
de  plus  de  210  genres  de  la  faune  actuelle, 
ces  nombres  prouvent  jusqu'à  l'évidenro 
que,  pris  dans  leur  ensemble,  depuis  leur 
première  apparition  sur  le  globe,  les  mam- 
mifères multiplient  de  plus  en  plus  leurs 
formes  zoologiques,  et  qu'ils  sont  mainte- 
nant à  leur  maximum  de  développement, 
avec  l'homme  qui  est,  sans  contredit,  l'être 
le  plus  parfait  de  toutes  les  créations  pas- 
sées et  actuelles. 

Déductions  climatologiques  comparées,  — 
L'étude  de  la  répartition  des  genres  do  mam- 
mifères actuels,  suivant  les  grandes  lignes 
isothermes  du  globe,  montre  que  tels  ou  tels 
genres  sont  auiourd'hui  cantonnés  dans  la 
zone  6iuatoriale  qu'ils  ne  franchissent  ja- 


mais ,  tandis  que  tels  autres,  au  contraire, 
se  trouvent  partout  répartis  à  penprès^* 
lement,  et  n  ont  plus  que  leurs  espèces  can- 
tonnées dans  des   limites  de  températun 
[)ropres.  Prenons  quelques  exemples  parmi 
e.»  premiers  pour  arriver  à  quelques  i-on- 
clusions  générales  de  climatologie.  Personne 
n*ighore  que  tous  les  quadrumanes  ou  sin- 
ges, les  éléphants,    les  hippopotames,  les 
rhinocéros,  les  tapirs,  les  girafes,  etc.,  elc, 
sont  aujourd'hui  spécialement  propres  aui 
régions  tropicales,  ou  aux  contrées  encore 
très -chaudes  c|ui  les  avoisinent  ;  et  c'est  une 
conséquence  indispensable  de  leurs  condi- 
tions propres  d'existence,  déterminée  ^x 
leur  genre   de  nourriture.  Voyons  main- 
tenant oil  se  trouvent,  soit  les  mêmes  gen- 
res, soit  les  genres  voisins,  dans  les  étages 
géologiques.   Les   singes  fossiles  se  sont 
montrés  dans  le  Suffolk,  ])ar  52*  de  latitude 
nord,  à  l'époque  de  l'étage  falunien.  Les  élé- 
phants fossiles  et  les  autres  genres  voisins, 
tels  qM^Xemastodon.,  ont  été  rencontrés  par- 
tout en  Europe,  en  Amérique,  dans  les  ré- 
gions tempérées  et  froides,  et  jusqu'à  la  ioer 
Glaciale  :  les  girafes,  les  hippopotameSt  les 
rhinocéros  et  les  tapirs  fossiles,  avec  les 
genres  qui  s'en  rapprochent,  tels  qucles 
anoplotherium,  les  palœothtrium,  etc.,  etc^ 
étaient  surtout  très-abondants  en  France,  en 
Allemagne,  dans  les  régions  presque  froides. 
On  doit  nécessairement  conclure  de  ces  faits 
qu'à  l'époque  où  les  singes  fossiles  vivaient 
en  Angleterre  et  en  France,  où  les  autres 
genres  cités  aujourd'hui  comme  propres  aui 
régions   tropicales,    couvraient  la  France, 
l'Angleterre,  la  Suisse,  l'Allemagne  etjQ^ 
qu'à  la  Russie,  la  température  de  ces  régions 
était  inflniment  plus  élevée  qu'aujoord  hui, 
et  qu'elle  devait  égaler  la  température  des 
tropiques.  De  plus,  on  doit  croire,  que,  sous 
une  telle  température,  ces  pays  étaient  cou- 
verts de  tout  le  luxe  actuel  de  végétation 
propre  à  la  zone  torride,  car,  sans  cela,  ces 
animaux  n'auraient  pas  pu  exister. 

Déductions  géographiques  comparées,—]^ 
répartition  géographique  des  genres  actuels 
de  mammifères  à  la  surface  du  globe,  nous 
donne  par  exemple ,  les  tatous  {dasypuf], 
les  dasyprocta^  les  echimys^  les  didelphet^ 
seulement  en  Amérique;  les  camelus,]ts 
rhinonocérosy  les  hippopotamusy  seulement 
en  Asie  et  en  Afrique  ;  les  orycttrojms  au 
cap  de  Bonne-Espérance,  et  le  genre  cberal 
Œquus)j  seulement  dans  l'ancien  continent. 
Quelques  zoologistes  ont,  dès  lors,  éw 
très-étonnés  lorsqu'ils  ont  été  obligés  de  5i 
gnaler  des  dasyhus^  des  doawproc/d,  diJ 
echimysy  des  didelphes  fossiles  dans  les  éta- 
ges parisien  et  falunien  de  France,  (le* 
orycteropuSy  des  equusy  des  camelus  fossiles 
dans  l'Amérique  du  sud,  des  hippopotumun 
la  Nouvelle-Hollande,  des  rhinocéros,  d« 
girafesy  en  France,  en  Russie,  etc.,  etc.  I» 
se  sont  récriés,  le  plus  souvent,  sur  ces  înts 
qu'ils  regardaient  comme  une  anomalie  «d- 
gulière  et  très-curieuse.  Leur  étonneraent 
s'explique  par  cette  seule  raison  qu'ils  sa- 
vaient étudié  que  les  mammifères;  car,  en 


«7 


IIJLM 


ET  UE  PALEmrOiXMME. 


H.iM 


anticipant  un  instant  sur  les  faits  que  nous 
donnent  Tensenible  des  êtres  et  leur  répar- 
tition, nous  reconnaîtrons  dans  cette  ano- 
malie supposée  le  fait  général,  que  dans 
tous  les  â^es  géologiques,  les  êtres  ont  une 
distribution  tout  à  fait  indépendante  de  la 
répartition  géographique  d'aujourd'hui,  et 
que  leur  esfjèce  de  cantonnement  dans  des 
zones  isothermes,  ou  sur  des  régions  conti- 
nentales spéciales,  n*a  réellement  commencé 
qu'arec  I  époque  actuelle.  Nous  sommes 
même  heureux  de  trouver  chez  les  mammi- 
fères, les  animaux  cantonnés,  par  excel- 
lence, dans  les  conditions  actuelles,  des 
faits  assez  nombreux  pour  prouver  qu'ils 
suivent  les  lois  générales  qui  président  à  la 
distribution  uniforme  des  genres  dans  les 
ipèmes  âges  géologiques  sur  tous  les  points 
du  globe  à  la  fois. 

Bidueiiont  géotogiques  iirée$  des  genres. — 
La  forme  zoologique  nous  donne,  par  la  pré- 
sence ou  par  Tabsenee  des  genres  dans  les 
étages  géologiques  des  caractères  stratigra- 
figues  négatifs  ou  positifs. 

Les  caractères  stratigraphiques  négatifs 
donnés  par  les  mammifères  dans  leur  appli- 
cation à  la  stratification  des  terrains  et  des 
étages  sont  faciles  à  déduire.  Sur  115  genres 
rencontrés  fossiles,  pas  un  ne  traversant 
tous  les  étages,  et  tous  étant ,  au  contraire, 
cantonnés  dans  les  étages  dont  il  n'occupent 
qu'une  très-courte  série,  ils  offrent,  pour  les 
terrains  et  pour  les  étages  où  ils  manquent, 
autant  de  caractères  négatifs;  ainsi  ces  cent 
quinze  genres j  dont  aucun  n'a  montré  de  re- 
présentants dans  les  terrains  paléozoïques, 
triasiques,  crétacés,  et  dans  neuf  étapes  ju- 
rassiques sur  dix,  sont  autant  de  faits  oui 
prouvent  la  spécialisation  des  formes  zoolo- 
giques dans  les  étages  géologiques,  et  qui 
pourront  servir  à  reconnaître  ces  étages  par- 
tout oit  ils  se  rencontreront. 

En  comparant  seulement  entre  eux  les 
différents  étages  des  terrains  tertiaires,  nous 
arriverons  encore  à  trouver,  pour  chacun  en 
particulier,  des  caractères  négatifs  donnés 
par  les  faits  actuellement  connus  ;  car  il  en 
ressortira  que  les  107  genres  qui  manquent 
dans  l'étage  suessonien  peuvent  le  caracté- 
riser encore  mieux  que  les  six  genres  qu'on 
feite.  Que  les  90  genres  qui  manquent  à 
étage  parisien,  nue  les  42  genres  qui  sont 
inconnus  dans  l'étage  falunien  sont  autant 
de  faits  négatifs  qu  on  peut  invoquer  pour 
reconnaître  ces  étages,  lorsque  la  superpo- 
sition laisse  des  doutes  sur  l'âge  réel  au- 
quel on  doit  les  rapporter. 

Caractères  stratigraphiques  positifs.  Nous 
appelons  caractères  positifs^  les  formes  ani- 
males, les  genres,  qui  existent  dans  un  ter- 
rain, dans  un  étage  ;  ainsi  pour  nous,  les 
1 15  genres  connus  fossiles  sont  autant  de 
bits  positifs  propres  à  caractériser  les  étages 
où  ils  se  trouvent.  Les  genres  qui  parcou- 
rent une  série  plus  ou  moins  grande  des 
étages  peuvent  servir,  pour  tous  ces  étages 
à  la  fois,  comme  les  genres  canis^  viterraf 
aciuruêf  etc.,  et  ces  genres  qui  traversent 
plusieurs  étages  sont  au   nombre  de   kO, 


tandis  que  ceux  qui  n'occupent  encore  au- 
jourd'hui qu'un  seul  étage  sont  au  nombre 
de  75.  Dès  lors,  les  genres  caractéristiques 
de  leurs  étages  spéciaux  connus  comme  les 
sept  de  l'étage  parisien,  les  23  genres  spé- 
ciaux de  l'étage  falunien,  et  les  42  genres 
propres  à  l'étage  subapennin,  dont  25  sont 
ensevelis  pour  toujours  dans  l'éi^oque  qui 
nous  a  précédés  sur  la  ferre,  seront  autant 
de  formes  caractéristiques  de  ces  différents 
étapes  qu'on  pourra  invi^quer  comme  faits 
positifs,  quand  on  aura  des  doutes  sur  un 
gisement  géologique  dont  la  stratification  ne 
sera  pas  certaine. 

Persistance  des  caractères  positifs.  — Nous 
ne  terminerons  pas  ce  qui  a  rapport  aus 
caractères  positifs,  sans  faire  ressortir  un 
fut  que  nous  comparerons  dans  toute  la 
série  animale.  C'est  que,  lorsque  une  série 
animale  commence  à  se  montrer,  elle  se 
trouve  généralement  dans  tous  les  étages 
intermédiaires  iusqu'à  ce  qu'elle  finisse,  ou 

Qu'elle  arrii'.;  à  l'époque  actuelle.  I^s  genres 
teints  pour  la  faune  terrestre,  comme  ceux 
qui  arrivent  jusqu'à  présenter  des  espèces 
encore  vivantes,  sont  dans  le  même  cas, 
comme  on  peut  le  voir  pour  les  genres  ofi- 
Aracoikeriumf  paUeotherium^  canis^  urtia, 
etc.  Quand  un  genre  manque  dans  un  étage, 
tandis  qu'il  est  représenté  dans  les  étages 
inférieur  et  supérieur,  comme  on  le  voit 
pour  les  genres  /mm,  sciurus^  halieore^elc.f 
etc.,  on  doit  croire  que,  s'il  n'a  pas  encore  été 
rencontré  dans  les  étages  intermédiaires,  il 
doit  sans  doute  exister  sur  des  points  encore 
inconnus  à  la  science,  et  sa  non-présence 
dans  ces  parties  intermédiaires  ne  peut  être 
regardée  comme  un  fait  réellement  négatif. 

Déductions  géologiques  tirées  des  espèces^ 
—  En  comparant  les  travaux  consciencieux 
des  Cuvier,  des  Owen,  des  Mejer,  des  Kaup 
et  de  tant  d'autres  savants  qui  ont  écrit  sur 
les  mammifères  fossiles,  on  reconnaît  que 
chaque  fois  qu'une  espèce  a  été  établie  sur 
assez  de  matériaux  rencontrés  dans  un  étage 
géologique  certain,  elle  se  trouve  propre  à 
cet  étage,  qu'elle  peut  servir  à  caractériser. 
Ou  peut  voir  la  vérité  de  ce  fait  surtout  dans 
le  résumé  que  le  docteur  Giebel  a  fait  des 
mammifères  fossiles  connus.  Il  en  ressort 
évidemment  que  les  espèces  sont  propres  à 
des  étages  spéciaux  ;  car,  bien  que  cet  au- 
teur ait  séparé  le  dilutium  et  les  catemes  de 
son  tertiaire  supérieur,  qui  est  notre  étage 
subapennin,  on  pourra  voir  aux  considéra- 
tions générales  sur  ce  dernier  étage,  oue 
nous  regardons  comme  contemporains  les 
cavernes  et  le  diluvium  qui  contiennent  des 
espèces  perdues;  seulement  les  uns  sont 
des  dépôts  marins,  et  les  autres  des  dépôts 
terrestres  d'une  même  époque  géologique. 
En  nous  résumant,  nous  dirons  que,  par- 
tant de  ce  principe,  nous  pourrons  regarder 
les  quatre  cents  espèces  fossiles  de  mammi- 
fères comme  étant  presque  toutes  caracté- 
ristiques de  leurs  étages  respectifs. 

MAMMIFÈRES  RUMINANTS,  de  ,  leur 
première  apparition^ —  Vog.  Faummi 


830 


MAM 


DICTlONNAmE  DE  COSMOGONIE 


MAM 


8^ 


•    MAMMIFÈRES,  rarement  entraînés  parles 
fleuves,  —  Voy.  Subipennin. 

M-AMMOUTHS  DE  aJRÉRIE.  —  PaHas  et 
plusieurs  auteurs  ont  prétendu  que  les  os 
du  mammouth  se  rencontraient  en  très- 
grande  abondance  dans  toute  la  partie  basse 
de  la  Sibérie  qui,  de  l'ouest  à  Test,  s'élenil 
depuis  les  limites  de  l'Europe  jusqu'à  TA- 
mérique,  et,  du  sud  au  nord,  depuis  la  base 
des  montagnes  de  l'Asie  centrale  jusqu'aux 
rivages  de  la  mer  Arctique.  Bans  cet  espace, 
qui  n'est  guère  moins  étendu  ^ue  l'Europe 
entièi-e,  on  a  trouvé  de  l'ivoire  fossile  pres- 
cjue  partout,  sur  les  bords  de  l'Irtisk,  de 
1  Obi,  dii  Jéniséi,  de  la  Lena  et  de  diverses 
autres  rivières.  Quant  à  des  débris  d'élé- 
j)hanls,  on  n'en  rencontre  ni  dans  les  ma- 
rais, ni  dans  les  plaines  basses,  mais  seule- 
ment dans  les  lieux  où  les  bords  des  rivières 
offrent  de  hauts  escarpements  de  sable  et 
d'argile.  Pallas  en  a  conclu  Irès-judicieùse- 
raent  que,  si  Ton  pouvait  faire  des  coupes 
dans  tous  les  terrains  élevés,  situés  entre 
les  grandes  rivières,  on  y  trouverait  très- 
probablement  des  ossements  semblables. 
Déjà,  avant  Pallas,  Strahlenberg  avait  établi 
que,  lorsque  par  suite  de  leur  débordement, 
les  grands  fleuves  viennent  à  se  creuser  un 
nouveau  lit,  on  ne  manque  jamais  de  ren- 
contrer un  grand  nombre  de  fossiles  de  ce 
genre. 

Quant  au  gisement  de  ces  ossements,  Pal- 
las les  trouva  en  quelques  endroits  associés 
à  des  débris  marins,  tandis  qu'ailleurs,  ils 
n'étaient  accompagnés  que  de  bois  fossile 
ou  de  lignite,  qui,  suivant  cet  observateur, 
paraissait  provenir  d'une  tourbe  carbonisée. 
Pallas  découvrit  aussi  sur  les  bords  du  Jé- 
niséi, par  56  degrés  de  latitude,  et  au-des- 
sous de  la  ville  de  Krasnojarsk,  des  molaires 
et  des  os  d'éléphant  renfermés  dans  des 
couches  de  marne  jaune  et  rouge,  alternant 
avec  du  sable  grossier  et  du  gravier.  Où  se 
trouvaient  aussi  bçaucoupde  fragments  pé- 
trifiés de  saule  et  de  différents  autres  arbres. 
Ni  là,  ni  dans  le  pays  environnant,  il  n*y 
avait  de  coquilles  marines;  on  n'y  rencon- 
trait que  des  couches  de  charbon  (GW).  Mais 
beaucoup  plus  loin  encore,  en  ueseendant 
le  Jéniséi,  on  recueillit  près  de  la  mer,  par 
70  degfés  de  latitude,  des  molaires  de  mam- 
moulh,  auxquelles  se  trouvaient  associées 
des  pétri(i(^ations  marines  (650).  Pallas  cite 
encore  plusieurs  autres  localités  de  la  Sibé- 
rie, où  des  coquilles  marines  et  des  dents 
de  poissons  accompagnent  les  os  du  mam- 
mouth, du  rhinocéros  et  du  buffle  de  Sibérie 
ou  bison   {bos  pri<icus).  Ce  n'est  ni  sur  les 

(6i9)  Pallas,  Rehse  in  Russ.  Rciche,  p.  409, 

fG50)  Nov.  Corn.  Petrop,^  vol.  XVII,  p.  584. 

(851)  Nov.  Corn.  Pètrop.,  vol.  XVII,  p.  591. 

(632)  Journal  du. Nord;  Saint  Pétersbourg,  1807. 

<  Au  momeni  où  je  vous  parle,  les  honinies  qui 
savent  admirer  peuvent  aJuiirpr  à  Taise  le  Mam- 
mouth trouvé  Tannée  dcntière  à  l*cmbouclnire  cic 
la  Lena,  par  le  !»oixant4*,'(iralor7.iènH'.  dogré  de  lal\- 
tude.  Cet  animal  était  incrust:^  (notez  bien)  dans  uni^ 
niasse  dî»g':if:(*,  «'i  rivé  de  plt^ieun  tvh.es  au-drêsm 


bords  de  l'Obi,  ni  sur  ceux  du  Jéuiséi,  mats 
bien  sur  les  rives  de  la  Lena,  qui,  de  ces 
trois  fleuves   est  le  plus  oriental,  et  où,  à 
parité  de  latitude,  le  froid  est  beaucoup  plus 
intense,  que  certains  débris  fossiles  ont  été 
trouvés  dans  un  état  de  conservation  vrai- 
ment extraordinaire.  En  1772,   Pallas  dé- 
couvrit, à  Wiljuiskoi,  au  64*  degré  de  lati- 
tude, sur  les  bords  de  la  rivière  de  Wiljui, 
tributaire  de  la  Lena,  le  squelette  d'un 
rhinocéros   {R,   tichorhinus)  qui  avait  été 
extrait  du  sable  où  il  avait  dû  rester  pen^ 
"dautdes  siècles,  à  l'état  de  congélation,  le  sol 
de  cette  contrée  étant  toujours  gelé  jusqu'à 
une  certaine  profondeur  au-dessous  de  la  sur- 
face. Ce  squelette,  qui  pouvait  être  comparé 
à  une  momie  naturelle,  émettait  une  odeur 
analogue  à  celle  de  la  chair  en  putréfaction. 
Quelques  parties  de  son  corps  étaient  encore 
couvertes  de  poils  noirs  et  gris.  Sa  tête  et 
Tun  de  ses  pieds,  celui  qui  fut  envoyé  à 
Saint-Pétersbourg,  en  étaient  surtout  telle- 
ment garnis,  que  Pallas  se  demandait  si  on 
ne  devait  pas  supposer  que  le  rhinocéros 
de  la  Léua  avait  nabité  les  régions  tempé- 
rées de  l'Asie  centrale,  d'après  cette  circons- 
tance que  son  pelage  était  beaucoup  plus 
chaud    que    celui    du    rhinocéros  d'Afri- 
que (631). 

En  1806,  plus  de  trente  ans  après  la  dé- 
couverte de  ce  rhinocéros,  M.  Adams  trouva, 
bien  plus  au  nord  encore,  le  squelette  en- 
tier d'un  mammouth,  qui  avait  été  engagé 
dans  une  masse  de  glace  sur  les  bords  de 
la  Lena  au  70*  degré  de  latitude.  Les  parties 
molles  de  cet  animal  étaient  en  si  parfait 
état  de  conservation  que  les  loups  et  les 
ours  en  mangèrent  la  cliair.  Dans  son  sque- 
lette, qui  figure  au  muséum  de  Saint-Péters- 
bourg, on  remarque  surtout  la  tête  dont  le 
tégument,  ainsi  que  plusieurs  ligaments, 
sont  encore  entiers.  La  peau  de  cet  animal 
était  couverte  de  soies  noires  semblables  à 
celles  d'un  sanglier,  et  qui,  plus  épaisses 
que  des  crins  de  cheval,  avaient  de  12  à  16 
pouces  (3  à  idée.)  de  long;  elle  était  en 
outre  revêtue  de  crins  d'un  brun  rougeâtre, 
de  4.  pouces  (1  déc.)  de  longueur  environ; 
et  cnun  d'une  laine  de  la  même  couleur, 
ayant  1  pouce  (25  mil.)  de  Ions.  Plus  de 
trente  livres  de  cette  fourrure  furent  ex- 
traites du  sable  humide  qui  bordait  la  ri- 
vière. Ce  mammouth  avait  neuf  pieds  (â  m. 
75)  de  haut  et  seize  (4m.  87)  de  long.  Sans 
tenir  compte,  des  énormes  défenses  recour- 
bées dont  il  était  armé.  Il  est  bien  rare  que 
les  plus  grands  éléphants  mAles  actuellement 
vivants  surpassent  cette  taille  (652). 

du  $ol.  C*eiie  glace  s  étant  mise  h  diminuer  par  je 'l' 
sais  quelle  cause  physique,  on  a  commencé  à  ^[ 
ranimai  depuis  cinq  ans.  —  Hélas  !  dans  un  ^ 
plus  fertile  en  c<mnaissenrs  actifs,  nous  Dossea^ 
rions  une  merveiiîe  qu'on  serait  venu  voir  de  lopw> 
les  parties  du  monde,  comme  les  musulmans  alw^" 
à  la  Mecque,  —  un  animal  antédiluvien  entier  jus- 
que dans  ses  moindres  parties  cl  suïceptiWc/lcfl^- 
baumement;  on  aurait  pu  tenir  dans  ses  maw*  *• 
œil  qui  voyait,  un  cœur  qui  battait  il  y  a  S"*-^, 
mille  ans.    Quh  talia  fando  Umperet  a  hcT^^'*- 


8St 


M.VM 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MâM 


D*apr&s  ce  qui  précède J  on  voit  que  le 
mammouth,  au  lieu  d*élre  à  poils  ras  comme 
les  éléphants  actuels  de  linde  et  de  TAfri- 
que,  était  pourvu  d*uue  enveloppe  de  four- 
rure velue  et  très-épaisse,  qui  était  proba- 
hiement  aussi  impénétrable  à  la  pluie  et  au 
fibid  que  celle  du  bo^  musqué  (653).  Tout 
porte  donc  à  croire  que  cette  espèce  avait 
été  dotée  par  la  nature  de  tout  ce  qui  pouvait 
la  mettre  à  même  de  résister  aux  vicissitu- 
des d'un  climat  septentrional.  £n  outre,  il 
est  ceftain  que  depuis  le  moment  où  les 
scjaelettes  du  rhinocéros  et  de  Télépbant 
ci -dessus  décrits  furent  ensevelis  dans  la 
Sibérie,  au  6k*  et  70*  degrés  de  latitude 
oerd,  le  sol  dut  rester  gelé,  et  Tatmosphèrcr 
conserver  une  température  presque  aussi 
basse  que  celle  qui  y  règne  aujourd'hui. 

L'ivoire  que  l'on  trouve  dans  toute  la  partie 
septentrionale  de  la  Russie,  est,  suivant 
Tiiesius,  d'une  telle  fraîcheur,  que  l'on  a  pu 
faire  des  ouvrages  au  tour  avec  les  milliers 
de  défenses  fossiles  qui  ont  été  déjà  tirées 
de  cette  contrée,  et  dont  on  fait  un  commerce 
considérable,  sans  compter  l'immense  quan- 
tité qui  en  reste  encore.  Quant  aui  sque- 
lettes d'éléphants  fossiles  que  renferme  cette 
même  partie  de  la  Russie,  il  pense  que  leur 
nombre  surpasse  encore  de  beaucoup  celui 
de  tous  leseléph^ntj;  qui  vivent  actuellement 
sur  la  surface  entière  du  globe. 

Mais  lorsqu'il  s'est  trouvé  enlièremeot  dégagé,  rani- 
mai a  glissé  au  bord  de  la  mer,  et  là  il  esl  devenu 
la  pâture  des  ours  blancs,  et  les  sauva^^es  ont  scié 
les  défenses  qu*il  n  a  plus  été  possible  de  trouver. 
Tel  qu'il  est  cependant,  c'est  encore  un  trésor  qui 
oe  peut  être  déprécié  que  par  Tid^  de  ce  qu'on 
aurait  pu  avoir.  J*ai  soulevé  la  télé  pour  ma  part. 
Cesl  un  poids  pour  deux  maîtres  et  pour  deux  la- 
quais. J'ai  touché  et  retouché  Toreille  encore  tapis- 
sée  d€  poil.  J'ai  tenu  sur  une  table  et  examiné  tout  à 
mon  aise  le  pied  et  une  petite  portion  de  la  jambe. 
La  sole,  en  partie  rongée,  avait  plus  d'un  pied  de  dia- 
mètre; la  peau  esl  parfailementconservée  ;  les  chairs 
racornies  ont  abaodomié  la  peau  et  se  sont  durcies 
autour  de  Fos;  ce^ndant  roJeur  est  encore  tfès- 
fu.leel  Irès-désagreable.  Cinq  ou  six  fois  de  suite, 
j*ai  porté  le  nez  sur  celte  chair.  Jamais  Fhomme  le 
plus  voluptueux  n'a  humé  le  plus  délicieux  parfum 
de  rOrient  avec  la  suavité  du  plaisir  que  m*a  causé 
rôdeur  fétide  d'une  chair  antédiluvienne  putréfiée. 
—  Maintenant,  monsieur  le  eomte,  que  monsieur  de 
Biiffon  vienne  nous  faire  des  contes  de  fées  sur  le 
refroidissement  du  globe  !  Si  l'on  cueillait  la  pèche 
M  I  ananas  sur  les  bords  délicieux  du  WaigaU;  si  les 
animaux  du  tropique  vivaient  dans  ces  belles  con  - 
trée»,  quelle  magie  a  conservé  les  parties  tendres  de 
leurs  cadavres,  je  ne  dis  pas  dans  les  premières 
couches  de  terre  meuble,  mais  au-dessus  même  de 
In  surface  de  la  terre  comme  vous  venez  de  le  voir. 
La  montagne  de  glace  qui  entourait  le  mammouth 
«'esl-eUe  Torméc  pendant  qu'il  faisait  chaud?  ou 
bien  le  cadavre  s*est-il  conservé  en*  attendant  qu'il 
lit  froid,  etc.  ?  • 

{Leitre  de  Jf •  ie  eomte  i.  de  Matstre  à  If.  le  comte 
He  VurgaOf  à  Caglieri,  Si-Pétersbourg,  l*'  nov. 
1807). 

(055)  Fllmirt,  £d.  ne».  phiL  jownu^  n*  xii, 
p.  285. 

Bien  que  Tévèque  Héber  affirme  avoir  vu  {Narr. 
o(  a  journal  througk  the  upper  protinces  of  india, — 
f  Sécil  d'^un  voyage  dans  les  provinces  supérieures  de 
rinde,  vol.  Il,  p.  166-210),  dans  la  chabie  infériem-e 


Bien  que  récemment  on  ait  découvert  des 
débris  oe  mammouth  dans  les  roches  de  li- 
mon gelé  et  de  glace  qui,  dans  la  baie  d*£- 
schscnoltz  (Amérique  russe»  lat.  6G'  N.), 
s*étendent  à  Test  xlu  détroit  de  Behring,  on 
ignore  quelles  pouvaient  être,  au  juste,  les 
limites  des  régions  occupées  par  cet  animal. 
A  mesure  gue  la  fonte  de  la  glace  occasionne 
ïa  destruction  de  ces  rocher,  les  défenses  et 
les  ossements  qu'elles  renfermaient  retom- 
bent sur  le  sol,  n*a van t  plus  d*appui  pour  se 
soutenir  ;  et  le  limon  qui  était  mélangé  avec 
la  glace,  laisse  échapper  une  irès-forte  odeur 
de  matière  animale  (G5V). 

Lorsqu*oo  réfléchit  aux  différents  faits  qui 
viennent  d*ètre  énumérés,  on  se  trouve  na- 
turellement porté  à  en  conclure  qu*une  vaste 
région  de  TAsie  centrale,  comprenant  peut- 
être  la  moitié  de  la  partie  méridionale  de  la 
Sibérie,  dut  jouir,  à  ure  certaine  époque  de 
rhistoire  du  globe,  peu  éloignée,  géologique- 
ment  parlant,  de  la  période  actuelle,  a*uii 
climat  assez  doux  pour  produire  les  pâtura- 
ges nécessaires  à  la  sulisistance  de  nombreux 
troupeaux  d*éléphants  et  de  rhinocéros  ap^ 
parienanià  des  espèces  distinctes  de  celles  qui 
vivent  de  nos  Jours.  On  croit,  en  général,  que 
les  grands  nerbivores  exigent  pour  leur 
nourriture  une  végétation  excessivement 
ai)ondante  ;  mais,  suivant  M.  Darwin,  c*cst 
là  une  erreur  complète,  et  qui  provient^  dit- 

des  montagnes  de  rilimalaja,  vers  les  limites  nord- 
est  du  territoire  de  Delhi ,  entre  les  29'  et  30* 
d^és  de  latitude,  un  cléphaitt  indien  de  petite 
taille  couvert  d^une  épaisse  fourrure,  ce  témoignage 
ne  suffit  pas  pour  dttruire  Topinion  génératemeiil 
admise  que  la  variété  dont  il  s*agit  est  excessive- 
ment rare.  If.  Roy  le  (ex -inspecteur  du  Jardin  bota- 
nique de  la  Compagnie  des  iiidcs  orientales,  à  Saba- 
runpore)  qui  se  trouvait  dans  Tlude  au  moment  où  le 
journal  de  Tévèque  Héber  parut,  se  l.vra  vainement  à 
toutes  les  recherches  possibles  pour  ot>tenir  quelques 
preuves  certaines  de  Teiistence  de  ces  élénhanl>, 
dont  au  reste,  il  n*avait  jamais  entendu  parler  jus- 
qu'alors, quoique  demeurant  à  Saharuupore,  par  30* 
de  latitude  nord,  c*eslrâ-dire  précisément  à  Vextri- 
mile  septentrionale  de  la  zôiie  des  éléphants.  D'un 
autre  côté  M.  Everest  ne  fut  guère  plus  heureux; 
c:ir,  après  s'être  livré  aux  mêmes  recherches,  il  ob- 
tint, pour  tout  renseignement,  le  récit  d*uncrencon« 
tre  faite  h  Delhi  d*uii  seul  de  ces  animaux,  dont  le 
corps  était  revêtu  de  longs  poils  extrêmement  touf- 
fus. La  plus  grande  hauteur,  dit  M.  Everest,  à  b- 
quelle  on  rencontre  réiépbant  sauvage  dans  les 
montagnes  au  nord  du  Bengale,  correspond  à  un 
eerUin  endroit  que  Ton  nomme  >bhun  ;  cet  endroit, 
dont  rélévalion  surpasse  de  4,000  pieds  (plus  de 
1,200  mètres)  le  niveau  de  la  mer,  est  s.tué  sous  le 
31'  degré  de  latitude  nord.  Sa  température  moyenne 
annuelle  peut-être  de  64»  P.  (I7«  78  centiç.)  envi- 
ron; quant  à  ses  extrêmes  de  température,  ils  offrent 
une  différence  qui  s'élève  jusqu'à  36*  F.  (20*  cen- 
t!g.)  â  peu  près;  la  température  movenne  de  jan- 
vier étant  de  45*  (7*  22  centig.)»el  celle  de  juin ,  qui 
esl  le  mois  le  plus  chaud,  de  Ht»  F.  (27*  22  oenifg.) 
{EsEULsr.Onclimauof  foss.Eleph.^  journ.  ofAsiat. 
Soc.  ^  Sur  le  climat  des  éléphante  fossiles,  par 
Everest  ;  Journal  de  la  Société  asiatique.  —  K*  25, 

p.  21.) 

(05 i)  Voi|«2  la  description  de  ces  ossements,  par 
le  d'  BiCKLAîm,  Appen.  to  Beechey^s  Voy.  (Suppié- 
iiiciit  au  Voyage  de  IWccliey.) 


SS5 


MAM 


DIGTI0I<(NAIR£  DE  COSMOGONIE 


MAM 


Uk 


i\f  des  données  que  nous  possédons  sur  VInde 
'  et  les  iles  indiennes  ;  ces  données  nous  ayant 
accoutumés  à  associer^  dans  notre  imagination^ 
de  nombreuses  troupes  éTéléphants  à  atmmen- 
ses  forêts^  et  à  d'impénétrables  jungles.  Ce- 
pendant^ en  réalité^  ces  deux  circonstances 
ne  se  trouvent  pas  toujours  réunies^  ainsi  que 
les  parties  méridionales  de  V Afrique^  compris 
ses  entre  le  tropique  du  capricorne  et  le  cap 
de  Bonne-Espérance  en  fournissent  la  preuve. 
Ces  régions,  quoique  stériles  et  désertes^  sont 
remarquables  par  le  nombre  et  la  grandeur 
de  leurs  quadrupèdes  indigènes  ^  parmi  les- 
quels  on  compte  un  éléphant^  cinq  espèces  de 
rhinocéros,  un  hippopotame,  une  girafe ^  le 
buffle  du  Cap,  Vélan,  deux  zèbres,  le  quagga, 
deux  gnous,  et  plusieurs  antilopes.  Le  nombre 
des  individus  dont  ces  diverses  espèces  se  com- 
posent est,  du  reste  en  rapport  avec  celui  des 
espèces  elles-mêmes.  Ainsi,  par  exemple,  le 
'  docteur  Smith  raconte  qu'en  une  journée  de 
marche  qu'il  eut  occasion  de  faire  sous  le  2i' 
degré  de  latitude  sud,  il  rencontra,  sans  d/* 
vicr  beaucoup  ni  d'un  côté  ni  de  l'autre,  cent 
cinquante  rhinocéros  et  plusieurs  troupes  de 
girafes;  ceux  qui  raccompagnaient  avaient 
tué  huit  hippopotames  la  nuit  précédente.  Ce- 

Îendant  le  pays  ne  produisait  que  quelques 
erbes,  et  quelques  buissons  dont  la  hauteur 
ne  dépassait  pas  quatre  pieds  (1  "*  4)  ;  les  mi' 
mosa  arborescentes  s'y  trouvaient  en  plus  pe- 
tit nombre  encore,  de  sorte  que  les  chariots 
\  dss  voyageurs  n'étaient  pas  entravés  dans  leur 
marche,  qu'ils  pouvaient  suivre  à  peu  près  en 
en  ligne  droite  (655). 

Pour  expliquer  comment  un  St  grand 
nombre  d  animaux  peuvent  trouver  une 
Alimentation  suffisante  dans  ces  régions ,  on 
a  supposé  que  le  bois  taillis  dont  ils  font 
leur  nourriture  ordinaire  était  d'une  nature 

.  très-nulritîve.  On  a  remarqué,  de  plus  que, 
si  la  végétation  ne  devait  pas  être  regardée 
comme  très-abondante,  sa  croissance,  en 
revanche ,  était  des  plus  rapides.  Aussitôt , 
dit  le  docteur  Smith,  qu'une  place  a  servi 
de  pâture  aux  animaux  de  ces  contrées,  elle 
5e  retrouve  couverte  d'une  végétation  nou- 
velle. En  somme ,  il  demeure  constant,  toute- 
fois, que,  mal|4,ré  la  prompte  reproduction 
de  la  végétation,  la  quantité  de  nourriture 
nécessaire  aux  grands  herbivores  est  défini- 
tivement bien  moindre  qu'on  ne  le  croit  or- 
dinairement. M.  Darwin  pense  que  la  somme 
.  totale  de  la  végétation  qui,  en  un  temps 
donné,  recouvre  le  sol  de  la  Grande-Bre- 
tagne, doit  être  dix  fois  plus  considérable 
3ue  celle  qui ,  sur  un  espace  égal,  se  pro- 
uit  vraisemblablement  dans  les  parties  in- 
térieures de  l'Afrique  méridionale  (656).  On 
remarque  en  outre ,  comme  exemple  du  peu 
de  rapport  qui  existe  entre  l'abondance  de  la 
nourriture  et  la  dimension  des  mammifères 

;  indigènes,  que ,  tandis  que  la  partie  déserte 
de  l'Afrique  méridionale  renferme  un  nombre 
si  considérable  de  grands  animaux,  le  Brésil, 

(655)  Dakwin  ,  Journal  of  Traveti  in  S.  Am^a, 
etc.,  183i-1836;  Voyage  du  Heagle,  p.  98. 

<C*a3)  Dabwin  Journal  of  tràveU  in  S.  Amerka, 


dont  la  végétation  est  d'une  richesst  et  d'une 
vigueur  sans  égales ,  ne  possède  pas  un  seul 
grand  quadrupède  sauvage  (637). 

Bien  qu'il  n'y  ait  nul  doute  que  de  nom- 
breuses troupes  de  mammouths  et  de  rhi- 
noiéros    ne    pourraient   aujourd'hui  vivre 

f rendant  toute  l'année  dans  la  Sibérie,  dont 
e  sol  reste  couvert  de  neige  tout  l'hiver,  ce 
n'est  pas  à  dire,  pour  cela,  qu'une  végétation 
propre  à  nourrir  ces  grands  animaui  naît 
pu ,  jadis ,  croître  et  prospérer  entre  les  40*  et 
60*  degrés  de  latitude  nord. 

D'après  le  docteur  Fleming,  la  nourritun 
que  l  espèce  wtuelle  d'éléphants  préfire  ne 
peut  nullement  nous  mettre  à  portée  de  dé- 
terminer celle  de  l'espèce  éteinte,  ni  même  de 
former  une  conjecture  probable  à  ce  sujH. 
Aucun  de  ceux,  dit-il,  qui  connaissent  k 
caractère  araminivore  de  nos  bêtes  /aurei, 
telles  que  le  chevreuil  ou  le  cerf,  n'auraient 
pu  supposer  que  le  lichen  fût  la  nourritutî 
du  renne. 

Plusieurs  voyageurs  rapportent  que,  mal- 
gré le  froid  excessif  qui,  relativeoQent  à  la 
partie  occidentale  de  l'Asie,  règne  aujour- 
d'hui à  parité  de  latitude  dans  la  partie 
orientale  de  ce  même  continent,  on  retrouve 
dans  cette  région ,  non-seulement  des  forêts 
de  sapins,  mais  aussi  des  bois  de  bouleaux, 
de  peupliers  et  d'aunes,  qui  s'avancent,  en 
bordant  la  Lena ,  jusqu'au  60*  degré  de  lati- 
tude nord. 

On  a  prétendu  également  qu'ainsi  qu'à 
l'époque  actuelle  les  animaux  des  climats 
septentrionaux  émigrent  suivant  les  saisons, 
il  se  pourrait  aussi  que  l'éléphant  et  le  rhi- 
nocéros de  Sibérie  eussent  eu  pour  habitude 
de  se  rapprocher  du  nord  en  été.  Le  bœuf 
musqué  abandonne  chaque  année  ses  quar- 
tiers d'hiver  méridionaux,  et  traverse  la 
mer  sur  la  glace  pour  aller  patlre  pendant 
quatre  mois,  de  mai  à  septembre ,  les  riches 
pâturages  de  l'île  Melville,  située  sous  le 
75*  degré  de  latitude.  D'après  cela,  ne  doit- 
on  pas  supposer  que,  durant  les  vives  cha- 
leurs des  courts  étés  du  nord ,  les  mani- 
n.ouths  pouvaient,  sans  dépasser  le  cercle 
arctique,  aulantque  le  bœuf  musqué,  étendre 
leurs  excursions  depuis  les  régions  centrales 
ou  tempérées  de  l'Asie,  jusqu'au  60'  paral- 
lèle de  latitude? 

Or,  dans  ce  cas ,  la  conservation  de  leurs 
ossements,  et  même  quelquefois  de  leur 
squelette  entier,  dans  la  glace  ou  dans  le 
sol  gelé,  peut  s'expliquer,  sans  qu'il  soit 
nécessaire,  pour  cela,  d'admettre  aucune 
révolution  subite ,  soit  dans  l'ancien  climad 
soit  dans  l'état  primitif  de  la  surface  du 

flobe.  Il  y  a  tout  lieu  de  supposer  qû« 
époque  où  vivaient  Téléphant  et  le  rhino- 
céros dont  les  espèces  sont  éteintes,  les 
basses  terres  de  la  Sibérie  s'étendaient  moins 
vers  le  nord  qu'à  présent  ;  car  on  sait  que  les 
strates  qui  forment  ces  basses  terres,  et  dans 
lesquelles  sont  enfouis  leurs  T[)ssemenls,  lu* 

etc.,  p.  9lD.  , 

(657)  BuRCHELL,  cité  par  Darww,  iM.,  p- 1<'>' 


8Ô3 


MâH 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


UèM 


rent,  à  Torigioe ,  déposées  soas  la  mer/  On 
sai^en  outre,  d*après  les  faits,  que  le  voyage 
de  Wangrel ,  exécuté  en  Iffif,  ISKel  1823, 
a  si  bien  mis  en  évidence  qu'un  soulève* 
ment  lent  da  sol ,  analogue  à  celui  oui  s'o- 
père dans  une  partie  de  la  Suède,  a  lieu  en 
ce  moment,  d'une  manière  incessante,  sur 
les  bords  de  la  mer  Glaciale.  Ainsi  donc, 
de  même  que  les  rivais  du  golfe  de  Bothnie 
augmentent  d'étendue,  non-seulement  par 
Tenet  des  sédiments  qu'y  apportent  les  ri- 
vières, mais  aussi  par  suite  de  l'élévation, 
et  conséquemmentdtt  dessèchement  du  fond 
de  la  mer,  de  même  il  se  pourrait  qu'une 
semblable  combinaison  de  causes  eût,  dans 
les  temps  modernes,  occasionné  l'aman- 
dissement  de  la  bande  de  terre  basse,  où  ont 
été  trouvés,  en  Sibérie,  des  coauilles  ma- 
rines et  des  ossements  fossiles.  Ln  tel  chan- 
gement dans  la  géographie  physique  de  .cette 
ré^on  tendrait  nécessairement,  en  impli- 
quant l'accroissement  constant  des  terres 
arctiques,  à  augmenter  Vin  tensi  té  des  hivers. 
Or,  ne  doit-on  pas  conclure  de  là  qu'avant 
que  la  terre  ferme  eût  acquis  une  aussi 
grande  étendue  vers  le  nord ,  Thiver  et  l'été 
de  la  Sil>érie  offraient  des  différences  de 
température  moins  considérables  que  celles 
qu'ils  présentent  aujourd'hui^  et  n'est-il  pas, 
en  outre ,  extrêmement  proliable  que  c'est 
plutôt  à  nneaugmenlation  du  froidde  l'hiver, 
qu'à  une  diminution  générale  de  la  tempé- 
rature moyenne  annuelle ,  qu*est  due  l*ex- 
tinccion  définitive  du  mammouth  et  de  ses 
contemporains? 

En  jetant  un  coup-d'œil  sur  la  carte,  le 
lecteur  verra  comment,  à  présent,  toutes  les 
gv^ndes  rivières  de  la  Sibérie  coulent  du 
sud  au  nord ,  se  rendant  de  régions  tempé- 
rées vers  des  régions  arctiques  ;  et  eomment, 
par  suite  de  cette  direction,  elles  sont  toutes, 
ainsi  que  le  Mackensie.  dans  l'Amérique  du 
Nord ,  sujettes  à  des  débordements  considé* 
râbles  ;  circonstance  qui  s'explique  par  la 
grande  quantité  d'eau  courante  que  ces  ri- 
vières reçoivent  dans  la  partie  supérieure 
on  Déridionale  de  leurs  cours,  alors  qu*elles 
sont  complètement  gelées,  sur  une  étendue 
de  plusieurs  centaines  demiiles  près  de  leurs 
emiiouchures ,  où  elles  restent  bloquées  par 
la  glace  pendant  six  mois  de  Tannée.  Dans 
cet  état  de  choses,  on  conçoit  ce  qui  doit 
natorellement  avoir ^îeu:  ces  eaux  courantes, 
ne  trouvant  pas  d'issue ,  se  répandent  sur  la 
glaee;  souvent,  aussi,  elles  changent  de 
direction  et  entraînent  avec  elles,  soit  des 
lorèts  entières  qnand  elles  en  rencontrent 
sur  leurs  passages,  soit  d'énormes  quantités 
de  terre  et  de  gravier,  mêlés  de  glace.  Or,  les 
rivières  de  la  Sibérie  étant  au  nombre  des 
plus  grands  cours  d'eau  du  monde  (le  Jé- 
Biséi  a  2,500  milles  ou  900  lieues  de  lon- 
gueur, et  la  Lena,  2,000  milles,  ou  plus  de 
700  lieues),  on  conçoit  facilement  que  les 
aniiBaua  qui  tombent  dans  leurs  eaux  peu- 
vreot  non-seulement  se  trouver  transportés 
à  de  très-grandes  distances,  dans  la  direction 


de  la  'mer  Arctique,  mais  aussi  qu*avant 
d'arriver  à  cette  mer  ils  peuvent  échouer 
sur  la  glace,  ou  même  être  gelés  par 
suite  de  leur  ensevelissement  dans  quel- 
que masse  de  glace.  D*un  autre  côté ,  ne 
serait-il  pas  également  possible  que  plus 
tard,  la  glace  venant  à  se  rompre,  ils  con- 
tinuassent leur  marche  vers  TOcéan,  et  qu'en- 
suite ils  finissent  par  être  ensevelis  dans  les 
dépôts  fluviatiles  et  sous-marins  qui ,  d'or- 
dinaire, s'accumulent  près  de  Tembouchure 
des  rivières. 

M.  de  Uumboldt  a  remarqué  que ,  près  des 
bords  de  la  L.éna,  à  quelques  pieds  de  profon- 
deur, le  sol  reste  toujours  gelé  sur  une  épais- 
seur consiJéral>le.  Or,  on  comprend  qu'un 
squelette,  qui,  dans  un  tel  climat  et  dans  une 
telle  réi^ion,  viendrait  à  êlre  enchAssé  dans 
la  glace  et  le  limon ,  pourrait  bien  y  rester 
indéfiniment  sans  être  atteint  de  putréfaction 
(658j.  Aujourd'hui,  suivant  le  professeur 
Baér,  deSaint-Péterst>ourg,  la  terre  se  trouve 
constamment  gelée  jusqua  la  profondeur  de 
MO  pieds  (  122  mètres  environ  ) ,  à  Yakutzt  « 
ville  située  sur  la  nve  occidentale  de  la  Léna« 
au  02*  degré  de  latitude  nord,  et  à  six  cents 
milles  (  plus  de  800  lieues) de  distance  de  la 
mer  polaire.  Ce  fait  n'autorise-t-il  pas  à  sup- 
poser que,  dès  l'époque  à  laquelle  vivait  le 
uammouth,c'est-èAlire  lorsque  la  partie  basse 
de  la  Sibérie  avait  moins  a'étendue  vers  la 
nord,  et  que  son  climat  était  par  conséquent 
pins  tempéré  qu'il  ne  Test  à  présent,  le  froid 
avait  déjà  assez  d'intensité  pour  que  les 
rivières,  coulant  dans  la  direction  où  eHes 
coulent  encore  aujourd'hui,  puissent,  après 
avoir  entraîné  du  sud  au  nord  les  corps  des 
animaux  qui  s'étaient  noyés  dans  leurs  eaux» 
donner  lieu  à  leur  ensevelissement  dans  des 
glaces  flottantes  et  dans  du  limon  gelé. 

S'il  est  vrai  que  le  squelette  du  mammouth 
dont  nous  avons  parlé  ait  été  trouvé  enfermé 
dans  de  la  glace,  sans  mélange  de  limon  » 
on  pourrait  supposer  que  l'animal  avait  été 
englouti  sous  quelque  amas  de  neige.  Sui- 
vant le  docteur  Richardson ,  dans  certaines 
régions  du  nord  de  l'Amérique,  actuellement 
habitées  par  un  grand  nombre  de  quadrupèdes 
herbivores,  les  neiges  se  convertissent  sou- 
vent en  glaciers  permanents.  Ces  neiges  sont 
poussées  par  le  vent  sur  les  flancs  des  roches 
escarpées ,  où  elles  forment  des  talus  incli- 
nés, de  plusieurs  centaines  de  pieds  de  haut; 
puis,  ^uand  vient  le  dégel,  des  torrents  se 
précipitent  des  hauteurs  enrironnantes ,  en* 
traînant  avec  eux  du  terrain  d'alluvion  et  du 
gravier.  Ce  sol  nouveau  se  recouvre  bientôt 
de  végétations,  et  protège  la  neige  qui  Ini 
sert  d  appui  contre  l'action  du  soleil.  L*eatt 
pénètre  parfois,  il  est  vrai,  dans  les  fissures 
et  les  pores  de  la  neige  ;  mais ,  comme  elle 
y  gèle  aussitôt  ;  elle  ne  fait  que  hâter  la  trans» 
formation  de  la  masse  en  un  seul  glaçon 
compacte.  Or,  les  choses  se  passant  de  la 
sorte,  on  comprend  qu'il  puisse  arriver  quel- 
quefois que  les  animaux  qui  paissent  dans 
les  vallées  situées  sur  les  bonis  de  la 


(198)  llca90L»T,  Fra§m:ttU  de  gé4À0^'e  et  de  ciimaloiogie  9$iatijue%^  t.  H,  p.  r*03. 


8G7 


MaR 


DICTlONNAiRH  DE  COSM0GO?ilE 


MAR 


tu 


ou  de  quelque  rivière  «  au  pied  de  rochers 
analogiaes  'a  ceux  dont  il  vient  d'êlrc  ques- 
tion, se  trouvent  engloutis  dans  les  neiges, 
et  que  ces  neiges,  une  fois  transformées  en 
glat^ons  solides,  les  transportent  vers  les 
retiens  f/olaires. 

En  définitive,  toutes  les  considérations 
auxquelles  nous  venons  de  nous  livrer  ^lor- 
tent  h  croire  que  le  mammouth,  de  même 
que  quelques  autres  quadrupèdes  éteints, 
conforinésde  manière.à  vivre  sous  les  hautes 
latitudes,  ont  très-bien  pu  habiter  la  partie 
septentrionale  de  TAsie,  à  une  époque  où  le 
climat  était  plus  doux  et  plus  uniforme 
qu*il  ne  Test  à  présent.  Les  terrains  dans 
lesquels  se  trouvent  les  mammifères  éteints, 
dont  il  a  été  précédemment  question ,  appar- 
tiennent à  Tépoque  tertiaire  fa  plus  moderne; 
quant  aux  dépôts  tertiaires  les  plus  anciens, 
la  nature  des  coquilles  fossiles  qu*ils  ren- 
ferment, attestent  une  température  d'autant 
plus  élevée  quMls  datent  d*une  période  plus 
reculée.  Ainsi,  par  exemple,  on  trouve  dans 
les  plus  anciens  de  ces  dépôts ,  désignés  sous 
le  nom  d*éocèncs,  des  coquilles  du  genre 
nautile  et  divers  reptiles  tels  que  certains 
crocodiles  et  certaines  tortues  de  mer  et  de 
terre ,  qui  offrent ,  sous  le  rapport  de  leur 
structure ,  quelque  analogie  avec  ceux  que 
de  nos  jours  on  ne  rencontre  que  dans  des 
latitudes  très-chaudes. 

MARBRES.  Voy.  V Introduction. 

MARCEL  DE  SERRES.  —  Comme  nous 
Tavons  vu  à  Tarticle  Jours  —  fériodbs,  ce 
savant  soutient  la  théorie  des  époques  indé* 
terminées.  Ce  système  naquit  vers  la  fin  du 
siècle  dernier,  et  fut  principalement  soutenu 

f»arDeluc  (Foy.  cemot).  Il  consistée  regarder 
es  six  jours  delà  créationcommeautantde  pé- 
riodes d*uneduréeindéterminée.  Ce  furentles 
travaux  de  Cuvier  qui  contribuèrent  surtout 
adonner  quelque  crédit  à  cette  opinion.  On 
sait  que  Cuvier,  pour  expliquer  la  forma- 
tion des  teirains  de  stratification ,  admettait 
jusqu'à  quatre  ou  cinq  envahissements  suc- 
cessifs do  la  mer  sur  les  continents.  On 
5*empara  de  ces  idées  et  on  essaya  de  les 
ajuster  au  texte  de  la  Genèse.  M.  Marcel  de 
Serres  a  composé  un  livre  exprès  sur  ce 
sujet.  C'est  Tauteur  qui  a  le  mieux  formulé 
et  le  plus  habilement  soutenu  cette  thèse. 
Voici  ce  système  tel  qu'il  est  développé  par 
le  savant  professeur  de  Montpellier,  dans  un 
de  ses  principaux  ouvrages,  la  Cosmogonie 
de  Moïse, 

'  Suivant  M.  Marcel  de  Serres,  par  les  mots 
in  principio^  il  faut  entendre  une  période 
indéfinie  qu'on  peut  supposer  avoir  précédé 
de  plusieurs  millions  d  années  les  six  jours 
ou  les  six  époques  de  la  création  ou  organi- 
sation du  monde ,  mentionnées  dans  la  Ge- 
nèse. C'est  dans  cet  immense  intervalle  que 
Dieu  créa  la  matière  ou  la  substance  dont 
les  planètes,  les  étoiles  et  tous  les  corps 
célestes  sont  composés,  ainsi  que  Kéther  et 
les  attnosphères  dans  lesquelles  les  astres 
sont  disséminés. 

Ecoulons  Fauteur  lui-même  développant 
ses  idées. 


«  Moïse  parait  avoir  distingué  dans  son 
récit  deux  sortes  de  créations  :  Tune,  géné- 
rale et  primitive  qui  eut  lieu  au  commenr^ 
ment;raulre,  particulière  à  noire  globe^ 
qui  so  rapporte  aux  temps  plus  récents,  où, 
dans  sa  sagesse  infinie,  Dieu  trouva  Imaden 
orgaixiser  la  surface  et  de  la  peupler  d'èir& 
vivants. 

«  D*après  ce  grand  législateur,  la  matière 
qui  compose  les  coi'ps  célestes ,  la  terre  et 
les  autres  corps  planétaires,  aurait  étérré^e 
dans  le  principe.  Ces  mots  au  commence- 
ment indiquent  une  période  indéfinie,  biefi 
antérieure  aux  époques  également  indéler- 
minées,  pendant  lesquelles  le  g!obea()n5 
sa  forme  sphéroïdale,  et  a  reçu  lés  vé^élam 
et  les  animaux  qui  devaient  y  répandre  h 
vie  et  le  mouvement. 

«  Pendant  ha  preiaTère  pézmle^  o»  pbiùi 
au  commencement ,  ainsi  que  le  ])orte  le 
texte  hébreu.  Dieu  créa  la  matière,  on  k 
dont  il  forma  le  ciel  et  la  terre ,  car,  cçîVà 
toute  la  matière.  Par  l'effet  de  sa  touti^poi^- 
sance,  la  substance  dont  les  étoiles,  ks 
planètes  et  tous  les  s^  sternes  stellaires  sotii 
composés,  ainsi  que  1  éther  et  les  atmospht- 
res  dans  lesquelles  les  astres  sont  disséminés. 
sortirent  du  néant.  Ils  précédèrent  donc  L^ 
disposition  et  larrangement  propre  à  chamo 
des  corps  célestes.  A  cette  primitive  cr» 
tion  du  ciel  renfermant  les  systèmes  stejhi- 
res  et  la  terre  se  rapporte  le  premier  lenel 
de  la  GemiMt^  Au  commencement  JHtu  cm 
ce  qui  fut  les  deux  et  la  terre. 

«  C'est  donc  sans  fondement  que  ecrîaioi 
commentateurs  ont  traduit  ce  pasfa;ee3 
disant  que  Dieu  aurait  créé  au  premier  jour 
les  cieux  et  la  terre,  car  nulle  part  Muk 
n'affirme  que  la  terre  soit  sortie  du  néaniw 
preinter  jour,  mais  bien  au  comment emeni. 
Or,  par  ces  mots ,  il  faut  entendre  une  pé- 
riode indéfinie ,  suivie  également  d*éfK>qu^ 
indéterminées  dont  rien  ne  peut  faire  appiv- 
cier  la  durée.  Pendant  ces  époques  sucit-s- 
sives  ont  eu  lieu  les  diverses  opratiOG' 
physiques,  ouïes  différentes  modificatiohs 
delà  surface  du  globe  dont  nous  devons  ii 
connaissance  à  la  géologie, 

a  Le  premier  verset  de  la  Genèse  s'octnpe 
de  la  manière  la  plus  explicite  de  la  en^sM 
de  l'univers.  D'abord  du  ciel,  c'est-à-dir^dJi 
l'espace  où  sont  disséminés  les  différeou 
corps  célestes  et  planétaires ,  enfin ,  du  sys- 
tème général  des  astres.  En  second  lieu ,  tii* 
la  terre  qui,  désigne,  particulièrement  notn 
planète  ;  partie  uu   monde  qui  intére^s;^  >'^ 

f>lus  Thomme  et  que  la  Genèses  eu  partin* 
ièrcment  en  vue. 

«  Le  législateur  des  Hébreux  ne  oau5 1 
fourni  aucune  donnée  sur  la  longueur  <^ 
cette  période ,  antérieure  aux  six  époqut* 
de  la  création.  Faute  de  notions  à  cet  é^^» 
on  peut  supposer  que  des  milhonsdannéf» 
ont  rempli  I  intervalle  indéfini  qui  sépare  ie 
commencement  de  la  première  époque,  oa 
la  terre  reçut  une  forme  et  des  dispositioos 
nouvelles. 

«  Suivant  nous,  la  matière  qui  conip*^ 
les  cieux  et  la  terre  aurait  été  créée  lu  coo- 


9Ù0 


MAft 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAR 


870 


nenccment.  Elle  n*atirait  reçu  et  pris  sa 
forme  et  sa'disposi (ion  actuelle,  que  pen- 
dant les  SIX  époques  de  la  création;  tandis 
que,  suivant  d  autres  naturalistes,  les  événe* 
ments  géologiques  qui  s*y  sont  succédé  au- 
raient eu  lieu  pendant  cette  première  pé- 
riode. Ces  diverses  manières  d'entendre  le 
récit  delà  création  ne  portent  nullement 
sur  son  exactitude,  mais  sur  la  justesse  de 
Tune  ou  de  Tautre  de  ces  interprétations.» 

Ainsi,  M.  Marcel  de  Serres  distingue  deux 
grandes  périodes  :  l'une  qui  se  rapporte  au 
commencement  des  choses  et  à  leur  état 
pour  ainsi  dire  rudimentaire;  il  la  nomme 

Î période  universelle ,  parce  qu'elle  embrasse 
a  création  de  l'universalité  des  corps  céles- 
tes et  planétaires;  l'autre  période  qu'il  ad- 
uiet,  a  reçu  le  nom  de  période  céleste  et 
terrestre.  C'est  pendant  cette  période  que  les 
corps  célestes  et  planétaires  de  notre  sys- 
tème solaire  reçurent  leurs  formes  et  leurs 
dispositions  actuelles. 

Arrivé  aux  opérations  des  six  jours,  M. 
Marcel  de  Serres  traduit  ces  six  jours  par 
six  époques.  Il  se  fonde  sur  ce  que  l'exprès-, 
sion  hébraïque  tom,  rendue*  en  grec  par 
e^c^K,  en  latin  par  diesy  désigne  souvent 
dans  ces  langues,  une  épojiue  d'une  durée 
indéterminée.  Comment,  d  ailleurs,  suivant 
r4»bservation  de  Deluc,  Moïse  aurait-il  pu 
assimiler  à  des  jours  de  vingt-quatre  heures» 
les  premiers  jours  génésiaques,  puisque  le 
sr»  leil  qui  les  mesure  ne  fut  disposé  pour 
!^ite  Gnqu*à  la  quatrième  époque.  Puis,  si 
:e:â  jours  étaient  des  jours  ordinaires,  ils  ont 
iùm  avoir  un  soir  et  un  matin  :  pourquoi 
l(f  ne  cette  redondance  inutile  de  vespere  et 
hane  qui  revient  comme  un  refrain  après 
:h0que  journée?  En  répétant  à  chaque  lom 
|u*iJ  aeu  son  soir  et  son  matin,  Moïse  n'a- 
-il    i)as  voulu  nous  indiquer  que  de  grands 
K)uicversements  l'ontdistinguéde  l'ère  sui- 
vante? Un  autre  argument  tiré  du  texte 
onfirme  ce  sentiment.  Après  'chaque  jour- 
lée  ,  i*éc;ivain  sacré  a  soin  de  nous  avertir 
>ar  les  mots  fuit  vespere  et  fuit  mane^  qu'elle 
st  complètement  écoulée.  Mais,  lorsqu'il  est 
[uestion  de  la  septième  époque,  il  ne  parle 
»las  du  soir  et  du  matin.  On  se  demande  la 
ause  de  cette  omission  et  d'une  exception 
ussi  remarquable. 

En  dehors  de  c^tte  interprétation,  nul 
lojen,  suivant  M.  Marcel  de  Serres,  de  se 
endre  compte  de  la  formation  des  terrains 
rimitifs  et  de  sédiment.  En  effet,  ces  der- 
îers,  formés  par  un  grand  nombre  do 
ruches  p  aussi  différentes  par  leur  nature 
Mimique  que  par*  les  êtres  qu'elles  recèlent, 
nt  oteessairement  exi^é  pour  leur  précipi* 
tiioQ  de  longs  intervalles  ^  c^r,  toute  dispo- 
iien  en  couche  indique  des  dépôts  lents  et 
iccessifs  de  substances  suspendues  dans 
n  \iquide.  De  plus,  l'étude  de  ces  couches 
émontre  à  chaque  pas  qu'à  la  suite  de  leur 
irmation,  elles  ont  dû  être  brisées,  iucJi- 
ées,  relevées,  tordues»  bouleversées,  phé* 
orijénes  qui  ont  dû  exiger  des  intervalles 
e  temps  plus  ou  moins  longs. 

Ce  n'^st  pas  tout.  La  diversité  de  nature 


ciiimiquc  de  ces  tranches  ne  permet  pas  non 
plus  de  douter  qu'elles  n'aient  été  formées  à 
des  époques  distinctes  et  très-éloignées  les 
unes  des'aulres.  Les  fossiles  qu'elles  recè- 
lent en  si  grand  nombre  viennent  encore  à 
l'appui  de  celle  assertion.  Enieffel,  ces  corps 
organisés  changent  com]»léleraenl  dans  leurs 
caractères  spécifiques ,  suivant  la  situaliou 
ou  la  profondeur  ùes  formations  où  ils  sont 
ensevelis.  Enfin,  les  animaux  qui  fourmil- 
lent au  milieu  des  divers  déj;ôts  de  sédi- 
ment s'y  trouvent  dans  les  âges  les  plus 
différents,  circonstance  qui  ne  j>eul  se  con- 
cilier avec  une  création  aussi  prompte  q.:c 
le  serait  colle  des  six  jours.  Les  faits  physi- 
ques nous  disent  donc  qu'il  s'est  écoule  un 
long  inlervalle  entre  la  première  apparition 
de  la  vie  sur  la  terre  et  celle  de  1  homme, 
et  de  plus  grands  encore,  antérieurement  à 
ces  deux  époques. 

Concluons  donc  que,  si  l'on  se  refusait  à 
suivre  rinterprétatiou  présentée  plus  haut , 
il  serait  à  peu  près  impossible  de  donner  au 
récit  de  Moïse  un  sens  raisonnable,  et  sur- 
tout de  le  faire  concorder  avec  les  faits  les 
plus  positifs  et  les  mieux  démontrés. 

Après  ces  préliminaires  qui  constituent , 
comme  on  le  voit,  le  fond  principal  du  sys- 
tème, M.  Marcel  de  Serres  arrive  à  Texpli- 
cation  de  chacun  des  jours-périodes  de  la 
création. 

Le  premier  jour,  ou  plutôt  la  première 
époqiie,  nous  offre  la  terre  déjà  créée  ,  pas- 
sant de  l'état  vaporeux  de$  nébuleuses  a  un 
certain  degré  de  solidité  produite  par  l'effet 
du  rayonnement  de  la  surface  du  globe.  Le 
toou  boou  on  Vinanis  et  taeua  de  la  Vulgate, 
désigne  une  matière  qui  n'est  ni  solide  ni 
liquide ,  une  matière  sans  forme  quelcon- 
que, mais  susceptible  de  prendre  toute 
espèce  de  figure.  Le  spiritus  Dei  ou  vent  de 
Dtfu  n'est  qu'un  vent  impétueux  qui  souf- 
flait sur  les  eaux.  L'état  delà  terre,  au  com- 
mencement de  cette  époque,  paraît  donc 
avoir  été  le  même  que  celui  par  lequel  ont 
passé  tous  les  corps  planétaires,  ces  corps 
ayant  été,,àlcur  origine,  gazeux  ou  à  l'état  de 
vapeurs.  Ici ,  M.  Marcel  de  Serres  appuie 
son  opinion  sur  Texistence  des  nébuleuse?, 
dont  plusieurs  semblent  indiquer  que  les 
particules  gazeuses  qui  les  composent  corn* 
mencent  à  se  réunir  en  noyaux  liquéfiés  et 
deviennent  peu  à  peu  solides. 

Le  mot  hébreu  or  ou  aor,  en  latin  fur , 
s'applique  aussi  bien  à  la  chaleul*  ou  au  feu 
et  à  la  tiamme  qu'à  la  lumière.  Cette  lumière 
n'est  qu'un  effet  des  vibrations  où  des  on- 
dulations de  Téther,  excitées  par  des  causes 
guelconques.  A  la  voix  de  Dieu,  la  lumièie 
jaillit  de  l'obscurité  qui  avait  régné  jusque- 
là  sur  la  terre,  et  c'est  ainsi  quon  doit^ en- 
tendre la  séparation  de  la  lumière  d'avec  les 
ténèbres. 

Le  mot  ereb  ou  hereb  {vespere)  opposé  à 
boker  {mane),  doit  être  pris,  comme  nous 
l'avons  vu  plus  haut,  iiour  fin  d'une  période 
ou  d'une  époque,  etooA'er  pour  le  temps 
qui  la  précède   ou  qui  l'ouvre,  c'es'.-à-dirc 


8G7 


MaR 


DICTiONNAIRH  DE  COSMOGONIE 


IfAR 


lié 


ou  de  quelque  rivière  «  au  pied  de  rochers 
analogues  %  ceux  dont  il  vient  d*étrc  ques- 
tion, se  trouvent  engloutis  dans  les  neiges, 
et  que  ces  neiges,  une  fois  transformées  en 
glanons  solides,  ies  transportent  vers  les 
régions  polaires. 

En  définitive,  toutes  les  considérations 
(luxquelies  nous  venons  de  nous  livrer  por- 
tent h  croire  que  le  mammouth,  de  même 
que  quelques  autres  quadrupèdes  éteints, 
conformésde  manière  à  vivre  sous  les  hautes 
latitudes,  ont  très-bien  pu  habiter  la  partie 
septentrionale  de  TAsie,  à  une  ét)oque  où  le 
climat  était  plus  doux  et  plus  uniforme 
qu*il  ne  Test  à  présent.  Les  terrains  dans 
lesquels  se  trouvent  les  mammifères  éteints, 
dont  il  a  été  précédemment  question ,  appar- 
tiennent à  répoque  tertiaire  fa  plus  moderne; 
quant  aux  dépôts  tertiaires  les  plus  anciehs, 
la  nature  des  coquilles  fossiles  qu'ils  ren- 
ferment, attestent  une  température  d'autant 
plus  élevée  qu'ils  datent  d'une  période  plus 
reculée.  Ainsi,  par  exemple,  on  trouve  dans 
les  plus  anciens  de  ces  dépAts ,  désignés  sous 
le  nom  d'éocènes,  des  coquilles  du  genre 
nautile  et  divers  reptiles  tels  que  certains 
crocodiles  et  certaines  tortues  de  mer  et  de 
terre ,  qui  offrent ,  sous  le  rapport  de  leur 
structure ,  quelque  analogie  avec  ceux  que 
de  nos  jours  on  ne  rencontre  que  dans  des 
latitudes  très-chaudes. 

MARBRES.  Voy.  V Introduction. 

MARCEL  DE  SERRES.  --  Comme  nous 
l'avons  vu  à  l'article  Jours  —  fériodbs,  ce 
savant  soutient  la  théorie  des  époques  indé* 
terminées.  Ce  système  naquit  vers  la  fin  du 
siècle  dernier,  et  fut  principalement  soutenu 

f»arDeluc  (Foy.  cemot).  Il  consistée  regarder 
es  six  jours  de  la  création  comme  autantde  pé- 
riodes d'uneduréeindéterminée.  Ce  furent  les 
travaux  de  Cuvier  qui  contribuèrent  surtout 
adonner  quelque  crédit  à  cette  opinion.  On 
sait  que  Cuvier,  pour  expliquer  la  forma- 
tion des  teirains  de  stratification,  admettait 
jusqu*à  quaire  ou  cinq  envahissements  suc- 
cessifs do  la  mer  sur  les  continents.  On 
s'empara  de  ces  idées  et  on  essaya  de  les 
ajuster  au  texte  de  la  Genèse.  M.  Marcel  de 
Serres  a  composé  un  livre  exprès  sur  ce 
sujet.  C'est  l'auteur  qui  a  le  mieux  formulé 
et  le  plus  habilement  soutenu  cette  thèse. 
¥oici  ce  système  tel  qu'il  est  développé  par 
le  savant  professeur  de  Montpellier,  dans  un 
de  ses  principaux  ouvrages,  la  Cosmogonie 
de  Moïse. 

'  Suivant  M.  Marcel  de  Serres,  par  les  mots 
in  principio^  il  faut  entendre  une  période 
indéfinie  qu'on  peut  supposer  avoir  précédé 
de  plusieurs  millions  d  années  les  six  jours 
ou  les  six  époques  de  la  création  ou  organi- 
sation du  monde ,  mentionnées  dans  la  Ge- 
nèse. C'est  dans  cet  immense  intervalle  que 
Dieu  créa  la  matière  ou  la  substance  dont 
les  planètes,  les  étoiles  et  tous  .les  corps 
célestes  sont  composés,  ainsi  que  Téther  et 
les  atrnosphères  dans  lesquelles  les  astres 
sont  disséminés. 

Ecoulons  l'auteur  lui-même  développant 
ses  idées. 


«  Moïse  paraît  avoir  distingué  dans  son 
récit  deux  sortes  de  créations  :  l'une,  géné- 
rale et  primitive  qui  eut  lieu  au  commenrc^ 
ment;  l'autre,  particulière  à  notre  globe, 
qui  so  rap^)orle  aux  temps  plus  récents,  où, 
dans  sa  sagesse  infinie,  Dieu  trouva  Imnd'eu 
organiser  la  surface  et  de  la  peui)lcr  d'êtres 
vivants. 

«  D*après  ce  grand  législateur,  la  malièrp 
qui  compose  les  coi'ps  célestes ,  la  terre  c( 
les  autres  corps  planétaires,  aurait  étérré{e 
dans  le  principe.  Ces  mots  au  commence- 
ment indiquent  une  période  indéûnie,  hm 
antérieure  aux  époques  également  indéler- 
rainées,  pendant  lesquelles  le  globe  a  pris 
sa  forme  sphéroïdale,  et  a  reçu  lés  vé^élaui 
et  les  animaux  qui  devaient  y  répandre  la 
vie  et  le  mouvement. 

«  Pendant  ha  preiaière  p4àodc^  owpbiDi 
au  commencement ,  ainsi  que  le  porte  le 
texte  hébreu.  Dieu  créa  la  matière,  ou  ce 
dont  il  forma  le  ciel  et  la  terre ,  car,  c'est  là 
toute  la  matière.  Par  l'effet  de  sa  touttvpuis- 
sance,  la  substance  dont  les  étoiles,  l6 
planètes  et  tous  les  systèmes  stellaires  sont 
composés,  ainsi  que  1  étber  et  les  atmosphè- 
res dans-lesquelles  les  astres  sont  disséminés, 
sortirent  du  néant.  Ils  précédèrent  donc  1? 
disposition  et  l'arrangement  propre  à  chaetiii 
des  corps  célestes.  A  cette  primitive  créa- 
tion du  ciel  renfermant  les  systèmes  stellai- 
res et  la  terre  se  rapporte  le  premier  ferset 
de  la  GemiMt^  Au  ammeneemenî  Dieu  m 
ce  qui  fut  les  deux  et  la  terre. 

«  C'est  donc  sans  fondement  que  ccrtaios 
commentateurs  ont  traduit  ce  pasFa^ecn 
disant  que  Dieu  aurait  créé  au  premier  jour 
les  cieux  et  la  terre,  car  nulle  part  Mobi* 
n'affirme  que  la  terre  soit  sortie  du  néanio» 
premier  jour,  mais  bien  au  commememe^. 
Or,  par  ces  mots ,  il  faut  entendre  une  pé- 
riode indéfinie,  suivie  également  d'é|ioqu« 
indéterminées  dont  rien  ne  peut  faire  appré- 
cier la  durée.  Pendant  ces  époques  sucres- 
sives  ont  eu  Heu  les  diverses  o{)ératido$ 
physiques,  ouïes  différentes  modificatioB> 
de  la  surface  du  globe  dont  nous  devousia 
connaissance  à  la  géologie, 

«  Le  premier  verset  de  la  Genèse  s'occupe 
de  la  nianière  la  plus  explicite  de  la  cn^atian 
de  l'univers.  D'abord  du  ciel,  c'est-à-dir<'-ti« 
l'espace  où  sont  disséminés  les  différents 
corps  célestes  et  planétaires ,  enfin ,  du  sp- 
tème  général  des  astres.  En  second  lieu ,  «i" 
la  terre  qui,  désigne. particulièrement  notr» 
planète  ;  partie  au   monde  qui  intéreîsi  '^* 

f)lus  l'homme  et  que  la  Genèse  a  eu  particu- 
iôrement  en  vue. 

«  Le  législateur  des  Hébreux  ne  nou5  a 
fourni  aucune  donnée  sur  la  longueur  ^^ 
cette  période ,  antérieure  aux  six  époquo 
de  la  création.  Faute  de  notions  à  cet  ép^ 
on  peut  supposer  que  des  millions  d'années 
ont  rempli  I  intervalle  indéfini  qui  sépare  ie 
commencement  de  la  première  époque»  « 
la  terre  reçut  une  forme  et  des  disposition 
nouvelles. 

«  Suivant  nous,  la  matière  qui  compo* 
les  cieux  et  la  terre  aurait  été  créée  au  cos^ 


MAIl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAR 


870 


nenccment.  Elle  n*durait  reçu  el  pris  sà 
forme  et  sa'disposition  acluelle,  qne  pen- 
dant les  six  époques  de  la  création;  tandis 
que,  suivant  d'autres  naturalistes,  les  événe- 
ments géologiques  qui  s*y  sont  succédé  au- 
raient eu  lieu  pendant  cette  première  pé- 
riode. Ces  diverses  manières  d'entendre  le 
récit  delà  création  ne  portent  nullement 
sur  son  exactitude,  mais  sur  la  justesse  de 
Tune  ou  de  Tautre  de  ces  interprétations.  » 

Ainsi,  M.  Marcel  de  Serres  distingue  deux 
grandes  périodes  :  l'une  qui  se  rapporte  au 
commencement  des  choses  et  à  leur  état 
pour  ainsi  dire  rudimentaire;  il  la  nomme 
hériode  universelle  y  \mrce  qu*elle  embrasse 
la  création  de  Tuniversalité  des  corps  céles- 
tes et  planétaires;  lautre  période  qu'il  ad- 
met, a  reçu  le  nom  de  période  céiette  et 
terrestre.  C'est  pendant  cette  période  que  les 
corps  célestes  et  planétaires  de  notre  sys- 
tème solaire  reçurent  leurs  formes  et  leurs 
dispositions  actuelles. 

Arrivé  aux  opérations  des  six  jours,  M. 
Marcel  de  Serres  traduit  ces  six  jours  par 
six  éj)oques.  Il  se  fonde  sur  ce  que  l'expres- 
sion hébraïque  lom,  rendue  en  grec  par 
i^ifm^  en  latin  par  diet^  désigne  souvent 
dans  ces  langues,  une  époque  a*une  durée 
indéterminée.  Comment,  d'ailleurs,  suivant 
Tobservation  de  Deluc,  Moïse  aurait-il  pu 
assimiler  à  des  jours  de  vingt-quatre  heures, 
les  premiers  jours  génésiaques,  puisque  le 
soleil  qui  les  mesure  ne  fut  disposé  pour 
cette  fin  qu'à  la  Quatrième  époque.  Puis,  si 
ces  jours  étaient  des  jours  ordinaires,  ils  ont 
dû  avoir  un  soir  et  un  matin  :  pourquoi 
donc  cette  redondance  inutile  de  vespere  et 
w^ane  qui  revient  comme  un  refrain  après 
chaque  journée?  En  répétant  à  chaque  lom 
qu'il  aeu  son  soir  et  son  matin,  Moïse  n'a- 
t-il  pas  voulu  nous  indiquer  que  de  grands 
bouleversements  l'ont  distingué  de  l'ère  sui- 
vante? Un  autre  argument  tiré  du  texte 
confirme  ce  sentiment.  Après  'chaque  jour- 
née ,  réc;ivain  sacré  a  som  de  nous  avertir 
par  les  mots  ^ttiïvejpffe  eifuit  mane^  qu'elle 
est  complètement  écoulée.  Mais,  lorsqu'il  est 
question  de  la  septième  époque ,  il  ne  parle 
plus  du  soir  et  du  matin.  On  se  demande  la 
cause  de  cette  omission  et  d'une  exception 
aussi  remarquable. 

En  dehors  de  cette  interprétation,  nul 
moyen,  suivant  M.  Marcel  de  Serres,  de  se 
rendre  compte  de  la  formation  des  terrains 
primitifs  et  de  sédiment.  En  effet,  ces  der- 
niers, formés  par  un  grand  nombre  de 
couches  f  aussi  différentes  par  leur  nature 
chimique  qne  par  les  êtres  qu'elles  recèlent, 
ont  nécessairement  exi^é  pour  leur  précipi- 
tation de  longs  intervalles ,  car,  toute  dispo- 
sition en  couche  indique  des  dépôts  lents  et 
successifs  de  substances  suspendues  dans 
an  liquide.  De  plus,  l'étude  de  ces  couches 
démontre  à  chaque  pas  qu'à  la  suite  de  leur 
formation ,  elles  ont  dû  être  brisées,  incli- 
nées, relevées,  tordues»  bouleversées,  phé- 
nomènes qui  ont  dû  exiger  des  intervalles 
de  temps  plus  ou  moins  longs. 

Ce  n'est  pas  tout.  La  diversité  de  nature 


chimique  de  ces  tranches  ne  permet  ^as  non 
plus  de  douter  qu'elles  n'aient  été  formées  à 
des  époques  distinctes  et  très-éloignées  les 
unes  des'autres.  Les  fossiles  qu'elles  recè- 
lent en  si  grand  nombre  viennent  encore  à 
l'appui  de  cette  assertion.  En  effet,  ces  corps 
organisés  clian^cnt  complètement  dans  leurs 
caractères  spécifitpies,  suivant  la  situaiiou 
ou  la  profondeur  des  formations  oti  ils  sent 
ensevelis.  Enfin,  les  animaux  qui  fourmil- 
lent au  milieu  des  divers  cléi;ôls  de  sédi- 
ment s'y  trouvent  dans  les  âges  les  plus 
différents ,  circonstance  qui  ne  j>eut  se  con- 
cilier avec  une  création  aussi  prompte  q::e 
le  serait  celle  des  six  jours.  Les  faits  physi- 
ques nous  disent  donc  qu'il  s'est  écoule  un 
long  intervalle  entre  la  première  apparition 
de  la  vie  sur  la  terre  el  celle  de  I  homme, 
et  de  plus  grands  encore,  antérieurement  à 
ces  deux  époques. 

Concluons  donc  que,  si  l'on  se  refusait  à 
suivre  Imter^rétatiou  présentée  plus  haut , 
il  serait  h  f«eu  près  impossible  de  donner  au 
récit  de  Moïse  un  sens  raisonnable,  el  sur- 
tout de  le  faire  concorder  avec  les  faits  les 
plus  positifs  et  les  mieux  démontrés. 

Après  ces  préliminaires  qui  constituent , 
comme  on  le  voit ,  le  fond  principal  du  sys- 
tème, M.  Marcel  de  Serres  arrive  à  Texpli- 
cation  de  chacun  des  jours-périodes  de  la 
création. 

Le  premier  jour,  ou  plutôt  la  première 
époque,  nous  offre  la  terre  déjà  créée ,  pas- 
sant de  l'état  vaporeux  des  nébuleuses  à  un 
certain  degré  de  solidité  produite  par  l'effet 
du  ravonnemenl  de  la  surface  du  globe.  Le 
toou  hoou  0!i  Vinanis  et  raeua  de  la  Vulgate, 
désire  une  matière  qui  n'est  ni  solide  ni 
liquide ,  une  matière  sans  forme  quelcon- 
que, mais  susceptible  de  prendre  toute 
espèce  de  figure.  Le  spiritus  Dei  ou  rent  de 
Dieu  n'est  qu'un  vent  impétueux  qui  souf- 
flait sur  les  eaux.  L'état  de  la  terre,  au  com- 
mencement de  cette  époque,  paraît  donc 
avoir  été  le  même  que  celui  par  lequel  ont 
passé  tous  les  corps  planétaires,  ces  corps 
ayant  été,^leur  origine,  eazeux  ou  à  l'état  de 
vapeurs.  Ici ,  M.  Marcel  de  Serres  appuie 
son  opinion  sur  l'existence  des  nébuleuse?, 
dont  plusieurs  semblent  indiquer  que  les 
particules  gazeuses  qui  les  composent  com- 
mencent à  se  réunir  en  noyaux  liquéfiés  et 
deviennent  peu  à  peu  solides. 

Le  mot  hébreu  or  ou  aor,  en  latin  fux, 
s'applique  aussi  bien  h  la  chaleur  ou  au  feu 
et  à  la  uamme  qu'à  la  lumière.  Cette  lumière 
n'est  qu'un  effet  des  vibrations  où  des  on- 
dulations de  Téther,  excitées  par  des  causes 
quelconques.  A  la  voix  de  Dieu,  la  lumièi e 
jaillit  de  l'obscurité  qui  avait  ré^né  jusque- 
là  sur  la  terre,  et  c'est  ainsi  quon  doit^ en- 
tendre la  séparation  de  la  lumière  d*avec  les 
ténèbres. 

Le  mot  ereb  ou  hereb  {vespere)  opposé  à 
boker  {maneU  doit  être  pris,  comme  nous 
l'avons  vu  plus  haut,  uour  fin  d'une  période 
ou  d'une  époque,  eiooker  pour  le  temps 
qui  la  précède   ou  qui  l'ouvre,  c'es'-à-dirc 


«71 


MAI! 


DICTIQNNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAR 


m 


pour  le  commencement    de  cette   même 
ipoque. 

M.  Marcel  de  Serres  déTeloppe  ainsi  ses 
idées. 

«  Si  nous  comparons  laVulgiateaTec  la  ver- 
sion des  Septante  qu*ont  suivie  saint  Chry- 
soslome  et  l*Église  d*Orient,  cette  dernière 
semble  plus  d*accord  avecrilébreu.  D'après 
celle-ci»  la  terre  était  d*abord  invisible  et 
incomposée,  ce  qui  rappelle  beaucoup 
mieux  Tétat  primitif  de  notre  planète  que 
la  traduction  de  Sacy  et  la  paraphrase  du 
Père  de  Carrières.  D'après  ce  dernier,  au- 
quel on  doit  le  texte  de  la  Bible  de  Vence,  la 
terre  était  aux  premières  éi>oques  de  sa  for- 
mation toute  nue,  sans  fruits  et  sans  orne- 
ments. 

«  Ëvidemment  cette  paraphrase  est  loin  de 
donner  la  moindre  idée  de  cet  état  primi- 
tif de  la  terre,  véritable  chaos,  que  les  Sep- 
tante nous  représentent  dans  un  état  com- 
£let  de  diffusion  invisibilis  et  incomposiia. 
es  ténèbres  couvraient  alors  la  suriiiee  de 
rabtmA. 

«LaVulgatecommet  une  autre  inexactitude, 
en  disant  que  la  lumière  fut  faite,  ce  qui 
semble  indiquer  une  sorte  de  création ,  et 
non  un  mouvement  imprimé  à  la  matière , 
dont  Teffet  fut  rémission  de  la  lumière. 
Dans  le  texte  hébreu  t  il  y  a  littéral^eni . 
lumière  soit  ^  et  lumière  fut;  car,  entre  la 
volonté  divine  et  TexécutioB ,  il  n*y  a  point 
dlntervalle.  Ces  expressions  donnent  la 
plus  haute  idée  de  la  puissance  de  Dieu , 
qui  exécute  au  moment  où  il  veut  et  où  il 

Earle.  Elles  ne  sont  pas  seulement  admirâ- 
tes par  leur  concision;  elles  le  sont  surtout 
par  leur  justesse.  Elles  confirment  tout  ce 
que  les  sciences  modernes  nous  ont  appris 
sur  la  production  et  la  marche  de  la  lumière, 
dont  la  vitesse  est  si  prodigieuse. 

1  Arrêté  dès  le  début  de  notre  travail  par 
les  imperfections  que  nous  avons  cru  recon- 
naître dans  la  Vulgate  et  la  version  des  Sep- 
tante, nous  avons  cherché  à  nous  rendre 
compte  de  la  véritable  pensée  du  législateur 
des  iiébreux.  Pour  bien  la  saisir,  nous  avons 
essavé  de  traduire  le  premier  chapitre  de  la 
Geneêe  et  une  partie  du  second;  voici  les 
versets  que  nous  venons  de  rappeler.  Ce  qui 
est  la  terre  était  une  matière  informe  et  dans 
U  chaos.  Les  ténèbres  couvraient  Pablme^  et 
tes  vents  agitaient  la  surface  des  eaux.  — 
Dieu  dit  :  Que  la  lumière  soit  et  la  lumière 
fut,  —  Dieu  vit  que  la  lumière  était  6onne,  et 
il  la  sépara  d^avec  les  ténèbres.  —  Dieu  nomma 
la  lumière  jour^  et  les  ténèbres  nuit  ;  de  la  fin 
jusqu'au  commencement  ce  fut  la  première 
époque. 

«  La  première  observation  que  nous  fe- 
rons sur  le  texte  hébreu,  dont  nous  venons 
d'essayer  la  traduction,  se  rapportera  à  boou 
ou  bou  que  nous  avons  rendu  par  chaos. 
Saint  Jérôme  Ta  traduit  par  tacua  et  ntAt/, 
et  Pagnin  Ta  considéré  comme  synonyme 
de  vacuum  et  d*tnane.  Ces  diverses  interpré- 
tations s'accordent  très-bien  avec  notre  ma- 
nière d'entendre  le  mot  boou;  car  une  ma- 
tière qui  n'est  rien,  qui  est  vide  et  sans 


forme,  ne  peut  être  ni  solide,  ai  liqaidc, 
puisqu'elle  aurait  pris  une  forme  quelcon- 
que :  comme  le  texte  dit  positivement  qu*elle 
n'en  avait  aucune,  on  ne  peut  entendre  le 
mot  boou  qu'en  concevant  la  terre  dans  un 
état  vaporeux  et  dans  une  sorte  de  chaos. 
Aussi  rétat  primitif  de  notre  planète  a-t-il 
été  considéré,  par  le  plus  grand  nombre  des 
commentateurs  de  la  Bible ,  comme  un  mé- 
lange désordonné  de  tous  les  éléments  cons- 
titutifs du  globe,  en  un  mot,  comme  le  chaos 
des  anciens  qu'aucune  lumière  n'éclairait 
encore. 

«  Pour  concilier  à  peu  près  toutes  les  opi* 
nions,  Noël  a  traduit  le  mot  60011  par  ma- 
tière gazeuse,  susceptible  de  prendre  toute 
espèce  de  forme,  circonstance  exprimée  par 
l'expression  tohou  et  t'oU  jointe  à  la  pre- 
mière. D'après  tous  les  traducteurs,  cette 
expression  se  rapporte  h  une  chose  informe, 
qui  est  cependant  susceptible  de  recevoir  et 
de  prendre  toute  espèce  de  figure;  re$  in- 
forma^ apta  ad  recipiendam  omnem  formam, 

«  Quant  aux  mots  rouar  elotm  qu  oh  a  tra- 
duits par  l'esprit  de  Dieu,  ils  paraissent  é^- 
lement  avoir  été  mal  saisis.  L'expression 
rouar  signifie  plutôt  vent  ou  air  {ventut  tel 
aer)  qu'esprit,  par  lequel  elle  a  été  rendue. 
De  môme  le  mot  eloim  ou  aeloîm  qui  vient  k 
la  suite  du  précédent,  donne  1  idée  d*on 
très-grand  vent  :  les  Hébreux  exprimant 
quelquefois  le  superlatif,  en  ajoutant  aa  po- 
sitif, le  mot  aeloim. 

^  Ainsi  vent  de  Dieu^  ne  veut  dire  autre 
chose  qu'un  très-grand  vent,  ou  un  vent  im- 

Sétueux.  Du  reste,  rouar  eloim  peut  signi- 
er  mot  à  mot  souffle  de  Dieu ,  ce  qui  est 
synonyme  de  vent  ou  d'un  courant  d'air. 
Quant  au  mot  ae/oim,  on  ne  T^oute  à  un 
autre  que  pour  lui  doàner  de  l'importance, 
c'est-à-dire  pour  exprimer  le  superlatif. 
-  <  Ces  expressions  ne  signifient  donc  autre 
chose ,  si  ce  n'est  que  le  vent  ou  l'air  volti- 
geait sur  la  surfilée  des  eaux.  Du  moins,  le 
mot  merachephet  dérivé  du  verbe  roehaph,  le 
movercj  volitare^  exprime  uniquement  Vidée 
d*un  corps  qui  se  meut  et  Toltige.  Cette  in- 
terprétation, adoptée  par  Arius  M ontanus,  a 
été  suivie  par  plusieurs  autres  commenta- 
teurs, qui  ont  considéré  le  mot  rouar  comtoe 
exprimant,  au  propre,  Tair  en  mouvementoa 
le  vent,  et  au  figuré ,  l'esprit.  C'est  aussi  ce 

3ui  nous  a  porté  à  traduire  ce  passage,  en 
isant  que  les  vents  agitaient  la  surlace  des 
eaux. 

•r  On  se  demandera,  sans  demie,  quel  étaU 
donc  cet  état  primitif  de  la  terre  V^^.^ 
Septante  nous  représentent  comme  invisibw 
et  incomposé,  ou  n'ayant  aucune  forme  dé« 
terminée  que  la  vue  pût  saisir.  Cet  état  pa- 
raît avoir  été  le  même  que  celui  par  lequel 
ont  passé  tous  les  corps  planétaires,  ces 
corps  ayant  été  à  l'époque  de  leur  origiA^ 
gazeux  ou  è  l'état  de  vapeurs. 

«  Cette  opinion,  fondée  sur  des  faits  déjà 
assez  nombreux,  a  porté  Herscbell  à  adroit* 
tre  que  la  matière  dont  les  mondes  sont  fer- 
més a  été  d*aboni  à  l'état  d*éther  ou  à  Téta 
gazeux.  L'observation  des  nébuleuses,  duDt 


MAR 


ET  DE  PALEOMOLOGiE. 


UAR 


SU 


le  nombre  est  si  considérable  lans  Tunivers, 
Ta  conduit  h  ce  résultat;  parmi  ces  nébu- 
leuses, il  en  est  plusieurs  qui  semblent  in- 
diquer que  les  particules  gazeuses  commen- 
cent à  se  réunir  en  noyaux  liquéfiés,  e*  de- 
viennent peu  à  peu  solides,  Téclat  de  ces 
points  augmentant,  à  mesure  que  la  lumière 
diffuse  perd  de  son  intensité. 

«  Ces  différences  correspondent  probable- 
ment aux  diverses  phases  par  lesquelles  un 
monde  passe,  depuis  l'époque  de  sa  formation 
jusqn  à  ceHe  de  sa  concentration ,  ou  plutôt 
de  sa  solidiflcation. 

«  Les  données  les  plus  positives  fournies 
par  Tastronomie  et  la  géologie,  indiquent 
également  que  la  terre,  comme  les  autres 
corps  planétaires ,  a  été  primitivement  à 
Tétat  gazeux.  Ainsi  tous  les  matériaux  li- 
quides et  solides,  qui  composent  aujourd'hui 
le  globe  terrestre,  occupaient  jadis  un  espace 
beaucoup  plus  étendu  qu'actuellement. 

«I  Cet  état  primitif  de  la  terre  se  rappro- 
chait beaucoup  de  celui  sous  lequel  les  co« 
roètes  se  présentent  à  nous.  Ces  astres,  qui 
semblent  aux  premières  époques  de  leur  for- 
mation, cessent  d'être  visibles  lorsque  leurs 
vapeurs  se  condensent  en  un  noyau  solide, 
lequel  nous  échappe  dans  l'immensité  de 
Tunivers  par  suite  oe  son  extrême  petitesse. 
Les  comètes  acquièrent  cette  solidité,  par 
Teffet  du  rayonnement  de  la  chaleur;  elles 
ne  se  maintiennent  donc  à  l'état  aériforme 
que  jusqu'au  moment  où  l'excès  de  leur 
température  s'est  dissipé  à  travers  les  espa- 
ces célestes. 

«  Pour  terminer  ce  que  nous  avons  à  dire 
sur  le  texte  des  versets  de  la  G^nise,  qui  se 
rapportent  à  cette  première  époque,  nous 
ferons  observer  que  le  mot  h^eb  ou  trebf 
xesptr  opposé  à  boker,  mane,  est  pris  le  plus 
ordinairement  pour  fin  d'une  période  ou 
d'une  époque.  Boktr  s'entend  au  contraire 
pour  le  lemps  qui  la  précède  ou  qni  l'ouvre, 
interdum  no%  tam  de  primo  diei  tempore^ 
quam  rei  oui  aciionit  de  aua  agitur^  disent 
tous  les  commentateurs.  On  ne  s'écarte  donc 
pas  du  sens  véritable  et  littéral  du  texte,  en 
traduisant  boker  par  commencement  et  ereb 
par  fin. 

■  D'après  Fabre  d'Olivet^  le  mot  hereb' 
signifierait  encore  obscurité,  ténèbres,  le 
couchant  ou  Toccident,  ce  qui  indiquerait  la 
fia  d'une  période.  Boker  serait  au  contraire, 
la  lumière,  l'aube  ou  l'orient*  c'est-à-dire  le 
commencement  d*une  période  (659).  • 

OHBmvATio?rs  sur  ceiie première  période, — 
On  treavera  la  réfutation  des  opinions  sou- 
tenoesdans  ce  jpmrêgrajpbe  à  l'article  Jocbs- 
PÉBiODBs,  à  l'article  GonsFaer,  etc  ;  on  aura 
remarqué  que  là  où  M.  Marcel  de  Serres 
▼oit  un  reni  violeni ,  M.  Godefroy  place  du 
co/ortffKe.  M.  Marcel  de  Serres  traduit  aussi 
1  immms  et  tacma  du  deuxième  verset  par  état 
aaaiiformê  ou  mébmkâre  de  noire  planète. 
rkms  avons  vu  à  l'article  GooKraoT  ce  qu'il 
IMIml  penser  de  cette  singulière  interpieta- 
tion«  A  fait  aussi  intervenir  les  nébuleuses 


et  même  les  comètes  à  l'appui  de  son  opi- 
nion. Les  unes  sont  des  chimères»  les  autres 
sont  de  la  nature  la  plus  problématique  du 
monde.  Yoy.  Nébuleuses  et  Comètes.  Ait 
mot  JouEs-PÉBioDEs  nous  avons  discuté  le 
sens  de  vespere  et  de  mane. 

Passant  au  second  jour,  M.  Marcel  de> 
Serres  traduit  rakia  (firmamentum)  parfirma- 
mentf  mais  en  faisant  remarquer  que  cette 
expression  n*a  aucun  rapport  avec  quelque 
chose  de  dur  et  de  solide  comme  les  cieux 
de  cristal  de  Ptolémée.  Pour  lui,  rakia  si- 
gnifie Vespaee^  Vélendue^  ou  les  corps  qui  y 
sont  répandus ,  ou  Tatmosphère  de  la  terre, 
laquelle  est  destinée  à  séparer  l'eau  à  l'état 
de  vapeur  de  l'eau  dans  sa  forme  liquide  ou 
concrète,  ou  enfin  ce  mot  désigne  la  matière 
éthérée,  fluide  immense  dans  lequel  roulent 
et  circulent  les  astres.  M.  Marcel  de  Serres . 
distingue  le  firmament  du  ciel  dans  lequel 
Dieu  placera  les  astres  au  quatrième  jour, 
d'avec  le  firmament  de  l'almo^bère. 

Voici  la  traduction  des  6%  7*  et  8*  versets 
par  M.  Marcel  de  Serres.  Nous  citpns  à  la 
suite  l'interprétation  qu'il  donne  de  ces  troia 
versets. 

«  Dieu  dit  quU  y  aii  un  inierralle  au  milieu 
de$  eaux  et  qu^il  sépare  lejt  eaux  dCaieee  les . 
eaux.  —  Dieu  éienaii  le  firmament  et  sépara 
lu  eaux  qui  étaient  au'de$$o%u  du  firmameni 
de  eelleê  qui  étaient  au-deêtue.  Il  en  fut 
ainsi.  —  Dieu  appela  le  firmament  cieuw.  De 
la  fin  jusquau  commencement  ce  fut  la  se-- 
conde  époque. 

«  La  pnnripale  difficulté  que  fait  naître  le 
texte  dont  nous  venons  d'essaver  la  tradue- 
tion ,  tient  au  véritable  sens  du  mot  hébreu 
rakia.  Quoique  nous  l'ayons  rendu  par  fir- 
mament ,  nous  devons  faire  remarquer  que 
cette  expression   n'a   aucun   rapport  avec, 
quelque  chose  de  dur  et  de  solide  comme 
les  cieux  de  cristal  de  Ptolémée.  Si,  avee 
tous  îes  commentateurs,  nous  l'avons  tra- 
duite, par  firmament,  c'est  faute  d'autre  ex- 
pression plus  convenable,  car  au  propre  elle  i 
signifie  étendue  ou  espace.  M.  Cahen  Ta  si  . 
lûen  entendu  dans  ce  sens,  qu'il  dit  que. 
Dieu  disposa  des  luminaires  dans  l'étenaue.. 
du  ciel.  .  * 

.  c  Mais  comme  l'espace  ne  peut  être  vide, , 
on  doit  le  supposer  rempli  d'une   matière , 
rare,  subtile,  éminemment  légère  etdéli^<9, , 
comme  paraît  être  la  matière  éthérée.  Oè« 
lors  le  mot  rakia  s'app»lique  aur  corps  par- 
venus au  plus  haut  point  d'amincissement  t 
ou  de  ténuité  dont  ils  peuvent  être  suscep-  » 
tibles.  Dans  Tidée  de  rEcrituret  cette  ma-., 
tière  éthérée  est  en  Quelque  sorte  destinéeuà 
soutenir  les  corps  célestes  qui  ne  sauraient^ 
la  pénétrer.  Elle  cède  cependant  aux  efforts 
des  corfis  légers  et  se  combine  avec  ceux  qui 
sont  aériformes;  ainsi,  elle  à  pu  être  appelée  . 
solide  et  ferme*  en  un  mot  firmament»  par 
rapport  aux  astres  qui  j  sont  dissimiaés. 

«  Quoique  dans  sa  signification  prpiure  al . 
absolue,  1  expression  rakia  désigne  Peàpaoe 
ou  l'étendue,  elle  a  i^rfois  un  sens  bêau- 


(C5?)  Cùsmogomê  ie  Moisi.  U  V\ 

DicTio7(!«.  Dâ  CosMOGOsn  ET  DE  Pitéoirrotoegi; 


r/5 


M\K 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAR 


l!( 


coup  plus  limité  el  relatif  aui  nîatières  ou 
eux  copps  qui  y  sont  réi)andus.  Lorsqu'elle 
m  rapporte  à  la  terre,  elle  s'applique  à  Tat- 
xoosphère  qui  l'eatonre.  Si,  au  contraire, 
elle  comprend  l'ensemble  des  corps  céles- 
tes, elle  désigne  pour  lors  la  matière  élhé- 
•rée,  fluide  immense  dans  lequel  roulent  et 
circulent  ces  crstres^ 

-  «  Aussi,  d'après  cette  idée,  des  commen- 
tateurs ont  considéré  te  firmament  comme 
une  condition  de  l'affermissement,  des  pla- 
nètes dans  leurs  orbites,  en  vertu  de  la  loi 
centrifuge  qui  les  empêche  de  tomber  sur 
leurs  soleils  par  l^ffet  de  la  gravitation. 

*  Du  reste,  lorsque  Moïse  veut  exprimer 
rinfluence  du  firmament  sur  les  choses  de 
la  terre,  il  emploie  uniquement  le  mot  de 
firmament.  Ainsi,  à  la  seconde  époque  où 
l'écrivain  sacré  s'occupe  de  notre  planète  et 
de  la  séparation  des  eaux,  il  dit  :  Que  le  fir- 
mament ou  l'atmosphère  soit  fait  au  milieu 
des  eaux. 

«  Lorsque,  an  contraire.  Moïse  veut  ex- 
primer la  matière  éthérée  qui  entoure  les 
virps  célestes,  autres  que  la  terre,  tel  est, 
pttr  exemple,  le  soleil,  il  ne  dit  plus  le  fir- 
mament, mais  le  firmament  du  ciel 

«Ainsi  on  lit  dans  le  quatorzième  et  le 
cfuinzième  verset  de  la  Genèse  :  DixU  autem 
Deuê  :  fiant  luminaria  in  firmamento  cœli  ut 
hêeeant  in  firmamento  cœh.  Cette  interpréta- 
tion n'empêche  nullement  de  considérer, 
avec  la  Genèse^  le  firmament  comme  étant  la 
même  chose  que  le  ciel.  Nous-mêmes  nous 
comprenons  sous  le  nom  de  ciel  ou  de  firma- 
ment>  non-seulement  la  matière  éthérée  et 
les  corps  célestes  |ui  y  sont  répandus ,  mais 
encore  l'atmolsphère  qui,  d'après  Moïse,  est 
destinée  è  séj^arer  les  eaux  d  avec  les  eaux. 
Dans  les  idées  d^  ce  grand  législateur,  il  ne 
s-agit  nullement  d'une  mer  courbée  en  forme 
de  voûte  autour  de  la  terre,  mais  de  Teau 
dans  son  état  gazeux,  que  l'air  sépare  d'avec 
l'eau  dans  sa  fbrme  liquide  ou  concrète. 

•««Ainsi,  lorsque  l'expression  rakia  est  sy- 
nonyme de  ciel,  elle  comprend  non-seule- 
ment l'espace  dans  lequel  roulent  les  astres 
stellaires,  espace  rempli  par  la  matière  éthé- 
rée, mais  encore  ces  corps  célestes  eux-mê- 
mes. Lorsque  cette  expression  se  rapporte 
uniquement  à  la  terre,  elle  parait  ne  s  appli- 
(I)ier  qu'à  la  couche  aérienne  oui  l'entoure 
ou  à  1  atmosphère,  tandis  qu'elle  a  un  sens 
plus  ëtenân  lorsqu'elle  est  employée  avec  le 
mot  cali  et  que  le  texte  hébreu  dit  le  firma- 
ment du  ciel.  Alors  elle  ne  se  rapporte  pins 
qn'è  la  matière  éthérée  répandue  dans  res- 
pace  de  l'univers. 

«  Dieu,  s'occupant  des  dispositions  nou- 
velles à  donner  a  notre  globe,  fit  le  firma- 
ment, rakioj  et  sénara  les  eaux  qui  étaient 
ail-dessous  de  celles  c|ui  étaient  au-dessus, 
c1sst^^-dire  des  eaux  disséminées  en  vapeurs 
tlMa  l'atmosphère.  Le  mot  rakia  comprend 
ici  l'atmosphère  qui  sépare  les  eaux  d'avec 
lés  eaux,  puisque  celles  qui  s'y  trouvent  h 
l'état  aériformc  s'y  maintiennent  tant  qu'elles 


conservent  cet  état,  e.t  que  l'eau  dans  sa  forme 
liquide  existe  principalement  à  Usurbcedn 
globe. 

«  D'un  autre  côté,  lorsque  Dieu  donne  aux 
astres,  tels  que  ie  soleil  et  la  lune,  la  faculté 
de  répandre  la  lumière  sur  la  terre, cesl 
dans  le  firmament  du  ciel  qu'il  les  place,  mais! 
non  dans  le  firmament  de  l'atmosphère.  Ainsi 
sous  le  nom  de  firmament  du  ciel.  Moïse  p^ 
ratt  avoir  compris  l'espace  rempli  par  la 
matière  éthérée,  et  sous  celui  de  Crmament 
l'espace  occupé  par  Tair  almosphériaue. 

«Le  motraiia,  si  notre  manière  de  Tin- 
terpréter  est  fondée,  aurait  ainsi  plusieurs 
significations,  comme  l'expression  iclmmam 
traduite  successivement  par  »>r.ôc,  caium, 
et  enfin  par  ciel,  mais  dont  le  sens  est  beau- 
coup plus  étendu-  Cette  expression,  toujours 
au  duel  ou  au  pluriel,  semble  annoncer  qiie 
les  Hébreux  distinguaient  plusieurs  régioos 
célestes  (6G0}.  » 

OesEnvATioN.— Pour  M.  Marcel  de  Serres, 
le  firmament  c'est  Talmosphère,  la  matière 
éthérée,  le  ciel.  Nous  avons  vu  au  motGow- 
FROY  que,  pour  celui-ci,  le  firmament  c^csl 
Vattraction:  il  réfute  du  mieux  qu'il  peut  le 
sentiment  de  M.  Marcel  de  Serres. 
Passons  à  l'œuVre  du  troisième  jour. 
A  la  troisième  époque  appât  tiennent  la 
formation  de  VOcéan,  l'exhaussement  des 
continents  au-dessus  des  mers  primitives,  le 
soulèvement  des  montagnes  et  l'apparilion 
des  végétaux.  Comme  on  a  découvert  des 
animaux  à  respiration  aérienne  au  milieo 
de  cette  végétation  primitive  et  que  les  ani- 
maux n'ont  été  créés  qu'à  la  cinquième  épo- 
3ue,  M.  Marcel  de  Serres  s'eSTorce  de  résou- 
re  cette  difliculté  en  disant  que  Moïse  q'i 
Eas  dû  s'arrêter  à  des  faits  aussi  peu  doid- 
reux  que  ceux  qui  établissent  la  présence 
des  animaux  à  respiration  aérienne  lors  de 
la  formation  des  terrains  houillers.  L'auteur 
pense  que  la  beauté  et  l'étonnante  vigueur 
de  cette  primitive  végétation  doit  être  allri- 
buée,  d'une  part,  à  l'absence  d'animaux  ler- 
restres,  et,  d'autre  part,  à  l'excès  d'aci.e 
carbonique  qui  existait  alors  dans  Tatmo- 
sphère. 

Voici  comme  M.  Marcel  de  Serres  s'ex- 
prime sur  cette  troisième  épogue  : 

«  A  la  troisième  époque.  Dieu  réunit  les 
eaux  pour  en  former  la  mer.  La  matière  aride 
parait  et  reçoit  le  nom  de  terre.  La  vie  aj 
existe  pas  encore  ;  mais,  par  l'effet  de  b 
toute-puissance  du  Créateur,  la  terre  se  cod- 
vre  bientôt  de  plantes  heri[)acées«  d'arbres  el 
de  végétaux  de  toute  espèce. 

«  On  lit  en  effet  dans  ta  Genèse  :  Dieu  et 
Que  les  eaux  gui  sont  sous  le  ciel  se  rassem- 
blent en  un  seul  /teu,  et  que  Vêlement  ariàt 
paraisseJl  en  fut  ainsi. — DieunommaNlémesl 
aride^  terre^  et  le  rassemblement  des  ewur  merf. 
Dieu  tit  que  c  était  bien.  ~  Dieu  dit  :  Que  U 
terre  fasse  germer  des  rcffétaiionSf  rkeréi 
avec  sa  semence^  les  arbres  fruitiers  eeec  Itun 
fruits^  chacun  selon  son  espèce  et  renfermait 
levtr  semence  en  eux-mêmes  pour  sereprodutr* 


(CCÛ)  Cosmogonie  de  !doi$c,  toni.  I",  pag.  i3  et  sulv. 


*77 


Mvn 


ET  DE  PALEOMOLOGiE. 


SLVR 


879 


$ûr  la  terre.  Il  en  fui  ainsi.^La  terre  prodvUit 
des  tégétauT^  de  rherbeportent  sasemence,  leg 
arbres  fruitiers  renfermant  ieytr  semence^  tha^ 
cun  selon  son  espèce.  Dieu  rit  que  c  était  bien. 
—  De  la  fin  jusqu'au  commencement ^  ce  fut  la 
troisième  époque. 

«  La  formation  de  TOcéan  ou  des  mers  a, 
d*après  ce  récit,  précédé  Tapparitioa  des 
continents.' Les  Septante  ont  traduit  ce  pas- 
sH^e  en  çiisanl  :  Quêtes  eaux  qui  étaient  so-is 
ks  deux  se  rassemblèrent  en  un  seul  endroit^ 
et  que  la  partie  solide  parut.  Ce  fait  est  con*^ 
firme  par  les  observations  géologiques.  Elles 
prouvent  que  les  mers  ont  recouvert  la  plus 
grande  partie  de  )a  surface  de  la  terre,  et  que 
.es  continents  n*ont  pris  que  peu  à  peu  leur 
conû^uration  et  leur  étendue  actuelles. 

«  D  après  Moïse,  comme  d*après  les  faits, 
les  premiers  êtres  qui  ont  embelli  les  terres 
mises  à  découvert,  sont  les  végétaux  :  pre- 
mièrement les  plantes  herbacées,  en  second 
lieu  les  arbres.  Ce  grand  écrivain  distingue 
d*abord  un  germen  et  met  constamment  le 
mot  kerbam  avant  lignum^  quoique  les  arbres 
frappent  bien  plus  les  regards  que  les  herbes 
proprement  dites 

«  On  a  accusé  Moïse  d'erreur,  parce  qn*à 
ses  yeux  les  végétaux  auraient  précédé  les 
animaux,  fait  que  ne  conflrme  point  Tobser* 
ration  des  couches  fossilifères  les  plus  an^* 
ciennes. 

«  En  efifet,  des  animaux  de  mer  se  mon^ 
trent  ensevelis  au  milieu  des  couches  de 
transition  où  Ton  découvre  également  les 
premiers  végétaux  terrestres  et  marins,  en 
sorte  que  d  après  les  observations  géologi- 
ques, Forigine  des  plantes  et  celle  des  ani- 
maux dateraient  de  la  même  époque. 

«  Il  j  a  plus,  ces  mêmes  terrains  de  tran-* 
sition  et  les  dépôts  houillers  qui  leur  ont 
succédé  recèlent  quelques  insectes.  Ces  ani- 
maux à  respiration  aénenne  annoncent,  aussi 
bien  que  les  végétaux ,  qu'il  existait  à  ces 
anciennes  époques  des  terres  sèches  et  dé*» 
oouTertes.  D'un  autre  c6té|,  la  simultanéité 
de  leur  existence  prouve  que  les  uns  et  les 
antres  ont  vécu  à  la  même  époque.  Il  faut 
bien  admettre  cette  conséquence ,  puisqu'ils 
se  rencontrent  dans  les  mêmes  couches  de 
transition. 

«  Sans  doute  ces  observations  sont  incon* 
teslabi^  mais  en  les  opposant  au  récit  de 
récrivais  sacré,  on  n*a  pas  assez  remarqué 
qtie«  d'après  les  termes  généraux  de  son  ré- 
ciu  Moïse  ne  devait  pas  s'arrêter  à  des  faits 
atissi  peu  nombreux  que  ceux  qui  établissent 
la  prâence  des  animaux  à  respiration  aé- 
rienne lors  de  la  primitive  végétation.  Des 
reeherabes  trte-minntieiises  ont  été  néces- 
saires pour  découvrir  quelques  traces  d'in- 
sectes terrestres  au  miueu  des  terrains  in- 
lormédiaires  et  houillers.  A  peine  connatt- 
nn  maintenant  quelques  individus  qui  aient 
en  une  pareille  station,  et  l'on  Tondrait  que 
Hofoe  se  fût  occupé  d'une  si  minœ  exeep- 
timil 

«  Il  n*j  a  du  moins  aucun  parallèle  à  éta- 
l»Ur  entre  les  proportions  des  anciens  végé- 
taox  et  des  anioiaux  lerrestires.  Les  premiers 


sont  hors  de  toute  comparaison  sous  ce  rap*. 
port  avec  les  seconde,  dont  la  rareté  est  ex- 
ttèm's  et  qui  se  rapportent  uniquement  à  des 
insectes.  Il  y  en  a  peut-^ire  moins  encore 
lorsqu'on  compare  Ici  uns  et  les  autres  à 
l'époque  de  la  formation  des  terrains  houil- 
lers, époque  la  plus  éminemment  végétale 
des  temps  géologiques. 

«  Si  les  végétaux  et  les  animaux  terrestres 
ont  existé  en  même  temps,  il  y  a  des  difT^ 
rences  extrêmes  entre  les  deux  règnes,  sous 
)e  rapport  de  leur  importance  relative  et  de 
leur  développement.  Aussi  peut-on  dire  avec 
quelque  fondement  que  les  végétaux  terres- 
tres ont  réellement  précédé  les  animaux  qui 
ont  le  même  genre  de  station  ;  car  tandis 
que  les  premiers  se  font  remarquer  par  leur 
abondance,  les  autres  se  signalent  j-ar  leur 
excessive  rareté. 

«  On  dira  peut-être  qu'outre  les  animaux 
terrestres,  l'époque  de  transition  a  vu  égale- 
ment apparaître  sur  la  scène  de  l'ancien 
monde  des  végétaux  et  des  animaux  marins. 
Moïse  n'a  rien  dit  ni  des  uns  ni  des  autres, 
nous  ne  devons  pas  nons  en  étonner.  Ces 
détails  de  l'ancienne  création  devaient  néces- 
sairement échapper  dans  le  grand  tableau 
qu'il  nous  en  a  tracé,  avec  d'autant  plus  de 
raison,  que  les  plantes  marines  de  ces  épo- 
ques ont  été  fort  rares,  soit  relativement  à 
leurs  espèces,  soit  par  rapport  è  leurs  indi- 
vidus. 

«  Les  animaux  terrestres  ont  paru  lors  de 
la  période  de  transition  ;  ils  ont  commencé 
par  un  très-petit  nombre  d'insectes.  Ces  arti- 
culés ont  été  comme  la  première  annonce  des 
animaux  qui  consomment  beaucoup  d'air  ; 
du  moins  ces  derniers  n'ont  brillé  que  fort 
tard  sur  la  scène  de  l'ancien  monde.  Les  in- 
sectes, les  oiseaux  et  les  mammifères  n'ont 
existé  en  grand  nombre  que  lors  de  la  pé- 
riode tertiaire,  une  des  plus  récentes  des 
temps  géologiques. 

«Sans  doute,  dans  l'immense  intervalle 
oui  a  séparé  ces  deux  grandes  périodes,  bien 
a'aulres  animaux  qui  respiraient  aussi  l'a  r 
en  nature  ont  fait  partie  ae  l'ancienne  créa* 
tion.  Mais  leurr*  esjfèces  appartenaient  aux 
reptiles,  animaux  qui  consomment  peu  d'air* 
et  qui  se  tiennent  encore  dans  les  lieux  les 
plus  infects  et  les  plus  insalubres.  Ces  habi- 
tudes, propres  aux  grands  reptiles  actuels, 
et  le  çenre  d'habitation  qu'ils  ont  à  peu  près 
choisi  exclusivement  ,  semblent  indiquer 
que  ceux  de  l'ancien  monde  ont  fort  bien  pu 
,  TiTre  dans  une  atmosphère  chargée  d'jine 
irrande  quantité  d'acide  carbonique  et  sous 
1  influence  d'une  température  très-élevée«  La 
composition  de  l'atmosphère  de  cette  période 
a  singulièrement  fevorisé  la  primitive  végé- 
tation, mais  elle  a  nui  au  développement  des 
animaux  terrestres.  Ils  s'y  décou  vren t  à  peine, 
leur  organisation  ne  pouvant  s'accorder  avec 
les  cTrconstances  d'un  monde  si  différent 
du  nôtre. 

•  La  partie  la  plus  étendue  du  globe  était 
pour  lors  recouverte  par  les  mers;  dont  les 
eaux  ne  devaient  pas  avoif  de»  propriétés 
contraires  à  la  vie.On  doit  les  supposer  pro- 


•«7D 


MVR 


DICTIONNAÎRE  DE  COSMOCOME 


MAR 


près  à  favoriser  le  développeraent  des  aoi- 
îDtiux,  car  leurs  profondeurs  semblent  avoir 
été  remplies,  comme  celles  des  mers  actuel- 
les, par  une  grande  quantité  d^spèces  appar- 
tenant à  des  classes  assez  variées. 

t  Les  mers  de  cette  période  ont  nourri 
T)ôn  -  seulenfffmt  des  animaux  invertébrés, 
Jïârmi  lesquels  on  distingue  des  zoophytes, 
dQS£innélides,des  crustacés,  des  mollusques, 
mais  encore  des  vertébrés,  c'est-à-dire  des 
poissons  de  l'ordre  des  ganoïdes  et  des  sau- 
roïdes.Ces  derniers  ont  participé  à  la  fois  du 
caractère  des  reptiles  et  des  poissons  ;  aiissi^ 
i  raison  de  cette  circonstance,  on  leur  a 
donné  le  nom  de  sauroïdes,  dérivé  du  mot 
grec  (TaOctc,  qui  signifie  lézard. 

«Le  caractère  mixte  de  ces  anciens  pois- 
sons, qui  n'ont  rien  de  commun  avec  les  es- 
pèces vivantes^  semble  fte  s'être  perdu  ddns 
rette  classe  qu'après  l'apparition  d'un  grand 
nombre  de  reptiles.  Il  en  a  été  de  même  des  . 
5inguliers  animaux  de  cet  ordre,  qui  ont  été 
si  nombreux  lor^  de  la  période  secondaire. 
Leurs  raf[>pofts  avec  les  poissons  les  ont  fait 
hommer  ichtyosaures  et  pléstosaureê.  Ce  qui 
nst  remàrqiial)le,cesfeptiles  participaient  en 
même  temps  du  caractère  des  maovmifères 
marins  ou  des  cétacés.  Enfin  les  grands  lé- 
xards  terrestres  de  la  même  époque  ont  aussi 
quelques-uns  les  caractères  des  pachyder- 
mes, sortes  def  mammifères  terrestres  à  peau 
épaisse,  dont  les  éléphants  et  les  rhinocéros 
nous  donnent  des  exemples,  et  dont  la  créa- 
firin  a  eu  lieu  beaucoup  plus  tard. 

«  Les  sauroïdes  semblent  avoir  tenu  à  la 
fois  la  place  des  poissons  et  des  reptiles,  tout 
romme  les  plus  anciens  des  animaux  de  cette 
fiernière  classe,  celle  des  poissons,  des  rep- 
tiles, des  oiseaux  et  des  mammifères  marins, 
ou*  même  celle  des  mammifères  terrestres 
analogues  aux  tapirs  et  aux  éléphants. Ainsi, 
far  unç  suite  d'essais  et  de  tâtonnements,  la 
ftature  serait  arrivée  à  produire  la  création 
<t3tuelle,  bien  plus  perfectionnée  que  celle 
des  premiers  âges. 

«  Les' poissons  offrent,  sous  ^e  rapport  de 
ia  géolôgip  zoologique,  l'immense  avantage 
de  s'étendre  à  travers  tous  les  terrains  et 
d'offrir,  dans  une  même  classe  d'animaux 
tertébrés,  un  point  de  comparaison  pour  les 
différences  nue  peuvent  présenter,  dans  le 
plus  gr/and  laps  de  temps  connu,  des  ani- 
maux construits  sur  un  même  plan.  Ces  ani- 
maux sont  d'autant  plus  intéressants  è  élu^ 
dîer,  qu'ils  comptent  d^jà  un  grand  nombre, 
d'ei^pèces .fossiles  appartenant,  les  unes  à  des  . 
lypes  qui  n'existent  plus,  et  les  autres  à  des 
formes  dont  les  rapports  avec  les  espèces  vi« 
vantes  sont  des  plus  éloignés. 

«  Ce  que  nous  venons  de  dire  des  végétaux 
et  des  animaux  qui  ont  vécu  à  la  plus  an- 
denae  dos  époques  où  la  vie  s'est  manifestée 
sur  k  terre,  nous  amène  naturellement  à 
faire  connaître  ceux  de  la  seconde  époque 
ée  cette  première  période. 

«  1^5  animaux  marins  de  cette  époque  s» 
rapportaient  à  une  assez  grande  variété  de 
genres  de  zoopbyles,  d'annélidos,  de  crusta- 
cés, de  mollusques  et  de  poissons. 


^  Ceux-ci  paraissent  différer  complètement 
dps  animaux  de  l'époque  de  transition,  non- 
seulement  par  leurs  espèces,  mais  encore 
par  les  familles  auxquelles  ils  se  rapportaienl. 
Ils  semblent  avoir  été  carnivores,  étant  mu- 
nis de  grosses  dents  coniques  et  acérées, tan- 
dis que  celles  des  poissons  de  l'époque  anté- 
rieure, arrondies  et  disposées  en  cône  obtus 
ou  en  forme  de  brosses ,  annoncent  des  es- 
pèces omnivores. 

«  On  peut  d'autant  moins  douter  des  habi- 
tudes cfe  ces  anciennes  espèces,  qu'on  re- 
connaît dans  leurs  excréments  les  écailles 
des  poissons  dont  les  premiers  faisaient  leur 
nourriture;  ces  écailles  sont  môme  souvent 
déterminables.  Il  y  a  plus  encore ,  certaines 
portions  plus  ou  moins  considérables  des  in- 
testins, ainsi  que  l'estomac  et  ses  différentes 
membranes,  sont  assez  bien  conservées  pour 
nous  faire  juger  des  événements  qui  se  sont 
passés  au  fond  de»  mers  à  des  époques  si 
éloignées  de  nous. 

«K  A  part  cette  diff'éreiïce^  If  y  a  les  plus 
grands  rapports  entre  la  population  de 
groupe  carbonifère  et  celle  des  terrains  d*) 
transition;  toutes  les  deux  sont  caractéri- 
sées par  des  animaux  invertébrés  marins  et 
terrestres,  et  par  des  poissons  qui  appartiens 
nent  à  l'embranchement  des  animaux  verté- 
brés.Aussi,  comme  la  végétation  de  ces  deux 
époques  réunit  à  peu  près  les  mêmes  genres 
de  plantes,  surtout  parmi  les  cryptogames 
semi-vasculaires,  nous  les  avons  rattachées 
à  la  première  période,  ou  la  plus  anciefUne 
des  trois  grandes  périodes,  dans  lesqu^il^ 
nous  avons  circonscrit  les  générations  des 
temps  géologiques. 

«  L'ensemble  de  l'ancienne  création  proufi 
donc  que  les  espèces  vivantes  se  sont  suc- 
cédé en  raison  directe  de  la  cpDopKcatioH  de 
leur  organisation.  Les  exceptions  à  cette  loi 
du  progrès  ont  été  extrëmetnent  circonscrites. 
Plus  évidentes  chez  les  végétaux  que  chez  les 
ahimaux,  elles  le  sont  par  cela  mâmed'autant 
plus  que  l'orgaaisation  est  moins  perfection* 
née. 

«  En  effet,  on  n'en  voit  guère  de  tranchées 
que  chez  les  cryptogames  et  les  invertébrés, 
les  plus  simples  des  êtres  vivants.  Elles  de* 
viennent,  au  contraire,  fort  rares  chez  les 
phanérogames  et  les  vertébrés  ;  car  nous  ne 
saurions  en  voir  dans  rapparition  de  quel- 
ques monocotylédons  et  gymnospermes  à  Té* 
poque  de  transition  et  houillère,  pas  plus  qao 
dans  celle  de  la  présence  des  poissons  à  ces 
anciens  âges. 

«  Ces  animaux  représentaient  pour  lors  à 
eux  seuls  les  vertébrés  ;  par  cela  mèEne  ils 
ont  dû  offrir  dans  leur  organisation  quelqnc 
chose  qui  rappelai  celle  particulière  aux  rep- 
tiles, cfasse  déjà  plus  avanoée  et  qui  n'avait 
point  encore  paru.  Après  ces  poissons  sont 
venus  les  reptiles  proprement  dits,  qui  ont 
fini  par  prendre  des  caractères  propres  aut 
oiseaux ,  aux  mammifères,  marins  et  terres* 
très,  c  est-à-dire  aux  classes  les  plus  élevée» 
dans  la  sérié  des  animaux.  On  dirait*  en 
voyant  l'orgamsation  bizarre  qni  a  earaclé' 
risé  les  étranges  sauriens  (lézards)  de  la  jfi* 


m 


»AR 


ET  Di:  PALEONTOLOGIE. 


MAR 


m 


nodc  secondaire,  que  la  nature  s^essayait  en 
queloue  sorte,  par  des  tâtonnements  succes- 
sifs, à  la  reproduction  des  êtres  plus  parfaits 
3ui  plus  tai'd  devaient  être  les  coinpagnobs 
e  I  homme. 

c  Sans  doute  ces  animaux,  qui  ont  pçu  per- 
sisté sur  la  scène  des  anciens  Ages,  pour- 
raient bien  ftlrc  considérés  comme  plus  com- 
pliqués gue  les  efpèces  vivantes,  puisqu'ils 
réunissaient  des  caractères  communs  à  plu- 
sieurs classes  différentes;  mais  si  on  prend 
dans  ce  sens  le  mot  do  complication,  il  faut 
nécessairement  avouer  que  celle  eipres.'^ion 
est  opposée  à  toute  idée  de  perfectionne? 
ment. 

^  En  effet,  il  ne  peut  y  avoir  progrès  et 
I  rogrës  réel  dans  une  organisation  quelcon^» 
que  Que  lorsqu*il  y  a  harmonie  parfaite  entre 
les  détails  qui  la  composent  et  I.i  constituent^ 
Qr,  comment  voir  une  pnreiile  harmonie 
entre  les  parties  essentiellement  disparates 
de  ces  anciens  reptiles,  dont  les  proj  ortions 
étaient  aussi  gigantesques  que  les  formes  bi- 
zarres ?  Des  ébauches  aussi  imparfaites  ne 
sauraient  en  aucune  manière  être  considér 
rées  comme  un  progrès,  et  encore  moins 
comme  une  exception  à  la  grande  loi  des  an-r 
clennes  créations. 

«  11  en  serait  de  même  encore  lorsqu*on 
f  !mettrait  que  quelques  individus  de  niam-r 
mif&res  terrestres  ont  réellement  vécu  lors 
«ieFépoque  secondaire.  Si  les  mammifères  de 
Stnnesfield  ont  appartenu,  non  comme  cet-» 
(ains  le  supposent,  à  des  reptiles ,  mais  à  de 
véritables  marsupiaux,  la  présence  de  ces 
animaux  à  t'os anciens  â^^'s  serait  sans  doute 
une  exception  è  la  loi  du  progrès.  Mais  cette 
eiceptioô  n*en  prouverait  pas  moins  la  gé- 
nérante de  celîe  loi,  même  en  faisant  abs- 
traetloB  de  rimperfection  do  l'organisme  de 
ces  animaux  (661).  On  ne  peut  pas.  sur  quel- 
ques ibdividus  isolés,  fonder  quelques  rap- 
ports exacts  sur  des  générations  consiiîérécs 
dans  leur  ensemble.  Or,  que  sont  les  deux 
ou  trois  marsupiaux  découverts  dans  les  ter* 
rains  secondaires  de  r.Xngîeterre,  à  côté  du 
nombre  immense  des  reptiles  qui  ont  carac- 
térisé ces  temps  géologiques  ? 

«  Us  ne  prouvent  qu'une  chose,  c'est  la 
k^nteur  avec  laquelle  la  nature  a  produit  les 
élres  les  plus  perfectionnés,  et  l'espèce  d'hé- 
sitation et  comme  d'incertitude  Qu'elle  a 
mise  dans  la  création  des  êtres  les  plus  par- 
feU«;  car  il  est  évident  que  ceuxrci  n'ont 
réellement  paru  qu'après  le  dépôt  des  ter- 
rains crétacés,  et  n'ont  été  nombreux  que 
bien  longtemps  après  leur  formation. 

«  Ces  poissons,  reptiles  des  premiers  âges, 
cofBme  ces  reptiles  poissons  ^  oiseaux  et 
mammifères  des  époques  moins  anciennes, 
étaient  si  fort  dos  ébauches  d'une  nature  qui 
devait  se  perfectionner  de  plus  en  plus,  que. 

(661)  D'après,  les  obsenraiions  de  H.  Owen,  les 
marsopûiux  seraient  les  mammifères  les  plus  impar- 
faits, a  cause  de  l'aplatissement  et  du  défaut  de  cir- 
ConYolutîoDS  de  leur  cerveau,  et  enûnen  ce  que  leur 
c^!^«lel  est  tout  à  fait  découvert  On  sait  que  plus  les- 
9n:niaux  sont  oerfectionnés  et  plus  leur  cervelet  est 
l^cotiTrrt  fxir  I  enri^pbaîc  ;  Poi^nne  eftsenlieî'emeot 


par  suite  du  peu  oe  liaisons  ou  de  rappop;s 
de  leurs  organes,  ils  u*ont  pas  pu  durer 
lorsque  les  circonstances  qui  les  entouraieqi 
ont  été  modifiées  d'une  manière  queleonquo* 
Xeurs  conditions  d*existence  étaient  si  com- 
plexes, que  les  animaux  qui  j  étaient  soumis 
n^ont  pas  pu  longtemps  y  satisfaire.Aussi  les 
premiers  ont  été  à  peu  près  bornés  aux  ter-: 
rains  de  transition  et  houillers,  et  les  secon.ls 
n'ont  traversé  qu'un  petit  nombre  de  dépôts 
des  terrains  secondaires  moyens  et  ne  sont 

{las  parvenus  jusqu'aux  plus  récentes  de  ces 
brmalions. 

^  En  voilà  sans  doute  assez  pour  prouver 
qu'uu  pareil  assemblage  dW^^aiiismes  aussi 
di\crs  peut  bien,  à  la  rigueur,  éirc  considéré 
com:ne  complexe,  mais  qu'il  ne  peut  néan* 
moins  être  regardé  comme  un  véritable  per«i 
fectionnement  (662).  » 

OasEavATioif.  — Nous  trouvons  encore  ici 
une  notable  différence,  dans  la  mahière  d'in- 
terpréler  le  9*  verset,  entré  M.  Marcel  de. 
Serres  et  M.  Godefroy.  {Voy.  l'art.  Godet 
FROT,  cnÂtre  du  troisième  jour,)  Nous  avons 
montré  à  Tarticle  JotBs-PÉRioDfis  eombieq 
était  peu  fondée  cette  opinion  qui  admet  la 
création  des  v;.'gé{aux  avant  celle  des  ani- 
maux, ou  du  moins  s'eiforce  de  faire  croire 
que  celle  de  ces  derniers  a  beaucoup  moins 
d'importance.  M-  Marcel  de  Serres,  réunis-; 
sant  dans  cette  troisième  période  les  terrains 
intermédiaires  et  une  partie  des  secondaires^ 
est  encore  moins  acceptable  que  personne  iL 
soutenir  cette  thèse.  On  verra  aux  arlideai 
PALÉozoÏQt ES  (Terrains),  et  Triasiqijes  (Ter- 
BAi.^s)  combien  ce  sentiment  est  erroné.  Il 
est  une  autre  question  extrêmement  imf.or-». 
tante  sur  laquelle  les  périodistes  reviennent 
continuellement,  c'est  celle  de  la  complicar 
tion  des  organes  et  du  perfectionnement 
progressif  de  raniinalisation  à  partir  des 
plus  ancicRs  terrains  fossilifères.  Nous  roa-. 
voyons  à  l'article  Putsiolo^jie  paléoxtouk 
GiQCB  la  réfutation  de  cette  erreur. 

Les  végétaux,  à  la  vérité,  ont  été  créés  à 
la  troisième  époque,  mais,  selon  M.  Marcel 
de  Serres,  ils  n'ont  pu  se  développer  qu'à  la 

S^uatrième»  c'est-à-dire  à  celle  ou  le  soleil 
ut  approprié  de  manière  à  leur  fournir  la 
lumière  nécessaire  non  à  leur  germination,, 
mais  à  leur  entier  accroissement.  C'est  donc 
à  cette  quatrième  époque  que  le  soleil  et  les 
autres  corps  célestes,  créés  dès  le  commen-.. 
cément,  reçurent  des  dispositions  nouvelles 
qui  leur  ont  donné  les  moyens  de  remplir 
le  but  de  leur  formation.  Jusque-là  ils 
avaient  été  privés  de  cette  vaste  couche  bril- 
lante qui  est  la  source  et  le  véhicule  de  la 
lumière. 

«  On  a  adressé  à  Moïse»  dit  M.  Marcel  do 
Serres^  un  reproche  dont  nous  devons  lo 
jjustiGcr.  Selon  lui,  les  végétaux  auraient 

doroinateur  pour  lors.  Or  c'est  ici  tout  le  eontrairf . 
DNin  autre  cété,  les  petits  t'es  marsup.au i  éprouvent 
leurs  métamorphoses  et  an  î veut  à  leur  état*  normal 
au  dehors  du  seio  de  leur  mère  ;  signe  éTidcDl  d*ia* 
férîorilé,  et  dont  on  ne  découvre  de  traces  que  cbes 
les  animaux  les  plus  bas  placés  dans  la  série 
(66i)  Cos^oçonie.  de  mise,  t.  !*'. 


135 


VAEl 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


HÀH 


m 


attparu  antérieurement  à  répoqueoù  le  so- 
leil û  reçu  son  atmosphère  Imoineuse,  at- 
mosphère qui  seule  a  permis  à  cet  astre  de 
répandre  constamment  la  lumière  sur  la 
terre  ;  et  Ton  a  cru  voir  dans  ce  fait  une  im-^ 
possibilité  physique. 

*(  Nous  ferons  remarquer  à  cet  égard, 
qu'indépendamment  des  rayons  solaires  qui 
éclairent  et  vivifient  maintenant  notre  pla- 
nète, il  eiistail  pour  elle,  dans  le  principe 
des  choses»  une  autre  source  de  lumière. 
Cette  lumière  primitive  suffisait  probable* 
ment  à  la  germination  des  végétaux;  Dieu 
se  borne  à  dire  que  la  terre  fasse  germer  les 

J liantes  et  les  arbres.  Mais  pour  favoriser 
eur  développement,  le  soleil  reçut  bientôt 
une  disposition  nouvelle  qui  lui  eu  fournit 
les  moyens. 

«  L'historien  Charles  Levesque  fait  obser- 
,ver,  que  quoique  l'existence  des  végétaux  se 
trouve  placée  avant  celle  du  soleil,  comme 
corps  lumineux,  ceci  nVst  nullement  con- 
tradictoire. Leur  existence  a  dû  être  anté- 
rieure à  îour  développement,  qui  n'a  pu  avoir 
Jîeu  qu'après  la  formation  des  germes  ;  ces 
germes  n'ont  pu  pousser  que  lorsqu'une 
partie  de  la  terre  a  cessé  d'être  recouverte 
par  les  eaux. 

«  D'après  cette  double  circonstance,  les 
végétaux  terrestres  n'ont  pu  se  développer 
quà  la  quatrième  époque,  c'est-à-dire  à  celle 
où  le  soleil  a  été  approprié  de  manière  à 
leur  fournir  la  lumière  et  la  chaleur  néces- 
saire non  à  leur  germination,  car  on  peut  la 
considérer  comme  opérée,  mais  à  leur  en<r 
.tier  accroissement. 

«  La  terre,  qui  vers  la  fin  de  la  troisième 
'époque  avait  reçu  le  pouvoir  de  foire  germer 
les  plantes  qui  devaient  bientôt  couvrir  de 
leur  verdure  ses  parties  élevées  au-dessus 
des  eaux ,  reçut,  dès  le  commencement  de 
l'époque  suivante,  cette  chaleur  vivifiante 
qui  devait  dorénavant  en  favoriser  et  en  sti<> 
muler  l'accroissement.  Depuis  lors,  le  soleil, 
pourvu  de  son  atmosphère  lumineuse,  verse 
ses  puissants  rayons  sur  la  terre.  Ils  ne  tari- 
ront plus  pour  elle,  à  moins  que  la  volonté 
de  celui  qui  a  si  bien  coordonné  toutes 
choses,  ne  fasse  rentrer  dans  le  néant,  des 
œuvres  qui  proclament  hautement  sa  sagesse 
et  sa  puissance  (663).  u 

Nous  avons  vu  que  M.  Godefroy  {Voy.  ce 
mol)  a  eu  recours  pour  le  développement 
des  plantes  à  un  moyen  de  leur  procurer  de 
la  lumière  et  de  la  chaleur  bien  autrement 
compliqué.  Son  hypothèse  prouve  au  moins 
de  l'imagination.  M.  Marcel  de  Serres  est 
infiniment  plus  modeste  et  plus  simple,  mais 
non  moins  malheureux  dans  son  invention. 
Il  suppose  les  plantes  créées  en  germina- 
tion à  la  troisième  époque  et  prenant  leur 
accroissement  pendant  la  quatrième  époque, 
sous  l'influence  du  soleil,  pourvu  seulement 
alors  de  sa  photosplière.  Ainsi  tout  ce  oue 
!vl.  Marcel  de  Serrer  a  dit  des  plantes  et  des 
i^nimaux  à  cette  troisième  époque  doit  être 
r*5porté  èi  la  quatrième.  Pendant  cette  troi- 

(665)  Cosmogonie  de  Moïse,  1. 1",  p.  7î), 


sième  époque,  il  n'y  a  eu  formation  d'aucnn 
terrain  fossilifère.  Les  couches  qui  contiea-, 
nentdes  débris  fossiles  ne  peuvent  remon- 
ter plus  haut  que  la  quatrième  époque.  11 
faut  convenir  que  les  11*  et  12'  versets  re- 
çoivent ici  une  atteinte  bien  grave,  et  que 
jamais  aucun  commentateur  n  a  eu  la  peo- 
sée  de  hasarder  une  pareille  interprélatioQ. 
M,  Marcel  de  Serres  est  certes  loin  de  justi- 
fier Moïse  du  reproche  qu'on  lui  a  adressé 
d'après  de  faux  systèmes  d'interprétation; 
au  contraire,  il  aggrave  ce  reproche.  Qu'y 
avait-il  de  plus  simple,  de  plus  logique,  de 
plus  conforme  aux  fois  physiologiques,  que 
de  placer  dans  le  sol,  qui  devait  les  porter, 
les  germes  des  plantes,  au  moment  où  ri 
plaçait  dans  le  ciel  l'astre  qui  devait  les  faire 
croître  et  les  développer  ?  S'il  v  a  eu  pids 
de  sagesse  à  faire  autrement,  il  serait  bon 
de  le  montrer.  Mais  à  la  pauvreté  des  rti<« 
sons  qu'on  essaye,  on  voit  assez  que  cela  est 
Impossible. 

Constatons  en  le  citant  les  explications 
que  donne  M.  Marcel  de  Serres  sur  le  qua^ 
trième  jour. 

fi  A  la  quatrième  époque^  Dieu  dit  :  Que  des 
corps  lumineux  soient  disposés  dans  le  firma- 
ment du  ciel^  pour  séparer  le  jour  d'avec  la 
nuity  et  qu'ils  servent  de  signes  pour  marqutr 
tes  temps^  les  jours  et  les  années.  —  (?u[i/i 
luisent  dans  te  firmament  du  ciel  et  quilt 
éclairent  la  terre;  il  en  fut  ainsi.  —  Dieu  dit- 
posa  donc  deux  corps  lumineux  :  tun  plus 
grand  pour  présider  au  jowr,  et  l'aulre 
moindre  pour  présider  à  la  nuit;  il  fit  autti 
fes  étoiles.  —  //  les  plaça  dans  le  firmament 
du  ciel  pour  luire  sur  la  terre.  —  Pour  pré* 
sider  au  jour  et  à  ta  nuit^  et  pour  séparer  la 
lumière  a  avec  les  ténèbres  ;  Dieu  vit  que  cV- 
tait  bien.  —  De  la  fin  jusquau  commence* 
menty  ce  fut  la  quatrième  époaue. 

«  Cette  époque  est  donc  celle  où  le  soleil 
et  les  autres  corps  célestes ,  créés  dès  1« 
commencement,  ont  reçu  des  dispositions 
nouvelles  oui  leur  ont  donné  les  moyens  de 
remj>lir  le  but  de  leur  formation. 

«  Tout  ce  que  l'auteur  de  la  création  a  fait 
i  11  quatrième  époque,  pour  denner  au  so- 
leil une  influence  sur  la  terre,  a  été  de  dis- 
poser autour  de  son  noyau  obscur  et  solide, 
des  auréoles  lumineuses.  Ces  atmosphères 
sont  devenues  pour  notre  planète  la  source 
d'une  infinité  de  biens. 

ff  En  s'en  {enant  aux  faits  connus,  on  coo- 
çoit  aisément  comment  le  soleil  et  toos  les 
astres  ont  pu  être  créés  au  commencement 
et  n'avoir  pourtant  reçu  que  beaucoup  pl»^ 
tard  le  pouvoir  de  répandre  de  la  lumière 
sur  la  terre,  car  à  leur  origine  ils  étaient 
privés  de  cette  vaste  couche  brillante,  q^i 
en  est  la  source  et  le  véhicule. 

«  Ce  que  nous  venons  de*  faire  obsener, 
relativement  à  l'atmosphère  lumineuse  qtti 
a  été  donnée  au  soleil  bien  postérieurement 
à  sa  formation,  comme  corps  distinct,  a  aussi 
lieu  dans  certains  corps  célestes  qui  ne  sont 
point  encore  termines.  Les  comètes»  P*^ 


ItlR 


ET  DE  PALEOISTOLOGIE.. 


MAR 


8» 


exemple^  sont»  comme  était  le^  soleil  avant 
la  quatriècQc  époque  de  la  création,  des 
astres aui  premiers  â^cs  de  leur  formation; 
aussi  leur  cours  n'a  rien  encore  de  régulier 
et  elles  n*o(rrent  pas  non  phis  une  grande 
fixité  dans  leurs  formes  et  leurs  dimensions. 

c  Ces  astres  peuvent  très-bien  nous  don- 
ner une  idée  des  phases  diverses  par  les- 
<|uelles  le  soleil  a  passé  depuis  sa  création 
jusau*aa  moment  où  il  areçu  Talmosphère, 
ou  les  atmosphères  lumineuses  auxquelles 
il  doit  sa  grande  influence  sur  la  terre.  Ces 
faits  nous  font  concevoir  comment  le  soleil» 
créé  dans  le  principe  des  choses»  n*a  "^epen- 
dant  été  dote  de  son  pouvoir'  éclairant  que 
bien  longtemps  après»  c'est-à-dire  à  la  qua- 
trième époc|ue. 

«  Le  soleil  peut  encore  être  comparé»  sous 
le  rapport  de  sa  composilirn»  à.  la  terre; 
comme  elle»  il  i^aralt  du  moins  environné 
d'atmosphères»  qui  diffèrent  cependant  de 
celle  qui  entoure  le  globe  par  la  lumière 
doQt  eUes  sont  imprégnées.  Or,  d*aprè6  le 
texte  de-  la  Genèse^  I&  terre  créée  dans  le 
principe  eooime  corps  distinct  et  particu- 
lier^ n*«  reçu  son  atnMfesphère  qu*à  I& seconde 
époque,  tandis  que  celles  auxquelles  le  so- 
leil doit  ses  propriétés  éclairantes»  ne  lui 
ont  été  données  qu'à  la  quatrième.  Ce  serait 
donc  là  toute  la  différence  qui  existerait 
entre  ces  deux  astres;  ils  auraient  ccnen- 
dant  cela  de  commun»  de  n'avoir  été  en 
quelque  sorte  complétés  que  postérieure- 
ment à  leur  création. 

c  Cette  comparaison,  fondée  sur  les  faits  les 
pins  incontestables»  permet  de  saisir  un  des 
points  jusqu'à  présent  les  plus  obscurs  du 
récit  de  la  création.  Elle  prouve,  du  reste, 
combien  peu  les  philosophes  du  siècle  der- 
nier pouvaient  comprendre  ce  récit»  qui  ne 
deviendra  parfaitement  clair  que  lorsque  la 
sqience  sera  assez  avancée  pour  ix>nnaltre 
toutes  les  causes  qui  ont  exercé  quelque  in- 
fluence sur  la  formation  et  l'appropriation 
successive  des  différents  corps  célestes. 

«  Cette  interprétation»  la  plus  conforme 
au  texte  de  l'Ecriture,  est  la  seule  qui  s'ac- 
corde avec  les  faits  physiques.  En  considé- 
panl  avec  elle  le  système  de  l'univers  dont 
le  soleil  et  les  étoiles  font  partie,  comme 
eréés  au  commencement»  on  n*a  point  à  se 
demander  comment  la  terre  possède  une 
lumière  et  une  température  à  elle  propres» 
et  tout  à  lait  Indépendantes  de  celles  que 
répandent  sur  elle  les  astres  nombreux  de 
Tunivers. 

«  Le  législateur  des  Hébreux  n'a  point 
dit  et  encore  moins  voulu  dire»  comme  on 
le  suppose  assez  généralement,  qu'à  la  qua- 
trième époque  Dieu  créa  le  soleil  ;  mais 
seulement  qu'il  a  disposé  cet  astre  pour 
éclairer  constamment  la  terre.  C'est  Monc 
aussi  depuis  cette  ép<y:pie  que  le  soleil  rè^le 
Tordre  oes  saisons»  des  jours  et  de>  an- 
nées. 

«  Ce  mode  d'interprétation  a«.  du  reste, 
î^vantage  de  faire  accorder  entre  eux  diffé- 
rents passages  de  KEci-iture  ;  car*  on  ne  sau* 
lait  MjpposfT  que  Mni^e  ait  pu  cruif^^tue  la 


terre  avaitététTééeavantlesoleiietleséloiies, 
puisqu'il  dit  lui-même  qu'elles  louaient  fii«u 
avant  la  création  de  notre  globe.  H  ne  men- 
tionne dans  les  versets  de  la  Genète^  relatifs 
à  la  quatrième  époque»,  les  phénomènes  as- 
tronomiques que  sous  le  rapport  de  lei?r 
importance,  relativement  à  la  terre  et  à 
rhomme,  et  non  en  raison  de  leur  im|K>r- 
tance  réelle  dans  le  système  général  de  l'u- 
nivers. 

«  U  y  a»  d'autant  moins. de*  doute  à  cet 
égards  que  Moïse  mentio&ne  à  peine  les 
étoiles»  se  bornant  à  dire  que  Dieu  fit  aussi- 
los  étoiles.  11  les  nomme  donc  en  quelques 
mots»  comme  en  passant,  et  en  quelque  sorto 
Dour  annoncer  qu'elles  furent  disposées  par- 
la même  puissance  qui  avait  mis  dans  l'es* 
pace  le  soleil  et  la  lune.  En  effet,  ces  corps 
lumineux  sont  bien  plus  importants  et  bien 
plus  nécessaires  pour  n^us  que  cette  armée 
innombrable  de  corps  célestes,  dont  la  gran- 
deur surpasse  pcut-^t;e  de  beaucoup  celle 
de  l'astre  qui  nous  éclaire. 

€  Les  premières  plantes  qui  ont  véoa 
pendant  ces  anciennes  époques,  ne  présen-* 
test  pas  la  moindre  différence  dans  leur. or- 
ganisation d'avec  celles  qui  jouissent  Main- 
tenant des  rayons  du  soleil.  Cette  lumière 
Iirimitive  ne  parait  pas  avoir  différé'  de  -la 
umière  actuelle;. les  organes  exhalants  des 
végétaux  des  terrains  de  transition  et  bouil- 
1ers,  sont  lesmêuieset  remplissent  des  fonc- 
tions analogues  à  ceux  des  esf^èces  vivantes. 
W  y  a  plus  encore»  les  yeux  de  ces  singu- 
liers crustacés  ou  de  ces  tri lobites,  si  enfon- 
cés dans  les  vieilles  couches  du  globe^  sont 
construits  d'une  manière  tellement  sembla-*^ 
ble  à  ceux  des  crustacés  vivants,  qu'il  est 
difficile  de  ne  point  supposer  que  les  uns 
et  les  autres  ont  éprouvé  les  effets  du  même 
fluide  lumineux, 

«  La  structure  des  ori^anes  de  la  vision 
de  ces  crustacés  qui  ont  peuplé  le  sein  do- 
l'ancienne  mer,  annonce  encore  que  le  fond 
du  liquide  dans  lequel  ils  ont  vécu  devait 
être  assez  pur  et  assez  transi  arent  pour  per- 
mettre à  la  lumière  d'arriver  jusqu'à  ce» 
organes,  dont  la  conservation  parfaite  nous 
a  si  complètement  révélé  la  nature.  Ainsi»  à 
l'époque  où  ces  animaux  forent  pinçés  au^ 
fond  des  mers  du  monde  primitif»  les  rela- 
tions mutuelles  de  la  lumière  étaient  abso- 
lument tes  mêmes  qu'actuellement. 

«  Ces  instruments  d^optique,  d'une  cons. 
traction  parfaitement  en  harmonie  avec  te 
genre  de  rision  particulier  qu'ils  dpvafeut 
exercer»  n'ont  pas  été  produits  par  une  sorti» 
de  tâtonnement,  des  formes  les  plus  sim|)!es 
aux  plus  compliquées  ;  ils  ont  été  eonstraits 
tout  d'abord  de  manière  à  s'adapter  aux 
fonctions  qu'ils  devaient  remplir  cl  au  but 
pour  lequel  ils  avaient  été  créés. 
'  «-D'un  autre  côté»  si  nous  considérons  les 
lèîes  des  plus  anciens  poissons,  comme  celles 
dr^  j-.Ins  anciens  reptiles,  nous  les  verrons 
pourvues  de  cavités  destinées  à  recevoir  les 
yeux  et  de  trous  pour  le  pas^ge  des  nerfs 
optiques.  On  voit  même  cnez  quelques  in- 
diYi.:u;>  cerloines  parties  de  IV^mI  assez  bien 


m 


MAR 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAR 


conservées  pour  ju^er  de  leurs  analogies 
avec  ces  mêmes  paKies  des  yeux  des  pois- 
sous  et  des  reptiles  vivants.  Enfin,  ce  qui 
•  0*est  pas  moins  remarquable,  les  organes  de 
.  la  vue  des  ichtyosaures,  singuliers  reptiles 
de  répoque  du  lias,  sont  assez  bien  conser- 
vés pour  qu'il  soit  possible  de  reconnaître 
que  ces  yeux  renferment  un  appareil  encore 
plus  merveilleux  et  plus  compliqué  que  ce* 
lui   dont  sont    pourvu^  certains  oiseaux 

(66^).  »  Voy,  ICHTEVOSAUBE. 

Observation.  —  Nous  ne  réviendrons 
point  sur  cette  étrange  bizarrerie  du  sys- 
tômey.que  nous  avons  déjà  signalée,  et  qui 
place  la  création  des  germes  des  plantes  à  la 
troisième  époque  et  leur  développement 
fieufement  a  la   quatrième;  d'où   il  suit, 

.  ainisi  que  nous  Tavons  déjÀ  remarqué,  que 
c*est  seulement  de  la  quatrième  époque  ou 
du  quatrième  jour  génésiaque,  que  date  la 
formation  des  terrains  paléozoïques,  triasir 

.  (^ues,  etc.  C'est  aussi  une  idée  assez  singu^ 
hère  de  prétendre  que  le  soleil,  avant  le 
quatrième  jour,  devait  être  une  comète. 
C'est  déjà  passablement  téméraire  de  cher- 
cher ce  qu  il  pouvait  ôlre,  mais  le  comparer 
aux  comètes  sur  la  nature  desquelles  on  ne 
sait  rien  de  certain,  c'est  introduire  le  ro- 
man dans  la  science.  Cependant  M.    Marcel 

.  de  Serres  insiste  beaucoup  $ur  sqn  i()ée^ 
Passant  au  cinquième  jour,  il  s'exprime 

.  ainsi  : 

«  A  la  cinquième  époque.  Dieu  créa  les 

.  poissons,  les  reptiles  aquatiques  et  tous  les 

.  êtres  qui  vivent  dans  le  sein  des  eaux.  Les 
oiseaux  peuplèrent  et  animèrent  les  airs. 
Enfin,  Dieu  ordonna  aux  animaux  aquati- 

.  ques  de  remplir  les  eaux  de  leurs  tribus,  et 
aux  volatiles  de  se  répapdre  sur  la  terre  et 
d'occuper  l'atmosphère. 

«  Voici  comment  s*exprime  le  texte  bé^ 
breu  :  Dieu  dit  que  les  eaux  produisent  des 
animaux  vivants  qui  nagent  dans  Feau^  et 

?nie  des  volatiles  volent  sur  la  terre  dans 
'étendue  du  ciel,  —  pieu  créa  les  grands 
poissons  et  tous  les  êtres  rampants  que  les 
.  Isaux  produisirent  selon  leur  espèce  ;  t7  créa 
aussi  tous  les  volatiles  selon  leur  espèce  ;  Dieu 
vil  que  c'était  bien,  —  Dieu  les  bénit  et  dit  : 
Croissez  et  multipliez^  et  remplissez  les  eaux 
des  merSf  et  que  tes  volatiles  se  multiplient 
sur  la  terre.  —  De  la  finjusquau  commence-* 
nient  ce  fut  la  cinquième  époque, 

<i  D'après  ce  texte,  comme  d'après  les 
faits  géologiques,  les  premiers  animaux 
vertébrés  ont  été  des  espèces  vivant  dans  le 
sein  des  eaux,  c'est-à-dire  des  poissons. 
C'est  mal  à  propos  que  les  traducteurs  ont 
rendu  le  mot  hébreu  athanimin  par  serpent, 
dragon,  baleine,  cétacé  ;  car  il  se  rapporte 
uniquement  aux  poissons  de  mer.  Ce  mot 
racine,  dont  il  n'existe  aucun  dérivé  connu, 
a  été  évidemment  appliqué  à  tort  aux  cé- 
tacés par  cela  seuleiqentque  ces  animaux, 
les  plus  grands  delà  nature  actuelle,  habi-* 
tcnt  aussi  le  bassin  des  mers.  Il  y  a  d'au- 

rB64)  CMtnogonie  de  Moïse,  t.  I*%  p.  80-102, 
(6Q5)  Cosmogonie  de  Motse,  t.  I*',  p.  104,  etc. 


tant  moins  de  doutes  que  lAonan  se  rap- 
porte aux  grands  poissons^  comme  sont,  di- 
sent  tous  les  commentateurs ,  les  ba- 
leines. 

«  Si  donc  les  divers  interprètes  de  la 
Bible  ont  traduit  creavitque  Deus  eere 
grandia^  c'est  que,  frappés  de  la  grandeur 
des  baleines  et  de  la  plupart  des  mammifères 
marins,  ils  ont  cru  devoir  plutôt  rapporter 
l'expression  athanimin  aux  cétacés  qu'ils 
connaissaient  qu'à  des  poissons  ou  à  dçs 
reptiles  çiganlesques,  dont  les  races  éteintes 
leur  étaient  entièrement  inconnues.  Te) 
n'est  pas  cependant  le  véritable  sens  du  mot 
athanimin ,  qui  désigne  uniquement  un 
grand  poisson  ou  un  reptile  d'une  dimension 
approchant  de  celle  des  baleines.  Cette 
dernière  interpiélation  est  ici  peu  admis- 
sible ;  car,  après  avoir  parlé  des  grands  pois- 
sons, Moise  nomme  de  suite  les  animaux 
rampants  qui  vivent  dans  l'eau,  ce  qui  ne 
peut  s*eptendre  que  des  reptiles. 

«  Nous  abandonnons  cet  objet  de  discus- 
sion à  ceux  qui  s'occupent  d  une  manière 
particulière  aune  langue  dont  l'étude  est  si 
négligée  parmi  nous  ;  il  doit  nous  suffire  de 
leur  avoir  soumis  une  question  que  leurs 
lumières  leur  permettront  de  résoudre,  sans 
doute,  beaucoup  mieux  que  nous  ne  sau- 
rions le  faire  nous^méme.  Nous  fei-ons  seu- 
lement remarquer  que  M.  Cahen,  en  tra- 
duisant le  mot  hébreu  athanimin  par  cétacé, 
convient  pourtant  que  cette  expression  s'ap» 
pliçiue  à  tous  les  animaux  marins  dont  l'a- 
gilité est  fort  grande,  et  particulièrement 
eifxx  poissons. 

«  Aux  yeux  de  Moïse,  la  création  des 
reptiles  aquatiques  a  été  antérieure  à  celle 
des  espèce^  terrestres.  Il  place  la  première  à 
la  cinquième  époque,  tandis  que  1  apparition 
des  reptiles  qm  vivent  sur  la  terre,  n'aurait 
eu  lieu  qu'à  ta  sixième,  c'est-à-dire  à  celle 
ou  Dieu  créa  également  les  autres  animaux 
terrestres.  Ainsi,  d'après  Moïse,  comme  d'à* 

f)rès  Tobservation  des  couches  fossilifères, 
es  êtres  qui  vivent  dans  le  sein  des  eaux, 
soit  poissonsu  soit  reptiles,  auraient  précédé 
les  animaux  qui  vivent  sur  les  terres  sèches 
et  découvertes.  Mais  ces  derniers  auraient 
apparu  avant  l'homme ,'  dont  l'existence  a 
couronné  en  quelque  sorte  la  création. 

«  Cette  cinquième  époque  est  donc  celle 
où  les  poissons  et  les  ôtrçs  qui  vivent  dans 
le  scindes  eaux  ont  essentiellement  dominé 
sur  la  scène  de  l'ancien  monde  (665).  • 
Suivent  de  longues  considérations  sur  les 
poissons  et  les  reptiles,  qui  sont  en  dehors 
des  idées  théoriques  sur  la.  Genèse  oud«- 
près  la  Genèse.  M.  Marcel  de  Serres  retienl 
encore  à  sa  thèse  de  la  succession  des  ani< 
maux  en  raison  directe  àe  la  complication 
de  leur  organisation.  Nous  renvoyons  donc 
encore  le  lecteur  à  l'article  Physiologw  n* 
LÉ0NT0L0G1Q13E  do  cc  Dictionnaire^  où  cette 
thèse  est  discutée  (666). 
La  création  des  oiseaux    appartient  «» 

(666)  M.  Harcd  de  Serres  voit  la  création  ^ 
reptiles  ;iquatique9  dans  le  ÎO*  verset  quctoas» 


MAR 


ET  D£  PALEONTOLOGIE. 


cinquième  jour.    Voici  ee    qv*en   pense 
M.  Marcel  de  Serres. 

€  La  Bible  place*  la  première  apparition 
des  animaux  ailés  à  cette  cinquième  épo- 
que. Nous  disons  animaux  ailés,  parce  que 
le  mot  oph  dont  elle  se  sert  pour  les  dési« 

Ker  est  un  nom  collectif  qui  embrasse  tous 
\  Tolatiles  en  général  ou  tous  les  êtres 
Tolants.  U  est  du  reste  remarquable  que  ces 
animaux  n'aient  laissé  qu*un  petit  nombre 
de  leurs  débris  dans  les  couches  terrestres. 
Cette  rareté  d'animaux  ailés,  et  particuliè- 
rement des  oiseaux,  est  frappante,  lorsqu'on 
la  comparer  ii  l'abondance,  dans  les  diTcrs 
dépôts  terrestres,  des  animaux  a(|uatiques. 
Un  comprend  facilement  pourquoi  les  habi- 
tants des  eaux  sont  si  fréquents  dans  la  plu- 
part des  couches  de  Técorce  du  globe  ;  mais 
on  ne  conçoit  pas  si  aisément  pourquoi  les 
animaux  ailés  et  surtout  les  oiseaux  j  sont 
«u  contraire  si  peu  nomhreux. 

«  Cette  circonstance  Rendrai  l-el  le  à  la 
eonibrmation  du  squelette  des  oiseaux  et  à  la 
composition  de  leurs  os,  ou  dépendrait-elle 
de  ce  que  ces  animaux  ont  pu  ùcilement 
échapper  aux  causes  de  destruction  qui  ont 
fait  périr  les  animaux  aquatiques?  Quoi 

au'ii  en  soit,  il  est  certain  que  les  restes 
es  oiseaux  et  des  autres  animaux  ailés,  tels 
par  eiemple,  que  les  ptérodactyles  qui  ont 
Técu  daiu>  les  temps  géologiques,  sont  anssi 
rares  que  les  débris  des  poissons  de  ces  an? 
ciens  temps  sont  abondants. 

«  Si  les  oiseaux  ont  été  peu  fréquents  aux 
époques  géologiques,  cette  circonstance 
tient  peut-être  à  la  composition  de  l'atmo^ 
sphère  pendant  ces  époques.  Chargée  d'une 
grande  quantité  d'acide  carbonique,  cette 
atmosphère  pouvait  bien  favoriser  le  déve* 
loppementde  l'ancienne  végétation,  et  même, 
jusqu'à  un  certain  point,  celui  des  animaux 
a  respiration  incomplète,  tels  que  les  rep- 
tiles et  les  poissons;  mais  elle  ne  pouvait 
que  nuire  a  des  animaux  qui  respirent  au- 
tant que  les  oiseaux.  Ces  légers  habitants 
des  airs  sont  plus  nombreux  dans  le  monde 
actuel,  l'excès  d'acide  carbonique  s'étant 
dissipé  à  travers  les  espaces  interplanétaires, 
ou  ayant  été  absorbé  par  la  brillante  végé- 
tation des  diverses  époques  géologiques,  ou 
par  la  formation  des  masses  calcaires  (667).» 

!!•*  Marcel  de  Serres  s'élonne  de  trouver 
on  si  petit  nombre  de  débris  fossiles  d  oi- 
seaux dans  les  anciens  strates  du  globe  ;  il 
s*évertue  à  en  chercher  la  raison  ;  il  s>n 
|>renden  définitive  àla  grande  quantité  d*acide 
carbonique  que  lui  et  d'autres  savants  veu- 
lent absolument  introduire  dans  l'atmo- 
sphère de  ces  époques  reculées;  c'est  passa- 
blement hypothétique,  et  ce  gui  ne  l'est  pas 
moins,  c'est  d'en  iaire  dissiper  Fexcès  à 
travers  les  espaces  interplanétaires^  Quoi 
qu  il  en  soit,  le  savant  imléontologiste, 
M.  Aie.  d'Orbigny,  pense  qu'à  l'épo^iue  de 
la  formation  des  terrains  triasiques,  les 
continents  étaient  animés  par  de  nombreux 

eiMDmfntateors  entendent  seulement  de  la  cr^tion 
A*s  p^Nssons,  dësÎKnés  comme  rampuits,  parce  quIU 
a*efit  pas  de  pieds. 


^9ieaux.[Caur$H(m,4^palé0mi.9  L  UI,  p. 
403.)  Dix  étages  avant  l'époque  actuelle^ 
dans  l'étage  néocomien,  le  premier  des  ter- 
rains crétacés,  on  connaît  deux  genres  d'oi- 
seaux palmipèdes,  les  genres  paiœamis  et 
eimoliomis.  Mais  dès  le  cinquième  étage 
ils  ont  laissé  de  nombreuses  empreintes. 
(Fby.  CoNCHTUBH.)  Ces  faits  n'empêchent 
point  M.  Marcel  de  Serres  de  supposer  que 
les  oiseaux  n*ontpoint  existé  avant  lapériode 
tertiaire,  {Cosmogonie  de  Moise^  t.  I**» 
p.  IGO.) 

Arrivons  à  la  sixième  époque. 

«  A  cette  époque.  Dieu  créa  les  reptiles 
terrestres  et  les  mammifères,  les  races  do- 
mestiques aussi  bien  que  les  races  sauvages. 
Dieu  couronna  ensuite  l'œuvre  de  la  créa- 
tion en  faisant  l'homme  à  son  image.  Il  lui 
prescrivit,  comme  aux  autres  êtres  animés, 
de  croître  et  de  s'étendre  sur  la  terre.  Pour 
lui  enïaciliter  les  moyens,  il  assujettit  à  son 
empiré  les  poissons  de  la  mer,  les  oiseaux 
du  ciel  et  tous  les  animaux  qui  se  meuvent 
sur  le  globe.  Il  lui  donna  encore  tous  les 
végétaux,  afin  qu*ils  lui  servissent  de  nour- 
riture. 

«  Mais  écoutons  le  récit  qui  se  rapporte  à 
cette  sixième  époque.  Dieu  dit  :  Que  la  lerrs 
produise  des  animaux  vivants,  chacun  selon 
son  espèce^  les  animaux  domestiques,  les 
reptiles  et  les  bêles  sauvages,  selon  leurs 
différentes  espèces  ;  il  en  fut  ainsi. —  Dieu  fit 
les  bêtes  sauvages  de  la  terre  selon  leurs  esr 
pêces,  les  animatix  domestiques  et  tous  les 
reptiles  chacun  selon  son  espèce:  Dieu  vit  que 
c  était  bien,  —  Dieu  dit  :  Faisons  t homme  à 
notre  image  et  à  notre  ressemblance,  quil 
domine  sur  les  poissons  de  la  mer,  sur  les 
oiseaux  du  ciel,  sur  les  biles,  sur  toute  la 
terre,  et  sur  tous  les  reptiles  qui  rampent  sur 
la  terre.  —  Dieu  créa  thomme  à  son  image  ; 
il  les  créa  mâle  et  femelle.  —  Dieu  les  bénit  et 
leur  dit  :  Croissez  et  multipliez-vous,   rem^ 

{}lissez  la  terre,  assujrttissesrla,  dominez  sur 
es  poissons  de  la  mer,  sur  les  oiseaux  du 
ciel  et  sur  tout  aniirMl  qui  se  meut  sur  la 
terre,  —  Dieu  dit  :  Je  vous  donne  toutes  les 
herbes  qui  portent  leur  graine  sur  la  terre  et 
tous  les  arbres  qui  renferment  en  eux-mêmes 
leur  semence,  chacun  selon  son  espèie,  afin 
qu'ils  vous  serrent  de  nourriture  ;  t{  en  fut 
ainsi. — Dieu  vit  toutes  ses  ouvres:  elles  étaient 
parfaites  :  de  la  fin  jusqti'au  commencement, 
ce  fut  la  sixième  époque, 

«  Cette  époque  a  vu  terminer  la  création 
de  tous  les  êtres  vivants  ;  aussi  comprend** 
elle  uniquement  les  êtres  les  plus  avancés 
en  organisation  ou  les  plus  perfection* 
nés  (G(Î8).  » 

A  propos  des  végétaux  que  Dieu  donna  à 
Thoiume  à  la  sixième  époque  pour  sa  nour- 
riture, Tauteur  remarque  que  ces  «  végétaux 
ne  pouvaient  pas  être  les  Diêroes  que  ceux 
des  premières  époques  ;  car  d*aprës  la  suc* 
cession  qui  a  eu  lieu  dans  Tensemble  des 
choses  créées,  les  plantes  de  la   troisième 

(667)  Cosmogonie  de  Moiie^  u  1<%  p.  129,  c!c. 

(668)  Cotmtgonïi  Ht  Jloïff,  U  W,  p.  151. 


8tH 


MAT 


DICTtONiNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ITâT 


époqtfe  avaient  dû,  lors  de  la'sixième,  avOik* 
disparu  depuis  longtemps.  »  (Cosmog,  de 
Moisè,  i,  V%  p.  137.) 

L'observalion  est  très-juste  ;  mais  ne 
ftut-il  pas  bien  de  la  bonne  volonté  pour 
voir  dans  Moïse  tant  de  choses  qui  rCy  sont 
point»  dont  il  ne  parle  point,  et  qu^l  ne  laisse 
supposer  en  aucune  manière? Est-il  permis 
d'abuser  à  ce  point  du  commcnlaire  ? 

«t  On  dirait  que  dans  les  idées  de  Moïse, 
Dieu  n'agit  pas,  à  proprement  parler,  à 
chaque  époque  ;  mais  que  les  formes  nou- 
velles que  prennent  les  choses  sont  plutôt 
l'action  des  causes  naturelles,  émanées  de 
son  pouvoir  divin,  qu'un  effet  immédiat  de 
sa  puissance  créatrice.  »(/6td.,  p.  138.)  Rien 
no  nous  parait  moins  dans  les  idées  de  Moïse 
que  la  supposition  qu'on  fait  ici. 

M.  Marcel  de  Serres  revient  h  sa  thèse  de 
la  complication  des  organes  et  du  perfec- 
tionnement progressif  chez  les  animaux 
fossiles.  Toutefois  il  ne  peut  s'emj^^cher  de 
cQiivenîrque  les  reptiles  des  plus  anciennes 
éDOques  font  exception   à  la  loi  générale. 

(P.  143.)  Voy.  PUTSIOLOGIE  PALEONTOLO- 
^IQCE. 

Discussion  sur  les  didelphes  fossiles  de* 
stonespeld.  —  Voy.  Mammifères.  Ces  mâ- 
choires de  didelphes  gênent  les  idées  de 
Tauteur.  Les  reptiles  terrestres  avant  les  ter- 
rains tertiaires  ne  l'embarrassent  pas  moins; 
ils  sont  pourtant  fort  antérieurs  à  ces  ter- 
rains aussi  bien  que  les  oiseaux  dont  l'ap- 
parition n'est  pas  moins  incontestable  k 
l'époque  des  terrains  crétacés,  ainsi  que 
nous  l'avons  déjà  fait  observer. 

L'homme  app.nrlenant  à  la  sixième  épo^ 
que,  il  se  présente  une  petite  difficulté  dont 
le  savant  professeur  de  Montpellier  ne  s'oc- 
cupe pas;  c'est  de  savoir  comment  on  passe 
de  la  sixième  époque  à  la  septième,  qui  est- 
ce  qiii  caractérise  le  vespere  ou  la  fin  de 
la  sixième  époque,  et  le  mane  ou  le  com- 
mencement de  la  septième?  Voy.  Jours* 

Fl'SRlODES. 

MARCEL  DE  SERRES,  ses  idées  sur  la 
nature  des  nébuleuses.  —  Voy,  Nébuleuses. 

MARÉES,  leur  action  sur  les  dépôts  de 
«édiments.  Voy.  Couches  s£Dm«NTAiREs. 

MARNES  SUPERIEURES.  Voy.  Toae- 
ciEsr. 

MARNES  IRISÉES.  Voy.  Salifériew 

MATERIALISME  COSMOGONIQUE.  Voy. 
Genèse  matérialiste. 

MATIÈRE,  sa  création  de  rien  a-t-elle  été 
admise  par  les  anciens  philosophes  7  Voy. 
Chaubard  —  Eternité  de  la  matière,  réfu- 
tation. Voy.  Genèse  matérialiste.  —Quelle 
est  sa  nature.  Voy.  Cosmogonie. 

MATIERES  ÉLÎÉMENTAIRES  DU  GLOBE 
TERRESTRE.  —  Le  soleil  et  les  diverses 
planètes  connues  de  notre  système  solaire 
oi}i  des  densités  différentes  ;  il  s'ensuit  que 
ces  corps  sont  respectivement  composés  d'é- 
léments différents,  ou  bion  que  les  mêmes 
éléments  n'existent  pas  dans  chaque  planète 
sous  des  conditions  nrécisément  égales.  Une 


dehsité  donnée  n  est  «Jonc  point  aécessaire 
à  l'existence  d'une  planète,  et  ear  cons^ 

3uent  rien  ne  démontre  a  pnori  que  la 
ensité  d'une  planète,  telle  que  la  terre,  ne 
puisse  avoir  changé  durant  la  succession 
des  temps. 

Rien  ne  prouve  d'une  manière  directe  qii€ 
la  matière  dont  sont  composées  les  autres 
planètes  soit  ou  non  identique  avec  celte 
de  la  terre.  Mais  la  simplicité  et  la  grandeur 
du  plan  do  la  création  portent  h  supposer 

3ue  les  caractères  généraux  de  la  matière  n<» 
oivent  point  être  essentiellement  différenls 
dans  les  diverses  planètes,  et  qu'il  doit  en 
être  ici  comme  dans  le  règne  organique,  où 
nous  voyons  une  variété  inflnie  de  formes 
résulter  de  la  combinaison  d'un  petit  nom- 
bre de  substances  élémentaires. 

<)n  peut  donc  admettre^  sans  blesser  les 
règles  de  la  saine  philosophie ,  que  la  ma- 
tière des  diverses  planètes  ne  aiffère  pas 
essentiellement  dans  ses  caractères  géné- 
raux i  dès  lors  il  doit  exister  dans  chacun  de 
ces  corps  un  agent  ou  une  force  quelconque^ 
qui  y  coatrebalance,  d'une  maiiière  inégale, 
les  effets  de  la  gravité  :  sans  cela  une  çrando 
planète ,  telle  que  Saturne,  ne  serait  pas 
moins  dense  que  la  terre.  Que  si  l'on  cher- 
che quel  peut  être  cet  agent,  c'est  le  calori- 
que qui  se  présente  d'abopd  naturellement 
à  notre  pensée.  En  effet,  ce  fluide  imiiondé- 
Kable  est  capable  de  changer  k  densité  de 
tous  les  corps;  et  il  y  a  toute  raison  de 
croire  que  toute  la  matière  pondérable  poll^ 
rait  passer  à  Fétat  gazeux  par  l'application 
d'une  chaleur  suffisamment  intense.  On  a 
ealculé  que  l'effet  de  la  pesanteur  à  la  sur* 
face  du  soleil  était  tel,  qu'un  homme,  s'il 
pouvait  y  être  transporté,  y  serait  écrasé  par 
son  propre  poids.  Toutefois  la  densité  du 
soleil  est  comparativement  peu  considérable» 
On  en  a  conclu  au'il  doit  exister,  dans  son 
intérieur,  une  chaleur  immense  qui  le  rend 
capable  de  résister  à  la  pression  énorme  qui 
s'exerce  à  sa  surface  (669),  Ce  raisonnemenl 
n'est  pas  applicable  seulement  au  soleil; il 
doit  l'être  auSssi  aux  grandes  planètes,  telles 
que  Saturne,  dont  on  regarde  la  densiu 


de  contrebalancer  les  effets  de  la  pression 
de  la  matière  qui  gravite  vers  le  centre,  et 
de  diminuer  la  densité  qu'aurait  la  plaa^^^ 
sans  l'existence  de  cette  chaleur,  rien  ne 
parait  s'opposer  a  priori  K  ce  qu'il  puisse 
exister,  à  l'intérieur  de  la  terre  aussi,  «ne 
chaleur  considérable,  capable  d'en  modifier 
la  densité.  D'après  ce  qui  précède,  et  en 
admettant  que  la  matière  de  notre  planète 
soit  analogue  à  celle  qui  constitue  lesaulre* 
corps  de  notre  système  solaire,  les  différen- 
ces de  densité  des  planètes  seraient  dues 
surtout  aux  différentes  intensités  de  la  cba- 
leur  dans  chacun  de  ces  astres. 

Il  parait  5  peu  près  certain  que  plusieurs 
dvs  planètes,  celles  du  moins  qui  soBt  coni- 
parativement  voisines  du  solHl,  ont  une  ai- 


v'669j  IIerscii-ll,  Trealhe  on  .4«/roMomy^p.  îîôO.  (670)  /6/rf.,  p.  27îJ. 


f» 


VAT 


ET  JIE  PAUXWTOLOGK. 


MAT 


tu 


mosphère.  Si  on  admet  l'existence  de  ces 
atmosphères,  on  a  la  preoTe  que  la  matière 
se  trouTe  au  moins  à  deux  états  dans  ces 
eorps.  Dès  lors  il  n'y  a  aucune  difficulté  à 
avancer  encore  d'un  pas  et  à  admettre  aue 
la  matière  peut  exister  dans  toutes  les  pla- 
nètes sous  les  trois  formes,  solide,  liquide 
et  gazeu:>e.  Ce  que  nous  Tenons  de  dire  n*est 
peut-être  point  apfilicable  aux  astres  d'un 
moindre  volume  qui  portent  le  nom  de  sa- 
tellites. On  suppose  communément  que  la 
lune  n'a  point  d'atmosphère  ;  on  ne  peut  ce- 
pendant guère  admettre  cette  supposition 
comme  étant  d'une  vérité  absolue,  si  Ton  a 
égard  aux  caractères  de  volcanicité  que  pré- 
sente la  surface  de  notre  satellite.  Sir  J. 
Herschell  a  observé  à  la  surface  de  la  lune 
des  apparences  qui  le  portent  à  conclure 
qu'il  y  a  sur  quelques-unes  des  montagnes 
lunaires  da  marques  décisives  de  siratifica- 
tion  volcanique^  pravenani  de  dépôts  succès^ 
sifsde  matières  d'éruption  (671).  Or,  il  fau- 
drait que  les  éruptions  volcaniques  de  la 
lune  fussent  bien  différentes  de  celles  qui 
ont  lieu  à  la  surface  de  la  terre,  pour  qu'elles 
ne  fussent  point  accompagnées  d'émanations 
gazeuses.  S'il  se  dégage  des  gaz  dans  les 
éruptions  volcaniques  lunaires,  l'action  de 
la  pesanteur  doit  nécessairement  les  abaisser 
&  la  surface  de  la  lune,  et  ils  ne  peuvent  en 
disparaître  que  d'une  des  trois  manières 
suivantes  ;  i*  par  leur  combinaison  avec  des 
matières  solides  ou  liquides  ;  2*  par  l'action 
d*un  froid  intense; 3*  par  l'effet  d'une  grande 
pression.  La  pression  a  la  surface  de  la  lune 
ne  peut  provenir  que  de  l'attraction  de  la 
lune  même,  et  cette  attraction  n'est  certes 
point  capable  de  condenser  des  matières  ga- 
zeuses. La  combinaison  avec  des  matières 
liquides  ou  solides  dépend  nécessairement 
des  aflinités  chimiques  entre  les  divers 
corps,  et  s'il  existe  quelque  analogie  entre 
la  matière  de  la  lune  et  celle  de  la  terre, 
quelques-uns  des  gaz,  dégagés  par  les  vol- 
cans lunaires,  existeront  pendant  quelque 
temps  du  moins  à  l'étal  libre,  avant  de  lâs- 
paraltre  totalement  par  leur  combinaison 
avec  les  liquides  et  les  solides  de  la  sur&ce. 
Si  donc  les  éruptions  volcaniques  lunaires 
avaient  lieu  avec  une  certaine  fréquence,  il 
devrait  exister  des  gaz  à  la  surface  de  la  lune, 
à  moins  aue  la  température  de  cette  surface 
ne  fût  teflement  basse,  que  ces  gaz  en  fus* 
^ent  condensés  au  moment  même  de  leur 
émanation. 

Si  l'on  admet,  d'après  les  calculs  de  Fou  • 
rîer,  que  les  espaces  planétaires  ont  une 
température  de  —  50*  centigrades,  le  rayon- 
nement de  la  chaleur  sera  plus  rapide  dans 
des  astres  d*un  volume  relativement  peu 
considérable,  tels  que  la  lune,  que  dans  les 
eorps  plus  volumineux,  tels  que  Saturne; 
pn  supposant  toutefois  que  les  diverses  pla- 
nètes et  leurs  sateHites  ont  été  formés  con- 
temporainemenl,  que  tous  ces  astres  avaient 
une  même  température  initiale,  supérieure 
è  celle  de  l'espace  ambiauL  et  (\uih  sont 


tons  composés  de  matière  semblable.  DaiKs 
cette  hypothèse  la  lune  et  la  terre  n'auraient 
point  conservé  longtemps  des  températures 
e^les,  la  première  se  refroidissant  plus  ra- 
pidement que  la  seconde,  en  sorte  qu'il  aura 
f^u  ré^er  un  grand  froid  è  la  surface  de  la 
une,  tandis  que  la  terre  était  encore  à  une 
température  fort  élevée.  D'après  cette  ma- 
nière de  voir,  on  pourrait  su|)poser  que  la 
surface  lunaire  est  aujourd'hui  à  une  tem- 
pérature si  basse,  qu'il  ne  peut  j  exister  une 
atmosphère  à  l'état  gazeux  ;  si  ce  n'était 
l'influence  des  rayons  solaires  qui,  sur  les 
parties  au  moins  oui  sont  exposées  au  soleil, 
doivent  contrebaianct*r  les  effets  du  froid 
supposé  à  la  surface  de  la  lune.  11  est  donc 
assez  difficile  de  considérer  la  surface  de 
notre  satellite  comme  entièrement  dépouit- 
lée  de  substances  gazeuses,  si  l'action  volca- 
nique y  est  aussi  fréquente  qus  certaines 
apparences  portent  à  le  conjecturer. 

Les  taches  blanches  aux  pAles  de  Mars 
sont  dues,  croit-on,  à  la  présence  de  grandes 
calottes  de  neige,  puisqu'elles  disparaissent 
lorsqu'elles  ont  été  longtemps  exposées  au  so-- 
leil^  et  qu'elles  couvrent  de  plus  grands  espsh 
ces  lorsqu'elles  viennent  de  sortir  de  la  longue 
nuit  de  leur  hiver  polaire  (672).  On  aurait  là 
une  preuve  que  la  matière  inorganique 
peut,  à  la  surface  de  Mars,  avoir  les  mêmes 
formes  qu'à  la  surface  de  la  terre,  et  y  obéir 
aux  mêmes  lois. 

De  ce  que  les  planètes  seraient  composées 
d'élémens  chimiques  plus  ou  moins  analo» 
gués,  il  ne  s'ensuit  nullement  que  tous  les 
corps  de  notre  système  solaire  soient  formés 
d'une  matière  identique.  L'enveloppe  lumi- 
neuse qui  sert  d'atmosphère  au  soleil  est 
une  preuve  directe  du  contraire,  à  moins 
qu'on  ne  veuille  supposer  aue  quelques* 
unes  des  lois  qui  régissent  la  matière  eo 
grand,  et  qui  seraient  dans  un  état  de  faible 
activité,  ou  entièrement  latentes  dans  les 
planètes,  ne  régnent  à  la  surface  du  soleil 
avec  une  tout  autre  énergie,  pour  assurer 
la  conservation  de  Torganisation  à  la  snr- 
bcedes  différents  eorps  qui  gravitent  autour 
du  grand  centre  de  notre  système  plané- 
taire. (jViLqu'il  en  soit,  il  ne  s'ensuit  point 
de  ce  qa  un  corps  est  entièrement  gazeux 
ou  composé  de  simples  vapeurs,  que  ce 
corps  soit  nécessairement  doué  d'une  cha- 
leur intense.  Une  température  très-élevée 
n'est  pas  plus  essentielle  à  l'existence  de 
cette  singulière  masse  de  vapeur,  connue 
sous  le  nom  de  Comète  d'Encke,  au'elle  ne 
l'est  à  l'existence  de  noire  atmosplière. 

Que  la  matière  des  planètes  ait,  ou  non, 
été  originairement  à  une  haute  température, 
la  forme  de  ces  eorps  est  telle  que  les  molé- 
cules qui  les  composent  doivent  uéces5airc- 
ment  avoir  pu  jaâis  se  mouvoir  librement 
les  unes  par  rapport  aux  autres.  11  est  évi- 
dent que  ce  n  est  point  là  l'état  de  choses 
actuel  à  la  surface  de  la  terre,  au  moins  dans 
cette  partie  de  l'écorce  minérale  qui  forme 
la  surface  émergée  des  continents,  ou  qui 


(671  »  !bid.,  p.  229. 


(B72)  HcRSCBEtL,  Trfttthe  on  Àstrencmy,  p.  279; 


t95 


HAT 


DlCf  lON^NAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAT 


tw 


constitue  le  lit  de  Tocéan.  11  y  a  donc  en  de 
graQds  changements  dans  les  conditions  de 
notre  globe  ;  car  il  n'est  aucune  répétition 
des  enets  dopt  nous  sommes  témoins  ai>- 
/jourd'hui  qui  puisse  nous  faire  concevoir  la 
possibilité  d'un  libre  mouvement  des  moIé: 
cules  de  la  matière  terrestre  les  unes  par 
rapport  aux  autres.  Lorsque  nous  supposons 

Sue  les  eaux  peuvent  charrier  des  détritus 
'un  point  à  un  autre  de  la  surface  terrestre, 
et  qu  elles  peuvent  dé^aJer  quelques  par- 
ties saillantes  du  terrain  émergé,  'nous  ad- 
mettons nécessairement  }^  preeiistence  de 
}a  matière  à  Tétat  solide,  et  par  conséquent 
t'imnossibilité  dé  la  libre  circulation  des  mo^ 
lécules  de  cette  matière.  L'eau  ne  peut  en- 
tamer la  matière  solide  qu'autant  qu'elle 
xoule  à  la  surface  des  terres,  qu'elle  est 
.lancée  soiis  forme  de  va^es  contre  des  fa- 
laises» ou«bieR  encore  qu  elle  ronge  les  ter^ 
ras  qui  tendent  à  barrer  son  cours.  Il  est 
ikonc  évident  qu'il  a  dû  exister  de  la  matière; 
solide  avant  qu'il  ait  pu  se  déposer  des  ter- 
rains d'origine  mécanique,  c'est-à-dire  quMl 
^  dû  exister ,  soit  aurdessus  du  niveau  des 
eaux,  soit  à  une  petite  profondeur  an-des^r 
'SOUS,  des  terres  qui  auront  pu  fournir  des 
détritus,  par  suite  de  l'action  des  eaux  à 
leur  surface.  Neus  connaissons  dos  masses 
énormes  de  terrains  de  sédiment  ;  de  sorte 
f[ue,  même  en  tenant  compte  des  roches  si*t 
liceuses  ou  autres  qui  peuvent  avoir  été 
produites  par  voie  chimique  pendant  le  dé-: 
p6tdes  terrains  d'origine  mécanique,  il  reste 
encore  une  masse  immense  de  matière  qui 
a  dû  exister  à  l'état  solide  antérieurement 
au  dépôt  de  toute  roche  mécanique.  Quoi# 
qu'il  soit  donc  vrai  que,  si  on  accordait  un 
temps  suOisant,  l'action  de  reau  sur  les 
terres  émergées  tendrait  à  rendre  à  notre 
planète  la  forme  sphéroïdale,  il  faut  toujours 
admettre  au'il  a  existé,  préalablement  au 
transport  des  détritus  par  l'eau,  des  roches 
solides  situées  de  manière  à  pouvoir  être 
entamée»  par  cette  eau. 

Il  est  fort  difllt'.ile  de  concevoir  que  la  pla- 
nète terrestre  ait  pu  tourner  autour  du  soleil 
avec  une  autre  forme  aue  celle  d'une  sphère 
ou  d'un  sphéroïde.  Aamettre  que  la  terre  a 
^lé  jadis  un  solide  irrégulier,  ayant  une 
surface  âpre  et  irrégulière,  et  que  cette  sur- 
feuse a  été  successivement  corrodée  par  l'ac- 
tion de  l'eau  jusqu'à  ce  qu'elle  eût  pris  la 
forme  sphéroïdale,  c'est  tout  au  plus  une 
hypothèse  grossière  ,  qui  n'est  nullement 
d'accord  avec  la  simplicité  qui  distin^^ue 
d'une  manière  si  frai^pante  toutes  les  œuvres 
de  la  création,  et  qui  ne  concorderait  nulle- 
ment avec  les  faits  géologicpies  connus.  On 
MSt  donc  autorisé  à  conclure  q-je  notre  pla- 
nète avait  la  forme  sphériqiie  ou  sphéroï- 
dale avant  aue  sa  surface  solide  eût  été  cor- 
rodée i>ar  leau,  et  qu'elle  fût  capable  de 
supporter  les  détritus  qui  devaient  s'y  accu- 
mufer. 

^  Si  l'on  examine  la  composition  chimique 
<îe  celle  partie  de  Técorce  de  la  terre  oui 
nous  est  accessible,  on  est  frappé  de  1  é- 
Qorme  volurpe  d'oxygène  qui  enfre,soil  [fins 


la  composition  de  Tair  et  de  Teau,  soit  dan 
celle  des  roches  isfolides.  L'oxygène  constitce 
h  peu  près  les  vingt  centièmes  du  volume  de 
l'atmosphère  ;  il  fortae  la  troisième  partie, 
•en  volume,  des  gaz  qui  entrent  dans  là 
composition  de  l'eau;  et  il  est  conlenaen 
quantité  immense  dans  les  diverses  roches 
qui,  prises  en  masse,  ne  sont  guère  qu'une 
riiasse  de  substances  oxydées.  On  peut  esiv 
nier  que  la  siliee  constitue  au  moins  les  i] 
centièmes  de  l'ècorce  minérale  rfe  notre 
-globe  Or  la  silice  est  composée,  suivant  Ber- 
zélius,deitô,4  de  silicium  et  SI ,6  d'oxygène, 
tl  s'ensuit  que  si  loxygène  contenu  seule 
ment  dans  la  silice  reprenait  son  état  ga- 
zeux, le  volume  de  l'atmosphère  en  serait 
immensément  augmenté,  et  cette  augmenta- 
tion deviendrait  énorme,  si  l'oxygène  se  dé- 
gageait de  tous  les  autres  minéraai  qui 
composent  l'ècorce  du  globe,  ainsi  que  tlci 
eaux  qui  existent  à  sa  surface. 

Les  proportions  de  l'hydrogène,  de  Tazole, 
du  carbone,  du  soufre  et  du  chlore  sontloiu 
d^être  aussi  considérables  que  celles  de 
l'oxyçène.  L'hydrogène  entre  dans  la  coui- 

Sositidn  de  l'eau  ;  il  se  dégage,  combiné  de 
iverses  manières,  soit  des  volcans,  soil  île 
certaines  Assures  de  l'ècorce  lerreslro,  e; 
dans  les  mines  de  houille.  Il  entre  ou^si 
dans  la  composition  des  divers  combustibles 
et  dans  les  produits  minéraux  qui  leursoo; 
^naloçues  ;  mais  c^est  surtout  d'après  h 
quantité  totale  de  l'eau  qui  forme  la  mer, 
les  lacs  et  les  rivières,  de  celle  qui  se  irouTe 
en  suspension  dans  ralraosjThére  ou  disk- 
minée  mécaniquement  dans  les  roches»  qui! 
faut  calculer  le  volume  da  Fhydrogène.  Pub- 

3ue  deux  volumes  d'hydrogène  s'unissent 
ans  la  production  de  l'eau  avec  un  voluoie 
d'oxyçène,  il  s'ensuit  qu'en  ne  prenant  en 
considération  que  l'eau,  le  volume  de  ITij- 
dfogène  serait  double  dé  celui  de  l^)ijgèiie. 
11  est  difficile  d'estimer  la  quantité  eilrécie- 
ment  variable  de  la  vapeur  aqueuse  qui  esl 
disséminée  dans  l'atmosphère:  dans  cetie 
circonstance,  l'eau  n'est  guère  que  dans  lifl 
état  de  passage  d'un  point  à  un  autre  delà 
surface  solide  ou  liquide  inférieure,  et  i 
peine  peut-on  dire  que  les  vapeurs  aqueu- 
ses fassent  partie  de  l'atmosphère,  quoi- 
qu'il y  en  existe  constamment  pour  ré.oii- 
dre  au  grand  objet  auquel  est  destinée  I  Cu- 
veloppe  gazeuse  de  la  planète  terrestre.  ^ 
L'eau  domine  tellement  h  la  surface  ^^ 
notre  planète,  qu'on  pourrait  être  tenté  t • 
considérer  l'hydrogène  comme  relativemerr» 
plus  abondant  qu'il  ne  l'est  en  réalité.  A rafit 
de  calculer  la  quantité  d'hydrogène  qui  ci\^- 
dans  la  mer,  il  faut  en  déjuire  les  sels  f' 
y  sont  en  solution  ;  ce  n'est  pas  là  ui« 
grande  déduction,  à  la  vérité,  car  il5  d* 
montent  qu'aux  3  ou  4  centièmesde  lams^^e 
totale.  Si  on  considère  l'étendue  de  l'océan, 
et  si  on  admet  que  sa  profondeur  roovertne 
sioit  de  cinq  mille  mètres  environ,  il  i«"'' 
avouer  qu'il  existe  là  un  volume  imiïif";^ 
d'hydrogène  en  combinaison.  11  faut  9fm 
encore  la  grande  quantité  d'eau  qui  5e  ir)"^" 
dis>émin^c  mécaniquomcnf  tlans  lo^rociK^ 


»7 


M.VT 


ET  ÏÏE  PALEOMdLOGir. 


MAT 


Sans  doute  qu'une  grande  partie  de  cette  eau 
reçue  de  Tatmosphère  pour  jaillir  ailleurs 
soâs  forme  de  sources,  n*est  contenue  dans 
les  roches  que  comme  dans  un  réservoir 
momentané,  et  certes  on  ne  peut  rien  ima«- 
giner  de  plus  simple  ni  de  plus  beau  que 
cette  circulation  de  Teau  destinée  à  Tentre- 
tien  de  la  rie  animale  et  Tégétale.  Mais  il 
eiiste  en  notre  une  quantité  â'eau  dissémi- 
née dans  les  roches  a  un  état  latent,  pour 
ainsi  dire,  qui  doit  être  fort  considérable. 
Dans  les  roches  qui  servent  comme  de  ca* 
naux  souterrains  aux  sources,  cette  quantité 
d'eau  disséminée  doit  être  énorme  ;  car  ces 
roches,  qui  font  Toflice  de  filtres,  ne  per- 
mettent te  libre  passage  de  Teau  que  fors- 
qu'elles  en  sont  complètement  saturées. 

tjà  capillarité  doit  avoir  une  grande  in- 
fluence, soit  pour  disséminer  mécanique- 
ment l'eau  dans  les  roches,  soit  pour  Vy  re- 
tenir lors<iu'elle  est  ainsi  disséminée  :  cette 
action  doit,  jusqu'à  un  certain  point,  saturer 
les  roches  diiumidité,  et  elle  contribue  sans 
donte  à  donner  aux  sources-  un  écoulement 

S  lus  uniforme.  La  capillarité  et  la  gravité 
mt  descendre  Feau  beaucoup  au-dessous 
des  points  desquels  elle  peut  retourner  à  la 
surface  sous  forme  de  sources;  de  sources 
froides  au  moins,  car  il  est  des  circonstances 
relatives  aux  eaux  thermales  qui  porteraient 
k  croire  que  Teau  qui  en  jaillit  peut  avoir 
d  renié  jusqu'à  des  profondeurs  considérâ- 
mes. On  peut  ^  tmeltre ,  sans  crainte  d'er- 
reur, que  la  plupart  des  roches  contiennent 
de  rhomidité  disséminée,  car  il  en  est  bien 
peu  qui,  exposées  à  unecbalenr convenable, 
ne  donnent  pointde  l'eau.  Quelques  serpen- 
tines en  contiennent  jusqu'à  12  ou  15  cen« 
tièmes.  L'eau  entre  en  outre  dans  la  com- 

Eisition  de  divers  minéraux,  dont  elle  parait 
ire  partie  constituante;  cependant  la  quan- 
tité totale  de  l'eau ,  provenant  de  cette  der- 
nière cause,  n'est  pas  d'une  grande  impor- 
tance relative. 

Une  quantité  considérable  d'bvdrogène  pa- 
raît être  contenue  dans  la  bouille  et  dans  le 
lignite.  Suivant  le  docteur   Thomson,  la 
houille  compacte  (cannelcoal)  en  contient 
21,56  pour  cent.  Le  même  auteur  en  porte 
la  ouantité  contenue  dans  la  houille  collante 
(caking  eoal)  de  Newcastleà 4,18 seulement; 
de  sorte  que  les  proportions  de  Thydro-^ène 
variait  considérablement  dans  ce  minéral. 
S'il  est  vrai  que  l'bjdrogène  cart^oné  existe 
à  un  état  de  grande  pression ,  et  peut-être 
roteie  à  l'état  liquide,  dans  les  vésicules  de 
la  bouille,  le  volume  d'hydrogène  qui  entre- 
rait  dans  Dette  combinaison  doit  être  fort 
considérable.  On  ne  doit  pas  né^^liger,  dans 
ce  calcul,  rhvdrogène  qui  se  dégage  des  vol- 
cans, soit  à  1  état  de  vapeur  aqueuse,  soit  ca 
combinaison  avec  d'autres  substances  gazeu- 
ses. Il  paraîtrait  cependant  que  le  de^fage- 
meot  de  rhjdrogène,  soit  des  oriikes'volca^ 
niques,  solides  fissures  des  roches,  à  l'état 
de  gaz  inSammable.  ne  produit  pas  d'effet 
sensible  sur  l'atmosphère ,  de  sorte  que  la 


quantité  totale  ne  doit  pas  en  être  considé- 
rable, à  moins  ou'il  ne  s'unisse  avec  i'oxy» 
^ène  de  1  atmosphère,  par  le  contact  des  ma- 
tières incandescentes  des  volcans,  on  par 
l'effet  de  décharges,  électriques.  Au  total,  on 
peut  regarder  l'hvdrogène  commela  seconde 
en  importance  des  substances  gazeuses  qui 
entrent  dans  la  composition  de  l'écorce  du 
globe  terrestre. 

L'azote  est  surtout  important  comme  par- 
tie constituante  de  l'atmosphère,  dont  il  for- 
me environ  les  80  centième^;.  Son  existence 
dans  les  corps  organisa,  animaux  et  végé- 
taux, peut  être  regardée  comme  secondaire; 
cest-à-dire  que  razote  existant  dans  ces 
oorps  serait  dérivé  de  l'atmosphère.  Il  y  a 
toute  raison  de  croire  en  outre  qu'il  existe 
de  l'azote  dans  les  roches  nombreuses  qui 
contiennent  ûe%  restes  d'animaux  qui  v  ont 
été  enfouis  vivants,  on  du  moinsconservant 
encore  leurs  chairs.  On  a  la  preuve  directe 
de  l'existence  de  l'azote  dans  la  houille  par 
les  analyses  du  docteur  Thomson,  qui  a 
trouvé  que  ce  gaz  constitue  les  15,96  centiè- 
mes de  la  houille  collante  (raking  coai)  de 
Newcastle;  et  on  a  quelques  raisons  de  croire 
que  ce  n'est  là  qu'un  mimimum  de  la  quan- 
tité d'azote  contenue  dans  certaines  houilles» 
à  en  juger  par  Tabondance  des  produits  am- 
moniacaux qui  résultent  de  la  (listillation  de 
la  houille  dans  les  fabriques  de  gaz  pour  l'é- 
clairage^ 

Le  carbone,  indépendamment  de  son  exis- 
tence dans  les  corps  organisés  vivants,  eet 
enfoui  dans  l'éeorce  terrestre  en  grande  qu&n- 
tité,  tant  dans  les  végétaux- fo6Si.e8  que  dans 
les  couches  calcaires,  il  entre  pour  75,^ 
dans  la  houille  collante  (caking  coai)  de  New- 
castle;  pour  75  dans  la  houille  esquilleose 
(tplhti  coat)  de  Glascow,  et  pour  6i,72  dias 
la  bouille  compacte  {eatmel  ceet).  Cependant 
c'est  danslesmasses  calcaires  que  se  trouve 

Iirobablementlaplus  grande  quantité  de  car- 
K>ne.  L'acide  carbonique  étantcomposéde  vo- 
lumes égaux  de  vapeur  de  carbone  eldoxy** 
gène,  le  voiume  de  la  vapeur  de  carbone  con- . 
denséedans  les  couches  calcaires  doit  être  im . 
mense.  En  adoptant  2,7  pour  la  pesanteurspé- 
cifiquedelachauxcarbonatéepure.etestimant 
le  poids  décent  pouces  cubes  d'acide  carboni- 
que à  kl  grains,  377,  chaque  yard  cube  de 
chaux  carbonatée  pure  contiendrait  17,09S 

Çieds  cubes  de  gaz  acide  carbonique  (673). 
outefois,  comme  le  calcaire  est  rarement 
pur  sur  de  grandes  étendues,  on  ne  commet-* 
trait  pas  de  grande  erreur  en  estimant  la 
quantité  moyenne  de  l'acide  carbonique  cos> 
tenu  dans  chaque  yard  cube  de  calcaire  à, 
environ  16,000  pieds  cubes.  Si  donc  tout  U' 
carbonate  de  chaux  constituant  les  masses 
calcaires  et  celui  qui  est  disséminé  dans  les 
différentes  roches,  venait  à  être  décomposé» 
le  volume  d'acide  carbonique  qui  s'en  dé^» 
gérait  serait  immense. 

Le  carlM>ne  n'est  pas  en  quantité  fort  con* 
sidérable  dans  Falmosphère,  mais  la  végéla*» 
tation  ne  saurait  avoir  lieu  sans  qu'il  y  eo 


^Tk)  Ce caltal  tu  témâé  sar  la  peMnltor  spéciOi|M  d^ua  échiniiUaa  IrM-psir  dt  narlire  de  Carrare. 


MAT 


MCnONNAlRE  DE  COSXOGO^nE 


MAT 


^ 


euste.  M.  Théodore  do  Saussure  a  trouvé 
que  10,000  parties  d*air  atmosphérique  con- 
tiennent  moyennement  ^9  d*acide  carboni- 
que. Un  grand  nombre  de  sources  minérales 
'  et  de  Assures  de  Técorec  du  ^lobe  versent 
constamment  de  Facide  carbonique  dans  l*at- 
raospbère.  M.  BischofT  croit  qu  il  se  dégage 
annuellement  219,000>000  HTres  de  ce  gaz 
des  environs  du  lac  de  Laach  ;  ce  qui  donne- 
rait, en  prenant  hl  grainst377  pour  le  poids 
de  cent  pouces  cubes  diacide  carbonique,  un 
volume  d'environ  J 9855,000,000  pieds  cubes 
de  gaz  acide  carboni({ue,  se  déversant  an- 
nuellement dans  Tatmosphère  sur  une  sur- 
face de  quelques  milles  carrés  seulement. 
Ces  dégagements  si  considérables  d'acide 
carbonique  sont ,  à  la  vérité  »  des  accidents 
locaui,  limités  le  plus  souvent,  soit  aux  ré- 
gions volcaniques  anciennes,  soit  à  celles 
où  il  existe  des  volcans  en  activité;  cepen- 
dant la  quantité  totale  d*acide  cartontque, 
qui  se  déverse  ainsi  dans  l'atmosphère,  doit 
être  fort  importante,  surtout  en  y  compre- 
nant le  volume  moyen  de  cet  acide  qui  se 
dégage  annuellement  par  les  orifices  volcani- 
ques eux-mêmes. 

-  Le  soufre  se  trouve  dans  les  roches  en 
rilos  grande  quantité  qu'on  ne  |)ourrait  d'a- 
bord le  supposer.  On  est  assez  porté  à  rap- 
porter aux  produits  volcaniques  toute  idée 
de  l'existence  du  soufre  dans  les  diverses 
masses  de  Técorce  terrestre  ;  cependant  la 
quantité  de  cette  substance  qu'on  trouve 
dans  les  terrains  volcaniques,  tpioique  fort 
considérable  dans  certaines  localités,  n'est , 
au  total,  que  d'une  faible  importance.  D'un 
antre  côté,  le  soufre  est  disséminé  avec  abon- 
dance dans  plusieurs  terrains;  à  l'état  de 
snlfure  de  fer,  il  se  trouve  en  grande  quan- 
tité dans  les  terrains  surtout  désignés  sous 
le  nom  de  terraim  $traiifit$  $upérieur$  ou 
foêiilifiren^  et  dans  ceux  qu'on  appelle  com- 
munément trappéens.  Le  sulfure  de  fer  est 
tfès-dominant  dans  certaines  argiles,  et  il  y 
a 'minéralisé  souvent  un  grand  nombre  de 
débris  organiques.  Les  pyrites  de  fer  sont 
nécessairement  fort  abondantes  dans  les 
schistes  dont  on  extrait  Falun,  et  qui  en  ont 
reçu  le  nom  de  schistes  alumineut.  Les  mi- 
nornis  de  cuivre  et  de  plomb  exf/loités  dans 
les  diverses  parties  du  monde,  sont  presque 
tous  à  I  état  de  sulfures.  Le  soufre  est  très- 
répandu  aussi  à  l'état  de  sulfate  de  chaux. 
Rien  n'est  plus  commun  que  les  cristaux  de 
sélénite  dans  les  couches  d  argile,  et  les  mas- 
ses de  gyi>sc  occupent  quelquefois  des  éten- 
dîtes considérables.  Le  soufre  ne  se  rencon- 
tre pas  dans  les  roches  seulement,  il  est  dis- 
sémmé  aussi  dans  l'Océan;  car  ie  sulfate  de 
aoude  est  un  des  sels  qui  se  rencontrent  cons- 
tamment dans  toutes  les  analyses  de  l'eau 
de  la  mer.  M.  Eichwald  annonce  que  le  sul- 
fate de  magnésie  est  commun  dans  les  eaux 
de  la  mer  Caspienne.  Le  soufre  est  donc 
loin  d'être  rare  à  la  surface  de  la  terre. 

L'iraporlnncc  du  chlore  provient  surtout 
dn  rAle  qu'il  joue  dans  la  composition  de 
Teau  de  la  mer,  le  muriate  de  soude,  le  plus 
abontlant  des  sels  qtit  y  sont  contenus,  cons« 


ti  tuant  environ  les  deux  centièmes  et  demi 
de  cette  eau.  Les  muriates  de  magnésie  et  de 
chaux,  qui  se  trouvent  aussi  dans  Tean  de 
la  mer,  quoique  en  moindre  quantité,  doi- 
vent pourtant  contenir  au  total  une  quantité 
considérable  de  chlore.  Les  diverses  masses 
de  sel  gemme  renferment  encore  un  Tolume 
important  de  ce  gaz.  Lorsqu'on  réfléchi!  à 
la  grande  quantité  de  matière  qui  a  été  dé- 
posée dans  la  mer,  soit  par  la  voie  chimique, 
soit  surtout  par  la  voie  mécanique,  on  alleu 
d'être  surpris  en  ne  trouvant  point  dans  ces 
dépôts  plus  de  traces  de  chlorides  que  les 
chimistes  n'y  en  ont  découvert  jusqu'ici. 

Les  autres  corps  simples  non  métalliques, 
c'est^-dire  le  pWphore,  le  bore,  le  sélé- 
nium, l'iode,  le  brftme  et  le  phtore,  nont 
t^oint  une  importance  géologique  bien  con- 
sidérable. Le  phosphore  est  connu  surtout 
d'après  le  rdie  qu'il  joue  dans  la  compositioa 
chimique  des  animaux.  Les  os  de  1  homme 
contiennaSàt,  sur  cent  parties,  d'après  Berzé 
lins,  51,0b  de  phosphate  de  chaux,  et,  dV 
près  M.  Pepys  ,  celte  substance  enlrerail 
pour  78  centièmes  dans  l'émail  des  dents. 
Comme  partie  constituante  des  minéraux,  le 
phosphore  est  rare  ;  mais  il  doit  en  exister 
une  certaine  quantité  disséminée  dans  le* 
divers  terrains  fossilifères;  car  les  ossements 
fossiles  de  toutes  les  époques  contiennentdu 
phosphore.  Le  docteur  Turner  a  trouvé  50 
pour  cent  de  phosphate  de  chaux  dans  une 
côte  et  une  dent  d*ichthyosaure  de  Ljme- 
Régis,  et  29  pour  cent  dans  une  vertèbre  du 
même  individu.  lia  trouvé  aussi  2U  milliè- 
mes de  phosyphate  de  chaux  dans  le  palais 
d'un  poisson  du  calcaire  carbonifère  de  Bris- 
tol, et  188  millièmes  dans  un  palais  proîe- 
nant  de  la  craie. 

Le  bore  entre  dans  la  composition  de  plu- 
sieurs minéraux,  dont  aucun,  à  la  vérité,  ne 
se  trouve  en  grandes  masses,  si  on  en  ex- 
cepte la  tourmaline,  qui  forme,  avec  le  quartz, 
une  roche  qui  se  trouve  en  massesassez  con- 
sidérables dans  certains  pays,  tels  queleCor- 
nouailles  et  le  Devonshire,  près  du  contact 
des  granités  avec  les  schistes.  On  a  calculé 
que  l'acide  borique  entrerait  pour  1,79  dans 
cent  parties  d'une  roche  composée  à  parties 
égales  de  quartz  et  de  tourmaline.  L'acide 
borique  se  trouve  aussi  dans  certaines  sour- 
ces thermales.  Le  sélénium  se  troure  en 
quantités  trop  peu  considérables  pour  a?oir 
le  moindre  intérêt  géologique.  L'iode  est 
probablement  répandu  dans  des  proportioas 
excessivement  petites  dans  l'eau  de  la  mer, 
é*ott  l'on  croit  que  le  tirent  les  ^nges«  les 
fucus  et  plusieurs  autres  corps  organisés 
marins;  on  Ta  découvert  aussi  dans  pln- 
sieurs  sources  minérales.  Le  brome  est  pro- 
bablement disséminé  aussi  dans  toute  I  eau 
de  la  mer;  le  docteur  Daubeny  et  quelques 
autres  chimistes  en  ont  reconnu  dans  plu- 
sieurs sources  minérales  :  il  a  encore  une 
autre  analogie  avec  l'iode;  c'est  qu'on  le 
trouve  dans  les  cendres  de  certaines  plantes 
et  animaux  marins. 

Le  phtore  a  plus  d'importance  en  géologie 
que  les  corps  simples  qui  préèèdeat ,  ptn^- 


901 


ITAT 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


KAT 


qull  entre  dans  la  com(>ositiofl  de  certains 
minéraux  qui  font  partie  constituante  de 

Fraudes  masses  de  terrains.  11  se  troure  à 
état  d'acide  flnerique  dans  le  mica  et  Tam- 
pbibole  ;  et  ces  deux  minéraux ,  le  premier 
surtout,  entrent  dans  la  composition  de  plu- 
sieurs reches  qui  occufientcie  ^andes  éten- 
dues à  la  surface  du  globe.  Quinze  analyses 
d«)  micas  de  différents  pajs,  par  Klajiroth, 
Vauquelin,  Rose  et  Beudant,  ont  donné  une 
moyenne  de  1,09  pour  cent  d*acide  fluori* 
que,  et  Tanalyse  de  Thornlilende  de  Pargas 
par  Bonsdorf  [analyse  qui  peut  être  regardée 
comme  la  moyenne  de  celles  de  plusieurs 
amphiboles  de  différents  pays)  a  cfonné  1,5 
pour  cent  de  la  même  substance.  On  a  cal- 
culé que  le  gneiss  avec  mica  contenait  0,36 
pour  cent  d'acide  fluorique  ;  le  micaschiste, 
0,5i;  Tamphibolite  et  le  grûnstein,  0,75;  le 

f;ranite  avec  mica,  0,18  à  0,21  ;  le  granité 
syénite)  formé  de  quartz,  feldspath  et  am- 
t#bibole,  0,5  ;  le  granité  compose  de  quartz, 
feldspath,  mica  et  amphibole,  0,65;  le  grûns- 
tein porjihyroïJe,  0,5.  L'acide  fluorique  en- 
tre probablement  aussi  comme  partie  cons- 
tituante dans  diverses  roches  trappéenncs, 
difficiles  à  classer,  mais  que  I  on  a  toute  rai- 
son de  croire  amphiboliques.  Si  donc  nous 
étions  certains  que  tous  les  micas  contien- 
nent de  Tacide  fluorique,  nous  pourrions  en 
conclure  que  le  phtore  n'est  pas  sans  une 
certaine  importance  dans  la  composition  de 
récarce  minérale  du  globe  terrestre;  mais 
il  ne  faut  point  oublier  que  la  lithine  rem- 
place Tacide  fluorique  dans  certains  micas. 
On  ne  sait  pas  exactement  jusqu'à  quel  point 
les  micas  à  lithine  sont  répandus;  on  n'en 
connaît  même  qu'une  petite  quantité  jus- 
qu'ici; mais  il  est  possible  qu'un  examen 
plus  approfondi  en  fasse  connaître  davan- 
tage. Le  spath-fluor  (apatite)  est  sans  doute 
le  minéral  qui  contient  la  plus  grande  pro- 
portion de  phtore ,  mais,  considéré  géologi- 
quement,  il  n'a  que  peu  d'importance. 

De  toutes  les  bases  métalliques  des  alcalis 
et  des  terres,  qu'on  trouve  à  la  surface  de 
notre  planète,  le  silicium  est  de  beaucoup 
la  plus  importante ,  puisque  la  silice  entre 
eo  si  grande  quantité  dans  la  composition 
des  roches  d'oriçine  soit  chimique  soit  mé- 
cauique  On  a  calculé  que  la  silice  est  conte- 
Doe  dans  les  roches  ci-dessous,  dans  les  pro- 
|>ortioos  suivantes  : 

Le  gBcbseootieni  pour 

cou  vMties  70,06  à  71,86  de  silice. 

Le  mcMchiM  61,94  à  73,07 

—  ampbibolîie  54,86 

—  jclittte  cblorîtenx  65,71 

—  tchiêie  tilqoeux  78,15 

—  feUsnaUi  campacic  51,00  li  80,00 
->  graaiT  65,96  à  7i,S4 

—  rocbe  de  «MnaallBe  68,01 

—  oteleiA  i5l«86 

—  Krpentliéiiile  59,U  à  Gl  ,85 

—  baialie  UySO  à  59,50 

—  Bedbsteia  7i,80  à  73,00 

—  icrpeiiane  42,00  à  45,07 
-^  eopholide  58,49  à  00,55 

La  silice  entrerait  seule  dans  la  composi- 
ion  du  qoartzite  pur.  Lorsque  cette  roche 


résulte  de  i^arlies  égales  do  quartz  ot  de  feld- 
spath, la  silice  formerait  les  82  centièmes  do 
la  masse  totale.  La  silice  abonde  aussi  dans 
des  roches  d'origine  évidemment  mécani- 
que. La  plus  grande  partie  des  masses  im- 
menses de  conglomérats,  grès  et  schistes , 
comprises  dans  le  groupe  de  la  çrauwacke, 
est  composée  de  silice.  Il  en  est  de  même  du 
vieux  grès  rouge  (si  on  le  sépare  de  la  grau- 
wacke),  du  grès  houiller,  des  différentes  ro- 
ches comprises  sous  le  nom  de  nouveau  grès 
rouge,  des  couches  nombreuses  de  grès  et 
d'argile  du  groupe  oolithiaue,  des  divers  sa- 
bles et  grès  du  terrain  weaidion  et  du  groupe 
crétacé,  et  de  plusieurs  roches  du  groupe  su- 
pracrétacé.  La  silice  est  souvont  disséminée 
dans  les  couches  calcaires  elles-mêmes,  et 
quelquefois  dans  de^  proportions  considéra- 
bles. Ainsi  lés  silex  de  la  craie  forment  quel- 
quefois près  d'un  tiers  de  la  masse  totale  du 
terrain.  Plusieurs  autres  calcaires  contien- 
nent de  la  silice  disséminée,  et  les  chaufour* 
niers  rapprennent  è  leurs  dépens  quelque^ 
fois,  la  silice  et  la  chaux  se  combinant  pen- 
dant la  cuisson  pour  former  du  silicate  de 
chaux. 

L'aluminium  paraît  être,  après  le  silicium, 
la  plus  abondante  des  bases  métalliques  des 
terres.  Sa  quantité  totale  est  loin  d'être  aussi 
grande  que  celle  du  cilirium  ;  mais  il  est 
tout  aussi  généralement  répandu.  Les  cal- 
caires eux-mêmes  sont  rarement  assez  purs 
pourn'eii  point  contenir  du  tout;  il  est  en 
quantité  considérable  dans  plusieurs  qui 
sont  recherchés  en  consé.]uetice  pour  les  tra- 
vaux hydrauliques.  On  a  calcule  que  l'alu- 
mine existe  dans  les  roches  ci-dessous  dans 
les  proportions  suivantes  : 


13,90  a*aluQiini» 
13,08  à  15,45 

15,56 

8,95 

13,20 
15,00  à  30,00 
10,37  à  14,3i 

17,91 

15,56 

10,59 
11, 50  à  16,75 
10,84  à  11,50 
ld,l4  è  13,86 


Le  fcneiss  contieal  poor 

cent  parties 
Le  micaschiste 
T*  aiDphîbolile 

—  schiste  chloriteux 

—  schiste  talqueux 

—  feldspath  compacte 

—  granit 

—  roche  de  toarmaline 

—  ffrûiislein 

—  hypersthénile 

—  basalte 

—  pi*cbslein 

—  euphotide 

Il  y  a  bien  peu  de  roches  d'origine  méea* 
nique  qui  ne  contiennent  point  d  alumine. 
Cette  terre  constitue,  comme  on  le  sait,  )a 
base  des  diverses  argiles,  et  on  doi*  la  re- 

Erder  comme  un  des  éléments  des  roches 
ï  plus  importants  par  leur  abondance. 
Le  potassium  et  le  sodium  sont  ensuite  les 
métaux  les  plus  importants  de  leur  classe. 
La  potasse  est  plus  abondante  que  la  soude 
dans  les  roches;  dans  les  végétaux  la  potasse 
n'existe  qu'autant  qu'elle  est  dérivée  de  la 
décomposition  des  roches  qui  la  contenaient 
originairement.  Elle  est  très-répandue,  irais 
sa  quantité  totale  est  de  beaucoup  inférieure 
h  celle  du  silicium  et  de  l'aluminium.  Toutes 
ou  presque  toutes  les  roches  dos  terrairis 
stratifiés  inférieurs  contiennent  de  tapotasse^ 


hos 


MAT 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


HAT 


Ml 


et  on  Dciit  admettre,  comme  fort  près  de  la 
vérité,  que  cette  sui)stance  forme  les  cinq 
ou  six  centièmes  de  la  masse  totale  de  ces 
roches.  Elle  abonde  plus  ou  moins  suivant 
les  circonstances ,  dans  presque  toutes  les 
roches  d'origjine  évidemment  sédimenlaire, 
et,  dans  le  fait,  on  doit  considérer  la  potasse 
comme  se  trouvant  dans  la  plus  grande  par- 
ties des  masses  minérales.  On  peut  compter 
aH'èlle  constitue  les  six  ou  sept  centièmes 
e  la  masse  des  granits,  et  environ  les  sept 
centièmes  des  grùnstetns  et  des  roches  ana- 
logues. 

L'importaooe  principale  du  sodium  est 
dnc  à  sa  présence  dans  certains  feldspaths, 
^I  en  ont  reçu  le  nom  de  feldspath  à  base 
(Je  soude  (albite),  et  qui  font  partie  essen- 
tielle de  certains  gneiss  et  granits.  La  soude 
s'o  rencontré  en  outré  dans  la  roche  de  tour- 
maline, dans  quelques  hypersthénites  et  cu- 
rhes,  dans  les  (rachytes,  les  pechstcins,  les 
basaltes ,  et  dans  certaines  eupholides. 
M.  Beudant  a  trouvé  qnc  la  soude  entrait 
pour  59  millièmes  dans  un  basalte  de  Beau- 
lieu.  On  ne  peut  donc  révoquer  en  doute 
que  la  soude  n'existe  dans  les  roches  en  quan- 
tité considérable,  en  y  comprenant  surtout 
les  masses  de  sel  gemme  découvertes  dans 
divers  pays  ;  cependant  la  soude  est  beau- 
coup plus  répandue  encore  dans  l'océan , 
puisqu'elle  y  constitue  la  base  du  plus  abon- 
dant des  sels  dissous  dans  ses  eaux. 

Le  magnésium  et  le  calcium  viennent 
ensuite  dans  Tordre  d'importance  des 
corps  qui  entrent  dans  la  composition  de 
Técerce  du  globe.  Il  existe  de  la  magnésie 
dans  toutes  les  roches  des  terrains  stratifiés 
inférieurs,  à  l'exception  des  quartziles  purs 
(sans  mica)  et  de  quelques  eurites  ou  felds* 
pêths  compactes;  elle  est  commune  aussi 
dans  les  roches  sédimentaires,  dans  celles 
surtout  où  le  mica  joue  un  rôle  considé- 
rable. Il  est  bien  peu  de  calcaires  qui  ne 
canliennent  de  la  magnésie,  et  elle  abonde 
quelquefois  au  point  que  la  roche  en  reçoit 
le  nom  de  calcaire  magnésien.  Elle  fait  partie 
essentielle  de  la  dolomie  proprement  dite^ 
dans  laquelle  le  carbonate  .'de  magnésie 
entre  pour  plus  des  40  centièmes.  La  ma- 

Snésie  est  aisséminée  en  outre  dans  les  eaux 
e  Tocéan,  dontlemuriatede  magnésie  formé 
1e&  quatre  ou  cinq  millièmes. 

Le  calcium  paraît  avoir  une  plus  grande/ 
iiyiporiance  relative  dans  les  terrains  strati- 
fiés supérieurs  qjuie.  dans  ceux  qui  sont  plus 
anciens;  car,  quoique  celte  substance  se 
trouve  constamment  dans  les  gneiss,  les  mi- 
caschisteS)  les  schistes  chloriteux,  talqueux* 
et  eYgileux,  les  eurites  et  les  amphibolites, 
elle  j>' est loujourscn  Irès-pelilesquanlités  :  si 
ce  n  est  dans  rampiiibolite,  dans  laquelle  le 
calcium  entre  quelquefois  pour  près  de  73 
miilièiQCs,  tandis  qu'il  ne  forme  guère  que 
les  5  millièmes  et  demi  de  la  masse  totale  des 
autres  roches  précédentes.Nousavons  négligé, 
dans  ce  calcul^  de  tenir  compte  des  roches 
calcaires  et  dolomitiques  associées  aux  ter- 
rains stratifiés  inférieurs?  car  ces  rocOes 
y  sont  pi'u  abondantes,  et  eller  n'ajoute- 


raient qne  peu  de  chose  à  la  quantili  to- 
t:ile  de   la  chaux;  mais  elles  ontutiee^N 
taine  importance,  en  ce  que  lachauiy eiiste 
<V  Tétat  de  carbonate,  tandis  qu'elle  est  à 
Télat  de  silicate  dans  les  autres  roches  de 
même  â^c.  On  trouve  de  la  chaux  dans  Ions 
Kîs  granits,  mais  en  très-petite  quantité, si 
ce  n'est  dans  le  granit  avec  amphibole.  Od 
on  a  découvert  aussi  dans  le  grûnslein  et 
toutes  les  roches  trappéennes,  dans  Thypcr- 
sthénite,  le  balsate,  le  pechstein,  la  serpen- 
tine, Teupholide  et  le  trachyte.  La  fusibilité 
relative  des  roches  ignéesdépend  de  laquas* 
t!té  de  silicate  de  chaux  qu'elles  renferment, 
et,  en  conséquence,  les  roches  qui  conlieu- 
nent  une  grande  proportion  d'amphibole  ou 
de  pyroxène  auzitesonl  plutôt  attaquées  par 
la  chaleur  que  les  autres.  La  chaux  demi 
plus  abondante  dans  les  terrains  fossilifère! 
(particulièrement  vers  le  centre  et  la  partie 
supérieure  de  la  série),  dans  lesquels  ell? 
se  trouve   à   l'état  dé  carbonate  ;  elle  se 
trouve  aussi,  quoique  en  petite  quantité, div 
séminée  dans  lés  eaux  de  lamer.En  résnltit 
on  peut  dire  que  le  calcium  est  considérable* 
ment  répandu  sur  les  continents  et  dansiez 
onxxx;  îl    abonde   surtout   dans  la  partie 
moj'enne  et  supérieure  des  terrains  fossili- 
fères, tandis  qu  il  est  dispersé  en  très-po* 
tite  quantité  dans  les  terrains  plus  anciens 
et  dans  les  eaux  del'bcéaB* 

Les  autres  bases  des  alcalis  ou  des  terres 
le  barium,  le  strontium,  le  glucinium,  Tyl* 
trium,  le  thorium,  le  zirconium  et  le  lithina 
se  trouvent  en  quantités  trop  peuooDsidé* 
râbles  pour  avoir  aucune  importance  géolo- 
gique, à  l'exception  peut-être  du  litiu&i, 
qui  pourrait  bien  se  rencontrer  dans  plus  <!• 
n)'icas  qu*on  ne  le  suppose  communément. 

De  tous  les  métaux  dont  les  oxydes  ne 
sont  ni  des  alcalis  ni  des  terres,  le  fer  et  if 
manganèse  sont  les  plus  importants  en  géo- 
logie. En  prenant  la  moyenne  de  trente  ro- 
ches ditférenles,  et  négligeant  les  noinerai? 
de  fer  proprement  dits,  de  toute  espèce,  on 
trouve  que  le  fer  constitue  à  l'état  doiftf? 
les  cinq  centièmes  et  demi  des  terrains  stra- 
tifiés inférieurs.  Le  micaschiste  avec  grenats 
contient  pour  cent  parties  14,72  d'oiyde  de 
fer,  le  schiste  chloriteux,  15,31,  l'bjT)ers- 
thénile,  12,6-2,  et  le  basalte,  20,00  environ. 
L'oxyde  de  fer  constitue  les  2  ou  3  centièmes 
de  la  masse  des  granités  eldes  gneiss,  ei  te 
3  ou  4  centièmes  de  l'ensemble  des  grijas- 
teins  et  des  roches  trappéennes.  Si  Ton  con- 
sidère en  outre  la  quantité  de  fer  qui  eiiste 
à  l'état  tant  d  oxyde  que  de  carbonate,  de  car- 
bure, de  silicate  ou  de  sulfure,  compreDflnl 
ainsi  tous  les  minerais  de  fer  d'une  cerlaine 
importance,  et  si  on  a  égard  en  même  leup 
à  la  proportion  relative  des  .diverses  roche? 
entre  elles,  on  trouvera  qu'on  ne  doitp»* 
beaucoup  se  tromper  en  admettant  que  lo 
fer  constilue  à  peu  près  les  deux  centièinc* 
de  l'ensemble  de  l'écorce  minérale  de  notia 
globe.  Le  manganèse  est  presque  tout  au^<i 
généralement  répandu  dans  les  roches  qû« 
le  fer,  quoiqu'il  s'y  trouve  dans  des  Dro|wr- 
tions  beaucoup  plus  petites.  Il  existe  à  p«îW 


905 


HAT 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


^A 


une  roche  qui  ne  contienne  du  fer,  et  il  y 
en  a  bien  peu  qui  n'oiTrent  quelque  trace  de 
manganèse;  cependant,  à  l'exception  des  lo- 
calités dans  lesquelles  on  en  exploite  les 
rainerais ,  celui-ci  n'existe  qu'en  quantités 
Minimes.  C'est  dans  le  micaschiste  avec  gre- 
nats aoe  le  manganèse  se  trouve  en  propor* 
fions  le  plus  considérables  ;  on  a  calculé  que 
l'oxyde  de  manganèse  y  forme  les  123  dix- 
millièmes  de  la  roche.  En  prenant  l'ensem- 
ble des  roches,  on  peut  compter  que  le  man- 
ganèse ne  forme  pas  moins  que  les  3  ou  ( 
dix-millièmes  de  leur  masse. 

Les  autres  métaux,  tels  oue  l'étain,  le  cui- 
vre, le  plomb,  le  zinc,  1  arsenic,  Targent, 
l'or,  etc.,  considérés  relativement  à  l'ensem- 
ble des  roches,  n'ont  que  peu  d'importance 
géologique.  Ils  se  trouvent'  principalement 
en  filons,  et  quoique  certes  leur  présence  et 
leur  manière  générale  d'être  dans  ces  filons 
soient  des  objets  du  plus  grand  intérêt  scien- 
tifique, la  quantité  de  ces  substances  relati- 
▼etnent  è  la  masse  totale  de  l'écorce  terres- 
Ire  est  absolument  insignifiante.  Le  chrome 
est  si  fréquent  dans  les  roches  serpentineu- 
ses,  qu'il  peut  y  avoir  quelque  connexité 
entre  ces  deux  substances;  peut-être  la  cou- 
leur verte  des  serpentines  provient-elle  de 
celle  de  l'oxide  de  chrome.  Le  titane  est 
peut-être  disséminé  aussi  plus  généralement 
qu'on  ne  le  iiense,  car  il  accompagne  ordi- 
nairement les  minerais  de  fer.  La  manière 
dont  on  reconnaît  sà  présence  dans  quel- 
ques-uns de  ces  minerais,  prouve  évidem- 
liient  que  des  métaux  peuvent  être  dissé- 
minés dans  certains  minerais  et  pourtant 
échapper  aux  analyses,  à  moins  qu'on  ne 
soumette  à  des  actions  chimiques  de  grandes 
masses  des  substances  qui  contiennent  ces 
métaux. 

I^s  principales  substances  qui  entrent 
dans  la  composition  chimique  de  la  surface 
de  notre  planète  peuvent  êire  rangées  dans 
Tordre  suivant,  d  après  leur  degré  d'impor- 
tance. 

Corps  iimpU*  mon  mélaUiqMe$. 

I.  Oxygène.      3.  Azote.     5.  Soufre.  7.  Pliiore. 
S.  Hjdrocéiie.  4.  CarlMme.  €.  Chlore.  H.  Phosphore. 

Bêtei  métailhiMei  de*  aleaih  et  de»  terreê. 

I.  Silicivm.  3.  Potassium.       5.  Maaiiësîain. 

S.  Alaminiun.       i.  Sodîom.  6.  Calcium. 

MéîmaxdOÊi  1er  ûXfdet  ne  êomt  ni  de»  terre» 

ni  de»  alcaii». 


I.  Fer. 


S.  Manganèse.^ 


U  paraîtrait  donc  que  seize  des  subs- 
tances que  Ton  considère  communément 
cooiaie  des  corps  simples,  constituent,  pai^ 
leurs  diverses  combinaisons,  sinon  la  tota- 
lité, du  mojns  la  quantité  de  beaucoup  la 
plus  grande,  de  la  matière  gazeuse,  liquide 
ou  soude,  organique  ou  inorganique  dont 
nous  connaissons  Fexistenee  à  la  surlace  de 
la  terre. 

(€71)  Qiioi4|oe  les  idées  du  savant  professeur  soieut     tioos,  priocipaienieDt  à  la  fin  de  l'expoeé  de  son 
refulées  dans  la  plupart  des  articles  de  ce  Dîrlioii-     système. 
Mire,  noas  ajoitlerons  ça  ei  .là  quelques  observa-         (675)  Gen.  i,  f,  14;  Trad.  de  H.  GLAma. 

IIICTIOX.  DE  COSVOGONIC  ET  DE  PlLÉONTOLOOIB.  29 


MATTIOLI.  Voy.  Géologie. 

MAUPIED  (M.  L*ABBé).  —  M.  Tabbé  Mail* 
pied  a  publié,  en  1851,  un  ouvrage  considé- 
rable intitulé  :  l>iett,  rhomme  ei  le  monde 
connus  par  le»  trot»  premier»  chapitre»  de  la 
GenêtCf  ou  Cour»  de  phy»ique  eacrée  et  de 
co»mogonie  mo»aique.  Cet  ouvrage  est  riche  de 
science  et  de  philosophie  critique.  L*auteur 
y  poursuit  à  outrance  les  savants  spéculatifs 
et  leurs  hypothèses.  Nous  ne  Ten  blâmerons 
pas,  tout  en  faisant  pourtant  nos  réserves; 
car  parmi  les  théories  qu'il  attaque,  il  en  est 
qui  ne  méritent  pas  à  c«  point  son  animad- 
version,  et  toutes  les  difficultés  qu  il  soulève 
contre  elles,  sont  loin  d*ètre  aussi  sérieuses 

3u*il  rinsinue.  Au  reste,  tout  ce  qu'il  efsaye 
e  substituer  aux  systèmes  qail  reiette, 
est  également  pure  spéculation,  pure  hypo- 
thèse. Pour  notre  part,  nous  ne  sommes  pas 
Elus  satisfait  des  hypothèses  de  M.  1  abbé 
[aupied  sur  la  Geni»e  que  de  toules  celles 
Jpi  ont  été  imaginées  avant  lui.  Tous  ces 
rais  de  science  nous  paraissent  faits  en 
[mre  perte.  Le  lecteur  va  en  juger.  Voici 
'interprétation  scientifique  que  donne,  du 
iiremier  chapitre  de  la  Genê»e^  Tancien  pro- 
èsseur  à  la  Faculté  de  théologie  en  Sor- 
bonne  (674). 

Lor»que  Dieu  commença  à  créer  le  ciel  et 
la  terre,  la  terre  était  vîde  et  dé»erte,  et  le» 
tendre»  régnaient  »ur  la  turface  de»  eaux. 
Et  un  vent  violent  »*agitaii  »ur  le»  eaux.  Et 
Dieu  dit  :  Que  la  lumière  »oit^  et  la  lumière 
fut.  Dieu  voyant  combien  la  lumière  était 
bellcj  la  »épara  datée  lej  ténèbre»,  et  Vappelm 
jour,  aprè»  avoir  donné  aux  ténèbre»  le  nom  de 
nuit.  Ain»i  »e  pa»»a  te  »oir  et  le  tr.atin  de  ce 
premier  jour.  Dieu  dit  de  nouveau  :  Qu'une 
étendue  »e  forme  au  milieu  de»  eaux;  tfu'elle 
le»  eépare  à  jamai».  C'eet  ain»i  que  Dieu  ft 
l'étendue,  et  qu'il  eépara  le»  eaux  de  de»»ou» 
Valmo»phire  d'avec  celle»  qui  »oni  au'de»»u»: 
et  il'  nomma  rétendue  ciel  ;  ain»i  »e  pa»9a  le 
»oir  et  le  matin  du  eecond  jour.  Dieu  dit  en- 
core :  Que  le»  eaux  qui  »ont  au-de»»ou»  du 
ciel  »e  retirent  en  un  »eul  lieu,  afn  que  la 
partie  ferme  parai»»e^  et  il  fut  ain»%.  Bt  Dieu 
appela  cette  partie  ferme  terre ,  aprè»  avoir 
donné  aux  eaux  ra»»emblée»  le  nom  de  mers; 
et  il  vit  combien  cela  était  beau.  Il  dit  encore: 
Que  la  terre  »e  couvre  de  verdure,  de  plante» 
renfermant  de  la  eemence  féconde:  et  que  de» 
arbre»  fruitier»  et  d^autre»  qui  leur  reiirem- 
blent,  s'élèvent  de  la  terre,  et  qu'il»  portent 
de»  fruit»  qui  contiennent  leur  semence;  et  il 

fut  ainti Ain»i  »epa»»a  le  »oir  et  le  matin 

éCun  troieième  jour.  Dieu  dit  :  Qu'il  y  ait  des 
luminaire»  dan»  Fétendue  de»  deux...  (675). 

t  Tel  est  le  récit  de  Moïse  sur  les  œuvres 
de  la  création  opérées  depuis  le  premier 
jour  jusgu*au  quatrième.  Nous  devons  pren- 
dre oe  récit  tel  qu'il  est  littéralement.  Nous 
devons  raisonner  d'après  ce  texte  et  nulle- 
ment d'après  des  interprétations  ou  des  hy* 
pothèses  quelconques.  Nons  avons  à  démon- 
trer 1*  aue  rien  dans  les  sciences    "^     ' 


$07 


MAD 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAI] 


M 


et  natnrelles  n*iiifirHic  ce  récir,  que  rien  ne 
le  eorabat;  2*  nous  tâcherons  de  faire  TOir 
que,  au  contraire,  toutes  les  données  cer-^ 
taines  de  la  sciences  tendent  à  prouver  que 
les  choses  ont  dû  se  passer  telles  que  Moïse 
les  raconte. 

«  Dieu  a  commencé  sou  œuvre  par  la 
création  de  la  terre,  et  cela  devait  être  ainsi. 
En  effet,  la  création  matérielle  a  été  faite 
pour  l'homme,  les  faits  de  la  science  nous 
le  prouveront,  et  la  raison  nous  Ta  déjà 
prouvé.  Or,  dans  cet  ensemble  du  monde 
créé,  la  terre,  qui  doit  être  l'habitation  de 
l'homme,  est  évidemment  la  chose  princi- 
pale, les  astres  se  rapportent  à  la  terre  et  à 
l'homme.  Les  questions  de  grandeur  rela- 
tive, d'importance  apparente,  etc.,  ne  font 
rien  ici,  parce  qu'elles  ne  sont  que  les  con- 
séquences de  la  destination  de  ces  corps; 
or  ces  corps  étaient  destinés  à  la  terre  que 
devait  hal)iter  l'homme.  La  terre  a  donc  dû 
ôtre  logiquement  le  point  de  dé|)art  de  la 
création,  nous  en  donnerons  plus  tard  de 
nouvelles  preuves  ;  c'est  sur  elle  d'ailleurs 
que  tout  ce  qu'il  nous  importe  de  connaître, 
tout  ce  qui  ramène  notre  intelligence  à  l'in- 
telligence divine,  s'exécutera.  Ce  sera  sur 
elle,  comme  point  d'observation,  que  nous 
contemplerons  l'univers. 

«  Dans  le  récit  de  Moïse,  la  création  com- 
plète de  la  terre  ûuve  trois  jours.  Le  pre- 
mier jour,  la  terre  cl  les  eaux  sont  créées, 
puis  la  lumière  et  la  succession  du  jour  et 
de  la  nuit.  Ce  n'est  que  quand  tout  cela  est 
fait  que  l'historien  sacré  dit  :  £l  il  y  eut  un 
soir  et  un  matin^  jour  un.  Le  second  jour 
Dieu  créa  le  firmament,  le  ciel  et  l'atmos- 
phère de  la  terre  ;  le  troisième  jour,  il  sé- 
para la  terre  d'avec  les  eaux  qui- la  cou- 
vraient, et  rendit  la  partie  exondée  solide  et 
sèche,  aridam.  Ces  faits  sont  contenus  dans 
les  dix  premiers  versets,  et  tous  appartien- 
nent à  fa  création  de  la  terre.  La  terre  n'é- 
tan  t  pas  arrivée  tout  d'un  coup  à  son  étdt  par- 
fait. Dieu  ne  dit  pas  :  Fiat  terra^  que  la' terre 
*oit;  car  tous  les  fiât  qui  créent  la  lumière. 
Je  ciel  ou  l'étendue  et  l'atmosphère,  etc.,  se 
rapportent  évidemment  à  la  terre,  puisqu'ils 
la  préparent  à  sa  destinée,  qu'ils  la  rendent 
propre  à  être  habitée,  à  être,  en  un  mot,  la 
terre  complète.  Ceci  nous  ramène  à  exami- 
ner de  nouveau  le  sens  du  premier  verset 
relativement  à  ceux  qui  suivent.  Nous  avons 
déjà  vu  qu'il  ne  peut  pas  s'entendre  de  la 
création  du  ciel  et  de  la  terre.  Moïse  d'ail- 
leurs parlait  à  un  peuple  qui  croyait  à  cette 
création,  et  son  but  ^tait  de  lui  en  raconter 
le  mode;  c'est  pour  cela  qu'il  entre  de  suite 
en  narration  |)arJIélat  primitif  où  ae  trouvait 
la  terre  au  premier  instant  de  sa  création  : 
e[\^itaUvide  et  déiertet  et  couverte  par  le$ 
eaux.   Toutes  ces  raisons  nous  portent  de 

«lus  en  plus  à  admettre  la  traduction  de 
L  l'abbé  Olaire  :  Lorequé  Dieu,  commença  i 
créer  le  ciel  et  la  terre,  la  terre  était  vide  et 
déeerte  (676),  etc. 

(676)  Cette  dernière  partie  nous  semble  mieux 
reudue  par  ce  sens  que  par  celui  ;de  M.  Glaire:  La 


«  La  terre  donc,  au  premier  instant  de  » 
création,  était  plongée  dans  les  eaux,  i)  d> 
avait  encore  aucun  habitant,  elle  néuit 
même  pas  propre  à  en  recevoir?  elle  était 
donc  Vidé  et  déeerte^  inanie  et  vacua.  Lescos* 
mogonies  de  tous  les  peuples  anciens  i>m 
conservé  l'idée  de  la  terre  primilÎTe  abîmée 
sous  les  eaux,  et  on  a  exprimé  celétoifur 
le  nom  de  chaos  ;  mais  il  faut  bien  se  ganler 
d'entendre  par  là  le  désordre,  puisquiu 
contraire  il  y  avait  un  ordre  parfailement 
conforme  aux  lois  da  la  matière;  le  noyu 
solide  de  la  terre  occupe  le  centre,  Teauen- 
vironne  ce  noyau,  des  vapeurs  s'élèvenl  sur 
l'immensité  des  eaux,  et  le  mouvement  s'é- 
tablit sur  les  eaux  et  dans  les  vapeurs,  d'où 
résulte  un  vent  violent.  Spiritus  Deiftréa- 
tut  super  aquoi.  On  a  entendu  par  spirilu 
Dei^  un  vent  violent  ;  d'autres,  Tesprif  f- 
condantf  l'énergie  créatrice:  le  premiers! 
le  sens  naturel,  un  vent  de  Dieu,  unt  non- 
tagne  de  Dieu  signifient  en  hébreu  w  gmé 
vent,  une  haute  montagne.  Le  second  senseM 
le  sens  mystique  :  tous  les  deux  sont  vraLs 
car  dans  ce  vent  même,  c'était  bien  toujoun 
la  puissance  de  l'esprit  divin  qui  agissait. 

«c  Mais  entrons  plus  avant  dans  riolelli- 

(;oncede  ce  texte;  la  terre  et  les  eaux^ci 
'entourent  sont  créées  ensemble,  avec  leur^ 
lois  et  leurs  propriétés;  les  eaux  deraieui 
contenir  en  dissolution  des  sels  et  de  Taii. 
comme  elles  en  contiennent  aujourd'hui  et 
probablement  même  davantage;  car  Dieu  en 
les  créant  marchait  vers  son  but,  qui  éiailde 

S>réparftrun  séjour  propre  et  convenable au\ 
tires  organisés.  Dôminus  creans  caiot^  ip^t 
Deus  formans  terram,  et  faciem  tnm,  ifn 
plaslee  ejus  :  non  in  ranum  creavit  tm  :  ^ 
habilareiur,  formai  it  eain  (677).  «  Le  Sei- 
gneur qui  a  créé  les  cieux,  a  aussi  formé  l9 
terre,  c'est  lui  qui  l'a  f:iite,  et  qui  lui  > 
donné  sa  forme  {comme  le  potier  donttl^ 
forme  au  vase)  ;  il  ne  l'a  point  créée  en  vaim 
il  l'a  formée  pour  être  habitée.  »  Mais,  à 
l'origine,  la  terre  avec  ses  eaux  était  so5- 
pendue  dans  le  vide,  et  équilibrée  w  m 

[)ropre  poids  ;  on  peut  supposer  qu'elle  irait 
e  mouvement  sur  elle-même  ;  mais  les  te 
de  la  gravitation  ,  ou  plutôt  ses  caos^ 
n'existaient  pas  encore,  car  il  n'y  avait  point 
d'autre  masse  que  la  terre  ;  rien  ne  pooTait 
agir  sur  elle,  et  par  conséquent  le  monTe 
ment  annuel  n'avait  pas  encore  lieu. 

«  Alors  les  eaux  et  les  substances  qu'elle) 
contenaient  subirent  les  lois  de  la  vapoiiss* 
tion,  avec  d'autant  plus  de  puissance  quUf 
avait  un  vide  parfait.  C'est  un  fait  acrniisa 
la  science,  que  les  vaj^eurs  se  forment  k^ 
ment  dans  Tair  et  instantanément  dâ»i^ 
vide;  le  vide  barométrique  le  démontre  po- 
sitivement. Qu'on  y  introduise  avec  préc«r 
tion  une  ^utte  d  eau  parfaitement  pure  H 
privée  d'air  par  la  distillation:  aussitAtceli« 
eau,  se  vaporisant  en  partie,  remplit  le  v^^ 
pèse  sur  la  colonne  de  mercure  et  ta  ^ 
descendre.  Un  autre  fait  non  moins  resif- 

ferre  n'était  que  néant  e!  j>kflOS.  (M.  MACPffa^ 
(677)  hai.  n.v,  18. 


UàU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAC 


Mê 


quablCf  c*est  que  Teau  n'entre  pas  en  ébul- 
lition,  et  par  conséquent  en  vapeur  aux 
cpémes  de^^  pour  toutes  las  hauteurs  : 
ainsi,  au  niveau  de 'la  mer»,  sous  une  pres- 
sion atmosphérique  ordinaire  de 760  miilim., 
l-eau  entre  en  ébullition  à  100*  de  chaleur  ; 
tandis  qu*au  sommet  du  mont  Blanc,  par 
exemple,  où  la  pression  atmosphérique n  est 
plus  que  de  U7  millim.,  l'eau  bout  à  8i*  en- 
viron. Dans  nos  machines  pneumatiques, 
où  nous  ne  pouvons  guère  obtenir  une  pres- 
sion moindre  de  30  millim.,  Teau  bout  à 
30*;  sous  une  pression  de  5  millim.,  Teaa 
bout  à  0,  c'est-à-dire  à  la  température  la 
plus  basse  avant  la  glace. 

«  Immédiatement  donc  après  sa  création, 
le  vide  parfait  existant  tout  autour  de  la  terre, 
l'eau  subit  la  loi  de  vaporisation  instanta- 
née. Or,  la  force  expansive  des  vapeurs 
s'exerçantdans  tous  les  sens  et  indéfiniment 
comme  celle  de'  tous  les  gaz,  la  vapeur  dut 
continuer  à  se  former  avec  une  grande  puis- 
sance, puisqu'il  n'y  avait  aucun  olistacle,  et 
dès  lors  des  ténèbres  épaisses  enveloppèrent 
la  terre  et  les  eaux  :  Ei  tenArœ  erant  super 
faciem  abussL  Dans  cette  vaste  enveloppe  de 
vapeurs  épaisses,  s'établirent  dés  courants, 
fxarce  que  c'est  une  propriété  des  fluides  de 
fl*étre  lamais  en  équilibre,  mais,  toujours 
et  parla  moindre  cause,  dans  l'instabilité  du 
mouvement;  en  outre,  les  liquides  sont  aussi 
soumis  à  peu  près  à  la  même  loi.  Dès  lors 
l'énorme  masse  des  eaux  oui  couvraient  la 
terre,  trouvant  ainsi  que  les  vapeurs,  une 
résistance  dans  la  masse  solide  du  globe, 
devaient  perpétuer  leur  mouvement,  par 
leur  élasticité  même.  Et  si  la  terre  avait  déjà 
un  mouvement,  elle  devait  exercer  une  ac- 
tion sur  les  vapeurs  et  sur  les  eaux.  De  là 
un  vent  violent  qui  vint  de  nouveau,  en 
agitant  ces  vapeurs,  faciliter  la  vaporisa- 
tion :  Et  ipiriiuê  Dei  fer ebaiur  super  aqua$i 
ré()aississement  de  plus  en  plus  considéra- 
t»le  des  ténèbres  en  fut  le  résultat.  Job  ré- 
sume poétiquement  toutes  les  explications 
aue  nous  venons  de  donner  :  Oui  a  renfermé 
ta  mer  en  ses  digues j  quand  elle  rompait  ses 
liens  comme  l'enfant  qui  sort  du  eei»  de  sa 
mère?  lorsque  je  V  enveloppai  des  nuées  comme 
dCun  vêtement^  et  que  je  t entourai  des  ténè* 
bree  comme  des  langes  de  Fenfance  (678). 

^  Ces  ténèbres  étaient  d  autant  plus  gran- 
des qu'il  n'y  avait  encore  rien  qui  vint  en  di- 
Miiauer  l'épaisseur,  toutes  les  substances 
cootenues  dans  l'eau  s'y  trouvaient  pour  la 
plupart  réduites  en  vapeur. 

•  Dieu  va  j  apporter  un  nouvel  ordre  en 
rréant  la  lumière,  ou  les  fluides  impondé- 
rables :  Et  dixit  Deus  ;  Fiat  lux  ,  et  facta 
est  lux;  ^et  Dieu  dit  :  Que  la  lumière  soit,  et 
la  lumière  fut.» 

«  Le  fluide  lumineux,  Téther  est  indépen- 
dant des  corps  lumineux  ;  il  put  donc  être 
créé  avant  les  corps  qui  déterminent  en  lui 
les  phénomènes  de  lumière. 

«  Quelle  fut  à  r  origine  F  effet  de  ce  Huide 


sur  la  partie  créée  du  monde  ?  Cest  là  la 
troisième  question  que  nous  nous  étions 
proposée  touchant  les  fluides  incoercibles  ; 
pour  la  résoudre  rappelons-nous  que  ces  flui- 
des remplissent  les  espaces,  qu'ils  pénètrent 
tous  les  corps,  l'air,  les  eaux,  la  terre,  etc.  ; 
qu'ils  possèdent  une  élasticité  et  une  subti* 
lue  au-dessus  de  tous  les  autres  corps  con-* 
nus;  qu'As  sont  les  agents  de  toutes  les 
compositions  et  décompositions  chimiques  ; 
que  pas  un  seul  de  ces  phénomènes  n'a  lieu 
sans  dégagement  de  chaleur  et  d'électricité, 
ou  sans  la  présence  de  l'un  et  de  l'autre  de 
ces  fluides.  Rappelons-nous  enfin  qu'il  y  a 
sou  vent  lumière  dans  ces  mêmes  phénomènes, 
et  qu'il  suffit  d'un  mouvement  assez  rapide 
dans  le  fluide  éthéré  pour  produire  les  pbé* 
nomènes  lumineux. 

c  Dès  lors,  au  moment  de  sa  créationi  cet 
admirable  fluide  pénétra  nécessairement  les 
ténèbres  de  vapeurs  qui  enveloppaient  la 
terre  ;  il  pénétra  la  terre  elle-même  et  les 
eaux  ;  mais  là  il  y  eut  mouvement ,  et 
par  conséquent  lumière,  qui  apparut  au 
sein  des  ténèbres  qu'elle  dilatait  et  dissipait 
en  les  pénétrant. 

«  Son  action  fut  d'autant  plus  vive,  oue 
le  fluide  lumineux  éprouvait  une  plus 
^ande  résistance  de  la  part  des  vapeurs,  ar* 
rivées  à  une  densité  que  leur  hétérogénéité 
devait  rendre  plus  considérable;  en  second 
lieu,  de  la  part  des  eaux,  et  en  troisième  lieu» 
de  la  part  du  noyau  solide  de  la  terre  ;  il 
faut  joindre  à  toutes  ces  causes  de  loouve* 
ment  l'agitation  du  vent  violent  qui  Ctait 
porté  sûr  les  eaux  ;  enfin,  outre  ces  mou- 
vements, l'action  de  l'étber  dut  nécessaire- 
ment produire  des  décompositisns  chimi- 
ques sur  cette  vaste  étendue  de  vai^eurs  hé- 
térogènes; et  ce  fut  une  nouvelle  cause  de 
lumière,  qui  dut  être  si  brillante  et  si  ma- 
gnifique que  Dieu  lui-même  eh  admira  les 
efiTeL  :  Et  ridit  Deus  lucem  quod  esset  bona  ; 
tEt  Dieu  vit  combien  la  lumière  était  belle.» 
Mais  après  ce  brillant  effet  du  premier  jour 
produit  par  l'effusion  de  la  lumière  au  sein 
des  ténèbres,  les  vapeurs,  dilatées  par  fac- 
tion de  la  chaleur  et  de  Télectricité  qui 
avaient  pénétré  partout,  donnèrent  lieu  par 
la  raréfaction,  et  même  par  Tébullition  que 
dut  subir  l'eau,  à  une  nouvelle  formation  de 
vapeurs,  et  il  y  eut  par  conséquent  alter- 
nance entre  la  lumière  et  les  ténèbres,  dont 
les  effets  furent  à  jamais  séparés;  et  c'est  là 
ce  qu'exprime  le  texte  sacré  :  Et  ditisit  Deus 
lucem  a  tendais  ;  «  Et  Dieu  sépara  la  lumière 
des  ténèbres.  »  C'est  alors  que  leur  création 
étant  achevée ,  Dieu  appela  la  lumière 
jour^  et  nuit  les  ténèbres  créées  auparavant; 
Appellavitque  lucem  diem^  et  laïufrnw  noctem. 
Et  voyez  comme  l'Ecriture  est  admirable, 
les  ténèbres  sont  créées  comme  la  lumière, 
car,  dit  Isaîe  :  Dieu  a  formé  la  lumière  et 
créé  tes  ténèbres^  et  nous  venons  de  le  voir. 
Mais  les  ténèbres  existèrent  avant  la  lumiè- 
re, ce  qui  avait  donc  fait  d'abord  un  soir,puis 
un  matin,  et  ce  fut  là  l'osuvre  du  oremier 


(67S)  Jot  xxxTin,  8,  9. 


oti 


UAU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAU 


m 


jour  :  Factumque  est  vespert  et  mane^   diei 
anus. 

«Le  premier  jour  nous  a  montré  la  terre 
ccveloppée  de  vapeurs  sillonnées  par  la  lu- 
mière; or,  faction  du  fluide  éthéré  dut  être 
nécessairement  de  dilater  les  vapeurs,  d*agir 
en  môme  temps  sur  les  eaux  de  manière  2i 
former  de  nouvelles  vapeurs,  et  ce  fut  là  le. 
second  soir  ou  la  seconde  nuit.  Cependant 
cette  immense  atmosphère  de  vapeurs»  mé- 
lange confus  de  tons  les  éléments  contenus 
dans  les  eaux  et  gazéifiés,  s*élait  étendue  jus- 
qu'aux limites  où  iDieu  voulait  les  arrêter  ; 
1  éther  qui  règne  maintenant  dans  Tespace 
leur  oppose  une  résistance,  tout  en  les  pé- 
nétrant il  les  arrête,  et  leur  poids  d^ailleurs 
.es  maintient  autour  de  la  terre  ;  le  vide 
était  plein,  Teau  ne  pouvait  plus  se  vapori- 
ser. Alors  Faction  du  fluide  éthéré  sur  ces 
ténèbres  vaporeuses  ne  fut  nlus  dissimulée 
par  la  formation  de  nouvelles  vapeurs,  et 
sous  Finfluenco  de  Télectricité,  d*autant  plus 
abondante  qull  y  avait  eu  décomposition 
d*eau  ;  la  terre  en  était  saturée  aussi  bien 

2ue  la  masse  des  vapeurs,  la  séparation  des 
léments  put  s*opérer,  des  décompositions 
•tde  nouvelles  combinaisons  durent  se  for* 
mer.  Les  éléments  qui  composent  Tatmos- 
pbère  proprement  dite  (Kazote  et  Toxygène), 
et  que  la  chimie  nous  montre  plus  pesants 
que  ceux  qui  composent  les  vapeurs  d*eau 
pure  (1  hydrogène  et;  Toxygène  combinés), 
s*étenairent  naturellement  en  dessous,  et 
des  nuages  se  lormèrent  dans  la  partie  su- 
périeure ;  ThvdroKène  mis  en  liberté  dut 
monter  dans  les  plus  hautes  régions  de  Tat- 
mosphère,  où  les  phénomènes  météorologi- 
ques nous  le  montrent  toujours.  De  la  sorte, 
ily  eut  réellement  une  étendue,  une  atmos- 
phère autour  de  la  terre,  entre  le$  eaux  et  les 
'eaux,  entre  les  eaux  liquides  et  les  eaux  en 
vapeurs  et  l'ydrogène,  entre  le$  eaux  qui 
étaient  au-dessous  du  firmament  (da  Tatmos- 

Ïhère)  et  les  eaux  qui  étaient  au  -  dessus. 
deu  éleva-t-il  une  grande  partie  de  ces 
eaux  vaporisées  dans  des  régions  plus  éloi- 
gnées de  notre  atmosphère,  et  où  nous  ne 
Souvons  les  atteindre  par  nos  observations 
irectes?  On  peut  le  conjecturer,  on  Ta 
supposé;  mais  la  démonstration  en  est  im- 
possible par  les  données  de  la  science  dans 
son  état  actuel.  Ce  qu*il  y  a. de  certain,  c'est 
que  l'hydrogène ,  élément  de  l'eau,  existe 
dans  les  plus  hautes  régions  de  notre  at- 
mosphère, et  s*étend  à  des  distances  que  nous 
ne  pouvons  apprécier.  Voilà  donc  comment 
fut  créé  le  firmament  et  l'atmosphère.  L'é- 
ther  prit  sa  place  définitive  dans  les  espaces, 
et  l'atmospnère  de  la  terre  s'établit  entre  les 
eaux  et  les  vapeurs  d'eau  pure  au  delà  des- 
quelles s'élève  encore  l'hydrogène.  Mais  dans 
cette  opération,  pour  ainsi  dire  chiùiico-élec- 
trique,  des  vapeurs  séparées  en  atmosphère  et 
en  nuages,  de  leur  décomposition,  de  la  mise 
en  liberté  de  l'hydrogène,  cause  et  source 
de  lumière  do  la  condensation  da  l'étber, 
etc.,  il  y  eut  production  de  lumière  dans  la 
vaste  étendue  de  ce  laboratoire  de  l'univer^. 
Or,  tout  ce'a  ne  se  fil  pas  d'une  manière  ins- 


tantanée ,  puisque  le  vide  n'eiistait  \\{\a 
comme  au  premier  jour;  aussi,  d'après  le 
texte,  Dieu  dit  d'abord  :  Fiat  firmamjtntwH 
in  medio  aquarum  et  dividat  aquas  ab  aqm: 
«  Qu'il  y  ait  une  étendue  au  milieu  des 
eaux,  et  qu'elle  divise  les  eaux  d'avec  les 
eaux.  »  Et  après  avoir  commandé,  Dieuft  le 
firmament^  sépara  les  eaux  qui  étaient  au- 
dessus  du  firmament  de  celles  qui  étaient  au- 
dessous^  et  il  appela  le  firmament^cid.W] 
eut  d'abord  commandement,  puis  opéraUoQ 
oui,  déterminant  le  mouvement  dans  le 
fluide  éthéré,  produisit  la  lumière  et  fit  les^ 
condjour;  ce  second  jour  eut  doue  encore 
un  soir  et  un  ma/tft,  des  ténèbres  et  de  II 
lumière. 

«  Il  n*y  a  plus  qu'un  troisième  perfectioo- 
nement  à  opérer  pour  que  la  création  de  la 
terre  soit  achevée.  La  lumière  existe,  l'at- 
mosphère est  formée,  mais  la  terre  est  en- 
core, plongée  sous  le  reste  des  eaux  qui  Teo- 
vekmpent.  Le  fluide  éthéré,  réiectricilé  a 
pénétré  la  masse  de  la  terre  ;  là,  se  «ont  ren- 
contrées en  contact  des  substances  hétéro- 
Sènes;  de  l'eau  s'est  décomposée»  des  foyers 
e  combustion  souterraine  ont  dû  se  former 
sur  une  vaste  échelle  ;  des  çaz  se  sont  dé- 
veloppés, ils  ont,  {lar  leur  putsfsance  de  di- 
latation, la  plus  grande  qui  soit  eneore 
connue,  soulevé   d'immenses  portions  du 

S  lobe:  des  montagnes  et  des  rallées  se  sont 
onc  formées,  des  bassins  de  mers  se  sont 
creusés,  et  il  n'a  pas  fallu  longtemps  (Mmr 
cela,  en  quelques  heures  un  tremblement  di 
terre  peut  parcourir  le  g^obe.  Les  eaoi 
changent  donc  de  niveau;  dies  ne  couvri- 
ront plus  toute  la  terre,  elles  sont  réunie^ 
dans  un  même  )>assin,  mais  l'on  cont.oil  p4^ 
faitement  que  cet  immense  mouvement  des 
eaux  sur  elles-mêmes,  joint  à  l'action  dos 
fluides  souterrains,  a  dû  (produire  de  nou* 
velleset  abondantes  vapeurs.  Cette  trobiôme 
formation  de  vapeurs  fut  ia  troisième 
nuit. 

«  La  terre  put  se  montrer  en  partie  eioo- 
dée  ;  mise  à  sec  pour  la  première  fois,  elle 
était  nécessairement  saturée  de  nombreui 
sels  que  i'évaporation  des  eaux  y  avait  lais- 
sés en  dépôt,  et  dès  lors  cette  terre  était  {ar- 
faitement  préparée  à  ia  production  d'une  vé- 
gétation active.    Or  nous  avons  vu  quel 
frand  et  indispensable  rôle  la  lumière  e( 
électricité  jouent  dans  la  production ,  li 
germination ,   la   nutrition  et  Taccroisse- 
ment  des  plantes.  Dès  lors  l'apparition  su- 
bite de  cette  immense  quantité  de  plantes 
diverses,  dont  la  terre  se  couvrit  à  la  parole 
de  Dieu,  causa  nécessairement  un  nourel 
ébranlement  dans  le  fluide  lumineux  <|Bi 
avait  à  établir  ses  premiers  et  nouveaux 
rapports  avec  ces  végétaux  auxquels  il  est  né- 
cessaire. Ces  plantes  d'ailleurs,  cré^s  ésRi 
la  plénitude  de  l'activité  végétale,  commea 
cèrent  à  exercer ,  sous  Ihnfluence  de  re 
fluide,  l'absorption  des  vapeurs  où  elles  pui- 
sèrent les  premiers  éléments  de  leur  nour- 
riture. Chaque  plante  fut  comme  une  petite 
pile  galvanique,  agissant  sur  rélectrieii^ 
souterraine  et  sur  celle  de  l'atmosphère  i^^e 


911 


MAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


9U 


nombreuses  et  nouTelles  décoDii(x>sitioii5  de 
gaz,  aussi  bien  que  des  combinaisons,  du- 
rent aTOir  !ieu  sur  toute  J*élendne  de  la 
terre,  dans  un  même  moment.  Or,  s*ii  est 
démontré  en  physique  que  la  y^étation 
i|ui  se  dévciop|ie  lentement  dans  Tetat  ac- 
tuel, est  une  des  plus  grandes  sources  de 
réiectricité  atmosphérique  et  des  météores 
qui  en  sont  la  suite,  que  Ton  juge  de  Teffct 
que  dot  produire  Tapparition  et  la  forma- 
tion presque  instantanée  de  toute  une  ré^é- 
tation  adulte  et  en  pleine  activité  au  milieu 
de  la  Taste  étendue  de  Tatmosphère.  Cette 
combinaison  d  actions  multiples  dut  donc 
produire  un  troisième  échûrcissemenl  qui 
lut  le  troisième  jour,  qui  eut,  comme  les 
précédents,  un  soir  et  un  matin. 

«  Enfin,  après  la  création  des  Yégétanx, 
lorsque  la  lumière  et  Tatmosphère  eurent 
établi  leurs  rapports  arec  eux,  le  calme  se 
rétablit,  Téther  ne  fut  plus  en  vibrations  si 
actives,  et  le  phénomène  de  la  lumière  ou 
du  jour  céda  la  place  à  la  quatrième  nuit, 
qui  sera  dissipée  par  la  création  du  soleil  ; 
et,  à  partir  de  ce  point,  commencera  la  suc- 
cession des  jours  et  des  nuits  telle  que  nous 
la  f ojons  maintenant. 

«  A  toutes  les  considérations  précédentes, 
tirées  de  la  nature  des  choses  et  des  effets, 
les  plus  certains  et  les  mieux  .constatés,  des 
substances  créées  jusçtu'ici,  il  faut  arjouter 
que  la  succession  du  jour  et  de  la  nuit  n*est 
pas  uniquement  le  simple  phénomène  de  la 
présence  ou  de  Tabsence  du  soleil  sur  Tho- 
rizon;  il  y  a  encore  bien  d'autres  choses.  En 
effet,  rétat  de  Tatmospbère  n*est  pas  le 
même  pendant  la  nuit  et  pendant  le  jour;  sa 
densité  est  beaucoup  plus  considérable  pen- 
dant la  nuit,  et  c'est  même  là  la  cause  qui 
fjii  qu  on  entend  pendant  la  nuit  les  plus 
lé.'crs  bruits  qu*on  n'entendrait  pas  pen- 
dant le  jour,  et  que  les  sonsdiversont  licau- 
coup  plus  d'intensité  et  d'étendue.  L'état 
ilxï  lluide  éthéré  n'est  pas  le  môme  non  plus, 
les  variations  diurnes  de  l'éleiironièlre 
et  celles  de  Tai^çuillede  déclinaison  le  prou- 
vent suilisammcnt  :  l'état  de  la  terre  e| 
iliis  eaux  est  aussi  dillércot.  Ijcs  corps  or^ 
ïiïsôs  et  vivants  subissent  toutes  ces  in« 
fluences;  le  sommeil  des  plantes,  celui  des 
a  limaui  en  d<^|ieniicnt;  la  |ialliob^e  prouve 
la  même  chose  |K>ur  les  malades,  dont  les 
symptômes  ne  sont  |)as  les  mêmes  |>eBdant 
l3  nuit  et  pendant  le  jour;  la  nuit  est  beau- 
coup plus  favorable  au  ri*pos  et  le  j^ur  à  la 
veilla.  Tous  cesfiiitset  bien  d'autres  prou- 
vent donc  une  mmlification  générale  de  tous 
les  éléments  du  globe,  modification  qui  a  ses 
périodes  fixes,  et  auxquelles  sont  probable^ 
ment  dus  une  foule  de  phénomènes  dont  on 
ne  connaît  pas  encore  bien  la  cause;  les 
variations  barométriques  horaires  et  diur- 
nes en  dépendent  certainement.  Peut-on 
dire  que  1  influence  du  soleil  est  la  seule 
cause  de  ces  modifications?  elle  y  a  sans 
aocon  doute  une  grande  part,  mais  elle  n'est 
pas  laseulc  cause;  les  éclipses  totales  ou  & 


peu  près  totales,  dont  on  pourrait  ici  invo- 
quer l'expérience,  prouvent  au  contraire 
notre  thèse.  Le  soleil  est  en  effet  absent  ; 
mais  on  n*a  pourtant  jamais  l'effet  complet 
de  la  nuit,  il  s'en  faut  même  de  beaucoup. 
11  y  a  donc  quelaue  chose  de  plus.  Et  d'ail- 
leurs, si  le  soleil  a  une  influence  sur  ces 
modifications  diverses  du  jour  cl  de  la  nuit, 
c'est  évidemment  parce  que  son  action  est 
combinée  avec  l'ordre  général  de  ces  modi- 
cations.  Ne  serait-il  pas  aussi  probable  d'ad- 
mettre qu'une  fois  la  terre  créée  avec  son 
atmosphère  de  vapeurs,  puis  le  fluide  éthéré 
répandu  dans  les  espaces ,  ce  qui  eut  lieu 
le  premier  jour ,  il  y  eut  des  causes  impul- 
sives de  mouvement  dans  ces  fluides,  et  des 
résistances,  causes  de  répulsions  dans  les 
vapeurs,  les  eaux  et  la  terre  7  Dès  lors  les 
flux  et  reflux  de  la  mer  élhérée,  ceux  des 
vapeurs  qui  envelopfiaient  la  terre,  et  toutes 
les  actions  qui  se  passaient  dans  le  sein  de 
la  terre,  durent  établir  cette  périodicité,  cette 
succession  d'états  et  de  modifications  noc- 
turnes et  diurnes  qui  acquerront  une  plus 
grande  intensité  et  une  plus  grande  stalnlité 
par  la  création  du  soleil  et  des  astres.  Nous 
pouvons  dcmc,  sinon  rigoureusement  con- 
clure, an  moins  présumer  avec  fondement 
que  la  division  entre  le  jour  et  la  nuit  con- 
sista en  ^ande  partie  dans  l'établissement  de 
cette  pénodicite  de  modifications,  qui  devait 
être  SI  importante  et  si  nécessaire  à  l'exis- 
tence de  fa  vie  dans  le  monde.  Or,  comme 
tout  tendait  là,  il  fallait  en  préparer  à  me- 
sure les  lois  ^nérales. 

<  Cette  loi  des  modifications  générales 
diurnes  et  nocturnes  de  tous  les  corps  ad- 
mise (et  les  données  de  la  science  tendent 
à  la  confirmer),  la  mesure  des  trois  pre- 
miers jours  n'offre  plus  aucune  difficulté, 
[misqu  elle  est  réglée  par  cette  loi,  qui  est 
a  même  aujourd'hui  qu'alors. 

«  D'autres  raisons  viennent  encore  à  l'ap- 
pui.  La  lumière,  de  quelque  source  qu'elle 
vienne,  se  pro|)age  dans  toutes  les  direc- 
tions, en  ligne  droite  dans  un  milieu  bomo- 
Î;cne,  et  en  ligne  courlie  dans  un  milieu 
létéroçène  ;  mais  la  courbe  ne  suit  pas  la 
convexité  des  corps  :  c'est  même  ta  une 
des  causes  de  la  succession  du  jour  et  de 
la  nuit  sur  la  terre;  car  si  le  rayon  de 
lumière  se  recourbait  suivant,  la  convexité 
de  la  terre,  au  lieu  de  nous  être  renvoyé 
iiar  la  réflexion  de  la  lune,  il  entourerait 
la  terre,  et  nous  aurions  un  jour  ncrpé- 
tuel.  Or,  quand  la  lumière  fut  créée,  c*lle 
put  très-bien  être  créée  dans  un  point  (foù 
elle  se  répandit  dans  tout  Tunivcrs;  un 
texte  d'isaie  semble  appuyer  cette  manière 
de  voir  :  Hoc  dieit  Dominuâ  Deus^  créons 
c€tlo$f  et  exiendens  eo$  (679);  car  par  les 
cieux  nous  avons  vu  qu  il  fallait  entendre 
l'effusion  de  l'éther  dans  resj-ace  Dieu  cr^e 
donc  d  abord  le  fluide*  puis  il  l'étenJ  ei  ;ui 
donne  ensuilele  nom  de  i:iel  Cette  effusrja  36 
fluides  dut  déterminer  un  moL'vcox^m  dap: 
la  terre  ou  autour  d'elle  ;  quelle  que  »9ît 


(C^O)  t»ai.  \L,  ô 


9i5 


MAU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAU 


910 


Ja  manière  dont  ce  mouvement  se  soit 
opéré  f  oue  la  terre  ait  accompli  sa  ré- 
volution diurne,  ou  que  la  lumière  se  soit 
répandue  autour  d'elle,  cela  revient  à  peu 
))rès  au  même,  puisque  la  grandeur  de  la 
terre  en  est  la  principale  mesure  ;  par 
conséquent  la  durée  du  premier  jour  fut 
mesurée  par  ce  mouvement  quel  quMl  ait 
été.  Les  deux  jours  qui  suivirent  furent 
mesurés  de  la  même  manière,  car  les  phé- 
nomènes qui  y  donnèrent  lieu,  la  création 
(lu  firmament,  le  dessèchement  de  la  terre 
et  la  production  des  plantes,  s^accomplirent 
également  tout  au  tour  de  la  terre. 

«  Il  n'y  a  donc  rien  dans  la  science  qui 
puisse  empêcher  d'accorder  aux  trois  pre- 
miers jours  à  peu  près  la  même  durée  qu  aux 
suivants,  et  cela  nous  suffit.  Le  texte  sacré 
d'ailleurs  emploie,  pour  en  marquer  la 
durée,  les  mêmes  expressions  que  pour  les 
autres  jours.  Nous  n  avons  donc*  pas  de  rai- 
sons pour  ne  pas  les  admettre  semblables. 

«  Ainsi  donc,  les  trofs  premiers  jours 
de  la  création,  bien  qu'ils  ne  fussent  pas 
absolument  comme  nos  jours  actuels,  furent 
pourtant  de  véritables  jours,  qui  eurent 
j)our  cause,  comme  les  nôtres,  le  mouve- 
ment du  fluide  lumineux  ;  la  seule  diffé- 
rence fut  dans  la  cause  de  ce  mouvement 
f{ui,  pour  nos  jours,  est  le  soleil,  mais  qui 

Î>our  le  premier  jour  fut  la  création  et  l'ef- 
usioh  de  la  lumière;  pour  le  second,  l'ac- 
tion chimique  de  la  création  de  l'atmos- 
phère et  du  ciel  ;  pour  le  troisième,  l'ac- 
;ion  de  la  vég^étabilité. 

«  L'explication  que  nous  venons  de  pro- 
poser est  simple,  sans  système,  et  fondée 
uniquement  sur  les  observations  physiques 
les  plus  générales  comme  les  plus  vulgaires 
et  les  mieux  démontrées.  Toutes  les  ol)- 
jeclions  qu'on  pourrait  y  faire  sont  sans 
valeur,  si  l'on  veut  bien  se  rappeler  ce 
que  nous  avons  déjà  démontré  dans  nos 
premières  leçons. 

«  En  effet,  on  ne  peut  tirer  ces  objections 
que  de  l'état  plus  comp1i(]ué  dans  lequel 
est  actuellement  notre  univers,  c'est-à-dire 
de  l'action  combinée  des  lois  générales 
qu'on  y  observe.  Or  nous  avons  prouvé, 
nous  semble-t-il,  que  le  monde  n*apaspu 
être  créé  par  l'action  de  ces  lois,  qui,  te- 
nant aux  j)ropriétés  des  corps,  n'ont  pu 
exister  qu  avec  ces  corps.  Mais  quand  même 
on  admettrait,  contre  toute  raison,  ees  lois 
existantes  indépendamment  des  corps,  on 
sera  toujours  forcé  de  reconnaître  qu'elles 
n'ont  pu  régir  ce  qui  n'existait  pas,  et  j}ar 
conséquent,  dans  ce  cas-là  même,  elles 
étaient  comme  n'existant  pas,  puisqu'elles 
étaient  sans  action. 

«  Nous  avons  montré ,  en  outre,  que  la 
création  a  dû  se  faire  d'une  manière  logique 
et  raisonnable  ;  c'est-à-dire  que  les  corps 
divers  n'ont  dû  être  créés  que  dans  le  mo- 
ment où  ils  étaient  nécessaires  pour  pré- 
parer la  création  des  corps  qui  devaient 
suivre,  mais  qu'étant  créés  avec  leurs  pro- 

Sriélés,  ces  propriétés  ont  exercé  leur  in- 
ueace  au  moment  même  de  leur  création, 


et  que  c'est  de  la  combinaison  des  influen- 
ces réciproques  de  ces  propriétés  diver- 
ses»  à  mesure  qu'elles  étaient  produites , 
qu'est  résulté  l'ordre  actuel  du  monde.  Cest 
ainsi  que  l'homme  étant  le  but  final  de  la 
création  matérielle,  la  terre  a  dû  être  créée 
la  première,  avec  ses  eaux  qui  en  font  une 
partie  essentielle  et  nécessaire.  Mais  c'e.'i 
une  propriété  de  ces  eaux  de  se  vaporiser 
instantanément  dans  le  vide  :  jiss  ténèbres 
ou  les  vapeurs  sont  donc  la  conséquence 
immédiate  de  leur  création.  Il  faut  dissi- 
per les  ténèbres  pour  former  une  atmos- 
phère. L'éther,  qui  comprend  la  lumière,  la 
chaleur  et  l'électro-raaiijnétisme,  est  créé, 
et  aussitôt  son  action  divise ,  compose  et 
décompose  les  éléments  en  vapeurs,  et  do 
là  résulte  l'atmosphère  ,  et  une  première 
division  du  temps  par  la  périodicité  des  ac- 
tions des  fluides,  il  faut  que  la  terre  soit 
mise  à  sec  pour  produire  des  végétaux.  Les 
bassins  des  mers  sont  creusés  et  ils  recueil- 
lent les  eaux;  de  nouvelles  vapeurs  en  dimi- 
nuent la  quantité,  et  la  terre,  mise  à  sec, 
produit  des  végétaux  avec  lesquels  vont  se 
mettre  en  rapport  l'atmosphère,  les  vapeurs 
et  l'éther  ;  d  autres  créatures  viendront  en- 
suite, et  avec  elles  des  influences  nouvel- 
les et  multiples. 

«  Il  est  évident  au'on  ne  peut  conclure 
de  ce  qui  est  actuellement  ce  qui  fut  alors; 
on  ne  peut  conclure  que  partiellement,  en 
défalquant  l'action  et  l'innuence  des  corps 
qui  n'étaient  pas  encore  créés,  pour  n'ad- 
mettre que  l'action  des  corps  existants.  Ep 
un  mot ,  il  faut  se  placer  au  point  de 
vue  de  l'écrivain  sacre  pour  discuter  sa 
thèse.  Or  c'est  ce  que  nous  avons  fait.  Us 
objections  ne  seront  donc  valables  qu'en 
partant  de  ce  seul  point  de  vue;  il  faut  le 
trouver  en  défaut ,  en  contradiction  avec  lui- 
même,  ou  avec  les  faits  scientifiques  bieo 
démontrés.  Or  on  ne  le  fera  pas,  carnous 
nous  sommes  appuyés  sur  les  vérités  phy- 
siques les  plus  simples  et  les  plus  géné- 
ralement admises,  et  que  personne  ne  peui 
nier. 

«  Nous  avons  pris  également  le  texte  dans 
son  sens  le  plus  grammatical,  le  plus  na- 
turel et  le  plus  rigoureux,  et  nous  avons 
vu  que  les  données  les  plus  générales  et  les 
plus  positives  de  la  science  s'accordent  net- 
tement avec  lui.  Nous  verrons  plus  \m 
qu'il  n'en  est  pas  de  même,  quand  on  teut 
torturer  le  texte,  pour  l'accorder  avec  des 
systèmes  sans  base. 

«  Nous  pouvons  donc  conclure,  et  c'est 
là  la  chose  importante,   que  les  trois  pre- 
miers jours  de  la  création  furent  des  jour« 
de  même  nature  que  ceux  qui  suivirent. 
du  moins  d'après  les  seules  considérations 
qne  nous  avons   faites  jusqu'ici  ;  et  enfin 
aue  les  œuvres  de  ces  trois  jours  ont  pu 
s  accomplir  ainsi  que  les  raconte  Moise, 
puisque    les  données  de  )a  science,  !<>>" 
de  s'y  opposer,  conduisent  à  accepter  sou 
récit.  Nous  avons  quelques  mots  a  ajouter 
pour  montrer  que  les  choses  ont  dû  se  passer 
ainsi. 


917 


MAC 


ET  DE  PALCO.VrOLOGlE'. 


MAU 


9it 


«  £q  etteU  dans  le  récit  de  Moïse ,  la 
lerre  est  d'abord  créée  avec  ses  eaux  et 
leurs  Tapeurs  ;  puis  la  lumièret  Fétenduet 
le  fimuuneot  ou  le  del  et  ratmosphère,  et 
les  eaux  liquides  sont  séparées  des  eaux 
en  Tapeurs  et  de  rhydrogène.  Les  bassins 
des  mers  sont  creusés,  la  terre  est  ensuite 
exondée  et  produit  les  Tégétaux  ;  enfin  le 
soleil»  la  lune  et  les  étoiles  sont  créés. 

c  11  ne  s*agit  ms  ici  de    raisonner  sur 
la  puissance  de  Dieu,  qui  a  pu  faire  les 
choses  comme  il  a  voulu.  Notre  tâche  con- 
siste tout  simplement  à  raisonner  en  ob- 
servateur, avec  les  faits  connus  et  les  lois 
3ue  la  science  démontre.  Or,   à  ce  point 
e  Tue  nous  avons  déjà  démontré  que  le 
monde  n*a  pas  pu  être  créé  à  Tétat  élémen- 
taire,  à  Tétat  gazeux,  puisque  alors,  nulle 
agrégation,  nulle  masse  n'aurait  pu  se  for- 
mer ;  en  outre  le  mouTement  n  aurait  pu 
exister,  puisqu'il  n'y  aurait  eu  que  des  for- 
ces impulsiTes  sans  résistances,  et  par  con- 
séquent   une  dilatation   indéfinie.  11  faut 
doni-  admettre  création  de  masses  et  création 
de  fluides.  Mais  les  masses  ont-elles  pu  être 
créées  toutes  ensemble  aTant  que  les  espa- 
ces fussent  remplis  par  les  fluides  éthérés? 
La  simple  réflexion  amène  à  conclure  que 
c'eût  été  là    un  désordre.  En   effet,  nous 
aTons  prouTé  que  l'hypothèse  de  l'attraction, 
comme  propriété  essentielle  de  la  matière, 
sans  aucune  canse,  est  une  chimère  inoon- 
reTable.  hès  lors,  des  masses  jetées  ainsi 
dans  le   Tide,  sans  aucun  lien  qui  les  équi- 
libre, qui  les  retienne  et  les   règle,  sont 
nécessairement    exposées  à  des  cnocs  qui 
doivent  les  détruire;  en  outre,  l'harmonie 
du  poids  de  chacune  aTec   les   distances 
n'est  réglée  par  rien,  et  quand  les  fluides 
viendront,  il  faut  leur  supposer  une  puis* 
sauce  qu'ils  n'ont  pas,  pour  remettre  tout 
en  place;  tandis  qu'au  contraire,  les  mas- 
ses arriTant  lorsque  l'espace  est  déjà  rem- 
pli par  les  fluides,  elles    s'y    équilibrent 
toal  naturellement,  elles  sont  retenues  et 
enveloppées  par  ces  fluides,  elles  sont  ré- 
glées dans  leurs  mouTements  respectifs  par 
raction  impulsiTC  des  fluides  et  par  leur 
propre    action  de   résistance.  Les  fluides 
ont  donc  dû  être  créés  aTant  l'ensemble  des 
masses.  Cependant  ont-ils  dû  être  créés,  dans 
notre  monde  solaire,  aTant  la  masse  de  la 
terre  ?  Non,  et  par  une  raison  semblable; 
îl^  n'y  a  aucun  incouTénient  à  la  création 
d*oae  seule  masse  primitiTe  sans  les  flui- 
des. Mais  si  les  fluides  sont  créés  tout  d'a- 
bord,  comme  il  n'y  a  aucune  résistance, 
l'expansion  indéfinie  doit  aTOir  lieu,  puis- 
que   telle  est  la  propriété  des'  fluides  ;  au 
heu  que  s'il  existe  une  résistance,  quand 
les  fluides  arriTeront,  la  force  ImpulsiTe  se 
co2nbiiie  aTec  la  résistance,  et  les  mouve- 
ments  en  naissent;  l'expansion   indéfinie 
n'a  plus  lieu  ;  de  la  sorte,  le  IcTier  repré- 
senté par  la  résistance  de  la  terre  est  pré- 
paré pour  reccToir  l'application  de  la  force 
des  floides.  En  outre,  la  vaporisation  des 

t«80)  Cm.  1, 6-8. 


eaux  était  bien  plus  facile  avant  l'existence 
des  fluides.  Mais  s'il  faut  admettre  que  les 
fluides  sont  composés  des  éléments  de  l'eau 
réduits  à  leur  état  de  simplicité;  en  un 
mot,  si  l'air  et  l'éther  sont  les  éléments 
les  plus  subtils  de  l'eau,  comme  plusieurs 
physiciens  l'ont  cru,  il  est  impossible  d'ex- 
pliquer les  choses,  si  la  masse  de  la  terre 
et  des  eaux  n'a  lias  été  créée  la  première. 
En  effet,  si  les  éléments  fluides  avaient  été 
créés  les  premiers,  la  loi  de  l'expansion 
indéfinie,  I  absence  de  mouvement,  ae  résis- 
tance, de  causes,  de  pression,  aurait  à  ja- 
mais empêché  l'agrégation  des  masses  et 
leur  formation  au  milieu  des  fluides;  au 
contraire,  la  masse  étant  créée  la  première , 
la  loi  de  la  vaporisation  instantanée  dans 
le  vide  fait  surgir  les  vapeurs,  et  facilite 
la  décomposition  des  éléments  subtils  con- 
tenus dans  l'eau,  pour  en  former  les  fluides. 
]>e  la  sorte  tout  est  conforme  aux  lois  con- 
nues, dont  l'atmosphère  et  tous  les  fluides 
sont  des  conséquences  et  des  effets.  Nous 
verrons  plus  tard  pourquoi  les  végétaux  ont 
dû  être  créés  avant  le  soleil.  Pour  le  mo- 
ment, nous  nous  contenterons  de  remarquer 
Ïue  la  création  des  astres,  alors  que  les 
uides  remplissent  l'espace,  est  en  confor- 
mité avee  les  lois  du  mouvement  et  que, 
par  conséquent,  ils  sont  venus  dans  le  temps 
opportun.  En  effet,  soit  que  le  soleil  ait  été 
formé  par  une  concentration  de  l'agent  de 
la  lumière,  soit  qu'il  ait  été  créé  d'une  subs- 
tance spéciale,  il  venait  quand  tout  était 
préparé  ou  pour  le  former  ou  pour  le  re» 
cevoir.  11  en  est  de  même  des  antres  as 
très. 

«  Avant  d'aller  plus  loin,  nous  avons 
à  revenir  sur  nos  pas,  afin  de  ne  rien  lais- 
ser de  douteux,  rien  d'obscur.  Nous  avons 
suffisamment  exposé  l'œuvre  du  premier 
jour,  la  formation  des  ténèbres,  la  créa- 
tion de  la  lumière  et  son  action.  Nous  de- 
vons maintenant  dire  un  mot  de  l'oeuvre  du 
second  jour,  avant  de  passer  à  la  théorie 
de  la  terre  dont  la  création  est  achevée 
au  troisième  jour. 

«Or  voici  l'œuvre  du  second  jour  dans 
le  texte  de  la  Vul^te  ;  Dixii  quoque  Deu$  : 
Fiat  firmamenium  in  medio  ajuarum^  et  di" 
vidai  aquas  ab  aqui$.  Et  fectl  Deus  firma^ 
menium^  divisit^e  aquas  qum  trant  sub  fir-- 
mamento^  ab  hit  quœ  erani  super  firmamm- 
tum.  Et  factum  est  ita.  Vocavitque  Deus 
firmamentum^  cœlumj  et  factum  est  vespere  et 
mane^  diesseeundus  (680).  «  Dieu  dit  em^ore  : 
Qu'il  y  ait  un  firmament  au  milieu  des 
eaux,  et  qu'il  divise  les  eaux  d'avec  les 
eaux.  Et  Dieu  fit  un  firmament,  et  il  divisa 
les  eaux  qui  étaient  sons  le  firmament,  de 
celles  qui  étaient  au-dessus  du  firmament. 
Et  il  fut  ainsi.  Et  Dieu  appela  le  firmament, 
ciel  :  et  il  y  eut  un  soir  et  un  matin,  jour 
second.  »  Nous  avons  déià  expliqué  la  di- 
vision des  eaux  par  l'action  cnimique  du 
fluide  éthéré  sur  la  décomposition  des  va- 
peurs. Le  seul  ooint  qui  doive  maintenant 


019 


MAU 


DlCTlONXAÏflE  DE  COSMOGONIE 


IfAtJ 


.9Î0 


lïous  occuper,  c  est  le  mot /îrmom^nifwm  qui 
semble  impliquer  quelque  «sbose  de  la  soli- 
dilév  et  considérer  les  cieui  comme  une 
voûte  solide  et  ferme.  De  là  certains  es- 
prits ont  pu  prendre  o  casion  de  tourner 
en  ridicule  ce  qu*il  leur  a  plu  d'appeler 
la  physique  de  lÉcriture,  et  par  suite  d*en 
tirer  une  objection  contre  Finspiration  di- 
vine, comme  si  Dieu  avait  dû  charger  ses 
envoyés  d'apporter  aux  hommes  la  science 
lies  choses  physiques  tonte  faite,  sans  rien 
laisser  à  Tinlelligence  humaine  h  décou- 
vrir. 

.  «  Mais,  avant  toute  discussion  scientifique, 
avant  toute  eiplication'plus  ou  moins  plausi- 
ble qu'il  nous  serait  permis  de  proposer,  il 
est  une  remarque  importante  a  faire  ;  elle 
coupe  court  à  toutes  les  objections,  elle  ren- 
voie le  ridicule  à  ses  auteurs.  Le  but  de 
ia  révélation  n'est  nullement  le  monde 
physique,  nilesscienceshumaines.  L'homme, 
être  moral  et  social,  pour  lequel  ce  monde 
physique  a  été  fait,  voilà  le  seul  but  que 
Dieu  pouvait  se  proposer  en  se  révélant 
à  l'homme,  afin  de  se  faire  connaître  à  lui , 
de  lui  apprendre  en  même  temps  sa  pro- 
pre origine,  sa  nature,  ses  destinées  et 
ses  obligations.  En  se  servant  d'hommes 
sipéeialement  choisis  pour  être  ses  organes 
auprès  de  leurs  semblables,  Dieu  les  re- 
vêt de  son  autorité  et  de  sa  véracité.  Mais 
ces  sublimes  prérogatives  ne  sont  point  ac- 
cordées à  ces  hommes  pour  leur  individu, 
elles  leur  sont  données  pour  ceux  vers  les- 
quels ils  sont  envoyés;  il  en  est  absolu- 
ment des  prérogatives  des  prophètes  comme 
des  pouvoirs  donnés  à  l'Église  et  aux  prê- 
tres. L'Église  enseignante  a  reçu  les  pro- 
ii^esses  d'in&illibilité  dans  la  doctrine,  mais 
les  hommes  qui  sont  revêtus  de  cette  pré- 
rogative ne  sont  pas  pour  cela  infaillibles 
pour  eux-mêmes,  ils  ne  le  sont  que  pour 
instruire  l'Ëglise  enseignée.  Les  prêtres  ont 
lepouvoirde  conférer  les  sacrements,  mais  ce 
pouvoir  n'est  pas  donné  pour  leur  individu, 
il  est  donné  pour  les  autres  hommes.  Dès 
lors,  puisque  les  prophètes,  les  envoyés  de 
Dieu,  l'Église,  les  prêtres  doivent  exercer 
leur  mission  vis-à-vis  des  autres  hommes, 
il  est  absolument  nécessaire  qu'ils  em- 
ploient les  moyens  propres  à  agir  sur  les 
nommes  auxquels  ils  se  sont  adressés;  qu'ils 
leur  parlent  un  langage  que  les  hommes 
puissent  comprendre,  et  qu'ils  agissent  d^une 
iq^nière  proportionnée  à  leur  intelligence. 
A  ce  point  de  vue»  supposez  Moïse  venant, 
en  savant  physicien,  expliquer  aux  Hébreux 
comment  le  ciel  n'est  pas  quelque  chose 
de  solide»  mais  un  plein  fluide,  ou  autre 
chose  à  quoi  ce  peuple  n'eût  rien  compris, 
et  jugez  alors  où  serait  le  ridicule.  Quand 
bien  même  Moïse  eût  parfaitement  connu 
la  nature  du  ciel,  ce  qui  peut  être,  il  de- 
vait mettre  de  côté  sa  science  pour  parler 
aux  Hébreux  un  langage  qu'ils  comprissent, 
I)aurvu  qu'il  n'y  eût  rien  d'absurde  dans 
son  expression.  Qu'y  a-t-il  là  d'étréu^e  ? 
absolument  rien,  et  cette  réponse  est  gé- 
nérale pour  toutes  les  diflicultés  du  même 


genre  Nous  pourrions  donc  en  rester  là,  si 
la  nature  de  ce  cours  ne  nous  obligeait  à 
aller  un  peu  plus  loin  dans  l'explication  de 
ee  mot  firmament. 

a  Si  nous  consultons  la  philosophie  an- 
cienne et  spécialement  la  philosophie  grec- 
que, nous  trouvons  qu'un  ffrand  nombre  de 
philosophes  ont  considéré  le  ciel  comine 
une  voûte  parfaitement  solide,  à  iaquelle 
plusieurs  fixaient  les  étoiles  et  les  astres. 
Qu'y  aurait -il  d'étonant  si  les  Hébreux 
avaient  eu  les  mêmes  idées,  auxquelles 
Moïse  se  serait  accommodé?  Mais  nous  allons 
voir  qu'il  n'en  est  rien,  et  que  la  physique, 
aussi  bien  que  la  philosophie  des  Livres 
saints,  n'a  admis  aucune  des  nombreuses 
erreurs  que  nous  rencontrons  à  chaque  pas 
dans  les  sciences  humaines  de  Tanliquité  : 
et  c^est  déjà  un  fait  bien  remarquable. 

«  £n  effet,  pour  la  diflUcuIté  oui  nous  oc- 
cupe, le  texte  hébreu,  qui  est  Voriginal,  la 
lève  de  la  manière  la  plus  coiûplète  et  lapins 
satisfaisante,  (V^pt  W)  teAt  ruqiah  :  «  Qu'il  y 
ait  une  étendue,  »  dit  le  texte  ;  le  mot  raqiah 
vient  du  verbe  raqah^  qui  signifie  à  la  forme 
absolue  broyer^  fouler  aux  pieds^  disjoindre 
en  broyant^  affermir^  rendre  solide. 

9i  A  Ta  première  forme  causa tive,  il  signifia 
disjoindre^  étendre;  enfin  à  la  seconde  forme 
oau^ative,  il  signifie  étendre,  expandere;QT, 
c'est  de  cette  de  lanière  forme  qu'est  tiré  le 
mot  raqiah,  qui  signifie  donc  étendue:  d'où 
il  suit  que  Moïse  disait  |aux  Hébreux  :  Dieu 
a  fait  la  vaste  étendue  qui  couvre  vos  tètes  et 
il  Va  appelée  ciel. 

^  Le  même  mot  raqiali  est  pris  dans  TE- 
criture  au  figuré  pour  signifier  tout  ce  oui 
sert  d'appui,  de  protection;  on  lit  en  plu- 
sieurs passages  de  l'Ecriture  :  Dieu  est  mon 
raqiahy  mon  appui,  mon  protecteur.  H  signi- 
fie tout  ce  qui  sert  de  lien  ,  tout  ce  qui 
affermit,  de  quelque  roaniè^e  que  ce  puisse 
être. 

^  Les  Septante  ont  traduit  raqiah  [ar 
ortpitifM  qui  signifie  appui,  tout  ce  quiterf 
à  affermir,  à  consolider,  et  qui  s'emploie 
au  propre  et  au  figuré  comme  l'hébreu 
raqiah. 

«  Le  mol  latin  frmamentum  a  toutes  le? 
mêmes  significations  propres  et  figurées. 

«  A  ne  s'en  teiiir  donc  qu'à  Tétymolo^ie 
des  mots,  l'euprcssion  hébraïque  signifiaul 
étendue,  ciel,  aurait  été  traduite  en  grec  et 
en  latin  par  <rtv/>iv^ft  et  ftrmamenlum,  qpi 
marquent  quelque  chose  de  solide;  ce  ((utl 
faudrait  peut-être  attribuer  aux  idées  philo- 
sophiques des  Grecs  sur  la  solidité  du  cietr 
et  cela  né  prouverait  absolument  rien  pour 
la  valeur  de  l'expression  dont  s'est  servi 
Moïse,  mais  montrerait  seulement  que  les 
interprètes  se  sont  accommodés  aux  idées  de 
ceux  pour  qui  ils  traduisaient. 

«  Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  étymologi^^» 
en  rapprochant  les  principaux  textes  de  TE- 
criture  qui  peuvent  nous  apprendre  qtiel  e 
idée  les  auteurs  inspirés  attachaient  à  la 
nature  des  cieux,  nous  verrons  quelles 
sont  parfaitement  conformes  à  ce  que  D(r( 
lan:zues  en  disent.  Nous  lisons  dans  iob 


m 


«AU 


£T  DE  PALEOMOLOGIE. 


ÎIAU 


923 


(681)  :  Tu  forsUam  eun  eo[Deo)  fabricalus 
€$  eœhSf  qui  iolidiisimi  quasi  œre  fusi  sunt. 
£n  hébreu  :  <  Tu  as  peut-éirc  étendu  ayec 
loi  (Dieu)  les  cieux  solides  comme  un  mi- 
roir fondu.  9  Les  cieux  sont  ici  comparés  à 
un  miroir  d'airain  fondu;  comme  lui,  ils 
l>aFaissent  solides  et  éclatants.  Ezéchiel  (682} 
se  sert  à  peu  près  de  la  même  comparaison  : 
Et  êimililudo  super  eapila  animalium  firma- 
mtnii^  quasi  aspectus  cryskUli  :  «  £t  sur  la 
tôte  des  animaux  la  ressemblance  du  firma- 
ment f  comme  l'aspect  du  cristal.  »  Ces 
comparaisons,  prises  dans  la  nature  appa- 
rente des  choses,  ne  disent  rien  sur  la  com- 
position intime  des  cieux,  elles  répondent 
au  cristal  des  cieux  ^  au  miroir  du  firmament 
de  nos  poètes,  et  roi  là  lout  ;  c'est  un  langage 
poétique  et  nullement  une  nomenclature 
scientitique.  Si  les  écrivains  sacrés.  Vê- 
taient servis  de  la  nomenclature  des  sa- 
rants,  les  poètes  auraient  pu  se  plaindre; 
ils  se  sont  serris  du  langage  poétique,  les 
nomenclateurs  se  plaignent  ;  cela  ne  prouve 
qu'une  chose  :  chacun  plaide  pour  robjet  de 
sa  prédilection,  et  ne  veut  rien  juger  que 
d*après  la  faible  mesure  des  étroites  limites 
de  ses  connaissances. 

c  Souvent,  dans  l'Ecriture,  les  mots  rœ/um 
et  firmamentum  sont  synonymes  ;  le  Psal- 
Doiste  (683)  dit  en  effet  :  Cœli  enarrant  glo- 
riam  Dei^  et  opéra  manuum  ejus  annuntiat 
firmamentum  :  «  Les  cieux  racontent  la  gloire 
de  Dieu,  et  le  firmament  proclame  les  œu- 
vres de  ses  mains.  »  D'après  les  règles  du 
parallélisme  hébraïque,  les  deux  parties  de 
ce  verset  reproduisent  la  même  idée,  et 
cœli  et  firmamentum  signifient,  par  consé- 
qruent,  la  même  chose;  cette  identité  de 
signification  est  d'ailleurs  prouvée  par  une 
foule  d'autres  textes,  et  notamment  par  le 
premier  chapitre  de  la  Genèse. 

«  Or  voyons  ce  que  TEcrilure  dit  des 
cieux  ou  du  tirmament:  Hoc  dicit  Dominus 
Deus^  creans  eœloSf  et  extendens  eos  :  firmans 
lerram,  et  quœ  germinant  ex  ea  (68ï)  :  «  Voici 
ce  que  dit  le  Seigneur,  qui  a  créé  les  cieux 
et  qui  les  a  étendus,  qui  a  affermi  la  terre  et 
ce  qui  germe  d'elle*  »  Ego  Dominus^  faciens 
omnia^  extendens  ccdos  solus^  stabiliens  ter^ 
ram  et  nullus  mecum  (685)  :  «  Je  suis  le  Sei- 
gneur, j'ai  fait  toutes  choses;  seul,  j'ai 
étendu  les  cieux  et  affermi  la  terre,  et  nul 
n'était  avec  moi.  »  Manus  meœ  tetenderunt 
ceslos^  et  atsmi  militim  eorum  mandavi  (686)  : 
c  Mes  mains  ont  étendu  les  cieux,  et  j  ai 
donné  la  loi  à  toute  leur  milice.  »  D'après 
ces  textes,  le  firmament  ou  les  cieux  sont 
une  étendue  opposée  à  la  terre  qui  est  affer- 
mie. Cependant  nous  lisons  ailleurs  que  les 
cieux  ont  été  affermis;  il  est  donc  utile  de 
reeherober  la  signification  de  ce  mot  :  Yerbo 
Dàmini  cmli  firmmti  sunt^  dit  le  Psalmiste , 
^  spiritu  aris  efut  omnis  virtu$  eorum  (687). 
Les  cieux  ont  été  affermis  par  la  parole  du 

(681)  Job'jxsm,  18. 

(682)  Euck.  I,  % 
/685)  Pi.  xTiii,  I. 
|684)  Isa.  \i,  5. 
(655)  ha.  iLiv,  24. 


Seigneur,  et  loute  leur  armée  par  le  soufile 
de  sa  bouclie.  »  Or,  l'armée  des  cieux,  ce 
sont  les  astres.  Les  deux  et  les  astres  ont 
donc  été  affermis  par  la  parole  etj)ar  le  souf- 
fle du  Seigneur.  Evidemment,  ici,  il  s'agit 
de  l'ordre  constant  des  cieux,  des  mouve- 
ments réguliers  des  astres  ;  c'est  Dieu  qui  a 
établi  cet  ordre  et  ces  mouvements;  rex- 
pression  affermi  ne  peut  donc  signifier  que 
cet  ordre  et  la  régularité  de  ses  mouvements, 
ce  qui  n'entraîne  nullement  une  solidité 
matérielle,  pas  plus  que  le  mot  établir^  dont 
nous  nous  servons  dans  le  même  sens  en 
français.  (Dominus)  qui  firmavit  terram  super 
aquas  (688) ,  dit  encore  le  Psalmiste  :  «  Le 
Seigneur  qui  a  affermi  la  terre  sur  les 
eaux.  «  La  signification  du  verbe  affermir  ne 
peut  être  douteuse  ici  ;  elle  ne  peut  expri- 
mer que  l'équilibre  de  la  terre  au  milieu 
des  eaux;  or,  l'équilibre  entraîne  avec  lui 
ridée  de  fermeté,  de  résistance,  de  solidité  ; 
c'est  cet  équilibre  «qu'exprime  le  verbe 
affermir  toutes  les  fois  qu'il  est  question 
des  astres,  du  cie) ,  de  la  terre  et  des  eaux 
dans  l'Ecriture;  le  livre  des  Proverbes  va 
nous  le  prouver  d'une  Jianière  évidente; 
c*est  la  Sagesse  qui  parle  :  Quando  prœpara^ 
bat  ratios^  aderam  ;  quando  certa  lege  et  gyro 
taiiabat  abyssos;  quando  œthera  firmabat  «tir- 
sum^et  librabat  font  es  aquarum;  quando  circum* 
dabatmari  terminum  suum  et  iegem  ponebat 
aquis^ne  transirent  fines  suos  ;  quando  nppende* 
bai  fundamenta  terrœ^  eum  eo  eram,  cuncta 
componens  (689).  «  Lorsqu'il  préparait  les 
cieux,  j'étais  présente;  lorsqu'il  environnait 
les  abîmes  d'un  cercle  immense  et  d*une  loi 
inviolable,  lorsqu'il  affermissait  les  régions 
éthérées  et  qu'il  équilibrait  les  sources  des 
eaux,  lorsqu'il  entourait  la  merde  limites 
et  uu'il  imposait  une  loi  aux  eaux,  afin 
qu'elle  ne  {tassassent  point  leurs  bornes; 
lorsqu'il  suspendait  les  fondements  de  la 
terre,  j'étais  avec  lui,  coordonnant  toutes 
choses.  V 

«  C'est  donc  ici  la  loi  de  la  libration  géné- 
rale de  l'univers  qui  est  peinte  d'une  ma- 
nière admirable,  et  que  lob  va  nous  rendre 
avec  autant  de  poésie  :  ^t  extendit  aquilo^ 
nem  super  ractium,  et  appendit  terram  super 
fitAi/um,  ^1  ligat  aquas  in  nubibus  suis^  ut 
non  erumoant  pariter  deorsum.  Qui  tenet 
vultum  solii  suif  et  expandit  super  iilud  nt» 
bulam  suam.  Terminum  circumdedit  aquis^ 
usque  dum  finiantur  lux  et  tenebrœ  (690). 
«  L'est  lui  qui  a  étendu  faquilon  sur  le  yidc 
et  suspendu  la  terre  sur  le  néant;  c'est  lui 

S[ui  lie  les  eaux  dans  les  nuées,  afin  qu'elles  ne 
(»ndent  pas  tout  à  la  fois  sur  la  terre  ;  c'est  lui 
qui  soutient  aux  cieux  Taspect  de  son  trône 
et  qui  répand  au-devant  ses  nuages;  c'est 
lui  qui  a  marqué  leurs  bornes  aux  eaux. 
Jusqu'à  ce  que  finissent  la  lumière  et  les 
ténèbres.  »  Le  prophète  Isaïe  peint  la  même 
loi  dans  son  langage  sublime  :  Quis  mensut 

(686)  ha.  SLT,  12. 

(687)  Ps.  xixu,  6. 

(688)  Ps.  csixT,  6. 

(689)  Pror.  viii,  27-50 
(bOO;  Job  \\M,  7-10 


9t5 


MAU 


DICTiONiNAmË  DE  GOSMOGOiNIÊ 


MA» 


m 


€9t  pugillo  a^fuas^  et  cœ^os  patmoponderavitf 
Quts  appendtt  tribus  digitis  motem  terrœy  et 
libravit  in  pondère  montée^  et  colles  in  sta- 
iera  (691)?  «  Qui  a  mesuré  les  eaux  dans  le 
creux 'de  sa  main  et  pesé  les  deux  de  ses 
doigts?  Qui  soutient  de  trois  doigts  la  masse 
de  la  terre,  et  qui  a  équilibré  les  montagnes 
sur  leur  propre  poids  et  mis  les  collines  dans 
la  balance?  » 
«  Cette  abondance  de  textes,  auxquels  on 

{courrait  en  ajouter  bien  d'autres,  ne  peut 
aisser  aucun  doute  sur  le  sens  de  toutes  ces 
peintures  poétiques.  Les  écrivains  sacrés 
ont  donc  voulu  nous  apprendre  que  c'est 
))ieu  qui  a  établi  Téôuilibre  des  cieux,  de 
l'air  et  des  nuages ,  des  astres  et  des  eaux 
aussi  bien  que  de  la  terre.  Us  se  sont  servis 
du  lanjiage  poétique  qui  exprime  ce  que 
voient  les  sens;  il  est  facile  de  traduire  leur 
l)ensée  en  langage  scientifique  ;  mais  ils  ne 
pouvaient  ni  ne  devaient  se  servir  de  ce 
dernier  langage,  qui  varie  avec  les  progrès 
de  la  science  humaine,  et  il  serait  absurde 
de  leur  en  faire  un  reproche. 

«  De  cet  ensemble  ressort  aussi  le  sens  ri- 
goureux qu'il  faut  attacher  au  mot  firma- 
mentj  soit  qu'avec  l'hébreu  on  l'entende  de 
rétendue  des  cieux,  soit  qu'avec  les  Septante 
et  la  Vulgate  on  y  attache  l'idée  de  fermeté. 
Dans  tous  les  cas,  ce  ûrmament  n'est  autre 
f'hose  que  Tadmirable  équilibre  qui  règne 
dans  les  espaces,  qui  règle  les  mouvements 
des  astres  et  celui  de  la  terre. 

*i  Si  maintenant  vous  voulez  vous  rap- 
peler que  nous  avons  démontré  qu'il  fallait 
absolument  admettre  que  les  espaces  de 
noire  monde  solaire  sont  {remplis  de  flui- 
des; que  ces  fluides  sont  des  causes  impul- 
sives de  mouvement;  qu'ils  opposent  une 
résistance  aux  solides  ;  que  les  solides  leur 
opposent  à  leur  tour  une  résistance  d'où 
résulte  la  répulsion  et  les  mouvements  di- 
vers, en  vous  rappelant  tous  ces  faits,  vous 
comprendrez  combien  est  juste  et  rigoureuse 
l'expression  de  firmament  pour  désigner  les 
espai:es  du  ciel,  puisque  les  fluides  étendus 
dans  ces  espaces  sont  le  lien  d'équilibre,  la 
cause  de  stabilité  des  mouvements  des  astres 
et  de  la  terre.  Cette  interprétation  scientifi- 
que découle  de  tout  ce  que  nous  avons  dé- 
montré jusqu'ici  ;  ce  n'est  point  un  de  ces 
efforts  d  imagination,  une  de  ces  idées  creu- 
ses, telles  que  pourraient  le  croire  les  per- 
sonnes qui  n'ont  aucune  idée  nette  et  arrê- 
tée sur  les  lois  dur  mouvement  et  sur  ses 
causes  dans  notre  monde,  et  qui  s'imaginent 
que  l'air  et  les  fluides,  à  cause  de  leur  sub- 
tilité, ne  peuvent  rien  affermir,  rien  solidi- 
fier; personnes  qui  ignorent  à  ce  point  les 
faits  les  plus  vulgaires  de  l'expérience  , 
Qu'elles  ne  savent  pas  que  c'est  le  poids  de 
lair  qui  empêche  la  vaporisation  des  eaux 
(>t  qui  les  maintient,  les  affermit  dans  l'état 
liquide.  Le  texte  sacré  est  plus  juste  et  plus 


vrai. 


«  Considérez,  en  effet,  ce  qu'il  dit  :  Fiat 
firmamentum  in  medio  aquarunif  et  dividat 


aquas  ab  aquis,  «  Qu'il  y  ait  un  firanment 
au  milieu  des  eaux,  et  qu*il  divise  leseaui 
d'avec  les  eaux  ;  qu'il  divise  les  eaux  aui 
sont  au-dessus  du  firmament  d'avec  celles 
qui  sont  au-dessous.  >»  Or  qu'est-<;e  qui  di- 
vise les  eaux  liquides  des  eaux  en  vapeurs? 
N'est-ce  pas  l'atmosphère  composée  de  gaz, 
plus  pesants  que  les  vapeurs  d'eau,  qui  doi- 
vent, par  conséquent,  s'élever  au-dessus? 
Mais  n  est-ce  pas  encore  cette  même  atmos- 
phère qui  pèse  sur  les  eaux  des  mers  et  les 
maintient,  les  affermit  dans  leur  état  liquide 
et  dans  leurs  limites?  Quel  nom  pouvait 
donc  mieux  lui  convenir  que  celui  de  /irma- 
ment^  qui  signifie  tout  ce  qui  affermit,  tout 
ce  qui   maintient,    au  propre  comme  au 
fi  juré? 

ff  Ainsi,  la  terre  est  environnée  des  eaux 
liquides  ;  la  terre  et  les  eaux  sont  envelop- 
pées par  l'atmosphère  qui  maintient  la  terre 
en  équilibre  et  les  eaux  dans  leur  état  liqui- 
de; au-delà  de  l'atmosphère  se  trouvent  des 
eaux  en  vapeurs  et  de  l'hydrogène,  çiui  sont 
à  leur  tour  comprimés  par  les  fluides  qui 
remplissent  les  espaces  et  forment  le  ciel,  et 
au  milieu  desquels  se  meuvent  avec  ordre 
les  astres,  et  ainsi  l'ordre  est  constant,  tout 
est  affermi  dans  l'équilibre  par  les  cieux  eu  ie 
firmament.  » 

M.  Maupied  essaie  ensuite  une  théorie  dt 
la  lerre^  mais  auparavant  il  s'efforce  do  dé- 
molir les  théories  neptunienne  et  plutonten- 
fie.  Il  a  contre  elles  d'excellents  arguments: 
voyons  s'il  en  a  d'aussi  décisifs  en  faveur  de 
la  sienne. 

a  Scientifiquement  parlant,  dit-il,  on  ne 
peut  imaginer  que  quatre  hypothèses  fonda- 
mentales sur  l'origine  de  nôtre  planète,  pôrce 
que  nous  ne  connaissons  la  matière  que  sous 
trois  états  :  l'état  solide,  l'état  liquide,  et 
l'état  fluide  ou  gazeux  ;  par  conséquent  la 
terre  ne  peut  être  supposée  avoir  existé  ori- 
ginairement qu'  à  l'un  de  ces  trois  étals,  ou 
bien  à  un  étal  mixte,  qui  serait  la  combinai- 
son des  solides ,  des  liquides  et  des  gaz.  H 
n'y  a  pas  d'autre  hvpothèse  imaginable.  Or 
nous  avons  vu  que  l'nypothèse  astronomico- 
chimique,  qui  suppose  la  terre  originelle* 
rétat  çazeux,  est  de  tout  point  insoutenable 
et  inadmissible. 

«  L'hypothèse  de  la  fluidité  ignée,  ou  plu- 
topienne,  n'est  pas  plus  solidement  établie: 
en  contradiction  avec  un  grand  nombre  de 
faits,  elle  n'en  explique  aucun  d'une  manière 
satisfaisante. 

«  L'hypothèse  neptunienne  ou  de  Hw 
liquide  aqueux,  généralement  abandonnée 
aujourd'hui,  n'a  d  ailleurs  pour  elle  aucune 
raison  sérieuse,  et  elle  est  en  contradiction 
avec  la  plupart  des  faits  observés. 

«  Aucune  hypothèse  n'a  jamais  prétendu 
que  la  terre  eût  été  créée  à  l'état  purcmenl 
solide  :  une  telle  hypothèse  n'aurait  d*aille»»rs 
Dour  elle  aucun  appui. 

«  11  ne  nous  reste  donc  que  le  quatriènie 
cas,  savoir  :  que  la  terre  a  été  créée  sous  le» 
trois  états,  solide,  liquide  et  gazeux,  comin- 


{691)  Isa,  XL,  U. 


9tt 


MAU 


ET  DE  PALEOfiTOLOGIE. 


MAU 


9dS 


nés.  Cette  théorie  n*a  riea  d^iclusif  :  elle 
fait  concorder  toutes  les  sciences  physiques 
et  ojorales  ;  elle  rend  compte  de  tons  les  Taits, 
comme  nous  espérons  le  faire  voir  ;  elle  est 
donc  éminemment  scientifique  :  or  c'est  la 
théorie  de  Moïse. 

«  Quelle  que  soit  lliypothèse  qu*on  em^ 
brasse,  il  faut  nécessairement  admettre  que 
la  terre  a  été  créée  pour  un  but  et  qu'elle  a 
reçu  une  forme  convenable  à  sa  un.  Or  tout 
nous  prouve  que  la  terre  est  faite  pour  ser- 
vir de  séjour  aui  autres  êtres  organisés  et  à 
lliomme.  £n  outre»  dans  toute  hypothèse,  il 
faut  admettre  une  première  création,  au 
moins  celle  des  éléments: ce  qui  ne  fait  que 
reculer  la  difficulté  en  l'augmentant.  Si  1  on 
veut  en  effet  gue  la  terre  ait  été  créée  à  l'é- 
tat élémentaire  ou  gazeux ,  on  est  obligé 
de  reconnaître  que  la  nature  aveugle  l'a  en- 
suite arrangée  d'une  manière  harmonique 
avec  sa  fin  qui  est  de  recevoir  des  êtres  or- 
ganisés :  or,  une  telle  prévision,  dans  une 
cause  aveugle,  dans  le  hasard,  n'est  pas  ra- 
tionnelle. En  outre,  ce  système  enlève  une 
partie  des  propriétés  de  la  matière  et  sup- 
prime par  conséquent  es  lois  du  monde  phy- 
sique ;  et  nous  avons  vu  que,  par  le  même, 
il  rend  toute  combinaison  et  toute  formation 
impossibles  :  il  en  est  de  même  des  autres 
hypothèses.  Puis  donc  qu'il  faut  admettre 
une  première  création ,  n'est-il  pas  plus  lo- 
gique, et  par  là  même  plus  scientifique,  d'ad- 
mettre que  la  matière  a  été  créée  avec  tou- 
tes ses  lois  essentielles  et  dans  l'état  conve- 
nable au  but  de  sa  création?  Cette  théorie 
est  beaucoup  plus  scientifique  qu'une  hypo- 
thèse exclusive  et  sans  base;  elle  est  con- 
forme au  grand  principe  d'Aristote  ;  qu'en 
toute  chose  il  faut  rechercher  la  cause ,  et 
surtout  la  cause  première,  et  que  nous  n'a- 
vons Ja  science  d'une  chose  que  quand  nous 
eu  connaissons  les  causes  :  ici  nous  avons  la 
cause  finale  et  la  cause  première. 

«  En  effet  Dieu,  en  créant  la  terre,  ne  se 
proposait  évidemment  rien  autre  chose  que 
de  préparer  aux  végétaux,  aux  animaux,  à 
Thorome,  un  lieu  propre  à  leur  servir  d'ha- 
bitation ;  il  dut  donc  la  créer  dans  l'état  le 
plus  convenable  à  cette  destinée.  Or,  si  la 
terre  avait  été  primitivement  àTétat  gazeux, 
rhî  fusion  ignée  ou  de  liquéfaction  aqueuse, 
ce  devrait  élre  un  sphéroïde  parfait  de  révo- 
lution, sans  la  moindre  inégalité,  sans  mon- 
tagnes et  sans  vallées,  par  conséquent.  Dès 
\or%  plus  de  cours  d'eau  possibles,  plus  de 
températures,  de  climats  variés,  et  par  con- 
^é  luenl  les  êtres  organisés  n'auraient  pu  y 
vivre  :  car  il  faut,  à  la  plupart,  des  cours 
d*eau ,  il  faut,  pour  les  divers  êtres,  des  cli- 
mats divers.  Dans  l'hypothèse  même  où  il  y 
aurait  eu  de  l'eau,  il  aurait  encore  fallu  que 
tous  ces  êtres  eussent  pu  vivre  sous  le  même 
elimat.  En  outre,  la  structure  actuejle  du 
globe  prouve  qu'il  y  a  eu,  dès  l'origine ,  des 
vallées,  des  montagnes  et  des  cours  d'eau  : 
sans  cela,  en  effet,  les  terrains  stratifiés,  les 
Gouehes  secondaires  et  tertiaires  n'auraient 
pu  56  former.  Car  d'où  seraient  venus  les  détri- 
tus, les  terres  charriée?,  rapportées,  puisqu'il 


n*y  aurait  eu  aucune  pente,  aucune  cause  de 
transport?  On  ne  peut  pas  dire  que  toutes 
les  montagnes  auraient  pu  se  former  posté- 
rieurement, et  par  là  amener  toutes  les  con- 
ditions que  nous  demandons  ici.  Par  quelle 
cause,  en  effet ,  ces  montagnes  se  seraient- 
elles  formées?  Ce  ne  peut  pas  être  par  les 
dislocations,  les  déchirerrients  de  la  croûte 
solide,  dans  l'hypothèse  du  noyau  gazeux,  ou 
en  fusion  ignée,  puisque  nous  avons  prouvé 
l'impossibililé  de  cette  hypothèse;  ce  no 
peut  pas  plus  être  par  suite  de  la  dissolution 
aqueuse,  puisqu  'au  contraire,  sous  son  in- 
fluence, tonte  inégalité,  toute  aspérité  dis- 
paraît. D'ailleurs  nous  avons  montré  que 
cette  hypothèse  était  impossible.  Sera-ce 
par  les  volcans?  Mais  les  causes  des  volcans 
œan<]uaient  à  la  terre  primitive,  puisqu'elle 
n'était  pas  en  fusion:  les  volcans  d'ailleurs 
n'ont  pu  produire  que  des  montagnes  volca- 
niques, des  cratères  éteints.  Or,  combien  y 
a-î-il  de  montagnes  qui  ne  peuvent  évidem- 
ment pas  être  altribuées  aux  volcans?  En 
outre,  c'est  un  fait  aujourd'hui  démontré  en 
géologie  :  la  cause  ignée  et  la  cause  aqueuse 
ont  agi  simultanément  dans  des  lieux  divers, 
et  quelquefois  dans  les  mêmes  lieux,  et  cela 
à  toutes  les  époques  postérieures  à  la  créa- 
tion. Cette  belle  observation  nous  ramène 
donc  encore  à  la  nécessité  des  montagnes 
primitives  et  des  vallées  pour  la  formation 
des  terrains  aqueux,  qui,  même  dans  un 
grand  nombre  de  localités,  sont  antérieures 
a  l'existence  des  volcans. 

«  Ainsi,  avec  Buffon  et  l>eaucGup  d'autres, 
nous  sommes  conduits  à  reconnaître  que  la 
terre  primitive  dut  nécessairement  avoir  (les 
montagnes  et  des  vallées,  pour  qu|s  les  ter- 
rains postérieurs  aient  pu  se  former,  et  que 
les  êtres  org^anisés  aient  pu  vivre,  ^vec  Pai- 
las,  le  premier  et  le  plus  grand  de  tous  les 
géologues  observateurs,  nous  sommes  obli- 
gés de  considérer  les  montagnes  granitiques 
et  toutes  les  montagnes  de  roches  primitives, 
comme  ayant  toujours  été  ce  qu  elles  sont, 
et  par  conséquent  comme  ayant  été  créées 
avec  la  terre. 

«  La  conséquence  rigoureuse  qui  sort  de 
ces  considérations,  c'est  que  la  toute-puis- 
sance divine  a  créé  la  terre  complète,  avec 
ses  montagnes,  ses  vallées,  ses  mers,  ses 
cours  d'eau  et  son  atmosphère,  en  un  mot, 
propre  à  recevoir  ses  habitants  divers.  En 
outre,  la  densité  croissante  de  l'extérieur  à 
l'intérieur  est  une  conséquence  des  mouve- 
ments que  la  terre  devait  exécuter.  La  di- 
vine conception,  ayant  en  vue  ces  mouve- 
ments, savait  pourvoir,  en  calculant  la  den- 
sité du  globe  de  la  manière  la  plus  convena- 
ble, à  leur  exécution.  De  là  encore,  pour  les 
roches  primitives,  l'état  plus  compacte  de 
demi -cristallisation,  etc.,  afin  aue  les  cou- 
ches qui  seraient  suJ)erposées  plus  tard,  soit 
Îiar  la  cause  ignée,  soit  par  la  cause  aqueuse, 
ùssent  moins  denses;  de  là  encore  la 
variété  de  comnosition  de  ces  mêmes 
roches  primitives  dont  les  exfoliations, 
les  débris  superficiels,  devaient  four- 
nir des  éléments  à  la  végétation  et  à  une 


9i7 


MAU 


DiCTlONNAlKE  DE  COSMOGONIE 


HAU 


9» 


fuale  d'autres  phénomènes.  De  là  encore  la 
grande  ressemblance  entre  les  derniers  ter- 
rains primitifs  et  les  premiers  terrains  se- 
condaires 9  puisque  ceux-ci  sont  formés  des 
détritus  de  ceux-là.  La  Cgure  de  la  terre  est 
encore  une  conséquence  de  sa  destination: 
Dieu,  voulant  la  soumettre  à  un  mouvement, 
dut  lui  donner  une  forme  propre  à  ce  mou- 
vement ;  et  Ton  ne  conçoit  pas  qu*une  intei* 
iigence  souverainement  sage  eût  pu  agir  au- 
trement. Or  pouvait-ii  laisser  cette  figure  et 
ce  mouvement  à  déterminer  au  hasard,  ou 
à  une  cause  aveugle,  comme  sont  toutes  les 
causes  physiques?  Buffon  arrivait  déjà,  par 
K*  calcul,  à  ces  couséquences  qu*il  est  impor- 
tant de  rappeler  ici.  La  direction  commune 
du  mouvement  d*impulsion  qui  fait  que  les 
planètes  vont  toutes  d'occident  en  orient, 
lui  donnait ,  pour  les  sii  planètes  connues 
de  sou  temps,  Qk  à  parier  contre  f  qu'elles 
n'auraient  pas  eu  ce  mouvement  dans  le 
même  sens,  si  la  même  cause  ne  Tavait  pas 
produit.  Or,  le  nombre  des  planètes  s'étant 
accru  par  les  nouvelles  découvertes,  la  pro- 
babilité s'est  accrue  en  proportion,  et  vient 
fortifier  la  preuve  que  le  mouvement  des 
planètes  ne  peut  être  dû  au  nasard,  ni  par 
conséquent  à  une  cause  aveugle.  ^ 

'^  L'inclinaison  des  orbites  des  six  planètes 
connues  de  Duiton  n*excède  pas  7  degrés  et 
demi;  car,  en  comparant  les  espaces,  on 
trouve  qu'il  y  a  24  contre  1  pour  que  deux 
planètes  se  trouvent  dans  des  plans  plus 
éloignés,  et  par  conséquent,^  ou  7,692,624 
à  parier  contre  1,  que  ce  n'est  pas  par  hasard 
qu'elles  se  trouvent  toutes  six  ainsi  placées 
et  renfermées  dans  l'espace  de  7  degrés  et 
demi;  ou,  ce  qui  revient  au  même,  il  y  a 
cette  probabilité  qu'un  tel  arrangement  est 
dû  à  une  cause  intelligente  et  créatrice.  11 
faut  ajouter  que  la  forme  sphéroïdale  des 

f  planètes,  que  le  degré  de  l'aplatissement  de 
curs  pôles  sont  en  rapport  mathématique 
avec  la  vitesse  de  leurs  mouvements.  Il  y  a 
donc  encore  plusieurs  millions  à  parier  con- 
tre un,  que  cette  forme  et  cet  aplatissement 
ne  sont  pas  dus  à  une  cause  aveugle,  mais 
bien  à  la  cause  toute-puissante  qui  a  créé 
ces  planètes  avec  leur  forme  pour  un  but 
déterminé.  Mais  H  n'a  été  besoin  pour  cela, 
ni  de  laboratoire  de  chimie,  ni  de  fourneaux, 
ni  de  compas,  ni  d*équerrés,  ni  de  lunettes 
astronomiaues  ;  Dieu  a  laissé  ces  faibles 
moyens  à  l'homme  pour  observer  ce  que  sa 
puissance,  sa  volonté  et  sa  parole  ont  pu  pro- 
duire en  un  seul  moment. 

«  Tout  nous  conduit  donc  à  regarder 
comme  la  théorie  !a  plus  probable,  la  plus 
logique,  la  plus  scientifique,  celle  qui  ad- 
met que  la  terre  primitive  a  été  créée  d'un 
seul  jet  ce  qu'elle  est,  et  propre  à  recevoir 
des  habitants;  pour  lui  donner  un  nouvel 
appui,  il  nous  reste  à  montrer  comment  les 

K.'iénomènes  et  les  faits,  que  les  diverses 
ypolhèses  ne  peuvent  expliquer,  s'expli- 
quent facilement  dans  cette  théorie. 

H  La  terre  e:kt  donc  créée  tout  d'abord  avec 
sco  montagnes   et  ses  vallées  primitives: 


environnée  d'eau  de  toutes  parts,  il  se  forme 
aussitôt  autour  une  atmosphère  par  suite  de 
la  vaporisation  des  eaux.  Ces  trois  états  de 
notre  planète,  ainsi  combinés,  reçoirent 
TinQuence  des  fluides  impondérables  qui 
sont  créés  alors  et  mis  en  rapport  avec  la 
terre  ;  on  conçoit  qu'à  ce  moment  même  les 
matériaux  de  la  terre  aient  pu  «ubir  des  mo- 
difications. Des  dislocations  purent  a?oir 
lieu,  et  elles  creusèrent  des  bassins  aux 
mers,  sans  qu'il  y  eût  besoin  d'un  longtemps 
pour  cela,  puisque  Dieu  opérait  en  se  ser- 
vant des  agents  qu'il  avait  faits.  La  terre  ap- 
paraît alors  exondée  ;  sa  surface  était  parse- 
mée de  montagnes  et  de  vallées  :  les  monta- 
gnes étaient  formées  de  granits,  de  porphyres 
et  de  toutes  les  roches  qu'on  a  appelées  pri- 
mitives ;  ces  roches,  assez  compactes  et  aiiseï 
denses,  offraient  une  résistance  sufGsante 
aux  agents  extérieurs,  et  préparaient  une 
base  aux  formations  futures  qui  naîtraient 
des  lois  physiques  créées.  Ces  mêmes  mon- 
tagnes pouvaient  déjà  porter  des  gneiss,  des 
talcs,  des  schistes  sur  leurs  flancs,  le  créa- 
tour  ayant  ainsi  disposé  les  choses  pour 
marcher  à  son  but.  La  surface  exondée,  né- 
cessairement  imprégnée  de  sels  abondants, 
avait  pu  éprouver  une  première  décomposi- 
tion par  suite  des  actions  électriques.  Les 
mêmes  raisons  d'ailleurs  qui  nous  obligent 
à  accepter  la  création  de  la  terre  complète, 
nous  conduisent  aussi  à  admettre  que  les 
montagnes  et  les  vallées  exondées  renfer- 
maient déjà  des  argiles  ocreuses,  des  terres 
vierges,  propres  à  nourrir  des  végétaux.  Dnc 
fois  cette  première  création  opérée,  les  agents 
naturels  vont  commencer  leur  cours.  Les 
fluides  impondérables ,  électrique ,  magné- 
tique et  calorique,  ont  pénétre  la  terre  ;  ils 
ne  l'ont  pas  disloquée  jusque  dans  ses  entrail- 
les, mais  leur  action  d'impulsion  et  de  résis- 
tance ont  déterminé  au  centre  une  force 
centrifuge  et  à  la  circonférence  une  force 
centripète;  des  soulèvements  partiels  ont 
pu,  par  suite,  se  faire,  soit  promptemcnt, 
soit  a  la  lonsuô,  comme  il  est  à  peu  près 
constaté  qu'il  s'en  fait  d'insensibles.  Les 
mêmes  fluides  agissant  sur  les  métaux  qui 
n'étaient  pas  encore  oxydés,  auront  déter- 
miné des  phénomènes  ignés,  d'autant  plus 
actifs  que  tous  les  métaux  qui  comj)Osent  les 
roches  primitives,  ont  une  granae  affiail^ 
pour  l'eau  et  la  décomposent  soit  è  la  tempé- 
rature ordinaire,  soit  à  des  températures 
très-peu  élevées. 

«  Rien  n'empêche,  par  suite  de  l'aclioB 
des  fluides  impondérables,  d'admettre  une 
certaine  chaleur  au  centre,  pourvu  qu'elle 
ne  le  liquéfie  pas  ;  rien  n'empêche  encore 
d'admettre  autour  du  centre  une  zone  pâ- 
teuse, telle  que  la  demandent  les  géologues 
qui  conçoivent  que  la  fluidité  ignée  ne  peut 
plus  être  soutenue.  Cette  zone  pâteuse  es! 
le  résultat  de  la  concentration  des  actions 
électriques  et  chimiques  ;  elle  n'a  pas  existt 
dès  le  prin«îipe  et  par  conséquent  ne  nous 
oblige  pas  à  accepter  rorieine  ignée  ou  g«; 
zeuse  avec  ses  invincibles  difficultés;  au  con- 
traire, la  terre,  une  fois  créée,  a  pu,  sansau- 


.■ 


929 


MAU 


ET  DE.  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


950 


cun  inconvéaieol  de  formation  oa  autre, 
receroir  de  nouvelies  modificalions  déter- 
minées par  la  création  des  fluides  impondé- 
rables ;  alors,  en  effet,  toutes  tes  conditions 
étaient  réunies;  il  y  avait  un  noyau  solide, 
cause  de  résistance  et  de  pression;  une  en^ 
velop(>e  liquide  et  gazeuse,  nouvelle  cause 
de  résistance  et  d'impulsion  tout  à  la  fois  ; 
puis  des  fluides  impondérables,  causes  d'im* 
pulsion  et  de  mouvement,  agents  de  compo- 
sition et  de  décomposition,  sources  de  cha- 
leur et  d'électricité;  il  y  avait  dans  les  maté- 
riaux solides,  liquides  et  gazeux,  tous  les 
éléments  sur  lesquels  ces  agents  peuvent 
exercer  leur  action,  et  toutes  les  conditions 
pour  la  favoriser  ;  ce  qui  n*est  pas  dans  toutes 
les  hypotîiëses  que  nous  avons  discutées. 
Dès  lors  on  conçoit  que,  jpar  suite  de  cette 
action,  une  zone  pâteuse  ait  pu  être  détermi- 
née  autour  du  noyau  central  solide;  non 
plus  d*abord  comme  cause,  mais  comme  con- 
séauence  des  lois  et  des  propriétés  des  corps 
creé^^j  ^r  conséquent  ayant  une  cause  ra- 
tionnelle et  logiaue,  et  devenant  à  son  tour 
le  siège  de  pnénomèncs  subséquents  qui 
auront  leur  rôle  d'utilité  dans  les  change- 
gements  successifs  qui  devront  arriver  à  la 
surface  de  la  terre. 

«  En  outre,  l'action  des  eaux  beaucoup 
plus  étendue  dans  l'origine  que  depuis,  beau- 
coup plus  active,  comme  tous  les  faits  géo- 
logiques le  démontrent,  commença  le  dépôt 
iles  terrains  de  transition.  La  création  des 
végétaux  et  des  animaux,  surtout  des  ani- 
maux marins,  apporta  de  nouveaux  éléments; 
les  produits  organiques,  la  décomposition 
de  ces  produits  joints  à  toutes  les  causes  pré* 
cédentes  d*électricité,  d'actions  chimigues, 
métalliques  et  aqueuses,  donnèrent  lieu  à 
de  nouveaux  phénomènes.  Car  toutes  ces 
causes  agissant  soit  à  la  surface,  soit  dans 
l'intérieur  des  premières  couches  de  dépôts, 
soit  dans  la  zone  pAteuse  que  nous  ne  re- 
poussons pas,  firent  naître  les  premiers  vol- 
cans. Plus  tard,  quand  de  nouvelles  couches 
se  furent  déposées,  par  suite  du  remanie- 
ment des  débris,  des  détritus  du  sol,  des 
calcaires  primitib  et  des  sels  terreux  divers, 
|iar  suite  encore  des  détritus  organiques,  des 
produits  calcaires  des  animaux  marins,  etc., 
de  nouveaux  foyers  volcaniques,  moins  pro- 
fonds, purent  s'établir  dans  ces  nouvelles 
couches,  immédiatement  sur  les  terrains  ar- 
mleux,  débris  aqueux  des  terrains  primitifs; 
les  éjections  volcaniques  viennent  confirmer 
cette  idée,  puisque  leurs  bases  sont  des  ar- 
^\es  siliceuses.  Enfin,  plus  tard  encore,  à 
mesure  que  la  croûte  du  globe  s'augmentait, 
lie  nouveaux  volcans,  toujours  produits  par 
les  mêmes  causes  et  par  de  nouvelles,  durent 
s'établir  plus  superficiellement  encore;  en 
sorte  qu'u  y  aurait  ainsi  des  foyers  volca- 
niques à  presque  tous  les  étages,  tantôt  s'im- 
} plantant  les  uns  sur   les  autres,  tantôt  se 
brmant  nouvellement  ;  Teau  y  jouant  tou- 
jours un  grand  rôle,  aussi  bien  que  l'électri- 
cilé  et  les  fluides  atmosphériques.  La  diffi- 
culté de  faire  venir  l'eau  dans  ces  foyers  ne 
doit  pas  embarrasser,  si  l'on  considère  que 


l'infiltration  de  l'eau  et  son  absorption  &  tra- 
vers les  couches  de  la  teire  a  lieu  continuel- 
leraent,  comme  le  prouvent  les  puits  arté- 
siens, et  les  sources  qui  coulent  dans  tous 
les  terrains,  et  même  dans  les  roches  grani- 
tiques les  plus  compactes,  où  ces  sources 
sont  peut^tre  plus  abondantes  que  nulle 
part  ailleurs. 

«  A  toutes  ces  causes  il  faut  joindre  les 
influences  des  astres  de  notre  système  sur 
notre  planète  aussitôt  qu'ils  furent  créés  ;  les 
mouvements  qui  furent  déterminés  par  là, 
ne  contribuèrent  pas  peu  à  modifier  l'eiat  de 
la  terre. 

c  A  toutes  ces  mêmes  causes,  derélectricité, 
de  la  chaleur,  des  actions  chimiques,  de  la  dé- 
composition de  l'eau,  de  la  zone  pâteuse  que 
nous  supposons  entourer  le  centre  de  la  terre, 
des  mouvementsd'impulsion  et  de  répulsion 
produits  dans  le  globe  par  l'action  des  fluides 
divers,  des  mouvements  planétaires,  suite 
des  influences  célestes  de  tous  les  astres  d9 
notre  système,  il  faut  attribuer  les  disloca- 
tions du  sol,  les  soulèvements  et  les  abais- 
sements qui  ont  pu  produire  de  nouvelles 
montagnes  et  de  nouvelles  vallées. 

«  U  faut  remarquer  que  toutes  ces  causes 
durent  être  considérablement  plus  actives 
dans  le  principe  qu'elles  fie  l'ont  été  depuis  ; 
d'abord  parce  que,  n*a^ant  pas  encore  agi, 
elles  n'avaient  {as  épuisé  les  matériaux  de 
leur  action; ensuite, parce  que  les  eaux  cou- 
vraient une  bien  [)lus  grande  portion  de  la 
terre,  qui  était  moins  considérable  dans  son 
écorce  stratifiée,  parce  que  tous  les  terrains 
les  plus  propres  à  l'action  .ignée  étaient  à 
découvert  dans  une  bien  plus  vaste  étendue; 

Earce  que  la  zone  pâteuse,  si  elle  existe,  su^' 
issant  une  moins  grande  pression,  pouvait 
être  plus  facilement  soulevée;  parce  que, 
enfin,    toutes  les  modifications  que   celte 

Srande  cause  même  a  opérées,  ont  soustrait 
es  matériaux  du  globe  les  éléments  même 
de  son  action.  Dès  lors  nous  voyons  pour- 
quoi il  doit  y  avoir  et  il  y  a  en  effet  une 
bien  plus  grande  étendue  de  terrains  ignés 
anciens,  de  montagnes  soulevées,  de  volcans 
éteints  anciens  qu'il  n'v  en  a  de  récents  et 
actuellement  en  activité. 

9  Enfin,  plus  tard  et  après  les  volcans  primi- 
tifs, et  par  des  causes  analogues,  ont  dû  naî- 
tre et  s'échelonner  à  tous  les  étages,  les  salses, 
les  fontaines  thermales,  les  sources  calcaires 
diverses,  les  eaux  sulfureuses,  etc.,  elc. ; 
par  ces  mêmes  causes  sont  explicables,  la 
chaleur  croissante  de  la  terre  à  mesure  qu'on 
descend  dans  sa  profondeur,  la  chaleur  des 
eaux  souterraines  assez  profondes,  et  tous 
les  faits  géologiques  attribués  à  la  cause 
ignée.  » 

M.  Maupied  aborde  ensuite  la  création  des 
végétaux. 

«  Trois  questions,  dit-il,  se  présentent 
d'abord  à  examiner  :  «  1*  L'état  du  sol  et  de 
Tatmosphère  lorsque  les  végétaux  ont  été 
créés  ;  S"*  pourquoi  ils  sont  créés  avant  le 
soleil  ?  3*  et  enfin ,  la  nécessité  de  leur 
création  avant  les  animaux. 
«  L  On  a  cru,  jadis,  que  le  végétal  s^ 


951 


MAU 


01CTI0!fNAIll£  DE  COSMOCOME 


UAU 


9Sl 


nourrissait  presque  uniquement  d*eau  ;  au- 
loard'hui,  1  on  sait  que  Tcau  se  décompose 
a  la  vérité  d£ns  le  tissu  des  plantes  aux- 
quelles elle  fournit  l'hydrogène;  mais  cette 
f*au  se  charge  aussi  d'une  multitude  de 
substances ,  de  débris  de  végétaux  et  d*ani* 
maux  ;  en  outre,  l'air,  charge  d'acide  carlH)^ 
nique  et  de  diverses  vapeurs ,  concourt,  par 
son  absorption,  au  moyen  des  feuilles,  à 
l'accroissement  des  plantes.  La  plante,  ab- 
sorbant Tacide  carbonique  et  Teau,  les 
décompose  dans  son  feuillage  et  ses  parties 
vertes,  à  J'aide  de  la  lumière  ;  elle  s'empare 
du  carbone  du  premier,  de  i'hvdrogène  de 
la  seconde ,  et  rejette  en  gaz  I  oxygène  de 
l'un  et  de  l'autre.  C'est  surtout  petnihni 
l'humidité  nocturne  que  les  feuilles  parais- 
sent absorber  davantage,  et  pendant  le  jour, 
h  la  chaleur  du  soleil,  qu'elles  dissipent  le 
]>las.  En  effet,  le  gaz  acide  carbonique  se 
décompose  en  celle  dernière  circonstance , 
ainsi  que  l'eau  ;  le  carbone  du  premier,  Tby- 
drogène  de  la  seconde,  se  fixent  dans  le  tissu 
végétal  qui  s'élabore  et  se  nourrit  par  ce 
moyen.  C'est  pourquoi  les  végétaux  les 
mieux  exposés  à  là  lumière  ont  le  tissu  plus 
ferme  et  ligneux ,  des  couleurs  vertes  plus 
foncées,  des  sucs  plus  élaborés,  plus  sapides, 
nlus  odorants,  plus  aromatiques,  plus  hui- 
leux ou  résineux.  Au  contraire,  les  plantes 
tenues  h  1  ombre  absorbent  bien  de  rhumi- 
dilé  et  des  autres  principes,  mais  ne  décom- 
posent point  l'aoïde  carbonique,  et  le  ren- 
dent en  gaz;  aussi,  ces  herbes  contiennent 
peu  de  carbone,  dissipent  peu  d'humidité, 
ce  qui  fait  qu'elles  restent  molles,  pâles  ou 
étiolées,  blanches  et  fades.  Voilà  pourquoi 
l'on  obtient  des  herbes  peu  sapides  et  fort 
tendres,  en  les  tenant  dans  l'obscurité  ;  mais 
cet  élat  de  débilité  les  empêche  d'atteindre 
la  floraison  ou  de  développer  des  fruits, 
bien  que  leurs  tiges  puissent  s'allonger 
beaucoup.  Les  plantes  s'asphvxient,  comme 
les  animaux,  dans  le  gaz  acide  carbonique. 
«  Les  conditions  du  développement  des 

f)lantes  sont  une  chaleur  douce,  jointe  h 
'humidité  :  mais  l'air,  en  outre,  y  paraît 
nécessaire.  La  chaleur  imprime  le  mouve- 
ment organique  ;  l'eau  ne  se  borne  pointa 
distendre  et  a  assouplir  les  parties,  car  elle 
entre  même  en  composition  pour  transfor- 
mer la  fécule  en  matière  sucrée  et  mucila- 
gineuse,  comme  on  l'observe  dans  l'orge 
germé.  Trop  de  chaleur,  comme  au-dessus 
de  M"  ou  50",  altère  le  germe  de  la  planlule, 
et  trop  d'eau  fait  souvent  aussi  pourrir  les 
semences. 

«r  Beauceup  de  graines  enfouies  profon- 
dément en  terre,  y  demeurent  longuement 
sans  germer,  et  lorsque  les  circonstances 
les  ramènent  vers  la  surface  du  sol,  elles  se 
défdoient.  Des  graines  plongées  dans  le  eaz 
azote,  ou  l'acide  carbonique,  y  sont  restées 
inactives,  tandis  qu'elles  ont  poussé  avec 
vigueur  sous  du  gaz  oxvgène;  mais  ce  gaz 
pur  les  fait  ensuite  périr.  On  a  vu  ab- 
sorption d'oxygène  et  production  d'acide 
carbonique  en  ces  premiers  moments.  Aussi, 
des  graines  qui   refusaient  de  germer,  et 


au*une  longue  dessiccation  retenait  dans 
I  engourdissement,  comme  celles  de  ninm 
scandent ^  etc.,  macérées  dans  une  solution 
lég[ère  de  chlore,  ont  poussé.  Le  cresson  aie* 
nois  ne  met  alors  que  six  heures  par  c« 
moven ,  lorsqu'il  lui  faudrait  trois  jours. 
L'électricité  produit  des  effets  analogues  el 


ces  semences,' trop  poussées  aabord,pett* 
vent  en  périr  d'épuisement. 

«  Si  telles  sont  les  conditions  de  vie  pour 
les  végétaux,  ils  ont  aussi  leurs  maladies 
et  leurs  causes  de  mort;  ainsi,  quoique  k 
carbonne  soit  le  principe  dominant  des  Té- 
gétaux*,  ce  ne  sont  pas  toujours^les  troncs 
les  plus  compactes,  ou  dont  le  ligneux  donne 
le  plus  de  carbone,  qui  sont  les  plus  ri* 
vaces,  comme  on  l'a  supposé,  puisque  cette 
condensation  excessive  les  obstrue  et  les 
fait  périr.  Une  trop  grande  sécheresse,  une 
humidité  trop  continue  nuisent  également 
aux  végétaux. 

«  Ces  faits  et  ces  observations  prélimi- 
naires établis,  c'est  d'eux  que  nous  devrais 
{partir  pour  rechercher  dans  le  sol  primitif 
es  conditions  d'existence  des  végétaux;  il 
ne  s'agit  pas  encore  de  leur  création;  eltn 
n'est  point  le  résultat  des  lois  actuelles.  Mais 
une  rois  créés,  des  conditions  de  vie,  d'cïb- 
tence  et  de  développement  leur  furent  irv 
médiatement  nécessaire.  Or,  pour  ipprécicr 
ces  conditions,  nous  devons  scientill!]u^ 
ment  partir  des  faits  connus,  des  causes  ac- 
tuellement agissantes,  parce  qu'elles  ri-.' 
peuvent  être  que  la  continuation  des  causer 
anciennes.  Si  par  cette  voie  nous  arrivousà 
une  théorie  qui  rende  compte  des  faits,  noos 
serons  évidemment  plus  dans  la  vérité  que 
si  nous  embrassions  des  hypothèses  plus  on 
moins  exclusives  des  faits,  des  observations 
et  des  causes  actuelles.  La  science  n'étant  au 
fond  que  la  démonstration  du  bon  sensTul- 
gaire,  toute  hypothèse  qui  blesse  ou  con- 
trarie ce  bon  sens ,  est  par  là  même  faus«e 
et  suspecte.  Jusqu'ici,  nous  n'avons  fait  que 
vérifier  et  consacrer  ce  bon  sens  commun; 
toutes  nos  conclusions  nous  y  ont  ramené; 
si  c'est  pour  nous  une  grande  présomption 
de  vérité,  ce  doit  être  aussi  un  motif  pour 
continuer  è  marcher  dans  cette  voie. 

«  A  ces  points  de  vue,  dont  'a  vérité  ella 
justesse  ne  peuvent  être  contestées,  peut-oij 
accepter  certaines  hypothèses  qui  ont  é!é 
présentées  pour  expliquer  des  faits  parti- 
culiers, tels  que  les  charbons  de  terre,  nu 
houille?  nous  ne  le  pensons  pas.  On  a  sup- 
posé, en  effet,  que  le  sol  primitif  était  i»»; 
E  régné  de  carbone,  et  que  ratmosphère  élan 
l'orgine  presque  exclusivement  coropoy 
d'acide  carbonique;  que,  dès  lors,  les  To- 
taux avaient  dû  croître  avec  une  plus  grande 
rapidité,  et  plus  d'abondance;  que  leun 
nombreux  débris  avaient  dû,  pendant  celtt 
période,  se  déposer  dans  Teau  et  y  donner 
naissance  aux  houilles.  On  a  quelquefois 
aussi  supposé  une  chaleur  originelle  p  u^ 
considérable,  qui  aurait  activé  la  vég^éiat'"'' 


035 


MAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


UAU 


W 


et  favori^^é  son  développement;  enfin  on  a 
été  conduit  à  supposer  que  les  végétaux  les 
moins  complets  avaient  existé  longtemps 
avant  les  autres,  et  même  que  les  végétaux 
fossiles  étaient  d'une  autre  nature ,  et  de- 
mandaient des  conditions  d'existence  diffé- 
rentes de  celles  des  végétaux  actuels. 

«  Or,  nous  savons  que  des  graines  plon- 
gées dans  l'acide  carbonique  y  demeurent 
inact^ves  ;  que,  dans  ce  gaz,  les  plantes  s'as- 
pli3'xtent  comme  les  animaux;  que  si  les 
{liantes  se  nourrissent  de  ce  gaz,  elles  ne 
jteuvent  cependant  le  décomposer  et  se  Tas- 
stmtlcr  coniplétenient  que  sous  Vinfluence 
de  Tatmospiière  et  de  la  lumière;  qu'en  de- 
hors de  cette  influence,  elles  s'étiolent  et  ne 
IHîuvent  porter  ni  fleurs,  ni  fruits,  ni  par 
eonsé({uent  se  repro<luire.  Un  sol  imprégné 
dfi  trop  de  carbone  et  une  atmosplière  aa- 
cide  carbonique  eussent  donc  été  des  causes 
tminemnient  destructives  du  rè^ne  végétal 
i.nmétliatcment  ai>rès  sa  création. 

«  D*un  autre  coté,  une  clialeur  au-dessus 
de  la  température  la  plus  élevée  que  nous 
observons  actuellement  sur  le  globe,  comme 
au-dessus  do  40*  h  50*,  altère  les  germes  des 
plantes,  loin  d'en  favoriser  le  développe- 
ment 

«  On  est  donc  obligé  d'admettre,  ou  que 
les  conditions  primitives  n'étaient  pas  es- 
sentiellement dilTérenles  des  conditions  ac- 
tuelles, ou  que  la  nature  et  In  structure  des 
végétaux  étaient  ditférentes  de  celles  des 
végétaux  actuels.  De  ces  dent  alternatives 
le  bon  sens  et  la  raison  scientifique  embras- 
sent la  première;  les  bynotbèses  systémati- 
ques, [Kiur  ne  pas  reculer,  soutiennent  la 
seconde.  Or,  l'étude  attentive  des  végétaux 
fossiles  conduit  à  reconnaître  en  eux  la 
même  nature,  la  même  structure  anatomi- 
que,  et  |mr  conséquent  les  mêmes  fonctions 
pfiysiologiques  que  dans  les  végétaux  ac- 
tuellement existants.  La  taille  et  les  dimen- 
sions qu'on  invoque,  quand  même  elles 
seraient  toujours  ce  qu'on  les  dit,  ne  prou- 
reraient  absolument  rien,  quant  à  la  diffé- 
rence essentielle  de  conditions  d'existence  ; 
niles  conduiraient  tout  au  ])lus  à  admettre 
i|ue  les  causes  actuelles  étaient  ancienne- 
naent  plus  énergiques  et  plus  actives  qu'au- 
jourd'hui, sans  que  pour  cela  elles  fussent 
«lifférentes  au  fond.  Des  laits,  dont  on  ignore 
la  cause ,  ne  peuvent  faire  accepter  des  cau- 
ses destructives  de  phénomènes  connus;  or, 
telles  sont  les  causes  précédentes  invoquées, 
pour  expliquer  la  formation  des  houilles. 
Nous  devons  donc  rejeter  ces  hypothèses  et 
reconnaître  que  le  sol  et  l'atmosphère  n'of- 
frirent pas  à  l'origine  des  conditions  bien 
différentes  de  celtes  qu'ils  fournissent  en- 
core aujourd'hui  aux  végétaux. 

«  L'acide  carbonique  seul,  l'oxygène  seul, 
Félectricité  seule,  une  trop  grande  numidité, 
des  oxydes  métalliques  seuls,  seraient  au- 
tant de  conditions  de  destruction  pour  les 
▼égétaux,  tandis  que  ces  éléments  réunis  et 
combinés  dans  leurs  influence;,  sont  les 
miiditions  favorables  au  dévetoppement  et 
à  la  vie  des  plantes.  Or,  en  suivant  la  nar- 


ration si  simple  et  si  naturelle  que  Mdù% 
nous  donne  de  la  création,  nous  avons  vu 
l'électricité  apparaître  avec  la  chaleur  et  If 
lumière,  venir  préparer  les  eaux  et  former 
l'atmosphère  ;  les  calcaires  primitifs  nous 
prouvent  suffisamment  que  Tacide  carbo- 
nique était  répandu  dans  les  eaux  et  dans 
l'atmosphère  en  proportions  convenables. 
Le  retrait  des  eaux  pour  former  les  mers  a 
laissé  la  terre  exond<^e  assez  imprégnée 
d'humidité  pour  favoriser  la  végétation; 
enfin  tout  nous  a  conduits  à  admettre  dans 
le  sol  primitif  des  terres  vierges  avec  des 
oxydes  métalliques,  dont  sont  principale- 
ment composées  les  roches  primitives,  et 
qui  sont  tres-favorables  à  la  végétation.  Nous 
avons  donc,  dans  les  conclusions  naturelles 
du  récit  de  Moïse,  les  conditions  de  végéta^ 
tion  les  plus  propres  et  les  plus  en  harmonie 
avec  les  faits  et  les  observations  de  là 
science,  puisque  ce  sont  absolument  les 
mêmes.  Sous  ce  rapport,  les  végétaux  ve- 
naient donc  dans  le  moment  le  plus  conve- 
nable à  leur  existence,  à  leur  développe- 
ment et  à  leur  propagation. 

«  IL  Mais  pourquoi  sont-ils  créés  avant 
le  soleil  ?  Cette  question ,  quoique  plus  dif- 
ficile à  résoudre  de  prime  abord,  ne  manque 
cependant  pas  de  quelques  bonnes  raisons. 
Tout  le  monde  sait,  en  effet,  que,  pendant 
le  jour,  sous  l'influence  du  soleil,  les  végé- 
taux absorbent  de  l'acide  carbonique  et  re- 
jettent de  l'oxygène,  tandis  que,  pendant  la 
nu'it,  ils  absorbent  de  l'oxygène  et  rejettent 
de  l'acide  carbonique  ;  or,  1  action  de  la  lu- 
mière, de  la  chaleur  et  de  l'électricité  ayant 
probablement  décomposé  tous  les  éléments 
contenus  dans  l'atmosphère  primitive,  il 
fallait  que  les  végétaux  vinssent  d'abord 
absorber  une  quantité  suffisante  d'oxygène, 
afin  que,  quand  le  soleil  serait  créé,  ils 
pussent,  sous  son  influence,  agir  sur  l'acido 
cart)onique  de  l'atmosphère,  l'absorber  et  le 
remplacer  par  l'oxygène,  et  préparer  ainsi 
le  séjour  aux  animaux  :  par  là  tout  se  faisait 
avec  ordre.  Au  lieu  que,  si  les  végétaux 
avaient  commencé  par  absorber  laciofe  car- 
bonique, ce  qui  aurait  dû  se  faire  si  le  soleil 
avait  été  crée  avant  eux ,  n'ayant  point  d'o- 
xygène dans  leurs  tissus,  l'assimilation  du 
can)Oue  ne  se  serait  probablement  point 
opérée,  et  ils  auraient  ainsi  commence  leur 
existence  par  des  causes  de  destruction.  En 
outre,  il  résulte  des  belles  expériences  do 
M.  Dutrochet,  que  la  présence  du  soleil,  en 
faisant  expirer  de  l'oxygène  aux  végétaux , 
serait  plutôt  défavorable  que  favorable  à 
leur  accroissement;  en  les  créant  donc  sous 
l'influence  du  soleil ,  c'eût  été  les  placer 
immédiatement  dans  des  circonstances  défa- 
vorables. Peut-être  pourrait-on  ajouter  que 
la  présence  du  soleil  eût  encore  empêché  les 
végétaux  de  se  mettre  parfaitement  en  rap- 
port avec  le  fluide  électrique,  qui  joue  un 
si  grand  rôle  dans  la  végétation;  le  soleil  en 
effet  paraît  favoriser  le  dégagement  de  l'é- 
lectricité des  végétaux  ;  il  fiillait  donc  que 
les  plantes  fussent  pour  ainsi  dire  en  équi- 
libre électrique  avant  de  subi*'  l'action  sa- 


935 


IIAU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MAU 


936 


lairc  qui  devait  perpétuer  la  succession  de 
tous  ces  rapports.  Sans  aucun  doute,  la  con* 
naissance  qe  tous  les  rapports  des  ôtres,  qu3 
nous  soramcs  loin  de  posséder,  nous  ferait 
découvrir  bien  d'autres  raisons  de  cet  or- 
dre; mais  celles-ci  sont  déjà  bien  suffisantes 
pour  nous  montrer  la  sagesse  et  la  divine 
économie  de  l'œuvre  de  Dieu. 

^  111.  Nous  arrivons  à  la  troisième  ques- 
tion préliminaire,  la  nécessité  de  la  création 
des  végétaux  avant  les  animaux.  Notre  glojie 
offre  à  l'observation  une  série  d'ôtres  pro- 
gressivement plus  compliquésdans  leur  struc- 
ture et  leur  organisalion  intime,  depuis  la 
pierre  brute  et  le  champignon,  d'un  lissu 
simple,  jusqu'à  l'arbre  élevant,  vers  le  ciel, 
des  fruits  délicieux,  et  depuis  ré|.»onge  ou 
le  polvpe,  jusqu'à  l'homme,  chef-d'œuvre 
d'intelligence  et  de  perfection.  C'est  au 
moyen  de  la  complication  des  éléments 
simples  qu'a  été  produite  cette  élévation 
progressive  des  êtres,  dont  nous  contem- 
plons les  divers  échelons.  Ainsi,  le  minéral 
est  la  base  de  laquelle  tirent  leurs  forces  les 
véjjélaux  qui  élaborent,  préparent  ces  ma- 
ténaux  bruts  et  inertes,  la  terre,  l'eau  et 
Vair.  Ensuite  l'animal  reprenant  ces  subs- 
tances déjà  travaillées  parla  végétation,  les 
fiorte  au  fatte  de  la  composition  animale, 
au  dernier  degré  de  l'élaboration  vitale,  en 
les  imprégnant  de  sensibilité  et  de  toute 
l'énergie  dont  elles  sont  suscei)tibles. 

tit  Et,  en  effet,  l'on  peut  dire  que  le  végétal 
est  l'intermédiaire  par  lecpiel  il  faut  néces- 
sairement passer  de  la  pierre  brute,  pour 
parvenir  aux  animaux  parfaits  et  à  Thomme. 
Sans  les  végétaux,  il  est  certain  que  les 
animaux  terrestres  ne  sauraient  subsister, 
puisque  les  carnivores  ne  trouveraient  pas 
d'espèces  herbivores  qui  les  nourrissent;  il 
faudrait  donc  que  tout  le  règne  animal  pé- 
rît, s'il  n'v  avait  point  de  végétaux.  Le  ver 
de  terre  lui -môme  se  sustente  de  débris 
de  matières  végétales  ;  les  poissons,  quoi- 
qu'ils s'entre-dévorenl  dans  les  abîmes  des 
mers,  y  trouvent,  pour  substances  premières 
soit  des  fucus  et  varecs,  soit  des  animaux 
qui  en  vivent,  comme  divers  coquillages,  etc. 
Ainsi,  le  Créateur  a  dû  faire  précéder  du 
règne  végétal  le  règne  animal.  Supposons, 
en  effet,  une  île  nouvelle,  soulevée  au  sein 
des  flots  par  l'éruption  d'un  volcan.  Nul 
animal  ne  pourra  subsister  sur  cette  terre 
aride  et  désolée  ;  mais  si  quelques  semences 
de  végétaux  y  sont  jetées,  voila  des  prairies, 
des  bocages  qui  s'accroissent,  et  bientôt 
mille  animaux  heureux  pourront^  trouver 
l'abondance  et  la  vie.  C'est  ainsi  que  des 
bêtes  farouches,  repoussées  dans  les  déserts 
africains,  y  périssent  comme  le3  caravanes 
de  voyageurs,  à  moins  qu'une  source  d'eau 
saumètre  n'arrose  un  terrain  dans  lequel 
croissent  alors  des  plantes.  Bientôt  une  Ile 
de  verdure ,  ajjparaissant  au  milieu  des  sa- 
bles afff eux ,  présente  des  nourritures  aux 
animaux  et  un  lieu  de  repos  au  voyageur 
qui  succombait  à  la  soif  et  à  la  faim.  C'est 

(6î«)  6>ii.  î,  il.  12. 


ainsi  que  le  Créateur,  voulant  produire  dus 
animaux,  a  dû  créer  un  règne  préparateur 
de  Jears  aliments. 

«  11  serait  superflu  de  chercher  à  déve- 
lopper les  preuves  d'une  vérité  si  évidente 
pour  .tous,  et  nous  devons  conclure  que  les 
végétaux  ont  été  créés  dans  le  moment 
voulu  par  Je  plan  harmonique  de  la  créa- 
tion. 

«  Si  maintenant  nous  pénétrons  dans  le 
texte  même  de  l'écrivain  sacré,  nous  y  lirons 
plusieurs  faits  qui  ont  subi  de  violentes 
attaques  de  la  part  des  panthéistes  matéria- 
listes et  des  hypothèses  systématiques  que 
nous  devons  examiner.  Dieu  avait  donc  mis 
à  découvert  une  partie  de  la  terre,  après 
avoir  préparé  l'atmosphère  par  la  création 
de  la  lumière:  Et  aii  :  Germinet  terra  her- 
bam  virentetn  et  faeientem  stmen^  et  lignum 
pomiferum  faciens  fructumjuxtugenusimmj 
cujus  semen  in  semetipso  sit  iuper  ierram. 
Et  factum  est  ita.  Et  protulit  terra  hirbam 
virentem^  et  faeientem  semen  juxta  genut 
suumj  lignumque  faciens  fructum^  et  ùbeM 
unumquodque  sementem  secundum  speciem 
suam  (G92).  Et  d'après  le  texte  hébreu:  Dieu 
dit  encore:  Que  la  terre  se  couvre  de  terdure^ 
dejflantes  renfermant  de  la  semence  féconde^ 
et  que  des  arbres  fruitiers  et  dautres  qai  itut 
ressemblent^  s'élèvent  de  la  terre  ^  et  quili 
portent  des  fruits  qui  contiennent  leurst* 
mence;  et  il  fut  ainsi.  La  terre  fit  donc  soriir 
de  son  sein  de  la  verdure^  des  plantes  renfer- 
mant de  la  semence  féconde ,  et  d'aulrei  nm- 
blables  ;  des  arbres  portant  des  fruits  qui  en 
renferment  la  semence^  et  d'autres  arbut 
semblables:  et  Dieu  vit  combien  cela  était 
beau.  Ainsi  se  passa  le  soir  et  le  matin  (i'vH 
troisième  jour. 

«  Il  suit  de  ce  texte  si  précis  :  l"  que  Dieu 
a  créé  les  végétaux  par  la  puissance  de  sa 
parole,  et  qu'ils  n'ont  point  été  pro<luit5 
spontanément  par  les  lois  de  la  matière  et 
la  puissance  génératrice  propre  et  native  (io 
la  terre,  comme  on  s'est  efl'orcé  de  le  soute- 
nir; 2"  qu'ils  n'ont  point  été  créés  à  Téial 
de  germe,  de  graines,  mais  à  l'état  adulte 
pariait,  propres  à  produire  de  la  semenije 
et  à  se  continuer  par  la  génération  dans  le 
temps  et  dans  l'espace;  car  le  texte  ne  dit 

fias  :  Germinet  terra  semen  faciens  herham  et 
ignum  ;  «  que  la  terre  se  couvre  de  se- 
mences faisant  de  l'herbe  et  des  arbres  ;  » 
mais  il  dit  au  contraire  :  a  que  la  terre  se 
couvre  d'herbes  et  d'arbres  produisantde  la 
semence  ;  v  3"  qu'il  n'y  a  pas  eu  seulement 
un  certain  nombre  de  types,  de  grands  genres 
créés,  et  desquels,  par  transformation  suc- 
cesive,  seraient  sorties  les  espèces,  mais 
que  les  espèces  mêmes  ont  été  spéciGque- 
meiit  créées;  i"que  les  végétaux  ont  été  créés 
pour  s'harmouier  avec  tous  les  points  du 
globe  et  avec  tous  les  êtres  qu'il  devait  re* 
çevoir;  5"  enfin  il  résuite  de  tous  ces  faits 
qu'il  y  a  plan,  types,  conçus  et  exécutés,  eli 
par  conséquent,  série  végétale.  » 
M.  l'abbé  Maupied  est  fécond  en  hypo- 


9S7 


MAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


tbèseft.  H  en  a  une  aussi  pour  rœuvre  du 

Î[uatrième  jour,  ou  créatiou  du  soleil»  de  la 
une  et  des  autres  astres.  Nous  allons  la 
lUre  connaître  au  lecteur. 

c  Nous  avons  dit  { c*est  M.  Haupied  qui 
parle)  que  les  fluides  impondérables  ^ont 
probablement  une  des  grandes  causes,  sinon 
la  seule,  de  la  gravitation  universelle  comme 
de  la  gravitation  moléculaire  ;  qu'ils  préside- 
raient ainsi  à  tous  les  -mouvements  des  astres 
età  tous  le^  phénomènes  que  lacbimie observe 
dans  la  composition  et  la  décomposition  des 
corps.  Ce  que  nous  ne  présentions  alors  que 
comme  une  idée  plausible  et  en  harmonie 
a?ec  la  plupart  des  phénomènes  connus, 
acquerra  un  haut  degré  de  certitude  par  les 
considérations  et  les  faits  que  nous  devons 
exposer  ici.  D'abord,  l'éther  ou  le  fluide 
lumineux  remplit  nécessairement  Timmen- 
site  de  Tespace  aussi  loin  que  notre  vue, 
aidée  des  instruments  les  plus  puissants, 
peut  s^étendre  ;  puisqu'il  n  y  a  ue  phéno- 
mènes lumineux  que  par  les  mouvements 
de  ce  fluide,  et  que  sans  cela  nous  n'aper- 
cevrions ni  les  astres  de  notre  système,  ni 
les  autres  systèmes,  ni  ces  immenses  amas 
d'étoiles  nébuleuses,  dont  nous  ignorons 
la  distance.  II  faut  donc  conclure  de  là  que 
tous  les  globes,  tous  les  corps  sont  plon- 
gés dans  le  fluide  éthéré. 

«  Sous  ce  nom,  il  faut  comprendre,  comme 
nous  l'avons  vu,  la  lumière,  la  chaleur,  l'é- 
lectrieilé  et  le  magnétisme.  La  lumière  se 
transmet  entre  tous  les  corps  célestes  qui 
renient  dans  Tespace;  ce  fiait  n'a  besoin 
d'aocun  développement.  La  chaleur  se 
transmet  également,  ou  du  moins  parait  se 
transmettre  du  soleil  k  la  terre,  et  la  science 
admet,  par  une  analogie  assez  rigoureuse, 
qu'il  doit  en  être  de  même  pour  Tes  autres 
planètes;  mais  la  terre  a  pourtant  aussi 
elle-même  une  chaleur  qui  lui  est  propre,  et 
Tanalogie  ne  permet  pas  de  douter  qu'il 
paisse  en  être  autrement  pour  les  autres 
planètes,  et  la  science  l'admet. 

«   L'électricité   est   répandue  sur  notre 
globe,  que  l'on  regarde  comme  le  réservoir 
commun  de  ce  fluide,  par  rapport  à  tous  les 
corps  (][ai  existent  snr  ce  globe.  Les  faits  de 
rexpérience  prouvent  que  l'électricité  est 
répandue  dans  tous  les  corps;  mais  que 
dans  certains  cas  les  uns  manifestent  cette 
électricité  d'une  manière,  et  les  autres  d'une 
manière  opposée  ;  d'où  l'on  conclut  qu'il  y 
a  deax  forces  électriques ,  l'électricité  posi- 
tive ou  vitrée,  et  l'électricité  négative  ou 
résineuse.  Ces  deux  électricités  combinées 
sont  réiectricité  générale  ou  neutre.   Les 
corps  électrisés  de  la  même  manière  se  re- 
poassentt  et  les  corps  électrisés  d'une  ma- 
nière contraire  s'attirent.   La  nature    des 
corps  détermine  leur  mode  d'électricité  po- 
siiiyre  ou  négative;  mais  les  mêmes  corps 
peoTent    être  électrisés  positivement  par 
rapport  à  certains  corps,  et  négativement  par 
rapp^drl  à  d'autres.  Dn  corps  èlectrisé  d'une 
manière  quelconque  décompose  à  distance 

(695)  PociLLCT,  Eiém.  de  f»/iyi.,  t.  II,  p.  192,  seconde  édition. 

DlCTlONH.   DE    C0SU0G0!«1E   ET   DE  PaLÉOIITOLOGIB. 


ÏQS  électricités  naturelles  ou  neutres  de  tous 
les  corps  conducteurs  qui  l'environnent*  Ce 
n'est  pas  tout  :  le  galvanisme,  qui  n'est 
(|u'une  branche  de  l'électricité,  prouve  que 
1  électricité  se  développe  au  contact  de  tous 
les  corps  hétérogènes.  Et  ta  forée  éUctro^ 
motrice  découverte  par  Voila  est  urne  force 
unirerselle  qui  s^exeree  au  contact  de  toutes 
les  molécules  des  substances  hétérogènes^^  qui 
décompose  sans  cesse  les  fluides  électrtqueSf 
et  gui  donne  naissance  à  des  forces  nouvelles^ 
dont  les  effets  se  font  sentir  a  la  matière  pon^^ 
dérable.  Or^  les  éléments  qui  composent  Im 
terrcy  soit  à  sa  surface,  soit  à  diverses  pro* 
fondeurs,  sont  mêlés  et  confondus^  de  telle 
sorte  gu'H  y  a  partout  hétérogénéité  entre  leê 
parcelles  qui  se  touchent.  Combien  de  subs^ 
tances  diverses  sont  $nis€s  en  contact  dang 
les  plus  petits  des  êtres  organisés^  et  combien 
de  réactions  électriques  s'y  doivent  dévelop- 
per l  lui  terre  végétale  ^  tes  pierres  f  les  ro-- 
cheSf  les  laves,  les  couches  géologiques  sont'' 
elles  autre  chose  qu'une  agrégation  de  prin- 
cipes différents^  entre  lesyueîs  la  force  élec- 
tromotnce  doit  agir  aussi  avec  plus  ou  moins 
dCintensitéf  On  aperçoit  dune  seule  vue  tout 
ce  gu*il  y  a  de  fécond  dans  cette  découverte^ 
qui  doit  donner  la  clef  d'une  foule  de  phéno- 
mènes (693). 

«  Ainsi  donc,  la  terre  et  tous  les  corps 
qu'elle  contient,  soit  intérieurement,  soit  à 
sa  surface,  sont  plongés  dans  le  fluide  élec- 
trique qui  les  enveloppe  et  les  pénètre  de 
toutes^  parts.  Les  physiciens,  considérant 
que  l'air  atmosphérique  est  par  lui-même 
un  mauvais  conducteur  de  l'électricité,  di- 
sent qu'il  presse  continuellement  sur  la 
couche  électrii^ue  qui  enveloppe  la  terre  et 
l'empêche  ainsi  de  se  dissiper  dans  l'espace  ; 
quelque  plausible  que  soit  cette  raison,  il 
nous  semble  qu'il  y  en  a  une  autre  bien 
plus  générale  :  le  fluide  électrique  n'étant 
que  le  fluide  éthéré,  est  répandu  dans  l'im- 
mensité de  l'espace,  et  les  corps  ne  peuvent 
iamais  en  sortir;  seulement  leur  nature  et 
leur  constitution  diverses  asissent  diflé- 
remment  sur  ce  fluide,  et  de  la  les  phéno- 
mènes que  nous  observons.  Les  autres  pla- 
nètes sont  comme  la  terre,  comme  le  soleil, 
plongées  dans  le  fluide  électrique  :  or  que 
doit-il  résulter  de  là? 

«  Le  fluide  électrique  communique  le 
mouvement  à  la  matière,  qui  reçoit  d'une 
manière  passive  toutes  les  directions  que  lui 
imprime  ce  fluide;  et,  comme  nous  ravons 
dit,  deux  eorps  électrisés  de  la  même  ma- 
nière tendent  à  s'éloigner  l'un  de  l'autre, 
tandis  que  les  corps  chargés  de  fluides 
contraires  sont  attirés  l'un  vers  l'autre. 

«  Cela  étant  ainsi,  deux  choses  sufllsent 
pour  expliquer  tous  les  phénomènes  dv^ 
mouvement  des  astres  :  Tune  que  le  soleil 
soit  électro-positif,  et  l'autre  que  les  planètes 
soient  électro-négatives.  Or,  les  mêmes  ex- 
périences qui  servent  à  démontrer  l'électii» 
cité  des  corps  divers  se  renouvellent  tous 
les  jours  dans  l'univers.  En  effet,  le  scdeil^ 


80 


m 


MAU 


DICTlONNAlitE  t)E  COS3ilOGONlE 


MAU 


m 


étant  éleelro-positif,  doit  attirer  la  terre, 
qui  est  électro-négative.  A  mesure  qu'elle 
approche  du  soleil,  son  électricité  négative 
est  neutralisée  .par  Télectricité  positive  du 
soleil  ;  et  lorsqu  elle  arrive  au  point  extrême 
de  son  périhélie,  elle  se  trouve  avoir  reçu 
du  soliêii  une  quantité  suffisante  d'électricité 
positivé,  (Jui  cause  alors  la  répulsion  de  la 
terre,  laquelle  s'éloigne  du  soleil  en  perdant 
de  plus  en  plus  cette  électricité  positive,  et 
en  recouvrant  son  électricité  négative,  qui, 
nne  fois  arrivée  à  sa  plus  forte  tension,  ce 
qui  a  lieu  au  )»oint  extrême  de  son  aphélie, 
attire  de  nou\-eau  la  terre  vers  le  soleil. 
Telle  est  la  cause  de  l'orbite  elliptique  que 
la  terre  décrit  autour  du  soleil  dans  son 
mouvement  annuel.  Sans  aucun  doute  l'état 
électrique  général  de  la  terre  est  soumis  à 
l'influence  de  ces  deux  tensions  électriques 
extrêmes  et  opposées,  et  peut-être  y  aurait-il 
ik  une  des  causes  qui  occasionnent  les  mé- 
téores électriques  dans  l'atmosphère.  Ces 
météores,  en  effet,  ne  se  manifestent  le  plus 
ordinairement  que  dans  les  deux  époques 
où  les  tensions  électriques  opposées  sont 
vers  leur  summum,  c'est*à*dire  en  été  et  en 
hiver,  quoique  plus  rarement  dans  cette 
dernière  saison. 

«  Si  telle  est  donc  la  cause  du  mouvement 
annuel  de  la  terre,  celle  de  son  mouvement 
diurne  ou  de  sa  rotation  sur  son  axe  en 
24.  heures  est  au  fond  la  même.  L'échange 
continuel  et  réciproque  des  électricités  de 
nom  différent  entre  la  terre  et  le  soleil  est 
la  cause  de  cette  rotation  diurne.  L'expé- 
rience du  fi]  de  fer  circulaire  suspendu  sur 
le  mercure,  et  qui  tourne  sur  lui-même  en 
j)résence  des  fils  juxtaposés  de  la  pile  élec- 
trique, vient  appuyer  cette  théorie  (694). 

n  Ce  que  nous  venons  de  dire  pour  la 
terre  doit  se  dire  également  de  toutes  les 
autres  planètes. 

c  II  n  est  pas  plus  difficile  de  rendre  compte 
du  mouvement  des  satellites.  En  effet,  nous 
avons  vu  que  des  corps  électrisés  électri- 
*  saient  d'autres  corps  par  influence  ;  mais  ici 
il  y  a  plus,  tous  les  corps  sont  plongés  dans 
le  fluide  électrique  naturel,  et  nous  savons 
en  outre  qu'il  y  a  des  corps  qui  peuvent  être 
électro-positifs  par  rapport  à  certains  corps, 
et  électro-néçatifs  par  rapport  à  d'autres.  H 
suffit  donc  ici  que  la  lune,  par  exemple,  soit 
éiectro-positive  par  rapport  à  la  terre,  et  élec- 
tro-négative par  rapport  au  soleil  ;  la  pesan- 
teur et  le  volume  de  la  terre  étant  supérieurs 
à  la  pesanteur  et  au  volume  de  la  lune,  la 
puissance  électrique  de  la  terré  est  nécessai- 
rement plus  forte  que  celle  de  la  lune,  puis- 
qu'elle a  plus  de  volume,  et  par  conséquent 
^'lone  doit  se  mouvoir. autour  de  la  terre. 
Mais  l'action  électrique  de  la  terre  et  celle 
du  soleil  sur  la  lune  se  faisant  équilibre, 
ce]le<ci  ne  peut  se  mouvoir  sur  elle-même, 

.  (6941  c  II  y  avait  déjà  longtemps  que  nous  avions 
élabore  cette  idée  sur  TaUraction ,  lorsque  nous 
avons  été  heureux  de  la  rencontrer  développée  avec 
plus  d^élendue  et  âi  nn  autre  point  de  vue,  dans  un 
ouvrage  intitulé  :  Vunivers  expliqué  par  la  révéla- 
iioa^  par  M.  Chaubard.  i  H  est  vrai  que  cette  sin- 


et  doit,  par  conséquent,  toujours  présenter 
Ja  même  face  h  la  terre,  ce  que  l'obsenalifY, 
astronomique  confirme.  H  en  est  absolumfni 
de  même  pour  les  satellites  de  toutes  les  au- 
tres planètes.  La  même  loi  qui  régit  lemonT^) 
ment  des  planètes  est  applicable  aukcomèles. 

«  Nous  ne  pouvons  développer  daTanlâee 
celle  théorie,  que  nous  livrons  aux  physi. 
ciens  et  aux  astronomes,  bien  conTaiocos 
qu'en  l'approfondissant  ils  y  trouveront  ]« 
solution  de  toutes  les  difficultés  qui  s'élèvent 
contre  la  théorie  de  l'attraction  newionienne. 

«  Mais  de  cette  action  universelle  des 
astres  et  de  la  terre  sur  le  fluide  élhéré  ré- 
sultent les  mouvements  divers  de  ce  fluide 
à  la  surface  de  la  terre,  et,  par  suite,  ma 
doute,  son  influence  sur  la  végétation  et  sur 
les  phénomènes  divers  de  la  vie  organique, 

[)hénomènes  oui  se  manifestent  à  Tétat  dé- 
ectricité,  de  cnaleur  et  de  magnétisme.  C'est 
encore  à  la  même  influence  que  bont  dus  les 
])liénomènes  de  composition  ei  de  décompo- 
sition des  corps.  » 

Nous  avons  vu  plus  haut,  à  propos  de 
l'œuvre  du  troisième  jour,  que  M.  Maupied 
suppose  que  la  terre  a  été  créée  d'un  seol 
jet,  et  admet  ce  qu'il  appelle  le  sol  de  la 
création.  Suivant  lui,  la  formation  dugiolie 
primitif  avec  ses  montagnes,  ses  vallées  pri- 
mitives et  ses  premiers  bassins  des  mers 
ne  pourrait  être  rationnellement  expliquée 
que  par  la  même  cause  qui  a  créé  tous  les 
êtres  et  leurs  lois  harmoniques.  Mais  eo 
même  temps  il  reconnaît  que  l'accroisse- 
ment de  la  croûte  du  globe,  les  modifications 
du  sol  de  la  création,  comme  celles  dus4)i 
secondaire,  sont  un  résultat  des  lois  créées 
et  des  causes  naturelles  et  multiples  qui  dé 
composent  et  recomposent  continuellemeol 
la  surface  du  globe.  Ce  sol  secondaire,  cota* 
meut  s'est-il  formé?  Voici  à  son  sujet  ouc 
petite  hypothèse: 

«  Cette  distinction  profonde,  dit  M.  )JaQ« 
pied,  entre  le  globe  primitif  créé  en  harmo- 
nie avec  tous  les  êtres  qui  devaient  rbabiter, 
et  avec  les  autres  globes  qui  devaient  régu- 
lariser ses  mouvements  et  y  fixer  les  condi- 
tions d'existence  des  êtres  organisés,  el 
entre  le  sol  de  remblai,  résultat  des  raodtâ- 
cations  poçtérieures  du  sol  de  la  création; 
cette  distinction  profonde,  disons -nous, 
semble  parfaitement  exprimée  dans  la  oo- 
menclature  originelle  de  Werner,  lorsqu'il 
divisait  les  gttes  généraux  des  minéraux  ou 
terrains  en  primitifs  et  en  secondaires  :  le^ 
premiers  étant  créés,  les  seconds  produii? 
par  la  décomposition  des  premiers  et  uiK 
nouvelle  disposition. 

«  Cette  distinction  est  aussi  l'idée  fonda- 
mentale de  BuSbn,  même  dans  son  sysiéwt 
hypothétique,  où  il  s'est  trompé  en  voulact 
créer  le  monde  à  sa  façon. 

«  Deluc  admet  également  qu'à  Téfoque 

gulièrc  théorie  se  trouve  dans  M.  Chaubanli  rtr« 
des  auteurs  qui  ont  étnis  dans  la  science  et  $ur  «> 
Genèse  le  plus  d'îulées  bizarres.  La  présente  il^^j^» 
qiTi  a  été  aussi  empruntée  à  M.  CbaubanJ  par  *^  ^' 
F.  Debreyiie ,  a  été  a[>pi  ériée  à  Tarticle  DrJtfT»- 
( Voif,  ce  m6t.)  (Wban  (de  Saikt-Cutid) 


941 


MA€ 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


nt 


OÙ  la  mer  couvrait  les  continents  que  nous 
tiflbitons,  elle  avait  pour  fond  tin  sol  mon- 
tueux  que  ni  elle  ni  aucune  cause  connue 
n'avait  fait,  et  que  pour  cela  il  appelle  pri- 
mordial. Parmi  ces  montagnes,  les  unes  sont 
immergées,  les  autres  émergées  et  forment 
des  fies.  Au  nombre  des  montagnes  jirimor* 
diales  il  admet  des  montaznes  ea!caircs,  et, 
par  conséquent,  datant  de  la  création. 

«  C'est,  enfin,  d*une  manière  bien  plus 
nette  encore,  la  thèse  que  soutient  M.  de 
Blainville,  dans  ses  cours  et  ses  travaux,  et 
spécialement  dans  ses  notes  manuscrites, 
sous  le  titre  de  Conception  géologique  ^  qu'il 
a  bien  voulu  nous  communiquer,  et  que 
nous  donnerons  ici,  avec  quelques  dévcloi> 
pements  ajoutés: 

«  Il  faut  admettre^  dit-il  dans  ces  notes,  que 
ce  noyau  central  primitif,  créé  par  la  puis- 
sance divine  en  masse ^  sans  apparence  de 
couches^  offrait  naturelhment,  par  suite  de 
son  mode  de  formation,  la  cristallisation  des 
minéraux  constituants,  et ,  par  suite  de  son 
but,  la  création  des  êtres  rivants,  il  offrait  à 
sa  surface  des  points  plus  élevés  que  les  autres, 
et  par  conséquent  des  enfoncements  intermé' 
diaires  et  proportionnels  aux  élévations.  Les 
élévations  formèrent  les  pics,  les  montagnes 
primitives  ;  les  enfoncements  qui,  de  même  que 
les  montagnes,  différaient  de  grandeur  dans 
ie$  trois  sens,  formèrent  les  bassins  contenant 
la  partie  liquide,  séparée  de  la  partie  solide. 
«  Ce  point  de  la  création  directe  du  noyau 
central  pour  entrer  en  harmonie  avec  tous 
les  êtres  créés  étant  donc  logiquement  acquis 
à  la  science  générale  comme  à  la  géologie, 
suivons  l*histoire  de  ses  modifications,  telle 
que  les  faits  semblent  nous  l'indiquer. 

«  D'abord,  par  l'action  de  l'électricité,  ou 
mieux,  du  fluide  éthéré  général  agissant  sur 
les  matériaux  du  globe  qui  en  est  tout  pé- 
nétré, des  réactions  chimiques  eurent  lieu 
sur  les  minéraux  divers  qui  composaient  le 
globe  ;  il  put  en  résulter  çà  et  la  une  zone 
pâteuse  sous  les  granits  ou  dans  leur  inté- 
riear  ;  de  là  des  Sections  norphjriques  qui 
brisèrent  et  surmontèrent  ça  et  là  les  chaînes 
granitiques  auxquelles  les  porphyres  sont 
jioslérîcurs,  puisqu'ils  en  coupent  Iransver- 
(aJernent  la  direction,  et  qu'ils  les  recou- 
vrent le  plus  souvent,  ou  les  pénètrent  par 
des  Teines  ou  des  filons.  —  On  conçoit  que 
par  ces  phénomènes  les  bassins  des  mers 
aient  pu  être  modifiés  et  limités. 

m  Par  Taction  des  agents  physiques  de 
natures  très-diverses,  les  alternatives  d'élec- 
trir-iléy  tant  intérieures  qu'extérieures,  du 
l^lobe,  celles  de  température  en  plus  ou  en 
iiioins,  agissant  aussi  bien  sur  le  sol  primitif 
et  les  minéraux  qui  le  composent  que  sur  le 
liquide  contenu  dans  les  bassins  et  sur  Tat- 
mospbère  qui  l'enveloppe,  il  est  résulté 
uou-seulement  des  évaporations  et  des  con- 
densations aqueuses  plus  ou  moins  considé- 
rai>les  et  étendues,  mais  encore  des  désagré- 
grations,  des  décompositions  des  minéraux 
eonstituant  les  élévations,  et  qui,  entraînés 
par  les  condensations  aqueuses  coulantes  è 
la  ."^urfàce,  ont  commencé  à  remplir  les  bas- 


sins ou  les  excavations  primordiales  et  na- 
turelles de  la  surface  du  noyau. 

«  C'est  ainsi  qu'ont  dû  se  former  les  pre- 
mières roches  de  transition  qui  sont  à  moitié 
cristallines  et  à  moitié  séuimenteuses,  ce 
qui  leur  a  valu  le  nom  de  terrains  hémily- 
siens.  Ce  sont,  en  effet,  des  roches  que  Ton 
a  trouvées  par  toute  la  terre  aussi  bien  que 
les  roches  primitives  qui  doivent  former  le 
fond  de  tous  les  bassins,  et  même  en  remon- 
tant nlus  ou  moins  haut  le  lon^  des  pentes 
des  élévations,  de  manière  à  faire  croire  de 

Erime  abord  à  une  sorte  de  soulèvement, 
lais,  en  remarquant  que  les  roches  hémi- 
lysiennes  se  distinguent  en  roches  qui  ne 
contiennent  aucuns  débris  organiques  et  en 
roches  qui  commencent,  au  contraire,  à  en 
renfermer;  et -que  les  premières  sont  beau- 
coup plus  cristallines  et  composées  de  ma- 
tériaux beaucoup  plus  semblables,  pour  la 
substance  de  la  texture,  aux  roches  primi- 
tives, et  que  les  secondes,  au  contraire,  sont 
beaucoup  plus  éloignées  de  la  texture  et  de 
la  composition  des  roches  primitives,  il  y  a 
lieu  à  rechercher  une  différence  dans  leurs 
causes  et  leur  origine.  Les  premières,  comme 
les  gneiss,  etc.,  pourraient  bien  n'être  qu'une 
décomposition  partielle  des  granits,  opérée 
sur  place  par  les  divers  agents  physiques 
qui  en  auraient  enlevé  certains  éléments  et 
auraient  transformé  leur  texture  compacte 
en  texture  schisteuse ,  comme  cela  a  lieu 
encore  dans  les  calcaires  et  même  dans  les 
granités  superficiels. 

«  Les  schistes  proprement  dits,  qui  repo- 
sent immédiatement  sur  le  flanc  des  monta^ 
gnes  granitiques,  et  qui  ne  contiennent 
point  de  corps  organisés,  pourraient  être  re- 
gardés comme  pnmitifs  ou  comme  une  dé- 
composition sur  place  de  roches  primitives 
transformées. 

«  On  peut  encore,  et  même  très-proba- 
blement, regarder  la  plupart  de  ces  roches 
hémilysiennes  comme  un  résultat  de  l'ac- 
tion combinée  des  eaux  et  du  fluide  éthéré 
{général  au  moment  où  celui-ci  détermina 
a  couche  pâteuse  d'où  sortirent  les  porphy- 
res. 

«  Quant  aux  roches  hémilysiennes  dont 
la  composition  est  déplus  en  plus  argileuse' 
et  oui  contiennent  des  débris  de  corps  orga- 
nises, ils  sont  évidemment  le  résultat  de  la 
décomposition  des  roches  primitives  par  les 
agents  atmosphériques  d'at>ord,  qui  produi- 
sent des  détritus;  ceux-ci,  remaniés  et  dis- 
sous par  les  eaux,  sont  changés  en  argiles 
on  déposés  en  pulvescules  très-fines  ])ar  voie 
de  sédiment  enveloppant  des  corps  organi- 
sés; puis  ils  ont  pu  subir  un  dessèchement 
par  voie  ignée,  soit  par  la  fermentation  cbi- 
mico-électriaue,  soit  par  le  résultatdes  éma- 
nations .  prolongées  de  la  couche  pâteuse 
primitive,  soit  même  par  la  fermentation 
des  substances  organiones  huileuses  qui  au- 
raient produit  les  huiles  qu'on  extrait  au- 
jourd'hui de  quelques-uns  de  ces  schistes. 
Toutes  ces  causes,  séparées  ou  réunies,  ont 
pu  contribuer  à  la  formation  des  «chistea 
cristallins  à  débris  organiques;  ce  que  coa* 


MAU 


mCTIONNAIRE  DE  COSMOGONifi 


MAU 


^ 


Hrme,  en  plus  d*un  eas,  leur  crislallisalion 
réguKère  en  rhomboèdres. 

«  Cependant,  comme  les  élévations  et  les 
enfoncements  primitifs  n'étaient  pas  sem- 
niables  dans  lem^  dimensions,  on  peut  con- 
ceTOÎr  que  les  végétaux  et  les  animaux  aqua- 
tiques lurent  créés,  les  premiers  sur  la  plu-* 
part  des  élévations,  et  les  seconds  dans  les 
différents  bassins,  comme  cela  paraît,  en 
effet,  vérifié  par  les  faits  géologiques,  tandis 
qu'un  petit  nombre  d*élevations  continen- 
tales offrirent  toutes  les  conditions  néces* 
saires  à  l'existence  des  grands  animaux  ter« 
restres  que  la  puissance  divine  y  plaça,  lors 
de  leur  création,  et  qui  par  suite  se  dévelop- 
pèrent et  s'étendirent  suivant  leur  espèce,  à 
mesure  que  le  sol  habitable  s'étendit  aussi 
de  plus  en  plus  ;  cette  manière  de  voir  est 
du  reste  confirmée  par  les  faits  géologiques, 
nui  nous  montrent  les  premières  formations 
faites  dans  des  mers  profondes,  riches  en 
animaux  marins,  et  dépourvues  d'animaux 
terrestres,  tandis  que  les  formations  de  ri- 
vages, (|ui  semblent  postérieures,  renferment 
des  animaux  terrestres. 

«  Dès  lors,  à  mesure  que  les  mers  se  res- 
serraient par  une  cause  ou  par  une  autre,  et 
que  le  sol  émergé  s'étendait,  on  voit  com- 
ment les  agents  physiques  inorganiques, 
continuant  d'ajçir,  non  pas  uniformément 
sur  tous  les  points  de  la  terre,  ce  qui  n'a  ja* 
mais  eu  lieu,  les  agents  organisés  ont  com- 
mencé, pour  ainsi  dire,  à  leur  venir  en  aide. 
Et  ainsi  la  décomposition,  la  destruction  des 
roches  primitives  ont  eu  lieu  de  plus  en 
plus,  en  fournissant  des  sables  et  des  argi- 
les, puis,  avec  les  mélanges,  des  con^omé- 
rats,  des  poudingues,  des  marnes,  qui,  étant 
!c  résultat  de  causes  pour  ainsi  dire  mécani- 
ques, n'ont  plus  été  modifiés  par  les  mêmes 
causes  que  les  couches  hémilysiennes  ;  nos 
nombreux  poudingues,  superposés  à  nos 
schistes  cristallins,  dans  le  fond  de  nos  val- 
lées des  montagnes  noires,  à  Gourin,  démon- 
trent pleinement  ce  fait.  Les  calcaires  ont 
commencé  en  même  temps  sur  plusieurs 
points.  Par  là  les  bassins  se  sont  de  plus  en 
plus  comblés  inégalement  sous  tous  les  rap- 
ports, tant  sous  les  rapports  de  la  variété 
dans  la  nature  minéralogique,  que  sous  ceux 
d'étendue  et  de  puissance  ;  en  même  temps 
qu'aecidentellement  des  parties    inor^ani- 

Sies  de  corps  organisés  (carbone,  silice, 
aux,  etc.),  conservant  plus,  ou  moins  de 
leurs  formes  et  de  leur  structure  organique, 
sont  venues  s'y  joindre,  et  dès  lors  se  sont 
formés  ces  terrains,  les  premiers  dans  la 
série  dite  secondaire,  qui  ont  reçu  le  nom 
de  houillers,  calcaires,  etc. 

f  Les  houillers  apparaissent  les  premiers, 
parce  que  les  végétaux  créés  sur  tous  les 
points  du  Kiobe,  avant  que  les  grands  ani- 
maux qui  aevaient  s'en  nourrir  y  soient  ve- 
nus, ont  dû  déposer  leur  détritus,  dans  les 

(895)  f  n  semble,  en  effet,  qne  la  marche  des 
ehangements  dans  reiiveloppe  liauide  de  la  terre, 
iTaprfs  ce  que  nous  voyons,  est  d'une  plus  grande 
éteodee  des  eaux  douces  et  d^unc  moindre  des  eaux 


localités  convenables,  sur  le  fond  des  bas- 
sins primordiaux,  oii  se  sont  aussi  rencon- 
trés les  débris  d'animaux  ^marins  oad'ean 
douce. 

«  Dans  le  même  temps,  Ipa  animaux  ma- 
rins ont  déposé  leurs  dépouilles  sur  d'autres 
points  des  bassins  primordiaux,  où  les 
animaux  terrestres  ne  pouvaient  encore 
arriver  à  cause  de  la  vaste  étendue  des 
mers. 

«  On  voit  comment  dans  ce  premier  cotn^ 
blement  des  bassins,  nécessairement  rempKs 
d^eau,  la  quantité  de  traces  de  corps  organi' 
ses  végétaux  et  d*animaux  marins  est  bien 
plus  grande  que  celle  des  animaux  terrestres 

3ui  n  ont  pu  venir  Qu*après,  quand,  par  suite 
u  comblement  des  bassins,  le  sol  émergea 
Eu  leur  offrir  une  plus  vaste  étendue  et  qd 
ien  plus  grand  nombre  de  points  d'habita- 
tion. 

«  Comme  il  est  impossible  d^admef tre  que 
le  bassin  actuel  des  mers  ait  pu  être  circons- 
crit, et,  par  conséquent,  formé  par  le  soulè- 
vement des  rivages  qui  le  limileut,  ces  ri- 
vages étant  souvent  constitués  par  des  cou- 
ches horizontales  et  des  formations  éTidero- 
ment  marines,  n'est-on  pas  forcé  d  admettre 
qu'ils  ont  été  nécessairement  produits,  au 
moins  dans  beaucoup  de  points,  par  des  en- 
foncements considérables ,  ainsi  que  BuQfou 
l'a  supposé  et  que  Deluc  Ta  admis  après  lui, 
ou  bien  que  les  mers  auraient  baissé  de  ni- 
veau, et  que  la  coupure  de  ces  rivages  serait 
le  résultat  de  Térosion  des  eaux  et  des  cau- 
ses atmosphériques,  auxquelles  il  faudrait 
ajouter  l'influence  du  tassement  par  les  lois 
e  la  pesanteur,  etc. 

«  Hais  à  mesure  que  le  règne  animal  s'é- 
tendait à  la  surface  de  la  terre,  il  derait 
entrer  de  plus  en  plus  dans  la  part  que  to 
corps  organisés  prennent,  par  leurs  parties 
solides,  a  la  formation  des  nouvelles  rociies 
qui  entrent  dans  la  composition  des  terrains; 
et  comme  retendue  des  eaux  salées  augmen- 
tait en  mteie  temps  que  celle  des  eaui 
douces  diminuait  (695)>  on  voit  commeni, 
dans  la  composition  de  nouvelles  strates  ou 
couches,  non-seulement  la  partie  organique 
augmentait,  mais  d*abord  et  surtout  la  parue 
organique  marine,  ce  qui  a  produit  les  ter- 
rains tertiaires  et  quaternaires,  dans  les- 
quels se  trouveront  aussi  des  êtres  organises 
terrestres.  » 

Les  terrains  géologiques  et  leurs  dirisioDS 
par  étages  se  sont-ils  formés  successive- 
ment et  indiquent-ils  autant  d'époques  dur 
tinctes,  ou  bien  faut-il  admettre  le  synchro- 
nisme ou  la  contemporanéité  des  formations- 
M.  l'abbé  Maui)ied  admet  le  sjnchronisioe. 
C*est  en  géologie,  comme  on  voit,  une  révo- 
lution radicale. 

Le  lecteur  jugera  de  la  valeur  des  raisons 

Sue  M.  Maupied  produit  en  faveur  de  sà 
lèse  : 

salées,  k  une  dimînuiion  des  premières  et  à  uae  aot* 
mentalion  de  salure  des  dcrniéi^es  par  une  cau^a 
probablement  Of^aiiique.  i 


us 


1L\U 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAC 


Mt 


<  Deux  grands  tàiis^  dit-ii,  domiDent  la 
aaperposilion  des  couches  de  tous  les  ter* 
raies  qui  comiX)sent  TéoDrce  du  globe,  de- 
puis le  sol  primitif,  jusqu'aux  formations 
récentes. 

«  L*un  de  ces  faits  nous  montre  dans  les 
localités  où  on  les  trouve,  la  généralité  des 
couches  du  sol  primaire  (intermédiaire  des 
auteurs)  en  stratification  concordante,  c'est- 
à-dire,  ayant  même  direction  et  même  incU- 
naison  entre  elles;  il  nous  montre  les  cou- 
ches du  sol  secondaire  en  stratification  concor- 
dante entre  elles  et  avec  le  sol  primaire,  et, 
enfin ,  les  couches  du  sol  tertiaire  sont  dans 
la  même  disposition  entre  elles  et  avec  les 
précédentes  :  ce  dit,  observé  sur  un  assez 
grand  nombre  de  |K>ints  du  globe,  est  désor- 
mais acquis  k  la  science.  I^  conséquence  lo- 
gique et  naturelle  à  en  tirer,  c'est  que  toutes 
ces  couches  primaires,  secondaires  et  tertiai- 
res, ainsi  disposées,  prouvent  faction  d'une 
cause  continue  et  presque  toujours  la  même, 
t|ui  n'a  cessé  d'ag!r  dans  le  même  sens,  dans 
chaque  iocalilé,  depuis  le  commencement 
jusqu'à  la  fin  des  dé))6tsi  seulement  les  élé- 
ments, les  matériaux  sur  lesquels  elle  a  agi, 
cint  varié  par  son  action  même  compliquée 
de  causes  diverses  et  nombreuses. 

^  La  succession  do  ces  dépôts  est,  en  effets 
tellement  continue,  les  coucnes  diverses  sont 
tellement  engrenées  les  unes  aux  autres  i^ 

au'il  est  plus  rare  de  trouver  les  limites  de* 
eux  roches  bien  tranchées  que  de  les  voir 
se  fondre  ensemble,  soit  nar  [lassage,  soit  par 
fJtemance  (096J,  et  que  I  on  ne  peut  souvent 
f  isarqucr,  ie  ne  dis  pas  les  divisions  de  dé* 
tails,  mais  bien  plus  les  grandes  divisions 
de  terrain  primaire,  secondaire  et  tertiaire, 
que  d'une  manière  artificielle,  et,  dans  un 
grand  nombre  de  cas,  tellement  conjectu* 
raie,  que  les  géologues  systématiques  ne 
I>euvent  encore  s'accorder  sur  ce  qui  appar- 
tient à  un  terrain  plutôt  qu'à  1  autre.  Ce 
désaccord  ne  prouverait- il  pas  qu'il  serait 
temps  de  bannir  de  la  science  les  idées  trop 
systématiques,  pour  s'en  tenir  plus  rigou- 
reusement à  la  succession  naturelle  des  phé- 
nomènes f  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  évident 
qu'on  ne  peut  plus  accepter  l'idée  hypothé- 
tique de  révolutions  successives  qui  auraient 
produit  cette  succession  de  couches,  de  ter- 
rains si  intimement  liés,  qu'ils  ne  peuvent 
être  que  l'effet  d'une  cause  unique  et  conti- 
ntie^  quoique  diversement  modifiée  dans  ses 
effets,  suivant  ;les  localités  et  leurs  circons- 
tances. 

m  Le  second  fait,  qui  domine  toute  la  suc- 
cession des  terrains,  parait  de  prime  abord 
entièrement  opposé  au  premier;  il  nous  ré- 
rèle,  eneffett  des  bouleversements,  des  dis- 
locations qui  ont  produit  des  affaissements 
et  des  soulèvements  simultanés,  et  comme 
]iar  un  effet  de  bascule,  dans  les  couches  du 
sol  qui  compose  les  montagnes  ou  qui  les 
aroisme.  Ces  bouleversements  paraissent 
avoir  eu  lieu  à  toutes  les  époques  et  avoir 


agi  sur  toutes  les  couches  déjà  formées,  lors- 
qu'ils eurent  lieu. 

c  Les  couches  superposées  dans  ces  lo- 
calités sont  très-souvent  en  stratification' 
discordante,  c'est-à-dire  que  les  couches  su- 
périeures ont  une  direction  et  une  inclinû- 
son  différentes  de  celles  des  couches  infé- 
rieures, ou  même  opposées.  On  en  a  conclu 
que  les  couches  supérieures  avaient  été  dé- 
posées après  la  dislocation  des  couches  infé- 
rieures, et  par  des  causes  différentes;  (ette 
conclusion  parait  vraie  et  légitime  dans  plu- 
sieurs cas,  mais  dans  les  autres  elle  n'est 
pas  à  l'abri  de  toute  discussion  et  de  tout 
doute.  On  a  encore  conclu  des  faits  précé- 
deuts  que  l'on  ne  pouvait  accepter  1  action 
de  causes  continues,  mais  que  ces  faits  prou- 
vaient des  révolutions  diverses  et  de  lon- 
gues intermittences  dans  la  suite  des  dépôts^ 

4  Cependant,  cette  dernière  conclusion  est 
tellement  opposée  à  notre  premier  fait  gé- 
néral, qu'il  est  impossible  de  l'admettre  sans 
contrôle.  Si  donc  nous  pouvons  interpréter 
les  effets  de  la  cause  quelconque  des  boule- 
versements, de  manière  à  les  faire  s'accor- 
der avec  ceux  de  la  cause  principale  et  ran- 
tinue  qui  a  produit  les  stratifications  concor- 
dantes, il  nous  semble  que  nous  serons  plus 
certains  d'être  dans  la  vérité.  Or,  cet  accord 
n'est  pas  aussi  dilBeile  qu'on  a  bien  voulu  In 
croire. 

<  En  effet,  il  est  certain  qu'il  a  fallu  que 
les  dépôts  disloqués  fussent  formés  avant 
d*être  soulevés  ou  bouleversés  ;  la  cause  qui 
a  formé  les  dépôts  a  donc  commencé  à  agir 
la  première  ;  elle  a  agi  pour  former  les  dé- 

1>ôts  réguliers»  Qon  disloqués,  et  ceux  qui 
'ont  été  après  leur  formation.  Elle  a  donc 
a^  d'une  manière  générale.  Mais  sur  cer- 
tains points  plus  ou  moins  étendus,  les  cou- 
ches déjà  formées  ont  été  brisées,  la  dislo- 
cation a  produit  d'un  côté  des  affaissements, 
de  l'autre  des  soulèvemeats.  Dès  lors  le  bas- 
sin aqueux  a  été  modifié  dans  sa  forme,  dans 
ses  limites  ;  les  courants  ont  changé  de  di- 
rection, et  les  nouveaux  dépôts  qu'ils  ont 
formés  ont  dû  se  stratifier  d'une  manière 
discordante  aux  premiers.  Mais  il  n'jr  a  pas 
eu  pour  cela  intermittence  dans  l'action  de 
la  cause  des  dépôts,  puisqu'au  contraire  les 
faits  paraissent  prouver  qu'elle  a  acmiisplus 
d'énei^e  ;  qu'elle  a  eu  une  plus  grande  abon- 
dance de  matériaux  à  sa  disposition,  par 
l'effet  même  des  dislocations.  Ainsi  ces  deux 
grands  faits,  en  apparence  si  opposés,  le  fait 
des  stratifications  concordantes  et  celui  des 
stratifications  discordantes,  sont  dus  à  une 
même  cause  continue,  qui  a  été  dans  le  der- 
nier cas  modifiée  dans  ses  effets  et  la  direc- 
tion de  ses  dépôts  par  la  cause  des  disloca- 
tions et  des  soulèvements. 

«  Sans  discuter  tous  les  faits  de  détail  que 
Ton  pourra  ramener  à  cette  règle  générale 
quand  on  voudra,  nous  concluons  que  tous 
les  dépôts  sont  le  produit  de  causes  conti- 
nues, et  qu'il  n'y  a  point  eu,  par  conséquent, 
de  ces  révolutions  étonnantes  qui  auraient 


(696j  A.  Boit,  Cnid.  dugéol.,  X.  V\'p.  510. 


947 


MAU 


DICT'iONNÂIRE  DE  COSMOGONIE 


UâU 


bouleyersé  à  la  fois  toute  la  surface  du  globe 
et  détruit  les  êtres  organisés  qui  y  vivaient. 
Nous  concluons  enGn  que  la  cause  aqueuse 
et  la  cause  ignée  ont  été  synchroniaues  ou 
contemporaines  dans  leurs  effets,  le  plus 
souvent  combinés. 

'  «  La  manière  tout  artiGcielle  dont  un  a, 
jusqu'ici,  présenté  la  superposition  des  cou- 
ches iqui  composent  le  sol,  n'est  propre  qu'à 
induire  en  de  graves  erreurs  les  personnes 
qui  n'ont  point  approfondi  le  sujet.  On  peut 
ramener  a  quatre  classes  toutes  les  subs- 
tances qui  composent  le  sol  de  dépôts;  ce 
sont  des  sables  et  des  grès,  des  argiles,  des 
substances  charbonneuses  et  des  calcaires. 
Chacune  d'elles  domine  dans  certaines  cou- 
ches et  s'y  présente  sous  des  formes  et  des 
textures  variées,  suivant  les  terrains ,  les 
localités  et  les  circonstances  qui  les  ont  rao- 
diQées  pendant  ou  après  la  formation  des 
dépôts.  Or  c'est  par  ces  variations  acciden- 
telles qu'on  les  distingue  en  un  très-grand 
nombre  de  couches  qui  alternent  les  unes 
avec  les  autres  dans  leur  superposition  pour 
former  chaque  terrain.  Mais,  comme  assez 
ordinairement  les  mêmes  couches  occupent 
et  devaient  occuper,  comme  nous  l'avons 
prouvé,  des  positions  analogues  dans  les  di- 
verses localités,  puisque  les  unes  sont  des 
débris  des  roches  primitives  et  des  for- 
mations de  rivages,  les  autres,  des  forma- 
tions d'embouchure,  les  autres,  des  forma- 
tions de  pleine  mer,  etc.,  qui  doivent,  par 
conséquent,  toujours  se  trouver  en  succes- 
sion, on  en  a  conclu  que  les  couches  ana- 
logues s'étaient  formées  dans  le  même  temps 
et  par  les  mêmes  circonstances  et  les  mêmes 
causes  ;  c'est  ce  gu'on  a  appelé  le  synchro- 
nisme de  formation,  sur  lequel  nous  allons 
revenir. 

«  On  a  ensuite  considéré  la  superposition 
de  ces  couches  nombreuses  comme  si  elles 
se  trouvaient  toutes  réunies  dans  une  même 
localité,  et  formant  une  série  continue  et 
sans  lacune  de  toutes  les  couches  connues. 
C'est  sur  cette  série  ainsi  complétée  artiG- 
ciellement  qu'on  a  établi  les  divisions,  les 
subdivisions  des  terrains  divers,  qu'on  a 
fondé  les  hypothèses  de  formations  contem- 
poraines, pour  toutes  les  couches  qui  oc- 
cupent la  même  place  dans  la  série  artiG- 
cielle, les  hypothèses  du  temps  et  de  la  du- 
rée qu'il  a  fallu  pour  réaliser  cette  longue 
série  de  couches  superposées  et  souvent  al- 
ternantes. De  là,  en  grande  partie,  les  siècles 

JnGnis  dans  lesquels  se  perd  l'origine  de 
nôtre  globe  ;  le  temps  n'a  rien  coûté,  on  Ta 

.multiplié  jusqu'à  effrayer  les  imaginations 
les  plus  hardies.  Cependant  celte  série  arti- 
ficielle de  la  superposition  continue  et  sans 
lacune  des  couches,  est,  on  peut  le  dire  avec 
certitude,  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  opposé  .à 
la  réalité  des  faits;  d'abord,  il  n'est  pas  une 
seule  couche,  dans  toute  la  série  des  terrains, 
qui  n'apparaisse  en  plusieurs  points  à  la  su- 
perficie du  sol,  sans  être  recouverte  par  au- 
cune autre:  ici,  c'est  le  sol  primaire  qui  est 
k  la  superficie  ;  là,  c'est  le  terrain  rarbonifère; 
plus  loin,  le  terrain  triasique;  puis  le  ju- 


rassique; ensuite  le  crétacé;  aillenrs,  ee 
sont  les  diverses  assises  du  terrain  tertiaire. 
En  second  lieu,  en  descendant  des  terrains 
récents  aux  plus  anciens,  nous  retrouvocs 
une  autre  marche  analogue  ;  le  sol  tertiaire 
repose  immédiatement  sur  le  granit  et  sûr 
les  schistes  primaires  (calcaire  grossier  de 
Dinan  en  Bretagne,  etc.);  ailleurs,  le  terrain 
crétacé  repose  sur  le  terrain  primitif,  sans 
intermédiaire  ;  ailleurs ,  le  sol  jurassique 
repose  sur  ce  mêm«  terrain  primitif,  etc.,  en 
sorte  qu'on  peut  afiirmer  encore  qu'il  nest 
probablement  pas  une  seule  couche  caracté- 
risée d'un  terrain  quelconque  qui,  sur  quel- 
que point  du  çlobe,  ne  repose  immédiate* 
ment  sur  le  soi  primitif.  Or  de  ce  bit  géné- 
ral résulte  que  toutes  les  couches  d'uu  te^ 
rain  quelconque,  qui  reposent  sur  le  sol  pri- 
mitif, pourraient  être  considérées  comioe 
contemporaines,  et  que  ce  serait  une  étrange 
violence  aux  faits  de  les  ranger  à  leur  plaît 
hypothétique  dans  la  série  artificielle  oe  su- 
perposition. 

«  Il  est  bien  vrai  néanmoins,  que  quand 
il  y  a  plusieurs  couches  superposées,  elles 
suivent  un  ordre  à  peu  près  régulier;  ainsi 
les  couches  primaires  sont  les  ])lus  infé- 
rieures» puis  viennent  les  grès  anciens,  rou- 
ges, bigarrés,  etc.,  le  lias,  le  terrain  juras- 
sique, etc.  Or,  cela  se  conçoit;  puisoueles 
couches  primaires  sont  des  débris  et  des  dé- 
pendances du  sol  primitif,  aussi  bien  que  les 
grès  et  les  argiles  inférieures,  elles  ont  dû 
être  déposées  et  formées  avant  que  le  sol 
primitif  ne  fût  en  cet  endroit  recouvert  \« 
des  calcaires  ;  car  une  fois  ee  sol  primitif 
recouvert  immédiatement  par  des  calcaires 
ou  autres  couches,  et  dérobé  ainsi  aux  caa- 
SCS  d'érosion»  etc.,  il  n'a  plus  pu  se  fonuer 
à  ses  dépens  ni  de  terrain  primaire  ni  des 
grès. 

a  Mais,  quel  que  soît  le  terrain  que  Ton 
étudie»  on  peut  assurer  qu'on  ne  rencontre 
nulle  part  en  su{)erposition  continue  la  série 
des  couches  qui  rentrent  dans  la  classifica- 
tion artificielle. 

«  Enfin,  sur  aucun  point  du  globe  on  ne 
peut  observer  tous  les  terrains,  ni  toutes  les 
couches  d'un  même  terrain  réunies;  cequil 
y  a  de  plus  complet  sous  ce  rapport  noos 
est  offert  dans  1  ouest  de  l'Europe,  et  nous 
avons  vu  combien  il  s'en  fallait  qu  on  y  ren- 
contrât des  séries  complètes  de  conches 
môme  dans  un  même  terrain.  La  superpo- 
sition n'est  donc  pas  ce  qu'on  l'a  préseniee 
artificiellement.  Pour  être  dans  lavériiéj! 
faut  s'en  faire  une  tout  autre  idée;  et  I in- 
telligence de  ce  point  capital  a  été  un  fie 
nos  efforts  continuels  dans  ce  cours. 

«  Si,  par  exemple,  nous  partons  des  grt* 
nits  de  Bretagne  pour  arriver  au  sol  ter- 
tiaire parisien,  voici  ce  que  nous  troutons: 
1"  les  côtes  et  les  crêtes  granitiques  form;"' 
la  superficie  du  sol  ;  2'les  couches  primM^es 
de  gneiss,  de  micaschistes,  de  schistes  arp" 
leux  se  succèdent  à  la  superficie  en  soriafi' 
les  uns  de  dessous  les  autres,  de  façon  «^ 
pendant  que  le  niveau  baisse  en  descmm 
des  granits  sur  les  couches  les  plussuperir 


949 


MAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


950 


délies;  3*  plus  loin  et  à  un  niveau  plus  bas 
encore,  les  assises  inférieures  secondaires 
apparaissent  sur  le  pied  des  schistes  ;  vien- 
nent ensuite  les  calcaires  jurassiques  (en 
Normandie  et  en  Poitou),  de  façon  a  ce  que 
leurs  diverses  assises  sortent  aussi  les  unes 
de  dessous  les  autres  ;  puis  ces  calcaires  se 
perdent  sous  la  craie  dont  le  niveau  est  de 
plus  en  plus  bas,  et  qui  vient  elle-même  se 
perdre  sous  le  sol  tertiaire  parisien.  En 
partant  des  montagnes  primitives  des  Vos- 
ges, ou  du  plateau  central  de  la  France  f  Au- 
vergne et  Limousin),  on  rencontre  la  môme 
succession  et  les  mêmes  dispositions  ju$- 
c[u  au  sol  tertiaire  parisien. 

«  Or,  cette  succession  en  vastes  gradins 
d*une  sorte  d'échelle  ne  prouve  nullement 
c^ue  la  couche  qui  forme  Je  premier  gradin 
s  étende  sous  toute  la  seconcfe,  ni  que  celle- 
ci  s'étende  sons  toute  la  troisième,  et  ainsi 
de  suite.  Mais  il  nous  semble,  au  contraire, 
plus  conforme  aux  faits  observés  et  aux  ef- 
fets que  nous  vovons  encore  se  produire 
sous  nos  yeux,  d'admettre  que  pendant  que 
les  premiers  dépôts  se  continuaient  encore, 
les  seconds  commençaient  à  Tune  de  leurs 
extrémités  et  se  continuaient  ainsi  simulta- 
nément pendant  un  certain  temps  ;  que  plus 
loin,  les  troisièmes  commençaient  à  se  dé- 
poser sur  Textrémité  des  seconds,  et  ainsi 
de  suite  ;  en  outre,  que  sur  les  rivages,  par 
exemple,  se  formaient  certains  dépôts,  pen- 
dant que  d'autres  s'accumulaient  au  largç 
dans  le  fond  du  bassin  de  la  mer.  Vu  coup 
d'œil  scr  une  carte  géologique  semble  coq- 
duire,  en  effet,  à  reconnaître  que  la  craie, 

3ui  est  un  dépôt  de  pleine  mer,  se  déposait 
éjà  pendant  la  formation  du  lias,  qui  est 
un  dépôt  de  rivage,  et  pendant  celle  des 
couches  jurassiques,  qui  sont  intermédiai- 
res, qui  ont  été  déposées  ou  formées  dans 
une  zone  éloignée  du  rivage  et  qui  entou- 
rait la  mer  profonde,  où  la  craie  provenant 
de  leur  lavage  s'est  déposée  ;  que, sur  d'au- 
tres points,  des  houilleset  des  grès  pouvaient 
se  déposer  en  même  temps  plus  ou  moins 
loin  des  rivages  ;  que  les  schistes  primaires 
pouvaient  en  même  temps  encore  se  former 
sur  place  et  tout  à  fait  au  rivage  de  la  mer, 
où  se  déposait  dès  lors  la  craie.  En  sorte 
néanmoins  que  les  dépôts  les  plus  rappro- 
chés des  rivages,  ayant  été  les  premiers 
émergés,  ont  aussi  terminé  leur  formation 
plus  tôt;  et  leur  bord  intérieur  a  été  recou- 
vert par  les  derniers  dépôts  des  couches  sui- 
vantes;  celles-ci   se  trouvant  ensuite  les 

f)Ius  rapprochées  du  rivage,  ont  terminé 
eurs  dépôts  avant  les  suivants,  dont  les 
dernières  assises  les  ont  recouverts  ;  et  de 
iDÔnne  pour  les  suivantes,  à  mesure  qu'on 
avance  vers  le  centre  de  la  mer  et  que  les 
eaux  se  retiraient  par  une  cause  ou  par 
une  autre.  » 

M.  Maupied  s'eObrce  ensuite  de  montrer 
par  des  figures  comment  un  même  fleuve  a 
pa  former  en  même  temps  et  tout  à  la  fois 
les  terrains  jurassiques,  crétacés  et  tertiai- 
re^. Cette  théorie  est  loin  d'être  satisfaisante. 
L>utour  cherche  i  l'appuyer  sur  la  paléon- 


tologie ;  mais  c'est  surtout  la  paléontologie 
qui  la  repousse  et  Fanéantit  complètement. 

(Voy.    CotXHES     SÉDIME?(TAIRES  ;    SÉDIirE:iITS 

A?iciE?is,  etc.;  Perturbations  géologiques;' 
Espèces  FOSSILES  ;  Genres  fossiles.) 

Abordons  une  autre  question,  la  question 
du  temps  nécessaire  à  l'aciromplissement 
des  pb^omènes  géologiques.  C*est  ici  re- 
cueil des  théories  scientifiques  et  de  l'inter- 
prétation génésiaque,  présentées  par  H.  Mau- 
pied. Voyons  toutefois  le  résultat  des  efforts 
du  savant  auteur. 

«  Nous  devons  d*abord  bien  fixer  la  ques- 
tion, dit  M.  Maupied,  en  mettant  de  côté  le 
noyau  central  de  la  terre  avec  ses  grandes 
chaînes  granitiques,  parce  que  nous  avons 
démontré  que  ce  noyau  pnmitif  avec  ses 
montagnes,  ses  vallées,  ses  fleuves  et  ses 
mers,  ne  pouvait  être  attribué  qu'à  la  vo- 
lonté immédiate  du  Créateur.  Par  consé- 
quent, il  n'y  a  point  de  longues  durées  de 
temps  à  chercher  pour  sa  production.  Mais 
nous  avons,  sinon  prouvé,  au  moins  donné' 
de  fortes  raisons  de  croire  que  les  gneiss  et 
les  schistes  primaires,  dépourvus  de  débris 
organiques,  ou  bien  datent  de  la  création, 
ou  bien  sont  des  décompositions  ou  des 
|)roduits  sur  place  des  montagnes  primi* 
tives. 

«  La  question  se  réduit  donc  à  savoir  com- 
bien de  temps  ont  clemandé,  pour  leur  for- 
mation, les  terrains  primaires  de  dépôts  cl 
de  transport,  les  terrains  secondaires  et  ter- 
tiaires*.' 

«  Nous  aurons  dès  lors  à  examiner  d*abord 
chaçine  terrain  en  particulier,  dans  sa  com- 
position minéralogique  et  organique,  végé- 
tale ou  animale,  puis  dans  ses  causes  de  ' 
formation  ;  en  second  lieu,  nous  aurons  à 
examiner  tous  les  terrains  dans  leur  ensem- 
ble et  leur  rapport,  se  formant  sous  l'in- 
fluence des  deux  causes  principales,  aqueuse 
et  ignée. 

«  I,  Temps  nécesêÇLire  à  la  formation  de$ 
terrains primaireê.  —  Les  terrains  i)rimaires 
renferment  des  gneiss^  des  micaschistes,  des 
schistes,  des  calcaires  et  des  grès. 

«  La  plupart  des  gneiss  peuvent  être  con-' 
sidérés  ou  comme  de  même  origine  que  les 

Srwits,  ou  comme  une  exfoliation  sur  place  ' 
es  parties  superficielles  des  granits,  d'où 
les  agents  météoriques  ou  les  eaux  auraient  ' 
enlevé   certaines  substances   composantes. 
Mais  comme  cette  décomposition  a  dû  se' 
faire  plus  ou  moins  rapidement,  suivant  les 
circonstances  des  localités  diverses,  il  n*est 

Eas  possible  d'avoir  une  mesure  de  temps, 
ien  qu'on  doive  admettre  que  cela  s*est  lait 
d'autant  plus  rapidement  que  les  montagnes 
granitiques  étaient  plus  élevées  et  exposées  à 
un  climat  plus  chaud  et  plus  uniformément 
humide  par  les  évaporations  aqueuses, 
comme  tout  prouve  que  cela  dut  avoir  lieu 
dans  les  premiers  temps,  alors  que  les  mers 
couvraient  la  plus  grande  partie  de  nos  con- 
tinents actuels. 

«  Les  micaschistes  et  plusieurs  schistes 
sont  dans  le  même  cas  que  les  gneiss;  la 
plupart  peuvent  être  considérés  comme  pri^ 


m 


HA« 


DlCTIONNAmE  D£  COSMObONU! 


lUU 


ISi 


mitiâ  Ou  modiQés  sur  place  par  des  causes 
analogues. 

«  Mais  les  gneiss»  les  micaschistes  et  les 
schistes  qui  sont  le  résu1tatd*un  dépôt  aqueux 
se  sont  formés  avec  d*autaut  plus  de  rapidité 
que  les  montagnes  qui  en  ont  fourni  les 
matériaux  étaient  plus  élevées  ;  que  les 
agents  météoriques  et  aqueux  étaient  plus 
énergiques,  ce  que  tout  prouve  avoir  eu 
'lieu  dans  Torlgine.  Buffon  assure,  d'après 
sa  propre  expérience,  que  tout  le  monde 
pourra  s^assurer»  par  des  procédés  aisés  à 
répéter,  que  le  verre  et  les  grès  eu  poudre 
se  convertissent,  en  peu  de  tempe^  eu  argile, 
seulement  en  séjournant  dans  l'eau.  Voilà 
donc  l'origine  des  micaschistes  et  des  schisr 
tes,  qui  ont  dû  demander  d'autant  moins  de 
tem|)s  pour  se  former,  que  les  agents  mé- 
téoriques réduisaient  plus  rapidement  en 
poudre  les  substances  vitçescibles  et  sableu- 
ses des  granits,  et  que  les  eaux  s'cu  empa- 
raient plus  promptement  et  sur  une  vaste 
<h)helle. 

«  Les  sables,  les  grès,  les  grauwacke^  ou 
psammites  sont  tous  .des  détritus  des  mon- 
tagnes primitives,  plus  ou  moins  mélangés, 
plus  ou  moins  réduits  eu  grains  fins  et  ho- 
mogènes, et  qui  ont  dû  aussi  demander  d'au- 
tant moins  de  temps  que  les  causes  déjà 
mentionnées  étaient  plus  actives.  Nous  avo^s 
vu,  en  effet,  que  les  montagnes  s'abaissaient 
rapidement,  et  fournissaient  une  grande 
abondance  de  détritus,  jusqu'à  ce  qu'elles 
fussent  arrivées  à  une  pente  de  |i0*  à  45% 
état  où  elles  demeuraient  à  peu  près  station- 
naires  (697). 

«  Les  calcaires  primaires  peuvent  être 
considérés  ou  cmnme  primiliJEs ,  ou  bien 
comme  un  résultat  de  la  chaiix  contenue 
dans  les  roches  primitives  et  ""combinées 
avec  l'acide  carbonique  que  les  eaux,  dis- 
solvent continuellement  de  l'atmosphère, 
ou  bien  encoi^  commç.  un  produit  organi* 
que.  Dans  les  deux  premiers  'cas,  il  aura 
fallu  d'autant  moins  de  temps  pour  les  for- 
mer que  les  éléments  étaient  xî^rges  et  dans 
toute  leur  viguçur ,  tandis  qu'une  fois  ror 
raaniés  et  transformés,  ils  demeurent  sta^ 
IV.es.  QuaAt  aux  calcaires  organiques  y  noua 
en  parlerons  oi-dessous. 

«  La  or^ia]li$atioa  et  les  nombreux  cris- 
•auz  qu'on  riencontre  surtout  dans  les  ter- 
rains pirim^res ,  ont  demandé  encore  beau- 
ix>up  moins  de  temps;  on  cité,  en  effet,  un 
vrand  nombre  de  cristaux  de  roche  formés 
clans  les  marbres  de  Carrare  et  en  plusieurs 
autres  lieux,  la  silice  à  l'état  gélatineux  s'e^t 
rristallisée  eh  tin  e^uljour  par /a  êeule  chor^ 
leur  aitnosplèériaue :  ces  faits  de  cristallisa- 
tien  ,  que  les  piutoniens  veulent  attribuer 
exclusivement  au  feu,  ont  été  observés  par 
les  minéralogistes  les  plus  compétents,  et 
prouvent  que  les  lois  de  la  nature  actuelle 
sont  les  mêmes  que  celles  de  la  nature  pri- 
mitive, et  qu'il  est  superflu  d'appeler  une 
chaleur  hypothétique  et  inconnue  pour  for- 
mer notre  globe  et  ses  cristaux  (698). 

(MT)  Leçon  vu\ 


«i  La  rapidité  avec  laquelle  se  soHdifieiit 
toutes  les  roches  exondées,  ta  probabilité 
que  les  agents  électriques  ou  caloriques  oui 
modifié  plusieurs  roches,  ne  permettent  pas 
de  prendre  eu  considération  le  temps  qQ« 
demandent  le^  CQuches  calcaires  et  siliceo- 
ses. 

«  SMI  faut  admettre  dans  les  terraitis  pri- 
maires l'action  des  soui^ces  thermales  sili- 
ceuses et  calearifères,  l'exemple  destrarer 
tins  de  Rome,qui  offrent  dans  les  temps  hi^ 
toriques  plus  de  60  à  80  pieds  de  puissance, 
et  plusieurs  autres  faits  analogues,  n  allan 
gent  pas  non  plus  beaucoup  le  temps. 

<c  Enfin ,  si  l'on  considère  que  tous  ce$ 
groupes  de  roches  se  formaient  simullané- 
mcnt  en  des  localités  diverses,  ou  en  des 
points  divers  de  la  même  loca1it<^,  ou  coiq- 
prendra  qu'il  n  a  pas  fallu  des  milliers  dis- 
uées  pQur  former  les  terrains  primaires. 

n  II.  Terrains  secondaires.  —  Les  tetrains 
secondaires  sont  formés  des  détritus  da 
montagnes  primitives  dans  leors  sablfêel 
leurs  argiles,  sur  lesquels  nous  ne  reTiefi- 
drons  pas^  de  substances  charbonneuses; 
de.  substances,  calcaires  et  siliceuses  ;  de  cou- 
ches de  pleine  mer  et  de  rivages;  de  débris 
de  lislocations  ou  de  soulèvements,  etc. 
Nous  allons  passer  eipi  revue  cbacuoe  de  ces 
substances. 

«  Les  charbons  de  terre  ou  houilles  àffraol 
seals  une  diflicultè  parmi  les  substances 
charbonneuses,  nous  ne  nous  occuperons 
que  d'eux.  Quand  on  étudie  de  près  les  boait- 
1ères,  on  ne  tarde  pas  à  se  convaincre  auei* 
les  se  rapprochent  plua  dçs.  tourbes  d'uoe 
part  et  des  détritus  végétaux  transportés  dans 
Qvs  lacs  ou  des  bassms  marins,  de  Taulre, 
que  de  tout  autre  fait. 

«  On  trouve  des  charbons  dans  presque 
tous  les  terrains,  excepté  dans  les  temios 

Erimitifs  ;  cependant  les  couches  de  char- 
t>n  se  trouvent  le  plus  souvent  dans  iescoa- 
çhes  schisteuses,  appuyées  aux  moniagnes 
primitives  ;  elles  sont  recouvertes  de  scbiste, 
grès,  et  tomours  plus  ou  moins  séparées 
par  des  couençs  argileuses  et  sableuses  qui 
s*întercalent  entre  chaque  lit  de  houille. 

t  Les  bassins  houillc>s  sont  toujours  par- 
faitement circonscrits  et  limités,  ce  qui,joinl 
iL  Talternance  dos  couches,  ne  laisse  aucoo 
doute  sur  leur  formation  dans  des  baies  na- 
rines, des  lacs  ou  d'immenses  maréca^ies. 
«Lés  débris  d'animaux  ou  de  Yégéîaiii 
qu'on  trouve  dans  les  houilles,  les  huiles  biw- 
mineuses,  l'alcali  ammoniacal,  l'azote,  IV* 
drbgène  sulfuréqu'on  en  retire, ne permcttet:' 

t)as  de  douter  que  les  êtres  orc^anisés  ne 
eur  aient  donné  naissance. 

«  Jamais  on  ne  trouve  une  coucbe  w 
charbon  seule;  il  v  en  a  toujours  riȔ- 
sieurs  superposées  les  unes  au-dessus  des 
autres,  et  elles  sont  séparées  par  d'autres 
couches  de  différentes  substances.  L'é(4is- 
seur  des  différents  lits  de  houille  super/^ 
ses  n'est  pas  la  même  :  il  y  en  adontl  épais- 
seur n'est  que  de  quelques  lignes,  et  qui  osi 

(G%}  n^vui  britannique,  t.  Il,  p.  315  et  soit. 


155 


MAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MAU 


§54 


la  même  étendue  en  surface  que  les  plus 
épais;  il  y  a,  au  contraire ,  des  couches  qui 
ont  jusqu'à  40  et  50  pieds  d'épaisseur.  En- 
fin ,  les  couches  sont  plus  ou  moins  nom- 
breuses suivant  les  bassins.  Dans  les  mon- 
tagnes de  SaintrCilleSt  près  de  Liège ,  on 
compte  61  couches  de  charbon;  ailleurs  on 
p*en  compte  que  40  et  même  moins,  et,  dans 
quelques  endroits  très-rares,  il  s'en  est 
trouvé  jusqu'à  80. 

€  Tous  les  faits  précédents  ne  permettent 
pas  d'attribuer  la  formation  des  houilles  à 
des  révolutions  successives  des  eaux  qui  au- 
raient envahi  et  évacué  tour  à  tour  le  sol  où 
croissaient  les  végétaux  qui  ont  donné  nais- 
sance aux  houilles.  Que  de  révolutions  in- 
crojables,  en  effet,  puisqu'il  j  en  aurait  eu 
aulantmie  de  couches  1  Comment  auraient- 
elles  été  si  parfaitement  limitées,  qu'au  nom- 
bre de  80,  de  60  dans  certains  lieux ,  elles 
n'eussent  été,  sur  d'autres  points,  qu'au 
nombre  de  40  et  moins? 

m  Comment  le  sol  se  serait-il  relevé  et  suc- 
cessivement abaissé  autant  de  fois  sur  le  mê- 
me point,  pour  recevoir  les  eaux  et  les  ex- 
pulser ensuite  à  chaque  fois?  ou  bien ,  com- 
ment le  fond  du  bassin  eût-il  été  assez  peu 
inondé  pour  laisser  croître  les  végétaux, 
tandis  que  tout  autour  les  eaux  auraient 
continué  à  déposer  des  argiles  et  des  sables  ? 
Comment,  enfin,  dans  cette  supposition,  y 
j  aarait-il  des  couches  de  quelques  lignes 
seulement  d'épaisseur?  On  le  voit,  toutes 
cps  diffirultés  insolubles  repoussent  l'hypo- 
thèse des  révolutions,  pour  nous  ramener 
encore  ici  à  des  causes  simples ,  naturelles 
et  continues. 

m  En  effet,  les  observations  ont  fait  re- 
connaître que  le  plus  grand  nombre  des  vér 
gétaux  déterminés  de  la  houille  appartien- 
nent aux  cryptogames  vasculaires,  et  les 
autres  aux  pnanérogamesi  monocotylédo- 
nes  ;  on  sait,  en  outre,  que  les  cryptogames 
vasculaires  vivantes  de  nos  zones  tempérées 
sont  en  général  des  plantes  basses  et  ram- 
pantes, tandis  que  celles  du  terrain  houjller 
»e  distinguent  par  des  tiges  de  très-grandes 
dimensions. 

«  Les  indices  connus  font  penser  que  les 
gîtes  houillêrs  de  toutes  les  parties  du 
globf ,  de  tontes  les  zones,  présentent  les 
tnétnes  caractères  de  végétation. 

«  Or,  la  comparaison  de  la  flore  houillère 
arec  celle  des  diverses  régions  du  globe ,  la 
rapproche  de  la  flore  de  la  zone  torride,  et 
principalement  de  celle  des  Iles  plus  petites 
et  plus  éloignées  des  continents.  On  remar- 
que ,  en  effet,  que  ces  îles  se  rapprochent 
«iavanta^e  de  ce  que  nous  connaissons  dans 
les  terrains  houillêrs ,  tant  par  la  proportion 
numérique  des  espèces  de  différentes  clas- 
.scs  ,  que  par  le  développement  que  pren- 
nent ces  espèces. 

«  Ce  rapprochement  a  fait  supposer  que 
non-seulement  nos  contrées  étaient ,  à  l'é- 
poque de  la  formation  du  terrain  houiller , 
douées  d'une  température  plus  élevée  que 
celle  dont  elles  jouissent  maintenant,  mais 
«Qssi,  qu'au  lieu. d'appartenir  à  de  içrands 


continents,  elles  formaient  des  archipels 
composés  d'iles  peu  étendues  au  milieu  diine 
vaste  mer;  conséquence  qui  reçoit  encore 
une  nouvelle  confirmation  de  raljsence  de 
débris  d'animaux  terrestres  dans  les  terrains 
primordiaux  en  général,  et  puis  de  la  posi- 
tion même  des  houillères  autour  d'iles  de 
terrain  primitii  •  de  montagnes  au  pied 
desquelles  on  les  rencontre  toujours. 

«  Les  rapports  de  la  houille  avec  le  char- 
lion  végétal  et  avec  la  tourbe ,  ainsi  que  Ta- 
boudance  des  restes  de  végétaux  qui  l'ac- 
compagnent, ont  fait  supposer,  depuis  long- 
temps, qu'elle  devait  son  origine  principale 
à  la  décomposition  des  végétaux  ;  mais  on 
objectait,  contre  cette  hypothèse,  qu'il  était 
diuicile  de  supposer,  surtout  dans  nos  con- 
trées tempérées,  une  force  végétative  suffi- 
sante pour  produire  des  masses  aussi  im- 
portantes ouenos  couches  de  houille.  Or, 
cette  difficulté  se  trouve  en  partie  levée  par 
le  £ait  que  la  flore  de  cette  époque  est  pres- 
que exclusivement  composée  de  ces  plantes 
simples,  dont  le  développement  a  lieu  a?ec 
rapidité  sous  des  circonstances  favorables  ; 
circonstances  dont  l'élévation  de  la  tempé- 
rature primitive  par  la  plus  grande  étendue 
des  mers  est  la  principale. 

«  Deux  opinions  principales  se  sont  pré- 
sentées pour  expliquer  la  formation  de  la 
houille.  L'une  admet  que  la  houille  a  été 
formée  comme  nos  tourbes,  sur  la  place 
même  où  croissent  les  végétaux  ;  l'autre  , 
que  les  substances  végétales  ont  été  réduites 
en  bouillie  et  transportées  par  les  eaui  avec 
des.parties  plus  ou  moins  considérables  de 
végétaux  intègres. 

«  La  première  opinion  nous  conduit  à  re- 
connaître, dans  les  bassins  houillêrs,  d'an- 
ciennes tourbières.  Rappelons  donc  les  phé- 
nomènes des  tourbières. 

*  Elles  se  trouvent  le  plus  ordinairement 
dans  les  lieux  bas  et  marécageux  ;  néan- 
moins, il  y  en  a  aussi  dans  les  lieux  très- 
élevés ,  pourvu  qu'il  s'y  trouve  des  maré- 
cages. 

«  Le  sol  toujours  très-spongieux  des  tour- 
bières retient  les  eaux  des  pluies,  qui,  en 
devenant  trop  abondantes  •  soulèvent  la 
masse  entière  de  la  tourbe.  Si  elle  est  située 
dans  des  lieux  inclinés,  elle  coule  alors 
comme  font  les  glaces  dans  les  hautes  mon-» 
tagnes.  Elle  s'étend  de  cette  manière  sur  des 
terrains  considérables,  et  Ton  ne  peut  arrê- 
ter ses  progrès  qu'en  pratiquant  des  fossés 
d'écoulement  pour  les  eaux. 

m  Dans  les  lieux  bas,  la  tourbe  est  égale- 
ment soulevée  au  point  de  former  des  iles 
flottantes,  qui  sont  quelquefois  entraînées 
jusqu'à  la  mer. 

«  Les  plantes  aquatiques  qui  contribuent 
le  plus  à  la  formation  de  la  tourbe,  sont  les 
prèles,  les  scirpes,  les  typha,  les  confer- 
ves,  etc.  Ces  plantes  végètent  avec  baueoup 
de  force  et  augmentent  chaque  année  la 
tourbe  d'une  quantité  considérable. 

c  II  se  forme  dans  les  tourbières,  des  py- 
rites, des  huiles  bitumineuses,  des  gaz,  des 
acides  sulfuriques  et  sulfureux,  etc. 


955 


MA13 


DICTIONINAIRE  D£  COSÂlOGOr^lË 


UAU 


U 


«Dans  un  grand  nombre  de  hoaillères, 
les  végétaux  sont  les  mêmes  que  dans  les 
tourbes,  ou  bien  ce  sont  des  analo^rues.  Tout 
porte  donc  à  croire  que  plusieurs  nouillères 
ont  commencé  par  être  des  tourbières.  Seu- 
lement, comme  dans  le  principe  les  îles  ma- 
récageuses étaient  environnées  d'eau  de  tou- 
tes parts,  et  la  température  était  plus  élevée 
et  plus  uniforme ,  comme  tout  porte  à  le 
croire,  et  comme  cela  a  encore  lieu  dans  les 
lies  et  les  pays  voisins  des  mers,  la  végéta- 
tion y  était  plus  vigoureuse  ;  des  espèces 
différentes  pouvaient  y  vivre,  ou  bien  les 
espèces  actuelles  pouvaient  y  al  teindre  des 
pro[)ortions  qu'elles  n'atteignent  plus.  El 
ainsi,  les  détritus  de  chaque  année  étaient 

{)lus  considérables.  Si  les  tourbes  de  la  Hol- 
ande  croissent  déjà  si  rapidement,  que  de- 
vaient donc  être  les  tourbières  anciennes  ? 

«  La  présence,  dans  le  terrain  houiller,  de 
végétaux  très -délicats  ,  qui  ont  conservé 
toutes  leurs  parties,  la  rareté  des  animaux 
aquatiques  dans  ce  même  terrain ,  et  son 
analogie  avec  la  formation  actuelle  des  tour- 
bes dans  les  lieux  bas  et  marécageux,  déter- 
minent M.  Adolphe  Brongniart  à  penser  que 
le  terrain  houiller  a  été  formé  dans  des  îles 
basses  et  marécageuses,  sujettes  à  des  inon- 
dations qui  déposaient,  au-dessus  des  dépôts 
végétaux,  les  couches  de  schistes  et  de  psam- 
mites  qui  séparent  ordinairement  les  cou- 
ches de  houille.  On  conçoit,  en  effet,  que  ce 
mode  de  formation  a  pu  avoir  lieu  pour  cer- 
tains endroits. 

«  En  effet,  aujourd'hui,  nous  voyons  les 
grandes  inondations,  les  années  pluvieuses, 
se  reproduire  presque  périodiquement,  de 
façon  à  laisser  quelques  années  entre  les 
inondations  des  pluies  extraordinaires  ;  sous 
d'autres  climats,  au  contraire,  la  période 
des  pluies  et  des  inondations  est  annuelle; 
elle  l'est  même  plus  ou  moins  pour  tous  les 
climats.  Il  est  très-convenable  d'admettre  qiie 
cette  périodicité  a  dû  exister  dans  tous  les 
temps,  et  être  peut-être  même  plus  pronon- 
cée dans  les  premiers  temps  pour  les  îles 
tourbeuses  environnées  de  mers.  Or  il  est 
évident  qu'entre  chaque  période  pluvieuse 
annuelle  ou  de  plusieurs  années,  la  couche 
de  tourbe  acquérait  une  épaisseur  d'autant 
plus  considérable  que  les  conditions  étaient 

?lus  favorables,  et  que  les  années  pluvieuses 
talent  plus  éloignées  les  unes  des  autres. 
Chaque  inondation  venait  couvrir  la  couche 
de  détritus  tourbeux  ,  d'une  ou  plusieurs 
couches  de  gravier,  de  sable  ou  d'argile,  etc., 
qui  étouffait  la  végétation,  et  n'en  laissait 
les  germes  que  çà  et  le,  et  principalement 
sur  les  bords  du  marécage.  L'inondation 

f)assée,  ces  germes  de  végétation  se  déve- 
oppaient  de  nouveau  sur  toutes  les  couches 
minérales,  et  cela  avec  une  rapidité  dont  ce 
qui  se  passe  aujourd'hui  après  les  inonda 
tions  de  nos  fleuves  et  de  nos  torrents,  nous 
donne  une  idée.  De  la  sorte,  une  nouvelle 
couche  tourbeuse  se  formait,  pour  être  en- 
suite recouverte  par  une  nouvelle  inonda- 
tion, et  ainsi  de  suite,  pendant  un  temps 
d'autant  plus  long,  que  le  bassin  marécageux 


était  plus  profond  et  d'un  niveau  plus  abaL<!- 
se  ;  ce  qui  explique  le  grand  nombre  de 
certains  bassins  très-bas ,  auprès  du  petit 
nombre  de  couches,  d'autres  bassins  moins 
bas  et  moins  profonds,  et  qui  furent  par  là 
même  plus  tôt  comblés  et  desséchés. 

«  De  la  sorte  ,  la  succession  alternative 
des  mêmes  phénomènes  a  produit  Talter- 
nance  des  nombreuses  couches  de  houille  et 
d'argile  ou'  de  psammites  qu'on  rencontre 
en  certaines  localités.  Mois  il  est  évident 
que  ce  mode  naturel  n'admet  aucune  révo- 
lution,, aucunes  destructions  successives  de 
plusieurs  créations  végétales,  puisque  tou- 
tes les  assises  présentent  les  mêmes  vé^ 
taux  ;  il  n'admet  pas  davantage  des  irrup- 
tions itératives  avec  des  séjours  plus  ou 
moins  prolongés  des  eaux  marines,  qui  au- 
raient certainement  détruit  tous  les  germes, 
toutes  les  sources  de  la  végétation,  et  empê- 
ché par  là  même  la  continuation  de  sa  re- 
production, de  ses  dépôts  et  des  alternances 
des  couches  végétales  et  minérales.  Tandis 
qu'il  est  tout  naturel  d'admettre,  ce  que nons 
voyons  tous  les  jours,  que  la  première  vé- 

Fétation,  développée  et  accumulée  sur  toute 
étendue  d'un  bassin  marécageui,  soit  mo- 
mentanément recouverte  et  détruite  par  le 
séjour  des  çaux  météoriques  et  fluviatiie?, 
et  par  leurs  dépôts  dans  le  fond  de  ce  ba5- 
sin  ;  puisque,  1  eau  venant  à  diminuer  soit 
par  la  saison  plus  chaude,  soit  par  l'accu- 
mulation des  dépôts  minéraux  et  la  cessa- 
tion des  pluies,  les  végétaux  des  bords  ou 
des  îlots  du  marécage  qui  auront  survécu 
èî  l'inondation,  regagnent  de  nouveau  tous 
les  dépôts  à  demi  desséchés  et  s'y  propagent 
juscju  à  ce  que  revienne  une  nouvelle  inon- 
dation, toujours  partielle,  au  moins  dans  son 
séjour  plus  ou  moins  prolongé.  Dans  celt-^ 
interprétation  naturelle,  rien' n'empêche  de 
regarder  le  fond  du  bassin  marécageux 
comme  un  lac  plus  ou  moins  étendu,  dans 
lequel  des  cours  et  des  crues  d'eau  amènent 
tous  les  détritus  végétaux,  les  îlots  flottaou 
de  tourbes,  des  parages  marécageux  enri- 
ronnants,  en  même  temps  que  dans  djautres 
circonstances,  d'autres  saisons  ou  d'autres 
années ,  ils  y  amèneront  des  sables  et  des 
argiles.  Réduite  à  ces  proportions  naturelles 
et  intîniment  probables,  cette  interprétation 
devient  claire  et  nette,  sans  qu'il  soil  besoin 
des  miraculeuses  destructions  et  des  créa- 
tions successives  plus  miraculeuses  encore; 
mais  aussi  on  est  obligé  de  renoncer  à  ces 
magnifiques  évolutions  des  siècles  indéfinis 
se  déroulant  en  milliers  et  en  millions dan^ 
nées  au  gré  d'une  imagination  féconde  qui 
se  complaît  à  briser  les  limites  trop  étroites 
du  réel  pour  voguer  et  se  balancer  à  I  «^^ 
sur  l'océan  sans  rivages  de  ce  qui  lui  fàrm 
possible. 

«  La  seconde  opinion,  celle  qui  admettre 
les  substances  végétales  de  la  houille  ont  «« 
transportées  par  les  eaux,  s'appuie  wJJ 
position  et  la  disposition  des  coucbcsde 
houille  dans  plusieurs  bassins,  sur  la  J^ 
sence  de  débris  d'animaux  aquatiques  ni^ 
rins  et  d'eau  douce ,  sur  la  grande  quMtn» 


MY 


HAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


IIAU 


938 


de  Tégétaux  charriés  encore  aujourd'hui  par 
les  grands  fleuves  d'Amérique,  sur  les  dépôts 
que  /es  fleures  apportent  encore  dans  les 
lacs,  etc.  Or  il  faut  avouer  que  ces  raisons 
lie  sont  pas  moins  puissantes  que  celles  de 
Topinion  précédente.  Nous  croyons  donc  que 
Texclusion  ne  doit  pas  plus  être  admise  ici 
que  dans  tous  les  autres  phénomènes  géolo- 
giques; mais  que  Ton  doit  accepter  la  di- 
versité des  causes  qui  ont  agi  simultané- 
ment, suivant  la  différence  des  localités  et 
des  circonstances.  Et  dès  lors,  pendant  que, 
suivant  la  première  opinion,  de  la  houille 
se  formait  pour  ainsi  dire  snr  place  dans 
une  lie  marécageuse,  des  fleuves,  traversant 
d'immenses  forêts  sur  un  autre  p/sint  du 

S  lobe,  charriaient  des  masses  considérables 
e  détritus  et  des  parties  mêmes  de  végé- 
taux, ici  dans  un  lac  d'eau  douce ,  ailleurs 
dans  un  golfe  marin.  Puis,  quand  la  saison 
des  détritus  aura  été  passée,  ces  mêmes  fleu- 
ves auront  déposé  des  sables  ou  des  argiles; 
ou  bien  encore,  la  mer  ou  les  eaux  du  lac 
auront  étendu  leurs  dépôts  minéralogiques 
sur  les  couches  végétales.  A  la  saison  sui- 
vante, les  détritus  végétaux  auront  recom- 
mencé de  nouveau  à  être  charriés  pour  être 
encore  recouverts  par  des  couches  minéra- 
les, et  ainsi  de  suite.  Dans  certaines  années 
de  tempêtes,  de  ravinement  plus  profond, 
de  pluies  plus  abondantes  et  plus  continues, 
les  détritus  végétaux  auront  pu  être  balayés 
de  toutes  les  parties  de  la  vaste  forêt,  en- 
traînés plus  longtemps  et  plus  abondamment 
par  le  fleuve  et  ses  aflluents,  et  ils  auront 
ainsi  donné  naissance  aux  couches  charbon- 
neuses les  pfus  puissantes.  Dans  une  autre 
année,  au  contraire,  la  sécheresse  ou  d'au- 
tres causes  auront  diminué  la  quantité  des 
détritus,  et  il  ne  se  sera  déposé  qu'une 
couche  très-mince.  Enfin,  les  mollusques 
terrestres,  fluviatiles  et  marins,  ainsi  que 
plusieurs  autres  animaux,  tels  que  poissons 
et  reptiles  d'embouchure,  auront  été,  dans 
tous  les  cas,  entraînés  et  déposés  avec  les 
véffétaux  ou  les  couches  qui  les  recouvrent. 
Tel  est  évidemment,  dans  plusieurs  cas, 
l'un  des  modes  de  dépôt  de  la  houille,  dont 
ce  qui  se  passe  dans  les  grands  fleuves  et  les 
Tastes  forêts  d'Amérique  nous  donne  une 
idée. 

«  La  comparaison  des  gîtes  houillers  jus- 
tifie d'ailleurs  les  deux  modes  de  formation 
que  nous  venons  d'exposer;  ainsi  la  plu- 
part des  gttes  houillers  du  plateau  central 
de  la  France  ont  été  formés  dans  des  flaques 
d*eaadouce,  et  se  rapportent  probablement  au 
premier  mode  ;  les  nouillères  de  Bcflgique  et 
d'Angleterre  paraissent,  au  contraire,  se 
rapporter  au  second  mode. 

«  Cependant,  soit  que  te  bassin  houiller 
eût  été  une  tourbière,  soit  qu'il  eût  été  un 
bassin  de  dé'pôts  transporte^,  il  dut  sy  pas- 
ser ee  que  nous  vovons  encore  se  passer 
aDJoardiiui  dans  cfes  circonstances  analo- 
gues, n  se  dégagea  de  ces  matières  végétales 
et  animales,  avant  leur  minéralisation,  beau- 
coup de  gas  d'hydrogène  sulfuré ,  d'azote, 
d'acide  caFbonique,  etc.,  comme  il  s'en  dé- 


gage des  marais  et  de  toutes  les  matières 
végétales  et  animales  amoncelées  et  passant 
à  l'état  de  décomposition;  Or  nous  savons 
que  dans  les  lieux  où  se  dégagent  tous  ces 
gaz,  il  se  forme  du  soufre  ;  que  ce  soufre  en 
se  combinant  avec  le  fer  de  ces  substances^ 
ou  avec  du  fer  de  nouvelle  formation,  pro- 
duit des  pyrites.  Nous  retrouvons,  en  elfet, 
l'acide  sulfurique  et  les  pyrites  dans  les 
tourbes,  dans  quelques  bois  fossiles,  et  jus- 

3ue  dans  les  argiles,  les  schistes  et  les  ar- 
oises. 

«  On  doit  donc  concevoir  facilement,  d'a- 
près ces  faits,  qu'il  se  sera  formé  des  pyrites 
et  du  soufre,  au  milieu  des  bois  transportés, 
des  tourbes  et  de  toutes  les  matières  végé- 
tales et  animales  qui  ont  concouru  à  la  for- 
mation des  charbons. 

«  Cependant,  les  pyrites  décomposés  par 
les  causes  connues  contractèrent  de  la  cha- 
leur; une  fermentation  fut  déterminée:  un 
embrasement  auquel  la  décomposition  de 
l'eau  et  même  de  la  substance  végétale  four- 
nissait l'hydrogène  et  l'oxygène  suffisants, 
avait  d'abord  son  foyer  dans  les  assises  pro- 
fondes du  sol,  carbonisait  la  tourbe  nu  les 
autres  substances,  sans  perte  considérable. 

«  En  effet,  les  eaux,  les  couches  argileu- 
ses, les  couches  de  sable  ou  de  grès,  fer- 
maient en  partie  le  passage  aux  gaz,  et,  en 
faisant  obstacle  au  contact  de  l'air  atmo- 
sphérique, empêchaient  une  trop  grande 
déperdition.  Tous  les  gaz  étaient  absorbés 
par  la  matière  végétale  et  bitumineuse  et  se 
combinaient  avec  elle,  puisque  nous  les  y 
retrouvons,  aussi  bien  que  les  sulfures  de 
fer  qui  donnent  h  certaines  houilles  cet  éclat 
doré,  et  les  débris  des  pyrites.  Ce  qui  con- 
firme cette  manière  de  voir,  c'est  que  les 
couches  les  plus  superficielles,  qui  ont  dft 
être  moins  éloignées  du  contact  atmosphé- 
rique, sont  beaucoup  plus  pauvres  en  bi- 
tumes et  en  principes  huileux,  aussi  bien 
qu'en  gaz,  gueles  couches  inférieures. 

c  L  explication  que  nous  donnons  ne  ré- 
pugne du  moins  à  aucune  loi  physique  ou 
chimique,  elle  a  même  ses  analogies  dans 
les  phénomènes  volcaniques  sous-marins,  et 
l'étude  des  terrains  houillers  ne  permet  pas 
de  douter  qu'ils  n'aient  subi  l'action  d'une 
chaleur  ou  d'une  fermentation  quelconque. 
On  pourra  même,  à  l'aide  de  cette  explica- 
tion, rendre  compte  de  la  plupart  des  acci- 
dents des  terrains  houillers ,  des  contourne- 
mentsdes  couches  de  houille,  puisque  la 
fermentation  ignée  a  pu  déterminer  les  mou- 
vements des  couches  et  du  sol,  en  creusant 
des  vides,  et,  par  suite,  déterminer  égale- 
ment des  brisements  du  sol  et  des  couches 
ou  des  plissements  de  celles-ci  en  sens  di- 
vers. 

«  Or,  pour  produire  tous  ces  phénomènes, 
soit  de  transport,  soit  d'accumuiation  des 
détritus  végétaux,  soit  de  minéralisation, 
il  n'aura  \)as  fallu  un  temps  énormément 
long. 

«  Ce  qui  se  passe  dans  les  grands  fleuves 
d'Amérique  nous  donnera  une  idée  du 
temps   nécessaire  au  mode  d'accumulation 


950 


UAU 


DICTIOKNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MkV 


de  la  houHle  par  transport.  Tout  le  monde 
sait  que,  dans  le  moment  actuel,  les  grands 
lleaves,  et  principalement  ceux  de  1  Amé- 
rique méridionale,  charrient  une  immense 
quantité  de  bois  et  de  plantes  marécageuses 
qu*ils  transportent  à  la  mer.  —  Plus  de  huit 
mille  pieds  cubes  de  matières  végétales  pas- 
sent, dit-on,  à  Tune  des  embouchures  du 
Mississipi  en  quelques  heures.  Or,  en  pre- 
nant pour  base  les  calculs  les  plus  désavan- 
tageux, ceux  proposés  par  les  partisans  des 
siècles  indéfinis,  calculs  faits  sur  les  bois 
réduits  en  charbon  à  Tair  et  sur  des  bois 
même  pris  dans  les  conditions  les  plus  dés- 
avantageuses, voici  les  résultats  auxquels  on 
arrive.  Suivant  ces  calculs,  on  trouve  que 
les  dépots  charbonneux  ne  peuvent  être  qiie 
les  fi'i  du  volume  primitif  des  matériaux 
qui  leur  ont  donné  naissance  ;  bien  entendu 
qu*on  ne  tient  aucun  compte  de  la  combusr 
tionsans  déperdition  que  nous  avons  indi-r 
quée,  puisqu'au  contraire  on  suppose  la 
carbonisation  s'opérant  à  l^air.  Prenant 
donc  cette  base,  et  supposant  seulement  que 
huit  mille  pieds  cubes  de  mati(^res  végétales 
passent  en  12  heures  à  l\ine  des  embou- 
chures du  Mississipi,  cela  nous  donne  16,000 
pieds  cubes  en  2!^  heures.  En  trois  mois 
cela  nous  donne  environ  1,600,000  pieds 
cubes,  qui  donneraient  352,000  pieds  cubes 
de  charbon,  ce  qui  donne  déjà  une  assez 
forte  couche  de  charbon;  mais  que  cela  se 
répète  à  toutes  les  embouchures  du  Missis- 
sipi, qui  sont  au  nombre  de  quatre  ou  cinq, 
alors  le  calcul  se  quintuple.  Enfin,  que  ces 
phénomènes  se  continuent  seulement  pen- 
dant 500  ans,  et  Ton  aura  une  masse  char- 
bonneuse de  176  millions  de  pieds  cubes. 
Maintenant,  que  ces  mêmes  phénomènes  se 
soient  accompKs  en  même  temps  sur  cin- 
quante ou  soixante  points  différents  du 
globe,  où  de  grandes  lorêts  auraient  été  tra- 
versées par  de  grands  fleuves  se  rendant, 
soit  à  la  mer,  soit  dans  des  lacs,  et  voilà 
soixante  et  quelques  houillères  qui  n'auront 
pas  demandé  plus  de  500  ans  pour  se  for-, 
mer  (699). 

«  Ouant  au  second  mode  de  formation 
des.houilles,  le  mode  tourbeux,  ce  qui  se 
passe  en  Hollande  peut  nous  permettre  de 
calculer  approximativement  le  temijs. 

<t  Ce  pays,  comme  on  le  sait,  contient  des 
quantités  immenses  de  tourbes,  et  Fart 
même*  est  parvenu  à  y  en  produire  jour- 
nellement. Les  tourbes  naturelles  sont  for- 
mées, ici  comme  ailleurs,  par  la  décompo- 
sition des  plantes  qui  croissent  dans  ces 
pays  marécageux.  On  enlève  la  tourbe  pour 
rutiliser;on  creuse,  en  l'enlevant,  un  lossé 
plus  ou  moins  étendu  dans  une  vaste  prairie 
tourbeuse.  L'eau  s'introduit  ou  est  amenée 
dans  ce  fossé.  Il  s'y  produit  des  conferva 
rivulariSf  puis  des  mousses^  des  lichens^  etc.  ; 
toutes  ces  plantes  s'amoncèlent,  se  décom- 
posent, et,  au  bout  de  6  à  10  ans,  on  a  une 
nouvelle  tourbe  qui  est  excellente  et  exploi- 
table. 

(699)  M.  Elie  de  Bcaumont,  dans  ses  leçons  de 
fféotogie^  1. 1,  est  loin  de  partager  cette  opinion.  (Voy. 


«  En  prenant  le  chiffre  le  plus  élevé,  nous 
pouvons  accorder  10  ans  au  dépôt  de  cha- 
que couche  de  houille,  quoique  les  causes 
fussent  plus  énergiques  et  leurs  effets  plos 
considérables  et  plus  rapides  dans  les  pre- 
miers temps.  Et  en  admettant  que,  terne 
moyen,  les  inondations  nui  auront  déposé 
les  couches  minérales  sur  les  couches  coar- 
bonneuses,  se  sont  produites  ainsi  de  10  ans 
en  10  ans,  nous  aurons,  en  100  ans,  10  coa- 
ches  de  houille  alternant  avec  autant  de 
couches  d'argile  ou  de  sable; en  500  ans,  50; 
en  900,  90;  en  1,000  ans,  100  couches  do 
houille  et  autant  de  couches  minérales  al* 
ternantes.  Or,  parmi  les  bassins  iiooillers 
connus,  les  plus  puissants  ne  vont  pas  aa 
delà  de  80  ou  au  plus  90  couches  alternantes, 
et  ce  ne  sont  pas  les  plus  nombreux. 

«  Que  ces  phénomènes  se  soient  seules 
ment  produits  sur  une  centaine  de  points  du 
globe,  voilà  100  nouveaur  gftes  nouillers 
qui,  joints  i^ux  soixante  et  quelques  précé- 
dents, donnent  un  plus  grand  nombre  de 
gisements  qu'on  n'en  connaît. 

«  En  outre,  le  plus  grand  nombre  de 
bassins  houillers  repo;sent  sur  les  terrains 
primitifs,  et  nous  font  pa^  conséqaent  re- 
tnonter  à  une  époque  oii  la  végétation,  ré- 
pandue sur  toute  la  surface  du  giobe,  j 
était  d'autant  plus  active  et  vigoureuse,  que 
la  température  était  plus  élevée;  que  les 
terres  exondées  étaient  des  lies  plus  oa 
moins  étendues  et  environnées  de  rastes 
mers;  que  Thumidité  chaude  était  plas 
abondante;  que  l'homme  n'avait  pu  encore 
dépouiller  la  terre  de  ses  forêts  comme  il 
Ta  fait  depuis  ;  que  les  lacs  et  les  marais  n'é- 
taient point  encore  combles  comme  ils  Toot 
été  depuis.  Nou3  sommes  ainsi  amenés  à 
conclure  que  ces  premiers  temps  furent  les 
plus  favorables  à  la  formation  des  houilles, 
et  que  quatre  ou  cinq  cents  ans  après  la 
création,  la  plupart  des  bassins  houillers 
étaient  remplis,  et  que  tous  ceux  qui  soat 
anciens  pouvaient  être  comblés  aiu  bout  de 
1,000  ans  au  plus. 

«  Or,  une  fois  que  1^  combustion  ou  la 
fermentation  y  fut  déterminée,  tout  le  monde 
sait  qu'il  ne  fui  fallut  pas  un  long  temps 

Eour  faire  passer  ces  dépôts  de  l'état  tour- 
eux  à  Tétat  de  houille. 
«  Nous  n'attachons  point  à  ces  c^culs  plus 
d'importance  qu'ils  n  en  méritent;  mais  ils 
sont  basés  sur  des  données  positives,  sur 
des  lois  et  des  analogies  naturelles,  prises 
dans  la  nature  même  des  subst^i^ces  végétales 
les  nlus  généralement  reconnues  dans  la 
houille,  tandis  que  les  calculs  de  millidBS 
d'années  exigées  par  certains  auteurs  pour 
former  les  dépôts  de  houille ,  ont  été  b^sés 
sur  nos  bois  taillis,  nos  futaies,  dont  on  n  a 

I)oint  encore  constaté  la  présence  daûs  la 
louille,  bien  qu'il  puisse  s  y  en  rencontrer; 
et,  en  outre,  sur  ces  bois  carbonisés  à  rair» 
tandis  qu'il  est  certain  que  la  houilîe  a  été 
carbonisée  hors  du  contact  atmosphérique- 
Nos  calculs  sont  plus  rationnels  et  pio< 

aussi  Couches  séduieiitaibbs.)  (Jéban  (m  ^^^' 
Clavier.) 


dsi 


UAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


UAU 


nc2 


logiques  ;  ils  sont  plus  en  rapport  avec  les 
obserrations  positires  et  les  faits  connus  ; 
calculs  pour  calculs ,  les  nôtres  Talent  donc 
les  autres,  .«'ils  ne  sont  préférables.  C'est  là 
tout  ce  que  nous  rouUons  constater. 

«  Les  substances  charbonneuses,  quelque 
puissance  qu'elles  aient  dans  l'écorce  du 
globe,  ne  peuvent  donc  fournir  aucun  appui 
a  la  haute  antiquité  de  la  terre.  Nous  avons 
i  examiner  si  les  caLcuires  seront  plus 
biYorables  à  Thypothèse  des  siècles  indéfinis. 
«  Les  calcaires  proviennent  de  trois  sources 
principales:  les  calcaires  primitifs,  qui  au- 
raient été  créés  avec  la  terre,  et  dont  nous 
ne  parlons  pas  parce  qu'on  les  a  contestés; 
les  calcaires  provenant  de  sources  thermales 
et  qui  prennent  leur  origine  dans  la  chaux 
des  roches  primitives  et  l'acide  carbonique 
continuellement  dissous  par  les  eaux;  ils 
sont  peu  nombreux  dans  le  sol  en  compa- 
raison des  suivants,  aussi  il  est  inutile  d'en 
parler;  les  troisièmes  calcaires,  qui  forment 
presque  à  eux  seuls  la  masse  la  plus  considé- 
rable du  sol  remblai,  sont  produits  par  deux 
grands  typesd'animaux,  les  malacozoaires  ou 
mollusques ,  et  les  actinozoaires  ou  rayon- 
nés. 

m  Buffon ,  de  Laméthene  et  de  Lamarck 
ont  soutenu  la  thèse  oue  les  animaux  à 
transsudation  calcaire,  dont  il  est  ici  ques- 
tion, transformaient  l'eau  en  substance  cal- 
caire ;  quelle  que  soit  la  manière  dont  on 
résolve  cette  question,  nous  croyons  avoir 
démontré,  dans  notre  dix-huitième  leçon, 
que  l'action  de  ces  animaux  avait-  dû  dimi- 
nuer la  masse  des  eaux  primitives.  Quoi 
qu'il  en  soit,  il  est  certain  que  la  plus  grande 
partie  des  calcaires  est  due  aux  mollusques 
et  aux  rayoQiiésou  madrépores.  Les  calcaires 
fétides  et  bitumineux  doivent  probablement 
^es  qualités  à  la  chair  de  ces  animaux,  comme 
i-i  substance  pierreuse  est  due  à  leurs  co- 
quilles. 

«  Or,  combien  de  temps  a-t-il  fallu  pour 
la  production  de  ces  immenses  couches  de 
calcaires  qui  forment  la  majeure  partie  de 
récorce  du  globe? 

«  Buffon  avait  très-bien  entrevu  cette  ques- 
tion, lorsqu'il  considère  que,  dans  les  mol- 
lusques ,  la  matière  pierreuse  excède  cin- 
quante ou  soixante  lois  la  masse  réelle  du 
corps  de  l'animal  ;  que  le  nombre  des  espèces 
est  immense;  que  leur  accroissement  et  leur 
multiplication  sont  prodigieux  et  rapides, 
la  durée  de  leur  vie  courte,  quoiqu'il  en 
suppose  la  moyenne  à  deux  ans  ;  lorsqu'il 
considère  qu'il  faut  multiplier  par  cinquante 
ou  soixante  le  nombre  presque  immense  de 
tous  les  individus  de  chaque  espèce,  pour  se 
faire  une  idée  de  toute  la  matière  pierreuse 
produite  en  dix  ans;  qu'enfin  ce  bloc  déjà 
si  'gros  de  matière  pierreuse  doit  être  aug- 
menté d'autant  de  pareils  blocs  qu'il  y  a  de 
fois  dix  ans  dans  tous  les  siècles  qui  se  sont 
écoulés  depuis  le  commencement  du  monde. 
Nous  ajouterons  seulement  au  problème 
quelques  données  plus  précises  :  1*  les  es- 
pèces fossiles,  en  général,  sont  beaucoup 
plus  grosses  et  de  plus  grande  taille  que  les 


vivantes  ;  ainsi  les  ammonites,  qui  ont  quel- 

Juefois  plus  d'un  mètre  de  diamètre;  les 
normes  cérites,  les  crands  buccins,  etc.,  etc. 
2*  On  compte  déjà  plus  de  six  mille  espèces 
fossiles  perdues,  sans  parler  des  vivantes 
qui  sont  bien  au  moins  au  nombre  de  quatre 
mille  espèces,  ce  qui  donne  environ  dix  mille 
espèces,  dr  Les  individus  de  chaque  espèce 
sont  certainement  de  plusieurs  milliers ,  et 
il  serait  même  téméraire  de  vouloir  en  fixer 
le  nombre  ;  nous  serons  donc  bien  au-des- 
sous de  la  réalité  en  prenant  le  nombre  de 
dix  mille.  En  outre,  il  faut  considérer  que 
ce  nombre  se  décuple  au  moins  tous  les  dix 
ans. 

«  D'après  ces  données  on  peut  compter 
environ  un  quatrillion  d'indiviiius,  produi- 
sant, l'un  portant  l'autre,  un  pied  cube  de 
calcaire  en  dix  ans,  terme  moyen  de  leur 
vie  établi  par  Buffon.  Or,  en  2,000  ans  seu- 
lement, nous  aurions  200  quatriliions  de 
pieds  cubes  de  matière  calcaire. 

m  Cependant  la  surface  exondée  de  la  terre 
est  d'environ  huit  millions  de  lieues  carrées, 
ou ,  en  négligeant  les  chiffres  secondaires , 
un  quatrillion  de  pieds  carrés.  Par  consé- 
quent, en  2,000  ans  seulement,  les  mollus- 
ques auraient  pu  couvrir  la  terre  exondée 
d'une  couche  toute  de  calcaire  de  deux  cents 
pieds  de  puissance  ;  et,  si  l'on  veut  réduire 
a  la  moitié,  à  cause  de  la  compression  et  des 
divers  accidents,  cette  couche  aurait  cent 
pieds  de  puissance.  II  s'en  faut  beau^vp 
que  la  terre  exondée  soit  couverte  d'une  telle 
couche ,  en  y  comprenant  toutes  les  sortes 
de  calcaire.  Nous  Je  répétons,  nous  n*alta- 
chons  aucune  im()ortance  à  ces  calculs  ;  seu- 
lement on  en  a  fait  pour  ébahir  le  vulgaire, 
nous  en  faisons  pour  le  ramener  à  sa  tran- 
c|uillité  d'esprit ,  afin  de  lui  permettre  de 
juger  non  pas  d'après  des  chiffres  plus  ou 
moins  habilement  groupés,  mais  d'après  les 
faits  naturels. 

«  Si  aux  calcaires  fournis  par  les  mollus- 
ques nous  ajoutons  celui  des  polypiers,  il  sera 
impossible  à  tout  esprit  juste  de  songer  en- 
core aux  siècles  indéfinis.  «  En  parcourant  les 
archipels  de  la  Polynésie  et  de  l'Australie , 
on  peut  à  peine  faire  une  lieue  sans  ren- 
contrer un  banc  ou  une  lie  de  corail.  Les 
bancs  s'élèvent  perpendiculairement  du  fond 
d'une  mer  que  jamais  la  sonde  n'a  pu  tou- 
cher, et  les  lies  forment  différents  étases 
depuis  le  rocher  battu  par  les  flots,  jusqu  au 
soi  fertile  que  couvrent  de  grands  arbres. 

«  Jusqu'ici  nous  n'avons  considéré  les  tei;- 
rains  dans  leur  rapport  avec  le  temps  né- 
cessaire à  leur  formation,  que  dans  leurs 
éléments  constitutifs  et  dans  la  cause  pro- 
ductrice de  ces  éléments  ;  mais  il  y  a  (vau- 
tres données  à  introduire  dans  le  problème. 

«  Pour  les  couches  et  les  terrains  formés 
surplace,  comme  les  rochers  madrépqriques, 
ce  que  nous  avons  dit  résout  le  problème; 
mais  il  y  a  quelque  chose  à  ajouter  pour  les 
couches  et  les  terrains  formés  par  la  voie  du 
transporL 

«  Les  matériaux  de  ces  formations  par 
transport  sont  toujours  des  calcaires,  des 


d63 


MAU 


DICTIONNAIRE  DL  COSMOGONIE 


MAI! 


m 


sables,  des  argiles  ou  des  marnes»  qui  sont 
un  mélange  de  ces  trois  sortes  de  roches. 
Nous  n'avons  rien  à  dire  sur  leur  origine  et 
leurs  causes  productrices  ;  elles  nous  sont 
connues  parée  que  nous  avons  exposé  ci- 
dessus.  Mais  le  transport  a  eu  lieu  ou  dans 
Je  sein  des  mers,  ou  bien  par  les  fleuves  de 
terres  exondées  vers  les  bassins  marins  :  les 
terrains  pélagiens,  comme  la  craie,  parais- 
sent appartenir  au  premier  mode  ;  les  ter- 
rains de  rivages ,  comme  certains  calcaires 
jurassiques  et  particulièrement  les  terrains 
tertiaires,  appartiennent  en  partie  au  second 
mode,  ou  mieux  encore  à  l'action  combinée 
dos  eaux  marines  et  des  eaux  fluvialiles. 

a  Or,  pour  qu'il  y  eût  transport  de  maté- 
riaux, il  fallait  que  ces  matériaux  existas- 
sent déjà  dans  la  mer  et  sur  les  terres 
parcourues  par  les  fleuves.  Quant  aux  ma- 
tériaux provenant  directement  de  la  mer , 
comme  la  plupart  des  calcaires  marins,  rien 
ne  s'oppose  à  ce  qu'ils  soient  transportés  et 
déposes  à  mesure  qu'ils  sont  produits;  c'est 
même  ce  que  les  faits  nous  prouvent  avoir 
lieu  tous  les  jours  par  les  amas  de  coquilla- 
ges et  de  débris  calcaires  que  les  flots  amon- 
cèlent  sur  [plusieurs  points  des  rivages  ou  des 
grandes  baies  marines. 

«  La  question  semble  donc  se  restreindre 
aux  matériaux  transportés  par  les  fleuves; 
or,  à  mesure  que  les  eaux  des  mers  se  reti- 
raient, par  une  cause  ou  par  une  autre,  il 
est  évident  qu'elles  laissaient  aux  fleuves'de 
plus  longs  circuits  à  parcourir,  et  par  suite 
toutes  les  couches  de  rivages  devenus  con- 
tinents à  raviner  et  à  transporter  de  nouveau 
à  la  mer  ;  l'observation  géologique  prouve,  en 
effet,  que  tous  les  terrains  secondaires  n'ont 
laissé  dans  le  sol  que  leurs  couches  plus  pro- 
fondes et  plus  avancées  dans  les  mers  ;  les 
couches  superficielles  et  de  rivages  ont  été 
remaniées  et  retournées  à  la  mer  pour  for- 
mer des  terrains  tertiaires.  Mais,  outre  ces 
matériaux ,  les  fleuves  avaient  les  détritus 
continuels  des  montagnes  primitives  et  des 
terrains  primaires  ou  de  transition  à  porter 
à  la  mer.  Les  mers  elles-mêmes  livraient  à 
leurs  courants  les  débris  du  ravinement  de 
leurs  côtes  et  de  leur  fond. 

«  Dans  tous  les  cas,  plus  les  mers  se  reti- 
raient au  loin,  plus  les  matériaux  de  trans- 
port qu'elles  laissaient  devenaiant  abon- 
dants. 

«  Les  dislocations  et  les  soulèvements,  en 
orisant  le  sol  déjà  formé,  en  créant  de  nou- 
veaux courants ,  devaient  aussi  augmenter 
considérablement  les  matériaux  de  transport; 
c'est  du  moins  ce  que  paraissent  indiquer 
très-clairement  les  immenses  conglomérats 
qui  se  rencontrent  autour  des  points  de  dis- 
location ,  et  les  changements  de  directiou 
dans  les  stratifications. 

«  Or,  rappelons-nous  ce  que  nous  avons  dit, 
que  dans  certaines  saisons,  la  Seine  fait  passer 
au  pont  Royal  en  2i  heures  7  à  800  mètres 
cubes  de  matières  sédimenteuses,  ce  qui 
donne  environ ,  pour  le  quart  de  l'année , 

(700)  T.  m,  p.  605. 


temps  moyen  du  charriage,  2i,000  pieds 
cubes  de  sédiment ,  et  pour  2,000  ans,  ÙO 
millions  de  pieds  cubes;  que  le  Gar.^e char- 
rie par  heure  à  la  mer  4,500  pieds  cubes  de 
sédiment,  ce  qui,  en  ne  comptant  que3mois 
par  an  pour  le  temps  moyen  du  charriage, 
donne  en  2,000  ans,  environ,  33  milliards 
600  millions  de  pieds  cubes  de  sédiment.  Si 
telle  est  la  puissance  des  sédiments,  maiih 
tenant  que  toutes  les  causes  sont  nresque 
annulées,  que  devait-elle  être  quaim  celles 
que  nous  venons  de  signaler  étaient  dans 
leur  pleine  activité  (700J  ?  * 

Quant  aux  effets  de  la  cause  ignée,  aux 
bouleversements  et  aux  dislocations  qu'elle 
a  pu  produire,  ils  ne  peuvent  évidemment 
faire  aucune  difllculté  pour  le  temps,  car 
tous  les  faits  connus  prouvent  que  les  effel< 
de  cette  cause  sont  instantanés,  et  qu'ils  peu- 
vent se  produire  à  la  fois  sur  un  très-grand 
nombre  de  points ,  comme  sur  une  mèaie 
échelle  très-étendue. 

«  Jusqu'ici  nous  n'avons  considéré  les  ter- 
rains que  dans  les  causes  productrices  de 
leurs  matériaux  et  dans  les  causes  de  leurs 
dépôts;  or,  il  faut  introduire  dans  le  iiro- 
blème  du  temps  la  grande  loi  du  syncnro- 
nisme,  que  nous  nous  sommes  efforcé  de 
démohtrer  dans  tout  notre  Cours.  Il  y  a  tou- 
jours eu  synchronisme  entre  la  cause  ignée 
et  la  cause  aqueuse,  c'est-à-dire  que  ces  deux 
causes  ont  agi  simultanément  et  souvent 
concurremment  à  toutes  les  époques;  il  y  a 
synchronisme  dans  les  causes  aqueuses: 
les  eaux  marines  et  les  eaux  douces  ont  agi 
sinaullanément  chacune  pour  leur  part,  el 
elles  ont  réuni  leurs  efforts  dans  un  grand 
nombre  de  points.  Ainsi  pendant  que  les 
charbons  se  déposaient  en  certaines  baie^^ 
avec  des  schistes  et  des  grès,  des  alternances 
marines  et  fluviatiles  se déposaientsur  d'au- 
tres points,  des  couches  de  rivages  s.>  for- 
maient ailleurs,  plus  loin  dans  la  mer  s'ac- 
cumulaient des  calcaires,  et  se  formaient  des 
récifs  madréporiques ,  en  même  temps  que 
le  lavage  des  polypiers  et  les  débris  de  co- 
quilles formaient  la  craie  au  centre  de  la 
grande  mer;  en  sorte  que  les  cinq  grandes 
divisions  des  terrains  secondaires  doivent 
être  regardées  comme  en  très-grande  partie 
contemporaines  et  non  comme  successives; 
elles  ont  même  pu  commencer  à  se  foriner 
en  partie  en  même  temps  que  les  terrains 
primaires  ou  de  transition,  et  s'acheverpen- 
dant  que  s*opéraient  les  premiers  dép6ts  ter- 
tiaires. 

«  Mais  pendant  que  tous  ces  phénomènes 
s'accomplissaient  dans  un  même  bassin,  le^l 
mêmes  ou  d'autres  analogues  se  produisaieni 
dans  plusieurs  autres  bassins.  En  sorte  que 
Ton  ne  peut  additionner  toutes  les  séries  des 
divers  bassins,  comme  on  le  faisait  dans  les 
classifications  artificielles  ,  pour  .•^^'^.  * 
durée  des  temps  de  formation;  mais  on  do» 
les  compter  parallèlement,  et  le  bassin  je 
plus  (îomplet  dans  la  série  de  ses  ^^^"?* 
est  celui  qui  doit  donner  une  mesure  (W 


96S 


MAU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


IIEG 


M6 


temps  qui  eomprend  tous  les  autres.  Or, 
dans  ce  bassin  complet,  on  ne  peut  encore 
additionner  toutes  les  couches,  ni  même 
tous  les  terrains,  puisqu'un  grand  nombre 
de  couches  peuvent  avoir  été  contemporai- 
nes et  que  le  synchronisme  peut  même  avoir 
eu  lieu  entre  une  partie  de  deux  terrai  us 
différents  ;  on  ne  peut  donc  prendre  comme 
vraie  mesure  de  temps  que  le  nombre  des 
couches  en  superposition  complète,  et  la 
puissance  absolue  de  toute  fepaisseur  des 
couches  ainsi  superposées  dans  un  môme 
bassin,  depuis  les  terrains  primitifs  jus- 
qu'aux terrains  les  plus  récents. 

«  Cette  loi  du  synchronisme  ajoute  donc  à 
nos  calculs  de  temps  une  nouvelle  et  très- 
haute  probabilité  (701).  » 

Nous  venons  de  faire  connaître,  en  citant 
ses  propres  paroles,  les  idées  théoriques  de 
M.  I  aboé  Maupied  en  cosmogonie  et  en  géo- 
logie. Nous  sommes  loin  de  les  ado[)ter, 
comme  on  le  verra  dans  plusieurs  articles 
de  ce  Diclionnaire.  Voyez  surtout  les  arti- 
cles COUCHCS  SÉD1]IE5T\IR£S  ;  SÉDIMENTS  A!f- 

cffE5s,  etc.;  Pertirbjitions  géologiques;  £s- 
FÈGES  fossiles;  Genres  fossiles,  et  l'his- 
toire de  chaque  terrain  et  de  chaque  étage  sous 
son  nom  spécial.  On  ne  saurait  admettre  que 
les  terrains  sédimentaires  se  soient  formés 
depuis  la  création  de  Thomme.  La  science 
repousse  invinciblement  une  pareille  op- 
nion.  Comment  concevoir  que  des  terrains 
stratiGés  qui  n'ont  pas  moins  *de  550  ^mè- 
tres de  puissance  (702),  comme  l'accuse  le 
puits  de  Grenelle  À  Paris,  aient  pu  se  for- 
mer dans  l'espace  de  mille  à  deux  mille  ans? 
L'étage  suessonien  ou  calcaire  nummulitique^ 
le  oremier  delà  période  tertiaire ,  a  fourni 
les  pierres  qui  ont  servi  à  élever  les  an- 
ciennes pyramides  d'Egypte,  bâties  plus  de 
1,500  ans  ans  avant  l'ère  chrétienne.  M.  W. 
Ainsworth  a  publié,  en  1838,  un  ouvrage 
intitulé  :  Researches  inAstyria^  Babylonia,  etc. 
(Recherches  en  Assyrie,  en  Babylonie  et  en 
Chaldée).  On  y  lit  page  26  :  «  Tout  le  pays 
qui  s'étend  du  37**  lat.  N.  au  3V,  et  qui  com- 
prend les  plaines  de  la  Syrie,  de  la  Mésopo- 
tamie et  la  région  à  l'est  du  Tigre  jusqu'aux 
iBonta^es  du  Kurdistan,  est  occupé  par  les 
formations  crétacée  et  tertiaire,  interrom- 
pues çà  et  là  par  des  roches  pyroxéniques 
et  feldspathiques.  La  craie  compacte,  gre- 
nue, saccharoîde  au  pied  du  Taurus,  de- 
Tient  ensuite  blanche,  tendre  et  remplie  de 
silex.  A  celle-ci  succède  une  craie  jaune,  fis- 
sile qui  s*étend  le  long  de  l'Euphrate,  jusqu'à 

(70!)  T.  m^  p.  699. 

(702)  Koos  pourrioosdîre  ti,000  mètres  pour  les 
seals  terrains  de  sédiments  anciens,  sans  y  joindre 
U*&  dépôts  secondaires  et  tertiaires  qui  ont  eux- 
méiDes  plusieurs  milliers  de  métrés  d^epaîsseur. 

(705)  Où  sait  que  le  diluvium  ou  terrain  attribué 
a  a  déluge  se  trouTe  à  la  suriace  des  continents.  L'é- 
eiielle  des  strates  qui  forment  ceux-ci  existait  donc 
lorsque  le  diluvium  s^est  déposé.  Ainsi  c'aurait  été 
<laiis  Fintervalle  de  I5ài6cenlsans  que  se  serait  for- 
mée celle  immense  accumulation  de  strates  de  douze  à 
«|tiatorze  mille  mètres  d*épaisseur  qui  constituent  les 
tierrea  habitées.  Nous  regrettons  de  voir  un  savant  du 
^BériledeM.  Tabbé  Maupied  engagé  dans  des  théories 


la  hauteur  de  Dalis,  où  les  marnes  el  le  gypse 
tertiaires  sont  recouverts  de  marnes  et  do 
grès.  »  Or,  l'Euphrate  el  le  Tigre  sont  dési- 
gnés dans  la  Genèse  comme  arrosant  le  pa- 
radis terrestre  el  les  lieux  habités  par  les 
premiers  hommes  ;  les  terrains  crétacés  et 
terliaires  sur  lesquels  ils  coulent  étaient 
donc  formés  avant  Adam.  Car  on  ne  préten- 
dra pas  sans  doute  que  ces  terrains  se  sont 
formés  au-dessous  de  ces  deux  fleuves  sans 
déranger  leur  cours  (703). 

Nous  ne  voulons  point  insister  ici  sur  la 
réfutation  des  conceptions  théoriques  de 
M.  l'abbé  Maupied.  On  trouvera  cette  réfu- 
tation dans  la  plupart  des  articles  de  ce 
Dictionnaire^  au  point  de  vue  de  la  science 
comme  au  point  de  vue  de  la  Genèse.  Pour 
ce  qui  concerne  le  texte  sacré,  nous  refléte- 
rons ici  ce  que  nous  avons  déjà  dit  plusieurs 
fois,  c'est  qu'après  les  innombrables  tenta- 
tives qui  ont  été  faites  jusau'ici  pour  trou- 
ver de  la  cosmogonie  el  de  la  géologie  dans 
le  récit  dé  Moïse,  et  après  l'inanité  de  ces 
tentatives,  il  faut  enGn  sortir  de  cette  voie 
qui  ne  conduit  qu'au  chaos  dans  ll'interpré- 
talion  du  texte  et  dans  la  science.  11  faut  re- 
venir au  sentiment  des  anciens  Pères  de 
l'Eglise  embressé  par  Tillustre  cardinal  Wi- 
seman,  dans  ses  Discours  sur  les  rapports 
etitre  la  science  et  la  religion  révélée.  Nous 
avons  précédemment  cité  celte  interpréta- 
tion du  savant  prélat;  elle  concilie  de  la  ma- 
nière la  plus  satisfaisante  la  science  et  la 
Genèse  ;  nous  nous  y  tenons.   Yoy.  Jéuabt 

(de  SitlSiT-CLJtVIEN}. 

MÉGAUCHTHYS.  Voy.  Poissoks. 

MÉGALONYX.  Voy.  Maiiiiifères. 

MÉGALOSAURE  (70i)  [yiyac,  grand,  <ra:/:of, 
lézard].  —  Le  mé^alosaufe ,  ainsi  que  l'indi- 
que son  nom,  était  un  lézard  d'une  grande 
taille ,  dont  on  a  trouvé  ,  dans  les  mê- 
mes carrières  que  nous  avons  déjà  citées, 
des  os  et  des  dents  si  parfaitement  conser- 
vés, que,  bien  que  jusqu'ici  l'on  n'ait  pu 
encore  en  rencontrer  un  squelette  entier,  nous 
connaissons  ses  membres  dans  leurs  for- 
mes £t  dans  leurs  dimensions,  avec  une 
certitude  presque  aussi  complète  que  s'ils -te 
fussent  offerts  réunis  dans  un  seul  bloc  de 
pierre. 

En  le  comparant,  sous  le  rapport  de  la 
forme]  et  des  proportions  de  ses  os  , 
avec  les  lézards  actuellement  existants , 
Cuvier  est  arrivé  à  cette  conclusion,  que  le 
mézalosaure  était  un  reptile  énorme,  d'une 
taille  de  quarante  à  cinquante  pieds,  et  qui , 

si  peu  Traisemblables. 

(704)  Ce  genre  a  été  établi  par  Buckland  (Ceol. 
trans.f  1824,  diaprés  des  échantillons  trouvés  daps 
le  cbiste  oolitique  de  Stonesficld,  près  Oxford,  qui 
est  Tendroit  où  ils  se  nioiitreot  le  plus  abondants. 
II.  Mantelt  a  découvert  des  débris  du  même  animal 
dans  la  formation  wealdicnne  d*eau  douce  de  la  forêt 
de  Tilgate,  et  nous  concluons  de  cette  circonstance 
qu*il  a  dû  exister  pendant  le  dépôt  des  couches  de 
la  série  oolitique  tout  entière.  Buckland  a  vu, 
en  18i0,  dans  le  musée  de  Besançon,  des  fragments 
de  mâchoires  et  de  quelques  autres  os  do  roégalo- 
saure  trouves  dans  Toolile  des  environs  de  cette 
ville. 


tfC7 


MEG 


DICTlOrtNAlRE  D£  COSMOGONIE 


UEG 


n 


pour  su  structure,  tenait  tout  à  la  fois  du 
crocodile  et  du  monitor. 

Comme  le  fémur  et  le  tibia  ont  près  de 
trois  pieds  chacun,  le  membre  postérieur,  dans 
son  entie^devait  être  longde  prèsde  six  pieds; 
et  Tun  des  os  métatarsiens  a  treize  pouces  de 
long  ;  ce  qui  prouVe  que  le  pied  était  d'une 
dimension  en  rapport  avec  les  dimensions 

Erécédentes.  Les  os  des  cuisses  et  des  jam* 
es  n'étaient  point  pleins  à  leur  partie  cen- 
trale, ainsi  que  cela  a  lieu  chez  les  crocodi- 
les et  chez  d'autres  quadrupèdes  aquatiques  : 
mais  ils  étaient  creusés  d  une  vaste  cavité 
médullaire  analogue  à  celle  qui  existe  dans 
les  os  des  quadrupèdes  terrestres.  Cette  cir- 
constance, jointe  aux  caractères  que  four- 
nissent les  pieds,  nous  apprend  que  le  mé- 
Salosaure  vivait  principalement  à  la  surface 
u  sol. 

Cette  organisation  intérieure  dans  des  os 
fossiles  nous  montre  le  même  mode  d'ac- 
cord entre  le  squelette  et  son  élément  , 
qui,  de  nos  jours,  distingue  encore  entre 
eux  les  os  des  sauriens  terrestres  et  aqua- 
tiques (705).  Dans  les  ichthyosaures  et  les 
plésiosaures,  dont  les  extrémités  aplaties 
en  rames  ont  été  exclusivement  disposées 
pour  une  locomotion  au  seiu  des  eaux,  les 
os  même  les  plus  forts  des  membres  anté- 
rieurs et  des  membres  postérieurs  sont  mas- 
sifs dans  toute  leur  épaisseur.  Le  poids  des 
os  n'apportait,  dans  ces  êtres,  aucun  obsta^ 
de  à  leur  action  au  sein  du  milieu  liquide 
qu'ils  habitaient;  mais  dans  l'énorme  més;a- 
losaure ,  et  dans  l'iguanodon,  encore  plus 
colossal,  qui,  ainsi  gue  l'enseignent  les  ca- 
ractères oe  leurs  pieds,  avaient  été  créés 
pour  se  mouvoir  à  la  surface    de  la  terre, 

(703)  Backland  ticntdeM.Owenque  les  os  longs  des 
tortues  terrestres  offrent  à  leur  intérieur  une  structure 
aréolairc  serrée,  mais  non  une  cavité  médullaire. 

(706)  Les  cavités  médullaires  des  os  fossiles  de 
mçgalosaure  trouvés  â  Stoneslield  sont  ordinairement 
remplis  de  spath  calcaire.  On  voit  dans  le  muséum 
d'Oiford  un  éciiantilion  peut-être  unique  parmi  les 
débris  organiques  fossiles.  U  provient  de  la  formation 
wealdienne  d*eau  douce  deLangton,  près  de  Tum- 
bridge  Velis,  et  offre  le  fait  curieux  du  moulage  par- 
fait de  Tintérieur  d*un  us  long,  probablement  le  fé- 
mur d*un  mégalosaure,  avec  la  forme  exacte  et  Ich 
ramifications  de  la  substance  médullaire,  tandis  que 
Tos  lui-même  a  été  complètement  détruit.  La  subs- 
tance de  ce  moulage  e&t  formée  d'un  sable  fin 
cimenté  par  Toxyde  de  fer  ;  sa  forme  présente  dis- 
tinctement toutes  les  réticulations  les  plus  minu- 
tieuses que  suivait  la  moelle  remplissant  les  cavités 
aréolaircs  de  Textrémité  de  Tos.  On  y  voit  aussi  en 
relief  les  perforations  qui  existaient  dans  la  paroi 
interne,  et  par  où  les  vaisseaux  pénétraient  oblique- 
ment de  rextérieurjusqu*à  la  substance  médullaire. 
Le  sable  où  Tos  était  enfoui  a  également  formé  tout 
autour  un  moule  extérieur,  de  telle  sorte  que,  bien 

aue  Pos  lui-même  ait  entièrement  jpéri,  nous  possé- 
ons  tout  à  la  fois  une  reproduction  exacte  de  sa 
forme  extérieure  et  de  ses  cavités  internes,  en  même 
temps  qu*un  modèle  de  la.  moelle  qui  les  remplissait, 
à  peu  près  aussi  parfait  qu*on  pourrait  l'obtenir  en 
remnlissant  de  cire  fondue  la  cavité  vide  d'un  os  à 
moelle,  puis  faisant  dissoudre  ensuite  la  substance 
osseuse  dans  un  acide.  Le  sable  qui  constitue  le 
moulo  intérieur  a  dû  entrer  par  la  cassure  de  celle 
des  deux  extrémités  qui  manque  dans  Péchantillon. 


les  plus  grands  os  des  membres  ont  éié 
diminués  en  poids  par  des  cavités  internes 
remplies  d'une  substance  médullaire  peu 
dense,  en  même  temps  que  leur  forme  ej- 
lindrique  réunissait  la  double  condition  de 
la  force  et  de  la  légèreté  (706). 

La  forme  des  dents  signale,  dans  le  mig^ 
losaure,  un  animal  tres-camivore  ;  il  esl 
probable  qu'il  se  nourrissait  de  reptiles  de 
taille  médiocre,  tels  que  les  crocodiles  et  les 
tortues,  dont  on  retrouve  les  débris  dans 
les  mêmes  couches.  Peut«étre  aussi  descen- 
dait^il  dans  les  eaux  pour  s'y  mettre  à  la 
poursuite  des  plésiosaures  et  des  pois- 
sons (707)^  ._ 

La  pièce  la  plus  importante  que  l'on  pos- 
sède ae  ce  reptile  énorme ,  c'est  un  fragioeot 
de  la  mâchoire  inférieure  qui  supporte  pj» 
sieurs  dents.  11  résulte  de  la  forme  de  celte 
mâchoire  que  la  tète  se  terminait,  en  afant, 

Î)ar  un  museau  droit,  mince  et  comprimé 
atéralementy  comme  celui  du  dauphm  do 
Gange. 

Les  mâchoires  et  les  dents  étant,  die? 
tous  les  animaux ,  les  organes  qui  oSm\ 
les  caractères  les  plus  importants,  nous  bor- 
nerons nos  observations  actuelles  à  epel- 
ques-unes  des  particularités  les  plus  rrap- 
pantes  du  système  dentaire  du  megalosaure. 
Et,  d'abord,  nous  y  trouvons  la  preuve  que 
c'était  un  animal  très-voisin  de  quelques- 
uns  de  nos  lézards  modernes;  et  si  noQ5 
considérons  ses  dents  comme  les  instrumeDi^ 
d'approvisionnement  d'une  créature  carui- 
vore  de  taille  énorme,  nous  verrons  qu'elles 
étaient  dans  un  rapport  admirable  avec  les 
fonctions  de  destruction  pour  lesquelles  elles 
ont  été  créées  (706}. 

Cette  préparation  naturelle  d'une  pîéoeanalomk|« 
des  temps  anciens  démontre  que,  dfins  ces  Iéxartf« 

Sigantesques  d'an  monde  primonlial,  la  dispotitioi 
e  la  moelle,  et  ses  rapports  avec  les  extrânlirs 
spongieuses  de  la  cavité  mtérieure  du  fémur,  soM 
exactement  les  mêmes  que  Ton  observe  dans  les  ca- 
vités médullaires  des  espèces  de  la  création  dootooiB 
faisons  partie. 

(707)  Un  iguane  de  Tespèce  /.  tuberenlatê  a  ^ 
dans  les  jardins  de  la  Société  zoologique  de  Lomtm 
pendant  Vété  de  1834,  et  on  Ta  vu  fréq^iD«< 
entrer  dans  Teau,  et  traverser  à  la  nage  an  pcti 
bassin  en  se  servant  de  sa  longue  qneoe  comne 
d'un  instrument  de  progression,  tandis  que  ses  lom- 
bres  antérieurs  restaient  sans  mouvement. 

(708  Le  bord  extrême  de  la  mâchoire  est  plos 
haut  de  près  d'un  pouce  que  le  bord  interne,  et  forw; 
ainsi  une  sorte  de  parapet  latéral  qui  sert  d'»pi»i 
aux  dents  du  côté  où  eues  ont  le  pins  grand  effort  i 
soutenir.  En  même  temps,  le  bord  interne  dootf 
naissance  4  une  série  de  lames  triangulatrrs  q" 
forment  des  sortes  d'éminence  en  zig-xag  daM  I'flll^ 
rieur  du  sillon  alvéolaire.  Du  centre  de  chaque  laoïe 
triangulaire  part  une  cloison  osseuse  qui  va  joindre 
le  parapet  opposé,  et  constitue  ainsi  les  alTéolessoe- 
cessives.  On  voit  apparaître  les  dents  nooTdiesdj^ 
Tangle  qui  sépare  ceséminences  triangulaires;  foh 
forment  une  sorte  d'abondante  réserve,  destioéf  i 
remplacer  les  dents  anciennes  à  mesure  <P^.^ 
destruction  progressive  ou  des  fractures  acfi««* 
telles  en  rendent  nécessaire  te  rcnouvellemwrt-  j^ 
dents  nouvelles  se  formaient  dans  des  arilés  éo- 
tincies  à  côté  des  anciennes,  en   d^ans àe h»': 
clioirc;  et  il  est  prolwWe  qu'elles  forçaient  cfll«^ 


»s§ 


MEfi 


ET  DE  PAlXONTOLOr.l£. 


MEG 


Ces  dents,  par  la  réunion  d'arrangenienU 
mécaniques  qui  entre  dans  leur  structure, 
tiennent  tout  ^  la  fois  du  couteau,  du  sabre 
et  de  la  scie.  Lorsqu'elles  commencent  à 
sortir  de  la  gencive,  leur  sommet  présente 
un  tranchant  double  d'un  émail  denté  en 
scie.  Leur  position  alors,  ainsi  que  la  ligne 
suivant  laquelle  s*cxerce  leur  action,  sont  h 
l»eu  près  verticales,  et  elles  forment  comme 
une  sorte  de  sabre  à  pointe   doublement 
tranchante.  A  mesure  qu»;  ces  dents  s'ac- 
croissent,  elles  prennent  une  courbure  en 
arrière  qui  leur  donne  la  forme  d'une  ser- 
pette, et  rémail  dentelé  se  continue  le  long 
de  Uarète  interne  ou  tranchante  de  la  dent, 
tandis  qu'au  contraire,  sur  Tarêtc  opposée, 
Témaii  ne  descend  qu'à  une  petite  liistanfo 
du  sommet;  de  telle  sorte  que  Tarète  con- 
vexe se  trouve  é|)aisse  et  obtuse,  de  la  même 
manière  qu'on  fait  le  dos  d'un  couteau  plus 
ri>ais  afln  qu'il  soit  plus  solide.  Cette  solidité 
iles  dents  du  mégalosaure  s'aceroit  encore 
jiar  le  renflement  de  ses  parois  latérales, 
ainsi  au'on  le  voit  dans  la  coupe  transversale. 
Si  la  cientelure  se  fût  continuée  dans  toute 
la  longueur  de  Tarëte  obtuse  et  convexe  de 
la  dent,   c'eût  été  pour  cet  organe  un  tran- 
i*hant  que  sa  position  eût  rendu  inutile  avec 
des  dents  ainsi  construites,  de  façon  h  cou- 
iner, dans  toute  la  longueur  de  leur  bord  con- 
cave,  chaque    mouvement    des  mâchoires 
produit  TeOet  combiné    d*un   couteau   et 
d'une  scie,  en  même  temps  que  le  sommet 
opère  une  première  incision,  comme  le  fe- 
ra ît  la  pointe  d'un  sabre  à  douMe  tranchant. 
f^  courbure  en  arrière,  que  prennent  les 
rients  à  leur  entier  accroissement,  rend  toute 
fuite impossibleàla proie  une  fois  saisie,  de 
la  même  maniée  que  les  barbes  d'une  flèche 
rendent  son  retoiir  imiM^ticahle.  Ainsi  dans 
les  modiCcations  que  ces  divers  organes  ont 
subies  {)our  s'approprier  aux  circonstances 
«Jaa>  lesquelles  ils  sont  placés,  nous  retrou- 
vons les  mêmes  airangements  que  l'habileté 
liumainea  mis  en  œuvre  dans  la  fabrication 
de  plusieursdes  instruments  qu'elle  emploie. 
Dans  un  article  précédent  (Voy.  Caknivo- 
KBs),  j'ai  essayé  de  faire  voir  que  Texistence 
des  races  carnivores  parmi  les  animaux  a 
pour  résultat  une  diminution  dans  la  somme 
des  douleurs  qui  sont  réservées  aux  autres 
êtres  du  même  règne.  Toute  disposition  des 
mâchoires  ou  des  dents,  qui  sera  de  nature 
à  procurer  une  mort  plus  expéditive,    se 
trouvera  en  accord  avec  ce  même  but  si  hau- 
tement avantageux  ;  et  c'est  là  le  motif  qui 
nous  dirige  nous-mêmes  toutes  les  fois  que, 
sans  autre  impulsion  que  celle  d^un  senti-  * 
ment  d'huBianité ,  nous  nous  servons  des 
îDstnimentâ  les  plus  propres  à  donner  une 
mort  prompte  et  farile  à  cesanimaux  innom- 
brables qui  sont  immolés  diaque  jour  pour  la 
nourriture  de  l'homme. 

MÉGAPHYTON.  Voy.  SiGiixAme. 
lfÉGATHÉRIDM(fâff7icr,  ^rand,  6«^w7,fr^/e}, 


genre  de  mammifères  fossiles  de  l'ordre  des 
édentés. — Comme  il  nous  serait  impossible, 
dans  un  ouvrage  de  la  nature  de  celui-ci, 
de  décrire  d'une  manière  détaillée  la  struc- 
ture ne  fût-ce  que  d'un  petit  nombre  de 
mammifères  fossiles,  que  le  eénie  de  Cuyier 
a  pour  ainsi  dire  restitués  a  la  vie ,  nous 
allons  essayer  de  rendre  sensible,  en  pre- 
nant pour  exemple  une  seule  espèce,  la  mé- 
thode d'investigation  analjtiqiie  qui  a  guidé 
ce  grand  philosophe  dans  Vanatomie  des 
animaux  récents  ou  perdus. 

Le  résultat  de  ses  rechenrhes,  aîusî  qu'il 
l'expose  dans  son  ouvra-e  sur  les  osse- 
ments fossiles,  a  été  de  démontrer  que  tous 
les  quadrupèdes  fossiles,  quelles  que  soient 
leurs  différences  génériques  ou  spécifiques , 
ont  été  créés  d'après  le  même  plan  général 
et  la  même  base  systématique  d'organisation 
que  les  espèces  maintenant  vivantes;  et  dans 
les  applications  différentes  d'un  type  com- 
mun à  des  fonctions  diverses  subordonnées 
aux  diverses  conditions  du  globe,  il  fait  voir 
une  conformité  de  desseins  si  universelle , 
que  nous  ne  pouvons  achever  la  lecture  do 
ces  volumes  admirables  sans  en  em|)orter  la 
conviction  profonde,  qu'une  vaste  et  puis- 
sante intelligence  a  présidé  à  tous  les  sys- 
tèmes de  création  passés  et  présents. 

Rien  ne  peut  surpasser  en  exactitude  et 
en  logique  sévère  les  raisonnements. à  l'aide 
desquels,  dans  tout  le  cours  de  son  ouvrage, 
l'illustre  auteur  nous  démontre  l'action  d'une 
sagesse  providentielle,  soit  dans  les  rapports 
constants  qui  unissent  les  diverses  parties 
des  an'imaux  les  unes  aux  autres,  soit  dans 
les  fonctions  générales  de  l'ensemble  de 
Torganisation.  Rien  de  plus  parfiiit  qoe  ses 
déductions,  quand  il  passe  en  revue  i  art  ad-  * 
mirable  qui  se  déploie  sous  des  formes  va- 
riées presque  h  l'intini  ix>ur  mettre  chaque 
créature  vivanteen  rapport  avec  ses  diverses 
conditions  d'existence.  Ce  qu'il  dit  de  ces 
conditions  d'existence,  si  plemes  d'intérêt  et 
des  combinaisons  organiques  qui  y  corres- 
pondent dans  les  éléphants  vivants,  peut  s'ap- 
pliquer également  bien  aux  espèces  fossile*^ 
du  même  genre  ;  et  l'on  peut ,  a  l'aide  d'in- 
ductionssemblables,pas9erdes  espèces  vivan- 
tes aux  espèces  fossiles  pour  les  divers  genres 
qui,  comme  les  rhinocéros,  les  hinpopota- 
raes,  les  chevaux,  les  bœufs,  les  cerls,  les  ti- 

Kes,  les  hyènes  et  les  loups,  se  rencontrent 
bituellement  associés  à  l'éléphant  fossile. 

Sur  plusieurs  points  de  son  organisation, 
le  mégathérium  se  rapproche  du  paresseux. 
Comme  lui,  il  offre  certaines  monstruositi^s 
apparentes  de  formes  extérieures,  en  jnêm  * 
temps  que  certaines  particularités  étranglas 
de  structure  interne  que  jusqu'ici  l'en  n'a 
pas  encore  bien  comprises. 

Les  paresseux  fournissent  une  exception 
remarquable  aux  conséqoenees,  que  les  lia  - 
turalistes,  ont  oralinairement  tirées  de  l'é- 
tode  de  la  structure  et  du  miteanisme  dc> 


à  lemtter,  par  le  moyen  «ccovtumë  de  la  pression     tion 

cfvmJHim  avec  Tabsorplion,  pour  prendre  ensuite  leur     sèment  la  même  que 

place  dans  les  cavités  demeurées  vidés.  CeUe  disposi-     de  plusieurs  espèces  vivantes  de  lëiaids. 

DlCTlORXillÎE   DE   COSHOGOXIK   ET  DE  PALÉO^TAlAlïrv  3} 


pour  le  renouvellemeiU  des  dents,  est  ricoumi 
ent  la  même  que  Ton^observe  dans'la  dentitiop 


«7t 


liée 


DICTIONNAIRE  DB  COSIMOGONIK 


MEG 


IK 


•nlttiHBdAiHt  eidans  l>ction  même  de  la  fonc- 
tien  pour  laquelle  il  a  été  créé  le  principe  de 
aon  entretien  et  de  sa  parfaite  conservation. 

Màchoir$  inférieure.  —  La  mâchoire  infé* 
rieure  est  très-grande  et  très-lourde  par  rap- 
port £  J'restf3  de  la  tète  :  la  raison  de  ces  pro- 
portions si  vastes  se  trouve  dans  la  nécessité 
d*alvéole$  proibnds  pour  supporter  les  puis-, 
santés  molaires  dont  il  a  déjà  été  question,  et 
contenir  les  organes  qui  contribuent  à  leur 
accroissement  non  interrompu.  C'est  sans 
doute  pour  aider  à. supporter  ce  fardeau  inso- 
lite de  la  mâchoire  intérieure,  conséquence 
de  la  forme  des  molaires,  qu*a  été  faite  cette 
apophyse  extraordinaire  et  puissante  qui, 
dans  le  mégathérium  comme  dans  les  pares- 
seux ,  descend  de  l'arcade  zjgomalique, 

0$  du  tronc.  —  Les  vertèbres  du  cou ,. 
bien  que  puissantes,  ont  cependant  peu  de 
volume  en  comparaison  de  celles  de  l'extré- 
mité opposée  du  corps  ;  mais  elles  sont  dans 
un  rapport  exact  avec  le  volume  de  la  tête,, 
comparativement  légère  et  dépourvue  de 
défenses.  La  région  dorsale  de  la  colonne 
n'offre  rien  que  d'ordinaire  dans  son  vo- 
luqie;  mais  les  vertèbres  lombaires  se  font 
remarquer  par  un  accroissement  qui  corres- 
pond a  Tagrandissement  énorme  du  bassin 
et  des  membres  postérieurs  ;  et  l'extrémité 
fies  apophyses  épineuses  est  aplatie  comme 
si.  de  même  que  chez  les  tatous,  elle  avait 
été  soumise  à  la  pression  d'une  cuirasse. 

Le  sacrum  est  uni  au  bassin  d'une  façon 
particulière  à  cet  animal ,  et  calculée  dans 
le  but  de  lui  donner  une  force  extraordi- 
naire :  ses  apophyses  indiquent  la  présence 
de  muscles  très-puissants  pour  les  mouve- 
ments de  la  queue.  Celle-ci  est  formée  de 
vertèbres  énormes,  dont  les  plus  grandes 
ont  un  corps  de  7  pouces  en  diamètre ,  et 
520  pf)uces  d'une  extrémité  à  l'autre  de  leurs 
apophyses  transverses.  Qu'on  ajoute  à  c^la 
l'épaisseur  des  muscles  et  des  tendons ,  en 
même  temps  que  des  tégiwents  écailleux 
qui  les  recouvraient,  et  on  n'hésitera  pas  à 
prononcer  que  la  queue,  eu  te  point  où  son 
volume  était  le  plus  considérable ,  n'avait 
).as  moins  de  2  pieds  en  diamètre  et  de  6  en 
circonférence,  pourvu  qu'on  la  suppose  à 
I>cn  près  cylinurigue,  ainsi  que  cela  s'ob- 
serve chez  le  tatou.  Au  reste  ,  des  dimen- 
sions aussi  \astes  ne  sont  pas  plus  hors  de 
proportîoû  avec  les  parties  voisines  du  corps 
que  ne  sont  celles  du  même  organe  chez  les 
tatous  ;  cl  il  est  probable  aussi  que ,  comme 
ces  derniers  janimaux,  le  mégathérium  se 
Servait  de  sa  queue  po\ir  supporter  le  poids 
énorme  de  son  Corps  et  de  rarmure  dont  il 
était  recouvert  (711).  Au-dessous  de  ces 
mêmes  vertèbres  caudales  étaient  ûxées 
aussi  de  fortes  épines,  ou  os  supplémentai- 
res en  chevron ,  qui  durent  ajouter  beau- 
coup à*  la  solidité  de  la  queue ,  et  la  rendre- 
d'autant  plus  propre  S  remplir  cet  oiBce.  Il 
est  problable  Aussi  qu'elle  jouait  un  rêle. 

(711)  La  queue  de  rélépbant  fest  remarquablement 
faible  et  gréic,  et  porte  a  son  extrémité  nnc  touffe 
de  poils  destinée  k  servir  de  chasse-mouches* 
'  Cette  do  Phiopopotame  n'a  que  quelques  pouces 


formidable  comme  instrument  do  défense, 
ainsi  que  cela  a  lieu  chez  les  pangolins  (t 
los  crocodiles.  En  1822,  Sellow  vit  ifs por- 
tions d*une  armure  écailleuse  qui  mm 
été  trouvées  près  do  Montevidik),  apparte- 
nant à  cette  partie  du  corps. 

Les  côtes  sont  plus  compactes,  pluséiai^ 
ses  et  \)]\xs  courtes  que  celles  de  lélépW 
ou  (lu  rhinocéros ,  et  la  surface  supérieure 
convexe  de  quelques-unes  est  rugueuse  ti 
aplatie  là  où  devait  surtout  porter  imméùla- 
tCiiient  le  poids  de  la  cuirasse  osseuse. 

Extrémités  antérieures.  —  L'omoplate  of- 
fre une  disposition  que  Ton  nerennoulrequi! 
dans  la  seule  famille  des  tardigrades ,  e( 
Tacromion  présente  également,  dans  son  ar- 
ticulation avec  la  clavicule ,  des  conditioDi 
de  force  qui  ne  s'observent  chez  aucun  autn 
animal.  On  y  trouve  en  outre  des  arrange- 
ments iiisolites  destinés  à  donner  attache  & 
des  muscles  des  plus  puissants  qui  avaieci 
l'Our  fonctions  de  mouvoir  le  bras. 

La  clavicule  est  forte  et  courbée  à  peu 

f)rès  comme  dans  un  squelette  humain  ;el 
a  présence  de  cet  organe  dans  le  mégathé- 
rium, alors  qu'elle  manque  dansFéléphant, 
dans  le  rhinocéros  et  dans  tous  les  grands 
ruminants  ,  indique  déjà  que  le  membre  an- 
térieur remplissait  quelque  autre  fonniun 
que  la  locomotion.  Cet  os  est  un  support liu-ei 
solide  à  la  cavité  glénoïde  de  r^))dule;t;ti! 
permet  en  outre  aux  membres  antérieurs  oc 
mouvement  de  rotation  aiialoguc  à  celui ée^ 
bras  dans  Tespèce  humaine. 
11  V  a  dans  les  diverses  circonstances  qui 

E recèdent  trois  faits  remarquablement  eo 
armouie  avec  la  forme  et  les  habitudes  do 
mégathérium  :  d'abord  le  mouvement  roU- 
tpire  du  bras»  qui  favorisait  son  eœpi'i 
comme  instrument  constamment  emplny  i 
fouiller  le  sol  pour  en  arracher  la  nourri- 
ture ;  en  second  lieu,  le  peu  de  faculté?  c? 
locomotion  que  possédait  lanimal,  ce q\)> 
s*explique  par  le  peu  de  (iéjilaceiQeiii 
gu'exige  la  recherche  d'aliments  ausM 
inertes  que  le  sont  des  racines;  enlin  la 
compensation  de  cette  faiblesse  coraparatiTï 
des  supports  antérieurs  du  corps  par  lî 
grandeur  colossale  et  disproportionnée  dts 
hanches  et  des  extrémités  postérieures.  Dans 
l'éléphant,  le  poids  énorme  de  la  tête  et  dos 
défenses  exige  que  le  cou  soit  court,  el  1« 
membres  antérieurs  développés  outre  tti- 
suro.cn  volume  et  en  force;  aussi,  dansai 
animal  est-ce  l'avant  du  corps  qui  jjrédomiw 
pour  la  masse  et  pour  la  puissance;  dans  ii 
mégathérium  au  contraire  toutes  les  propc«r- 
tions  sont  inverses  ;  la  tète  est  proporlioc- 
nellement  petite,  le  cou  long,  el  la  pai^ 
aintérieure  du  corps  peu  chargée  en  coffija- 
raison  des  régions  postérieures.  Les  os  u^ 
l^épaule  sont  disposés  pour  donner  de  ji 
fgjrce  et  de  la  mobilité  aux  mimbres  aot^- 
rieurs;  ifie^s,  cettq,  o^obilité  n'a  aucun  rap- 
port avec  la  progression  de  Taiiimali  et  cette 

di".  long ,  et  elle  est  aplatie  dans  le  sens  ^itxiiff^ 
comme  pour  remplir  dans  Pacte  de  la  naiatloQ  w 
fonctions  d*un  petit  gouvcmaîL 


•n 


MEG 


DE  PALEOXTOLOGIK. 


MEG 


frt 


force  n*a  pas  exclusivement  pour  but  de 
supporter  le  poids  du  corps.  L'humérus 
s'articule  aTecVépauIc  par  uoe  tête  arrondie 

3ui  lui  permet  de  se  mouvoir  librement 
ans  des  sens  divers.  Ses  parties  supérieures 
et  moyennes  sont  faibles;  mais  sa  partie  in- 
férieure acquiert  une  largeur  extraordinaire 
par  la  saillieénorme  <ics  crétesqui  naissentdes 
coodyles  |K>ur  i*inscrtton  des  muscles  mo- 
teursdes  pieds  et  des  doigts  antérieurs  (71^). 

Le  cubitus  est  Irès^large  et  trés-sohde  à 
son  extrémité  supérieure,  où  se  trouve  un 
^espace  étendu  pour  l'insertion  de  muscles 
qui  déterminent  certains  mouvements  des 
pieds.  Le  radius  tourne  librement  autour  du 
cubitus,  de  même  que  dans  les  paresseux  et 
les  fourmiliers,  lesquels  font  également, 
bien  que  d*une  manière  différente,  un  grand 
usage.de  leurs  extrémités  antérieures.  Cet 
as  offre  à  sa  |iartie  supérieure  une  cavité  qui 
Coume  autour  d'une  éminence  arrondie  de 
rhumérus,  et  une  apophyse  étendue  qui 
part  de  sa  crête  longitudinale  et  indique 
combien  étaient  développés  les  muscles  pro* 
Jucteurs  du  mouvement  rotatoire. 

Les  pattes  antérieures  doivent  avoir  eu 
environ  3  pieds  de  lon^  sur  plus  de 
12  pouces  de  large;  et  elles  formaient 
un  instrument  d'une  action  puissante  pour 
fouiller  la  terre  jusqu'à  la  profondeur  ou  les 
racines  succulentes  sont  d*ordinaire  le  plus 
abondantes.  Les  pieds  antérieurs  posaient 
sur  le  sol  dans  toute  leur  étendue,  et  cette 
4>xtrême  longueur  n'offrait  que  des  désavan- 
tages pour  les  mouvements  de  progression  ; 
mais  elle  permettait  que  l'un  des  membres 
Antérieurs  agit  simultanément  avec  les  deux 
postérieurs  et  la  queue  pour  supporter  tout 
le  poids  du  corps,  tandis  c|ue  Tautre,  devenu 
libre,  s'employait  exclusivement  à  creuser 
la  terre  pour  en  retirer  les  aliments. 

Extrémités  postérieures  —  Lts  doigts  des 
pieds  antérieurs  se  terminent  par  des  on- 
gles gros  et  puissants  et  d'une  grande  lon- 
gueur. Les  os  qui  les  supportent  offrent 
deux  parties  distinctes  :  un  axe  ou  noyau 
ronique  qui  remplit  la  cavité  interne  de 
Tenveloppe  cornée,  et  un  repli  osseux  cons- 
tituant une  sorte  d'étui  solide  destiné  à  rece- 
voir et  à  soutenir  sa  base.  Ces  ongles  pren- 
nent d'ailleurs  une  position  oblique  par  rap- 
port au  sol,  de  la  même  manière  que  les  on- 
gles fouisseursde  la  taupe;  et  cedornier  arran- 
^ment  ajoute  encore  à  leur  puissance  comme 
instruments  destinés  à  creuser  la  terre. 

Le  bassin  du  mégathérium  est  d'une  soli- 
dité et  d'une  étendue  énormes.  Ses  immenses 
os  iliaques  sont  presque  à  angle  droit  avec 
la  colonne  vertébrale,  et  leurs  bords  externes 

(71 2)  On  trouve  des  saillies  pareilles  à  b  partie  infé- 
rienre  de  l'humeras  chez  le'fourniilier  qui  se  sert  île 
s  s  pieds  antérieurs  pour  ravager  les  habitations  jolr- 
denient  construites  destei-mîtes  ou  fourmis  blanches. 

(713)  On  trouve  une  autre  dis^sitiou  destinée  à 
accroître  la  puissance  de  sustentation  de  ces  diverses 
parties  dans  la  manière  dont  Téchancrure  ischia- 
lîqiic,  qui  diez  la  plupart  des  autres  animaux  offre 
an  espace  vide,  est  ici  presque  complètement  fermée'' 
p3LT  nne  cloison  osseuse  solide  résultant  de  runion 
ét%  apopbrses  de   chacun    des  ischions  avec  les 


sont  éloignés  Tun  de  Tautre  da  plus  do 
5  pieds,  ce  qui  excèfle  de  beaucoup  le  dia- 
mètre des  hanches  dans  les  plus  grands  élé- 
phants. En  outre*  la  crête  de  chacun  de  ces 
os  est  aplatie  comme  si  elle  eût  été  compris 
mée  par  le  poids  d'une  armure.  Ce  volum« 
énorme  du  bassin ,  qui ,  dans  un  animal 
d'une  stature  ordinaire  et  remplissant  des 
fonctions  ordinaires,  n*eûtété  qu'un  manqua 
de  proportion,  et  u'eûl  eu  que  des  inc'>nvé- 
nients,  s'harmonisait  probablement  de  la  ma- 
nière la  plus  rx>mplète  avec  l'habitude  où 
était  le  mégathérium  de  se  tenir  sur  trois  da 
ses  pieds,  tandis  qu'avec  le  quatrième  il 
fouillait  1^  terre. 

Ce  bas^n,  si  extraordinaire  par  son  poids 
et  son  étendue,  présente  encore  une  autrs 
déviation  du  type  commun  dans  la  position 
et  la  direction  de  la  cavité  cotyloîde  du  fé- 
mur. Cette  cavité  se  dirige  d'ordinaire  plus 
ou  moins  obliquement  en  dehors,  et  cetta 
obliquité  ajoute  à  la  facilité  de  mouvement 
des  membres  postérieurs.  Dans  le  mégathé- 
rium, au  contraire,  elle  repose  sur  la  tète  du 
fémur  dans  une  direction  verticale,  et  elle 
est  plus  rapprochée  de  la  colonne  vertébrale 
que  dans  aucun  autre  animal.  De  cette  parti- 
cularité déposition  résulte  une  grande  force 
pour  supporter  la  pression  verticale  du  corps; 
mais  elle  entraîne  une  diminution  correspon- 
dante dans  la  rapidité  des  mouvements  (713). 

Cette  largeur  démesurée  du  bassin  nous 
conduit  encore  à  cette  autre  conséquence 
que  la  cavité  abdominale  était  extrêmement 
vaste  et  contenait  des  viscères  volumineux 
tels  qu'il  convient  pour  un  régime  végétal. 

La  forme  et  les  proportions  du  fémur  ne 
s<intpas  moins  extraordinaires  que  celles  du 
bassin.  Cet  os  est  au  moins  trois  fo  s  plus 
épais  que  dans  les  éléphants  les  plus  grands, 
et  il  égale  presoue  en  largeur  la  moitié  de 
sa  longueur  totale.  Sa  tête  est  unie  au  corps 
de  l'os  par  un  cou  court  et  très-robuste  de 
22  pouces  de  tour,  il  est  loi^  de  2  pieds 
i pouces;  sa  circonférence,  Ik  où  il  est  le 
moins  épais,  est  de  2  pieds  2  pouces,  et  de 
3  pieds  2  pouces  dans  la  {lortion  qui  l'est  le 
plus;  son  corps  est  aplati,  et,  par  suite 
même  de  cet  aplatissement,  élargi  à  un 
point  dont  on  ne  trouve  pas  dans  la  nature 
un  second  exemple.  Ces  diverses  particule 
rites  que  présente  le  ft^mur  paraissent  avoir 
eu  un  douhle  but.  Le  priMiiier,  d'obtenir  une 
solidité  extrême  à  l'aide»  de  proportions  cour- 
tes et  massives;  et,  eu  sorond  lieu,  de  coui- 
penser,  au  moyen  de  laplalisseinenl  dans  la 
sons  transversal,  le  désavantage  qui  résultait 
de  la  position  tro.>  inlorne  «|u'occu|ie  la  ca 
vite  jiar  laquelle  le  fémur  s'articule  au  bassin. 

apophyses  transverses  des  vertèbres  sacrées. 

Lne  dernière  preuve  du  volume  énorme  et  de  la 
puissance  musculaire  de  la  cuisse  ei  des  membres 
postérieurs,  se  trouve  dans  les  dimensions  du^  caual 
du  sacrum  destiné  au  passage  de  la  moelle  épîiiiére. 
Ce  canal  n*a  |Mis  moins  de  quatre  peuces  de  dia- 
mètre, et  le  cordon  médullaire  'a  dû  avoir  sur  ce 
point  un  pied  de  circonrércucc.  \a,  volume  extraor- 
dinaire des  nerfs  qui  en  naissaient,  pour  aller  se  ra- 
mifier dans  tes  extrémités  postérieures,  est  encors 
attesté  par  le  diamètre  remarquable  des  trous  sacrés. 


079 


ME6 


Dl€T10NNÂlti£  DE  COSMOGONIE 


M£G 


j  • 


Les  deux  os  de  la  Jambe  sont  aussi  ex* 
trémement  courts,  et  (Jans  un  rapport  eiact 
d*épaisseur  et  de  solidité  avec  le  fémur 
ou'ils  supportent.  Leur  puissance  s*accrott 
encore  par  cette  circonstance  quMls  se  sou- 
dent entre  eux  par  leurs  exti émîtes,  sou- 
dure que,  suivant  Cuvier,  Ton  ne  rencontre 
dans  lucun  autre  animal,  à  Texception  des 
tatous  et  des  chiamynhores,  qui  tous  les  deux 
passent  leur  vie  à  fouiller  la  terre  pour  y 
f'Jiercher  leur  nourriture. 

L'articulation  de  la  jambe  postérieure 
avec  le  pied  est  admirablement  prévue  pour 
soutenir  la  masse  énorme  qui  pèse  dessus 
dans  le  sens  vertical.  L*astragale,.ou  grand 
os  du  tarse,  long  de  9  pouces,  et  haut  de  la 
même  quantité,  est  dans  un  rap})ort  exact 
avec  l'extrémité  du  tibia  où  il  s'artkule,  et 
il  est  supporté  par  un  calcanéum  de  la  lon- 
gueur extraordinaire  de  17  pouces,  et  ayant 
28  pouces  de  circonférence.  Cet  os  énorme 
appuyé  sur  le  sol  fournissait  une  base  so- 
lide, un  peint  d'appui  inébranlable  à  ces 
masses  accumulées  du  bassin,  de  la  cuisse 
et  de  la  jambe,  dont  nous  venons  de  décrire 
les  enchaînements  et  les  relations.  On  yoit, 
en  effet,  que  le  calcanéum  occupe  près  de  la 
moitié  de  la  longueur  tout  entière  du  pied 
postérieur;  oue  les  os  des  doi^gts  sont  tous 
fort  courts,  a  l'exception  de  la  phalange 
terminale  du  pouce,  qui  est  convertie  eu 
une  énorme  griffe  osseuse,  plus  {grande 
qu*aucune  de  celles  des  pieds  antérieurs, 
puisqu'elle  a  13  pouces  de  circonférence; 
i*t  que  le  noyau  qui  supportait  la  griffe  cor- 
née n'a  pas  moins  de  10  pouces  de  lon- 
gueur. L  usage  principal  de  cet  angfe  puis- 
sant était  probablement  de  fixer  Je  pieu  so- 
lidement sur  le  sol. 

Des  extrémités  construites  dans  des  pro- 
l>ortions  aussi  massives  ne  durent  être  que 
\\^s  instruments  inertes  pour  uue  locomo- 
tion rapide;  et  elles  nous  j^attraient  bien 
imparfaites,  si,  roulant  les  juger,  nous  pre- 
nions {fOur  termes  d'appréciation  les  fonc- 
tions que  remplissent  d  ordinaire  les  utem- 
l»re5  chez  les  quadrupèdes.  Mais,  si  nous  y 
voyons  les  supports  u^une  créature  presque 
sédentaire,  et  d'un  poids  extraordinaire, 
elles  exciteront  notre  admiration,  comme  le 
font  toutes  les  pièces  des  mécanismes  ani- 
maux, lorscpie  nous  en  comprenons  le  but 

(714)  La  ressemblance  qui  existe  entre  quelques 
parties  de  cette  armure  fossile  et  celle  du  cachîcame 
(cfflffjjrpt»  iptba)  s*élend  jusqu^aux  déiaiîs  de  formes 
des  divers  compariimeiils  tuberculeux  dans  lesquels 
ces  parties  sont  divisées. 

Dans  Fun  comme  dans  Paulre  cas,  Taccroisse- 
meni  en  étendue  de  cette  enveloppe  solide  a  été  pré- 
paré à  l'avance  par  une  disposition  simple  qui  con- 
siste en  ce  que  le  point  central  de  chacune  des 
plaques  osseuses  constitue  un  centre  d^accroisse- 
ment,  à  partir  duquel  les  bords  ne  cessent  de  s'é- 
largir il  mesure  que  Taccroissement  du  corps  né- 
cessite celui  de  renveloppe  osseuse  dans  laquelle  il 
est  enfermé.  Le  corps  du  m^attiërium,  ainsi  enve- 
loppé dans  une  cuirasse,  ne  devait  pas  mal  ressem- 
bler à  certains  chariots  couverts. 

^715)  Dans  les  transactions  de  TAcadëmie  de  Ber> 
lin^  année  1830,  le  professeur  AVeis  a  publié  la  des- 
cription de  quelques  os  de  m(5gathériura  trouvés 


et  les  usages.  La  perfection  d'un  instrument 
ne  peut  s  estimer  qu'en  étudiant  le  trayail 

au'il  doit  accomplir.  Le  marteau  et  renclnne 
'un  fabiici^nt  d'ancres,  tout  massifs  qu'ils 
sont,  n'ont  pourtant  rien  de  grossier  ni 
d'imparfait.  Ils  offrent,  par  rapport  aui  tra- 
vaux qu'ils  doivent  exécuter,  des  propor- 
tions tout  aussi  parfaites  que  les  outils  lé- 
gers et  délicats  de  l'horlOger  par  rapport  aui 
rouages  déliés  de  ses  chronomètres. 

Armwrt  osseuse,  —  Un  autre  caractère  re- 
marquable, qui  place  le  mégathériuro  à  côté 
des  tatous  et  des  clilamypliores,  c'est  Tes- 
pèce  de  cuirasse  csseuse*qui,  suivant  toute 
probabilité,  recouvrait  sa  peau,  et  qui  adl 
varier  en  é|iaisseur  depuis  trois  quarts  de 
pouce  à  un  pouce  et  demi ,  semblable  à  b 
cuirasse  qui  recouvre  encrire  maintenant  1ei 
édentés  que  nous  venons  de  citer,  habitants 
des  mêmes  contrées  chaudes  et  sablonneuses 
de  l'Amérique  du  Sud,  où  se  rencontrent  les 
restes  du  mégathérium  (71i^). 

Cne  enveloppe  d'un  poids  aussi  énorme 
n'était  pas  hors  de  proportion  avec  la  struc- 
ture générale  du  mégathérium.  Ses  mem- 
bres postérieurs,  yéritables  piliers,  et  m 
Srueue  colossale  avaient  été  calculés  pour  lui 
ournir  des  supports  proportionnes  à  sa 
masse  ;  ses  lombes  et  ses  cotes,  qui  surpas- 
sent en  dimension  celles  de  l'éléphant,  ne 
paraissent  ivoir  été  créées  si  puissantes  que 
pour  supporter  une  lourde  cuirasse,  comme 
celle  dont  nous  supposons  que  son  corpà 
était  revêtu  (7i5). 

Il  nous  reste  à  examiner  maintenant  de 
quelle  utilité  pouvait  être  une  pareille  en- 
veloppe pour  l'animal  gigantesque  oni, 
ainsi  que  nous  venons  de  le  voir,  en  était 
probablement  revêtu.  On  peut  obserrer 
aabord  que  les  organes  de  locomolion  du 
mégathérium  ne  pouvant  se  prftterqu'àaafl 
progression  des  plus  lentes,  le  poids  de  il 
cuirasse  elle-même  n'a  dû  apporter  que  pe» 
d'obstacle  à  des  mouvements  déjà  si  lourds, 
et  elle  dut  être  une  arme  défensiTe  non- 
seulement  contre  les  dents  et  les  ongles 
des  animaux  de  proie,  mais  aussi  contre  c« 
mj^riades  d'insectes  qui  fourmillent  donfr 
naire  dans  les  climats  semblables  à  cm 
où  ses  os  ont  été  trouvés,  et  auxquels  de- 
vait être  exposé  plus  qu'aucun  autre  un 
animal  obligé  de  chercher  sa  noarriture  en 

près  de  Montevideo  avec  {plusieurs  frasments  d> 
mure  osseuse ,  dont  il  rapine  sans  liésilJtioo  b 
plus  grande  partie  au  mégathérium.  11  y  en  a  d'aï* 
très  portions  <iu*il  rapporte,  ainsi  que  plusiep  <^' 
sements  du  même  district,  à  des  espèces  diflereuie» 
On  voit  un  pareil  mélange  d'ossements  ce  dedebr» 
d*armure  appartenant  à  des  espèces  diterses,  ^ 
toules  portaient  une  cuirasse  dans  la  coUedionf  ' 
faite  M.  Parisli  sur  des  localités  différentes  du  f; 
trict  au-dessus  de  Buénos-Ayres.  Bitn  que  I-on  naît 
trouvé  aucune  trace  d*armure  avec  les  îmw^ 
de  squelette  découvert  dans  le  lit  de  Sabdo,  la  ^^' 
face  rugueuse,  élargie  et  aplatie  d*une  portion  de  u 
crête  de  l'ilion  dans  ce  squelette,  l^étargissetncuide 
rextrémité  des  apophyses  épineuses  d'un  gr^ 
nombre  de  vertèbres,  ainsi  que  de  la  conveiiif  >^ 
périeure  de  plusieurs  côtes  sur  lesquelles  eôij» 
portée  ta  cuiras,se,  indiquent  une  pression  ^rm^* 
telle  qui  produit  les  mêmes  effets  sur  les  f^- 


f81 


HEG 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MER 


fuuillaDt  sous  un  soleil  ardent.  Nous  pou- 
vons penser  aussi  que  cette  armure  dut  lui 
être  utile  en  protégeant  son  dos  et  les  par- 
ties postérieures  de  son  rx>rp$9  non-seule- 
ujent  contre  le  soleil  et  la  pluie,  mais  aussi 
contre  le  sable  et  la  poussière,  qui  n'eussent 
iMu>  manqué  de  produire  sur  une  peau  nue 
l'irritation  et  les  maladies  (716). 

Conclusion.  —  Nous  venons  d*examiner 
eu  détail  le  squelette  d'un  mammifère 
énorme ,  dont  chacun  des  os  présente  des 
fiarticularités  qui  peuvent  au  premier  coup 
d'œil  sembler  Tceivre  d'une  combinaison 
grossière,  mais  dont  le  secret  nous  devient 
intelligible  dès  que  nous  les  étudions  dans 
leurs  relations  mutuelles  et  dans  leurs  rap- 
tK>rts  avec  les  fonctions  que  doit  remplir 
ranimai  auquel  ils  apfjartiennent. 

Le  mé^athérium  excède  en  volume  tous 
les  édent^  actuellement  eiistanls,  ses  plus 
firoches  voisins  en  orgauisation,  beaucoup 
plus  qu'aucun  autre  animal  fossile  ne  d^ 
passe  les  espèces  vivantes  qui  lui  corres- 
fondent.  H  a  la  tête  et  les  épaules  du  pa- 
resseux; ses  jambes  et  ses  pieds  offrent  réu- 
nis les  caractères  des  fourmiliers,  des  tatous 
et  des  chlam jphores  ;  et  il  avait  probable- 
ment avec  ces  derniers  un  trait  de  ressem- 
blance de  plus  dans  Texistence  d'une  ar- 
mure osseuse.  Ses  hanches  avaient  plus  de 
5  pieds  de  large;  son  corps  était  long  de 
I  i  pieds,  haut  de  8.  Son  pied  était  long  de  3, 
ei  terminé  })ar  les  on:;ies  les  plus  gigan- 
tesques. Sa  queue  était  probablement  recou- 
verte d'une  armure,  et  plus  grande  que 
celle  d'aucun  autre  mammifère  terrestre  vi- 
vant ou  fossile.  Cn  animal  bâti  dans  des 
proportions  aussi  massives,  et  dans  la  cons- 
truction duquel  la  matière  avait  été  ainsi 
prodiguée,  ne  pouvait  ni  courir,  ni  sauter, 
ni  grimper,  ni  se  creuser  des  terriers  sous 
terre,  et  il  ne  dut  avoir  qu'une  démarche 
lente.  Mais,  qu'était-il  besoin  de  mouvements 
rapides  pour  un  être  uniquement  occupé 
à  chercher  des  racines  en  creusant  la  terre, 
et  qui  par  cela  même  derait  à  peine  bouger 
de  place  ?  Qu'avait-il  besoin  de  vitesse  pour 
fuir  ses  ennemis,  quand  la  nature  avait  re- 
vêtu son  corps  gigantesque  d'une  impéné- 
trable cuirasse,  et  qu'il  pouvait  d'un  seul 
coup  de  son  pied  ou  de  sa  queue  broyer  le 
couguar  ou  le  crocodile?  A 1  abri  de  tous  les 

ties  analogues  da  squelette  chez  le  tatoo  ;  et  cette 
cîrcoDftiance  noas  eût  autorisés  à  prououcer  que 
le  mégatbëriuin  aussi  était  recouvert  d^oiie  lourde 
cuirasse  ,  alors  même  que  nous  n*6D  eussions 
reooontré  aucune  trace  prés  des  os  de  cet  animal 
ftur  d*autres  points  4aos  les  mêmes  plaines  du 
Paraguay,  bans  tous  ces  os  aplatis,  la  pression 
ne  s*annonce  que  sur  les  points  précis  du  squelette 
ou  a  dA  porter  immédiatement  le  poids  de  Tarmure, 
et  elle  y  a  produit  exactement  les  mêmes  empreintes 
q«c  Ton  obsenre  très -développés  dans  les  tatous. 

(716)  Pour  des  animaux  qui  ne  fouillent  que  par 
rirconsianee,  et  panr  se  creuser  une  balritation  soa- 
tn-rraine ,  tels  que  le  blaireau ,  le  renard  et  le  lapin» 
iffaif  qui  vîesnent  à  b  surface  cbercber  leur  nour- 
riture, une  armure  défensive  de  cette  nature  n*eât 
pa*^  été  seulement  sans  utilité,  mais  elle  eût  mémn, 
(  n^ rainé  de  frares  inconvénients. 

L'i  tatous  cl  les  chlamyphores  sont  les  seuls 


coups  dans  son  vêtement  osseux,  de  quel 
ennepi  devait-il  redouter  les  attaques,  ce 
Léviathan  des  Pampas?  et  quelle  créature  plus 
puissante  encore  eût  pu  poursuivre  sa  race 
e^reffacerdu  nombre  des  habitants  du  globe? 
Toute  son  organisation  était  un  mécanisme 
colossal  en  rapport  exact  avec  le  travail 
pour  lequel  il  avait  été  construit;  massive 
et  puissante  comme  cette  besogne  était 
lourde  et  pénible,  elle  avait  été  coordonnée 
pour  être  un  instrument  de  vie  et  de  jouis- 
sances h  toute  une  race  de  quadrupèdes,  la- 
3uelle,  bien  mi'elle  ait  disnarude  la  surface 
e  notre  planète,  a  laissé  oerrière  elle  d'im- 
périssables monuments  de  l'habileté  con- 
sommée qui  avait  présidé  à  son  édiGcation. 
Chaque  membre,  chaque  fragment  d'un 
membre  est  une  pièce  bien  proportionnée 
d'iu  tout  parfaitement  coordonné;  et,  si  loin 
qu'ils  seniblent  s'écarter,  par  leurs  formes 
et  leurs  proportions,  de  ce  que  sont  les 
membres  chez  les  autres  mammifères,  nous 
7  trouvons  de  plus  tout  ce  qu'il  y  a  eu  d'iné- 

fmisable  et  innnie  variété  dans  les  plans  de 
a  sagesse  créatrice. 
MELANGE  des  sénniEiiTS  et  des  animal  x 

MABIXS  ET  TBBRESTRB8.    Voy.  COCCHES    SÉDI- 

MERTAimES,  art.  III. 

MERAY  (Le  docteur  R.-F.).  --  M.  Hérajr 
est  auteur  d'un  livre  intitulé  :  Geçs  ou  His^ 
taire  de  la  ierrej  de  ia  création^  de  son  déve- 
loppement ^  etc.;  Paris,  1M8;  le  tome  I" 
seul  a  paru.  Comme  tout  bon  cosmogoniste, 
c'est-à-dire  comme  tout  savant  qui  a  beau- 
ooupEd'imapnation  et  moins  de  sens  com- 
mun, M.  le  docteur  Méray  a.  ses  idée»  à  lui 
sur  le  chapitre  de  la  création  du  monde. 
Nous  allons  faire  connaître  le  fond  de  ses 
théories  afin  que  le  lecteur  sache  bien  que 
les  modernes,  malgré-  le  progrès  des  scien* 
ces,  n'ont  rien  à  envier  à  l'antiquité  en  fait 
de  systèmes  extravagants.  Nous  nous  don- 
nerons bien  de  garde  de  l'analyser;  ces 
choses  neuves  dbivent  être  présentées  dans 
les  propres  termes  de  l'auteur. 

«  Nous  devons  admettre,  et  nous  cherche- 
rons à  prouver,  que  le  soleil  placé  au  centre 
des  systèmes  planétaire  et  stellaire,  réduit 
maintenant  à  la  fonction  passive  et  facile, 
tout  immense  qu'elle  soit,  d'éclairer  l'uni- 
vers, de  maintenir  au  mojen  de  l'attraction, 
dans  de<(  orbites  qu'elles  décrivent  autour 

roaramifères  connus  qui  soient  reTétas  d*one  ar- 
mure de  plaques  osseuses  analogues  à  eelles  du 
niégathénum  ;  et  le  fait  mêine  que  cette  particob- 
rité  d'or^nisation  n*a  été  accordée  qu*à  ces  quel- 
ques espèces,  sufGt  pour  no«s  faire  douter  qu'elle 
ait  eu  pour  unique  fin  de  les  protéger  contre  les 
animaux  carnassiers  ci  contre  les  insectes.  Mais, 
comme  le  tatou  n'obtient  sa  nourriture  qu*en  fouil- 
lant le  sol  desséché  et  sablonneux  des  mêmes  plaines 
qu*babitait  jadis  le  m^thérium  ;  comme  le  ciilamy* 
phore^  passe  sa  y'ie  presque  entière  dans  des  terriers 
creusés  dans  ce  même  sol,  U  est  proUaltb  ;ue  b 
partie  supérieure  de  leur  corps  reçoit  de  la  cuirasse 
oeMe  même  protection  contre  le  sable  et  la  pous- 
sière dont  nous  avons  parlé  à  propos  du  mé^hé* 
nam.  Les  pangolins  sont  recouverts  d*one  armnra 
de  nature  dilKrentc,  composée  d*écaill«>s  cornées  m» 
biles,  et  dans  h  composition  desquelles  il  n>;itra 
aucune  substance  osseuse. 


•89 


M£R 


DlCTlONNAiriE  DE  COSMOGONIE 


MER 


de  lai,  les  différentes  planètes,  nous  devons 
Admettre,  disons-nous,  que  le  soleil  avait 
reçu  de  son  créateur  une  mission  plus  im- 
portante encore,  plus  active,  qu'il  paraît 
avoir  définitivement  remplie  conformément 
aux  vues  de  la  divinité.  Nous  voulons  parler 
de  la  mission  de  reproduire  et  de  multiplier 
son  élément  proprect  de  l'appliquer  à  la 
ibrmation  des  corps  célestes,  tâche  qu'il  a 
exécutée  avec  une  largesse  et  une  magnifi- 
cence dignes  de  la  volonté  divine.  Aussi  de- 
vons-nous considérer  ce  grand  astre  comme 
l'auteur,  le  réparateur  de  toute  la  matière 
ignée  répandue  dans  Tespace,  tantôt  à  l'état 
de  pureté,  comme  dans  les  comètes,  tantM, 
comme  dans  les  planètes,  à  Tétat  de  con- 
jonction avec  un  second  élément  qui  la  mo- 
difie complètement  en  travaillant  a  son  ex- 
tinction, et  qui  la  contraint,  avant  que  de  l'é- 
teindre ,  pendant  les  différentes  phases  d'ex- 
tinction, a  poursuivre  l'œuvre  d'organisation 
pour  laquelle  la  main  divine  l'a  tirée  du  néant, 
œuvre  que  nous  voyons  s'exécuter  sous  nos 
yenx^  à  la  surface  de  notre  globe.  »  (P.  60.) 
Cet  élément,  c'est  Teau. 

«  One  chose  digne  de  remarque,  c'est  que, 
do  tous  les  corps  de  la  nature,  Teau  est  le 
«eul  qui  ait  été  originairement  solide  ;  tous 
imt  commencé  par  être  liquides  avant  que 
de  se  solidifier.  Ainsi,  les  animaux,  les  vé- 
(^étaux,  les  minéraux,  les  métaux  les  plus 
denses  et  les  plus  durs  ont  subi  cette  transition 
d'état.  La  solidité  est  incontestablement  l'é- 
tat originel  de  l'eau;  et  telle  que  nous  la 
voyons  dans  nos  mers,  dans  nos  fleuves  et 
'iansnos  rivières,  elle  est  combinée  avec  le 
«calorique,  elle  est  dégénérée  de  sa  pureté 
native  et,  en  quelque  sorte,  virginale  ;  elle 
est  polluée  par  la  pénétration  de  ce  fluide, 
par  ses  attouchements  moléculaires  et  fé- 
i.HmJée  par  sa  promiscuité.  Aussi,  voulo  r 
O'tie  dans  cette  dernière  condition  l'eau  soit 
à  son  état  naturel,  serait  aussi  peu  raisonna- 
J)le  que  de  vouloir  que  la  lave  refroidie  nous 
représentât  le  feu  primitif,  l'élément  igné. 

n  Par  une  antithèse  soutenue,  dont  Dieu 
a  rattaché  les  conséquences  à  leur  destina- 
tion et  à  leur  emploi,  ces  deux  œrps,  le  feu 
el  Teau,  en  perdant  leur  forme  et  leur  coa- 
-Mst:ince  originelles,  conservent  néanmoins 
les  qualités  de  solide  et  de  liquide;  seule- 
ment ils  les  échangent  entre  eux,  de  telle 
façon  que  les  propriétés  innées  de  l'un  de- 
viennent les  propriétés  acquises  de  l'autre  : 
ce  qui  tend  à  nous  prouver  que  la  nature  ne 
saurait  rien  faire  avec  un  solide  ou  avec  un 
liquide,  isolé  l'un  de  Vautre.  Ainsi,  à  l'étal 
originel,  l'un  se  montre  d'une  ardeur  dévo- 
rante, l'autre  est  froid  ;  l'un  présente  la  co- 
loration la  plus  éclatante,  l'autre  est  inco- 
lore; celui-ci  est  a^ité,  il  bouillonne  à  sa 
surface,  la  lune  est  inanimée,  on  ne  recon- 
naît à  sa  surface  aucun  npouvement  molécu- 
laire, tout  y  est  dans  un  repos  absolu;  cehii- 
Cm  tend  à  la  dilatation  au  moyen  du  fluide 
abondant  qu'il  dégage,  celui-là  tond  à  la 
contraction  et  ne  dégage  aucun  fluide.  Sui- 
vons-les dans  leur  transformation  la  plus 


avancée,  et  nous  retrouvons  les  mêmes  rè- 
gles de  l'antithèse.  L'un  se  refroidit,  tandis 
que  l'autre  s'échauffe;  l'un,  par  ce  change- 
ment tlo  température,  devient  solide,  Tauti-Q 
liquide;  lun  devient  noir  et  opaque,  Taulro 
brillant  »(  diaphane;  l'un  perd  sa  force  ac- 
tive, son  mouvement  moléculaire  cesse, 
l'autre  perd  son  inertie,  cbaimne  de  ses  mo- 
lécules est  agitée  d'un  mouvement  conli- 
nuel.  Il  est  donc  juste  et  raisonnable  de  dire 
que  l'état  liquide  du  feu  et  que  Tétat  solide 
de  l'eau  sont  des  conditions  nécessaires  \mf 
élever  ces  corps  élémentaires  à  leur  plus 
haute  puissance,  telle  que  Dieu  seul  eût  pa 
jamais  la  leur  départir. 

<i  De  même  que  le  soleil  est  le  résenroir 
de  toute  la  matière  ignée,  d«  celle  qui  est 
entrée  dans  la  formation  simple  des  comètes 
et  dans  la  formation  binaire  des  planètes 
tant  anciennes  que  contemporaines,  de 
même  la  lune  est  le  réservoir  dans  lequel  la 
main  du  divin  Créateur  a  accumulé,  sous 
la  forme  solide,  l'élément  aqueux  qui  a 
fourni  le  contingent  nécessaire  à  la  création 
de  toutes  les  planètes  et  de  leurs  satellites. 
Aussi  est-ce  bien  à  tort  qu'on  a  avancé  que 
la  lune  n'est  que  le  satellite  de  la  planète 
que  nous  habitons.  L'auteur  de  la  nature 
lui  avait  réservé  la  mission  plus  noble,  plus 
élevée,  moins  secondaire,  de  concouri:  à 
l'organisation  de  l'univers,  fonction  qu'elle  a 
remplie  largement,  au  détriment  de  la  masse 
et  de  la  puissance  de  son  principe.  (P.  93j. 

«(  L'eau  et  le  feu  sont  les  seuls  agents 
dont  la  force  connue  fjuisse  6tre  en  rapport 
avec  les  effets  prodigieux  aue  présente  la 
surface  des  planètes  et  avec  les  actions  sub- 
terranéennes  que  nous  y  étudierons.  L'ac- 
tion séparée  de  l'un  ou  de  l'autre  a  son  ca- 
ractère particulier,  trèSHreconnaissable;  mais 
la  réunion  de  ces  deux  agents  crée  une  forre 
particulière  dont  l'énergie  est,  en  quelque 
sorte,  illimitée,  et  que  nous  sommes  encore 
bien  loin  de  connaître  entièrement.  Ces  pbé- 
nomènes  incontestables  d'organisation  pla- 
nétaire nous  expliquent  parfaitement  pour- 
(juoi  la  mer  se  trouve  toujours  voisine  df* 
volcans.  De  ce  voisinage,  elle  semble  prête 
à  fondre  encore  une  fois  sur  son  antagoniste 
s'il  menaçait  de  recouvrer  une  prédominance 
qu'elle  lui  a  depuis  longtemps  ravie,  cell<f 
qui  domine  et  régit  les  destinées  de  nolra 
planète  et  de  tous  les  corps  célestes  binaires. 

«  Cette  attraction  particulière  delà  luie 
sur  l'élément  aqueux  de  notre  planète  in^ji' 
que  bien  évidemment  la  dérivation,  la  lilia- 
tion  spéciale  de  celui-là  et  l'affinité  élémen- 
taire qui  existe  entre  les  deux  prinrip^^^ 
aqueux,,  qui  semblent,  par  cet  effet,  cbcr- 
cher  à  se  porter  l'un  vers  l'autre.  Nous  par- 
lerons j)lus  longuement  de  ce  phénoio^n* 
remarquable  que  nous  ne.  citons  ici  qu<» 
pour -le  faire  servir  à  étayêr  notre  •p"**'**' 
sur  la  constitution  matérielle  de  la  lac^- 
Nous  démontrerons  aussi,  plus  loin,  q^**  |* 
même  tendance  attractive  s'exerce  enrre  '? 
soleil  et  le  feu  central  de  notre  planète,  u  •  ij 
résulte  le  phénomène  de  la  chaleur  «Je  a  "• 


MER 


ET  DE   PALEONTOLOf^lF. 


Il  EU 


M6 


afiiio$f>tièro»qu*on  a  aUrîliude  jusqirh'i,  |iAr 
>iiiie  ilo  la  mutine,  à  ractiuii  iminédialc  des 
rnyo'is  solaires.  • 

n  On  nous  ('emandon,  sans  doute,  si 
iiMiK  |ii*nsfm5quc  la  lunesoil  In  seule  source 
•  loril  la  nature  ail  tiré  lout  rélémcnt  aqueux 
i|ir«lle  a  intrcNluit  dans  la  composition  des 
pfau<*le$,lan(sncienn6S(|ucnonlemporaines? 
NfMis  le  i^ensons,  et  nous  |in*sunions  en  t*on- 
s/'  picnre  que  cet  astre  a  dû,  en  sortant  des 
mains  tlu  Cn'atcur,  posséder  une  puissance 
•Se  Yfdumc  et  d'action  bien  supérieure  à  celle 
ifuc  mius  lui  voyons  aujounl  iiui  ;  qu'il  a  dû 
«M-«*uper  dans  Tespace  céleste  un  liou  plus 
rnpproclié  d;i  soleil,  assez  distant  cependant 
|Miur  6lrc  à  Tabri  de  Faction  fondante  de  ses 
myons  calonnqiies  qui  auraient  alors  inter- 
vtTti  la  nalurcdcson  élément,  endétraisant  la 
s«didité  de  sa  «ulistani^e.  Nous  pensons  même 
•itio  la  lune,  ce  grand  ovaire  de  la  nature, 
«''puisée  ]iar  ses  nondireuses  coopérations  fé- 
rfiiidantes,aqa:ttélecliampoùso|»éraitcette 
^ramlc  ceuvre,  attirée  qu'elle  était,  |iar  une 
>ortede  prédilection,  vers  une  de  ses  der- 
itièresi  émanations,  notre  planète,  dont  elle 
a  ainsi  assuré  le  développement  et  la  brillante 
urbanisation;  qne  la  terre  est  une  de  ses 
iloriiières  productions,  ainsi  que  Vénus, 
Men'ure,  et  sans  doute  aussi  quelques  autres 
planètes  que  leur  exiguïté  derolje  à  nos  in- 
vrMÎ^ati'ins.  Nous  |)ensons,  en  outre,  que 
in  lune,  h  Tétai  d'amoindrissement  et  de 
rndiicité  où  elle  se  trouve,  refuse  tout  con- 
t'iMirs  de  jiromiscuité  avec  son  splendide 
riNius,  À  I  atlrtiction  duquel  elle  semble  se 
sM^uslraire  jiar  son.  éloignemenl,  pour  pro- 
Ir^er,  |vir  une  véritable  sollicitade  mater* 
iioilc,  fun  des^i'lus  faibles  peut-être  de  leurs 
iMMulireux  produits,  mais  ii  coup  sûr  le 
niieux  réussi,  la  planète  que  noua  nabi  tons. 

«  Viiilh  ccr'jiineinent,  sur  la  constitution 
di'S  «'orps  célestes,  tant  élémentaires  que 
•-tinqNisés,  tles  idées  dont  l'étrange  nou- 
v«Muté,  \  laquelle  n'est  pas  iiabituée  la 
crirnre,  va  soulever  les  dédains ,  sinon  les 
r.iilteries îles  idn'Iosoplies du  siècle,  penseurs 
d'un  jour,  qiîe  l'ambition  de  la  renommée, 
«i«r*»  iHinneurs  et  des  richesses ,  agite  infini- 
iiM-nl  phis  que  les  nondireuses  vérités  qui 
ri.*!4ent  h  découvrir  dans  la  nature.  Ainsi, 
{•«tiir  ne  parler  que  île  l'astre  dont  nous  ve* 
alunis  de  nous  oi!U|M*r,  tous  nos  devanciers 
Ayant  dit  :  Im  lune  nt  une  planète^  la  lune 
est  ie  $aiellUe  de  la  terre  :  les  contemporains 
ont  reflété  :  La  tune  ê$l  'sne  planète^  la  lune 
est  te  eatellile  de  la  terre.  Ces  définitions 
vagues  n'enseignent  rien;  elles  n'apprennent 
•Il  quels  sont  les  éléments  constitutifs  d'une 
ft^anète,  ni  quels  sont  ceux  d'un  satellite 
Aussi,  vivons-nous  dans  une  i^noram-e  ab- 
!^duo  des  premiers  principes  îles  corps  eé- 
b:>tcs,  simples  et  eonifiosés;  et  eo|>endant, 
il  esldonnéà  riiitelligenceliumaineires|iérer 
uiellre  un  terme  à  cette  ignuraiire  par  une 
\o\e  aussi  sûreifue  facile.  Il  sa^it  iiniquc- 
iitent  d'étudier  et  d'analyser  les  éJéiueiUs  de 
iMlre  planète,  tpii  doivent  se  trouver  iilrii- 
tiipienierii  les  nièiiios  que  ceux  t\QS  aitlrps 
corps  célestes  etdet'ire  :  .16  uno  dtsceofnucx. 


Ce  que  nous  tenons  pour  certain,  c'est  iiuo 
la  lune  n'est  point  une  planète,  car  les  pla- 
nètes obéissent  toutes  au  soleil  et  décrivent, 
toutes,  tics  orbites  appréciables  autour  de  co 
graml  princi|>e,  tandis  que  la  lune  gravite 
vers  la  terre,  tourne  autour  d*elle  en  la  sui- 
vant dans  le  cercle  qu'elle  décrit  autour  du 
soleil  ;  et  si  elle  tourne  autour  du  soleil ,  ce 
n'est  que  pour  ne  point  quitter  la  terre.  Sa 
gravitation  et  l'attraction  qu'elle  exerce  sur 
les  eaux  terrestres*,  sont  les  seules  forces 
qui  paraissent  spontanées,  innées  ou  essen- 
tielles à  la  lune. 

«  Nous  n'osons  f>as  esoérer,  conséquem- 
ment,que  la  science  s'arrête  un  instant  sur  la 
nouveauté  plus  ou  moins  judicieuse  de  nos 
opinions.  Aussi  simples  que  la  natyre  à  qui 
elles  sont  appliquées,  elles  manquent  de  cet 
appui  trop  souvent  illusoire  et  mensonger 
que  prête  à  toute  théorie  savante  la  couleur 
scientifique  qui  résulte  de  la  précision  nu- 
mérique. Quoi  qu'il  advienne,  nous  ne  per- 
siste roîis  pas  moins  à  croire  que  cette  sub-: 
stance  blanche  qu'on  a  comparée  à  du  dia- 
mant, que  cette  surface  hérissée  de  mon- 
tagnes, douée  de  réOeclion,  de  transparence 
sur  ses  bords,  que  nous  présente  la  lune , 
soit  de  la  glace,  forme  élémentaire  de  Teau 
qui  entre  dans  la  composition  des  plauètes. 
Le  puissant  Créateur  de  toutes  choses  a  ac- 
cumulé dans  ce  corps  céleste  cette  substance, 
sous  une  consistance  dense  et  compacte ,  qui 
rend  ce  corps  plus  propre  au  mouvement  : 
sa  volonté ,  qui  est  la  seule  cause  de  toutes 
les  causes,  en  a  fait  un  principe  élémen- 
taire, destiné  à  servir  de  correctif  à  la  tur* 
bulente  et  aveugle  énergie  du  feu,  pour 
l'oi^nisation  des  planètes,  destiné  à  modé- 
rer ses  actions  excentriques,  à  rectifier  &e& 
désordres  incompatibles  avec  toute  orga- 
nisation, en  un  mot,  è  le  rendre  apte  à  la 
production  et  à  l'entretien  des  êtres  nom- 
breux qui  habitent  les  brillantea  demeures 
disséminées  dans  l'espace.  »  (  P.  97.) 

«  L'attraction  étant  élevée  à  sa  plus  haute 
puissance  et  à  son  dernier  de^ré  de  tension 
entre  les  deux  principes ,  solaire  et  lunaire , 
dont  Tiin  jouissait  de  toute  son  ardeur  pri- 
mitive et  l'autre  de  toute  l'influence  que 
lui  donnait  sa  masse  alors  intacte  et  com- 
plète,*la  fonction  procréatrice  a  dû  s'exécu- 
ter, dans  ces  premières  périodes ,  avec  une 
vigueur  et  une  fécondité  proportionnées  à 
cette  double  énergie.  C'est  alors  que  fut 
facilement  érigée  cette  loi  qui  domine  l'ac- 
tion génératrice,  dans  toutes  les  espèces, 
loi  qui  inipose  l'initiative  d'action  au  prin-. 
cipe  mâle  ou  positif,  tandis  que  le  principe 
négatif  attend,  plein  d'une  inerte  soumission, 
le  contact  prolifique. 

<  Ainsi,  comme  tout,  dans  nos  explica* 
lions  subséquentes  «  tendra  à  le  démontrer, 
ie  principe  solaire  a  procédé  en  lançant,  par 
une  véritable  scission  éjaculatrice ,  uiio 
niasse  de  son  essef^^e  ig^ée  sural»onilante 
alors  contre  le  princii^  Aqueux  lunaire.  L'é^ 
tiitcelle  solaire ^culée,  attirée  par  la  masse 
aqiicuscplusconsidérablequ'cilc,  l'a  Iicurtéei 


187 


MKS 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


VOL 


%  pénétré  dans  sa  substance,  s*cn  est  entou- 
rée »  et,  après  ce  résultat,  parla  puissance 
même  de  ce  résultat,  elle  a  été  repoussée 
dans  le  champ  céleste,  entraînant,  avec  elle, 
Tobjet  de  sa  concupiscence  et  de  son  attrac- 
tion, c'est-À-dire  un  fragment  lunaire,  ovule 
détaché  du  grand  ovaire  de  la  nature.  Alors 
cette  masse  hétérogène,  engendrée  par  la 
promiscuité  des  émanations  des  éléments 

{)riroitifs,  a  roulé  dans  l'espace  oxygéné, 
usqu*à  ce  qu*ayantdéplacé  une  masse  droxy- 
gène,  éfiàl  a  son  volume  diminué  d*un  poids 
é^'al  à  ce'ui  du  volume  de  l'oxvgène  déplacé, 
elle  se  soit  trouvée  entourée  d  une  résistance 
éfuivalente  de  tous  les  côtés,  soutenue, 
maintenue  ainsi  en  un  juste  équilibre ,  et 
formant  Tembryon  d'une  planète  qui  devra 
Dccuperun  point  déterminé  du  firmament, 
cl  parcourir  l'orbite  assignée  par  l'attraction 
solaire.  Ainsi  s'est  exécutée  la  conjonction 
lu  ni -solaire;  ainsi  s'est  opérée  la  fécondation 
jsrimordiale  quia  produit  la  première,  aussi 
inen  que  la  dernière  des  planètes. 

«  Tel  est,  comme  tout  le  confirme,  le  pro- 
cédé de  multiplication,  le  mécanisme  géné- 
rateur que  la  nature  a  mis  en  usage,  dans 
tous  les  temps  et  dans  tous  les  lieux,  pour  la 
propagation  successive  de  ses  œuYres.  Telle 
est,  à  n'en  pas  douter,  la  fonction  qu'elle  a 
instituée,  des  le  début  de  ses  travaux,  alors 

Su'elle  n'était  occupée  que  de  la  propagation 
es  corps  planétaires  et  que  les  cieux  seuls 
étaient  animés,  qu'eux  seuls  se  trouvaient 
habités  par  les  astres  nombreux  qui  y  pre- 
naient naissance.  Le  firmament  était  alors  le 
seul  et  immense  empire  où  la  nature  exerçât 
sa  puissante  action,  bien  avant  que  les  mon- 
des qui  s'y  meuvent  n'eussent  vu,  après  des 
siècles  nombreux,  leurs  surfaces  peuplées 
d'êtres  organisés  se  reproduisant  eux-mêmes 
)vir  un  procédé  analO{(ue.  Qu'il  nous  soitper- 
nâs  de  conclure  ainsi,  du  petit  au  grand,  du 
terrestre  ab  céleste,  du  connu  au  moins  con- 
nu ;  la  nature  des  causes,  l'esécution  des  ré- 
sultats et  l'observation  des  effets  ne  s'oppo- 
sentnullementàcetteparitéd'aclions.(P.139.) 

«  Pouvons-nous  rationnellement  appliquer 
aux  étoiles  fixes  l'uniformité  binaire  propre 
à  la  constitution  des  planètes,  et  avancer  que 
ces  étoiles  aient  été  identiquement  confor- 
mées par  le  feu  solaire  et  par  la  glace  lunaire  ? 
Nous  le  pensons,  avec  d'autant  plus  de  fonde- 
ment, que  leur  éclat  et  leur  immobilité  nous 
portent  à  les  considérer  comme  de  vieilles 
planètes  arrivées  à  un  état  de  décomposition 
oui  fourniraitla  matière  des  nébulosités  dont 
ces  corps  sont  entourés.  Nous  esjÂérons  que 
ees  raisonnements  et  nos  explications  auront 
pour  résultat  d'en  convaincre.  »  (P.  246.) 

Nous  pensons  que  le  lecteur  nous  dispen- 
sera facilement  ue  lui  produire  ces  raison- 
nements et  ces  explications  de  l'auteur  de  la 
Théorie  astrogamique. 

MERVEILLES  de  l'oaganisation  des  bn- 
ruffiTEs.  Foyex  EifCEiNiTE. 
'   MESOPOTAMIE  ou  berceau  des  premiers 
nommes,  appartieni  aux  formatiom  crétacée 
9(  tertiaire.  —  Voyez  Maupied. 


METAUX,  leur  formation.  Voyez  \mx%u 
MÉTALLIFÈRES.  —  VucM  de  la  Protidenci  èni 
la  formation  et  la  distribution  de$  mélauj,- 
Voyez  ibid.  —  Leur  histoire  et  minerai,  - 
Voyez  r Introduction, 

MEULIERES.  Voyez  Fali  51E!«. 

MICHELL.  Voyez  Géologie. 

MILIEUX  d'existence  des  A!fiMAiJx  fossi- 
les DAHS  LES  AGES  GÉOLOGIQL'BS.  loyes  PiV 
SIOLOGIE  PALÉONTOLOGIQUE. 

MINERAIS.  Voyez  F  Introduction, 
MINERAUX.  Voyez  V Introduction. 
MODIFICATIONS  de  la  coQtiiXE  dans  u 

IfiMB  ESPÈCE  Dij  MOLLUSQUE.  'Joyez  ANIM ACl 
MARI!fS. 

MOIGNO  (M.  l'abbé).  Voyez  Nébcleuses. 

moïse  ,  W  du  récit  de  la  création,  - 
Voyez  BucKLAïf D.  —  Son  récit  de  la  créaim 
interprété.  Voyez  Jehan  (de  Saixt-Clivi»], 

BCCELARD  ,    DESDOUrrS,    MOHTBEOSI,  MllCU 
DE  SbEUBS  ,  GODEFROT ,  MaUPISD,  CHàCiai», 

Dbbretre,  etc.  Jours-Périodes,  etc. 

MOLECULES.  Voyez  r Introduction. 

MOLLASSES.  Voyez  Falunien. 

MOLLUSQUES.  —  Les  mollusques  GODSti- 
tuent  le  troisième  embranchement  da  rèçie 
animal  dans  la  classification  de  CuTier.Poiot 
de  squelette  intérieur  ni  extérieur,  articulé 
ou  annelé.  Le  corps  de  ces  animaux  esf  (boOi 
recouvert  d'une  peau  flexible,  contractile, 
dans  ou  sur  laquelle  se  forment  des  plaoues 
cornées  ou  calcaires,  qu'on  nomme  coquilla. 
Leurs  principaux  organes  sont  pairs  et  sy- 
métriques; ils  affectent  le  plussouTent^dioi 
leur  ensemble,  une  disposition  courbe,  de 
manière  à  rapprocher  la  bouche  de  Textr^ 
mité  opposée. 

Les  coquilles  sont,  dans  la  plupart  des cds, 
externes,  à  moitié  internes  ou  derroales,  pla- 
cées dans  un  repli  du  manteau,  mais  eoœ« 
muniquant,  par  une  petite  partie,  atec  l'élé- 
ment ambiant;  elles  sont  totalement  de^ 
roales ,  renfermées  entre  les  couches  da 
derme.  Malgré  la  différence  dé  leur  posilioo 
interne  ou  externe,  les  coquilles  se  forment 
et  s'accroissent  suivant  les  mômes  lois.  On 
peut  diviser  ce  mode  de  formation  en  iruis 
catégories,  suivant  aue  les  molécules  cal- 
caires viennent  se  placer  sur  leur  jiourtoof 
seulement,  sur  toutes  leurs  parties  internes 
ou  sur  toutes  leurs  parties  externes. 

Une  fois  le  fiuc/eu#  formé,  raccroisseœem 
des  coouilles  a  lieu  par  la  juxtaposition  de 
molécules  calcaires  plus  ou  moins  chargées 
de  parties  animales,  par  lames'  ou  par  coo* 
ches  obliques,  en  dedans  de  Tépiderme,  « 
successivement  les  unes  sur  le  bordeUfl 
dedans  des  autres.  Le  bord  du  manteau  wi 
du  collier  est  l'organe  qui  dépose  ces  la»^ 
pendant  toute  la  durée  de  1  accroissenient. 
C'est  ainsi  que  se  forment  et  s'accroisscBi 
constamment,  par  le  bord ,  les  couches  cxje- 
rieures  feuilletées,  obliques,  des  coquille* 
qui  contiennent  les  couleurs  chez  les  cépha- 
lopodes, les  gastéropodes  et  les acéphale^tio 
peut,  du  reste,  toujours  les  reconualtrei 
dans  la  fossilisation,  par  exemple,  (^ 
qu'elles  se  détachent  des  autres,  et  dan>  ^ 
lest  extérieur  de  beaucoup  de  coqoilles.><^ 


'» 


VOL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MOL 


990 


désignerons  ces  couches  sous  le  nom  de  cou . 
ches  dtrmaltê. 

Indépendamment  de  cet  accroissement  par 
les  couches  dermales  obliçjnes  et  concentri- 
quesy  les  coquilles  s'épaississent  encore  cons- 
tamment, sur  toutes  les  parties  internes,  par 
des  couches  que  nous  appellerons  intérieures. 
Plus  serrées,  plus  minces  que  les  coucher 
dermales,  les  couches  intérieures  sont  for- 
mées de  lames  qui  suirent  les  contours  inté- 
rieurs de  la  coquille,  et  ne  sont  plus  dé(x>- 
sées  seulement  par  le  bord  du  manteau,  mais 
bien  par  toute  sa  surface  et  par  les  muscles 
mêmes.  Ces  couches,  toujours  distinctes  des 
premières  et  s*en  séparant  facilement,  soit 
par  la  calcination,  soit  par  la  fossilisation, 
sont  de  deux  natures  difTérentes.  Les  plus 
onlinaires  sont  sourent  incolores;  tout  en 
leur  ressemblant  beaucoup,  elles  sont  d*un 
tissu  plus  serré^lus  compacteque  les  cou- 
ches dermales.  Elles  forment,  enduisent  jet 
polissent  toutes  les  callosités  intérieures,  et 
lie  plus  ces  encroûtements  intérieurs  si  re- 
marquables des  hippopodium^  ou  encore  ces 
espèces  de  cloisons  successives  qu'on  remar- 
que dans  Tintérieur  de  la  spire  de  quelques 
gastéropodes,  cloisons  ou  épaississementsqui 
remplissent  le  commencement  de  la  coquille, 
à  mesure  que  Tanimal,  augmentant  toujours 
par  le  Ijord,  son  enreloppe  extérieure  s  éloi- 
gne trop  du  principe  de  la  spire  pour  en  oc- 
cuper 1  extrémité. 

Les  couches  intérieures  les  plus  remar- 
ipiables  sont,  sans  contredit,  ces  dépAts  cha- 
toyants, nacrés  ou  irisés,  déposés  par  lames 
!.^zontales,  qui  tapissent  Tintérieur  de 
bcjucoup  de  coquilles,  dont  les  couches  der- 
males sont  blanches,  mates  ou  colorées,  mais 
jamais  naerées.On  doit  encore  à  ces  couches 
nacrées  les  cloisons  aériennes  des  natuiliuj 
des  ammonites. 

Toutes  les  coquilles,  tandis  qu'elles  s'ac- 
croissent par  le  bord  au  moyen  des  couches 
dermales,  se  consolident,  s'épaississent  en 
dedans,  sur  tous  les  points,  par  leurs  cou- 
ches intérieures. 

Le  troisième  mode  de  consolidation  des 
coquilles,  par  leurs  parties  externes  seule- 
ment, est  te  plus  exceptionnel.  Il  a  lieu  prin- 
cipalement chez  les  genres  qui  ont  une  co- 
3uille  dermale  cachée  dans  les  téguments, 
ont  le  test  se  couvre,  en  dessus,  oe  granu- 
lations postérieures  è  son  accroissement.  On 
le  retrouTC  plus  rarement  chez  les  mollus- 
ques pourvus  d'une  coquille  externe,  où, 
fiar  exemple,  un  ou  deux  lobes  du  manteau 
Tiennent  déposer,  sur  la  coquille  complète- 
ment formée,  des  couches  très-minces,  po- 
lies, brillantes,  qui  tendent  à  l'épaissir  cons- 
tammerït  (les  cyprcta).  On  le  retrouve  encore 
diez  Varaunauta^  où  les  bras  palmés,  rem- 
plissant (es  fonctions  ordinaires  du  manteau, 
déposent  autant  de  parties  calcaires  en  de- 
hors qu'en  dedans  de  la  coquille.  Nous  dési- 
Snerons  ce  mode  d'encroâtement  |)ar  le  nom 
e  couches  extérieures.  Souvent  elles  se  dé- 
posent simultanément  avec  les  deux  autres. 
En  résumé,  la  coquille  externe  ou  interne 
étant  le  produit  d'une  sécrétion  mucoio* 


calcaire  déposée  entre  le  réseau  vasealaîre  et 
répiderme,  tous  ses  points  internes  recrou- 
vrant  l'être  qui  la  porte  on  même  y  adhérant, 
elle  est  certainement  une  partie  intégrante 
de  l'animal.  Ce  fait  admis,  la  coquille  doit, 
dans  certaines  limites,  reproduire  extérieu- 
rement ou  intérieurement  les  formes  des 
mollusques  et  leurs  caractères  organiques. 
En  effet,  on  la  voit  se  modeler  sur  le  man» 
teau  et  en  prendre  la  forme,  ainsi  que  celle 
des  muscles.  Lorsque  le  manteau  est  ovale, 
elle  l'est' aussi.  Lorsque  le  manteau  se  con- 
tourne en  spirale  ou  lorsqu'il  est  conique,  la 
coquille  le  suit  extérieurement  et  intérieu- 
rement. Lorsque  le  manteau  forme  deux  lo- 
bes latéraux,  il  y  a  deux  coquilles  syuiétri- 
3ues,  dans  le  cas  où  ces  lobes  sont  ég;aux,'et 
eux  coquilles  inégales  dans  le  cas  où  ils  sont- 
inégaux.  Lorsqu'enfin  quelques  parties  n'ont 
pas  été  recouvertes  par  les  deux  coquilles, 
qu'on  appelle  alors  ro/vei,  un  plus  grand 
nombre  de  pièces  testacées  devient  néces- 
saire pour  les  prot^er.  Indépendamment  de 
ces  pièces  testacées,  qu'on  nomme  coquilles  et 
gui  dépendent  du  manteau,  il  en  estae  moins 
importantes  fixées  au  pied.  Ces  pièces  testa- 
cées ou  cornées,  toujours  médiocres,  ont  été, 
d'après  leurs  fonctions,  nommées  opercules. 

Suivant  sa  position,  sa  forme  Générale  ex- 
térieure ou  intérieure,  la  coquille  change  de 
fonctions  dans  l'organisme  des  mollusques. 
Externe ,  elle  est  presque  toujours  un  corps 
protecteur,  soit  oe  l'ensemble  de  l'animal, 
soit  d'une  ou  de  plusieurs  de  ses  parties.  En 
effet,  ouand  elle  se  trouve  assez  grande  pour 
loger  l'animal  contracté,  qu'elle  soit  spirale, 
conique,  composée  d'une  pièce  ou  de  deux, 
elle  sert  évidemment  à  le  soustraire  aux  at- 
teintes extérieures  auxquelles  l'expose  sa 
nature  mollasse.  Rudimentaire  seulement, 
elle  en  protège  les  branchies  ou  les  parties 
les  plus  délicates. 

Placée  au  milieu  des  téguments,  la  coquille 
interne  ne  peut  conserver  les  mêmes  fonc- 
tions. Par  sa  position  longitudinale,  elle  doit 
soutenir  la  masse  charnue, comme  les  os  des 
mammifères;  donner  à  l'animal  des  points 
d'appui  dans  la  contraction  musculaire,  et 
dès  lors  plus  de  force  dans  sa  natation. 

La  singulière  disposition  des  loges  aérien- 
nes que  présente  l'intérieur  de  quelques  co- 
quilles dénote  encore  d'autres  fonctions  que 
nous  décrirons  avec  détail,  en  parlant  des 
céphalopodes.  Ces  fonctions  sont  des  moyens 
d'allégé  donnés  par  la  nature  à  tous  les  ani- 
maux, pour  rétablir  Téquilibre  et  les  rendre 
plus  légers,  par  i  addition  de  nouvelles  loges 
aériennes,  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  gran- 
dissent et  que  leur  corps  se  développe.  Elles 
sont  analogues  à  celles  de  la  vessie  natatoire 
des  poissons. 

Dans  presque  tous  les  cas,  la  coquille  rem- 
plit des  fonctions  très-compliquées  ;  si,  par 
son  extension,  elle  abrite  l'animal; si,  par 
ses  loges  aériennes,  elle  fait  l'oflice  d'aliéné, 
il  est  certain  que,  par  les  différents  muscles 
qui  6*y  rattachent,  eHe  sert  encore  de  point 
4'appui,  ^  centre  de  mouvement.  C'est,  en 
effi.'!,  r^ur  la  paroi  inlenie  des  coquilles  que 


fM 


MOL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MOL 


982 


1 


fHnsèrent  les  leviers  puissants  qui  servent, 
dans  la  contraction,  à  leriner  si  brusquement 
une  coquille  bivalve,  ou  à  rapprocher  l'oper- 
cule de  Touvorture  des  coquilles  spirales, 
afin  de  garantir  l'animal  des  atteintes  exté^ 
rieures.  C'est  aussi  sur   les  coquilles  que 

Eorteni  les  points  d'appui  de  contraction  des 
ivalves,  et  de  presque  toutes  les  parties  des 
gastéropodes. 

La  coquille  étant,  comme  on  le  voit,  non- 
seulement  un  corps  protecteur,  mais  encore 
un  point  d*appui  du  mouvement,  on  doit 
croire  qu  elle  se  façonne  sur  l'animal  de  ma- 
nière a  en  reproduire  toutes  les  parties. 
C'est,  en  effet,  ce  qu'on  observe  presque  tou- 
jours. Certaines  coquilles  ont,  a  leur  partie 
antérieure,  un  canal  proportionné  au  tube 
respiratoire  qui  en  sort;  certaines  autres 
ont  un  bâillement  du  côté  anal,  pour  le  pas- 
sage de  l'énorme  siphon  dont  elles  sont  pour- 
vues; d'autres  ont,  pour  le  passage  de  leur 
pied  volumineux,  une  ouverture  buccale 
ifixire  leurs  valves. 

Période  embryonnaire  des  coquilles»  —  Los 
coquilles  étant  une  partie  toujours  apprécia- 
ble de  l'organisation  des  mollusques,  et  se 
conservant  dans  les  couches  terrestres  de 
toutes  les  époques  de  l'animalisation  de  notre 
planète,  demandent  une  attention  d'autant 
plus  particulière,  que  leur  étude  plus  ou 
moins  complète  peut  c^ompromettre  les  dé- 
ductions générales  qu  on  en  pourrait  tirer. 
La  coquille  se  forme  quelqueiois  après  que 
le  jeune  mollusque  est  sorti  de  son  œuf;  des 
mollusQues  [^K)urvu$  de  coquille  à  la  sortie 
de  l'œur  la  perdent  plus  tard,  tandis  que  le 
plus  grand  nombre  des  mollusques  munis  de 
coquille  l'ont  déjà  formée  à  la  sortie  de  l'œuf, 
et  la  conservent,  la  façonnent  de  différentes 
manières,  tout  le  temps  de  leur  vie.  Pour 
bien  faire  comprendre  les  changements  ap- 
portés par  l'âçe  embryonnaire,  nous  croyons 
devoir  les  diviser  en  trois  catégories  :  V  sui- 
vant qu'ils  modifient  la  forme  de  cette  co- 
quille, 2"  suivant  qu'ils  montrent  des  orne- 
ments qui  disparaissent  dans  l'âge  adulte, 
ou  3""  enfin,  suivant  que  ces  ornements  sont 
plus  simples  à  cette  période  que  plus  tard. 

Les  coquilles  dont  l'âge  embryonnaire 
diffère  complètement  de  l'âge  adulte  sont  in- 
liniment  plus  nombreuses  qu'on  ne  ponrnut 
le  croire.  Des  coquilles  sont  libres  dans  le 
jeune  Age  et  fixées  dans  Tâge  adulte  (  mmc- 
luSf  hinnites^  etc.).  Celles-ci  sont,  dès  lors, 
infiniment  plus  régulières  à  celle prcuiitr e 
période  que  dans  le  reste  de  leur  accroiiise- 
inent,  où  leur  fixité  les  obli;^c  à  subir  toutes 
les  conséquences  de  la  localité  où  elles  se 
trouvent,  qu'elles  soient  fixées  par  Taniinal, 
par  la  coquille,  ou  qu'elles  soient  retenues 
dans  une  cavité  Qu'elles  creusent.  Parmi  les 
coquilles  libres,  l'âge  embryonnaire  ou  le 
nucleus  est  surtout  très-remarquable  chez 
beaucoup  de  gastéropodes  et  de  nucléobran- 
ches.  Dans  certains  cas,  par  une  bizarrerie 
singulière,  au  lieu  de  suivre,  dans  sa  spire, 
un  seul  axe  d'enroulement;  ce  nucleus  eh 
change  tout  à  fait  avec  l'accroissement.  Il  est 
d'abord,  par  exemple,  suivant  une  verticale  ; 


mais,  à  l'instant  où  il  laisse  l'â^^e  embryon- 
naire, il  prend  subitement  une  autre  direc- 
tion, et  laxe  nouveau  de  cet  enroulemenl 
forme,  avec  le  premier,  un  anjjle  de  90*,  qui 
se  continue  ensuite  durant  toute  la  m  de 
l'animal  {turbonilla).  D'autres  fois,  ce  nu- 
cleus, long,  turriculé,  formé  de  tours  nom- 
breux d'un  enroulement  oblique,  abandonne 
tout  de  suite  ce  mode  d'accroissement  pour 
s>nrouler  sur  le  même  plan.  Dans  quelques 
autres  circonstances,  le  nucleus,  contourné 
en  spirale  latérale,  s'évase  plus  tard  tlîomfi 
une  coquille  en  capuchon,  a  côtés  égaux  {(a- 
pulus)^  ou  bien  une  coquille  qui  continue  à 
s'enrouler  latéralement,  mais  s*élargittouli 
coup  d'une  manière  extraordinaire,  et  de- 
vient bien  différente  de  celle  du  jeune  âge. 
Il  reste  enfin  une  multitude  de  coquilles 
dont  le  nucleus,  sans  montrer  d'aussi  gran- 
des différences,  est  pourtant  bien  distinct  du 
reste  de  la  coquille,  qu'il  soit  plus  allongé 
que  le  reste  ou  que  ses  tours  soient  plus 
rentrés  et  forment  un  angle  plus  ouvert.  Ce^ 
taines  coquilles  commencent  encore  par  un 
cône  étroi  t  et  aigu,  qui  devient  caduc  et  tombe, 
lorsque  la  coquille  adulte,  changeant  de  for- 
me, a  pris  un  aspect  tout  différent  (cuvieria). 

Les  coquilles  dont  l'âge  embryonnaire 
montre  des  ornements  extérieurs,  qui  dis- 
paraissent plus  tard,  sont  plus  nombreuses 
que  les  premières,  et  appartiennent  à  touies 
les  classes.  On  les  retrouve,  en  effet,  chez  des 
céphalopodes,  où  la  coquille  commence  {«r 
avoir  des  stries,  des  côtes,  qui  disparaissent 
dans  Taccroissemen  t.  Beaucoup  de  ^asiérop 
des  sont  aussi  dans  le  même  cas,  ainsi  qu  un 
grand  nombre  de  iiivalvos  ou  d  acéphales. 

Les  coquilles  dont  l'â^e  embryonnaire  est 
plus  simple  dans  ses  ornements  extérieurs 
que  le  reste  de  l'arxîroissement  fornienl, 
néanmoins,  le  plus  grand  nombre.  C'est,  eo 
effet,  on  pourrait  le  dire,  la  règle  générale, 
quand  les  autres  ne  sont  que  l'exception. 
On  retrouve  ce  caractère  chez  presque  tous 
les  céphalopodes  où  la  coquille  est  lis^^c, 
unie,  quand  même,  plus  terd,  elle  serait 
plus  ou  moins  carénée  et  surchargée  d  or- 
nements. On  le  voit  dans  les  coquilles  de 
quelques  nucléobranches,  dans  une  naulti- 
lude  de  gastéro[)odes  et  chez  des  acéphales. 

Dans  tous  leî>  cas,  que  l'Age  embryonnaire 
des  coquilles  apporte  plus  ou  moins  de 
changement  dans  les  formes,  ou  seulemeni 
dans  les  ornements  eitérieurs,  ce  clian^o- 
loent  n'est  pas  tougours  le  même.  Lorsque 
ces  modifications  appartiennent  h  rembrvon. 
quand  il  était  dans  l'œuf,  elles  forment  une 
partie  distincte  du  reste  de  la  coquille,  nf" 
consente  par  un  bourrelet  ou  par  un  silN» 
qu'elles  dépendent  des  différentes  îmm^ 
de  gastéropodes  ou  d'acéphales.  Alors,  celte 
première  modification,  ce  premier  âge,  peu^ 
recevoir  le  nom  spécial  de  nuf/fw«.\ï"*^ 
lorsque  ces  modifications  sont  postérieur» 
h  la  sortie  dé  l'œuf,  elles  ne  sont  marqneeN 
sur  la  coquille,  par  aucun  point  d«rréliian 
l'accroissement.  C'est,  du  reste,  ce  qu»  « 
lieu  chez  les  céphalopodes,  chez  heaujoup 
de  gastéropodes  et  d'acéphales.  On  reli'ou^*' 


MOL 


F.T  DE  PALEONTOLOGIE. 


MOL 


994 


qeelquefois  le  nucleus  di^tiiicl,  et,  de  plus, 
un  accroissement  i)Ostérieur  également  diffé- 
rent du  reste.  Cette  circonstance  s'est  mon- 
trée principalement  chez  des  gastéropodes  et 
des  acé|)hates. 

Période  it accroissement  des  coquilles.  — 
L'accroissement  des  coquilles  peut  être  en- 
Tisa^é  de  deux  manières  :  il  est  limité,  ou 
])ourainsi  dire  îndétini,en  ce  sens  qu'il  dure 
tant  que  l'animal  existe. 

L'accroissement  est  limité  principalement 
chez  les  gastéropodes.  Il  s'arrête  effective- 
ment jiour  toujours,  lorsque  certaines  co- 
quilles terrestres  forment  ce  bourrelet  qui 
entoure  son  ouverture,  re  qui  l'a  fait  nom- 
mer péristome.  Il  est  encore  limité  quand 
d'autres  eoquilles  marines  forment  leur 
bourrelet  unique  qtii  circonscrit  la  bouche, 
ou  quand  elles  épaississent  leur  ouverture, 
soit  par  un  rebora  recourbé  en  dedans,  soit 
par  des  di^îtations  plus  ou  moins  nombreu- 
ses, combinées  avec  Tépaississenient  géné- 
ral de  ce  bord. 

L'accroissement  des  coquilles  est  souvent 
illimité  chez  les  mollusques.  On  voit,  nar 
exemple,  les  céphalopodes  croître  tant  qu  ils 
existent.  Un  nombre  considérable  de  gasté- 
rofKKJesde  tous  les  ordres  sont  dans  le  même 
cas,  et  tous  les  acépliale<,  sans  e\(  eption, 
semblent  suivre  cette  marcfie. 

Parmi  les  coquilles  dont  Kaccroissement 
dure  tout  le  temps  de  Texistence,  il  en  est 
chez  lesquelles  il  est  régulier,  et  pour  ainsi 
dire  uniforme,  pendant  toute  la  vie»  comme 
ou  |>eut  le  remarquer  parmi  les  céphalopo- 
des, les  gastéropodes  et  les  acéphales;  mais 
il  eo  est  aussi  dhez  lesquelles  il  admet  des 
tcfiips  d'arrêt  ou  de  repos.  C'est,  en  effet, 
filors  que  se  forment  ces  bourrelets,  ces  sil- 
lons espacés  qui  marquent  les  anciennes 
i»ouches  de  quelques  ammonites.  Ces  bour- 
relets, également  anciennes  bouches,  soit 
irrégulièrement  espacés,  soit  sur  trois  faces, 
seit  enfin  alternes,  qu*on  remarque  chez  une 
infiDîté  de  gastéropodes,  on  pourrait  même 
les  retrouver  dans  les  lames  successives  es- 
pacées de  certaines  bivalves. 

Ces  points  d'arrêt  momentanés  ou  défini- 
tifs pourraient  fort  bien  être  en  rapport  avec 
des  périodes  de  reproduction  et  d'accouple- 
ment. On  doit  au  moins  le  croire  pour  les 
c'oquiiltfv  des  ammonites,  toujours  assez 
inin«'es,  et  pour  un  nombre  considérable  de 
K^stéi-ripodes,  chez  qui  la  coffuillc  est,  dans 
rintervalle  de  chaque  bourrelet,  si  fragile 
qu'elle  ne  pourrait,  sans  se  briser,  se  rap- 
jiroeher  d'autres  corps  durs  ou  se  me.,lre  en 
contact  immédiat  avec  eux. 

T^VA  les  coquillos  dont  raccroissement 
est  limité,  elles  çrandissi'Ut  pendant  un 
tfoifis  plus  ou  moins  long,  suivant  les  es- 
pèces, avant  d'atteindre  le  sunnnum  de  leur 
taille.  Pendant  cet  accroissement,  elles  lais- 
^<*nl  peu  à  peu  leurs  ornements,  leurs  côtes, 
leurs  stries  pour  les  espèces  qui  doivent  deve- 
iKT  plus  simples,  ou  elles  les  prennent  pour 
celles  qui  doivent  être  plus  oonipli']uées. 
Knfin,  les  unes  devenues  lisses,  les  autres, 
»' étant  chargées  d'ornements  plus  ou  moins 


variés,  louli-s  attei^^nent  leur  grande  taille. 
Laainial  forme  alors,  comme  nous  l'avons 
dit,  un  iKiurrelet,  des  digitations  ou  di- 
verses excroissances,  selon  les  genres  et  les 
espèces,  et  ne  grandit  plus.  Pendant  le  reste 
de  son  existence,  ce  rebord  se  renforce,  la 
co  juille  s'épaissit  ou  de  nouvelles  couches 
se  déposent  sur  les  expansions  ou  digita- 
tions de  ses  liords. 

Dans  les  coquilles  dont  TacToisscment 
est  illimité,  les  choses  se  {tassent  autre- 
ment. On  voit,  chez  les  ammonites,  par 
exemple,  succéJer  à  la  coquille  lisse,  les 
tubercules,  les  cOtes,  la  carène,  qui  se  mar- 
quent de  plus  en  plus,  pendant  un  temps 
plus  ou  m'tins  long.  Le  même  phénomène 
a  lieu  aussi  chez  quelques  nautiles,  tandis 
qu'au  contraire  d^autres  perdent  les  orne- 
ments du  jeune  âge  pour  devenir  plus  sini- 
jïles.  Quelques  gastéroi)odes  et  des  acéphales 
offrent  encore  des  changements  analogues, 
soit  en  s'omant  davantage,  soit  en  se  sim- 
plifiant. Il  est  à  remarquer  que,  chez  les 
gastéropodes,  les  ornements  s'accusent  en 
général  d'autant  plus  fortement  que  les  co- 
quilles sont  plus  Agées. 

Période  de  dégénérescence  dans  raccroisse- 
ment  des  coquilles.  —  La  période  de  dé^ré- 
nérescenee  est  surtout  très-marquée  chez  les 
céphalopodes,  où,  par  exemple,  les  côte^  ou 
les  tubercules  latéraux  s'éloignent,  s'abais- 
sent, disparaissent  enfin,  à  mesure  que  la 
coquille  s'accroît,  et  finissent  par  s'effacer 
entièrement,  laissant  alors  la  coquille  ausii 
lisse  dans  son  dernier  tour  que  dans  son  éîat 
embryonnaire.  La  période  de  dégénérescence 
est  rare  chez  les  gastéropodes  ;  car  on  ne 
peut  appeler  ainsi  l'instant  où,  limitées  dans 
leur  accroissement,  les  coquilles  ne  font 
plus  qu'épaissir  au  lieu  de  grandir.  Elle  est 
aussi  rarement  marquée  chez  des  acéphales. 

Variaiions  naturelles  des  coquilles  déter- 
minées par  les  sexes.  —  Cette  série  de  va- 
riations ne  (leut  exister  que  chez  les  cépha- 
lopodes ou  chez  les  gastéropodes  i  sexes 
séi#arés;  aussi  est-elle  exceptionnelle  chez 
les  mollusques  ;  néanmoins,  comme  elle  joue 
quelquefois  un  grand  rôle,  nous  croyons 
devoir  en  parler  ici.  Les  variations  oe  co 
genre  amènent  seulement  une  grande  lar- 
geur dans  la  coquille  des  femelles,  sans  que 
les  ornements  extérieurs  changent  beaucouji. 
lies  osselets  cornés  internes  de  certains  cé- 
phalopodes en  montrent  un  exemple.  Nous 
avons  également  remarqué  ce  fait  dans  les 
rostres  des  bélemnites;  et  ce  caractère  est 
très-visible  surtout  chez  les  ammonites.  On 
le  retrouve  encore  dans  la  coquille  de  quel- 
ques çastéropo'les;  mais  le  cas  est  rare. 

Fartaliofis  pathologiques  des  coquilles.  — 
Les  cas  pathologiques  doivent  eptrer  quel- 
quefois uans  les  causes  d*erreur,  lo**squ'il 
s  agit  de  la  détermination  des  espèces,  ils 
se  montrent,  en  effet,  sons  toutes  les  fur- 
mes,  suivant  les  classes.  Chez  les  céphalo- 
podes, des  accidents  produits  |)ar  une  bles- 
sure ont  changé  l'extrémité  des  rostres  lics  * 
bélemnites,  o«jr  même  ont  été  assez  extraor- 
dinaires ]K>iu*  servir  à  l'établissement  de 


w% 


MOL 


DlCTiONNAlilE  DE  COSMOGONIE 


MOL 


DM 


■ 

1 


genres  distincls.  D'autres  blessures  amènent 
nés  modifications  très -remarquables  dans 
les  ornements  eitérieurs  des  ammonites. 
CluQz  les  gastéropodes  9  ces  modifications 
changent  quelquefois  Taspect  des  coquilles. 
La  spire,  par  exemple,  au  lieu  de  suivre 
Tenroulement  des  autres  individus  de  Tes- 
pèce,  se  contourne  du  côté  opposé.  D*autres 
ibis,  au  lieu  d*avoir  Tangle  spiral  ordinaire 
à  Tespèçe,  cette  spire  se  détache,  s'allonge 
plus  ou  moins  et  ne  ressemble  plus  à  colle 
des  autres  individus.  Ces  variations,  assez 
communes  chez  les  coauilles  terrestres,  sont 
rares  chez  les  coquilles  marines.  On  voit 
encore  dans  cette  classe  les  résultats  des 
blessures  du  manteau,  qui  laissent  toujours 
des  traces  sur  la  coquille.  Sans  que  ce  soient 
précisément  des  cas  pathologiques,  on  peut 
considérer  comme  d^  déformations  ces  ac- 
cidents si  nombreux  des  coquilles  fixées  par 
leur  byssus  ou  par  leur  test,  qui,  gênées 
dans  leur  accroissement,  prennent  des  for- 
mes bizarres  déterminées  soit  par  la  place 
restreinte  qui  leur  reste  pour  s'étendre,  soit 
par  les  corps  sur  lesquels  elles  se  moulent 
et  dont  elles  reproduisent  tous  les  ornements 
extérieurs. 

Variations  naturelles  des  coquilles  déter- 
minées par  Vijifluence  locale  et  par  les  possi'- 
lilités  vitales.  —  Les  variations  déterminées 
par  rhabital  des  coquilles  sont  immenses  et 
peuvent  souvent  tromper  l'observateur  su- 
perficiel. Cette  influence  se  montre  dans  les 
limites  d'accroissement,  dans  les  ornements 
extérieurs,  ou  même  dans  la  forme  et  l'é- 
paisseur des  coquilles. 

Les  coquilles  libres  subissent  de  toutes 
jes  manières  Vinfiuence  des  lieux.  On  voit, 
par  exemple,  telle  espèce  terrestres  ou  d'eau 
salée,  dont  l'accroissement  est  limité,  deve- 
nir fréquemment,  suivant  que  les  localités 
sont  plus  ou  moins  propices  à  son  accrois- 
sement, plus  grande  du  double  en  un  lieu 
(!|Ue  dans  un  autre.  La  taille  est  donc  loin 
ao  présenter  un  caractère  constant.  Quel- 
quefois telles  coquilles  qui,  par  suite  de  leur 
tranquille  accroissement,  prennent  dans  une 
localité  des  ornements  très-marqués,  en 
manquent  lorsqu'elles  ont,  au  contraire,  à 
lutter  contre  l'action  incessante  de  la  houle. 
Cette  influence  se  remarque  dans  une  foule 
de  coquilles  marines,  parmi  les  gastéro- 
podes et  surtout  parn:)i  les  acé{)hales,  où  la 
même  espèce,  prise  dans  une  baie  tranquille, 
dans  un  marais,  est  toute  différente  par  ses 
côtes,  par  ses  stries,  et  par  l'épaisseur  de  la 
coquille,  de  ce  qu'elle  est  sur  une  plage  bat- 
tue de  la  vague.  On  voit  encore  ces  modifica- 
tions se  prononcer  sur  les  espèces  terrestres. 

Si  les  coquilles  libres,  qui  dès  lors  peu- 
vent, jusqu  à  certaines  limites,  choisir  des 
conditions  favorables  d'existence,  sont  su- 
jettes à  une  foule  de  modifications,  ces  mo- 
difications deviendront  d'autant  plus  fortes 
chez  les  coçiuilles  fixées  au  sol,  soit  par  leur 
anfmal,  soit  par  leur  coquille.  Nous  avons 
reconnu  que,  suivant  l'espace  que  trouve 
telle  espèce  pour  s'accroître,  elle  est  large, 
demi-sphériqup ,  longue  et  déprimée,   ou 


bien  étroite  et  très-haute.  Nous  avons  en- 
core remarqué  ({ue  tels  individus  de  gasté- 
ropodes ou  de  bivalves  se  sont  modifiés  dans 
leurs  formes  et  dans  leurs  ornemenLs,  sui- 
vant les  conditions  favorables  ou  non  {ann 
râbles  à  leur  plus  grand  développement,  et 
l'état  de  calme  ou  d'agitation  dans  lequel 
l'élément  aqueux  les  laisse  s'accroître. 

Limites  de  C espèce  idans  les  mollusaues.  — 
D'après  tout  ce  que  nous  venons  de  aire  sur 
les  variations  déterminées  |)ar  l'âge,  par  le 
sexe,  par  les  cas  pathologiques  et  par  les 
influences  locales,  on  concevra  facilemenl 
que,  sans  ces  connaissances  préliminaires» 
qu'on  ne  peut  acquérir,  le  plus  souvent,  que 
sur  les  lieux  ou  par  une  longue  suite  d'é- 
tudes, on  ne  saurait  arriver  à  aucune  déter- 
mination parfaite.  Il  ne  s'agit  pas,  en  effet, 
de  fixer  arbitrairement  les  limites  de  l'espèce 
dans  le  cabinet,  en  se  basant  sur  des  sys- 
tèmes plus  ou  moins  erronés;  mais  biea 
d'observer,  de  méditer  et  de  discuter  toutes 
les  causes  d'erreur  qui  peuvent  influer  sur 
une  bonne  déterminatioa  spécifique.  Lors- 
qu'on n'aura  d'autres  guides  que  des  carac- 
tères conchyliologiaues,  ce  qui  a  lieu  pour 
toutes  les  espèces  fossiles,  il  conviendra  de 
camparer  un  grand  nombre  d'individus  re- 
cueillis dans  Ta  même  couche,  afin  de  s'as- 
surer des  diverses  modifications,  pour  ne  pas 
ériger  en  espèces  de  simples  états  d'accrois- 
sement, des  variétés,  des  déformations  ou 
des  états  de  fossilisation.  Eh  général,  relati- 
vement aux  céphalopodes,  on  devra  surtout 
tenir  compte  des  âges  et  des  cas  pathologi- 
ques. Pour  les  gastéropodes,  les  différences 
d'Age,  les  cas  pathologiques,  les  influences 
locales,  sont  plus  indispensables  encore. 
Pour  les  acéphales,  les  brachioj[)Odes,  les 
Ages  et  les  influences  locales  doivent  être 
surtout  étudiés  avec  soin. 

En  résumé,  les  limites  de  l'espèce  soot 
loin  d'être  uniformes  dans  les  êtres.  On  voit, 
par  exemple,  les  couleurs  seulement  donner 
de  bons  caractères  spécifiques  chez  lesoiseaui 
et  chez  les  insectes;  mais,  chez  les  mollus- 
ques, les  couleurs  ne  peuvent  pas  toujours 
être  admises,  bien  qu'elles  donnent  quel- 
quefois de  bonnes  indications  pour  les  co- 
quilles vivantes. 

Les  limites  de  l'espèce  sont,  chez  les  mol- 
lusques, bien  tranchées  et  constantes,  sans 
avoir,  néanmoins,  les  mêmes  bornes  dans 
toutes  les  classes.  La  forme,  la  taille,  ne 
sont  pas  toujours,  en  effet,  des  caractères 
constants  chez  les  coquilles  terrestres.  Les 
couleurs,  jointes  à  la  forme,  donnent,  à\ï 
contraire,  d'excellents  caractères  pour  beau- 
coup de  coquilles  marines  libres.  On  peut 
dire  qu'en  ce  qui  concerne  les  animaui  ro«- 
rius,  les  limites  de  l'espèce,  abstraction  faito 
des  variations  dont  nous  avons  parléf  sont 
d'autant  plus  étroites  que  l'animal  est  pnj^ 
libre  dans  ses  mouvements.  Quelques  ce 
.  pbalopodes,  beaucoup  de  gastéropodes,  d  acé- 
phales libres,  ont  des  limites  très-restrein- 
tes,  tandis  que  les  gastéropodes  et  les  a* ^" 
phales  fixés  par  Tanimal  ainsi  que  les  on- 
chiopodes,  3n  demjindent  déjà  de  hien  pw 


• 

1 


M7 


UOL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MOL 


998 


larges  ;  et  ces  limites  doivent  encore  s*éten- 
dre  beaucoup  plus  pour  les  gastéropodes  et 
pour  les  acéphales,  les  brachiopodes  et  les 
nryozoaires  mes  par  leur  coquille.  Tel  carac- 
tère qui,  quoique  peu  saillant,  distinguera 
suflis.'^mraent  entre  eux  des  céphalopodes, 
des  gastéropodes  et  des  acé|>liales  libres,  ne 
.<«*appliqueraplusà  la  séparation  des  coquilles 
fi\ées  |iar  Tanimal  ou  par  le  test  lui-même. 

Ce  qui  précède  démontre  que  la  bonne 
détermination  de  l'espèce  dépend,  dans  les 
ras  difficiles,  des  études  plus  ou  moins  ap- 
profondies de  robservateur,  de  son  jugement 
plus  ou  moins  juste  et  de  sa  sagacité.  Cette 
réunion  indispensable  de  connaissances  né- 
cessaires explir^uera  combien  les  erreurs 
ont  dû  se  multiplier  dans  la  science.  Il  est 
bien  certain  aue  des  causes  d'erreur  de  no- 
menclature, aes  causes  d'erreur  zoologique 
que  nous  venons  de  faire  connaître,  sont 
nées  toutes  les  dissidences  qui  existent  entre 
les  obsenrateurs;  dissidences  considérable- 
ment augmentées,  pour  les  espèces  fossiles, 
(Mir  les  variations  qu*apportent  la  déforma- 
tion et  surtout  la  fossilisation. 

Il  est  certain  que  si  les  poissons  ont  été  les 

K lus  nombreux,  parmi  les  animaux  vertébrés, 
*s  Mollusques  pourront,  à  eux  seuls,  repré- 
senter trois  fois  l'équivalent  numérique  de 
tons  les  antres  animaux  fossiles  réunis.  Ils 
sont,  en  effet,  très-multipliés  depuis  la  pre- 
mière animalisation  du  globe  jusqu'à  nos 
jours. 


TERRAD9S. 


ÉTAGES. 


Les  mollusques  ont  quelquefois  otf  rt  ù^s 
exemples  rares  de  conservation,  les  bélem- 
nites  de  Christiau-Malford  (Angleterre),  les 
acanihoteuthis  et  les  sepia  de  Solenhofen 
(Bavière),  ont  montré  l'empreinte  complète 
de  l'animal,  conservant  encore  une  partie 
des  fibres  musculaires  du  corps,  des  nageoi- 
res et  des  bras.  Dans  les  mêmes  localités, 
dans  les  schistes  bitumineux  du  départe- 
ment de  l'Ain,  et  dans  le  lias  d'Hobden,  on 
a  rencontré,  plus  fréquemment  encore,  a 
TéUil  fossile,  le  sac  qui  contient  l'encre 
ou  la  matière  noire,  et  des  parties  cornées 
parfaitement  conservées,  comme  Ses  ongles 
des  bélemnites,  dés  acantholeuihis  et  les  os- 
selets internes  cornés  .d'un  grand  nombro 
de  céphalopodes.  Il  ne  reste,  le  plus  sou- 
vent, daus  les  couches  terrestres,  que  les 
parties  testacées,  ou  la  co'iuille  des  mol- 
lusques. On  trouve  celle-ci  entière  dans  sa 
position  normale,  avec  ses  diverses  parties 
réunies,  comme  les  deux  valves  des  bival- 
ves, par  exemple,  ou  bien  les  parties  sé- 
parées, mais  intactes.  D'autres  fois  les  co- 
quilles sont  transformées,  détruites,  et  ne 
montrent  que  des  empreintes,  des  moules, 
des  modèles  ou  des  contre-empreintes. 

D'après  le  tableau  suivant,  dressé  |iar  M. 
d'Orbi^ny,  Ton  pourra  juger  de  la  valeur 
numérique  des  espèces  de  mollusques  qui 
caractérisent  chaque  étage  et  chaque  terrain 
en  particulier. 


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si 
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navumet 


CBATACA: 


jraAssiQccft. 


vmiAftiQrcs. 


riLiozoïQccs. 


27.  Sabapennin. 
26.  Falunien. 
25.  ParÎMen. 
24.  Suessooîen. 
23.  Daniel. 
22.  SenoDien. 
21.  TuroDÎeo. 
20.  Cénomanien. 
9.  Albîen. 

8.  ApUeo. 

7.  Néocomieii. 

6.  Pordandien. 

5.  Kiminéridgieii. 

4.  Corallien. 

3.  Oxfordien.. 

2.  CaUovieD. 

1.  Bathoiiîen. 
0.  Bajoden. 

9.  ToarcieD. 

8.  Lia^ien. 

7.  Sinémurien. 

6.  Saliférien. 

5.  Coochyliea. 

4.  PennieD. 

3.  CarbonirérieD. 

2.  Dévonien. 


I.  Silurien. 


B.  Sapéricor  oa 
Murckisomen, 

A.  Inférieur,  on 
Silurien» 


4U 

2,993 

1,478 

562 

47 

1,061 

218 

627 

507 

146 

656 

59 

184 

493 

499 

253 

407 

508 

273 

270 

163 

619 

t04 

82 

887 

1,054 

356 

375 


162 
160 
199 
132 

17 
507 
148 
183 

52 

4 

124 

2 

16 


230 
25 

125 
94 
14 
13 
12 

114 
3 
9 

161 

146 

61 
52 


606) 
694) 


61 

1,508 

366 

810 

359 

150 

781 

61 

200 

638 

729 

278 

532 

602 

287 

283 

175 

733 

107 

91 

1,048 

1,200 

418 

421 


4,098 


3,785 


810 


3,184 


TOTiux  eéNlftAUX.        14,947      3,000     17,947     17.947 


996 


IIOS 


DICTIONNAIAE  DK  COSMOGONIE 


nos 


m 


MONITOR.    Voy.  Mosasaurs. 
MONODELPHES.  Voy.  Mammifàres. 
MONTBRON  (M.  de),  son  interprétation 
du  1"  chapitre  de  la  Genèse.  Voy.  Jéua^i 

ME   8AI!IT-CLATIfi?f  et  la  NOTB  ADDITIONNELLE  à 

la  fin  de  ce  volume. 

MOKO.  Voy.  UÉOLOGiE. 

MOSâSAURE,  genre  de  reptiles  fossiles 
de  .Tordre  des  sauriens.  —Le  inosasaure 
a  longtemps  été  connu  sôus  le  nom  de  grand 
animai  de  Maëstricht,  parce  qu'on  la  trouvé 
près  de  cette  ville,  dans  le  tuf  calcaire  qui 
constitue  les  dépôts  les  plus  modernes  de 
la  formation  crétacée,  et  qui  contient  des 
ammonites,  des  bélemnites,  des  hamiles  et 
plusieurs  autres  coquilles  de  la  craie,  en 
môme  temps  que  des  débris  d'animaux  ma- 
rins, qui  lui  am)artiennent  en  propre.  Ce  fut 
en  1780  que  I  on  y  découvrit  une  tète  à  peu 
(irès  complète ,  qui  appartient  maintenant  au 
muséum  de  Paris.  Celte  pièce  célèbre  dérou* 
ta  pendant  plusieurs  années  toute  la  science 
des  naturalistes  :  plusieurs  y  voyaient  la  tête 
d*unc  haleine,  d*autres  celles  d*un  crocodile; 
mais  sa  véritable  place  dans  la  série  ani- 
male lui  fut  assignée  pour  la  première 
fois  par  Adrien  Camper,  dont  les  travaux 
de  Cuvier  sont  venus  depuis  confirmer 
Topinion.  II  résulte  des  rccLerches  de  ces 
deux  savants  illustres  que  Tanimal  auquel 
avait  appartenu  le  débrisen  question  était  un 
reptile  marin  d'une  taille  gigantesque  et  très- 
voisin  desmonitors(717}.Êtquant  a  l'époque 
à  laquelle  le  mosasaure  se  montra  pour  la 
première  fois,  ce  fut  selon  toute  aj)parence, 
vers  la  fin  de  cette  longue  série  de  pério- 
des géologiques,  durant  laquelle  se  dépo- 
sèrent les  groupes oolitique  et  crétacées,  lians 
toute  la  durée  de  ces  périodes,  notre  pla- 
nète parait  avoir  été  surtout  habitée  par  des 
animaux  marins,  et,  au  nombre  des  plus 
grands  parmi  ces  derniers,  se  trouvaient 
des  sauriens  d'une  stature  gigantesque, 
dont  plusieurs  habitaient  la  mer  et  arrê- 
taient dans  de  justes  limites  raceroissement 
excessif  des  tribus  de  poissons  leurs  con- 
temporaines. 

Depuis  le  lias  jusqu'au  moment  où  a  com- 
mencé le  dépût  de  la  craie,  les  ichthyo- 
saures  et  les  plésiosaures  furent  les  tyrans 
de  l'océan  ;  et,  k  partir  de  cette  dernière 
époque,  qui  est  précisément  celle  où  se  ter- 
mina leur  existence,  ils  paraissent  avoir  été 
remplacés,  tout  le  temps  que  dura  le  dépôt 

(717)  Les  mon! tors  sont  uu  genre  de  lézards  qui 
fréquentent  les  marais  et  les  Imrils  des  rivières  dans 
les  climats  chauds.  Ils  doivent  leur  nom  à  ce  préjugé 
Hniverscllemenl  reçu,  malgré  son  absurdité,  qu'ils 
annoncent  par  un  sifflement  aigu  l'approche  des  cro- 
codiles et  des  caïmans.  Il  y  en  a  une  espèce,  le  mo- 
nitor  du  Nil,  qui  détruit  les  otofs  des  crocodiles  «  et 
ipie  Ton  voit  sculptée  sur  les  monuments  de  Tan- 
ciennc  Egypte. 

(718)  M.  Manlell  a  trouvé  des  débris  appartenant 
au  niosnsaure  dans  la  craie  supérieure ,  près  de 
l>ewcs,  et  le  docteur  Morton  dans  le  sable  vert 
{(frecn-iand)  de  Virginie. 

(719)  L'épaulard  atteint  jusqu'à  20  et  25  pieds; 
r'rst  un  animal  très-féroce ,  qui  se  nourrit  de  pho- 
ques et  de  marsouins,  ainbi  ((ue  de  poissons. 


de  la  craie,  uar  le  mosasaure,  qu'on  dirait 
avoir  été  créé  pour  remplir  lemporairti- 
ment  les  fonctions  (718),  et  qui  devait  lui- 
même  céder  la  place  aux  cétacés  de  la  |  é- 
riode  tertiaire.  Comme  il  n'existe  dans  le 
monde  où  nous  vivons  aucun  saurien  qui 
habite  la  mer;  comme,  d'un  autre  cuic, 
les  représentants  actuels  de  cet  ordre  les  plib 
puissants,  les  crocodiles,  bien  que  cré(^^ 
spécialement  pour  vivre  dans  les  eani,  ont 
recours  plutôt  à  la  ruse  qu*à  la  vitesse  pour 
s  emparer  de  leur  proie  ;  il  ne  sera  pas 
sans  intérêt  d^étudier  les  arrangements  mé- 
caniques par  suite  desquels  un  reptile  toi- 
sin  des  monitors  se  mouvait  dans  la  mer 
avec  assez  de  puissance  et  de  vélocité  pour 
atteindre  et  saisir  d*aussi  grands  {loLssoDs 
que  ceux  dont  il  dut  faire  sa  pâture,  à  en 
juger  par  le  volume  prodigieux  de  ses  deuu 
et  de  ses  mâchoires. 

Les  caractères  de  la  tête  et  des  dents  prou- 
vent des  rapports  intimes  entre  cet  aiiiaidl 
et  les  monitors,  et  les  proportions  des  di- 
verses autres  parties  du  squelette  conduisent 
à  conclure  que  ce  monitor  monstrueux  des 
mers  d*autrefois  avait  25  pieds  de  lon- 
gueur, quoique  parmi  ses  congénères  ïïh^ 
d:ernes  aucun  n'excède  5  pieds.  La  iU 
est  longue  de  4  pieds  ;  celle  des  plus  gran.s 
monitors  ne  dépasse  pas  5  pouces.  Les 
anatomistes  les  plus  profonds  ne  joui- 
raient imaginer  qu'avec  peine  une  sér.e 
de  modiQcations  à  Taide  desquelles  ua  m - 
nitor  pût  atteindre  la  taille  et  le  toIuid.' 
d'un  epaulard  (719}  (d«/pWnu5  orca),  et  po- 
séder  en  même  temps  la  faculté  de  se  mou- 
voir avec  force  et  vitesse  au  sein  des  eaui 
de  la  mer.  C'est  néanmoins  ce  que  nous  oSre 
le  squelette  fossile  dont  Tétude  nous  occu,^ 
,en  ce  moment  :  dans  tout  son  enseml^ie, 
nous  trouvons  les  caractères  d'un  inooilor; 
mais  ces  caractères  se  modiûentdans  Mbul 
manifeste  d'en  faire  un  animal  créé  pour 
vivre  au  sein  des  eaux  de  la  nier. 

Le  mosasaure  n'avait  guère  de  caractères 
cx)mmuns  avec  le  crocodile  ;  mais  il  se  raj- 
prochaitdes  iguanes  jmr  un  appareil  den- 
taire fixé  sur  ros  ptérj^goide,  et  occupant  la 
voûte  palatine,  ainsi  que  cela  a  lieu  chez 
certains  serpents  et  chez  certains  poissons, 
où  ces  dents,  dirig^^es  en  arrière  com^i'^ 
les  barbes  d'une  flèche,  s'opposent  à  ce  q'i^ 
la  proie  puisse  leur  échapper  ('/20). 

Les  autres  parties  dû  squelette  sont  ra**' 

(720)  Les  dents  n'ont  pas  de  vraies  racines,  ti  rw 
sont  pas  creuses  oomme  ciiez  les  crocodiles,  msi^' 
leur  état  de  complet  accroissement  elles  sont  »■ 
tièrement  pleines  et  soudées  à  leurs  alvéoles  paf 
une  base  osseuse,  larjga  et  solide,  résulunt  de  I/b- 
silicatton  de  la  matièi-e  pulpeuse  qui  a  sécreie  m 
dent.  En  outre,  elles  se  lixcnl  plus  solidcmen»  ^»- 
core  aux  mâchoires  par  Tossificatian  de  h  cap»^^ 
ou  organe  sccréleur  df  réniail.  Cette  capsflle  m^- 
fiée  entoure  la  tose  des  dents  d'une  Mrte  de  con- 
trefort circulaire,  et  les  fixe  avec  une  «*<'*®^?'" 
dite.  Les  dents  nomelles  apparaissaient  dans  d>0' 
très  cellutes  de  l'os  maxilUirc,  et,  en  s'accroi$sa''.»| 
traversaient  irrégulièrement  sa  substance ,  )«*! 
ce  qiw,  venant  a  comprimer  la  base  des  «cois  * 
cicnnes,  elles  les  forçaieul  à  se  dêtïcber  en  »«» 


fOOt 


nos 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


MOU 


fOOt 


fiûiement  en  accord  avec  les  caractères  fournis 
par  la  tète.  Toutes  les  vertèbres  sont  con* 
caves  en  avant,  et  convexes  en  arrière,  et 
s^adaotent  oar  une  articulation  orhiculaire 

aui  jeur  permet  des  mouvements  faciles  de 
exion  dans  tous  les  sens.  Depuis  le  milieu 
du  dos  iusqu'à  Textrémitéde  la  queue,  elles 
sont  dépourvues  des  apjophyses  articulaires 
qui  sont  d'une  utilité  si  essentielle  pour  la 
solidité  du  tronc  chez  les  animaux  aestinés 
à  se  mouvoir  à  la  surface  de  la  terre.  Elles 
ressemblent  sous  ce  rapport  aux  vertèbres 
des  dauphins,  et  cet  arrangement  n'a  été  créé 
que  dans  le  but  de  leur  rendre  la  natation 
plus  facile.  Les  vertèbres  du  cou  sont  aussi 
construites  de  façon  à  procurer  à  cette  par- 
tie du  corps  plus  de  nexihilité  qu'elle  n'en 
a  chez  les  crocodiles. 

De  même  que  la  queue  des  crocodiles,  la 
queue  du  mosasaure,  comprimée  dans  le 
sens  latéral,  en  même  temps  qu'épaisse  dans 
le  sens  vertical,  constitue  un  aviron  droit 
d'une  puissance  énorme  ;  et  l'action  qui  ré- 
sulte  de  ses  mouvements  latéraux  chasse 
le  corps  en  avant,  comme  ces  bateaux  que 
fait  avancer  un  seul  homme  avec  un  seul 
aviron  à  l'arrière.  Bien  que  les  vertèbres 
<:audales  soient  à  peu  près  en  même  nombre 
que  chez  les  monitors,  la  queue  était  pro- 
portionnellement plus  courte,  par  suite  de  la 
plus  grande  brièveté  relative  du  corps  de 
ebacun  de  ces  os;  et  de  cette  disposition 
résultait  un  accroissement  de  puissance  dans 
la  queue  considérée  comme  instrument  de 
natation,  et  une  rapidité  de  locomotion  qui 
n'eût  pu  se  concilier  avec  une  queue  longue 
et  mince  comme  celle  du  monitor,  qui  s  en 
aide  pour  grimper.  Enfln  une  dernière  dis- 
X^csition,  qui  a  pour  but  de  donner  à  la  queue 
une  plus  grande  vigueur,  c'est  l'existence  d'os 
en  chevron  solidement  fixés  au  corps  de  cha- 
que vertèbre,  de  la  même  manière  que  dans 
les  poissons. 

Le  nombre  total  des  vertèbres  est  de  cent 
trente-trois,  à  peu  près  autant  que  chez  les 
monitors,  et  plus  du  doifbie  de  ce  qu'on  en 
observe  chez  les  crocodiles.  Les  cAtes  n'ont 

au'une  seule  tête,  et  sont  arrondies  comme 
ans  Ta  famille  des  lézards.  Quant  aux  ex- 
trémités, on  en  possède  des  fragments  assez 
nombreux  pour  démontrer  que  le  mosasaure, 
au  lieu  de  pattes,  les  avait  terminées  par 
quatre  larges  rames  pareilles  à  celles  du 

Elésiosaure  et  de  la  baleine  ;  et  il  est  pro- 
able  qu'un  de  leurs  usages  principaux  fut 
d'aider  l'animal  à  s'élever  à  la  surface  des 
eaux  pour  y  venir  respirer,  dépourvu  qu'il 
était,  suivant  toute  probabilité,  de  la  queue 
horizontale,  qui  permet  aux  cétacés  ce  même 
mouvement  a  ascension.  L'ensemble  de  ces 
caractères  concourt  à  démontrer  que  le  mo- 
sasaure était  organisé  dans  le  but  d'une  exis- 
tence exclusivement  aquatique,  et  que,  mal- 
gré l'exagération  de  ses  proportions,  s'il 
Tient  à  être  comparé  aux  genres  vivants 
de  ces  deux  familles,  il  établit  un  anneau 


intermédiaire  entre  les  monitors  et  les  igua- 
nes. Ouoi  que  nous  puissions  trouver  d*é- 
norme  dans  ces  dimensions  comi^arées  à 
celles  de  tous  les  lézards  actuels,  et  quelque 
étrange  que  puisse  nous  paraître  l'existence 
de  genres  marins  dans  cet  ordre  des  sau- 
riens dont  aucune  espèce  actuellement  vi- 
vante n'habite  la  mer,  il  n'y  a  rien  là  qui 
doive  plutôt  nous  étonner  que  les  modifi- 
cations analogues  que  l'on  observe  dans  le 
mégalosaure  et  dans  l'iguanodon,  exemple? 
d'un  agrandissement  plus  considérable  en- 
core du  type  des  monitors  et  des  iguanes, 
converti  en  des  formes*  colossales  appropriées 
à  une  locomotion  terrestre. 

Au  milieu  de  ces  variations  dans  les  pro- 
portions, nous  voyons  persister  les  mêmes 
lois  qui  président  à  l'organisation  des  gen- 
res contemporains  ;  et  la  perfection  des  com- 
binaisons mécaniques  qui  à  toutes  les  épo- 
ques ont  résulté  de  leur  action,  nous  prouve 
quelle  haute  sagesse  a  calculé  ces  méca-* 
nismes,  et  quelle  puissance  infinie  les  a 
maintenus  dans  leur  intégrité. 

Cuvier  affirme,  à  pro|K)s  du  mosasaure, 
que,  même  avant  d'avoir  vu  une  seule  de 
ses  vertèbres  ou  un  seul  os  de  ses  extré- 
mités, il  était  à  même  de  déterminer  le  ca- 
ractère général  de  l'ensemble  du  squelette, 
d'après  l'examen  des  mâchoires  et  du  sys- 
tème dentaire,  ou  même  d  après  la  vue  d'une 
seule  dent.  Ce  ))Ouvoir  de  détermination,  la 
science  en  est  redevable  à  ces  lois  magnifi- 

Î[ues  de  corrélation  des  organes  qui  sont  le 
ondement  de  Tanatomie  comparée,  et  qui 
donnent  à  ses  découvertes  un  intérêt  si 
puissant. 

MOULE.  —  On  appelle  num/e,  toute  em- 
preinte organique  complète,  qui  n'a  laissé 
qu'un  vide  à  la  place  occupée  par  le  corps 
organisé,  qu'elle  qu*en  soit  la  forme,  comme 
le  moule  exécuté  en  pIAtre  par  les  modeleurs 
pour  reproduire  et  tirer  des  exemplaires 
d'une  sculpture  ou  d'un  ornement  quelcon- 
que. Ce  moule  peut  être  extérieur^  intérieur^ 
ou  montrer  le^  deux  parties  à  la  fois. 
Le  moule  extérieur  s'applique  à  toute  es- 

Fèce  de  corps  organisés,  pleins  ou  creux  à 
intérieur,  comme  à  la  cavité  taillée  dans 
une  roche  par  un  os,  un  polypier,  ou  même 
par  une  coquille.  C'est  alors  une  cavité  sim- 
ple, circonscrite  de  toutes  i)arts. 

Le  moule  intérieur^  au  contraire,  n'est 
applicable  qu'aux  corps  organisés  qui  pré- 
sentent une  cavité  intérieure ,  comme  les 
bivalves  fermées  et  les  gastéropodes  ;  mais, 
le  plus  souvent,  les  corps  creux  laissent  à 
la  fois  le  moule  extérieur  et  intérieur.  Lors- 
que, par  exemple,  une  coquille  bivalve 
entière  enveloppée  de  sédiments  fins,  laisse 
quelque  partie  béante  entre  les  valves,  el!e 
ne  tarde  pas  à  se  remplir  de  ces  sédiments 
qui  l'entourent  extérieurement.  Lorsque  la 
coquille  se  détroit,  il  reste  à  l'extérieur 
un  moule  extérieur^  tandis  qu'à  l'intérieur 
les  sédiments  moulés  sur  l'intérieur  de  la 


teoipi  q«e  la  base  eUe-meme,  en  y  causant  une  sorte     même  principe  que  tes  deots  aoxillaires ,  et  se  i^- 
de  nécrose,  et  à  tomber  à  la  manière  des  cornes  du     nouvelfent  de  la  même  manière. 
cerf*  Lei  dents  palatines  sont  organisées  d*après  le 

DiCTioiiN.  DB  Cosmogonie  et  de  PalCoatolooie.  .?2 


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l>ajî.r*r;nt«ï'  eilérieun?  Vî^*:  ••  !u<&  â  <*  n<  î'r< 
eorj/*  ,  t9rr*is  q-ie  !>/ï.;'r*rir!te  ir:»}r:.-.îre 
iïV%t  n]]f\u:^\)\^  qu'a  «r'r'ji  q'^i  son!  ^lî^-tît. 
Kof>$  fî'*  «^îirjr'oris  dorin^ïT  unç  i-i'-e  p.'js 
exa^.'t^  de  !a  natare  d'à  ne  ^njpreinVf,  q':Vn 
la  c^^mparant  è  l'ima/e  Iai--<r^'  «ur  i:n  f*^ni 
Biofi  ou  du'rlîle,  cofijffje  celie  qu'iru;  ririic 
$ar  la  cfre  le  cachet  qu'on  j  ap  «îiqiê.  i>:'5 
er/jj/r'-inUf^  v>ileïtérieure«,  Vjil  int»rrieur^s 
a^^/f j  t  fréq  iien  les  da ns  certa ,  ri»r s  cou <.":'<,  ^  u r- 
fout  daT,s  c*;lle^  qui  *e  iriomrent  trè5-p*:r- 
m^jihhrs  aui  infiltrations  aqueu^s  îorsqne 
\<z  i:')r[rs  orfi&Dique  offrait,  eu  <oi,  df  s  éié- 
wenls  de  d<^*r!omposilion  facile.  Plus  les 
moK'Cules  qui  ont  enrelopf^é  le  corp<  onra- 
nisé  étaient  >fineSy  plus  les  empreintes  sont 


i*-  !!•:  .  -•»ri*>  «  *r  T*.  ^«  «^ 


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1 .4  e  r  .*•  :L!e  -li-^^ralî,  et  Irs  en^jrci'^ 
ei.vr.'e  ..-tr  i  /.rrl.jre,  rc':;n:e>et  !:--  *  -^^ 
col:-.  :î,  e:  •:  iV-^î  j.^s  «[.u  i^cinfori^;  - 
iDea:  !->«.î:^  :^r->  inlcrn-rs,  fn  :  l:*:  -» 
en-^;^:  .c  \^i  :/e>l  ci  ur.e  c:::,  rtif'e  :' > 
ne,  i.i  ur.:- tL^^j'iiDle  eiUrae,  ii;a:>.:  -•* 
réii'.'-D  ^L*  i'i.ntf  cl  «Je  l'cmlre.  Cette  •:::  > 
lance  i :^l  trê>-ff  tr  -liente,  <urt«»ut  *l'^zj  -^ 
càlcôires  la-irneai  «le  l'~'àS  le>  i-:>i 
couiaie  réî*3-:e  Limuién  j^:f  n  Je  GiÂielai:.  \ 
rê:a^e  eor-t/iien  de  Marâns  ^Chartnîeltf^ 
rieufe, ,  etc.,  elc. 

MULOT,  ct^ièbre  sondeur.  Fo».; Prni 
amTÀsiE5S. 

MYLODON.  Foy.  Mammifèeks 


N 


NAUTILE»  genre  de  mollusques  de  la  classe 
d«a  eépholopodes  et  de  Tordre  des  tentacu- 
Ufères.  —  Nous  emprunterons  à  la  famille 
4e«  coiiuilles  multiloculaires  ou  cloisonnées 

Îoelques  exemples  remarquables  dans  le  but 
*éclatrcir  certains  points  qui  ont  Irait  à  la 
fin  que  nous  nous  proposons  princi|)alement, 
eelie  de  Aire  ressortir  rintelligeocc  et  les 
prévisions  du  Cr(*at<;ur  dans  la  création  des 
mécajiismes  or($aniques. 

Ce  ^ui  nous  din^e  dans  ce  choix,  c*est 
que  d  abord  nous  trouverons  dans  ces  co- 

Suilles  des  dispositions  mécaniques  plus 
videmment  créées,  pour  un  but  déterminé 
Sue  ne  nous  en  offriraient  des  coquilles 
*une  organisation  plus  simple.  Un  second 
motif,  c  est  que  l'usage  de  leurs  diverses 
parties  peut  facilement  se  comprendre  si  on 
on  prend  pour  terme  de  comparaison  Téco- 


nomie  et  Foi^anisalion  des  anîmaui  aciuels 
les  plus  voÎMns  des  es|ièces  et  des  genres 
fossiles  que  nous  allons  choisir  poursuje» 
d'études.  En  troisième  lieu,  c'est  uue  dju| 
pourrons  démontrer  que  non-seulemenli* 
plupart  de  ces  coquilles  cloisonnées  ont  rem- 
pli l'office  des  coauilles  ordinaires  comj'îe 
armes  défensives  aes  animaux  qui  les  habi- 
taient, mais  qu'elles  étaient  aussi  des  jn^- 
truments  hydrauliques  d'un  travail  fii»»  ^  "^ 
agencement  merveilleux,elsubordoDnésu3^ 

les  fonctions  pour  lesquelles  ils  ont  eu  cal- 
culés à  ces  lois  universelles  et  ^^^5^*^!!|J 
qui  paraissent  avoir  présidé  de  toute  éierû 
aux  mouvements  dès  fluides.  .  , 

L'histoire  des  coquilles  cloisonnées  jer^ 
aussi  de  la  lumière  sur  quelques-uns  rte»^ 
phénomènes  de  la  conchyliologie  fo^"^^2i 
ont  trait  à  laj{délimitation  des  espèces  sm- 


,--H 


ms 


NAU 


ET  DE  PALkbSïOLOGlE. 


NAU 


1006 


vant  les  diverse^  formations  géologiqoes 
(721).  Elle  offre  des  preuves  frappantes  de  ce 
fait  curieux  que  des  genres  et  niénie  des  fa- 
uiilles  tout  entières  ont  etéappelées  àTexis- 
tence,  puis  complètement  détruites  durant 
les  diverses  péricKles  successives  de  la  for- 
malioQ  de  Tecorce  terrestre. 

Enfin  nous  lui  devons  de  précieux  rensei- 
gnements sur  unpoint  d'une  haute  impor- 
tance dans  l'histoire  de  la  vie.  Eltc  nous  fait 
voir  en  effet  que  ce  n*a  pas  toujours  été  en 
s'élevant,  par  une  gradation  régulière^  des 
degrés  de  l  organisation  les  plus  inférieurs 
aux  degrés  les  plus  élevés,  que  sVst  opérée 
la  marclie  pro^^ressive  de  la  vie  durant  les 
temps  anciens  vers  lesquels  la  géologie  nous 
rejKirte.  Car  plusieurs  des  formes  [es  plus 
simples  ont  conservé  leur  simplicité  primi- 
tive en  traversant  tous  les  changements  qu'à 
subis  la  surfoce  de  notre  globe,  tandis  uue 
cians  d'autres  cas  des  formes  d'un  ordre  plus 
élevé  précèdent  plusieurs  des  formes  les  plus 
inférieures  de  I  animalité,  et  que  quelques- 
unes  de  ces  dernières  n'apparaissent  pour  la 
première  fois  qu'après  la  destruction  com- 
}»!ète  (722}  de  plusieurs  espèces  et  de  plu- 
bit'urs  genres  d'un  caractère  beaucoup  plus 
complexe. 

Le  nombre  prodigieux,  la  variété  et  la 
liC^uté  des  coquilles  cloisonnées  fossiles  qui 
remplissent  les  terrains  stratifiés  de  transi- 
tion et  ceux  de  la  période  secondaire,  nous 
font  un  devoir  im|>érieux  de  rechercher  dans 
l'étude  de  la  nature  vivante  l'histoire  des 
caractères  et  des  nabitudes  des  Mres  qui  les 
ont  construites  et  des  fonctions  que  ces  êtres 
rempli^^saient  dans  l'économie  générale  du 
n  onde  des  animaux  ;  or,  si  nous  pouvons  es- 
r»i-r*:r  de  recueillir  les  éléments  d'une  f  a- 
reiile  histoire,  c'est  surtout  chez  ces  habi- 
tants des  mers  actuelles  dont  les  coquilles 

<  7il  )  C>9t  ainsi  qne  le  nautilus  mnlticarinatns  ne 
«^e  trnuve  que  dans  les  couches  de  la  formation  de 
tr.irisitîon;  le  nantituê  bidonaint^  dans  le  niuscbel- 
{;ilk;  le  mauliimê  oàesuê  et  le  nautilu*  Hneatut, 
0.1  iis  ia  formation  ooliiique  ;  le  nautiius  elegatu  ti 
I  :  Mûutiltu  undulaiuSf  dans  la  craie.  Les  divisions 
i'f"i  formalions  tertiaire^  offrent  égaleinenl des  espè- 
c>*^  de  nautiles  qui  leur  sont  particulières. 

('î±±\  Durant  les  périodes  tertiaires,  une  classe 
<i 'animaux  inférieurs  en  organisation,  celle  dés  tra- 
4  tf«'lîpodes  caniitores,  a  pris  la  place  qu'occupait 
<i  ut  a  fit  les  périodes  seconiaires  Tordre  plus  élevé 
tï»  s  céphalopodes  carnivores.  U  ya  dansceue  sulisti- 
irtioii  uue  rétrogradation^  qui  nous  semble  devoir 
(».-jior  uQcoop  mortel  à  celte  doctrine  de  progrès 
C'jntinn^  que  défendent  surtout  ceux  qui  rcfu- 
ir.ii  d*adniet;re  rinlertenlion  réitérée  de  la  puis- 
.•rj:;c  créatiice  dans  les  changements  successifs 
;T]'a  «^obis  ranimalité. 

Il  r«>iiltera  de  Tétude  qoe  hons  allons  faire  des 
rrK)  villes  de  Mntiles  fossile»,  qu'elles  <mt  conf;ervé, 
t»»i^  les  terrains  slratiBés  de  tous  les  âges,  la  sim- 

\<:\\é  priurttiTe  de  leur  stmcture,  et  que  cette  str»c- 
't.f  est  esaenilcfleniênt  dans  le  néuttlns  pompilin$ 
>u  naaiile  flambé  des  mers  actuelles  ce  qu>lle 
^^ii  dans  les  espèces  fossiles  les  plus  anciennes 
l^a  eoncbes  de  transition.  En  même  temps,  nous 
-«-rrrins  la  famille  des  ammonites,  si  voisine  de  la 
M  «:r>f  lenle  et  dont  les  eoquiUes  sont  d^un  travail 
plur>  compliqué  que  celles  des  nautili^,  commen- 
er  d^exî^ter  à  la  même  époque  reculée  des  for- 


offrent  le  plus  d'analogie  avec  les  fossile? 
éteints  qui  sont  soumis  à  nos  observations, 
et  nommément  chez  le  nautiius  pompitius 
ou  nautile  flambé»  et  chez  le  snirule  (723). 

Le  nautile  n'existe  pas  seulement  dans 
nos  mers  tropicales  actuelles,  mais  c'est  un 
des  genres  qui  se  rencontrent  à  Tétat  fossile 
dans  les  formations  de  tous  les  â^es.  Les 
mollusques,  habitants  de  ces  coquilles»  se 
montrèrent  les  premiers  dans  les  nscrs  pri- 
mitives, et  ils  se  sont  maintenus  è  trav(M 
tous  les  changements  qu*ont  subis  les  habi- 
tants des  Océans. 

C*est  dans  Texcellent  Mémoire  de  M.  OWen, 

1)ublié  en  IBSâ  seulement,  que  Ton  trouve 
a  première  description  scientifique  de  cet 
animal  dont  la  coquille  est  connue  depuis 
une  antiquité  reculée  (72'i).  Ce  mémoire  est 
doncd*une  haute  importance  pour  la  géolo- 
gie, car  nous  lui  devons  de  pouvoir  aftirmer, 
avec  bien  plus  de  cerlilude  que  nous  ne 
l'eussions  pu  faire  jusqu'alors,  que  les  ani- 
maux des  nautiles  fossiles  faisaient  partie 
d'une  famille  actuellement  existante  de  mol- 
lusques céphalopodes,  voisine  de  la  seiche 
ordinaire.  Nous  pouvons  conclure  aussi  que 
les  ammoiiiies,  dont  les  espèces  sont  infini- 
ment [}ï\xs  nombreuses,  ainsi  que  d  autres 
genres  voisins  de  coquilles  multilocuiaires, 
remi  lissaient  dans  réconomie  des  animaux 
qui  les  ont  construites  des  fonctions  analo- 
gues à  celles  que  remplit  de  nos  jours  la  co- 
quille du  nautiius  pompilius.  Aussi  pensons- 
nous  avec  M.  Owen  que  cette  espèce^  dont  la 
connaissance  est  récemment  entrée  dans  le 
domaine  de  la  science,  n'est  pas  seulement 
précieuse  par  ses  rapports  avec  les  céphalo- 
podes de  la  création  actuelle ,  mais  qu  elle 
est  en  outre  le  type  vivant  d'un  vaste  groupe 
d'organisations  que  leurs  oébris  fossiles 
nous  atiestent  avoir  existé  à  une  énoijue 

mations  de  transition  et  s^éteinilre  dès  la  fin  di*s 
forma  lion  s  soromia  ires.  Les  coquilK^  niullilocLlaires 
des  gf*nres  voisins  nous  offriront  des  exemples  plus 
récents  de  g<*nrcs  d'espèces  dont  la  création  a  élé 
suivie  de  leur  extinction  périodique  et  complète,  pos- 
térieurement à  l'époque  où  ont  disparu  les  ammo- 
nites, ou  à  ceUe  cpnquc-là  même.  Je  citerai  parmi 
ces  coquilles,  les  genres  bamite,  turrilile,  scapbite 
bacolite  et  belemnilc. 

(Tiôj  Je  ne  fais  pas  mention  de  la  coquille  p  us  con- 
nue de  Tai^onaute,  ou  nautile  papyracé,  parce  que 
n  étant  pas  une  coquilk*  cloisonnée,  eUe  n'offre  point 
un  rapport  aossi  direct  avec  Tobjet  que  je  me  pro- 
pose ici,  et  aossi  parce  que  Ton  ne  sait  pas  encore 
d'une  mauiére  certaine  si  le  seicbeque  Ton  y  trouve 
Ta  réellement  construite,  ou  si  ce  n  est  que  le  para- 
site d*unc  coquille  appartenant  à  quelque  autre  ani- 
mal inconnu.  MM.  Broderip,  Gray  et  Sowerby  l'al- 
iribuent  à  quelque  mollusques  voisin  de  la  ca- 
ri naire. 

(724)  C'est  un  failcinieni  q«e,blen  qu6  là  coquille 
du  nautile  ait  été  connue  deft naturalistes  désrépoque 
d'Arîstote,  et  se  trouve  en  abondance  dans  toutes  les 
€«4lcctîons,  les  seule*  données  aulhcntWiues  que  Ton 
ait  possédées  ]fisqa*à  ces  dernières  années  sur  rani- 
mai qui  rhabite  se  réduisent  èce  qu>n  H  dit  Ram« 
pfaius  dans  son  histoire  d*Amboyne.  Or  la  fignre  de 
cet  aateur,  bien  qu'assez  correcte  dans  le  peu  qcs 
Ton  y  voit,  est  tellement  insuffisante  dans  les  détails, 
<|uMI  est  impossible  d'en  rien  eonchire  refâtivemenl 
a  Toriîamsatioa  interne  de  Taudmal. 


1007 


MAU 


DIGTIONNMRE  DE  COSMOGONIE 


NAt 


m 


reculée,  et  au  sein  d'un  ordre  de  choses  tout 
différent  de  celui  que  nous  ayons  sous  les 
yeux  (725). 
Ce  type,  qui  reproduit  sous  nos  yeux  l'or- 

Sanisation  de  tant  de  millions  de  créatures 
epuis  longtemps  balayées  de  la  surface  du 
globe,  vous  met  à  même  d'étudier  les  usages 
auxquels  servaient  leurs  coquilles  cloison- 
nées fossiles,  et  de  prouver  I  existence  d'un 
ordre  et  d'un  plan  disposant  les  mécanismes 
à  l'aide  desquels  elles  remplissaient  leurs 
importantes  fonctions.  En  voyant  combien 
ces  mécanismes  sont  semblables  à  ceux  que 
nous  offrent  des  animaux  faisant  partie  de  la 
création  à  laquelle  nous  appartenons,  nous 
concluons  que  ces  arrangements  si  parfaits, 
ces  admirables  harmonies,  malgré  l'espace 
de  temps  énorme  qui  a  séparé  les  époques 
où  elles  se  sont  manifestées,  ont  leur  ori- 
gine commune  dans  la  volonté,  dans  les  plans 
a'une  seule  et  même  intelligence. 

Ainsi  nous  allons  aborder  l'étude  de  la 
structure  et  des  usages  des  coquilles  cloison- 
nées fossiles,  en  partant  de  la  connaissance 
3ue  nous  avons,  que  les  coquilles  modernes 
u  nautile  et  de  la  spirule  appartiennent  à 
des  céphalopodes  actuellement  existants  ;  et 
à  l'aide  de  ce  fait,  nous  espérons  pouvoir 
mettre  en  lumière  1  histoire  de  ces  quantités 
immenses  de  coquilles  fossiles  semblable- 
ment  construites,  dont  les  usages  et  les  fonc- 
tions sont  demeurés  jusqu'ici  sans  une  ex- 
plication satisfaisante. 

Tous  ces  fossiles  peuvent  se  partager  en 
deux  classes  distinctes.  L'une  comprend  les 
coquilles  externes,  où  les  mollusques  qui  les 
habitaient,  résidaient,  comme  celui  de  la  co- 

Îuille  du  nautile,  dans  la  cavité  spacieuse 
e  leur  première  chambre,  ou  chambre  ex- 
terne. L'autre  classe  comprend  les  coquilles 
Sui  furent  en  totalité  ou  en  partie  renfermées 
ans  le  corps  d'un  céphalopode,  comme  l'est 
aujourd'hui  la  coquille  de  la  spirule  ;  dans 
chacune  de  ces  deux  classes,  les  chambres 
de  la  coquille  paraissent  avoir  rempli  les 
fonctions  de  vessies  aériennes,  ou  de  flotteurs^ 
qui  permettaient  à  l'animal  de  s'élever  dans 
les  eaux  et  de  venir  flotter  à  leur  surface,  ou 
de  s'enfoncer  dans  leurs  profondeurs. 

Dans  le  nautile  moderne,  le  seul  organe 
qui  établisse  une  communication  entre  les 
chambres  aériennes  et  le  corps  de  ranimai 
consiste  dans  un  conduit  ou  siphon  qui  tra- 
verse les  cloisons  successives  par  une  ou- 
verture à  laquelle  s'adapte  un  tube  court,  et 
va  se  terminer  dans  la  chambre  la  plus  petite, 
située  à  l'extrémité  interne  de  la  spirule.  Je 
vais  essayer  de  faire  voir  comment,  à  l'aide 

(72&)  Toutes  les  espaces  de  coquilles  fossiles  mul- 
tiloculaires,  telles  que  les  ortliocératites,  les  bacu- 
lilcs,  les  hamiles,  les  scaphiics,  les  belemnites  et 
autres,  dont  la  dernière  chambre  ou  chambre  externe 
parait  trop  petite  pour  avoir  contenu  le  corps  tout 
entier,  des  animaux  qui  les  ont  formées,  ont  été  pla- 
cées dans  un  jour  tout  nouveau,  par  la  découverte 
qu  a  faite  Pérou  d'une  coquille  cloisonnée  bien  con- 
nue, la  spirule,  lacfuelle  est  en  partie  renfermée  dans 
Vextrémité  postérieure  du  corps  d*une  espèce  de 
seiche.   Deux  circonstances  avaient  jelé  quelque 


d'un  fluide  particulier  qu'il  peut  k  Yolonté 
faire  pénétrer  dans  ce  conduit,  l'animal  m 
diminuer  ou  accroître  son  poids  spéciftquî, 
et  par  sui  te  s'élever  ou  descendre  dansleseii 
des  eaux,  comme  nous  voyons  les  ludions, 
ces  jouets  si  curieux,  s'élever  ou  s'abaisser 
dans  le  tube  qui  les  contient,  suivant  que 
l'on  force  Teau  d'y  pénétrer,  ou  qu'on lea 
laisse  sortir. 

Le  nautile  nage  en  arrière  et  les  bra 
étendus,  de  la  même  manière  que  laseitfe 
dépourvue  de  coquille,  et  ses  mouvemenii 
sont  produits  par  la  réaction  de  l'eau  quiesi 
rejetee  de  l'entonnoir  avec  violence.  Celle 
position  est  la  plus  favorable  à  la  facilité  des 
mouvements  de  progression,  car  eue  place 
en  avant  la  partie  de  la  coquille  oui  rappelle 
le  plus  par  sa  forme  Ja  proue  ounbateai 
Lorsque  l'animal  est  en  mouvement  les  bras 
s'étendent  probablement  en  avant  comme  !» 
rayons  épanouis  de  l'anémone  de  mer. 

Le  bec  corné  dont  est  garnie  la  boncte 
du  nautile  ressemble  à  celui  d*un  perro- 

Îuet  :  chaaue  mandibule  est  armée  en  aviUit 
'un  tranchant  calcaire  dur  et  denté,  qui  i 
pour  fonction  d'écraser  les  animaux  à  ce» 

auilles  et  les  crustacés  ;  et  Ton  a  reoconiré 
es  fragments  de  ces  derniers  animaui  dan^ 
l'estomac  de  quelques  individus.  Commi: 
d'ailleurs  ces  débris  appartenaient  à  use 
espèce  velue  de  crustace  brachyure  qui  ni 
exclusivement  au  fond  de  la  mer,  ils  soc: 
une  preuve  que  le  nautile,  bien  qu'il  se  ha- 
sarde parfois  à  venir  à  la  surface,  va  cher- 
cher au  fond  des  eaux  une  partie  de  sa  nour- 
riture. Il  a  d'ailleurs  un  gésier  toutàfeii 
semblable  à  celui  d'un  oiseau,  etcen'jii> 
est  une  preuve  de  plus  de  la  faculté  qui 
possède  de  digérer  cies  coquilles  dures. 

Les  mollusques  qui  habitaient  plusieun 
espèces  de  nautiles  et  d'ammonites  fossile 

Eossédaient  un  appareil  buccal  tout  sembla- 
le  ;  c'est  ce  que  prouvent  les  rynchoiile^ 
ou  becs  pélriGés  appartenant  à  des  animaoi 
de  ces  deux  genres,  et  qui  setrouTenlei 
si  grande  abondance  dans  plusieurs  des  ter- 
rains stratifiés  où  l'on  en  rencontre  le5  r'> 
Suilles  fossiles,  tels  que  Toolite  deSîonei- 
eld,  le  lias  de  Lyme-Regis  et  de  Baih,  fe 
calcaire  conchylien  de  Lunéville. 

De  même  que  l'on  a  conclu  de  la  slruclai? 
des  dents  des  quadrupèdes  ou  de  celle  Js 
bec  des  oiseaux  la  nature  des  aliments  q^' 
ce§  organes  étaient  destinés  à  saisir  età^v 
pécer,  nous  pouvons  conclure  aussi  delï 
ressemblance  qu'offrent  les  ryncholiles  ït»- 
le  bec  du  nautilus  pompilUiSj  que  lapl  •?*J'' 
de  ces  corps  singuliers  étaient  des  becs  *l2 

doute  sur  Tauthenticité  de  celte  découverte;  (Ti^ 
le  peu  d'acrord  qu'il  y  a  entre  les  deux  figorw  JJJ 
en  ont  été  données,  l'une  dans  VEncffcicpééie  «^ 
digue,  Tautredans  le  Voya^ilii?éron;pu\^^f^ 
de  Féchantillon  lui-même,  avant  qu'il  «disobis»^ 
examen  anatomique:  mais  la  rencontre  yi\  ^ 
depuis  le  capitaine  King  de  la  jnème  cùqwk^^^ 
un  fragment  mutilé  d  un  céphalopode  voisio  de  a 
seiciie  ne  permet  pas  de  douter  que  la  spirale  m 
soit  réellement  une  coquille  inlenie,dont  la  l»*^ 
dorsale  seule  est  externe. 


lood 


NAU 


ET  DE  PALÉONTOLOGIE. 


NAU 


lolo 


céphalopodes  qui  habitaient  les  coquilles 
fossiles  auxquelles  nous  les  trouvons  asso- 
ciés, et  que  ces  céphalopodes  remplaçaient, 
dans  l^économie  générale  de  la  nature,  le 
nautile  et  les  trachélipodes  carnivores  de 
notre  époque,  en .  limitant  dans  de  justes 
bornes  l'accroissement  excessif  des  crusta* 
ces  et  des  mollusques  qui  habitaient  le  fond 
des  mers  durant  les  périodes  secondaires  et 
les  périodes  de  transition. 

Partant  donc  de  la  conséquence  à  laquelle 
nous  conduisent  ces  analogies,  que  les  ani- 
maux qui  habitaient  les  coquilles  des  nau- 
tiles et  des  ammonites  fossiles  étaient  des 
céphalopodes,  d*habitudes  pareilles  à  celles 
du  DDollusqiie  qui  construit  la  coquille  du 
nautile  flambé,  nous  allons  essayer  de  con- 
clure, de  l'organisation  des  habitndes  de  ce 
dernier,  comment  ces  coquilles  fossiles  s'a- 
daptaient aux  besoins  de  créatures  qui  se 
tenaient  dans  certains  temps  au  fond  des 
mers  et  y  prenaient  leur  nourriture,  tandis 
que  d*autres  fois  elles  venaient  flotter  à  la 
surface. 

Les  nautiles  forment  un  genre  naturel  de 
coquilles  spirales  discoïdales,  partagées  à 
rintérieur  en  une  série  de  chambres  sépa- 
rées les  unes  des  autres  par  des  cloisons 
transverses;  ces  cloisons  sont  percées  à  leur 
centre,  ou  près  de  leur  face  interne,  pour 
laisser  passer  le  tube  membraneux  que  nous 
avons  déjà  mentionné  sous  le  nom  de  si- 
phon. 

La  chambre  externe,  ouverte  au  dehors, 
offre  une  grande  étendue,  et  le  corps  de  l'a- 
nimal y  est  contenu  :   les  chambres  inté- 
rieures $ont  fermées  et  ne  contiennent  que 
de  l'air,  et  elles  ne  communiquent  avec  la 
chambre  externe  que  par  la  petite  ouver- 
ture pratiquée  dans  chaque  cloison  pour  le 
f»assage  du  tube  membraneux  qui  traverse 
toute  la  série  des  cloisons  jusan'à  l'extré- 
mité même  de  la  coquille.  Ces  cnambres  aé- 
riennes ont  pour  but  de  contre-balancer  le 
poids  de  la  coquflle,  et  de  donner  à  l'ensem- 
iAe  de  l'animal  un  poids  spécifique  si  rap- 
j>rof;hé  de  celui  de  l'eau,  que  la  différence 
résultant  de  l'admission  du  liquide  dans  le 
--iphon,  ou  de  son  expulsion,  suffise  pour 
j  »roduire  des  mouvements  ae  descente  ou 
t^^ascension. 

Comme  le  siphon,  non  plus  que  la  co- 
rquille,  n'offre  aucune  ouverture  à  travers 
I  ^quelle  le  fluide  puisse  pénétrer  à  l'inté- 

(726)  M.  Owen  nous  apprend  qa^il  est  impossible 
-}  ue  Tcau  pénètre  dans  les  chambres  aériennes  par 
•  ^-s  ouvertares  des  cloisons  que  traverse  le  sipbon; 
-.ar  la  circonférence  do  manteau,  qui  donne  nais- 
..^Aiice  au  sipbon,  est  solidement  attachée  à  la  co- 

«iîll«  par  une  cemture  cornée  imperméable  à  toute 
s.péce  de  liquide.  {Mémoire  sur  le  \nautUu9  pompt- 
ms^  p.  47. 

(727)  Cette  direction  différente  donnée  aux  conr- 
I  ^res  des  côtes  tranyersales  extérieures  ondes  stries 
'âccmissement,  et  aux  cloisons  transversales  de 
i  fiiérieur,  est  une  combinaison  des  plus  avanta- 
geuses pour  au^enter  la  résistance  de  la  coquille, 
^ît    cbez  les  nautiles  fossiles,  soit  dans  Fespéce 

Ire  conlemporaiue.  Comme  les  ;doisons  iiiter  es 
l  leur  face  convexe  tournée  en  dedans,  tandis 


I 

r 


rieur  des  chambres  (726),  il  s'ensuit  que 
ces  cavités  ne  contiennent  autre  chose  que 
de  l'air,  et  qu'elles  ont  par  conséquent  à 
soutenir  une  forte  pression  toutes  les  fois 
qu'elles  se  trouvent  au  fond  de  la  mer.  C'est 
pour  résister  à  cette  pression  que  plusieurs 
dispositions  ont  été  introduites  dans  la  cons- 
truction de  la  coquille. 

D'abord  ses  parois  externes  sont  construi- 
tes d'après  les  mêmes  principes  aue  l'arche 
d'un  pont,  et  de  telle  sorte  qu'elles  offrent 
dans  tous  les  sens  la  plus  grande  résistance 
possible  à  tout  effort  tendant  à  les  écraser. 
•  En  second  lieu,  cette  sorte  d'arcade  tire 
une  force  nouvelle  des  nombreuses  petites 
côtes  qui  parcourent  sa  surface.  Les  stries 
d'accroissements  ondulées  que  Ton  remarque 
à  sa  surface  sont  petites  et  faibles,  si  on  les 
considère  isolément  ;  mais  leur  ensemble 
est  d*un  effet  puissant  pour  accroître  la  ré- 
sistance de  la  coquille. 

En  troisième  lieu,  la  force  de  résistance  de 
cette  sorte  de  voûte  s'accroît  encore  par  la 
disposition  des  cloisons  internes  qui  s  unis- 
sent aux  ]iarois  externes  de  la  coquille,  en 
formant  avec  elles  un  angle  presque  droit. 
La  direction  suivant  laquelle  les  bords  de 
ces  cloisons  transverses  coupent  les  côtes 
ondulées  de  l'intérieur  de  la  coquille  est  un 
autre  principe  de  force.  On  emploie  une 
disposition  analo^e  dans  la  construction 
des  vaisseaux  destinés  aux  voyages  des  mers 
arctiques  ;  pour  les  préparer  à  soutenir  la 

Iiression  des  blocs  de  glace,  on  arc-boute 
eurs  parois  par  un  nombre  extraordinaire 
de  poutres  transversales  d'un  volume 
énorme  (727). 

Nous  mentionnerons  encore  une  quatrième 
particularité  d'organisation,  au  moyen  de 
laquelle  l'appareil  qui  donne  à  la  coquille  la 
faculté  de  flotter  s'accroît  dans  une  propor- 
tion exacte  avec  le  volume  du  corps  de  1  ani- 
mal et  avec  le  poids  toujours  croissant  de  la 
chambre  extérieure  où  il  est  contenu.  Cet 
accroissement  s'effectue  par  l'addition  suc- 
cessive de  nouvelles  cloisons  transversales 
en  travers  du  fond  de  la  chambre  antérieure, 
de  telle  sorte  que  la  partie  de  la  coquille  qui 
devient  trop  étroite  pour  contenir  le  corps 
se  convertit  en  de  nouvelles  chambres  aé- 
riennes. Cette  opération,  répétée  à  des  in- 
tervalles en  rapport  avec  les  périodes  suc- 
cessives d'accroissement  de  la  coquille,  la 
maintient  dans  la  faculté  de  flotter  à  la  sur- 

que  les  cannelures  de  la  coquille  externe  ont  la  plus 
grande  partie  de  leur  convexité  tournée  vers  Texté- 
rieur,  il  en  résulte  que  la  circonférence  des  doisoiis 
est  coup^  par  les  cannelures  en  un  «prand  nombre 
de  points,  et  forme  avec  ces  dernières  un  grand 
nombre  de  parallélogrammes  curvilignes,  dont  les 
cétésies  plus  courts  sont  formés  parles  cloisons 
transverses,  et  les  plus  longs  par  des  portions  des 
cannelures  externes.  Ce  même  principe  de  construc- 
tion s'étend  à  d*autres  espèces  de  la  même  famille» 
dont  plusieurs  n'oftreiit  que  des  cannelures  beaucoup 

Îilus  petites  ;  et  on  le  retrouve  encore  dans  d^autres 
àmilles  de  coquilles  cloisonnées  fossiles,  dans  les 
ammonites  par  exemple,  dans  les  banutes,  dans  le$ 
turrilites  et  dans  les  baculites. 


1011 


NAU 


DICTIONNAIRE  DE  GOSMOGOKIE 


NAU 


iOtî 


fâôe  des  eaux,  en  la  faisant  passer  par  des 
aceroii^sements  graduels  et  péiâodiques,  jus- 
qu'à ce  que  1  animal  qu'elle  contient  soit 
arrivé  à  sou  état  le  plus  complet  (728). 

Nous  trouvons,  dans  les  distances  qui  se* 
parent  entre  elles  les  cloisons  successives, 
une  cinquième  particularité  de  structure 
digue  d*attention  par  les  résultats  mécani- 
ques qu'elle  procure.  Si  ces  distances  en 
eifûl  se  fussent  accrues  dans  la  même  pro- 
portion que  le  diamètre  des  cavités  aérien- 
nes, les  portions  de  Ja  coquille  extérieure, 
qui  constituent  les  parois  des  cavités  les 
plus  grandes,  et  qui  ont  à  supporter  la  pres- 
sion la  plus  forte,  n'eussent  pas  été  suffi- 
samment soutenues;  or  e*est  à  quoi  il  a  été 
pourvu  par  une  disposition  des  plus  si^Dples, 
en  rapprochant  ces  cloisons  proportionnelle- 
ment davantage  à  mesure  que  les  cavités,  eu 
s-agrandissant,  réclament  plus  de  force  dans 
les  supports  qui  empêchent  récrascment 

Enfln  le  dernier  arrangement  dont  je 
veuille  faire  ici  mention,  c'est  ce  méca- 
nisme du  siphon  qui  a  pour  but  de  régula- 
riser Tascension  et  la  descente  de  Tanimal 
au  sein  des  eaux.  Jusqu'ici  les  fonctions  de 
cet  or^çane  n'ont  pas  encore  reçu  une  expli- 
cation satisfaisante,  et  le  remarquable  mé- 
moire de  M.  Owen  lui-même  laisse  sur  ce 
point  beaucoup  de  doute.  Cependant,  si  Ton 
rapproche  certaines  dispositions  que  cet  or- 

Î;aDe  présente  quelauefois  à  l'état  fossile  de 
a  découverte  qu'a  faite  M.  Owen  de  sa  ter- 
minaison en  un  vaste  sac  où  est  renfermé  lo 
cœur  de  Tanimal,  on  trouvera  là,  ce  nous 
semble,  des  éléments  suffisants  pour  décider 
cette  question  si  longtemps  controversée. 

Si  nous  supposons,  en  effet,  que  ce  sac  ou 
péricarde  contient  \xn  Auide  péricardial  (\ui 

Eeut  passer  de  là  dans  te  siphon,  cet  ensem- 
le  (Toi^anes  constituera  un  appareil  hy- 
draulique tout  à  fait  propre  à  faire  varier  le 
poids  spécifique  de  la  coauille,  de  telle 
sorte  ç[u*elle  plongera  quand  l'animal  forcera 
le  fluide  à  pénétrer  dans  le  siphon,  tandis 

3u'au  contraire,  lorsque  ce  fluide  rentrera 
ans  le  péricarde,  la  coquille  devenue  plus 
légère  remontera  vers  Ja  surface.  Dans  cette 
hypothèse,  les  chambres  devaient  être  cons- 

(7âS)  Il  existe  un  jeuue  nautilu9  pompUiu$  dans  la 
collection  de  M*  Broderjp,  qui  ne  présente  que  47 
cloisons  :  le  docteur  Hook  assure  en  avoir  vu  où  ii 
y  en  avait  jusqu^à  40. 

(7i9)  liO  siplion  est  formé  d'une  membrane  mince, 
et  résistante,  entourée  d'une  couche  de  fibres  nnis- 
calaires  qui  en  piaduisenl la  contraction  et  la  dila- 
tation alternatives,  poup  admeure  le  ftuide  dans  son 
intérieur  ou  l'en  repousser.  (  Voyez  le  èîémoire  de 
M.  Owen,  p.  10.) 

{TôO)  Gomme  la  cavité  du  péricarde  contient  un 
liquide  sécrété  par  certains  follicules  glanduleux,  et 
que  sa  capacité  suffit,  selon  toute  probabilité,  pour 
que  ce  liauide  remplisse  complètement  le  siphon,  U 
est  probanlo  que  ç  est  ce  liquide  luî-môrae  qui  est 
mis  en  drrulalîon  dans  Tappareil,  et  qui,  suivant 
qu'il  passe  dans  le  siphon  ou  dans  le  péricarde,  pro- 
duit les  ndouvements  d'ascension  ou  de  descente  de 
ranimai. 

Lorsqne  les  bras  et  le_  c^rps   sont  (léployés,  te 


tamment  remplies  d'air  seulement,  dont 
Télaslicité  permettait  la  dilatation  et  la  rnn- 
traction  alternative  du  siphon,  pouraduiet- 
tre  ou  rejeter  le  fluide  péricardlat. 

Le  principe  d'après  lei]uel,  suivant  cette 
explication,  le  nautile  actuel  s'élève  ou  des- 
cend au  sein  des  eaux,  es^U  ainsi  que  m.  is 
Tavons  déjà  dit,  le  même  auquel  sont  d-js  lf^> 
mouvements  des  ludions.  En  forçant  uce 
certaine  quantité  d*air  k  pénétrer  dans  le  pe- 
tit ballon  qui  les  surnfonte,  on  accroît  la 
masse  dé  substance  qui  y  est  contenue,  sus 
en  augmenter  la  C/apacité  ;  le  poids  spéeiii- 
que  s'en  accroît  donc,  et  l'instrument  ploD:i\ 
Si,  au  contraire,  en  supprimant  la  prd- 
sion,  on  permet  à  l'air  contenu  dans  lacbaoi* 
bre  de  reprendre  réauilibre  qu'on  lui  a  fait 
perdre  et  de  chasser  1  eau,  son  poids  spéci- 
fique diminue,  et  le  ludion  vient  flottera  h 
surface. 

Pour  achever  de  mettre  en  lumière  la  struc- 
ture et  l'économie  des  nautiles  fossiles,  pir 
l'économie  et  la  structure  des  espères  vmn- 
tes,  je  vais  faire  voir  de  quelle  utilité  furent 
pour  les  mouvements  du  nautile  flainN, 
soi»  au  fond,  soit  à  la  surface  même  des  can\, 
des  cavités  que  nous  supposons  rerapî:^^^ 
d'air  seulement,  et  un  siphon  renfermaiil 
seulement  un  fluide  qui  peut  passer  de  lel 
organe  dans  un  péricarde,  au  gré  de  rani- 
mai (729). 

L'animal  que  prit  M.  Benneth  a  été  m 
flottant  à  la  surface  des  eaux  ;  la  portion  su- 
périeure de  la  coquille  dépassait  lenivtao: 
et  c'est  à  l'aide  de  l'air  qui  y  était  renfenc»^ 
que  l'animal  pouvait  conserver  sa  position 
verticale.  Cette  position  est  la  plus  favora- 
ble aux  mouvements  rétrogrades  qu'eiéco 
tent  les  seiches,  mouvements  proaoilspîr 
l^Bxpulsion  de  l'eau  au  dehors  de  TentoD- 
noir.  Ainsi  donc,  un  nremîer  usage  des  cliaw- 
bres  aériennes,  c'est  de  maintenir  lecorp^ 
de  l'animal  et  sa  coquille  en  équilibre  à  w 
surface  des  eaux. 

En  second  lieu,  nous  examinons  dans  la 
note  ci-jointe  les  fonctions  du  siphon  et  des 
chambres  aériennes,  dans  l'acte  de  plonsjtr 
soudainement  de  la  surftice  au  fond  (730^ 

11  nous  reste,  en  troisième  lieu,  à  conside- 

floide  reste  dans  le  sac  péricardiaque  ;  le  siplion  tîi 
vide,  contracte  et  entouré  de  Fair  qui  est  cûDSttw* 
meut  contenu  4ans  chaçiue  cbs^oibre  9iihe»^' 
Duns  cette  situation*  Taniroal  et  s%  coquille  sont 
d*un  poids  spécifique  tel  qulls  sWvèat  dans  1^<' 
et  viennent  flotter  à  sa  surface. 

S*il  sucvient  qvelque  siyel  d'alarnie,  les  braseï^ 
corps  se  contractent  fiaur  rentier  dans  la  coquuie. 
et  compriment  le  ftuide  de  aumièra  à  le  faire  re*' 
trer  itans  le  siplion  ;  et,  comme  le  eontenu  de  u^ 
quiUe  s'accrotl  akisi  sans  que  la  capacité  de  ««^ 
dernière  subisae  aucun  ekangemenl,  le  p»o$  s^ 
fique  de  rensem&ile  a'augmnttle,  et  raaimal  esx  f»- 
traîna  au  fond  des  eaux. 

L'air  conte^m  dana  ckaque  chambra  ^L, 
ainsi  comprimé  aussi  Iwi£t0i)ip&  ^ue  le  stpaoB  cp 
tinue d'élre dâteadupaf  k> Ooide  périctfdial:  i»^: 
son  ébsticité  in»  lait  reprendre  «on  vukune  pn»"'^ 
aussitdt  que  la  eoinpreasioo  du  corps  ce«eo^ 
sur  le  pérkar^e  ;  oite  concourt,  avte  la  couche  niw- 
culaire  du  siphon,  à  repousser  \»9mkàamt»^ 


^013  NAU  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 

rer  1  action  dans  ranimai  plongé  au  fond  des 
eaux,  étant  admise  l'hypothèse  ou  cet  air 
demeure  con^lanjment  renfermé  à  Tinlérieur 
des  chambres.  Si  le  nautile  se  meut  en  por- 
tant sa  coquille  à  la  manière  des  colimaçons, 
1  air  qui  y  est  contenu  a  pour  effet  de  la 
maintenir  élevée  et  flottant  à  Taise  au-des- 
sus du  corps.  Et  comme  cette  ix>quille  tend 
sans  cesse  a  s'élever  vers  la  surface,  le  mol* 
lusque  se  fixe  et  ram^e  sur  le  fond  au  moyen 
(l'un  disque  musculaire  puissant,  employant 
ses  leniaeulos  en  toute  liberté  pour  saisir 
Ja  proie  dont  il  se  nourrit  (731). 

HûoL  pense  que  les  chambres  aériennes 

sont  alternativement  occupées  par  de  Tairet 

et  par  de  Teaû;  Parkiuiibn  admet  que  ces 

cil  ambres   ne  peuvent  recevoir  Teau  dans 

feur  intérieur,  cl  que  les  mouvements  d'as- 

••-•fiMon  ou  de  descente  sont  dus  à  \  introduc- 

(ion  alternative  de  Tair  ou  de  Teau  dans  Tin- 

éi-icur  du  siphon.  Mais  il  n'a  pu  indiquer 

'origine  de  cet  air  au  fond  des  eaux,  et  il 

Ta  pas  pu  expliquer  davantage  par  quel 

iioyen  l'animal  modifie  le  tnhe  et  l'air  qui  y 

>  t-  contenu  et  duquel  dépendent  les  diver- 

e-s  circonstances   de  ses  oiouveraents  de 

rc»nsport  dans  \qs  eaux  (732).  La  théorie  d'à- 

r  ^5  laquelle  Us  cliambres  de  la  coquille  sont 

omsiammenl  remplies  d'air  seulement^  tandis 

n€  c€$t  le  siphon  qui  règle  le  mouvement  de 

an  imal  par  le  déplacement  du  liquide  péri- 

irdial^  parait  satisfaire  à  toutes  les  condi- 

on  s  de  ce  problème  d'Iiydrauiique  qui  est 

LMiieuré  jusqu'ici  sans  solution  satisfaisante. 

Je  me  suis  étendu  aussi  longuement  sur 

'.  sujet  à  cause  de  l'importance  dont  il  est 

jur    expliquer    la   structure    compliquée 

les  fonctions  jusqu'ici  iucomolétement 


NÀU 


4M4 


^r  sac.  La  eomUle,  aviintiitnsi  perdu  de  son  poids 
éciJique,  tend  à  revenir  vers  )»  surface. 
Lo  péricarde  esl  donc  le  lieu  qu'occupe  naturelle- 
nt  ce  fluide,  si  ce  D*e5t  iorsquil  est  ckassé et 
liuBenu  dans  rinlérieur  du  siphon  par  ta  rélraetion 
corps  dans  la  coquille.  Quand  les  bias  et  le  eorps 
ji  (icveioppés,  soit  à  la  surface,  soit  au  fond  de  la 
r,  IVnu  a  un  libre  accès  dans  les  cavités  bran- 
:*le5,  et  Ic5  nioMvcmcnts  du  cœur  s'exécutent  en 
ine  liberté  à  rinlénenr  du  péricarde  disierrdii  Ce 


comprises  de  toutes  ces  familles  de  coquilles 
cloisonnées  et  pourvues  d'un  siphon,  si  nom- 
breuses et  si  répandues.  Si  nous  parvenons 
à  y  retrouver  les  mêmes  principes  mécani- 
ques au  milieu  de  toutes  les  modifications 
différentes  qu'elles  ont  subies  depuis  l'ori- 
gine de  la  vie  jus(|u'à  l'heure  présente,  nous 
en  déduirons,  comme  conclusion  irrécusa- 
ble, que  cette  unité  dans  les  organisations 
prend  son  origine  dans  la  volonté  et  l'action 
directe  d'une  cause  [jremière  unique  et  in- 
telligente; et  ces  organisations  elles-mêmes 
nous  apparaîtront  <Y  comme  des  émanations 
de  cette  sagesse  infinie  qui  se  montre  dans 
les  formes  extérieures  et  ,dans  la  structure 
intime  de  tous  les  êtres  créés  (733).  »  Foy. 

NAUTILE  SIPHON  et  NAUIILE  ZIG- 
ZAG. —  On  a  désigné  sous  le  nom  de  nà'u* 
aie  siphon  une  coquille  cloisonnée  fort  cu- 
rieuse et  d'une  grande  beauté,  qui  a  été 
trouvée  dans  les  couches  tertiaires  de  Dax, 
près  de  Bordeaux  ;  et  le  nautile  zigzag  est 
une  coquille  de  l'argile  de  Londres,  très** 
voisine  de  la  précédente.  Ces  deux  coquilles 
oifrent  certaines  déviations  des  caractères 
ordinaires  des  nautiles  qui  les  rapprochent 
jusqu'à  un  certain  degré  de  la  structtire  des 
ammoniles. 

Ces  déviations  se  compensent  les  unes  par 
les  autres,  et  il  en  résulte  un  ensemble 
d'arrangements  particuliers  qui  rendent  la 
eoquille  propre  à  remplir  ses  doubles  fonc-* 
tiens,  soit  comme  orgine  de  locomotion  au 
sein  dos  eaux,  soit  comme  moyen  de  défense 
ou  comme  habitation  (lour  l'animal  qui  l'a 
construite  (73&). 

Le  siphon  dan»  cette  espèce,  traversant  le 


«•ice. 


'***>  expérience»  suivantes  font  voir  que  la  q«an- 

dc  liquide  ài  ajouter  à  la  coquille  du  namile, 

"■  la  f^-re  plonger,  csi  d'environ  une  denii-on». 

J'ai  pris,  dil  Bucklaiid,  deux  coquilles  complètes 

nautile,  dont  chacune  pesait  cn\iron  G  onces  et 

lie  dans  l'air,  et  avait  à  peu  prés  7  pouces  dans 

pitis  grand  diamètre,  cl  J'ai  trouve,  après  avoir 

ché  le  siphon  avec  de   la  cire,  que  clL»i]ue  co- 

le  plac<^e  dans  Peau  douce  exi^jeail  pour  s'eu- 

'♦*r  r;i<f(litii)n  d'une  onc^j  cl  de  quelques  grains. 

uno  fa  coquille  fraîche  et  lïxéc  à  Taninial  vivant 

vaii  p«^ser  un  quart  d'once  environ  de  plus  que 

mériic   coquille  desséchée,  et  que  d'ailleurs  le 


»  du  liquide  qui  devait  être  introduit  dans  le 
r>u  ^CMtr  que  la  coqulHe  plongeât,  cl  c'esl  là  une 
\iU\»a  «|ut.  parait  tout  k  fait  en  rapport  avec  la 


capacité,  soil  du  péricarde,  soil  du  siphon.  > 

(7^1)  Si  les  chamhres  se  remplissaient  d'eau,  la 
coquille  ne  serait  plus  soutenue  que  par  une  action 
musculaire,  ef  an  lion  de  se  tenir  verticalement  au- 
dessus  du  corps>  dans  une  portion  commode  et  sàre, 
elle  soraii  cotiUnuellenient  entraînée  à  tomber  sur  U 
ciUé  et,  par  conséquent ,  ejipeaée  à  des  froileineiitf 
aur  le  fond  qui  la  détérioreraient  en  mène  tenipfl 
que  ranimai  demeurerait  exposé  aux  attaques  de  ses 
ennemis.  D'après  Runiphius,  le  nautile  rampe  aver 
assez  de  vitesse,  la  coquille  en  haut,  la  létc  et  Ies> 
6ar6e«  (tentacules)  contre  le  fond.  L'auteur  a  observé 
loi-flidnTe  qne  ta  co<piifle  du  ptanorbis-cornem  oc- 
cupe la  même  position  verticale  lorsque  ranimât 
totmpe  au  fond  de  Teau. 

(752}  Les  observations  récentes  de  M.  Owen  prou 
vent  qu'il  n'existe  pas  de  ^ndc  en  rapport  avec  if 
siphon,  pareille  à  celle  qui,  suivant  l'opinion  reçue, 
sécrète  1  air  de  la  vessie  natatoire  des  poissons. 

(755)  Exfénênceê  dm  éociewt  Hook,  p.  386. 

(754)  Les  cloisons  transversale»  offrent  une  par 
licolanté  rcmarquaUe  de  structure  dims  le  collier, 
ou  e«vtrtnre  siphonale ,  lequel  se  prolonse  dan^r 
tente  T^tsseur  des  cavités  aériennes,  de  telle  sorte 
40e  ta  série  tout  entière  des  ekiisons  se  trouva  comme 
reunie  en  une  sorte  de  elialfie  spirale  canliirae.  Ceff^ 
réunion  es^  produite  par  l'afrandissement  ei  Talion 
gement  du  collier  destiné  au  passaj^e  du  siphon,  le- 
quel prrnd  la  forme  d'un  entonnorr  Ions  et  élar<ti, 
ëont  VextrémMé  s'engace  dans  le  col  de  rentonnoir 
misin,  tandis  ((ue  !»on  bord  interne,  s'appuyant  sur 
le  tour  du  spire  sous-jacent,  trimsmft  h  'la  \oMf 
i|ue  forme  ce  dentier  «ne  pertie  de  It  pression  qnl 


1 


lOiS 


NÀU 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOCONIE 


NEB 


bord  interne  des  cloisons^  ne  fournissait  au 
manteau  de  Tanimal  qu'un  moyen  d'attache 
beaucoup  moins  puissant  que  ne  le  fait  le 
siphon  plus  central  du  nautile:  aussi  pour 
compenser  ce  défaut  d'un  point  d'appui  com- 
plet, trouvons-nous  une  disposition  toute 
pareille  à  celle  que,  suivant  la  théorie  de  M. 
de  Buch,  les  ammonites  auraient  trouvée 
dans  les  lobes  de  leur  manteau.  C'est  ce  aue 
Ton  comprendra  mieux,  si  l'on  compare  les 
lobes|du  nautile  siphon  avec  ceux  tout  sem- 
blables du  nautile  zigzag. 

L'importance  et  l'utilité  de  ces  lobes  dans 
l'une  et  dans  l'autre  des  deux  espèces  que 
nous  venons  d'étudier  nous  sembleront  en- 
core plus  grandes  si  nous  considérons  ces 
modifications  des  cloisons  transversales 
sous  le  point  de  vue  du  support  qu'elles 
ofiTrent  aux  parois  latérales  de  la  coquille 
externe.  Elles  en  étançonnent  en  effet  les 
portions  les  plus  faibles  et  les  plus  minces 
i^t  leur  donnent  assez  de  solidité  pour  sup- 
porter une  pression  bien  supérieure  à  celle 
qu'elles  eussent  supportée,  si  les  lames  in- 
ternes n'eussent  eu  qu'une  courbure  simple 
comme  dans  le  nautilus  pompilius.  La  né- 
cessité d'une  disposition  de  cette  nature  est 
une  conséquence  de  la  largeur  des  inter- 
val'es  oui  partagent  les  cloisons  entre  elles. 
La  faiblesse  résultant  de  cet  écartement  des 
lames  transversales  se  trouvait  compensée 
par  la  présence  d'un  lobe  unique  remplis- 
sant les  mêmes  fonctions  que  les  lobes  beau- 
coup plus  nombreux  et  plus  compliqués  des 
ammonites. 

Le  nautile  siphon  et  le  nautile  zigzag 
paraissent  donc  être  des  anneaux  qui  ratta- 
chent les  deux  grands  genres  nautile  et  am- 
monite, et  dans  lesquels  se  voient  des  dispo- 
sitions mécaniques  inlermédiaires,  emprun- 
tées à  l'organisation  des  ammonites  pour 
être  appliquées  à  celle  du  nautile.  La  pré- 
sence de  lobes  analogues  à  ceux  des  ammo- 
nites a  eu  pour  but  oe  compenser  les  désa- 
vantages qui  fussent  résultés,  dans  tout 
autre  système  de  construction ,  de  la  posi- 
tion marginale  du  siphon  dans  Tune  et  dans 
l'autre  de  ces  deux  espèces,  et  de  la  distance 

8*exerce  de  l*exiérieur  sur  les  cloisons  transversales, 
dont  il  accroît  ainsi  la  résistance. 

Comme  ce  mode  de  structure  rend  impossible 
qu*un  siphon  extensible  puisse  se  distendre  dans 
rintérieur  même  des  cavités  aériennes,  ainsi  que 
cela  a  lieu  chez  les  autres  espèces  de  nautiles  et 
chez  les  ammonites ,  le  diamètre  du  tube  en  enton- 
noir a  été  fort  agrandi,  et  le  siphon  peut  s'y  dilater 
assez  pour  admettre  la  quantité  de  liquide  nécessaire 
à  faire  plonger  ranimai. 

A  chaque  articulation  des  entonnoirs,  le  diamètre 
du  siphon  se  contracte  de  la  même  manière  que  le 
siphon  des  ammonites  et  des  nautiles  se  contracte 
dans  son  passage  à  travers  les  ouvertures  des  lames 
transversales  <jui  cloisonnent  ces  coauilles. . 

Un  autre  point  de  Torganisation  du  siphon ,  que 
la  coquille  dont  il  s'agit  nous  fait  connaître,  c'est 
Texistence  d*un  étui  calcaire  de  consistance  molle 
tout  parti!  à  celui  que  nous  avons  déjà  observé  dans 
le  nautile ,  et  qui  se  trouve  dans  Tintervalle  qui  sé- 
pare obacun  des  entonnoirs  du  siphon  ou  tube  mem- 
braneux qui  y  est  conienu.  La  capacité  de  ce  tube 


où  sont  entre  elles  leurs  cloisons  transvc: 
sales  (735). 

Il  est  curieux  de  voir  que  des  dispositions 
pareilles  à  celles  que  Ton  rencontre  dans 
les  formes  d^ammonites  les  piqs  anciennes 
se  trouvent  chez  quelques-unes  des  espèces 
les  plus  récentes  de  nautiles  fossiles,  et 
(}u*elles  y  aient  pour  but  de  compenser  la 
iaiblesse  qui  eût  été  une  conséquence  ^ 
déviations  qu'offrent  ces  espèces  par  rapport 
à  la  structure  normale  du  genre  nautile. 
Cest  encore  là  un  de  ces  faits  qu'il  faut  re- 
noncer è  expliquer  dans  toute  théorie  où 
Ton  se  refuserait  à  admettre  rinterTention 
d'une  intelligence  régulatrice. 

NÉBULEUSES.  —  Nous  n'avons  \  noas 
occuper  ici  des  nébuleuses  qu'au  point  de 
vue  cosmogonique. 

«  Les  nébuleuses,  dit  M.  Marcel  de  Serres, 
ne  sont  peut-être  autre  chose  qu'une  quan- 
tité prodigieuse  d'étoiles  infiniment  éloi- 
gnées et  placées  à  peu  près  dans  la  mèsê 
direction.  C'est  là  l'opinion  de  tous  les  astro- 
nomes (736).» 

Voilà  ce  que  M.  Marcel  de  Serres  écrJTait 
en  18^3.  Sept  ans  après,  le  18  juin  1850,  nous 
lisions  les  observations  suivantes  publiées 
par  un  de  nos  physiciens  et  de  nos  géo- 
mètres les  plus  eminents. 

«  Dans  sa  rapide  et  magnifique  bislûift 
de  la  ci'éation,  Moïse  dit  que  le  quaîrièine 
jour  Dieu  fit  sortir  du  néant  les  étoiles,  et 
les  plaça  dans  le  firmament...  Fedi  fu 
Deùs...  stelloê  et  posuit  eas  in  fimmnti 
cœli...  {Gen.  ï,  17.)  En  prenant  ce  texte  dans 
son  interprétation  naturelle  et  littérale,  il 
fallait  bien  conclure  que  dès  le  quatrième 
jour  de  la  création  les  étoiles  existaient  tou- 
tes formées  dans  les  cieux.  Et  cependant  le 
grand  Herschell,dontropimon  a  étéaaf|<ée 
au  XIX*  siècle  par  les  savants  de  tous  les 

{)a)rs,  affirma  hautement  qu'il  y  a  des  nébo- 
osités  qui  ne  sont  pas  de  nature  stellai«; 
qu'il  existe  dans  les  espaces  célestes  de 
nombreux  amas  de  matières  diffuses  ei  lu- 
mineuses non  condensées.  Plus  voisine,  a 
Ton  peut  s'exprimer  ainsi,  de  l'état  élémeo- 
taire,  cette  matière  cosmique  aurait  ocfu]» 

calcaire  suffisait  non-seulement  à  conlesirlesiH^ 
dans  sou  éUl  de  dilalalion,  mais  à  coiileDir<iio«ff 
un  certain  volume  d'air  oui  avait  pour  dfei«i^ 
pousser  par  son  élasticité  le  fluide  coDienn  (»ik!| 
siphon ,  comme  nou^  avons  supposé  qa*agissaii  i|* 
contenu  dans  les  chambres  du  nautim  pm^'*- 

(735)  bans  quelques-unes  des  formes  é'^ 
niies  les  plus  aisciennes  que  contiennent  ks  tt*- 
ches  de  transition,  telles,  parexemple,quelan"J' 
nites  Henslowi,  Pammonilc  slrialus.  cl  l'aiiuwi^ 
sphaericus ,  les  lobes  sont  peu  nombreui ,  rt  P*^ 
que  de  la  même  forme  que  le  lobe  unique  du  «*  _ 
tilus  siphon  zigdg.  Comme  chez  ces  dertKj] 
aussi ,  les  bords  des  lames  transversales  s^«*J^ 
pies  et  dépourvus  de  franges.  L'ammonite  nww». 
espèce  propre  aux  dépôts  secondaires  l^..!""*;^ 
ciens  du  Muschelkalk,  offre  l'exemple  duo  » 
intermédiaire,  dans  lequel  le  bord  û«"«^?^iffj^ 
en  partie ,  mais  seulement  les  portions  lawrj^ 
ou  internes  des  bords  lobés  des  lames  iraimefsi»» 

(73G)  De  in  création  de  la  terre,  pT  15. 


ioi) 


NEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


NEB 


OtS 


]a  deux  cent  soixante-dixième  partie  de  la 
surface  du  firouunent,  et  Ton  Toulait  qu'en 
se  condensant  elle  donnât  naissance  a  de 
Téritables  étoiles.  Voici  même  Tordre  dans 
lequel,  disait-on,    se    développeraient  les 
phénomènes  de  ces  formations  successiTes  : 
1*  disparition  sur  divers  points  de  la  lueur 
phosph<M«scente  ;  2*  naissance  de  solutions 
de  continuité,  déchirures  dans  le  rideau  lu- 
mineux primitif;  3*  mouvement  de  la  ma- 
tière vers  les  centres  attractifs  ;  fc*  transfor- 
mation d'une  nébuleuse  unique  en  plusieurs 
nébuleuses    distinctes ,    liées    quelquefois 
par  des  filets  très-déliés;  5*  arrondissement 
du  contour  extérieur  des  nébuleuses  sépa- 
rées; 6*  augmentation  plus  ou  moins  rapide 
d'intensité  lumineuse,  de  la  circonférence  au 
centre;  7*  formation  à  ce  centre  d'un  noyau 
très-apparent;  8*  passage  de  chaque  noyau 
à  Tétat  stellaire  avec  la  persistance  d'une 
légère  nébulosité  apparente  ;  9*  précipitation 
de  ces  dernières  vapeurs  ;  lOr*  et  pour  résul- 
tat définitif,  autant  d'étoiles  quil  y  avait 
dans  îà  nébuleuse  de  centres  d'attraction 
di2»tincts  On  se  demandait  :  En  combien  de 
temps  une  seule  et  même   nébuleuse  pour- 
rait-elle subir  toute  cette  série  de  transfor- 
mations? Se  sont-elles   réalisées,  se  réali- 
sent-elles tous  les  jours?  Assistons-nous,  en 
un  mot, à  la  formation  de  véritables  étoiles? 
Et  l'on  répondait  :  Ce  qu'il  y  a  de  certain, 
c'est  que  tous  les  états  de  la  matière  nébu- 
leuse indiqués  par  la  théorie  ont  été  révélés 
d'avance  par  1  observation.   La    formation 
incessante  des  étoiles  était  devenue  commç 
un  premier  principe  de  la  science  i|strono- 
mique. 

«  Nous  n'essaierons  pas,  chers  lecteurs, 
de    vous  dire  quel    rôle  extraordinaire  la 
matière  nébuleuse  ou  cosmique  a  joué  dans 
toutes  les  cosmogonies  et  les  cosmographies 
du  XIX*  siècle  ;  avec  quel  bonheur  les  savants 
incrédules,  assez  heureux  pour  avoir  pu  se 
j>asser  de  l'hypothèse  même  de  l'existence 
d'un  Dieu,  se  plongeaient  dans  ses  flancs 
ténébreux,  s'enveloppaient  de  ses  sombres 
Toîles,  pour  y  tailler  des  mondes  de  toute 
forme,  de  toute  espèce,  de  toute  grandeur, 
etc.  Ils  ne  sont  embarrassés  de  rien.  De- 
mandez-leur   tout    ce  que  vous  voudrez, 
TOUS  serez  servi  à  souhait.  Voulez-vous  le 
inonde  planétaire?  écoutez  :  Le  soleil  s'était 
formé  d'abord  au  sein  d'une  nébuleuse  im- 
mense; son  atmosphère,  douée  d'un  mouve- 
ment de  rotation  sur  son  axe,  était  sollicitée 
par  les  forces  générales  de  l'attraction  uni- 
verselle; fa  ma$$ej  maintenue  tabord  à  Vitat 
de  fluide  par  une  chaleur  excessive^  s'est  re- 
froidie dans  la  suite  des   temps...  Le  refroi- 
dissement de  l'atmosphère  solaire,   en  la 
réduisant  successivement  à  des  limites  de 
plus   en  plus /approchées  du  centre,  déter- 
minait dans  toute  la  masse  solaire  une  vi- 
tesse   de  plus  en  plus  considérable...  Les 
molécules  équatoriales,    emportées  par  la 
force  centrifuge,  se  séparaient  de  la  masse 
et  formaient  autour  du  soleil  une  couronne 
annulaire  de  vapeurs...  Le  progrès   du  re- 
froidissement aétAchait  racoemvement  de 


nouvelles  zones  de  vapeur  placées  à  des 
distances  du  soleil  de  plus  en  plus  rappro- 
chées... Si  l'an  admet  donc  que  fatmciphêre 
du  soleil  s'étendait  à  Porigine  à  une  distance 
de  plus  de  662  millions  de  lieues^  la  zone  de 
vapeurs  formée  à  la  limite  de  cette  atmo- 
sphère primitive  correspondra  à  l'orbite 
aUranus...  Une  seconde  zone  correspondra 
è  l'orbite  de  Saturne.,  une  troisième  a  l'or- 
bite de  Jupiter,  etc.  *  • 

«  Le  refroidissement  et  la  contraction  de 
chacune  de  ces  zones  de  vapeur  pourra 
donner  naissance  tour  à  tour  ou  à  un  globe 
unique,  à  une  planète  simple  ;  ou  à  un  globe 
avec  anneau  circulaire  comme  Suturne  ;  ou 
à  un  ^lobe  principal  avec  plusieurs  globes 
satellites,  comme  Jupiter,  Uranus,  etc.,  ou 
même  à  plusieurs  masses  sphéroidiques 
sensiblement  égales,  comme  les  petites  pla- 
nètes, qui  circuleront  autour  du  soleil  à  des 
distances  à  peu  près  les  mêmes  et  avec  des 
vitesses  peu  différentes;  ou  enfin  à  un  globe 
entouré  d'une  atmosphère  comme  Mars  et 
Mercure,  etc.,  etc.  La  lormation  des  comètes, 
des  astéroïdes,  de  la  lumière  zodiacale,  etc., 
etc.,  s'expliquera  sans  plus  de  peine,  et 
nous  arriverons  à  cette  conclusion  grande- 
ment consolante  pour  les  âmes  inquiètes 
que  la  pensée  de  Dieu  importune  :  le  sys- 
tème entier  du  monde  planétaire  a  pu  se 
former  tout  seul  ;  il  a  suffi  pour  le  constituer 
d'un  certain  amas  de  matière  nébuleuse  ou 
cosmiaue,  animé  d'un  mouvement  rapide. 
Et  n'allez  pas  croire  que,  pour  rendre  rai* 
son  de  ce  mouvement,  nous  ayons  besoin 
de  recourir  à  un  premier  moteur. 

«  Laplace  affirme  que  l'attraction  des  corps 
placés  en  dehors  suffit  pour  faire  naître  le 
mouvement  de  rotation  de  la  nébuleuse  so- 
laire. Il  veut  que  trois  masses  inertes,  pla« 
cées  eu  présence  les  unes  des  autres,  s'atti- 
rant proportionnellement  aux  masses  en  rai- 
son inverse  du  carré  de  la  distance,  et  rem- 
plissant  certaines  conditions  de  girandeurs 
relatives,  puissent  se  mettre  en  mouvement 
et  commencer  leurs  révolutions  indéfinies. 

«  Tressaillez  donc  d'allégresse,  chers  lec- 
teurs :  vous  êtes  complètement  émanci- 
pés, il  n*j  a  plus  de  Dieu;  l'existence 
d'un  être  infini,  oi^anisateur  du  monde 
et  premier  moteur  des  globes  oui  rou- 
lent sur  vos  tètes,  loin  d'être  nécessaire, 
n'est  pas  même  probable,  puisque  tout  s'ex- 
plique sans  elle.  La  matière  nébuleuse  éter- 
nelle, et  dont  les  molécules  s'attirent  éter- 
nellement en  raison  inverse  du  carré  de  la 
distance,  suffit  à  tout,  rend  compte  de  tout, 
des  astres  du  firmament,  de  la  terre  qui  vous 
porte,  de  votre  corps,  de  votre  Ame ,  si  vous 
tenez  à  en  avoir  une,  de  votre  être  tout  en- 
tier. 

<  Nous,  regrettons  de  ne  pouvoir  entrer 
dans  de  plus  grands  développements;  mais 
ces  quelques  mots  suffisent  pour  faire  res- 
sortir, dune  part,  l'immense  partie  que  la 
science  moderne,  téméraire  à  Fexcès,  a  tiré 
de  l'existence  apparente,  dans  les  profon- 
deurs du  ciel  des  nébuleuses  et  matières  cos- 
miques; de  Tautre,  .Fimorobabilité,  l'inco* 


Ii'>19 


NEB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


NKB 


m 


hérence,  rimpossibililé  môme,  nous  le  di- 
rons franchement,  de  ces  systèmes  values  et 
insaisissables,  qui  ne  reposent  en  réalité  que 
sur  les  hypothèses  les  plus  gratuites  elles 
plus  inadmissibles  qui  furent  jamais.  Ah  t 
si  nous,  catholiques,  nous  avions  la  folle 
;\etenlion  d'élever  sur  un  si  fragile  écha- 
lauda^e  nos  grandes  théories  religieuses, 
nous  ne  rencontrerions  qu'une  opposition 
invinjible,  du  mépris  et  des  injures.  Nous 
ne  nous  appuyons  que  sur  des  faits  éclatants 
comme  la  mrâière  du  jour,  et  Ton  nous  ac- 
cuse d'une  crédulité  aveugle  1  Nos  adversai- 
res noient  l'imagination  dans  des  flots  de  né* 
l)ulosités  impénétrables,  et  Ton  applaudit,  et 
Ton  s'endort  dans  une  indifférence  lamenta- 
ble! 

a  Faut-il  conclure  de  ce  qui  précède  que 
ces  théories  prétendues  de  la  formation  des 
inondes  par  la  condensation  des  nébuleuses 
sont  formellement  et  directement  opposées 
i  la  foi,  et  tout  h  fait  incompatibles  avec  le 
dogme  chrétien  de  la  création?  Nous  répon- 
drons par  une  distinction  facile.  En  eux- 
mêines  ces  vagues^aperj^us  ne  constituent  en 
aucune  manière  une  impiété  coiutamnabie; 
inais  très-certainement  ils  n'ont  été  mis  en 
avant  par  Laplace  et  son  école  que  pour 
échapper  à  la  pensée  compromettante  d'un 
Dieu  créateur,  ordonnateur,  législateur  et 
juge.  A  cet  égard  ie  doute  n'est  pas  même 
possible  ;  la  trop  fameuse  Théorie  des  proba- 
hilUés  h  laquelle  ie  Système  du  tnonde  servait 
de  préface,  est  la  négation  la  plus  a)>solue  de 
ja  Providence  et  de  la  religion  chi^étienne. 
Aussi  n*est-ce  pas  sans  un  profond  chagrin 
<{ue  nous  voyons  des  écrivains  éminemment 
religieux  se  bercer  à  leur  tour  de  ces  rêves 
grandioses  et  puériles.  Par  exemple,  nous 
ne  relisons  jamais  sans  serrement  de  cœur 
ces  paroles  échappées  à  la  plume  d'un  prêtre 
savant  et  pieux,  M.  i*abbé  Waterkeyn,  pro- 
fesseur de  minéralogie  et  de  géologie  à  l'uni- 
¥ersité  catholique  de  Louvain  : 

«  L^tihustre  Laplace,  qui  a  soumis  avec  tant 
de  succiê  aux  lois  de  la  gravitation  les  mou^ 
vements  tes  plus  compliqués  et  les  plus  trré- 
guliers  en  apparence  de  la  mécanique  céleste^ 
a  proposé  aussi  sur  la  formation  des  mondes 
une  kypothèàe  ingénieuse,  qui  explique  d'une 
maniire  plausible  la  plupart  des  phénomènes 
observés  (737) 

«  Ce  mot  plausible  n*est  pas  seulement 
une  témérité  au  point  de  vue  de  la  logi([ue 
el  même  au  point  de  vue  des  saines  doclri- 
wrsde  la  physique  et  des  mathématiques,  il 
est  une  véritable  faiblesse  que  nous  compre- 
nons, quenousexcusons,  car  nous  avons  nous- 
même  partai^é  quelque  peu  c*>s  illusions  gros- 
sières a  la  fois  et  séduisantes  Plausible!  Mais 
comment  donc  peut-on  concevoir  que  des 
masses  de  fluide  électrique,  libres  et  libre- 
ment suspendues  dans  les  airs ,  aient  pu  se 
maintenir  à  cette  température  élevée  que 

(757)  M.  Gedefroy,  dans  sa  Cosmogonie  de  ta  rêvé- 
lationy  ne  Tante  pas  moins  la  Ihéorie  de  Laplace, 
théorie,  dil-iJ,  page  iQ&,  qui  fournit  une  explication 
si  €Qrjfiit4  de  tous  les  phénomènes  du  monde  ptané- 


présuf)pose    la  formation  laplacienne  des 
mondes?  Hier  encore  nous  faisions  celle 

aueslion  à  l'un  des.adeptes  les  plus  endorcis 
e  cette  école,  meuibre  de  Tfnslitul,  el  n<ju< 
n'avorts  re(;u  aucune  réponse.  Il  ne  nous  se- 
rait pas  diflicile,  il  serait  l>ien  moins diffiiik 
à  M.  Cauchy  d'enlever  au  système  téfflérairt 
de  rorgueilleuse  géométrie  celle  n^m 
ap{)arente  qui  fascine  les  regards  éDloûis. 

«  Exprimons  à  cette  occasion  un  re;ra 
profonu.  M.  Cauchy,  le  plus  aiiûéelle[t'uj 
célèbre  disciple  de  Laplace;  M.  Cauclo,le 
premier  matliémalirien  du  monde,  availieic 
du  ciel  une  grande  mission  :  celle  d'étouir 
sous  des  théories  incontestables,  sousilc^ 
formules  parfaitement  rigoureuses,  souiiii^ 
calculs  pleinement  exacts,  les  révoUesauô- 
cieuses  de  son  maître,  les  ariuuienlsiiili'ft 
et  mensongers  par  lesquels  il  a  osécouiKM- 
tre  Dieu,  sa  providence,  ses  révélalioïKM 
religion  sainte.  Ahl  nous  savons,  moubiiu? 
Cauchy,  la  douleur  qui  remplit  voire  Im 
quand,  chaque  année,  vous  voyez  donn»>r2 
prix  à  l'élève  le  plus  distingué  de  l'Ec'»';' 
Polytechni(}ue  le  Système  du  monde  ellefe^ 
cul  philosophique  des  probabilités,  i1ai>  ï 
n'est  pas  assez  de  celte  douleur  s k^rilt»;  met- 
tez-vous à  l'œuvre,  il  en  est  temps  eQœrt; 
accomplissez  vos  saintes  et  glorieuses  dey 
tinées. 

«  C'est  assez  de  digressions  par  irC| 
savantes.  Revenons  au  grand  fait  que  mî 
voulions  mettre  en  évidence  :  hâlous-uoiis 
de  dire  que  ces  systèmes  à  perte  de  tu» 
sur  la  formation  des  mondes  ne  sont  pb 
probablement  que  des  ruines;  ils.se  S'il 
écroulés  par  la  base  avec  un  granJ  fra- 
cas. Ces  vagues  théories  supposaient  J'>ç 
l'existence  dans  les  cieux  de  véritables  r.-^' 
bulosités,  de  matière  nébuleuse  diffu-e^'- 
lumineuse  h  l'état  élémentaire;  or,  datiM'^ 
cîcux,  il  n'y  a  que  des  étoiles,  des  a?iri^ 
tout  formés,  à  l'état  de  globes  parW^  ■ 
condensés.  Le  nombre  considérable  tltH'i^ 
ges  cosmiques,  dont  le  grana  Herschell  a^Ji' 
opéré  la  décomposition  en  étoiles,  à  la  • 
de  son  télescope  de  W  pieds,  l'avait  oini.; 
i  cette  conclusion  hasardée  alors,  ciriai: 
aujourd'hui,  que  les  nébuleuses  siiRi  ' 
simples  amas  d'étoiles;  qu'il  p'y  a  d'âu'r'^ 
différence  essentielle  entre  les  nébul:' ;• 
les  plus  dissemblables  dans  leur  forme  qu'i^ 
pins  ou  moins  grand  éloigneracnt,(|u-. 
plus  ou  moins  grand  rapprocliemeut  ^-j 
étoiles  composantes.  Par  malheur, Her^''"' 
changea  plus  tard  d'opinion,  el  affirma  î  v 
temenl  qu'il  y  a  des  nébulosités  qui  nés"' 
pas  de  nature  slellaire. 

«  Tout  récemment,  un  illustre  Ani.^^ 
astronome  amateur,  lord  Ross,  a  fait  ^"■'' 
truire  un  télescope  à  réflexion  dedeuît*^"^ 
très  d'ouverture;  c'est  un  i)rogrès  iinuK^a^; 
mais  ce  n'est  pas  encore  le  dernier  w^»' 
la  science  et  de  l'art.  Or,  il  est  araviM^- 

taire.  Parmi    es  savants,  il  n'y  en  apoiiude  «.a» 
naif^   que  les  cosmo|;;onUtes.  ,. 

(Jébas  [de  St-Cutih,/ 


I«M 


NCB 


ET  DE  PALEONTOLOGCE. 


NEB 


10» 


toutes  les  ibis  que  Von  a  dirigé  vers  une  des 
nébuleuses  du  ciel  ce  gigantesque  instru- 
ment, elle  a  changé  complètement  d*aspect, 
et  s'est  si  souvent  transformée  en  un  ensem- 
ble d'étoiles  complètement  distinctes,  qu'il  y 
a  di'sormais  un  million  à  parier  contre  un 
que  le  j  rcmier  jugement  d'Herschell  est 
1  expression  rigoureuse  de  la  vérité  et  la 
confirmation  éclatante  de  celte  affirmation 
des  livrai  saints  :  FecUque  Deu$...  slellas^  et 
poêuit  ea$  tfi  firmamesUo  cali, 

«  Cette  résolution  des  nébuleuses  en  étoi- 
les par  Tadmirable  télescope  de  lord  Ross  a 
été  accompagnée  quelquefois  d'apparences 
merveilleuses.  Ainsi,  la  51'  nébuleuse  de 
llessier  s'est  montrée  formée  d'étoiles  dis- 
posées en  spirale,  dans  un  ordre  vraiment 
mathématique  et  parfaitement  symétrique  ; 
il  en  a  été  de  môme  de  la  99'  nébuleuse  de 
Mesbieretdo  la  60V  d*HerschHl.  La  nébu- 
.euse  planétaire  du  Verseau  2098*  d'Her- 
schell,  semblait  armée  de  deux  anses  ou 
couronnée  d'un  anneau  comparable  à  celui 
de  Saturne;  on  apercevait  quelquefois  un 
centre  brillant  entouré  d'un  annt^au  obscur 
auquel  succédait  un  anneau  brillant,  etc.  : 
ailleurs,  c'étaient  ûes  bandes  alternalive- 
menl  lumineuses  et  sombres;  j>artout  c'était 
un  o-dre  merveilleui,  une  di^i  osition  sy- 
métrique et  parfaitemeni  régulière.  Cali 
cnarrtuU  gloriam  Dei^  et  opéra  manuum  ejus 
annunliat  finnamentum. 

«  M.  Arago,  qui  avait  souvent  dévelop[)é 
dans  ses  incomparables  leçons  d'astronomie 
physique  les  systèmes  par  trop  hardis  d'Her- 
schell  et  de  Laplace,  qui  exposait  avec  tant 
de  complaisance  et  d'amour  cette  théorie 
imadnaire  de  la  formation  des  mondes,  a 
rentiu  lui-môme  les  armes.  Chargé  de  pré- 
senter à  TA  caUémie  des  Sciences  l'opuscule 
dans  lequel  le  savant  directeur  de  Tobserva- 
toire  d'Armagh,  le  docteur  Robinsgn,  ren- 
dait compte  des  brillantes oijservations  qu*on 
avait  faites  ayec  le  télescope  de  lord  Ross, 
M.  Arago  a  reconnu  que  la  résolution  des 
nébuleuses  en  étoiles  était  i  our  lui  un  fait 
démontré,  une  vérité  incontestable.  Bisons 
donc  adieu  à  jamais  à  ces  nébulosités,  der* 
rière  lesquelles  une  vaporeuse  incrédulité 
es^ya  jadis  de  se  carher  pour  échapper  aui 
rayons  si  doux  de  la  pliilosophie  chrétienne 
et  de  la  foi  (738j. 

On  peut  voir  dans  le  journal  Vlnstitut^  n* 
du  30  octobre  18VV,  la  description  du  gigan- 
tesque télescoi)e  de  lord  Ross. 

Dans  le  même  journal  (n'^e^O,  19  novem- 
Lre  iS&o},  on  trouve  le  compte-rendu  sui- 
vant de  quelaues  expériences  faites  à  Taide 
de  ce  merveilleux  instrument. 

n  Sur  la  nébuleuse  23  de  Uerschell  ou  61  du 
catalogue  de  Messier^  ))ar  le  comte  Ross.  — 
Sir  John  ^erschell  dit  a  ce  sujet  qu'il  ne 
Irouve  pas  de  terme  pour  exprimer  à  la  Sec- 
tion les  sentiments  qu'il  a  q^rouvés  en  re- 
voyant cette  vieille  connaissance   sous  1* 

(738)  M.  MoiG?(0,  Vojx  de  la  Vérité,  16  juin  1850. 

(739)  John  fferschell ,  dans  son  frailé  étatlro^ 
nomity  publié  il  y  a  vingt  ans,  aflinnait  qu«  ce  iomi 
0n  ne  taurail  guère  donter^  ce$t  que  la  phi$  grande 


nouvelle  forme  que  lui  donne  le  puissant 
instrument  de  lord  Boss.  11  esquisse  ensuite 
l'aspect  sous  lequel  on  aperçoit  générale- 
ment cette  nébuleuse  qui  est  celle  d'un 
noyau  entouré  par  nne  lumière  nébuleuse, 
en  forme  d*anneau,  aiec  une  courl)e  nébu- 
leuse s'étendant  d'une  partie  de  Tanneau 
jusqu'à  la  partie  opposée.  Celle  forme  lui 
avait  aussitôt  suggéré  l'idée  que  notre  sys- 
tème d'étoiles,  entouré  par  la  voie  lactée,  le 
divisant  en  deux  grandes  bandes,  devait  pré- 
senter le  même  aspect  si  on  l'examinait  à 
une  distance  suffisante.  Aujourd'hui,  celle 
nébuleuse  est  représentée  sous  un  nouvel 
•  aspect  qui  modifie  grandement,  sinon  com- 
plètement, les  premières  impressions.  En 
premier  lieu,  l'examen  sous  le  plus  puissant 
instrument  fait  voir  que  le  noyau  se  résout 
en  étoiles  constituantes,  que  son  télescope 
n'a  pas  été  assez  fort  pour  séparer,  et  il  en 
est  résulté  que  l'apparence  qu'il  avait  prise 
pour  une  seconde  branche  de  l'anneau  était 
un  prolongement  nébuleux  qui  s'étendait  de 
la  principale  nébuleuse  et  servait  h  la  relier 
avec  une  nébuleuse  voisine  plus  petite.  C'est 
pour  lui  un  nouveau  trait  dans  l'histoire  des 
nébuleuses.  L'aspect  général  de  la  nébu- 
leuse, telle  qu'elle  se  présente  aujourd'hui, 
offre  bien  plutôt  les  traits  principaux  de  la 
co(|uille  d'un  escargot  que  celle  d'un  an- 
neau, il  éprouve  un  charme  inexprimable  k 
la  pensée  des  découvertes  qu'il  sera  possi- 
ble de  faire  avec  ce  splendide  télescope,  et 
des  scènes  nouvelles  qu'il  fournira  sans  au- 
cun doute  de  la  grandeur  de  la  création. 

a En  terminant,  lord  Ross  présente 

les  images  de  quelques  nébuleuses  telles 
qu'elles  ont  été  figurées  par  Herschell,  et 
tefles  qu'elles  sont  apparues  dans  le  nouveau 
télescope.  —  Fig.  88  d'Herschell  ou  2  de 
Messier.  Un  grand  nombre  des  étoiles  dans 
lesquelles  celte  nébuleuse  se  réduit  par  le 
télescope  sont  aussi  grandes  que  celles  de 

Sremière  grandeur  à  l'œil  nu.  —  Fig.  81 
'Herschell.  La  nébuleuse  brillante  près  Ç  du 
Taureau,  figurée  par  Herschell  comme  par- 
failemenl  elliptique  et  résoluble,  mais  où  il 
n'a  apparu  aucune  étoile,  est  rue  dans  le 
télescope,  avec  une  ouverture  de  3  pieds, 
comme  un  amas  un  peu  ovale  d'étoiles  avec 
des  files  d'étoiles  oui  en  rayonnent  ;  quel- 
ques-unes de  ces  files  s'étendent  considéra- 
blement de  manière  à  donner  en  quelque 
sorte  l'apparence  d'un  scorpion.  —  Fiç.  29 
td'Herscbell.  La  nébuleuse  annulaire  ne  la 
Lyre  présente  avec  le  télescope  de  3  pieds 
d  ouverture  sept  étoiles  dont  une  triple. 
C'est  un  amas  annulaire  avec  franges  et 
le  noyau  nébuleux  subdivisé.  —  Fig.  20 
d'Herschell.  I^  Dumbellnebula  est  vue  comme 
un  amas  irrégulier  ou  plutôt  comme  deux 
amas  juxtaposés  et  ne  présentant  rien  de  la 
configuration  elliptique  exacte  de  la  fig. 
d'Herschell  (739).  ^ 
Quelques  années  après,  sir  David  Brews- 

partie  d'entre  les  nébuleuses  se  composent  d*étoileg, 
ei  il  n*adniet  que  d^nnc  manière  dulâlative  Pexisleiica 
de  la  matière  phospborescetle.  (Cbqi.  12,  n^iBS.) 


f(ttS 


NEB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


NEB 


m 


ler,  dans  le  discours  inaugural  qu'il  pro- 
nonça lors  de  la  20*  réunion  de  TAssociation 
britannique  pour  ravancement  des  sciences, 
s'exprima  ainsi  en  parlant  des  nébuleuses 
et  des  découvertes  cfe  lord  Ross  : 

«  L'œil  armé  du  télescope  géant  de  lord 
Ross,  nous  avons  pu  reconnaître  la  forme  et 
les  caractères  de  ces  çrands  amas  d'étoiles 

Îui  composent  le  monde  sidéral.  Le  docteur 
obinson  a  montré,  à  la  dernière  réunion, 
Tassociation,  le  dessin  et  la  description  des 
plus  remarquables  des  nébuleuses  résolues 
en  étoiles  par  Je  noble  instrument,  et  c'est 
avec  une  grande  satisfaction  que  je  puis  vous 
annoncer  que,  pendant  l'année  qui  vient  de 
s'écouler,  lord  Ross  et  son  assistant,  M.  Sto- 
ney,  ont  fait  plusieurs  découvertes  impor- 
tantes. 

«  Pouf  quelcrues-unes  des  nébuleuses,  les 
particularités  de  leur  structure  ou  du  mode 
de  distribution  des  étoiles  qui  les  compo- 
sent sont  vraiment  remarquables*,  et  lord 
Ross  a  acquis  la  certitude  cfu  elles  mettent 
en  évidence  des  lois  dynamiques  que  nous 
pouvons  espérer  de  saisir.  L'arrangement 
en  spirale,  si  nettement  prononcé  dans  plu- 
sieurs de  ces  nébuleuses,  se  retrouve  plus 
ou  moins  distinctement  dans  beaucoup  ; 
mais  le  plus  souvent,  pour  me  servir  aes 
expressions  de  lord  Ross,  l'arrangement  de 
la  matière  lumineuse  se  rapproche  plutôt 
d'une  certaine  forme  annulaire,  irrégulière 
et  interrompue,  que  de  la  forme  régulière 
observée  dans  un  très-petit  nombre.  L'opi- 
nion de  Sa  Seigneurie  est  que  ces  nébuleu- 
ses sont  des  systèmes  de  nature  parfaitement 
identiques,  vus  plus  ou  moins  parfaitement, 
et  diversement  placés  par  rapport  à  l'axe 
visuel.  Dans  un  nouvel  examen  des  plus  re- 
marquables de  ces  amas,  lord  Ross  se  pro- 
pose de  les  voir  éclairés  par  la  pleine  lu- 
mière do  son  miroir  de  six  pieds,  non  dimi- 
nuée par  la  réflexion  sur  le  petit  miroir.  En 
adoptant  ainsi  le  mode  d'observation  désigné 
sous  le  nom  de  vue  de  front,  il  découvrira 
sans  doute,  ainsi  qu'il  l'espère ,  plusieurs 
nouvelles'particularilés  propres  à  cers  astres.» 

«  Vous  le  voyez,  il  n'est  plus  du  tout 

2uestion  de  matière  cosmique,  nébulaire, 
lémentaire,  se  transformant  en  mondes,  en 
étoiles,  en  soleils  nouveaux  dans  l'espace. 
Quoi  qu'en  dise  M.  Marcel  de  Serres  (Voy. 
pms  loin),  le  monde  est  fini;  au  moins,  son 
arçument  tiré  des  nébuleuses  soi-disant  en 
voie  de  condensation  et  d'enfantement  de 
nouveaux  mondes,  n'a  plus  aucun  fonde- 
ment. Qu'il  soit  donc  bien  entendu  que  tou- 
tes ces  nébuleuses,  conçues  à  la  manière  de 
La  place  et  de  son  école,  ne  sont  plus  qu'un 
rêve  qui  est  allé  en  rejoindre  tant  d'autres 
auxquels  une  science  orgueilleuse  ou  impie 
avait  réussi  à  donner  un  moment  de  vogue. 
M"*  Sommerville,  dans  son  savant  ou- 
vrage intitulé  :  De  la  connexion  des  sciences 
physiques f  s'exprime  ainsi  •  «  Le  ciel,  lors- 

[740J  p.  445. 

744)  Vranographie,  p.  252. 


Ju'il  est  serein,  offre  à  la  vue  des  multitudes 
e  taches  nébuleuses  qui,  selon  toute  ap[«- 
rence,  sont  des  amas  d'étoiles;  mais  leur 
distance  à  la  terre  est  si  considérable,  que, 
même  avec  le  secours  des  télescopes  les  plus 
parfaits,  on  ne  peut  les  décomposer  (7^0).  > 
&  W.  Herschell  a  reconnu,  ail  Francœur, 
que  ces  nuages  de  vapeur  blamhitre,  qui 
sont  très-communs  au  ciel,  et  qu'on  a  nom- 
més nébuleuses,  ne  sont  que  des  amas  de 
petites  étoiles  qu'il  juge  être  600  fois  pb 
éloifjnées  que  toutes  les  autres;  mais  il  jeu 
a  qui  sont  de  10  à  15  fois  plus  loin  eorâre, 
dont  les  étoiles  restent  invisibles  sous  son 
puissant  télescope  (7^1).  ^  Et  ailleurs  :  «  Il 
est  vraisemblable  que  les  nébuleuses  sont, 

four  la  plupart,  des  groupes  d'étoiles  placés 
un  immense  éloignement  de  nous,  et  doot 
il  suffirait  de  s'approcher  pour  au'ils  présen- 
tassent des  apparences  semblaoles  &  celles 
de  la  voie  lactée.  Les  corps  qui  les  compo- 
sent sont  sans  doute  très-distants  les  uns 
des  autres  dans  les  profondeurs  des  espaces 
célestes,  et  notre  système,  vu  de  ces  astres, 
n'est  lui-même  qu'une  partie  de  nébuleuse 
formée  des  étoiles  voisines  de  notre  so- 
leil {n2).  » 

r^ous-même,  dès  18!h0,  dans  la  première 
édition  de  notre  Nouvenu  traité  des  icieticti 
géologiques f  au  chap.  De  la  Géogénie,  ms 
regardions  les  nébuleuses  comme  vraisem- 
blablement toutes  résolubles  en  étoiles  dis- 
tinctes. 

Nous  avons  vu,  dès  les  premières  lignes 
de  cet  article,  quelle  est  1  opinion  de  tous 
les  astronomes,  suivant  M.  Marcel  de  Serres, 
au  sujet  des  nébuleuses.  Ce  savant  n'en 
admet  pas  moins  leur  existence,  celle  de  la 
matière  cosmique  ou  diffuse,  et  la  formation 
incessante  de  nouveaux  mondes  dans  l'espace 
avec  cette  matière  éthériforme. 

II  vient  de  parler  de  la  distance  qui  nous 
sépare  de  la  61*  étoile  du  Cygne,  distance 
que  la  lumière  ne  pourrait  franchir  en 
moins  de  six  ans,  quoiqu'elle  çarcoore* 
mille  lieues  par  seconde;  il  continue  ainsi: 

u  Cette  étoile  se  déplace  tous  les  ans,  en 
ligne  droite,  de  plus  de  5  secondes.  A  la  dis- 
tance qui  nous  en  sépare,  une  seconde  cor- 
respond au  moins  à  80  millions  de  lieues. 
Tous  les  ans,  la  61*  étoile  du  Cygne  p«r- 
court  au  moins  MO  millions  de  iieues,ei 
cependant  naguère  on  l'appelait  une  étoile 
flxe  (7W). 

«  L'imagination  s'effraye  de  pareils  nom- 
bres ;  et  nous-mêmes  nous  faisons  tous  les 
ans  plus  de  200  millions  de  lieues  autoordu 
soleil.  Quelque  grandes  que  soient  ces  dis- 
tances, elles  ne  sont  rien  en  comparaison  oj 
celles  qui  nous  séparent  des  nébuleuses,  w 
surtout  des  plus  éloignées. 

«  Voyons  ce  qui  en  est  de  leur  ^'^JÇ]^ 
ment.  La  voie  lactée  est  une  lueur  blancn|ire 

«roduite  par  un  nombre  immense  d'^^^"^* 
fais  de  ce  que  certaines  d'entre  elles  om 

(743)  Comptes  rendus  de  VAauiémU  éa  i^^ 
dé,  Pans,  toniMVU,pag.  785,1838. 


iÙiS 


NEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


NEB 


lOK 


une  Ciible  lumière,  iî  ne  ISiat  pàs  en  con- 
clure qu'elles  sont  moins  lumineuses  en 
elles-mêmes  que  les  autres.  Sans  doute  cela 
peut  être  vrai  en  général;  mais  il  est  extrê- 
mement probable  que,  sur  le  nombre/il  s'en 
troufe  aaussi  grandes  que  les  étoiles  de 
première  grandeur  que  nous  connaissons. 
Or,  pour  qu'une  étoile  de  première  grandeur 
ne  nous  apparaisse  que  comme  une  étoile 
de  seizième  grandeur,  telle  que  les  plus  fai- 
bles de  la  voie  lactée,  il  faudrait  que  sa  dis«> 
tance  fût  rendue  environ  200  fois  plus  grande 
qu'elle  ne  l'est  en  réalité  :  alors  sa  lumière 
mettrait  plus  de  1,000  ans  h  arriver  jusqu'à 
nous. 

c  La  distance  est  bien  plus  surprenante 
encore  lorsqu'on  considère  celle  qui  nous 
sépare  des  nébuleuses.  En  effet,  la  voie  lac- 
tée parait,  pour  sa  forme  et  sa  constitution, 
toot  à  fait  de  même  nature  que  ces  nébu- 
leuses :  comme  celles-ci  sont  en  très-grand 
nombre,  il  n'est  pas  déraisonnable  d'ad- 
mettre qu'il  V  en  a  plusieurs  qui  égalent  la 
voie  lactée  en  grandeur  réelle 

«  Si  cette  comparaison  est  juste,  ainsi  que 
tout  porte  à  le  supposer,  il  s'agit  maintenant 
de  savoir  à  quelle  distance  il  faudrait 
reculer  la  voie  lactée  pour  qu'elle  nous  ap- 
parût comme  les  plus  grandes  nébuleuses. 
Le  calcul  prouve  qu'il  faudrait  l'éloigner  à 
115  fois  sa  dislance.  Or,  nous  avons  déjà 
trouvé  cette  distance;  la  lumière  la  franchit 
en  plus  de  1,000  ans.  Il  faudra  donc  bien 
plus  de  100,000  ans  pour  que  la  lumière 
nous  arrive  de  la  nébuleuse  dont  nous 
venons  d'étudier  la  marche. 

^  On  peut  même  doubler  ce  nombre,  en 
considérant  qu'il  est  vraisemblable  que  nous 
sommes  au  milieu  de  la  nébuleuse  appelée 
roie  lactée,  et  que  la  lumière  doit  mettre 
2,000  ans  pour  parcourir  le  diamètre  de 
cette  même  nébuleuse.  Si,  en  partant  de  ces 
faits,  nous  cherchons  à  quelle  distance  il 
serait  nécessaire  d'éloigner  la  voie  lactée 
pour  ne  plus  la  voir  que  sous  un  angle  de 
i-  degré,  qui  est  l'étendue  des  plus  grandes 
nébuleuses,  nous  trouverons  que  cette  dis- 
tance est  égale  à  115  fois  son  diamètre;  c'est- 
à-dire  que  la  lumière  ne  la  parcourt  qu'en 
115  fois  2,000  ans,  ou  230,000  ans.  Tel  est 
donc  l'éloignement  de  plusieurs  des  nébu- 
leuses dont  nous  apercevons  la  lumière. 
C*est  une  conclusion  surprenante,  sans  doute  : 
elle  n'en  est  pas  moins  fondée  sur  des  ana- 
logies bien  admissibles,  et  ne  se  trouve  en 
opposition  avec  aucun  fait  positif  (744). 

«  S'il  n'y  avait  eu  réellement  qu  une  seule 
création,  ou,  pour  mieux  dire,  si  après  la 
création  des  ccirps  célestes  ceux-ci  n'avaient 
l>as  reçu  des  appropriations  particulières  à 
chacun  d'eux,  les  étoiles,  comme  les  nébu- 
leuses, seraient  de  la  même  date  que  l'homme, 
et  n*auraient  pas  plus  de  7,000  ou  7,500  an- 
nées. S'il  en  était  réellement  ainsi,  il  y  aurait 
aujourd'hui  un  grand  nombre  de  nébuleuses 
dont  la  lumière  ne  nous  serait  point  encore 


parvenue,  faute  du  temps  suffisant  pour  arri- 
ver jusqu'à  nous. 

«  Le  nombre  des  nébuleuses  que  nous 
apercevons  est  déjà  extrêmement  consi- 
dérable. Herschell  les  a  divisées  en  trois 
classes;  il  n'en  compte  pas  moins  de  2,300 
parmi  celles  qu'il  appelle  nébuleuses  pto- 

Î rement  dites.  Ce  grand  astronome  rapporte 
cette  dernière  classe  les 'astres  qui  se  for- 
ment tous  les  jours,  par  l'effet  de  la  conden- 
sation de  la  matière  éthérée,  répandue,  à  ce 
qu'il  parait,  en  quantité  immense  dans  les 
espaces  célestes.  Ces  formations  nouvelles 
n'ont  que  des  analogies  plus  ou  moins  éloi- 
gnées avec  les  nébuleuses  de  la  voie  lactée, 
dont  nous  apercevons  la  lumière  malgré  leur 
extrême  éloignement.  Elles  en  ont  encore 
moins  avec  les  aurores  boréales,  les  aéroli- 
thes,  les  étoiles  filantes  et  les  comètes,  quoi- 
que ces  astres,  aux  premières  périodes  de 
leurs  phases,  paraissent  également  résulter 
de  la  condensation  de  la  matière  éthérée. 

«  Si  donc  il  n'y  avait  eu  qu'une  seule 
création,  on  devrait  voir,  chaque  année, 
presoue  chaque  jour,  apparaître  de  nouvelles 
nébuleuses  au  milieu  de  la  voie  lactée.  L'ob- 
servation est  loin  de  confirmer  cette  conti- 
nuelle apparition,  ce  qui  prouve  que  cette 
dernière  supposition  est  tout  à  fait  gratuite. 
Le  nombre  de  ces  nébuleuses  ne  s'accroît 
que  par  la  puissance  des  télescopes  ou  des 
lunettes  que  les  astronomes  emploient  pour 
les  découvrir  au  milieu  de  l'immensité  de 
l'espace. 

«  Du  reste,  si  cette  hypothèse ,  tout  à  fait 
contraire  au  système  d'une  création  primitive 
et  d'une  organisation  postérieure  des  corps 
célestes  qui  en  aurait  été  l'objet,  était  exacte, 
le  spectacle  que  le  ciel  aurait  présenté  aux 

Siremiers  Ages  du  monde ,  à  Adam  et  à  ses 
escendants,  aurait  été  aussi  extraordinaire 
que  singulier.  Le  premier  homme  n'aurait 
pas  vu,  lors  de  sa  venue  sur  la  terre,  une 
seule  étoile  au  ciel  ;  le  soleil,  la  lune  et  les 
planètes  auraient  été  les  seuls  astres  qu'il  y 
aurait  aperçus  et  dont  il  aurait  joui  pendant 
les  premières  six  années.  Au  delà  de  cette 
époque,  les  étoiles  auraient  commencé  à 
apparaître  successivement,  et  dans  un  ordre 
inverse  de  leur  distance  à  la  terre.  La  voie 
lactée  n'aurait  donc  présenté  l'aspect  qu'elle 
offre  actuellement  qu'au  delà  aun  certain 
nombre  de  siècles.  Enfin  aiuourd'hui  encore, 
ainsi  que  nous  l'avons  dqà  fait  observer, 
des  étoiles  et  des  nébuleuses  devraient  se 
montrer  pour  la  première  fois  dans  le  ciel , 
c'est  cependant  ce  que  l'observation  est  loin 
de  connrmer.  Il  faut  l'avouer,  de  pareille.^ 
conséquences  sont  tout  à  fait  inadmissibles  ; 
dès  lors  on  est  en  droit  de  rejeter  la  suppo- 
sition qui  y  a  donné  lieu.  La  création  des 
étoiles  et  des  nébuleuses  a  donc  précédé  la 
création  de  l'homme  actuel  d'un  grand  nom- 
bre de  siècles  ;  toutefois  il  est  impossible  à 
la  science  actuelle  de  les  fixer  et  même  de 
les^  évaluer  d'une  manière  approximative, 


(744)  Foy.  Hebschell,  Trailé  értuironomie, traduit     braire,  IS54,  et  VVranofrapIntàt Fiancoeob,  4'édiL 
p^r  Aogiftin  Conmol,  p.  416;  Paris ,  Paulin,  U-      18i8,  pag.  SOS. 


1027 


NEB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


NEB 


Oo  est  ainsi  amené,  comme  forcément,  à 
cdmeitre  deux  époques  bien  distinctes  dans 
)a  création  :  la  première  ou  la  plus  ancienne 
est  celle  où  l'ensemble  des  corps  célestes  est 
sorti  du  néant  à  la  voix  du  Créateur  ;  la  se- 
conde ,  bien  postérieure,  serait  celle  où  le 
soleil ,  les  planètes ,  et  particulièrement  Ja 
terre,  ont  reçu  leur  organisation  définitive, 
et  sont  parvenus  à  leur  état  actuel. 

t(  Notre  globe  ne  pouvait  en  effet  acquérir 
un  étal  ferme  et  stable,  que  lorsque  ses  rap- 

Sorts  avec  le  reste  de  Tunivers  auraient  été 
éfinitivement  réglés.  II  fallait  môme  que 
les  précédentes  créations  eussent  été  entiè- 
rement accomplies ,  afin  que  la  terre  pût 
recevoir  des  végétaux  et  des  animaux.  Il 
était  même  nécessaire  que  les  climats  fus- 
sent parvenus  à  une  stabilité  assez  grande 
pour  que  l'existence  de  riiommc  ne  fût  pas 
compromise.  Aussi  est-il  arrivé  sur  cette 
terre,  ledernier  entre  les  êtres  vivants  (74o).  » 

Plus  loin,  M.  Marcel  de  Serres  revient  sur 
celle  opinion  singulière  qu'il  se  forme  tous 
les  jours  des  astres  nouveaux  dans  les  espaces 
célestes  et  qu'ils  sont  dus  à  la  condensation 
de  la  matière  étli(*rée. 

«  Les  observations  récentes  d*HersehclI 
sur  les  nébuleuses  donnent  à  cette  théorie, 
dit-il,  le  plus  grand  degré  de  vraisemblance. 
Elles  prouvent  du  moins  que  les  astres  nou- 
veaux dont  la  formation  a  lieu  dans  les  es- 
paces planétaires  sont  dus  à  des  masses 
énormes  de  matières  extrêmement  déliées 
et  subtiles  qui  se  trouvent  aujourd'hui 
même  dans  l'acte  de  leur  coniiensation.  Ce 
grand  astronome  a  remarqué  que  parmi  les 
nébuleuses  il  y  en  avait  plusieurs  dont  les 
particules  gazeuses  commencent  à  se  liqué- 
fier et  deviennent  peu  à  peu  solides  ,  1  éclat 
de  ces  partie  ules  augmentant  à  mesure  uue  la 
lumière  diffuse  perd  de  son  intensité  (7i0).  » 
«  Seulement,  ajoute-t-il  (p.  98),  la  rareté  et 
le  peu  de  densité  de  cette  matière  ren- 
dent ce  travail  extrêmement  lent,  et  bien 
des  siècles  s'écoulent  avanl  qu'il  soit  sen- 
sible pour  nous.  »  On  n'est  point  tenté  de 
le  contester,  quoiaue  Tauteur  prétende  quel- 
ques lignes  plus  liaut  qu  Herschell  ait  re- 
marqué la  liquéfaction  çt  quasi  la  solidifi- 
cation de  certaines  nébuleuses  (T47). 

Passons  à  un  autre  cosmogoniste  non 
moins  téméraire,  non  moins  naïvement  af- 
firmatif.  L'imagination  estsi  à  Taise  au  milieu 
de  cette  science  vaporeuse  et  de  ces  créations 
fantastiuues  qui  la  font  ressembler  aux  rêves 
d'un  malade  en  délire...  velut  œgri  somnia. 

M.  Godefroy,  car  c'est  de  son  livre  que 
nous  voulons  parler,  a  beaucoup  de  peine 
&  s'entendre  avec  M.M.  Laplace,  Arago,  etc. 
Il  n'est  pas  satisfait  de  toutes  leurs  idées  sur 

^7i5)  De  ta  création  de  la  terre,  p.  43  et  siiiv. 

(746|  De  la  création  de  la  terre,  p.  89. 

(717)  €  On  a  cru  pouvoir  déduire  immédialeiDciit 
aobscnraiious  faites  à  différentes  époques,  qu'il 
s>est  opéré  des  changements  effectifs  dans  la  nébu- 
leuse d'Andromède,  puis  dans  celle  du  navire  Argo 
eudans  les  filaments  isolés  qui  appartiennent  à  la 
nébuleuse  d'Orjon  ;  mais  Tinégale  puissance  des 
inctruments  employés  à  ces  diverses  époques,  les 


les  nébulosités  ;  il  modifie ,  il  corrige,  ii 
ajoute,  il  retranche  ;  il  affirme  surtout  'me 
Moïse  parle  mieux  au'eux  tous  (ielauatirç 
du  soleil,  des  nébuleuses,  elc:  et, on.ié- 
finitif,  il  s'en  lire  lui-même  comme  Mleûi 
assisté  à  leur  création,  ou  qu'il  eût  mivî 
main  à  Tœuvre 

«  Dans  la  théorie  dé  M .  Laplace,  le  soleil  -i 
une  énorme  masse  de  feu,  unocéandeiuaii».. 
lumineuse,  un  noj'au  brillant,  un  dol"  i:q 
candescent  environné  June  almospnèrf  (|.:i 
s'étend  ou  peut  s'étendre  jusqu  au  |»oiul  i 
la  force  centrifuge  balance  exactenjcnl  h 
pesanteur  (748). 

a  M.  Laplace  avait  d'abord  attribué  à  quel- 
que catastrophe  subite  et  violente,  » 
prodigieuse  expansion  de  ratraosphère  ^i- 
laire  au  delà  des  orbites  de  toutes  les  [!â. 
nètes:  ce  qui  peut  avoir  eu  lieu,  ùi^ali-li 
alors,  par  des  causes  semblables  à  ccllt  fil 
fit  briller  du  plus  vif  éclat,  peiidant  plutimn 
mois,  la  fameuse  étoile  que  fontit  M  i 
coup,  en  1672,  dans  la  constellation  it  ùf- 
siopée  (749.)  Plus  tard,  pour  des  rais(ins'|ij- 
nous  apprécierons  tout  a  l'heure,  il  n'a  pî-i 
voulu  recourir  à  une  révolution accideniic 
et  iiii.tantanée  ;  il  a  préféré  faire  du  >oIh! 
un  globe  incandescent  qui  augmente  pi- 
çressivement  en  masse  et  en  volume,  w 
tétat  primitif  où  nous  supposons  le  iM,  H 
ressemblait  aux  nébuleuses,  que  le  /c'/«^'j>^ 
dit-il,  nous  montre  composées  d^un  noyau  jh-* 
ou  moins  brillant,  entouré  d'une  nébuM^ 
ui,  en  se  condensant  à  fa  surface  du  floyod, 
e  transforme  en  étoile  ^750j, 

«  11  peut  ne  pas  être  inutile  d'avertir 'pie 
le  télescope  n'a  pas  encore  montré  aui 
astronomes  les  progrès  de  cette (Oii'e:.^- 
tion;  nous  voulons  dire  que  celte  lraD>l"f' 
mation  d'une  nébuleuse  en  étoile  ot  u 
phénomène  dont  les  archives  scienllliii^'^ 
n'ont  encore  fait  aucune  mention.  Il  f<3«» 
bien  dire  aussi  que  ces  étoiles  mHniKw 
que  M.  Lajilace  fait  intervenir  dans  riudrêi 
de  sa  nouvelle  explication,  sont  précisétiiîi' 
les  objets  astronomiques  les  moins  foiinaî 
de  tout  le  ciel  éloîlé,  et  sur  là  nature  .Vr 
quels  les  savants  sont  le  ulus  partagés 

«  Selon  les  uns,  les  étoiles  environijéc  î^ 
nébulosités  seraient  dé  grandes  é('| '^ 
centres  d  autant  de  systèmes  célestes  d'i)::^ 
nature  particulière,  et  leurs  nébulosités  ^^' 
raient  formées  par  la  réunion  d'une  um'ii- 
tude  d'autres  étoiles  trop  petites  pour  êii- 
observées. 

«  Selon  les  autres,  ces  nébuleuses  serai  lî 
entièrement  composées  d'étoiles  aj^g'^^"'^" 
rées  dans  un  espace  resserré,  et  d'un/''' 
intrinsèquement  trop  faible  pour  être  in  ; 
viduellement  aperçues,  mais  dont  la  àch>'-' 

variations  de  notre  almosphère,  el  d'autres  infl:' 
ces  de  nature  opiique,  jetteni  un  doute  ïé^vM'-^^ 
une  partie  de  ces  résnliats ,  quand  on  les  con>jî^''' 
comme  des  termes  de  comparaison  lëfOrti«Mfc'>' 
toire  des  c\en\,  i  {Cosmos,  U  !•%  p.  W.) 
(748)  Expos,  du  syst.  du  monde,  p.  i70el«l 

749(  hid.,  t.  U,  édition  de  i  a»  IV. 

750)  iM«,  p.  410  5«  édition.  I8il. 


?, 


iwsa 


NEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


NEB 


1030 


croîtrait  Ters  te  centre,  parce  que  là  un  plus 
grand  nombre  de  ces  étoites  se  projettent  les 
lanes  sur  les  autres,  et  que,  par  un  effet 
il'optiquer  elles  se  raiiprochent  assez  pour 
que  leurs  lumières  réunies  donnent  Timage 
il  un  point  plus  brillant  qne  le  reste. 

^  Cependant  la  plupart  des  astronomes 
|H?n?:ent  que  ces  astres  problématiques, 
comme  ils  le^  appellent,  sont  dos  étoiles  qui 
se  projettent  sur  des  nébulosités  plus  éloi- 
ffoées,  ou  en  face  desquelles  viennent  s*in- 
terp'jser  des  nébulosités  plus  rapprochées  de 
nous  et  uniquement  éclairées  par  la  lumière 
de  ces  ctoiles.  Dans  leurs  explications,  une 
matière  encore  à  Tétat  naissant,  une  ma* 
tîère  restée  à  son  état  originel ,  une 
matière  cosmique,  diaphane,  non  rayon- 
Djnte,  non  lumineuse  par  eHe-mème,  cons- 
titue la  néiiuiosité  des  étoiles  dites  nébu* 
Ieuses;de  même  qu'une  matière  essentiel* 
leuient  ou  ancidentellement  lumineuse 
con>titue  le  disque  brillant  «le  ces  étoiles, 
comme  elle  constitue  le  disque  lumineux  de 
notre   soleil  et  de  toutes  les  autres  étoiles. 

«  Telle  était  aussi  Topinion  du  grand 
Horsciiell,  qui  expliquait  ra{>parition  en 
177V  et  la  disparition  en  1811  de  lanélmlo- 
silt'  circulaire  de  chacune  des  deux  petites 
étoiles  situées  au  nord  de  la  grande  nébu- 
leuse d'Orion,  par  l'interposition  acciden- 
telle, entre  ces  deux  petites  étoiles  et  la 
terre,  d'une  partie  de  la  matière  cosmique 
etdiai'ihane  constituant  cette  grande  néliu- 
leuse  d'Orion. 

«  Cette  explication  est  d'une  trop  grande 
îroporîance  pour  que  nous  puissions  nous 
diî>penserde  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur 
le  précis  que  donnent  tes  savants  anglaisdes 
merTeilleuses  observations  du  grand  astro- 
nome. 

•  Le  i  mars  177V,  Herschell  observa  l'é- 
toile nébuleuse,  dans  Tépée  d'Orion,  qui 
n'e^t  que  de  quelques  minutes  au  nord  des 
grandes  nébuleuses  ;  il  en  remarqua  en  même 
temps  deux  autres  semblables,  mais  beau- 
coup plus  petites  ;  une  de  chaque  côté  de  la 
grande,  et  à  peu  près  à  la  même  distance. 
£n  1783,  en  examinant  Tétoile  nébuleuse, 
il  trouva  qu'elle  était  faiblement  environnée 
d'une  couronne  circulaire  de  nébulosité 
blanchâtre  qui  la  joignait  à  la  grande  nébu- 
leuse. En  178V,  cet  astronome  commença  à 
>on  H^onner  que  Tétoile  n'était  pas  liée  avec 
la  Déaulosilé  de  cette  grande  nébuleuse 
d't  )rion,  mais  qu'elle  était  semblable  à  celles 
qMÎ  se  trouvent  dispersées  dans  toute  l'éten- 
due des  cieux.  En  1801,  1806  et  1810,  cette 
o;  inion  fut  confirmée  par  le  changement  gra- 
duel quiarriva  danscette  grande  nébuleuse, 
à  laïuelle  appartient  la  nébulosité  qui  en- 
Tironne  cette  étoile;  car  l'intensité  de  la  lu- 
mière près  de  l'étoile  nébuleuse  s'était,  («en- 
dant  ce  temps,  considérablement    réduite, 

I»ar  suite  d'atténuation  ou  de  dispersion  de 
a  matière  nébuleuse,  et  il  paraissait  alors 

(751)  Les  MeneiUes  dêg  cieux.  De  la  diMance  de 
U  nêtwlcuse  dans  la  contlellalioD  d'Orion.  Ouvrage 
traduit  de  "anglais  sar  la  treizième  édition. 


très-évident  que  l'étoile   était  loin  derrière 
cette  matière  nébuleuse^  et  que,  par  cousé- 

3uenl,  la  lumière  la  traversant  se  trouvait 
éviée  et  dispersée»  de  manière  à  produire 
Vapparence  aune  étoile  nébuleuse.  Lorsque 
Herschell  revit  cet  intéressant  objet  en  dé- 
cembre 1810,  il  dirigea  particulièrement  son 
attention  vers  les  deux  petites  étoiles  nébu- 
leuses aux  côtés  de  la  grande,  et  il  trouva 
qu'elles  étaient  parfaitement  dégagées  de 
toute  apparence  nébuleuse.  Ceci  ne  confir- 
ma pas  seulement  son  précédent  soupçon 
sur  la  grande  atténuation  ou  dispersion  do 
la  nébulosité,  m.iis  lui  prouva  aussi  que 
leur  apparence  nébuleuse  première  arail  fti- 
tièremenl  été  produite  par  le  passage  de  leur 
lumière  à  travers  la  matière  nébuleuse  qui 
les  occulta  en  quelque  sorte.  Le  19  jan- 
vier 1811,  il  eut  un  autre  bel  examen  du 
même  objet  dans  un  très-bon  télescope  de 
quarante  pieds;  et  malgré  la  lumière  supé- 
rieure que  cet  instrument  produisait,  il  ne 
put  aperce  voir  aucun  restede  nébulosité  près 
des  deux  petites  étoiles  (751.) 

«  Les  savants  de  notre  France  vont  com- 
pléter celte  explication. 

«  Quand  une  étoile  s'aperçoit  à  iraters  ti» 
orouillardy  etie  parait  être  au  enitrt  tfune 
auréole  lumineuse.  Cette  auréole  se  compose 
d'une  portion  de  brouillard  éclairée  par 
rétoile.  Une  causeanalngue  produisit^  suivant 
rUlustre  astronome^  les  nébulosités  observées 
en  177V  autour  des  trois  étoites  citées  ;  seu^ 
lement  le  brouillard  ordinaire  était  remplacé 
par  une  matière  cosmique^  plus  voisine  de 
nous  que  les  trois  étoiles^  située  cependant 
dans  tes  hautes  régions  au  firmament,  et  en 
liaison  immédiate  avec  la  grande  nébuleuse 
d'Orion.  La  matière  ne  brillait  pas  d'une  /u- 
mière  propre^  puisque  une  certaine  distance 
des  trois  étoiles  on  n'en  voyait  aucune  trac^^ 
Elle  répétait  fortement  vers  notre  eeH  teê 
rayons  stellaires  qui  la  traversaient  sous  des 
incidences  très-peu  éloignées  de  la  perpendi" 
culaire  (752.) 

«  C'est  en  ces  termes  que  M.  Arago  expose 
la  Théorie  d'Herschelly  théorie  qui  explique 
d'une  manière  si  satisfaisante  et  si  ration- 
nelle, la  forme  circulaire  et  l'affaiblissement 
graduel  du  «entre  à  la  circonférence  de  l'au- 
réole lurnineuse  ou  de  la  nébulosité  dont 
paraissent  environnés^  par  un  effet  de  pers« 
pective,  ces  astres  improprement  appelés 
étoiles  nébuleuses. 

«  Cependant  le  même  M.  Arago  déclare  id 
qu'il  n'examinera  pas  s'il  n'aurait  |ias  été 
plus  simple  d'assimiler  les  nébulosités  cir- 
culaires des  trois  étoiles  d'Orion  à  des  at- 
mosphères lumineuses,  d'attribuer  ensuite 
l'affaiblissement  de  ia  f>lus  grande  et  la  dfs- 
parition  des  deux  autres  à  un  mouvement 
de  ces  atmosphères  vers  le  centre  de  chaque 
étoile  (753.)  C'est  que  M.  Arago  a  avancé 
précédemment  qu'il  y  a  peu  de  probabilité 
que,  par  un  effet  de  projection,  une  étoile 

(75i)  Ann.  1842,  p.  413,  44i 
(755)  IM.,  p.  444. 


1031 


DlCnO^AIBE  D£  COSSOGœCIE 


m 


tienne  oecaper  frécisémemi  U  centre  iTtiiie 
néhulo$ité  ronde  ;  ioférant  de  ce  peu  de  pro- 
talité  qu'il  tn'isie  réellement  des  étoiles 
brillantes,  enloarées  de  nébulosités  on  d'at- 
mosphères immenses,  lomineoses  par  elles- 
mêmes  ;  et  que  ces  atmosphères  peuTent,  à 
la  longue,  se  réunir  aux  étoiles  centrales  et 
accroître  leur  éclat.  De  là  aussi  Fannonce 
non  moins  inattendue,  que  le  êoutenir  de  la 
lumière  zodiacale  s'emparera  de  noire  esprit 
comme  un  nouveau  trait  de  ressemblance  entre 
certaines  étoiles  et  notre  soleil  (lôh). 

«  Ici  les  assertions  du  savant  auteur  des 
Notices  n^ont  plus  le  même  caractère  :  s'il 
déclare  encore  qu'il  ne  Toit  rien  dans  les 
obserrations  qui,  de  prime  abord,  puisse 
contrarier  ce  mode  d*esplication,  il  déclare 
aussi  que  la  plus  stricte  réserve  est  un  devoir 
toutes  tes  fois  qu* on  s" éloigne  des  opinions  pro' 
fessées  par  nilustre  astronome  de  Sloug  (755.) 

«  M.  Arago  j)ermettra  donc  que  nous  ex- 
posions les  raisons  qui  nous  empêchent  de 
nou.s  éloigner  des  opinions  professées  par  le 
grand  astronome.  Notre  requête  sera  d'au- 
tant mieux  accueillie  qu*on  ne  saurait  adop- 
ter le  noureau  mode  a  explication,  sans  at- 
tribuer à  Herschell  l'insigne  honneur  d'a- 
Toir,  en  quelque  sorte,  assisté  à  la  nais- 
sance de  deux  étoiles  ;  privilège  tout  spécial 
et  que  nul  autre  habitant  de  notre  planète 
ne  serait  en  droit  de  rerendiquer;  car  nous 
ne  sachions  pas  que  la  science  ait  jamais  eu 
à  enregistrer  d'actes  de  naissance  parmi  les 
étoiles  Ries.  Ce  n'est  pas  que  nous  ne  con- 
naissions bien  la  réponse  qui  nous  serait 
faite,  si  nous  demandions  quelle  est  la  du- 
rée approximative  4*un9  gestation  stellaire. 

«  On  nous  ré[)ondrait  :  ici  il  faudrait 
peui-étre  des  millions  dCannées  ;  là ,  avec 
éCautres  conditioner  des  périodes  beaucoup 
plus  courtes  seraient  suffisantes^  comme  Tap- 
parition  subite  de  l'étoile  nouvelle  de  1572 
semblerait  ^indiquer  (756).  Il  est  vrai  que 
cet  avènement  n  eutqu'unedurée  éphémère; 
car,  dès  le  mois  de  mars  157iik,  f  étoile  nou- 
velle de  H.  Arago  et  de  H.  Laplace  disparut 
complètement.  Il  est  vrai  aussi  que  pareil 
phénomène  avait  déjà  été  observé,  dans  la 
même  réKion  du  ciel,  en  9^5,  puis  en  126&,  et 
que  régalité  des  intervalles  d'apparition  a 
fait  penser  à  tous  les  astronomes  que  ces 
étoiles  temporaires  sont  an  seul  et  même 
astre  dont  la  période  est  de  300  ans.  C'est 
ce  qu'on  aurait  pu  et  c'est  même  ce  qu'on 
aurait  dû  mentionner  ici. 

«  Quoi  qu'il  en  soit,  puisqu'une  étoile  vue 
à  travers  un  brouillard  paraît  être  au  centre 
d'une  auréole  lumineuse,  puisque  cette  au- 
réole lumineuse  se  compose  d'une  por- 
tion de  brouillard  éclairée  par  l'étoile,  puis- 
qu'à  une  certaine  distance  de  l'étoile  on  ne 
voit  plus  aucune  trace  de  cette  prétendue 
auréole  ou  atmosphère  lumineuse,  il  est  de 
toute  évidence  que  la  position  vraie  de  l'é- 
toile relativement  aune  nébulosité  inférieure 
ne  change  rien  à  sa  position  apparente  au 


(754)  Ann.  1842,  p.  406,  407. 

(755)  Ibid.,  p.  444,  445. 


centre  ae  cette  nébulosité,  et'il  est  de  loate 
évidence  aussi  que  la  forme  réelle  de  cette 
nébulosité  ou  de  ce  brouillard  ne  change 
rien  à  cet  effet  de  projection,  ou  à  cette  ap- 

Cirence  d'une  nébuleuse  exactement  circa- 
ire,  dominée  par  une  étoile  centrale.  Pour 
que  cette  étoile  devienne  une  étoile  nébu* 
leuse,  en  d  autres  termes,  pour  que  celte 
étoile  nous  paraisse  environnée  ë  une  ao- 
réole  ou  d*une  atmosphère  Inmineose,  il 
suffit  qu'elle  se  trouve,  par  rapport  à  noos, 
dans  la  ligne  suivant  laquelle  nous  regar- 
dons cette  nébulosité  ;  il  suffit  enfin  que 
cette  étoile  corresponde  è  une  portion  quel- 
conque de  ce  brouillard,  à  une  portion  de  It 
matière  cosmique  et  diaphane  qui  constilce 
cette  nébulosité  ;  et  il  n*est  lias  du  tout  néces- 
saire que  cette  nébulosité  dépende  oeTétoile, 
qu'elle  lasse  corps  avec  elle. 

«  Mais  il.  Arago  pourrait-il  ignorer  qu'il 
est  physiquement  im{iossible  que  lalamière 
zodiacale  dépende  du  soleil,  qu'elle  iasse 
corps  avec  le  soleil  ?  M.  Arago  ignorerait-il 
qu*i!  serait  absurde  de  supposer  qiie  cette 
zone  de  molécules  volatiles  pût,  à  la  lon- 
gue, se  réunir  à  notre  étoile  centrale  et 
accroître  son  éclat  ?  non,  car  il  nous  dira  eo 
1^  :  Qaant  à  la  lumière  zodiacale,  ctttt 
pierre  d'achoppement  contre  laqiuUe  tant  dt 
rêveries  ont  été  se  briser,  elle  se  compose  d« 
parties  les  plus  volatiles  de  la  néfytleuse  pri' 
mt/ire.  L'existence  de  cette  matière  «x/reiw- 
ment  rare,  dans  la  région  gu^occupe  la  terre 
et  même  seulement  dans  celle  de  YénuSy  lefR- 
blait  inconciliable  avec  les  lois  de  la  méeani' 
que  ;  mais  c'était  lorsauCf  en  mettant  par  h 
pensée^  la  matière  zodiacale  dans  U  dépen' 
dance  immédiate  et  intime  de  la  photosphir^ 
solaire  proprement  dite,  on  lui  imprimait  m 
mouvement  angulaire  de  rotation  égal  à  (dui 
de  cette  photosphère  (757  j. 

«  Comment  donc  H.  Arago  a-t-il  pu,  en 
1842,  nous  présenter  cette  même  ctisieoce 
comme  une  preuve  de  la  liaison  de  Tétoile  et 
de  la  nébulosité  ;  comme  une  preuve  de  la 
dépendance  immédiate  et  intime  de  la  ph^ 
tosphèro  stellaire  et  de  la  nébulosité  eori- 
ronnante;  comme  une  preuve  de  la  po^^^i' 
bilité  de  la  réunion  des  atmosphères  nébu- 
leuses aux  étoiles  centrales,  et  de  Taccrois- 
sement  de  ces  étoiles  en  éclat?  C'est  une  des 
questions  que  nous  n'entreprendrons  pas  de 
résoudre. 

«  Il  serait  beaucoup  trop  long  et  il  serait 
inutile,  d'ailleurs,  de  présenter  une  analyse 
des  véritables  nébuleuses,  de  ces  objets  si 
nombreux  et  si  variés  que  l'on  coropreiHi 
sous  la  dénomination  commune  de  nébu- 
leuses. On  sait  qu'en  général  le  trait  carac- 
téristique des  vraies  nébuleuses  est  une 
lumière  faible  et  douteuse,  à  contours  pl"^ 
ou  tnioins  réguliers,  dominant  ou  environ- 
nant de  grands  espaces  obscurs.  La  lumi^'^ 
ne  devient  certaine,  uniforme  et  bien  Iran: 
chée  que  dans  les  couches  nébuleuses  qui 
approcneni  de  la  forme  sphérique  ou  ^W 

(•756)  Ann.  4842,  p.  43S. 
(757)  Ann.  1844,  p.  355. 


I<I3S 


ET  Ue  PALEONTOLOGIE. 


HEB 


iOSi 


tique.  Mais  alors,  au  lien  tVun  «ayou  plu$ 
au  moins  brillant ,  entouré  d'une  nébulosité 
fuf,  en  se  condensant  a  la  surface  du  noj^aUf 
h  transforme  en  étoile^  elles  nous  offrent  le 
spectacle  merveilleux  d*uoe  lumière  nette, 
parfaitement  uniforme ,  et  tout  entière  ré- 
pandue ft  la  surface  de  la  nébulosité;  et 
lumière  pourtant  encore  bien  inférieure 
è  celle  des  étoiles ,  quoique  leur  Tolume 
soit  incomparablement  plus  développé.  Ce 
sont  les  nébuleuses  planétaires^  ainsi  nom- 
mées à  cause  de  leur  ressemblance  avec  les 
planètes ,  quant  à  la  régularité  de  leur  forme 
et  à  la  grandeur  de  leur  diamètre  appa- 
rent. 

«  Ces  globes  qu^Herschell  a  placés  au 
premier  rang  parmi  les  nébuleuses  propre- 
ment  dites ,  ces  sphères  immenses  qui  ont 
offert  à  l'admiration  des  astronomes  le  phé- 
nomène inattendu  d'une  lumière  toute  su- 
I>erticielie»  longtemps  avant  que  des  opéra- 
tions d*Hn  autre  genre  eussent  révélé  aux 
physiciens  que  la  nature  a  travaillé  tous  les 
soleils  sur  le  même  plan ,  M.  Laplace  les  a 
rejetées  parce  qu'elles  ne  répondaient  ni  à 
sa  manière  de  voir  sur  la  structure  ori^^inelle 
de  notre  momie  planétaire ,  ni  à  l'opinion 
qn*il  s'était  faite  sur  la  constitution  physi- 
que du  soleil.  Produisons»  sans  plus  tarder, 
la  description  que  nous  font  les  astronomes 
de  cette  merveille,  la  plus  sit^niQcative  sans 
doute  en :re  tontes  les  merveilles  des  cieux 
étoiles,  et  dont  pourtant  M.Laplace  ne  nous 
parle  que  pour  nous  dire  que  quelquefois  la 
matière  nébuleuse  ^  en  se  condensant  tune 
manière  uniforme^  produit  les  nébuleuses  que 
*on  nomme  planétaires  (liS).  C'est  au  fils  et 
au  digne  successeur  du  grand  Herscbeli  que 
nous  nous  adresserons ,  comme  au  juge  le 
plus  compétent  dans  la  matière. 

m  Les  nébuleuses  planétaires  sont  des  objets 
tris^étranges.  Elles  ont^  comme  leur  nom 
FindSouCf  une  exacte  ressemblance  arec  les 
planètes  :  ce  sont  des  disques  ronds  ou  léger e- 
m^nt  orales ,  quelquefois  nettement  terminés  , 
ibsns  (Tautres  cas  un  peu  brumeux  vers  leurs 
bords.  La  lumière  esi  parfaitement  uniforme 
ou  très'peu  nuancée^  et  parfois  elle  approché 
pour  Cédât  de  celle  des  planètes  véritables^ 
Ces  objets^  quelle  quen  puisse  être  la  nature^ 
atteignent  des  dimensions  énormes.  Vn  éf  entre 
euXf  dont  le  diamètre  apparent  est  d'environ 
20  secondes^  se  voit  sur  le  parallèle  de  a  du 
Verseau ,  à  peu  près  5  minutes  en  avant  de 
rétoile.  En  admettant  quUls  soient  à  la  même 
distance  de  nous  que  les  étoiles^  leur  diamètre 
réel  serait  au  moins  éaal  à  Vorbite  dUranus. 
Au  cas  que  F  on  veuille  les  regarder  comme 
des  corps  solides  de  la  nature  du  soleil^  Un* est 
pas  moins  évident  que  Féclat  intrinsèque  de 
leurs  surfaces  doit  être  infiniment  inférieur  à 
celui  de  cet  astre.  Si  le  soleil  était  reculé  à 
une  distance  telle  que  son  d  amètre  apparent 
fût  de  ^  secondes,  il  donnerait  une  lumière 
égale  à  celle  de  cent  pleines  lunes:  tandis  aue 
les  objets  dont  il  s'agit  sont  tout  au  plus  dis* 


cernables  à  Vttil  mi.  Vuniformité  de  leur 
disque^  et  le  défaut  de  concentration  centrale 
apparente  doivent  nous  fa  re  conjecturer  que 
leur  lumière  est  purement  su|  erlirielle,  com^ 
me  serait  celle  dune  étale  sphérique.  La  ta* 
vite  existentielle  effectivement  ^  ou  est -elle 
remplie  par  une  matière  solide  ou  gazeuse  Y 
A  cet  effets  le  champ  est  ouvert  aux  conjec- 
tures  CioS). 

€  11  n  est  pas  un  physicien  qui  ne  demeure» 
convaincu  aue  Texistenre  d'une  lavité  aiL^^si 
immense  répugne  h  toutes  les  lois  de  la  sta- 
tique et  de  la  dynamique.  Iji  forme  s.  h<  ri 
que  ou  elliptique  d'ailleurs  indique  claire- 
ment la  présence  d'un  lien  général,  o'un 
centre  d  attraction.  Nécessairement  une 
sphère  lumineuse  d'un  diamètre  aussi  c^  n- 
sidérable  est  remplie  larune  matière  flui.ie 
ou  gazeuse,  plus  ou  moins  condensée  dans 
toute  sa  ca.  acilé,  mais  toujours  d'une  ucn- 
sité  croi^antede  la  surface  au  centre  o'allrac- 
tion  ;  car  la  solidité  ne  convient  pas  plus  que 
le  vide  à  un  gloiie  d'une  extcnâon  aussi 
prodigieuse. 

•  Celte  merveilleuse  découverte  offre  k 
nos  regards  étonnés  un  |)oint  de  vue  aussi 
vaste  que  sublime  ,  dans  la  coiitemplalioD 
des  analogies  manifestes  que  pré^entent 
les  nébuleuses  planétaires  avec  la  structura 
de  notre  soleil.  LoR>que  nous  interrogerons 
nos  astronomes  et  nos  physiciens  sur  la  na- 
ture intime  de  cet  astre,  nous  apprendrons 
que  sa  constituiton  phvsiquc  n'est  pas  diffé* 
rente  de  celle  des  nébuleuses  planétaires  ; 
nous  apprendrons  une  la  lumière  du  soleil 
est  toute  superOcielie,  comme  celle  des  né- 
buleuses ;  qu'elle  a  son  siège  à  la  surfiice 
extérieure  de  son  atmosphère  ;  aifuiie  at- 
mosphère sombre  et  obscure  s^ir.terpose 
entre  l'enveloppe  lumineu^eque  nous  voyons 
et  le  globe  invisible  du  soleil,  et  que  le  so- 
leil n  a  point  d  atmosphère  au  delà  de  cette 
enveloppe  lumineuse.  Nous  saurons  ainsi 
d'une  science  humaine  ce  que  nous  savions 
d'une  science  divine,  longtemps  avant  qu^l 

f^  eût  des  astronomes  et  des  physiciens  ;  aua 
e  soleil  n'a  point  de  rang  de  primordialilé 
dans  le  champ  de  la  création  ;  que  ce  n*est 
point  à  la  condensation  de  l'atmosphère  da 
soleil  que  nous  devons  attribuer  la  forma- 
tion de  la  terre  et  des  planètes.  Nous  sau- 
rons ainsi  que  c'est  au  système  de  Mo'ise  » 
c'est-à-dire  au  récit  de  la  création,  (]u'il 
faut  revenir,  fi  on  veut  remonier  à  lori^ 
gine  de  la  terre  et  du  soleil,  et  de  tout  ce 
qu'il  y  a  de  commun  entre  ces  deux  corps 
et  les  autres  globes  planétaires. 

«  Comme  Moïse  ici  fait  bonne  figure  au  mf- 
lieu  de  toutes  ces  hypothèses  de  nos  astro- 
nomes sur  la  n;:turedu  soleil,  hypottièses  les 
plus  incertaines  et  qui  demain  seront  rem- 
placées par  d'autres  qui  n'auront  pas  plus 
de  valeur  I 

«  La  structure  des  nébuleuses,  dites  pla- 
nétaires, offre  tantdejKiints  de  resseiiiblance 
avec  le  plan  ma^^nifique  dessiné  par  l'auteur 


FCTffflf 


m  <f  si .  dsL  mondCf  p.  39S.  (759)  Trotta  dastronomie.^r  sir  John  Bebscull» 

tradui;  de  ranglais,  par  Coumot,  p.  478  et  479. 

DicnoHH.  i>B  CosvoeoHiB  sr  m  PALioirroLOG».  38 


MS 


MEB 


r^ICTIONNAIHE  DE  COSMOGONIE 


iHFA 


m 


de  \b  Génise ,  et  la  théorie  de  M.  Laplace 
Iburiiit  une  expiicalion  si  complète  de  tous 
les  phénomènes  du  monde  planétaire ,  que, 
pour  résoudre  le  grand  problème  cosmoffo* 
nique  qui  a  occupé  les  savants  de  tous  les 
siècles,  ii  n'est  plus  besoin  aujourd'hui  que 
d'apporter  à  cette  ingénieuse  théorie  les 
modifications  que  réclament  décidément  les 
importantes(Jécouverlesdenosastronomes,et 
les  expériences  non  moins  décisives  de  nos 
physiciens.  Or  ces  révélations  de  la  science 
numaine  sur  la  structure  des  nébuleuses,  et 
sur  la  constitution  physique  du  soleil  et  la 
nature  de  sa  lumière/ne  déposent  si  haute- 
ment contre  le  fait  invoqué  par  M.  Laplace  , 
que  pour  proclamer  avec  plus  de  force  la 
vérité  du  récit  historique,  et  sanctionner  ce 
récit  dans  tout  ce  qu'il  a  de  plus  mystérieux 
•t  de  plus  incompréhensible. 

^  Le  ciel  et  la  terre,  créés  à  l'état  de  mo- 
lécules élémentaires,  ne  formaient  encore 
au'une  seule  et  même  immensité  d'une  flui- 
ité  absolue,  et  déjà  aux  ténèbres  univer-. 
selles  qui  régnaient  sur  le  grand  tout  de  la 
création  avait  succédé  la  lumière,  premier 
produit  de  la  condensation,  quand  une  con- 
densation ultérieure  vint  diviser  cet  abîme 
unique  en  une  infinité  d'abîmes  distincts  et 
séparés.  Cependant  cette  grande  division 
n'élait  encore  que  le  commencement  de 
Texéculion  de  cette  parole  de  l'Ordonnateur 
des  cieux  :  Que  ta  condensation  centrale  se* 
pare  les  eaux  d'avec  tes  eaux.  Notre  univers 
du  notre  ciel,  cette  fraction  de  lunité  de  la 
création,  fraction  tout  h  la  fois  immense  et 
insignifiante  que  nous  appelons  notre  sys- 
tème solaire,  composait  entore  un  tout  plus 
ou  moins  semblable  au  grand  tout  dont  il 
venait  d'être  sc^paré,  fraction,  par  consé-* 
quenl,  qui   s'arrondissait,  en  même  temps 

?ne  rinlensilé  de  son  auréole  luminense, 
manée  de  la  lumière  primitive,  augmen* 
t«lt  ince:?sammenl  en  raison  des  progrès  de 
l'î  condensation  de  la  masse  centrale. 

«  En  présence  de  ce  premier  aperçu  cos- 
ttîogonique,  la  science  déclare  que  les  con- 
fi-rurations  des  lrès-^,raniles  nébuleuses  dif- 
fuses n'ont  rien  de  régulier;  que  toutes  les 
fl^^ures  qu'afFeclent  les  nuages  de  notre  at- 
îTîos[)hère  se  retrouvent  dans  le  firmament 
:îes  nébuleuses  ditluses;  que  la  régularité 
des  formes  et  des  contours  n'apparaît  ciue 
dans  les  petites  nébuleuses,  qu'on  considère 
comme  ayant  appartenu,  dans  l'origine,  à 
nneou  plusieurs  ^raniies  nébuleuses,  ainsi 
transformées  en  nébuleuses  distinctes  et  in- 
dépendantes ;  que  quelquefois  il  existe  entre 
deux  de  ces  petit  s  nébuleuses,  alors  à  for-- 
mes  arrondies^  bien  distinctes^  bien  circons-' 
exiles^  un  tres-mnce  ptet  de  nébulosité  qui 
rattache  leurs  circonférences, Qn  dirait,  ajoule- 
t-eile,  en  signalant  cette  circonstance  comme 
três'digne  d'attention^  on  dirait  une  sorte 
d'indice ,  de  témoin  visible  de  leur  origine 
commune  (760). 

(7G0)  Ann,  1842,  p.  426,  427. 
(761)  .1  im.  184:2.  p.  411.  441, 
(7C2)  Ibid.,  p.  441. 


«  D*un  autre  côté  »  la  science  déclare  qu« 
«  la  matière  nébuleuse  ,  en  se  condensant 
«  d'une  manière  uniforme,  produit  les  nébo- 
c  leuses  planétaires;  »  et  elle  coo^^tatcqueila 
€  lumière  de  ces  nébuleuses  est  pureioent 
«  superficielle ,  comme  serait  celle  d'une 
«  écale  sphérique  creuse,  n 

«  C'est-à-dire  que  'la  science  déclare  el 
constate  que  les  opérations  de  la  Sa^ei^se 
créatrice,  dans  la  préparation  des  cieux,  ^ 
sont  passées  de  la  manière  et  dans  lorjrs 
décrits  dans  nos  livres  saints. 

«  Mais  Toici  que*  tout  à  coup,  un  homme 
delà  science  émet  le  soupçon  que,  tproti 
«  les  nébuleuses  planétaires,  plusieurs  do 
«  viendraien  Ides  étoiles  nébuleuse  si  nous 
«  en  étions  plus  près.  » 

«  Je  ne  sais,  continue  M.  Arago,  car  c'est 
M«  Arago  qui  émet  ce  soupçon,  je  tu  mù, 
mais  il  me  semble  que  toutes  ces  suppotiim 
pourraient  être  évitées  en  admettant  que  ca 
nébuleuses  planétaires  sont  des  étoiles  nélm' 
leuses  assez  éloignées  de  la  terre  pour  que  té* 
toile  centrale  ne  prédomine  plus  parsonétlat 
$ur  la  lueur  dont  elle  est  entourée  (761). 

«  Voyons  quelles  sont  ces  suppositions 
que  M.  Arago  voudrait  éviter?  Produisons 
toutes  ces  suppositions. 

<<  Pour  expliq}$€r  comment  Véclat  des  dM« 
ques  planétaires  nébuleux  n'est  guère  plus  fort 
au  centre  que  sur  les  bordsj  il  faut  admtttrt 
que  la  lumière  ne  provient  pas  detoutehprih 
fondeur  de  la  nébuleuse  :  il  faut  réduire  U 
rayonnement  à  être  purement  superficiel  [M]' 

<f  Mais,  précisément,  c'est  ce  qui  est  admis 
par  la  science,  et  par  la  science  la  plus  cooi- 
pétenle;  et,  précisément  encore,  c'est  ainsi 
qu'il  arrive  que  la  lumière,  pareiliemenl pa- 
rement superficielle  de  notre  soleil,  n'est  pas 
pi  us. for  te  au  centre  que  vers  les  bords. 

«  M.  Arago  répète  son  objection  lUM 
accorder,  en  d'autres  termes,  qu  arrivée  à  uae 
certaine  densité,  la  matière  diffuse,  laiteMit^ 
comme  on  voudra  Vappeler^  cesse  d^éire  dia- 
phane (763). 

«  Où  est  donc  la  difficulté?  M.  Ara?)  lui- 
même  ne  nous  avertit-il  pas  du  dang^rquii 
y  aurait  à  tirer  des  conséquences  tropabsuktf 
des  évolutions  de  la  matière  diffuse,  des  for' 
mes  diverses  qu'elle  peut  affecter  en  ^'ojî'^ 
mérant  ?  Ne  déclare-t-il  pas  que /ouf  nousatt- 
torise  à  penser  aue  les  molécules  laiteuses  sont 
soumises,  dans  les  vastes  régions  de  Vespace* 
à  des  formes  dont  nous  n'avons  aucunt 
idée  (m). 

«  Ces  suppositions ,  car  ce  sont  là  touies 
les  suppositions  que  M.  Arago  voudrait  '^i* 
ter,  ces  deux  suppositions,  qui  en  déiinil  ^^ 
se  réduisent  à  une  seule,  doiTenl-ellas  ^^^ 
déterminer  à  nous  écarter,  sur  ce  point  uni- 
que, de  rorthodoîie  scientifique? 

«  Les  étoiles  dites  nébuleuses  sont  eit^^^f- 
ment  circulaires.  C'est  là  un  fait  constate*» 
indépendant  de  toute  théorie.  Mais  les  né- 
buleuses planétaires  ne  sont  pas  parfaiicfflî» 

(763)  Ibid.,  p.  441.  ' 

(764)  Ibid.,  p.  441, 442, 


1637 


!fEB 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


NEB 


f038 


rondes,  elles  ne  sont  pas  eiactement  circu- 
laires. Généralement,  leur  disque  est  légère- 
ment ovale.  Sur  lés  dix  nébuleuses  planétai- 
res découvertes  par  Hcrschell,  sept  son  ma- 
nifestement un  peu  elliptiques,  ré>ullât  in- 
contestable du  mouvement  de  rotation  de 
CCS  sphères  immenses.  Ces  nébuleuses  se- 
raient-elles condamnées  à  perdre  leur  forme 
elliptique,  c'est-à-dire  leur  mourement  de 
rotation,  dans  leur  passage  à  Tétat  d*étoiIes 
nébuleuses?... 

«  En  exprimant  sa  propre  conviction  sur 
fa  lumière  toute  superficielle  des  nébuleuses 
planétaires,  le  savant  astronome  anglais,  le 
31s  du  grand  Herschell,  n*a^fait  que  repro- 
Juire  la  conviction  de  son  illustre  père  et 
:elle  des  plus  habiles  observateurs.  Dans  sa 
^jettre  écrite  du  cap  de  Bonne-Espérance  à 
tf.  Quételet,  en  date  du  8  juin  1837,  et  insé- 
rée dans  le  Bulletin  de  F  Académie  de  Bruxel- 
'es^  le  célèbre  astronome  a  donné  Tiscension 
Jroite  et  la  déclinaison  de  13  nébuleuses 
planétaires  par  lui  découvertes  dans  Tautre 
bémisphère.  Parmi  ces  nébuleuses^  toutes^ 
Jil-il ,  décidément  planétaires^  deux  ou  trois 
ressemblent  tellement  à  des  planètes^  quelles 
tromperaient  même  un  observateur  exercé^ 
i  gui  on  les  montrerait  comme  telles. 

«  Combien  il  j  a  loin  de  Faspect  de  nos 
planètes  à  forme  pareillement  un  peu  ellipti^ 
jue^  engendrée  par  le  mouvement  de  rota- 
lion,  à  celui  de  ces  étoiles  qu*on  désigne 
$ous  le  nom  d'étoiles  nébuleuses?  Car  ces 
nébuleuses,  si  improprement  appelées  étoi- 
les nébuleuses,  n  offrent  pas  seulement  une 
forme  exactement  ronde  ou  circulaire;  elles 
présentent  encore  Tapparence  d'une  lumière 
dont  ré  Jat  va  croissant  de  la  circonférence 
au  point  central,  où  Tintensité  de  la  lumière 
devient  tout  à  coup  considérable.  Les  nébu- 
leuses planétaires,  au  contraire,  ont  une  lu- 
mière parfaitement  uniforme,  également  ré- 
partie sur  tous  les  points  de  Jeur  surface 
▼isible. 

«  H.  Herschell  ne  dit  pas  assez  quand  il 
assigne  aux  nébuleuses  planétaires  un  dia- 
mètre égal  à  celui  de  l'orbite  dX-rauus.  La 
parallaxe  annuelle  des  étoiles  ne  nous  per- 
met guère  de  douter  que  leurs  dimensions 
rectiiignes  ne  soient  au  moins  dix  fois  plus 

{grandes  encore.  Le  diamètre  de  ces  nébu- 
euses  serait  déjà  au  muius  égal  à  celui  de 
l'orbite  d'Uranus,  si  la  parallaxe  annuelle  des 
étoiles,  parmi  lesquelles  elles  se  trouvent, 
était  d'une,  seconde.  Mais  il  y  a  tout  lieu  de 
croire  que,  pour  le  plus  grand  nombre  de 
nos  étoile»,  cette  parallaxe  n'est  pas  même 
d'uR  dixième  de  seconde.  H.  Bessel  a  trouvé 
0"3l36  pour  la  parallaxe  annuelle  de  la  60' 
étoibde  la  constellationduCygne.Cette  étoile, 
qui  aun  mouvement  propre  annuel  de  plus  de 
cinq  secondes,  tandis  que  ce  mouvement  est 
à  peine  d'unt  seconde  pour  la  plu^tart  des 
étoiles  observées,  se  présente  naturellement 
comme  étant  beaucoup  plus  rapprochée  de 
nous  que  toutes  les  autres.       • 

c  Or,  parmi  les  nébideusesolaoétairea  dé- 

(765)  ilJiii.  ISIS,  p.  441. 


couvertes  par  les  astronomes  anglais,  il  s'en 
trouve  dont  le  diamètre  soutend  un  an^le  de  ; 
60Seeondes,etdont,par  conséquent,  la  sur^ 
face  visible  est  éloignée  du  centre  de  plus 
de  15  fois  la  distance  d'Uranus  au  soleil  ([)rès 
de  300  fois  la  distance  du  soleil  à  la  terre). 
Nous  ne  demanderons  pas  comment  de  la  lu- 
mière réfléchie,  partie  d'un  point  ce  tral 
aussi  éloigné,  pourrait  nous  atteindre  à  l'é- 
norme distance  où  nous  sommes  de  ces  né- 
buleuses. Mais  il  nous  sera  permis  ci'èird 
plus  que  surpris  que  l'éclat  de  ces  sphères 
immenses  ne  soit  pas  plus  fort  au  centre  que 
vers  les  bords. 

«  On  objecte  aujourd'hui  qu'il  faut  admet- 
tre que  la  lumière  ne  provient  pas  de  toute 
la  profondeur  de  la  nébuleuse.  Sans  cela^ 
fait-on  observer,  son  intensité  augmenterait 
avec  le  nombre  de  particules  matérielles  et 
rayonnantes  contenues  dans  la  direction  dt 
clMque  rayon  visuel  (765).  Mais  c>sl  précisé- 
ment parce  que  cette  intensité  n'augmente 
pas  avec  le  nombre  de  ces  particules,  qu'il 
demeure  constaté,  en  faveur  de  notre  thèse, 
que  la  lumière  des  nébuleuses  est  toute  su- 
perficielle. 

«  Puisque  les  parties  des  rayons  visuels  qui 
sont  comprises  dans  une  sphère  vont  en  aug^ 
mentant  de  grandeur  en  allant  du  bord  au 
cffi/re,et  donnent  ainsi  la  mesure  de  Vinten-- 
site  lumineuse  de  toutes  les  parties  de  la  né-r 
buleusCf  depuis  le  bord  jusquau  centre  (7G6). 
Il  est  indubitable  que  des  sphères  dont  Té- 
clat  lumineux  est  uniforme  dans  toutes  les 
parties  de  la  surface  visible  n*ont  rien  de 
commun  avec  des  sphères  qui  ne  seraient 
que  des  agglomérations  d'une  matière  phos* 
phorescenle,  et  encore  moins  avec  des  agglo- 
mérations à  étoile  centrale. 

«  On  objecte  qu*il  faut  accorder  qu'arrivée 
à  une  certaine  densité,  la  matière  difi'use  ou 
élémentaire  cesse  d'être  diaphane,  quelle 
devient  opaque.  Nous  ne  voyons  pas  bien 
sur  quoi  porte  l'objection.  Opaque  ou  dia- 
phane, solide  ou  gazeuse,  la  matière  inté- 
rieure de  ces  globes  célestes  n'a  aucune  ac- 
tion sur  la  nature  de  l'enveloppe  lumineuse, 
et  l'état  de  cette  matiîre  ne  peut  avoir  de 
corrélation  qu*avec  Tintensité  de  cette  enve- 
loppe sidérale.  Mais  n'accorde-t-on  (^s  à 
M.  Laplace  que  c'est  aux  dépens  d'une  ma- 
tière diffuse  ou  élémentaire  uui  composait 
la  nébuleuse  solaire  qu'ont  été  formés  tous 
les  corps  opaques  du  système  planétaire? 
Mais  le  globe  central  du  soleil,  ce  globe  ob- 
scur, ce  noyau  opaque^  qu'une  atmosphère 
semblable  à  l'atmosphère  de  nos  planètes 
tient  éloigné  de  sa  photosphère  ou  de  son 
enveloppe  sidérale,  u*a-t-il  pas  lui-même  été 
formé  aux  dépens  de  cette  même  nébulosité? 
Ne  laut'il  pas  accorder  que  la  matière  difi'use 
ou  élémentaire  qui  constitue  ce  noyau,  a 
cessé  d'être  diaphane,  qu'elle  est  devenue 
opaque? 

«  Celte  conséquence  est  nécessaire ,  elle 
est  inévitable,  soit  qu'on  considère  la  terre 
elles  autre  planâtes  comme  ayant  pris  aaia* 

(766)  Ann.  IS42,  o.  421. 


1059 


NEB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


NEB 


iOM 


s  Mnrm  au  sein  d'une  sphère  circonscrite  par 
une  enveloppe  lumineuse*  soit  au*on  veuile 
former  tous  ces  corps  opaques  de  la  substance 
d'une  nébuleuse  qui  aurait  enveloppé  Tétoile 
préexistante  ou  primitive.  Dans  Tune,  comme 
dans  Tautre  hypothèse,  il  faut  accorder  que 
la  matière  élémentaire,  arrivée  è  une  cer- 
taine densité,  devient  une  matière  opaque  : 
t7  faut  accordety  en  d'autres  termes^  quarri-- 
vée  à  une  certaine  densité^  la  matière  diffuse^ 
laiteuse  f  comme  on  voudra  Vappeter^  cesse ^ 
ffétre  diaphane.  Seulement,  dans  la  dernière 
hypothèse,  dansThypothèse  du  passage  d'un 
noyau  à  Vétat  stellaire  par  la  précipitation 
desanébulositi  environnante^  Texistence  d*un 
noyau  opaque,  environné  à  une  grand  dis- 
tance d'une  écale  lumineuse,  devient  un  fait 
inexplicable,  un  fait  impossible. 

«  Cette  objection  qui  tourne  contre  son  au- 
teur, Punique  objection  de  M.  Arago,  est 
d'autant  plus  incompréhensible,  que  lui- 
même,  dans  son  analyse  des  idées  cosmogo- 
niques  de  M.  Laplace,  exprime  le  regret  que 
ViÙustre  auteur  ne  se  soit  pas  suffisamment 
expliqué  touchant  l'état  primitifs  tétat  molé- 
culaire de  notre  nébuleuse  (767). 

«  M.  Laplace  ne  s*e$t  pas  sunisamment  ex- 
pliqué sur  ce  point,  disons  mieux,  M.  La- 
place ne  s*est  pas  du  tout  expliqué  sur  ce 
f^oint,  parce  qu  il  a  recours  à  un  soleil  déjà 
brmé,  à  un  noyau  brillant  que  la  conden- 
sation de  sa  nébulosité  transforme  en  étoile  ; 
parce  que,  dans  son  exposition,  Texistence 
du  soleil  est  antérieure  à  la  formation  des 
planèles  et  des  satellites;  parce  qu'il  sup- 
pose '|ue  le  corps  même  du  soleil ,  que  son 
son  Loyau  central  n*est  pas  distingué  de  sa 
photoS()hère;  parce  qu^il  suppose  que  ce 
noyau  contrai  constitue  cette  photosphère  si- 
dérale. M.  Laplace  ne  s'est  pas  expliqué  sur 
Tétat  primitif,  sur  Tétat  moléculaire  de  tout 
le  système,  ])arce  qu'il  ne  s*est  |)as  élevé  jus- 

3u  à  ces  stjhères  à  lumière  superâcielle  per- 
ues  dans  les  profondeurs  de  1  espace,  et  que 
le  télescope  semble  n'avoir  retrouvées  que 
pour  nous  offrir  le  type  de  Tétat  originel  de 
notre  système  planétaire.  M.  Laplac^e  ne  s'est 
pas  élevé  jusqu'à  ce  type  primitif,  par.  e  que 
}  ce  tvpe  originel  ne  répondait  pas  à  l'opinion 
qu'il  s'était  faite  sur  la  constitution  du  soleil 
et  5ur  la  nature  de  sa  lumière.  Mais  M.  Ara^o 
est  loin  de  partager  à  cet  égard  les  erreurs 
du  savant  théoricien.  Comment  donc  son  ad- 
miration pour  ces  idées  cosmogoniques,  pro- 
cl  amées  les  seules  q^ii^  par  leur  grandeur^  leur 
co  hérence,  leur  caractère  matliématique^  puis- 
sent être  vraiment  considérées  comme  une  cos- 
mogonie physique  ÇlijS),  R-X-eWe  pu  l'empê- 
cher de  s  apercevoir  qu'il  se  mettait  en  con- 
tradiction avec  lui-même? 

«  Nous  disions  en  iSM  :  Nous  ne  ferons 
pas  au  célèbre  académicien  Tinjure  de  croire 
qu'il  n'a  fias  compris  que  Texi^tence  de  cette 
ecale  lumineuse,  de  cette  envcIop()e  sidérale 
du  soleil,  estintmiment  plus  décisive  encore 
contre  H.  Laplace  que  contre  son  devancier 

• 

(767)  Afrir,  1844,  Nothe  sur  lesvrimép.  dicotn. 
«f f ron.  de  Laplace,  p.  5c^,  3o5. 


(Buffon)  dans  la  science  cosmogonicfue.  Au- 
jourd'hui nous  sommes  obligés  de  lui  (le- 
mander  comment  il  a  pu  ne  pas  comprenJre 
quf  le  principe  qui  sert  de  base  à  la  théorie 
mat;  ématique  du  grand  géomètre,  est  eo 
contiddiction  flagrante  avec  tout  ce  que  nous 
savons  de  plus'positii  sur  la  cotbtitQlio& 
physique  de  notre  étoile,  sur  la  nature  de^^ 
lumière,  et,  par  conséquent,  sur  le  mode  de 
formation  de  la  terre  et  des  autres  planètes 
aux  limites  successives  d'une  nébuleuse  1 
enveloppe  sidérale,  en  même  temps  qui! est 
inconciliable  avec  le  fait  constaté  de  Topacilé 
du  corps  du  soleil. 

«  Que  dans  Torigine  la  terre  et  le  soleil, 
tout  notre  système  planéto-solaire  enfin  ait 
eu  la  forme  d'une  nébulosité p/an//a/r«,  c'est- 
à-dire  d*un  globe  immense  de  matière  élé- 
mentaire suuisamment  condensée  pour  pe^ 
mettre  au  fluide  lumineux  de  se  ré^mEdre 
sur  toute  sa  surface,  c'est  ce  qui  résulte  du 
récit  de  l'historien  de  la  création,  qui  nous 
fait  assister  à  la  naissance  de  la  lumière,  que 
nous  voyons  remplacer  .es  ténèbres  ntr  k 
face  de  tabime,  d'où  allaient  être  tirés,  cha- 
cun séparément  et  successivement,  tous  les 
corps  planétaires  et  le  soleil  lui-même.  Que 
ce  globe  matériel  ait  pu  s^étendre  jusqu'à 
l'orbite  d'Uranus  et  auaelà,  et  beaucoup  au 
delà  encore  de  la  planète  Leverrier,  c'est  ce 
qui  résulte  avec  la  même  évidence  des  obser- 
vations astronomiques,  qui  assignent  des  di- 
mensions bien  autrement  énormes,  à  ces 
sphères  uniformément  lumineuses,  placées 
à  des  distances  incommensurables  de  noire 
terre  et  de  notre  soleil  (7G9).  » 
,  A|)rès  cette  longue  auerelle  surdesilltt- 
sions  d'optique  et  sur  des  êtres  imagjinaire^ 
discussion  au  reste  fort  innocente,  si  on  n) 
avait  pas  si  imprudemment  fait  interreuir 
l'historien  sacré,  M.  Godefroy  nous  indiqw 
le  mode  de  formation  originel  des  nébuleu- 
ses. Il  vient  de  parler  des  comètes  et  i'st- 
tribuer  leur  formation  à  Vagglomératian  i^ 
molécules  de  ratmospfière  primitive^  atix  con» 

fins  de  la  sphère  d  activité  de  notre  mmi 
planétaire  f  avant  que  cettH  atmospkirt  t^ 
participé  au  mouvement  de  rotation  dt  » 
masse  centrale,  {Voy»  Couète.) 

«  Il  en  est  de  même,  sans  doute,  conti* 
nue-l-il,  des  nébuleuses,  de  ces  autres  co- 
mètes à  dimensions  gigantesques,  dissémi- 
nées dans  les  profondeurs  de  l'espace  uni- 
versel, et  formées  aux  limites  des  système 
généraux  de  la  création,  comme  nos  comè- 
tes se  sont  formées  vers  les  contins  de  noire 
système,  dans  des  régions  voisines  de  a 
sphère  d  activité  des  autres  systânes  slcl- 
laires  ou  particuliers  qui  environnent  notre 
monde  })lauétaire.  Nous  enlenJons  parler 
ici  tout  aussi  bien  des  nébuleuses  planétai- 
res que  de  ces  nébuleuses  informes,  ou  fl« 
ces  amas  plus  ou  moins  diffus  réjanJus 
dans  l'immensité  de  l'espace.  Or,  cts  torftf 
si  anciens ,  ces  astres  ébauchés,  sortis 
les   premiers  du    chaos   universel  i  ^^^ 

(768)  Ann.  1844,  p.  5î>5.  û,  ^ 

(7G9)  La  Cosmo^oMàde  la  riMation,  t'^h^ 


tOM 


2IE0 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


REO 


104S 


€DeDre«  à  des  degrés  différents,  dans  lenr 
premier  état  de  formation,  li  faut  donc  c|Q'il 
y  ait  des  différences  es5entielles  parmi  les 
molécules  matérielles.  L'élat  slaiîonnaire  de 
cesc(*rns  purement  almosphériques,  et  at- 
mosphériques et  lumineux,  ne  peut  Tenir 
Sue  d*une  différence  de  nature  ou  de  forme 
ans  les  éléments  qui  les  constituenL  Di- 
sons mieoi,  leur  état  |>roTient  de  ce  qu*ils 
ne  sont  composés  que  d'éléments  semlilables 
à  tous  é;;ards  dans  leurs  propriétés,  ou  que 
d*éléments  semblables  à  ceux  qui  ont  cons- 
titué les  almospbères  des  globes  stellaires 
et  planétaires. 

«  On  avait  cru  remarquer  des  change- 
ments notables  dans  la  forme  et  dans  la  Tisi- 
bilité  ou  Téclat  de  quelques-unes  des  nébn- 
leuses:  d*où  on  s'était  empressé  de  conclure 

Sue  ces  changements  marquaient  les  progrès 
e  la  condensation  et  d*une  concentration 
active.  On  avoue  aujourd'hui  que  le  fait  de 
ces  changements  est  au  moins  fort  douteux; 
et  le  nouveau  septicisme  scientifique  s'étend 
même  jusiiue  sur  les  prétendus  changements 
ol>servés  dans  les  comètes  (770).  » 

H.  Marcel  de  Serres  et  les  Herschell  se 
seraient  donc  trop  pressés  d'affirmer  la  fi- 
qué faction  et  même  la  solidifiraiian  {Voy. 
plus  haut)  des  comètes  et  des  nébuleuses.  11 
n*y  a  pas  de  choses  qu'on  ne  croie  voir 
quand  on  est  livré  aux  préoccupations  de 
quelque  svstème. 

Aujourd'hui ,  de  toutes  ces  nébuleuses 
diffuses,  auxquelles  ou  a  fait  jouer  tant  de 
rôles  dans  la  genèse  des  mondes,  il  ne  reste 
plusdans  la  science  que  des  hypothèses  roma- 
nesques consignées  dans  des  livres  qui  seront 
un  monument  de  la  faiblesse  de  Tesprit  hu- 
main, et  vérifient  bien  cette  parole  de  nos 
livres  saints  :  Deus  mundum  iradidii  dispu' 
taiioni  eorum. 

NÉOCOMIEN  (ÉTAGE).  —  Premier  étage 
des  terrains  crétacés ,  et  le  dix-septième  de 
la  série  totale  des  formations  géologiques. 
C'est  Tépoque  de  la  première  apparition  des 
oiseaux  pal  mi  { èJes.  Le  nom  de  néocomien 
dérive  de  Neoromium^  dénomination  latine 
de  la  ville  de  NeufchAtel,  en  Suisse.  C'est  la 
farmaiion  wealdienne  et  néocomienne  de 
MM.  Dufrenoy  et  Elle  de  Beaumont,  le  ra/- 
emre  à  êpaiangutM^  etc.  On  trouve  un  beau 
tT|>ede  cet  étage  à  Vandeuvre  (Aubo),  à 
&iint-Sauveur  et  Fontenoy  (Yonne),  etc. 

L'éta^  néocomien  couvre,  en  France,  une 
immense  surface  dans  les  bassins  anglo-pa- 
risien et  méditerranéen. 

Dans  le  bassin  anglo-parisien,  il  forme 
une  bande  non  interrompue  qui  s'étend  de 
la  U euse  jusqu'au  Cher. 

Eu  Angleterre,  il  suit  parallèlement  à 
Test  de  Véia^e  portlandren,  et  se  montre  sur 
des  parties  séparées.  On  le  connaît  d'après 
les  tieaux  travaux  de  M.  Fitlou  et  la  carte 
de  M.  Murdiison. 

En  résumé,  l'étage  néocomien,  encore  en 
litige  il  y  a  quelques  années,  se  trouverait  en 
mèUie  temps  en  Europe,  en  Amérique,  et 

(710)  U  mm^§»ïïiê  iêtê  rMêikn,  p.  97-lift. 


s'étendrait  de  la  zone  torride ,  au  sud,  jus- 
qu'au 3i'  degré,  et  au  nord  jusqu'au  55*  de* 
gré  de  latitude. 

Dans  l'onlre  de  superposition  connu,  l'é« 
tage  néocomien,  le  |iremier  des  terrains  cr^ 
tacës,  repose  directement  sur  l'étage  port* 
landien,  le  dernier  des  terrains  jurassiques. 
Ainsi,  partout  cù  nous  tniuvons  ces  deux 
étages  en  contact  nous  sommes  d'autant 
plus  autorisés  à  ies  reganler  comme  étant 
dans  leur  |iosition  resp^tive  naturelle,  que 
nulle  |)art,  jusqu'à  présent,  on  n'a  signalé 
d'âge  intermédiaire ,  et  que  tout  porte  à 
croire  qu'il  n'en  existe  pas;  car,  avec 
M.  Elie  de  Beaumont,  nous  y  réunissons  le 
Weald-Clay  des  géologues  anglais.  Ce  fait 
nous  serait  encore  plus  démontré  parce  que 
nous  trouvons  à  l'est  du  bassin  |)arisient 
dans  le  pays  de  Bray,  et  en  Angleterre.  Eu 
effet,  sur  toute  la  ligne  que  nous  avons  in- 
diquée, depuis  Brillon  (Meuse)  jusque  dans 
le  Cher,  on  sur  une  extension  de  deux  cent 
quarante  kilomètres  environ,  l'étage  néoco- 
mien paraît  reposer  partout  ea  couches  pres- 
queroncordan/etsurrétageportlandien.Dans 
le  pays  de  Bray,  on  trouve  la  même  concor- 
dance, et  il  en  est  de  même  eu  Angleterre 
sur  les  signes  signalés.  Il  n'y  a  donc  aucun 
doute  que  l'étage  néocomien  n'ait  succéiié 
régulièrement,  dans  l'ordre  de  superposi- 
tion, ft  l'étage  portianddien. 

Les  points  où  l'on  a  rencontré  plus  de 
puissance  à  l'étage  sont  dans  la  chaîne  des 
Alpines,  du  Ventonx,  entre  Marseille  et 
Cassis,  et  entre  Cujes  et  le  Beaus5;et,  où 
des  couches  inclinées  ft  23  degrés  à  l'hori- 
zon, sur  une  longueur  de  près  de  8  kilomè- 
tres, nous  donnent  2,500  mètres  d'é['aisseur 
è  l'ensemble  néocomien.  On  ne  peut  douter 
dès  lors  de  la  durée  et  de  la  valeur  de  l'é- 
tage. 

Dans  la  chaîne  des  Alpines,  du  Luhron; 
du  Venloux,  à  l'est  de  Martigucs,  à  la  fon- 
taine deVaucluse,  dans  les  deiiartemenis  de 
Vaucluse,  des  Bouches-;iM-R!iône  etdu  Var, 
la  puissance  immense  des  couches  neoco- 
miennes  a  tous  les  caractères  d'un  'Je)  Ot 
sous-mar  n,forméau  loin  des  côtes  et  |  «r  une 
grande  profondeur.  On  n'y  voir,  en  effet,  au- 
cune coquille  flottante,  et  même  on  |  eut 
dire,  qu'à  l'exception  des  couches  les  plus 
inférieures  et  les  plus  supérieures,  les  fos- 


Nous  croyons  donc  pouvoir  citer  les  couches 
comprises  entre  Orgon  et  PéSoère  comme 
le  plus  beau  tv|>e  d'un  dépôt  sous-marin  fait 
au  Ion  des c&tes. 

Nous  regardons  comme  les  sî -nés  cerlan» 
d'osi  illations  du  sol,  durant  la  période  iiéo- 
cominnne,  d'abord  la  con>prvaiion  tie  loiis 
les  points  littoraux,  et  surtout  le  retouvre- 
mcnt,  lardcs  couches  marines,  des  roudics 
terrestres,  ou  littorales,  connues  en  Angle- 
terre sous  le  nom  de  Weala-Clay^  et  qu  on 

a  signalées  daos  l'Ue  de  Portlaud,  dans  U 


lOiS 


NEO 


DlGTMNNAme  9E  COSMOGONIE 


IM 


Tftilée  de  Wardoor^  eu  Allemagne,  etiBéme 
dans  le  Jura,  elc,  etc.  Bn  Angleterre*  nous 
expliquons  ainsi  Ja  succession  si  remarqua- 
ble du  Weald-Clay.  H  a  d*abord  fallu,  k  la 
an  de  la  période  portlaudienne,  que  les  oaU 
caires  marins  fussent  surélevés  pour  deve* 
nir  points  continentaux  de  marins  qu'ils 
étaient.  Ce  continent  paratt  avoir  duré  très* 
longtemps. Pendant  la  première  période,  des 
forêts,  dont  on  reconnaît  encore  les  troncs 
des  arbres  avec  leurs  racines,  couvraient 
cette  ré  jion.  Puis  ces  forêts  ont  été  rempla* 
céos  par  des  marais  où.  vivaient  des  coquiU 
les  d'eau  douce  ;  mais  quelques  points  do 
ces  marais  devaient  être  peu  éioiçnés  du 
littoral  maritime;  car  on  y  trouve  des  hut*- 
tres  qui  ne  pourraient  être  là  que  par  suite 
d*apport  de  la  mer.  Après  une  très-longue 
durée  de  ces  dépôts  terrestres  et  fluviatiies, 
un  affaissement  non  graduel,  car  ce  dernier 
aurait  laissé  la  trace  des  dépôts  littoraux 
successifs  et  des  perturbations  que  la  vague 
produit  toujours  sur  les  côtes,  mais  bien  un 
affaissement  i)rusque  s'est  manifesté ,  et  a 
placé  de  suite  ces  dépôts  terrestres  sous  les 
eaux  de  la  mer,  qui  tes  ont  de  suite  reoou* 
verts  de  sédiments  marins,  sans  qu'ils  aient 
pu  être  préalablement  dérangés.  Nous  re- 
gardons comme  un  effet  des  oficiliations  la 
superposition  immédiate,  sur  presque  tous 
les  points  du  Var  et  des  Basses-Alpes,  comme 
au  ravin  de  Saint-Martin,  à  Barème,  etc.,  de 
dépôts  côtiers  remplis  de  corps  flottants, 
appartenant  les  uns  aux  couches  inférieures 
néocomienncs,  et  les  autres  aux  couches 
supérieures  urgoniennes  ,  contenant  cha- 
cune sa  faune  spéciale  bien  distincte  ;  car  un 
aflaissement  de  la  première  côte,  au  niveau 
supérieur  des  marées,  est  nécessaire  pouf 
que  la  seconde  puisse  s'/  déposer  immédia- 
tement dessus. 

Li^s  discordances  annoncent  qu'il  a  certai- 
nement existé  des  causes  géologiques  sssez 
puissantes  pour  ijiterrompre  lepoque  néo- 
comienne,  et  la  séparer  entièrement,  par  sa 
faune^  de  Tétaj^e  qui  l'a  suivie.  Nous  pou- 
vons, jusqu'à  certain  point,  reconnaître  en- 
core les  traces  du  mouvement  des  eaut  qui 
a  dû  alors  avoir  lieu. 

Caractères  paléontologiques,  —  Un  des  ca- 
ractères j^énéraux  de  la  faune  néocomienne, 
qui  ressort  de  l'examen  de  l'ensemble,  c'est 
qu'un  très-grand  nombre  de  genres  nett  à 
cette  époque,  tandis  qu'un  très-jjelit  nombre 
s'y  éteint.  Ce  résultat  prouverait,  comme  on 
devait  sV  attendre,  qjie  l'étage  néocomien 
est,  par  les  détails  de  sa  faune,  le  commen- 
cement d'une  nouvelle  période  d*exlstence, 
d'une  nouvelle  grande  époque  géologique, 
et  dépend  bien,  dès-lors,  des  terrains  cré- 
tacés, tandis  qu'aucun  lien  ne  la  rattache 
direotement  aux  terrains  jurassiques.  Nous 
avons  vu,  en  effet,  dans  les  étages  corallien 
et  hiraméridgien,  s'éteindre  successivement 
un  Irèb-grand  nombre  de  formes  animales, 
spéiiiales  aux  terrains  jurassiques,  tandis 
Qu'il  n*en  naissait  presque  aucune  dans  Jes 
derniers  étages  de  ces  terrains,  résultat  tout 
opposé  de  ce  eue  nous  remarquons  dans 


l'étage  néocomien,  que  nous  regardons,  ive^ 
presque  tous  les  géologues,  comme  le  coin- 
mencement  de  la  grande  période  créucée. 
Nous  allons,  maintenant,  donner  les  carao 
lères  différentiels  spéciaux  de  c^t  éta^e. 

Pour  séparer  l'étage  portlaDdieo  de  l'étagi 
néocomien,  outre  le  genre  mtriitodon,  né  et 
mort  dans  l'étage  portlandien,  nous  aroDs  le 
genre  acUonina^  qui,  né  antérieuremeoti 
s'éteint  aussi  dans  Vêlage  portlandien,  m» 
passer  à  l'étage  qui  nous  occupe.  On  Toit, 
dès-lors,  que  les  caractères  négatifs  soniiâ 
réduits  à  peu  de  chose. 

Pour  limiter  paléontologiquement  Tépo- 
que  néocomienne  de  l'étage  apliea  qui  lui 
succède  immédiatement,  nous  avons  quatre 
genres,  qui  commencent  seulement  à  parai* 
tre  k  l'étage  suivant,  et  manquent  encore 
dans  celui-ci.  Parmi  les  poissons,  un  genre; 
parmi  les  céphalopodes,  le  genre  conoteuihii: 
parmi  les  gastéropodes,  le  genre  termm; 
parmi  les  écbiuodermes,.  le  genre  decamerei; 
parmi  les  zoophytes.  Je  genre  utracenia. 

Les  genres  inconnus,  jusqu'à  présenti 
dans  les  étapes  inférieurs,  et  |)arus,  pour  la 
première  fois,  avec  l'étage  néocomien,  se- 
ront autant  de  caractères  positifs  pour  le 
distinguer  de  l'époque  antérieure.  Ces  gen- 
res sont  au  nombre  de  74. 

Les  genres  spéciaux  à  l'étage  néocomieD, 
qui  sont  nés  et  morts  dans  cette  période, 
sont  autant  de  caractères  positifs  pour  le 
distinguer  de  l'étage  açtien,  où  ces  genres 
ne  paraissent  pas  avoir  vécu.  Ces  genres 
sont  ainsi  répartis  dans  les  séries  :  parmi  les 
oiseaux,  les  genrespateomt^  et  cimoliornit; 
parmi  les  reptiles,  les  genres  irttoiUnoni 
êucchosaurust  goniophoTis^  hyleosaurus  et 
iguanodon:  parmi  les  crustacés,  le  genre 
archœoniscuê  :  parmi  les  céphalopodes,  h 
genre  baculina;  parmi  les  échinodermes,  les 
genres  hemicrinus  et  phyllocrinus;  parmi  les 
zoophytes,  les  genres  aplosastrta,  dmor- 
phastrea,  acanthocœnia^  orachycualhuSt  «• 
lipsocœnia ,  penlacœnia  et  tnahmoem^i 
parmi  les  araorphozoaires,  les  genres  ft«wW' 
vongea  et  thalamospongia.  Si  nous  ajonlons 
les  ik  genres  suivants  également  éleiols 
dans  l'étage  néocomien,  sans  passer  à  l'éîage 
aplien  :  parmi  les  rei)tiles  les  genres  p/«^^ 
dactylus,  megalosaurus^  streplospondyiui  et 
cetiosaurus;  parmi  les  poissons,  les  genres 
ophiop8t$f  pholidophoruSf  tetrag^nokpii  el 
microdon  ;  parmi  les  bryozoaires,  le  genre 
aspendesia;  parmi  les  échmodermes,  le  genre 
disaster;  parmi  les  zoophytes,  les  genres 
stylosmilia^  parmi  les  amorphozoaires,  «es 
genres  cribrospongia  et  parospongia^  noa» 
aurions  34  genres  pour  caractères  posm 
entre  les  étages  néocomien  et  aptien. 

Sans  compter  les  nombreuses  espèces  oe 
plantes,  d'animaux  vertébrés  et  annelés, 
nous  avons ,  en  animaux  mollusques  ei 
raj'onnés,  seulement  le  nombre  de  831  es- 
pèces. En  ôtant  de  ce  nombre  les  sepl  f' 
pèces  communes  entre. les  couches  l^^^Plf 
supérieures  de  Télage  néocomien  et  <i<î  '*' 
tage  aptien,  il  restera  encore  84*  espèces 
caractéristiques  de  cet  étage^  qui  pourroi^^ 


1045 


NEO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


mm 


1045 


sevYîr  è  le  iSaire  reconnaître  sous  toutes  les 
firmes  minéralogiques. 

Tous  les  lieux  de  France  où  se  trouve 
létale  néoconiien  contiennent  des  espèces 
i  ienliqueuienl  les  mëmeSy  chaq[ue  fois  que 
1  i  faciès  de  dépùt  dé[iend  de  circonstances 
i  jenliqucs.  Il  en  est  ainsi  des  espèces  d'An- 
gleterre, d'Allemagne,  d'Italie,  et  surtout, 
ce  qui  est  plus  remarquable,  des  espèces 
recueillies  dans  la  Nourelle-Grenade  (Co« 
lomlne)  j.ar  MM.  Boussingault  et  Acosta. 

ChronolugU  historique,  —  Une  perturba- 
tion géologique  a  certainement  amené  la  fin 
de  letage  portiandicn.  C'est  alors  qu*ont  été 
anéanties,  avec  les  deux  genres  éteints  dans 
cette  période,  les  63  espèces  d'animaux  mol- 
lusques et  rajonués  que  nous  y  avons  re- 
connues. 

Lorsque  après  cette  perturbation  le  calme 
est  reveau  sur  la  terre,  il  est  né,  dans  l'é- 
tage néocomien,  T*  genres  inconnus  dans 
les  étages  inférieurs  ;  et,  indépendamment 
des  animaux  vertébrés  et  annelés,85i  espè- 
ces d'animaux  mollusques  et  rayonnes,  ac- 
tneileinent  connus,  viennent  nous  donner 
une  idée  de  la  composition  de  la  nouvelle 
faune  des  terrains  crétacés,  si  différente  des 
faunes  propres  aux.  derniers  étages  juras- 
siques. 

Les  mers  conservent^  sur  quelques  points 
d'Europe,  la  même  circonscription,  tandis 
que  sur  d'autres  elles  ont  changé  de  limites. 
Le  grand  nombre  de  coquilles  identiques 
entre  la  Provence  et  la  Nouvelle-Grenade  en 
Amérique,  nous  porte  à  penser  que  la  mer 
exi^tnit  sans  interruption  depuis  l'Europe 
jus4|u'au  nouveau  Monde.  Les  dépôts  cùtiers 
des  deux  points  nous  font  même  reconnaître 
quelques  lambeaux  du  littoral  de  ces  mers 

3ui  s'étendaient  de  la  zone  torride  jusque 
ans  nos  régions  tempérées. 

Les  continents  ont  subi  des  changements 
corres[»ondanls.  Ils  sont  restés  les  mêmes,  à 
Test  du  l>assiu  anglo-parisien  en  France  et 
en  Angleterre,  tandis  qu'ils  se  sont  plus 
augmentés  du  côté  du  massif  breton  puis- 
que nous  n'y  trouvons  aucun  dépôt  néo- 
comien. 

Les  mers  s*enrichissent  d*un  grand  nom- 
bre d'animaux  nouveaux.  Nous  y  voyons  en 
etfet  apparaître,  pour  la  première  fois  Tor- 
dre des  fdrariiinifères  énallostègues  et  sur- 
tout une  faune  très-remarquable  |uir  le  grand 
nombre  d'espèces  et  la  multiplicité  de  for- 
mes génériques  qu'affectent  les  mollusques 
céjihalopoies,  qui  y  offrent  des  ammonites 
gi^^aiitosques,  ni  des  espèces  remarquables 
par  leurs  sillons  transverses  espacés,  des 
ancyloceras  de  deux  mètres  de  dévelup|>e- 
cncnt,  et  ces  genres  si  singuliers  des  acaphi^ 
ies^tïes  taxoceraêydesptychoceras,  des Ae/rro- 
eeraSf  des  helieoceraSj  des  crioceras^  etc.,  etc. 
!>€»  reptiles  remarquables,  tels  que  les  hy* 

(771)  M.  d*Orb(gny,  dans  sa  classiffcation  des 
céphalopodes,  les  répartit  en  trois  ordres  :  le  pre- 
mier comprend  celles  qui  n*ont  qu*une  seule  cham- 
bre ;  telles  sont  la  coquille  de  la  seiche  et  la  penne^ 
coriiéc  du  caitiiar.  Le  second*  ordre  est  fonnc  dus 
coauiUes  «oWtlialàgiM  «ol  mU  un  tipliCHi  traversant 


UosauruSf  et  les  iguanodon^  peuplent  les  ni* 
va^cs,  près  desquels  pullulent  de  nf»mhreux 
poissons;  des  mollusques  jusqu'alors  in* 
connus,  tels  que  des  turri  telles,  des  varùje-a^ 
des  crassattdles,  etc.;  beaucoup  d'échinovlcr- 
mes  nouveaux,  de  zooî>h}les  et  d'amorp!iO- 
zoaires.  Les  nombreuses  formes  nouvelles, 
jointes  au  maximum  de  dévelopjicmeiit  des 
espèces  d'ammonilcs,  d'ancylocérns,  de  crio- 
céras,  de  bélemniies,  de  nucléolites,  etc., 
donnent  à  cet  étaje  une  ricliesse  animale 
bien  supérieure  aux  deux  élages  précérienls, 
et  surtout  un  faciès  d'ensemble  très-tranché. 
Les  rivages  étaient  encore  peuplés  de  plan- 
tes marines,  d'al^^ues,  dépendante?  des  cryp- 
togames ampjiiô«*nes.  M.  Dunker  y  men- 
tionne, en  ellét,  en  Allema^jne,  le  confervUci' 
fissus. 

Les  continents  n'étaient  pas  moins  bien 
partagés  ;  car  nous  v  voyons  apparaître  deux 

Senres  d'oiseaux  riverains,  des  tortues,  les 
erniers  représentants  des  pténidaclyb^s,  ces 
reptiles  volants  si  singuliers,  et  enfin  des 
reptiles  de  11  genres  ditrérenls.  Avec  ces 
animaux,  les  continents  nourrissent  un 
grand  nombre  de  plantes.  M.  Brongniart  fait 
remarquer  que  les  formes  génoriques  sont 
presque  toutes  les  mêmes  que  durant  les 
terrains  jurassiques.  Cependant,  dit-il,  les 
cjcadées,  paraîtraient  déjà  moins  nombreu- 
ses, relativement  aux  fougères.  C'est,  pour 
lui,  la  fin  du  règne  des  gymnospermes.  Ce 
résultat,  relatif  aux  plantes,  n'est  pas  mar- 

3ué  pour  les  animaux.  Si,  en  etf^^t,  pour  (  es 
erniers,  beaucoup  de  genres  des  terrains 
jurassiques  se  continuent  dans  ce  premier 
étage  crétacé,  le  nombre  des  formes  nou- 
velies  et  spéciales  aux  terrains  crélarés  est 
encore  plus  prononcé,  et  mar  jue,  ceriaine- 
ment,  le  commencement  d*une  nouvelle 
période. 

L'identité  do  la  faune  marine  néoco- 
mienne,  depuis  la  zone  torride  ju>au'en  Pro- 
vence, nous  ferait  croire  qu'alors  les  zones 
isothermes  n'existaient  pas  encore. 

NEPTCNISTES.  Controverse  entre  tes  nep- 
iunistes  et  les  vulcanistes.  —  Voy.  Géologie. 

NUCLECS.  Voy.  Mollisoles. 

NUMMUUTES  (de  nummus,  écu,  à  cau.^e 
de  leur  forme).  —  Si  Toccasion  nous  était 
offerte  de  nous  livrer  à  des  recherches  aussi 
minutieuses,  nous  rencontrerions,  dans  l'é- 
tude des  divor:»es  espèces  connues  de  co- 
3uilles  microscopiques,  toute  une  série  de 
impositions  non  moins  en  rapport  ave<;  l'é- 
conomie des  ï>etîl9  céphalOi-oties  qui  habilcnt 
ces  coquilles,  que  ne  le  sont  tous  les  arran- 
gements que  nous  avons  admirés  dans  les 
plus  grandes  coquilles  de  céplialopodes  per- 
dus. M.  d'Orbigny  a  compté  jusqu'à  six  à 
sept  cents  de  ces  espèces,  dont  cent  ont  été 
figurées  par  lui  grossies,  représentant  tous 
les  genres  (TTiJ* 

loolfts  les  cbambrrs  internes  et  qui  se  terminent  en 
■ne  vaste  chambre,  au  delà  de  leur  dernière  cloi- 
son. C'est  et  qu'on  voit  d:*ns  les  nautiKs,  les  anime- 
niles  et  les  liclemniles.  Eulin  il  range  dans  le  trot- 
siènie  les  fioeiiÂUes  polvlbalamcs  internes  qui  n'ont 
eu  de  ebamore  su  deU  de  la  daroiéïe  deisop.  Cet 


mi 


NUH 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


NUM 


m 


V 


La  plupart  de  ces  coquilles  sont  microsco-  ^ 
piqiies,  et  abondent  dans  les  eaux  de  la  Mé- 
diterranée et  de  l'Afrique.  Leurs  espèces 
fossiles  se  Irouvent  principalement  dans  les 
terrains  tertiaires,  et,  jusqu'à  ce  jour,  c'est 
en  Italie  qu*on  les  a  surtout  rencontrées  ; 
mais  on  en  voit  dans  la  craie  de  Meudon» 
dans  le  calcaire  jurassique  de  la  Charente- 
Inférieure,  et  dans  Toolite  de  Calne.  Le  mar- 
Sais  de  Northarapton  en  a  découvert  dans 
es  silei  de  la  craie  des  environs  de  Brighlon. . 

Je  ne  m'occuperai,  dans  ce  chapitre,  que 
du  genre  nummulite,  que  M.  d*Orl)igny 
place  dans  sa  section  des  nauliloïdes.  Ces 
coquilles  sont  ainsi  appelées  à  cause  de  leur- 
ressemblance  avee  une  pièce  de  monnaie. 
Leur  taille  varie  depuis  celle  d'un  écu  de  six 
livres  jusqu'à  une  petitesse  microscopique; 
et  elles  occupent  une  place  importante  dans 
Thistoire  des  coquilles  fossiles,  à  cause  de 
leur  c|uanlité  prodigieuse  dans  les  étages 
supérieurs  des  terrains  secondaires,  et  dans 

lusieurs  des  couches  tertiaires.  Souvent  on 
es  rencontre  amoncelées,  et  serrées  les  unes 
contre  les  autres  comme  les  grains  dans  un 
tas  de  l)lé.  Dans  cet  état,  elles  forment  une 
partie  considérable  de  la  masse  entière  de 

f)1usiours  montagnes,  comme  on  le  voit  dans 
es  terrains  cali^aires  tertiaires  de  Vérone  et 
du  Monte-Bolca,  et  dans  les  terrains  stratifiés 
secondaires  des  formations  crétacées  :  dans 
les  Alpes,  ptfr  excmf)le,  dans  les  mon  (s  Car- 
pathiens  et  dans  les  Pyrénées.  Quelques-unes 
des  pyramides  et  le  sphynx  de  l'E^ynte  sont 
construits  avec  un  calcaire  rempli  ue  uum- 
mulites. 

Il  est  impossible  que  nogs  voyions  ces 
masses  montagneuses  formées  avec  les  co- 
quilles d'une  famille  unique  ainsi  surajou- 
tées aux  matériaux  solides  qui  constituent 
ré:;ur.:c  du  globe,  sans  qu*a.ussilôt  cette  idée 
fra\  pe  noire  esprit,  que  chacune  de  ces  co- 
quilles en  particulier  a  tenu  une  place  im- 
portante dans  Tor^anibation  de  (quelque  ani- 
mal vivant,  et  sans  que  notre  imagination 
se  trouve  ainsi  reportée  en  arrière,  jusqu'à 
ces  époqup^  îeculées  où  les  eaux  de  I  océan, 
qui  recouvraient  alors  notre  Europe,  étaient 
remplies  par  des  bancs  flottants  de  ces  mol- 

eoqiiilleft  n*ont  pas  de  siphon ,  mais  leurs  chambres 
cumiiiuiiiqniMil  eiilre  elle  au  moyen  «fun  ou  de  plu- 
siiurs  pol  ts  pertuis.  Cd  ordre  do  foraminifèrei  a 
été  p:irlagé  par  M.  d*Orliigny  en  cinq  familles  com- 
pr 'liant  ciiii|iiaule-i(  ux  genres. 

Nous  devons  ajouliT  toutero««-  que  Topinio*^  qui 
allrihne  à  des  eéphnlopotles  la  construction  de  ces 
C04|uilles  iiiulliloculaires  est  ciu-fM-e  un  objet  de  doute 
pmr  pliifi.u'S d'entre  elles,  etqiril  y  a  des  auteurs 
4|ui  leur  attribuent  une  origine  toute  différente. 

(772)  Cette  |.9pulation  immense  de  nummuliies 
qui  fourniillait,  suivant  notre  hypothèse ,  dans  les 
anciennes  mers,  est  représentée  (le  nos  jours  par  la 
fécon(!iié  prodigieuse  de  la  mer  du  Nord.  D*après  ce 
qu*  dit  Cuvier,  dans  son  Mémoire  sur  le  CIto  bo- 
roaiis«  la  surface  de  ces  mers,  lorsque  les  eaux  en 
aoiil  trn.i«|uill  s,  rourniille  de  tant  de  milliers  de  ces 
molliis'iues,  qui  plimgent  sans  cesse  et  reviennent  à 
la  surface  pour  y  respirer  Tair  atmosphérique,  que 
les  laieines  peiîvent  à  peine  ouvrir  leur  énorme 
gueule  sans  eogioutir  des  miliiera  de  cet  petites 


lusques  éteints,  pareils  à  ces  bancs  de  be 
roès  et  de  clios  qui  s'observent  de  nos  jours 
dans  les  eaux  des  mers  polaires  (772). 

Les  nummulites,  de  même  que  les  naa* 
tiles  et  les  ammonites,  sont  itarta^^ées  en  des 
chambres  aériennes  dont  rensemUe  était 
destiné  à  remplir  rofBced'un  flotteur;  mais 
on  n*j  voit  |>oint  une  dernière  chambre  pins 
grande  où  ait  pu  être  contenue  quelque  po^ 
tion  du  corps  de  Tanimal.  Les  chambres  sont 
extrêmement  nombreuses,  et  des  cloisou 
transversales  les  {lartagent  en  petites  subdi- 
visions. Le  siphon  manque.  La  forme  des 
parties  essentielles  varie  dans  chaque  es- 
pèce appartenant  à  ce  genre  ;  mais  leurs 
f principes  de  construction  et  le  mode  suirant 
equel  elles  remplissent  leurs  fonctions  pa- 
raissent avoir  été  les  mêmes  dans  toutes. 

Les  nummulites  ne  sont  pas  les  seuls  dé- 
bris d*animaux  qui  constituent  les  couches 
calcaires  de  Tenveloppe  du  globe.  Il  est 
d'autres  coquilles,  d*une  taille  encore  plos 
petite,  qui  ont  produit  des  résultats  blos 
grands  et  plus  surprenants.  Lamark  fn3), 
en  parlant  des  millioles,  petites  coquilles 
multiloculaires  dont  la  grosseur  o*excèd« 
pas  celle  d*un  grain  de  millet,  et  qui  reoD- 
plissent  les  couches  de  plusieurs  carrières 
des  environs  de  Paris,  a  fait  ressortir  Tiih 
fluence  gi  ologique  qu*ont  exercée  ces  petits 
corps,  en  raison  de  leur  excessive  abon- 
dance. A  I9  vue  de*  leur  taille  insignifiante, 
dit-il,  on  hésite  à  porter  Texamen  sur  res 
coquilles  microscopiques;  maison  cesse  de 
les  regarder  avec  ce  mépris,  lorsque  l'on 
considère  que  c'est  à  Taide  des  objets  les 
plus  petits  que  la  nature  produit  quelquefois 
ses  plus  remarquables,  ses  plus  importants 
phénomènes.  Ce  qu'elle  semble  perdre  ce 
volume,  dans  la  création  des  êtres  maoLS 
elle  le  regagne  amplement  par  le  nombre 
des  individus  qu'elle  sait  multiplierjusqui 
rinfmi  avec  une  admirable  promptitude.  Les 
restes  de  ces  individus  si  petits  ont  grossi 
davantage  la  masse  des  matériaux  qui  cons- 
tituent Ta  croûte  extérieure  du  çlobe  <!»* 
ne  l'ont  fait  les  ossements  des  éléphants» 
des  hii;popotames  et  des  baleines. 


• 

créatures  célatineuses,  longues  d'un  pouce,  e(  ^ 
avec  les  Méduses  et  quelques  autres  animaux  pw 
petits,  forment  la  lase  de  la  nourriture  de  ces  woov 
trueux  habiuintsdes  mers.  Nous  trouvons  un  rap- 
prochement tout  pareil  dans  le  fait  saiTint,  J«c 
rapporte  le  iourual  de  Jamesou,  tome  U,  paget'^- 
ÏAs  nombre  des  petites  Méiluses,  dans  ceruiuts  par- 
ties r*-$  mers  du  Groenland,  est  si  nrand, <!».•• 
pouce  cube  pris  au  basant  nVn  contient  ^  ^ 
de  64;  U  y  en  a  donc  110,592  dans  un  P^^l^^' 
et  si  Ton  prenait  un  mille  cube  (or  on  ne  P^^  !|^ 
ter  que  la  mer  ne  soit  chargée  de  ces  petits  eiro 
dans  une  étendue  aussi  considérable),  onsarav 
nombre  tellement  effrayant ,  que  si ,  suppose  q»  i|° 
homme  en  puisse  compter  un  million  par  sema"'* 
il  eOt  fallu  employer  80,000  personnes  depuis  ivn 
gine  du  mrnile  pour  arriver  à  en  oUenir  IcÇ^?'!"^ 
—  Voyez  Tadmirîille  hçon  d'uitioduction  fjiu*  g» 
le  doeieur  Hidd  à  son  cours  d*auatomie  comparai 
OxfoifV  1824,  p.  ^5. 
(773)  Àmmaua  iau  HrMm^  I.  VU;  p.  (Il* 


OIS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


OIS 


losa 


.  / 


o 


OBJECTIONS  coRTEB  la  nioBB  asteo- 
HOMiGO-CHmiQt'E.  —  Yoff.  C08I10GOHIB  et  La- 

VLACB. 

OISEAUX.  —  Les  oiseaux  se  divisent  en 
ordres;  mais  ces  ordres  ne  se  distingnent 
guère  entre  eux  que  par  des  caractères  em- 
pruntés à  la  forme  du  hec^des  pattes,  etc.  Les 
caractères  ostéoio^iques,  qui  nous  avaient 
été  d*un  si  puissant  secours  |K>ur  diviser 
méthodiquement  les  mammifères,  devien- 
nent i4'i  insuffisants;  car  ils  n'offrent  pas, 
dans  chacun  de  ces  ordres,  des  différences 
assez  tranchées  |)0ur  les  séfiarer  convenable- 
ment. De  là  de  grandes  difficultés  dans  la 
détermination  des  débris  fossiles  d*oiseaux, 
d*autant  plus  (|ue  la  nartie  cornée  du  bec 
et  les  pattes  n*offre  généralement  pas  des 
conditions  fSuvorables  à  la  fossilisation,  et 
que  conséquemment  ces  organes  sont  très- 
rarement  conservés  avec  les  os  à  Tétat  fossile. 
Ajoutons  que  dans  une  classe  dont  les  limites 
extrêmes  sont  aussi  peu  éloi/jnées  que  dans 
celle  des  oiseaux ,  les  zoologistes  ont  établi 
plus  de  cinq  mille  es|)èces  vivantes.  On  con- 
cerra  dès  lors  facilemeat  que  les  caractères 
du  squelette,  déjà  insuffisants  pour  la  déter- 
mination des  ordres,  le  seront  bien  plus 
encore  pour  celle  des  genres,  et  qu*entin  il 
sera  impossible,  dans  la  nhipart  des  cas,  de 
distinguer  par  ces  caractères  les  espèces  à 
rétat  fossile.  Du  reste,  les  débris  fossiles 
d*oiseaux  sont  rares,  ce  qui  tient  peut-être 
à  rbabitude  de  ces  animaux  de  vivre  géné- 
ralement sur  le  sol  exondé,  ou  à  la  faculté 
dont  ils  jouissent  de  ))Ouvoir  fuir  les  inon- 
dations et  d*échapper  ainsi  à  l'envahisse- 
ment brusque  des  eaux,  peut-être  aussi  à  la 
rareté  même  de  la  race  aux  anciennes  épo- 
ques géologiques,  ou  enfin  à  la  nature  po- 
reuse des  ossements  qui  les  porte  à  surnager 
pendant  longtemps,  avant  que  les  sédiments 
s*en  emparent 

Li^s  os  ne  sont  pas  les  seuls  débris  de  la 
classe  des  oiseaux  qu'on  rencontre  à  l'état 
fossile.  Nous  avons  vu  qu'on  y  rencontrait 
très-rarement  les  ongles,  le  bec,  les  plu- 
mes, etc.  ;  on  y  trouve  même  des  œufs  par- 
fiiitement  conservés  dans  leur  forme.  Les 
gypses  de  Montmartre  présentent  de  beaux 
exemples  d'oiseaux  conservés  avec  le  bec  et 
les  ongles.  On  possède  au  Muséum  de  Paris 
deux  portions  de  plumes  très-reconnaissa- 
bles,  qui  proviennent  d'un  terrain  tertiaire 
d'Auvergne,  un  autre  échantillon  provenant 
du  gypse  d'Aix,  un  troisième  de  Monte - 
Bolca.  Quant  aux  œufs  fossiles  d'oiseaux,  on 
dit  qu'il  n'est  pas  rare  d'en  rencontrer  dans 
les  terrains  d'eau  douce  d*Auvergne  ;  on  en 
cite  également  dans  les  gypses  d\\\. 

L'hi>toire  que  nous  venons  de  tracer  des 
débris  fossiles  de  la  clasde  des  oiseaux  de- 
meurerait incomplète,  si  nous  ne  disions 


encore  quelques  mots  oes  traces  que  ces  ani- 
maux ont  laissées  sur  certaines  couches  géo- 
logiques ancÎQpnes  dont  nous  avons  déjà  fait 
mention,  en  traitant  des  empreintes  physio- 
logiques. {Voy,  ce  mot.)  La  véritable  nature 
organique  de  ces  empreintes  ne  saurait 
être  aujourd'hui  douteuse  pour  personne; 
M.  Hitchcock,  qui  les  a  |)articulièrenient  étu^ 
diées,  a  prouvé,  par  de  savantes  recherches, 
qu'il  n'était  possible  Je  les  attribuer  à  ant- 
enne autre  classe  d'animaux  marcheurs  qu'à 
celle  des  oiseaux.  Rencontrées  dans  les  grès 
de  l'étage  conchylien  de  Massachussets,  aux 
Etats-Unis,  ces  empreintes  sont  générale- 
ment composées  de  trois  doigts,  le  médian 
étant  plus  long  que  les  deux  autres.  Quel- 
ques-unes portent  des  ongles;  quelques- 
unes  aussi  offrent  un  pouce  en  arrière,  et 
toutes  retracent  bien  la  marche  d*un  bi|.ède: 
car  on  ne  trouve  jamais  plus  de  deux  rangées 
parallèles,  une  de  droite  et  upe  de  gauche, 
pour  chaque  série  de  pas.  Les  em|<retntes 
se  succèdent  régulièrement,  le  pied  droit  et 
le  pied  gauche  se  montrant  toujours  à  leur 
place  respective.  Quelques-unes  n'entre  elles 
mesurent  des  dimensions  énormes  ;  une, 
entre  autres,  semble  prouTer  que  le  pied 
qui  l'a  produite  n'avait  pas  moins  de  15  pou- 
ces (anglais)  de  long  et  10  pouces  de  larj^e* 
sans  compter  l'ongle  de  derrière,  qui  avait  à 
lui  seul  2  pouces.  Quatre  à  cinq  [lieds  au 
moins  d'intervalle  séparent  la  trace  de  cb*- 
que  pas,  c'est-i-dire  marque  chaque  enjam- 
bée de  l'animal.  Ces  intervalles  indiquent 
des  pro{)ortions  si  fort  au-dessus  de  celles 
des  espèces  vivantes  connues  jusqu'à  ce  jour 
(les  enjambées  de  l'autruche  n'ont  que  10  à 
12  pouces  de  long,  mesure  anglaise),  que  le 
g<^ologue  est  porté  naturellement  a  se  de- 
mander si  ce  sont  bien  là  de  véritables  em- 
preintes de  pas  d'oiseaux.  Une  circonstance 
assez  remarquable,  qui  sp  rattache  au  gise- 
ment des  empreintes  physiologiques  de  pas 
d'oiseaux,  c'est  que,  dans  les  couches  où 
celles-ci  se  rencontrent,  on  n'a  jamais  trouvé 
le  moindre  débris  osseux  d'oi>eaux.  On  y  a 
découvert  seulement,  en  ces  derniers  temps, 
des  coprolites  qui  paraissent  bien,  d'après 
leur  composition  chimique,  devoir  être  at- 
tribués à  des  animaux  de  cette  classe. 

Cuvier  divise  les  oiseaux  en  ordres  qui 
ont  presque  tous  des  représentants  à  l'état 
fossile. 

Premier  ordre.  Oiseaux  de  proie  (Bapacee). 
—  On  rapporte  à  celte  division  un  genre 
perdu  :  le  g.  lithomisj  Owen,  voisin  du  vau- 
tour, mais  plus  petit  qu'aucun  des  genres 
actuellement  connus.  Il  s'est  montré  dans 
l'étage  parisien  de  Sheppy.  On  connaît  en- 
core quelques  rcfTésentants  des  g.  haliœtue^ 
buieo  et  #/ri<r,  dans  l'étage  parisien  de  Mont- 
martre; du  g.  catarthes^  mns  l'étage  subapeil* 


1051 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


OIS 


m> 


nin  d'Auvergne  ;  des  g.  vuUur,  ajutïa,  dans 
le  diluviiim. 

Deuxième  ordre.  Passereaux  {Passeres),  — 
On  cite  comme  genre  éteint  le  g.  protornis^ 
Moyer,  rencontré  dans  Tétage  suessoniea 
ijeijiaris. 

Parmi  Jes  genres  existants  qu'on  a  cru 
recoiinaîire,  on  indique  les  g.  turdus  ,  frin- 
ailla  et  corvusj  dans  l'étage  falunien  de 
Weisenau,  de  Sansan  ;  et  dans  les  cavernes 
ou  le  diluvium,  les  genres  motacilla^anaba* 
teSf  alauda^  (wrdus^  corvus^  hirundo^  raprt- 
ntulgus^  etc. 

Troisième  ordre.  Grimpeurs,  —  Un  genre 
éteint,  décrit  par  M.  Owen  sous  le  nom 
d'halcyornisy  a  offert  une  espèce  dans  l'é- 
tage parisien  de  Sheppy  (Angleterre).  Les 
genres  encore  existants  connus,  tels  que  les 
coocysus,  picusy  psitlacusj  etc.,  sont  des 
cavernes  ou  du  diluvium  d'Europe  et  du 
Brésil. 

Quatrième  ordre.  Gallinacés  {Gallinaceœ). 

—  On  a  rapporté  toutes  les  espèces  fossiles 
ft  des  genres  connus  h  l'état  vivant.  Le 
g.  perdix  a  offert  une  espèce  dans  Tétage 

{)arisien  de  Montmartre,  une  autre  dans 
'étage  falunien  de  Weisenau;  les  quatre 
genres  phasianus^gallus^  numida^  crypiuruf^ 
cités  à  rétat  fossile,  sont  des  cavernes  et  du 
diluvium,  dès  lors  ils  dépendent  peut-être 
de  répoque  actuelle. 

Cinquième  ordre.  Courreurs  (Currentes). 
~.  Un  genre  perdu  de  cette  division,  le 
g.  eîmornt>,  Owen,  dont  on  rencontre  des 
restes  abondants  dans  le  diluvium  de  la 
Nouvelle-Zélande,  était  remarquable  par  ses 
dimensions  et  par  sa  forme.  Sa  découverte 
récente  a  vivement  excité  l'admiration  des 
zoologistes.  On  en  connaît  déjà  cinq  espèces  ; 
l'une  d'elles  n'avait  pas  moins  de  quatre  mè- 
tres et  plus  de  haut;  un  tibia  mesure  i8 
pouces  et  demi  (anglais)  de  long  ;  un  fémur, 
Ifc  pouces  de  long  et  7  pouces  et  demi  de 
circonférence.  Les  dinornis  étaient  intermé- 
diaires, pour  la  forme  entre  les  casoars  et 
les  aptéryx. 

Le  genre  rhéa  a  montré  des  débris  dans 
les  cavernes  du  Brésil.  On  sait  que  ce  genre 
vit  encore  sur  le  même  continent. 

Sixième  ordre.  Echassiers.  (Grallœ)  tous 
oiseaux  dé  rivages.  —  On  a  décrit  sous  le 
nom  de  palœornisy  Mantell,  des  os  d'oiseaux 
rencontrés  dans  l'étage  néocoraien  de  Til- 
gate.  Les  autres  genres  qu'on  a  cru  recon- 
naître sont  rapportés  aux  formes  actuelles. 
On  cite  le  g.  scolopaxy  dans  l'étage  crétacé 
sénonien  de  New-Jersey,  aux  États-Unis; 
des  traces  des  g.  tantalns^  scolopax,  nume^ 
nius  et  /w/ua,  dans  l'étage  parisien  de  Mont- 
martre et  de  Halten;  des  traces  des  genres 
ciconiay  scolopaxy  dans  l'étage  falunien  de 
Weisbaden  et  de  Weisenau;  des  ossements 
de  phœnicopterusy  en  Auvergne;  et  dans  les 
cavernes  et  le  diluvium,  avec  les  genres 
précédents,  des  olis^  des  rallus  et  des  crex. 
Septième  ordre.  Palmipèdes  (Nalatores). 

—  Un  genre  perdu  de  celte  division  est  le 


cimoliornisy  Owen,  de  l'étage  crétacé  néo- 
comien  de  Maidstone  (Angleterre).  Parmi 
les  genres  connus  à  l'état  vivant,  onaiseo- 
tienne  le  g.  carbo^  dans  l'étage  parisien  tle 
Montmartre;  dans  l'étage  subapennirufAu- 
vergne  et  de  Morabach,  des  mergus^  des  anas 
et  des  carbo:  puis,  dans  les  cavernes  et 
dans  les  ailuvtons,  où  Tâge  ne  peut  être  ri- 
goureusement déterminé,  avec  les  ceorei 
cités  des  larus^  des  amer  ei  des  eolj^miiu. 

Résumé  paleontologique  sur  les  oiseau. 
—  Comparaison  générale»  —  £n  comparai 
la  répartition  cbronologique  des  oiseaui  à 
la  surface  du  globe,  à  ce  que  nous  avons  dit 
des  mammifères,  on  s^apercavra,  tout  de 
suite,  que  \^  oiseaux  fossiles  ont  suivi,  en 
tout,  la  même  loi  de  répartition  géologique 
En  etfet,  on  voit  encore  qu'à  rexcepliou  de 
quelques  empreintes  nhysiologiques  im 
les  premiers  âges  géologiques  et  de  quel- 
ques genres  dans  les  terrains  crélacés,  IVo- 
semble  des  oiseaux  s'est  montré  avec  les 
terrains  tertiaires  et  a  marché  pro^^res^ve- 
ment  jusqu'aui  dernières  coucnes  (^éoluzi- 
ques.  Nous  insistons  sur  cette  concoruancf 
de  résultats,  dans  le  but  de  faire  reiuaniuer 
que  les  oiseaux,  comme  les  oiammifères, 
sont  essentiellement  terrestres  et  quii» 
respirent  l'air  en  nature. 

Après  cccfuenous  avons  dit  de  ladi 
culte  de  distinguer  avec  certitude  les  genres 
par  les  caractères  ostéologiques,  on  conce- 
vra que  nos  généralités  sur  les  oiseaux  fos- 
siles ne  peuvent  nous  amener  à  des  coH&i; 
dérattons  aussi  complètes  que  les  maoïnii- 
fères.  En  effet,  les  oiseaux  ne  montraBi 
aucune  différence  bien  marquée  dans  I  io^ 
tant  d'apparition  respective  des  ordres,  nous 
pouvons  croire  qu'ils  eut  subi  ane  même  lui 
de  répartition  dans  les  couches  terre^lrcs. 

Réductions  zoologiques  généralei,  -  Si 
nous  comparons,  en  remontant  deséi^u^ 
anciennes  vers  Tétai  actuel,  le  nombre  res- 
pectif  des  traces  que  les  oiseaux  ont  laissées 
clans  les  couches  terrestres,  nous  arrivG'ODS 
aux  conclusions  suivantes.  A  quelle  époque 
peut-on  faire  remonter  avec  quelgue  cerli- 
tude  la  première  apparition  des  oiseaux  sur 
le  globe?  C'est  la  première  question  q»; 
se  présente  naturellement  à  la  pensée,  m 
l'on  en  croit  lea  empreintes  physiolog't^^ 
dont  nous  avons  parlé,  les  premières  traces 
d'oiseaux  se  seraient  montrées  avec  Téiage 
conchylien,  le  premier  des  terrains  tnasj- 
ques  (Tik).  Malgré  les  savants  travaux  de 
M.  Hitchcock,  nous  ne  pouvons  nous  eiii- 

1)ècher  de  conserver  encore  des  doutes  5ur 
es  véritables  rapports  de  ces  ancicniK> 
traces  d'animaux.  Rien ,  assurément,  fl^' 
s'oppose  à  ce  que  les  oiseaux  ovipares  a 
sang  chaud,  se  soient  montrés,  pour  ia  pr^ 
mière  fois ,  sur  la  terre,  en  môme  temps  qjî« 
les  reptiles  ovipares  à  sang  froid.  La'J»'!' 
culte,  pour  nous,  ne  se  trouve  pas  là  ;  p*'* 
bien  dans  une  autre  déduction  générais 
d'une  haute  importance  en  paléontok-i^ 
C'est  la  persistance  des  formes  imoiH^ 


(774)  M.  Elle  de  Baumoat  penM  qu«  le  D(Hiveau  gris  rauga  dépend  des  lerf mm  tiiasîqttti  iffàietff^^ 


1055 


OIS 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


ORT 


1054 


à  la  surfiice  do  globe,  quand  une  fois  elles 
ont  commencé  a  paratlre.  Nous  arons  tu 
cette  persistance  marquée  aux  mammifères; 
nous  ypiTons  aux  reptile?,  qu'après  leur 

f)remière  apparition,  en  même  temps  que 
es  em.Dreintes  physiologiques  en  question, 
les  reptiles  n*ont  cessé  de  se  montrer  à  tous 
les  âges  géologiques.  Nous  voyons  encore, 
en  parcourant  les  autres  séries  animales, 
que  Je  fait  est  général-  On  pourrait  alors 
se  demander  :  pourquoi  ne  trouve-t-on  au* 
cun  ossement  aoiseaux  en  même  temps  que 
CCS  empreintes,  quand  les  reptiles  y  ont 
laissé  leurs  restes  osseux?  Pourquoi,  sî  ce 
sont  des  oiseaux,  ceux-ci  sont-ils  totalement 
ir  connus,  jusqu'à  présent,  dans  le  dernier 
étage  triasique,  et  dans  les  dix  étages  ju- 
rassiques intermédiaires,  qui  séparent  ces 
empreintes  phj^siologiques  des  premiers 
restes  certains  d  oiseaux?  On  voit  au'il  peut 
y  avoir  encore  Quelque  incertitude  sur  la 
pr  sence  réelle  oes  oiseaux  à  Tépoque  de 
l'étage  conchylien. 

Après  ces  traces  douteuses,  les  premiers 
ossements  d*oiseaux  qu'on  a  rencontrés  ap* 
parliennent  aux  couches  terrestres  de  Weald- 
Clay,  que  nous  croyons  devoir  rapporter  à 
Vt'tk^e  néocomien,  le  plus  ancien  des  étages 
crétacés.  On  connaît,  a  cette  époque,  deux 
aenres  perdus  {paleornis  et  cimoliornis). 
Dans  les  terrains  crétacés,  on  ne  cite  qu'une 
seule  espèce  propre  è  Tétage  sénonien  des 
États-Unis.  Après  cela,  les  oiseaux  ne  se 
montrent  plus  en  nombre  qu'avec  les  terrains 
tertiaires  où  les  mammifères  ont  pris  leur 
grand  développement  de  formes.  On  compte 
en  effet,  dans  l'étage  parisien  onze  formes 
zoologiques,  quelques  genres  de  plus  dans 
rétage  falunien,  tandis  que  dans  l'étage 
suba[)ennin,  on  en  compte  vingt-neuf.  Ces 
c!iiU*res,  comparés  à  celui  de  300  environ, 
auxquels  s'élèvent  les  genres  existants, 
prouveront,  avec  toute  Tevidence  iK)ssible, 
que  les  formes  zoologiques  des  oiseaux  ont 
constamment  marché  en  progression  crois- 
sante, depuis  leur  première  api-arition  sur 
la  terre,  jusqu'à  l'époque  actuelle,  et  qu'elles 
sont,  aujourd'hui,  au  maximum  de  leur  dé- 
veloppement générique. 

Déductionê  géologiques.  —  Les  caractères 
stratigraphiques  négatifs  donnés  par  les 
penres  d'oiseaux,  sont  semblables  à  ceux 
que  donnent  les  mammifères.  En  effet  sur 
les  y»  genres,  aucun  ne  parcourant  tous 
les  étages,  et  tous  étant,  au  contraire,  can- 
tonnés daus  des  étages  spéciaux,  ils  devien- 
nent, pour  tous  les  terrains  et  pour  tous  les 
éM^cs  où  ils  manquent,  autant  de  caractères 
négatifs,  aux  quels  on  pourra  recourir  pour 
Tagc  géologique  d'étages  douteux.  Les  ca-- 
ractères  stratigraphiques  positifs  sont  encore. 

Far  la  même  raison,  au  nombre  de  44;  ainsi 
on  voit,  malgré  le  peu  de  faits  donnés  par 
le<^  oiseaux,  comparés  aux  mammifères,  qu  ils 
oA*ent  encore  assez  de  formes  spéciales 


dans  les  étages  géologiques,  pour  donner 
àe:9  caractères  positifs  applicables  à  la  re- 
connaissance des  étages  géologiques. 

OISEAUX,  leur  première  apparition. 
Foy.  Co?rcHYLiE!i. 

OMAR.  Koy.  .GÉOLOGIE. 

ooLiTHE  Inférieure.  Foy.  callovuh 

et  Bajocie^t. 

OPHIUROIDES.  —  C'est  un  ordre  d*échi« 
nodermes,  embranchement  des  zoophytes. 
Corps  discoïdal ,  déprimé ,  pourvu  de  bras 
non  creux  ;  organes  spéciaux  de  locomotioni 
et  indépendants  de  la  cavité  viscér»le.  Une 
bouche  servant  en  même  temps  d'anus;  des 
pédicules  respiratoires  retractiles;  ovaires 
dans  le  disque.  Charpente  osseuse  testacée, 
extérieure  an  corps,  et  formée  quelquefois 
de  plaques  dont  le  nombre  est  déterminé, 
sans  plaque  madréporiforme  ;  la  bouche 
stelliforme  est  au  centre.  Les  bras,  sans  ca* 
nat  intérieur,  sans  sillons  inférieurs,  sont 
soutenus  intérieurement  par  une  série  de 
pièces  vertébrales  centrales  ;  et ,  de  plus , 
^pourvus  en  dehors  de  nombreuses  plaques 
ou  d'épines  disposées  régulièrement.  iJË% 
ophiuroldes  se  tiennent  toujours  la  bouche 
en  bas  et  rampant  ainsi  sur  le  sol. 

Le  nombre  restreint  de  genres  ne  nous 
permet  pas  d'autres  généralités  que  les  sui* 
vantes.  Le  premier  çenre  connu  s'est  montré 
avec  l'étage  murchisonien.  L^^  autres  sont 
ainsi  répartis  :  %  dans  les  terrains  paléozoï- 
ques,  3  dans  les  terrains  triasiques,  5  dans 
les  terrains  jurassiques,  51  dans  les  terrains 
crétacés,  tandis  qu'un  fort  maximum  se 
trouve  dans  les  mers  actuelles.  Ainsi  les 
opkiuroïdes  sont  certainement  encore  dans 
une  pleine  voie  de  développement  de  formes 
zoologiques. 

OR.  Foy.  V Introduction» 

ORDRES  d'animaux  fossiles  âvx  mwTÈi 

BEUTS  AGES  DU  1105IDE.    Voy.  PlIYSIOLOGIB  FA» 

LÉ0!«T0L0GiQLB,  —  leurs  périodes  croissant  se 
ei  décroissantes.  —  Voy.  ibid. 

ORIGINE  DE  LA  TERRE,  DU  SOLEIL,  DES 
FLATIÈTKS,   DES    COMITES,  CtC.  Voy.  CCS  mOtS. 

ORTHOCÉRATITES.  —  Ce  sont  dos  mol- 
lusques  ainsi  nommés  h  cause  do  la  forme 
ordinaire  de  leur  coquille,  qui  est  celle  d'une 
corne  droite.  Le3  orthocératites  commencè- 
rent à  se  montrer  à  peu  près  k  la  même 
époque  reculée  que  les  nautiles,  dans  les 
mers  où  se  déposèrent  les  couches  de  tran- 
sition, et  ils  s'en  rapprochèrent  tellement 
par  leur  structure,  que  nous  pouvons  pro- 
noncer que  c'étaient  des  coquilles  remplis- 
sant de  même  les  fonctions  de  flotteurs  à 
regard  de  quelques  mollusques  céphalopo- 
des. Ce  genre  se  compose  d  un  grand  nom- 
bre d'espèces  qui  abondent  dans  les  terrains 
stratifiés  delà  série  de  transition;  et  c'est 
un  de  ceux  qui,  appelés  l'un  des  premiers  à 
prendre  place  sur  la  surface  de  notre  planète, 
ont  presque  complètement  disparu  dès  une 
époque  très-reculée  (775)- 


(llh)    Vog»  d'0rbic5T,  Tableau  méthodique  des    '  ik  ce  fait  général  que  le  genre  ortlioeératUes*éleif  ait 

céphalopodes.  '  svant  le  dépôt  des  terrains  sccehdaires.  Une  |)etiie 

U  ii*existe  ^  ma  connaissanoe  que  deox  exceptions     espèce  douteuse,  trouvée  dans  le  lias  de  Lysie-Be^ 


I0S5 


OXF 


DICTIONNAIRK  DE  COSMOGONIE 


OXF 


De  même  que  les  nautiles,  les  orthocéra* 
tites  sont  des  coquilles  niulliloculaires  dont 
les  cloisons  transversales  ont  leur  concavité 
tournée  vers  Textéricur  et  sont  percées  à 
leur  centre  ou  près  des  bords  pour  le  pas- 
sage d'un  siphon.  Le  tube  destiné  h  loger 
ce  dernier  varie  dans  son  diamètre  plus  que 
celui  d'aucune  autre  coquille  mullilocu- 
laire;  car  il  atteint  depuis  un  dixième  jus- 
qu'à la  moitié  du  diamètre  total  de  la  co- 
quille elle-même,  et  souvent  il  prend  une 
forme  renflée  qui  dût  permettre  la  dilatation 
d'un  siphon  membraneux.  La  base  de  la  co- 
quille, en  avant  de  la  dernière  cloison,  offre 
une  cavité  plus  (grande,  où  le  corps  de  ra- 
nimai parait  avoir  été  en  partie  coutenu. 

Les  orthocératites  sont  de  forme  droite  et 
conique,  et  offrent  avec  les  nautiles  les  mê- 
mes rapports  que  les  baculites  avec  les  am- 
monites. Les  orthocératites,  en  effet,  pour- 
vues de  cloisons  transversales  simples,  res- 
semblent à  des  nautiles  aue  Ton  aurait  re- 
dressés, tandis  que,  dans  les  secondes  ainsi 
que  dans  les  ammonites,  les  chambres  a<^rien- 
nes  sont  formées  par  des  cloisons  transver- 
sales sinueuses.  Les  orthocératites  varient 
considérablement  dans  leurs  formes  exté- 
rieures et  dans  leur  taille;  il  en  est  qui  ont 
trois  pieds  de  long  avec  un  diamètre  d'un 
demi-pied  ;  et  on  a  compté  jusqu'à  soixante* 
dix  chambres  aériennes  dans  un  seul  indi- 
vidu. L'animal,  qui  avait  besoin  d'un  sem- 
blable flotteur  |)Our  se  soutenir  au  sein  des 
eaut,  dut  surpasser  de  beaucoup,  par  ses 
proportions,  les  plus  gigantesques  de  nos 
céphalopodes  actuels;  et  le  grand  nombre 
d'orthocératites  que  l'on  rencontre  parfois 
dans  un  seul  bloc  de  pierre  prouve  jusqu'à 
quel  point  ces  mollusques  abondaient  dans 
les  eaux  des  océans  anciens.  On  en  trouve 
des  quantités  considérables  dans  les  blocs 
d'un  marbre  de  couleur  rouge  obscur,  ap- 
partenant au  calcaire  de  transition  de  l'Ile 
d'Ol^land,  et  que  l'on  transporte  depuis  Quel- 
ques années  dans  plusieurs  parties  de  l'Eu- 
rope, pour  remployer  dans  les  constructions 
architecturales  (776). 

OSCILLATIONS  du  sol  ;  leur  rôle  dam  la 
formation  des  couches  carbonifères.  -    Yoy. 

CABBONlFiRIEll. 

OURS.  —  Voy.  Mammifères. 

OXFORDIEN  (ETAGE).  —  Le  septième 
étage  des  terrains'jurassiques  et  le  treizième 
de  la  série  totale  des  formations  géologiques. 
11  lire  son  non  d'Ox/brd,  ville  cTAngleterre, 
où  il  se  trouve  comme  type,  ainsi  qu'à 
Trouville  (  Calvados  ) ,  etc. 

Presque  partout  oii  se  trouve  l'étage  callo- 
vien,  se  remarque  dessus  l'étage  oxfordien. 

gls^  et  une  autre  appartenani  au  calcaire  alpin  de 
la  tormalîou  oolitique  de  Halstadt.  dans  le  Tyrol, 
•ont  les  deux  plus  récentes  que  Ton  ait  encore  si- 
gnalées. 

(77i))  Une  portion  du  pavé  de  la  cour  du  palais  de 
Ramptou,  le  pavé  de  la  salle  du  collège  de  runlver- 
sité  à  Oxlord ,  plusieurs  lonibeaux  des  rois  de  Po- 
logne, à  Cracovie,  ont  été  exécutés  avec  ce  marbre, 
éùiê  lequel  se  montrent  un  gnui4  nombre  do  oo« 


En  résumé ,  on  le  rencontre  depuis  le  U* 
jusqu'au  68*  de  latitude  nord. 

Sur  certains  points  du  sud-ouest  de  li 
France,  dans  le  rentre  et  surtout  dans  les 
Alpes,  on  peut  évaluer  de  100  à  ISO  mètres 
la  puissance  de  l'ensemble.   . 

En  Russie,  une  surface  lonzue  dett,et 
large  de  23  degrés,  a  cessé  detre  une  mer 
k  la  fin  de  cet  étage  et  est  redevenue  m 
partie  continentale.  Cette  snréléYation  de 
couches  restées  presque  horizontales  est-elle 
la  suite  d'une  force  intérieure  souIeTanlei 
ou  est-elle  due  à  un  changement  de  niTen 
dans  les  mers?  Nous  nous  bornerons  Nire 
que  nous  croyons  que  cette  surélévalion  est 
produite  par  l'abaissement  des  eaux,  quii 
mis  k  sec  des  parties  peu  profondes  des 
mers.  Il  parait,  au  moins,  en  être  ainsi 
pour  la  Russie;  car  le  manque  de  crinoîdes 
de  bryozoaires  et  de  zoopliytes;  TabondaDoe 
des  céphalopodes ,  des  gastéropodes  et  des 
lamellibrancnes ,  ne  nous  donnent  partout, 
que  des  points  déposés  sur  une  côte  ou  peu 
au-dessous  des  marées,  ce  qui  |)Ourraiteipli- 

3uer  le  dessèchement  de  ces  parties,  sans uae 
ifférence  de  niveau  de  plus  que  de  quet 
ques  mètres.  Dans  tous  les  cas,  que  le 
mouvement  se  soit  fait  sentir  d'une  manière 
ou  de  l'autre.,  nous  le  croyons  assez  consi- 
dérable dans  ce  qui  nous  en  est  c^nnu,  poor 
2ue  nous  puissions  lui  attribuer  la  fin  de  It 
tune  oxfordienne ,  dont  les  limites ,  sur  les 
couches  concordantes  des  points  non  dislo- 
qués ,  coïncident  si  bien  avec  ces  parties 
isolées  de  l'époque. 

Le  polissage,  la  corrodation  de  1  éli» 
oxfordien  d'Escragnolles  (Varl,avaDiquj 
ne  fût  recouvert  par  d'autres  sédimenls.est 
encore  une  preuve  du  mouvement  des  eaai, 
qui  Ta  ainsi  dénudé  et  usé. 

Caractiret  patéonlologiques.  —  I^^ 
tères  généraux  de  cette  faune  sont  trts^ 
marquables.  Ce  n'est  plus  ici  unensein- 
ble  sans  couleurs ,  mais ,  au  contraire,  u«« 
curieuse  époque  de  recrudescence  de  crffr 
tion  très-tranchée  parmi  les  terrains  juras- 
siques. C'est,  en  effet,  dans  l«  If".^ 
jurassique,  l'étage  où  il  naît  le  plusf«7 
mes  jusque-lk  inconnues,  et  où  plus  «' 
formes  spéciales  y  naissent  et  y  roeuremi 
comme  on  le  verra  dans  les  caractères  sira- 
tigraphiques  suivants  :  . 

Pour  séparer  l'étage  oxfordien  de  U«g 
callovien ,  de  plus  du  genre  palœoteuihit  ^ 
et  mort  dans  l'étage  callovien,  nous  a  w 
deux  autres  genres  qui,  nés  «ntérieure» 
ment,  s'éteignent  aussi  dans  l'étage  cai^ 
vien ,  sans  passer  k  l'étape  oxfordien  :  par» 
les  reptiles,  le  genre  ichthuosaurus;  fàm 
les  poissons ,  le  genre  pacHycormus. 

quilles  d^orthocératitcs.  Les  plas  grandes  .»i^ 
que  Ton  connaisse  se  trouvent  dans  le  caî2"*rr2s' 
bonirère  de  Closeburn ,  dans  le  conilë  de  tj^^^^r 
elles  sont  à  peu  prés  de  la  grosseur  de  la  c»» - 
La  présence  de  ces  mollirsques  gigan*^"^?  I'^l^ 
témoigner  de  la  haute  température  qui  i^'^  A.. 
dans  les  régions  septentrionales  der£urope>i'7 
M.  SowKiBY,  Min.  cwêqH.^  pU  ccuvi) 


tesT 


tàC 


ET  DE  PALBOMTOLOGIL 


PAC 


Poar  séparer  paldontologiqnement  Tépo- 
que  qqi  4ious  o<:cupe  de  l'élage  corallien 
<iuî  lui  succède  iiuiDediatcmeDU  nous  avons, 
indépendamment  des  plantes,  36  genres 
qui  commencent  seulement  à  paraître  dans 
létale  suivant,  et  manquent  encore  dans 
celui-ci. 

Les  genres  inconnus  aux  étages  infé- 
rieurs, et  apparus  pour  la  première  fois 
dans  Téta^^e  osfordicn,  seront  autant  de  ca- 
ractères (losilifs  pour  les  distinguer  de  Té- 
Eoqiie  antérieure;  ces  genres  sont  au  nom- 
re  de  78. 

Les  genres  spéciaux  à  Tétage  oxfordien, 
qui  sont  nés  et  moris  dans  cette  période, 
sont  autant  de  (taractères  ()OsitiCs  |iOur  les 
distinguer  de  Tétago  corallien,  où  ces  genres 
ne  sont  pas  inconnus.  Nous  avons  78  gen- 
res ou  formes  animales  spéciales,  ce  qui 
est  réellement  énorme,  rclaliveiuent  aux 
limites  straligraplûques  données  par  la  stra- 
tiCcation  ;  car  ces  dilTérences  annonceraient 
les  limites  les  plus  tranchées  entre  les  deux. 

Sans  compter  les  nombreuses  espèces  d*a- 
maux  vertébrés  et  annelés,  et  des  planles 
qui  £*élèvent  à  quelques  centaines,  nous 
avons ,  en  animaux  mollusciues  et  rayonnes 
seulement,  le  nombre  de  739  cs|ièces.  En 
ôtant  de  ce  nombre  les  S  esj'èccs  commu- 
nes à  la  fois  à  Téiage  callovicn  et  les  15  sui- 
▼anies  communes  avec  Télagc  corallien,  il 
restera  encore  702  es|)èces  caraclérisiiijues 
de  cet  étage  qui  pourront  servir  à  le  taire 
reconnaître. 

Chronoloffie  hiitorique.  —  A  la  lin  de  Pe- 
lage callovien,  prohablemcnt  |>ar  suite  d'une 
perturbation  géologique,  ont  élé  anéanties, 
avec  quelques  genres,  avec  des  espèces  d'a- 
nimaux vertébrés  et  annelés,  2S5es|ièces 
d*animaux  mollusques  et  rayonnes.  Liirs(|ue 
le  calme  s*est  rétabli  dans  la  nature,  sont 
nés ,  avec  l'étage  oxfordien ,  78  genres  d'a- 
nimaux de  toutes  les  classes,  juscju'alors 
inconnus ,  et  plus  de  800  csfYèces  d'êtres  et 
de  plantes,  complétant  Taniniation  de  cette 
curieuse  époque  du  monJe  animé. 

Les  mers  oxfordiennes  ont  conservé  la 
même  extension  qu*à  l'époque  précédente , 
seulement  elles  se  sont  de  nouveau  retirées 
tout  aiUour  des  liassins  anglo-parisien  et 
pyrénéen,  par  suite  d'atterrissements  litto- 
raux. Elles  s'étendaient  sur  les  mêmes  |)oints 
d*£urope,  et  probablement  san»  interrup- 
tion, d'un  côté ,  jusqu'en  Asie-Mineure,  et 
de  Tautre  en  Russie  ;  car  il  y  a  trop  d  es|)è- 
ces  communes  entre  la  France  et  ces  con- 
trées lointaines  jusqu'à  la  mer  tilaciale, 
pour  croire  qu'il  existait  des  limites  entre 
ces  points  des  mers  oxfordiennes. 


Les  continents  devaient  être  aussi  les 
mêmes,  au  moins  en  France,  en  Angleterre 
et  en  Russie,  à  cela  près,ce|cndant,  dans 
les  |>remières  contrées,  d'atterrissen^ents 
nouveaux  au  pourtour  des  t)as^ins.  Comme 
à  Tétage  précédent,  les  détroits  breton  el 
vosgien  forment  un  isthme;  l'Ilot  du  Ji:ra 
est  le  même,  ainsi  que  les  autres  points 
eontinentaux. 

Les  mers  s'enrichissent  d'un  grand  nom- 
bre d'animaux  nouveaux;  nous  y  vojons, 
en  effet,  apparaître ,  avec  le  premier  règne 
des  crustacés  décaïKxles ,  les  premiers  crus- 
tacés isopodcs,  les  premiers  règnes  des 
amorpliozoaires  testâtes;  et,  dans  toutes 
les  autres  classes,  soit  le  maximum  de  dé- 
veloppement de  quelques  familles,  comme 
celles  des  pycnodidé(.*s,  des  lépidoptéridées, 
parmi  les  |ioissons«  un  grand  nombre  de 
genres  nouveaux  de  toutes  les  classes,  parmi 
les«iuels  nous  distinguons  des  céphalofiocrcs 
remarquables,  conuiic  la  «rr/if ,  les  Irptolnh 
thiê  et  les  acaniitoieuihist  «les  venus,  lieau- 
cou|)  de  genres  de  crustacés,  d'érhiiiiider* 
mes ,  «iC  iKilypiers  et  des  s|K>iigi<iires.  Les 
nombreuses  ftirnies  nouvelles  jointes  au 
niaximiiiii  d«  déveluppenieut  des  es|iè«x'sdes 
genres  pholadomija^  myoconcha^  rhyniho" 
nrlla  et  cugeniacrinus^  donnent  à  cet  étage 
une  rii'lie*i.Ne  «iiiiiiiale  bien  supérieure  à  celle 
ûes  éjioiiiies  antérieures. 

Ijcs  eoiitinenls  n'étaient  pas  moins  bien 
parlAirés;  cnr  nous  y  'voyons  apiiarailre, 
|tfHir  la  pri'inière  fois,  des  représiiilAiits 
nombreux  des  ordres  des  insectes  liémiptè- 
rf*s,  liyniénopières  et  lépitbqilères.  Nous 
voyons*  enrnrc  le  seeoini  lè^nc  des  grands 
reptiles  riverains  composé  île  qiiebpies  gen- 
res déjà  cités,  et  de  10  genn*s  nouveaux, 
parmi  lestpiels  les  gnaihosnnruf .  les  rû'^ 
rhaotauruÉ^  les  pteuroMurnn^  les  gtostaurnêf 
les  êpontigiotauruê  9  et  siirlnut  res  siiigu* 
tiers  rejililes  volants  nommés  p/rrorfifr/^/ii#. 

L*idenlilé  de  la  faune  marine  o\frirdienne 
depuis  le  kOr  de  latitude  jusqu'à  la  in«T  «î la- 
ciale  nous  ferait  croire  qn'«î  cette  éiNnpie  les 
zones  isotliernies  n'exi>taient  |*as  encore, 
neutralisées  qu'elles  étaient  |>ai*  la  cliaieur 
centrale  de  la  terre. 

Par  ce  que  nous  avons  déjfi  dit  de  la  per- 
turliation  tiiiale,  on  voit  qu  elle  a  probable- 
ment déterminé  la  lin  de  la  période  oxfor- 
dienne,  et  c|uc  la  perturliatiim  coïncide 
avec  les  limites  des  faunes  dans  les  couches 
terrestres. 

OXYfiENE,  son  rôle  dam  la  conêtiiutîon 
de  la  terre.  —  Fojf.  MATiisES  iLÉiiEKTAises 

DU  <SL0BB  TBBSBSTSB. 


P 


PACHON  (M.  l*abb£).— M.  l'abbé  Pachon 
est  un  prêtre  savoisien  qui  a  publié,  tout  ré- 
cemment, un  petit  ouvrage  intitulé  :  Oriaine 
dufoêêUee  et  des  caniineniSf  onNauveUethiorie 


de  14  terre.  Cet  auteur  admet  la  création  im- 
médiate des  fossiles  et  des  strates  qui  les  ren- 
ferment. Selon  lui,  les  débris  d'animaux  jBi 
de  végétaux  que  nous  trouvons  dans  le  seio 


»A0 


DIGTiONNAIHS  DE  COSMOGONIE 


PAG 


iOOO 


Je  la  terre  liront  jamais  vécu,  et  ni  les  eou- 
ohfes  terrestres  ni  les  montagnes  ne  sont 
Teffet  des  causes  naturelles.  Nous  allons  ci- 
ter :  c'est  le  moyen  de  faire  connaître  au 
lecteur  la  valeur  des  considérations  que 
%f .  Tabbé  Pachon  développe  dans  son  livre. 

Voici  d'aboni  YAvanhPropos  : 

«  Les  plantes  et  les  animaux  sont  pétri» 
fiés  depuis  la  superficie  jusqu'au,  centre  des 
rochers,  des  montagnes,  jusqu'à  une  profon- 
deur inconnue.  Leur  origine  a  été  merveil- 
le use  pendant  les  jours  de  la  création  ;  l'uni- 
vers  a  été  créé  iniorme  |et  perfectionné  en- 
suite; les  deux  règnes  sont  entrés  dans  ce 
plan  ;  les  Pères  nous  apprendront  bientôt 

au'ils  sont  sortis  de  la  terre  comme  du  sein 
e  leur  mère;  nous  dirons  en  toute  lettre» 
ou  au  moins  dans  les  principes ,  qu'ils  y 
avaient  reçu  l'existence  dès  le  premier  jour. 
Ils  ne  Font  donc  point  reçue  &  la  surface, 
qui  était  recouverte  par  les  eaux,  mais  dans 
)  intérieur  des  terres  meubles  et  des  rodiers 
alors  en  état  de  mollesse.  Les  rochers  ont 
été  durcis  au  troisième  jour,  au  moment  de 
}a  construction  des  montagnes  ;  une  abon- 
dance prodigieuse  de  plantes  et  d'animaux 
étaient  par  cela  même  destinés  à  rester  fos- 
siles, à  orner,  embellir  les  couches  réguliè- 
res, à  former  un  vaste  muséum  sous  les 
royaumes  et  les  empires  :  ce  sont  les  plantes 
et  les  animaux  pétrifiés;  ils  sont  dans  les 
nombreuses  conditions  de  leur  création  in- 
forme, dans  les  nombreuses  conditions  de 
l'état  primitif  et  de  l'état  perfectionné  du 
globe.  Les  deux  règnes  qui  avaient  été  créés 
Sans  les  terres  incohérentes  ont  reçu  la  \h 
aux  troisième,  cinquième  et  siième  jours, 
vivent  maintenant  à  la  surface  :  tous  ont  eu 
primitivement  la  même  orij^ine. 

«  Vous  direa  qu'il  y  a  de Tinconvenance  à 
ce  que  les  deux  règnes  aient  d'abord  existé 
avant  de  recevoir  la  vie,  qu  ils  aient  existé 
j>élc-mèle  avec  les  terres,  les  rochers  encore 
en  état  de  mollesse.  Mais  ces  faits  narri- 
vent-ils  pas  encore  tous  les  jours  d'une  ma- 
nière à  peu  près  semblable?  Ne  savons-nous 
pas  que  les  animaux,  sans  parler  des  hom- 
mes» reçoivent  d*abord  l'existence,  ensuite 
la  vie  dans  le  sein  de  leurs  mères,  qu'ils  y 
demeurent  plusieurs  mois  ?  Leur  naissance 
primitive  ii'étail^elle  pas  beaucoup  plus  dé- 
cente, plus  honorable?  Ne  voyons-nous  pas 
les  plantes  naître  et  demeurer  toujours 
fixées  en  terre?  Si  Ton  veut  réflécnir,  l'on 
conviendra  qu'il  y  a  moins  d'inconvenance 
à  ce  que  les  deux  règnes  soient  privés  de  la 
vie  avant  de  l'avoir  reçue  qu'aprts  l'avoir 
possédée;  or  ne  la  perdent-ils  pas  tous  après 
l'avoir  possédée?  Ne  se  couvrent-ils  pas  de 
terre  comme  ils  l'étaient  dès  le  premier 
jour?  L'ordre  présent  n'est-il  pas  une  justi- 
fication surabondante  de  l'ordre  primitif? 
Ce  qui  arrive  dans  tout  l'univers  depuis  si 
longtemps  ne  pouvait-il  pas  avoir  lieu  une 
fois  d'une  manière  un  peu  différente  ? 
I  «  Les  animaux,  ainsi  que  les  plantes,  sont 
de  la  boue  organisée,  ils  ont  d'abord  été  con- 
fondus avec  cette  boue;  ils  ont  laissé  à 
l'homme  le  oriviléfce  d'être  seul  créé  k  la 


surface;  leur, origine  a  manifesté  et  leur 
bassesse  relative  et  notre  éminente  dioniié. 
Ils  ont  existé  informes  .avant  de  vmm 
leurs  dernières  perfections,  afin  d'entrer 
ainsi  dans  le  plan  de  toutes  les  créatures.  Ils 
n'avaient  point  d'habitation  préparée,  Tin- 
térîeur  de  la  terre  était  le  seul  liemiui  k-ur 
fût  convenable  ;  ils  devaient  d'abord  y  eiis- 
ter  avant  de  venir  à  la  surface  où  sont  leurs 
dernières  fins,  comme  nous  vivons  (îhlM 
à  la  surface  avant  d'enlrer  dans  réierniit, 
où  sont  nos  dernières  fins.  La  dernière  came 
de  leur  création  informe,  parmi  les  sub'^tan- 
ces  minérales,  c'est  que  Dieu  en  a  destiné 
un  nombre  prodigieux  pour  y  rester,  |.our 
être  la  pierre  angulaire  du  temps,  etc.  Leur 
origine  irimitive  serait  impossible  manie- 
nant  que  les  rochers  sont  durcis,  que  l'or :re 
a  changé  ;  mais  elle  était  aussi  conTendUe, 
aussi  nécessaire  dès  le  premier  jourquela 
naissance  actuelle  des  animaipxdansleseio 
de  leurs  mères,  des  végétaux  dans  la  lert«. 
«Les  fossiles,  étant  parfaitement  connus 
suflîraient  maintenant,  eux  seuls,  pour  [roo- 
ver  leur  véritable  origine  :  il  cnfauluire 
autant  des  masses  fossilifères,  du  grand  oa. 
vra^e  de  la  construction.  Les  conlinenls  onl 
toujours  été  visibles  ;  on  ose  dire  enfin  (|ue 
leur  origine  imuiédiate  avait  été  la  doclrme 
du  christianisme;  qu'elle  était  prouvée  par 
les  philosophes,  les  docteurs;  donc  les  los- 
siles  ont  la  môme  origine,  donc  iU  M^^' 
tiennent  à  la  création  informe.  Lorij;iii« 
immédiate  est  opposée  à  celle  profes.^éede 
nos  jours,  mais  elle  est  la  doctrine  anciens 
comprise  dans  ce  qu'elle  avait  de  mplérieui, 
connue  dans  les  riches  trésors  qu  elle  avait 
de  cachés,  confirmée  dans  ce  qu'elle  avaiOie 
manifeste  :  elle  éclaire  aussi  d'une  vive  lu- 
mière toute  la  géologie. 

«  On  sera  forcé  de  convenir  que  cellpon- 
gine  a  toutes  les  conditions  essentielles  pour 
être  vraie  :  serait-il  possible  après  cela 
qu'elle  fat  fausse?  Eh  bien,  soit!  U^^^ 
parti  raisonnable  sera  encore  delà  croire «» 
très-fermement;  c'est  ainsi  que  dans  un  au- 
tre ordre  de  choses  nous  recevons  la  rclaiion 
des  sens,  le  témoignage  des  horames,  w 
vraie  religion,  quoique  tout  sérail  illU'^'J*'^ 
et  mensonge  sur  la  terre.  Je  prouverai  que  les 
fossiles,  les  autres  phénomènes  onl  les  Wj^ 
ports  les  plus  intimes  avec  l'orii^ine  ito»'^ 
diate.  Celui  qui  voudra  la  réfuter  doUçro'^ 
ver  que  ces  rapports  existent  avec  rorigir* 
maintenant  professée,  doit  prouver  que  ^^ 
philosophes  et  les  docteurs  lui  sonlM'^ 
ment  favorables.  Tout  mon  ouvrage  e\\^ 
des  faits  certains,  des  doctrines  inconleSi»- 
blés,  en  déduit  des  conclusions  ;  il  ft"^^"^^^ 
montrer  que  ces  faits  et  ces  dooiriues  R^ 
ne  sont  pas  vrais,  ou  que  les  conclu>ioD^ 
ne  sont  pas  légitimes  ;  il  faudrait  raisonaJ 
conire  moi  exactement  comme  je  raisonna 
moi-même;  on  n'osera  l'entrej rendre,  F 
la  raison  que  deux  doctrines  oppostes  a 
peuvent  être  véri  tables.  « 

«  Quels  sont  donc  les  moyens  pour  r«fl* 

ter  cet  ouvrageî  Ce  sont  ceux  que  P^f^^Z 
une  cause  perdue;  c'est  de  fflure  valoir  «« 


oriijinc. 


Ï061  PAC  ET  DÉ  PALEOMTOLOGIE. 

spécîosités  de  nulle  valeur  ;  c'est  de  s'en  te- 
nir à  des  généralités  qui  ne  disent  rien;  c'est 
(J'iiiibrouiiler  l'état  de  la  question,  de  dire 
que  les  deux  origines  peuvent  ôtre  vraies; 
({u'il  y  aurait  de  la  témérité  à  décider  laquelle 
t'>t  vérilaiile.  Les  géologues,  les  académi- 
(  ions  diront  qu*il  faut  être  savant,  qu'il  faut 
ê.re  (Je  leur  société  pour  juger  cette  grande 
«jiieslion.  Je  réponds  que  l'orii^ine  immé- 
(Jivile  donne  des  moj'ens  de  discussion  entiè- 
r -luent  opposés  à  ceux  dont  ils  se  sont  ser- 
vis ;  elle  est  un  monde  qui  commence  où  tînit 
le  leur;  il  faut  de  la  science,  de  la  philoso- 

Îliie,  de  la  théologie  qu  ils  n'avaient  pas. 
ouïe  leur  science  du  passé  ne  peut  servir 
qu  a  surveiller,  si  je  rapporte  exactement,  les 
laits  nombreux  qu'ils  ont,  découverts  :  après 
dix  années  d'étude,  i'espère  avoir  mi»  celle 
grande  discussion  à  la  portée  des  intelligen- 
ces les  plus  ordinaires.  On  dira  que  je  con- 
dauine  ce  que  les  premiers  pasteurs  ont  to- 
léré; je  refonds  que  la  tolérance  était  un 
mai  ne^es^aJre,  une  œuvre  de  sagesse  ius- 
qu'à  ce  que  la  vérité  fût  connue  :  dés  lors, 
chd.un  peut  et  doit  croire  ce  qu'on  croyait 
dans  les  siècles  pa^^sés.  Je  rapporterai  fidèle- 
ment la  croyance  antique,  je  la  soumets  aux 
P«is(eurs  qui  seuls  ont  le  droit  de  décider;  je 
dé<:]are  que  je  suis  entièrement  soumis  à 
leurs  détiâions;  je  désire  que  les  partisans 
de  1  origine  méJiale  soient  animés  du  môme 
esj>ril.  On  m'objectera  que  les   incrédules 
rejettent  la  doctrine  ancienne;  mais  ils  doi- 
vent la  croire,  puisqu'elle  se  change  en  pro- 
phétie: les  fidèles  croient  cette  doctrine,  et 
c'est  spécialement  pour  eux  que  cet  ouvrage 
est  composé. 

«  On  me  demandera  encore  quelle  est 
l'iiuporlance  réelle  de  l'origine  immédiate - 
cVst  lie  faire  connaître  que  les  continents, 
i'uuîvers,  toutes  les  merveilles  découvertes 
par  k's  géologues  sont  l'ouvrage  même  de  la 
iTéalion;  cesl  de  dévoiler  des  méprises, 
cies  erreurs ,  uniques  dans  les  annales 
du  monde,  les  dimcultés  inOnies  qui  en 
ont  été  la  conséquence  ;  c'est  de  reculer 
les  homes  de  la  géologie)  c'est  (i'éeiairer 
d'une  vive  lumière  la  doctrine  ancienne, 
d'en  faire  voir  les  trésors  inconnus  :  elle  est 
à  la  science  moderne  ce  que  la  prophétie  est 
h  l'événement  ;  c*esi  de  ruiner  l'athéisme, 
le  I  an  théisme;  c'est  de  faire  connaître,  ado» 


PAC 


1062 


3ue  vous  avez  découverts  en  si  grande  abon 
ance  dans  nresque  toutes  les  régions;  qui 
descendent  a  une  profondeur  inconnue ,  el 
qu'on  peut  croire  être  au  moins  de  deux 
lieues  au-dessous  du  niveau  des  mers.  Je 
prouverai  celte  origine  jusqu'à  la  démonstra- 
tion ;  j'ignore  néanmoins  comment  elle  sera 
reçue  de  mes  contemporains.  Nous  savons 
tous  que  les  vérités  maintenant  élémen- 
taires, ont  semblé  d abord  fausses,  para- 
doxales; c'est  ce  qui  est  arrivé  à  l'égard  iles 
antipodes,  de  l'immobilité  du  soleil,  du 
circuit  de  la  terre  :  c'est  ce  dont  vous  avez 
fait  l'expérience;  vous  aviez  beau  dire  : 
Venez,  voyez,  examinez;  les  hommes  ont 
refusé  longtemps  de  croire  les  merveilles 
dont  la  terre  est  remplie;  il  n'y  aurait  rien 
de  surprenant,  s'ils  en  rejetaient  la  véritable 


«  Commençons  par  exposer  en  peu  de 
mots  celle  que  vous  professez.  Vous  dite* 
que  ces  plantes,  ces  animaux  ont  vécu  dans 
un  monde  antérieur  au  nôtre,  el  qui  aurait 
duré  des  myriades  d'années;  que  les  conti- 
nents ont  été  formés  jus;|u'à  une  profondeur 
inconnue  par  dépôt  successif,  par  l'inter- 
mède des  eaux  et  du  feu  ;  que  des  forces 
souterraines  auraient  ensuite  redressé  les 
couches,  soulevé  les  montagnes;  que  les 
vaHécs  ont  été  creusées  jiar  érosion  ;  que  la 
surface  du  globe  n'est  point  l'ouvrage  du 
souverain  Architecte,  mais  relui  des  agents 
uaUirels,  des  causes  inintelligentes. 

«  Toute  cette  doctrine  est  la  conséquence 
nécessaire  de  l'origine  que  vous  donnez  aux 
fossiles  nroprement  dits;  elle  renferme  des 
diiiicultés  iiisolubles,  et  dont  le  nombre  ne 
peut  se  compter;  c'est  votre  aveu,  celui  de 
tous  ceux  qui  veulent  rélléchir.  Les  fossiles 
n*ont  point  l'origine,  si  vraisemblabie  au 
premier  abord,  que  vous  leur  attribuez,  mais 
une  entièrement  diiférenle ,  qui  est  une 
grande  merveille  du  Créateur,  qui  ruine 
toutes  vos  utopies  par  leur  fondement;  je 
vais  la  faire  connaître.  Si  elle  est,  au  pra^ 
mier  abord,  supérieure  à  notre  intelligence, 
parce  qu'elle  est  nouvelle,  elle  conduit  à  des 
conclusions  claires,  évidentes;  si  elle  semble 
incroyable,  comme  les  antipodes,  je  prie  le 
lecteur  de  considérer  les  abîmes  où  conduit 
l'origine  contraire. 


«  On  a  toujours  enseigné  çue  l'homme  a 
ivr^  {glorifier  Dieu.  La  nature  même  de  l'ori-   .eu  l'honneur,  le  privilège  d'avoir  été  seul 

créé  à  la  surface  ;  que  les  plantes,  les  ani- 
maux ont  une  origine  de  beaucoup  infé- 
rieure; qu'ils  sont  sortis  de  la  terre.  Il  est 
maintenant  certain  qu'ils  y  avaient  regu,  dès 
le  premier  jour,  l'existence  dans  leur  propre 
nature  avant  de  recevoir  la  vie  aux  troisième, 
cinquième  et  sixième.  Celte  création  est 
justitiée  avec  surabondance  par  la  naissance 
actuelle  des  animaux  dans  le  sein  de  leurs 
mères  où.  ils  demeurent  plusieurs  mois; 
par  la  naissance  de  tous  les  hommes;  elle 
était,  au  contraire,  beaucoup  plus  décente, 
plus  honorable.  Nous  verrons  qu'une  fois 
croyable,  elle  est  le  sens  littéral  du  texte 
«acre  ;  qu'elle  a  été  professée  par  un  grand 
nombre  de  docteurs;  quelle  est  la  coa- 


gine  immédiate  est  d'opérer  tous  ces  pro- 
di^^es.  » 

j%près  cette  petite  introduction,  l'auteur 
nim  en  matière  et  s'adresse  aux  géolo- 
.ues,  comme  il  suit. 

«  Lei  planut  tt  le$  aniwiaux  sont  iorti$ 
'e  la  ierre  :  Us  y  aratani  reçu  Fesistenct  dès 
>  premier  jour;  un  nondfre  prodigieux  y 
o^i  retUs  pour  V orner ^  fombeUir:  ee  êoni 
es  fossiles  proprement  dite. 

c   A  MESSIEtJES  LES  GÉOLOGUES. 

m  Messieurs, 

m  Je  viens  faire  connaître  l'origine  mer- 
rc: lieuse  des  plantes  et  des  animaux  qui 

>oiit  pélriSés  dans  les  couches  régulière:?; 


« 

r 


108S 


PAC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAC 


iW 


ségucDce  des  principes  enseignés  sur  This- 
toirc  des  six  jours.  Cette  création  informe 
des  deux  rèj^ncs  était  non-seulement  dé- 
cente, conveuiihlc,  mais  encore  nécessaire. 
Dieu  en  a  destiné  un  nombre  prodigieux 
pour  lormer  un  vaste  muséum  sous  les 
royaumes  et  les  empires  ;  exercer  les 
hommes  dans  les  temps  modernes;  publier 
sa  gloire;  être  la  pierre  angulaire  'lu  temps, 
car  rien  ne  les  a  précédés  que  l'éternité  et 
seulement  d*ùn  point;  nous  certifier  que  la 
création  a  été  faite  comme  on  Tarait  tou« 
jours  enseigné;  confondre  ainsi  tous  ceux 
qui  ont  erré  sur  rori^^ine  de  l'univers. 

«  Ces  plantes,  ces  animaux,  restés  dans  la 
terre,  ce  sont  les  fossiles  proprement  dits; 
ils  ont  la  nature,  les  divers  â^es,  tout  ce 
qui  a  constitué  la  première  g(^neration,  mais 
à  rétat  informe.  Le  souverain  Architecte  a 
ensuite  creusé  les  mers  au  troisième  jour, 
redressé  les  couches,  changé  Tordre  primi- 
tif pour  construire  les  montagnes;  il  a  éga- 
lement construit  les  volcans,  les  montagnes 
volcaniques  après  en  avoir  auparavant  pré- 

f)aré  les  matériaux  ;  lui  seul  a  été  l'auteur  de 
a  surface  du  globe,  comme  c'était  la  croyance 
des  peuples  chrétiens. 

«  Cette  origine,  enfin  comprise ,  est  en- 
tièrement opposée  à  celle  que  vous  avez 
professée,  dans  son  auteur,  ses  moyens,  sa 
durée.  Je  détie  Tesprit  le  plus  subtil  d'en 
inventer  raisonnablement  une  troisième  ; 
les  émanations,  Téternité  du  monde  et  au- 
tres fantômes,  sont  en  dehors  de  la  science 
et  des  faits  qu'il  s'agit  d'expliquer;  sont,  par 
cela  seul,  condamnés  à  une  éternelle  répro- 
bation. Cette  origine  est  un  monde  spacieux, 
immense ,  est  une  confirmation  de  la  doc- 
trine ancienne ,  dissipe  des  ténèbres ,  fîiit 
jaillir  des  lumières;  il  me  semble  qu'on  doit 
l'examiner ,  qu'elle  intéresse  la  science,  la 
religion,  tous  les  hommes. 

«  Je  vais  indiquer  les  moyens  nécessaires, 
faciles,  afin  que  ceux  mêmes,  les  plus  étran- 
gers à  votre  science,  puissent  discuter  Tune 
et  1  autre,  prendre  leur  parti.  Les  fossiles 
sont  le  fait  principal;  vous  avez  cru  qu'ils 
avaient  les  conditions  particulières  aux  dé- 
bris de  la  vie  ;  nous  verrons  qu'ils  n'en  ont  pas 
une  seule.  Les  espèces  à  formes  tropicales, 
celles  à  formes  tempérées,  ont  été  créées 
partout  sans  distinction  ;  les  premières  ont 
dû  se  trouver  dans  le  nord,  les  secondes 
vers  le  midi,  aussitôt  après  la  fixation  des- 
pôles et  de  Téi|uateur,  au  troisième  jour; 
et,  de  fait,  elles  y  sont  en  grand  nombre. 
Les  animaux  marins  ont  été  portés  k  deux 
ou  trois  mille  toises  avec  les  montagnes  au 
moment  de  la  construction,  les  animaux 
terrestres  sont  restés  à  des  profondeurs  in-* 
conrmes..  Voilà  ce  que  j*ap))elle  les  phéno* 
mènes  particuliers  a  Torigine  immédiate  ; 
ils  sont  très-nombreux  dans  les  fossiles  ;  ils 
constituent  presque  toutes  les  autres  ma- 
tières lie  la  géologie  :  le  nombre,  la  variété, 
la  distinction  des  minéraux,  en  un  mot,  la 
nature,  la  forme  des  continents,  sans  parier 
de  la  conU^uraiion  du  bassin  des  mers.  Or, 
jo  soutiens  que  tous  appartiennent  essentiel- 


lement &  cette  origine;  afin  de  le  prouver, 
je  pose  en  thèse  (qu'ils  ont  avec  elle  les  rap- 
ports intimes  (|ui  existent  entre  une  statue 
et  le  moule. d'où  elle  est  sortie;  entre  m 
pièce  de  monnaie  et  le  coin  qui  l'a  framtée; 
entre  un  livre  et  la  planche  qui  Ta  imprimé. 
Il  en  doit  être  ainsi,  afin  que  cette  origine 
soit  vraie.  Ces  phénomèîi'^s  sonlréellemeot, 
&  leur  manière,  et  sur  une  échelle  irouifose, 
des  statues,  des  pièces  de  monraio,  des 
livres;  leur  origine  est  un  moule,  un  coin, 
une  planche ,  qui  les  a  réellement  monlb, 
frappés,  imprimés.  Si  vous  prétendez  que 
Torigine  médiate  soit  vraie,  tous  devei 
montrer  avec  elle  ces  rapports  intimes,  mais 
vous  n'oserez  l'entreprendre.  L'examen  de 
vo^re  origine,  d'à)  rès  ces  conditions,  fera 
nattre  des  dissemblances  énormes,  la  moitié 
plus  que  vous  n'en  avez  connu  jusqu'à  pré- 
sent. Tel  est  le  premier  moyen,  les  phéno- 
mènes de  la  géologie. 

«  Il  en  est  encore  deux  autres,  également 
nécessaires  :  ce  sont  les  sentiments  (lesplii« 
losophes,  la  doctrine  chrétienne.  L'origine 

S|ue  vous  professiez  étant  fausse,  tous  of- 
rant  des  diflTicultés  déjà  trop  ardues,  voos 
avez  dû  rejeter  ces  deux  autorités  imi  osan- 
tes, ou  essayer  avec  elles  une  coiiciliaiioD 
éloignée  qu'on  peut  toujours  faire.  C'est 
maintenant  une  preuve  que  vous  étiez  dé- 
voyés :  toute  doctrine  contraire  aux  siècles 
passés  est  nécessairement  une  erreur; 
cette  erreur  ne  sera  que  matérielle,  si  Foo 
nen  connaît  pas  la  fausseté,  et  c  est  ce  qui 
est  arrivé. 

«  U  question  doit  donc  être  reprise  t 
neuf  sur  ces  deux  points.  Un  ^rand  norobra 
de  philosophes  ont  refuté  Torigine  médiate 
des  continents,  ainsi  que  de  Tuuivers,  con- 
tre Descartes  et  ses  disciples,  coutre  les 
athées; ils  ont  soutenu  que  1  admirable coor- 
donnance  de  la  surface  du  globe  ne  pouvait 
résulter  des  lois  de  la  nature,  des  dépots 
successifs;  qu'elle  a  eu  Dieu  |K>ur auteur, 
qu'elle  est  ainsi  une  preuve  de  son  exi^teo- 
ce.  Ces  principes  sont  élémentaires  dans  les 
écoles;  sont  même  naturellement  |»rufes^' 
Demandez  au  laboureur  si  c'est  Dieu  m  * 
formé  les  montagnes ,  creusé  les  TallecSi 
étetidu  les  plaines;  il  o'hésitera  lias uii ins- 
tant pour  vous  affirmer  que  tel  e  a  été  si 
[persuasion  intime  dès  son  enfance.  Los  pw- 
osophes  ne  veulent  donc  )>as  aUnoonDer 
les  droits  de  la  raison,  comme  vous  naurie» 
pas  abandonné  jusque  présent  les  fo^s»'^- 
Les  condamnations  qu  ils  feront  de  TOire 
origine  sont  celles  mêmes  qu'ils  ont  ^^J^ 
faites  de  ceux  qui  vous  oui  précédésîO"^ 

{>eut  les  lire  dans  Pluquel,  Examen  ^'••/'•J' 
wme,  trois  volumes;  dans  Pluche,  «««^'JJ" 
du  Ciel ,  serond  volume  ;  dans  Cudforfli 
Système  intellectuel:  on  peut  les  lire  d«» 
ceux  qui  ont  traité  de  l'existence  de  Dtw» 
qui  ont  écrit  contre  les  athées.  . 

«  Les  révélations  venues  de  la  terre  sw 
devenues  im^Kisantes  par  vos  travaux  ;^jj| 
ne  devaient  pas  être  contraires  aux  réten- 
tions venues  du  ciel  ;  les  premiers  p^^^^Jr 
ont  permis  depuis  un  demi^siècle  qttOQp<^ 


lOùS 


PAC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PAC 


I0C6 


fessât  rorigîne  qui  est  maintenant  prouvée 
fausse  jusqu'à  1  évidence,  qui  n'a  donc  pas 
été  la  doctrine  ancienne.  Vous  vous  rap))e- 
lez  qu'elle  a  été  à  la  veille  d*étre  condamnée 
par  la  Sorbonne  contre  BufTon,  qu'elle  a  élé 
repoussée  pendant  trois  cents  ans.  Les  pas- 
teurs ne  peuvent  ni  ne  doivent  s  expliquer  à 
chaque  instant;  ils  ne  le  font  même  jamais, 
si  Jes  questions  n*ont  pas  été  longtemps 
débattues;  ils  ont  la  doctrine  Irès-couAue  de 
ceux  qui  les  ont  précédés  ;  tout  particulier 
leur  témoigne  sa  vénération  en  étudiant 
cette  doctrine  qui  est  la  leur;  il  peut  et  doit 
la  croire;  il  est  louable  de  la  prêcher  jusque 
sur  les  toits. 

«  Martiningue  est,  sans  contredit,  le  plus 
savant  interorète  moderne  sur  le  premier 
chapitre  de  la  Genêêe;  il  a  lu  presque  deux 
cents  Pères  et  théologiens;  il  en  à  composé  un 
énorme  in-folio;  il  résume  à  lui  seul  la  tra- 
dition, et  il  dit  :  Tous  les  Pères,  tous  les  théo- 
iogiens  enseignent  unaniment  (pie  chacun  des 
ouvrages  des  six  jours  a  été  faU  par  la  puis- 
sance  admirable  du  Créateur,  e/,  par  consé- 
quent, dans  le  plus  rapide  instant  de  chacun 
ae  ces  jours;  c'est  avec  raison  quils  ensei- 
gnent cette  doctrine.  On  voit  par  les  Ecri- 
tures que  ces  ouvrages  n'ont  pas  été  ceux  de 
ta  nature,  mais  du  Créateur  qui  a  remplacé 
tes  agents  naturels,  qui  a  mis  en  œuvre  la 
matière  après  ravoir  créée.  [Isogogœ  in  i  cap. 
€en.,  in-folio,  p.  759.) 

«  Nanni,  autre  docteur,  qui  a  également 
résumé  un  très-grand  nombre  de  thédio* 
giens,  s'exprime  dans  le  même  sens  :  Dieu^ 
cJÎt-il,  a  été  dés  le  commencement  le  seul  au^ 
ieur  des  diverses  créatures  et  de  leurs  formes; 
eest  pour  nous  inculquer  cette  vérité  qu*à 
chacun  des  ouvrages  Moïse  se  sert  de  ces  pa- 
roles ;  «  dieu  dit  que  cela  soit.  »  Paroles  qui 
désignent  faction  du  Créateur  pendant  les 
aix  jours f  car  depuis  lors  il  n'a  été  que  la 
€aus€  première  des  êtres  que  nous  voyons  se 
succéder  ici-biu.  {CtUena  argentea  in  Gen.f 
p.  61.)  Vous  vovez.  Messieurs,  qu'il  serait 
difficile  d'être  plus  clair  et  plus  positif.  Har- 
lioiogue  exclut  l'action  des  agents  naturels, 
et,  par  conséquent,  l'intermède  des  eaux,  du 
feu,  les  forces  souterraines.  Nanni  oppose 
l'origine  actuelle,  qui  a  lieu  sous  les  causes 
secondes,  à  la  primitive  qui  a  été  l'ouvrage 
de  la  seule  cause  première.  Ce  qui  a  paru 
▼rai  dans  tous  les  âges  est  maintenant  con- 
firmé par  les  fossiles  et  sera  la  doctrine  des 
â^es  futurs. 

«  Avant  d'aller  plus  loin,  il  est  nécessaire 
de  concevoir  clairement  la  distance  infinie 
qu'il  V  a  entre  l'origine  de  Tordre  présent 
et  celle  que  vous  enseignez.  Les  créatures 
ont  reçu  pendant  les  six  jours  l'existence , 
là  rertu  et  le  mode  de  persévérer  jusqu'à  la 
fin  des  temps.  Ce  mode  a  été  déterminé  par 
leur  nature  ;  les  plantes ,  les  animaux  , 
les  hommes  persévèrent  par  la  naissance; 
les  corps  fluides,  gazeux,  impondérables , 
sous  la  mobilité  perpétuelle  de  leurs  formes; 
les  corps  solides,  sous  l'immobilité  de  leurs 
formes.  Cn  tfrand  nombre  sont  maintenant 
d'origine  méidiate,  mais  il  est  encore  plus 


vrai  que  toutes  remontent  jusqu*aux  jours 
de  la  création,  comme  un  fleifve  k  sa  source, 
et  qu'elles  ne  peuvent  rien  changer  à  ce  que 
Dieu  les  a  faites.  Cette  origine  diffère  donc 
totalement  de  la  vôtre  ;  Tune  est  la  perma- 
nence des  ouvrages  du  Créateur  »  l'autre  en 
est  la  formation  de  ces  mêmes  ouvrages  par 
l'intermède  des  eaux,  du  feu.  Nous  |K)uyons 
être  les  enfants  de  nos  mères,  mais  je  doute 
si  l'incandescence»  les  transports,  ont  pu 
former  le  corps  du  premier  nomme.  Cette 
comparaison  s'applique  au  règne  minéral 
qui  est  également  panait  en  son  genre,  qui 
suppose  également  une  puissance,  une  sa- 
gesse infinie;  les  causes  actuelles  n'ont  de 
force  que  pour  dégrader  les  montagnes,  et 
même  légèrement;  elles  ne  les  auraient  donc 
pas  formées  autrefois. 

4  Ainsi,  votre  origine  est  fausse  en  tout 
point;  de  là  les  difficultés  qu'elle  a  trouvées 
sur  son  propre  terrain  ;  de  là  celles  qui  ap- 
paraissent peut-être  en  aussi  grand  nombre 
pour.Ia  première  fois;  de  là. son  opposition 
avec  les  philosophes,  les  docteurs,  v  ous  ne 
pouviez  comprendre  la  cause  de  tant  de  con- 
tradictions ;  c'est  que  vous  raisonniez  d'après 
la  méprise  uniouedans  les  annales  du  monde; 
cette  méprise  était  un  mal  nécessaire  jus- 
qu*à  ce  que  vous  eussiez  suffisamment  ter- 
miné votre  glorieuse  et  importante  mission 
dMtudier  les  merveilles  qu  il  ne  nous  était 
pas  donné  de  comprendre.  Vous  avez  rai- 
sonné seuls,  d'après  de  faux  principes  ;  la 
Térité  connue  vjent  raisonner  avec  tous» 
fSiire  connaître  tos  longs  égarements,  resti- 
tuer à  Dieu  son  propre  ouvrage,  au  chris<- 
tianisme,  son  antique  croyance,  aux  philo- 
sophes, les  droits  de  la  raison  ;  elle  rient 
discuter  les  deux  origines  par  ces  trois  genres 
de  preuves  qui  sont  maintenant  les  parties 
inséparables  d'un  seul  tout  ;  qui  s'éclaircis- 
sent,  se  fortifient  réciproquement  ;  qui  sont 
également  importantes ,  cnacune  dans  leur 
^enre  ;  décisives,  chacune  à  leur  manière  : 
je  crois  qu'il  est  difficile  de  traiter  des  ma- 
tières d'un  intérêt  aussi  grand,  aussi  séné- 
rai,  comme  j'espère  les  mettre  à  la  portée  des 
intelligences  les  plus  ordinaires. 

«  Les  plantes  et  les  animaux  créés  informes 
ont  servi  à  orner,  embellir  Fintérieur  de  ta 
terre, 

c  La  création  informe  des  deux  règnes, 
dès  le  premier  jour,  donne  la  certitude  que 
les  fossiles  ne  sont  pas  les  débris  de  la  viè; 
avant  même  de  les  avoir  examinés,  elle  ruine 
vos  théories  sur  l'incandescence,  les  réTolu- 
tions,  les  annales  de  l'ancien  monde.  Il  est 
certain  d'abord  par  la  comparaison  des  deux 
règnes  vivants  et  de  ceux  fossiles,  que  les 
premiers  ont  été  modifiés,  et  peut-être  tous» 
en  recevant  la  vie  ;  qu'ils  ont  été  eomplétÀ 
dans  les  genres  et  les  espèces  :  ces  faits  ne 
sont  point  contraires  à  l'ouvrage  des  pecfeo- 
tionnements.  Une  grande  abondance  aHM 
déjà  servi  à  orner  l'intérieur  de  la  terre;  une 
preuve  que  Dieu  avait  le  droit  de  faire  cettf 
merveille,  c'est  qu'il  l'a  faite;  c'est  que  lef 
fossiles,  les  masses  continentales,  le  çrand 
ouvrage  de  la  construction,  ont  des  conditions 


DiCTi05if.  DE  Cosmogonie  et  de  Paléontologui. 


ak 


1067 


PAG 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAC 


m 


entièrement  opposées  dans  les  deux  origines, 
et  qu*elles  rempiisscnl  avec  la  plus  grande 
faculté  celles  de  l'immédiate. 

K  Et  d*abord,  les  pas  d'animaux  sont  des 
impressions  de  végétaux  palmés;  c'était  déjà 
le  sentiment  de  tres-habiies  géologues.  L'ha- 
bitation des  serpuleSy  des  ballanes»  sort  du 
plan  général  de  celle  de  tous  les  autres  ani- 
maux, a  fait,  devait  faire  partie  de  leur  créa- 
tion informe;  aussi  le  rocher  est-il  dissous 
et  non  perforé,  comme  vous-mêmes  en  avez 
fait  l'observation,  comme  il  est  facile  de  s'en 
convaincre  en  comparant  Tordre  ancien  à 
Tordre  présent.  Les  coprolites  sont  le  plus 
souvent  des  espèces  de  pierres  dont  le  genre 
est  assez  commun  dans  les  montagnes,  nous 
verronsde  quelle  manièreils  pourraient  être 
d'origine  animale.  L'existence  informe  per- 
mettait la  séparation  des  membres,  tous  les 
degrés  d'imperfection  qui  ne  ruinent  pas  la 
.préexistence,  les  membres  sont  souvent  réu- 
nis, séparés  comme  ils  peuvent  Tètre  dans 
la  seule  origine  immédiate.  Vous  ne  pouviez 
.croire  à  Torigine  contraire  sans  la  chercher, 
la  trouver  partout,  quand  même  elle  n'était 
mille  part. 

«  Les  fossiles  ont  jeté  dans  un  grand  nom- 
bre de  contradictions  manifestes,  ils  sont 
inexplicables  aussi  bien  que  les  vers  de  la 
sibylle,  parce  qu'ils  appartiennent  à  la  créa- 
'tion  informe.  Les  carnassiers  actuels  habi- 
tent les  cavernes,  y  laissent  leurs  débris  : 
ceux  des  époques  tertiaires,  contemporains 
'de  ces  mêmes  cavernes,  né  les  ont  point  ha- 
bitées; les  herbivores  vivent  de  préférence 
dans  les  plaines,  sur  le  bord  des  mers;  leurs 
os  ne  sont  point  tombés  dans  aucune  des 
brèches  qui  auraient  été  cependant  ouvertes 
autrefois,  comme  aujourd'hui.  Les  grandes 
espèces  n'ont  point  laissé  leurs  os  en  tas 
énormes,  comme  depuis  la  fin  de  la  création 
^u  déluge  ;  les  bancs  médiats  de  polypiers 
pierreux  devraient  couvrir  les  hauts-ionds 
de  nos  mers,  )a  surface  dès  continents;  on 
ne  les  trouve  que  dans  les  couches  réguliè- 
res, et  avec  les  conditions  de  la  création  in- 
forme. L'origine  des  fossiles  doit  se  trouver 
ensuite  par  celle  des  masses  où  ils  sont  gi- 
sant, c'est  une  question  importante  qu'il  faut 
développer. 

«  Dieu  a  créé,  dès  le  premier  instant,  les 
couches  régulières  dans  leur  propre  nature, 
ainsi  que  les  autres.  II  les  a  ensuite  coor- 
données dans  la  construction  ;  il  leur  a  im- 
primé à  ces  deux  égards  le  cachet  de  sa  sa- 
gesse infinie,  il  n'en  a  plus  créé  depuis  lors, 
il  est  entré  dans  son  repos  ;  il  ne  s'en  forme 
donc  point,  dans  Tordre  présent,  qui  soient 
semblables  à  celles  de  nos  montagnes  par 
leur  puissance,  leur  nombre,  leurs  variétés; 
.  tout  ce  qu'il  y  à  de  nouveau  consiste  en  de 
légères  dégradations. 

«  Si  les  dépôts  successifs  les  avaient  for- 
iinées,  et  surtout  en  si  grande  abondance,  ils 
•auraient  encore  la  même  vertu.  On  ne  peut 
maintenant  nier  cette  conséquence,  invoquer 
des  lois  qui  auraient  cessé,  qui  sont  incon- 
.nues,à  moins  qu'on  ne  veuille  raisonner  sans 
principe  et  tomber  dans  l'arbitraire.  Or,  il 


ne  se  forme  point  de  couches  régulières  da&s 
Tordre  présent,  elles  sont  donc  d'origine 
immédiate;  les  fossiles  ont  donc  la  même 
origine  :  écoutons  vos  aveux, 

BBOlfGNURT. 

«  Ce  qu'il  y  a  d'aussi  sûr,  d'aussi  bien 

Prouvé  qu'une  vérité  de  ce  genre  puisse 
être,  c'est  que  depuis  les  temps  historiques 
les  plus  reculés,  on  n*a  aucun  exemple  au- 
thentique de  grands  phénomènes  géologi- 
S[ues,  tels  qu'un  abaissement  de  la  mer,  une 
brmation  de  couches  sous-marines,  éten- 
due et  puissante  ;  qu'on  ne  peut  citer  aucune 
formation  d'une  étendue  seulement  dequc!- 
ques  myriamètres  de  terrains  de  granit,  de 
calcaire  saccaroïde,  même  de  porphyre,  de 
g}'pse,  etc.  rancune  couche  sous-marine  ou 
sous-lacustre  de  calcaire  compacte,  renfer- 
mant des  débris  organiques  réellement  pé- 
trifiés, c'est-à-dire  dontja  nature  chimique, 
dont  même  la  texture  cristalline  ait  changé; 
aucune  formation  de  veine  ou  filon  métal- 
lique, etc.  Et  un  peu  plus  loin  :  malgré  les 
volcans,  les  sources  d'eaux  minérales,  in- 
crustantes, quelques  concrétions  sablonneu- 
ses et  calcaires,  etc.,  Tordre  actuel  est  dans 
un  état  de  repos,  de  tranquillité  entièrement 
différent  de  celui  (]ui  a  produit  les  couclics 
de  calcaire,  de  schiste,  de  gneiss,  deliouiiic, 
les  pétrifications  silicieuses,  pyritouse$,etc.; 
qui  a  soulevé  les  Pyrénées,  les  Alpes,  et*'.; 
qui  a  produit  les  filons  d'Europe,  d'Améri- 
que, les  a  remplis  de  baryline,  de  fluor,  de 
quartz,  de  suliure  d'argent,  de  cuivre,  de 
plomb,  de  zinc,  etc.  {Tableau  dt%  (eitatn», 
p.  58.) 

UARCEL  DE  SERRES. 

^  Les  terrains  tertiaires  sont  lesdemieri 
dépôts  produits  en  couches  régulières,  (ffw- 
graphii  physique^  t.  V,  p.  322.) 

DE  LA  UÉTHERIE. 

«  Les  physiciens  s'accordent  à  reconnaître 
que  Tordre  ancien  a  entièrement  cessé,  et  ils 
en  tirent  une  objection  sérieuse  (contre  l'o- 
rigine médiate).  Les  eaux  des  mers  n'o|^ 
rent  plus  les  mômes  phénomènes  que  dans 
les  temps  primitifs.  Elles  ne  sauraient  dis- 
soudre les  substances  minérales  quelles  pa- 
raissent avoir  tenues  en  dissolution.  EH^" 
ne  forment  plus  découches  calcaires, g) l.^ 
scuses,  bitumineuses^  de  terrains  priuii- 
tifs...  Il  faut  donc  reconnaître  que  Télalpfc* 
sent  est  un  nouvel  ordre  de  choses  absolu- 
ment différent  de  Tancien,  de  celui  qui  f 
formé  tous  les  terrains,  soit  primitifs,  soil 
secondaires.  {Théorie  de  la  terre^  étiit.  de 
3  vol.,  1. 111,  p.  322.)  De  Laméthcrie  aTOue 
que  les  faits  de  Tordre  ancien  ont  absolu- 
ment cessé  à  la  surface  des  continents,  in«i| 
u'ils  peuvent  encore  se  reproduire  au  W 
es  mers;  c'est  là  que  cet  auteur  se  réfugia 
afin  de  n*ètre  pas  confondu. 

«  Non-seulement  les  causes  actuelles  ne 
forment  jamais  nulle  part  des  couches  rë^* 
lières,  variées,  nombreuses,  naais  encore  eues 
n'ont  produit  dans  Tordre  ancien  aucun  des 


i 


f«69 


PAC 


ET  DE  PALEONTOLOGŒ. 


PAC 


io;o 


dép6ts  qu'elles  produisent  dans  Tordre  pré- 
sent, comme  iestufs,  les  stalactites,  les  tour- 
bes; elles  n*ont  donc  point  agi  autrefois; 
donc  les  fossiles  ne  sont  point  les  débris  de 
la  vie. 

«  Pourquoi  tes  deux  règnes  oni  été  créés 
dans  rinlérieurde  la  lerre^  et  y  sont  restés  en 
si  grand  nombre  à  Fétat  fossile, 

c  Les  preuves  de  fait  nous  dispenseraient 
de  celles  de  droit;  nous  pourrions  dire  :  Les 
fossiles  appartiennent  à  la  création  informe, 
ils  ont  reçu  Texistence  dès  le  premier  jour; 
Dieu  a  eu  des  raisons  qui  peuvent  nous  être 
inconnues  ;  cependant  je  vais  en  indiquer  un 
bon  nombre  qui  se  présentent  de  prime  abord. 

«  Les  êtres  inintelligents  ont  pu  et  même 
ont  dû  recevoir  Texistence  dans  les  lieux  où 
ils  sont  encore  :  les  deux  règnes  ont  été  les 
seuls  exceptés  ;  ils  auraient  empêché  à  la 
surface  qui  allait  être  bouleversée  par  le 
creusement  et  la  construction.  Ils  ne  reçoi- 
vent pas  du  ciel,  comme  nous,  la  vérité,  les 
sages  inspirations  ;  ils  sont  penchés  vers  la 
te  rre  qui  les  nourrit  en  toute  chose,  qxii  est 
leur  mère,  qui  a  dû  les  enfanter.  Les  plantes 
devaient  sortir  de  la  terre  comme  à  présent; 
l^lusieurs  animaux  vivent  dans  la  terre  ;  tous 
ont  dû  V  recevoir  l'existence  ;  ils  ont  ainsi 
laissé  à  l'homme  son  glorieux  privilège.  Ceux 
restés  dans  les  terrains  meubles  ont  pu  s*y 
dissoudre  sans  inconvénient. 

«  La  surabondance  est  le  caractère  propre 
des  œuvres  de  Dieu  dès  Qu'elle  n'est  pas 
€«>ntraire  &  sa  sagesse;  elle  est  peut-être, 
chaque  année,  égaie  ou  supérieure  dans  les 
ceuDs  de  poissons,  les  semences  des  plantes 
aux  deux  règnes  fossiles.  Le  nombre  des 
harengs  est  prodigieux  ;  ceux  qui  émigrent 
annuellement  du  nord  pendant  trois  ou 
quatre  semaines,  en  colonnes  serrées,  sur 
une  laideur  qui  atteint  ou  dépasse  quelque- 
fois 25  lieues,  sur  une  profondeur  d'un  ou 
plusieurs  mètres,  suffiraient  pour  couvrir 
toute  la  surface  de  l'Angleterre,  pour  nour- 
rir toute  TEurope.  (Géographie  physique ^ 
art.  Harengs.)  On  estime  que  chacun  ren- 
ferme à  peu  près  dix  mille  œufs  ;  si  tous  ces 
œufs  venaient  à  éclore,  on  a  dit  qu'ils  rempli- 
raient l'étendue  et  la  profondeur  de  l'Océan, 
après  trois  ou  quatre  générations.  (Berxab- 
DI5  DBSAi?iT-PiEBRE,B/ttde5,  édit.  iu^iS,  t.  II, 
p.  66.)  Le  merlan,  la  sardine,  la  tanche,  plu- 
sieurs autres  espèces  sont  d*une  aussi  grande 
fécondité.  (Poème  des  Merveilles  de  la  nature^ 
par  DcLABD,  p.  80.)  On  porte  les  œufs  d'une 
carpe  à  dl'âyOOO.  (BBBKABDin  de  Saint-Piebbe, 
ubisupra^  p.  87);  ceux  d'une  merluche  h 
iOO  millions (6^0^.  phys.^  1. 11,  p.  767];  ceux 
d'une  morue  de  Terre-Neuve  à  9  millions  et 
quelque  cent  mille.  (Spect.  de  la  nat.^  1. 1", 
p.  384.)  Les  arbres,  qui  donnent  annuelle- 
ment 10,  20,  30,  50,  100,000  semences,  sont 
communs  ;  on  a  évalué  celles  d'un  orme  à 
15  milliards  844  millions.  (Mémoires  de  TA- 
cadêmiepour  Pannée  1700,  p.  65.)  ' 

c  L'étal  primitif  du  globe  demandait  toute 
eette  surabondance  dans  les  deux  règnes  ; 
ils  ent  été  créés  depuis  la  superficie  jusqu'à 
la  profondeur  qui  oouvait  être  ramenée  vers 


la  surface  par  lA  C(mstniction.  Les  animaux 
terrestres  et  marins  de  formes  tropicales  et 
tempérées  ont  reçu  partout  rexidtêfloe,  !es 
terres  et  les  mers,  le  nord  et  le  midi  étaient 
partout  contingents.  Les  plantes  et  les  ani-  ' 
maux  marins  étaient  par  cela  même  des- 
tinés à  rester  fossiles  dans  les  continents  ; 
de  là  leur  abondance  dans  toute  l'Europe, 
l'Asie,  l'Afrique,  l'Amérique,  l'Océanie;  de 
là  les  plantes  et  les  animaux  terrestres  sous 
les  eaux,  les  formes  tiopicales  dans  le  nord, 
les  formes  tempérées  vers  le  midi. 

«  Le  monde  enseveli  sous  les  royaumes 
est  une  grande  merveille;  il  sert  pour  étu- 
dier les  types  primitifs  de  la  création,  les 
modifications  survenues  ;  il  donne  une  idée 
des  êtres  qui  sont  possibles;  il  conserve  en 
nature  les  individus  conservés  à  la  surface 
par  la  reproduction  ;  il  fait  connaître  la  puis- 
sance qui  a  tant  créé  de  i)lantes  et  a  ani- 
inaux  que  la  surface  du  giobe  n*aurait  pu 
les  nourrir;  il  est  une  image  frappante  du 
nombre  des  anges  et  des  hommes  qui  reste- 
ront informes  par  un  effet  de  leur  propre 
volonté.  Les  grands  de  la  terre  embellissent 
leurs  palais  de  mosaïques;  pourquoi  les  ani- 
maux de  fi^re colossale,  déformes  bizarres, 
n^aui'kier.t-ils  pas  servi  à  construire  le  palais 
destiné  au  roi  de  la  création? 

«  Dieu  a  voulu  préparer  à  la  religion  le 
plus  grand  triomphe  qu'elle  recevra  jamais 
des  scienres  humaines  ;  je  parle  non-seule- 
ment du  fait,  mais  encore  du  possible.  Ce 
vaste  univers  est  le  premier  des  ouvrages  de 
Dieu ,  un  des  plus  frappants  aux  yeux  de  la 
plupart  des  hommes,  celui  qui  annonce  son 
existence,  ses  perfections  infinies  dans  un 
langage  intelligible  à  tous  les  peuples.  Ce 
vaste  univers  a  été  créé  et  perfectionné  en 
très-peu  de  jours  ;  cependant,  bien  des  hom- 
mes, s'é[^arant  dans  leurs  folles  pensées,  ojii 
ravi  au  Créateur  son  ouvrage,  ont  pjrétendu 
quil  avait  été  formé  successivement,  et 
même  que  la  matière  en  est  étemelle. 

«  Or,  cette  abondance  de  plantes  et  d'ani  • 
maux  fossiles,  n*ayant  jamais  vécu,  sont  des 
preuves  de  fait  auxquels  ne  peuvent  rien 
répondre  les  athées,  les  panthéistes,  les  ato- 
mistes  ;  ils  leur  prouveront  l'existence  d'un 
Dieu  tout-puissant  et  son  pouvoir  créateur. 
Les  animaux  de  l'ordre  présent  n'ont  reçu 
la  vie  qu'après  le  perfectionnement  de  l'u- 
nivers; ils  ne  pouvaient  rester  qu'un  très- 
petit  nombre  de  jours  avant  de  la  recevoir; 
l'univers  a  donc  été  créé  et  perfectionné  en 
aussi  peu  de  temps  qu'on  Vavait  toujours 
enseigné. 

«  Les.  fossiles  sont  donc  une  démonstra- 
tion de  la  doctrine  chrétienne  ;  ils  font  com- 
f)rendre  ce  qu'il  y  avait  de  mvstérieux  dans 
a  création,  dans  l'histoire  ou  elle  est  rap- 
portée; ils  réduisent  au  néant  l'éternité  de 
la  matière,  sa  diffusion  dans  l'espace,  le 
chaos,  l'incandescence,  i'atomisme.  Prouver 
qu'ils  appartiennent  à  la  création  informe, 
G  est  conroudre  toutes  les  erreurs  sur  Tori- 
gine  de  Tunivers. 

«  Les  fossiles  ap|>rennent,  en  ce  qui  les 
regarde ,  la  théologie  aux  théologiens ,  la 


i971 


PAL 


DlCTIONTfAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAL 


m 


philosophie  aux  philosophes,  la  géologie 
-aax  géologues;  ils  se  feront  écouter  de  ceux 
qui  ont  méprisé  Jésus-Christ  et  son  Eglise; 
Dieu  les  a  laissés  dans  Tintérieur  de  la  terre 
pour  les  mêmes  raisons  qu*il  a  envoyé  les 
«pôtres,  les  prophètes,  les  docteurs;  car  ils 
seront  aussi,  en  leur  genre,  apôtres,  pro- 
phètes et  docteurs.  Vous  les  avez  étudiés 
afin  qu'ils  publient  la  gloire  de  Dieu ,  dé« 
fendent  la  religion,  confondent  ses  ennemis 
jusqu'à  la  fin  des  temps.  Mais  après  avoir 
suflisamment  exposé  leur  origine  véritable, 
je  dois,  avant  a  aller  plus  loin,  les  faire 
connaître  dans  Forigine  contraire  à  laquelle 
ils  ont  servi  de  fondement  (7T7).  » 

mous  avons  cité  M.  Tabbé  Pachon  pour 
montrer  que  toutes  les  théories,  toutes  les 
idées  ont  été  successivement  essayées.  Du 
veste,  celles  de  M.  Pachon  sont  renouvelées 
du  moyen  âge.  Nous  ne  croyons  pas  k  leur 
fortune. 

PACHYDERMES.  Voy.  HAHMiFiRBS.  — 
■Leur  règne.  —  Voy  SuBAPsicTft^r. 

PALAEOTHERIUM.  Voy.  Mx^nmittES. 

PALÉOZOIQUES  (  TERRAINS  )  ;  ain» 
nommés  de  deux  mots  grecs,  parce  qu'ils 
rappellent  la  naissance  des  plus  anciens  êtres 
connus.  —  Ces  terrains  commencent  avec 
-les  premières  couches  de  ranimalisation  et 
s*étendent  jusqu'à  l'étage  permien  inclusive* 
ment  ;  ils  ont  donc  pour  base  les  terrains 
azoïques  et  pour  limite  supérieure  les  ter* 
•Tains  triasiques.  Ils  sont  ainsi  parfaitement 
caractérisés  par  les  grands  traits  de  la  zoolo* 
gie  et  de  la  botanique  stratigraphique. 

L'ensemble  des  terrains  paléozoïques  se 
'trouve  représenté  partout.  En  Europe,  la 
France,  TEspagne,  fe  Portugal,  l'Italie,  l'An- 
gleterns^  laRelgique,  l'Allemagne,  la  Russie, 
'€n  offrent  de  vastes  surfaces  ;  en  Afrique,  le 
cap  de  Bonne^Espérance  ;  en  Asie,  laCbine, 
l'Asie  Mineure;  en  Australie,  Van-Diémen, 
la  Nouvelle-Hollande  et  la  Nouvelle-Zélande 
en  présentent  encore  d'immenses  lambeaux. 
En  Amérique,  ils  occupent  aussi  bien  la 
portion  méridionale  que  la  portion  septen- 
trionale. En  résumé,  les  terrains  paléozoï- 
ques s'étendent  sous  la  zone  torride,  et  vers 
^s  pôles,  du  côté  austral  jusqu'au  53*  deeré 
de  latitude  tfud,  et  du  côté  boréal  jusqu  au 
80*  degré  de  latitude  nord;  ainsi  ces  terrains 
"se  trouveraient  sur  le  monde  entier. 

L'étude  comparative  des  limites  des  faunes 
fossilesavec  les  limites  données  parla  super- 
;position  a  démontré  que  les  terrains  paléo- 
zoïques se  divisent  naturellement  en  quatre 
^groupes  parfaitement  définis  et  circonscrits, 
par  M.  Murchison»  dans  ses  importants  tra- 
vaux sur  l'Angleterre  et  sur  la  Russie^  En 
effet,  en  coordonnant  tous  les  matériaux 
connus  de  la  science,  nous  avons  vu  partout 
les  éléments  paléontologiques  rentrer  dans 
ces  quatre  groupes.  Les  études  sur  l'Améri- 
que méridionale,  les  savantes  recherches  des 
ffliologues  américains  relatives  aux  Etats-Unis 
lointes  aux  judicieuses  comparaisons  faites 
l>ar  M.  de  Verneuil,  ont  prouvé  non-seule- 


ment que  les  faits  concorden!  parfaitement 
sur  tous  les  points,  mais  encore  qu'il  n*est 
pas  possible  dediviser  Tensemble  aatrement, 
attendu  que  ces  limites,  partout  les  mêmes, 
sont,  dès  lors,  Texpression  des  rérolatioDS 
survenues  dans  un  ordre  chronoiogiqua 
constant  sur  la  terre  entière. 

En  commençant  par  les  plus  inférieores^ 
ces  divisions  sont  les  suivantes  :  Etages 
silurien  j  devonien^  carboniférien  ei  permin. 

Comme  on  peut  le  voir  a  l'étage  silorieih 
lorsqu'il  n'a  nen  manqué  k  l'ensemble,  le 
premier  éîage  paléozoïque  repose  soit  sm  les 
roches  azoïques,  soit  sur  les  roches  grani- 
tiques, comme  en  France,  dans  la  Vendée, 
la  Bretagne  et  la  Normandie,  en  Bohême,  en 
Russie,  en  Suède,  dans  les  deux  Amériques. 
On  peut  donc  croire  que  les  terrains  paléo- 
zoïques ont  régulièrement  succédé  aai  ro- 
ches azoïques.  D'un  autre  côté,  nousoe 
voyons  pas  l'étage  silurien  reposer  toujours 
sur  les  roches  azoïques^  nous  trouvons, au 
contraire,  tantôt  le  second  étage,  tantôt  la 
troisième  ou  le  quatrième,  suivant  qu'il 
manque  un  ou  plusieurs  étages  sur  ces  diffé- 
rents points^  ce  qui  constitue  la  profonde 
discordance  qui  sépare  les  terrains  paléo" 
zoiques  des  terrains  azoïques.  Ainsi  les  ter- 
rains paléozoïques  oirt  bien  succédé  ré^è- 
rement  aux'  terrains  azoïques,  mais  ils 
forment  certainement  chacun  en  particulier 
une  époque  très-distincte. 

Le  groupement  des  étages,  aussi  bien  que 
les  caractères  paléontologiques  commuons 
peuvent  donner  la  certitude  que  les  terrains 
paléozoïques  constituent  un  ensemble  dis- 
tinct. On  voit  tous  les  étages  les  uns  sur  les 
autres  en  France^  dans  l'Heraiilt.  En  jetant 
les  yeux  sur  la  belle  carte  géologique  de 
rAn|;leterre  de  M.  Murchison,  on  v  ^ 
aussi  se  succéder  régulièrement  dans  le  pays 
de  Galles,  presque  de  l'ouest  à  Test,  sur 
toutes  les  parties  occidentales  de  rAglelerrc» 
les  étages  silurien,  devonien,  carbonuérienet 
permien,  en  couches  concordantes  ou  discor- 
dantes. Quoique  les  choses  soirat  bien  moins 
bien  tracées,  on  peut  entrevoir  une  succes- 
sion à  peu  près  semblable  en  Allemagne. 
La  même  succession  régulière  des  cinq  éta- 
ges superposés  se  montre  en  Russie,  ^ 
Suède,  et  y  succède  comme  en  Aflgleterw^ 
e'est-à-dire  de  l'ouest  à  l'est,  en  partant  de 
la  Suède,  et  s'avauj^nt  vers  le  centre  de  la 
Russie.  11  en  est  ainsi,  mais  en  sens  cod« 
traire,  de  l'est  à  Touest  sur  le  versant  oco- 
deutal  de  l'Oural.  M.  d'Orbigny  a  constat* 
une  régularité  semblable  sur  tous  les  pomis 
de  la  Bolivia,  dans  l'Américiue  méridionale, 
où  il  a  rencontré  les  terrains  paléozoïques* 
Ces  faits  généraux  de  suiterposition  viennent 
corroborer  le  groupement  de  tous  ces  étages 
dans  une  seule  et  même  grande  période. 

Si  les  parties  du  monde  où  il  ne  manq»* 
aucun  membre  des  terrains  paléozoïques 
nous  les  font  réunir  en  im  seul  groupe,  des 
discordances  partielles  nous  donnent  les  »- 
mites  réelles  qui  existent  entre  les  qn«w* 


(777)  Oriqine  dtê  faiit/ei  et  éa  cùMHnenti^  etc;,  livre  i. 


1073 


PAL 


ET  DE  PALECWTOLOGIE. 


PAL 


1074 


étages,  comme  on  pourra  le  recoonaltre  à 
cfaacon  en  particulier.  On  Toit,  ffàr  exem- 
ple» aux  Etats-UniSy  les  trois  premiers  seule- 
ment exister  en  couches  concordantes  sur 
des  centaines  de  lieues  d'extension,  sans 
qu'il  y  ait  trace  du  dernier;  on  voit  dans  la 
Sarthe  et  dans  la  Manche,  en  France,  les 
mêmes  étages.  D'autres  fois,  on  ne  trouve 
que  les  étages  devonien  et  carboniférien; 
rx>mme  à  Ferques  (Pas-de-CalaisJ  comme  en 
Espagne,  ou  run  d'eux  seulement,  comme 
en  Norwége,  en  Suède,  en  Russie,  en  France, 
et  dans  quelques  autres  contrées,  que  nous 
signalons  aux  étages.  Ce  sont  des  irrégulari- 
tés de  superposition,  dénotant  autant  oe  per- 
turbations géologiques  partielles,  supérieu- 
res ou  inférieures  à  ces  étages  isolés,  ou 
avec  des  lacunes,  qui  nous  donnent  les  véri- 
tables limites  de  ces  étages  lorsqu'ils  sont  en 
•uperposition  concordante.  Cela  est  si  vrai, 
<iue  la  paléontologie  spéciale  de  ces  portions 
isolées,  comparées  aux  étages  en  superpo- 
sitions concordantes,  correspond  toujours 
aux  limites  qu'on  trouve  dans  l'ensemole 
des  faunes  superposée,  sur  ces  parties  con- 
cordantes. Elle  peut  donc  servir  par  compa^ 
raison  à  les  limiter  dans  ce  dernier  cas. 

En  parcourant  les  étages  pal^zoïques,  on 
voit  combien  sont  variables,  dans  chacun  en 
particulier,  les  caractères  de  la  composition 
minéraloçiques  des  couches.  On  sera  dès 
lors  certain  que  ces  caractères  ne  sont  appli- 
qtiables  qu'à  des  régions  très-restreiotes  et 
voisines  les  unes  des  autres,  tandis  que  ces 
caractères  changeront  suivant  lés  lieux  et 
suivant  les  couches.  En  effet,  si  des  grès 
peuvent  servir  à  faire  reconnaître  un  étage 
sur  un  point,  sur  d'autres  ce  seront  des  cal- 
caires ou  des  schistes.  Il  en  résulte  que 
pour  chaque  étage,  il  ny  a  pas  de  caractères 
niiuéralogiques  particuliers,  et  moins  encore 
pour  l'ensemble.  Il  faudra  même  bien  se 
garder  de  vouloir  établir  le  moindre  paral- 
lélisme dans  les  couches  de  deux  lambeaux 
séparés,  avant  de  s'assurer  si  les  fossiles 
concordent  avec  ce  parallélisme;  car  on 
pourrait  racilement  identifier  deux  Ages  dif- 
iérents.  Nous  insistons  sur  cette  remarque, 
îe  plus  sûr  moyen  de  se  tromper,  étant  de 
partir  de  la  composition  minéralogique, 
sans  consulter  les  fossiles,  gui  sont  les  véri- 
tables preuves  d'une  parfaite  contempora- 
néité. 

Si  nous  avions  à  additionner  la  puissance 
de  chaque  étage  pour  avoir  une  seule  som- 
me, nous  trouverions  pour  l'étage  silurien, 
5,200  mètres;  pour  l'étage  devonien,  3,050 
mètres;  pour  Tétage  carboniférien,  3,000 
mètres;  pour  l'étage  permien,  1,000  mètres, 
ou  un  total  de  13,150  mètres  d'ensemble; 
mais  cette  épaisseur  ne  serait  pas  vraie  :  car 
il  est  certain  que  les  mers,  ayant  souvent 
changé  de  forme,  de  lit  ou  de  profondeur, 
peut-être  à  chaque  étage,  les  plus  grandes 
masses  sédimentaires  se  sont  toujours  natu- 
rellement, par.  suite  du  nivellement,  cons- 
tant, déposées  sur  les  points  les  plus  pro- 
fonds qui  devaient  de  toute  nécessité  cnan- 
ger  de  place  à  chaque  époque.  II  ne  serait  . 


donc  pas  juste  d'additionner  ces  gfandef 
puissances  de  sédiments,  qui  devaient  s'ac- 
cumuler à  chaque  étage  sur  des  points  dif 
férents. 

Nous  dirons  comme  faits  généraux,  qu*è 
chacun  des  étages  nous  avons  trouvé  qall 
existait  des  continents  et  des  mers;  que  les 
continents  étaient  couverts  de  végétation; 
que  les  mei*s  avaient  des  points  littoraux,  des 
parties  sous-marines  voisines  des  côtes,  et^ 
des  parties  sous-marines  plus  profondesavee 
des  animaux  spéciaux  à  ces  zones,  absolu- 
ment comme  les  mers  d'à  présent  ;  et  qu'en- 
fin elles  étaient  soumises  à  toutes  les  in- 
fluences physiques  actuelles.  On  reconnaît 
encore  que  ces  mers  et  ces  continents  étaient 
soumis  aux  mêmes  oscillations  du  sol  que 
nous  vovons  exister  aujourd'hui  dans  le 
nord  de  l'Europe,  ou  sur  beaucoup  d'autres 
points  depuis  répoque  actuelle. 

La  présence  des  végétaux  fossiles ,  et  dès 
lors  de  la  houille,  h  cnacunc  des  cinq  épo- 
ques des  terrains  paléozoïques,  prouve  non- 
seulement  ce  que  nous  venons  d'avancer, 
2[u'il  y  avait  des  continents  à  chacune  de  ces 
poques,  mais  encore  qu'il  ne  faut  pas  cher- 
cner  de  la  houille  seulement  dans  l'étage 
carboniférien.  En  effet,  le  charbon  de  terre 
s'exploite  en  Portugal  dans  l'étage  silurien; 
en  Espagne,  les  mines  les  plus  riches  pa- 
raissent dépendre  de  l'étage  devonien,  tandis 
qu'on  l'a  également  signalé  dans  l'étage  per- 
mien, en  Saxe.  Ces  faits  prouvent  que  si  les 
dépôts  houillers  sont  plus  fréquents  dans 
Tétage  carboniférien,  les  autres  étages  |)aléo- 
zoïc^ues  peuvent  fournir  aussi  leur  part  do 
houille  à  l'industrie  et  aux  arts.  Il  faulra 
donc  la  rechercher  dans  tous  les  terrains  pa- 
léozoïques. 

Nous  n'avons  pas  pu  employer  les  carac- 
tères minéralogiques  pour  distinguer  les 
terrains  [laléozoïques.  On  a  même  vu  que  la 
superposition  était  subordonnée  à  l'étude  ? 

f»a1éontoloçiquc  pour  recouni^tre  l'âge  des 
ambeaux  isolés,  ou  les  limites  des  étages 
concordants.  C'est  donc  de  la  paléontologie 
seulement  que  nous  devons  tirer  les  carac- 
tères distinctîfs  appelés,  dans  toutes  les  cir- 
constances, à  faire  séparer  les  terrains  paléo^ 
zoïques  des  terrains  triasiques  qui  suivent 
immédiatement. 

Pour  distiqguer  les  terrains  paléozoiques 
des  terrains  triasiques,  nous  avons  tous  les 
genres,  qui,  nés  pendant  la  période  triasi- 
que,  sont  encore  inconnus  aux  terrains  pa- 
léontologiques  ;  par  exemple,  16  genres  de 
reptiles  ;  9  genres  de  poissons  ;  parmi  les 
mollusques  céphalopodes,  3  genres  ;  parmi 
les  mollusques  gastéropodes,  6  genres;  parmi 
les  mollusques  lamellibranches,  10  genres; 
parmi  les  bryozoaires,  le  genre  oêpendisia; 

1>armi  les  échinodermes,  6  genres;  parmi 
es  zoophytes,  12  genres  ;  parmi  les  amor- 
phozoaires,  8  genres  ;  c'est-è-dire,  en  tout, 
71  genres  nés  dans  les  terrains  triasiques, 
postérieurement  aux  terrains  paléozoïques. 
Si  nous  lyoutons  les  caractères  généraux, 
nous  verrons  encore  an  nombre  des  carac- 
tères négatifs  des  terrains  paléozoiques  la 


1075 


PAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PâL 


1070 


manque  complet  des  classes  des  mammifè- 
res, aes  oiseaux,  des  ordres  de  poissons  cy- 
cloîdes,  cténoïdes  et  pleuronectoïdes;  des 
crustacés  décapodes,  stomapodes,  amphipo* 
des,  isopodes;  de  reptiles  chéloniens,  etc., 
etc.  Eu  résumé,  pour  distinguer  les  terrains 
paléozoïques  des  autres  terrams,  nous  avons, 
en  réunissant  toutes  les  séries  animales, 
environ  lill7  genres  qui  peuvent  donner 
des  caractères  négatifs,  puisqu'ils  sont  en- 
core inconnus  à  cette  époque. 

On  conçoit  que  si  nous  avons  invoqué 
Tabsence  des  genres  comme  caractère  strati- 
grapbique,  leur  présence  sera  plus  positive 
encore  pour  distinguer  les  terrains  paléo- 
zoïques des  terrains  triasiqucs.  Nous  avons 
donc,  pour  séparer  les  deux  étages,  tous  les 
genres  qui,  nés  dans  les  terrains  paléozoï- 
ques, n  ont  pas  survécu  à  ces  terrains,  et 
sont  encore  inconnus  aux  terrains  triasi- 
<][ues  :  le  genre  nothosaurus  parmi  les  rep- 
tiles ;  les  31  genres  de  poissons  ganoïdes;  un 
nombre  considérable  de  genres  composant 
l'ordre  des  trilobites.  Parmi  les  mollusques 
céphalopodes,  17  genres;  parmi  les  mollus- 
ques gastéropodes,  7  genres;  parmi  les  mol- 
lusaues  lamellibranches,  5 genres;  parmi  les 
mollusques  brachiopodes,  ik  genres;  parmi 
les  mollusques  bryozoaires,  1o  genres;  par- 
mi Ité  échinodermes  astérides  et  échinoïdes, 
k  genres;  parmi  les  échinodermes  crinoïdes, 
40  genres;  parmi  les  zoonhytes,  36  genres; 
parmi  les  foraminifères,  le  genre  fusutina  ; 
parmi  les  amorphozoaires,  le  genre  pajœos- 
pongia.  Ces  genres  forment  un  total  de  323 
caractères  positifs  qu'on  peut  invoquer  pour 
distinguer  les  terrains  paléozoïques  des 
terrains  triasiques.  Ce  sont  ces  genres  qui 
donnent  à  l'ensemble  de  la  faune  un  carac- 
tère particulier,  un  faciès  qui  ne  peut  man- 
quer d*ètre  reniarqué,  quand  on  compare 
entre  elles  les  faunes  des  différents  terrains. 
Ce  faciès  particulier  do  la  faune  paléozoï- 
que  naît  non-seulement  des  genres  de  cha- 
que série  animale  qui  y  sont  propres,  mais 
encore  du  nombre  dominant  des  genres  de 
telle  classe,  de  tel  ordre  en  particulier.  Par 
exemple,  nous  pouvons  dire  que  les  ter- 
rains paléozoïques  sont  le  règne  des  pois- 
sons ganoïdes  et  placoidesj  des  crustacés  tri- 
lobiteSf  des  mollus^es  céphalopodes  et  bra- 
ehiopodesj  des  échxnodermesi  crinoïdes^  parce 
que  ces  classes  et  ces  ordres  d'animaux  ont 
atteint  pendant  cette  période  le  maximum 
de  leur  développement  de  formes  génériques, 
étant  alors  plus  nombreux  et  plus  variés 
dans  leurs  formes  qu'ils  ne  l'ont  été  plus 
tard.  Il  est  même  un  ordre,  celui  des  crusta^ 
ces  trilobites^  dont  lesgenres  non-seulement 
sont  très-nombreux  dans  les  terrains  paléo- 
zoïques, mais  encore  naissent  et  disparais- 
sent tous  dans  ces  terrains,  aucun  n'arrivant 
jusqu'aux  terrains  triasiques.  Ces  résultats, 
que  tout  le  monde  peut  apprécier ,  prouve- 
ront péremptoirement,  nous  le  croyons,  le 
cantonnement  des  formes  animales  dans  des 
zones  superposées.  En  présence  de  ces  faits 
il  faudrait  être  aveugle  ou  vouloir  nier  l'évi- 
dence pour  ne  pas  voir,  dans  les  éléments 


paléontologiques,  les  moyens  les  plus  posi- 
tifs d'arriver  a  la  connaissance  des  Ages  suc- 
cessifs du  monde. 

M.  Adolphe  Brongniart  considère  cette pé< 
riode,  sous  le  rapport  des  caractères  de  » 
flore,  comme  le  règne  des  plantes  cryptoga- 
mes acrogènesy  c'est-à-dire  comme  l'inslaot 
où  ces  plantes  ont  eu  leur  maximum  de  dé- 
veloppement, où  elles  dominaient  au  roiliea 
de  la  végétation  de  cette  époque  On  voit  que 
la  botanique  arrive  à  des  résultats  identiques 
à  ceux  que  donne  la  zoologie.  Commeui 
alors  pourrait-on  nier  ces  résultats  indépen- 
dants les  uns  des  autres  et  convergeant  Tcrs 
les  mêmes  conséquences? 

S'il  pouvait  rester  quelque  doute  sur 
les  zones  chronologiques  superposées  d'uni- 
maux  qui  sa  sont  succédé  dans  les  étages  et 
dans  les  terrains  successifs  <lu  globe,  la  dis- 
tribution des  espèces  viendrait  les  lever  en- 
tièrement. Nous  avons  en  effet,  pour  distin- 
guer les  terrains  paléozoïques  des  terrains 
triasiques,  indépendamment  de  nombreui 
animaux  vertébrés,  de  plus  nombreux  ani- 
maux annelés,  et  de  toute  une  flore  spécialt 
composant  un  ensemble  de  près  d'un  mil- 
lier d'espèces ,  le  chiffre  considérable  de 
3,180  espèces  d'animaux  mollusques  e( 
rayonnes.  Le  fait  de  la  spécialisation  j^r 
zones  est  d'autant  plus  certain,  queces3,t80 
espèces  ne  sont  pas  seulement  spéciales  aux 
terrains  paléozoïques,  qu'elles  distinguent 
parfaitement  des  terrains  triasiques  dans  les- 
quels aucune  ne  passe  ;  mais  qu'elles  se  di- 
visent encore,  suivant  l'ordre  chronologi- 
ques des  étages,  en  zones  superposées,  du*^- 
tinctes,  constituant  dès  étages.  En  décom- 
posant ce  chiffre  total,  nous  trouvons,  effec- 
tivement, dans  Tordre  chronologique,  b 
nombres  suivants  : 


Etage  silurien    { 

Etage  devonien, 
Etage  Carbon iféricn, 
Etage  pcrmien, 


inférieur, 
supérieur, 


420  espèces. 

418  - 
1,498  - 
4,(U7      - 

91      - 


Total  égal,      5,180  espèûs. 

«  Combien  de  siècles  se  sont  écoulés  avaol 
que  le  globe  ne  soit  peuplé  depuis  la  der- 
nière rupture  de  sa  surface  à  la  fin  de  la  pé- 
riode azuïque?  Nous  l'ignorons  copapléie- 
ment  ;  néanmoins,  nous  devons  croire,  i^ar 
la  puissance  des  couches  inférieures  <les  ut- 
rains  paléozoïques  souvent  sans  fosiilt's. 
que  les  êtres  n'ont  pas  commencé  à  paraîtra 
immédiatement,  et  qu'il  a  fallu  encore  qut* 
les  mers  et  les  continents  fussent  aiipropne^ 
à  Tanimalion  qui  devait  les  couvrir,  il  "'■ 
lait  que  les  continents  fussent  devenus  sia-^ 
hles,  que  les  mers  fussent  circouscrites,  qn" 
la  température  fût  propre  à  l'animation.  Ei^- 
tin  la  toute-puissance  créatrice  se  niel  a 
l'œuvre;  les  continents  se  couvrent  de  yégp 
taux;  les  mers  renferment  dans  leur  sein  u* 
nombreux  animaux.  Tous  ces  êtres  ont-i  > 
été  créés  à  la  fois  ou  successivement  ?  <^"y 
ils  couvert  tout  le  globe  à  la  fois  ;  ou  se  5onJ- 
ils  répandus  peu  à  peu  dans  les  mers?  Tel* 
les  sont  les  deux  graves  questions  qu'ï  ncw 


1077 


PAL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PAL 


1078 


deTons  d*abord  nous  adresser»  en  cherchant 
à  y  répondre.  Pour  aae  Tharoionie  de  l'en- 
semble existAt  dans  la  nature,  il  fisillait  que 
tous  les  êtres  fussent  créés  à  la  fois,  car  tous 
Tjvent  aux  dépens  les  uns  des  autres.  On 
sait  que  beaucoup  d'animaux  vivent  de  dé- 
bris de  végétaux,  et  que  le  plus  grand  nom- 
bre se  nourrissent  d*ètres  plus  petits;  c'est 
4u  moins  la  loi  générale  actuelle.  Ce  fait 
doit  faire  croire  a  priori  que  les  plantes  et  les 
animaux  ont  été  créés  à  la  fois.  C  est  aussi  ce 
que  présente  la  nature  ancienne,  puisque  les 
mêmes  couches  renferment  simultanément. 
un  grand  nombre  d'animaux  de  toutes  les 
classes  et  des  nlautes  marines.  La  première 
question  semblerait  donc  être  résolue,  par 
le  raisonnement  aussi  bien  que  par  les 
faits,  dans  le  sens  d'une  création  générale 
simultanée.  Pour  répondre  à  la  seconde 
question,  les  faits  viendraient  encore  prou- 
ver que,  lors  de  cette  premit^re  animalisa- 
lion  du  globe,  comme  à  toutes  les  créations 
successives  qui  ont  suivi,  les  êtres  ont  été 
créés  partout  à  la  fois  ;  car  on  trouve,  sur 
tous  les  points  du  globe,  les  mêmes  êtres 
dans  les  mêmes  étages,  quelle  que  soit,  du 
reste,  la  distance  des  points  entre  eux  ;  et 
les  formes  animales  nées  çn  Europe  avec  la 
première  aniînalisation  du  globe  sont  iden- 
tiques à  celles  qu'on  trouve  dans  les  autres 
parties  du  monde,  comme  on  pourra  le  voir 
aux  étages.  Nous  devons  d'autant  plus  le 
croire,  que  les  mêmes  résultats  se  montrent 
à  chacun  des  étages  qui  se  sont  succédé  de- 
puis le  conimencement  du  monde  animé  ius- 
qu'à  présent,  et  notamment  quatre  fois  dans 
les  terrains  paléozoïques  dont  nous  nous  oc- 
cupons (778).  » 

Pris  dans  leur  ensemble,  sans  avoir  é^ard 
aux  étages,  les  terrains  paléozoïques  avaient 
des  continents  et  des  mers.  Les  mers  cou- 
vraient une  grande  partie  du  monde;  les. 
continents  devant  être  moins  élevés,  on  peut 
penser  que  ces  mers  couvraient  une  plus 
grande  étendue  que  de  nos  jours.  Elles  se" 
fendaient  aussi  bien  sous  la  zone  torride 
que  vers  les  pôles.  Elles  nourrissaient,  sur 
leurs  bords  des  p]an.tes  marines,  et  déjà  quel- 
ques reptiles  sauriens  respirant  l'air  en  na- 
ture; un  grand  nombre  de  poissons  générale-. 
ment  cuirassés  et  de  forme  souvent  bizarre,' 
parcourant  les  rivages  et  les  hautes  mers,  où 
vivaient  un  grand  nombre  de  crustacés  tri- 
lobites,  des  cirrhii>èdes,  desannélides  et  au- 
tres animaux  respirant  par  des  branchies. 
Les  mollusques  céphalopodes,  les  plus  par- 
faits de  cet  embranchement  d^inimaux 
étaient  à  leur  maximum  de  développement,  de 
même  que  les  brachiopodes  et  les  échinoder- 
mes  cnnoïdes.  Toutes  les  classes  marines  y 
étaient  représentées  dans  ce  premier  ensem- 
ble, et  il  n'y  manquait  aucune  des  formes  ty- 
pes  de  classes  que  nous  avons  aujourd'hui  ; 
toutes  soumises  aux  mêmes  lois  que  les 
êtres  actuels  par  rapport  à  leurs  zones  de 
profondeur  dans  les  mers. 

Il  n'y  devait  pas  moins  d'animation  sur  les 


continents  :  des  insectes  nombreux  respi- 
rant l'air  en  nature  par  des  trachées,  des 
arachnides  respirant  par  des  poumons,  ani- 
maient de  leurs  brillantes  couleurs  des  sites 
où  se  déployait  tout  le  luxe  de  la  végétation. 
Tci  des  fougères  des  plus  variées^  d'une 
taille  gigantesgue  ;  là  des  sigillariées  de 
grande  taille  lurmaient  des  forêts,  tandis 
que  le  sol  était  couvert,  de  lycopodiacées, 
et  d'autres  plantes  les  plus  variées,  parnû 
lesquelles  dominent  les  crvptogames  acro- 
gènes. 

En  résumé,  dan^ cette  première  période  de 
l'animation  du  globe,  toutes  les  classes  d'a- 
nimaux marinis  et  terrestres  avaient  déjà  des 
représentants,  excepté  les  mammifères,  les 
oiseaux  et  les  myriapodes.  Tous  les  modes 
différents  de  respiration  des  êtres  existaient  : 
l'eau  par  des  branchies,  l'air  en  nature  au 
moyen  {de  trachées  ou  de  poumons.  Les 
plantes  cryptogames,  acrogèncs  et  amphi- 
gènes;des  plantes  dicotylédones,  jçymno- 
spermes  et  angiospermes  y  existaient,  ef 
peut-être  des  plantes  nionocotylédones. 

Les  mêmes  êtres,  les  mêmes  plantes  s'é- 
tendaient, pendant  cette  période,  depuis^  la 
zone  torride  jusqu  aux  deux  pèles,  puisqu'on 
trouve  des  plantes  à  File  Melleville ,  et  des 
animaux  au  Spitzberg,  aussi  bien  que  sous 
les  tropiques.  On  doit  en  conclure  qu'alors 
la  température  était  uniforme  sur  le  globe 
par  suite  de  la  chaleur  propre  à  la  terre,  et 
que  les  lignes  isothermes  actuelles  n'exis- 
taient pas  encore. 

Les  oscillations  du  sol  sont  démontrées 
par  les  parties  continentales  avec  leurs  vé- 
gétaux, placées,  durant  la  même  époque, 
Êlusieurs  fois  sous  des  couches  marines. 
Iles  ont  existé  dans  chacun  des  étages  de 

r 

man 
carbôniféricn. 

Enfin,  à  quatre  reprises  différentes  durant 
cette  période,  des  perturbations  géologiques» 
plus  énergiques  que  les  oscillations,  sont 
venues  disloquer  la  croûte  terrestre.  Le  dé- 
placement des  matières  dans  les  eaux  a  dé- 
terminé renvahissement  complet  des  conti- 
nents et  une  immense  agitation  dans  les 
mers,  qui  ont  détruit  tous  les  êtres.  Quatre 
fois  aussi,  après  Tagitation  générale,  le  re- 
pos est  revenu;  les  continents  sont  restés 
stables;  les  mers  sont  rentrées  dans  leurs 
limites,  et  unenouvelle  création  a  remplacé 
l'ancienne;  création  composée,  souvent, 
des  mêmes  genres,  avec  quelques  modifica- 
tions; mais  toujours  d'espèces  presque 
toutes  différentes,  comme  on  peut  le  juger 
aux  étages  et  en  étudiant  leurs  faunes  com- 
paratives. 

A  chacune  de  ces  commotions  géologiques 
la  croûte  terrestre  fracturée,  dislocjnée,  a 
livré  passage  aux  roches  plutoniques,  qui, 
alors,  ont  surgi  à  If  surface,  rempli  en  filons, 
en  diques  les  fissures  préexistantes ,  ou  se 
sont  répandues  plus  ou  moins,  sur  le  sol 


Elles  ont  existé  dans  chacun  des  étages  de 
l'époque  paléozoïquei  et  sont  même  là  plus 
marquées  qu'ailleurs,  surtout  dans  l'étape 


(77S)  AL  d'Oebicnt,  Cimn  élémenL  de  paléontoi.f  t.  II. 


1079 


PAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAL 


m 


Consolidé»  près  de  ces  onvertores  béantes 
laissées  par  les  di'slocations. 

PALISSY.  Foy.  Géologib. 

PALLAS,  Vojf.  GioLOGii. 

PALMIERS.  ~- On  regarde  la  famille  ac- 
toelle  des  palmiers  comme  composée  d'en- 
Yiron  mille  espèces  qui  appartiennent  pour 
la  frtupart  en  propre  à  certaines  régions  de 
la  aooe  torride.  Quant  à  son  histoire  géolo- 
gique» cette  grande  et  belle  famille^  bien 
qu  die  ait  été  appelée  à  Texistence  aussitôt 
oue  les  formes  végétales  les  plus  anciennes 
aela  période  de  traiisition,  elle  n'a  que 
très-peu  de  représentants  dans  la  formation 
houillère  (779)»  et  elle  est  également  peu 
nombreuse  dans  la  série  secondaire  (780)» 
mais  on  trouve  en  abondance  des  tiges»  des 
feuilles  et  des  fruits  de  palmiers  dans  les 
formations  tertiaires  (781). 

Troncê  fossiUê  de  palmier i.  —  Les  tiges 
de  palmiers  que  Ton  rencontre  à  Tétat  fos* 
sile  proviennent  d*un  grand  nombre  d'es«r 
pèces  ;  on  en  voit  qui  sont  converties  en  un 
peau  silex  dans  les  dépôts  tertiaires  de  la 
Hongrie  et  dans  le  calcaire  grossier  de  Pa- 
ris (7S2).  11  existe  également  des  troncs  de 
K limiers  dans  les  formations  d'eau  douce  de 
ontmartre  (783),  et  on  assure  qu'à  Liblar» 
près  de  Cologne^  il  s'en  est  trouvé  dont  la 
direction  était- verticale  (784).  De  beaux 
troncs  de  palmiers  siliciûes  se  voient  à  kn* 
tigoa  et  dans  l'Inde»  ainsi  que  sur  les  buttes 
d  Jrawadi»  dans  le  royaume  d'Ava. 

Nous  ne  devons  pas  nous  étonner  que  des 
débris  de  palmiers  se  rencontrent  dans  les 
latitudes  chaudes  où  les  plantes  de  cette  fa- 
mille sont  encore  maintenant  indigènes, 
comme  k  Antigoa  ou  dans  les  Indes  ;  mais 
leur  présence  dans  les  formations  tertiaires 
de  l'Europe»  associée  à  des  débris  de  croco* 

(779)  LiNDLET.  Flore  fostile^  n.  XV,  pi.  cxlii, 
p,  163. 

(780)  Voffet  le  travail  de  Sprengel  sur  les  palma- 
cites  endoffcnites  du  nouveau  erès  rouse  des  envi* 
rons  de  Cheoinitz  (Halle,  18z8),  et  rouvrage  de 
Coilaii DendroUthen;  Dresde  et  Lieipsick,  185z,  pi. 
IX  et  x). 

(781)  M.  Ad.  Brooffniart  a  mentionné  huit  espèces 
de  palmiers  dans  la  liste  qu'il  a  donnée  des  plantes 
fossiles  de  la  série  lerliaire, 

(782)  On  voit  dans  la  planche  lxiv,  ûjf.  2  de  Tnii- 
vmge  ae  Buckland ,  un  oeau  tronc  fossile  apparte- 
nant au  Muséum  de  Paris,  voisin  de  la  famille  des 
palmiers,  etd*une  circonférence  de  près  de  4  pieds; 
li  a  été  trouvé  dans  la  région  inférieure  du  calcaire 
grostiier  de  Vailly,  près  de  Soissons,  M,  Brongniart 
a  désigné  ce  fossile  sous  le  nom  d^Endogenites  echi- 
nalus.  Les  appendices  saillants  dont  il  est  entouré, 
et  qui  rappellent  le  feuillage  qui  couronne  un  cha- 
piteau corinthien,  sont  les  portions  persistantes  dçs 
pclioles  tombés,  portions  oui  demeurent  adhérentes 
a  la  tige  après  la  chute  oes  feuilles  elles-mêmes. 
Lies  appendices  sont  dilatées  à  leur  base,  qui  en^ 
toure  un  quart  ou  même  un  tiers  de  la  circonférence 
(le  la  tige  ;  la  forme  de  celte  base,  et  la  disposition 
du  tissu  ligneux  dans  les  faisceaux  de  libres ,  indi- 

Suent  assez  que  ce  fossile  provient  d*un  monocotylé- 
on  arborescent  voisin  des  palmiers. 
(785)  (hi  à  trouvé  dans  les  lits  de  marne  argileuse 

?ui  recouvrent  les  couches  de  ffy|>se  du  bassin  de 
^ris,  des  troncs  couchés  de  palmiers  d*une  taille 


diles'el  de  tortues»  et  à  des  coquilles  mari- 
nes très-voisines  de  celte  que  1  on  rencon- 
tre maintenant  dans  les  mers  chaudes,  sem- 
ble indiquer  que  le  climat  de  l*£urope  \m* 
dant  la  période  tertiaire  était  d'une  lempé^ 
rature  plus  élevée  qu*il  ne  l'est  à  Tépoque 
actuelle. 

FeuiUes  foêMes  de  p&imier*.  —  Sept  toc»- 
lités  différentes  présentent  des  feuilles  fos- 
siles de  palmiers  dans  les  couches  tertiaires 
de  la  France»  de  la  Suisse  et  du  Tyrol }  et 
parmi  ces  feuilles  se  trouvent  au  moins  trois 
espèces  flabelliformes»  oui  diffèrent  non-seo- 
lement  des  feuilles  du  chamœropê  Atum7if,le 
seul  palmier  qui  croisse  maintenant  (7851 
dans  le  sud  de  l'Europe»  mais  qui  ue  res^ 
semblent  même  à  aucune  espèce  vifante 
connue  (785).  Cesfeuilles  sont  d  ailleurs  trop 
parfaitement  conservées  pour  que  l'on 
puisse  admettre  qu  elles  ont  eu  à  subir  dq 
transport  par  eau  des  régions  éloignées,  et 
elles  doivent  plutôt»  selon  toute  apparence, 
être  rapportées  aux  espèces  éteintes  qui  fu- 
rent indigènes  de  l'Europe  durant  la  période 
tertiaire. 

On  n'a  rencontré  jusqu'ici  dans  les  cou- 
ches tertiaires  aucune  feuille  de  palmier  de 
forme  pennée»  bien  que  cette  forme  soit  deox 
fois  plus  fréquente  que  la  forme  en  éventail 
dans  la  famille  des  palmiers  telle  qu'elle 
existe  maintenant  (786). 

Fruité  fossiles  de  palmiers.  —  On  rencon- 
tre dans  les  formations  tertiaires  un  grand 
nombre  de  fruits  fossiles  appartenant  à  la 
fiamille  des  palmiers,  et  qui»  d'après  M.  Ad. 
Brongniart»  paraissent  tous  provenir  de  gen- 
res à  feuilles  pennées.  On  en  a  découvert 
3uelques-uns  dans  l'argile  tertiaire  de  Tile. 
e  Sheppey»  parmi  lesquels  des  dattes  (787), 
fruits  qui  maintenant  ne    se  voient  plus 

considérable,  en  même  temps  que  dea  coquilles  de 
limnées  et  de  planorbes. 

Comme  les  dépôts  dont  il  s'agit  sont  des  dé^ 
d'eau  douce,  ces  troncs  n'ont  pu  y  être  apport^  de 
régions  éloignées  par  des  courants  marins;  elile^t 
probable  que  ce  sont  des  palmiers  indigènes  de  \t^ 
rope  et  même  de  la  France. 

n8i)  On  n'a  pas  encore  décidé  la  question  de  sa- 
voir si  ces  palmiers  ont  conservé  cette  poslUoii  iprw 
avoir  été  charriés,  on  s'ils  occupent  encore  la  pia« 
où  ils  ont  vécu,  ainsi  que  cela  a  lien  pour  les  cyti* 
dites  et  les  conifères  de  l'Ile  de  Portland. 

(785)  La  feuille  représentée  pi.  lxiv,  flg.  1,mb5 
l'ouvraffe  de  Biicklànd  est  celle  d'un  palmier  fbbclu- 
forme,  le  palmacUeê  lamanoniSy  provenant  du  gyp» 
d'Aix  en  Provence  ;  on  en  trouve  encore  de  sem- 
blabes  dans  trois  autres  localités  de  la  Fraocc,  va 
environs  d'Amiens,  du  Mans  et  d'Angers,  ei  prtooi 
dans  des  couches  tertiaires.  Une  autre  espèce,  k 
pa(macite$  parisienêis^  provient  du  calcaire  grossiff 
des  environs  de  Versailles.  (Cdvier  et  BroîwîjujJ' 
Géognosie  deê  environs  de  Paris,  pi.  vui,  fig.  1*  ^  ' 
Une  troisième,  le  palmacites  fiabeliaius,  se  rencon- 
tre dans  la  molasse  de  la  Suisse,  prés  deLausion^ 
et  dans  le  lignite  d'Hœring,  dans  le  Tyrol. 

(786)  Les  dattiers .  les  cocotiers  et  les  arew  wo» 
des  exemples  bien  connus  de  palmiers  à  feuiue» 
pennées. 

(787)  Pariikso»,  Organic  remains,  t.  !•%  p-  ^ 


M8t 


PAL 


ET  ne  PALEONTOLOGIE. 


PAN 


l(M 


qu'en  Afrique  et  daus  les  Indes  ;  des  noix 
ae  coco  (788),  et  qui  maintenant  ne  se  trouve 
plus  qu'entre  les  tropiques;  des  bactns,  qui 
de  DOS  jours  appartiennent  exclusirement  à 
TAménque,  et  des  noix  d'arec,  que  l'Asie 
seule  possède.  Il  n'est  pas  un  de  ces  fruits 
gue  l'on  puisse  rapporter  à  quelque  palmier 
flabelliforme  ;  on  trouve  des  noix  de  coco 
fossiles  à  Bruxelles  et  h  Liblar,  près  de  Co- 
logne, associés  à  des  fruits  d'arec. 

Bien  que  ces  fruits  appartiennent  tous  à 
des  genres  à  feuilles  pennées,  aucune  feuille 
de  palmier  de  cette  sorte  ne  s*est  jusqu'ici 
rencontrée  en  Europe ,  ainsi  que  nous  ve- 
nons de  le  dire.  Il  paraît  donc  vraisembla- 
ble, d'après  la  quantité  énorme  de  fruits  de 
toute  espèce  qui  sont  accumulés  dans  l'Ile 
de  Sheppey,  entassés  avec  des  coquilles  ma- 
rines et  des  fragments  de  bois  presque  tou- 
jours percés  par  des  tarets,  que  ces  fruits 
ont  été  amenés  là  par  des  courants  marins 
de  contrées  plus  chaudes  que  ne  le  fut 
l'Europe  après  le  commencement  de  la  pé- 
riode tertiaire,  de  la  même  manière  que 
certaines  graines  tropicales  et  des  merrains 
d'acajou  sont  transportés  de  nos  golfes,  du 
golfe  du  Mexique,  sur  les  côtes  de  la  Nor- 
vège et  de  llrfande. 

Outre  le  fruit  des  palmiers,  l'tle  de  Shep- 
pey présente  une  réunion  de  plusieurs  cen- 
taines d'autres  fruits  (789),  dont  la  plupart 
offrent  les  caractères  de  la  végétation  des 
tropiques  ;  et  il*  serait  diflicile  d'expliquer 
comment  ils  auraient  pu  être  accumulés 
ninsi  en  amas  où  ne  se  trouve  pas  une  seule 
feuille  des  arbres  qui  les  ont  portés,  mais 
c]ui  renferment  des  bois  nerforés  par  des 
tarets ,  autrement  que  par  l'hypothèse  d'un 
courant  marin. 

Nous  n'avons  encore  aucune  donnée  cer- 
taine relativement  au  nombre  des  espèces 
Je  ces  fruits  fossiles;  on  a  estimé  miellés 
s'élevaient  à  six  ou  sept  cents  (790).  On  leur 

(788)  Paiisi5S0n,, Organîc  remaim,  t.  1'%  pi.  vu, 
Tig.  1-5.  M.  Broiigniart  regarde  ces  fruiis  comme 
ippartenant  certainement  au  genre  cocos  et  une  es- 
pèce voisine  du  cocos  lapidea  ie  Gœrtner. 

(789)  Selon  M.  Ad.  Brongniart,  plusieurs  de  ces 
Truits  onl  des  rapports  intimes  avec  les  fruits  ^ro^ 
iiatiques  de  ramomum  {cardamome).  Ce  sonl  des 
mits  triangulaires,  ires  •comprimés,  oin))iliqués  à 
ciir  sonimei,  où  se  uouve  une  petite  aréole  cîrcu- 
aîrc,  indiquant  apparemment  la  cicatrice  laissée 
Lir  un  calice  adhérent;  à  rinléricur  se  trouvait  trois 
loisoiis;  un  léger  sillon  se  voit  sur  le  milieu  de 
tiacuiie  des  trois  faces,  comme  en  présente  le  fruit 
e  plusieurs  plantes  dé  la  famille  des  scitaminées. 
h,M  ne  peut  toutefois  considciûr  les  fniils  de  Tlle  de 
heppey  comme  identiques  avec  un  autre  genre  de 
i-Ue  famille;  mais  ils  s*en  rapprochent  tellement  que 
r.  Ati.  Brongniart  les  a  désignés  sous  ie  uom  tf*«- 
tatHocarpum, 

(  790)  Voy.  Pabeixsoïi,  Organic  Remains^  t.  I", 
L  VI,  VII.  —  Jacos,  Fiora  Faverspamensis,  et  le 
octeor  Pabsoss,  dans  les  Transactions  phiiosophi^ 
ues^  de  Londres,  f  757,  t.  L,  p.  596,  pi.  xv  et  svt. 
'  Il  existe  une  collection  de  ces  fruits  dans  le  mo- 
ie  Briunniqiie;  «ne  autre  dans  celui  de  Canter* 
*ry  ;  une  troisième  dans  le  cabinet  de  M.  Bower 
iuck,  à  Londres. 


trouTe  associés  dans  la  mtese  argile  un 
grand  nombre  de  crustacés  fossiles,  en 
m6ine  temps  que  des  restes  de  plusieurs 
|)oissons,  de  crocodiles  et  de  tortues. 

Si  les  fruits  'de  Tlle  de  Sheppey  ont  été 
ainsi  rassemblés  sur  ce  point  par  Tactiou 
des  courants  marins,  il  s  ensuit  que  This- 
toire  de  la  végétation  européenne  pendant 
la  période  tertiaire  doit  être  étudiée  dans 
ces  autres  débris  de  plantes,  qui,  à  en  juger 
par  rétat  et  les  circonstances  dans  lesquels 
on  les  trouve,  ont  vécu  à  peu  de  distance 
du  point  où  elles  se  rencontrent  mainte* 
nant  (791). 

PAMPAS,   dépôts  fossiles.  —  Voy.  Svb- 

APE!fNI!f. 

PANDANËES.  —  Les  pandanées  sont  une 
famille  de  végétaux  monocotylédones,  qui 
maintenant  croit  seulement  dans  les  zones 
chaudes,  et  surtout  dans  le  voisinage  de  la 
mer.  Ces  plantes  abondent  dans  Tarûbipel 
Indien  et  dans  les  îles  de  l'océan  Pacitique. 
Leur  aspect  est  celui  d'un  ananas  à  tige  ar- 
borescente. 

De  même  que  le  cocotier,  les  pandanées 
sont  du  nombre  des  végétaux  qui  apparais- 
sent les  premiers  sur  des  terres  récemment 
sorties  de  rOcéaii.  Les  navigateurs,  en  effet, 
ont  presque  toujours  trouvé  ces  plantes  réu- 
nies sur  les  lies  de  corail  des  mers  tropi- 
cales. L'étude  que  nous  avons  faite  des  liges 
fossiles  de  cycadées  de  l'Ile  de  Portiand  nous 
a  appris  que  des  plantes  de  cette  famille , 
maintenant  complètement  étrangères  à  l'Eu- 
rope, ont  été  indigènes  de  la  Grande-Breta- 
gne pendant  la  période  de  la  formation  ooli- 
tique.  Un  beau  fruit  fossile  unique  rend 
probable  l'existence,  dans  les  mêmes  con- 
trées, d'une  autre  famille  tropicale  très-voi- 
sine de  celle  des  pandanées,  au  commence- 
ment  de  la  grande  série  oolitique  de  la  for* 
mation  secondaire  (792). 

Ce  fruit,  par  sa  structure,  se  rapproche 

(791)  Le  beau  succin  qui  se  rencontre  sur  les  cô- 
tes est  de  TAngleterre  et  sur  celles  de  la  Prusse  et 
de  la  Sicile,  et  «que  Ton  suppose  être  une  résine  fos- 
sile, provient  de  certains  lits  de  lignite  des  couches 
tertiaires.  On  a  trouvé  des  fragments  de  gomme 
fossile  prés  de  Londres,  en  creusant  un  tund  à 
Uigiigate  à  travers  Targile  de  Londres. 

(79^)  Ce  fossile  a  été  trouvé  par  feu  If.  Page  de 
Bishport,  près  de  Bristol,  dans  la  région  la  plus 
basse  de  la  formation  oolitique  inférieure,  à  TEst  de 
Charmouth,  dans  le  comté  de  Dorset,  et  il  se  voit 
maintenant  dans  le  muséum  d'Oxford.  C'est  un  fruit 
du  volume  d'une  grosse  orange,  offrant  une  enve- 
loppe externe  on  épicarpe  étoile,  composé  de  tu 
liercules  hexagonaux  qui  sont  le  sommet  de  cellules 
en  occupant  toute  la  surface. 

Chaque  ceUule  contient  une  graine  unique,  res 
semblant  à  une  petite  graine  de  riz  de  forme  plus 
ou  moins  comprimée,  et  ordinairement  bexago 
sale.  Quand  on  a  enlevé  l'épicarpe,  on  aperçoit  le 
sommet  des  graines  serrées  à  la  surface  du  fruit. 
Les  hases  des  cellules  sont  séparées  du  réceptacle 
par  un  amas  de  pedioelles  constituant  une  masse 
dense  des  fibres  qui  ressemblent  aux  fibres  de  la 
base 'des  graines  danâ  les  espèces  récentes  du  pan- 
das. Comme  celte  position  qu^ociupe  les  grainrs  ad 
sommet  ie  pédoncules,  composés  de  longue^  fibrca 


4085 


PAN 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAR 


1084 


dayaotage,  du  pandantis  que  de  to'iie  autre 
plante  actuellement  existante,  et  si  nous  étu- 
dions les  particiilarités  d*organisation  du 
fruitées  pandanées  dans  leurs  rappoxls  avec 
les  fonctions  assignées  à  ces  niantes  des  ri- 
vages de  la  mer,  au  sein  de  réconomie  gé- 
oérale  de  la  nature,  fonctions  qui  consistent 
à.  prendre  les  premières  possessions  d'une 
terre ,  aussitôt  qu'elle  est  sortie  des  eaux , 
nous  trouvons  dans  ces  Qbres  minces  et  lér 
gères  qui  remplissent  Tiiitérieur  des  fruits 
un  arrangement  complétemenjt  en  harmonie 
avec  cet  oflSce  de  colonisation  végétale  (793). 
Leur  position  sur  le  bord  de  la,  mer  est 
cause  qu'un  grand  nombre  de  leurs  fruits 
tombent  dans  les  eaux,  où  ils  sont  ballottés 
par  les  vents  et  par  leç  vagues  jusqu'à  ce 
cja'ils  s'arrêtent  d'une  manière  déhnitivesuc 
tfuelque  rivage  éloigné.  Il  suflU  d'une  drupe 
unique  dé  pandanus  ainsi  chargée  de  grai- 
nes, pour  lran<îporter  les  éléments  dune 
végétation  jusqu'aux  îles  volcaniques  ou  aux 
récifs  maaréi)oriques,  qui  sortent  de  l'océan 
Pacifique  actuel.  Cette  craine,  qui  est  allée 
s'échouer  ainsi  sur  quelque  terre  nouvelle- 
ment formée,  donne  naissance  ^  une  plante 
qui  trouve  un  moyen  de  se  supporter,  sur 
une  surface  où  il  n'existe  pas  de  sol,  dans 
l'arrangement  tout  particulier  qu'offrent  les 
racines  aériennes  grosses  et  lonjjues  qui 
naissent  autour  de  la  partie  inférieure  du 
trond,  à  une  certaipe  distance  du  sol.  Ces 
racines  adventives  sont  disposées  de  manière 
à  soutenir  la  plante,  comme  le  feraient  des 
arcs-boutants  disposés  tout  autour  de  la  tige 
à  sa  partie  inférieure  ;  elles  maintiennent 
celle-ci  dans  sa  position  verticale,  et  c'est, 
grâce  à  leurs  services,  que  Varbre  élale  une 
végétation  florissante  au  milieu  du  sable 
aride  dont  les  rescifs  sont  recouverts,  et  là 
où  se  sont  à  peine  formés  Içs  premiers  rudi- 
ments d'un  sol. 

Jusqu'ici  on  n'a  encore  rencontré  à  l'état 
fossile  aucun  débris  de  feuilles  ou  de  troncs 
de  pandanées  ;  mais  le  fruit  unique  trouvé 
dans  la  formation  oolitiquc  inférieure  des 
environs  de  Gharmouth  est  de  cette  date  pré- 
cise où  l'Angleterre,  ainsi  que  nous  l'ensei- 
gnent d'autres  temoigna;^es  ,  était  encore 
une  terre  nouvellement  sortie  des  mers,  au 
sein  d'un  climat  chaud  et  humide  ;  et  nous  y 
voyons  la  preuve  qu'à  l'époque  où  les  tcrr 
rains  oolitiques  étaient  en  progrès  de  for- 
mation, il  existait  des  végétaux  offrant  des 
combinaisons  de  structure  toutes  pareilles  à 
celles  qui  nous  soni  offertes  par  les  panda- 
nées actuelles,  et  ayant  de  même  pour  but 
spécial  le  transport  au  loin  de  colonies  vé^ 
gétales. 

rigides  qui  les  portent  à  une  certaine  distance  du 
réceptacle,  est  d'un  caractère  que  Ton  ne  rencontre 
dans  aucune  autre  famille  moderne  que  celles  des 
pandanées,  nous  soiiimes  conduits  à  réunir  notre 
iruit  fossile  à  cette  remarquable  tribu  de  végétaux, 
en  en  formant  un  nouveau  genre,  le  genre  podoca- 
rya. 

(793)  Nous  trouvons  dans  la  masse  légère  de  fi- 
bres qui  entoure  la  noix  de  coco  une  disposition 
semblable  ayant  pour,  but  .de  iranportcr  sur  des 


Ainsi  ce  fruit  est  un  nouvel  anneau  qui 
s'ajoute  à  la  chaîne  des  découvertes  oui  nous 
ont  fait  connaître  la  flore  des  périoaes  géo- 
logiques secondaires  ;  et  il  nous  fournit  de 
nouveaux  témoignages  de  l'eiistcnce  d'un 
ordr/i?»  d'une  harmonie,  et  d'une  sagesse  oui 
sait  créer  des  ressources  spéciales  pour  dos 
fins  déterminées;  ordre  ,  harmonie  et  sa- 
gesse que  nous  ne  perdons  pas  un  instant 
de  vue,  lorsque,  jetant  nos  regards  en  ar- 
rière, nous  remontons  jusqu'aux  condilions 
les  plus  anciennes  de  notre  planète,  en  pa^ 
courant  successivement  toutes  les  révolutions 
qui  se  sont  accomplies  à  sa  surface  (7%j. 

PARADIS  TERRESTRE,  /«  /leureipi 
Farrosenl  (Eu^)hrate^  Tigro,  etc.)  coulent  sur 
If  terrain  tertiaire.  —  Yoy*  Macpied.  suô  )îfl. 

PARISIEN  (ÉTAGE).  —  La  deuxième  de 
la  période  tertiaire  et  le  vinst^ïinauièmede 
la  série  totale  des  terrains.  C  est  l'époque  de 
la  première  apparition,  des  ordres  de  inain- 
mifères  n^arsupiaux  i^  quadrumanes ,  chéi- 
roptères (chauves- souris),  cétacés);  des 
oiseaux  de  proie,  grimpeurs  et  gallinacés; 
des  reptiles  ophidiens  (  serpents  );  etc.  Ceîl 
le  règne  des  genres  pateoiA«rittm,fl»oplo- 
theriunif  laxoêherium^  etc.,,  etc.  Cet  élage a 
reçu  un  çrand  nombre  de  noms ,  suivant  la 
composition  minéralogique  ou  la  superposi- 
tion ,  tels  que  glauconie  grossière^  vatcm 
grossier 9  calcaire  moyens  gypse  de  Monh 
marii^ ,  argiles  de  Londres ,  calcaire  à  orb> 
toUthes ,  terrains  tertiaires  inférieurs^  de 
ilM.  Dufresnoy  et  Elie  de  Beaumonl  ;  c c^^l 
aussi  une  partie  de  V étage  éocêne^  de  M.  Lyell. 

On  cite  plusieurs  types  français  de  cet 
étage,  à  Grignon,  Anvers,  Blaye,  Erme- 
nonville, etc. 

a  On  a  réuni  dans  un  seul  ensemble,  dit 
M.  Aie.  d'Orbignv,  Cours  élém.  de  PalionU 
t.  II,  p.  7/tO),  tous  les  terrains  tertiaires 
4es|  sables  moyens  aux  plus  inférieurs  aux 
çnvirons  de  Paris;  et  cette  réunion  a, san> 
doute ,  beaucoup  contribué  à  faire  niéctm- 
naître,  comme  le  représentant  des  couclio> 
nummulitiques  des  Pyrénées ,  par  exemple» 
les  couches  suessoniennes  que  nous  en  sé- 
parons ,  comme  étage,  par  suite  de  considé- 
rations stratigraphiques  et  paléontolo^^ique^. 
Sit  en  effet,  on  confond  ces  deux  étages 
beaucoup  de  faits  restent  inexplicables,  l*»* 
dis  gu'en  les  séparant,  tout  paraît  en  har- 
monie, comme  nous  avons  cherché  à  k 
démontrer.  Pour  nous,  l'étage  suessonien. 
d^ns  le  bassin  parisien,  unit  avec  la  zone 
nerila  schemidelliana  (conoidea) ,  du  nmntf^^ 
lites  planulata;ei  l'étage  parisien  comiueotf 
avec  la.  zone  du  nummuhtes  lœvigata^  <!*"* 
les  glauconies  grossières  ;  il  comprend  1^ 

points  éloignés  de  TOcéan  les  graines  de  celte  [^ 
mille  de  plantes  qui  vit  en  compagnie  des  paudan^t» 
sur  le  bord  de  la  mer.  .   . 

(794)  On  trouve  en.  même  temps  que  les  m}  * 
coco  à  une  période  reculée  les  fomialions  lertttires 
parmi  les  nombreux  fruits  fossiles  de  Targile  de  lo» 
dres,  dans  Hle  de  Sheppev,  des  fruits  d'na  JJJ[* 
genre  de  pandanées  que  M.  Ad.  BrongnUri»  ^' 
gné  sous  le  nom  de  pandanocarpnm  (Protfr«K<. 
p.  158.) 


1085 


PAR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PAK 


IC86 


calcaires  grossiers,  les  sables  moyens»  les 
ralcaires  lacustres ,  et  jusqiies  el  y  compris 
les  g}'pses  de  Moulmartre.  Circonscrit  de 
cette  manière ,  l'étage ,  suivant  sa  composi- 
tion minéralogique ,  a  été  appelé  giauconie 
grossière  j  calcaire  grossier  et  saisies  moyens  ; 
mais  ces  noms ,  peut-être  applicables  dans 
le  bassin  anglo-parisien,  à  quelques  points, 
ne  peuvent  l'être  ailleurs.  Sous  le  nom 
dVocêne,  M.  Lyell  a  réuni  les  deux  étages 
suessonien  et  parisien.  Sous  ce  rapport,  nous 
n*aurions  pu  le  conserver,  si  d'autres  motifs, 
énoncés  ailleurs,  ne  nous  empêc'haient  de 
l'admettre.  Nous  lui  avons  appliqué  le  nom 
de  /lamiffi.  employé  déjà  depuis  longtemps, 

Far  la  douole  raison  que  les  environs  do 
<iri$  montrent  la  plus  vaste  extension  et 
IVnsemble  le  plus  complet  de  l'étage,  et 
que  cette  dénomination,  devenue  vulgaire, 
né  com()orte  aucune  composition  minéralo- 
gique ni  {)aléontoiogique.  » 

Le  bassin  anglo-parisien  offre  de  vastes 
surfaces  de  cet  étage  remarquable.  On  le 
voit,  en  effet,  sur  les  dernières  couches  de 
rétage  suessonien,  couvrir  tout  l'intervalle 
compris  entrjB  Épernay  et  Pacy  (Eure) ,  et 
entre  La  Fère  et  Montereau.  Nous  citerons , 

f>our  le  démontrer,  quelques-unes  des  loca- 
ités  les  plus  connues 'par  leurs  fossiles, 
dans  chaque  département.  On  le  trouve  tout 
autour  de  Paris ,  à  Gentilly,  à  Ivry,  à  Mont- 
rou;^e,  à  Vaugirard,  à  Chaillot,  à  Saint- 
Ouen ,  à  Bclleville,  à  Pantin ,  à  Nanteuil  ; 
(ians  le  département  de  Seine-et-Oise,  à 
lirignon,  à  Anvers,  à  Pontoise ,  à  Magny,  à 
Saint-iicrmain ,  à  Parnes  (  Ferme  des  Koves) , 
h  Valmondois,  à  Beauciiamp,  à  Sèvres, 
I  Saint-Nom,  à  Chérence,  à  Saillancourt  ; 
3ans  rOise ,  à  Chaumont,  au  Vivray,  à  Pon- 
rbon,  elc,  etc. 

En  résumé,  l'éla^^e,  tel  que  nous  le  cir- 
•onscrivons ,  en  le  séparant  Je  l'étage  sues- 
«^'Tiicn,  n'est  pas  borné  seulement  au  bassin 
în^lo-parisien,  ainsi  qu'on  l'a  cru  pendant 
OHc^temps,  mais  il  occupe  encore  en  France, 
•'5  bassins  pyrénéen  et  méditerranéen,  la 
î»lgi(iue  et  une  grande  surface  de  l'Amérique 

eptcntrionalc. 

«  Straiificaiton, — Dans  (out  le  bassin  anglo- 
»arisien ,  l'éla^e  qui  nous  occupe  repose 
*n  couches  concordantes  sur  l'élage  suesso- 
lien,  et  tous  les  géologues  sont  maintenant 
raccord  sur  ce  point.  Les  puits  creusés  à 
ienlilly,  à  Vadgirard,  pour  l'extraction  des 
rgiles",  ont  montré  les  calcaires  grossiers 
ur  les  lignites,  les  argiles  plastiaues  ou 
?urs  semblables.  On  peut  le  voir  a  Chau- 
lont  (Oise),  à  I^on,  h  Soissons  (Aisne), 

Meudon,  près  de  Paris;  à  Damery,  à  Emon- 
îile  (Marne),  au  Moni-Ganelon ,  près  de 
ompiègne,  à  Cuise-la-Molte,  et  sur  une 
I  fini  té  de  points  que  nous  croyons  inutile 
>  cîtor,  car  c'est  un  fait  général.  Tout  prou- 
:*rait  donc  que,  dans  le  bassin  anglo-pari- 
^n,  Tétage  parisien  a  succédé  ré^^ulière- 
ent  à  letage  suessonien.  En  Anzleterre, 

même  superr>osition  existe.  Dans  le  bassin 
f  rénéeu ,  le  lambeau  de  Blaye  paraît  être 
ins  la  même  position  relative,  par  rapport 


aux  couches  suessoniennesdeRoyan,  que  le 
creusement  de  puits  a  fait  retrouver,  ainsi 
que  les  couches  parisiennes  de  Blaye,  jus- 
qu'au-dessous de  Bordeaux;  ce  qui  place 
ces  étages  absolument  dans  les  mêmes  rëla-. 
tions  que  dans  le  bassin  anglo-parisien.  11 
ne  resterait  donc  aucun  doute  sur  la  succes- 
sion régulière,  dans  l'ordre  chronologique, 
de  l'étage  parisien  après  l'étage  suessonien. 

«  Discordances.  —  Maintenant,  les  motifs 
stratigrapbiques  qui  nous  ont  fait  séparer 
l'étage  suessonien  de  celui-ci,  indépendam-. 
ment  i\QS  différences  paléontologiques ,  ont 
été  décrits  à  l'étage  précédent.  Nous  ne.  re- 
viendrons donc  pas  sur  les  limites  infé- 
rieures de  l'étage  parisien,  qui  prouvent 
que  ces  deux  étages  superposes  ont  suivi , 
chacun  en  particulier,  des  allures  distinctes, 
et  ont  subi  les  conséquences  de  perturba- 
tions géologiques  spéciales.  Si  la  superfiosi- 
tion ,  dans  le  bassin  anglo-parisien ,  proUvo^ 
en  effet,  que  les  deux  étages  se  sont  succédé 
régulièrement ,  l'isolement  des  deux  prouve 
leur  indépendance. 

€  Par  les  limites  stratigra|)liiques  supé- 
rieures de  l'étage  parisien ,  elles  sont  aussi 
tranchées  que  possible,  par  des  discordances 
d'isolement;  le  mançiue,  sur  Tétage  parisien, 
du  sous-étage  tongrien,  ou  le  manque,  sous 
l'étage  tongrien,  de  l'étage  parisien;  ce  qui 
annonce  encore  leur  complète  indépendance. 
On  trouve  l'étage  parisien  isolé  dans  réta.ro 
tongrien,  dans  le  dé|)artement  de  la  Manche, 
à  Uautevelle ,  et  sur  tous  les  points  de  ce 
lambeau,  dans  le  bassin  angfo- parisien, 
ainsi  qu'en  An^leferro,  oCi,jus(|u'à  présent, 
l'étage  tingrien  manque.  Le  même  isolement 
se  remarque  à  Noirmoutiers  (Vendée), 
à  Machecoui  (Loire-Infi'rieure) ,  dans  te 
bassin  pyrénéen;  à  Faudon,  à  Ancelle,  a 
Saint-Bonnet  (Hautes- A  Ipes  ),  dans  le  bassin 
méditerranéen.  L'étage  tongrien  parait  au.<si 
manquer  aux  Etats-Unis,  sur  cette  va^te 
surface  de  l'étage  parisien.  Si  nous  cher- 
chons, au  contraire,  les  points  où  se  trouve 
l'étage  tongrien  sous  l'étage  parisien,  qui 
lui  est  partout  inférieur  sur  les  fioints  où  il 
n'y  a  pas  de  lacunes,  nous  les  trouverons 
encore  dans  le  bassin  pyrénéen,  ?i  Lesperon 
(Landes),  où  cet  étage  repose  sur  l'étage  sé- 
nonien,  et  surtout  dans  tout  le  bassin  de  la 
Loire,  où  les  couches  terrestres  tongriennes 
reposent  sur  les  terrains  crétacés,  aux  envi- 
rons de  Tours. 

«  Déductions  tirées  de  la  position  des  cou- 
ches.— En  voyant,  sur  tous  les  points  du  bas- 
sin anglo-parisien ,  les  couches  parisiennes 
reposer  |en  couches  presque  concordantes , 
pour  ainsi  dire  horizontales  ou  légèrement 
inclinées  vers  lerentredu  bassin,  on  acquiert 
la  certitude  que  cet  étage ,  comme  les  vin>;l 
étages  qui  précèdent,  a  conservé  dans  le 
bassin  anglo-parisien,  une  po^^ition  presque 
identique  à  celle  qu'il  occupaitdans  les  mers 

1  parisiennes.  Les  couches  de  Belgique,  dans 
a  continuation  du  bassin  anglo-parisien, 
s'y  présentent  aussi  telles  qu'elles  ont  été 
déposées  dans  les  mers  de  celte  période.  lùi 
étudiant,  dans  le  bassin  pyrénéen,  les  cou- 


M8T 


PAR 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PAR 


m 


ches  de  Blaye  et  des  autres  points  de  la 
Gironde  ^  on  arrive  aux  mêmes  conclusions. 
Cfi  sont  des  parties  encore  intactes  des  mers 
parisiennes.  A  côté  de  ces  parties  intactes, 
Qous  voyons,  au  contraire,  toutes  les  couches 
de  Faudon,  d*Ancelle  et  de  Saint-Bonnet, 
disloquées  de  toutes  les  manières.  Plus  de 

Sortions  horizontales  sur  ces  lieux,  mais 
ien  des  couches  fortement  imclinées  qui , 
depuis  kur  dépôt  tranquille,  ont  subi  la 
dislocation  des  Alpes,  loiigtemps  après  leur 
dépôt  primitif  horizontal. 

«  Dans  le  bassin  anglo-parisien,  sur  les 
points  où  les  couches  montrent  qu'elles  se 
sont  succédé  tranquillement  des  inférieures 
OHX  supérieures,  on  a  reconnu,  en  France , 
trois  diyisions  naturelles  superposées ,  sou- 
vent caractérisées  par  une  composition  mi* 
^éralogique  distincte,  et  toujours  par  un 
a^sez  grand  nombre  d'espèces  de  coquilles 
fossiles  spéciales.  Ces  trois  divisions,  re- 
marquées par  beaucoup  de  géologues ,  ont 
reçu,  lorsque  la  nature  des  sédiments  se 
trouvait  d*accord  avec  elles,  les  noms  de 
glauconie  grossière ,  de  calcaire  grossier  et 
de  sables  moyens.  Gomme  nous  avons  cru 
reconnaître  que  ces  divisions,  purement 
basées  sur  ta  nature  minéralogique  des 
oouches,  n'étaient  pas  toujours  d'accord  avec 
le  niveau  géologique  et  des  faunes,  nous  en 
admettrons  seulement  deux  dans  le  bassin 
anglo-parisien  de  France;  mais,  alors,  nous 
les  désignerons,  dans  Tétage,  comme  zone 
inférieure  (comprenant  la  glauconie  grossière 
et  le  calcaire  grossier),  et  zone  supérieure 
(  pour  les  sables  moyens).  Néanmoins,  comme 
nous  croyons  que  ces  différences  de  corn-: 
position  de  faune  des  parties  supérieures 
dépendent,  surtout,  d'une  zone  de  moindre 
profondeur  d'habitation  dans  les  mers ,  nous 
no  la  distinguons  que  pour  suivre  les  divir 
sions  devenues  vulgaires  dans  le  classement 
des  dépôts  sédimentaires  des  environs  de^ 
Paris. 

«  Composition  minéralogique,  —  A  près  tous 
les  beaux  travaux  de  MM.  Brongniart,  Elle 
de  Beaumont,  Constant  Prévost,  Graves,  et 
de  tant  d'autres  géologues  recommandables» 
il  reste  peu  de  chose  à  dire  sur  la  nature 
minéralogique  des  couches  du  bassin  anglo« 
parisien. 

tf  Puissance  connue.  —  Dans  le  bassin  an- 
glo-parisien, la  puissance  de  l'étage  est  très- 
variable,  suivant  les  lieux;  mais,  sur  les 
points  les  plus  épais,  l'ensemble  peut  at- 
teindre près  de  100  mètres  d'épaisseur. 
M.  Chamousset  l'évalue.,  à  Thones ,  à  iii.75 
mètres;  M.  Scipion  Gras  trouve,  à  FaudoUi 
1,000  mètres  environ  de  puissance. 

«  Déductions  tirées  de  la  nature  des  sédi' 
ments.  —  Au  milieu  de  tant  de  déductions, 
toutes  plus  intéressantes  les  unes  que  les 
autres,  qu'on  pourrait  tirer  de  la  nature  des 
sédiments  de  1  éta,io  parisien ,  bornons-nous 
à  quelques  exemples. 

«  La  présence  de  coquilles  terrestres 
seules,  telles  que  Igmnea^  physa^  planorbis^ 
souvent  mélangé*es  à  des  coquilles  terrestres 
du  genre  Af/tx ,  mais  sans  mélange  de  co- 


quilles marines,  annonce  des  dépôts  pur^ 
ment  terrestres  ou  lacustres,  formés  pea- 
dant  la  période  parisienne.  Ces  dépôts  exis- 
tent sur  presque  tout  le  bassin  parisioD, 
soit  sous  la  forme  de  calcaires  siliceux  ou 
de  meulières,  soit  sous  la  forme  de  véri- 
tables calcaires  ou  de  travertins  pétris  des 
genres  cités.  Ces  dépôts,  toujours  supérieurs 
aux  calcaires  grossiers  et  aux  sables  moyens, 
se  voient  surtout  autour  de  Paris.  Nous  con- 
sidérons encore  comme  un  dépôt  lacustre 
fait  sous  l'action  deseaui,  les  gypses  de 
Montmartre  et  autres.  La  stratification  bien 
distincte,  la  position  horizontale  des  corps 
organisés  qu  i)n  y  rencontre  dans  les  diffé- 
rents lits  horizontaux,  amènent  au  moins  i 
cette  coiiclusioB.  La  transformation  de  ces 
couches  sédimentaires  en  sulfate  de  cbaux 
serait  postérieure  à  leur  dépôt. 

«  Nous  ne  connaissons  pas  de  points  lilto* 
raux  de  cet  étage  bien  marqués  en  France, 
è  en  juger  par  le  grand  nombre  de  poissons 
et  de  coquilles  flottantes  de  céphalopodes, 
de  graines,  de  plantes  ;  ils  paraissent  exister 
en  Angleterre  sur  plusieurs  points  da  Tar- 
gile  de  Londres,  potamment  à  Tile  de 
Sheppey,  illustrée  par  les  savantes  recher- 
elles  de  H.  Bowerbank  sur  les  graines  fos- 
siles. 

«  Le  graqd  nombre  de  gastéropodes  et 
d'acéphales  peut  foire  croire  que  les  iwinu 
suivants  set  ^oni  déposés  au-dessous  du  t}a* 
lancement  des  marées,  mais  en  des  lieui 
peu  profonds.  Dans  les  couches  inférieures, 
on  les  trouve  autour  de  Paris,  à  Vaugirard, 
h  Gentilly,  à  Chaillot,  à  Grignon,  à  Parmes, 
i  Mouy,  à  Mouchy-le-Chatel,  à  GypsemI, à 
Siancourt,  è  Chaumont,  au  Vivray,  à  Clly, 
à  liîarqucmont,  à  Villers-Cotterets,  à  Cour- 
tagnon,  à  Damery,  à  Montmirail,  etc.,  et 
dans  la  Manche.  Dans  les  couches  supé- 
rieures (sables  moyens),  on  les  iroute  a 
Vaugirard,  à  Valmondois,  à  Anvers,  à  Beau- 
champs,  à  la  Chapelle,  près  de  Senlis,  àTan* 
crou,  à  Monneville,  à  Villemétrie,  à  Acy,i 
Ver,  à  Mortefontaine,  à  Ermenonville,  * 
Damery,  à  Nanteuil,  à  Courtagnon.  Nous 
pourrons  encore  considérer  comme  tels, 
dans  le  bassin  pyrénéen,  les  dépôts  de  Iil^ 
de  Noirmoutiers  et  ceux  de  Pauliac,  dans  |'« 
Gironde;  il  en  est  de  môme  de  rensemble 
des  dépôts  de  Faudon,  d'Ancelle  et  de  Saint- 
Bonnet,  dans  le  bassin  méditerranéen,  el  de 
presque  toutes  les  couches  de  Belgique. 

et  Les  mélanges  de  coquilles  marines  ei 
terrestres  de  ces  couches,  indiqués  par  cp*'' 
ques  auteurs,  tiennent  souvent  aux  c<jn* 
naissances  peu  exactes  qu'on  avait  des  M; 
bitudes  de  quelques  genres,  el  à  de  ftu^ 
déterminations  de  quelques  autres.  On  p 
nait,  par  exemple,  des  chemnitM  ffwn«« 
pour  des  melania^  des  natica  pour  des  «^ 
pularia,  et  Ton  croyait  à  tort  toutes  les  b^ 
ritioesfluviatiles;  de  le  des  coquilles  «»• 
viatiles,  quand  il  n'en  existe  réellemefl' 
aucune  dans  les  dépôts  marins.  , 

^  Les  dépôts  sous-marins  du  bassin  âng-l^ 
parisien,  partie  française,  nous  W^ï^nVl 
do  plus,  avoir,  été  formés  sous  Iinflueflc» 


im 


PAR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PAR 


de  courants  plus  on  moins  forts.  Le  grand 
nombre  de  coquilles  qu'ils  renferment,  sou- 
vent brisées,  entiè>*i^$  et  presque  jamais 
dans  leur  position  noimaled^eiistencet  aussi 
bien  que  la  multiplicité  des  foraminifères, 
et  le  manque  d'éléments  raseux,  annoncent, 
en  effet,  des  bancs  évidemment  formés  sons 
rinûaence  des  courants  d'un  charriage  in- 
cessant. Nous  pouvons  encore  aller  plus 
loin  nar  rapport -aux  courants,  et  retrouver 
quelle  en  était  la  direr-tion  successive. 

«  Remaniements.  —  D^autres  conséquences 
peovent  encore  être  déduites  de  l'examen 
des  couches  d'Auvers.  Nous  avons  dit  que^ 
d*après  la  position  stratégraphique  d'Auvers, 
la  composition  de  sa  faune  dépend  de  la  sone 
supérieure  de  Télage  parisien.  Nous  avons 
dit  encore  oue  les  couches  de  sable  quart- 
zeui,  formées  sous  Tinfluence  des  courantSy 
renferment  un  grand  nombre  dé  coquilles 
des  zones  inférieures  du  même  étage,  évi- 
demment Toulées  à  l'état  fossile ,  avec  des 
fra^ents  de  calcaire  grossier  encore  pétris 
de  leurs  fossiles,  qui  ne  peuvent  provenir 
que  des  dénudations  de  couches  inférieures 
d  autres  points,  et  de  leur  remaiiiement  par 
les  courants  dkns  les  sables  d'Anvers.  Ce 
fait,  reconnu  depuis  longtemps  à  Vaîmon- 
dois,  par  M.  Constant  Prévost  ;  à  Tancrou,  à 
Assis,  par  ^.  Graves  ;  que  tout  le  monde 
|)eut  vérifier  à  Auvers ,  annonce  que  les 
zones  inférieures  avaient  déjà  eu  le  temps 
de  se  consolider  avant  d'être  dénudées  et 
charriées  ainsi  dans  )a  zone  supérieure,  et 
que  dès  lors  un  temps  considérable  a  dû  s'é- 
couler entre  Ttine  et  l'autre  époçiue,  qui  au- 
jourd'hui se  confondent,  pour  ainsi  dire. 

«  Le  remaniement  évjdent  des  fossiles  des 
diverses  zones  parisiennes  dans  les  couches 
*d*Auvers,  qui  parait  se  reproduire  éj^ale- 
«Qent  à  Valmondois,  à  Tancrou,  à  Assis,  à 
Boueonvillers  (Oise)  »  à  peu  près  dans  les 
-aièmes  circonstances,  est  la  meilleure  preuve 
que  nous  puissions  donner  de  l'attention 
iouie  particulière  qu'on   doit  apporter  à 
l'examen  minutieux  d'une  couche  avant  de 
la  rapporter  à  une  époque  quelconque.  Par 
sa  position  géologique,  par  ses  sables  quarl- 
zeux,  les  couches  d'Auvers  ont  été  placées 
avec  raison  dans  la  zone  supérieure  de  l'é- 
tagge  parisien  (sables  moyens);  et  parce 
(fu'elles  contiennent  des  coquilles  de  la  zone 
inférieure  (glaucouie  grossière  et  calcaire 
grossier),  on  a  cité  ce  point  comme  exemple 
de  mélange,  sans  expliquer  si  ce  mélange 
ara it  eu  lieu  du   vivant  des  coquilles  ou 
après.  Pour  nous,  les  couches  d'Auvers,  de 
Valmondois  et  de  Tancrou  ne  doivent  être 
citées  qu'avec  la  plus  grande  réserve  comme 
horizon.  On  doit  y  prendre,  pour  les  resti- 
tuer à  leurs  véritables  zones,  les  fossiles  qui 
s^y  trouvent  remaniées;  et  dans  aucun  cas 
on  ne  pourra  les  mentionner  comme  exemple 
<le  mélange  à  Tétatde  vie  des  fossiles  qu'elles 
renferment,  puisoue  ces  mélanges  se  sont 
fttils  évidemment  a  l'état  fossile. 

«  Oscilkuiom  du  êoL  —  L'état  parisien 
est  c^aractérisé  par  des  oscillations  du  sol 
4|u*oa  ne  oeut  s'empêcher  do  reconnaître 


dans  la  superposition  de  dépôts  de  prore^ 
nances  si  différentes.  II  serait,  en  effet,  dif- 
ficile d'expliquer,  sans  ces  causes  puis- 
santes, la  succession,  dans  le  bassin,  des 
couches  fluviales,  évidemment  terrestresv 
aux  couches  marines  qui  marquent  toutes 
les  parties  inférieures  de  l'étage.  Pour  que 
des  êtres  fluvialiles  aient  vécu  sur  des  points 
antérieurement  marins,  il  a  fallu  soit  un 
affaissement  sous-marin  d'une  autre  vaste 
partie  des  mers-|)arisiennes,  soit  la  surélé- 
vation des  points  où  les  dépôts  terrestres 
existent;  action  c|ue  nous  voyons  encore 
avoir  lieu  sous  l'influence  des  oscillations. 
Il  a  fallu  ensuite  qu'un  laps  de  temps  conaî-^ 
dérable  s'écoulât  entre  la  surélévation  des 
points  sous-marins  et  l'arrivée  des  coquilles 
Suviatiles;  car  nous  savons,  par  expérience^ 
que  la  moindre  salure  des  eaux  fie  permet 
pas  aux  lymnées  d'exister. 

^  Caraclêreê  paléonlologiques.  —  L^ 
genres  qui  naissent  (au  nombre  de  iW)i 
comparés  aux  genres  antérienrement  exis* 
tants  qui  s'y  éteignent  (au  nombre  de  ^}, 
montrent  que  la  faune  de  l'étage  parisien 
continue  la  période  croissante  de  dévelop^ 
(rement  des  genres  propres  aux  terrains  ter^ 
tiaires.  Les  deux  séries  animales  qui  don- 
nent plus  de  formes  nouvelles  dans  <9et 
étage  sont  les  zoophytes,  qui  en  Y>ffirent  27, 
et  les  poissons,  qui  en  montrent  21.  Voici, 
du  reste,  les  caractères  différentiels  plus 
spéciaux  qui  dépendent  des  formes  géné- 
riques. 

«  Les  genres  qui  s'éteignent  dans  l'étage 
suessonien,  sans  passer  a  l'étage  parisien» 
seraient  autant  de  caractères  négatifs  qu'on 
peut  invoquer  pour  séparer  ces  ucux  étages. 
Ces  genres,  comme  on  peut  le  voir  h  l'étage 
précédent,  sont  au  nombre  de  -VV. 

«  Les  genres  qui  t  encore  inconnus  dans 
cet  élaget  ne  se  montrent  pour  la  première 
fois  qu'avec  l'étage  falunien,  forment  des 
caractères  négatife  propres  à  distinguer  ces 
deux  étages;  ainsi  donc«  148  genres  don- 
nent des  caractères  négatib  entre  les  étages 
parisien  et  falunien.  Ces  genres  sont  ainsi 
répartis  dans  les  séries  animales  ;  parmi  les 
mammifères,  47  genres  ;  fiarmi  les  oiseaux, 
4  genres;  parmi  les  re[>tiles,  7  genres: 
parmi  les  poissons,  7  genres;  parmi  les 
crustacés»  14  genres;  parmi  les  céphalo- 
podes, le  genre  spirulirosira:  parmi  les  gas» 
téropodes,  âO  genres  ;  parmi  les  mollusques 
lamellibranches,  6  genres;  parmi  les  bra-- 
chiopodes,  le  genre  orbicula;  parmi  les 
bryozoaires,  5  genres;  parmi  \^  échino- 
dermes,  6  genres;  parmi  les  zoophytes, 
15  genres  ;  parmi  les  foraminifères,  15'gen- 
res.  En  résumé,  190  genres  peuvent  donner 
des  caractères  négatifs  pour  distinguer  l'é- 
tage parisien  des  étages  qui  le  précèdent  oo 
le  suivent  immédiatement* 

«  Les  caractères  distinctifs  positifs,  aue 
nous  pouvons  invoquer  pour  distinguer  l'é- 
tage suessonien  de  l'étage  parisien,  nous 
sont  donnés  par  tous  les  genres  qui,  incon- 
nus dans  le  premier,  naissent  seulemeat 


•-  r     ,-- 


I09t 


Par 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


Par 


i99i 


dans  le  second.  Ces  genres  sont  an  nombre 
de  120. 

«  Les  genres  qui  naissent  et  meurent 
dans  Péta^^e  parisien  sont  autant  de  carac- 
tères positifs  (^u*on  fieut  invoquer  ])our  le 
distinguer  de  1  étage  falunien,  où  ces  genres 
sont  jusqu'à  présent  inconnus.  Ces  genres 
sont  au  nombre  de  49.  £n  joignant  à  ces 
genres  ceux,  au  nombre  de  20*  qui,  nés  an- 
térieurement, s*éteignent  encore  dans  Tétage 
parisien,  sans  passera  Télage  suivant,  nous 
aurions  donc  aujourdlmi,  comme  pouvant 
donner  des  caractères  positifs  entre  les 
étages  parisien  et  falunien,  le  nombre  de 
69  genres. 

«  En  dehors  de  quelques  centaines  d'es- 
pèces d^animaux  vertébrés  et  annélés  de 
plantes  que  nous  n*énumérons  pas  ici , 
nous  avons,  eu  espèces  d*animaux  mollus- 
ques et  rayonnes  seulement,  le  nombre  de 
1,576  espèces.  Si  nous  ôtonsde  ce  nombre 
les  8  espèces  indiquées  à  l'étage  précédent 
.comme  s'y  trouvant  également,  il  restera 
encore  1,568  espèces  caractéristiques  de  cet 
étage  sur  les  différents  points  où  il  se 
montre,  et  sous  ses  divers  aspects  minéralo- 
giques. 

*i  Chronologie  histofiaue.  -:-  La  dislocation 
cte  la  chaîne  des  Pyrénées  a  déterminé  une 
puissante  perturbation  qui  a  interrompu  la 
durée  de  Tétage  suessonien,  et  a  détruit  à  la 
fois  kk  genres  spéciaux  à  cette  époque,  en 
.  même  temps  que  les  670  espèces  que  nous 
avons  signalées  dans  cette  période  d'exis- 
tence. Lorsque  le  calme  est  venu  remplacer 
l'agitation  produite  par  cette  révolution 
géologique,  ont  paru  sur  la  terre  et  dans  les 
mers  120  genres  d'animaux  jusqu'alors  in- 
connus, renfermant  plus  de  1,700  espèces. 
C'est  au  moins  ce  qui  a  été  décrit  jusqu'à 
présent. 

a  Les  continents  et  les  mers  subissent  plu- 
sieurs changements  de  forme.  La  mer  du 
bassin  anglo-parisien  se  modifle  moins  dans 
sa  partie  ouest  en  Angleterre,  et  dans  la 

J)arlie  sud-ouest  de  la  France,  où  elle  ne 
ait  que  laisser  quelques  atterrissements  lit- 
toraux à  son  pourtour,  tout  en  conservant 
la  forme  qu'elle  avait  à'  Tétage  précédent. 
Par  suite  de  la  surélévation  simultanée  dans 
une  direction-est  quelques  degrés  au  sud, 
cl  ouest  quelques  degrés  nord,  du  Surrey  et 
rlu  Sussex  en  Angleterre,  du  pays  de  Bray, 
des  départements  du  Nord  et  du  Pas-de- 
Calais  en  France,  où  par  suite  de  TafTaisse- 
ment  des  parties  ^>ituées  au  nord  et  au  sud 
de  ces  points,  et  d'une  partie  de  la  Manche,  la 
mer  parisienne  paraît  avoir  abandonné  ces 
parties  surélevées,  et  avoirformé  deux  golfes 
distincts:  l'un  au  nord,  occupant,  en  Angle- 
*  terre,  tous  les  versants  de  la  Tamise,  autour 
de  Londres,  et  se  continuant  en  Belgique 
par  Bruges,  Bruxelles,  jusque  près  de  Ton- 
gres;  l'autre  au  sud,  qui  commence  en  Angle- 
terre aux  régions  voisines  de  l'île  de  Wighi, 
qui  couvrait  une  partie  du  Cotentin  (Manche), 
et  de  là  jusqu'à  Damery,  près  dEpernay, 
mais  ne  passait  pas  au  nord  de  Laon.  On 
iroitquesi  ces  mers  se  sont  retirées  du  centre 


du  bassin  anglo-parisien,  elles  ont  envahi  le 
Cotentin  et  une  |)artie  de  la  Belgique. 

«  Des  changements  encore  |)lus  considé* 
râbles  se  sont  opérés  dans  le  bassin  pyré- 
néen. La  chaîne  des  Pyrénées,  en  surgissant 
au-dessus  des  eaux,  est  venue  changer  la 
forme  des  mers.  Si  les  limites  septenlrio- 
nales  sont  restées  presque  les  mêmes  avec 
des  atterrissements  littoraux,  les  limites 
méridionales  sont  différentes.  La  iner^ui 
s*étendait  à  l'étape  suessonien  jusquen 
Espagne,  et  couvrait  tous  les  points  occup<!s 
aujourd'hui  par  la  chaîne  des  Pyrénées,  s  e^t 
considérablement  retirée  vers  le  nord ,  et 
occupe  une  petite  partie  de  ce  bassin.  Oa 
n'en  voit  effectivement  les  traces  quentre 
Bordeaux  et  l'Océan. 

V  Le  bassin  maritime  méditerranéen  par 
la  même  raison,  change  aussi  de  forme;  il 
ne  communique  plus  avec  le  bassin  pyré- 
néen, et  ses  limites  occidentales  s'avancent 
encore  vers  l'est.  Nous  croyons,  par  b 
lambeaux  connus,  que  la  mer  parisienne 
commençait  prèsde  Nice,  passait  par  Faodon, 
par  Saint-Bonnet  >  aujouixl'hui  aux  parties 
élevées  des  Hautes-Alpes  (cette  chaîne  n'eiis- 
tant  pas  encore),  et  s'étendait  jusqu'aui  Dia- 
hlerels,  près  de  Bex;  là,  nous  perdons  ses 
limites.  C'est  encore,  durant  l'étage  parisien, 

3ue  des  parties  considérables  des  États-Cnus 
u  31  au  39"  de  latitude,  surélefés  de- 
puis la  fin  des  terrains  crétacés,  donnent 
accès,  par  suite  d'un  affaissement,  aux  mers 
parisiennes,  qui,  par  lacontemporanéilédes 
mêmes  espèces ,  s'étendaient  probableoient 
sans  interruption  depuis  Pans  jusqu'à  la 
province  d'Alabama  >  dans  l'AmériQue  sep- 
tentrionale» 
«  Les  continents  s'agrandissent  autour  des 

bassins  maritimes  préexistants,  des  parties 
surélevées  dans  le  Sussex,  dans  te  pays  ^^ 
Brajiet  dans  le  Pas^e  Calais^  en  France  ei 
en  Angleterre.  Ils  augmentent  bien  pio^ 
encore,  dans  le  bassin  pyrénéen,  où,  désor- 
mais, la  chaîne  des  Pyrénées,  surélevée  à  la 
fin  de  la  période  suessonienne ,  offre  une 
puissante  barrière  aux  océans,  qui  se  reli* 
rent  au  nord,  et  laissent  non  seulement  la 
chaîne  des  Pyrénées  tout  entière  hors  des 
eaux,  mais  encore  Tintervalle  compris  entre 
cette  chaîne  et  le  massif  central ,  ne  formant 

3u'un  seul  et  même  continent  qui  cooYre, 
e  plus,  tout  le  Languedoc  et  la  Provence. 
et  se  continue  vers  le  nord-est,  à  une  granit 
distance.  A  côté  de  ces  parties  continentale? 
gagnées  sur  les  mers,  nous  voyons,  au  con- 
traire, le  continent  de  l'époque  suessonienne' 
perdre  la  partie  envahie  par  la  mer  dans  If 
Cotentin,  près  de  Valognes,  et  surtout  une 
vaste  partie  de  la  Belgique,  surélevée  depuis 
l'étage  carboniférien  et  entièrement  élraï'' 
gère  au  premier  âge  des  terrains  tertiair^- 
Les  continents  se  sont  encore  diminués  «e 
toute  la  partie  envahie  par  la  mer  aux 
Etats-Unis,  sur  huit  degrés  en  latitude d<î 
longueur. 

ti  Les  mers  nourrissent  un  çrand  Doml>^' 
d'animaux  nouveaux  ,  parmi  lesquels  <^i| 
remarque  que  les  mollusques  ne  dooacai 


1095 


PAR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PE5i 


1091 


plus  qiic  quelques  genres ,  ainsi  que  les 
animaux  annelés,  tandis  que  les  classes,  qui 
offrent  le  plus  grand  nombre  de  genres  nou- 
veaux 9  sont  les  poissons  et  les  zoophytes. 
On  voit,  en  effet,  sur  les  92  genres  nouveaux 
vivant  dans  les  mers,  que  âO  dépendent  des 
poissons  et  27  des  zoophytes,  tan  lis  que  les 
«5  genres  qui  restent  dépendent  de  8  classes 
distinctes.  C*est   la  première  fois  que  les 
mers  sont  peuplées  de  cétacés  ou  mammifères 
marins,  qui  montrent  alors  les  genres  dau- 
phin [deiphinus)  et  balœnodon.  Les  crustacés 
offrent  les  premiers  crabes  (cancer);  les  mol- 
lusques, les  genres  tiphis^  harpa^  crepidula; 
de  nombreux  zoophytes  et  des  loraminifères, 
surtout  ées  milioles  ou  agalhistêgues^  dont 
les  espècesdans  la  mer  étaientsi  nombreuses, 
qn  on  doit  souvent  à  leur  agglomération  les 
calcaires  dont  Paris  est  bâti ,  et  qui  forment 
des  couches  entières  à  Gentilly,  à  Vaugirard, 
à  Luzarches  et  ailleurs.  Si  nous  avons  re- 
connu que  27  millimètres  cubes  de  ces  cal- 
caires  contiennent  jusqu'à  58,000  de  ces 
coquilles,  on  pourra,  par  là,  calculer  le  nom- 
bre d'individus  et  le  temps  qu'il  a  fallu  pour 
en  former  des  couches  de  plusieurs  mètres 
de  puissance ,  et  s*étendant  de  Geniilly  à 
Luzarches.  Avec  ces  animaux ,  on  connaît 
encore  dans  la  mer  parisienne  de  nombreuses 
esjièces  de  plantes  marines. 

«  Si  BOUS  avons  vu  les  mers  s'enrichir  d'un 
grand  nombre  d*6tres  nouveaux  «  les  conti- 
nents n'en  offrent  pas  moins.  C*est  à  cette 
époque  que  paraissent  pour  la  première  fois 
parmi  les  mammifères,  les  oitlres  de  qua- 
drumanes ou  singes,  et  les  chéiroptères  ou 
chauves-souris.  Les  oiseaux  présentent  en- 
core des  oiseaux  de  proie,  des  grimpeurs  et 
des   gallinacés  jusqu'alors  inconnus ,    en 
fnéme4emps  que  les  premiers  représentants 
des  reptiles  ophidiens  ou  ser)>ents.  Les  bois 
étaient  donc  peuplés  en  France,  en  Angle- 
terre, de  macaques ,  de  crotales ,  de  didel- 
Îihes ,  de  taxotnerium,  etc.,  etc,  tandis  que 
es  plaines  nourrissaient  des  palœotherium, 
fies  anoplotherium,  etc.,  tous  genres  incon- 
nus aujourd'hui  i  qui  animaient  cette  épo- 
que. Les  plantes  qu  on  trouve  avec  ces  ani- 
maux sont  également  des  régionf^  chaudes. 
«  La  présence  dans  la  province  d'Alabama, 
an  X  Etats-Cuis,  des  mêmes  espèces  marines 
qu'aux  environs  de  Paris  et  en  Angleterre; 
la  découverte  des  singes,  des  crotales  et  de 
tant  de  genres  propres  aux  régions  chaudes 
q  ui  vivaient  en  France  et  en  Angleterre,  en 
m  èrae  temps  qu*un  grand  nombre  de  pois- 
sons et  de  plantes  des  pays  chauds,  reconnus 
à  nie  de  Sheppey,  en  Angleterre,  prouvent 
qij^il  y  avait,  sur  toutes  ces  régions,  aujour- 
d'hui si  distinctes,  une  température  terres- 
tre et  marine  spéciale  aux  régions  équato- 
riales,etque  les  zones  isothermes  n'existaient 
I>as  encore  sur  la  terre. 

«  Les  oscillations  du  sol  étaient  fréquentes 
pendant  cette  période,  qui  a  dû  être  de  lon- 
gue durée  à  en  juger  par  la  puissance  des 
couches  et  surtout  par  le  nombre  des  êtres 
fossiles  qu'elles  renferment  dans  le  bassin 
anglo-parisien. 


«  Une  perturbation  géologique  aurait  en- 
core interrompu  cette  période  d  existence, 
causée  soit  par  des  dislocations  loinlainds 
ou  sous-marines,  dont  les  discordances  su- 
périeures nous  donnent  la  preuve ,  soit  par 
la  dislocation  du  système  de  la  Corse  et  de  la 
Sardatgne ,  dont  ia  direction  est  thi  sud  m 
nord,  et  que  M.  £lie  de  Beaumont  place  à  la 
fin  de  cette  époque.  » 

PECTINIBR ANCHES.  Voy.  GASTésoroDES. 

PENTACRINITE.  —  Genre  de  zoophvtes 
de  la  famille  des  crinoîdiens.  [Voy.  CkiWi- 
DiB?is  et  ENCBixrre.)  L'histoire  de  ces  corps 
fossiles  qui  abondent  dans  les  couches  in- 
férieures de  la  formation  oolithique  et  sur- 
tout dans  les  lias,  a  été  éclairée  d'une 
lumière  toute  nouveUe  parla  découverte  de 
deux  es|  èces  dé  ce  genre  actuellement  exif- 
tantes  :  la  pentacrinite  tète  de  Méduse  et  la 
penfacrinite  d*£urope.  Quelques  échanti!* 
Ions  seulement  de  la  première  espèce  ont 
été  recueillis  à  de  grandes  profondeurs  de 
la  mer,  aux  Indes  occidentales  ;  iis  ont  leur 
extrémité  inférieure  brisée  comme  si  on  les 
avait  arrachés  du  point  où  ils  étaient  fixés 
sur  le  fond  de  la  men  Quant  à  la  pentacri<- 
nite  d'Europe,  on  l'a  trouvée  attachée  à 
diverses  espèces  de  sertulaires  et  de  fliistres, 
dans  la  haie  de  Cork,  et  en  d'autres  points 
des  côtes  de  l'Irlande. 

Les  f)cntairiniles  paraissent  voisines  de 
la  famille  actuelle  des  étoiles  de  mer;  et  elles 
semblent  se  rapftrocber  surtout  de  la  coma- 
tule.  Leur  squelette  constitue  la  plus  grande 
partie  de  la  masse  de  leur  corps.  Bans  les 
espèces  actuelles,  cette  charpente  solide  est 
revêtue  d'une  enveloppe  gélatineuse  accom- 
pagnée d'un  système  musculaire  destiné  à 
déterminer  les  mouvements  de  chacun  des 
osselets;  et,  bien  que  ces  parties  molles 
aient  entièrement  disparu  dans  les  espèces 
fossiles,  leur  existence  nous  est  attestée  par 
l'appareil  qui  se  voit  sur  chacun  des  osselets 
pour  rinsertion  des  fibres  musculaires. 

Les  phalanges  calcaires  qui  constituent 
les  doigts  dans  la  pentacrinite  d'Europe  sont» 
de  même  que  les  tentacules,  susceptibles  de 
se  contracter  et  de  s'étendre  dans  tous  les 
sens;  parfois  elles  s'épanouissent  comme  les 

foetales  d'une  fleur;  et  d'autres  fois  s'enrou- 
ent et  enveloppent  la  bouche  comme  les 
diverses  pièces  d'un  bourgeon  non  encore 
ouvert.  Ces  organes  ont  pour  but  de  saisir 
la  proie  et  de  la  conduire  à  la  bouche.  Ainsi 
les  habitudes  des  animaux  actuellement  exis- 
tants nous  font  connaître  les  mouvemetits  et 
la  manière  de  vivre  des  nombreux  membres 
fossiles  de  cette  famille  ;  et  nous  v  trouvons 
une  preuve  de  plus  de  la  validité  du  mode 
de  raisonnement  auquel  nous  sommes  obli- 

fés  d'avoir  recours  dans  nos  études  sur  les 
éhris  des  espèces  éteintes.  Nous  concluons 
en  effet  du  temps  présent  aux  temps  passés; 
et  des  dispositions  mécaniques  que  nous 
observons  dans  les  squelettes  fossiles ,  nous 
concluons  la  nature  et  les  fonctions  des  mod- 
elés destinés  à  imprimer  à  chaque  os  ses 
mouvements. 
Parmi  les  nombreuses  espèces  fossiles  da 


lOlKS 


PEN 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


P£N 


m 


f 


{;eiire  pmiacnniUf  je  vais  choisir  celle  que 
e  nombre  extraordinaire  de  rayons  auxi- 
liaires ou  bras  latéraux  que  )*on  voit  le  long 
de  la  colonne  vertébrale  a  iait  désigner  sous 
le  nom  depentacrinite^briarée. 

Tige  eu  colonnev9rtébraie.  — Les  principes 
d'après  lesquels  est  construite  la  partie  supé- 
rieure delà  tige,  des  pentacriniles  sont  tout  à 
fait  analogues  à  ceux  que  nous  avons  décrits 
à  propos  de  là  même  partie  de  la  tige  des 
encrinites  (795). 

C'est  parce  que  les  articles  qui  consti- 
tuent la  tige  présentent,  vus  de  face,  diverses 
modifications  de  la  forme  pentagonale  et 
étoilée,  que  l'on  a  donné  à  ces  êtres  le  nom 
d'astéries  ou  pierres  étoilées  (êtar'tonejt). 

Ces  surfaces  horizantales  offrent  des  séries 
variées  de  dentelures  serrées  et  qui  sont 
reçues  dans  des  sillons  correspondants  de  la 
vertèbre  suivante;  et  ces  dispositions  ont 
pour  but  de  permettre  la  flexion  de  la  co- 
lonne en  tous  sens,  sans  qu'il  y  ait  risque 
de  dislocation. 

(795)  Les  vertèbres  de  la  pentacriniie  briàiée  soni 
des  plaques  alternativement  plus  épaisses  et  plus 
minces ,  séparées  entre  elles  par  d'autres  plaques 
encore  d'un  diamètre  plus  petit.  Les  bords  de  ces 
derniers  n*apparaissent  au  dehors  que  sur  les  arê- 
tes de  la  colonne  pentangulaire.  Llles  prennent  à 
rintérieur  une  i^paisseur  plus  grande,  et  y  furment 
une  sorte  de  collier  intervertébral. 

On  voit  une  semblable  alternance  dans  les  plaques 
vertébrales  de  la  Pènlâcrinite$  $ubatignlaris, 

(796)  M.Miller  décrit  un  nouvel  échantillon  de 
là  pentacrinite  tête  de  Méduse,  dans  lequel  les  ver- 
tèbres des  environs  de  la  base  sont  en  partie  sou- 
dées t  et  ne  jouissent  que  d'une  flexibilité  très4aib|e 
en  ce  point  où  presque  aucune  flexion  n^était  néces- 
saire ;  mais  plus  haut  les  vertèbres  s'amincissent,  et 
on  les  voit  prendre  cette  disposition  dont  nous  avons 
déjà  parlé,  de  pièces  alternativement  plus  minces  et 
plus  épaisses ,  plus  étroites  et  plus  larges ,  et  cette 
disjiosition  devient  de  plus  en  plus  sensible,  à  tel 
pomt  que ,  vers  le  sommet ,  les  vertèbres  les  plus 
minces  oe  paraissent  plus  que  des  sortes  de  lames 
membraneuses  destinées  à  reunir  entre  elles  les  ver- 
tèbres les  plus  développées.  Le  même  auteur  a  re- 
marqué ,  à  la  surface  mterne  de  chaque  vertèbre , 
des  traces  produites  par  l'action  de  fibres  muscu- 
laires contractiles. 

(797)  L'échantillon  flguré  par  Buckland  provient 
du  lias  de  L^me-Regis  ;  il  est  flxé  sur  le  côté  d'une 
pièce  d'un  jais  imparfait,  qui  faisait  partie  d'une 
couche  mince  de  lignite  contenue  dans  la  marne 
liasique,  entre  Lyme-Regis  et  Charmouth. 

Dans  presque  toute  retendue  de  cette  couche, 
roadc  moiselle  Anni.*)^  a  observé  d'une  manière  à  peu 

Ï^rès  constante  les  faits  curieux  que  voici  :  La  sur- 
ace  inférieure  sente  est  recouverte  d'une  couche 
entiôreroent  composée  de  pentacrinites,  et  d'une 
épaif  seur  qui  varie  de  un  à  trois  pouces.  On  trouve 
ces  :'.oopbytes  dans  une  position  a^peu  près  hori- 
Eonlale,  avec  le  pied  dirigé  vers  la  partie  supérieure, 
et  p.ar  conséquent  vers  la  lignite  dle-méme.  La  plu- 
par  t  de  ces  pentacrinites  sont  si  parfaitement  con- 
«orrvées,  qu'elles  ont  dû  évidemment  être  ensevelies 
^  ans  l'arêile  qui  maintenant  les  enveloppe,  avant 
'que  leur  décomposition  eût  commencé.  Il  n'est  pas 
rare  de  trouver  de  grandes  ubles  longues  de  phi- 
aieurs  pieds,  à  la  surface  inférimre  desquelles  seu- 
lement se  voient  des  bras  et  des  doigts  de  ces  ani- 
maux fossiles ,  épanouis  comme  les  plantes  d'un 


La  racine  de  la  pèntàcrlnite  briarée  parait 
avoir  été  faible,  et  facile  à  détacher  dupinni 
où  elle  était  fixée  (7%).  L'absence  de  larses 
sécrétions  solides,  telles  que  celles  de  Tapio- 
crinite,  par  où  cette  espèce  pût  se  fixer  au 
fond  d'une  manière  permanente ,  et  ce  fait 
qu'on  la  rencontre  fréquemment  en  contact 
avec  des  masses  de  bois  flotté  converti  en 
jais  ,  nous  conduit  à  penser  qu'elle  dcTait 
être  douée  de  locomotion,  et  qu'elle  pouvait 
s'attacher  d  une  manière  temporaire  à  ^h 
ûorps  flottants  étrangers  ou  aux  rochers  du 
fond  de  la  mer,  soit  a  l'aide  de  sq%  braslaté- 
raux,'soit  en  se  servant  d'une  petite  racine 
articulée  mobile  (797). 

Rayons  accessoires  ou  bras  latéraux— Us 
bras  latéraux  deviennent  de  plus  en  plas 
petits  à  mesure  qu'ils  se  rapprochent  de  rei- 
trémité  supérieure  de  la  colonne.  Dans  la 
pentacrinite  briarée  (7d8)  on  en  compte  près 
de  miile^  et  ces  organes  si  nombreux  rem- 

Jdissaient,  lorsqu'ils  étaient  épanouis,  les 
onctions  de  ûlets  auxiliaires  pour  retenir 

herbier,  tandis  que  la  sarfaee  supérieure  ne  présene 
qu'un  amas  de  tiges  en  contact  arec  la  face  infé- 
rieure de  la  lignite.  Le  plus  grand  nombre  de  cet 
tiges  sont  ordinairement  parallèles  entre  elles  « 
comme  si  elles  avaient  été  entraînas  dans  une  di- 
rection commune  par  le  courant  où  elles  ont  flotté 
eu  dernier  lieu. 

Ce  fait  de  débris  rassemblés  immédiatement  m 
dessouB  de  la  limite,  et  jamais  à  sa  surfaœ'sopérifor, 
semble  montrer  que  ces  créatures  se  réonissaieii 
par  groupes  nombreux  et  se  fixaient,' comme  b« 
anatifes  modernes,  à  des  massés  de  bois  floUantesqoi 
ont  été  ensevelies  soudainement,  ainsi  qne  les  uii- 
maux  qu'elles  portaient,  dans  la  vase  dont  raccu- 
mulation  a  produit  la  marne  où  se  trotive  enveloppé 
cet  amas  curieux  de  débris  animaux  et  Tégétaus. 
On  rencontre  aussi  dans  le  lias  des  fragments  ^ 
l)ois  pctridés  où  sont  fixés  de  nombreux  groupes  4e 
moules,  dans  la  position  que  prennent  les  mouies 
modernes  sur  les  pièces  de  bois  flottant. 

(798)  Chacun  des  mille  bras  latéraux  de  cetani- 
mal  n  avait  pas  moins  de  cinquante  à  cent  arlicb. 
Le  nombre  des  articles  diminue  graducUemeut  i 
mesure  que  les  bras  sont  plus  voisins  do  soisflKt 
de  la  colonne  vertébrale.  Mais  comme  il  j  en  a  p>s$ 
de  cent  dans  un  seul  des  bras  les  plus  grands  ei  ^ 
plus  înrérieurs,  on  peut,  sans  crainte  dexagératioo, 
prendre  cinquante  pour  moyenne  du  nombre  deçà 
pièces  dans  tout  Tensemble  des  bras. 

Chacune  de  ces  pièces  s*articale  avec  la  pièce  ad- 
jacente par  des  moyens  analogues  aux  tenoaset 
aux  mortaises  Qu'emploie  Fart  oe  la  charpente,  mais 
doués  de  mobilité  ;  et  les  surfaces  articulaires  n- 
rient  dans  leur  forme  ainsi  que  tes  articles  eoi- 
mêmes ,  de  façon  à  rendre  d*autant  plus  facile  le 
mouvement  en  tous  sens,  qnMls  se  rapprochent  da- 
vantage de  Textrcmité  du  bras  où  le  diamètre  est  k 
plus  petit. 

Tout  Tensemble  de  ce  mécanisme  délicat,  QV^ 
nous  voyons  se  reproduire  dans  chacun  des  brasb* 
téraux  en  particulier,  nous  semble  disposé  pour  ^ 
double  but,  d*abord  celui  de  fixer  l'animal  aui  csj^ 
étrangers,  puis  celui  de  saisir  la  proie.  Cfaacao  de 
articles  les  plus  grands  qui  entrent  dans  la  oomptfî: 
lion  de  la  colonne  vertébrale  donne  oaissanee  ^ 
cinq  de  ses  bras;  les  premières  phalanges  de  ç^ 
bras  s'articulent  avec  la  grande  vertèbire  911  ^ 
porte,  en  se  dirigeant  alternativement  à  droi(«  ^ 
gauche,  afiu  d'y  trouver  une  position  plus  comn^ 
pour  les  mouvements  qu  ils  exécutent,  sarns  se  g^ 


1007 


PEN 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PLU 


1098 


la  proie  de  l'anîmaU  en  même  temps  qu'ils 
lui  servaient  probablement  aussi  comme  de 
grappins,  pour  se  tenir  amarré  au  fond  ^ 
ou  a  des  corps  étrangers.  Lorsque  les  eaui 
étaient  agitées*  ces  bras  se  renfermaient  sans 
doute,  et  se  tenaient  coucliés  contre  la  co- 
lonne» dans  une  position  à  exposer  à  Fac- 
tion de  l'élément  le  moins  possible  de  leur 
surface;  et  il  est  probable  qu'ils  se  fléchis- 
saient ainsi  que  la  colonne  et  les  bras,  dans 
le  sens  du  courant. 

Estomac.  —  La  cavité  abdominale,  ou  es- 
tomac des  pentacrinites,  se  voit  rarement 
conservée  k  Tétat  fossile  ;  elle  se  composait 
d*une  poche  en  forme  d^entonnoir,  d*un  vo- 
lume considérable,  formée  d'une  membrane 
contractile  que  recouvraient  extérieure- 
ment plusieurs  centaines  de  petites  plaques 
calcaires  anguleuses.  Cet  entonnoir  se  ter- 
minait à  son  sommet  par  une  petite  ouver- 
ture qui  constituait  la  bouche,  et  qui  était 
susceptible  de  ;s  allonger  en  une  trompe 
pour  saisir  la  nourriture.  Cet  organe  est 
jilacé  sur  Taxe  du  corps,  et  entoure  par  les 
bras.  _  ._ 

Corps^  bras  et  doigts. —  Le  corps  des  pen- 
ta  rimtes,  compris  entre  le  sommet  et  la  co- 
lonne et  la  base  des  bras,  est  petit,  et  composé 
du  bassin  et  des  articles  costaux  et  scapulaires. 
Les  t>ras  et  les  doigts  sont  longs  et  étalés 
et  présentent  des  appendices  ou  tentacules 
en  grand  nombre.  Chacun  des  articles  qui 
les  composent  est  armé  à  son  bord  d  un 
l^etit  tubercule  ou  crochet,  dont  la  forme 
varie,  et  qui  était  destiné  à  agir  comme 
organe  de  préhension.  Ces  bras  et  ces  doigts, 
lorsqu*ils  étaient  épanouis,  devaient  former 
un  filet  d'une  étendue  bien  supérieure  au 
filet  des  encrinites  (799). 

Nous  avons  déjà  vu  que  Parkinson  a  cal- 
culé que  le  nombre  des  osselets  dans  Ten- 
erinite  lys  excède  26,000.  Ce  même  nombro, 
dans  les  doigts  et  dans  les  tentacules  de  la 
pentacrinite  briarée,  doit  s'élever  au  moins  à 
100,000;  et  si  Ton  y  ajoute  50 autres  mille 
pour  les  osselets  dès  bras  latéraux,  nombre 
de  beaucoup  trop  petit,  le  nombre  total  des 
osselets  sera  de  plus  de  150,000.  Et  comme 
chaque  os  était  muni  de  deux  faisceaux  de 
fibres  musculaires  au  moins,  Tun  pour  Fei- 
lension,  l'autre  pour  la  contraction,  nous 
arriverons  è  ce  résultat  que  l'organisation 
cl*une  seule  pentacrinite  renfermait  150,000 
pièces  osseuses,  et  300,000  faisceaux  fi- 
breui,  remplissant  les  fonctions  de  mus- 
cles, et  constituant  un  appareil  musculaire 
destiné  à  régler  les  mouvements  des  piè- 

mntnelleroent ,  et  sans  nuîre  à  la  flexion  de  la  co- 
lonne elle-méuie. 

Oans  la  penucriniie  télé  de  Méduse  de  Tépuque 
acluelle,  les  bras  latéraux  sont  disposés  d*espaceen 
espace  le  long  de  la  colonne  vertébrale. 

(799)  I^  place  qiroccupent  les  pentacrinites,  dans 
la  famille  des  échinodemies,  nous  conduit  à  penser 
que  nous  trouverons  à  la  surface  des  doigts  de  pe- 
îiis  porté  analogues  à  eeux  beaucoup  plus  visibles 
ées  ambulacres  de<  oursins.  Guettard  les  avait  vus 
Aans  dottti*«  car  11  parle  d*onfices  percés  sur  les  pba- 
lani;es  terminales  des  doists  et  des  tenlaniles. 

Lauiarck  dit  aussi,  eu  décrivant  les  caracières  gé- 


ces  solides  du  squelette,  ce  qui  surpasse 
en  développement  numérique  tout  ce  que 
l'on  connaît  jusqu'ici  dans  la  création  tout 
entière  (800). 

Si  nous  observons  avec  quel  soin,  avec 
quelle  exquise  délicatesse  a  ét^  construite 
1  organisation  dans  chacun  des  individus  de 
cette  espèce  de  pentacrinites,  qui  n'est 
elle-même  qu'un  membre  isolé  parmi  les 
es^ces  nombreuses  de  la  famille  presque 
éteinte  des  rrinoidiens  ;  si  nous  comprenons 
dans  ce  même  coup  d'œil  tout  Fensembledes 
mécanismes  anologues  qui  caractérisent  les 
autres  genres  et  les  aulr«^s  espèces  de  cett« 
famille  curieuse,  nous  nous  sentirons  pé- 
nétrés d'un  étonnement  sans  bornes,  en 
voyant  que  tant  de  soins  minutieux  ont 
été  accordés  au  bien-être  de  ces  créatures 
qui  n'occupaient  qu*une  place  si  infime 
parmi  les  habitants  dos  mers  anciennes; 
et  l'élude  de  ces  degrés  inférieurs  de  l'a- 
nimalité ne  nous  convaincra  pas  moins  irré- 
sistiblement de  la  présence  universelle  et 
de  l'action  directe  d'une  puissance  créa- 
trice, que  ne  le  fait  la  contemplation  des 
combinaisons  les  plus  élevées  qu*il  y  ait 
dans  les  mécanismes  animaux,  et  dont  l'en- 
semble nous  est  offert  dans  le  corps  humain, 
ce  chef-d'œuvre  de  la  création  animale. 

PERES  DE  L'EGUSE  PlUMinVE,  adop- 
tent rhypothcse  anléhexamérique.  —  Voy. 
JÉHA?i  (oE  Sal'it-Claviex),  sub  fin. — Leurs 
idées  en  cosmographie  ;  critiqués  sans  discer- 
nement par  M.  Letronne;  réfutation  de  ce 
dernier. —  Voy.  Cosmographie.  —  Recomman- 
dent f  étude  des  lettres  et  des  sciences. —  Voy. 
ibid.,  sub  fin. 

PERFECTION  DE  l'e:vsemble  des  orgahbs 
Dws  LES  Â^\uà\:x  rossihEs^  examen  de  cette 
question.  —  Voy.  Physiologie   paléoktolo- 

GIQL'E. 

PÉRIODES  GÉOLOGIQUES  VÊGÉTA'- 
LES,  LKtBS  CARAcrèRES.  —  Noils  allons 
présenter  le  résumé  de  ce  que  nous  savons 
a  l'heure  actuelle  sur  les  conditions  diverses 
de  la  flore  des  trois  grandes  périodes  aux- 
quelles on  a  coutume  de  rapporter  la  végé- 
tation fossile. 

L^  débris  végétaux  de  ces  périodes  se 
distinguent  surtout  par  es  caractères  qui 
suivent  : 

Dans  la  première,  les  cryptogames  vascu- 
laires  préaominent,  et  les  plantes  dicotylé- 
donées  sont  comparativement  rares. 

Dans  la  seconde,  ces  deux  groupes  se 
montrent  dans  une  proportion  à  peu  près 
égale  (801). 

nériqnes  des  encrinites  :  c  Les  l>ranches  de  rom- 
helie  sont  garnies  de  polypes  on  île  suçoirs  disposé.« 
par  rangées. 

(800)  Tiedeman,  dans  sa  monofrdpkie  des  holothu- 
ries^ des  oursins  et  des  astéries,  faK  voir  que,  dans 
rétoile  de  mer,  il  existe  plus  de  trois  mille  petite  os- 
selets. 

'  (801)  Les  plantes  dicotylédonées  des  formations 
de  transition  et  des  formations  soeoodaires  apfiar- 
tienncnt  excliiftivem<;nt  à  la  tribo  de  cette  dassft  ffiia 
forment  les  evradées  et  les  conifères,  c^est-à-dire  la 
tribu  des  phaîiémgaoïes  gvnmosiiernies. 


DicTio!«x.  DE  Cosmogonie  et  de  Paléo3ITClocie 


35 


4099 


PEU 


DICTIONNAIRR  DK  COSMOGOME 


PIR 


m 


Bans  la  troisième,  lesdicolylédonécs  pré- 
dominent, et  il  y  a  rareté  des  cryptogames 
vasciilaires. 

Quant  aux  végétaux  arUicIs,  les  deux  tiers 
h  peu  [>rès  sont  dicoivléilonés. 

On  trouve  des  déîiris  de  plantes  monoco- 
tyléJonées  dans  toutes  les  jiériodes  des  for- 
mulions géologifiuos,  mais  elles  v  sont 
rares. 

Le  nombre  des  plantes  fossiles  décrites 
jusqu  h  ce  jour  est  d'environ  500,  dont  près 
de  300  proviennent  des  couches  de  la  série 
de  transition,  et  presque  exclusivement  de 
la  formation  houillère;  environ  100  appar- 
tiennent aux  couches  secondaires,  et  pi  as 
de  100  autres  aux  formations  de  la  série 
tertiaire.  Outre  ces  espèces,  il  en  existe  qui 
appartiennent  à  chacune  de  ces  formations 
et  qui  n'ont  pas  encore  été  dénommées. 

Comme  les  espèces  connues  de  végétaux 
vivants  sont  au  nombre  de  plus  de  50,000, 
ot-que  l'élude  de  la  botanique  fossile  n'est 
pas  encore  sortie  de  l'enfance,  il  est  probable 
.que  la  terre  recèle  dans  ses  entrailles  une 
quantité  considérable  d'espèces  fossiles  que 
ies  découvertes  de  chaque  année  rcndrcHit 
successivement  à  la  lumière. 

Les  plantes  de  la  première  période  sont 
pour  la  plupart  des  fougères  et  des  éqiiisé- 
tacées  gij^anlesques,  ou  appartienncnl  à  îles 
familles  intermédiaires  par  leurs  caraclères 
entre  les  formes  actuelles  des  lycopodiacées 
et  des  conifères,  comme  les  lépidodendron* 
les  sigiilaria  et  lesstigmaria;  à  quoi  il  faut 
ajouter  un  pelit  nombre  de  conifères. 

Les    fougères  forment  un  tiers  environ 

'4les  plantes  de  la  seconde  période,  et  h'S 

lieux  tiers    qui   restent   se   composent  en 

4{rande  partie  de  cycadées  et  de  conifères, 

.nvec  quehiues  liliacées. 

-tVi-renconlre  un  plus  grand  nombre  d'es- 
pèces de  cycadées  parmi  les  fossiles  de  cette 
j)ériodeque  l'on  n'en  a  encore  trouvé  parmi 
les  végétaux  qui  vivent  actuellement  à  la 
surface  du  jjlobe.  Cette  famille  entre  pour 
plus  d'un  tiers  dans  toute  la  flore  fossile 
connue  des  fortiiations  secondaires,  tandis 
(|u'elle  ne  forme  pas  la  deux  millième  partie 
Uc  la  végétation  actuelle. 

La  végétation  de  la  troisième  période  se 
rapirroche  beaucoup  de  colle  de  la  surface 
actuelle  du  globe. 

Parmi  tesfamilles  actuelles,  les  algues,  les 
fougères,  les  lycopodiacées,  les  équisétacées, 
l;îS  cycadées  et" les  conifères  sont  celles  qui 
tint  les  relations  les  plus  intimes  avec  les 
lormes  végétales  les  plus  anciennes  qui 
,  nieul  existe  sur  notre  planète. 

I^famille  des  conifères  est  celle  qui  est 
la  plus  universellement  répandue  dans  les 
diverses  phases  successives  de  la  végétation; 
elle  s'accroît  suivant  le  nombre  et  la  diver- 
sité de  ses  genres  et  de  ses  espèces  à  chaque 
4'hangement  nouveau  dans  le  climat  et  dans 
les  conditions  de  la  surface  du  globe.  Celte 
famille  comprend  un  trois  centième  environ 
du  nombre  total  des  végétaux  actuels. 

Une  autre  famille  se  montre    également, 


mais  en  petite  prop^^rtion,  dans  toute  laséric 
de^  formaiiuns,  r.  est  celle  livs  palmiers. 

Les  (onnexions  que  nous  avons  saisie; 
entre  ces  systèmes  éteints  et  le  système  ac- 
tuel de  végétation  fournissent  un  ensemble 
imposant  d'arguments,  en  même  temps 
(ju  elles  ouvrent  un  vaste  et  nouveau  cham» 
de  recherches  soit  aux  physiologistes,  sotl 
à  ceux  qui  se  livrent  à  l'étude  delà  théologie 
physique. 

Non-seulement  nous  retrouvons  dans  la 
flore  fossile  les  caractères  fondamentaux  qui 
distinguent  entre  elles  les  plantes  endogènes 
et  les  plantes  exoj2;ènes,  mais  en  outre,  l  ac- 
cotai, q.ui  existe  jusque  dans  les  moindres 
détails  entre  la  structure  des  llon1lJreu6^ 
familles  qui  la  corn |)Osent  et  de  celles  ilc  l'é- 
poque où  nous  v)V(ms.  ]njiquo  rinnuciuc 
des  mômes  lois  régu  atrives  du  développe- 
ment des  végétaux  à  ^es  deux  époques  si 
éloignées  entre  Q'.tea, 

Il  en  est  de  mêcce  des  organes  de  frucliG- 
cation;  ce  que  i*on  enarencontré  dans  les  plan- 
tes de  toutes  les  formations  nous  mouin: 
qu'à  toutes  les  époques  la  production  des 
végétaux  s'est  effectuée  d'après  des  lois  cons- 
tantes. 

Les  détails  exquis  d'organisation  que  dé- 
couvre le  microscope  dans  ee  qui  n  est,  |.our 
les  yeux  abandonnés  à  eux-uiêuies,  qu'uuf^ 
bûche  convertie  en  lignite  ou  un  hloc  lio 
houille,  ne  démontrent  pas  seulement  la 
corrélation  parfaite  qui  existe  entre  k> 
moyens  et  les  lins  pour  lesquels  ils  ont  ciô 
mis  en  œuvre,  mais  ils  prouvent  aussi  la 
constance  avec  laquelle  îles  moyens  sem- 
blables ont  été  employés  pour  arriver  à  «1^ 
fms  correspondantes  dans  toute  la  série  ilc' 
créations  diverses  qui  ont  modifié  IcsTurnus 
de  la  vie  chez  les  végétaux.  Ces  caudiin^i- 
sons  d'arrangements,  qui  varient  avec  b 
diverses  conditions  du  globe,  déraonlrciil 
l'existence  d'un  architecte  par  rexisicncî 
d'un  plan;  et  en  voyant  la  connexion  des 
parties  et  l'unité  du  but  i>our  lequel  elles 
ont  été  faites,  dans  ce  tout  si  vaste,  si  com- 
plexe et  en  môme  temps  si  harmonieux» 
nous  sommes  conduits  à  conclure  que  cest 
une  intelligence  unique  et  toujours  la  môme 
qui  a  créé  toutes  ces  dispositions  et  qui  b 
a  mises  en  jeu. 

PERMIEN  (ÉTAGE).  -  QuatrièmcéMcCdr 
la  formation  paléozoïque;  nom  tiré  de  celui 
4le  la  ville  de  Perm.  en  Russie,  oà  se  trouve 

10  type  russe. 

Sous  la  forme  de  grès  rouge,  oudcp*^ 
des  Vosges,  d'après  MM.  Eiiede  BeauuMH'J 
et  Dufrénoy,  cet  étage  commence  à  se  mon- 
trer en  France  au  sud  des  Vosges,  à  Fa^- 
mont,  à  Chènebie  (Haute-Saône),  elcnsinif 
il  formerait,  de  chaque  côté  des  Vosges,  u.u* 
bantle  plus  ou  moins  interrompue.  Une  au- 
tre large  surface,  également  sous  forme  «le 
grès  des  Vosges,  commence  dans  laWoscHc 
h  f-ongeville,  etc. 

En  Angleterre  cet  élajje  est  Irès-répamiu. 

11  se  montre  h  l'extrémité  sud  du  comté  «îe 
Glam(»rgan,  suit  une  ligne  presque  régulière 
autour  de  l'étage  carboniférien  dans  le  Muf- 


1101 


PER 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PER 


Il  fis 


cester*  par  Bridgenorth,d9nsShropshireJu$- 
qiiau  Denbigshire,  dans  le  Laneashire,  le 
Notlinghainshire,  le  Derbyshire,  leYorksbire, 
jusqu'au  Durham  ou  le  Cumberland,  ayant 
ainsi,  de  chaque  côté  de  Tétage  carboniférien, 
une  direction  générale  presque  nord  et  sud. 
On  en  trouve  encore  au  nord  de  I  Ecosse. 

En  Allemagne,  dans  le  grand  duché  de 
Bade,  Féta^^e,  sous  forme  de  grès  des  Vos- 
ges, se  montrerait  en  lambeaux  dans  la  fo- 
rêt Noire,  etc. 

La  plus  grande  surface  connue  de  Tétage 
permien  existe  en  Russie. 

D*a|)rès  les  fossiles,  M.  de  Koninck  pense 
que  I  étage  occuperait  encore  une  partie  de 
la  rade  de  Bell-Sound  au  Spitzberg*  au  80' 
<!ogré  de  latitude  nonl  et  une  partie  de  la 
Tasmanie.  On  napasencorerecoimu  Tétage 
<lans  rAmériquc  septentrionale. 

L'épaisseur  de  l'étage  est  très- variable  ; 
mais  voici  quelques-uns  des  points  où  cette 
é|)aisseur  est  plus  grande.  On  a  trouvé  que 
les  ^rès  dos  Vosges,  près  de  Raon-l'Etape, 
avaient  de  500  à  5'tO  mètres  de  puissance,  et 
que  près  de  Heidelberg  ils  montraient  650 
mètres.  Dans  le  Hartz ,  les  grès  rouges  ont 
olfcrt  jusqu'à  1,000  mètres,  ce  qui  suilit 
pour  prouver  que  l'étage  a  duré  un  laps  de 
temps  assez  considérable. 

Caractères  paie  ontologiques.  —  Le  |>eu  do 
renseignements  que  nous  avons  sur  crt 
éX9i'^e  nous  donne  pourtant  la  certi tuile, 
pour  les  animaux,  comme  M.  Brongniart  la 
reconnu  pour  les  plantes,  que  Tensenible 
zoologique  annonce  des  relations  bien  plus 
intenses  avec  l'étage  carbonîférien  qu  avec 
fes  dépôts  triasiques.  Les  anima\ix  et  l'es 
platites,  par  leurs  uiraclères  généraux^  pia- 
eoraient  donc  Téta^e  permien  aussi  bien 
comme  intermédiaire  à  ces  deux  époquçs, 
que  la  superposition  même.  Ainsi,  sous  ce 
rapport,  tout  concorde  :  la  géologie  et  la 
paléontologie.  Voici,  d'après  les  données 
a<;tuelles,  les  caractères  distinctifs  de  cet 
«itage. 

Pour  séparer  l'étage  permien  de  l'étage 
carbonîférien,  indépendamment  des  56  gen- 
res aue  nous  voyons  naître  et  disparaître 
dans  Vétage  carboniférieu,  nous  avons  en- 
core 46  genres  qui  s'éteignent  dans  Tétage 
cart)oniférien,  et  qui,  au  moins  jusqu'à  pré- 
sent, sont  inconnus  dans  l'étage  permien, 
re  qui  donne  un  total  de  1(^  genres ,  pour 
distinguer,  comme  caractères  négatife,  l'é- 
tage permien  de  l'étage  carbohiiérien.  En 
supposant  même  que  les  nouvelles  dé- 
couvertes viennent  en  diminuer  le  nombre, 
ce  qui  est  très-probable ,  il  en  restera  tou- 
jours assez  pour  séparer  ces  deux  étaj^es. 

Pour  distinguer  l'étage  permien  de  1  éiagi^ 
conchylien,  nous  avons  w  genres  inconnus 
à  rétazo  permien ,  et,  ayant  ))aru  seulement 
dans  1  étage  conchylien,  ces  genres  réunis 
aux  102  autres  négatifs  propres  à  distinguer 
I*étage  carbonifénen,  nous  donnent  l&â  gen- 
res pouvant  offrir  des  caractères  négatifs 
pour  séparer  l'étage  permien  des  étages  su- 
périeurs et  inférieurs  qui  l'accompagnent 
clans  l'ordre  chronologique. 


Il  natt  avec  l'étage  pertnien  les  genres 
suivants  qui,  encore  inconnus  à  l'étage  car- 
boniférieu, peuvent  servir  de  caractères  po- 
sitifs pour  l'en  distinguer.  Parmi  les  repti- 
les, les  genres  nothosaurus^  proterosaurus. 
Parmi  les  poissons,  les  genres  gyroprisïis^ 
dictea^janassa^  acrodus  et  strophodus.  Parmi 
les  mollusques  lamellibranches,  les  genres 
panopaa^  osirea  et  myoconcha.  Parmi  les 
mollusques  brvozoaires,  le  genre  kérato- 
phytes.  Parmi  les  zoophytes,  le  genre  sténo- 
pora.  Ainsi  «  parmi  le  petit  nombre  de  fos- 
siles décrits  jusqu'à  présent,  il  nous  reste 
encore  12  genres  pouvant  servir  de  caractè- 
res positifs,  pour  distinguer  l'étage  per- 
mien, où  ils  paraissent  i  our  la  première 
fois. 

Pour  séparer  l'étage  permien  de  l'étage 
conchylien,  nous  avons,  comme  caractères 
positiis  du  premier  un  ensemble  de  13  gen- 
res-, qui  peuvent,  aujourd'hui,  nous  donner 
des  caractères  distinctifs  entre  l'étage  per- 
mien et  l'étage  conchylien. 

Aux  caractères  paléontologiques  tirés  des 
genres  nous  pouvons  ajouter  dos  caractères 
plus  certains  encore,  et  surtout  moins  vana- 
bles,  donnés  par  les  espères.  Indépendam- 
ment des  animaux  vertébrés  et  annelés,  dont 
on  connaît  un  bon  nombre  d'espèces  et  des 
niantes,  nous  connaissons  en  animaux  mol- 
lusques et  rayonnes  seulement,  91  espèces. 
Ces  91  espèces  seront  dr::c  pour  nous  au- 
tant d'espèces  caractéristiques  qui,  suivant 
leur  zone  habituelle  d'habitation,  pourront 
servir  à  faire  reconnaître  l'éla^^e  permien. 
Parmi  ces  espèces,  les  plus  répandues  en 
Angleterre,  en  Allemagne  et  en  Russie,  au 
Spitzberg,  et  môme  en  Tasmanie,  sont  les 
suivantes  :  panopea  lunula^  mytilus  hauS" 
manni^  aticulaspetuncaria^  productusleplayi^ 
cancrini  horridus^  lewisianus^  geinitzianuSt 
rhtjnchnneiia  schlotheimii^  cyrthia  cristata^ 
spin'gera  pertinifera.  Ainsi,  nar  ces  espèces,^ 
nous  avons  la  certitude  que  les  dépôts  d'An- 
gleterre, d'Allemagne,  de  Bussie,  jusqu'à  la» 
mer  Glaciale  et  même  jus(|u'au  Spitzhcrg, 
étaient  contemiiorains  et  faisaient  j^artie  des 
mêmes  mers.  11  ressort  en^  ore  de  celte  ré- 
partition, qu'une  température  presque  é^ale 
existait  depuis  l'Angleterre  jusqu'au  Spitz- 
berg,  c'est-à-dire  jusau'au  80*  degré  de  la- 
titude nord,  aujourd  nui  séjour  d^s  fiimas 
éternels  et  di^s  glaces.  Lorsque  l'étage  car- 
boniférieu a  terminé  sa  période,  sans  doute 
par  suite  des  grandes  perturbations  géologi- 
ques que  nous  avons  signalées  {Voy.  Carbo- 
niMmiEif),  l'élégante  flore  et  la  nombreuse 
faune  de  l'étage  carbonifôrien  ont  cessé 
d'exister.  Alors,  pendant  que  ces  légères 
fougères  arborescentes,  que  ces  végétaux  si 
variés  étaient  ensevelis  pour  toujours  dans 
les  couches  terrestres,  nous  voyons  s'étein- 
dre 102  genres  ;  en  même  temps  que  1,0^T 
espèces  d'animaux  mollusques  et  rayonnes, 
sans  compter  les  nombreux  animaux  verti-  - 
brés  et  annelés  qui  concouraient  à  former 
la  faune  de  l'étape  carboniféri/*n.  Après  cetîn 
catastrophe ,  qui  atteignait  à  la  fois  toute  la 
nature,  il  est  probable  que  le  calme  s'est  peu 


11.03 


PER 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PER 


m 


à  peu  rétabli  :  les  mers  sont  entrées  dans 
.  leur  nouveau  lit,  les  continents  ne  sont  plus 
.  envahis  par  les  eaux ,  et  notre  planète,  à  la 
suite  d'un  laps  de  temps  considérable,  se 
repeuple  de  végétaux  et  d'animaux.  Quel- 
ques plantes  sont  arrivées  jusqu'à  nous;  et 
avec  elles,  12  genres  d'animaux  inconnus 
dans  l'étage  carboniférien,  ainsi  que  91  es- 
pèces toutes  distinctes  des  espèces  de  l'étage 
précédent;  débris  qui  témoignent  encore 
de  l'existence  de  cette  faune  spéciale.  Cet 
état  de  chose  a,  sans  doute,  duré  longtemps, 
k  en  juger  par  la  puissance  de  mille  mètres 
de  couches  déposés  sur  quelçjues  points. 
Pendant  cette  période,  il  y  avait  des  mers  et 
des  continents. 

Les  mers  permiennes,  soumises  k  toutes 
.  les  causes  physiques  qui  existent  aujour- 
d'hui, offraient  des  animaux  voisins,  comme 
ensemble  de  caractères,  des  autres  étages 
paléozoïques  précédents.  Ils  offrent,  par 
exemple,  les  mêmes  genres  que  ceux  de 
Tétage  carboniférien,  mais  encore  des  genres 
et  surtout  des  espèces  bien  distinctes.  Cette 
faune  se  composait  de  deux  genres  de  rep- 
tiles, sans  doute  riverains  et  marins;  de  cinq 
genres  nouveaux  de  poissons  placoïdes  et 

f;anoïJes  seulement,  de  crustacés,  de  mol- 
usques  de  toutes  les  classes,  parmi  lesquels 
trois  genres  nouveaux.  Les  huîtres  {ostrea)y 
par  exemple,  commencent  à  se  montrer  avec 

Suelques  zoopbytes  inaperçus  jusqu'alors. 
)n  connaît  encore  de  ces  mers  les  plantes 
marines  suivantes  de  Thuringe,  citées  par 
M.  Brongniart  : 


ILCCES. 


Catilerpiles  sela^inotdes . 
Caulerpites  peclmalus , 
Caulerpites  spharicus, 
Zoiiabiies  di^italus , 
Chondrites  virgatus. 


Sternb. 
Slemb. 
Slcrnb. 
Slernb. 
Mùnsler. 

Les  continents,  qui  Devaient  être  peu- 

f)lés  d'animaux  aussi  variés  que  ceux  de 
*étage  carboniférien,  ne  nous  ont  laissé 
d'autres  traits  d'animation  que  des  plantes. 
M.  Brongniart  les  regarde  comme  intermé- 
diaires entre  les  formes  carbonifériennes  et 
les  formes  végétales  des  terrainfis  triasiques, 
ou  môme  comme  le  complément  de  la  pre- 
mière flore,  observation'tout  à  fait  en  rap- 
port avec  ce  que  nous  avons  dit  de  la  zoolo- 
gie marine.  (  Voy.  Silurien.  ]  M.  Brongniart 
pense  qu'on  pourrait  peut-être  identifier 

' quelques  sphenopteris  et peeopterisde  Mans- 
feld  (  Thunnge)  et  de  Lodève,  ce  qui  établi- 

'  rait  encore  des  rapports  plus  intimes  que 
l'ensemble  des  genres  entre  l'âge  de  ces 
deux  localités. 

La  faune  marine  identique  qu'on  trouve 
des  deux  côtés  du  monde ,  et  jusqu'au  80* 

'  degré  de  latitude,  nous  donne  la  certitude, 
comme  pour  les  étages  précédents,  que  la 
chaleur  centrale  de  la  terre  neutralisait  to- 
talement, durant  l'étage  permien,  l'influence 
des  lignes  isothermes. 
Les  oscillations  du  sol  existaient  proba- 

^'blement  pendant  l'étage  permien,  qui,  du 

'  reste,  paraît  aussi  avoir  été  soumis  à  toutes 


les  causes  physiqyes  que  nous  voyons  prési- 
der aujourd'hui  aux  phénomènes  de  lu  n&- 
ture. 

Cette  époque  se  serait  terminée,  commo 
toutes  les  autres,  par  une  perturbation  géo- 
logique dont  nous  trouvons  encore  des  traces 
dans  la  discordance  de  stratification,  dans  la 
surélévation  de  cette  surface  immense  de 
l'étage  permien  en  Russie,  etc. 

PERTURBATIONS  GEOLOGIQCES.  - 
Nous  allons  aborder  un  sujet  du  plus  haut 
intérêt,  mais  d'une  grande  difficulté  dans  la 
science  qui  nous  occupe.  A  la  partie  de  pure 
observation  vient  naturellement  se  joindre 
ici  celle  des  théories  par  lesquelles  on  essaye 
d'expliquer  les  phénomènes.  Le  lecteur  sera 
juge  de  la  valeur  des  théories  présentées  à 
cet  égard  et  des  considérations  élevées  que 
renfermera  eet  article,  qui  sera  une  analyse 
du  travail,  sur  cette  matière,  d*un  des  plus 
éminents  paléontologistes  de  notre  époque, 
M.  Aie.  d'Orbigny. 

Si  les  causes  naturelles  actuelles  avaient 
seules  agi  sur  la  formation  de  la  croûte  ter- 
restre, on  trouverait  une  succession  non  in- 
terrompue de  couches  parallèles,  se  suifaut 
des  parties  les  plus  anciennes  jusqu'aui  plus 
modernes  et  contenant  des  espères  animales 
identiques,  reproduites  des  premiers  tenfps 
de  l'animalisation  jusqu'à  nos  jours.  La  oir* 
conscription  des  mers  et  des  continents  se- 
rait toujours  restée  la  même,  en  supposant 
que  ces  premiers  grands  traits  de  la  nature 
eussent  pu  exister  sous  ces  seules  influen- 
ces ;  mais  la  plus  légère  inspection  prouve, 
au  contraire,  que  de  nombreux  changements 
ont  eu  lieu  à  la  surface  de  la  terre  à  diffé- 
rentes époques.  Des  chaînes  de  montagnes 
se  sont  élevées  les  unes  après  les  autres;  l<^ 
ruers  ont  changé  plusieurs  fois  délit;  des 
couches  consolidées  se  sont  disloquées  de 
diverses  manières,  et  l'ensemble  des  êtres 
s'est  renouvelé  plusieurs  fois,  de  telle  sorte 
que  les  premiers  ne  ressemblent  en  rien  à 
ceux  de  l'époque  moyenne,  et  que  les  der- 
niers parus  sur  le  globe  diffèrent  complète- 
ment des  uns  et  des  autres.  La  nature  ac- 
tuelle ne  peut  expliquer  tous  ces  granits 
faits,  tous  ces  changements  successifs,  et  ii 
devient  indispensable  de  recourir  à  des  ai^ents 
plus  puissants,  à  des  causes  plus  actives,  que 
la  géologie  seule  peut  nous  fournir,  et  que 
nous  révèle  l'étude  des  catastrophes  succes- 
sives que  notre  planète  a  subies. 

§  I.  —  Causes  des  perturbations  géohgiq*t^* 

Pour  arriver  à  décrire  les  effets  de  ces 
grandes  révolutions  géologiques,  il  convient 
d'abord  d'en  chercher  les  causes.  M.  Elle  de 
Beaumont,  à  qui  les  sciences  sont  redevables 
de  si  précieux  travaux,  a  conclu  l'ingénieuse 
pensée  ^e  toutes  les  dislocations  du  giot)« 
provenaient  du  retrait  des  matières  produit 
par  le  refroidissement  du  globe  terrestre,  et 
il  attribue,  avec  juste  raison,  la  fin  de  cha- 
que époque  géologique  à  des  perturbaiions 
de  ce  genre. 

•  Cherchons,  en  effet,  l'influence  possibl^J 
du  refroidissement  sur  un  corps  sphérique 


fl05 


PER 


ET  DE  l'ÂLEONTOLOGIE. 


PER 


1106 


Uue  imlle  de  ploîiib,  |>ar  exemple,  coupée  en 
deux,  montre  toujours  un  vide  au  centre.  Ce 
Yide  intérieur  est  certainement  la  ix)nsé- 

Îuence  du  retrait.  Il  est  le  résultat  du  refroi- 
issement  qui  s*est  opéré  graduellement  de 
Textérieur  à  Tintérieur,  et  qui  a  placé  les 
molécules  de  plomb  Tes  unes  sur  les  autres, 
au  fur  et  à  mesure  qu'elles  cessaient  d*étre 
en  fusion,  jusqu'à  laisser  vide  au  centre  la 
surlace  procluite  par  la  différence  de  volume 
du  métal  fondu  à  son  état  parfait  de  consoli- 
dation. En  appliquant  cette  expérience  très- 
simple  au  globe  terrestre  «  nous  verrons 
aussi  que  le  refroidissement  peut  amener 
des  perturbations  d*une  puissance  incalcu- 
lable 

La  terre  foriiie,  non  une  sphère  régulière, 
mais  un  sphéroïde  isolé  de  toutes  parts  dans 
Tespace.  Les  mesures  directes  des  méri- 
diens terrestres  ont  ou  pour  résultat  de 
constater  que  la  terre  est  sensiblement  apla- 
tie vers  les  pôles.  Cette  forme,  celte  plus 
grande  convexité  de  la  zone  équatoriale,  pla- 
cée dans  le  sens  de  Taxe  ue  rotation  du 
globe  terrestre,  est  très-importante  à  cons- 
tater; car  elle  annonce  qu'ainsi  que  la  balle 
de  plomb  la  terre  n*a  pas  toujours  été  so- 
lide, et  que  cette  disposition  a  été  produite 
par  l'action  combinée  de  la  rotation  et  de  la 
force  centrifuge,  lorsque  les  matières  qui  la 
composent  étaient  à  Tétat  pâteux ,  ou  mieux 
en  fusion  par  suite  de  la  chaleur. 

^  Tout  parait  donc  prouver  que  la  ferre  était 
d  abord  en  incandescence.  Pour  arriver  de  ce 
premier  état  pâteux  à  la  consolidation  que 
nous  lui  connaissons  aujourd'hui ,  il  a  fallu 
nécessairement  qu'elle  subit  l'effet  du  rayon- 
nement vers  l'espace  céleste  et  qu'elle  se  re- 
froidit extérieurement,  comme  nous  l'avons 
vu  pour  la  Italie  de  plomb;  mais  ici,  vu  la 
différence  de  volume  et  la  concentration  du 
foyer  de  chaleur  dans  l'intérieur  du  globe 
terrestre,  la  comparaison  avec  la  balle  de 
plomb  ne  montre  plus  des  résultats  identi- 
ques, et  le  vide,  au  lieu  d'être  au.  centre, 
reste  entre  la  partie  extérieure  consolidée  et 
la  masse  intérieure  incandescente  et  toujours 
à  l'état  pâteux.  En  effet,  le  refroidissement 
par  la  surface  extérieure,  à  la  suite  de  rup- 
tures sans  nombre,  a  dû,  après  un  laps  de 
temps  considérable,  former  une  espèce  de 
croûte  consolidée.  Dès  l'instant  que  cette 
croûte  compacte  s'est  trouvée  assez  épaisse 
pour  former  une  partie  résistante,  le  retrait 
lies  fnatières,  déterminé  par  leur  différence 
de  volume  à  l'état  de  fusion  ou  à  l'état  pâ- 
teux, a  dû  laisser  des  vides  entre  la  pellicule 
extérieure  durcie  et  la  masse  centrale.  Cette 
croûte  extérieure  dure,  n'étant  plus  soutenue 
dans  toutes  ses  parties  par  la  pâte  intérieure, 
s*e>t  affaissée  sur  elle-même  en  se  disloquant 
de  toutes  les  manières,  et  a  produit  les  reliefs 
et  les  cavités  de  la  surface  de  notre  globe, 
qui,  bien  qu'ils  aient  peu  de  saillie  relative- 
ment au  diamètre  de  ta  terre,  n'en  sonfr  pas 
moins  d'une  haute  importance  dans  les  grands 
foits  géologiques.  Ce  sont  des  révolutions  de 
cette  nature,  se  succédant  à  diverses  repri- 
ses depuis  la  i»rcmière  consolidation  terres- 


tre jusqu'à  présent,  qui,  de  plus  en  plus 
considérables,  puisque  la  croûte  terrestre^ 
devenait  de  plus  en  plus  épaisse, ont  çillonné 
suc-cessivement  la  terre  de  ses  chaînes  do 
montagnes  et  de  ses  larges  dépressions. 

Si  la  terre  n'avait  à  sa  surface  extérieure 
ni  atmosphère,  ni  eau ,  les  dislocations  dont 
nous  venons  de  parler  n'auraient  eu  qu'une 
conséquence  purement  locale,  en  changeant 
seulement  la  surface  du  sol  sur  le  lieu  des 
dislocations  et  en  lui  faisant  prendre  succes- 
sivement des  formes  diverses;  mais,  comme 
il  est,  au  contraire,  recouvert  d'une  masse 
considérable  d'eau,  leurs  effets  ont  été  géné- 
raux, et  ont,  à  chaque  époque, causé  des  per- 
turbations extérieures  sur  tous  les  points  du 
globe  à  la  fois,  lors  même  que  ceux-ci  su- 
bissaient seulement  des  dislocations  par- 
tielles. Voici  de  quelle  manière  nous  nous 
expliquons  ces  faits. 

Supposons  un  instant  que  la  terre  soit,  sur 

auelques  parties  de  son  périmètre,  refroidie 
e  manière  à  montrer,  en  a,  la  matière  in- 
candescente du  centre  du  globe  terrestre,  en 
6,  lacroûte  extérieure  consolidée  supportant 
en  c  les  eaux  des  mers  également  reparties 
à  sa  surface,  et  en  d  le  vide  compris  entre  la 
partie  refroidie  et  la  partie  à  l'état  de  pâte 
subissant  aussi  un  retrait  par  le  refroidisse- 
ment. Lorsque  cette  croûte  consolidée  ^'af- 
faissera dans  le  vide,  qu'en  résultera-t-il  T 
Alors  les  couches  solides  se  disloqueront  en 
se  divisant  plus  ou  moins.  Des  fragments, 
subissant  l'effet  de  bascule,  s*ab!iperopt  d'un 
côté  dans  les  mers,  tandis  que,  de  l'autre, 
ils  se  soulèveront  et  viendront  surgir  en  de- 
hors.des  eaux  et  former  des  chaînes  de  mon- 
tagnes en  pente  douce  d'un  côté  et  abruptes 
de  l'autre,  comme  l^'s  Pyrénées  et  les  Andes. 
D'autres  fois ,  les  deux  parois  de  la  rupture 
se  soulèveront,  et  les  matières  incandescen*» 
tes,  pressées  par  les  parties  latérales  affais- 
sées, viendront  sortir  par  l'ouverture  béante 
qui  la  sépare.  Enfin  quelques  surfaces,  in- 
termédiaires entre  ces  axes  de  soulèvement, 
se  plisseront  ou  s'affaisseront  en  grande 
masse  et  resteront  sur  les  parties  incandes- 
centes centrales  dans  *ine  positi'm  presque 
horizontale. 

Voici  ce  qui  arrive  pour  les  parties  solides 
de  la  croûte  terrestre,  comme  on  peut  s*en 
assurer  en  parcourant  les  Pyrénées,  les  Al- 
pes, les  Andes.  Mais,  que  deviennent  les 
eaux  pendant  cette  rupture,  pendant  cette 
dislocation  de  toutes  les  parties  solides  qui 
les  supportaient  ?  Mises  en  mouvement  par 
suite  du  déplacement  subit  des  matières, 
mues  avec  violence,  les  eaux  ont  dû  envahir 
les  continents  et  tout  ravager  à  leursurfMHs 
tandis  qu'elles  apportaient  des  sédiments 
considérables  vers  les  nouveaux  t^ssins  des 
mers  que  venaient  de  tracer  ces  dislocations. 

Pour  nous  familiariser  avec  ces  phénomè- 
nes destructeurs  dont  les  gigantesques  effets 
effrayent  au  premier  abord  notre  esprit,  et 
dont  nous  trouvons  à  chaque  pas  des  preu* 
ves  non  équivoques  dans  la  nature  géolcmi. 
que,  voyons  ce  que  peut  produire  le  dépla. 
cernent  des  matières  dans  les  eaux.  Tout  le 


4f07 


PFR 


DICTlONNAlRi:  DE  COSMOGONIE 


PER 


m 


monde  a  remarqué  qu*une  pierre  jetée  dans 
un  lac  tranquille  y  forme,  à  la  surface  des 
eaux  t  des  ondulations  qui  couvrent  une 
étendue  considérable,  de  plus  de  lOO^OÎK)  fois 
son  diamètre;  ce  qui  est  le  moindre  dépla- 
cement que  nous  puissions  choisir.  Car,  si 
nous  parcourons  en  bateau  à  vapeur  le  cours 
de  la  Seine,  de  la  Gironde,  du  Rhône,  de  la 
Tanâse  ou  du  Rhin,  nous  voyons  se  produire 
jiarlout  sur  notre  passage  des  lames  de  pro- 
jection qui  s*élèvent  à  une  assez  grande  nau- 
tcur  et  durent  longtemps  après  le  passage 
du  corps  étranger  qui  les  a  produites.  Lors- 
qu'on voit,  par  exemple,  que  la  seule  impul- 
sion du  vent,  à  la  surface  des  mers,  cause 
ces  all'reuses  tempêtes  dont  les  lames  ren- 
versent les  constructions  les  plus  solides,  on 
sera  forcé  de  convenir  que,  sans  sortir  des 
causes  naturelles,  on  aura  déjà  une  légère 
idée  de  ce  que  peut  produire  la  force  des 
eaux  mises  en  mouvement;  mais, lorsque 
nous  recourrons  aux  causes  géologiques', 
ces  effets  changeront  encore  de  proportion. 
M.  Vincendon -Dumoulin  nous  a  assuré 

aue  le  tremblemenl  de  terre  éprouvé  au 
hili  en  1838,  bien  qu'il  n'eût  modifié  qu^à 
peine  la  surface  du  soi,  s*était  fait  sentir  à 
73  degrés,  ou  à  l'énorme  distance  de  6,000 
kilomètres,  jusqu'aux  lies  de  l'Océanie.D'un 
autre  côté,  sur  les  côtes  du  Pérou,  les  grands 
tremblements  de  terre  ont  ravagé  toutes  les 
villes  du  littoral.  A  Tinstant  même  des  se- 
cousses, la  mer,  balancée  avec  force,  envahit 
la  côte,  entraînant  avec  elle  une  immense 
uuantité  de  sable  et  de  galets  sur  les  marais 
uu  Rimac,  près  de  Lima.  Alors  les  eaux, 
poussées  alternativement  avec  une  extrême 
violence,  transportent  de  gros  navires  à  près 
de  quatre  kilomètres  dans  Tintérieur  des 
terres. 

Lorsqu'on  voit  que  de  semblables  mouve- 
ments ont  eu  lieu  dans  les  eaux,  sans  que  le 
sol  ait  subi  d'autres  changements  que  des 
exhaussements  partiels  de  quelques  mètres, 
on  peut  se  demander  ce  qui  devait  arriver 
lorsque  les  Alpes,  les  Pyrénées,  ont  pris 
leurs  reliefs  actuels ,  ou  bien  lorsque  la 
chaîne  des  Andes  a  formé  une  dislocation 
uniforme  deSOdegrés  ou  de  4,000 kilomètres 
de  longueur  ;  car  nous  ne  pouvons  juger  que 
l'extension  de  la  partie  qui  a  sur^ji  au-des- 
sus des  mers,  sans  pouvoir  apprécier  l'éten- 
due des  parties,  bien  plus  considérables  en- 
core, qui  se  sont  atTaissées  dans  les  eaux. 

Si  nous  avons  vu  la  petite  pierre  de  quel- 
ques centimètres  jetée  dans  un  lac  tranquille 
produire,  à  la  surface  des  eaux,  des  ondula- 
tions proportionnées  à  son  volume,  mais 
dont  on  peut  suivre  les  effets  à  une  distance 
évaluée  a  plus  de  cent  mille  fois  son  diamè- 
tres, on  se  figure  ce  qu'il  adviendra  quand 
des  dislocations commecelle  de  la  chaîne  des 
Andes  occuperont  en  longueur  50  degrés 
d'extension,  ou  la  septième  partie  de  la  cir- 
conférence du  fflobe  terrestre;  la  terre  tout 
entière,  maigre  son  grand  volume  mesuré 
sur  notre  taule,  n'ayant  que  360  degrés  de 
périmètre.  Il  ne  sera  plus  permis  alors  de 
douter  des  conséquences  universelles  d'une 


révolution  semblable,  et  ntême  de  lieaucoup 
d'autres  d'une  moins  grande  extensioD^el 
Ton  pourra  se  faire  une  juste  idée  des  raTa- 
ges  extraordinaires  que  ces  épouvantables 
déluges  ontdA  occasionner  à  la  surface  de 
la  terre,  surtout  à  l'instant  où  tous  les  nia 
veaux  terrestres  et  marins  étaient  changés 
par  suite  des  dislocations  qui  en  sont  la 
cause,  et  où  des  masses  considérables  de  sé- 
diments encore  à  l'état  meuble  pou?aienl 
être  transportées  par  le  mouvement  des 
eaux.  On  ne  trouvera  plus  extraordinaire 

S|ue  toute  la  faune  terrestre  soit  détruite  à  la 
bis  par  l'action  immédiate  des  eaux,  tandis 
que  la  faune  marine  Test  en  même  temps 
par  le  transport  des  molécules  terrestres  et 
par  la  prolongation  du  mouvement  des  eaui. 
M.  Elie  de  Beaumont  a  reconnu,  avec  sa 
sagacité  ordinaire,  que  les  monvements  de 
dislocation  terrestre  n'ont  pas  été  partiels, 
mais  qu'ils  se  sont  manifestes  sur  de  grandes 
lignes  affectant  une  direction  donnée,  comme 
on  peut  le  voir  dans  la  chaîne  des  Pjr^néef, 
dans  certaines  parties  des  Alpes,  et,  sur  une 
plus  grande  écnelle,  dans  les  Andes  et  dans 
rHimalaya.  En  effet,  lors  même  que  les 
points  culminants  ne  sont  pas  très-élendus, 
on  reconnaît  que  les  ruptures  voisines  ont 
souvent  eu  lieu  dans  un  même  sens,  ]'aral- 
lèle  à  ces  points  culminants.  Il  résulterait 
de  cette  ingénieuse  conclusion,  en  rapport 
avec  les  faits,  que  chaque  dislocation  terres- 
tre aurait  eu  beaucoup  d'extension.  Si,  pour 
à  présent,  nous  n'en  voyons  que  les  effets, 
nous  aurons  au  moins  la  preuve  que  chacune 
des  révolutions  auxquelles  on  doit  le  soulè- 
vement d'un  système  de  montagnes  a  dû 
produire  une  perturbation  générale  sur  les 
sédiments  et  les  animaux  qui  se  déposaient, 
et  sur  les  couches  de  l'écorce  terrestre  déji 
consolidées. 

S  II.  —  Effets  des  perturbations  géologique 
sur  les  couches  sédimentaires  en  étal  rff 
formation  f  et  sur  les  faunes  terrestres  r< 
marines  quelles  renferment^ 

Prenons  la  terre  dans  un  de  ces  longs  in- 
tervalles de  repos  qui  se  sont  succédé,  a  plo* 
sieurs  reprises,  depuis  la  première  animali- 
sation  du  globe.  Laissons-Ia  su  bissant  encore 
lentement  les  effets  de  toutes  les  circonstan- 
ces naturelles  passives,  décrites  à  l'artide 
CoDCHES  SÉDIMENTAIRES,  ct  qui  aujounrhuJ 
sont  en  |)leine  activité  sur  nos  continents, 
dans  nos  mers.  Voyons  ce  qu'une  dislora- 
tion  comme  celle  des  Pyrénées  ou  des  Andes 
pourra  produire  sur  l'ensemble  de  la  nature. 

Nous  avons  dit  que,  mises  en  mouYcnient 
par  suite  du  déplacement  des  matières,  ct 
poussées  avec  violence  sur  les  conlinenl*, 
les  eaux  ont  dû  les  couvrir  entièrement,  et 
détruire  à  la  fois  tous  l«s  animaux  terres- 
tres. C'est,  en  effet,  ce  qiie  les  études  de 
M.  d^Orbigwy  sur  l'Amérique  lui  ont  permis 
de  croire,  en  observant,  à  côté  de  l'immenî^ 
chaîne  des  Andes,  cet  pssuairc  non  moin-^ 
considérable  des  pampas  de  Buenos-Ayrr^-s 
formé  seulement  sur  une  surface  denviroji 
quatre-vingt-quinze  mille  kilomètres  carrés  di 


1109 


VER 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


^ER 


1110 


suptrfUie^  de  limon  rou^^eâUe  enveloppant 
des  squelettes  entiers  et  des  os  séparés  de 
mammifères.  On  conçoit  que  ces  propor- 
tions gigantesques  des  dépôts  à  ossements 
de  mammifères  excluent  toute  idée  d*un 
charriage  dû  à  la  seule  action  des  affluents 
terrestres,  qui,  comme  on  Ta  tu  [Voy.  Cou- 
ches sÊDiMBNTAnBs),  uc  transportent  que 
rarement  des  animaux,  et  ne  pourraient,  en 
aucune  manière,  produire  des  résultats  sem- 
blables. 

Nous  croyons  donc  pouvoir  attribuer  aux 
seules  perturbations  géologiques  Tanéantis- 
sement  complet  des  races  d'animaux  terres- 
tres qui  couvraient  le  globe  aux  dernières 
époques  antérieures  à  la  nAtre,  et  leur  dépôt 
dans  les  limons  rougeâtres,  à  tous  les  niveaux 
terrestres,  depuis  le  bord  de  la  mer  jusqu'à 
4,000  mètres  au-dessus,  sur  les  plateaux  des 
Andes,  où  on  les  retrouve.  C'est  ainsi  que  se 
sont  formés  les  grands  dépôts  à  ossements 
des  pampas,  et  ceux  des  plateaux  des  Andes, 
et  probablf-ment  ceux  de  Sansan,  dans  le 
département  du  Gers.  C'est  encore  à  des 
mouvements  semblables  que  nous  crojons 
devoir  attribuer  le  dépôt  des  ossements  de 
mammifères  dans  les  cavernes. 

La  manière  dont  ces  ossements  y  sont 
tiéposés  par  lits,  peut  prouver,  comme 
M.  Constant  Prévost  l'a  également  pensé, 
ifu'ils  y  ont  été  portés  par  les  eaux,  qui  les 
ont  presque  partout  enveloppés  du  même 
limon  rougeâtre,  et  disposés  en  couches 
horizontales.  En  effet,  on  doit  supposer  que, 
lorsqu'ils  n'étaient  pas  enlevés  par  les  eaux 
et  transportés  au  loin,  les  mammifères  ix)u- 
Taient  être  jetés  dans  les  fissures  produites 
par  les  dislocations  récentes  ou  anciennes 
du  sol,  ou  dans  les  cavités  de  même  nature 
f  Téées  par  la  nouvelle  dislocation,  auxquelles 
ou  a  donné  le  nom  de  cavernes  à  ossements. 
La  présence  des  mêmes  espèces  dans  le 
limon  rouge  des  cavernes  du  Brésil,  si  bien 
explorées  par  MM.  Lund  et  Clauzen,  et  dans 
le  limon  de  même  couleur  des  pampas,  dé- 
montre que  la  même  catastrophe  les  a  por- 
tées où  elles  se  trouvent  auiourd'hui. 

Tant  que  les  cavernes  n  ont  pas  été  com- 
blées, et  qu'elles  ont  donné  accès  aux  eaux, 
elles  ont  pu  recevoir  des  animaux  et  des 
sédiments.  Il  en  résulte  que  les  dépôts  d'une 
même  caverne  peuvent  appartenir  à  des 
Â^es  géologiques  très-différents,  et  être,  par 
exemple,  composés  de  couches  distinctes, 
contenant  des  animaux  de  faunes  successi- 
Tes.  C'est,  en  effet,  ce  que  M.  Lund  a  déjà 
observé  dans  les  cavernes  du  Brésil,  et  ce 
qu'on  a  également  reconnu  sur  quelques 
autres  points  de  l'Europe,  où  les  cavernes 
ont  été  étudiées  avec  plus  de  soin,  comme 
les  poches  à  ossements  de  Montmorency, 
bien  observées  par  BIM.  Constant  Prévost  et 
Desnoyers;  la  caverne  d'Ash-Hole,  étudiée 
par  M.  Lyte,  etc.,  etc. 

En  résumé,  è  chaque  grande  dislocation 
du  globe,  les  animaux  terrestres  ont  été 
détruits,  à  la  surface  de  la  terre,  par  l'enva- 
hissement subit  des  eaux  de  la  mer,  qui  ont 
Doyé  et  entraîné  les  mammifères  et  les  rep- 


tiles, plus  propres  au  sol,  tandis  que  les  ani- 
maux iluvialiles  et  lacustres  étaient  anéantis 
par  la  seule  apiiarilion  de  l'eau  salée,  qui 
asphyxie  immédiatement  les  êtres  organisés 
pour  vivre  seulement  dans  les  eaux  douces. 
Nous  avons  été  témoin ,  dit  M.  d'Orbigny, 
dans  le  golfe  de  Luçon  (Vendée  et  Charente 
Inférieure),  d'un  fait  qui,  indépendamment 
de  nos  expériences  partielles,  prouve  ce  que 
nous  venons  d'avancer.  Pour  nettoyer  les 
grands  canaux  d'écoulement,  il  est  d*usage 
de  couper  [périodiquement  les  plantes  aqua- 
tiques et  de  lâcher  ensuite  les  écluses  à 
marée  basse,  afin  que  le  courant  entraîne  le 
tout  vers  la  mer.  ^ous  nous  trouvions  sur  le 
bord  du  canal,  au  point  où  le  courant  d'eau 
douce  fut  atteint  par  le  flux  de  la  marée 
montante.  A  l'instant  où  les  poissons  d'eau 
douce,  comme  les  brochets,  les  perches  et 
les  tanches,  entraînés  avec  les  plantes,  tou- 
chaient Veau  salée,  ils  s'agitaient  beaucoup, 
sautaient  hors  de  Teau,  ou  s'élançaient  à 
terre  avec  violence,  pour  se  soustraire  à 
l'élément  envahisseur,  qui  pour  eux  était  un 
poison  subit,  et  ils  mouraient  asphyxiés 
après  quelques  minutes  de  cette  extrême 
agimtion. 

Si  l'exhaussement  des  grands  systèmes  de 
montagnes  a  pu  produire  l'anéantissement 
subit  des  faunes  terrestres,  nous  allons  cher- 
cher ce  qui  a  dû  avoir  lieu  sur  les  sédiments 
marins  meubles  et  sur  les  faunes  marines. 
Par  la  nature  même  de  ces  révolutions  géo- 
logiques, nous  pouvons  juger  qu'il  s'est 
opéré  partout  des  changements  de  niveaux. 
]>es  terres,  depuis  longtemps  émergées,  ont 
été  englouties  sous  les  eaux;  tandis  qu'au 
contraire  certains  points  du  fond  des  Océans 
ont  surgi  à  sa  surface,  et  viennent  former  de 
nouveaux  continents.  On  peut  se  faire  une 
idée  du  chaos  qui  devait  exister,  lorsque  les 
eaux  balayaient,  d'un  côté,  les  anciennes 
terres,  en  enlevant  les  particules  terrestres, 
et  battaient  en  brèche,  de  Tautre,  les  non* 
velles  couches  soulevées,  qui,  souvent  for- 
mées à  leur  surface  de  sédiments  non  encore 
consolidés,  se  délayaient  dans  les  eaux  et 
formaient  comme  une  espèce  de  boue.  Sup- 
posons encore,  pour  compléter  le  tableau, 
que  ces  eaux  recevaient  de  plus  Taction  im- 
médiate des  gaz,  des  acides  sulfureux  et 
autres,  que  pouvaient  y  amener  du  fover  in* 
candescent  les  nouvelles  fissures  de  1  écorce 
terrestre,  on  doit  donc  croire  qu'une  masse 
considérable  de  sédiments  s  est  trouvée  en 
mouvement  avec  les  eaux,  et  que  cette 
masse,  même  au  milieu  de  cette  instabilité 
des  choses,  a  dû  commencer,  par  les  lois  de 
l'équilibre,  à  niveler  les  nouvelles  inégalités 
de  la  surface  terrestre.  Les  gros  cailloux  ont 
sans  doute  été  les  premiers  ei>  place;  et,  à 
mesure  que  la  tranquillité  renaissait,  les 
autres  sédiments,  comprenant  des  restes 
d'animaux  terrestres  et  marins,  sont  Tenus 
former  le  fond  des  nouvelles  mers. 

Quant  aux  animaux  marins,  qu'ont-ils  )m 
devenir  dans  cette  catastrophe?  Supposons- 
les  un  instant  sur  le  même  lieu  de  la  dislo- 
cation. Pour  les  animaux  côtiers,nous  avant 


Illl 


PER 


DlCTlOiNNAIliE  DE  COSMOGONIE 


PER 


illi 


iru  {Voy.  Couches  sÉumENTAiiiKs)  qu'ils  ont 
presque  tous  des  zones  d'habitation  propres 
qu'ils  ne  iranehissent  pas;  qu'ils  sont  spé- 
ciaux, dans  ces  zones  de  profondeur,  à  des 
natures  distinctes  de  sol;  que  les  uns  ne 
yivent  que  dans  le  sable,  les  autres  sur  les 
rochers  ou  dans  la  boue.  On  conçoit  que 
tous  les  nÎTcaux  étant  changés,  ceux  de  ces 
animaux  qui  sont  fixes  se  trouveront,  sur 
les  parties  disloquées,  poussés  au  sommet 
d'une  nouTelle  montagne,  dans  les  vallées 

S[ue  celle-cî  vient  de  creuser,  ou  placés  au 
ond  des  nouveaux  océans.  Enfin,  sur  les 
points  qui  ont  souffert  de  grandes  perturba- 
tions, les  animaux  côtiers  nxes  seront  placés 
h  tous  les  niveaux,  et,  dès  lors,  très-rare- 
ment dans  la  zone  propre  à  leur  existence. 
Pour  les  animaux  côtiers  libres,  transportés 
subitement  avec  tous  les  sédiments  alors  en. 
mouvefiient,  ils  iront  à  des  profondeurs 
diverses,  dans  les  grandes  cavités,  niveler  le 
fond  de  ces  nouvelles  mers,  et  se  trouveront 
presque  toujours  à  des  niveaux  où  ils  ne 
peuvent  vivre,  dussent -ils  résister  à  l'action 
prolongée  du  mouvement  des  eaux.  Les 
points  des  continents  qui  n'ont  pas  été 
immédiatement  disloqués  ont  au  moins  dû 
subir  l'action  du  changement  de  niveaux 
dans  les  eaux  qu'apportent  les  nouvelles 
dislocations.  Alors  les  animaux  côtiers  se- 
ront émergés,  placés  au-dessus  des  eaux,  ou 
se  trouveront  bien  au-dessous  de  leur  zone 
d'habitation.  D'ailleurs,  en  supposant  même 
qu'ils  puissent  résister  à  l'action  du  mouve- 
ment, rarement  se  trouveront-ils,  par  suite 
du  transport  des  sédiments  et  des  change- 
ments de  niveaux,  dans  des  conditions  favo- 
rables de  vitalité.  En  voyant  une  simple 
tempête  suffire  pour  enlever  les  animaux 
marins  des  côtes  (Voy.  Couches  sédimentai- 
REs),  et  en  détruire  un  grand  nombre,  soit 
en  remplissant  de  sable,  de  sédiments,  leurs 
branchies  et  leurs  coquilles,  soit  en  les 
blessant  par  le  choc,  nous  sommes  portés  à 
oroire  qu  après  des  mouvements  semblables 
il  ne  pouvait  pas  rester  d'animaux  côtiers 
vivants,  et  que  tous,  comme  les  animaux 
terrestres,  devaient  .être  anéantis.  C'est  en 
effet  le  résultat  que  nous  donne,  sur  tous  les 
points  du  globe,  l'étude  comparative  des 
étages  géologiques  et  des  faunes  qu'ils  ren- 
ferment. 

Les  animaux  pélagiens,  libres  dans  les 
océans,  comme  les  poissons,  les  céphalopo- 
des, n'ont  pas  eu  plus  de  chances  d'existence 
que  les  animaux  terrestres  et  côtiers;  car, 

FI  us  sensibles  que  les  autres  au  mélange  de 
eau,  irl  suffit,  pour  les  étouffer,  qu'une 
quantité  très-minime  de  sédiments  terreux 
y  soit  répandue.  Nous  avons  fait,  dit 
M.  d'Orbigny,  des  expériences  sur  des  sè- 
ches, sur  des  calmars,  ainsi  que  sur  des 
poissons,  et  nous  avons  toujours  vu  ces 
tnimaux  périr  après  quelaues  instants.  Les 
céphalopodes  mêmes,  laissés  dans  la  teinture 
noire  qu'ils  jettent  ordinairement  derrière 
eux  en  s'enfuyant,  meurent  asphyxiés.  Nous 
devons  donc  croire  que,  mélangées  de  sédi- 
ments» et  peut-èlre  encore  de  liquides  sul- 


fureux sortis  des  fissures  terrestres, el  m 
en  mouvement  par  suite  des  dislocations, 
les  eaux  ont  dû  certainement,  à  la  11b  lie 
chaque  grande  période  géologique,  anéaolir 
les  animaux  pélasiens. 

Ajoutons  que  Tes  animaux  terrestres  et 
marins  d'une  faune  géologique  ont  dû  être 
anéantis  à  la  fois,  et  que  tous  les  restes  qù 
se  trouvaient  dans  les  couches  meubles  de 
la  surface  des  continents  et  des  mersontpu, 
dans  ces  instants  de  perturbation, être ib<- 
langés  et  portés  sur  des  points  différents  de 
ceui  où  ils  ont  vécu.  On  pourrait  aussi  te 
rendre  compte  de   ces  étages  entiers  m 
manquent  sur  un  point,  tandis  qu'on  les 
voit  en  lambeaux  syr  d'autres,  plus  oumoios 
éloignés,  et  de  ces  mélanges  singuliers, mais 
rares,  de  restes  d'animaux  terrestres  et  iqi- 
rins.  Comme  le  mouvement  exerçait  simnl* 
tanément  sur  beaucoup  de  points  de  Tétage 
qui  venait  d'être  interrompu,  on  doit  lui  attri- 
buer ces  mélanges  moins  importants  de  co- 
quilles et  d'animaux  oui  ont  Técu  sur  de& 
lieux  voisins,  mais  Je  nature  différente, 
comme  ceux  des  rochers,  des  pla^s  vaseuses 
et  des  plages  de  sédiments  plus  fins,  etméoie 
les  mélanges  de  coquilles  terrestres  et  ma- 
rines qui  ne  pouvaient  vivre  ensemble 

La  question  de  savoir  si  ces  mouvements 
des  eaux  ont  été  prolongés,  et  si,  entre  la 
fin  de  chaque  époque  géologique,  à  rinstaot 
où  de  nouveaux  êtres  ont  été  créés,  dans 
l'étage  suivant ,  il  s'est  écoulé  un  laps  «in 
temps  considérable,  nous  parait  résolucasseï 
affirmativement  par  beaucoup  de  faits.  Si  le 
mouvement  avait  été  instantané  et  si  une 
nouvelle  faune  était  venue  immédiateineGi 
remplacer  l'ancienne,  un  grand  nombre  des 
restes  de  cette  ancienne  faune  pourraientse 
trouver  mêlés  aux  êtres  de  la  nouvelle '«mais 
l'observation  directe  prouvant  généralement 
le  contraire,  puisque  les  mélanges  sont  du 
exceptions  très-rares  ,  on  en  doit  conclure, 
que  le  mouvement  a  été  asspz  prolongé,  et 
1  espace  de  temps  assez  éloigné  pour  dé- 
truire, par  l'usure  ou  autrement,  les  rejl« 
organisés  qui,  après  une  grande  révolution 
géologique,  se  trouvaient  a  la  surface. 

Nombre  d'autres  faits  géologi(^ues  vien- 
nent le  prouver  également  :  les  cailloux  for- 
mant poudingues  et  ne  contenant  aucuns 
fossiles,  de  la  hase  de  l'étage  falunien  df 
Carry  (Bouches-du-Rhône)  ;  ceux  de  la  ba« 
de  1  étage  parisien ,  situé  entre  Barrêœe  et 
(lévaudan  (Basses-Alpes),  les  cailloux  qutft- 
zeux  de  la  base  de  l'étage  toarcien  ou  duiias 
supérieur  de  Thouars  (Deux-Sèvres),  ainsi 
que  toute  la  surface  de  sédiments  qn/^ 
rencontre  souvent  sans  fossiles  à  la  base  u'oo 
étage.  H  en  est  de  même  des  dénudatioDi 
profondes  exercées  par  les  eaux,  entre  i* 
dernières  couches  d'un  étage  et  les  preroièrti 
du  suivant  et  même  de  l^nlèvement  com- 
plet, sur  quelques  points  de  l'étage  ectier. 
A  ces  preuves  ajoutons  l'usure,  ou  lc|»oli?- 
sage  de  l'étape  inférieur,  avant  que  celoi<î'« 
lui  succède  immédiatement  ait  déj^osé  de* 
restes  de  corps  organisés.  Nous  cileruns 
entre  autres,  aeux  exemples  de  ce  genrf. 


1115 


PER 


ET  OE  PALEONTOLOGIE. 


PEU 


Itll 


Ton  à  Lioo  (Calvados),  où,  sur  le  bord  de  la 
mer,  on  roit  que  les  dernières  couches  de 
Tétage  bathonien,  composées  d'un  calcaire 
aréoacé  blanc,  ont  été  usées  et  polies  par  les 
eaux,  ayant  que  les  premières  couches  de. 
Tétaçe  callovien ,  composées  d^argile  bleu , 
se  soient  déposées;  Tautre,  très-remarquable, 
près  d'Entragues  (Basses-Alpes).  On  recon- 
naît que  les  couches  de  Tétage  toarcien  ont 
étié  usées,  corrodées  par  les  eaui ,  en  même 
femps  que  les  fossiles  qu'elles  contenaient, 
comme  Vammonites  bifrans^  avant  le  dépôt 
des  couches  de  Tétage  bajocien,  alors  de  cal- 
caire marneux  noir»  et  ce  phénomène  se 
manifeste  sur  une  grande  surface  de  terrain. 
Nous  pourrioas  encore  citer  beaucoup  d'au- 
tres faits. 

En  résumé,  chaque  fois  qu'un  système  de 
montagnes  a  sur^  au-dessus  des  océans,  la 
faune  existante  a  été  anéantie  par  le  mou- 
rement  prolongé  des  eaux,  sur  les  points 
disloqués,  et  même  sur  ceux  qui  ne  le  sont 
pas;  et  une  nouvelle  [)ériOiic d'existence  ne 
s*est  manifestée  que  longtemps  après  le 
repos  de  la  nature.  La  séparation  par  faunes 
distinctes  successives  qu'on  trouve  dans 
chaque  terrain,  dans  chaque  étage  géolo- 
gi(^ue,  ne  serait  donc  que  la  conséquence 
Tisibledes  soulèvements  et  des  affaissements 
de  diverses  valeurs  qu'adûsubir  dans  toutes 
ses  parties  la  croûte  consolidée  de  Técorce 
terrestre. 

§  lU.  —  Effeti  des  periurbalions  géologiques 
sur  les  couches  sédimentaires  consolidées  et 
sur  les  restes  organisés  qu*elles  renferment 
à  rélat  fossile. 

Nous  avons  eu,  iusqu'à  présent,  à  signaler 
dans  cet  article,  les  grandes  causes  géolo- 
gi']nes,  auxquelles  on  doit  attribuer  les  ré- 
sultats généraux  connus.  Il  nous  reste  à  re- 
tracer une  série  nombreuse  de  faits  non 
moins  importants,  mais  dont  tous  les  dé- 
t2ils  l'-euvent ,  pour  ainsi  dire ,  se  toucher 
au  doigt,  ou  du  moins  se  vérifler  à  chaque 
l>as  dans  l'étude  de  la  nature.  Par  le  relief 
que  forment  maintenant  les  Alpes,  les  Pyré- 
nées, par  les  inclinaisons  diverses  que  pré- 
senient  les  parties  disloquées  de  leurs  deux 
Tcrsants,  ces  montagnes  nous  prouvent  que 
des  roches  sédimentaires,  jadis  disposées  no- 
rizontalementpar  les  eaux,  sont  aujourd'hui 
dans  toutesles  positions  ;  les  unes  verticales, 
ou  plus  ou  moins  inclinées,  et  quelques  au- 
tres daus  une  position  qui  approche  de  l'ho- 
rizontalité. Une  dislocation  a  donc  pour  effet 
de  changer  presque  tous  les  niveaux  des 
couches  consolidées,  des  eaux  des  nouvelles 
mers,  et  d'amener  de  grands  lavages  à  la 
surface  desconlinonts. 

Le  chanzement  de  niveau,  d'horizonta- 
lité, dans  les  couches  consolidées,  déter- 
miné par  une  dislocation  géoloiçique,  amène 
les  cas  tout  différents  que  noiis  avons  déjà 
sî,^alés.  Des  couches  restent  presque  ho- 
fizontale5«  comme  on  le  voit  souvent  en 
étudiant  les  falaises  maritimes  qui  bordent 
les  paysde  plaines.  On  en  trouve  des  exem- 
ples dans  les  étages  corallien»  kimméridg«en, 


toronien  et  scnonien  de  la  Charente-Infé- 
rieure, dans  les  mêmes  étages  du  Calvados, 
et  dans  les  grandes  falaises  crétacées  de  Nor- 
mandie, depuis  le  Havre  jusqu'à  Abbeville, 
où  pour  s'apercevoir  ^ue  ces  couches  plon- 
gent d'un  côté  ou  de  1  autre,  il  faut  parcou- 
rir une  grande  surface.  Elles  sont,  pour  ainsi 
dire,  déposées  comme  elles  l'étaient  au  sein 
des  anciennes  mers. 

Dans  les  montagnes,  les  couches  jadis  ho- 
rizontales sont  plus  ou  moins  inclinées  ou 
plongent  au  nord,  au  sud,  à  l'est  ou  à  l'ouest, 
ainsi  qu*on  peut  le  voir  en  parcourant  les 
Alpes  et  les  Pyrénées. 

En  d'autres 'circonstances  plus  rares,  les 
couchés,  par  suite  d'un  effet  de  bascule, 
sont  redressées  verticalement.  On  les  voit, 
en  cet  état,  dans  les  montagnes  aussi  bien 
que  dans  les  plaines.  Les  couches  de  l'é- 
tage sinémurien,  sur  lesquelles  est  bâti  le 
bourg  de  Gévaudan  (Basses-Alpes),  et  les 
couches  qu'on  remarque  sur  la  rive  op- 
posée du  torrent,  sont  tout  à  fait  vci  ticales. 
Il  en  est  de  même  des  couches  tertiaires 
qu'on  remarc^ue  sur  la  rive  droite  du  tor- 
rent, entre  Oévaudan  et  Barrême  (Basses- 
Alpes).  Celles-ci,  composées  d'alternances 
de  lits,  de  gros  galets  formés  avec  des  dé- 
bris uéocomiens,  de  graviers  et  d'argiles, 
sont  maintenant  tout  a  fait  verticales.  Les 
schistes  ardoi$iers  de  l'étage  silurien  infé- 
rieur d'Angers  sont  également  veiticaux. 
Lorsqu'on  étudie  les  fossiles  contenus  dans 
ces  étages,  et  la  manière  dont  les  coquilles 
et  les  galets  y  sont  déposés,  on  reconnaît 
qu'ils  ont  éii  enveloppés,  les  couches  étant 
horizontales,  et  que  ces  couches  ont  été 
redressées  postérieurement  à  leur  parfaite 
consolidation. 

On  a  quelquefois  parlé  de  renversements 
de  couches^  cest-à-<i]re,  que  les  parties  de 
ces  couches  qui  étaient  dessus,  se  trouve- 
raient dessous,  par  suite  du  redressement 
et  du  renversement.  Bien  que  ces  renver- 
sements paraissent  extrêmement  rares,  il  est 
facile  de  nous  les  eipliquer;  car  il  est  cer- 
tain que,  pour  imprimer  à  une  couche  un 
mouvement  de  Ijascule  qui  la  relève  de  43 
degrés  à  l'horizon,  il  faut  une  force  plus 
énei^que  que  celle  qui  deviendra  néces- 
saire pour  la  retourner  tout  à  fait,  et  mettn^ 
en  dessus  ce  qui  était  en  dessous. 

Lorsque  les  dislocations  ont  eu  lieu  fut 
des  couches  encore  on  un  état  imparfiiit  de 
consolidation,  il  s'est  formé  des  glissements 
de  molécules  dans  toutes  leurs  parties  com- 
posantes. 

Quelquefois  ces  effets  de  glissements  ne 
sont  sensibles  dans  les  couches  que  par 
la  déformation  de  tous  les  fossiles  qu'elles 
renferment,  comme  nous  te  voyous  dans  les 
couches  oxfordiennes  de  Crue,  près  de 
Saint-Mihiel  (Meuse),  dans  les  couches  cé- 
nomaniennes  de  la  Malle  (Var),  dans  les 
étages  callovien  et  néoromien,  de  Chaudon 
et  de  Barrême   (Basses-Alpes). 

I^  plus  souvent  ces  couches  ont  subi  des 
plissements  en  divers  sens.  Elles  se  sont  re- 
ployées  sur  eUes-même>,  comme  les  cou- 


1115 


pEr% 


UiCTîONNAlRE  DE  COSMOGONIE 


PER 


Htr. 


elles  (les  étages  eorailicii  et  néocomien  com- 
pHses  entre  le  Cheiron  etCastillon  près  rie 
Caslellane  (Basses-Alpes),  qui  montrent, 
u'un  cùlé,  Je  redrtêsement  des  couches  co- 
ralliennes et  de  lautre  le  reploiement  des 
coujbes  néocomiennes. 

On  voit,  sur  quelques  points,  des  couches 
formées,  dans  le  principe,  de  lits  horizon- 
taux, parallèles,  représenter,  par  suite  de 
pressions  d'iné^^ales  valeurs,  ou  de  plisse- 
ment, le  reploiement  d'une  partie  sur  l'au- 
lne, comme  dans  l'étage  néocomien,  desdeux 
côtés  du  torrent  du  pont  d'Hyèges,  entre 
Mouries  et  Gévaudan  (Basses-Alpes).  D'au- 
tres ondalalions  de  couches  sont  inclinées, 
comme  dans  Tétage  néocomien  de  Sainl- 
André-de-Meouilles,  et  dans  les  couches  co- 
ralliennes de  Chaudon  (Basses-Alpes).  Lors- 
que les  ondulations  des  couches  sont  sur 
un  plan  horizontal,  comme  dans  le  lias  infé- 
rieur de  Dignes  (Basses-Alpes),  sur  la  roule 
de  Chaudon,  ou  dans  Fétage  kimméridgien 
de  l'île  d'Oléron,  entre  Saint-Denis  et  la 
tour  de  Chassiron,  et  sur  une  foule  d'au- 
tres points,  dans  les  schistes  siluriens  des 
dénarlemenls  d'ile-ct-Vilaine,  de  la  Loire- 
Inférieure,  de  Maine-et-Loire,  eiv  France, 
êl  dans  les  couches  do  l'étage  carbonifère 
de  Belgique,  on  pourrait  croire  qu'elles 
proviennent  d'une  pression  latérale  déter- 
minée par  deux  axes  de  soulèvement,  ou 
de  la  différence  de  pression  due  à  la  nature 
du  sol  sous-jacenl,  qui  a  cédé  plus  sur  un 
point  que  sur  un  autre,  en  obligeant  les 
couches  à  se  reploycr  inégalement,  pour 
en  suivre  les  inégalités.  Quoi  qu'il  en  soit, 
il  n'entre  pas  dans  notre  cadre  de  discuter 
ces  causes.  Nous  n'avons  besoin,  quant  à 
présent,  que  du  fait  qui  peut  amener  des 
déformations  sans  iiorabre  dans  les  fossiles 
qui  y  sont  contenus,  ou  détruire  le  paral- 
lélisme des  couches  et  alors  induire  en 
erreur  sur  l'âge  des  terrains. 

On  a  donné  le  nom  de  faille  à  un  autre 
genre  de  diskv^.tion  très-important  à  cons- 
tater 9n  géologie  et  en  paléontologie.  La 
faille  consiste  en  une  rupture,  verticale  ou 
oblique  sur  la  tranche,  d'un  ensemble  de 
couches,  qui  place  une  portion  à  un  ni- 
v,?au,  tandis  que  l'autre  glissera  sur  sa  tran- 
c!ie,  et  se  trouve/-^  ou  plus  élevée  ou  plus 
liasse.  11  en  résultera  que  des  couches,  ou 
même  des  étages  géologiques  d'âges  diffé- 
rents, pourront  être  mis  sur  la  môme  li- 
gne, et  souvent  tromper  l'observateur  peu 
expérimenté.  Les  failles  étant  beaucoup  plus 
fréquentes  qu'on  ne  le  croit  généralement, 
puisqu'elles  se  trouvent  à  chaque  pas  dans 
les  montagnes ,  et  môme  sur  le  sol  en 
a|)parence  moins  tourmenté  des  plaines, 
exuent  une  attention  toute  particulière,  afin 
de  les  retrouver  danstoutes  les  circonstances. 
Quand  la  faille  meten  contact  des  couchesde 
nature  minéralogique  toutà  fait  distincte,  on 
la  reconnaît  de  suite;  mais  il  n'en  est  pas 
ainsi,  lorsque  la  nature  minéralogique  dif- 
fère peu,  comme  il  arrive  très-souvent  dans 
les  montagnes  et  dans  lesplairies,  par  exem- 
ple à  Boulogne  (Pas-de-Calai><j,  où  des  cou- 


ches bleues  de  l'étage  kimméridgien  et  du 
porlandien  sont  placées  sur  le  même  niveau 
iiorizontaL  Alors  les  fossiles  seuls  pourront 
la  faire  reconnaître,  en  montrant  des  faunes 
distinctes  dans  les  couches  qrue  la  faille  a 
mises  accidentellement  sur  le  même  plan 
horizontal.  Si  le  sol  extérieur  avait  toujours 
conservé  la  différence  de  niveau  que  les 
ixmches  ont  subie  dans  l'intérieur,  on  au- 
rait encore  un  moyen  de  les  retrouier; 
mais  les  allures  du  sol ,  au  contraire,  mon- 
trent Quelquefois,  extérieurement,  une  ho- 
rizontalité parfaite,  due  au  nivellement  ap- 
f^orté  parles  dénudations  successives, quand 
es  fouilles  dans  l'intérieur  de  la  terre,  ou 
les  falaises  des  bords  de  la  mer»  mon- 
trent un  grand  nombre  de  failles.  Nous  en 
avons  eu  beaucoup  d'exemples  dans  Irs 
falaises  de  l'étage  corallien,  de  la  pointe  du 
Ché,  près  de  La  Rochelle,  dans  les  falaises 
de  l'étage  kimméridgien  du  Rocher,  entre 
celte  ville  et  Rochelr»rt,  et  surtout  dans  le 
creusement  du  canal  de  Niort  à  la  Belle- 
Croix,  située  à  huit  kilomètres  de  La  Ro* 
chelle. 

Des  failles  ont  souvent  produit  des  lal- 
lées  au  milieu  des  montagnes,  comme  on  le 
remarque  dans  les  Alpes,  où  quelquefois  un 
torrent  franchit  une  chaîne  par  une  fenl3 
de  cette  nature.  Nous  avons  également  re- 
connu que  beaucoup  de  vallées»  dan*  lis 
plaines,  étaient  le  produit  d'une  faille.  En 
parcourant  la  côte  des  départements  de  la 
bomme  et  de  la  Seine-Inférieure,  où  des 
falaises  de  craie  blanche  paraissent  offrir 
une  grande  uniformité  de  couches,  nous  na- 
vons  pas  été  surpris,  dit  M.  d'Orbigny,  lu' 
reconnaître,  par  les  niveaux  qu'ooîupent 
les  fossiles  dans  les  falaises,  des  deui  cô- 
tés des  vallées  qui  s'y  jettent  à  la  mer, 
qu'elles  étaient  produites  par  des  failles.  En 
effet,  les  vallées  d'Etretat,  de  Crique|)ori, 
de  Fécamp,  de  Saint-Valery-en-Cauï,  etc., 
sont  toutes  dues  à  des  dislocations  de  celte 
nature.  Au  milieu  d'une  masse  de  couches 
de  craie  de  même  nature  minéralogique» 
la  différence  dans  les  niveaux  qu'occujîenl 
les  couches  à  micreuter  cor  «tijurnum,  fait 
reconnaîtrequ'unefailleconsidérableaformé 

la  valléb. 

Nous  pourrions  multiplier  à  l'infini  les 
exemples;  mais  nous  nous  contenterons  de 
donner  celui  d'une  des  failles  les  plus  cu- 
rieuses que  nous  connaissions.  Elle  eiist^ 
dans  le  ravin  de  Saint-Martin,  commune 
d'Escragnolles  fVar).  On  y  voit  d'abord,  sur 
un  plan  incliné,  cinq  failles  successivej}. 
La  première  montre  que  les  couches  Je 
l'étage  oxfordien  ont  été  disloquées  avant 
d'être  recouvertes  par  les  dépôts  supérieure: 
car  celte  faille,  que  nous  appelons  foU^^ 
partielle,  a  dérangé  seulement  les  coucha» 
de  l'étage  oxfordien,  sans  se  prolonger  dans 
l'étage  néocomien  qui  le  recouvre,  ce  qui 
prouve  qu'elle  préexistait  au  dépôt  des  cou 
ch  es  néocomiennes.  Les  failles  sont,  au  con- 
traire, des  failles  générales^  puisqu'elles  odI 
aussi  bien  disloqué  l'étage  oxfordien  qu'f 
les  étages  néocomien,  albien  et  cénoman^*^^ 


1117 


PER 


ET  DE  FALEONrOLOGlE. 


PER 


1118 


qui  y  sont  sufierposés.  Ces  cinqfaiiies,  com- 
prises dans  un  espace  de  deux  kilomètres 
de  lon^^ueur,  mettant  en  contact,  auDièmeni- 
Teau  horizontal,  des  couches  d'âges  géologi- 
ques trè>^Jitrérents.Ellesdémontrent  combien 
les  ruptures  de  ce  genre  peuvent  amener 
u*îrrégularilés  dans  la  |)osition  relative  ac- 
tuelle des  étages,  et  combien,  lorsqu*on  rc- 
c  iieille  les  fossiles  qu'ils  renferment ,  il 
fout  se  tenir  en  garde  contre  Terreur  qni 
i'onsisterait  à  prendre  pour  des  mélau^^es 
naturels  des  accidents  mal  appréciés  par  Km- 
ex|»erience  du  collecteur. 

Une  des  granJes  perturbations  occasion- 
nées par  les  dislocations  sur  les  couches 
consolidées,  est  celle  qu*on  désigne  sous  le 
n-iin  de  dénudation.  Cest  Taction  de  lavage 
et  d'enlèvement  d'une  certaine  pdrlie  des 
criuches  par  l'action  prolongée  des  eaux.  On 
doit  à  ces  dénudalions  la  séparation  et  Pi- 
solementJe  la  butte  Montmartre,  de  la  butte 
Ménilmontant,  et  des  buttes  du  mtmt  Valé-* 
rien,  aux  environs  de  Paris,  par  exemple; 
tO!ites  ces  buttes  étant,  d'après  l'étude  géo- 
logi<|ue,  autant  de  lambeaux  qui  formaient 
un  grand  ensemble  de  couches  Ue  même  na- 
ture dont  la  continuité  est  à  Clamart. 

Ces  grandes  dénudations  partout  remar- 
quées autour  du  i»assin  tertiaire  de  Paris, 
oe  peuvent  s'attribuer  à  des  causes  actuel- 
les, qui,  dans  aucun  cas,  ne  seraient  assez 
puissantes;  et  tout  prouve  qu'elles  sont  en- 
core le  résultat  des  grandes  dislocations  ter- 
restres. 

On  voit  des  traces  de  dénudations  de  cette 
ffta'jre  sur  tous  les  points  du  globe,  soit 
l^T  l'isolement  des  fiarties  formant  jadis  un 
tout,  soit  |iar  Tenlèvenient  des  ccmches  dans 
les  montagnes.  C'est  bien  certaincmei.'t  à 
lies  actions  puissantes  de  nivellement  qu'il 
fr.ut  attribuer,  i\ans  les  Alpes,  le  morcel- 
lement des  étages  céuomanien  et  sénonien 
des  terrains  créîacés,  et  surtout  les  |»elits 
lambeaux  existants  encore  aujourd'hui  des 
étapes  suesson'en  et  parisien,  de  l'époque 
tertiaire.  Il  est  évident  que  ces  étages  for- 
maient d'immenses  surfaces;  aue  les  dis- 
Imrations  ont  dû  les  cijnserver  dans  les  an- 
fractuosités  qu'elles  laissaient  sur  tous  les 
lieux  où  la  dénudati(m  ne  |)Ouvait  avoir 
qu*un  faible  accès.  La  manière  dont  se  mon- 
trant seulement  ces  lambeaux  d'étages,  de- 
puis Grasse  jusqu'à  Grenoble,  sur  le  versant 
français  des  Alpes,  amène  au  moins  à  cette 
ronrliision.  Ce  sont  ûes  restes  des  lambeaux 
échappés  à  la  destruction  générale ,  qui 
Tiennent  seuls  témoigner  que  ces  étapes 
existaient  sur  l'emplacement  occu|kS  par  les 
Allées,  avant  que  cette  chaîne  eût  pris  ^on 
relief  actuel. 

On  doit  aussi  à  ces  grandes  dénudations 
générales,  le  creusement,  l'élargissement 
eitraordinairedes  vallées  qu'une  foilleavait, 
s.ins  doute,  primitivement  tracées  dans  une 
dislocation  antérieure,  car  lorsqu'on  étudie 
la  puissance  de  ces  dénudations,  l'immense 
étendue  des  |»arties  enlevées,  et  la  masse 
des   matériaus  charrés,    il  devient  impos- 


sible de  les  rattacher  aux  causes  actuelles* 
dont  l'action  est  si  limitée. 

Les  effets  géologiques  des  dislocations  sur 
les  restes  organisés  fossiles  contenus  dans 
les  couches  consolidées,  se  sont  montrés 
de  différentes  manières;  et  l'un  de  ces  ef- 
fets se  rattache  encore  aux  dénudations; 
nous  voulons  parler  des  fossiles  remaniés. 
Lorsqu'une  couche  consolidée  a  été  en  butte 
aux  grands  efforts  des  eaux  et  que  les  par- 
ties qui  la  composent  ont  été  désagrégées 
par  leur  action,  il  arrive  qu'enlevés  de 
cette  couche,  les  fossiles ,  ordinairement 
plus  résistants,  peuvent  être  transportés, 
soit  en  des  couches  postérieures ,  soit  en 
d'autres  sédimentsdu  même  étage.  On  appelle 
ordinairement,  fossiles  remaniés  sur  place^ 
l'effet  du  mouvement  des  eaux  assez  fort 
IK>ur  détacher  et  isoler  les  fossiles  de  la 
roche,  pour  les  transfiorter  par  lits  au  mi- 
lieu des  sables,  des  argiles  d'une  com|K>- 
sition  miuéralogique  différente,  mais  de  la 
môme  époiiue  géologique.  On  voit  des  re- 
maniements de  ce  genre,  principalement 
dans  l'étage  albien  ou  le  gault,  à  Wissant, 
(Pas-île-CafaisJ,  h  Sauce-au\-Bois,  à  Noviun 
(Ardennes) ,  à  Varcnnes  (Meuse) ,  à  Clar 
(Var),  h  la  montagne  i\es  Fis  (Savoie).  On 
les  reconnaît  h  la  îorme  anguleuse  dos  frag- 
ments remaniés  et  déjiosrs  par  lits  horizon- 
taux, aux  fossiles  toujours  remplis  de  ma- 
tière différente  des  couciios  (jiû  hs  renfer- 
ment aujourd'hui,  comme  à  Sauce-aux-lîoiy, 
à  Wissant  et  à  la  mcsnlague  des  Fis,  par 
exemple  y  oii  ils  sont  formés  de  n:atièie 
noire,  quand  les  séJiuients  oui  les  entou- 
rent actuellement  sont  des  saîdes  verts  três- 
lîns,  ou  de  l'argile  grisâtre.  Une  preuve 
sans  réplique  de  remaniement  s'y  montre 
souvent.  Lorsqu'une  valve  isolée  d'une  co- 
quille acéphale  se  trouve  déposée  dans  une 
couche  quelconque,  elle  ne  peut  que  se  rem- 
plir des  matières  qui  l'environnent.  Si  ella 
reste  dans  cette  couche,  cette  matière  est 
naturellement  toujours  identique  de  compo* 
sition  miuéralogique  à  la  masse  générale 
de  la  couche.  Dès  lors,  les  vallées  isolées 
dans  les  c^juches  de  grès  vorts  devraient 
être  remplis  de  ces  mômes  grès,  tandis 
qu'elles  le  sont  toutes  de  matière  noire 
d'une  nature  très-distincte. 

Nous  avons  de  fréquents  exemples  de  re- 
maniement de  fossiles,  dans  des  étages  bien 
ditférents  de  ceux  qui  les  contenaient  pri- 
mitivement. Nous  avons  déjà  cité  ces  pro" 
duclus  de  l'étage  carboniférien,  que  MM. 
Murchison  et  de  Verneuil  ont  trouvés  avec 
les  coquilles  fossiles  de  l'étage  contempo- 
rain, en  Russie.  Les  fossiles  albicns  de 
Clansayes  (Drôme),  compo.-és  d'une  roi:hc 
chloriïée  très-compacte,  sont  remaniés  dans 
un  sable  rouge  appartenant  à  l'étage  ter- 
tiaire falunien,  ou  dans  un  étage  intini- 
ment  plus  récent  que  celui  qui  les  ren- 
fermait primitivement.  Nous  trouvons  en- 
core des  remaniements  de  cette  nature  h  la 
montagne  Sainte -Catherine,  à  Rouen,  où 
des  fossiles  de  l'étage  cénomanien  forment 
un  bâiH-  au  milieu  de  l'étage  turonien,  el 


I{19 


1»Î£U 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PËR 


iltt 


un  autre  à  Fét^amp  (Seine-Inférieure),  où 
les  mêmes  fossiles  qoe  ceux  de  la  montagne 
Sainte-Catherine  sont  remaniés  dans  l'étage 
sénonien  ou  dans  la  craie  blanche.  Les 
bélemnités  et  les  ammonites  de  Tétage  toar- 
cien  sont,  ^'après  M.  de  Munster,  reraa* 
niés  dans  les  couches  tertiaires  d*Osnabruck 
et  de  Casse];  Vostrea  colnmba  de  Tétage 
cénomanien  est  remaniée  dans  les  faluns 
d^Angers  ;  les  fossiles  du  lias  le  sont,  avec 
les  coquilles  de  Tépoque  actuelle,  à  Bamff, 
en  Ecosse,  d'après  M.   Prestwich,  etc. 

Pour  nous  résumer,  relativement  aux  fos- 
siles zoologiqnes,  on  voit  que  durant  les 
périodes  de  repos,  ils  peuvent  être  renfer- 
més soit  au  sein  des  couches,  soit  dans 
leur  position  normale  d*existence;  y  être 
déposés  entiers,  par  parties  séparées;  y  for- 
mer des  bancs  sous-maiins,  ou  être  rou- 
ies sur  les  côtes.  Dans  les  périodes  d'agi- 
tation, ils  peuvent  être  remaniés  sur  place 
Mans  le  même  étage,  ou  transportés  dans 
lies  éla;?es  d'âge  diflférent  de  celui  où  ils 
ont  vécu,  par  suite  de  simples  remanie- 
ments. Les  dislocations  placent  aussi  les 
couches  qui  )es  renferment  dans  les  cir- 
eonstances  les  plus  disparates,  par  suite  des 
soulèvements  et  des  affaissements  de  diver- 
ses valeurs.  Les  failles  mettent  quelque- 
fois sur  le  même  horizon  des  étages  de 
deux  âges  distincts.  On  conçoit  que  tou- 
tes ces  causes,  qui  tendent  à  intervertir 
l'ordre  naturel  des  choses,  sont  autant  de 
difBcultés  dont  il  fant  tenir  le  plus  grand 
compte  dans  l'étude  paléontologique.  Les 
plus  petites  irrégularités  géologiques  de- 
vront être  étudiées  avec  détail  avant  de  re- 
cueillir les  restes  organisés  contenus  dans 
les  couches.  II  faudra  ensuite  s'assurer  d'où 
proviennent  réellement  les  fossiles  qu'on 
rencontre  libres  dans  les  ravins  surmon- 
tés d'étages  divers,  d'où  ils  peuvent  tom- 
Ler;  ou  ceux  qu'on  recueille  au  pied  d'un 
coteau,  car  ils  peuvent  rouler  des  couches 
les  plus  supérieures,  ou  des  plus  inférieures 
de  ces  coteaux,  et,  dès  lors,  provenir  d'étages 
d'âge  très-différent.  Lorsqu'on  n'est  pas  ass^z 
exercé  pour  reconnaître  (a provenance  réelle 
de  ces  échantillons  libres  qu'on  trouve  à 
la  surface  du  sol,  il  convient  de  ne  recueil- 
lir que  ceux  qui  sont  encore  dans  la  cou- 
che où  ils  se  sont  déposés,  et  sur  lesquels 
on  ne  peut  avoir  de  doutes.  Sans  ces  pré- 
cautions, on  s'expose  à  placer,  dans  un 
étage,  des  êtres  qui  ne  s'y  sont  iaroais 
rencontrés,  et  à  faire  des  anachronismes 
qui  tendront  à  intervertir  l'ordre  naturel 
ues  choses. 

Des  déformations  dans  les  fossiles.  —Nous 
avons  dit  que  les  différentes  inclinaisons  des 
couches  non  entièrement  consolidées,  avaient 
permis  aux  molécules  composantes  de  subir 
un  effet  de  glissement  qui,  dans  beaucoup  de 
vASj  n'était  "sensible  que  par  la  déformation 
iles  nombreux  fossiles  qu'elles  renferment. 

Nous  appelons  déformations  toutes  les  al- 
térations, tous  les  changements  de  forme 
que  les  restes  de  corps  organisés  ont  pu 
bulm  dans  les  couches  terrestres,  par  suUe 


de  ta  pression  ou  de  toute  autre  cause  géo- 
logique. Ces  déformations  sont  de  telle  na- 
ture qu'elles  changent  entièrement  les  ca- 
ractères spéciQques  des  êtres,  et  qu'elles 
ont  servi  a  certains  auteurs  à  former  des 
genres  et  des  espèces  distincts. 

Les  animaux ,  comme  nous  l'avons  dit 
{Voy.  Couches  sédimentaires,  arLl^j^nese 
sont  pas  déposés  dans  les  couches  terrestres, 
d  après  leur  pesanteur  spéciBauc,  comicd 
l'ont  cru  certains  auteurs,  mais  bien  comme 
elles  se  déposent  encore  aujourd'hui  surb 
rivages  maritimes.  Les  êtres  soudainemeQt 
enveloppés  de  sédiments  sont  restés  dans 
leur  position  normale,  sur  le  point  où il§ 
vivaient.  Les  autres,  morts  dans  les  eaui, 
ont  été  transportés  par  les  courants;  leurs 

Earties  se  sont  dispersées,  ont  formé  des 
aucs  sous-marins,  ont  été  jetées  sur  des 
rivages  tranquilles,  ou  sur  des  rivages  battus 
de  la  vague.  Les  restes  organisés,  aussi  dé- 
posés et  recouverts  par  les  dépôts  sédiœeD- 
taires,  sont  devenus  fossiles,  avec  leurs  par- 
ties plus  ou  moins  altérées,  ou  sont  passé) 
à  l'état'  de  moules,  d'empreintes  et  de  mo- 
dèles. {Voy,  ces  mots.)  Si  postérieuremeoU 
leur  dépôt  les  couches  à  l'état  pâteux  se  soal 
affaissées  dans  leur  position  horizontale,  par 
suite  de  la  pression  de  l'ensemble,  tous  les 
corps  organisés  qu'elles  renferment  subis- 
sent des  déformations  dans  le  sens  rertital. 
Si  ces  mêmes  couches  ont  été  disloquées  î 
l'état  pâteux,  et  qu'elles  se  soient  trouvées 
inclinées  antérieurement  à  la  pressionde 
l'ensemble,  cette  pression  produira  un  glis- 
sement oblique  des  molécules,  par  rapport 
à  leur  premier  dépôt  horizontal,  et  les  corps 
organisés  que  ces  couches  renferment  pren- 
dront des  formes  plus  extraordinaires  ec- 
core. 

La  pression  verticale  des  couches  déter- 
mine, sur  les  corps  placés  dans  la  posilioa 
horizontale^  suivant  leur  compression  ni- 
turelle,  un  aplatissement  de  toutes  les[)8r- 
ties.  Les  nautiles,  les  ammonites,  de  cciu- 
vexes  qu'ils  étaient,  s'aplatiront  et  dévier;- 
dront  souvent  aussi  minces  qu'une  feuiliv 
de  [lapier.  Vammonite  serpentmus  des  cou- 
ches feuilletées  de  l'étage  toarcien  ou  lii. 
lias  supérieur  offre  souvent  cette  déforiQ}- 
tion. 

Les  bivalves  placées  sur  le  côté  perdroBi 
la  moitié  de  leur  convexité,  ou  de  conveie; 
qu'elles  étaient,  seront  même  tout  à  bï'* 
aplaties.  Cette  déformation,  très-commuot 
que  nous  appellerons  déformation  latérak 
ne  change  en  aucune  manière  la  forme  S5* 
métrigue  des  coc|uilles,  et  même,  eo  eei»< 
peut  facilement  induire  en  erreur,  si,  daoj 
la  détermination  des  espèces,  l'on  n'en  lic^' 
pas  un  compte  rigoureux. 

La  pression  verticale  des  couches  produ . 
encore  les  déformations  toutes  différeoit* 
que  nous  nommerons  déformations  rmifc- 
les.  Celle-ci  a  lieu  prineipalemeni  lon^'^- 
les  coquilles  spirales  ou  bivalves  sont  dar- 
leur  position  normale,  qu'elles  sont  pb- 
verticalement  dans  le  sens  de  leur  lougueiir 
Des  coquilles  de  gastéropodes  coniques  «.t 


Ilil 


PER 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PER 


llii 


Tiendront  entièrement  plates,  ou  leur  spire, 
de  Irès-élevée  qu*cHe  était,  rentre  sur  eUe- 
méme  et  reste  très-ohtuse.  La  raéme  dé- 
formation a  Heu  pour  les  crustacés  et  pour 
les  oursins. 

Quant  aux  coquilles  bivalves,  la  défor- 
liiation  verticale  s*exerce  généralement  lors- 
que celle-ci  est  restée  dans  «^a  position  nor- 
male d'existence,  et  elle  eu  cîiange  entière- 
ment la  forme,  comme  on  le  trouve  à  la 
Malle  (Var) ,  etc.  Telle  coauille,  naturelle- 
ment runde,  le  cardium  hillanum^  deviendra 
oblongue  transversalement,  ainsi  que  le 
prouveront  les  figures  comparatives,  prises 
sur  des  échantillons  en  nature.  Lorsqu'au 
contraire  cette  pression  est  exercée  dans  le 
sens  transversal,  c'est-à-dire  des  crjchels  au 
bord  palléal. d'une  bivalve,  elle  deviendra 
oblongue  de  ronde  qu'elle  était. 

La  pression  oblique  des  couches  dislo- 
quées et  inclinées  produit,  sur  les  corps  or- 
ganisés fossiles,  ce  que  nous  désignerons 
sous  le  nom  de  défortnaiion  oblique^  et  ces 
déformations  sont  de  presque  tous  les  étages 

géologiques.  Chez  les  coquilles  composées 
e  |iarties  paires  et  enroulées  sur  le  mémo 
plan,  elle  rend  la  spire  elliptique  de  régu- 
lière qu'elle  était  ;  beaucoup  d'ammonites  se 
trouvent  dans  ce  cas,  ainsi  que  des  belléro- 
phons.  Les  premières  ont  servi  à  former  le 
i;enre  etlipsolilhes;  les  autres  à  déterminer 
des  espèces  purement  imaginaires. 

Cette  déformation  oblique  rend  l'enroule- 
ment spiral  elliptique  chez  les  gastéropodes, 
en  jetant  le  sommet  latéralement,  tantôt  d'un 
cùié,  tantôt  de  l'autre. 

Si,  pour  des  jeux  exercés,  ces  déforma- 
tions se  reconnaissent  facilement,  il  n'en  est 
pas  de  même  des  déformations  obliques  des 
coquilles  bivalves,  ici  la  pression  peut  ren- 
dre une  coquille  irrégulière  de  symétrique 
«qu'elle  était,  en  faisaat  jouer  une  valve  sur 
1  autre;  elle  peut  alors  la  faire  ressemblera 
l'état  naturel  de  coquilles  bien  distinctes, 
en  rendant  Icsyalves  inégales,  comme  on  le 
Yoit  pour  le  cardium  hillanum. 

Lorsque  cette  pression  a  lieu  dans  le  sens 
d'une  verticale  qui  passe  entre  les  deux  val- 
ves, et  qu'elle  1  incline,  soit  d'un  côté,  soit 
de  l'autre,  elle  en  change  totalement  \a 
furme,  sans  en  changer  la  sjrmétrie,  ce  qui 
rend  cette  déformation  difiicile  à  rccon- 
uallre. 

11  est  à  remarquer  que  ces  déformations 
sont  souvent  en  rapport  avec  la  valeur  des 
dislocations  qu  ont  subies  les  couches  con- 
solidées terrestres.  £lles  sont  rares  sur  les 
points  où  la  stratification  est  presque  hori- 
zontale, dans  les  plaines, par  exemple;  elles 
se  multiplient  outre  mesure  dans  les  mon- 
tagnes, où  toutes  les  couches  ont  subi  des 
dislocations  sans  nombre.  £n  tous  cas,  il 
convient  d'en  tenir  un  compte  rigoureux 
dans  la  détermination  des  espèces,  pour  ne 
pas  les  multiplier  à  l'infini. 


I  IV.  —  Conclusions  relatives  à  la  séparatitm 
des  étages  géologiques  et  des  faunes  spé^ 
ciales  quils  renferment. 

Nous  voyons,  d'après  ce  qui  précède, 
i*  qu'il  s'est  manifesté,  à  la  surface  de  la 
terre,  de  longs  intervalles  de  rej[)os,  pendant 
lesquels  les  couches  sédimentaires  se  sont 
déposées  lentement  avec  les  nombreux  res- 
tes des  animaux  qui  vivaient  alors  sur  les 
continents  et  dans  les  mers  ;  â*  que,  par  suite 
du  refroidissement  du  centre  et  de  la  croûte 
extérieure  du  globe  terrestre,  le  retrait  des 
matières  a  produit,  sur  cette  croule  consoli- 
dée, des  reliefs  et  des  affaissements  auxquels 
on  croit  devoir,  en  raison  du  mouvement 
des  eaux,  attribuer  l'anéantissement  complet 
de  la  faune  existante;  Z""  que  ces  disloca- 
tions ont  amené ,  à  chaque  époque ,  des 
ehangements  de  niveau  dans  les  couches 
consolidées  et  clans  les  mers ,  V  qu'à  la  suite 
d'un  la;»s  de  temps  d'agitation,  plus  ou 
moins  prolongée,  a^rès  chacune  de  ces  révo- 
lutions géolo.^iques,  îles  êtres  différents  ont 
été  créés  et  sont  venus  de  nouveau  couvrir 
et  animer  la  surface  de  la  terre.  Il  nous  reste 
maintenant  à  définir  comment  on  reconnaît 
aujourd'hui,  sur  les  couches  consolidées  de 
récorce  terrestre,  les  limites  de  ces  instants 
alternatifs  de  repos  et  d'agitation,  et  les  dif- 
férentes é^ioques  géologiques  qui  en  sont  le 
résultaL 

On  a  vu  que  les  sédiments,  déposés  dans 
un  in^-tant  de  repos,  forment,  des  couches 

{}aralUiesy  concordantes  ^  qui  se  succèdent 
es  unes  aux  autres  sans  interruption.  On  a 
reconnu  que  le  premier  grand  effet  des  dis- 
locations terrestres  est  de  changer  les  ni- 
yeaux,  et,  dès  lors,  de  placer  sur  le  lieu  de 
la  dislocation ,  dans  toutes  les  positions,  les 
parties  des  couches  solides  qui  ont  été  dé- 
rangées par  suite  de  cette  révolution  géolo- 
gique. Comme  les  mers  prennent  toujours 
leur  horizontalité,  ce  nouvel  horizon,  par 
rapporta  l'inclinaison  diverse  des  coucnes 
disloquées,  n'est  plus  parallèle;  au  contraire, 
il  est,  le  plus  souvent,  fort  différent.  On  dit 
alors  que  les  couches  sont  en  discordance  de 
stratification,  La  discordance  est  donc  le 
manque  complet  de  parallélisme  entre  deux 
couches  qui  se  succèdent,  dont  l'une,  jadis 
horizontale^  a  été  dérangée  avant  que  la 
nouvelle  couche  se  soit  déposée  parallèle- 
ment à  la  li.^ne  du  nouvel  horizon  des  eaux. 
Il  en  résulte  que  la  discordance  annonce 
certainement,  partout  où  elle  se  trouve, 
qu'une  dislocation,  qu'une  révolution  géo- 
logique est  survenue  entre  le  dépôt  respec- 
tif des  deux  couches,  et  qu'elles  sont,  dès 
lors,  d'âge  relatif  différent.  On  doit  donc  ad- 
mettre ,  avec  tous  les  géologues,  et  sans  au- 
cune restriction,  que  la  aiscordance  dans  les 
couches  qui  se  succèdent  est  un  moyen  cer- 
tain de  reconnaître  la  fia  d'un  étage  et  le 
commencement  d'un  autre. 

Quelques  personnes  ont  pensé  que  la  dis- 
cordance était  indispensable  pour  séparer 
deux  âges  de  terrain.  La  série  des  observa- 
tions aussi  bi^^n  que  le  raisonnement,  por- 


itid 


PER 


DICTIONNAIKE  DE  COSMOGONIE 


PER 


llii 


tent  à  croire  le  contraire.  Pour  qu'il  y  ail 
discordance  sur  tous  les  points  à  la  fois,  en- 
tre les  dernières  couches  d'un  étage  et  les 
premières  de  l'étape  suivant,  il  faudrait 
supposer  que  la  dislocation  de  la  fin  d'une 
époque  s'est  manifestée  avec  la  même  inten- 
sité sur  toutes  les  parties  du  globe  à  la  fois, 
ce  qui  n'est  pas  probable.  C'est  assez  devoir 
les  révolutions  qui  se  sont  opérées  attein- 
dre, dans  leurs  dislocations,  une  portion 
considérable  de  la  sphère,  de  l'élcndue,  par 
exemple,  de  la  chaîne  des  Andes  et  des  Py- 
rénées. Lorsqu'on  étudie  la  géologie  des 
plaines  et  des  montagnes,  on  reconnaît,  au 
contraire,  que  des  couches  parallèles,  ap- 
partenant à  des  étages  très-différents ,  se 
sont  succédé  pendant  un  laps  de  temps  plus 
ou  moins  considérable.  II  faut  donc  croire 
que  si,  bien  certainement,  des  points  de  cha- 
que étage  ont  été  disloqués  par  suite  des 
révolutions  géologiques,  d'autres  sont  restés 
dans  une  position  plus  ou  moins  concor- 
dante avec  les  étages  supérieurs  et  infé- 
rieurs. 

Voici  comment  nous  avons  trouvé  mar- 
quée la  séparation  des  étages  : 

La  dénudalion  cVun  éiage^  marquée  par  les 
lignes  irrégulières  d'érosion^  à  son  point  de 
contact  avec  celui  qui  le  recouvre  immédia- 
tement, équivaut  à  une  discordance;  car  elle 
est  le  signe  îcerlaih  d'un  mouvement  géolo- 

fjique.  On  voit  partout  des  exemples  de  ces 
Ignés  de  séparation. 

Le  polissage^  Vusure,  la  surface  corrodée 
d'une  roche,  avant  que  celle  qui  lui  succède 
se  dépose,  comme  nous  avons  déjà  signale 
quelques  exemples,  sont  d'aussi  bonnes  li- 
mites gue  la  discordance  entre  deux  étages 
géologiques ,  puisqu'elles  sont  encore  pro- 
uites  par  des  mouvements  puissants  de 
dislocation,  et  du  mouvement  des  eaux,  qui 
en  sont  le  résultat  immédiat. 

Il  en  est  de  même  du  manque,  dans  quel- 
ques points,  d'un  étage  intermédiaire,  re- 
connu partout  ailleurs,  comme  on  le  trouve 
si  souvent  dans  la  nature.  Le  manque  de 
l'étage  albien,  qu'on  remarque  dans  les  Al- 

f>es,  depuis  Castellane;  jusqu'à  Gap,  entre 
'étage  aptien  et  l'étage  cénomanien,  et  le 
manque,  au  contraire,  de  l'étage  aptien,  entre 
les  étages  néocomien  et.albien,  depuis  Cas- 
tellane et  Grasse,  quand,  d'un  autre  côté, 
ces  quatre  étages  se  succèdent  régulière- 
ment dans  les  déparlements  de  la  Meuse,  de 
la  Haute-Marne,  de  l'Aube  et  de  l'Yonne,  et 
en  Ançleterre,  à  l'île  de  Wighl,  sont,  pour 
nous,  1  équivalent  d'une  discordance  ;  car  ces 
manques  d'étages  prouvent  un  mouvement 
de  soulèvement,  d'affaissement  ou  une  grande 
dénudation  sur  les  points  où  ils  ne  se  trou- 
vent pas  dans  leur  ordre  ordinaire  de  suc- 
cession au  milieu  des  couches. 

Lorsqu'on  voit  les  dépôts  des  cavernes, 
celui  des  pampas,  ainsi  que  ceux  de  presque 
toutes  les  brèches  à  ossements,  comme  celles 
de  Sicile,  de  Nice,  de  l'Algérie,  être  d'une 
même  couleur  ferrugineuse  rougeâtre  pro- 
duite, évidemment,  par  le  lavage  des  parties 
terreuse  de  la  surface  des  continents,   on 


doit  croire  que  cette  couleur  ferrugineuse 
]}cut,  en  certains  cas,  indiquer  laGii  duue 
époque  géologique  ou  le  commencemcnl 
d  une  aufre.  C  est  en  effet  ce  que  Ton  a  re- 
marqué dans  une  foule  de  circonstances. 
Les  dépôts  de  fer  limoneux  de  Bettancourl- 
la-Ferrée  (Haute-MarneJ,  qui  sont  entre  la 
base  de  l'étage  nëocomien  et  les  dépôts  ju- 
rassiques ;  les  couches  fernigineuses  de 
Vassy,  môme  département,  qu'on  remarqup 
à  la  partie  inférieure  de  l'étage  aptien; la 
couche  moins  épaisse  du  ravin  de  Saint- 
Martin,  près  d'Escragnolles  (Var),  qui  raar- 
Î|[ue  la  fin  de  l'étage  néocomien;  la  coud? 
érrugineuse  de  la  base  de  l'étape  bajocifn 
de  Bayeui ,  de  Moutiers  et  de  Sainte-Hono- 
rine, se  trouvent  dans  ce  cas,  ainsi  qu'une 
multitude  d'autres  points  de  notre  France. 
En  Amérique,  ou  le  retrouvtî  encore,  sur 
une  grande  échelle,  à  la  base  de  l'étage  falu- 
nien  des  terrains  tertiaires,  dans  lacourhe 
guaranienne  et  dans  le  limon  des  pampas. 
On  conçoit,  néanmoins,  jjue  les  dépôts  de  ce 
genre  ne  puissent  se  faire  que  dans  les  ca- 
vités terrestres  laissées  par  suite  du  change- 
ment de  niveau  déterminé  ]>ar  la  perturba- 
tion géologique;  aussi  ne  doivent-ils  élrp 
que  locaux;  mais,  dans  quelques  cas,  iK 
sont  encore  des  signes  bien  marqué.s  aux- 
quels on  peut  reconnaître  la  fin  d'un  éla.e 
ou  le  commenrement  d'un  autre. 

Les  grands  dépôts  de  galets  ou  de  gros  sé- 
diments, tels  que  les  petits  cailloux  qu'un 
rencontre  souvent  à  la  base  d'un  étage  coron.e 
à  Thouars  (Deux-Sèvres),  dans  l'étage  toar- 
cien,  à  Carry  (Bouches-du-Rhône),  dans  l'é- 
tage falunien,  marquent  aussi  fréquemment 
la  fin  d'un  étage  et  peuvent  servir  à  lesfaii* 
distinguer  ;  car  ils  y  ont  été  amenés  par 
suite  d'un  mouvement  prolongé  dans  les 
eaux,  au  commencement  d'un  nouvel  ho- 
rizon. 

Les  couches  épaisses  sans  fossiles,  quoo 
rencontre  quelquefois  à  la  base  d'un  éU|;ei 
en  marquent  aussi  le  commencement,  a?aiU 
qu'il  eût  contenu  des  animaux. 

Les  allures  extérieures  ,  les  inégalités  da 
sol,  dans  les  plaines,  lorsqu'elles  formentde 
longues  ondulations,  ne  sont,  le  plus  sou- 
vent, que  le  «igné  extérieur  d'un  change- 
ment d  éta^e,  comme  on  le  voit  dans  les  dé- 
partement des  Deux-Sèvres,  de  la  Haule- 
Marne,  des  Ardennes,  de  la  Meuse,  etc.  Des 
inégalités  bien  plus  grandes,  produites  y^r 
les  dénudations  sur  des  couches  de  densités 
différentes,  signalent  partout,  dans  les  Uau; 
tes  et  Basses-Alpes,  les  limites,  pour  aîn>i 
dire  rigoureuses,  des  étages  ;  à  tel  point. 
que  chaque  chaîne  de  montagnes,  de  colli- 
nes, placée  dans  le  sens  des  grandes  disloca* 
tions,  montre  presque  partout  les  grandes 
lignes  de  séparation  des  terrains  et  des 
étages. 

Cequenous  venons  dedir«.  de  la  différeoee 
de  dureté  et  de  composition  minéralogique 
des  étages,  à  leur  point  de  contact,  est  ua 
fait  général  qui  sert  toujours,  sur  une  loca- 
lité restreinte,  à  les  faire  reconnaître.  1>^d> 
certains  cas>  cette  différence  est  minértlo^i" 


1lz5 


p;r 


ET  DE  PALEONTOLOGiE. 


TLR 


1126 


quemeut  tros-tranchéc,  par  eieoiple,  du 
grès  au  calcaire,  du  calcaire  à  l*argile,  où  mî 
montre  par  des  changements  nrononcés  dans 
la  couleur  respective  des  roelies.  Il  est  aussi 
iïes  circonstances  où«  comme  dans  les  Alpes, 
près  de  Digne,  les  étages,  depuis  le  lias  in- 
férieur jusqu'à  rétame  néocouiien,  sont  tous 
composés'  de  calcaires  argileux  noirâtres. 
Dans  les  dénartements  do  T Yonne  et  de  la 
Loie-d'Or,  les  trois  étages  du  lias  sont  for- 
més de  calcaire  marneux  bleu.  Près  de  Niort 
les  étages  callovien  et  bathonien  sont  d*un 
«.aicaire  blanc  jaunâtre.  Il  faudra,  dans  ces 
circonstances,  une  plus  grande  attention 
jKjur  les  distinguer;  mais  je  légères  nuan- 
ii'S  de  dureté,  de  couleur,  acquerront  alors 
iiuc  plus  grande  valeur  qu'ailleurs,  et  se- 
rnrit  encore  les  si^nos  certains  des  lignes  de 
M'paration,  parfaitement  en  raj'port  avec  les 
IViuiies  zoologi^jues  qu'ils  contiennent.  D'ail- 
leurs, à  de  petites  couches  plus  dures,  con- 
tenant un  plus  grand  nombre  des  restes  or- 
Î;anisés,  l'habitude  pratique  fait  reconnaître 
is  limites,  tout  aussi  bien  que  si  elles 
éuiient  marquées  par  des  roches  de  natures 
ditforentes. 

1^  ligue  de  séparation  entre  deux  étages 
#;^t«  disons-nous,  marquée  par  une  discor- 
«i  iMce  de  stratification  dans  les  couches,  par 
de?  dénudatioiis,  par  le  polissage,  Tusure  de 
ia  sufierûcie  et  fétage  ie  plus  ancien  des 
iieux,  par  des  dépôts  ferrugineux,  par  ûes 
lits  de  galets,  par  les  inégalités  extérieu- 
res du  sol,  enfin,  par  la  ditférence  de  cou- 
leur et  de  comi)osition  minéralogique  des 
roches  gui  se  succèdent.  11  reste  à  savoir 
si  ces  différents  signes,  auxquels  on  recon- 
naît la  fin  d'un  étage  ou  le  commeucement 
d'un  autre,  suIDsent  toujours  pour  les  faire 
4iistingucr  bien.certaineinent,  etpourdon- 
fH*r  leur  âge  relatif.  La  discordance,  avons- 
iKius  dit,  est  un  moyen  positif  de  distinguer 
lieuj  éooqucs  géologiques  qui  se  succèdent 
sur  un  point  quelconque;  mais  cette  uibcor- 
c;ance,  qui  indiaue  bien  certainement  qu'il 
n'y  a  pas  identité  d'âge  géologitiue  entre  ces 
deux  étages,  reste  muette  sur  la  question  de 
>avoir  si,  placés  sur  ce  [)oint  Tun  au-Jes^us 
de  Tautre,  ces  deux  étages  sont  bien  ceux 
i|ue  la  nature  a  fait  se  succéder  dans  Tordre 
général  de  l'ensemble  géologique.  On  voit, 
vn  effet,  sur  quelques  points  de  notre  globe, 
et  surtout  en  Franco,  se  suivre,  régiuière- 
incnt  les  uns  les  autres,  dans  leur  Age  rela- 
tif et  dans  leur  véritable  ordre  de  superposi- 
tion, de  nombreux  éVages,  comme  dans  les 
terrains  jurassiques  des  départements  des 
Deux-Sèvres,  de  la  Charente-Inférieure  et  du 
Calvados  ;  ou  comme  dans  les  étages  triassi- 
i|ues,  jurassiques,  crétacés  et  tertiaires  des 
tiépartements  de  la  Haute-Marne  et  de  la 
Jdarne,  où  rien  ne  manque  dcns  la  succes- 
sion naturelle  ;  mais  on  trouve  aussi,  sur 
plus  de  points  encore,  l'ordre  naturel  in- 
terverti, par  suite  de  dénudations  ou  de  dif- 
férences de  niveaux.  Il  manque,  par  exem- 
ide,  è  Escragnolles  (Var),  Tétage  aptien  entre 
rétage  néocomien  et  albien,  à  llonfleur  (Cal- 
yados;,  cuire  l'étage  kimmériJgien  et  l'élage 


cùnomanieu,  quatre  étages  intermédiaires  ; 
le^  étages  porliandien,  néocomien,  aptien  et 
albien  ;  à  Fontaiue-£toupe-Four  (Calvados), 
six  étages  intermédiaires ,  les  étages  divo- 
nien,  carboniférien ,  permien,  conchilien, 
saliférien  et  sinémurien  entre  Tétage  silu- 
rien et  les  couches  liasiennes,  qui  les  recou- 
vrent sur  ce  point.  Quelquefois,  comme  sur 
rOca,  gouvernement  de  Moscou,  à  Yclatma, 
gouvernement  de  Tambof,  on  trouve  l'étage 
oxfordien  en  contact  avec  l'étage  carbonifé- 
rien, laissant,  dès  lors,  neuf  étages  de  moins 
dans  cet  intervalle,  tandis  que,  sur  i'éta^^e 
oxfordien,  se  trouvera  l'étage  sénonien,  avec 
un  nouvel  intervalle  de  huit  étages.  D'autres 
fois,  enfin,  comme  dans  les  Alpes,  il  ne  ^e 
présente  (|ue  des  lambeaux  isolés  des  élages 
crétacés  et  tertiaires,  placés  diversement  sur 
les  étages  jurassiques. 

Que  la  discordance  séf»are  deux  étages 
qui  doivent  se  succéder  naturellement,  ou 
qu'elle  sépare  des  étages  qui  laissent  entre 
eux  soit  des  terrains,  ^oit  un  grand  nombre 
d'étages  de  moins,  comme  sur  les  points  que 
nous  venons  de  citer,  elle  ne  dénote  toujours 
qu'une  sim|>leditrén'nce  défKjque,  sans  rien 
enseigner  sur  l'âge  relatif  récijiroque  de  c«s 
époques.  Il  est  uonc  certain  au'ici  ce*5.se  le 
domaine  de  la  géologie  non  paUonlologiqur^ 
pour  céder  la  place  au  domaine  exclusif  Qi*  (a 
paiéoniolog /e  gl rui igraph ique. 

Si,  en  effet,  daj.s  ces  cas,  on  ne  se  sert  que 
de  la  géologie ,  on  pourra  supposer  que  les 
étages  sont  dans  leur  ordre  naturel  de  super- 
position. On  ne  tiendra,  dès  lors,  aucun 
compte  des  lacunes  qui  existent  entre  eui  ; 
et,  prenant  l'étage  qui  recouvre  l'autre, 
comme  celui  qui  doit  lui  succéder,  on  com- 
mettra une  erreur  qui  |>ourra  s'étendre,  en- 
suite, sur  tous  les  autres  étages  supérieurs 
qu*on  placera  plus  bas  (|u'iis  ne  doivent  être, 
comme  nous  pourrions  en  citer  de  fréquents 
exemples  dans  le^  travaux  de  quelques  au- 
teurs. La  géologie  n'a,  effectivement,  sans  la 
l>a!éontoiogie,  aucun  moyen  certain  de  re- 
connaître l*âge  iles  étages,  quand  l'ordre  na- 
turel est  interrompu;  car  les  caractères  mi- 
néralogiques  sont  insuffisants,  et  peuvent, 
au  contraire,  entraîner  à  de  graves  erreur>, 
puisque  les  circonstances  actuelles  de  l'étude; 
des  étages  terrestres  nous  ont  fait  reconnaî- 
tre {Voy,  COIXHBS  SÉD1MB9(TA1RES  ,  art.  1")  \ii 

synchronisme  des  couches  de  natures  trèî^- 
différentes.  Lorsque  les  géologues  non  pa- 
léontologistes ont  constaté  ces  lacunes,  ils  y 
ont  toujours  été  amenés  par  les  caractères 
paléontologiques  des  étages,  les  seuls  que 
l'on  puisse  alors  invoquer  avec  certitude. 
Cela  est  si  vrai  que  lorsqu'ils  n'ont  pu  se 
guider  par  les  fossiles,  comme  pour  les  ma» 
cignos  des  Alpes,  ils  les  ont  classés  suocessi- 
vement  dans  les  terrains  triasiques,  créta- 
cés ou  tertiaires. 

Nous  avons  étibli  que  la  fin  de  chaque 
grande  période  géologique  avait  été  marquée 
par  lanéantissement  des  êtres  composant  la 
iiaune  de  ciiacune  de  ces  périodes,  et  qu*uiie 
faune  nouvelle  s'était  ensuite  manifestée  à 
la  surface  du  globe.  11  en  est  résulté  une 


4fi7 


PER 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


TER 


illS 


succession  de  faunes  distinctes  caractéristi- 
ques de  chaque  terrain,  de  chaque  étage.  En 
effet,  qu'une  faune  propre  à  un  étage  soit 
prise  dans  l'Inde,  en  Amérique  ou  en  France  ; 
qu'elle  soit  en  contact  avec  la  faune  qui  Ta 
précédée,  qu'elle  soit,  au  contraire,  séparée 
par  une  lacune  plus  ou  moins  grande,  qu'elle 
soit  enfln  contenue  dans  un  grès,  dans  une 
argile,  ou  dans  un  calcaire,  elle  n'en  montre 

{>as  moins  partout  les  mêmes  caractères  zoo- 
ogiques  d'ensemble  et  les  espèces  identiques 
des  plus  caractéristiques.  Ainsi,  dans  toutes 
les  circonstances  géologiques,  la  paléontolo- 
gie stratigraphique  donnera  toujours,  pour 
les  couches  de  sédiments,  à  l'aide  des  carac- 
tères généraux  de  formes  animales,  et  de 
quelques  espèces  communes,  comparative- 
ment  à  ce  qu'on  a  observé  préalablement  au 
sein  des  étapes  superposés  dans  leur  ordre 
naturel,  un  moyen  certain  de  reconnaître 
l'âge  relatif  d'une  couche. 

Nous  avons  dit  que  des  différences  de 
composition  minéralogique  des  étages  con- 
cordants annonçaient  les  limites  respectives 
de  ces  étages.  D'un  autre  côté  le  synchro- 
nisme des  dépôts  actuels  {Voy.  Couches  s^- 
uiMENTAiREs,  art.  I"),  Hous  a  montré  que 
des  sédiments,  de  natures  diverses,  se  dé- 
posent en  même  temps  dans  les  mers  ac- 
tuelles, comme  ils  se  sont  déposés  dans  les 
divers  étages  géologiques.  Il  en  résulte  que 
cette  différence  dans  la  nature  minéralogi- 
que ne  peut  recevoir  qu'une  application,  lo- 
cale "très-restreinle,  et  que  les  caractères 
qui  ont  servi,  par  exemple,  à  distinguer 
deux  étages  en  Normandie,  sont  tout  à  fait 
insuffisants  dans  les  Deux-Sèvres,  ou  dans 
les  Ardennes. 

Nous  avons  vu  également  que  des  pertur- 
bations naturelles  fortuites  [Voy.  Couches 
sÉDiMET^TAJREs,  art.  I"),  pouvaicut  amener 
un  changement  de  nature  dans  les  dépôts 
actuels,  et  placer  des  argiles  sur  des  sables, 
ou  des  sables  sur  des  argiles,  comme  nous 
en  avons  rencontré  dans  les  différentes 
couchesd'un  même  étage  géologique.  Il  reste 
donc  démontré  que  le  changement  de  nature 
minéralogique,  s'il  indique  souvent  la  fm 
d'une  période,  d'un  étage,  peut  aussi  n'en 
montrer  qu'un  accident  partiel,  qu'un  effet 
de  ces  perturbations  naturelles.  On  entrevoit 
delà  que  ce  caractère  minéralogique  échappe 
à  la  géologie  spéciale,  puisqu  il  ne  peut 
donner  les  moyens  de  reconnaître  si  ce 
changement  est  dû  à  la  fin  d'une  période, 
ou  à  des  couches  locales  plusieurs  fois  re- 
nouvelées d/ins  cette  période.  Ici  encore, 
comme  dans  les  discordances  et  dans  tous 
les  autres  cas  que  nous  avons  cités,  la  pa- 
léontologie stratigraphique  seule  peut  ser- 
vir à  distinguer,  par  la  fin  d'une  faune  et 
Ïar  le  commencement  de  l'autre,  la  vérita- 
le  limite  de  toutes  deux. 

En  résumé  les  animaux,  ne  montrant  dans 
leurs  formes  spécifiques  aucune  transition, 
se  sont  succédé  à  la  surface  du  globe,  non 
par  passage,  mais  par  extinction  des  races 
existantes,  et  par  la  création  succejsive  des 
espèces  à  chaque  époque  géologique. 


Les  animaux  sont  répartis  par  étage,  sui- 
vant les  époques  géologiques.  Chacune  de 
ces  époques  présente,  en  effet,  à  la  surfaw 
du  globe,  une  faune  distincte,  caractérisée 
par  des  formes  spéciales  et  par  des  espèces 
identiquement  les  mêmes  partout;  aussijes 
étages  silurien  ,  dévonien,  carboniféricn, 
permien,  jurassiques,  crétacés,  et  même  les 
étages  inférieurs  des  terrains  tertiaires  de 
toutes  les  couches  géologiques  du  elobe,  sur 
lesquelles  -nous  avons  des  données  cerlai- 
nés,  présentent-ils  des  caractères  paléonlo- 
logiques  identiques,  c'est-à-dire  le  même 
faciès  d'ensemble,  les  mêmes  formes  géné- 
riques et  un  nombre  plus  ou  moins  graoi 
d^espèces  identiqucs,.communes  partout,  qui 
prouvent  leur  complète  contemporanéilé. 

Cette  contemporanéilé  d'existence,  quon 
remarque  à  d'immenses  distances  aux  pre- 
miers temps  de  Tanimalisation  et  jusqu'à 
l'époque  ou  se  déposent  les  terrains  ter- 
tiaires, semble  dépendre  d'une  température 
uniforme  et  du  peu  de  profondeurdes  mers. 
Néanmoins,  cet  état  de  chose  ne  pouvait  se 
maintenir,  dès  que  l'influence  de  la  latitude 
etconséquemmont  l'inégalitéde  température 
déterminée  par  le  refroidissement  de  la  terre, 
d'un  côté,  le  système  des  monlaenes,  df 
l'autre,  ainsi  que  les  grandes  profondeurs 
des  océans,  apportaient  autant  de  barrières 
infranchissables  à  la  zoologie  terrestre  et 
marine.  On  doit  donc  croire  que  l'unifor- 
mité de  répartition  des  êtres  sur  le  globe 
tient,  pour  les  uns,  à  l'égalité  de  température 
déterminée  par  la  chaleur  centrale,  et  pour 
les  autres,  a  cette  même  cause,  combinée 
avec  le  peu  de  profondeur  des  mers;  tandis 
que  le  morcellement  des  faunes  tertiaires 
récentes,  par  bassins  de  plus  en  plus  res- 
treints, provient,  en  approchant  de  Tépoque 
actuelle,  du  refroidissement  de  la  terre,  «les 
limites  de  latitude,  des  barrières  terrestres 
et  marines,  qui  ont  mis  obstacle  à  l'eiteosioa 
des  faunes. 

PERTURBATIONS  dans  les  DÉpAnDESÉ- 
niMENTS.  Voy.  Couches  sêdimentaires. 

PÉTRIFICATION.  Voy.  Fossiles. 

PHILOSOPHES  Eï  POETES  ANCIENS, 
admettent-ils  une  création  de  la  matière.  - 
Voy.  Chaubard. 

PHYSIOLOGIE  PALÉONTOLOGIQIEGÉ- 
NÉRALE  ET  COMPARÉE.  —  Nous  emprun- 
terons à  l'un  des  plus  savants  paléontolo- 
gistes de  notre  époque  les  profondes  études 
qu'il  a  faites  sur  le  sujet  élevé  qu'annonce 
le  titre  du  présent  article.  Nous  recomman- 
dons ces  belles  considérations  à  raltenlioo 
du  lecteur;  elles  sont  du  plus  haut  intérêt 
à  cause  des  conséquences  qui  en  découlent. 

L'une  des  questions  les  plus  UnfOt- 
tantes  de  la  zoologie  générale,  dit  M.  A. 
d'Orbigny,  est,  sans  contredit,  celle  qui  ^ 
rapporte  à  la  marche  successive  de  l'animt' 
lisation  sur  le  globe,  depuis  les  temps  géo- 
logiques les  plus  reculés  jusqu'à  1  époque 
actuelle.  De  cette  étude  dépend,  en  effeff  l> 
solution  définitive  du  grand  problème  zoo  o- 
gique,  de  la  perfection  successive  des  or- 
ganes, comparée  à  l'ancienneté  des  animaui 


Ht9 


rn\ 


KT  DK  I»AKKONTOI-OCIK 


F'inr 


fi:iî 


dans  les  diyers  â^es  du  moiidt*.  i.cs  snvttnlcs 
rcclicrdies  de  Cuvicr  ten:laienl  <^vidoiumcnl 
à  ce  bul  ;  fliais,  filhistre  auteur  de  Touvpa^e 
snr  les  ossements  fossiles,  s*étant  borné  aux 
uammifcrcs  et  aux  reptiles,  les  déductions 
^u^il  lire  de  ses  ol^servations  ne  sappli* 
quent,  quehjue'importanies  qu'elles  soient, 
qu'à  ces  deux  classes  d'êlres.  Depuis  Cuvier, 
M.  Richard  Owen.  avec  la  rare  sagacité  qui 
le  distingue,  a  surtout  étudié  les  animaux 
vertébrés.  MM.  Agassiz,  Hermaunde  Meyer 
et  beaucoup  d'autres*  savants  se  sont  plus 
l^articulièremenl  encore  occupés  du  même 
eiiii»ran('liement. 

Lfs  trûis  autres  embranchements  des 
animaux,  renfermant  à  pux  seols  les  cinq 
sixièmes  des  genres  connus  h  l'état  fossile, 
et  douze  fois  plus  d'es|>èces  ensevelies  dans 
les  co'idios  terrestres  que  les  animaux  ver- 
tébrés, ont  é^ab»n]ent  été  traités  dans  beau- 
coup d'où vra^xes;  mais,  rédigés  souvent  nar 
des  horauios  étrangers  à  la  zoologie  analy- 
tique, ces  ouvrages  ne  sont,  il  faut  bien  le 
reconnaître,  que  très-rarement  au  niveau 
des  travaux  que  nous  venons  de  citer  sur 
les  animaux  vertébrés;  et  leur  ensemble 
hélé.*^gène  ne  saunnt  donner  aucun  résul- 
tat certain.  Il  convient  donc,  pour  en  tirer 
Iiarti,  de  discuter  avant  tout  sévèrement 
chacun  des  dca-uments  isolés  qu'ils  renfer- 
ment, afin  de  rectilier  les  erreurs  de  déter- 
fiiination  ei  de  ramener  les  choses  à  leur 
Taîeur  réelle.  Convaincu  de  cette  nécessité, 
et  désirant  arriver  à  une  solution  |)Osiiivc, 
nous  Avons  voulu  appliquer  è  l'étude  des 
i:iiiu?aux  invcrtél>rés  fossiles  rex|)ériencc 
et  l'habitude  que  pouvait  nous  avoir  don* 
nées  une  vie  entièrement  consacrée  aux  re- 
cherches Toologi'jues  sous  toutes  les  zones 
de  température.  Def  uis  1839,  surtout,  nous 
ifavons  pas  cessé  nos  recherches  sur  les  aiii- 
maux  mollusques  et  rayonnes  fossiles.  Nous 
avons  publié  dans  notre  Paléontologie  fran- 
çnise^  et  dans  beaucoup  d*autres  ouvrasses 
sur  la  zoologie  analytique  fossile,  une  très- 
nombreuse  ^é^ie  de  travaux  qui  nous  ont 
l>erinis  d'effectuer  beaucoup  de  réformes 
s|Ȏciales  par  une  application  nouvelle  des 
irariatîons  qui  déterminent  l'âge  et  le  sexe, 
diez  un  grand  nombre  d'ètrcs  perdus.  Indé- 
fiendamment  de  nos  travaux  particuliers, 
contenant  quelques  milliers  d'espèces,  nous 
avons  encore  voulu  discuter  un  à  un  tous 
les  faits  que  renferment  les  ouvrages  publiés 
jnsqu'à  ce  jour,  dans  le  but  de  rectifier 
quelquefois  l'âge  chronologique,  et  de  ra- 
mener les  corps  organisés  fossiles,  inscrits 
dans  le  domaine  de  la  science,  à  Punité  du 
genre,  h  l'unité  de  l'espèce,  ou,  pour  mieux 
dire,  à  une  valeur  comparative  uniforme, 
condition  indispensable  de  tout  travail  d'en- 
srniblc.  Nous  avons  d'abord  consigné  ces 
drKunients  ainsi  rectifiés  dans  notre  Pro^ 
drome  de  paléontologie  slratigraphiqne^  qui 
contient,  à  lui  seul,  plus  de  18,000  espèces, 
afin  qu'on  puisse  apprécier  les  Imscs  sur 
les<|uelles  reposent  nos  conclusions.  Nous 
avons  ensuite,  dans  la  partie  zoologique  de 
notre   Cour$   élémentaire  de  paléontologie  9 

DlCTffO!«!«.    DK   CoftyOGOME  ET   DE   PaI 


passé  en  r«!vuc  chaque  série  animale,  |iouii 
reronnaîlre  comment  s'y  comportent  les  es- 
pèces dans  les  genres  et  les  genres  dans  les 
classes,  suivant  la  succession  chronologique 
<Ies  âges  du  monde,  afin  d'obtenir  la  marche 
sfiéciale  à  chacune  de  ces  classes  en  parti- 
culier. Nous  avons  môme  résumé,  pour  cha- 
cune d'elles,  dans  un  tableau  sj)éc'ial,  la  ré- 
partition ilcs  genres  et  des  espèces  h  la  sur- 
face du  globe  terrestre,  depuis  le  commen- 
cement de  l'animalisation  jusqu'à  réiK)que 
a^rtuelle.  Enfin,  après  dix  années  d'un  tra- 
vail des  plus  opiniâtres  et  des  plus  fasti- 
dieux, nous  donnons  ici  les  résultats  défini- 
tifs auxquels  nous  sommes  arrivés  sur  l'en- 
semble des  animaux  fossiles  connus  autour* 
d'hui,  c'est-à-dire  sur  le  chifl're  de  2^V,000 
espèces,  contenues  dans  1,600  genres  diffé- 
rents, ap|)artenant  aux  quatre  grands  em- 
branchements :  des  animaux  vertébrés,  des 
animaux  annelés,  des  animaux  mollusques 
et  des  animaux  rayonnes. 

Nous  allons  successivement  examiner  : 

!•  L'instant  d'apparition  des  ordres  d'a- 
nimauc  comparés  à  leur  nombre  respectif 
dans  les  âges  du  monde; 

2"  Les  périodes  croissantes  ou  décroissan- 
tes, dans  les  âges  du  monde,  tWs  ordres  <ra- 
nimaux  comparés  à  la  perfection  de  Teii- 
sémble  de  leurs  organes. 

3*  L'instant  d'apparition,  dans  les  âges  ihi 
monde,  des  ordres  d'animaux,  comparés»  nu 
degré  de  perfection  de  l'ensemble  de  le.ii  s 
organes. 

I  L  —  Inilant  d'apparition  de$  ordres  d'ani^ 
maux  comparée  à  leur  nombre  respectif 
dans  le$  âges  du  monde. 

En  jetant  les  yeux  sur  notre  tableau,  on 
y  voit  d'abord  qVun  certain  nombre  d'or» 
dres  existaient  avec  la  |iremîère  animalisa* 
tion,  et  que  ce  nombre  a  constamment  aug- 
menté, jusqu'à  présent,  dans  les  âges  mt 
monde.  Si,  en  ettet,  sans  tenir  compte  des 
organes  des  animaux  compris  dans  ces  or- 
dres, nous  les  divisons,  suivant  leur  âge  et 
leur  nombre,  nous  arriverons  aux  conclu- 
sions suivantes 

Ordres  connus  dans  les  lemins  paléozoîques,  51 
Ordres  connus  daus  les  terrains  iriasiqucs,  21 
Ordres  connus  dans  les  terrains  jurassiques,  41 
Ordres  connus  dans  les  icrraius  crétacés,  71 

Ordres  existant  dans  la  faune  coulcmporaîne,    7tf 

Les  chiffres  précédents  démontrent  que, 
pris  dans  leur  ensemble  numérique,  et  sans 
s'occu|jer  de  leur  caractère,  les  ordres  d'ani- 
maux sont  d'autant  plus  nombreux  au'ils  se 
rapprochent  davantage  de  notre  époque; 
qu'ils  sont,  en  un  mot,  dans  une  progres- 
sion croissante  de  nombre  des  terrains^  les 
plus  anciens  aux  plus  modernes,  et  qu'au- 
jourd'hui les  ordres  d'animaux  sont  à  leur 
maximum  numérique  de  développement. 
Les  résultats  purement  numériques  prouve- 
raient donc,  pour  les  ordres,  que  la  multi- 
plicité des  formes  animales  est  d'autant  plus 
grande  qu'on  s'approche  de  l'époque  ac- 
tuelle. Il  reste,  mamtenant,  à  rechercher  >i 


.toXIOLOGlK. 


3S 


il31 


PHY 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PUT 


lUi 


«etta  multiplicité  de  formes  est  en  rapport 
Avec  la  coQiplication  et  la  perfection  compa- 
rative lies  organes. 

I  II.  —  Périodes  croîssanies  ou  décrois^ 
santés^  dans  les  âges  du  monde ^  des  ordres 
d'animaux  comparés  à  la  perfection  de 
r ensemble  de  leurs  organes. 

Notre  tableau,  résumé  complet  de  la  ma- 
nière dont  les  genres  se  comportent  dans 
chaque  ordre  d*animaux  en  particulier  » 
montre  de  suite  que  ces  ordres  peuvent  se 
diviser  en  deux  séries*  qni  ont  suivi  une 
marche  toute  différente. 

V  Les  ordres  dont  les  genres  atteignent 
leur   maximum  numérique   aux    époiues 

Géologiques  passées,  et  ne  iirdsentent  plus, 
réfx^ciue  actuelle,  que  des  nombres  infé- 
rieurs a  celui  qu*i]s  présentaient  dans  les 
Ages  antérieurs  ;  ordres  placés,  depuis  plus 
ou  moins  longtemps,  dans  une  période  dé- 
croissante  de  développement  de  formes  zoolo^ 
gigues, 

!2"  Les  ordres  placés»  toujours  dans  une 
période  croissante  de  développement  déformes 
ioologiquse. 

Voyons  d'abord  le  nombre  comparatif  des 
orJres  dans  les  périodes  décroissantes  et 
croissantes. 

Nous  avons,  dans  la  période  décroissante, 
13  ordres  ;  dans  la  période  croissante»  nous 
en  avons  6&. 

Si  nous  opposoïis  ces  13  ordres  en  vole 
décroissante  aux  64  ordres  qui  sont  toujours, 
au  contraire  ,  dans  la  période  croissante  de 
développement  de  formes  zoologiques,  on 
aura  la  certitude  que,  relativement  au  nom- 
bre, les  ordres  de  la  période  décroissante 
sont  en  minorité  ;  mais  cette  minorité  n*ayant 
jamais  été  constatée,  acquiert  une  immense 
importance,  puisqu'elle  vient  modifier  en- 
tièrement les  idées  sur  la  marche  toujours 
croissante  de  lanimalisation  sur  la  terre. 
Quand  on  voit,  en  effet,  13  ordres  sur  77,  ou 
plus  du  sixième  de  Tensemble  numérique 
se  trouver  dans  la  uériode  décroissante  de 
iléveloppement  de  formes  zoologiques,  on 
doit  naturellement  en  conclure  gue  toutes 
les  séries  animales  n'ont  pas  suivi  une  mar- 
che uniforme  dans  les  Ages  du  monde.  On  y 
voit  encore  une  exceptionimporlante  à  cette 
loi  trop  généralement  admise  du  perfection- 
nement progressif  des  êtres,  en  marchant  des 
époçiues  anciennes  aux  plus  modernes. 

Si,  en  effet,  ces  13  ordres  en  décroissance 
avaient  leur  maximum  aux  dernières  épo- 
ques qui  nous  ont  précédés  sur  la  terre,  on 
pourrait  encore  croire  è  ce  perfectionne-- 
meut  progressif  jusqu'à  l'instant  où  ces  sé- 
ries animales  ont  ('X>mmencé  à  décroître; 
mais  il  n'en  est  pas  ainsi,  comme  on  va  le 
voir  par  l'époque  géologique  à  laquelle,  d'a- 
près les  données  actuelles,  ces  ordres  ont 
atteint  leur  maximum  de  développement  gé- 
nérique. Nous  voyons  entrer  dans  cette  pé- 
riode décroissante,  avec  les  terrains  paléo- 
zoïques,  les  premiers  de  l'animalisation  :  les 

1)i)isst)ns  placoïdes,  les  poissons  ganoïdes, 
os  crustacés  trilobites,  les  mollusques  cé- 


phalopodes tentanilif&res ,  les  mollusqutt 
brachiopodes  brachidés  etlescrinoiJesfiies. 

Les  7  autres  ordres  entrent  en  voie  dé- 
croissante avec  les  époques  suivanta  : 

Dans  les  terrains  jurassiques,  la  troisième 
grande  époque  du  monde ,  on  trouve  les 
reptiles  sauriens  et  les  crinoïdes  libres. 

Dans  les  terrains  crétacés,  la  quatrième 
grande  époque  du  monde,  les  mollusqD^s 
bryozoaires,  les  mollusques  brachiojJoJcs 
cirrhidés,  les  foraminifèrescyclostègues,ki 
amorphozoaircs  teslacés. 

Enfin,  dans  les  terrains  tertiaires  qui  ooiu 
ont  précédés  sur  la  terre,  les  mammitèRs 
pachydermes,  les  mammifères  édentés. 

En  résumé,  on  voit  que  sur  les  13  ordres, 
6,  ou  près  de  la  moitié  de  l'ensemble,  entrent 
dans  la  période  décroissante  avec  la  pre- 
mière époque  de  l'animalisation  du  globe, 
tandis  que  deux  seulement  ont  atteint  cette 
période  dans  Tâgc  qui  nous  a  précédés  sur  !i 
terre.  Ce  résultat  est  encore  tout  à  fait  eoo- 
traire  au  perfectionnement  progressif,  puis- 
que la  moitié  de  l'ensemble  commence  sor 
le  globe  par  leur  maximum  de  développe- 
ment de  formes  zoologiques ,  et  s'est,  au 
contraire ,  toujours  trouvée  dans  la  pério^i« 
décroissante  jusqu'à  notre  époque. 

Nous  allons,  du  reste,  considérer  le  noin- 
bre  et  la  valeur  des  13  ordres  en  voie  de- 
croissante,  par  rapport  à  la  place  qu'ils  oc- 
cupent dans  les  quatre  grands  embranche- 
ments des  animaux,  aûn  de  reconnaître  ï\ 
ces  rapports  sont  ou  non  favorables  au  per- 
fectionnement successif  d^s  êtres. 

Embranchement  des  animaux  rayonnes,- 
Commençons  parles  êtres  les  moins  parfaits, 
ceux  qui,  suivant  l'hypothèse  du  penectioa- 
nement,  devraient  prédominer,  puisqu'ils 
auraient  dû  paraître  les  premiers,  et  atitio- 
dre  aussi  les  premiers  leur  période  décn;b- 
santé.  Ce  résumé  numérique  nous  donne  : 

En  décroissance t  &  ordres;  en  crois- 
sance, 12;  rapport,  1/3.  Le  rapport  de  uani- 
bre  est  donc  de  1  à  3,  ce  qui  n  est  pas  con- 
sidérable, surtout  lorsqu'on  voit  ce  résultat 
rester  au--dessous  de  celui  que  nous  oITrtul 
les  animaux  mollusques^  et  ne  montrer  que 
moins  du  double  des  rapports  qui  ciisifct 
chez  Ihs  animaux  vertébrés,  les  premiers  de 
l'échelle. 

Si  les  proportions  étaient  suivant  l'hypo- 
thèse du  perfectionnement,  on  devrait  trou- 
ver ces  quatre  oi-dres  en  voie  de  déerois- 
sance  parmi  les  dernières  séries  animales 
mais  il  n'en  est  pas  ainsi.  Bien  qa'on  re- 
marque parmi  ces  ordres,  l'un  des  amorpho- 
zoaires^  ou  spon^^iaires  testacés,  les  êtres  les 
plus  informes  et  l'un  des  sept  ordres  de/i»- 
raminifères  encore  dans  les  dernières  sériel 
des  êtres,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  le? 
échinodermes,  les  plus  parfaits  des  aniinfiUJ 
rayonnes,  forment  à  eux  seuls  la  moiliéii^ 
ce  nombre,  et  qu'un  de  leurs  ordres  moolrt 
son  maximum  vingt  étages  avant  les  aïoor- 
phozoaires,  les  derniers  dan*  l'or^ani^atioc 
animale.  On  voit  que,  suivant  les  périout^ 
croissantes  et  décroissantes  seulement,  h*^ 
animaux    rayonnes  ofiriraicnl    Bon-seuic- 


H35 


PHY 


ET  DE  PAI.EOT0L0G1E. 


PIIY 


1134 


nient  des  exceptions  au  perfectionnement 
pro^Tossif,  mais  prouveraient  môme  une 
njflrriift  contraire. 

Embranchement  des  animaux  mollusques. 
—  La  question  de  savoir  si  les  moHusques 
doirenl  venir  avant  ou  après  les  animaux 
annelés  «  n'est  (tas ,  pour  nous ,  tranchée 
d'une  manière  bien  détini-tîvc  ;  car  il  est  cer- 
tain que  si  les  animaux  annelés  sont  doués 
dfi  moyens  de  locomotion  plus  parfaits, 
sous  certains  rapports,  les  céphalopodes, 
parmi  les  mollusques,  offrent  une  organisa- 
tion bien  plus  complète  sous  d'autres  points 
de  vue;  aussi  ne  présentons-nous  ces  em- 
branchements que  comme  des  séries  qui 
doivent  marcher  parallèlement,  et  non  Tune 
après  Tautre.  Parmi  les  mollusques  nous 
trouvons  le  résumé  numérique  suivant  : 

En  décroissance,  h  ordres  ;  en  croissance, 
10  ;  rapport  2/5.  Le  rapport  d^  nombre 
est ,  comme  on  le  voit,  des  deux  cinqaiè- 
mes;  nombre  qui  place  les  animaux  mol- 
lusques bien  avant  les  animaux  rayonnes 
pour  les  ordres  en  voie  décroissante  de  dé- 
reloppement,  et  offre  dès  lors  bien  plus 
d'exceptions  numériques  à  la  loi  du  perfec- 
tionnement [)rogressif. 

Ces  exceptions  sont  encore  bien  plus  frap- 
pantes, quand  on  y  voit  les  céphalopodes^  les 
premiers  des  mollusques  par  la  perfection 
de  leurs  organes,  parmi  les  h  ordres  en  dé- 
croissance ;  car,  alors,  ce  ne  sont  plus  quel- 
ques ordres  qui  forment  cette   exception, 
mais  bienremorancbement  tout  entier.  Nous 
Toyons,  en  effet,  les  céplialopodes  atteindre 
leur  période  décroissante  dès  le  premier  âge 
iJu  monde  animé  dans  l'étape  silurien,  c*est- 
â-iire  deux  étages  avant  les  brachiopodes 
arachides^  vingt  et  un  éla'/;(}S  avant  les  bra- 
chiopodes cirrhidés,  bien  moins  parfaits  que 
ces  derniers,  et  vingt-deux  étages  avant  les 
mollusques  bryozoaires^  les  derniers  de  l'em- 
l>rancliement  sous  le  rapport  de  la  perfec- 
tion des  organes.  Il  n*est  donc  pas  douteux 
que,  d'après  les  périodes  croissantes  ou  dé- 
croissantes, le  perfectionnement  progressif 
des  êtres  est  tout  à  fait  illusoire  pour  les 
animaux  mollusques,  qui,  depuis  les  pre- 
miers âges  du  monde  jusqu'  à  présent,  ont, 
au  contraire,  marché  dans  la  roiede  dégéné- 
rescence la  plus  marquée,  lapins  positive. 
Embranchement  des   animaux  annelés,  — 
?îous  Htons  ici  cet  embranchement  plutôt 
pour  compléter  le  cadre  de  nos  considéra- 
tions que  pour  en  faire  un  parallèle  régu- 
lier avec  les  autres;  car,  de  tous  les  êtres, 
ces  derniers  ont  été  le  plus  facilement  dé- 
truits dans  les  couches  terrestres,  qui  ne 
nous  offrent  plus,  sans  doute,  que  Quelques 
débris  échappés  à  leur  prompte  altération 
et  aux  grandes  commotions  géologiques  du 
globe.  Les  animaux  annelés  fossiles,  tels  que 
nous  tes  connaissons,  offrent  le  résultat  nu- 
iiir?riquc  suivant  : 

En  décroissance,  1  ordre;  en  croissance, 
f  S;  ra^^^porl,  Iil8.  Le  rapport  de  nombre  est 
run  dix-huitieme  pour  les  animaux  annelés; 
rfir!i.<,  comme  nous  l'avons  dit,  ce  résultat 
j'csl   basé  que  sur  le  peu  de  débris  de  ces 


animaux  qui  ont  pu  échapper  à  I  anéantisse- 
ment général  de  ces  êtres  peu  faits  ])our  ré- 
sister à  des  causes  si  nombreuses  de  com- 
plète destruction.  Cet  ordre  en  décroissance, 
celui  des  crustacés  trilobites,  qui,  né  avec  la 
première  animalisation  du  globe,  y  trouve 
son  maximum  et  disparaît  du  monde  animé 
deux  étages  après,  appartient  du  reste  aux 
crustacés,  animaux  plus  parfaits,  par  exem- 
ple, que  les  annelides,  que  les  cirrhipè.les  , 
dont  le  maximum  se  trouve  à  Fépoque  ac- 
tuelle. 

Embranchement  des  animaux  vertébrés.  — 
L^embranchement  des  êtres  les  plus  parfaits, 
celui  auquel  appartient  l'homme,  devrait,  si 
la  loi  du  perfectionnenxent  existait,  ne  mon- 
trer aucun  ordre  en  décroissance  :  ce  qui  ne 
résulte  pas  des  faits  ;  car  Tobscrvation  donne 
le  résultat  suivant  ; 

En  décroissance,  3  ordres;  en  croissance, 
23  ;  rapport,  plus  de  1;5.  Le  rapportde  nom- 
bre est' de  plus  d'un  cinquième,  ou  un  peu 
moins  d'un  quart,  proportion  énorme  pour 
des  animaux  si  élevés  dans  l'échelle.  Ce  ré- 
sultat prouve  que  les  quatre  embranche- 
ments ont  marché  parallèlement,  et  non  suc- 
cessivement, dans  leur  développement  de 
fôriiies. 

Voyons  maintenant,  suivant  la  place  qu'oc- 
cupent ces  5  ordres  dans  les  animaux  verté- 
brés, si  la  loi  de  perfectionnement  existe. 
Les  animaux  vertébrés,  d'après  leur  degré 
croissant  de  perfectionnement  physiologi- 

3ue,  se  composent  des  poissons,  des  reptiles, 
es  oiseaux  et  des  mammifères.  Si  cet  em^ 
branchement  avait  suivi  la  liçne  graduelle 
du  perfectionnement,  on  devrait  trouver  tous 
les  ordres  en  voie  de  décroissance  parmi  les 
poissons  les  moins  parfaits,  et  aucun  dans  les 
mammifères.  Il  n'en  est  pourtant  pas  ainsi  ; 
car,  sur  les  3  ordres  en  décroissance ,  2  ap- 
partiennent aux  poissons^  les  placoides  et  les 
ganoides:iB\x\  reptiles^  \es sauriens;  et 2 aux 
mammifères^  les  pachydermes  et  les  édentés. 
Les  2  ordres  de  poissons,  les  çanoides  et  les 

Flacoïdes,  ne  sont  pas  les  moins  parfaits  de 
ensemble;  puisque  non-seulement  ils  sont 
supérieurs,  sous  ce  rapport,  aux  pleuroncc- 
toïdes  ou  poissons  non  symétriques  encore 
dans  la  période  croissante;  mais  encore, 

{)armi  eux,  les  placoldes,  dont  dépendent 
es  squales,  sont  encore,  d'après  les  belles 
recherches  de  M.  Duvernoy,  supérieurs  à 
tous  les  autres  poissons,  sous  les  rapports 
de  la  perfection.  Suivanlce résultat, les  pois- 
sons auraient  suivi  une  marche  contraire  au 
perfectionnement.  L'ordre  des  reptiles  en  dé- 
croissance, celui  des  sauriens,  n  était  certai- 
nemept  pas  le  dernier  des  reptiles,  puisç[u'il 
est  supérieur,  à  tous  égards,  aux  batraciens^ 
soumis  à  des  métamorphoses  et  dans  la  voie 
croissante.  Les  mammifères  en  voie  décrois- 
sante, les  pachydermes  et  les  édentés,  sont 
sans  aucun  doute,  plus  parfaits  que  les 
cétacés^  toujours  en  voie  croissante.  Il  est 
donc  évident  que,  chez  les  animaux  verté- 
brés, considérés  suivant  les  périodes  crois- 
santes et  décroissantes,  non-seulement  il  n'y 
a  pas  de  preuves  du  perfectionnement  suc* 


1155 


PHY 


DICTIONNAnU:  D£  COSMOGONIK 


rat 


iUl 


cessif,  mais  qu'ils  donnent,  au  contraire,  des 

(Teavcs  de  la  non-eiistence  de  cette  marche, 
l  est  encore  certain  que,  d'après  les  consi- 
dérations qui  précèdent,  les  classes  de  cet 
embranchement  u*ont  pas  marché  successi- 
vement, mais  bien  parallèlement  ;  ce  qui  ex- 
clut tout  à  fait  ce  perfectionnement  suc* 
cessif. 

En  nous  résumant  sur  l'ensemble  dos  pé- 
rioies  croissantes  et  décroissantes  des  or- 
4!lresd'animaux  comparés  aux  âgesdu  monde, 
on  Toit  que,  suivant  le  nombre  des  ordres, 
la  majorité  serait  encore  dans  la  voie  crois- 
sante, tandis  que,  suivant  la  valeur  des  ca- 
ractères physiologiques  comparés  à  l'âge, 
tous  ces  résultats  numériques  disparaissent 
pour  faire  place  à  la  démonstration  la  plus 
certaine  du  non-perfectionnement  successif 
des  êtres. 

Eu  etfct,  les  détails  dans  lesquels  nous 
sommes  entrés  à  chaque  embranchement,  con- 
duisent à  cette  conclusion  très-importante  : 
Si  l'hypothèse  du  perfectionnement  progres- 
sif existait,  on  devrait  trouver  tous  les  or- 
dres dans  la  période  décroissante  [)armi  les 
animaux  rayonnes  les  plus  imparfaits,  et  au- 
cun parmi  les  animaux  vertébrés  les  plus 
parfaits,  tous  ces  ordres  en  décroissance  nn 
se  trouvant  pas  daiis  le  premier  embranche- 
ment, puisque  les  animaux  vertébrés  en  of- 
frent dans  des  proportions  peu  différentes. 
On  voit ,  dès  lors,  que  ces  quatre  embran- 
chements n'ont  pas  marché  successive- 
ment, suivant  leur  degré  de  perfection  com- 
parative dans  les  âges  du  monde,  mais  sur 
quatre  lignes  parallèles  indépendantes,  ré- 
sultat tout  à  fatt  jcontraire  au  perfectionne- 
ment progressif  pris  en  général. 

S'il  existait,  du  reste,  quelques  doutes  à 
cet  égard,  la  comparaison  du  nombre  des  or- 
dres dans  chaque  classe  viendrait  prouver 
que  ce  parallélisme  existe  non-seulement 
aans  les  quatre  grands  embranchemen  ts,  corn- 

{)arés  aux  âges  du  monde  animé,  mais  qu'il 
àut  encore  l'admettre  dans  les  classes  de 
ces  embranchements,  qui  toutes  ont  suivi 
des  lignes  parallèles  indépendantes  dans  ces 
Â^cs  du  monde,  et  non  une  ligne  de  succes- 
sion suivant  leur  degré  de  perfection  com- 
parative :  dernière  conclusion  qui  détruit 
tout  à  fait  le  perfectionnement  successif  des 
êtres,  en  marchant  des  époques  les  plus  an- 
ciennes vers  l'époque  actuelle. 

§  III.  —  instant  d'apparition^  dans  Us  âges 
du  monde^  des  ordres  d^animaux  comparés 
au  degré  de  perfection  de  Vensemble  de  leurs 
organes. 

Gomme  nous  l'avons  fait  remarquer  pré- 
cédemment, le  nombre  des  ordres  a,  dans 
les  comparaisons,  moins  de  valeur  que  la 
perfection  relative  des  organes.  Nous  allons, 
sons  ce  rapport,  comparer  Tinstant  d'appa- 
rition, dans  les  âges  du  monde,  des  différents 
ordres  d'animaux  avec  le  degré  de  perfection 
de  leurs  organes. 

En  jetant  les  yeux  sur  notre  tableau  de  la 
réi'artition  des  orJrcs  à  la  surface  du  globo 
lerrostro,  depuis  le  commencement  de  l'ani- 


malisation  jusqu'à  notre  é{)oque,  on  voit, 
d'après  les  données  actuelles  lie  la  science, 
qu  avec  la  première  grande  époque  géolo^- 
que,  la  période  paléozoique,  vivaient  31  or- 
dres d'animaux  sur  77,  ou  presque  la  moitié, 
nombre  considérable  quand  on  considère  les 
causes  multipliées  de  deslrucliun  qui  se  sont 
opposées  à  ce  que  cette  f»remière  époque,  m 
éloignée  de  nous,  puisse  nous  montrer  en- 
tièrement la  richesse  réelle  de  son  animal:* 
sation.  Néanmoins  cette  première  époquo 
offrant  à  l'industrie  sur  tous  les  iiointsdii 
monde,  l'exploitation  de  la  houille  comme 
mobile  des  recherches,  nous  croyons  que 
c^est  la  plus  connue,  et  celle,  peut-être,  qui 
nous  présente  les  résultats  les  plus  coji- 
plets. 

Ces  31  ordres,  rencontrés  dans  les  terrains 
paléozoïques,  sont  ainsi  répartis  dans  les  dii* 
férents  embranchements  : 


Animaux  rayonnes, 
Aiiini.iux  mollusques. 
Animaux  aunetcs, 
Auimaux  vcrlébrcs. 


8  ordres. 

9  ~ 

3    - 


Ainsi^  les  quatre  grands  embranchomenU 
seraient  également  représentés;  ce  qui  prou- 
verait que  tous  sont  nés  avec  la  premièri; 
grande  époque  du  monde  animé  sans  mani- 
lester  de  prédominance  trop  marquée.  Ce 
résultat,  des  plus  positifs,  puisqu'il  estha^é 
sur  un  nombre  considérable  de  faits,  ne  se- 
rait, en  aucune  manière,  favorable  à  ïidh 
trop  généralement  admise,  que  les  êtres  sont 
d'autant  plus  parfaits  qu'ils  se  rapprochent 
de  l'époque  actuelle.  Pour  que  celle  hypo- 
thèse fût  vraie,  il  faudrait  gue  tous  ces  or- 
dres de  la  première  animalisation  du  gloire 
appartinssent  seulement  aux  classes  infé- 
rieures; ce  qui  n'est  pas.  Nous  croyons  donc 
que  ces  chiffres  ont  seuls  une  grande  signi- 
fication dans  la  question  ;  mais,  avant  de  con- 
clure, discutons  avec  détail  ce  que  nous  don- 
nera la  perfection  relative  des  ordres  dans 
cha?iue  embranchement  pris  en  particulier. 

Embranchement  des  animaux  rayonnes.  - 
Si  les  êtres  étaient  d'autant  moins  parfaits 
qu'ils  sont  plus  anciens,  on  devrait,  dans  les 
terrains  paléozoïques,  premier  âgedu  monde 
animé,  trouver  que  les  ordres  existants  ap- 
partiennent aux  amorphozoaîres  ou  aux  kh 
raminifères,  les  derniers  sous  le  rapport  de 
la  perfection  des  organes,  et  qu'aucun  ne  dé- 
pend des  échinoderines,  les  plus  parfaits  des 
animaux  rayonnes  ;  mais  il  n'en  est  pas  ainsi, 
comme  leprouve  la  liste  suivante  de  ces  8  or- 
dres connus  dans  les  terrains  i>aléozoïquP5. 
les  échinodermes  échinides  ;  les  échinodrr- 
mes  astérides;  les  échinodermes  ophiun^i- 
des;  les  échinodermes  crinoïdes  flxes;l»;s 
polypiers  zoantaires;  les  polypiers  alcyonai- 
res  ;  les  foraminifères  néficostègues  ;  K'^ 
amorphozoaires  testacés  ou  éponges.  Oovoil, 
en  effet,  que  sur  ces  8  ordres  d'animauï 
rayonnes  des  terrains  paléozoïques,  4,  oui» 
moitié,  appartiennent  aux  échinoderme„sqo« 
nous  venons  de  dire  être  les  plus  iiarfaits^H 
2  aux  zoopliytes;  tandis  qu'il  reste  seulement 
2  ordres  aux  classes  les  plus  inférieures,  W 


un 


MIT 


ET  DE  PALEO!«TQLOGIK. 


rai 


II3& 


'«ramiuifères  et  les  aii^.i  |  «iv^zoaircs,  les  der- 
aiers  ues  animaux  rayouués  scus  le  rapport 
de  la  perfertion  de  leurs  organes.  Il  sera 
prouvé,  par  cette  comjia raison,  que  les  plus 
/,nr(a-tsdes  animaux  rayonnes  sont  nés,  en 
iitandc  cnajoiilé,  avec  la  première  animaiisa- 
liiiQ  du  ^lolje,  ce  qui  esl  tout  à  &it  op|)oséà 
la  uiartlie  croissante  du  développement  suc- 
cessif des  organes  des  animaux,  en  remon* 
tant  des  âges  géologiques  les  plus  anciens 
vers  les  plus  modernes. 

Vovons,  maintenant,  si  la  succession  des 
terniins  postérieurs  nous  présentera  des  faits 
coutlrmant  ou  infirmant  ces  résultats,  lui 
deuxième  grande  époque,  lesitrraim  triasi- 
^ufj,  qui  suivent  les  terrains  |)aléozoïques, 
ne  nous  montrent  aucun  ordre  nouveau  d*a* 
niruaiix  rayonnes.  La  troisième  grande  éf)0- 
que,  les  terrains  jurassiques,  offrent  seule- 
ment <:e  plus  :  1  ordre  d'éciunodermes,  les 
erinolJes  libres,  moins  avancés  en  perfec- 
tion d  organes  que  les  échinides  et  les  asté- 
rriides  oc  la  première  animal isation;  et  2  or- 
dres de  foraminifères,  les  moins  parfaits  de 
TensemMe,  La  quatrième  grande  é|)oque,  les 
terrains  crétacés,  présentent  encore  4  ordres 
de  foraminifères  et  1  d*amorphozopires,  les 
derniers  dans  TécheUe  de  la  perfection  des 
organes.  Enfin  la  cinquième  grande  épo(|ue, 
les  terrains  tertiaires,  qui  nous  ont  précédés 
sur  la  terre,  n*ont  aucun  ordre  nouveau.  Il 
est  donc  évident  que,  depuis  le  connnci  cé- 
ment du  monde  animé  jusqu'à  ré|K>que  ac- 
tuelle, les  animaux  rayonnes  ont  marché 
dans  une  voie  stationuaire   constante,  ou 
luéine  quelquefois  dans  une  voie  rétrograde, 
paj*  rapport  à  la  perfection  des  organes;  qu'il 
n'aéîécréé  aucun  n^ode  nouveau  d'existence, 
et  surtout  aucun  ordre  plus  |  arfait  que  ceux 
des  premiers  Ages  du  monde,  ce  qui  est  en- 
core tout  à  fait  opposé  au  perfectionnement 
général  des  êtres  dans  les  k^s^es  du  monde. 

V embranchement  des  animaux  mollusques 
nous  montre-t-il  des  résultats  plus  satisiai- 
^<ints  pour  cette  hypothèse?  Pour  qu'il  en 
fût  ainsi,  il  faudrait  que  les  ordres  des  mol- 
usques  des  terrains  paléozoïques ,  les  pre- 
niers  de  Tanimalisation,  appartinssent  tous 
lux  moins  complets  des  mollusques,  et 
tucun  aux  plus  parfaits,  tels  aue  les  cépha- 
o|>odes.  Nous  trouvons  à  la  place,  dans  les 
^  onires  de  mollusques  des  terrains  paléo- 
oï.jues  :  les  céphalopodes  tentaculifères , 
es  gastéroi^odcs  peclinibranches,  les  gasté- 
oiiO'ies  scutibraiiches,  les  ptéropodes,  les 
iiiiellibranches  sinupalléales,  les  lamelli- 
rnnches  intégrofalléales,  les  lamellibran- 
hes  pJeuroconqueS',  les  brachiopodes  bra- 
*iidés,  et  les  bryozoaires.  Toutes  les  classes 
c  mollusques  y  sont  é^^alement  représen- 
tes; et,  de  plus,  on  y  voit  les  céphalopodes 
*s  plus  ]iarfaits  de  cette  série  à  leur  maxi- 
112 m  de  développement  de  formes  généri- 
iivs;  2  ordres  de  gastéropodes,  les  plus 
iiiiplets  après  les  céphalopodes;  les  3  ordres 
j  lamellibranches,  des  brachiopodes  les 
lus  fiarfaits  et  des  bryozoaires.  Il  sera  donc 
rouvé  ici,  comme  pour  les  animaux  rayon- 
^5^  qa«  les  plus  parfaits  des  animaux  mol- 


lusçfues  sont  nés  avec  la  première  antmalf- 
salion  du  monde,  et  qu*ils  y  sont  même 
dans  leur  plus  grand  développement  d  or- 
dres, résultat  encore  en  opposition  complète 
avec  la  marche  croissante  du  développement 
successif  des  organes  des  animaux,  en  allant 
des  premiers  âges  du  globe  animé  àTépoque 
actuelle. 

^'oyons ,  du  reste,  en  remontant  dans  les 
Ages  du  monde,  ce  que  nous  trouvons  pour 
les  aniuiaux  mollusques,  relativement  aux 
ordres  nouveaux  qui  apparaissent  successi- 
vement. Dans  les  terrains  triasiques  naît 
l'ordre  des  céphalopodes  acétabulifères , 
aussi  le  plus  parfait  dos  mollusaues,  et  cela 
encore  h  une  épo<|ue  bien  reculée  par  ra|>- 
port  à  nous.  Dans  les  terrains  jurassiques 
apiuiraissent  les  gastéropodes  teciibranckes, 
et  les  brachiopodes  cirrhidés,  tous  deux  cer- 
tainement inférieurs  en  perfection  h  ceux 
de  leur  classe  qui  sont  nés  dans  la  première 
grande  cjK>4iue.  Les  terrains  crétacés  n*en 
olfrent  pas  Je  nouveaux,  et  les  terrains  ter- 
tiaires n'en  montrent  que  1  ordre;  lesgas^ 
téropodes  pulmonés,  qui,  spécialement  con- 
formés j:our  respirer  l'air  en  nature,  ne 
sont  ftas,  sous  d'autres  rai'ports,  supérieurs 
aux  ^>léropoiles  de  la  |>remière  animali- 
snfioii,  et  encore  moins  aux  réfilialopodes. 
Cest,  en  un  mot,  un  mode  nouveau  d*exis- 
leiire  qui  tient,  non  au  véritable  pcrfec- 
tlt^nneiiieiit,  mais  à  des  circonslances  parti- 
culières. Oh  peut  donc  dire,  comme  |iour 
rembraiichement  précédent,  que,  drns  les 
Ages  du  monde,  les  aiiimVïux  mollusîiues 
sont  encore  restés  slatfonnaires,  ou  mémo 
ont  rétrogradé  chez  les  plus  parfaits,  el 
n*ont  montré,  dans  les  dernières  périodes 
d'existence,  aucun  ordre  plus  ftarfait  que 
ceux    des    terrains    paléozoiqui*s;  car   les 

(;asléropodes  puliuonés  qui  ont  paru  avec 
es  terrains  tertiaires  les  plus  voisins  de 
notre  épo<]ue,  sont  loin  d'èire  aussi  parfaits 
que  les  céphalopo<ies,  qui  ont  eu  leur  maxi« 
mum  de  développement  dans  les  premiers 
âges  du  monde  animé.  Les  inolliisques  n'of- 
frent donc,  dans  tes  terrains  géologiques, 
ni  par  la  faune  première,  ni  par  la  succes- 
sion des  faunes,  rien  qui  soit  favorable  au 
perfectionnement  successif  des  organes. 

V embranchement  des  animaux  annf (fi,  con- 
sidéré sous  le  rapport  de  la  perfection  suc- 
cessive des  organes,  devrait,  pour  qu'il  y 
eût  accord,  nous  montrer,  avec  les  terrains 
paléozoïques  les  plus  anciens,  tous  les  or- 
dres dans  les  classes  les  moins  parfaites,  et 
aucun  dans  les  plus  barfaites.  Les  résultats 
sont  encore  ici  tout  à  iait  opposés,  comme 
le  prouvent  les  il  ordres  suivants,  que  nous 
connaissons  dans  les  terrains  paléozoïques  ; 
les  insectes  co!éoptères,  les  insectes  or- 
thoptères»  les  insectes  névroptères,  les  ara-  - 
chnides,  les  crustacés  phyllopodes,  les  crus- 
tacés xipbosures,  les  cirfhipcdes,  les  anm'- 
lides  dorsibraiiche:»,  et  les  annélides  tubi- 
coles.  Nous  voyons,  d'abord ,  toutes  les 
classes  représentées,  ce  qui  est  déjà  un 
résultat  contraire;  mais  encore,  aans  ces 
classes,  nous  trouvons,  parmi  les  insectes. 


1150 


PHY 


DICTrONNAlRE  DE  COSMOGONIE 


PMÏ 


1140 


3  ordres;  pan»i  les  crustacés  #,  au  milieu 
desquels  on  compte  les  coléoptères,  les  plus 

^  complets  des  insectes  ;  les  deux  séries  les 

f)]us  importantes  des  animaux  annelés  sont 
argemeni  représentées,  ainsi  que  les  arach* 
niiles,  les  cirrhipèdes  et  les  annélides.  Nous 
aurions  donc,  pour  les  animaux  annelés, 
des  résultats  icientiques  à  ceux  des  deux 
embranchements  précédents.  II  serait  prouvé 
de  même,  que  les  plus  parfaits  des  animaux 
annelés  sont  nés  avec  les  premiers  êtres  du 
monde  animé,  pendant  les  terrains  pa- 
léozoïques;  qu'ils  y  ont  eu  un  grand  déve- 
loppement dVïrdres  :  résultat  en  opposition 
directe  avec  la  marche  croissante  du  déve- 
loppement successif  dos  organes  des  êtres, 
en  avançant  des  premiers  âges  du  monde 
animé  vers  noire  époque. 

Suivons  les  grandes  époques  géologiques 
qui  ont  succédé  aux  terrains  paléozoiques, 
pour  reconnaître  ce  qui  a  existé  jusqu'à  nos 
purs  relaliveraont  aux  animaux  annelés. 
-^a  seconJe  grande  époque,  les  terrains  tria- 
sirjuos,  ont  oifert  1  seul  ordre  de  crustacés 
(le  plus,  celui  de^s  décapodes,  h  ajouter  aux 

4  ordres  qui  existent  déjà.  La  troisième 
grande  époque,  les  terrains  jurassiques,  ont 
montré  encore  1  ordre  de  crustacés»  les  iso- 
podes;  et  4.d*insectes„  les  diptères,  les  hé- 
uiiplères,  les  hyménoptères  et  les  lépidop- 
tères, nullement  supérieurs  en  organisation 
à  ceux  de  la  première  animalisation.  La 
(jualrièmc  grande  époque,  les  terrains  cré- 
tacés, n'ont  pas  un  ordre  de  plus.  Pour  la 
cinquième  grande  époque,  les  terrains  ter- 
tiaires, ils  offrent  2  ordres  de  crustacés  bioa 
inférieurs,  comme  organisation,  à  ceux  des 
terrains  paléozoïques  et  triasiques,  et  les 
promièrcj  trau-es  certaines  des  insectes  my- 
riapovles,  évidemment  inférieurs  aux  co- 
léoi)lère5,  quo  nous  voyons  dans  les  pre- 
miers Ages  du  mopde!  Ici  nous  devons 
conclure  absolument,  comme  pour  les  ani- 
ipaux  rayonnes,  que  tous  les  résultats  sont 
contraires  au  perfectionnement  des  êtres, 
en  suivant  Tâge  chronologique  du  monde 
animé. 

L*e:nlranchement  des  aniînaux  vertébrés  ne 
montre  pas,  sous  ce  rapport,  de  résultats 
aussi  positifs;  et  même,  jusqu'à  un  certain 
poiïit,  l'hypothèse  du  perfectionnement  pror 
gressif  diie  à  leur  seule  étude  était,  en  ce 

Siji  les  concerne,  fondée  sur  quelques  faits. 
o\^s  avons  dit  que,  pour  que  cette  suppo- 
sition fût  vraie,  il  faudrait  que  les  moins 
complets  des  animaux  vertébrés  fussent  les 
fçuls  représentés  dans  le  premier  âge  du 
monde.  Nous  trouvons,  parmi  les  3  ordres 
des  terrains  paléozoïques  :  les  reptiles  sau- 
riens, les  poissons  pl^colides  ou  squales,  et 
les  poissons  ganoïdes.  11  n'y  aurait  donc  pas 
là  une  confirmation  \  car,  bien  qu'il  manque 
encore  les  oiseaux  et  les  mammifères,  plus 
complets  que  les  reptiles  et  les  poissons,  les 
deux  classes  représentées  n'en  suivraient 
pas  moins  une  marche  tout  opposée.  En 
effet,  les  reptiles  de  ce  premier  âge  sont  les 
sauriens,  ccriainement  bien  supérieurs  en 
organisation  aux  reptiles  ophidiens  ou  ser 


pents,  dépourvus  de  membres,  et  surloBl 
aux  batraciens,  soumis  à  des  métamorpbeses 
et  qui  ne  paraissent  que  bien  plus  tard.  Les 
poissons  de  celte  première  époque  appar- 
tiennent aux  plaeo'ides  ou  squales,  les  plus 
parfaits  des  poissons,  comme  l'a  reconnu 
M.  Duvernoy,  et  aux  ganoïdes,  évidemment 
supérieurs  aux  pleuronecloïdes  non  symé- 
triques ,  qui  ne  se  montrent  que  dans  les 
dernières  périodes  géologiques.  On  voit  qw 
deux  classes  sur  quatre,  dans  les  animaux 
vertébrés,  n'ont  pas  suivi,  dans  leur  instant 
d'apparition  sur  la  terre,  comparée  à  la  per- 
fection de  leurs  organes,  une  marche  en 
rapport  avec  la  perfection  croissante  de  ces 
organes,  puisque  les  plus  parfaits  se  mon- 
trent les  premiers.  Nous  allons,  avant  de 
conclure,  scruter  les  âges  postérieurs,  afin 
d'y  chercher  des  confirmatiORS  ou  des  coû- 
tradictions. 

En  remontant  dans  les  terrains  qui  ont 
succédé  aux  terrains  paléozoïques,  les  ter- 
rains triasiques,  ou  seconde  grande  période 
de  Tanimalisation,  nous  présentent  Tordic 
des  oiseaux  échassiers,  et  celui  \\^s  reptiles 
chéloniens.  Il  est  curieux  de  voir  déjà,  dans 
une  époque  si  reculée»  arriver  des  oiseaux, 
animaux  aériens  par  excellence,  et  surtout 
de  voir  encore  les  reptiles  chéloniens,  les 
plus  parfaits  de  cette  série,  apparaître  long- 
temps avant  les  ordres  les  plus  imparfaits. 
Les  terrains  jurassiques  n'ofTrerrt  pas  d'or- 
dres nouveaux;  les  lerrains  crétacés  pr^ 
sentent  1  ordre  d'oiseaux,  les  palmipèdes, 
et  2  ordres  de  poissons,  les  cycloîdes  el 
les  cténoïdes,  moins  parfaits  que  les  poissons 
des  lerrrains  paléozoïijues.  L'est  donc  arec 
la  cinquième  grande  période,  dans  les  ter- 
rains tertiaires,  les  derniers  avant  notre  éço- 
quc,  qu'ont  paru  tous  les  autres  ordres  d'a- 
nimaux. Les  ordres  d'oiseaux  ne  sept  pis 
plus  parfaits  que  ceux  du  second  ilj^'edu 
monde;  les  ordres  des  reptiles,  les  ophidiens 
et  les  batraciens,  sont  assurément  les  der- 
niers en  perfection  dans  cette  classe.  L'onire 
des  poissons,  les  pleuronecloïdes,  est  ausîi 
le  dernier  des  poissons,  puisqu'il  renferme 
lès  poissons  non  symétriques  dans  leurs 
parties.  On  voit  donc  que,  survies  i  classes, 
depuis  la  première  période  géologique  jus- 
qu'à présent,  il  y  en  a  2,  les  reptiles  el  les 
poissons,  qui,  au  lieu  de  marcher  dans  ces 
âges  des  plus  imparfaits  aux  plus  parfaits- 
ont  montré  les  plus  parfaits  les  premiers, 
les  moins  parfaits  dans  les  derniers,  en  sui- 
vant une  marche  entièrement  opjwsée  au 
perfectionnement  successif  des  organes»  et 
que  la  classe  dos  oiseaux  est  restée  slalion- 
naire  depuis  la  seconde  grande  époque  du 
monde  animé.  11  n'y  i^urait,  en  conséquence, 
de  favorable  au  perfectionnement  successif 
des  titres  que  les  mammifères,  qui,  effecti- 
vement les  plus  parfaits  dès  animaux  verté- 
brés ,  ont  tous ,  à  rexceptiôn  de  Tlioiuîn*'» 
spécial  k  notre  époque,  paru  seulement  dans 
la  dernière  période  géologique  qui  nous  a 
précédés  sur  la  terre.  Tels  sont  les  résultats 
relatifs  b  l'instant  d'apparition;  néanmoins 
les  piammifères  nous  offrent  encore  des  ex* 


«ili 


PHT 


ET  DE  PALEœ«TOLOGIB. 


PUT 


ffl4t 


cepliooSf  puîsqu*ils  ont  2  ordres  :  les  pachj- 
Jermes  et  les  é<ientés,  dans  une  période 
•iëcroissante  de  développement  de  formes 
zoologiques,  ce  qui  prouve  que  le  perfec- 
tionnement des  oi^anes,  dans  Tordre  chro- 
nologioue  des  périodes  géologiques,  n'est 
général,  pas  même  pour  Tensemble  des 
maramifières. 

En  nous  résumant  sur  Tinstant  d'appari- 
tion dans  les  âges  du  monde  des  ordres  d'a- 
nimaux comparés  à  la  perfection  de  leurs 
organes,  à  l'embrauchement  dont  ils  dépen- 
dent, nous  arrivons  aux  résultats  suivants  : 
1*  Les  quatre  embranchemenls  de$  animaux f 
dans  l'ordre  chronologtoue  des  âges  du 
monde,  n'ont  pas  marché  suivant  le  degré 
comparatif  de  la  perfection  de  leurs  organes, 
mais  bien  sur  quatre  lignes  parallèles,  tout 
à  fait  indépendantes  les  unes  des  autres. 

2*  Lêi  elasstM  d'animaux  sont  à  l'exception 
de  deux  sur  dix-neuf^  absolument  comme 
les  embranchements  :  elles  ont  marché  pa- 
rallèiement,  et  non  successivement  dans  les 
â^es  du  monde. 

^  Cette  marche  particulière,  parallèle  et 
non  successive  dans  l'ordre  chronologique, 
pour  chaque  embranchement  et  pour  chaque 
classe,  est  tout  à  fait  contraire  au  systèmedu 
{perfectionnement  général  des  organes,  en 
allant  du  premier  âge  du  monde  vers  l'épo- 
que acluelle. 

4*  L*ac.^x>rd  du  degré  croissant  de  perfec- 
tion des  organes,  en  marchant  des  premiers 
éges  du  monde  jusqu'à  l'époque  actuelle , 
loin  d*être  la  règle  constante,  conmie  on 
avait  pu  le  croire  en  étudiant  les  animaux 
mammifères,  n'est,  au  contraire,  qu'une 
faible  exception  à  la  marche  parallèle  géné- 
rale, et  qui  n*a  pour  base  que  l'arrivée 
tardive  sur  la  terre  de  l'ordre  des  mammi- 
fères. Cet  accord  même,  sous  ce  rapport, 
n'existerait  que  |K)ur  un  dix-neuvième  de 
l*enscmble  des  classes. 

5*  Il  résulterait  encore  de  ce  qui  précède , 
que  les  animauxr  loin  de  perfectionner  suc- 
cessivement leurs  organes,  et  de  passer  par 
Cous  les  degrés  de  perfection  dans  les  â^es 
du  monde ,  ont  souvent  à  cet  égard  moins 
t^agné  que  perdu  dans  quelques  embranche- 
îiients,  ou  sont  au  moins  restés  stationnaîres, 
ce  qui  exclut  tout  à  lait  la  marche  croissante 
l^énérale  du  simple  au  composé  dans  Je 
Jours  des  âges  géologiques. 

li  nous  reste  pourtant  à  expliquer  une 
contradiction,  à  la  vérité  plus  spécieuse  que 
réelle,  qui  pourrait  naître  de  la  comparai- 
son de  tous  les  résultats  basés  sur  les  carac- 
Lèrt'S  zoologiques  généraux  des  êtres  avec 
les  chiffres  des  genres  qui,  sans  avoir  égard 
I  ces  caractères  généraux,  se  trouvent  dans 
chaque  classe  d  animaux.  Les  classes,  con- 
»idérécs  suivant  le  nombre  des  genres,  mon- 
renty  en  effet,  quatre  classes  sur  dix^neuf 
|uî,  même  par  les  chiffres,  sont  toujours  en 
léeroissance  de  nombre  de  genres,  depuis 
les  époques  géolO;;iques  plus  ou  moins 
inrîennes  jusqu'à  présent  :  ce  sont  les  mol- 
usq ues  cephaloiH)des,  brachiopodes,  brjo^ 
maires,   et  les ' amorphozoaires.   Celles-ci 


sont  encore  en  rapport  direct  avec  les  con- 
clusions précédentes  qu'elles  viennent  cor- 
roborer. Les  autres  classes  vont,aucontraire, 
en  croisant  de  nombre,  de  genres,  des  âges 
les  pins  anciens  vers  l'époque  actuelle,  et 
pourraient  faire  croire  à  une  marche  géné- 
rale croissante  dans  l'organisation.  Toutes 
les  conditions  dans  lesquelles  nous  sommes 
entré,  relativement  aux  caractères  zooiogi- 
ques  les- plus  importants,  prouvent  que  ces 
genres  plus  nombreux  ne  dénotent  point 
une  marche  croissante  dans  la  perfection  des 
organes ,  mais  seulement  une  plus  grande 
multiplicité  de  légères  modiflcations  dans 
les  détails  de  formes  des  parties  peu  impor- 
tantes de  l'organisation.  Ces  modifications 
génériques  résident,  en  effet,  dans  la  place 
et  dans  la  forme  des  dents ,  des  pieds,  dans 
Ja  forme  du  corps  et  des  nageoires  des  ani- 
maux vertébrés ,  dans  la  configuration  et 
les  détails  d'anneaux  du  corps,  des  pattes 
et  des  antennes  des  animaux  annelés  ;  dans 
la  forme  et  la  répartition  des  parties  diver- 
ses des  coquilles ,  des  mollusques  et  ûes 
échinodermes  ;  dans  le  racde  aagrégalion 
des  individus;  dans  les  détails  de  distribu- 
tion des  parties  solides  chez  les  animaux 
rayonnes;  enfin,  toujours  dans  des  caractè* 
res  bons  pour  distinguer  des  genres,  mais 

2ui  n'ont  point  de  valeur  zoologique  plus 
levée  dans  l'organisme  général.  On  voit 
donc,  en  dernière  analyse ,  que  le  nombre 
des  genres,  plus  considérable  jiour  quelques 
classes  d'êtres,  est  tout  à  fait  indépendant 
du  perfectionnement  des  organes,  et  ne  peut 
en  rien  modifier  les  résultats  généraux  ob^ 
tenus  par  l'organisation  même  comparés^ 
dans  toutes  les  séries  zoologiques 

I  IV.  —  Kecherchet  physiologiquet  sur  les 
milieux  d'existence  des  animaux  dans  les 
dges  géologiques. 

Il  est  une  question  physiologique  de  la 
plus  grande  importance,  et  que  peut  seule 
résoudre  l'étude  des  animaux  fossiles  ense- 
velis dans  les  couches  terrestres.  Cette  Ques- 
tion est  celle  de  savoir  si  les  divers  organes 
des  animaux  les  plus  anciens  sont  restes  les 
mêmes  depuis  le  commencement  du  monde, 
ou  s'ils  se  sont  modifiés  par  suite  de  chan- 
gements de  milieux  d'existence  ;  ou ,  en 
termes  directs  :  les  animaux  les  plus  anciens 
sur  le  glot>e  étaient-ils  plus  simples  de  com- 
position que  ceux  d'aujourd'hui,  et  se  sont-ils 
perfectionnés  à  mesure  qu'ils  approchaient 
de  nous?  Peut-être,  en  comparant  les  ordres 
entre  eux,  dans  les  recherches  précédentes, 
avons-nous  déjà  péremptoirement  prouvé 
que  le  perfectionnement  successif  des  êtres 
n'existe  réellement  pas  dans  Tensemble  ;  car 
il  est  certain  que  si,  comme  nous  le  trou- 
vons, les  classes  d  animaux  ont ,  à  très-peu 
d'exceptions  près,  marché  parallèlement,  et 
non  successivement,  dans  les  âges  du  monde, 
c*est  que  les  organes  de  ces  classes  étaient, 
au  commencement  de  l'animalisation,  aussi 
jarfoits  qu'à  l'époque  actuelle. 

Pour  cnercher  à  liécouvrir  les  causes  |4iy^ 


ff0i3 


PHY 


DSCTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


MIT 


m 


siologic^ncs  am  ont  pu  déterniiner  la  règle 
jjçéii"érale<îl  les  exceptions  que  nous  avons 
signalées  dans  la  marche  successiYe  de  Ta- 
niinalisation  <i  la  surface  de  la  terre,  dei^uis 
les  temps  géolo^^iqucs  les  plus  reculés  jus- 
qua  nos  jours,  nous  allons  nous  occuper 
lies  organes  de  ces  aniraaui  fossiles.  L'or- 
gane de  la  respiration  étant,  entre  tous,  par 
M  nature  même,  par  sa  grande  susceptibi- 
lité, le  plus  im|:orlant,  puisqu'il  se  trouve 
toujours  en  rapport  direct  avec  les  milieux 
d existence,  nous  en  ferons  la  hase  princi* 
pale  des  recherches  qui  vont  suivre. 

Les  difFérenls  modes  de  respiration  chez 
les  animaux  peuvent,  en  raison  de  leur  de- 
gré croissant  de  perfection,  se  diviser  en 
uuatre  séries  : 

V  Respiration  sans  organe  spécial  ; 

2*  Respiration  dans  Peau  par  des  bran- 
chies; 

3^  Respiration  aérienne  par  des  trachées  ; 

4*  Respiration  aérienne  par  des  poumons. 

Des  animaux  marins. 

Rêêpiralion  sans  organe  spécial,  —Si  nous 
commençons  par  les  animaux  marins  les 
plus  simples  dans  leur  composition  ,  ceux , 
par  exemple,  qui,  au  lieu  d'avoir  un  organe 
j^pécial  destiné  à  séparer  {\qs  eaux  de  la 
mer  l'oxygène  nécessaire  h  leur  existence, 
paraissent  se  Tappropricr  directement  par 
♦livcrscs  parties  externes  de  leur  corps, 
nous  verrons  que  les  êtres  ainsi  conformés 
appartiennent  aux  dernières  classes ,  et  seu- 
lement h  Tembranchement  des  animaux 
rayonnes.  £n  jetant  les  yeux  sur  notre  ta- 
bleau de  la  répartition  des  classes  d'ani- 
maux à  la  surface  du  globe,  depuis  le  com- 
mencement de  lanimalisalion  jusqu'à  Té- 
f>oque  actuelle»  on  peut  s'assurer  qu'avec 
es  terrains  paléozoïques,  première  grande 
période  des  âges  du  monde,  ap()araissent 
les  classes  des  amorphozoaires,  des  forami- 
liifères,  des  zoophvles  et  des  échinodermes, 
qui,  à  différents  degrés  de  perfection,  ren- 
trent dans  cette  première  série.  Nous  avons 
donc,  dès  celte  première  époque,  des  repré- 
sentants de  toutes  les  classes  d'êlres  qui 
respiraient  sans  organe  spécial,  et  aucune 
modification  nouvelle  ne  se  montre  aux  pé- 
riodes postérieures  de  l'histoire  du  globe. 

En  poussant  plus  loin  nos  com|)araisons, 
pour  nous  assurer  si  les  milieux  (rcxislenie 
sont  toujours  resti'S  les  mômes ,  descen- 
dons jusqu'aux  genres  qui,  par  leur  persis- 
tance, peuvent  nous  donner  la  preuve  (pie 
les  organes  des  êtres  de  celte  première  ani- 
malisation  sont  identiques  aux  organes  par 
lesquels  respirent  encore  les  êtres  de  la 
môme  série.  Les  amorphozoaires  leslacés 
des  terrains  paléozoïques  ne  «liiïèrent  que 
par  leur  forme  ou  par  leur  tissu  des  anu>r- 
phozoaires  des  mers  actuelles.  Le  genre  fu^ 
sulinoy  représentant  des  foraminifères  dans 
,  CL» Ito  première  période  de  ranin»alisalion,  est 
très-voisin  des  nonionina^  sironnnunesdans 
nos  océans;  les  zoophytes  se  irouvenl  abso- 
lument dans  le  môme  ca^.  Quant  aux  échi- 
u.jdermes,  nous  voyons  paraître    avec  la 


l>renjière  période,  tous  les  principaux  lyies 
(ic  formes  et  de  caractères  i\^  genres  de 
rrino'idos ,  d'astéroïdes  et  d'ophiuitndcs, 
voisins  des  genres  actuellement  vivants,  h 
môme  avec  eux,  parmi  les  échinides ,  le 
genre  cidaris^  contem^iorain  de  celle  pre- 
mière période  d'existence  qui  a  traversé 
toutes  les  énoqucs  du  monde  jusqu'aux 
océans  actucis. 

De  ce  qui  précède ,  ne  peut-on  pas  coo. 
dure  que  les  animaux  marins  sans  organe 
spécial  de  la  res|Hraiion  sont  nés,  soos 
toutes  les  forme?,  avec  \qs  premiers  âges  du 
monde;  qu'ils  n'ont  rien  changé  à" leurs 
organes  depuis  celle  époque  rcnrulée;  que 
leur  or;^anisation  d'aujourd'hui  est  ian;ê(ufi 
que  celfe  d'alors,  et  (jue  les  genres  de  celle 
première  période  élaicnt  iflenliquesou»n.v 
iogues  à  ceux  de  nos  jours?  Ne  iiourraiwn 
()as  encore  en  détiuirc  mic  les  cnmlilians 
d'existence  sont  restées  ws  mêmes  ilcpuis 
le  commencement  <lu    monde  anime,  rt 

3 u'aucun  changement  ne  paraît  avoir  anuné 
0  modilication  ur^^anique  appréciable  {h\% 
les  caractères  des  èlres  marins  de  ceUc  si- 
rie? 

Respiration  dans  reaupar  des  (•raarftiVi.- 
EssenlieUemeot  marins  ou  des  eaux  (loure^s 
ces  êtres  pourvus  de  branchies  comprcnneul 
|)res(pie  tous  lesanimaux  mollusques;  [)arim 
les  animaux  annelés,  les  crust£.cés,  les  ao- 
nelides  et  les  cirrhipèdes;  et  lariui  les  ani- 
maux vertébrés,  tous  les  poissons.  Quoiquo 
appartenant  aux  trois  pre^niers  emhranciie- 
ments,  ces  êtres  respirent  de  la  même  ma- 
nière, c'est-à-dire  qu'à  l'aiile  de  branchies, 
îrès-diverses  de  formes,  suivant  les  classes, 
ils  puisent  dans  l'eau  l'oxygène  néccs>aircà 
leur  existence. 

Nous  trouvons,  dans  les  terrains  paléow'i- 
ques,  les  premiers  du  monde  annius  des 
mollusques  céphalopodes,  des  gasi6ro|VHK 
des  lamellibranches,,  des  Lrndiiopodes  li 
des  bryozoaires;  des  crustacés,  desann^- 
lides,  des  cirrhipèdes  et  dos  poissons;  ou, 
en  un  mot,  des  représentants  de  toutes  Tes 
classes  d'êtres  respirant  au  sein  des  mers 
par  des  branchies.  En  remontant  (Jans  ks 
cV^es,  nous  ne  voyons  apparaître  aucune  ra^ 
dification  nouvelle,  et  la  zoologie  actuellr, 
qui  respire  |)ar  des  branchies,  apparlicnlaus 
mêmes  classes  que  la  zoologie  de  la  jff- 
niièrc  animalisalion  du  globe.  L'ensemble 
devrait  donc  faire  croire  que  les  concilions 
d'existence  n'ont  pas  changé,  puisque  les 
organes  de  la  respiration  sont  rcslés  k-î 
mêmes;  mais  pour  démontrer  cette  vérik'. 
nous  n'avons  ciu'à  consulter  les  genres. 

Les  genres  Je  mollusques  des  terrains  pa- 
léozoïques nous  présentent,  parmi  les  ce- 
phalopo<les,  le  genre  nautiius^  qui  exi^^^ 
encore  aujourd'hui,  et  beaucoup  d'autri-^ 
Irès-voisins  de  celui-ci.  Parmi  les  gaslén'f''- 
des  de  cette  première  époque  du  monde 
aninié,  nous  avons  ik  genres  :  les  ^(^(^^"^ 
tarbo^  slomalia^  hclcion^  vaginelia^  wff^'^' 
cnpnias^  pilonciius^  irochns^  phasiantlk 
{/f«//i//n/«,  cnliwa^  fissureliOf  chilon  cl  f*'* 
lonfKûy.  communîvdans  les  mers  tic  celle  |»n:' 


luri 


MIT 


ET  DE  PALEONTOLOGIC. 


rat 


ilii 


œîèrc  épo  ]uo,  qui  ont  trarersë»  sans  infer^p 
ruption,  tous  les  â^^es  posié.icurs  jiis<fa*à 
notre  ép^)  |uo.  Parmi  les  lamellibranche?, 
nous  arons  18  genres  qui  se  trouvent  dans 
le  même  cas  :  les  genres  lyonsia^ptrivloma^ 
iedoj  cypri^  ardia^  nuculcy  arca^  avUula^  car^ 
dium,  pholadomya,  analina^  luciiia^  mytilus^ 
pecien^  sclemya^  isccardia^  pinna^  panopœa 
et  osîrea.  Parmi  les  braoliiopoJes  %  genres  : 
lingula^  cranta^  hemiihyris  et  ierebratula 
qui  ont  suivi  la  même  marche,  ainsi  que 
3  genres  de  bryozoaires*  poiyirema,  cerio-- 
poraei  relepera.  Les  mollusques  nous  don* 
neraient  donc  ki  genres  qui,  déjà  nombreux 
en  esf;èees,  ont,  depuis  la  première  période 
de  Tanimalisalioudu  globe  «  continué  d  exi»* 
ter  à  toutes  les  époques  géologiques  aucces- 
sives,  et  sont  encore  aussi  répandus  dans 
les  mers  actuelles  qu*iîs  l'étaient  dans]  ori- 
gine. 

Les  animaux  annelés  nous  montrent» 
parmi  les  crustacés  de  la  première  animali* 
salion,  des  genres  peu  différents  des  êtres 
actuels  ;  et  parmi  les  annélides,  les  ^nrcs 
serpula  eispirorbis^  tout  à  fait  identiques» 
dans  les  terrains  paléozoiqucs,  aux  mêmes 
genres  si  communément  ré|»andtts  au  sein 
(le  nos  mers. 

Les  animaux  vertébrés  nous  offrent,  chez 
les  poissons  des  terrains  paléozoïques,  des 
genres  |ieu  ditTérents  de  formes  et  de  carac- 
tères, et  qui,  à  Texception  peut-être  de  la 
Cfinii^uration  des  écailles  ani  les  recouvrent» 
avaient  les  mêmes  branciiics  et  les  mêmes 
caractères  organiques  que  les  poissons  d  au- 
jourd'hui. 

£n  résumé,  à  la  question  qu*on  pourrait  se 
faire  de  savoir  si  les  êtres  marins  ont  changé 
de  nature,  s'ils  se  sont  perfectionnés  depuis 
les  premiers  â^^es  du  monde  animé  jus(iu*à 
présent,  on  peut  répondre,  sans  aucune 
crainte,  par  la  négation  la  plus  absolue  :  car 
ees  genres  primitifs  ou  les  genres  voisins  de 
ccu.\-ci,  qui  ont  encore  des  représentants, 
prouvent  qu'ils  avaient,  lors  de  la  première 
animalisation»  les  caracti-res  organiques 
qu'ils  conservent  encore;  qu'ils  ne  sont  pas 
perfectionnés»  que  les  milieux  d'existence 
cle  cette  époque  étaient  les  mêmes  que  les 
BÔIr^s»  et  que  dès  lors  aucun  grand  chan- 
gement n'a  eu  lieu  q^iant  aux  éléments  de 
vitalité  que  les  êtres  trouvaient  à  cette  épo- 
que, dans  les  mers,  et  qu'ils  trouvent  encore 
dans  les  nôtres. 

Des  animaai  terrestres. 

Les  animaux  terrestres  continentaux  ou 
rÎTerains,  qui  respirent  autrement  que  par 
des  branchies,  appartiennent  ph^siologi- 
nuement  à  deux  modes  de  respiration  pure- 
ment aérienne  :  la  respiration  trachéenne  et 
la  respiration  pulmonaire. 

Bespiralion  aérienne  par  des  trachées.  — 
Moins  [:arfait  que  la  respiration  pulmonaire, 
ce  moJe  de  respirati(»n  est  spécial  à  la  classe 
des  insectes  et  à  quelques  arachnides.  Si 
nous  le  cherchons  dans  les  terrains  paléozoï- 
ques,  nous  trouverons  qu  il  y  était  parfaite- 
ment représenté.  On  y  a  découve^,  en  effet» 


des  insectes  coléO}2tèrcs,  orthoptères  et  né* 
vroptères.  Coratne  ces  insectes  dépendent 
des  mêmes  genres  ou  apiiartiennent  à  des 
(genres  très-voisins  de  ceux  oui  existi*nt  au<» 
jourd'hui,  on  doit  croire  que  les  coléoptères» 
\es  né  vroptères  et  les  orthoptères  de  ces  an- 
ciens temps  devaient  avoir  absolument  la 
même  organisation  oue  les  genres  de  ces 
classes  qui  couvrent  les  continents  actuels^ 
On  arriverait  donc  à  c<inc1ure,  pour  les  ani- 
maux terrestres,  qui  respirent  au  moyen  de 
trachées,  comme  pour  les  animaux  marins» 

!|uc  les  organes  des  insectes  ne  sont  pas  per- 
ectionnés  ;  que  cette  classe  au  berceau  du 
monde  animé  était  ce  qu'elle  est  encore  ;  que 
pour  elle  les  milieux  d'existence  terrestre 
ont  toujours  été  les  mêmes,  depuis  la  pre- 
mière animalisation  du  globe  jusqu'à  pré-* 
sent. 

Respiration  aérienne  par  des  poumons.  — « 
Ou    trouve  ce  mode  de   resjuration  dans 
trois  eml>rahchements  :  chez  les   animant' 
annelés,  chez  les  animaux   mollusques  et 
chez  les  animaux  vertébrés. 

Respirant  par  des  poches  pulmonaires»  les 
animaux  annelés  des  anciennes  époques  géiv- 
lo^iques  dépendent  des  arachnides.  On  voit» 
en  effet,  dans  l'étage  ca.''boniférien,  Tun  iles 
quatre  des  terrains  paléozoïques.  les  pre- 
miers du  monde  animé»  apparaître  unaïa- 
chnidesi  voisin  du  scor|)ion,  qu'il  est  impos^* 
sible  de  douter  qu'il  n'eût  en  tout  la  même 
organisation  que  les  srorpionsd'aujourd'Kci; 
ce  qui  fiorterail  à  croire  qu'il  a  vécu  dans  des 
milieux  d'existence  identiques.  Ces  conclu- 
sions nous  amèneraient  aux  mêmes  résul- 
tats que  (K>ur  les  animaux  marins  respirant 
par  des  branchies»  que  pour  les  animaux 
terrestres  doués  de  la  res|'.iration  trachéenne. 

Considérés  sous  le   ra|>p<irt  de  leur  âge 

Féoiogique,  les  animaux  vertébrés,  respirant 
air  au  moyen  de  véritables  poumons,  se 
montrent  dans  les  terrains  fialéozoiques» 
les  premiers  du  monde,  sous  la  forme  de 
sauriens,  certainement  les  plus  parfaits  des 
reptiles.  On  voit  encore,  à  la  seconde  époque 
du  monde  animé,  apparaître  dans  les  ter- 
rains triasiques»  avec  les  leptileschéloniens 
ou  tortues,  les  premiers  représentants  des 
oiseaux  qui,  de  tous  les  êtres»  ont  le  sys- 
tème pulmonaire  le  plus  dévelopf»é.  On  doit 
donc  croire  qu'à  ces  ép«)ques  reculées,  les 
milieux  d'existence  dans  lesquels  vivaient 
les  oiseaux  et  les  reptiles  respirant  l'air  en 
nature  par  des  poumons,  étaient  peu  diffé- 
rents des  milieux  d'existence  actuels  ;  ce  qui 
amène  naturellement  à  penser  qu'alors  la 
composition  de  l'air  était  peu  différente  de 
celle  que  nous  lui  connaissons  aujouni'hui. 
Les  conclusions  seraient  encore  ici  les 
mêmes  que  pour  les  autres  modes  de  res|n- 
ration ,  et  nous  aurions  des  résultats  iden- 
tiques sur  tous  les  différents  modes  de  res- 
piration, ou  pour  18  classes  d'êtres  sur  19. 
Examinons  maintenant  l'exception  remar- 
quable oui  a  pu  faire  supposer  que  les  con- 
ditions d'existence  se  sont  modifiées  dans  les 
^^es  du  monde;  supposition  Iwisée  seule- 
ment sur  l'arrivée  taalive  de  la  classe  des 


IU7 


PHY 


W  COSMOGONUC 


MIT 


m 


mammifères  et  des  moHosques  terrestres 
respirant  par  des  iioumons.  Diaprés  les  don- 
nées cerlaiiies  de  la  science,  les  mammifères 
qui  ne  laissent  aucun  doute  (802),  D*ont 
commencé  à  se  montrer  qu*ayec  les  terrains 
tertiaires,  à  )*époque  qui  nous  a  précédés 
sur  la  terre. 

Ces  quelques  genres  de  mollusques  ter- 
restres parus  tardivement  à  la  surface  du 
globe  ont-ils  des  organes  de  respiration  plus 
parfaits  que  les  autres  animaux  qui  se  sont 
montrés  avec  la  première  animalisation? 
L'organisation  des  cydostoma  est  identique 
à  celle  des  gastéropodes  peciinibranches. 
JjQS  hélices  ou  limaçons  ne  diffèrent  égale- 
ment que  très-peu,  sous  ce  rapport,  des  gas- 
téropodes marins,  et  dans  aucun  cas,  ne 
sont  plus  parfaits  que  les  autres  mollusques. 
Il  en  résulte  que  ce  serait,  dans  une  série 
d*étres  déjà  très-développée,  depuis  les  pre- 
miers âges  du  monde,  une  légère  modinca- 
tion  des  organes  de  la  respiration,  mais  non 
pas  un  periectionnement  de  ces  mômes  or- 
ganes. 

^  La  seule  exception  réelle  consiste  dans 
TarriYée  tardive  sur  la  terre,  et  seulement 
à  répoquc  des  terrains  tertiaires,  des  mam- 
mifères, les  filus  parfaits  des  animaux.  Cette 
exception  indépendante  du  mode  de  respi- 
ration, puisque  la  respiration  par  des  pou^ 
mODS  existe  dès  la  première  grande  période 
de  Tanimalisalion,  dépend-elle  de  change- 
ments de  milieux  d'existence,  et  doit-elle 
modifier  les  conclusions  relatives  aux  autres 
classes  d^Mres?  C*est  ce  que  nous  allons 
chercher  à  éolaircir. 

Si  c*est  un  changement  de  milieux  d*exis- 
tence  qui  a  déterminé  Tapparition,  à  ré(>o- 
quedes  terrains  tertiaires  seulement,  des 
mammifères,  les  plus  parfaits  des  animaux, 
ce  changement  a  dû  influer  également  sur 
toutes  les  autres  organisations  zoologiques. 
Quand  on  jette  les  yeux  sur  tous  nos  ta- 
bleaux d'ordres  séparés,  ou  même  sur  notre 
tal»leau  général  des  orJres,  on  reconnaît  qu  à 
Texception  des  mammifères,  la  marr:he  des 
changements  et  des  remplacements  succes- 
sifs des  genres  à  chaque  époque  géologique, 
n  a  pas  été  plus  considérable  à  la  Gn  des 
terrains  crétacés  qu'aux  périodes  antérieu- 
res. On  pourrait  donc  croire  qu'il  n'y  a  pas 
eu  de  causes  différentes.  D'ailleurs,  quand 
on  voit  que  300  genres  ou  formes  animales 
de  toutes  les  classes  et  de  tous  les  modes  de 
respiration,  qui  existaient  dans  les  terrains 
c  rétacés,  se  sont  continués,  avec  les  mêmes 
caractères  zoologiques,  dans  les  terrains  ter- 
tiaires où  apparaissent  les  mammifères,  il 
est  impossible  d'admettre  qu'une  i)rofonde 
modiflcation  dans  les  éléments  vitaux  que 
contient  l'atmosphère,  en  soit  la  véritable 
cause.  Cette  modification  dans  les  éléments 
de  la  vitalité,  favorable,  en  effet,  à  l'appa- 

(802)  Nous  ne  parlons  pas ,  à  propos  des  niam- 
iniféres,  des  animaux  fossiles  de  Stonesfield ,  dont 
on  n»î  connaii  que  les  mâchoires  inférieures  ;  car, 
jusqu'il  ce  qu'on  trouve  d  autres  pièces  du  sque< 
ietlf»,  nous  les  considérons  comme  des  reptiles  il 
Bwchoic  ariiuléc  par  des  condvlcs,  plutôt  qu« 


ritioQ  des  mammifères,  aurait  é.^alementdà 
influer  sur  les  caractères  organiques  de  ees 
iroiM  cents  formes  animales  préexistaotes: 
ce  qui  n'est  pas,  puisqu'ils  sont  restés  les 
mêmes.  Comme  on  ne  peut  attribuer  le  re- 
tard de  Tarrivée,  sur  la  terre,  des  mammi- 
fères et  des  mollusques  terrestres  à  aueooe 
cause  ptiysique  également  marquée  pour 
les  autres  êtres,  on  doit  croire  qu'il  n'est  pis 
dû  h  un  changement  de  milieux  d'existence, 
mais  qii'il  dépend  de  la  même  puissance 
créatrice  qui,  avant  cette  époque,  sans  qu'aor 
cune  autre  cause  physique  puisse  être  invo- 
quée, avait  déjà  tant  de  fois  repeuplé  les 
mers  et  les  continents  de  ses  nombreux  ini* 
maux. 

Nous  croyons  encore  que,  dans  aucun 
cas,  l'apparition  tardive,  sur  la  terre,  des 
mammifères  et  des  mollusques  pulmonéSi 
ne  peut  modifier  les  conclusions  générale» 
relatives  à  18  classes  sur  19.  En  conséquencci 
nos  conclusions  définitives  sont  les  sui- 
vantes : 

1*  Si  le  perfectionnement  pr(^ressif  exis- 
tait, ou  devrait  trouver  tous  les  animaoi 
sans  organe  spécial  de  respiration,  avec  les 
premiers  âges  du  monde,  et  les  autres  de- 
vraient paraître  successivement,  suivant 
leur  degré  de  perfection  ;  mais,  au  contraire, 
tous  les  modes  différents  de  respiration  a^ 
rivant  à  la  fois  sur  la  terre,  on  en  doit  con- 
clure que  ce  perfectionnement  progressif 
n'existe  pas. 

2*  Que  nous  comparions  entre  elles  les 
périodes  croissantes  ou  décroissantes  de 
développement  de  formes  zoologiques;  qne 
nous  comparions  l'instant  d'apparition  des 
ordres  d'animaux  à  la  perfection  de  leurs 
organes;  ou  que  nous  prenions  pour  base 
de  nos  recherches  comparatives  les  déduc- 
tions physiologiques  tirées  du  mode  de  res- 
piration des  animaux,  nous  arrivons  tou- 
jours aux  mêmes  résultats  négatifs,  relati- 
vement au  perfectionnement  successif  des 
êtres  dans  les  Ages  du  monde.  Nous  devons 
donc  accepter  ces  résultats  comme  défini- 
tifs. 

3*  Aucune  moditication  appréciable  n'exis- 
tant dans  les  organes  de  la  respiration  des 
êtres,  depuis  les  époques  les  plus  anciennes 
jusqu'à  répoque  actuelle  ;  un  erand  nombre 
de  genres  ayant  toujours  existé  avec  les  mê- 
mes caractères,  depuis  la  première  animali- 
sation du  globe  jusqu'à  présent,  on  doit 
croire  que  les  éléments  vitaux  n'ont  pas 
changé,  et  que  les  milieux  d'existence  sont 
restés  les  mêmes  sur  les  continents  et  ûb^ 
les  mers. 

k''  Les  milieux  d'existence  étant  toujours 
restés  les  mêmes,  sur  les  continents  et  dam 
les  mers,  aucun  changement  de  ces  roilicuî 
d'existence  na  pu«  des  lors,  influer  su* 
l'extinction  et  sur  le  renouYellement  du 

comme  de  véritables  mammifères ,  entourés  qa*it^ 
sont  dans  les  couches  qui  les  renferment,  d'nss^ 
ments  de  reptiles  scuK*meiit,  ei  non  d'osseinenU  * 
mammifères.  Dans  tous  les  cas ,  si  celte  oiàcitoif* 
appartient  réellement  aux  mamniirères,  resceptPM 
roeme  dispaMt  pour  cette  classe. 


II 


!49 


PHY 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PHY 


«M 


faunes  surccssives,  qae  nous  Tojons  se 
remplacer  tant  de  fois»  h  la  surface  du  glolie, 
Jepuis  la  première  animalisation  jusqu'à 
réj'oque  actuelledernîère.  Conclusion  d'une 
immense  |>ortée  dans  Thistoire  chronolo- 
gique du  monde  ancien,  et  des  êtres  qui 
Pont  peuplé  à  toutes  les  époques  géolo- 
giques. 

I  V.  —  DéductioM  cUmatologiques  tt  géo^ 
graphiques  comparées. 

Les   considérations    spéciales   dans   les- 

3uelles  nous  sommes  entré  à  chaque  classe 
'animaui,  relatifement  aux  déductions  cli- 
matolo^ques  comparées»  et  notamment  aux 
mammifères»  aux  reptiles,  aux  poissons, 
aux  céphalopodes,  aux  çastéropixies,  aux 
Jamellitirancnes,  aux  échmodermes  et  aux 
zoophytes,  font  prévoir  quels  doivent  être 
les  résultats  généraux  auxquels  nous  devons 
arriver.  Quand,  en  eîfet,  on  scrute  tous  les 
faits  ;iart*els  exposés  à  ces  classes,  on  arrive 
i  cette  conclusion  d'une  très-haute  imfior* 
tance  en  géologie  :  qu  aux  dernières  éjio- 

3ues  qui  nous  ont  précédés  sur  la  terre,  la 
rance,  l'Angleterre,  rx\llemagne,  l'Italie,  la 
Suisse,  rEs|)a^ne,  le  Portugal,  une  partie  de 
la  Russie,  et  les  mers  voisines,  nourris- 
saient une  faune  tout  à  fait  tropicale  et  qui 
ne  se  rencontre  plus  aujourd'hui  que  sous 
la  zone  torride  ;  qu'enfin  les  zones  isother- 
mes actuelles  n'existaient  pas  sur  le  globe 
arant  notre  époque.  Pour  prouver  que  ce 
fait  n*est  |H)int  une  exception  dans  les  âges 
géologiques,  au'il  n'est  point  produit  par  le 
déplacement  oes  faunes,  comme  quelques 
auteurs  l'ont  avancé,  nous  allons  rassembler 
ici  brièvement  ouelques-uns  des  faits  sur 
lesquels  nous  fondons  l'affirmation  contraire. 
Parcourons,  sous  ce  rapport,  les  grandes 
époques  de  lanimalisation. 

A  Vépoque  des  terrains  paléoxotques.  Si 
nous  cherchons  quelle  était  la  répartition 
isotherme  des  êtres  d'après  les  connaissan- 
ces actuelles,  nous  trouvons  les  résultats 
suivants  :  Pendant  les  étages  silurien,  dévo- 
nien  et  carlioniférien ,  nous  observons  les 
mêmes  genres  et  souvent  les  mêmes  espèces 
d'animaux  dans  le^régions  chaudes  de  l'A- 
mérique méridionale,  en  Venezuela,  en  Bo- 
livia  et  des  deux  côtés  du  monde. 

L'hémisphère  austral  en  montre  au  cap  de 
Bonne-Espérance ,  anx  ties  Malouines,  en 
Tasmanie,  ou  jusqu'au  53*  de^;  l'hémî- 
sphère  boréal  en  offre  du  Mississipi  jusqu'au 
Canada,  à  Terre-Neuve,  et  jusqu'au  Spitz- 
lM*r^  et  au  80*  de  latitude  nord;  dans  l'Asie 
Mineure,  en  Espagne,  en  France,  en  Angle- 
terre, en  Belgique,  en  Autriche,  en  AÏIe- 
ina.^ne,  et  dans  la  Russie  jusqu'k  l'Oural. 
Tf^îe  ré,»artition  uniforme,  sur  le  globe,  des 
niâmes  êtres  dans  toutes  les  régions,  aussi 
bien  sous  la  zone  torride  que  près  des  pôles, 
fournira  la  preuve  que  les  lijncs  isothermes 
le  cantonnement  des  êtres  Vexistaienl  pas 
jBCore.  Il  est,  de  plus,  h  remarquer  que 
cette  faune  ainsi  répartie  est,  comparati- 
vcRienl  à  ce  que  nous  voyons  aujourd'hui 
une  faune  tout  à  fait  tropicale. 


A  répoqne  des  terrains  jurassiques.  Ncm* 
voyons,  pendant  les  étages  sinémurient 
callovien  et  oxfordien,  des  faunes  composées 
ÛQS  mêmes  genres,  et  surtout  d'un  çrand 
nombre  d'espèces  identiques,  et  toujours 
avec  le  même  caractère  tropical,  se  montrer 
sur  les  régions  chaudes,  dans  la  province  de 
Cutsch  (Indes  Orientales),  au  9*  de  latitude 
non] ;  dans  la  chainedel  flimalava,  à  Copia- 
po,  dans  la  Cordillère  des  AnJes,  au  25*  d& 
latitude  sud.  L'hémisphère  nord  offre  les 
mêmes  formes  animales  en  Asie  ^iineure,. 
en  Crimée,  en  £s|  agne,  en  lalie,  en  France» 
en  Angleterre,  en  Allemagne  et  en  Russie, 
depuis  Moscou  jusiju'au  nurd  de  l'Oural,  on 
de  la  zone  torride  jusqu'au  68*  de  latitude; 
on  voit  encore  la  répartition  uniforme  à  la 
surface  du  globe,  et  aucune  ligne  isotherme- 
ne  s'y  dessine  dans  la  distribution  des  êtres 

Îui  tous  paraissent  avoir  dépendu  de  faunes 
es  régions  chaudes. 

A  repoçue  des  terrains  crétacés.  Kous 
trouvons,  durant  les  étages  néocomien,  ap- 
tien  et  sénonien,  encore  les  mêmes  genres 
et  les  esf.èces  identiques,  toujours  avec  Tas- 
pcct  tropical,  sous  la  zone  torride  et  des 
deux  cotés  du  monde  :  dans  les  régions 
chaudes,  à  Santa-Fé  de  Bogota,  au  5*  de  la- 
titude nord,  au  Pérou,  au  Mexique,  au  nord 
du  Chili,  à  Pondichérv;  an  11*  de  latitude 
nord;  à  Java.  L'hémisphère  sud  les  montra 
an  port  Famine,  dans  le  détroit  de  Magel- 
lan, à  la  Conception  du  Chili.  L'hémisphère 
non!  les  offre  en  Amérique,  du  Texas  et  de 
la  province  d'Alabama  jusqu'au  New- Jersey  ; 
en  Afrique;   dans  l'Asie  Mineure;  en  Euro- 

fe,  en  Espagne,  en  Portugal,  en  Italie,  en 
rance,  en  Angleterre,  en  Allemagne  et  en 
liussie,  jusqu'au  56*  de  latitude  nord.  Les 
résulats  que  présentent  les  terrains  crétacés 
sont  donc  les  mêmes  que  pour  les  terrains 
précédents. 

A  Vépoque  de  terrains  tertiaires.  On  voit* 
dans  les  étages  suesM>nien,  parisien,  fala- 
nien  et  sul)apennin,  les  mêmes  genres  d'a- 
nimaux terrestres  et  marins,  et  des  espèces 
identiques  composant  des  faunes  tropicales 
bien  caractérisées,  sous  la  zone  torride  et 
des  deux  côtés  du  monde.  Sous  la  zone 
torride,  on  les  rencontre  dans  les  cavernes 
du  Brésil,  à  Payta  (Pérou)  sous  la  ligne  ; 
dans  la  province  de  Cutsch  (Indes  Orienta- 
les), dans  l'Himalaya.  L'hémisphère  austral 
les  montre  dansiez  pampas  de  Buenos-Ayres, 
en  Patagonie,  au  Chili,  etc.  L'hémisphère 
l)oréal  en  offre  aux  États-Unis,  del'Alabama 
jusqu'au  banc  de  Terre-Neuve;  en  Afrique, 
en  Asie;  en  Europe,  depuis  l'Espagne  j^us- 
qu'en  Russie.  Nous  trouverions  donc  ici  la 
même  ré;tartition  indépendante  des  lignes 
isothermes  actuelles  que  nous  avons  établies 
aux  éléments  zoologiques,  et  des  faunes 
toujours  tropicales  jusque  dans  l'étage  sub- 
a|)ennin  de  l'Astezan  qui  nous  a  précédés 
sur  la  terre. 

Depuis  le  commencement  du  monde  ani- 
mé jusqu'aux  derniers  étapes  des  terra. ns 
lorliaires,  on  voit  qu'il  a  toujours  exista,  à 
la  surface  de    la  terri^,  une  répartition  uni- 


ilSI 


PUT 


IHCTIONNAir.K  HK  COSMOGONIE 


FUT 


im 


forme  des  êtres  tout  k  iait  îiiclépondantc  des 
lignes  isothermes  actuclîcs,  et  qur  ces  dires 
rej)résentaicDl  toujours  la  faune Iropirale  la 
mieux  car(!tér!sée.  Qutiuil,  p<ir  exemple, 
tous  les  genres  d^nniinaux  nuirins  propres 
aujrtuni'liui  spécialement  à  la  zone  lorridc, 
se  reoronlrent  (Kins  les  élnj^es  tertiaires  à 
Paris,  à  Londres,  en  Touraine,  è  Vienne,  h 
Turin,  dans  TAsteziin,  a  Ca^sel,  etc.,  etc., 
jusi|u*au  52'  de  latilutie,  on  est  forcé  de  con- 
clure que,  lors(pie  CCS  founes  tropicales  nui* 
rinos  existaient  en  Europe,  ces  dill'érents 
jujinls  jouis>aicnt  d'une  température  égale 
a  la  leiopérature  actuelle  de  la  zone  tropi- 
cale. 

Nous  avons  d*al)ord  parlé  avec  intention 
des  animaux  marins  seulement,  atin  de  ré- 
pondre à  une  hy|)oiliù.se  qui  exptiauerait  la 
lirésence,  dans  lesmers  anciennes  d*£urope, 
des  anin^aux  marins  des  régions  tropicales, 
par  rinllucncc  de  courants  d'eau  chaude, 
analogues  i^  ceux  d  eau  froide  que  nous  avons 
signalés  sur  les  cotes  du  Pérou.  Nous  ne 
pouvons,  en  aucune  manière,  partager  cette 
o|)inion,  parce  que  les  courants  n'ont  qu'une 
action  partielle,  reslreinle,  et  jamais  géné- 
rale, tandis  que  nous  voyons  se  succéder 
régulièrement,  en  Europe,  dans  quatre  éta- 
i|es  &u)icrposés,  lesmètnes  faunes  tropicales; 
:e  qui  prouve  une  action  continue  et  non 
pas  exceptionnelle.  Daiileurs  une  preuve 
sans  ré|)li<|ue  nous  reste  :  Les  courants  u'eau 
chaude  ou  froide  peuvent  niodilior  la  faune 
marine,  mais  n  ont  aucune  action  sur  les 
faunes  terrestres  voisines  et  contemporaines 
où  le  soleil  exerce  partout  son  action  natu- 
relle. Nous  avons  reconnu  ce  fait  au  Pérou 
(hins  toute  sa  vérité.  Quelle  était  la  faune 
terrestre  contemporaine*  en  Europe,  des 
terrains  tertiaires  dé|K)sés  dans  les  mers 
voisines?  Elle  nous  montrait,  en  même  temps 
<pie  ces  genres  marins  des  régions  chaudes, 
sur  les  continents  «  des  singes,  des  élé- 
phants, des  girafes, des  hippopotames,  des 
tapirs,  circonscrits  aujourd*hui  dans  les  ré« 
gions  tropicales,  avec  beaucoup  d'êtres  per- 
dus, que  leurs  caractères  zoologiques  pla* 
cent  a  côté  de  ceux-ci,  comme  les  mastodon- 
tes, les  paiéotliérlum,  les  énoplolliérium,  etc. 
on  peut  en  conclure,  (pie  les  êtres  marins 
des  régions  chaudes  des  mers  tertiaires 
d'Euro|>e  sont  bien  avec  les  êtres  terrestres 
de  ces  mêmes  régions  chaudes,  qui  com- 
]ilèteiit  partout  les  faunes  tropicales.  Ainsi 
nul  tioule  c|ue,  jusqu'au  dernier  étage  (|ui 
nous  a  précédés  h  la  surface  du  globe,  Tin- 
lluence  de  la  latitude  n'ait  eu  qu'une  action 
très-limitée  et  insensible  sur  la  ré|»artitir»n 
isotherme  des  faunes  marines  et  terrestres. 

En  résumé,  des  faits  (pii  précèdent  on 
peut  tjrer  trois  conclusions  inqïortanles, 
relatives  à  la  géologie  et  à  la  marche  de  l'a- 
nimalisation  dans  les  ilges  du  pionde  : 

1*  Comme  à  toutes  les  époques  géologi* 
ques,  des  êtres  identitptes  de  formes,  ap- 
partenant à  une  même  fauYie  s|)éciale,  cou- 
vraient h  la  fois  les  rcgidus  tropicales,  les 
régions  froides  et  tempén'es  des  deux  hé- 
luisphères,  on  a  la  certitude  «pie  ces  faunes 


successives  spéciales  à  chaqua  t^e,  en  {«r* 
ticulier,  étaient  générales*  sur  le  ^lobe; 
qu'elles  y  ont  formé  autant  d*époqucs  diS' 
tinctes;  qu'elles  ne  sont  pas,  ainsi  font 
cru  quelques  théoriciens,  le  priiduit  d'an 
déplacement  successif  des  animaux  qui  les 
conqK)sent ,  au  fur  et  à  mesure  de  rabaisse- 
ment  de  la  lenmérature;  et  enlin,  qu'il  d'; 
a  pas  eu  non  j dus  des  centres  de  cr<^atioDs 
l^rliculiers,  qui  se  seraient  déplacés  d'une 
région  à  l'autre. 

2*  Comme  nous  voyons,  depuis  le  coo- 
mencement  du  monde  jusqu'au  dernier 
étage  tertiaire,  se  succéder,  régulièrement 
et  partout,  des  faunes  toujours  propres  aux 
régions  chaudes,  dans  les  mers  et  sur  les 
continents,  il  est  impossible  d'attribuer  i 
faction  de  la  tenqiéralurc  aucun  des  nom- 
breux changements  successifs  des  iaunes 
qui  ont  existé  dans  les  âges  du  globe. 

3*  Comme  i  toutes  les  époc^uesdu  inonde 
des  faunes  îles  régions  chaudes  se  sont  suc- 
cédé régulièrement,  sur  les  régions  tropi- 
cales et  sur  les  régions  tempérées  etfroides, 
jus(|u'à  l'étaj^e  suliapennin,  le  dernier  des 
terrains  tertiaires,  on  doit  attribuer  cette 
neutralisation  de  rinlluence  des  lignes  iso- 
thermes h  la  chaleur  propre  à  la  terre  qui 
aurait  maintenu  spn  intluence  sur  nuire  sol 
européen  jusqu'à  cette  é|K)quc.  Les  lignes 
isothermes  si  tranchées,  qui  cantonnent  au- 
jourd'hui sur  la  terre,  les  êtres  par  zones 
de  température,  n'auraient  donc  commencé 
à  se  tracer  qu*avec  la  faune  actuelle,  et  se- 
raient toujours  les  mêmes  depuis  la  dernière 
création  contemporaine  de  rnomme. 

Déductions  géographiques  comparée».  -^ 
Après  tout  ce  que  nous  avons  dit,  aux  diffé- 
rentes classes  d'animaux  terrestres,  tels  que 
les  mammifères,  les  reptiles,  et  aux  iliné- 
rentes  classes  d'animaux  marins,  tels  que  les 
poissons,  les  céphalopodes,  les  gastcro|K)* 
des,  les  lamellibranches,  etc.,  il  ne  nous 
reste  plus  qu'à  nous  résumer  sur  la  dislri- 
btttion  géographique  des  temps  passés,  coci* 
fiarée  avec  la  distribution  géotçraphique  ac- 
tuelle des  êtres  sur  la  terre  et  dans  les  mers. 
Les  résultats  climatologiques  obtenus  font 
encore  prévoir  ceux  que^fieut  nous  donner 
la  distrdmtion  géographique  ancienne,  car 
ils  dépendent  presque  des  mêmes  causes  ^'c- 
nérales.  Les  animaux  terrestres  nous  mon- 
trent, dans  les  dernières  époques  qui  nous 
ont  précédés  sur  la  terre,  comme  dans  les 
plus  anciennes,  une  ré]  arlilion  géograjtliiquc 
tout  à  fait  diirérentc  de  la  répartition  ac- 
tuelle. On  voit,  en  eiïet,dcs  tatous,  des  di- 
delphes,  des  crotales,  dos  alligators  fossiirs 
en  Europe,  quand  Us  ne  vivent  aujourd'liu» 
qu'en  Amérnpie;  des  chevaux,  des  clia* 
meaux  fossiles  en  Amc'Ticpie,  quand  ih 
n'ont  vécu  aujourd'hui,  originairenienl,!l«o 
dans  l'ancien  monde.  Les  animaux  nuiriiis 
ilans  tous  leurs  détails,  nous  niontrcnldcs 
résultats  identiques.  Nous  vovoiis  au  M^nte* 
\Uik';\  en  Italie,  en  France,  Vu  Angleterre, 
un  grand  n«nnbre  de  çenres  de  |K)i^<sons 
propres  aujtniririuii  seulement  aux  mers  de 
l'Inde  et  de  TAmérique.  Nous  trouvons  ea 


1159 


fLk 


ET  DE  PALEO.NT0L0C1E. 


PL* 


1154 


Europe  des  nautiius^  des  harpa,  des  irigo- 
ma,  etc.»  etc.,  tandis  que  ces  genres  sont 
si»éciaux  au  grand  Océan.  De  tous  les  faits 
connus,  on  doit  conclure  que  la  répartiûun 
géographique  des  êtres  fossiles,  dans  tous  les 
â^esîiu  monde,  n*a,  pour  ainsi  dire,  aucun 
rà|t|H>rt  avec  la  distribution  géographique 
a  lucllc  ;  qu'elle  (Niraît  avoir  proM|ue  tou- 
jours eu  une  comfik*te  indé|)endance. 

PIERRES  PRÉCIEUSES.  Voy.  Vlnirodue- 
tion. 

PLACOIDIENS.  Voff.  Poisso!«5. 

PLANETES.  — Nous  avons  vu  h  rarlicle 
CoDEFROY  quelles  sont  les  iilécs  théoriques 
ftf»  ce  savant  sur  Tétai  |irtniitif  de  la  matière. 
Tout  ce  que  Tunivers  renferme  de  matière, 
fiiniiait  à  fori^ine  une  même  masse  nébu- 
Jairc  ou  gazéiforme  d'une  étendue  telle 
qu'aucun  calcul  ne  saurait  nous  en  donner 
une  idée.  De  cette  prodigieuse  masse,  se 
détachent  «les  masses  secondaires  sans  nom- 
lire,  qui  s'en  vont  constituer  des  mondes  et 
des  systèmes  de  mondes  dans  Tesiiace  sans 
ironies.  Ces  masses  ainsi  détachées  se  met- 
tent à  tourner,  el,  (lar  PefTet  du  mouvement 
de  rotation,  elles  aiiandonnenl  successive- 
ment des  anneaui  qui  se  transforment  en 
planètes,  et  des  planètes  jaillissent  ensuite 
«les  anneaux  nui  deviennent  des  satellites. 
<rcstatt  ibnd  la  théorie  cosraogonique  de 
Laptace,  théorie  que  nous  avons  déjà  lait 
connaître  et  que  nous  avons  réfutée  au  mol 
Laplace.  m.  Godefroy  modifie,  corrige,  bt^ 
range,  selon  qu'il  lui  convient,  Thypolbèse 
du  célèbre  géomètre,  el  finit  par  en  faire 
un  système  aussi  bizarre  que  téméraire.  Il 
n'y  aurait  pas  lieu  de  s'occuper  de  ce  ro- 
man, si  fauteur  ne  cherchait  pas  à  appuyer 
ses  rêves  sur  le  texte  de  la  Getkise.  Voici  da 
reste  comment  lauleur  développe  ses  idées. 

c  Le  vaste  globe  de  la  matière  constitutive 
de  tout  notre  système  planétaire  tournait 
sur  lui-même,  en  vertu  de  l'impulsion  pri* 
mitive  communiquée  à  la  matière  du  <!iel  et 
deJa  terre  par  le  Créateur  universel.  La  force 
d'impulsion  demeurant  oonslanle,  le  volume 
de  ce  f^lobe  ne  pouvait  diminuer,  cette 
sphère  immense  ne  pouvait  se  contracter, 
sans  qnW  en  résultât  une  augmentation,  une 
accélération  dans  la  vitesse  de  rotation. 
Ce|iendant  les  molécules  situées  dans  le  plan 
de  Téquateur  acquéraient  une  force  centri- 
fuge d'autant  plus  grande  que  ce  mouvement 
de  rotation  devenait  plus  rapide;  et,  quand 
celle  nouvelle  force  fut  enfin  supérieure  à 
leur  poids  ou  à  la  force  de  gravité,  ces  par- 
ticules durent  se  détacher  de  la  masse  mo- 
léculaire originelle,  pour  former  successive- 
ment dans  le  plan  de  son  équateur  des  an- 
neaux ou  i\es  zones  de  vapeurs  distinctes  et 
sé^jarées.  Mais  bientôt  les  particules  de  cha* 
que  anneau,  se  condensant  et  s'a^^Iomérant 
sous  Tinfluence  de  la  force  attractive  autour 
d'un  centre  commun,  formèrent  une  nou- 
Telle  masse  de  vapeurs,  ou  un  nouveau  sphé^ 

(803)  £jiM».  au  $9$tème  du  mtmde,  p.  it  1 414. 
(ftei)  .Naiur;un  vciti  appellû  tegem  oiiinipoli>tiUs. 


roide  animé  d'un  mouvement  de  rotation^ 
qui  engendra  une  nouvelle  force  centrifuge» 
pour  produire,  dans  certaines  circonstances, 
d'autres  anneaux  et  d'autres  globes  A  l'état 
de  vapeurs. 

c  c*est  ce  qui  résulte  des  principes  de  la 
mécanique  rationnelle;  et  c'est  ainsi  que, 
dans  rbypotbèse  de  M.  Laplace,  nous  voyons 
l'atmosjiLère  du  soleil  aitandonner,  en  se 
refroidissant,  les  molécules  situées  k  ses  li- 
mites successives  produites  par  l'accroisse^ 
ment  de  la  rotation  du  soleil  ;  et  ces  molé- 
cules former,  par  leur  condensation  et  leur 
attraction  mutuelle,  d'abord  divers  anneaux 
concentriques  de  vapeurs  circulant  autour 
de  cet  astre,  et  ensuite  des  planètes  à  l'état 
de  vapeurs,  animés  d'un  mouvement  de  ro- 
tation dirigédans  le  sens  de  leur  révolution; 
et  enfin  un  refroidissement  ultérieur  pro- 
duire, le  plus  souvent,  aux  diverses  limites 
de  latmosphère  de  chaque  planète,  des  phé- 
nomènes semblables,  c'eswà-dire  des  an- 
neaux, puis  des  satellites  circulant  autour 
de  son  centre,  dans  le  sens  de  son  mouve- 
ment de  rotation,  et  tournant  dans  le  même 
sens  sur  eux-mêmes. 

«  De  \hf  Ui  phénomèneê  singuliers  du  peu 
d excentricité  des  wbes  des  planêies  ei  de 
leurs  satellites^  du  peu  d'incRnaison  de  ces 
orbes  à  Véquateur  solaire^  et  de  Videntité  du 
sens  des  mouvements  de  rotation  et  de  rico* 
luiion  de  tous  ces  corps,  avec  celui  de  la  rotc^ 
iion  du  soleil  (803). 

«  Cette  mystérieuse  rotation  dn  soleil,  ou 

ËutAl  la  rotation  originelle  de  la  masse  mo- 
colaire  de  tout  le  svstème  planéto-solaire, 
devient  de  la  sorte  la  plus  vive  expression 
de  la  pensée  du  souverain  Législateur. 

«  L'Etre  infiniment  parfait  qui  venait  de 
créer  les  éléments  de  la  matière,  l'étemel 
géomètre  qui  venait  d'imprimer  un  mouve- 
ment giratoire  à  la  matière  constitutive  des 
divers  systèmes  célestes ,  ne  signale  |  lus 
son  intervendon  divine  par  des  moyens  sur- 
naturels. Pour  parvenir  à  ses  fins,  il  n*a 
besoin  que  de  laisser  un  libre  cours  aux 
agents  naturels  qu'il  vient  de  mettre  en  ac- 
tion par  sa  volonté  toute-puissante.  An^si, 
Tadmirable  disposition  de  Tunivers,  ou  la 
formation  de  tous  les  corps  qui  le  compo- 
sent, n'est  plus,  pour  l'historien  inspiré,  que 
Tex^ulion  des  lois  immuables  établies  |>ar 
le  Créateur  au  premier  instant  de  la  na- 
ture (80i). 

«  Nous  aurons  bientôt  occa5ion  de  revenir 
sur  cc*tte  observation  importante.  Nous  ne 
devons  nous  occuper  ici  que  de  la  conden- 
sation effectuée  au  milieu  des  eaux  do 
rabtme  universel  de  la  création,  et  des  ph6» 
nomènes  généraux  et  particuliers  mi  eu 
résultent;  car  n'oublions  pas  que  c  est  1^ 
complément  de  Tœuvre  du  second  jour  de 
la  création  que  nous  examinons,  c'estià-dire 
l'opéràlion  par  laquelle  la  matière  de  notre 
système,  déjà  détachée,  séparée  de  la  masse 

Siipremique  paH-is,  i|iiaiii  |wîma  ah  oriftîna 
CiMcli«  ÎMKigMil  riilMis.  [aiVKii 

(Uarcct  Paiimiene,  Zmiw.  de  (a  vit  g  1.  h.; 


lloS 


FLA 


DICTIONNAIIIE  DE  COSMOGONIE 


PLA 


ItSG 


originelle,  eslilivisée  cl  séparée  elle-même 
en  amastlistincts  Suivons  notre  guide  dans 
le  développement  de  sa 'théorie. 

«  Si  toutes  les  molécuies  ffun  anneau  de 
vmpeurs  continuaient  de  se  condenser  sans  se 
désunir^  elles  formeraient  à  la  longue  un  an^ 
neau  liquide  ou  solide.  Mais  la  régularité  que 
cette  formation  exige  dans  toutes  les  parties 
de  l'anneau  et  dans  leur  refroidissement ^  a  dâ 
rendre  ce  phénomène  extrêmement  rare.  Aussi 
te  système  solaire  nen  offre-t^il  qu'un  seul 
exemple^  celui  des  anneaux  de  Saturne.  Pres^ 
que  toujours  chaque  anneau  de  vapeurs  a  dâ 
se  rompre  en  plusieurs  masses^  qui^  mues  arec 
des  vitesses  très-peu  différentes ,  ont  continué 
de  circuler  à  la  même  distance  autour  du 
soleil.  Ces  masses  ont  dâ  prendre  une  forme 
sphéroidiqucy  avec  un  mouvement  de  rotation 
dirigé  dlans  le  sens  de  leur  révolution ,  pui«- 
que  leurs  molécules  inférieures  avaient  moins 
de  vitesse  réelle  que  les  supérieures;  elles  ont 
donc  formé  autant  de  planètes  à  Vélat  de  va^ 
peurs.  Mais  si  Tune  d'elles  a  été  assez  puis- 
santé  pour  réunir  successivement  par  son  af- 
traction  toutes  les  autres  autour  de  son  centre^ 
Fanneau  de  vapeurs  aura  été  ainsi  transformé 
dans  une  seule  masse  sphéroldique  de  vapeurs^ 
circulant  autour  du  soleil^  avec  une  rotation 
dirigée  dans  le  sens  de  sa  révolution.  Ce  der- 
nier cas  a  été  le  plus  commun  :  cependant  le 
système  solaire  nous  offre  le  premier  cas  dans 
les  quatre  petites  planètes  qui  se  meuvent  entre 
Jupiter  et  Mars  (805). 

«  Appelons  les  choses  par  leur  véritable 
nom  ;  donnons  au  glol)e  central  de  ce  monde 
primitif  et  particulier,  le  nom  qui  lui  con* 
vient  au  même  titre  qu'à  tous  les  autres  glo- 
bes dont  il  se  compose,  et  qui  émanent  de 
ce  ^lobe  central  émané  lui-même  de  labtme 
universel  ;  nommons-le  aussi  masse  fluide, 
masse  sphéroïdiquo  à  Tétat  de  vapeurs,  et 
Je  svmbole  géométrique  de  l'illustre  auteur 
de  TExposiiion  du  système  du  monde  de- 
viendra le  véritable  commentaire  interpré- 
tatif de  la  Genèse.  Nous  comprendrons  alors 
le  sens  de  ces  paroles  mémorables  :  ^e  la 
condensation  se  faue  ou  centre  j  et  quen  se 
faisant  elledivise  les  eaux  de  Vahimepourcons^ 
tituer  le  cie/(806).  Alors  aussi  nous  compren- 
drons pourquoi  la  terre  n'est  point  nommée 
dans  cette  préparation  des  deux.  Nous  com- 
prendrons que  ces  eaux  constituées  en  fir- 
mament au-dessous,  ne  composant  encore 
qu'un  tout  absolument  semblable  aux  autres 
abîmes  sortis  de  l'abime  unique  du  premier 
jour  et  maintenant  distribués  en  abîmes 
sphériques ,  nous  comprendrons  que  ces 
eaux  constitutives  de  la  terre,  que  celte  masse 
sphéroïdique  de  vapeurs  ne  pouvait  encore 
être  nominativement  distinguée  des  autres 
masses  spbéroïdiques  de  vapeurs  préparées 
pour  les  deux. 

«  Or,  ce  correctif  nécessaire  pour  faire  con- 

(805)  Expos,  du  ty sterne  du  monde ^  p.  413. 

(806)  Nous  doutons  'fort  que  le  Iccleur  puisse  ja- 
mais deviner  que  cette  citation  soit  la  traduction  du 
siiième  verset  du  premier  chapitre  de  la  Genèse  : 
iHxit  ^uoque  ùeus  :  Fiat  firmamenîum  in  medio 
aquarum^  et  dhidut  aquêê  ub  sqtiis.   Voilà  à  quel 


corder  le  texte  du  philosophe  géomètre  aree 
celui  de  l'historien  inspiré,  n  est  |)as  nmim 
rigoureusement  indispensal>le  pour  la  con* 
co'rdance  de  ce  symbole  géométrique  avec 
les  données  acquises  sur  la  nature  intime ei 
la  constitution  physique  du  soleil. 

c  Puisqu'il  résulte  des  hantes  nianifesu- 
lions  de  la  science  que  la  constitution  pbv- 
sique  du  soleil  n'est  pas  différente  de  HIe 
des  nébuleuses  planétaires  ;  que  sa  lomière 
est  toute  superficielle  comme  celle  des  n^ 
bulouses  ;  qu'elle  a  son  siège  à  lasurfacen- 
lérieure  de  sou  atmosphère  ;  qu'une  aloio- 
sphërc  aérienne  s'interpose  entre  l'enveloppa 
lumineuse  que  nous  voyons  et  le  globe  cpa* 
que  du  soleiU  et  que  le  soleil  n'a  loiut d'at- 
mosphère au  delà  de  cette  envelo)i|)e  tacii- 
neuse,  il  est  manifesté,  par  cela  même,  qae 
le  soleil  n'a  point  commencé  par  être  on 
noyau  brillant  qui  se  serait  accru  successi- 
vement iiar  la  condensation  de  son  atioo- 
sphère.  Il  est  clairemenl  manifesté  encore 
que  les  phénomènes  de  la  condensation  m 
zones  de  va))curs  abandonnées  far  notre  oé- 
buleuse  planétaire,  ne  se  sont  i)oint  opôré) 
aux  extrêmes  limites  de  cette  nébuleuse  {^ 
nétaire,ou  si  l'on  veut  aux  extrêmes  limites 
rie  ratniosphèrc  du  soleil.  C  est-à-dire  qall 
est  clairement  manifesté  que  tous  les  corps 
planétaires  ont  pris  naissance  aux  limita 
successives  d'une  masse  centrale  plus  os 
moins  condensée  ,  mais  déjà  environna 
d'une  atmosphère  circonscrite  elle-même  ptr 
une  enveloppe  lumineuse. 

«  Sans  doute  les  couches  atmosphérù[Ha 
doivent  prendre^  à  la  longue,  un  même  mo»- 
vement  angulaire  de  rotation ,  commiÊn  ss 
corps  quelles  environnent  /807).  Mais  ieflake 
atmosmiérique  cstémineuiment  dilatable,  e( 
cette  (iilatation,  ainsi  qu*ll  résulte  des  eip^'- 
riences  de  M.  Gay-Lussac,  est  eiactemeot 
proportionnelle  à  la  température.  Or,  on  m- 
çoitque  sous  l'empire  des  circonstances  qui 
ont  accom|)açné  la  formation  de  tout  le  sys- 
tème planétaire,  la  dilatation  de  son  atmo- 
sphère primitive  devait  être  énorme,  et  son 
degré  de  raréfaction  presque  indéfini.  Ob 
conçoit  dès  lors  que  ce  fluide  atmosphérique 
qui  pouvait  être  plusieurs  milliers  de  fois 
plus  rare  que  l'air  que  nous  res|)irons,  a  dû 
n'opposer  qu'une  résistance  insensible  au 
mouvement  de  rotation  de  la  masse  centrale 
El  par  conséquent  on  conçoit  que  cette  <(- 
niosphère  primitive,  précisément  à  cause  de 
son  extrême  rareté,  ne  pouvait  atteindre  i  l< 
rapidité  du  mouvement  de  rotation  de  \a 
masse  centrale,  alors  que  l'accroisseffleoi 
incessant  de  ce  mouvement,  dâ  à  une  con- 
densation toujours  plus  intense,  faisaildc* 
tacher  de  celte  masse  centrale,  danslef|l<s 
de  son  équateur,  les  molécules  constitutive) 
des  masses  planétaires. 

«  On  va  nous  objecter  avec  M.  LipI^ 

point  ce  cosnao^onîslc  audacieux  bouiererse  \f^^ 
qu^it  a  la  prétention  de  concilier  avec  la  sitience.  Apr> 
cela  il  déroule  une  série  de  nous  eomprendroKs  ef  ^' 
on  conçoit^  là  <*ti  Ton  ne  comprend  et  ow  Ton  nec»" 
çoifdue  de  laborieuses  chimères,  {ita.  («k  Sr.-Ci* 
(807)  Espos.  du  syst.  du  monde ,  p.  à>d 


1157 


FLà 


ET  DE  i'ALEONTOLOGIE. 


VLk 


IlSt 


rpie,  $i  Itt  planêies  avaient  p/néir/ profonde- 
mrnl  dan$  cette  atmosphère^  $a  ré$i$tance  les 
aurait  fait  tomber  sur  te  soteit,  ou  pour  bien 
i;ire,  ^ur  la  masse  centrale  du  système. 

«  Mais,  quand  nous  disons  que  les  planètes 
ont  pris  naissance  aux  runitcs  successives 
fie  !a  masse  centrale»  ou  de  la  partie  la  plus 
ronJensable  de  la  masse  moléculaire  de 
tout  le  système  planéto-solairo ,  nous  n'en- 
tendons parler  que  de  la  formation  des  zones 
de  matière  abandonnées  par  celte  masse 
centrale ,  aussitôt  qu'elic  eut  été  animée 
d^un  mouvement  de  rotation,  lani  que  ces 
zones  furent  profondément  engagées  dans 
Sa  nébulosité  ou  dans  Tatmosphèrc  de  celte 
masse  génératrice,  elles  n'ont  pas  c^ssé  de 
composer  autant  d*anneaux  concentriques 
circulant  autour  du  centre  commun  de  ^ra- 
Tîté.  La  résistance  que  cette  atmosphère  leur 
o.>|)Osait  allait  sans  cesse  en  diminuant,  à 
mesure  que  son  mouvement,  accéléré  |)ar 
rette  même  résistante,  approchait  davantaj^e 
de  la  vitesse  de  ces  zones  condensées.  Ce  ne 
fut  que  lorsque  les  couches  les  plus  coinj^ri- 
mées  de  cette  atmosphère  se  furent  rappro- 
chées du  centre  de  gravité,  par  la  contrac- 
tion toujours  croissante  de  la  masse  centrale, 
et  lorsque  leurs  couches  suiierposées  eurent 
acquis  un  mouvement  angulaire  de  rotation 
moins  dilférent  de  celui  de  ces  zones  aban- 
iJonoées,  que  les  phénomènes  de  Pattraction 
et  du  frottement  mutuel  des  molécules  de 
rhar|ue  anneau  déterminèrent,  pour  chacun 
ifeux,  la  forme  sphéroidique,  et  un  nouveau 
mouvement  de  rotation  dans  le  sens  du  mcu- 
Tcmrnt  de  translation  (808). 

«  Qu'on  ne  nous  oppiose  pas  que  touio  ou 
presque  toute  ralniosphère  lie  la  niasse  gé- 
nératrice, en  vertu  de  sa  iorce  centrifii^o 
arquise,  a  dû  continuer  de  circulera  la  mèuie 
distance  du  centre  commun  de  gravité,  ^^\\s 
jriniais  s'en  rapprocher;  car  il  ne  s'agit  ici 
que  de  la  partie  de  cette  atmosphère  com- 
prise dans  le  plan  de  l'équateur  de  cette 
masse  génératrice.  Toutes  les  autres  parties 
|>lacées  sur  les  |)arallèies  à  cet  équalcur 
n'ont  pas  cessé  d'apiiartenir  au  corps  central, 
pl  sont  venues  ainsi  former  }«Ius  tard  î'at- 
niosphère  intermédiaire  du  soleil  :  nous  di- 
sons l'atmosphère  intermédiaire  entre  le 
«îorps  solaire  et  l'enveloppe  lumineuse  de  sa 
surface;  de  même  que  la  portion  de  cette 
atmosphère  comprise  dans  le  plan  de  cet 
équateur  a  composé  les  atmosphères  des  pla- 
nètes, et  sans  doute  aussi,  mais  en  dernier 
lieu,  cette  zone  atmosphéri(|ue  à  laquelle 
les  astronomes  donnent  le  nom  de  lumière 
zodiacale. 

«  Après  cela  nous  demeurons  d'accord  que 
les  globes  planétaires,  avec  leurs  atmospliè- 
res  acquises,  ne  se  sont  pas  formés  dans  un 
rideparfait  ;  nous  demeurons  d'accord  gu'im- 
inédiatement  après  son  organisation  détini - 
tîve,  chacun  de  ces  globes,  chacun  d'eux 
successivement,  opérait  encore  ses  révolu- 

(808)  Voyez  ao  mot  Laplace  la  réfutation  de  a's 
■cienfiffnues  biHevesces.  (Jéii.  (de  St-Cl.)) 

(809)  Eo  vérité.  Monsieur  Godefror,  cet  aveu  dt 


luttons  dans  les  régions  supérieures  de  l'at- 
mosphère de  la  masse  centrale,  les  particules 
atmosphériques  de  ces  régions  supéiicurcs 
n'ayant  pas  encore  acquis  un  mouvement 
parfaitement  é^.al  à  celui  de  la  planète,  ou 
parfaitement  é^al  à  leur  pesanteur. 

c  A  cet  égard  nous  [lourrions  faire  obser- 
ver que  le  fluide  atmosphérique  devient 
d'autant  plus  rare  qu'il  est  jdus  élevé  au-* 
dessus  du  corns  qu'il  environne,  puisque  « 
d  après  la  loi  ae  Mariotte,  il  se  dilate  dans  le 
rapport  inverse  du  poids  dont  il  est  cLargé» 
et  par  conséquent  que  ces  dernières  couches 
de  l'atmosphère  nrimitive  n'ont  pu  opposer 
qu'une  1res -faible  résistance  aux  planètes 
qui  les  traversaient.  Mais,  en  supposant  que 
Ja  marche  des  planètes  ait  été  tant  soit  |ieu 
entravée  par  la  présence  de  ces  dernières 
couches  atmosphériques,  ne  peut-on  |as 
dire  que  c'est  à  cette  cause  qu'il  faut  attri- 
buer rexceutricité  de  leurs  orbites  et  toutes 
les  déviations  de  leurs  mouvements  ?  Ces 
globes  auront  d'abord  décrit  des  spirales, 
en  se  ra^iprochant  du  centre  commun  d'at- 
traction, jusqu'à  ce  qu'une  accélération  pré- 
dominante dans  les  mouvements  de  ces 
dernières  couches,  eût  établi  entre  leurs 
mouvements  et  le  mouvement  de  la  planète 
une  égalité  rigoureuse. 

«  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  que  nous  sommes 
obligé  d'admettre  ici  pour  la  concordance 
de  la  théorie  scientifique  avec  la  révélation, 
est  positivement  et  formellement  reconnu 
et  avoué  par  M.  Laplace  lui-même  (809). 

«  Dans  notre  hypothèse^  dit-il,  les  satellites 
de  Jupiter^  immédiatement  après  leur  forma^ 
tion^  ne  se  sont  point  mus  dans  un  ride  par- 
fait  :  les  molécules  les  moins  condensables 
des  atmosfthères  primitives  du  soleil  et  de  la 
planète^  formaient  alors  un  milieu  rare  dont 
la  résistance  différente  pour  chacun  de  ce$ 
astres^  a  pu  approcher  peu  à  peu  leurs  moyeng 
mouvements^  etc.  (810). 

«  Puisque  ces  satellites,  après  leur  for- 
mation, éiaienl  encore  engagés  dans  les  mo- 
lécules les  plus  rares  ou  les  moins  conden- 
saides  de  l'atmosphère  primitive  delà  masse 
ori.^inelle,  leur  formation  s'est  donc  effec- 
tuée au  milieu  des  molécules  encore  plus 
condecsabks  de  cette  atmosphère  ;  et  par 
conséquent  leur  planète  centrale  s'était  mue 
elle-même;  et  elle-même  avait  été  formée 
hM  milieu  de  molécules  beaucoup  plus  con- 
densables  encore,  puisque  sa  formation,  sa 
formation  à  l'état  de  vapeurs,  est  nécessai- 
rement antérieure  à  celle  de  ses  satellites. 
On  comprend  que  ce  oue  nous  disons  ici  de 
la  planète  de  Jupiter  s  applique  à  toutes  les 
autres  planètes  de  notre  système. 

c  Après  un  témoignage  aussi  précis  ec 
aussi  formel,  nous  ne  voulons  plus  produire, 
peur  constater  que  dans  l'origine  les  pla- 
nètes opéraient  leurs  révolutions  dans  les 
régions  supérieures  de  l'atmosphère  primi- 
tive du  système  solaire ,  nous  ne  voulons 

If.   Lipincc  csi  bien  heureux  pour  la   rcvcialion. 
(Jfji.  (i»E  St.-Ci..) 
(8IOj  Fjcpotiiion  du  âif*t.  du  monde ^  p.  4tS. 


fS3* 


PU 


DICTIONNAIHE  DK  COSMOCOME 


PLA 


It» 


plus  produire  que  ta  louto-puissanlc  /lulorilo 
(tu  fait  astronomique  présenlé,  dans  un  au- 
tre bul,  par  le  savant  {géomètre  qui  devient 
encore  ici  notre  garant  el  notre  caution.^ 

«  Si  dans  les  zones  abandonnén  par  Vat- 
mosphêre  du  soleil  il  s* est  trouvé  de$  molécu^ 
ieê  trop  volatiles  pour  s'unir  entre  elles  ou 
aux  planètes^  elles  doivent^  en  continuant  de 
circuler  autour  de  cet  astre^  offrir  toutes  les 
apparences  de  la  lumière  zodiacale^  sans  op- 
poser de  résistance  sensible  aux  divers  corps 
du  sf/stime  planétaire^  soit  à  cause  de  leur 
extrême  rareté^  soit  parce  que  leur  mouvement 
est  à  fort  peu  près  le  même  (fue  celui  des  pia- 
nètes  qu'elles  rencontrent  (811). 

«  Telle  serait  d'après  M.  Laplace,  et  telle 
est  très-probablement  la  cause  jusqu'après 
êent  ignorée  de  la  lumière  zodiacale  qui  pa- 
rait s'étendre  au  delà  même  de  rorbe  terres- 
tre {S\2), 

«Mais,  si  les  planètes  ont  été  formr^os 
aux  limites  successives  de  ralmosphère  du 
soleil  par  la  condonsalion  des  cioléculcs 

2u*elle  abandonnait  dans  le  plan  de  son 
:|ualeur,  il  est  impossible  de  concevoir  que 
d'autres  molécules  abandonnées  par  celle 
même  alraosplière  dans  les  m^jraes  espaces 

RIanétaireSt  et  par  cons(»(|uent ,  dans  cette 
vpothèse,  au  temps  de  la  formation  de  c(îs 
planètes,  aient  pu  ne  pas  s'unir  entre  elles 
ou  aux  planètes,  aux  planètes  formées,  tou- 
jours dans  cette  même  hypotbèse,  de  mole- 
eules  népcssairemenl  toutes  semblables,  de 
molécules  pareillement  abandoiniées  aux 
extrêmes  limites  de  cette  atmosphère  du 
soleil.  Or  ce  pliénomènc,  inexplicable  dans 
la  théorie  de  M.  J-aj)laee,  résulte  naturi'lie- 
mcnt  de  notre  exposition. 

«  Danscette  expositionque nous  déduisons 
du  contexte  génésiaqne,  ce  fluide  zodiacal 
û'a  pu  être  abandonné  par  l'atmosphère  dn 
la  masse  originelle  ou  constitutive  de  tout  le 
s^rstème  plauélo-solairo,  rpfaprès  la  formii- 
tion  des  planètes,  c'est-à-dire  lorsque  les  cou- 
ches supérieures  de  celte  atmosphère  ou  que 
les  parties  les  moins  condeiisables  de  noire 
nébuleuse  eurent  acquis,  h  leur  tour,  une 
force  centrifuije  é^ale  h  leur  pesanteur.  Jus- 
que-là, les  molécules  atmosphériques^  les  mo- 
lécules situées  dans  le  plan  de  Téqualenr 
universel,  se  rapprochant  sans  cesse  du  cen- 
tre commun  d'attraction,  venaient  fournir  les 
éléments  nécessaires  à  la  formation  {\qs  at- 
mosphères de  ces  planètes,  pendant  que  les 
molécules  de  même  nature  placées  sur  les 
parallèles  à  cet  équateur  universel,  conti- 
nuaient à  se  rapprocher  du  centre  d'attrac- 
tion, et  entraient  ainsi,  comme  éléments 
derniers,  dans  la  comjMjsition  de  l'atmosphère 
du  globe  central  ou  du  corps  solaire. 

«Sans  doute,  dans  l'origine,  la  chaleur 
indispensable  pour  l'existence  à  Tétat  de 
nébulosité  diffuse  de  toutes  les  parties  de 
Id  matière,  n'admettait  la  possibilité  d'au- 
eune  combinaison  chimique  entre  les  molé- 
cules. Ces  molé»mles  prinionliales  existaient 
toutes  mélangées  et  à  l'éLal  simple^  suivant 

{S!l)  Ex;*(n.  du  sjist,  du  moiidCy  p.  4irî,  41  G, 


l'acception  scientiûque  du  mot.  Hais  tel  nY^ 

taitplus,  le  deuxième  jour,  l'état  de  la  maièrf 
de  J  univers  solaire.  Un  premier  dégagement 
de  calorique  dans  la  masse  constiluiive  avaii 
détermine  la  condensation  des  vapeurs  a|r 
parlenant  aux  corps  les  plus  réfra.taires,! 
ceux  qui  exigent  ta  plus  grande  quanliiéde 
calorique  pour  rester  à  l'état  simple.  Nntv 
sairement  celte  condensation  s'était  oftérév, 
et  la  condensation  continuait  à  s'opérer,  iq 
centre  de  la  sphère  originelle,  tant  en  uriu 
du  rayonnement  unitornic,  qu'en  vtriu 
de  la  gravité  et  de  la  compressihilitéqui, 
nécessairement  encore  ,  appelaioni  vers  k 
centre  les  vapeurs  les  plus  denses  et  les  |  lus 
eondensables. 

«  Or,  cette  condensation  dut  amener  lus 
resserrements  indi(}ués  et  rabandonncmcni 
successif  des  zones  génératrices  tles  jjIi- 
nètes,  longtemps  avant  que  leau  elles  au- 
tres substances  com])arativenient  Irè.^-vDia- 
tiles  eussent  pu  perdre  la  moindre  (|udiUic 
du  calorique  dont  elfes  ont  besoin  pour  ^ 
maintenir  à  l'état  de  fluide  élasiii|ue.  End- 
fet,  I  immense  quantité  de  calorique  {irh 
ddite  par  la  condensation  de  la  r>asse  (ro 
traie  et  des  zones  .ijjandon  nées,  celte  ijiiniruv 

?uantité  de  calorique  qui  se  répauilml  im 
atmosphère,  ne  faisait  que  ddaier  iJavAn- 
tage  ses  fluides  constituants,  et  ce  ne  Lî 
qu'après  l'entière  comlensalion  ile  ces  zones 
abandonnées,  que  cette  atmosphère  (primi- 
tive put  se  dépouiller  de  ses  iluidcs  l^s^^!u^ 
Yolatdes,  au  fur  el  à  mesure  que  celte  meiii' 
atmosphère  venait  fournir  les  élémcnls  né- 
cessaires à  la  formation  desatmosphèi*cs>]cï 
planètes  et  du  soleil,  d'abord  à  la  forniaii^ 
des  atmosphères  des  planètes,  el  ensuid*  ï 
la  formation  de  l'atmosphère  du  globe 
central. 

«  Nous  disons  donc  que  la  présenc-e,  dans 
les  espaces  planétaires,  de  ces  bandes  oc 
courants  do(it  la  direction  est  précisêimnl 
celle  de  Téquateur  solaire,  est  une  preute 
toujo'jrs  subsistante  que  ce  résidu  aloio- 
sphérinue,  si  improprement  nommé  lumière 
zodiacale,  n'a  été  abandonné  par  l'atmosphèic 
primitive  de  notre  nébuleuse,  qu'aprè  la 
formation  dos  planèles, 

«  Alors  on  con(;oil  cjue  ces  anneaux  con- 
centriques, aninjés,  à  leur  entrée  dansiez 
espaces  pïanélaires,  de  vilc^^ses  éj^alcs  à 
celles  des  planètes,  n'ont  pu  s'unir  à  c« 
planètes,  ou  plutôt  à  leurs  atmosphères. 

«  On  conçoit  pareillement  dans  cette  ex- 
position, mais  seidement  encore  dans  celle 
exposition,  que  ces  molécules  n'ont  pu  >'u- 
nir  entre  elles  pour  former  des  sphéroidn 
de  révolution; car,  si  on  comprend  que  iô 
zones  constitutives  dos  planètes  ont  dû  i« 
plus  souvent  se  séparer,  se  rompre  en  pla- 
sieurs  masses,  el  dans  tous  les  cas  se  11)1^'' 
fiiT  et  se  solidifier,  on  comprend  ausM  'ju  ' 
n'a  pu  en  être  de  même  pour  des  zones  M 
autrement  composées,  pour  des  zonci  f<> 
mées  de  fluides  élastiques  permanenls,  quii 
par  leur  nature,  tendent  à  se  dilater  et  i  oc- 

(8I2)/«(/„p.  13cl27«. 


iiii 


FLA 


ET  M  PAUmi TeLOCIB, 


ru 


U$i 


caper  le  plus  grand  espacé  possible;  el 
l'existence  de  notre  atmosphère  à  une  bau- 
tenr  où  sa  température  est  k  très-peu  près 
indépendante  ae  celle  du  globot  explique 
encore  pourquoi  ces  zones  atmosphériques 
ne  se  sont  point  solidifiées. 

m  Mais,  en  même  temps,  on  comprend  que 
la  substance  lumineuse  qui  enveloppait 
toute  la  nébulosité,  n'a  pu  abandonner  les 
régions  voisines  des  espaces  planétaires  que 
saccessiTement,  en  raison  des  progrès  de  la 
concentration  ylus  ou  moins  active  des  cou- 
ches atmosphériques  placées  sur  les  fiaral- 
lèles  à  réqiiateur,  toujours  poslérieureiiient 
à  la  formation  des  planètes  et  de  leurs  at- 
mosphères acquises. 

«  Le  n'est  pas  ici  le  lieu  d*expliquer 
rommentil  est  arrivé  que  cette  enveloppe 
«iriérale  de  Falmosphère  primitive  de  notre 
nébuleuse  planétaire,  n*a  pas  également 
In:ssé  de  zone  lumineuse  dans  le  plan  cicson 
éqtiateur. 

«  La  grande  erreur,  noqs  allions  dire  t'ii- 
ntnue  erreur  de  l'illustre  auteur  delà  haute 
théorie   que  nous  examinons,   est  davoir 

J>lacé  le  foyer  de  la  lumière  au  centre  du  so- 
eil,  quand  les  phénomènes  astronomiques 
et  les  expériences  physiques  nous  révèlent 
que  la  lumière  solaire,  que  le  fluide  lumi- 
neux est  tout  entier  relégué  aux  extrêmes 
limites,  ou  dans  les  régions  les  plus  élevées 
de  Tatmosphère  du  soleil  ;  et*  ce  qui  n*est 
pas  moins  décisif,  ouand  la  révélation  divine 
nous  apprend  que  la  lumière  a  e!iListé  avant 
le  soleil  et  avant  toutes  choses,  et  que  Tor- 
ganisation  de  la  terre  a  précédé  la  forma- 
tioRdeFastre  régulateur  du  jour  et  de  la  nuit. 
«  A  la  vérité,  M.  Laplace  semble  quelque- 
fois confondre  le  novau  ou  te  corps  central 
du  soleil  avec  le  flufde  lumineux  qui  nous 
éclaire,  de  sorte  qu*alors  dans  sa  i)ensée,  le 
corps  central  n'est  |ias  distingué  de  son  au- 
réole lumineuse,  et  son  atmosphère  n'est  en- 
rt>re  que  Textension  de  cette  même  en  velo:>pe 
lumineuse.  Mais  nous  savons  aujourd*nui 
que  le  soleil  est  un  corps  obscur  et  opaque,  et 
qu'un  Quide  atmosphérique,  en  tout  sem- 
blable à  Falmosphère  des  planètes,  s'interpose 
entre  ce  corps  central  et  obscur,  et  l'enve- 
lopjie  lumineuse  que  nous  voyons. 

«  Il  est  vrai  aussi  que  dans  d*autres  cir- 
constances M.  Laplace  ne  donne  plus  à  cette 
atmosphère  solaire,  que  les  propriétés  que 
nous  connaissons  h  notre  atmosphère  et  aux 
atiDos|rfières  des  autres  planètes.  Ainsi  il 
Rous^fit:  Un  fluide  rare^  transparent^  com- 
pressible  et  éfaftique^  qui  envir  nne  un  corps 
en  s'appuyani  sur  lui^  est  ce  que  Von  nomme 
hon  atmosphère.  Nous  concevons  autour  de 
chaque  corps  céleste^  une  pareille  atmosphère 
dont  r existence  vraisembwble  pour  tous^  est^ 
ftiativement  au  soleil  et  à  Jupiler^  indiquée 
par  les  observations  (813).  Et  c'est  cette  at- 
mosphère solaire,  semblable  à  l'atmosphère 
de  Jupiter  et  aux  atmosphères  de  toutes  les 
autres  planètes»  c'est  cette  atmosphère  qui 


maintenant  ne  s'étend  pas  jusqu'^À  Porbe  de 
Mercure^  varee  que  Falmosphère  ne  peut  s'é* 
teskdre  à  té^uateur  quejusqu*au  point  où  la 
force  centrifuge  balance  exactement  la  pesan- 
teur^  c'est  cette  atmosphère  qui  a  produit 
toutes  lés  planètes,  en  (UHtndonnant  succès-  ( 
sirement  des  zones  fluides  dans  le  plan  de  son 
équateur.  de  même  que  les  anneaux  de  Sa- 
turne sont  des  zones  pareilles  abandonnés  par 
Falmosphère  de  celte  planète  (Sli).  Hais  ce 
fluide  rare,  transparent,  compressible  et 
élastique  qui  environne  le  corps  du  soleil 
en  s'appuyant  sur  lui,  et  que  I  on  nomino 
son  atmosphère,  ne  peut  rien  produire  de 
semblable,  d'alM>rd  parce  que  ce  fluide  est 
un  fluide  purement  atmosphérique,  et  en- 
suite parce  que  ce  fluide  ne  s'appuie  que 
sur  le  corps  central  du  soleil,  et  qu'il  sert 
lui-même  de  support  à  1  auréole  lumineuse 
que  nous  voyons;  et  des  expériences  di-^ 
rectes  ont  appris  aux  astronomes  que  l'exis- 
tence d'une  atmosphère  extérieure  indiquée 
par  les  observations^  que  cette  prétendue 
existence  d'une  atmosphère  au  delà  de  Ten- 
veloppe  lumineuse  du  soleil  ne  repose 
que  sur/f#  observations  erronées  deBouguer. 
«  Dans  notre  exposition,  l'accélération  du 
mouvement  de  rotation  du  soleil  a  une  H* 
mite.  Cette  limite  est  la  consolidation  de  sa 
masse  centrale,  consolidation  qui  a  permis 
aux  fluides  permanents  de  se  comprimer 
en  s'agglomérant  autour  de  sa  surface.  Dans 
l'hypothèse  de  II.  Laplace, /f  re/îr  oïdtMemefU 
resserrant  Fatmosphere  et  condensant  à  la 
surface  de  Fastre  les  molécules  gui  en  soni 
vpisineSf  et  d'un  autre  côté,  Fémtssion  con^ 
tinuelle  du  fluide  lumineux,  ou  de  la  subs* 
t^nce  du  soleil,  produisant  une  diminution 
incessante  dans  sa  masse  en  fusion  (815),  It 
mouvement  de  rotation  deviendra  toujours 
de  plus  en  plus  rapide,  jusqu'à  ce  que  le 
noyau  se  détruise,  et  que  ses  éléments  se 
désunissent,  par  leffét  de  cette  accélération 
graduelle  dans  la  vitesse  de  rotation  ;  ou 
bien,  jusqu'à  ce  que  les  matières  de  la  sur* 
face  perdant  leur  fluidité  par  un  refroidis- 
sement ultérieur,  et  venant  à  former  une 
croûte  impénétrable  aux  rayons  de  ce  globe 
incandescent,  la  terre  et  les  autres  planètes 
soient  replongées  dans  les  ténèbres  d'oi^  la 
volonté  de  Dieu  les  a  fait  sortir. 

«  Heureusement  les  découvertes  de  la 
physique  et  de  la  chimie,  en  nous  disant 
connaître  la  nature  du  soleii  et  de  sa  lu- 
mière, vienlient  nous  prémunir  contre  les 
craintes  que  pourraient  nous  inspirer  d'aussi 
affreuses  pers|>ectives  ;  et  si  nous  sommes 
grandement  surpris,  nous  ne  sommes  point 
du  tout  effrayé  de  cette  assertion  senten- 
cieuse de  notre  auteur:  tTy  eût-il  dans 
F  espace  céleste  d'autre  fluide  qus  la  lumière^ 
sa  résistance  et  la  diminutian  que  son  émis^ 
sion  produit  dans  la  masse  du  soleilf  doivent 
à  la  longue  détruire  Farrangement  des  pla- 
nètes :  etf  pour  les  maintenir^  une  réforme  de- 
viendrait sans  doute  nécessaire  (816).  Nous 


(SI3)  Enos.  dm  SMit.  du  monde,  p.  269.  (815)  Ej»m.  ifiisfsf.tfii  Momlf,».  170,393  d  411. 

(814)  IHé.,  p.  SfO  eiAli.  (816)  Expoê,  eu  ly^i.  du  menée,  p.  383. 

Dicrio?i?r.  ra  Cofvoao?i»  bt  aa  PALta?rroLoaiB.  9f 


1165 


PLA 


DICtt01<MÀIRE  i>E  COSMO&ONiE 


VIA 


m 


•       » 


savon?  ea  effet,  aujourd'hui,  que  rémission 
du  fluide  lumineux,  et  la  diminution  pro- 
duite par  cette  émission  dans  la  masse  du 
soleil,  sont  des  hypothèses  purement  gra^ 
tuites,  hypothèses  qu'il  n'est  plus  permis 
dé  soutenir  depuis  les  brillantes  découvertes 
dès  physiciens  et  des  astronomes  sur  la  na- 
ture de  la  lumière  et  sur  la  constitution 
physique  du  soleil. 

<x  Mais  M.  Laplace  ne  voulait  pas,  et 
M.  Laplace  ne  devait  pas  vouloir  qu'on  pût 
affirmer  que  la  conservation  du  système  pla^- 
nelaire  entre  dans  les  vues  de  l'Auteur  de  la 
nature  (817). 

«I  Cependant  l'Auteur  de  la  nature  a  donné 
sa  parole,  l'Auteur  dé  la  nature  a  promis 
aux  savants  comme  aux  ignorants,  qde  ses 
ouvrages  subsisteront  à  jamais  ;  cfue  toutes 
les  spjières  célestes  conserveront  leurs  mou- 
vements sarts  interruption,  sans  éprouver 
aucun  besoîn,  sans  latigue  aucdne  ;  que 
jamais  un  mouvôirtent  ne  gênera  iii  ne  dé- 
rànger'a  un  aulrp  mouvement:  Ornavit  in 
œternum  opéra  illôfum  ;  nec  esurierunt,  nec 
laboraverunt,  et  non  destiterunt  db  operibus 
siiis,  Unusquisqueproximum  sibi  non  an- 
gustiabit  usque  m  œternum:  Non  sis  încrerft- 
inlîs  verbo  illius.  {Eccli.  xvi,  27,  28,  29.)  Et 
la  géométrie  îiui  a  embrassé  dans  ses  for- 
lûiiles  des  cycles  incommensurables,  a  dé- 
montré (|ùî^  toutes  les  inégalités  et  les  per- 
turbations grandes ,  ou  petites  du  système 
planétaire  sont  périodiques  et  renfermées 
dans  de  très-élroiles  limites.  Le  célèbre  La- 
grange  qui  venait  de  découvrir  la  périodi- 
cité de  ces  perturbations,  et,  dans  cette  pé- 
riodicité, la  plus  sublime  des  causes  Anales, 
\ine  prévoyance  qui  assure  à  jamais. la  slabi- 
lîlé  au  système  planétaire,  Laçrange  s'ar- 
rî^la  éperdu  en  reconnaissant  le  doigt  de 
rétcrnel  Géomètre  (818).» 

M.  Godefroy  a  expliqué,  à  l'aide  de  la 
'théorie  de  Laplace,  comment  des  zones  de 
vapeurs  se  détachèrent  de  la  masse  primitive 
et  déjà  plus  condensée  de  ftotre  système 
solaire,  et  se  transformèrent  en  masses 
sphéroidiques  de  vapeurs,  pour  composer 
autant  de  planètes  à  Tétat  de  vapeurs  ;  et 
comment  ensuite  des  zones  semblables  se 
détachèrent  de  ces  nouvelles  masses  cen- 
trales, poijçr  reproduire  le. plus  souvent  les' 
ihèmes  phénomènes,  en  dbmiant  liaissance 
h  des  planètes  secondaires  ou  à  des  satellites 
pareillement  h  l'état  fluide  ou  à  l'état  de  va^ 
peurs.  {Cosniog.de  laRévélationy  p.  162, etc.) 
Cela  suflît-il  pour  avoir  des  étoiles,  des  so- 
Ifeils,  des  planètes,  des  satellites  ?  Pas  tout  à 
fait.  Il  faut  de  plus  que  ces  masses  stellaires 
et  planétaires  se  solidiflent.  Quel  sera  leilr 
mode  de  solidification?  Tel  est  le  problème 
que  se  pose  H.  Godefroy,  et  voici  comment- 
îlexfJoseîa' difficulté  et  discute  brièvement 
les  idées  spéculatives  de  MM.  Laplace  et 
Poisson  sur  ce  point  : 

«  Dans  la  théorie  scientifique,   lès  masses 
ûinsi  séparées  de  la  masse  originelle  sont 


encore  à  leur  état  primitif  de  fluidité  :  h 
matière  dont  elles  se  composent  ne  s*esipas 
encore  concentrée  en  noyaux  solides  ;  n 
sont  déjà  des  masses  sphéroidiques,  ma» 
dès  masses  sphéroidiques- encore  à  rélatè» 
vapeurs.  £t  clans  l'eiposiCion  de  la  révéla- 
tion,  les  eaux  divisées  par  TadioD  d'oue 
force  centrale  n*ont  encore  que  la  déooinina- 
tion  qui  a  servi  h  désigner  la  fluidité  de  la 
matière  constitutive  de  tous   les  corps  de 
l'univers,  parce  que  cette  matière  est  encore 
à  l'état  de  matière    fluide,  fiât  firmammu* 
in  medio  aquarum^  et  dividat  aquas  ab  aqw. 
Ce  n'est  qu'après  que  la  force  centrale  a  pré- 
dominé dans  toutes  les  parties  distinctes  de 
la  matière  ;  ce  n'est  qu'après  que  ces  masses 
dîvisées  par  un  premier  effet  de  celle  cob- 
dcnsation  ont  acquis  le  degré  de  «oropres- 
sron  qui  convient  à  la  solidité  des  corjis: 
ou  un  mot,  ce  n'e«t  qu'après  la  confectioM 
entière  de  cette  grande  opération  de  la  na- 
ture, et  factum  est  t/a,  que  l'ouvrage  du  deu- 
xième jour  reçoit  le  nom  générique  de  cid 
dn  firmament,  vocavitque  Deus  firmamtntH^ 
cœthm. 

ff  Ghe2  les  savants  du  siècle  comme  cliei 
l'historien  de  la  création,  c'est  le  même  prin- 
cipe qui  a  présidé  à  4'organisation  du  eiel 
ou  du  sj^stème  céleste,  él  à  la  formaticndes 
corps  qui  le  composent  La  gravitation  udI- 
verselle  n'est  pas  seulement  le  principe  de 
cette  harmonie  ad mirahie  établie  entre  tûih 
les  corps  de  l'univers  ;  elle  est  encore  le 
imncipe  qui  attache,  resserre  et  consoHeie 
fa  ^iatlè^e  de  tous  ces  corps.  Mais  comiBeDi 
s'est  opérée  la  consolidation  de  ces  ma^ses 
fluides  ?  ou,  pour  parler  coaime  les  saTant^, 
comment  ces  masses  de  vapeurs  sont-eile^ 
devenues  des  masses  solides  ?  Comment  li 
matière  gazeuse  s'est-elle  concentrée  (fl 
itoyaux  solides  ?  Quel  est  en  iiarticulicr  !•' 
prôtédé  suivi  par  la  nature  dans  la  consolr- 
itation  de  notre  planèie  ? 

«  L^s  savants  sont  loin  d'être  d'accord  sur 
ces  questions  capilalcs. 

«  Dans  les  principes  de  M.  Laplace,  la 
condensation  a  produit  dans  les  {jAanèles  en 
vapeurs,  comme  dans  tous  les  autres  globes 
cé]estes,iine  liquéfaction  ignée,  un  norsu 
central  brillant  et  lumineux;  et  dans  cette 
|>remière  transformation,  la  planète,  pour 
nous  servir  de  ses  expressions,  ressemkit 
parfaitement  au  soleil  à  l'état  de  nebu-, 
leuse  (819),  ce  qui  veut  dire  que  la  planète 
était  alors  composée  d'un  noyau  frrt/tàn/que 
la  condensation  de'  son  atmosphère  tmns- 
formait  en  étoile. 

«  Ainsi,  d'après  M.  Laplace,  à  l'ëtat  de 
vapeurs  a  sut;cé(lé,  pour  tous  les  globes  de 
Tunivers,  un  étal  de  •  liquéfaction  incandey 
c^nte,  et  la  solidification  des  planètes  eo 
i^nition  a  commencé  par  la  surface;  ce  q«i 
SHgnifle  encore  que  le  globe  que  nous  batii- 
tons  est,  aussi  bien  que  toutes  les  autres 
planètes  et  leurs  satellites,  une  étoile  éteinte» 
un  soleil  encroûté,  comme  le  voulaientDf** 


(817)  EsppoB.  du  système  du  monde,  p.  393. 
<8i8)  Çosm.  de  la  RévéL,  p.  1^4  clsurv. 


(819)  Expos,  du  syst.  du  monde,  -i.  413. 


IIAS 


PLA 


DE  PALEONTOLOGIE. 


PLA 


1106 


rartèSy  Leibnitz,  Buffon»  el  comme  le  yenlent 
encore  auiourd*hai  ia  plopari  des  géolo- 
gues de  i*ecoIe  dite  plutoaieDae^  qui  ensei- 
gnent que  le  sol  sur  lequel  nous  marchons 
n^estquela  croule  refroidie  de  ce  soleil  des 
anciens  temps. 

Telle  serait,  setoû  i>«$  géogénistes,  la 
conséquence  du  fait  de  Texistence  primitive 
de  la  terre  à  l'état  de  vapeurs  ;  et  nous  pou- 
vons dire  que  cette  hypothèse  fut  celle  qui 
servit  de  base  aux  calculs  de  H.  Laplace, 
lorsqu'il  attribua  râccroissement  de  la  tem- 
pérature des  lieux  profonds  du  globe  à  une 
chaleur  centrale. 

Co  célèbre  géomètre  oui  a  fait  de  Tétude 
de  la  chaleur  et  de  ses  phénomènes  Tobjet 
spécial  de  ses  travaux,  avait  déià  opposé, 
aux  partisans  de  la  chaleur  centrale,  des  dit- 
ficultcs  absolument  insurmontables  ;  difB^ 
cultes  que  les  plus  zélés  fauteurs  de  cette 
opinion  déclarée  inadm$$ibley  ont  laissées 
jusquMci  sans  réponse.  En  présentant,  en 
1837,  à  TAcadémie  des  Sciences  le  résumé 
des  principaux  résultats  de  son  grand  tra- 
vail, le  pnjrsicien-géomètre  a  encore  émis 
des  idées  bien  différentes  sur  la  formation 
et  la  constitution  du  globe  terrestre  On 
voit  que  nous  voulons  parler  de  M.  Poisson, 
que  la  mort  vient  d*enlever  c  à  la  reconnais- 
sance des  géomètres  et  des  astronomes,  j» 

tf  L'illustre  auteur  de  la  théorie  mathéma- 
tique de  la  ch«ilcur,  raisonnant  dans  Thy- 
pothèse  de  M.  Laplace  sur  l'origine  des  corps 
planétaires,  considère  la  terre  et  toutes  les 
autres  planètes  dans  leur  première  formation 
h  Pétat  de  vapeurs.  Mais,  au  lieu  de  faire 
nattre,  an  centre  de  chacune  de  ces  masses 
fluides,  un  noyau  incandescent  que  la  con- 
densation transforme  d*abord  en  soleil  ou  en 
étoile,  il  s'appuie  des  expériences  toutes  ré- 
centes sur  la  solidification  des  gaz,  pour 
établir  que  la  déperdition  de  toute  la  chaleur 
<i*origine  précédait  ou  accompagnait  la  so- 
lidification des  massts;  que  les  quantités  <\o 
chaleur  dégagées  étaient  irantporîées  à  la 
surface  et  que  la  soUdificaiion  commençait 
parles  couches  centrales  (820). 

•  Dans  la  théorie  de  M.  Poisson,  comme 
dans  la  théorie  de  M.  Laplace,  la  terre  était 
donc  primitivement  une  masse  aériforme, 
d'un  très-grand  volume  par  rapport  à  celui 
qu'elle  a  maintenant,  et  formée  des  diffé- 
rentes matièVés  solides  et  liquides  dont  elle 
se  com|)Ose  aujourd'hui,  et  qui  se  trouvaient 
alors  à  l'état  de  vapeurs.  Mais,  dans  la  nou- 
velle théorie,  on  expose  que  cet  état  primitif 
de  la  terre  était  celui  d'un  fluide  aériforme 
dont  la  densité  ne  peut  dépasser  un  maximum 
relatif  à  son  de^é  de  chaleur,  et  qui  se  li- 
quéfie nu  se  solidifie,  dès  que  Tonaugmente 
la  pression  qu'il  éprouve,  sans  changer  sa . 
température.  On  expose  que  les  molécules 
de  la  terre,  indépendamment  des  attractions 
et  répulsions  qiii  n'ontlieu  qu'entre  les  mo- 
lécules voisines,  et  qui  produisent  la  force 

(S^)  Théorie  tnatlt.  de  la  *chaleur^  p.  127  et  suit. 
—  Mém  $nr  la  lempér.  dû  globe^  etc. 

9f±\)  Uim.  sur  la  tempér.  du  ghhe^  etc.,  p.  12.  — 


élastique  des  fluides  aériforme  ,  égale  et 
contraire  à  la  pression  qu'ils  supportent, 
étaient  aussi  soumises  à  leur  attraction  mu- 
tuelle, en  raison  inverse  du  carré  des  dis- 
tances; et  que  de  cette  force  il  est  résulté, 
sur  toutes  les  couches  de  la  masse  fluide,  une 
pression  croissante  de  la  surface  au  centre. 
(Tesi  cette  pression  croUsante^  dit  M.  Poisson, 
el  nwupas  une  température  extérieure  6éatf-. 
coup  moindre  que  celle  du  fluide^  quia  réduit 
successivement  toutes  ses  couches  a  Cétat  so^ 
lide^  en  commençant  par  les  couches  centrales f 
et  continuant  de  proche  en  proche^  jusque  ce 
au  il  ne  soit  plus  resté  que  tes  matières  qui 
forment  aujourd'hui  la  mer  et  notre  atmos^ 
phère  (821). 

tf  Chez  M.  Laplace,  de  la  condensation  de 
matière  élémentaire  '  il  résulte  un  astre  lu- 
mineux, une  véritable  étoile  ;  et  si  aujour- 
d'hui la  terre  n'est  plus  qu'un  soleil  en- 
croûté, la  suite  des  siècles  verra  pareille  mé- 
tamorphose s'opérer  à  la  surface  du  soleil, 
de  cette  dernière  étoile  de  notre  monde  pla- 
nétaire. Chez  M.  Poisson,  cette  même  con- 
densation détermine  la  solidification  de  la 
masse  centrale,  et  la  terre  passe  immédiate- 
ment de  l'étal  de  vapeurs  a  l'état  de  globe 
terraqué.  Mais  alors  le  soleil  est  lui-même 
un  globe  solide  et  opaque.  Nécessairement 
les  changements  survenus  dans  les  masses 
planétaires  à  l'état  de  vapeurs  se  sont  repro- 
duits avec  les  mêmes  circonstances  dans  la 
masse  solaire  et  dans  toutes  les  autres  mas- 
ses stellaires,  aussi  primitivement  à  l'état  de 
vapeurs  (822).  Si  la  terre  est  un  globe  soli- 
difié, si  une  pression  croissante  de  la  sur- 
face au  centre  a  réduit  successivement  tou- 
ffes ces  couches  à  l'état  solide,  en  commen- 
çant par  les  couches  centrales,  le  globe  so- 
laire et  tous  les  autres  globes  stellaires  ne 
doivent  être  et  ne  peuvent  être  que  des  globes 
solides  et  opaques,  que  des  globes  solidifiés 
comme  le  globe  terrestre  et  comme  tous  les 
globes  planétaires. 

«  Ce  point  de  vue  embrasse  le  champ  tout 
entier  de  la  création.  Lorsque  nous  nous 
occuperons  spécialement  de  la  théorie  de 
notre  globe  et  des  autres  globes  de  l'univers 
(flâd),  nous  examinerons  en  quoi  et  com- 
ment les  résultats  offerts  concordent  avec 
ceux  obtenus  par  les  expériences  et  les  ob- 
servations directes  de  nos  physiciens  et  ^e 
nos  astronomes.  En  attendant,  nous  devons 
faire  observer  et  nous  déclaronsiout  d'abord 
que  nous  n'avons  miHement  besoin  d'adop- 
ter la  totalité  des  principes  et  des  consé- 
quences présentés  par  M.  Poisson.  Que  toute 
matière  gazeuse,  soumise  à  une  condensa- 
tion quelconque,  dégage  une  grande  quan- 
tité de  calorique,  et  que,  comme  dans  le 
briquet  pneumatique,  ce  calorique  puisse 
devenir  lumineux  ;  c'est  ce  que  nous  avons 
besoip  d'admettre,  el  c'est  ce  que  nous  admet- 
tons sans  restriction  aucui^e.  Mais  que  la 
terre,  comme  les  autres  globes  de  l'univers. 

Voyez  aossi  la  Théor.  math,  de  la  chaleur^  cfaap.  12, 
(K22)  Ratura  en  m  simplex  est^umper  tihi  ioniona. 
(823)  Voyet  TeiiRf  »  Soleil,  etc. 


1107  PLA  BICTIONNAIIIB  PB  COSMOf.ONIB 

ail  perdu  toute  sa  chaleur  d^origlne»  ou  bien 
qu'elle  conserve  encore  une  quantité  plus 
ou  moins  grande  de  cette  chaleur»  dévelop- 
pée par  la  solidification  de  tout  ou  seule- 
ment de  partie  de  sa  masse»  c*est  ce  que, 
absolument  parlant,  il  nous  importe  peu  de 
savoir,  et  c*est  ce  que  d'ailleurs  nous  n'a- 
vons pas  à  examiner  présentement  (S2k).  » 
PLANTES  FOSSILES  D'QENINGEN.  — 
Le  professeur  Braun,  de  Carisruhe,  a  adressé 
le  Catalogue  des  plantes  fossiles  trouvées 
dans  la  formation  d'eau  douce  de  cette  lo(^«- 


PLA 


lia; 


lité.  Les  plantes  qui  v  sout  mentionnées  oat 
été  recueillies,  yiendant  une  longue  sérit 
d'années,  par  les  commensaux  d'un  mooas- 
tère  des  environs  d'CKningeu  et  transportées, 
lors  de  la  dispersion  de  cette  communauté, 
au  muséum  de  Carisruhe,  où  on  les  voit 
maintenant.  Il  résulte  de  ce  Catalogue  que 
l'on  trouve  à  OEningen  des  débris  de  pla^ 
les  constituant  trente-six  espèces  de  rjotft- 
cina  genres  différents,  appartenant  ani  h 
railles  suivantes  < 


Familles. 

Polypodiacées, 
Ëquisétacées, 
Lycopod  lacées. 
Conifères, 
Graminées, 
Naîadées, 
Ainenl.iccc5, 
Jiiglandées, 
E.bcnaccG», 
Tiliacces, 
Acérinées, 
Uhamnées, 
Légumineuses, 
Dicotylûdonécs  ât  famillet 
douteuses. 


Genr«»s.    Espèces. 


2 
4 
i 

i 
t 

5 
I 
I 
I 

I 
i 

1 


2 
1 
i 

i 
2 
10 
S 
i 
î 
5 
2 
2 


Cryptogames,  en  tout      Â       4 
Gymnospermes, 


I  Monocolylédonéos, 


2 
S 


t 
I» 


Ce  tableau  fait  voir  la  prédominance  des 
plantes  dicotylédonées  dans  In  Flore  d'Œ* 
ningen,  et  nous  offre  un  terme  de  compa- 
raison pour  les  plantes  du  lignite  d'autres 
localités  de  la  série  tertiaire.  La  plupart  des 
espèces  qui  y  sont  portées  correspondent  h 
celles  du  lignite  de  Wetteraw  et  des  envi- 
ions de  Bonn. 

En  môme  temps  que  les  végétaux  dicoty- 
lédones prédominent  ainsi,  quelques  frag- 
ments de  fougères  et  de  graminées,  et  plu- 
sieurs débris  de  plantes  aquatiques,  sont  les 
seules  traces  de  végétaux  herbacés  que  l'on 
y  ait  rencontrées  :  tout  le  reste  se  rapporte  à 
des  plantes  ligneuses  dicotylédonées  et  à  des 
végétaux  gymnospermes. 

Plusieurs  de  ces  débris  consistent  dans  do 
simples  feuilles  isolées,  tombées  durant  le 
cours  naturel  de  la  végétation.  On  y  rencon- 
tre aussi  des  rameaux  avec  leurs  feuilles, 
que  Ton  dirait  avoir  été  arrachés  par  la  tem- 
pête du  tronc  qui  les  soutenait,  des  péricar- 
pes mûrs,  et  le  calice  persistant  de  plusieurs 
lleurs. 

La  plus  grande  partie  des  plantes  d'OEnin- 
gcn,  environ  les  deux  tiers,  appartiennent  à 
des  genres  dont  on  trouve  encore  des  repré- 
sentants dans  celle  localité,  mais  elles  sont 
d'espèces  différentes  et  qui  se  rapprochent 
beaucoup  plus  d'espèces  actuellement  exis- 
tantes dans  l'Amérique  du  Nord  que  d'au- 
cune de  celles  que  possède  l'Europe.  Les 
peupliers  fossiles  offrent  un  exemple  de  cette 
nature. 

D'ailleurs  on  y  trouve  aussi  des  genres  qui 
ne  font  plus  partie  de  la  Flore  actuelle  de 
1  Allemagne,  le  genre  diospyros,  par  exem- 
ple, et  môme  d'autres  qui  sont  maintenant 
-étrangers  à  l'Europe,  tels  que  les  genres 
tàxodiumy  Hquidamhar,  juglans,  gleditschia. 

(«24)  Cosm.  df  laRévéi,,  p.  ÏBZ,  etc. 


Dicotylédonées, 


16      27 


Si  Ton  en  juge  par  es  proportions  de  leur? 
débris,  les  peupliers,  les  saules  et  les  éra* 
blés  sont  les  arbres  à  larges  feuilles  qui 
occupèrent  le  plus  de  place  dans  la  Flore 
ancienne  d'Œningen.  Deux  espèces  fossilw 
très-abondantes  ressemblent  1  une  {popuîns 
Iqtior)  au  peuplier  du  Canada,  l'autre  (popu- 
Im  ovalis)  au  peuplier  baume  de  l'Amériqu» 
du  Nord. 

La  détermination  des  espèces  de  saulrs 
fossiles  ©ffre  plus  de  difficultés*  Il  en  est  une 
{salix  angustifolia)  qui  dut  ressembler  beau- 
coup à  l'espèce  moderne  salix  riminalii. 

Une  des  espèces  du  génie  érable  {ac&j 
peut  être  comparée  à  Vacer  campestrt,  mt 
autre  h  Vacer  pseudoplatanus  ;  mais  Tespèce 
la  plus  commune,  Vacer  pro/ensum,  parait  se 
rapprocher  de  Vacer  dasycarpon  de  fAméri- 

8ue  du  Nord  plus  que  de  tonte  autre  espèce. 
ne  autre  espèce  qui  offre  des  rapports  arec 
Vacer  negundo  a  reçu  de  M,  Braun  le  dow 
d  acer  trifoliatum.  Une  espèce  fossile  de  li- 
quidambar,  le  liquidambarEuropœum{Bnm\ 
diffère  de  l'espèce  actucHe  le  liquidmkr 
ityracifluum^  en  ce  que  les  loljes  plus  élroiu 
de  ses  feuilles  se  terminent  en  jiointe  plus 
allongée  :  c'est  le  plus  ancien  représentant 
de  ce  genre  en  Europe.  On  rencontre  con- 
servé le  fruit  de  cette  espèce,  ei  il  en  e>l  <ie 
même  du  fruit  de  deux  espèces  d'érables  et 
d*un  saille. 

Le  tilleul  fossile  d'OEningen  ressembloi 
notre  moderne  tilleul  à  grandes  feuilles  ^ii- 
lia  grandifolia). 

L  orme  fossile  semble  une  variété  à  peii* 
tes  feuilles  de  notre  ulmus  coinpesiris. 

Des  deux  espèces  du  genre  jugions,  Tune, 
jugions  falcifoUoy  peut  se  comparer  à  fosi-èce 
aïnéncaine  juglans  nigra;  l'aulrç  rappelle  H' 
jugions  alba,  et  ap[»arlient    probalilement 


Il«f 


PLA- 


BT  DE  PALEONTOLOGIK. 


RLK 


U7^ 


comme  ce  dernier  à  la  division  caractérisée 
par  des  noix  à  enveloppe  externe  déhiscente 
{carya  Nuttal). 
Parmi   les  plantes  que  l'on  ne  rencontre 

3ue  rarement  a-  Œningen  est  une  esjièce  de 
iospyroê^  le  dio$pyro$  brachysepaUij  dont  le 
calice  se  montre  conservé  d'une  manière 
remarquable,  et  laisse  nettement  distinguer 
à  son  centre  le  point  d'insertion  du  fruit  :  ii 
se  distin^e  du  diospyros  lotus  actuel  de 
r£urope  méridionale  par  ses  lobes  plus 
courts  et  plus  obtus. 

Au  nombre  des  arbrisseaux  fossiles  se 
trouvent  deux  espèces  de  rhamnus^  dont 
Tune,  le  rhamnus  muUinerth  (Braun),  res- 
semble au  rhamnus  alpinus  uar  la  distribu- 
tion des  nervures  de  ses  leuilles.  L'autre 
espèce,  qui  est  la  plus  fréquente,  le  rham^ 
nus  Urminalis  (Braunj,  peut  être  coi:: paré 

S isqu*à  un  certain  point,  sous  le  rapjK>ri  de 
l>osilion  de  ses  feuilles  et  de  la  distribu- 
tion de  leurs  nervures,  au  rhamnus  calharti- 
cus^  mais  dilTère  de  toutes  les  espèces  vivan- 
tes en  ce  que  les  fleurs  y  sont  placées  à  l'ex- 
trémité des  rameaux. 

Parmi  les  légumineuses  fossiles  se  voit 
une  feuille  qui  ressemble  beaucoup  plus  à 
crlle  d*un  cytise  frutescent  qu'à  cette  d'au- 
cune espèceherbacée du  genre  trèfle. 

Au  ^enTegleditschia(G.  podocarpa^  Braun) 
appartiennent  des  feuilles  pennées  fossiles 
et  un  grand  nombre  de  gousses.  Ces  derniè- 
res paraissent  n'avoir  renfermé  qu*uiie  seule 
graine,  comme  celle  du  gleâiischia  mono^ 
sperma  de  l'Amérique  du  Nopi  ;  elles  sont 
(otites,  courtes  et  supportées  par  un  pédi- 
cule allongé,  formé  par  la  base  contractée 
de  la  gousse. 

£n  compagnie  de  ces  nombreuses  espèces 
de  végétaux  dicotylédones  à  feuilles  étalées, 
ae  voient  quelques  espèces  de  conifères.  Il 
y  en  a  une  du  genre  abies^  encore  indéter- 
minée ;  des  branches  et  de  petits  cônes  d'un 
autre  arbre  de  cette  famille,  le  taxodium 
Europœum  (Ad.  Brongniart),  ressemblent  à 
ceux  du  cyprès  du  Japon  (laxodium  Japo- 
ntcttm). 

Parmi  les  plantes  aquatiques  dont  on  ren- 
contre des  débris,  se  trouve  un  potamogeton 
h  feuilles  étroites,  et  un  isoetes  semblable  à 
Visoties  lacustris  que  Ton  trouve  maintenant 
dans  les  petits  lacs  de  la  Forèt-Noire,  mais 
qui  ne  croU  pas  dans  le  lac  de  Constance. 

L'existence  des  graminées  à  cette  époque 
est  un  fait  démontré  par  l'empreinte  bien 
conservée  d'une  feuille  qui  ressemble  à  celle 
d*un  iriticum^  tournant  vers  la  droite,  et 
sur  laquelle  on  voit  nettement  indiquée  la 
distribution  des  nervures. 

On  a  rencontré  dans  la  môme  localité  des 
fragments  de  fougères  a^ant  de  la  ressem- 
blance avec  le  pteris  ogmlifia  el  avec  l'oipt^ 
ditim  filix  mas» 

Les  débris  d'équisétacées  indiquent  une 
espèce  ressemblant  à  l'egnûef  um  palusirt. 


Parmi  les  débris  en  petit  nombre,  qui  n'ont 
pu  être  déterminés,  se  trouvent  certaines 
impressions,  assez  communes  à  Œningen, 
du  caJice  d'une  fleur  à  cinq  divisions,  ofl^rant 
des  nervures  fort  élégantes. 

Jusqu'ici,  on  n  a  encore  découvert  dans 
cette  localité  aucun  débris  de  rosacées 

Outre  ces  plantes  fossiles,  les  couches 
d'OËniugen  renferment  un  grand  nombre 
d'espèces  de  coquilles  d*cau  douce  et  une. 
réunion  remarquable  de  poissons  dont  nous 
avons  déjà  eu  occasion  de  parler.  La  classe 
des  reptiles  y  est  représentée  par  une  tortue 
très-curieuse  et  par  une  salamandre  aquati- 
que gigantesque  (825],  longue  de  plus  de  trois 
pieds,  Vhomo  dUutti  itstîs  de  Scheuchzer. 
Op  y  a  trouvé  aussi  un  lagomys  et  un  renard 
fossiles.  (Voy.  les  Transact.  géolog.  de  Lon- 
dresj  nouvelle  série,  t.  III,  p.  287.) 

En  1835,  on  voyait  au  Muséum  de  Leyde 
une  salamandre  eu  vie,  longue  d'un  mètre. 
Elle  appartient  è  une  espèce  très-voisine  de 
la  salamandre  fossile  d'OEningen,  et  avait 
été  rapportée  du  Japon  par  le  docteur  Sie- 
bol<f  qui  favait  trouvée  dans  le  cratère  d'un 
volcan  éteint  au  sommet  d'une  haute  mon- 
tagne. Elle  dévorait  avec  avidité  de  petits 
poissons. 

PLÉSIOSAURE,  (irXigatoc,  voisin^  f^aUpo:,  //- 
xard).  —  Genre  de  reptiles  fos^iles  trouvé 
pour  la  première  fois  en  1813  dans  le  calcaire 
deLyme-Regis,  par  MM.deLaBéciieelCony- 
beare.  Le  plésiosaure  appartient  à  un  genre 
d'animaux  éteints  qui  |)ar  leur  structure  se 
rapprochent  beaucoup  de  l'ichtliyosaure  et 
qui  ont  vécu  en  même  temps  aue  lui  dans 
les  époques  intermédiaires  de  1  histoire  de 
notre  globe.  La  découverte  de  ce  genre  est 
l'une  des  acquisitions  les  plus  importantes 
dont  l'anatomie  comparée  soit  redevable  à 
la  géologie.  C'est  du  plésiosaure  que  Cuvier 
a  dit  qu  il  offre  la  structure  la    plus  hélé- 
roclife  et  l'ensemble  de  caractères  le  plus 
monstrueux  que  l'on  ait  rencontré  parmi  les 
ruines  de  l'ancien  monde  (826).  On  y  trouve 
la  tête  d'un  lézard,  les  dents  d'un  crocodile, 
un  cou  d'une  longueur  énorme,  et  qui  res- 
semble au  corps  d'un  serpent,  un  tronc  et 
une  queue  dont  les  productions  sont  celles 
d'un  quadrupède  ordinaire,   les  côtes  d'un 
caméléon  et  les  nageoires  d'une  l)aieine. 
Telles  sont  les  combinaisons  étranges  de 
formes  et  de  structure  que  présente  le  plésio- 
saure. Ses  débris,  après  avoir  été  pendant 
des  milliers  d'années  ensevelis  dans  un  nau- 
frage commun  avec  ceux  de  tant  de  milliers 
d'êtres  qui  peuplaient  notre  planète  à  ces 
époques  éloignées,  ont  été  rendus  à  la  lu- 
mière par  la  géologie,  et  s'offrent  à  notre 
étude  dans  un  état  de  conservation  presque 
tout  aussi  parfait  que  ceux  des  espèces  nos 
contemporaines. 

Il  parait  certain  que  les  plésiosaures  nlia- 
bitaient  que  des  mers  et  des  eolfès  pea 
profonds,  et  qu'ils  respiraient  1  air  atmos- 


tViS)  Oo  Ta  Dommëe,  je  crois, 

(426)  Cet  habilaiH  de  rancien  monde  est  peut- 

éum  l€  pins  hétéroclite  et  celvi  dt  tous  qui  parait  le 


plus  mériter  le  nom  de  monstre. 
m-4%  t.  V,  t-  partie,  476. 


—  Ommi.  FomiTm, 


1171 


IM.K 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


lÂLE 


tt7i 


pliéri  lue  (ic  ta  rùème  maniôre  que  les  idi- 
Ihyosaures  cl  nos  cùlacrs  raixiemes.  Dôjà 
nous  en  connaissons  cimjou  six  cs|>èces, 
ilont  cnielqnes-nnes  atleignent  une  (/»ille  ei 
'*  nn  volume  prodii^ieux;  mais  nous  n'étudie;^ 
rons  ici  ijue  la  nikjux  ronnue,  et  celle  (^ui 
est  peut-être  la  plus  remarquable,  le  p/esio- 
iaurus  dàhchedtirui  (827). 

Tête.  —  La  tôle  du  plésiosaurus  dolicho- 
deirus  offre  une  réunion  de  caractères  par- 
ticuliers à  ficlithyosaure,  au  crocodile  et  au 
lézard  ;  mais  c'est  de  la  tète  de  ce  dernier 
isurtout  qu'elle  se  rapprociie  davantage.  Elle 
e>t  en  rapport  avec  celle  de  richlhyosaure 
par  la  petitesse  de  ses  narines,  en  même 
tomps  que  par  la  place  qu'elles  occupent 
dans  l'angle  antérieur  des  yeux;  elle  tient 
de  la  tète  (lu  crocodile  par  ce  fait  que  les 
dents  sont  imi)lantées  dans  des  alvéoles  dis- 
tinctes \  mais  elle  diffère  de  Tune  et  de  l'au- 
tre par  sa  forme  générale  et  sa  petitesse  ; 
et  un  ffrand  nombre  de  ses  caractères  la 
raimroche  tout  à  fait  de  celle  deTiguane. 

Vou,  —  Le  caractère  le  plus  extraqrdi- 
naire  qu\)ffre  le  reptile  qui  nous  occupe, 
c'est  la  longueur  extrême  de  son  cou,  or- 
gane qui  égale  presque  en  étendue  le  corps 
et  la  queue  ensemble,  et  qui  contient  envi- 
ron trcnte-îtrois  vertèbres,  c'est-à-dire  plus 
qu'il  n'y  en  a  dans  le  cou  du  cygne,  celui  de 
tous  les  oiseaux  chez  lequel  cet  oruane  at-* 
teint  la  plus  grande  longueur.  C'est  là, 
com^me  on  le  voit,  une  remarquable  excep- 
tioQ:  à  cette  loi  presque  universelle,  que  le 
nombre  des  vertèbres  cervicales  chez  les 
quadrupèdes  est  toujours  peu  considérable. 
Même  chez  la  girafe,  le  chameau  et  le  lama, 
le  nombre  en  est  constamment  de  sept;  et 
l'on  retrouve  encore  le  type  de  ce  nombre 
dans  le  cou  si  court  des  "cétacés.  Chez  les 
oiseaux,  il  varie  de  neuf  à  vingt-trois,  et, 
cheï  les  espèces  vivantes  de  re])tiles,  de 
trois  à  huit  (828).  Nous  trouverons  bientôt 

(827)  C'est  dans  le  lias  de  Lyme-Reds,  veis  4825, 
que  Ton  a  découvert  les  premiers  cchaiitilLons  ap- 
partena^nt  à  cet  animal  remarquable ,  et  ils  sont 
robjec  d*un  admirable  mémoire  dans  lequel  MM.Co- 
liybe^re  et  de  U  Bêche  ont  établi  et  dénommé  le 
genre  (  G^olog.  Traits,  Lond.,  t.  Y,  n*  partie  ).  De- 
puis on  a  rencontré  d^autrcs  individus  dans  les  mê- 
mes formations  sur  divers  points  de  TAngleterre,  de 
rirlande^  de  la  France  et  de  TAUemagne,  ainsi  que 
dans  des  formations  qui  appartiennent  à  diverses 
éfioques,  depuis  le  muschel-kalk  en  s*élevant  jus- 
qu*à  la  craie.  Le  premier  échantillon  que  Ton  ait 
trouvé  dans  un  état  voisin  de  la  perfection  fait  partie 
de  la  collection  du  duc  de  Buckinghani  (il  est  ûguré 
dans  les  Geol,og.  Trans.  Lond,  Nouvelle  série,  1. 1", 
n*  partie,  pK  xi^vui).  Il  y  en  a  un  autre  presque  entier, 
long  de  onze  pieas ,  cfaus  la  collection  du  muséiini 
britanni(|(ue.  La  justesse  des  raisonnements  qu'avait 
faitsCuvier  sur.  les  quadrupèdes  fossiles  de  Aloi.lr- 
martre  fut  démontrée  par  la  déqouverte  subséqucnle 

-  de  squelettes,  tout  pareils  à  ceux  qu*ii  avait  refaits 
conjecturalement  à  Taided^os  isolés  ;  la  restauration 

3u'a  faite  M,  Conybeare  du  plésiosaurus  doiicho- 
eirus  n*a  pas  reçu  une  confirmation  moins  écla- 
tante de  la  découverte  des  échantillons  que  nous  ve- 
nons de  mentionner. 

(828)  La  perte  de  force  qui  résultait  pour  le.  plé- 
siosaure de  cette  longueur  extrême  du  cou  était  ^om- 


dans  les  raoeurs  du  plésiosaure  une  raison 
probable  de  cette  exception  remarquable aui 
caractères  normaux  (les  lézards. 

Trône  et  ^letie.  —  l^s  vertèlires  dorsales 
ne  sont  pa$(|t5|»osées  en  cônes  creux,  comoie 
cela  a  lieu  chez  les  poissons,  mais  elles  s'ap- 
pliquent les  unes  contre  les  autres  par  des 
surfaces  presque  plates,  et  il  en  résulte  pour 
Tensemble  de  la  colonne  vertébrale  le  même 
genre  de  stabilité  que  dans  les  quadrupèdes 
terrestres.  Il  en  est  de  môme  du  mode  sui* 
vaut  lequel  les  apophyses  articulaires  s*a[)- 
pliquent  les  unes  contre  les  autres,  mode 
destiné  à  produire  bien  plutôt  une  grando 

Euissance  que  ce  genre  {)articulier  de  fleii- 
ilité  créé  pour  concourir  à  la  progression 
rapide  des  ichthyosaures  ou  des  poissons  : 
aussi  une  progression  rapide  était-elle  in- 
compatible avec  la  structure  de  Pensemble 
des  organes  chez  le  plésiosaure;  et  tout  ce 
qui  dans  son  organisation  tendait  vers  uu 
accroissement  de  force  était  d'une  bien  plus 
haute  importance  que  ce  qui  eût  eu  [)Our 
but  la  combinaison  de  la  vitesse  avec  la 
flexibilité. 

La  queue,  euurte  coninus  elle  Tétait  par 
rapport  à  Tcnserable  du  corps,  ne  pouvait 
être,  comme  la  queue  des  iK:)issous,  un  or- 
gane d'impulsion  puissante  d'arrière  en 
avant;  c*était  plutôt  un  gouvernail  à  Vaide 
duquel  il  se  dirigeait  lorsquMI  nageait  à  la 
surface  des  eaux,  ou  lorsqu'il  voulait  s'éle- 
ver ou  descendre  au  sein  de  ce  liquide:  et 
quant  à  la  lenteur  des  mouyemcnls,  cest 
une  conséquence  à  laquelle  nous  sommes 
encore  conduits  par  le  prolongement  extrême 
du  cou  en  avant  des  pattes  antérieures.  Le 
nombre  total  des  vertèbres  doi>t  se  compose 
la  colonne  vertébrale  tout  entière  est  d'envi- 
ron quatre-vingt-dix.  Cet  ensemble  de  cir- 
constances conduit  h  conclure  que  cet  ani- 
mal, malgré  sa  taille  considérable,  n  dû 
chercher  surtout  dans  la  ruse  et  dans  les  re- 

pensée  par  Texistenoe  d*une  série  d^apopliyses  bas- 
tiformes  qui  se  surajoutaient  de  chaque  côté  do 
corps  des  vertèbres  cervicales.  On  trouve  diex  la 
oiseaux  et  chez  les  quadrupèdes  à  long  eou  des  ni- 
din^ents  do  ces  ^popliyses  diveiscnieat  modifiées;  et 
leur  forme,  chez  les  crocodiles,  approche  beaucoup 
de  ce  c^ue  Ton  observe  chez  le  plésiosaure 

Le  corps  des  vertèbres  rappelle  aussi  beauciMip 
plus  certains  crocodiles  fossiles  quMI  ne  rappelle  ks 
ichtbyOsaures  ou  les  lézards,  et  ces  organes  ontea 
outre  avec  ceux  des  crocodiles  ce  point  oomnuii 

.  que  leur  portion  annulaire  est  fizée  a^u  corps  de  h 
vertèbre  pa  r  des  su  tu  res. 

Ainsi  le  cou  du  plésiosaurus  dfdichodcinis  est  uw 
combinaison  du  principe  de  construction  des  verù- 
bres  du  crocodile,  avec  un  accroissement  en  lov- 
guegr  npï  dépasse  tout  ce  que  Tofi  observe  depl« 
extrême  chez  les  oiseaux,  et  que  1\ni  ne  retrouve 
dans  aucun  autre  animal  connu ,  pas  ^us  parmi  k» 
créations,  les  plus  anciei^nes  que  ^rmi  les  eréatioi^ 
actuelles.  La  ion^^ueur  de  cet  organe  anormal  e4 

.  égale  à  presque  cutq  fvis  celle  de  ta  tète;  le  Uiwc 
ég^le  quatre  fois  l.i  tctc  en  longueur  et  la  qoeiic 
trois  fols ,  de  sorte  que  la  tète  n*a  en  longatitf 
qu'un  treizième  du  corps  entier.— Vojf.  les  Tru^' 
aaions  géol.  de  Londres^  t.  V,  p.  559,  et  1. 1",  not* 

^  vellc  bêiie,  p.  105  et  suivantes. 


1^3  F^LK  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 

rai  les  ses  moyens  de  subsister  et  d'échapper 
I  ses  ennemis. 

Côtei,  —  Les  cotes  se  composent  de  deux 
>arties,  Tune  vertébrale  et  1  autre  ventrale; 
ihacunsiles  portions  ventrales  s*uiiit  à  celle 
lu  côté  opposé,  au  moyen.d'up  os  transver- 
al  intermédiaire»  de  façon  quet  chaque  paire 
le  cAte  entoure  le  corps  d'une  ceii\ture  com^. 
»lète  formée  de  cinq  pièces  (829).  Cuvier  a^ 
lit  remarquer  le  rapport  qu  il  y  a  entre  ce., 
node  de  structure  et  celui  qui  présente  les 
Aies  chez  les  caméléons,  et  chez  deux  es- 
lèces  d'iguanes  (le  lézard  marbré,  lacerla 
9armorat€t,  Linn.,etraTiolis,  ano/ïti«,  Cuv.); 
X  la  conséquence  qui  se  présente  naturelle- 
oeot  à  l'esprit,, que  Içs  poumons,  de  môme 
[lie  dans  ces  trois  genres  aptuéll^m^nt  vi- 
ants,  durent  être  fort  grands»  et  qu'il  ét^it 
)oisibl€  que  la  coloration  de  leur  peau  fut 
oumise  à  des  changements  en  rapport  avec 
Ds  variations  dans  Tintensité  de  leurs  ins-. 
irations  (830).  {Ossefnenls  fossiUt^  t.  Y,  ù* 
lart.,  p.  280.) 

Cette  opinion  de  Cuvier  est  purement  hy-. 
»othétique,.  et  toute  personne  peufamilia- 
isée  avec  l'anatomie  comparée  sera  portée 

considérer  comme  non  moins  conjectu- 
ale  toute  conclusion  relative  à  des  organes 
ussi  périssables  que  les  poumons,  déduite 
e  Quelque,  disposition  inusitée  ou  d*ure 
onciition  insolite  des  appareils  costaux, 
iependant  c'est  en.  nous  appuyant  sur  de 
eujblables  principes  que,,  de  la  focime  et. 
es  propriétés,  de  ces  côtes  fossiles,  nous 
oncluons  qu'elles  furent  en  rapport,  coiume 
hez  le  caméléon,  avec  une  faculté  de  con- 
raction  et  de  dilatation  des  poumons  en  de«> 
ors  des  règles  ordinaires  ;  de  môme  que, 
il  nous  arrivait  de  cenrontrer  la  charpente 
élabrée  d*un  soufllnt  parmi  les  ruines  d*une 
ir^^c»  nou^  prononcerions  hardiment  que 
.'S  pièces  d'une  plus  longue  durée  suppor- 
itcnt  jadis  un  cuir  dont  retendue  était  en 
i[>porl  avec  leurs  propres  dimensioqs. 


PLfi 


ti74 


'  Le  mode  de  composition  des  côtes  chez 
le  plésiosaure  a  eu  aussi  probablement  pour 
résultat  de  donner  à  cet  animal  la  faculté  do 
comprimer  l'air. dans  les  poumons,  et  d'en 
emporter  ainsi  au  fond  des  eaux  des  masses , 
réduites  à  un  volume  moindre,  comme  nous  ' 
avons  pensé  que  cela  devait  avoir  lieu  chez^ 
les  ichthyosaures  ^  d'après  la  considération,, 
de  leur  appareil  costal. 

Extrùnitéi.  -—  Le  plésiosaure  respirait 
l'air   atmosphérique,  et,   )X)ur  que   ci^tte. 
fonction  fût  remplie,  il  fallait  qu'il  vtnt  fré- 

3uemment  à  la  surface  des  eau;i;  c'était 
onc  une  nécessité  que  le  thorax,  le  Ijassin, 
et  les  os  des  extrémités  antérieures  et  pos- 
térieures concourussent  à  former  un  an  pa- 
reil qui  lui  permit  de  descendre  et  de  s  éle- 
ver dans  les  eaux,  à  la  manière  des  ichthyo- 
saures  et  des  cétacés.  Aussi  les  pattes  ont- 
elles  été  converties  en  des  rames  plus 
Puissantes  et  plus  grandes  que  celles  de 
ichth  vosaure,  et  propres  à  compenser  ainsi 
la  faible  assistance  que  l'animal  pouvait  ti- 
rer de  sa  queue  (83i). 

Si  nous  mettons  les  membres  du  plésio» 
saure  en  présence  des  mêmes  organes  chez 
les  autres  vertébrés,  nous  pourrons  ranger 
tout  cet  ensemble  suivant  une  série  régu- 
lière de  gradations,  formant  comme  les  an- 
neaux d'une  même  chaîne  depuis  leur  état 
le  plus  parfait  que  l'on  rencontre  dans  les 
ipammiferes  supérieurs  jusqu'à  leurs  for- 
mes les  plus  iniparfaitcs,  qui  se  voient  ^àws 
les  nageoires  ûqs  i>oissons.  Les  rames  qui 
existent  à  la  partie  aqtérieure  du  corps, 
ci^ez  le  plésiosaure,  offrent  toutes  les  parties 
essentielles  des  membres  antérieurs  des  qua* 
drupèdes  et  môme  des  bras  de  rhomoie; 
une  omoplate,  un  humérus,  un  radius  et  un 
cubitus  que  suivent  les.  os  d'un  carpe  et 
d'un  métacarpe,  celui^i  terptiné  par  cinq 
doigts,  dont  chacun  se  compose  d'une  ^érie 
continue  de  phalanges.  On  retrouve  dans 
les  membres  postérieurs  les  mé.hes  analo- 


(820)  La  portion  venlralo.  ilacliacuDO  des  côtes 
•  »U  composée  de  trois  os  minces  appliqués  les 
\*i  contre  les  autres  au  moyen  de  rainures  obliques 
lî  leur  permetlaient  un  mouvement  d*exteiision 
msi<léral)le  dupant  la  dilatation  des  poumons. 

(85(^)  Nous  n'avons  aucun  moyen  de  vérifier  cxîtte 
»njeciure  ingénieuse  qui  fait  du  plésiosaure  une 
»rte  de  caméléon  marin,  doué  de  la  faculté  de  faire 
irîer  la  couleur  de  ses  l^uments;  mats  nous  de- 
>ns  admettre  qu*une  faculté  semblable  lui  eàt  ciô 
Il  plus  grand  avantage  en  lui  foumissant  un  moyen 
L*  se  soustraire  plus  complètement  à  la  vue  de 
ichtbyosanrc,  son  ennemi  le  plus  formidable.  Con- 
■c  cet  adversaire,  tout- combat  à  armes  égali's 
Il  était  impossible,  soit  à  cause  de  la. petitesse  de 
I  tête  eu  de  la.  longueur  extrême  de  son  cou  ;  et  la 
li blesse  de  ses  moyens  de  locomotion  le  menait 
paiement  dansTînipossibilité  de  fuir.  L*agrandisse- 
leut  des  poumons  avait  encore  cet  important  avan- 
i^e  qu*il  pçrmçltait  à  ranimai  de  venir  moins 
'cquemmcnt  à  la  surface  pour  y  respirer  Pair  at- 
losphériqne,  opération  qui  ne  pouvait  s'occuper 
ins  un  danger  imminent,  au  sein  des  mers  où  four* 
lillaient  les  ichthyosaures.  Le  docteur  Starck  a  der- 
iêreraent  observe  que  certains  poissims,  et  spécia- 
(inenl  les  vérons  (Ituchcuê  pboxinui),  ont  une  ten- 
ancé  à  prendre  la  couleur  des  vases  où  on  les  con- 


serve. {Proceeding$  zoot.  Soc.  Lond,  juillet,  1855). 
Comme  dans  cette  classe  d*ètres  il  n'existe  pas  ne 
poumons,  ce  cbangcment  dans  les  couleurs  ne  peut 
être  attribue  à  )a  même  cause  qui  d*après  les  opi« 
nions  reçues,  produit  le  même. effet  cUez  Icscajmé*- 
lé<ms. 

(851)  Le  nombre  des  pièces  qui  corrcspondaien| 
aux  pbalanges  des  doigts  et  des  orteils  excède  celui 
que  Ton  observe  dici  les  lézards  et  les  oiseaux,  et 
même  chez  les  mammifères,  à  rexceptîon  des  ba- 
leines dont  plusieurs  offrent  un  pareil  excès  numé- 
rique en  rapport  avec  roflieedé  nageoires  qui  cor- 
respond à  cette  disposition.  Gespbakingesdeplésio- 
saures  s*artieulenl,  comn:c  chez  les  baleines,  par 
syncbondrose,  et  elles  établissent  un.  passage  entre 
les  plialanges.  de  ricbthyosaure  en  nombre  plus 
graitd  et  plus  anguleu^s,'et  celles  des  quadrupèdes 
terrestre,  toujours  plus  qu  moins  rvlindriquesl 
Chez  ces  lézards  des  mers,  elles  élaieni  nplaties, 
dans  le  but  d'élargir  les  extrémités,  et  d  en  faire  des 
organes  de  natatitm.  Comme  d'ailleurs  ce»  rames 
élargies  paraissent  avoir  e(c  dépoiuiues  de  toula 
espèce  d*onglcs,  même  imparfaits,  comme  ceux  des 
tortues  et  des  plioques,  il  est  probable  que  le  plésio- 
saure n*avait  partout  ailleurs  que  dans  Teau,  quun 
mouvement  de  progression  faible  ou  tout  à  fait  nul. 


lits 


l'LB 


DICTIOT^NAIRE  DC  COttMOGONIK 


PLU 


m 


gîes  aicec  ie$  organes  correspondants  des 
mammifères^  Le  bassin  et  le  féinuc  y  sofit 
suivis  par  un  tibia  et  un  péroné  qm  s'arti- 
\  culent  avec  des  os  du  tarse  et  du  métatarse» 
et  ces  derniers  donneni  naissance  à  cinq 
doi>çts  formés  de  nombreuses  phalanges. 

C'est  en  étudiant  cet  ensemble  de  carac- 
tères que  M.  Conybeare  est  arrivé  aux  con- 
séauences  suivantes  relativement  aux  habi- 
tuaes  du  çlésiosaurus  dolichodeirus  :  «  C'é- 
tait un  animal  aquati(jue,  Fétat  de  ses  patt^ 
le  prouve  jusqu'à  l'évidence  :  il  était  marin; 
lès  restes  auxquels  on  le  trouve  constam- 
ment associé  ne  sont  à  cet  égard  guère 
moins  concluants.  La  ressemblance  de  ses 
extrémités  avec  celles  des  tortues  conduit  a 
penser  que,,  comme  ces  dernières,  il  venait 
de  temps  à  autre  sur  le  rivage;  mais  ses 
mouvements  sur  la  terre-ferme  ne  pouvaient 

au'ètre  dépourvus  d'agilité,  et  la  longueur 
e  son  cou  était  un  obstacle  à  la  rapidité  de 
sa  progression  à  travers  les  eaux,  ce  qui 
contraste  d'une  manière  frappante  avec  l'icli- 
tbyosaure»  si  admirablement  organisé  pour 
fendre  les  vagues.  Et  comme  à  ces  diverses 
circonstances  H  vient  se  joindre,  en  vertu 
du  mode  de  respiration  de  Tanimal,  un  be^ 
soin  de  communications  fréquentes  avec 
l'atmosphère^  ne  somme&>nous  pas  autorisés 
à  prononcer  quil  nageait  h  la  surface  même 
des  eaux^  ou  s*en  éloignait  peu,  recourbant 
en  arrière  son  cou  long  et  flexible,  K  la  ma- 
nière du  cygne,  et  Te  dardant  de  temps  à 
autre  pour  saisir  les  poissons  qui  s'appro- 
chaient de  lui?  Peut-être  aussi  se  tenait-il 
jirès  du  rfvage/dans  des  eaux  peu  profondes, 
caché  au  milieu  des  végétaux  marins,  et 
portant  à  l'aide  de  son  long  cou,  ses  narines 

Ksqu'à  la  surface  des  eaux  ^  c'eût  été  là  pour 
i  une  retraite  assurée  contre  les  attaques 
de  ses  plus  dangereux  ennemis.  D'un  autre 
côté,  cette  longueur  et  cette  flexibilité  du 
cou,  par  la  promptitude  et  la  soudaineté 
d'attaque  qu'elles  lui  permettaient  de  dé- 
ployer contre  tout  ce  qui  passait  à  sa  portée,, 
compensateut  la  faiblesse  de  ses  mâchoires 
et  1  impossibilité  d'une  progression  rafude 
au  sein  des  eaux.  »  (GeoL  Tnmi,^  nouv. 
série,  1. 1,  u*  part.,,  p.  388.) 

Nous  avions  commencé  cette  histoire  du 
plésiosaure  en  nous  autorisant  de  Topinion 
imposante  de  Cuvier,  pour  déclarer  que  c'é- 
tait une  des  productions  les  .[il us  anormales 
et  les  plus  monstrueuses  qui  aient  fait  partie 
des  anciens  systèmes  de  création.  Puis  la 
suite  nous  a  montré,  par  Tétude  que  nous 
avons  faite  de  ses  détails  d'organisation, 
que  ces  anomalies  apparentes  ne  reposaient 
que  sur  des  variations  dans  l'arrangement 
ou  dans  les  proportions  de  parties  fonda- 
mentalement les  mêmes  qui  concourent  à 
former  les  créatures  les  plus  parfaites  du 
inonde  actuel. 

^  Si  nous  poursuivons  l'étude  des  analogies 
d'organisation  qui  unissent  les  habitants 
actuels  de  notre  globe  avec  les  espèces  di* 
verses  et  les  genres  éteints  qui  ont  précédé 
sur  cette  terre  notre  propre  race,  nous 
.voyons  qu'une  chaîne  étroite  d'aiCnités  re- 


lie la  série  tout  entière  des  êtres  organisés. 
et  resserre,  dans  des  liens  intimes  et  pleins 
dliarmonie,  toutes  les  formes  passées  et  pré- 
sentes de  la  vie  chez  les  animaux.  LeoseiD- 
ble  même  de  notre  propre  organisation,  et 
certains  de  nos  organes  les  plus  importants, 
nous  placent  dans  des  rapports  directs  et 
étroits  avec  ces  reptiles  qui  nous  sembbl, 
au  premier  coup  d^œil,  les  plus  monslrued- 
ses  productions  de  'a  création  ;  celte  main, 
ces  doigts  qui  écrivent  leur  histoire,  sont 
un  type  toujours  présent  è  mes  yeui  des 
rames  natatoires  de  Tichtliyosaure  et  du  plé- 
siosaure. 

Si  nous  venons  à  étendre  la  comparaboa 
aux  quatre  grandes  classes  d'animaux  Yerli- 
brés,  chaque  espèce  nous  apparaît  avec  u 
mode  suivant  lequel  les  parties  analo^no 
s'adaptent  aux  circonstances  et  aux  coq- 
ditions  diverses  d'existence  pour  lcsqueli&) 
chacune  de  ces  espèces  a  été  créée.  Â  {«ir- 
tir  des  degrés  les  plus  inférieurs,  ouui 
voyons  l'organisation  et  les  fonctions  au.- 
malos  s'élever  parallèlement,  par  une  doubla 
échelle,  jusqu'à  ce  qu'elles  arrivent  au  point 
de  leur  [ilus  haut  développement.  C'estaiibi 
que  la  nageoire  du  poisson  devient  la  rame 
natatoire  du  plésiosaure  et  de  l'ichlhyo* 
S9ure  .  celle-ci  se  transforme  à  son  toar 
dans  /'aile  du  ptérodactyle,  de  l'oiseau  et  de 
la  chauve-souris,  puis  devient  la  patte  ao* 
térieure  des  quadrupèdes  destinés  h  se  mou- 
voir sur  la  terre,  et  atteint  son  terme  de 
développement  le  plus  élevé  dans  le  bras 
et  dans  la  main  de  Thommei  être  doué  de 
raison. 

Je  terminerai  ces  observations  cnmcsor* 
vnnt  des  paroles  de  M.  Conybeare,  et,  pleio 
des  sentiments  qui  les  ont  inspirées,  et  que 
I^arlagent  tous  ceux  qui  ont  été  assez  lieu- 
rcux  pour  le  suivre  dans  ces  recbeirhcs 
l>rofondes  auxquelles  nous  devons  )a  plu» 
grande  partie  de  nos  connaissances  relança 
au  plésiosaure,  je  dirai  comme  lui . 

«  Toutes  les  fois  qu'un  observateur  es* 
treprcnd  de  tracer  les  anneaux  divers  dont 
se  constitue  la  chaîne  qui  rattache  entre  eux 
les  êtres  organisés,  ses  yeux  sont  frappési 
chaque  instant  par  l'apparition  d'analogies 
pleines  de  beautés»  et  chaque  détail  d'ana- 
tomie»  si  petit  C|u  il  puisse  être,  se  revêt  de 
charmes  et  d'intérêt^  car  cette  admirable 
science  se  présente  contiBuellement  escortée 
de  preuves  nouvelles  de  cette  grande  loi 

f;énerale  formulée  avec  tant  d'élégance  dan> 
es  paroles  suivantes  de  Scajcpa,  lun  d« 
hommes  dont  les  travaux  Tout  le  plus  iH^r 
trée  :  —  «  Usque  adeo  fta/ifr(i,  una  ead(* 
ft  semper  aiguë  multiplex^  diiparibus  d^^ 
«  for  mis  efficitîê  pares  ^  admirabili  fita^ 
«  vftriétaiiAm  simplicitale  conciliai.  » 

PLINE ,  ses  idées  sur  Iss  révohuiont  wtif 
reltes,  —  Voy,  (iéologib* 

pliocène:  (Ancien).  loy^ôUBAPEXicD. 

PLUIE.  —  Plusieurs  auteurs  ont  doflflt 
des  descriptions  de  gouttes  de  pluie  fossiie» 
Cunningbam^  Hitchcock,  Lyell,  etc.,  les  o»^ 
étudiées  en  particulier,  et  leurs  observation 
ont  été  si  consciencieuses  qu'il  s'est  pièn 


itrî 


FOI 


£T  U£  PALE0NTOLOCIK. 


roi 


1173 


permis  dé  conserver  oncore  c[uelqu6  doute 
sur  leur  existence.  M.  Cunningham  parle, 
Jaiis  les  termes  suivants,  d*iinpressiofis  et 
Je  moules  de  gouttes  de  pluie  qu*il  a  ob* 
i^ervés  dans  les  carrières  de  Storelon-Hill 
'Cheshire),  ces  mêmes  carrières  qui  ont  déjà 
offert  des  effl|nreintes  de  chirothérium.  «  Les 
effets  d*une  pluie  tombant  sur  des  cendres 
res-flnes  du  Vésuve  s'y  font  remarquer  en 
clobulcs  arrondis,  semblables  à  ceux  que 
produirait  l'cnu  d'un  arrosoir  sur  un  nar? 
fuet  couvert  de  poussière.  Mém«  pheno- 
iiène  a  été  remarqué  sur  les  grès  de  Store- 
un-Quarry.  En  certains  cas,  les  globules 
ont  petits  et  drcu!aires,  comme  s  ils  eus- 
ont  é:é  (irocluits  par  une  pluie  légère;  en 
rautres,  ils  sont  plus  gros,  de  forme  moins 
é^ulière ,  indiquant  une  pluie  plus  vio* 
ente.  I» 

M.  Lyell  a  décrit  des  empreintes  sembla* 
Jes  à  des  gouttes  de  pluie  dans  la  vallée  de 
lonnecticut,  Amérique  du  Nord  ..Ces  emprein» 
es  ont  été  observées  en.  plusieurs  localités^ 
i  Newark,à  New-Jersey,  è  Cabotville  dans  le 
rf assaoh ussets,  h  Smitli's  Ferry,  au  nord  de 
^pringfield,  etc.  M.  Lvell  est  convaincu  qiie 
es  empreintes  sont  bien  réellement  celles 
les  gouttes  de  pluie,  malgré  les  doutes  qu'il 
i  professés  pendant  longtemps  sur  les  vues 
le  M.  Hitchcock  et  autres. 

On  se  rappelle  ces  plaques  de  grès  bigarré 
lu  nouveau  grès  rouge  qui  furent  décou- 
vertes, il  y  a  quelques  années,  par  M.Wanl, 
i  Shrewsbury,  en  Angleterre,  et  dont  Buck* 
and  a  offert  un  modèle  en  plâtre  à  la  Société 
;éologique  de  France.  On  remarque,  sur  ces 
'!aques  de  grès,  des  empreintes  de  gouttes 
'eau,  dans  trois  circonstances  différentes  ; 
-i ,  les  empreintes  sont  hémisphériques , 
lies  sont  formées  par  une  pluie  tranquille; 
I,  eile^  sont  larges  et  sans  profondeur,  ce 
evait  éire  une  pluie  d'orage  è  grosses 
L»uttes;  ailleurs,  elles  sont  dans  un  sens 
tilique,  c'est  un  signe  que  la  pluie  qui  les 
laissées  était  accompagnée  d*un  vent  plus 
j  moins  violent.  M*.  Ward  a  observé  lui- 
tènie  à  Grishill-Uill  (comté  de  Shropshire), 
1  Angleterre,  des  jgouttes  de  pluie  fossiles 
:>iit  l'obliquité  indique  que  les  souttes  ne 
«raient  pas  tombées  perpendiculairement, 
lais  auraient  été  jetées  obliquement  par  la 
^rce  du  vent. 

PLUIES,  leur  action.  —  Vay.  Rocbks  si- 

IftlEIVTAIKES 

POISSON  (M.).  —  Cet  illustre  géomètre, 
ans  un  Mémoire  $ur  la  température  de  Im 
artie  teiide  du  globes  de  Vatmoephire  et  du 
eu  de  Ceepace  où  la  terre  $e  trouve  actuelle^ 
lent^  s'est  proposé  de  déterminer  la  temp^ 
Bture  du  globe,  è  une  pnifondeur  et  sur 
ne  véritable  donnée,  d'après  la  quantité  de 
haleur  solaire  qui  traverse  la  surface  à 
haque  instant.  En  général,  las  inéffalités 
i  urnes  sont  insensibles  à  un  mètre  de  pro* 
indeur,  et  les  inégalités  annuelles  dispa- 
Kissent,  comme  on  sait,  à  une  vingtaine  de 
lètres.  Vers  le  milieu  de  cette  distance,  ces 
crnières  se  réduisent  à  l'inégalité  dont  la 
triode  comprend  Tannée  entière.  Ainsi,  à 


6  ou  8  mètres  de  profondeur,  la  température 
n'oilre  pendant  Tannée  qu'un  maiimum  et 
un  minimum  arrivant  à  Ax  mois  Tun  de 
l'autre,  et  après  les  époques  de  la  plus  grande 
et  de  la  moindre  chaleur  solaire.  Au  dfeià  de 
SO  mètres  environ,  la  température  ne  peut 
plus  éprouver  que  des  variations  séculaires 
que  Ton  n'a  pas  encore  observées. 

Sur  chaque  verticale,  le  maximum  des 
inégalités  se  propage  uniformément  avec 
une  vitesse  gui  dépend  de  la  nature  du  ter- 
rain. Sous  Téquateur,  la  temf/érature  doit 
être  à  peu  près  constante  à  une  profondeur 
beaucoup  moindre  qu'en  tout  autre  lieu, 
résultat  qui  a  été  vérifié  par  des  expériences 
directes. 

Après  avoir  cherché  Tintensilé  moyenne 
de  la  chaleur  solaire  ^Wr  un  point  donné 
du  globe  pendant  Tannée  entière,  et  rappor- 
tée aux  unités  de  temps  et  de  surface,  Poist 
son  délerniine  la  hauteur  d'une  couche  d'eau 
recouvrant  la  surface  de  la  terre,  et  dont  la 
chaleur  solaire  pourrait  élever  la  tenifiéra- 
ture  de  1**  de  même  que  Tépaisseur  d'une 
couche  de  (;lace  nue  cette  température  pour* 
rait  fondre,  c'est-a-dire  environ  7  è  8  mètres. 
Par  le  rayonnement  à  travers  sa  surface,  la 
terre  envoie  cbatjue  année  au  dehors  una 
quantité  de  chaleur  éçale  è  celle  qu'elle  a 
reçue  du  soleil  et  qu  elle  a  absorliée.  Cet 
équilibre  a  lieu  )>our  la  surface  entière  du 
globe  et  à  très-peu  près  pour  chaque  point 
en  particulier. 

Quoique  l'influence  solaire  et  ses  varia- 
tions (p.  143)  ne  soient  plus  sensibles  à  la 
profomJeur  Je  20  mètres,  cette  influence  ne 
s'arrête  pas  à  cette  limite  ni  à  aucune  autre, 
et,  dans  un  temps  suflisamment  pf'olongé, 
elle  a  dû  pénétrer  dans  la  masse  intérieure 
de  la  terre  et  jusqu'à  son  centre.  Nous  n4i 
connaissons  point  les  calculs  qui  ont  conduit 
Poisson  à  cette  dernière  proposition,  qui 
luirait  être  la  base  de  l'idée  qu'il  développe 
l>lus  loin;  mais  nous  ferons  remarquer 
qu'elle  est  en  contradiction  avec  ta  précé- 
dente, car  si  l'absorption  est  égale  seuTement 
h  l'émission,  comme  nous  venons  de  le  dire, 
on  ne  voit  pas  ce  qui  peut  rester  de  chaleur 
pour  continuer  à  marcher  vers  le  centre,  et 
les  six  mois  que  les  variations  annuelles  em- 
iirassènt,  soit  pour  le  flux  de  chaleur  ascen- 
dant, soit  [>our  le  flux  descendant,  marquent 
nécessairement  un  point  plus  ou  moins  éloi- 
gné de  la  surface,  où  l'action  extérieure  de- 
vient nulle  ;  la  périodicité  supposée  exacte 
et  inverse  même  du  phénomène  s'oppose  à 
sa  manifestation  indéfinie  dans  un  seul  des 
sens  où  il  se  produit.  Nous  reviendrons  d'ail- 
leurs sur  ce  sujet  en  prenant  en  considéra* 
tion  un  élément  important  qui  a  été  négligé. 

Poisson  démontre  ensuite  la  coïncidence 
presque  parfiiite  entre  la  température  de  \k 
surface  même  du  globe  et  celle  que  marque 
un  thermomètre  placé  au-dessus  de  cette  sui^ 
Ihce,  coïncidence  qui  n'existe  que  pour  les 
températures  moyennes.  Pour  Paria,  la  tem- 
pérature moyenne  do  Tair  est  10*,  822,  et 
celle  du  sol  10%511;  mais,  pour  les  1^  ' 
ratures  de  chaque  instant,  elles  suiv'*'^ 


ira 


rm 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ror 


m 


>ois  très-ilifférènles  pour  la  surface  et  pour 
l'air. 

Près  de  la  surface,  la  portion  de  la  tempé- 
rature moyenne  due  à  la  chaleur  solaire 
varie  arec  i*obliquité  de  récliptiaue.' Cette 
inégalité  séeùlaire  est  accoropagnée,  comme 
les  inégalités  diurnes  et  annuelles,,  d'une 
variation  dans  le  sens  de  la  profondeur,  que 
Ton  ne  peut  évaluer  exactement,  faute  de 
connaître  l'expression  de  l'obliquité  en  fonc- 
ition  du  temps;  mais  les  variations  qui  en 
•  proviennent  ne  peuvent  èlre  que^  pour  fort 
peu  de  chose  dans  raccroissement  de*  tem- 
pérature des  lieux  profonds.  £n  attribuant, 
avec  Fourier  et  de  JLa^tla^e,  cette  augmenta- 
tion à  la  chaleur  initiale  du  globe,^oisson 
ironire  qu'à  la  profondeur  seulement  de 
1/100  du  rayon,  la  température  serait  aut 
jourd*hui  de  2.000^,  et  qu'elle  dépasserait  au 
centre  200,000**;  aussi  s'attache-l-il,  dans  sa 
théorie  mathématique  de  la  chaleur,  à  dé-* 
montrerlesdiincultesquidoivent,  suivant  lui, 
faire  rejeter  cette  idée  de  Texistence  actuelle 
de  la  chaleur  initiale,  et  à  faire  voir  que  de«> 
puis  longtemps  la  terre  doit  avoir  perdu  celle 
qu  elle  possédait  à  son  origine. 
En  parlant  de  celte  hypothèse  de  Laplace, 

Sue  les  planètes  peuvent  être  des  portions 
e  ratmosphère- solaire,  qu'elle  a  successi- 
vement abandonnées  en  âe  concentrant  vers 
cet  astre,  les  molécules  de  la  terre,  è  un  cer- 
tain morpènt,  se  sont  trouvées  soumises  à 
leur  attraction  mutuelle  en  raison  inverse 
du  carré  des*  distahcesr;  et  de  cette  force  il 
est  résulté,  sur  toutes  les  couches  de  la 
masse  fluide,  une  pression  croissante  de  la 
surface  au  centre.Vers  ce  môn>e  centre,  elle 
a  dû  être  très-grande  et  dépasser  peut-élre 
ceiit  mille  fois  la  pression  atmosphérique 
actuelle.  D'après  Poisson ,  ce  serait  cette 
pression  croissante,  et  non  une  température 
extérieure  beaucoup  moindre  que  celle  du 
fluide,  qui  aurait  fait  passer  successivement 
toutes  <;es  couches  è  l'état  solide,  en  com-r 
mençant  par  celles  du  centre,  et  continuant 
de  proche  en  proche  jusqu'à  ce  au'il  ne  soit 
plus  resté  que  les  matières  qui  iorment  au* 
jourd'hui  la  mer  et  l'atmosphère.  Mais  cette 
réduction  n'a  pas  été  instantanée,  et  le  temps 
qu'elle  a  exigé  a  sufli,  d'après  l'auteur,  pour 
que,  eu  égard  à  la  vUe$ie  presque  infinie  du 
rayonnemeni^  tes  couches^  en  se  solidifiant 
fune  après  t'auire^  aient  dû  perdre  toute  la 
chaleur  développée  pendant  leur  changement 
délaty  et  qui  s'en  est  échappée  sous  forme 
rayonnante^  à  travers  les  couches  supérieures 
encore  à  Vétat  de  vapeur  ;  en  sorte  ifuHl  ne 
reste  plus^  ni  à  Vépoque  actuelle^  n%  depuis 
bien  longtemps^  aucune  trace  de  cette  quantité 
de  chaleur^  auelque  grande  qu'elle  ait  pu  étre^ 
Cela  posé.  Poisson  attribue  la  cause  de 
l'élévation  de  température  dans  les  lieux 
lirofonds  à  l'inégalité  de  température  des 
régions  de  l'espace  que  la  terre  traverse,  en 
s'y  mouvant  avec  le  soleil  et  tout  le  système 
planétaire  (832).  La  température  d'un  point 


quelconque  de  l'espace  est  produite  pir  li 
chaleur  rayonnante  qui  vient  s*y  croiser  en 
tous  sqns,  et  qui  émane  des  différentes  étoi- 
les; or,  cette^.  température  ne  derait  pas  être 
la  même  partout,  mais  aussi,  ne.  ^K)uvaiii 
être  très-différente  que  sur  de&  points  fort 
éloignés  les  uns  des  autres,  on  conçoit  qu^ 
dans  l'étendue  du  placement  annueL  de  la 
terre,  la  température  de  l'espace  sera  seDsi- 
blement  égale,  tandis  que  celle  des  région 
éloignées,  que  parcourt  tout  notre  systèan 
planétaire  dans  son  mouvement  général,  oe 
sera  pas  constamment  la  même,  et  toutes  les 
planètes  éprouveront  des  variations  corres- 
pondantes  de.températuc;e.  Mais  la  terxe,ra 
la  grandeur  de  sa  masse,  en  passant  d'un 
mineu  plus  chaud  daiis  un  milieu  plus  froid, 
n'aura  pas  perdu,  dans  la  seconde  ré^on, 
toute  la  chaleur  qu  elle  avait  prise  dans  la 
première  ;  elle  devra  donc  présenter,  coœmc 
on  l'observe  en  effet,  une  température  croi- 
sante à  partir  de  sasurface,  et  l'inverse  aura 
lieu  en  passant  d'une  région  froide  daasuDe 
région  chaude. 

Sans  connaître  ni  la  grandeur  ni  les  pé- 
riodes de  ces  variations  de  température, 
Poisson  conçoit  (]u  elles  peuvent  s'étendre 
jusqu'à  une  certaine  profondeur,  sanstont^ 
fois  atteindre  le  centre.  Mais  ici  se  troiiTs 
une  seconde  contradiction  avec  la  proposi- 
tion que  nous  avons  déjà  combattue,  savoir: 
que  la  chaleur  solaire  annuelle  pouvait  (le> 
cendre  jusqu'au  centre  de  la  terre.  Dani 
ectto  supposition,  en  effet,  comment  refaser, 
toutes  choses  é|j;ales  d'ailleurs,  à  unecau>e 
certainemeni  bien  plus  que  séculaire,  uu 
résultat  que  L'auteur  attribue  à  une<duse 
annuelle  et  même  seulement  semi-aimuelk-; 
.  Pour  indiquer  comment  ces  inégalités  doi- 
vent influer  ^ur  la  température  de  la  couche 
extérieure  du  globe.  Poisson  fait  remar- 
quer que,  dans  cette  théorie,  la  température 
moyenne  de  la  superficie  varie  avec  une 
lenteur  eitrôme,  mais  incomparabienieol 
moindre  cependant  que  la  portion  de  lat^^r 
pérâhire  qui  serait  due  à  la  chaleur  iniliaW 
du  globe,  si  elle  était  encore  sensible  à  JV- 
poque'actuelle.  De  plus,  celte  variation  est 
alternative  et  peut  ainsi,  dit-41,  concourir  à 
Texplicatton  des  révolutions  que  Ja  couche 
extérieure  de  fa  terre  a  éprouvées.  Suivant 
lui,  la  fraction  de  1;30  de  degré,  que  la  sur- 
face tire  aujourd'hui  de  la  clialcur  initiâ]<r, 
exigerait  pour  se  réduire  de  moitié  un  laji 
de  1,000  millions  de  siècles,  et  que  serait^ 
alors  pour  remonter  à  une  é|K)que  ou  w 
température  aurait  été  assez  considérai»!^ 
pour  influencer  les  phénomènes  géologi- 
ques? Mais  on  a  vu  précédemment  que  « 
grand  géomètre  regardai  t. la  température  ini- 
tiale comme  complètement  fierduci  pour  m 
diminution  de  i;60  de  degré.  EnfWt  appli- 
quant ses  calculs  à  la  température  de  m»- 
mosphère  et  à  celle  dos  espaces  célestes 
Poisson  trouve  que  cette  dernière  est  su^«- 
rieare  à  celle  des  pôles  de  la  terre,  au  lie« 


p5î)  On  sait  que  le  mouvement  général  actuel  de  notre  système  parait  cire  dirigé  vers  la  coi«teU»w* 
dileFculc. 


1181 


POI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


roi 


tl8t 


de  s'abaisser  à  50"  ou  60",  corame  Tavait  éta- 
bli Fourier. 

L'hypothèse  que  nous  venons  d'exposer, 
oiakré  le  (lom  de  son  auteur  et  les  calculs 
sur  lesquels  elle  s'appuie,  ne  répond  point 
aui  conditions  qu'eiigent  aujourd'hui  non- 
seulement  la  géologie,  mais  même  la  physi- 
que et  l'astronomie  ;  car  elle  est  basée  sur  une 
série  de  suppositions  purement  gratuites. 
M.  de  la  Rivo  (833)  a  d'ailleurs  combattu, 
beaucoup  mieux  que  nous  ne  pourrions  le 
faire,  quelques-uns  des  résultats  de  Poisson, 
ot  en  |)articulier  l'hypothèse  finale  dont  s'est 
servi  M.  Renoir  pour  étayer  la  tliéorie  des 
anciens  glaciers  (834). 

Dans  sa  thèse  présentée  à  la  Faculté  des 
sciences,  M.  Daubrée  (835)  s'est  aussi  occupé 
des  théories  et  des  opinions  émises  sur  ta 
température  du  globe  et  sur  les  princi|^aux 
phénomènes  géologiques  qui  parafssent  être 
en  rapport  avec  la  chaleur  propre  de  la  terre. 
Il  a  opposé  les  résultats  de  Poisson  à  ceux 
de  Fourier  et  à  ceux  de  M.  Pouillet  ;  et,  sans 
se  prononcer  à  leur  égard,  il  a  fait  voir  ce- 
pendant que  les  hypothèses  basées  sur  les 
inégalités  de  température  dès  régions  tra- 
versées par  ia  terre  devaient  répondre  à  cette 
exigence,  que  la  température  des  régions 
chaudes  a  dû  être  telle,  qu'elle  ait  pu  fondre 
toutes  les  roches  qui  composent  la  croûte 
csiéneure  du  globe.  A  cet  effet,  il  faut  con- 
cevoir d'abord  des  parties  de  Tesnacc  où  un 
rrès-grand  nombre  de  rayons  slolfaires  vien- 
nent se  croiser,  comme  cela,  dit-il,  peut 
PI  voir  lieu  peut-être  dans  la  voie  lactée  (836); 
ensuite,  que  leur  étendue  soit  telle,  que  la 
>'rreait  pu  mettre  plusieurs  milliers  d'an- 
i*>es  pour  traverser  cette  zone  torride  cé- 
l'ste»  et  que  sa  surface  ait  pris  une  tempé- 
Ature  peu  dillérente  de  celle  de  l'espace; 
•t^  enfin,  les  phénomènes  géologiques  dot- 
'•*^it  faire  admettre  que  la  température  stel- 
rtîre  s'est  abaissée  rapidement  à  partir  du 
iiasimum,  pour  arriver  k  une  valeui*  qui 
c-f  «uis  lors  n'a  diminué  que  très-lentement. 
n  •  vant  M.  Daubrée,  rhypothè*:e  de  Poisson 
i  c^elle  de  Fourier,  oui  diffèrent  totalement 
our  l'époque  initiale  de  la  formation  de  la 
erte^  et  nous  ajouterons  pour  son  mode  de 
erroidissement.  peuvent  ôtre  ramenées  à  une 
orte  de  coacordance  lorsqu  on  ne  remonte 
las  au  delà  du  domaine  de  la  géologie  pro- 
prement dite. 

Nous  dirons  cependant  que  l'hypothèse 
te  Poisson  est  bien  plus  compliquée  que 
elle  de  Fourier,  puisqu'elle  suppose  :  1*  que 
es  molécules  delà  terre  étaient  à  l'état  de 
;az,  qu'elles  sont  passées  à  I  état  liquide, 
^uis  à  rélat  solide,  par  suite  de  l'attraction, 

\^ZSi)  BibLuMiÊ.  lU  Cenètf.  vol.  L\,  «i.  379  ei 
l«>.  Ufie  nU:que  de  ces  mèinc^  idées  i£é4igénii|ii4?s 

été  pnblich  dans  ta  aumutê  de  roggeadorff^ 
ol.  XXXiX,  p.  95-tOO  ^ 

(^;>4)  Bull.,  vol.  \l,  p.  G4  ei  IMI,  1840.  Dans 
i;Ue  noie  l'auieur  suppose  au»»i  que  par  ^lïtUi  ilo  ta 
^(fiance  opposée  aux  plaiu*ies  par  le  niilicii  <laus 
«jar  t  elles  «e  nieuveiil ,  elles  doiveui  tendre  à  se 
^t^^ochcr  coDthiuelleinoDt  du  soleil,  en  décrivant 
es  !^pires  infiniment  i  .ipprocbécs ,  au  lieu  d*Mn<* 
«uibc  fermée.  M.  Fjiuvergc  (/?«//.,  \ol.  XII,  p.  308' 


et  cela  du  rentre  à  la  circonférence;  de  te!Ie 
sorte  que  le  refroidissement  aurait  eu  lieu 
inversement  des  lois  ordinaires,  car  il  est 
difficile  d'admettre,  malgré  l'effet  de  la  pres- 
sion et  de  l'attraction,  que  les  molécules  so« 
lides  du  centre,  h  un  moment  donné,  se 
soient  trouvées  è  une  température  plus  éle- 
vée que  les  molécules  encore  liquides  et 
gazeuses  de  la  surface;  ^  que  le  globe,  corn* 
plétement  solidiRé,  a  dû  être  emporté  danis 
une  partie  de  la  sphère  céleste,  ou  la  tem- 
pérature était  telle,  que  la  surface  a  été  com- 
idétement  fondue  jusqu*à  une  grande  pro- 
ondeur.  Or,  celle  hypothèse  n'est-elle  pas 
bien  gratuite,  lorsque  nous  pouvons  à  peine 
apprécier  la  distance  des  étoiles  même  les 
plus  rapprochées  de  nous?  3"  enfin,  il  faut 
admettre  que  la  temfȎrature  de  notre  sys- 
tème planétaire,  de  retour  dans  les  régions 
plus  tempérées  ou  iroides,  s'est  abaissée  de 
nouveau,  et  que  c'est  à  partir  de  ce  seeomL 
refroidissement  que  commence  l'ère  de  la 
géologie.  Nous  préférons  donc  la  simpli- 
cité de  la  première  hypothèse,  contre  la- 
quelle les  objections  de  Poisson  ne  nous 
semblent  pas  aussi  fortes  qu'il  a  pu  le  croire. 
D'ailleurs  les  lois  de  la  propagation  de  la 
chaleur  ou  celles  du  refroidissement  dans 
une  masse  telle  que  la  terre,  composée  d'é- 
léments divers  et  à  divers  états,  ne  sont  pas 
as.vez  connues  pour  conduire  à  une  solu- 
tion un  peu  rigoureuse,  lorsqu'on  tient 
compte  de  tous  les  éléments  de  la  question. 
Si  notre  illustre  compatriote  a  été  elirayé  du 
nombre  d'années  qu'ilfaudrait  pour  que  la 
température  initiale  arrivât  è  I  élai  actuêU 
c'est  qu'il  n'a  pas  pu  apprécier  le  laps  de 
temps  qui  a  dû  s'écouler  seuleipent  pour  la 
formation  des  terrains  de  sédiment  ancien.^, 
qui  atteignent  jusqu*à  14,500  mètres  d'é- 
paisseur. Et  qu'est-ce  encore,  si  l'on  y  ajoute 
tous  les  schistes  cristallins  qui  les  ont  pré- 
cédés et  tous  les  dé()ùts  secondaires  et  ter- 
tiaires qui  les  ont  suivis?  Si  déjè,  dans  ledo- 
maine  de  la  géologie,  nous  n'avons  que  des 
chronomètres  relatifs,  et  dont  nous  ne  pou- 
vons comparer  la  marche  avec  ceux  qui 
marquent  nos  jours  et  nos  années,  au  delà, 
à  bien  jdus  forte  raison  toute  appréciation 
exacte  du  temps,  nous  est-elle  rigoureuse- 
ment intentile. 

Nous  mentionnerons  ici  un  mémoire  adressé 
H  r.\rndémie  (h*s sciences  parM.  Ducis  (83?), 
et  qui  avait  pour  but  la  critique  de  l'opinioti 
de  Poisson,  quitassignait  h  la  limite  xJe  l'at* 
mosphère,  comme  condition  nécessaire, 
l'existence  d*uno  couclie  liquide  terminant 
la  masse  gazeuse,  la  li(|uéfaction  de  l'air  de- 
vant résulter  jd'un  froid  intense,  et  la  cou- 

.  a  fait  voir  combien  était  peu  admissible  cette  hyoo- 
thôse  contraire  aux  lois  connues  qui  régissent  les 
corps  cclesies. 

(855)  Brachnre  in-8*.  Paris;  1838. 

(830)  Ce  uni  serait  pcn  probable,  si,  comme  l'a 
snpposé  de  L»pUce,  notre  siyslcme  fait  partie  d*ui)e 
inuncnse  r.ébuk'usvo  ivpri'seniée  par  la  voie  lactée 
elle-même  (ExpoêUhn  du  sffêième  du  monde,  vol.  IH 
p.  402-405). 

.  (83T)  S(iancc  du  II  manb  ISij. --  L'InÈtiiut. 
I7mar$l8i3. 


1183 


roi 


DICTlOlNNAIiUE  D£  COSMOGONIE 


POI 


im 


cbe  ainsi  produite  se  maintenir  d*unc  épais- 
seur suflisante  pour  que  sou  poids  fit  eç^ui- 
libre  à  la  force  élastique  des  couches  infé- 
rieures de  Tair.  L'argumentation  de  M.  Ducis 
nous  est  restée  inconnue,  mais  il  est  proba- 
ble que  son  auteur  ignorait  les  objections 
déjà  faites  ^  cette  même  opinion  par  M.  de 
La  Rive  dans  rarticle  que  nous  avons  ch4» 
.  POISSON  (M.),  $eê  objectiom  contre  tes  plu-- 
toniensy  —  Voy.  Tbbre. 

POISSONS.  —  L'histoire  des  poissons  fo^ 
siles  est,  de  toutes  les  branches  de  la  pa- 
Jéontologie,  celle  à  laquelle  on  a  fait  jus- 
qu'ici le  moins  d'attention^  prsuil&de  l'im- 
perfection de  nos  connaissances  sur  les 
poissons  actuellement  existants.  Les  re- 
traites inaccessibles  qu'ils  habitent  au  fond 
des  eaux  rendent  l'étude  de  leur  nature  et  de 
.leurs  habitudes  beaucoup  plus  diflicile  que 
.de  celles  des  animaux  terrestres.  La  distri- 
bution de  cette  grande  et  importante  classe 
de  vertébrés  est  la  dernière  œuvre  dont 
Vest  occupé  Cuvier  peu  de  temps  avant  sa 
mort  à  Jamais  déplorable,  et  ses  observa- 
tions ont  embrasse  près  de  huit  mille  espèces 
de  poissons  actuellement  vivantes.  Il  a  laissé 
à  ses  habiles  successeurs  le  soin  de  déve- 
lopper leur  histoire,  de  les  énumérer^  et  de 
.  dire  les  fonctions  qu'elles  remplissent  dans 
•a  nature. 

Ce  fait,  que  de  vastes  portions  de  la  sur- 
face de  la  terre  se  sont  formées  au  fond  des 
eaux»  nous  donne  à  espérer  que  nous  ren- 
contrerons des  traces  de  l'existence  primi- 
tive des  poissons,  partout  oùs'oifrent  des 
restes  de  mollusques  aquatiques,  d'articulés 
et  de  rayonnes.  En  un  certain  nombre  de 
localités  remarquables  sont,  en  effet,  déjà, 
depuis  longtemps,  célèbres  comme  offrant 
aes  dépôts  de  poissons  fossiles  (838),  mais 
les  relations  géologiques  de  ces  dépôts  n'ont 
été  que  fort  mal  déterminées,  et  il  règne 
encore  la  plus  grande  obscurité  sur  la  nature 
des  poissons  que  l'on  j  rencontre. 

La  tâché  de  porter  remède  à  ce  désordre 
a  été  entreprise  depuis  longtemps,  déjà  par 

(8S8)  Les  dépôts  de  poissons  fossiles  les  plus  cé- 
'  lèbres  de  toute  TËurope  sont  la  formation  houillère 
de  Saarbruck  en  Lorraine,  le  schiste  bilamlneux 
de  Blansfeld  dans  la  Thuringe,  le  schiste  calcaire  li- 
thographique de  Solenhofen,  Tardoîse  bleue  com- 
pacte de  Claris,  te  calcaire  du  Moiite-fiolca  près  de 
.  Vérone,  la  marne  d'OEningen  en  Suisse,  et  d  Alx  en 
Provence. . 

Tous  les  essais  que  Fou  a  faits  pour  arriver  à  un 
arrangement  systématique  de  ces  poissons  fossiles 
'  sont  toujours  demeurés  impuissants,  parce  qu^on  a 
voulu  les  ranger  dans  les  familles  et  dans  les  genres 
actuellement  eilstants.  L'imperfection  de  notre 
classification  acluelle  des  poissons  et  de  tomes  celles 
qui  Tout  précédée  est  un  fait  admis  fiar  Cnvier  ;  et 
ce  qui  prouve  combien  cette  distribution  est  impar- 
faite en  effet,  c*est  au*  elle  n*a  conduit  à  aucun  ré* 
tultat  ffénéral  pour,  rhistoire  naturelle  la  physiolo- 
gie on  la  géologie. 

.  (S39)  Parmi  tes  poissons  fossiles,  aucun  genre  ao- 
tueltement  existant  ne  se  rencontre  dans  une  couche 
plus  ancienne  que  la  formation  crayeuse*  Dans  la 
craie  inférieure,  il  s*en  trouve  un,  te  genre  istulaire  ; 
cinq  dans  la  craie  proprement  dite.  Les  couches 
tertiaires  du  Monte-oolca  renferment  trente-neuf 


un  homme  aux  mains  duquel  Cuvier  \  ro- 
mis  les  matériaux  qu*il  avait  recueillis  lui- 
mfime  pour  cette  œuvre  importante.  Les  sa- 
vantes recherches  de  M.  Agassiz  ont  déjà 
porté  à  plus  de  deux  cents  le  nombre  des 
genres  connus  de  poissons  fossiles,  reii[e> 
mant  plusdehuit  cent  cinquante  espèeesrâj 
et  les  résultats  auxquels  ses  travaux  l'oûi 
conduit,  jettent  de  nouvelles  et  iniporLiDtes 
lumières  sur  l'état  du  globe  durant  chacune 
des  grandes  périodes  dans  lesquelles  se  p8^ 
tage  son  histoire.  L'étude  de  ricbthjolo^t 
fossile  est  donc  d^^une  importance  toute  %\^ 
cia]e  pour  les  géologues;  car  elle  leur  per- 
met de*  suivre»,  dans  la  série  entière  des  for- 
mations géologiques,  toute  une  classe  d'ani- 
maux   appartenant  à  l'embranchement  si 
élevé  des  vertébrés^  et  de  comparer  entre 
elles  les  conditions  diverses  d'existence  par 
.  lesquelles  ils  sont  passés  on  traversant  ies 
périodes   successives  de   la   formation  du 
globe»  ce  que  Cuvier  n'a  pu  faire,  faute  dti 
matériaux  suffisants,  que  dans  des  limite) 
beaucoup  plus  restreintes,  et  pour  les  seules 
classes  des  reptiles,  des  oisea^ix  et  des  maoï- 
.mifères. 

Le  système  diaprés  leguel  M.  Agassiza  établi 

sa  classification  des  poissons  actuels  la  rend 
grandement  applicable  aux  poissons  fossiles; 
car  il  repose  sur  les  caractères  des  tégumeV.' 
extérieurs,  ou  écailles.  Ce  sont  là  des  carac 
tères  tellement  sûrs,  tellement  constants, 
qu'il  suffit  souvent  de  la  conservation  d'u^s 
seule  écaille  pour  que  l'on  puisse  recon- 
naître le  genre  et  jusqu'à  Tespèce  à  laquelle 
appartient  l'animal  d'où  elle  provient,  de  k 
même  manière  qu*il  suffit  de  certaines  plu- 
mes pour  faire  reconnaître,  à  d'habiles  or- 
nithologistes, le  genre  et  l'espèce  auxquels 
.  appartient  un  oiseau.  Une  autre  conséquence, 
cest  que  la  nature  des  téguments  nous  fai- 
sant connaître  les  relations  qui  existent  en- 
tre les  animaux  et  le  monde  extérieur,  nous 
sommes  conduits,  pour  les  poissons,  à  « 
connaissance  de  ces  relations  par  celle  éluw 
de  leur  système  tégumentaire  (toO),  car  leurs 

genres  qui  font  partre  ce  la  création  nwwerDe,  a 
trente-huit  genres  perdus.  —  (Agassiz).  , 

(840)  Ost  parce  que  la  peau  traduit  mieui  i|«>C' 
cun  autre  organe  les  rapports  d'un  aaiwal  avec  le* 
lémem  dans  lequel  H  se  meut,  que  M.  i%^  >  '^^ 
la  distribution  des  poissons  sur  les  caractères  wo- 
nis  par  Tenveloppe  cutanée.  . 

Les  formes  et  Tctat  des  plumes  et  du  ^uy^ j^ 
connaître  les  relations  des  oiseaux  avec  Tair  o» 
lequel  ils  volent,  ou  avec  Peau  dans  laquelle  ib»' 
gcnt  au  plongent.  Les  fourrures,  le  poil,  tes  «^ 
qui  recouvrent  la  peau  des  mammifères  sont  es  a*^ 
nionie  avec  le  point  que  ees  derniers  occupent  <k  a 
surface  tenrestre ,  avec  te  climal  qui  y  règne  «  p 
fonctions  qu'ils  y  remplissent.  Les  écailles  des  pois- 
sons sont  de  même  en  harmonie  avee  la  place  ^^ 
cupent  les  poissons  et  ies  fondions  qu'Us  icBp^ 
sent  au-4esSou8  de  la  surface  dea  eaux 

M.  Burchell  nous  apprend  que,  d'après  les  oose^ 
tlons  qu'il  a  eu  occasion  de  faire  tant  en  ^*^^ 
dans  l'Amérique  du  Sud,  on  pourrait  trouver  «^ 
les  écailles  des  ophidiens  la  base  d'un  airaaf^ 
naturel  de  cet  ordre  de  reptiles,  et  que  Ton  p^^ 
garder  comme  l'un  des  caractères  dlsii»rt*f 
groupe  auquel  appartiennent  la  vipère  et  P'*'^" 


ifto 


XM 


ET  DE  PAtBONTOLOGIK. 


NM 


iir« 


é;'ai1les  ferment  4UM  sorte  de  squelette  ex- 
lerne«  analogae  aux  téguments  calcaires  ou 
eomés  des  animaux  articulés»  aux  plumes 
des  oiseaux,  à  la  fourrure  des  quadrupèdes, 
appendices  qui  nous  instruisent  beaucoup 
mieux  que  la  charpente  intérieure  elle- 
oiême,  sur  les  relations  de  ces  divers  êtres 
4Tec  le  pilieu  pour  lequel  ils  ont  été  créés. 

Enfin,  il  est  encore  une  considération  qui 
ajoute  aux  aYantages  de  cette  méthode,  c'est 
qiie  les  écailles  de  plusieurs  poissons  dos 
r^poques  géologiques  les  plus  reculées  étaient 
revêtues  d*un  émail  qui  les  rendait  beau- 
l'oup  moini  siyettes  à  la  destruction  aue 
le  squelette  interne  lui-même.  11  arrive  iré- 
i\nomment  que  Tenveloppe  écailleusc  tout 
entière  et  la  conflguration  extérieure  du  pois- 
.^on  se  soient  parfaitement  conservées  sans 
(|ue  Ion  rencontre  aucun  des  os  qui  en- 
traient dans  sa  charpente  intérieure.  L'émail 
Je  ces  écailles  est  beaucoup  moins  solûble 
juc  la  substance  calcaire  des  os  (84^1). 

Il  est  bien  évident  que  toute  une  branche 
le  rhistoire  naturelle,  nouvelle  et  des  plus 
importantes,  est  venue  se  mettre  au  service 
le  la  géologie,  le  jour  où  Tétude  des  carac- 
tères des  poissons  fossiles  s'est  trouvée  éta- 
blie sur  une  base  d'une  application  aussi 
générale  que  le  système  que  nous  venons 
li  esquisser.  C'est  un  élément  nouveau  qui 
se  trouve  introduit  dans  les  calculs  géolo- 
pcjues;  c'est  une  machine  puissante,  jus- 
]u  ici  demeurée  sans  emploi,  et  qui  vient 
le  nous  être  mise  entre  les  mains  pour  fa- 
ciliter nos  recherches  ;  c'est  presque  un 
nouveau  sens  qui  a  pris  place  parmi  nosfa- 
ultés  dé  perception  géologique.  —  Et  c'est 
iins'  que  nous  sommes  conduits  à  ce  résultat 

ôus  lec  serpents. venimcn Y,  d*avoir  uue  carène^  ou 
'r£te  aiguë  sur  chacune  des  écailles  dorsales. 

(841)  M.  Agassiz  partage  les  poissons  dans  les 
[uatre  noarcaux  ordTres  suivant?  : 

i' Les  PLACOîDiEKS,  (dCTtl^S,  ptaqiie  éiarffti).  Les 
moissons  de  cet  ordre  sont  caractérisés  par  les  pla-* 
|ues  d'émail  qui  recouvrent  leur  peaii  d*uoe  ma-- 
Itère  irré^uliere.  Quelqueroîs  ces  plaques  sont  de 
iinir^nsioiis  considérables,  d^autres  fois  au  c«intraire 
-r.cs  sont  rëiluites  à  de  polils  points  comme  sur  la' 
>oau  chagrinée  des  squales,  ou  comme  les  tubercn-^ 
4*s  aigus  en  forme  de  dents  qui  sont  disséminés  sur 
^  corps  des  raies.  Tous  l«^  carlilaj^ineuv  de  €uvier» 
ft  Texccption  de  l'esturgeon ,  sont  compris  dans  Ter- 
tre d(*s  plac'oï  Jinis. 

Les  aiguillons  d*émail  qui  couvrent  la  peau  des 

>4]ualeft  et  des  roussettes  ou  chiens  de  mer  sont  bien 

oniMis  par  Tnsage  que  l  on  en  fait  pour  user  et  po- 

ir  le  bois  et  aussi  par  leur  emploi  dans  la  fabrica- 

ion  du  chagrin. 

"ir  Les  GAiioiDiE.i8  (de  yovo?,  ëpéendor^  à  cause  du 
)rillant  de  leur  émail).  Cet  ordre  est  caractérisé  par 
les  écailles  anguleuses  composées  de  plaques  osseu- 
ses ou  cornées  que  revêt  une  lame  niiticc  d*émail. 
Le  lépidoslée  gavial  (  lenidotieui  os$eu$  )  et  les  es- 
iirgeons  en  font  partie.  Il  comprend  plus  de  soixante 
{cnr^Sy  dont  cinquante  sont  perdus. 

5*  Les  CTÉROiDiEiiis  (  xriiff,  peigne).  Les  écailles  de 
rti%  poissons  soni  dentelées  ou  pectiuées  à  leur  bord 
(lOftteriear,  comme  les  dents  d'un  peigne,  formées 
tealement  d*une  lame  cornée  et  d*une  lame  osseuse, 
»ans  couche  d*émaîl  qui  les  recouvre.  La  perche 
(iotis  en  offre  un  exemple  bien  connu. 

4*  Les  cvCLOtDiKNS  (dt  mmXort  eercie).  Lescyclel- 


général,  que  les  poissons  fossiles  se  rappro- 
âient  d'autant  plus  des  genres  et  des  espèces 
actuelles  cpï'on  les  rencontre  dans  les  dé- 
pôts tertiaires  plus  récents  ;  quils  8*en  éloi* 
Snent  davantage  à  mesure  que  l'on  descend 
ans  des  coucnes  d*une  antiquité  plus  reçu* 
lée  ;  et  que  les  couches  intermédiaires  sont 
caractérisées  par  des  modiQcations  inter 
médiaires  dans  leurs  conditions  ichthyolo* 
giques. 

Enfin  nous  arrivons  encore  h  cette  ftutrè 
conséouence  que  toutes  les  grandes  varia- 
tions dans  le  caractère  des  poissons  fcssiles 
paraissent  s*ètre  accom])iies  en  même  temps 
que  les  changements  les  plus  importants 
qui  aient  eu  lieu  dans  les  autres  classes  fos- 
siloiSy  animales  ou  végétales,  ainsi  que  dans 
la  condition  minéraje  des  roches  strâti^ . 
fiées  (842). 

L*esprit  est  grandement  satisfait  de  Tac* 
cord  qui  existe  entre  ces  conclusions  et 
ceMes  auxquelles  les«  géologues  ont  été  con- 
duits par  d  autres  données.  Quant  aux  faits 
de  détail  dont  elles  sont  la  conséquence,  ils 
sont  exposés  par  M.  Agassiz  dans  un  ouvrage 
en  plusieurs  volumes  qui  formera  une  suite 
aux  ossements  fossfies  de  Guvier.  Je  pren- 
drai,  dans  cet  ouvrage,  un  petit  nombre 
d'exemples  qui  font  connaître  quelques- 
unes  des  familles  les  plus  remarquables  des 
poissons  fossiles. 

Il  parait  bien  démontré  qu*il  n'en  est  pas 
de  ces  vertébrés,  comme  d*unè  grande  partie . 
des  zoophytes  et  des  mollasques,  dont  les, 
changements  ne  s'opèrent,  d*une  formation 
à  une  auirei  que  par  des  degrés  insensibles. 
On  ne  voit  pas  des  genres  ou  m^me  des  fa- 
milles se  maintenir,  dans  plusieurs  séries 

diens  ont  les  écailles  polies,  simples  sur  leur   bord, 
et  à  sa  surface  supérieure  souvent  ornée  de  diverses 
figures,  elles  sont  formées  de  couclies  coméc^s  ou . 
osseuses,  ei  ne  «ont  jamais  revÀues  d*émail.  On  en 
voit  des   exemples  dans   les  harengs  et  dans  le. 
saumon. 

Chacun  de  ces  quatre  ordres  .contient  des  poifr- 
sons  osseux  et  des  poissons  cartilagineux  ;  ei  les 
espèces  qui  les  représentent  dans  les  formatloua 
géologiques  se  montrent  dans  des  proportioua  di-> 
verses,  suivant  les  diverses  périodes.  Les  deux  pre-. 
miers  seuls  apparaissent  avant  la  formation  créta- 
cée; le  troisième  et  le  quatrième,  ^i  comprènocHi 
à  eux  seuls  les  trois  quarts  des  huit  mille  espèces 
connues  de  poissons  vivants,  se  montrent  pour  la 
première  fois  dans  les  coucbes  crétacées,  où  dispa- 
raissent en  iQènM  temps  toua  les  genres  fossik's  des 
deux  premiers  ordres  qui  avàieui  existé  précédem- 
ment. 

{%i%)  Les  cenres  de  poissons  qui  prédominent 
dans  les  coucnes  de  h  série  carbouifère  ne  se  ren- 
eentreni  plus  après  le  xechstein,  ou  calcaire  magné- 
sien. Ceux  de  la  série  oolilique  sont  tous  posté- 
rieurs au  sechstein.  et  disparaissent  subitement  dés 
que  commencent  les  forinations  crétacées.  Les  gen-n 
res  de  ces  dernières  formaliuns  sont  les  premiers 
qui  S6  rapprochent  des  genres  actuels.  Ceux  des  dé- 

eis  inférieurs  de  Lonifres,  de  Paris  et  du  Monie- 
Ica  sont  plus  voisins  que  ka  préoédeius  des  for- 
mer que  nous  avons  maintenant  sous  les  yeux,  et 
les  poissons  fossiles  d*CEningen  et  d*Aix  leur  sont 
encore  unis  par  des  rapporta  plus  étroits,  bien 
(|«*aucune  de  lenis  espèces  ne  paraisse  avoir 
échappé  à  b  destractioo. 


1487 


PO! 


DICTIOXNÂIBE  de;  CpSMQGONiE 


POf 


II» 


sucçesai?esdGgranUesfûriiiatîons  ;  mais  dicz 
\^s  poissons  fc^siles  les  changements  s*opè* 
rent  brasqûémeni  et  dans  des  points  précis  ' 
de  la  succession  verticale  des. couches,  et 
rappellent  les  yariations  soudaines  des  rep- 
tiles et  dés  mammifères  fossiles  (8tô).  Il 
n*es[t  pas  une  seiile  de  leurs  espèces  qui  ait 
aj[>pàrtenu  à  la  fois  h  deux  grandes  forma- 
tions géologiques;  pas  une  que  Ton  retrouve 
vivante  dans  les  eaux  de  nos  mers  actuel-' 
les  (8iW. 

Béjàr  les  recherches  de  M.  Ag^assiz  ont  pro- 
duit cet  important  résultat  que  Tâge  de  cer- 
taines formations,  et  leur  place  dans  la  série,  ] 
dont  jusqu'à  lui  aucun  caractère  n*avait  pu' 
rendre  compte,  ont  été  mis  en  évidence  par 
la  connaissance  des  poissons  fossiles  qui  y' 
sont  contenus  (8i5). 

Poissons  sauroides.  -^  Les  poissons  vora- . 
ces  delà  famille  des  sauroïdes,  ou  poissons 
l^certiformes ,  appellent  les  premiers  notre  ^ 
attention.  Leur  étude  est  d'une  liaiitè  impor-' 
tince  pour  Thistoire  physiolosique  des  pois- 
fans ,  car  ils  réunissent  dans  la  structure  (|o, 
leurs  parties  solides  èl  de  leurs  parties  mol-' 
les. un  ensemble  de  caractères  qui  leur  sont 
communs  avec  la  dasse  des  reptiles.  Déjh.' 
M.:Âga3^iz  a  reconnu  et  déterminé  dix-sept 
genres  apparleriant' à  cette  famille.  Leurs 
seuls  représentants  dans  la  création  actuelle 

(843)  M.  A^ssiz  lailobserver  quêtes  poissons  fos- 
siles crune  même  formation  offrent  une  pins  grande 
variété  d'espèces  dans  des  localiiés  éloignées  les 
unes  des  autres  que  ne  le  font  les  coquilles  ou  les 
zoopbytes  des  étages  correspondants  de  la  méuiefor-: 
raation.  Cette  circonstance,  ajoule-t-il,  s'explique 
aisément  par  le.  pouvoir  de  locomotion  plus  grand 
q^ie  possède  c^ttcclassed*a  ni  maux  de  beaucoup  supé- 
rieure au\  autres'  qàc  nous  venons  de  citer. 

(844)  1^8  nodules  d'argile  endurcie  de  la  cétf;  du 
Groenland,  dans  lesquelles  on  reneontre  une  espèce, 
de  poissons  des  mers  adjacentes  (leeapelan  du  Nord,- 
nuaiolus  viilosus)y  sont,  saivanl  toute,  probabilité, 
des  concrétions  modernes.  .  f 

(845)  C'est  ainsi  que  le  schiste-ardoise  d'Engi,: 
canton  de  Gfaris,  en  Suisse,  a  été  pendant  longtemps 
l'un  des  gisements  de  poissons  fossiles  de  l'Luropâ; 
les  plus  célèbres  et  lés  plus  problématiques;  sesca-, 
ractéres  minéraux  avaient  même  été  cause  <|ue  jus- 
qu'à cei»  derniers  temps  on  l'avait  rapportée  a  la  pre- 
mière périodi:  de. la  série  de  transition.  Or,  il  résulte 
des  travaux  de  Mi  Agasstz  que,  parmi  les  nombreux 
poissoAs  que  ce  scliiste  renferme,  il  n'en  est  pas  un 
qui  fasse  partie  il'un  ^.nre  que  l'on  rencontre  plus 
bas  que  la  série  crétacée;  mais  que  plusieurs 
de  ces  fossiles  son|  voisins  d'espèces  que  Ton  ren- 
contre^en  Boiièroedaus  la  craie  inférieure,  ou  planer^ 
kalk  :  et  cet  auteur  en  conclut  que  le  schiste  dé  <>la-. 
ris  est  une  altération  de  quelque  dépôt  argilkicé 
subordonné  aux  grandes  formations  calcaires  d'au-, 
très  parties  lie  TEuropc,  p  obablement  de  la  marne 
bleue  {gauU}.  '     «^  '5 

Un  autre  exemple  de  rmilité  de-richthyologie  daiis 
les  recherches  géologiques»  c'est  que  les  poissons  fos- 
siles de  h  foitn»ation  wealdienne  d  eansanmàtre  pre- 
iiantplaoe  dans  les  genres  qui  caractériseni  la  série  oo- 
litlque/rious  en  pouvons  coucluréque  les  dépôts  weal- 
diéns  sont  en  connexioA  intime  avec  la  série  oolitique 

a  ni  les  a  précédés,  tandis  qu^ilssinii  nettement  séparés 
es  formations  crétaréisquî  viennent  immédiatement 
après.  Il  parait  en  effet  que  ces  ordres  les  plus  éle\és 
parAli  li>s  habitftnls  dés  eaux  ont  éprtnivé  à  l'origine 
oe  la  forniatiou  crétucée  des  eha'igements  eori'es- 


sont  les  deux  genres  lépidostée  el  poljplcre. 
Lepremierrfe  ces' genres  renfermé  anq  es- 
pèces ,  et  le  second  denx  ;  on  ue  lés  reBcon- 
tre  que  dans*  les  eaux  douces,  savoir:  h 
genre  lépidostée  dans  les  rivières  de  Tâid^ 
rique  du  Nord,  et  le  genre  polyptèrc dam 
lè  Nil  et  dans  lés  ehux  du  Sénégal  (8U). 

'  Les  dents  des  poissons  sauroïdes  sont  sil- 
lonnées  vers  leur  base  de  stries  tongitodi^ 
nales  et  creusées  à  leur  intérieur  d  ue  a* 
vite  conique.  Lés  os  palatins  sont  égalein^iâ 
pourvus  (l'un  appareil  dentaire  très-consi- 
dérable (847). 

~  Les  dents  des  poissons  sauroïdes  les  phis 
grands  que  Ton  ait  découverts  jusquin 
eialent  par  leurs  dimensions  les  dentsdes 
plus  grands  crocodiles  ;  on  les  renrontr» 
dans  la  région  inférieure  du  terramcarU»- 
nifère  des  environs  d^EdimbourgtelM.Aas- 
siz  lès  rapporte  au  nouveau  genre  méplkk- 
thys.  Toutes  ces  dents  sont  de  forme  e\lé- 
rîeure  à  peu  près  conique /avec  une  mil? 
intérieure  en  cône  creut  comine  on  en  roil 
chez  beaucoup  de  sauriens ,  et  la  base  en  est 
cannelée  comme  celle  des  dents  de  Ticfethy^ 
saure.  Le  volume  prodigieux  dé  ces  organ?^ 
démontre  le  volume  énorme  qu'atteignaient 
les  poissons  de  cette  famille,  è  cette  ép- 
que  reculée  où  se  formaient  les  terrèin^wif- 
bonifères  (818).  La  structure  en  est  enlière- 

pondant  à  ceux  qui  se  sont  accomplis  à  cette  mésf 
époque  danà  les  getires'et  dans  te  degrés  inféneors 
de  ranimalité; 

•  Nous  pouvons  citer  encore,  comme  une  pri^im 
de  cette  utilité  de  l*icluhyologie  fossile,  lukadif 
tout  récemment  démontrée  par  M.  Agassiz,  (Taprès 
les  caractères  de  leurs  poissons  fossiles,  outre  ks 
dépôts  d'ean  douce  d'OEningen  el  d'Aix  cnProveoff, 
Cl  ceux  de  la  mollasse  de  la  Suisse,  dépôts  demeons 
juMu*à  lui  sans  détermination. 

(8i6)  Dans  les  poissons  sauroïdes  ^  les  os  du  (liE* 
^nt  unis  par  des  sutures  plus  serrées  que  dans  H 
poissons  ordinaires.  Les  vertèbres  s^ariiculenl  iw 
Mis  apophyses  transverses  à  laide  de  suuires,  csmï» 
on  Tobserve  diez  les  sauriens,  et  les  côtes  â'^Di- 
culent  également  avec  les  extrémités  des  fo»"^ 
apophyses.  Les  vertèbres  caudales  sont  pourvues  irt>> 
en  chevron  bien  distincts,  et  Pensemble  du  ^nt^k^ 
offre  une  puissance  et  une  solidité  plus  graude^qe^ 
dans  les  autres  poissons.  En  même  tc^mps  encoif .  kur 
vessie  aérienne,  blfiile  et  ccllubiiro,  se  rapproche  éta 
poumons  par  ses  caractères,  n  on  leur  \oit  dim 
rarrière-bouclie  une  glotte  pareille  à  celle  des  si- 
rènes, des  sdlamandre^  et  de  plusieurs  saorie&^ 
(  Vvtfe*  le  BttUelin  des  séawes  de  la  SociéU  td:- 
gique  de  Londres,  octobre  i85i.) 

(847)  Ce  vaste  appareil  dentaire,  qui  revft  u^' 
rintérieurde  labouclieile  plusieurs  des  poisson^  ^^^^ 
plus  carniveres,  ne  parait  pas  avoir  servi  kh  tb^ 
tication  .des  alimenlsv  muis  li;$  .^onctions  «Ui^^ 
bien  plutôt  de  retenir  fîriement  les  poissons  à^ 
sanis  que  formaient  la  proie  de  ranimai,  ei  é'p^^ 
surer  la  déglutition.  Tout  homme  qui  a  icoocsirr 
les  mains  nue  truite  bu  une  anguille  vivante  a|f^^ 
ciera  toute  rimportanec  d*un  appareil  tel  qnc(t^^ 
que  nous  venons  de.  mentio:)m:r. 
,  (848).  La  découverte  de  ces  dents  si  curieuf**,^ 
même  temps   que  des  données  d*a«  haut  pp^*' 
la  géologie  des  environs  d'Edimbourg,  ont  éiè^  ^ 
sultat  des  rcchcirches  actives  et  habdem  *ot  ilii^»** 
qu*a  faites  le  docteur  Hibbert  durant  le  priot-^'? 
de  1834.  Le  calcaire  ofi  l'on  trouve  ces  poissonW^ 
siles  gtt  vers  le  fond  de  Ifà  formalLon  carbuiiitun^i  ** 


flitf 


^f 


ET  M  PALEONTOLOdE. 


roi 


1190 


ment  analogue  h  la  sitiieture.  des  dents  du 
lépidostée  osseux  des  mers  actuelles. 

On  n*a  trouvé  dans  lo  calcaire  inaguésien 
]uc  des  poissons  satipoïdes.  de  plus  petite 
laitfe,  et  formant  h  peu'  près  le  cinquième 
lu  nombre  total  observé  jusqu'ici  dans  la  . 
Formation  dont  ce  terrain  fait  partie.  On 
encontre  dansie.'iias.de  Whi4byetdeLyme- 
[legis  de  très-grands  os  qui  proviennent  de 
^ette  même  famille,  de  poissons  rapaces,  et  - 
es  genres  dont  elle  se  compose  abondent 
également  dans  toute  ]*étendue  de  la  forma-  ; 
ion  oolithique  (840).  Ils  sont  au  contraire 
'ort  rares   dans  les  formations  crétacées,  . 
?(  i*on  n*en  a  encore  trouvé  dons-aucune  cou- 
:he  tertiaire.  Dans. la  création  actuelle,  ils 
;ont  réduits  aux  deux  genres  léj^doslée  et 
,M)iyptère. 

Cette  famille  dessauroides  occupe,  comme, 
)n  le  voir,  une  i»lace  importante  dans  l'his-  . 
oire  des  poissons  fossiles.  Dans  les  eaux  de  « 
a  période  de  transition,  ce  furent  eux  surtout 
)i  les  squales  qui  remplirent  les  fonctions 
le  carnivores  lieslinés  à  poser  des  limites 
wr  leur  voracité  à  Taccroissement  excessif. 
les  familles  inférieures.  Dans  les  couches 
•ecoiidaires  jusqu'au  moment  où  commença 
a  craie,  les  ichtliyosaures  et  autres  sauriens 
Tiarins  prirent  une  part  active  à  cette  fonc-' 
ion  ifn(K>rtante.  Dans  les  formations  ter-  , 
iiaires,  ces  reptiles,  ainsi  que  les  poissons 
^uroides  qui  s*en  rapprockent  (Mir  leur  or-  : 
;anisation,  ont  disparu  tout  à  fait  pour  faire . 
tiace  à  d  autres  familles  rapaces  beaucoup  > 

I  est  rempli  de  coprolitlios  provenant  proUablemeni 
ieces  niènies  e&pcces  qui  vivaiant'de  rapine.  Ou  y 
^H)uvc  aussi  (les  foiigcres  en  abondance  et  (/autres , 
ilaiites  qui  apparlitinncnl  à  la  formation  carbônifcre, 
linsi  que  des  restes  du  genre  cvpris,  cfUsiacës  que' 
ou  n'a  jamais  rencontrés  que  dans  les  eaux  douces.  ' 
les  diverses  circonstances,  réunies  à  Tabsenec  des 
wlypiers  el  des  encriui^Aïs,  ainsi  que  de  toute  espèce 
le  coquiltes  marines  rendent  probable  ropiniou  que 
;<*  dépôt  se  serait  formé  dans  un  lac  d  eau  douée 
m  dans  i  embouchure  d'un  fleuve.  On  Fa  reniHiiiiié 
laiis  plusieurs  points  distants  entre  eux  de  rélagc 
uférieur  de  la  formation  carbonifère  des  environs 
i'Ldioibourg.  « 

U  docteur  Hîbiscrt  a  public  dans  les  Tramactiom 
^<Ja  Société  royale  d^ Edimbourg^  tomeXIII,unedes- 
Tipti'ifi  fort  intéressante  des  découvertes  qui  ont 
|(-  faites  depuis  peu  dans  le  calcaire  de  Ôurdie- 

l>aufi  ce  mémoire,  sont  figurées  aussi  quelques 
P'andes  écailles  fort  curieuses  trouvées  k  Bnrdie-' 
loi^eayec  les  dents  du  mégallchthys.et  que  M.  Agas^ 
'^  atti'ibue  à  ce  poisson.  On  en'  a  signalé  de  pa- 
pilles en  divers  points  du  terrain  houiller  d*Kdim-' 
J^Xif^f  et  aussi  dans  la  formation  houillère  de 
•lewruslIe-on-Tyne.  I^  Muséum  de  Leeds  possède 
1'^  scuU  t'ctiantiUons  qui  existent  de  tétès  apparte- 
|diil  à  deux  poissons  semblables ,  et  un  fragment 
lu  c:îrps  iei'oii\ertde  ses  ccaiHes,  qui  ont  été  ren- 

onirek  dans  le  terrain  iioniller  des  enviions  de  cette 

file. 

î^ir  Philip  Crey  E^ciimi  a  trouvé  tout  récemment 
<'^  tTaiiie^Jc  niegalielilbys,  en  même  temps  que  des 
ii^iiis  ti  des  ossements  de  quelques  autres  poissons; 
ivec  des  coprolites,  dans  là  formation  carbonifère 
w  b.lverdale,  piés  de  Newcastle-under-Line  On 
rouvc  en  ce  point  une  courbe  schisteuse  qui  r#»n- 
^•niic  trois  espéees-  de  coquilles  du  genre  Unio, 


plus  yoisines  ae  celles  de  la  création  ac- 
tuelle (850). 

^owons  dei  couchei  de  la  êérie  carbonifère, 
—  Je  choisirai  le  genre  atnblyptèré  comme 
exemple  (de  poissons  dont  Texistence  a  été 
restreinte  aux  périodes  les  plus  ancienne? 
dQS  formations  géologiques ,  et  qui  se  dis- 
tinguent par  des  caractères  d'organisation 
que  Ton  ne  retrouve  plus  dans  aucun  ani- 
mal de  la  même  classe,  passé  l'époque  où 
se  déposa  le  calcaire  magnésien. 

Ce  genre  ne  se  montré  que  dans  la  série 
carbonifère  ;  on  en  a  découvert  quatre  es- 
pèces à  Saarbruck  en  Lorraine  (851)  et  il 
s*est  également  rencontré  au  Brésil.  Le  sys- 
tème dentaire  des  amblyptères  ainsi  que  la 
plupart  des  genres  de  cette  période  reculée 
fait  voir  qu'ils  se  nourrissent  de  plantes 
marines  déjà  pourries,  ou  des  substances 
animales  désorganisées  au  fond  des  eaux. 
Ces  dents  sont  petites,  nombreuses  et  ser- 
rées les  unes  (îonlre  les  autres  comme  les' 
poils  d'ime  brosse.  La  forme  du  corps  n'est 
point  disnoséc  fKiur  une  progression  rapide, 
ce  qui  est  tout  à  fait  en  rapport  avec  dé  telles . 
habitudes. 

La  colonne  vertébrale  se  continue  dans  le 
lobe  supérieur  de  la  queue,  lequel  est  beiau* 
coup  plus  développé  que  le  lobe  inférieur. 
Celle  disposition  avait  pour  résultat  do 
roaintenir  le  corps  dans  une  position  incli- 
née avec  la  télé  plus  rapprochée  du  fond. 

.  Parmi  les  poissons  cartilagineux  actuels  » 
on  voit  dans  les  esturgeons  et  dans  les  squâ- 

avec  des  rognons  de  fer  agileux,  et  diverses  plantes. 
'  (8i9)  Le  senre  macropotne  est  le  seul  de  cette 
même  (iamilTe  que  Pou  ait  justiu^icl  trouvé  dans  la! 


que 
craie  de  TAngieterre. 


(850)  Les  découvertes  qui  ont  été  faites  w  le  > 
professeur  Sedgwick  et  (lar  M.  MurchÎMm  dans  le 
schiste  bitumineux  de  .Cattiiess  {Tratuaciiptiê  géolo* 
gimteê  de  ia  Société  royale  de  Loudre$^  nouv.  série, 
1. 111,  r*  partie),  et  celles  du  docteur  Trailedans.le' 
même  schiste  à  Orkney,  ont  jeté  beaucoup  de  hi-' 
mière  sur  Thistoire  des' poissons  du  vieux  grés  rouge 
des  étages  inférieurs  de  ia  sérier  ci rbonttére;  Le  doc- 
teur F^ming  a  fait  aussi  des  observations  impor- 
tantes  sur  les  poissons  du  vieux  grès  rouge  de  rife- 
siiire.  M  Murcfai^n  a  découvert  tout   réceniiyient 
des  poissons  dans  le  même  terrain  à  Salop  et  dans  le  • 
oomté  d*Hereford.  Par  tes  circoostanoes  géitéralesiile 
leur  histoire,  ces  poissons  ress«'mblcnt  ii  ceux  de  la 
série  carbiunifère  ;  mais  leurs  détails  d'organisjilioa 
offrent  plusieurs  particularités  des  plus   intéres- 
santes. 

(851)  Les  poissons  que  Ion  trouve  a  àarbruck 
sont  ordinairement  renfermés  dans  des  masses  ar- 
rondies d'un  minéral  de  fer  argileux  qui  constituent 
des  nodules  dans  les  coiielies  d'un  schiste  iiouitler 
bitumineux.  Lord  Grcenok  a  découvert  toutrécem* 
ment  des  échantillons  pleins  d'inléi-è^toiit  du  genre 
ambifptère  que  d'autres  genie^  de  poi^^sons.  Dans 
la  formai  ion  houUlcrc  à  Newbaven  et  .à  Wardie, 
près  de  Ltilb.  Ijc  r'A^'^e  de  Newhaven  est  parsemé 
de  nodules  de  minerai  ferrugineux  détache  par  la 
mer  des  conches  scliisleuses  de  la  formation  houil- 
lère. Plusieurs  de  ces  galets  ont  pour  noyau  central 
an  amblypièi«  on  quelque  autre  poisson  fossile  ;el 
an  lieancoup  plus  grand  nombre  eoiuicnt  des  copro* 
lithes  provenant ,  selon  toute  appan  net,  d'une  es- 
pèce vorare  du  genre  pygi»pière  qui  se  nourrissait 
de  poisson:^  plus  petite    . 


Ilfl 


PCM 


DICtiONNlHUC  M  GÛSaiOGOM» 


Ml 


\m 


les  la  eolonne  vertébrale  se  prolonger  pour 
former  le  lobe  supérieur  de  la  nageoire  eau- 
dale.  Les  esturgeons  paraissent  aroir  spécia- 
lement pour  fonctions  de  nettoyer  la  mer  dt 
s^s  immondices.  Leur  bouche,  molle  et  dé- 
pourvue de  dents ,  est  susceptible  de  s'al- 
longer et  de  se  raccourcir ,  et  ils  paraissent 
en  tirer  parti  pour  se  nourrir  de  végétaux 
ramollis  par  la  putréfaction  et  de  débris  ani- 
maux qu  ils  trouvent  sur  le  fond  des  mers. 
Ils  ont  donc  continuellement  occasion  de 
donner  à  leur  corps  cette  position  inclinée 
que  prenaient  les  poissons  maintenant  fos- 
siles qui,  à  eh  juger  par  la  faiblesse  de  leurs 
dents  en  velours  et  la  disposition  qu'elles 
affectent,  se  nourrissaient  de  même  de  su!)- 
stances  molles  placées  dans  des  conditions 
analogues  (852). 

Les  squales  emploient  encore  leur  qneue 
à  un  aulre  usage,  ils  s'en  servent  pour  ren- 
verser leur  corps,  afin  de  mettre  en  contact 
avec  la  proie  leur  bouche  située  en  dessous 
de  la  tête.  C'est  ainsi  que  nous  trouvons 
dans  chaque  animal  quelauc  disposition 
ayant  pour  fout  de  donner  h  la  tète  la  posi- 
tion où  elle  peut  s'acquitter  avec  le  plus  . 
d^aise  et  de  promptitude  de  ses  fonctions 
importantes  dans  l'acte  de  la  nutrition  (853).  ' 

Poissons  du  calcaire  'magnésien  ou  zechs^ 
tein.  —  Les  poissons  du  zechstein^û^  Mans- 
feld  et  d'Eisleben ,  sont  connus  depuis  long- 
temps et  sont  devenus  communs  dans  toutes  • 
lès  collections.  M.  Agassiz  en  a  figuré  plu- 
sieurs espèces.  Lé  professeur  Sedgwick  en  « 
Î;éneralement  décrit  et  figuré  des  échautil* 
ons  trouvés  dans  le  calcaire  magnésien  du 
Nord  de.  l'Angleterre.  II  établit  dans  son 
Mémoire^  à  la  page  99,  que  si  l'on  en  juge; 
d'après  les' polypiers  et  les  encrinitcs  ainsi 

Jie  d'après  quelques  espèces  de  productus , 
arches ,  de  térébratules ,  de  spirifèrés ,  que 
l'on  y  rehcontre,  on  peut  prononcer  que  le 
calcaire  magnésien  se  rapproche  bien  davan- 
tage de  la  série  carbonifère  par  ses  carac- 
tères zpologiques,  que  des  formations  cal- 
caires supérieures  au  nouveau  ^rès  rouge.. 
Cette  conclusion  est  tout  à  fait  d  accord  avec 
celle  que  M*  Agassiz  a  déduite  des  caractères 

« 

(852)  Durant  lé  siège  de  Silislrie,  on  observa  4|tte- 
les  esturgeons  du  Danul)e  déToraient  avec  avidité  tes . 
corps   putréfiés  des  soldats  turcs   el  russes  qui 
avaient  été  jetés  dans  le  fleuve. 

(855)  On  observe  ce  développement  remarquable 
du  looe  isupërleur  de  la  queue  dans  la  |>lupart  des 
poissons  provenant  du  calcaire  magnésien  et  des 
terrains  sUués  au-dessous.  Mais  dans  les.  terrains 
supérieurs  à  ce  calcaire,  tous  les  poissons  ont  la 
queue  régulière  et  symétrique.  On  voit  dans  quel- 
ques poissons  osseux  de  la  période  secondaire  le 
lobe  supérieur  de  la  queue  en  partie  recouvert  d'é- 
cailles  ;  mais  ce  lobe  est  en  même  temps  dépourvu 
de  vertèbres.  Les  téguments,  dans  tous  les  poisjiOiis 
organisés  de  cette  soite,  sont  formt^s  par  d  s  «'«caillei 
rbomboîdales  osseuses  recouvertes  d*une  lame  d'é- 
mail. 

On  n*a  encore  trouvé  jusqu^îci  aucune  espèce  de 
poisson  (|ut  soit  commune  au  croupe  caiiMnifère  el 
au  calcaire  magnésien  ;  mais  il  est  des  genres  qui 
«^étendent  à  la  rois  à  cos  dea\  formations,  tels  que 
les  genres  palœonisquL^  el  polypSèîT. 


fournis  pifr  let  poisMos  fossiles  du  temia 
dont  il  s  agit. 

PoissonM  du  eaieaire  eimckyUen  [mmU- 
kalk^du  lias  et  de  ImfbmuUion  oùtithiqu^." 
Parmi  les  poissons  au  calcaire  conchylieiii 
il  y  en  a  qui  appartiennent  en  propre  a  celle 
roche  et  d'autres  qui  lui  sont  commuos 
avec  le  lias  et  l'ofrfitne.  On  a  décrit  le  gmt 
gyrodus,  de  la  famille  des  pycnodootesoo 
poissons  à  dents  épaisses  ,^  famille  qui  s'tst 
considiSrablement  multipliéedurantlemoveQ 
ftge  de  la  ehronologie  géologique.  Go  reiW 
nait  cinq  genres  de  cette  famille  éteinte.  Ils 
ont  pour  caractère  primJpai  rarmaluKiar- 
ticuhére  qui  revêt  tout  l'intérieur  de  leur 
bouche  comme  d'une  sorte  de  pavé  forme 
par  des  dents  épaisses»  cylindriques  elapii- 
ties  ,  dont  les  débris,  connus  sous  le  nooue 
bufonites  ^  se  rencontrent  en  aboadaua'  dans 
toute  rétendue  delà  formation  oolitique. 
Cet  appareil  sin^ier  était  destiné  à  écraser 
les  |>etites  coquilles  et  les  {>etits  crustacés, 
et  aussi  à  broyer  les  herbes  marines  déjà 
putréfiées.  On  voit  donc  que  les  habituues 
de  cette  famille  de  pycnodontes  cnt  dû  èire 
celles  de  fioissons  omnivores,  et  les  ani- 
maux qui  la  composent  n'ont  dû  être  dotté5 
qoe  d'iule  progression  iente  (8M). 

Les  lépidotdcs  sont  lute  autre  famille  de 
ces  poissons  singuliers  du  monde  aDciea, 
qui  abonde  dans  la  série  oolithiqae  ou  juras- 
sique; ils  sont  encoreplus  remarquables  qi]? 
les  pycnedontes  par  leurs  énormes  écailler 
oiseuses  rhombpïdaies,  épaisses  et  recou- 
vertes d'une  forte  couche  d'émail.  Le  daj^c- 
dium  du  lias  présente  des  écailles  de  celte 
sorte  bien  connues  des  géologues.  Elles  of- 
frent à  leur  l)ord  supérieur  une  ap(»|to 
rappelant  la  saillie  du  bord  supérieur  d'une 
tuile ,  et  destinée  à  se  loger  dans  une  caritf 
pratiquée  au  bord  inférieur  de  Técaille  qui 
la  recouvre.  Tous  les  poissons  ganouliensii^ 
chacune  des  formations  antérieures  à  'i 
craie  étaient  enveloppés  a'une  sembto  , 
cuirasse  d'écaillés  osseuses  reeou  vertes  uune 
couche  d'émail,  et  s'étetidant  depuis  la  lê;^ 
jusqu'aux  rayons  de  la  nageoire  raa- 
dale  (855J.  On  n  a  découvert  dans  la  séné 

.  (854)  On  rencontre  un  appareil  semblable  àtî 
uqe  famille  actueiienient  exisianie  de  ror(irp(^^ 
cycloides,  chez  respccc  moderne  oroniTore  1^  K"" 
de  mer  {anarrhicas  lu^m)^  e|  chez  d^autres  pai<^ 
appartenant  à  des  familles  diflercntes.  A  et  miH' 
11.  Agassiz  4  fait  observer  que  cVst  an  fiii  chiah^^ 
dans  u  classe  des  poissons  que  de  voir  se  reprod^''^ 
des  conditions  &  peu  près  identiques  dii  s\.^' 
dentaire  dans  des  lamilles  qui  diircrent  par  b  i^ 
très  |ioints  de  leur  organisation. 

(8â5)  Les  pycnodontes,  aussi  bien  qve  ^^^' 
roîdes  fossiles,  ont  des  écailles  recoavcru^s  d*oiiuD 
mais  c'est  dans  les  lépidoîdcs  que  des  écailla  "^ 
cette  nature  se  montrent  développées.  N.  Sp^^\' 
déterminé  près  de  deux  cents  de  ces  espèces  M'^ 
cuirassées.  Cette  armure ,  qui  enlourail  k^  ^^^ 
d'une  portion  si  considérable  des  poissons  qK  '>* 
rencontre  dans  les  formations  antérieures  au  \ 

Kts  crétacés  ,  dot  avoir  pour  otililé  d«  pf^ 
irs  corps  contre  Taction  des  eaux .  alors  «"^ 
UMnpérature  plus  élevée,  et  sujette  à  «ks^^^IL 
brusques  qitc  ne  pourraient  supporter  9»^^"^ 


lies 


POI 


ET  DE  FAI.EONTOLOCIS. 


roi 


àOIL 


• 

crétacée  qsiioe  ou  deux  espèces  reeou vertes 
d*une  semblable  armure ,  et  trois  ou  quatre 
dans  les  fomiations  tertiaires.  Les  deux 
Seores  lépidoslée  et  poi  jptère  sont  les  seuls 

Krmi  les  poissons  du  monde  actuel  oui  of- 
mi  ce  mode  de  conformation  de  Tenve- 
lonpe  écai lieuse. 

Il  n  est  pai  un  seul  genre  de  ceux  que  Ton 
,  a  rencontrés  dans  la  $i  rie  oolitique  qui  existe 
'  encore  à  l^époque  actuelle.  Au  contraire,  les 
|X)iâ$ons  qui  abondent  le  plus  dans  la  forma- 
tion wealdienne  font  tous  partie  de  genres 
qui  prédominaient  dans  la  période  ooli- 
tique (856). 

Poiiions  de  la  formation  crilacit*  —  Les 
derniers  et  les  plus  remarquables  de  fous 
les  changements  qui  ont  eu  lieu  dans  le  ca- 
ractère des  poissons  se  sont  accomplis  à 
répoque  où  ont  commencé  les  formations 
crétacées.  Les  genres  des  deux  premiers  or- 
dres (plêGOïdiens  et  ganoïdiens)  qui  ont 
rempli  exclusivement  toutes  les  lormations 
jusqu  à  la  fin  de  la  série  oolitiqre,  dispa- 
raissent subitement  et  sont  remplacés  par 
des  genres  appartenant  à  deux  ordres  nou- 
veaux» les  àénoïdiens  et  les  cycloïdiens, 
qui  apparaissent  alors  pour  la  première  fois. 
Près  des  deux  tiers  de  ces  derniers  sont  aussi 
maintenant  éteints,  mais  ils  se  rapprochent 
beaucoup  plus  des  poissons  de  la  série  ter- 
tiaire que  des  espèces  antérieures  à  la  for- 
mation de  la  craie. 

Si  Ton  compare  les  poissons  de  la  craie 
ayee  ceux  de  la  formation  tertiaire  du  Monte- 
Bolca ,  qui  est ,  de  toutes  les  formations  ter- 
tiaires ,  la  plus  ancienne ,  on  verra  qu'au* 
cune  espèce  n^est  commune  à  ces  deux  ter*- 
rains ,  mais  ^ue  quelques  genres  existent  à 
Ja  fois  dans  1  un  et  dans  Tautre  (857). 

Poiêsofii  des  /ormaiion$  tertiaires,  —  Pès 
que  nous  entrons  dans  Tétude  des  terrains 
stratifiés  tertiaires,  nous  voyons  s'accomplir^ 
dans  les  caractères  des  poissons  fossiles., 
d'autres  changements  non  moins  considéra- 
bles que  ceux  qni  nous  sont  offerts  par  les 
coquillages  fossiles. 

Les  poissons  du  Monte-Bolca  appartien- 
nent k  la  période  éocène  :  ils  sont  nien  con- 
nus par  les  figures  de  Xictyologia  teronen^de 

actocfs,  recouverts,  comme  lia  lé  tool,  d'une  peau 
XDolle  ou  de  léguroenla  sans  cooiinuité,  }gX%  cpie 
des  écailles  BnembraDcuset  et  cornées. 

(85e)  Les  |ilys  reman|uables  soni  les  cenres  lepî- 
dotu9»  phoUdophorus,  pycnodus  et  bytiodus, 

(857)  Nous  avons  déjà  dit  que  le  dèpét  rrniar- 
|oal)le  de  poissons  fossiles  d*Enfft,  canton  de  Giaris, 
^  été  rapporté  par  M.  Agassis  à  la  partie  supërieuie 
ûu  fc «sterne  créucé.  Parmi  les  genres  que  I  on  ren- 
contre dans  ce  dé|>6t,  il  y  en  a  plusieurs  qui  soûl 
complètement  identiques  avec  ceux  de  la  craie  in- 
férieure de  Bobéme  ei  de  la  craie  de  Westplialie  ; 
d'autres  s*en  rapprocbeni  beaucoup.  (  Voy«s  Léik 
inuan  etBaoïm,  rfeues  Jahrbuch^  Ig54.)  Ainsi,  quoi- 
qoe  les  caractères  minéraui  tlu  schiste  de  Giaris 
semMeut  lui  assigner  une  haute  antiquité,  celte  for- 
nalion  est  à  peu  prés  du  même  Age  que  le  gault 
ou  speeton  cla^  de  TAngleterre.  Ce  soiu  les  mêmes 
altéraiioBS  dans*  les  caractères  minërahigiques,  qui 
dotioenl  à  plusieurs  formations  secoiuiaires  et  1er- 
Itaires  des  Alpes  Tapparenced^nne  ancienneté  fuselles 


Voila,  et  par  celles  de  Fouvrage  oe  Knorr. 
Cne  moitié'de  ces  poissons  environ  appar- 
tient à  des  genres  éteints,  et  il  ne  s'y  ren- 
contre aucune  espèce  qui  existe  maintenant 
i  Tétat  vivant.  Toutes  sont  marines,  et  les 
espèces  dont  elles  se  rapprochent  le  plus, 
par  leur  forme,  vivent  actuellement  entre 
.les  tropiques  (858) 

.  C'est  également  a  ceue  première  pc'riode 
àes  formations  tertiaires  qu*appartiennent 
les  poissons  deTargile  de  Londres.  Beaucoup 
de  ceux  que  l'on  trouve  à  Sheppy,  sans  être 
identiques  avec  ceux  du  Bfonte-Boica»  s*en 
rapprochent  cependant  beaucoup.  Les  pois- 
sons du  Liban  sont  également  de  cette  épo- 
que, à  laquelle  M.  Agassiz  rapi)orte  aussi 
ceux  du  gypse  de  Montmartre  qu'il  regarde, 
contrairement  à  l'opinion  de  Cuvier,  comme 
ajipartenant  tous  à  des  genres  détruits. 

Tous  les  auteurs  ont  rapporté  les  poissons 
d'OEningen  à  quelque  dép^t  lacustre  local 
d'une  époque  récente.  M.  Agassiz  les  re- 
^rde  comme  api)artenant  à  la  seconde  pé- 
riode des  formations  tertiaires,  contempo- 
raine de  la  dfiollasse  de  la  Suisse  et  du  çrès 
de  Fontainebleau.  Parmi  les  dix-sept  espèces 
.éteintes  que  Ton  y  rencontre,  une  seule- 
ment est  a  un  genre  étranger  à  l'Europe,  et 
toutes  appartiennent  h  des  genres  actuelle- 
ment eiistan 

On  trouve  dans  le  gypse  d'Aix  quelques 
espèces  appartenant  à  l'un  des  genres  per- 
dus du  ^ypse  de  Montmartre,  mais  elles 
font  partie  pour  la  plupart  de  genres  que 
nous  retrouvons  dans  la  création  actuelle.  M 
Agassiz  regarde  cette  formation  comme  à  peu 
près  contemporaine  des  dépôts  d'OEningen. 

Ce  que  l'on  connaît  des  poissons  du  crag 
de  Norfolk  et  de  la  formation  subapennine 
supérieure  conduit  h  les  re^rder  comme 
appartenant  à  des  genres  maintenant  com- 
muns dans  les  mers  tropicales,  mais  k  des 
espèces  détruites. 

Familles  des  squales, — Cette  iSsimille,  l'une 
des  plus  universellement  répandues  et  Tune 
des  plus  voraces  parmi  celles  qui  peuplent 
les  mers  actuelles,  n'ocinipe  pas  une  placé 
moins  importante  dans  l'histoire  de  la  géo- 
.lo<cie    il  n'est  pas  une  oériode  où  l'on  ne 

n*onl  réeliemenl  pas. 

Les  poissons  de  la  craie  supérieure  sont  ceux 
que  Ton  connaît  le  mieux,  et  on  en  est  redevable  aux 
nombreux  et  magnifiques  échantillons  qui  ont  éié 
découverts  k  Lewes  par  M.  ManieU,  et  que  ee  savant 
a  fii^urés  dans  ses  ouvraj^es.  Ces  échantillons  sont 
dans  un  eut  de  conservaiiou  dont  on  n*a  pas  d  au- 
tn's  exemples.  11  en  est  un  (du  «enre  macropoma) 
dans  la  cavité  abdominale  duquel  se  voient  IVsu^ 
mac  et  des  ooproUtes  conservés  eutiers  et  dans  leur 
position  naturelle. 

(858)  M.  AjKassiz  a  distribué  de  nouveau  ces  poiv 
sons  dans  itl  espèces  toutes  éteintes»  formant  77 
genres,  dont  38  sont  maintenant  perdus,  et  dont  30 
se  retrouvent  encore  dans  la  créktioe  actuelle.  Ces 
derniers  genres  comprennent  81  des  espèces  fbasilas 
du  Monte-Bolca,  et  les  premiers  46  espéaet,  «i  elsst 
dans  cette  dernière  formation  qu*apptraiaient  ptwr 
la  première  fols  les  39  de  cet  genres  qui  «xèateni  eu 
core  à  Pbeure  présente. 


DlCTIOTIN.    DE    C0SIC0€01«IR  ?T  Zm  PALÉo?nroLoe». 


88 


ilOS 


i>oi 


bICTIONNAlKfi  DE  COSMOCONIE 


POÏ 


\\% 


rencontre  plusieurs  formes  qui  la  représen- 
'(enl.  Les  géologues  trouvent  fréquemment 
des  dents  de  plusieurs  sortes  qui  se  font  re- 
marquer par  leur  grandeur  et  la  beauté  de 
leur  émail,  et  dont  quelques-unes  rappellent 
par  leur  forme  extérieure  une  sangsue  con- 
tractée. On  les  désigne  ordinairement  sous 
le  nom  d*os  palatins  ou  palais.  Comme  d*ail- 
leurs  ces  dents  sont  presque  toujours  iso- 
lées, elles  n'offrent  que  peu  d'indices  à  Taide 
desquels  on  puisse  reconnaître  de  quels  ani- 
maux elles  proviennent. 

Dans  les  mêmes  couches  on  rencontre 
aussi  de  grandes  épines  osseuses  armées  do 
piquants  sur  un  de  leurs  bords  et  ressem- 
blant à  des  dents  recourbées.  Longtemps  on 
a  regardé  ces  corps  comme  des  mâchoires 
«cvec  leurs  dents,  et  c'est  depuis  peu  seule- 
ment que  l'on  a  constaté  que  c'étaient  des 
rayons  épineux  dorsaux  ;  et  comme  on  a  été 
porté  à  penser  qu'elles  servaient  d'armes 
défensives  ainsi  que  les  rayons  dorsaux  des 
'genres  baliste  et  silure,  on  les  a  désignées 
sous  Je  nom  d'ichthyodorulites. 

M.  Agassiz,  après  de  longues  recherches, 
rapporte  tous  ces  corps  à  des  genres  éteints 
'.de  la  grande  famille  des  squales  qu'il  par- 
tage en  trois  sous -familles,  dont  chacune 
contient  des  formes  d'existence  propres  à* 
certaines  époques  géologiques  et  dont  les 
changements  sont  simultanés  avec  les  autres 
Krauus  changements  qui  ont  eu  lieu  dans  les 
débris  lossiles. 

I^  première  et  la  plus  ancienne  de  ces 
sous-iamilles ,  celle  des  cestractons ^  com- 
mence en  même  temps  que  les  couches  de 
transition,  et  ne  manque  dans  aucune  des  for- 
mations suivantes  jusqu'au  commencement 
de  la  série  tertiaire.  Elle  n'a  plus  qu'un  seul 
représentant  parmi  les  espèces  actuelles  le  ces- 

(859)Les  ceslraciotu  sont  caraclërisës  par  de  grandes 
dents  pourvues  d*ëmail,  polygonales  et  obtuses,  qui 
tecouvrenl  Tintérieui  de  la  bouche  comme  une  sorte 
4t  pavé  eu  marqueterie.  Il  y  a  quelques  espèces  chez 
lesquelles  chaque  mâchoire  ne  porte  pas  moins  de 
soixante  de  ces  dents.  La  facilité  avec  laquelle  se 
détruisent  les  os  cartilagineux  auxquels  elles  sont 
fixées  est  cause  qu^onles  rencontre  rarement  réunies 
'à  rétat  fossile,  et  c*estcequi  tath  aussi  que  les  aiguil- 
lons el  des  dents  isolées  sont  les  seules  preuves  qui 
nous  restent  de  Texistence  passée  de  ces  espèces 
éteintes.  On  en  voit  en  abondance  dans  toutes  les 
■couches  depuis  la  série  carbonifère  jusqu*à  la  craie 
la  nluB  moderne. 

La  seconde  division  de  la  famille  des  squales,  celle 
des  kybodonê,  commença  probablement  avec  la  for- 
mation houillère;  elle  fut  prédominante  pendant  le 
temps  que  dura  le  dép6tde  toutes  les  couches  secon- 
daires inférieures  à  la  craie.  Les  dents  de  celle  di- 
vision sont  intermédiaires  entre  les  dentsémoussécs, 
polygonales  el  propres  h  écraser  qui  caractérisent  la 
sous-famille  des  ceslracions,  et  les  dents  polies  et  à 
bords  tranchants  des  squaloides  ou  squales  vrais, 
que  Ton  ne  rencontre  pas  avant  le  commencement 
cies  formations  crétacées.  Elles  se  distinguent  de  ces 
dernières  dents  par  les  replis  des  deux  surfaces 
externes  de  leur  émail.  On  rencontre  en  abondanoe 
dans  rardoise  de  Stonestield  et  dans  la  formation 
weaklienne  des  dents  striées  qui  pmvîennentde  cette 
même  famille. 

Un  autre  genre  de  cette  section  des  bybodoiis,  le 


iracion  Philippi,  ou  squale  du  Port-Jacksoo. 

La  seconde  famille ,  celle  des  hybodm, 
commence  avec  le  tnuscktlkalk  et  peut-être 
avec  la  formation  houillère;  puis  elle  se 
montre  dans  tout  le  cours  de  la  série  ooliti- 
que  pour  ne  disparaître  qu*h  Tépoque  gq 
commence  la  craie. 

Enfin  la  famille  des  sqnaloldes  ou  squales 
vrais  commence  avec  la  formation  crétacée, 
traverse  toute  la  période  tertiaire  pour  ar- 
river jusqu'à  lacreationactuelledanslaquelte 
elle  se  continue  (859). 

Rayons  épineux  fossiles  ou  ichthyùdoru' 
Il  tes,  —  Les  rayons  dorsaux  du  squale  da 
Port  -  Jackson  jettent  d'importantes  1q- 
mières  sur  l'histoire  des  rayons  épinem 
fossiles-;  c'est  d'après  eux,  en  effet,  que  nous 
pouvons  rapporter  à  des  genres  et  à  des  es- 
pèces éteintes  de  cestracions  ces  corps  fos' 
siles  si  communs  et  pourtant  si  mal  cipli- 

3ués  ,  qui  ont  été  désignés  sous  le  Don 
'ichthyodorulites.  Quelques-unes  des  es- 
pèces actuelles  de  squales  ont  à  leur  na- 
geoire dorsale  des  épines  cornets  lissas 
L'espèce  que  nous  venons  de  citer  est  la 
seule  qui  ait  une  épine  osseuse  armceàson 
bord  concave  d'aiguillons  ou  de  dent"  cro- 
chues semblables  è  celles  que  Ton  obsene 
sur  les  ichthyodorulites  fossiles.  Ces  ai^il* 
Ions  formaient  des  points  de  suspension  el 
d'attache  è  l'aide  desqnels  la  nageoire  dor- 
sale était  attachée  à  l'épine  osseuse  oui  lu* 
imprimait  un  mouvement  régulier  déléra- 
tion  et  d'abaissement  propre  à  rendre  pto 
facile  le  mouvement  rotatoire  du  corps  que 
doivent  exécuter  les  squales.  Cette  épica 
remplissait  ainsi  les  fonctions  de  ces  mâb 
mobiles  qui  servent  à  élever  et  à  abaisser 
les  voiles  de  certaines  petites  barques. 
Le  squale  épineux  commun  (aptnax  om^ 

Îînre  onchus,  se  rencontre   aussi  dans  le  lias  de 
yme-Re^is. 

Les  poissons  fossiles  de  la  fomille  des  ufsait^ 
•offrent  tous  les  caractéresdes  vrais  squales.  Oncon* 
mence  à  les  trouver  seulement  dans  les  formatiais 
crétacées,  et  ils  se  continuentpendant  toute  la  dor^ 
des  dépôts  tertiaires,  jusqu*à  notre  époque  adoelie 
Les  dents  de  cette  division  sont  constammeni  iiss» 
à  leur  surface  externe,  et  quelquefois  ptissées  î  iear 
surface  interne  ;  ce  qui  s*observe  de  même  dans  pii- 
sieors espèces  vivantes.  En  outre,ces  dents  seDtpbief 
et  taillées  en  forme  de  lancette,  avec  un  bordtnuicbiti 
qui,  dans  plusieurs  espèces,  estdécoopéen  finesd» 
telures.  Cette  sous-famille  de  squaloldes  est  U  swie 
dont  les  espèces  abondent  dans  les  formations  ie^ 
tiaires. 

La  solidité  extrénie  et  Taplatisseroent  des  deoti 
chez  les  deux  sous-familles  (cestracions  et  hyb^ 
dons)  qui  prédominent  dans  les  formations  deira»- 
sition  et  dans  les  formations  secondaires inféreor^ 
à  la  craie ,  avaient  très-probablement  poar  bat  M 
broiement  des  enveloppes  solides  de  crustacés  et  dts 
écailles  osseuses  et  garnies  d*émail  des  poissons  <[» 
formaient  leur  pâture.  A  mesure  que  les  poissons  de 
h  série  crétacée  el  de*  la  série  tertiaire  se  reTétireflid?^ 
écailles  de  pi  us  en  plus  molles  que  nous  voyons  d>6i  ^ 
poissons  modernes,  les  dents  des  squaloidess^aoi^ 
cirent  en  ces  bords  tranchants  qui  caractériseDi  r 
système  dentaire  des  squales  actuels.  On  na  ps^ 
encore  rencontré  jusqu'ici  dans  les  formatious  .W" 
tiaires  un  seul  de  ces  cestracions    dents  ènouss^ 


nî>7 


POl 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


POl 


nos 


fftiasj  CuY.)  et  le  ceiilrino  vulgaire  (cfn/rirMi 
rufgarii)  ont  à  chacune  de  leurs  dorsales 
une  semblable  épine  destinée  à  les  redresser 
mais  dépourvue  de  dentelures  ou  crochets. 
M.  Mantell  en  a  trouvé  de  pareilles  d*une 
petite  dimension  dans  la  craie  de  Lewes. 
Ces  petites  épines  dorsales  leur  servaient 
probablement  aussi  à  se  défendre  contre 
rortaines  espèces  voraces  ou  même  contre 
les  individus  plus  grands  et  plus  puissants 
ie  leur  propre  espèce;  peut-être  aussi  s'en 
Faisaient-ils  des  armes  offensives  (860). 

La  grande  variété  de  ces  épines  fossiles 
^ue  Ton  rencontre  depuis  la  grawake  jusqu'à 
a  craie  inclusivement  nous  fait  connaître 
•ombien  furent  nombreux  les  genres  et  les 
•spèoes  éteints  de  la  famille  de  squales  qui 
labitèrent  les  eaux  de  la  mer  durant  toutes 
'es  périodes  reculées.  Les  dents  et  les  os  pa- 
atins  observés  dans  ces  mêmes  terrains  ne 
^nt  pas  de  formes  moins  variées;  mais 
x>mme  les  squelettes  cartilagineux  auxquels 
Tcs  dents  appartenaient  ont  été  en  presque 
totalité  détruits,  les  dents  et  les  épines  sont 
)rdinairement  dispersées,  et  ce  ne  pourra 
'stre  qu*en  s*aidant  des  analogies  anatoraiques 
>u  du  hasard  de  juxtapositions  accidentelles 
;uc  la  science  parviendra  à  déterminer  les 
5 spèces  auxquelles  ces  débris  appartiennent. 

Raies  fossiles,  —  Les  raies  constituent 
a  quatrième  famille  de  Tordre  des  placoï- 
liens;  la  création  actuelle  comprend  un 
^rand  nombre  de  genres  qui  appartiennent 
i  cette  famille ,  mais  on  ne  l'a  pas  encore 
•encontrée  à  l'étaX  fossile  dans  un  terrain 
)!us  ancien  que  le  lias.  Elle  se  montre  dans 
e  calcaire  jurassique. 

La  famille  des  raies  abonde  dans  toute 
étendue  de  la  formation  tertiaire;  on  y  a 
rouvé  seize  espèces  du  seul  genre  mylio- 
ates  :  c'est  de  lui  que  proviennent  les  pa- 
lis que  l'on  trouve  en  si  grande  abondance 
ans  l'argile  de  Londres  et  dans  le  erag.  On 
encontre  également  dans  les  formations 
?rliaires  les  genres  trygon  et  torpille. 
Conclusion,  —  Les  divers  faits  qui  vien- 
ent  de  passer  sous  nos  yeux,  empruntés  k 
histoire  des  poissons,  constituent  une  série 
on  interrompue  de  témoignages  qui  nous 
lontrent  cette  importante  classe,  soit  avec 
n  squelette  osseux,  soit  avec  un  squelette 
artilagineux  ,  comme  prédominante  dans 
>Qles  les  périodes,  depuis  le  moment  où  a 
r>o)mencé  la  vie  sous-marine  jusqu'à  l'heure 
ctuelle.La  similitude  des  dents,  des  écailles 
t  «les  os  des  plus  anttiens  poissons  sauroïdes 
c  la  formation  houillôie  (le  genre  mé^a- 
chlhys  )  avec  ceux  du  genre  lépidostée  ac- 
iiel,  et  les  rapports  étroits  qui  s'observent 
nlrc  les  dénis  et  les  épines  osseuses  du  seul 
f^stracion  qui  fasse  encore  maintenant  par- 
ie de  la  famille  des  squales,  et  les  nombreu- 

(H60)  Le  capitaine  Smith  a  vu  h  la  Jamaiipie  un 
npirainede  vaisseau  qui  avaitété  grièvement  blessé 
»ar  les  épines  d'un  squale  dans  la  baie  de  Montegn. 
V&y^t  le  règne  ammal  de  CrviCR,  publié  par  Grifiitli.) 

Los  épines  du  balilie  ei  du  silure  ne  sont  pas  sen* 
irment  enfoneëes  à  leur  base  dans  la  cbair  et  mues 
tar  de  puissants  muscles,  ainti  que  cela  a  lieu  rh(*z 


ses  formes  éteintes  de  cette  méma  sous-fr- 
mille  des  ceslracions,  qui  abondent  dans 
toute  retendue  des  formations  carbonifères 
et  des  formations  secondaires,  sont  des  faits 
qui  réunissent  les  deux  extrémités  de  Cette 
grande  classe  de  vertébr(js  par  une  chaîne 
plus  régulière  et  plus  étroitement  unie 
gu'aucune  autre  à  laquelle  on  ait  été  conduit 
jusqu'ici  par  les  recherches  géologiques. 

11  résulte  de  ce  coup  d'œil  que  nous  ve- 
nons de  jeter  sur  l'histoire  des  poissons  fos- 
siles que  chacune  des  formes  principales 
d'organisation  que  présentent  ces  animaux 
existait  dès  les  âges  les  plus  reculés  de  notre) 
globe;  que  touiours  ils  y  ont  rempli  dans 
l'économie  générale  de  la  nature  les  mêmes 
fonctions  importantes  que  nous  voyons  con- 
fiées à  leurs  représentants  actuels  dans  noé 
mers  modernes,  dans  nos  lacs  et  dans  nos 
rivières.  La  grande  raison  finale  de  leur 
existence  parait  avoir  été  à  toutes  les  épo- 
gues  de  peupler  les  eaux  d'animaux  qui  y 
jouissent  de  toute  la  somme  de  bien-être  que 
comportent  leurs  conditions  d'existence. 

La  stérilité  et  la  solitude  dont  on  a  sou- 
vent fait  l'attribut  des  profondeurs  de  l'O- 
céan n'existent  donc  pas  ailleurs  que  dans 
les  fictions  de  quelque  imagination  poétique. 
Dans  celte  vaste  masse  d'eaux  qui  recouvre 
presque  les  trois  quarts  de  la  surface  du 
globe,  la  vie  se  montre  avec  plus  de  luxo 
peut-être  qu'au  sein  des  airs  ou  sur  la  sur- 
face terrestre  elle-même.  Le  fond  des  mers» 
jusqu'aux  profondeurs  où  pénètre  la  lumière^ 
est  peuplé  de  légions  sans  nombre  de  veis  et 
d'autres  êtres  rampants,  les  représentants  de 
ces  familles  inférieures  qui  se  traînent  sur 
la  surface  terrestre. 

Le  but  général  de  la  création  parait  avoir 
été  de  multiplier  la  vie  à  l'infini.  Comme  la 
nutrition  des  animaux  a  pour  base  le  règne 
végétal,  le  lit  des  océans  ne  jouit  pas  d  un 
luxe  de  végétation  moindre  que  celui  qu'é- 
talent à  nos  yeux  les  prairies  verdoyantes  et 
les  majestueuses  forêts  qui  recouvrent  comme 
d'un  vêtement  la  portion  émergée  de  la  sur- 
face du  globe.  Dans  les  eaux  comme  sur  la 
terre,  nous  voyons  l'accroissement  excessif 
des  espèces  herbivores  tenu  en  échec  par  la 
.  voracité  des  espèces  carnivores,  et  nous  re- 
trouvons ici  ce  que  nous  avions  déjà  signalé 
dans  une  autre  circonstance,  que  le  but  que 
s'est  proposé  l'intelliçence  suprême,  lors- 
qu'elle a  créé  les  animaux,  a  toujours  été 
d'appeler  le  plus  grand  nombre  d'êtres  pos- 
sible à  prendre  sa  yavi  de  la  plus  grande 
somme  possible  de  jouissances. 

Il  n'existe  aucun  point  dans  tout  l'ensem- 
ble de  la  nature  qui,  plus  que  cette  progres- 
sion qne  nous  avons  tracée  dans  la  classe  des 
poissons,  repousse  la  doctrine  du  dévelop- 
pement graduel  ou  de  la  transmutation  des 

les  iM|ua«es,  mais  elles  s'articulent  avec  un  os  des- 
tiné à  le»  soutenir.  Eu  outre,  ces  sortes  de  baguel- 
tps,  dans  le  baliste,  sont  tenues  droites  par  nOo 
seconde  é|)ine  qui  se  trouve  en  arriére  et  à  leur  base, 
et  qui  agit  à  la  manière  d^un  verrou  ou  d*nn  coin 
qui  (lie  ou  enlève  la  même  action  musrnlaire  qui 
redresse  ou  abaisse  IVpine  principale. 


À 


ii9à 


POL 


DICTIONNAIAE  DS  COSMOGONIE 


fOL 


m 


espèces.  Les  souroïdes,  en  effet,  qui  occu- 
ltent dans  l'échelle  organiaue  une  place  plus 
élevée  que  les  formes  orainaires  des  pois- 
sons osseux,  ne  s*en  montrent  pas  moins  en 
nombre  considérable  dans  les  formations 
carbonifères  et  secondaires  où  elles  attei- 
gnent une  taille  énorme,  tandis  qu'ils  dispa- 
raissent p)Our  être  remplacés  par  des  formes 
moins  parfaites  dans  les  couches  tertiaires,  et 
que  deux  genres  seulement  les  représentent 
parmi  les  poissons  actuellement  existants. 

Ici»  comme  dans  plusieurs  autres  cas,  ce 
que  Ton  observe,  c'est  une  sorte  de  dévelop- 
pement rétrograde  qui  s'avance  des  formes 
complexes  aux  formes  simples.  11  existait  à 
ces  époques  reculées  des  espèces  qui  réunis- 
saient plusieurs  caractères  organiques  que 
l'on  ne  retrouve  plus  dans  nos  périodes  mo- 
dernes que  répartis  sur  des  familles  sépa- 
rées ;  et  ces  faits  semblent  indiquer  que  la 
nature,  dans  la  création  successive  des  pois- 
;sons,  est  plutôt  partie  des  formes  les  plus 
parfaites  en  suivant  les  procédés  de  la  divi- 
sion et  de  la  soustraction,  qu'elle  n'a  opéré 
par  addition,  eu  prenant  pour  point  de  dé- 
part les  formes  les  moins  parfaites! 

L'étude  de  l'organisation  chez  les  poissons 
actuellement  existants  fait  voir  que  certains 
organes,  chez  les  cartilagineux,  tels  que  le 
cerveau,  le  pancréas,  l'appareil  de  la  géné- 
ration, sont  à  un  degré  de  développement 
Elus  élevé  que  chez  les  poissons  osseux.  Or» 
ous  avons  rencontré  la  famille  cartilagi- 
neuse des  ^qualoïdes  en  même  temps  que  Tes 
poissons  osseux  dans  les  couches  de  transi- 
i:c<*i«  et  nous  avons  vu  ces  deux  groupes 
ccntinuer  d'exister  simultanément  iusquà 
?'6poque  actuelle,  après  avoir  traversé  toutes 
les  périodes  géologiques. 

Ainsi  parmi  tous  ics  groupes  dont  l'en- 
semble constitue  la  nature^  il  n'en  est  pas  un 
seul  qui,  moins  que  la  classe  des  poissons, 
permette  d'expliquer  les  changements  que  la 
géologie  démontre  s'y  être  successivement  ac  - 
compiis,  sans  que  l'on  invogue  l'intervention 
directe  d'actes  de  création  distincts  et  répétés 

POLICE  DE  LA  hatcrb  dans  le  règne  ami- 
mal.  Voyei  Carnivores. 

POLYPES.  —  Les  débris  fossiles  de  poly- 
piers (  Voy,  ce  mot  )  proviennent  d'animaux 
que  1  on  a  longtemps  considérés  comme 
.ayant  des  affinités  avec  les  plantes  marines, 
.et  qui  ont  cté  désignés  ,  pour  cette  raison, 
^ous  le  nom  de  zoophyUs.  Ordinairement 
ils  sont  Hxés  à  la  manière  des  plantes,  et  ils 
recouvrent  toutes  les  parties  du  fond  des 
mers  chaudes  assez  profondes  pour  que  l'in- 
ilucnce  de  la  chaleur  et  de  la  lumière  solaire 
puisse  s'y  faire  sentir.  Plusieurs  espèces 
j)réseRteDt  des  ramiQcations  dont  la  forme  et 
l'aspect  sont  ceux  de  végétaux.  Ces  corps 
coralliformes  sont  produits  par  des  polypes 
très-voisins  de  Tactinée  commune  ou  aiié^ 
mono  de  mer  de  nos  côtes.  Il  en  est  quel- 

(BOI)  On  trouve  dans  les  voyages  de  Péron,  oe 
Plindcrs,  de  Kouebue  et  de  fieecuy,  des  observa- 
lions  uiiéressantes  sur  retendue  et  le  mode  de  for- 
niatiou  de  ces  récifs  de  corail  ;  et  le  docteur  Kidd. 
lUns  son  Çcchgieùi  Essay^  ainsi  que  M.  Lyell,  dans 


ques-uns,  tels  que  es  caryoph j^llies,  qui  ti- 
vent  isolés,  et  cfont  chaaue  individu  se  cons- 
truit h  lui-même  une  base  et  un  supporl 
indépendant;  d*autres  sont  agrégés  ou  con- 
fluents, et  vivent  en  commun  sur  une  même 
base  ou  polypier  recouvert  dune  mm 
couche  gélatineuse,  à  la  surface  de  laquelle 
sont  disséminés  les  tentacules  corresponduii 
aux  trous  -étoiles  de  la  surface  du  polypier. 

Diaprés  Lesueur,  qui  les  a  observés  dici 
les  Indes-Occidentales,  ces  polypes,  lors- 
qu'ils sont  épanouis  au  fond  de  la  mer,  dans 
le  calme  des  eaux ,  revêtent  leurs  demeura 
pierreuses  d'une  enveloppe  nuancée  des 
plus  brillantes  couleurs. 

Leur  corps  gélatineux  nossède  la  facullti 
de  sécréter  le  carbonate  ue  chaux  qui  cour 

f^ose  la  base  par  où  ils  se  fixent  et  les  cel- 
ules  où  ils  sont  logés.  Ces  cellules  calcaires 
ne  persistent  pas  seulement  pendant  la  vie 
des  polypes  qui  les  ont  sécrétées»  mais  I<>ur 
composition  chimique  est  tellement  analope 
h  celle  du  calcaire,  qu'elles  continuent  d ad- 
hérer au  fond  de  la  mer  après  la  destruction 
de  ranimai  qui  les  habitait.  Ainsi  une  géué- 
ration  construit  la  base  sur  laquelle  sm 
portée  la  génération  qui  doit  suivre, et  celle- 
ci  à  son  tour  doit  fournir  en  quelque  sorte 
les  fondements  d'une  construction  nouvelle 
qu'élèvera  une  nouvelle  génération,  jusqui 
ce  que,   par  une   succession  continue  de 
constructions  semblables,  la  masse  tout  en- 
tière atteigne  la  surface  des  eaux  et  qu'une 
limite  se  trouve  ainsi  imposée  à  des  accrois- 
sements subséquents. 

La  tendance  des  polypes  à  s©  multiplier 
dans  les  eaux  des  climats  chauds  est  telle, 
que  le  fond  de  toutes  les  mers  tropicales 
fourmille  de  myriades  sans  nombre  de  ces 
petites  créatures  travaillant  sans  cesse  à  la 
construction  de  leurs  habitations  si  petites, 
mais  en  même  temps  si  durables.  Il  n'y  « 
presque  pas,  dans  toutes  ces  latitudes,  de 
roche  sous-marine  ni  de  cône  ou  de  chaîne 
volcanique  sous-marine  qui  ne  constituent 
le  noyau  et  les  fondements  de  qudque  colo^^ 
nie  (\e  polypes  appartenant  surtout  aux  gen- 
res madrépore,  astrée,  caryophyllie,  raéan- 
drine  et  millepore.  Les  sécrétions  calcaires 
de  ces  petits  animaux  sont  accumulées  en 
d'énormes  bancs  ou  récifs  de  corailj  qui  ocl 
quelquefois  jusquà  plusieurs  centamesuc 
milles  d'étwïdue.  Souvent  ils  s'élèvent  rapi- 
dement jusqu'à  la  surface  en  des  points  ou 
jusque-la  on  n'en  avait  jamais  souj)çenDé 
i'existence,  et  ils  rendent  ainsi  dangereuse 
la  navigation  de  plusieurs  parties  des  œeis 
tropicales  (861). 

Si  nous  recherchons  quelles  sont,  daos 
l'économie  actuelle  de  la  nature»  les  foo'' 
tiens  assignées  aux  polypes,  nous  voyoo» 
bientôt  que  c'est  h  eux,  la  classe  la  plus  m-; 
férieure  du  règne  animal,  «m'a  été  déparu 
Toflice  de  nettoyer  les  eaux  de  la  mer  et  de 

ses  Principiês  of  Ceohçy  (3*  édil.,  I.  W)».  *  Hl 
une  applicalioD  admirable  de  ces  pariicaUntes  ^ 
rhistoiredes  ftolypiers  modernes  à  rillustration  ^ 
pliénûmènes  géologiques. 


ItOI 


POL 


ET  DK  PALEOMOLUCIL. 


POL 


1102 


les  purger  de  toutes  les  impuretés  les  plus 
déliées  qui  auraient  échappé  même  aux  plus 
petits  des  crustacés.  C*est  ainsi  que  cer- 
taines tribus  d*insectes,  à  leurs  degrés  divers 
d'accroissement,  ont  pour  mission  de  trou* 
Yer  leur  nourriture  dans  les  impuretés  qui 
résultent  sur  la  surface  terrestre  de  la  décom- 
position des  matières  animales  et  végéta- 
les (802).  Ce  système  paratt  avoir  été  suivi 
sans  interruption  depuis  que  la  vie  a  com- 
mencé dans  les  mers  les  plus  anciennes,  et 
pendant  toute  cette  longue  série  d*âges  dont 
la  durée  nous  est  attestée  parles  successions 
diverses  d'animaux  et  de  végétaux  dont  les 
dépouilles  sont  ensevelies  dans  les  couches 
de  récorce  du  globe.Dans  toutes  ces  couches, 
en  effet,  les  habitations  calcaires  des  poly- 
pes, de  ces  créatures  en  apparence  si  petites 
et  de  si  peu  d'importance,  se  sont  accumu- 
lées en  de  vastes  et  puissantes  masses  qui 
tmt  grossi  l'ensemble  des  matériaux  solides 
du  globe  ;  et  elles  nous  offrent  un  exemple 
frappant  de  l'influence  qu*ont  eue  les  ani- 
maux sur  la  condition  minérale  de  notre 
{:!!«nète  (863). 

Si,  dans  l'investigation  des  phénomènes 
ijaturels,   H  pouvait  se  rencontrer  un  fait 

S[ui  fût  plus  digne  d'admiration  qu'un  autre 
ait,  ce  serait  peut-^tre  cette  étendue  infinie, 
cette  importance  immense  de  choses  en  ap- 
parence si  petites  et  si  dépourvues  de  toute 
valeur.  Si  j  entreprends  de  décrire  l'insecte, 
plus  petit  qu'une  mite  mie  je  vois  courir  à 
la  surface  de  cette  feuille  de  papier  où  j'é- 
cris ,  il  m'est  tout  aussi  impossible  de  me 
faire  une  idée  juste  de  la  délicatesse  de  ses 
fibres  musculaires,  ou  des  petits  vaisseaux 
^ui  servent  à  sa  nutrition,  qu'il  m'est 
impossible  d'embrasser  dans  ma  pen- 
sée Vimmensité  de  l'univers.  L'organisa- 
tion du  plus  petit  des  infusoires  résiste 
t>ius  aux  efforts  de  notre  intelligence  pour 
4>  comprendre,  que  ne  le  fait  celle  de  la  ba* 
leine;etun  résultat  auquel  nous  sommes 
conduits,  comme  terme  de  nos  travaux, 
c'est  la  conviction  que  les  opérations  les 
plus  grandes  et  les  plus  importantes  de  la 
nature  sont  produites  par  l'action  d'atomes 
trop  petits  pour  que  Tœii  de  l'homme  puisse 
les  saisir,  ou  pour  que  son  intelligence  elle- 
même  puisse  y  atteindre. 

Nous  ne  pouvons  mieux  terminer  ce  coup 
il*CBiljetéàiahAte  sur  l'histoire  des  poly- 


(863)  M.  de  la  Bêche  fait  obserrer  que  les  polypes 
de  Ja  caryopbyUie  de  Smilh  dévorent  des  dâbris  de 
poissons  et  de  petits  cnisiacés  ;  et  îl  en  a  nourri 
ainsi  quelques  individus  à  Torquay.  Les  polypes 
saisistssaient  ces  aliments  avec  leurs  tentacules,  et 
I  j  digestion  s'opérait  dans  le  sac  central  qui  consti- 
t«ie  leur  estomac. 

(8a5)  Plusieurs  des  genres  actuels  de  polypiers  se 
rencoatrenC  dans  la  série  de  transition,  et' M.  de  la 
Becbe  a  remarqué  avec  justesse  {êiattuei  de  tféoio- 
gie^  p.  438  de  la  traduetioa  française}  que  partout 
où  se  trouve  un  amas  de  polypiers  assez  considé- 
rable pour  jnstilier  le  nom  de  banc  ou  de  récif  de 
rarait,  les  deux  genres  astrée  et  caryophyllie  eu 
f9nt  partie,  et  que  res  genres  sont  encore  au  itoui* 
bre  des  architectes  les  plus  artif^i  do>  hniirs  dr  cor:nl 
dans  b^  mers  actuelles 


r 


piers  fossiles ,  qui  se  montrent  depuis  les 
roches  de  transition  les  plus  anciennes, 
jusque  dans  nos  mers  actuelles,  que  parles 
paroles  suivantes  dans  lesquelles  \?.  Ellis  a 
exprimé  les  sentiments  que  ûrent  naître  dans 
son  esprit  ses  belles  Recherchti  $ur  V histoire 
des  polypes  vivante. 

«  Et  maintenant ,  tout  cela  une  fois  posé 
comme  vrai,  à  quelle  conclusion  tous  ces  tra^ 
vaux  doivent-ils  nous  ix>nduire?Toutce  que 
je  puis  répondre,  c'est  que,  dansées  recher- 
ches auxquelles  je  viens  de  me  livrer,  de» 
scènes  toutes  nouvelles  se  sont  déroulées 
sous  mes  }'eux,  qui  ont  ravi  mon  esprit 
d'admiration  et  d'étonnement  à  la  contem^ 
plation  de  cette  diversité,  de  cette  étendue 
avec  laquelle  la  vie  est  distribuée  dans  l'u- 
nivers. Or  si  tels  ont  été  les  sentiments 
'ont  excités  en  moi  les  faits  que  je  vienK 
e  rapporter,  et  ces  merveilles  de  la  natura 
animée  sur  des  points  dont  on  n'avait  pas 
même  jusqu'ici  soupçonné  Texistence ,  sans 
doute  ils  exciteront   dans  d'autres  esprits 

Sue  le  mien  des  idées  agréables ,  sans  doute 
es  esprits  plus  savants  et  d'une  pénétra- 
tion plus  irrésistible  y  trouveront  plus  tard 
encore  de  nouveaux  faits  à  reconnaître  et  de 
nouvelles  preuves  à  découvrir,  s'il  en  était 
besoin,  d'une  volonté  unique,  infinie,  d'une* 
toute-puissance  qui  a  crée ,  et  qui  mainte-, 
nant  conserve  le  grand  tout  dans  sa  beauté' 
et  dans  sa  perfection.  De  là  nous  concluroo/^ 
que  si  des  créatures  d'un  degré  aussi  infé- 
rieur dans  la  grande  échelle  de  la  nature,  ont 
été  ainsi  douées  de  facultés  qui  leur  permet* 
tent  de  remplir  leur  sphère  d'action  d'une 
manière  aussi  complète,  nous  pareillement, 
qui  avons  été  placés  à  tant  de  degrés  plus 
haut,  nous  nous  devons,  et  à  lui  qui  nous 
a  faits,  nous  et  tout  ce  qui  existe,  de  tendre 
sans  cesse  et  de  tous  nos  efforts  vers  ce 
degré  de  rectitude  et  de  perfection,  auquel 
nos  facultés  nous  donnent  le  pouvoir  d'at- 
teindre. »  (Ellis,  On  corallines  p.  103.) 

POLYPIERS.  —  Classe  d'animaux  rayon- 
nés,  sédentaires,  fixés  au  sol,  bans  organes 
spéciaux  pour  la  locomotion.  Ils  ont  été 
longtemps  confondus  avec  les  mollusques 
bryozoaires.  Ils  s'en  distinguent  néanmoins 
parce  que  leur  cavité  digestive  ne  présente 
qu'une  seule  ouverture,  leur  corps  est,  en 
effet,  terminé  par  une  couronne  de  tenta^ 
cules,  au  milieu  de  laquelle  se  trouve  cette 

Une  grande  partie  du  calcaire  que  Ton  désigne 
sous  Se  nom  de  calcaire  à  Polypiers  {eoral  rag)^  et 
qui  forme  les  plaines  élevées  de  BuUington  et  do 
Cunmer ,  ainsi  que  les  collines  deWytbam,  sur  trois 
deà  côtes  de  l.i  vallée  d^Oxford,  est  remplie  par  des 
lits  continus,  et  les  amas  de  polypiers  pétrifiés  de 
diverses  espèces,  conservant  encore  la  position  dans 
laquelle  leur  accroissement  a  eu  lieu  au  fond  de 
quelque  nier  ancienne,  de  la  même  manière  que  sa 
forment  maintenant  les  tancs  de  coraux  dans  les 
régions  intertropicales  des  océans  modernes. 

Les  mêmes  couches  de  pol>'piers  fossiles  rem» 

R lissent  les  monugnes  calcaires  du  nord-ouest  de 
rrksbire,  et  du  nord  de  WUts,et  on  les  voit  encorQ 
amant  ou  plus  puissantes  dans  le  Toiishire,  et 
•^ur  les  sommels  elrvcs  de  TOurst  on  du  <nid-oaetf 
de  S^-ai'botoiigh. 


ii03 


PÛL 


DICT10NNAIR£  DE  COSMOGONIE 


POL 


hô; 


ouverture  unique.  Chaz  los  polypiers  pier- 
reux, les  seuls  qui  doivent  nous  occuper  9 
kl  partie  inférieure  ou  basilaire  du  corps  est 
celle  qui  constitue  le  polypier;  tissu  piet' 
vexxji  OM  sclérenchyme  9  partie  intégrante  de 
l*animal,  formée  par  un  mouvement  nutri- 
tif* dans  son  épaisseur,  soit  dans  la  profon- 
deur du  derme,  soit  à  la  surface  de  la  tuni- 
que dans  le  tissu  épidermique, 

Le  tissu  pierreux  des  polypiers  ou  sdéren- 
c/iyme forme,  suivant  1  agrégation  ou  Tiso- 
lementdes  individus,  des  polypiers  simples 
on  ttgr(^és.  Ces  deux  dispositions  primor- 
diales ,  qui  frappent  tout  d  abord ,  ont  pour 
nous  une  très-grande  importance,  c^r  elles 
tiennent  essentiellement  au  mode  de  repro- 
duction des  polypiers.  Les  polypiers  ont 
trois  modes  différents  de  reproduction  :  ils 
sont  ovipares ,  gemmipares ,  ou  fissipares  ;  ce 

3ui  amène  des  modifications  considérables 
ans  Tisolemeat  ou  le  mode  de  groupement 
des  individus. 

Les  animaux  spéciafement  ovipares  pro- 
duisent les  po/j/pter^  simples  9  tels  que  les 
turbinolia^  les  cyathina^  etc.,  etc.,  où  le  po- 
lypier est  isolé,  fixe  ou  libre,  formé  dun 
seul  individu. 

Les  animaux  ^emmipare^  donnent  toujours 
des  polypiers  composés^  formés  d'un  nombre 
plus  ou  moins  considérable  d'animaux 
agrégés,  ayant  même  une  vie  commune, 
mais  au*on  peut  cependant  toujours  distin- 
guer les  uns  des  autres  dans  l'ensemble. 
Cette  distinction,  ainsi  que  la  suivante, 
étabfie  par  les  savantes  recherches  de  M. 
Dana  »  est  facile  à  reconnaître ,  caractérisée 
qu'elle  est  par  une  division  par  bourgeon- 
nement, c'est-à-dire  f[uil  naît,  sur  le  côté 
des  individus  déjà  existants,  des  bourgeons 
d^abord  plus  petits;  qui  prennent  bientôt  le 
même  diamètre,  la  même  régularité  que  les 
autres,  et  donnent  naissance  à  leur  tour,  à 
des  bourgeons  identiques  toujours  latéraux. 
Le  nombre  des  individus  agrégés  de  cette 
manière  augmente  ainsi  selon  les  limites 
fixes  ou  variables,  et  constitue  un  ensemble 
différent  suivant  le  mode  de  groupement. 

Les  animaux  fissipares  produisent  aussi 
des  polypiers  composés  ^  formés  d'individus 
agrégés  ;  néanmoins  ceux-ci  se  multiplient 
d  une  manière  toute  diflérente.  Ce  ne  sont 
plus  des  bourgeons  latéraux  qui  naissent 
aux  côtés  externes  des  individus  préexis- 
tantSt  mais  bien  le  centre  même  de  l'indi- 
vidu, qui  s'allonge  et  se  divise  ensuite.  Ces 
deux  centres  dépendent  d'abord  du  même 
individu,  puisils  se  séparentde  plus  en  plus 
et  Unissent' par  former,  chacun  en  particu- 
lier, un  individu  identique  au  premier.  On 
voit  que  ce  mode  de  reproduction,  tout  en 
iiiférant  complètement  de  la  gemmation, 
Jonne  des  résultats  presque  identiques. 
D'autres  fois ,  les  individus  s'allongent  par 
l3  centre,  de  manière  à  former,  non  pas  dos 
individus  netteraenl  sé[)ar6i  ayant  chacun 
80n  centre  particulier,  wials  des  individus 
complexes  qui  s'allongent,  5e  bifurquent, 
indéliniment.  sans  montrer  dans  la  masse 


de  coupure  ni  de  centres  distincts  uctlcmenl 
séparés. 

Maintenant  nous  allons  dcfînir,  pour  cha- 
que individu ,  soit  isolé,  soit  a:^ré^é,  la 
terminologie  de  toutes  les  parties.  Chaque 
individu  représente,  plus  ou  moins,  à  <a 
partie  supérieure,  une  sorte  d'étoile  formée 
de  ravons.  On  donne  à  cette  étoile,  uniaue 
chez  !es  polypiers  simples  et  multiple  cncz 
les  polypiers  composés,  le  noni  de  calict.  Ce 
calico  est  tantôt  circulaire  et  tantôt  comprima, 
chez  les  polypiers  simples  comme  chez  le^ 
l>olypiers  composés, 

La  gaine  testacée  extérieure  de  chaque 
calice,  soit  simple,  soit  composé,  s'appelle 
viuraille:  elle  affecte  la  forme  d'uncorneu 
ou  d^in  lubedofit  les  parois,  plus  ou  muins 
lamelleus^s,  s'élèvent  sur  le  bord  supérieur, 
à  mesure  que  le  polypier  grandit.  Lorsque 
cette  muraille  s  encroûte  extérieurement 
d'un  dépôt  calcaire  continu ,  offrant  des  li- 
gnes d'accroissement  concentriques',  on  dé- 
^igne  cet  encroûtement  sous  le  nom  d'^^pi- 
thêque.  Lorsque,  au  contraire,  la  muraille 
lyon  encroûtée  forme  des  parties  longiludi- 
naies  saillantes ,  on  les  appelle  des  côtes, 

Lo  calice,  circonscrit  extérieurement  par 
les  murailles  qui  s'élèvent  du  pourtour,  se 
compose  de  lames  qui  rayonnent  des  mu- 
railles vers  le  centre.  On  nomme  ces  lames 
rayonnantes  des  cloisons  [septa).  On  doit 
remarquer  que  ce  sont  <:es  cloisons  qui  for- 
ment l'étoile  du  calice.  Les  cavités  qui  sépa- 
rent les  cloisons  s'appellent  des  cimmbra. 

Les  cloisons  ne  se  multiplient  pas  d'uoe 
manière  irrégulière  dans  le  calice.  Elles 
augmentent  en  nombre,  de  la  manière  la 
plus  régulière  en  formant  ce  qu'on  nomme 
des  cycles  {cyclum)  successifs.  Chaque  calice 
commence  par  un  nombre  régulier  généra- 
lement de  six  cloisons  primaires,  maisaus^'i 
quelque  fois  de  dix,  de  huit,  de  cinq* de 
quatre,  et  même  de  trois  cloisons primains. 
Celles-ci  forment  le  premier  cycle:  car  elles 
divisent  le  calice  en  une  série  égale  de 
chambres  semblables  entre  elles.  Les  cloi- 
sons de  second  ordre,  qui  naissent  réguliè- 
rement dans  chacune  de  ces  premières 
chambres,  et  les  divisent  chacune  en  deut , 
forment  le  second  cycle  toujours  complet. 
Les  cloisons  de  troisième  ordre  qui  naissent 
dans  les  secondes  chambres  forment  encore 
un  troisième  cycle  complet.  C'est  seulement 
aux  cloisons  de  quatrième  ordre  quela  diri- 
sion  régulière  commence  à  être  modifiée; 
car  les  cloisons  n'occupent  plus  que  lonles 
les  chambres.  Le  nombre  des  chambres  pri- 
maires constitue,  avec  les  cloisons  qui 5 
naissent  plus  tard,  ce  c|u'on  nomme  des 
systèmes.  Le  plus  ordinairement  il  y  <  $>^ 
systèmes,  mais  le  nombre  en  varie,  coinDj« 
nous  l'aidons  tu,  de  dix  à  trois.  Ainsi  l« 
genre  rffcacÉPnia  a  dix  systèmes;  les  genres 
octocœnia^X  pseudoccsnia  en  ont  huit;  I^-^ 
genres  pentoccenia  et  acanthocœnia  en  ont 
cinq  ;  le  genre  ^e^roc^rofa  en  a  quatre;  1« 
genre  heterocœnia  en  a  trois  seulement. 

Le  centre  du  calice  sur  lequel  viennent 
quelquefois  s'attacher  les  cloisons,  s'app^*"* 


1205 


roL 


ET  DE  PAl.EOMOLOGi£. 


IH)L 


columelie  (columellu);  lorsque  celte  uartie 
«st  saillante,  oa  la  dit  êtyliforme.  Elle  est 
ronde  ou  fortement  comprimée. 

Les  courtes  cloisons  formant  couronne» 
qui  naibseot  souvent  entre  les  columelles  et 
les  cloisons,  et  font  saillie  du  fond  du  calice, 
se  nomment  pa//«  (palulus).  Les  palis  sont  tou- 
jours situés  dans  le  prolongement  des  cloi- 
sons, d*un  ou  de  plusieurs  cycles  déterminés, 
et  font  ToCBce  de  cloisons  complémentaires. 

Dans  quelques  ras,  les  chambres,  è  mesure 
que  le  polypier  s*éJève,  tendent  à  se  fermer 
par  le  bas.  Cette  occlusion  des  chambres 
peut  s*effectucr  de  deux  manières  :  elle 
résulte  de  la  formation  d'une  série  de  lames 
horizontales,  qui  s'étendent  à  la  fois  dans 
toute  la  largeur  du  polypier,  et,  se  super- 
posant comme  autant  uétagcs,  forment  ce 
<^u'on  nomme  des  planchers.  Lorsqu  elle  ne 
s  opère  pas  complètement,  et  qu'elle  se 
borne  à  clore  Tinter valle  des  cloisons,  oa 
désigne  ces  lames  sous  le  nom  de  Iraversts. 

On  peut  appeler  endotheque  tons  les  tissus 
intérieurs  d'un  polypier. 

I^s  polypiers ,  bien  plus  nombreux  que 
les  échinodermes,  dans  les  couches  terrestres, 
mais  moins  multipliés  que  les  mollusques, 
présentent  quelquefois  aes  masses  énormes 
aux  étages  géologiques  qui  les  renferment. 
On  les  Toit  encore,  dans  les  couches  ter- 
restres ,  formant  des  récifs  analogues  à  ceux 
aui  entourent  quelques  lies  des  Antilles  et 
e  rOcéanie.  Ces  récifs  anciens,  disséminés 
dans  les  étages  oxfordien  et  corallien ,  sont 
très-remarquables,  surtout  à  Saint -Mibiel 
(Meuse),  à  la  pointe  du  Cbé,  et  d'Angoulin 
(  Charente-Inférieure  ) ,  etc. 

Sur  d'autres  points,  les  polypiers,  en 
moiiis  grand  nombre,  sont  disséminés  dans 
les  couches,  par  plus  petits  groupes  ou  par 
ifldi?idus  isolés.  Comme  leur  nature  testacée 
empêchait  leur  destruction,  on  les  rencontre 
souvent  dans  un  bel  état  de  conservation,  ou 
seulement  transformés.  D'autres  fois,  ils 
n'ont  laissé  que  leurs  empreintes  exté- 
rieures, ou,  plus  rarement,  leurs  moules 
intérieurs. 

M.  Milne  Edwards  divise  les  polypiers  en 
trois  ordres  ileszoanthairest  les  alcyonaires, 
et  les  kydraires^  dont  les  deux  premiers  seu- 
lement ont  des  représentants  à  Tétat  fossile. 

Cn  jetant  les  yeux  sur  le  tableau  de  la 
répartition  des  genres  et  des  espèces  de  zoo- 
pbytes  dans  les  couches  tertiaires  depuis  la 
première  animalisation  jusqu'à  l'époque  ac- 
tuelle, on  remarque  tout  d'abord  que ,  de 
toutes  les  séries  animales ,  c'est  peut-être 
Tune  des  plus  irrégulièrement  réparties. 
Depuis  leur  apparition  dans  l'étage  siluiien, 
le  premier  du  monde  animé,  les  zoophytes 
occupent,  en  effet,  tous  les  étaj[^es,  sans 
néanmoins  montrer  de  progression  crois- 
sante régulière.  Les  genres  qui  ap|)araissent 
à  chaque  étage,  et  se  continuent  ensuite 

J'nsqu'a  l'éqoque  actuelle,  sont,  par  rapport 
\  ceux  qui  s  y  éteignent  (et  sont  perdus 
pour  l'époque  actuelle  )  dans  les  rap|K)rts 
de  38  à  176.  Il  en  résulte  •  dans  1  ordre 
chronologique,  un  rcmplaccmeut  ^ucce^sif 


des  genres ,  dont  les  uns  éphémères ,  et  les 
autres  persistants,  durent  plus  ou  moins, 
mais  font  généralement  place  lés  uns  aux 
autres,  depuis  la  première  animalisation. 
jusqu'à  nos  jours.  On  remarque  encore  que, 
de  tous  les  genres  qui  naissent  durant  la 
période  paléozoïque,  aucun  ne  passe  aux 
grandes  périodes  suivantes  :  car  les  premiers 
genres  qui  arrivent  jusqu'à  nous  naissent 
avec  l'étage  conchyfien,  ou  la  seconde 
grande  éooque  du  monde.  Il  est  remarquable 
même  ae  voir  que  ceux  de  ces  genres 
qui  arrivent  jusqu à  nous,  comparés  à  ceux 

3ui  s'éteignent,  ne  sont  pas  plus  nombreux 
ans  Icf  terrains  tertiaires  les  plus  rappro- 
chés de  nous  que  dans  les  terrains  juras* 
siques.  De  ces  faits  généraux  on  neut  dé- 
duire la  conséquence  directe  d'application , 
que  les  zoophytes  sont  peut-être,  de  tous 
les  animaux ,  *les  plus  importants .  à  bien 
connaître  dans  leur  répartition  zoologique, 
afin  d'appliquer  les  faits  connus  à  la  recon- 
naissance des  terrains  et  des  étages  géolo- 
giques, eXc. 

Comparaison  de%  ordres  entre  eux.  —  Nous 
n'avons  ici  aucune  comparaison  importante,* 
puisque  les  deux  ordres,  les  zoantaires^  les 
alcyonaires^  naissent  à  la  fois  dans  Tétage 
silurien,  et  suivent  parallèlement  tous  les 
âges,  pour  atteindre  leur  maximum  de  déve- 
loppement générique  dans  les  mers  actuelles. 
Pour  arriver  à  trouver  des*  différences  no- 
tables dans  l'apparition  successive  des  séries 
de  zoophytes,  si  nous  descendons  aux  fa- 
milles, nous  les  trouverons  ainsi  distribuées' 
suivant  les  grandes  périodes  géologiques, 

Lts  terrains  paléozoïques  montrent  les 
familles  des  fatositidœ^  oes  milleporidœ^  des 
serialoporidœ 9  des  thecidœ^  des  cyalhcphyl^ 
lidŒf  des  lithostrolionidœ  9  et  des  tubiporiaœ^ 

f^armi  lesquelles  les  cyathophyilidœ  et  les 
ilhostroiionidœ ^  sont  spéciaux  à  cette  épo*, 
que ,  ainsi  que  les  tkecidœ. 

Dans  les  terrains  triasiques  naissent  les, 
familles  des  eusmilidœj  les  cariophyllidœ  ^ 
et  les  astreidœ. 

Dans  les  terrains  jurassiques  se  montrent,, 
pour  la  première  fois,  les  familles  des  cya-^ 
tinidœ,  des  pachygyridœ^  des  stylinidœ^  des 
meandrinidœy  des  poritidœ^  des  oci4/tnî(f<r,,des 
fungidŒf  et  des  agaricidœ.  / 

Dans  les  terrains  crétacés  apparaissent 
les  fismailles  des  cladocondœ^  des  eupsasim- 
midœt  des  stylophoridw  ^  et  des  cyciolilidœ. 

Dans  les  terrains  tertiaires,  qui  nous  ont 
précédés  sur  la  terre,  les  familles  suivantes 
restent  seules  à  se  montrer  :  les  turbinolidœ^ 
les  rhizangidœ,  les  madreporidœ  ^  le$penna^ 
tulidœ  et  les  gorgonidœ 

On  voit,  par  cette  apparition  successive 
que  des  familles  entières,  dans  cette  série 
animale,  peuvent  donner  des  caractères  né- 
gatifs ou  positifs,  et  peuvent  encore  avoir 
une  application  en  zooio$^ie.  Quant  aux  con- 
sidérations de  la  perfection  relativ?  de  ces. 
familles,  comparées  à  leur  époque  d'appa* 
ri  (ion  dans  les  couches  terrestres,  nous  ne 
croyons  |;as  qu'on  puisse  en  établir.  On  voit  ^ 
9n  cffel ,  des  iK>lypicr5  libres  dans  les  prv 


afû 


POL 


dichonnaiiul  de  cosmogomet 


POK 


i*r^' 


mfers  terrains  comme  dans  les  derniers  r  ef 
les  différents  modes  de  reproductions  par 
Ixmrgeonnement  et  par  fissiparité  se  retrou- 
rent  également  h  tous  les  Ages. 
*  Déductions  zooloaiques  générales,  —  Les 
zoophjrtes,  compares  dans  leur  ensemble 
numérique,  par  rapport  à  leur  instant  d'ap- 
]>aritiony  naissent  avec  le  premier  étage  du 
inonde  animé,  où  ils  offrent  7  genres.  Ils 
montrent,  dai^  les  terrains  paléozoïques, 
38  genres^  dans  les  terrains  triasiques,  12 ; 
dans  .es  terrains  jurassiques,  67  7  dans  les 
terrains  crétacés,  82;  et  dans  les  terrains 
tertiaires,  76.  Si  Ton  n'avait  égard  qu'aux 
genres  fossiles,  le  maximum  de  déveIo()pe- 
ment  serait  évidemment  pendant  la  période 
crétacéei  mais  ce  maximum,  comparé  aux 
genresactuellemeut  existants  dans  nos  mers, 
reste  au-dessous  de  la  faune  zoophytique 
actuelle; et  Ton  est  forcé  de  reconnaître  que 
le  meximum  de  développement  générique 
de  cette  série  animale,  se  trouvant  à  notre 
époquer  il  s'ensuit  que,  d'après  les  nom^ 
bres,  elle  a  marché,  néanmoins,  dans  une* 
progression  croissante. 

uédttctions  climatologiques  comparées.  — 
Ce  cgixe  nous  pouvons  dire  relativement  aux 
zoophjtes,  c  est  qu'ils  suivent  la  marche 
céoéraie  que  nous  avons  déjà  signalée. 
Lorsque  nous  voyons,  par  exemple,  que  les 
genres  flabellum^  caryophyllia^  oulophyllia^ 
infondy*tna,  astrea^  aendrophyllia  ^  madre^ 
pora  et  explanaria^  se  rencontrent  fossiles 
eu  France,  en  Angleterre,  en  Italie  et  en 
Allemagne,  aux  étapes  falunien  et  suhapen- 
Qinqui  nous  ont  précédés  sur  la  terre,  tan^ 
dis  qu'on  ne  les  trouve  plus  aujourd'hui 
qu'iaux  Antilles,  dans  le  Grand  Océan  et  dans 
la^  mer  Bouge,  aux  régions  équatoriales  les 
plus  chaudes,,  on  est  forcé  de  convenir  qu'à 
ces  époaues  passées,  les  mers  géologiques 
d'Europe  devaient  avoir  une  température 
^gale  aux  régions  tropicales  actuelles.  Ce 
qu8  nous  venons  de  dire  des  déductions 
cHmaloIogiques  est  également  applicable 
aux  déductions  géographiques  :  c'est  que  la' 
distribution  géographique  des  zoophytes 
datt^  les  étages  géologiques  n'est  nullement 
en  rapport  avec  la  distribution  géographi- 

3ue  actuelle,  qui  dépend,  le  plus  souvent, 
e  zones  isothermes. 

'  Haéduclions  zoologdque^  tirées  des  genres.. 
-^  Les  caractères  stratigraphiques  négatifs^ 
font  on  ne  peut  plus  marqués  pour  les 
zoophytes.  On  voit,  en  effet,  que  sur  21V 
Genres  fossiles,  aucun  n'occupant  tous  les 
étages  r  tous  peuvent  donner  des  limites 
négatives  pour  les  étages  et  pour  les  terrains 
où  ils  ne  se  trouvent  pas. 

Les  caractères  positifs^  par  la  même  rai- 
son, nous  offrent,  suivant  l'extension  que 
les  genres  occupent  dans  les  étages,  des  ca^ 
ractères  d'autant  plus  marqués  que,  sur  les 
m  genres  fossiles,  176  s'éteignent  dans  les 
étages  géologiques,  sans  arriver  jusqu'à 
pous,  et  que  99  genres,  ou  près  de  la  moitié, 
«ont  encore  spéciaux,  dans  l'état  actuel  de 
ùos  connaissances,  à  un  étage  seulement. 
La  persiUance  des  caractères  positifs  existe 


chez  les  zeopiiytes.  Pour  s'en  assurer,  fl 
suffira  de  voir  la  répartition  des  espèces  deb' 
genres  prionastrea^  synetstrea^  fangineth^ 
phyllocœniar  astrea  et  paracyaihus.  Les  con- 
clusions relatives  aux  espèces  sont  encore 
les  mêmes,  car  les  1135  espèces  ftwsiles 
énumérées  sont,  jusqu'à  présent,  toutes 
spéciales  à  l'étage  où  elles  ont  vécu,  et  peu- 
vent être  considérées  comme  caraclénsti- 
ques  de  l'étage  où  elles  ont,  jusqu'ici,  été 
rencontrées. 

En  terminant  ces  considérations  générales, 
nous  ne  devons  pas  oublier  de  signaler  d'au- 
tres circonstances  d'application  géologique. 
Aujourd'hui  les  zoophytes  abondent  dans 
îes  régions  chaudes,  partout  où  se  font  sen- 
tir des  courants  assez  forts  pour  mie  les 
eaux  soient  constamment  renouyeiées  et 
claires.  Lorsque  dans  les  étages  géologiques 
on  y  compare  les  couches  où  les  zoophytes 
sont  abondants,  comme,  par  exemple,  les 
dépôts  bathonien  de  la  Normandie;  coral- 
lien de  La  Rochelle,  de  Saint-Mlhiel ,  de 
l'Yonne, de  Nantua;  cénomauien,  du  Mans; 
turonien,  d'Dchanx,  deCorbières,  de  Marti- 
gues,  et  même  les  dépêts  parisiens  d'Au- 
vers,  on  acquiert  bientôt  la  preuve,  par  tous 
les  signes  évidents  de  charriage  des  sédi* 
ments  par  les  courants,  que  tous  ces  points 
Où  abondent  les  zoophytes  sont  dans  des 
conditions  identiques  aux  conditions  d'exis- 
tence actuelles'. 

POMATOMUS  TELESCOPIUM.  Vop.  A:^i- 

VAUX  MARINS. 

PORPHYRES.  Voy.  riifTROOucrioif. 

PORTLANDIEN  (ET AGE).~C'est  le  dixiè- 
me des  terrains  iurassiques ,  et  le  seizième 
de  l'échelle  totale  des  formations  géologi- 
ques. On  fait  dériver  son  nom  de  la  pres- 
au'île  de  Portland ,  en  Angleterre  (Dorsel- 
snire),  où  le  premier  type  a  été  décrit.  C'cjt 
le  dernier  membre  des  terrains  jurassiques 
de  cette  erande  période  si  régulièrement  for- 
mée sur  le  sol  de  la  France.  Celui-ci,  partout 
où  il  se  montre,  s'est  encore  déposé  sur  l'é- 
tage kimméridgien,  et  nous  croyons  que,  s'il 
n'a  pas  été  retrouvé  partout  r  c'est  qu^l  est 
recouvert  ou  qu'il  a  subi  des  dénudations 
partielles,  avant  que  les  premiers  dépOts  cré- 
tacés ne  se  forment.  Quoi  qu'il  en  soit,  it 
existe  au  pourtour  intérieur  des  deux  bas^ 
sins,  anglo-parisieB  et  pyrénéen. 

Entre  Bignay  et  Saint-Savinien  (Charente- 
Inférieure),  ainsi  qu'aux  environs  de  Boulo- 
gne, on  peut  évaluer  de  50  à  60  mètres  la 
puissance  totale  des  couches  portlandiennes* 

Caractères  paUontologiques.  —  Nous  au- 
rons à  répéter  ici  ce  une  nous  ayons  dit  è  l'é- 
tage kimméridgien,  c  est  que  le  peu  de  rentes 
organisés  de  cet  étage  en  fait  la  demièie 
période  de  décadence  à  l'époque  jurassique. 

Indépendamment  du  genre  êtenoseturus  ^ 
que  nous  avons  vu  naître  et  disparaître  dans 
rétage  kimméridgien,  sans  arriver  à  Té- 
tage  portlandien ,  nous  avons  encore  10 
genres  qui  finissent  leur  période  d'existence 
avec  l'étage  kimméridgien  sans  arriver  à  ce- 
lui-ci, et  peuvent,  dès  lor^,  offrir  des  earac- 
tères  négatifs.  Ces  genres,  que  nous  voyons 


PW 


ET  OS  PALEONTOLOGIC. 


pTfr 


HH* 


ï 


»*ét0iiidre  dans  rétag«  kimmérkl^îen^  nous 
donsenU  de  plus,  des  caractères  négatifs  de 
la  dernière  période  de  d^dencede  la  grande 
faune  des  terrains  jurassiques:  car  le  nom- 
bre de  ees  genres  est  bien  supérieur  à  ceux 
qui  y  naissent. 

Les  limiles  su{)érieures  données  par  les 
caractères  nézatifs  sont  d*au(ant  plus  nom- 
breuses qu'elles  sont ,  en  même  temps,  les 
earaetères  dislinctifs  des  derniers  dépôts  ju- 
rassiques et  des  premiers  dépôts  crétacés  ; 
aussi  Tojons-nous  1k  genres  qui,  encore  in- 
connus à  rétage  portlandien,  ne  paraissent 
u*aTec  l'étage  uéocomien,  et  peuTent  serTir 
:e  caractères  négatifs  pour  celui  qui  nous 
occupe. 

Les  limites  inférieures  données  par  les 
genres  se  réduisent  jusqu'ici  à  trois  formes 
animales  qui,  inconnues  dans  rétase  précé- 
dent,  naissent  avec  Tétase  portlandien.  Ces 
trois  genres  bont  :  parmi  Tes  reptiles,  le  genre 
celiotaurus;  parmi  les  poissons,  le  genre  mf- 
riiiodon:  parmi  les  mollusques  lamellibran- 
ches, le  genre  cycla$. 

Les  seuls  genres  meriêtodon  et  atieonina 
qui,  parmi  Tes  poissons  et  les  mollusques, 
meurent  dans  Tétage  |iortlandien,  peuvent 
senrirde  caractères  positifs  entre  cet  étage  et 
répoque  suÎTante. 

Après  discussion  critique,  il  nous  reste, 
parmi  les  animaux  mollusques  et  rayonnes 
seulement,  63  espèces  en  dehors  des  animaux 
vertébrés  et  annelés.  En  Atant  de  ce  nombre 
M.  les  3  espèces  que  nous  avons  vues  seren* 
montrer  également  dans  l'otage  kimmérid- 
Çen,  il  nous  en  restera  60  comme  caracté- 
ristiques de  l'étage  portlandien;  car  aucune 
ne  paisse  dans  Tétage  néocomien  qui  le  re- 
couvre sur  tous  les  points  où  il  ny  a  pas  de 
lacunes. 

Chronologie  hiitorique.  —  A  la  fin  de  Té- 
tnge  kimm^dgien,  ont  été  anéanties,  avec 
1 1  genres  propres  à  cette  période,  indépen- 
damment des  espèces  d'animaux  vertébrés 
et  annelés,  183  espèces  d'animaux  mollus- 
ques et  rayonnes.  Sont  nés  avec  Tétage  port- 
kindien,  3  genres  inconnus  jusqu'alors,  et 
€0  espèces  aanimaux  mollusques  et  rayon- 
nes composant  les  débris  qui  nous  sont  con- 
nus de  cette  dernière  période  des  terrains 
jurassiques. 

Les  mers,  avec  lieaiicoup  de  genres  d'ani- 
maux de  moins  aue  dans  les  étages  précé- 
dents, n'offrent,  de  plus,  que  le  meristodon^^ 
i>armi  les  poissons,  et  le  çenre  cyelas  parmi 
es  mollusques  (espèce  positivement  marine], 
qui  différassent  desgenrespréexistanisdeftuis 
plus  ou  moins  longtemps  :  ainsi,  la  faune 
luarine  devait  peu  différer. 

Les  continents  ne  nourrissaient  plus,  sur 
Jcurs  bords,  de  ces  singuliers  sauriens,  tels 
que  les  pUêiosaurus^  les  ieleosaurui^  les 
/./lOMittnif.etun  seul  genre  les  remplaç^iit,  le 
cdiosaurui^  forme  nouvelle  de  celle  époque. 

(364)  €*est  sarUNit  âi  Akhstadt  et  à  Sol^hofen 
^ns  le  calcaire  lithographique  'le  la  fenaatictn  jo 
r^issinoc  que  l'on  a  reuiimtré  jusqu'à  ce  jour  les 
p4"|-«rJa<MîlPî>  ;  relie  roche  abonde  en  débris  m?.- 


La  fiu  de  cette  opocue  est  laidement  ira* 
cée  sur  notre  sol  et  sur  des  points  Soignés  ; 
elle  aurait  pour  moteur  un  mouvement  cer- 
tain du  sol  qui  a  déterminé  des  discordances 
réelles,  de  nombreuses  discordances  d'iso* 
lement,  dénotant  des  affaissements  et  des  re- 
lèvements sur  beaucoup  de  points,  et  en 
étant  les  signes  certains.  Les  résultats  visi- 
bles de  ce  mouvement  sont  :  lesdénudalions» 
la  corrodation  et  l'usure  des  couches  port-» 
landiennes  supérieures,  ce  qui  indique  un 
mouvement  des  eaux  très-prolongé  entre  la 
fin  de  cette  époque  et  la  suivante,  ainsi  que 
les  dépôts  ferrugineux  de  la  base  de  Télage 
néocomien  à  Beltancourt-la-Ferrée  (Haute- 
Marne).  Nous  avons  enûn  ranéantissement 
complet  de  la  faune.  Tout  coïnciderait  donc 
encore,  les  causes  et  les  effets,  pour  prouver 
aue  rétage  portlandien  ou  les  deux  derniers 
étages  ont  été  séparés  de  l'époque  néooo- 
mienne  par  une  perturbation  géolc^quo 
d'une  grande  valeur,  d'une  grande  exten- 
sion et  d'une  longue  durée.  M.  Eliede  Beau- 
mont  regarde  son  Sv$iime  du  moni  Pila^  do 
la  Côte-aOr  et  de  ÏErxgebirge^  dont  la  dis- 
location suit  la  direction  de  rO.  40"  S.  à  !'£. 
40"  N.,  ou  N.-E.  et  S.-O.,  comme  séparant  la 
fin  des  terrains  jurassiques  des  terrains  cré- 
tacés. Ce  serait,  comme  on  le  voit,  une  dis- 
cordance de  plus  à  invoquer  pour  les  limi^ 
les  stratigraphiques. 

PORTLAND-STONE.  Voy.  KinnéanMiBsr, 

POTASSIUM ,  ion  rôle  dans  la  consiiiution 
du  globe  ierrestre.  Voy.  M ATiiass  ÊLtMBirrAH 
HBs  du  globe  terrestre. 

PRESSION  lu  FORD  DBS  EArx.  Voy.  Anf* 

MAUX  MARITfS 

PROCESSUS  DB  FOSSILISATION.  Voy.  FossH 

USATmX. 

PROGRÈS  DB  LA  6ÉOLOQ1E  DAXS  LBS  TBIfFS 
MODERNES.   Foy.  GbOLOGIB* 

PTÉRODACTYLE,  (rzipit  aile,  ««tv>oc, 
doigt  ),  genre  de  sauriens  fossiles  qui  étaient 
pourvus  d'ailes  pour  voler,  et  qui  offrent 
de  plus  singulières  combinaisons  de  formes 
que  tout  ce  que  nous  rencontrons  ailleurs 
parmi  les  ruines  de  Tancien  monde  (86%). 

La  structure  de  ces  animaux  est  si  extra* 
ordinairement  anormale ,  que  les  premiers 
ptérodactyles  qui  furent  découverts,  partage* 
rent  les  naturalistes  entre  trois  opinions  . 
les  uns  y  virent  un  oiseau  ;  d*autres  une 
espèce  de  chauve-souris  ;  d'autres  enfin  un 
reptile  volant.  Cette  divergence  remarquable 
à  propos  d'un  ètredonton  possétiait  le  sque- 
lette presque  entier,  était  due  à  l'existence 
de  caractères  paraissant  anpartenir  à  chacun» 
des  trois  classes  auxquelles  on  le  rapportait. 
La  forme  de  la  tète  et  la  longueur  du  cou  lo 
raf»prochent  des  oiseaux;  ses  ailes,  parleurs 
proportions  et  leurs  formes,  rappellent  les 
chauves-souris;  le  tronc  et  la  queue  offrent 
des  rapports  élroils  avec  ceux  des  mammi^ 
fères  ordinaires.  Ces  divers  caractères  coin- 

fins,  cl  Dréscnie  aussi  des  libellules  et  d'autres  în« 
sectes.  Ou  en  a  découvert  également  dans  le  lias  4a» 
Lyiuc  Rcfpji,  H  liant  le  schiste  calcaire  oeKtique  d» 
SienesfleUl. 


ISII 


PTE 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PTE 


1112 


ciuent  avec  la  même  petitesse  du  crâne  que 
l'on  observe  ordinairement  chez  les  reptiles, 
et  avec  l'existence  d'un  bec  armé  d'au  moins 
soixante  dents  pointues,  et  leur  réunion 
constitue  un  ensemble  apparent  d'anomalies 
que  le  génie  seul  de  Guvier  devait  réconci- 
lier. Entre  ses  mains,  cette  production  de 
l'ancien  monde,  si  monstrueuse  en  appa- 
rence, est  devenue  Tun  des  plus  magnifiques 
exemples  que  nous  fournisse  Tanatomie 
comparée,  de  l'harmonie  qui  dirige,  dans 
tout  l'ensemble  de  la  nature,  l'adaptation  des 
mêmes  parties  de  l'organisation  animale  à 
des  conditions  d'existence  infiniment  variées. 

Dans  l'ordre  des  sauriens  et  dans  la  classe 
des  reptiles,  classe  dont  les  représentants  ac- 
tuels ne  se  meuvent  pas  ailleurs  que  sur  la 
terre  ou  dans  les  eaux,  les  ptérodactyles  nous 
offrent  l'exemple  d'un  genre  maintenant 
éteint  et  qui  avait  été  organisé  dans  le  but 
spécial  d'une  locomotion  aérienne.  C'est  une 
chose  pleine  d'intérêt  que  de  voir  comment 
les  extrémités  .anlérioure6,'qui,  chez  les  cro- 
codiles et  les  lézards  modernes,  sont  des  or- 
ganes de  locomotion  terrestre ,  se  convertis- 
sent en  des  ailes  membraneuses ,  et  jusqu'à 
quel  degré  les  autres  parties  du  corps  se 
modifient,  pour  que  l'ensemble  tout  entier 
de  la  machine  s'harmonise  avec  cette  nou- 
velle fonction  du  vol.  Et  l'on  voit  jusque  dans 
les  moindres  détails  de  cette  étude,  se  re- 
produire avec  tant  de  constance  l'accord  nu- 
mérique qui  existe  entre  chacun  dos  mem- 
bres des  ptcrodactvies  et  les  mci^bres  cor- 
respondants des  lézards  actuels  sous  !e  rap- 
port des  pièces  osseuses  gui  la  constituent  ; 
elle  met  tellement  en  relief  les  dispositions 
à  l'aide  desquelles  un  même  organe  peut  être 
adapté  à  dos  fins  différentes,  que  ie.ne  croiiç 
pouvoir  mieux  faire  que  de  présenter  ici 
quelques  parties  détachées  de  l'analyse  si 
magnifique  et  si  complète  que  Cuvier  nous 
a  donnée  de  l'organisation  de  cet  animal. 

ai  Les  ptérodactyles,  »  dit  l'auteur  des  Osse- 
ments fossiles,  a  sont  incontestablement,  de 
tous  les  êtres  dont  ce  livre  nous  révèle  l'an- 
cienne existence,  les  plus  extraordinaires,  et 
ceux  qui,  si  on  les  voyait  vivants,  paraî- 
traient les  plus  étrangers  à  la  nature  ac- 
tuelle. »  (T.  V,  VI*  partie,  p.  379.) 

Nous  en  connaissons  déia  huit  espèces,  et 
leur  taille  varie  depuis  celle  d'une  bécassine 
à  celle  d'un  cormoran. 

Parleurs  formes  extérieures,  ces  animaux 
ressemblent  assez  à  nos  chauves-souris  et  à 
nos  vampires  actuels  :  plusieurs  ont  le  mu- 
seau alongé  comme  celui  ducrocodile,  et  les 
maxillaires  armés  de  dents  coniques  ;  leurs 
yeux  étaient  d'un  volume  énorme,  et  leur 
permettaient  probablement  de  voir  pendant 

;865)  Journal  zoologîque^  n®  46,  p.  558. 

(866)  Transactiont  géologiques  de  Londres  ^  nou- 
velle série;  t.  lll,  première  partie. 

(867)  fl  existe  une  petite  espèce  de  lézard,  le  dra- 
gon-volant différenle  des  autres  sauriens  par  des 
sortes  d'ailes  iinpftrfatles  qui  ne  sont  autre  chose 
qtt*une  expansion  membraneuse  de  la  peau  étendue 
au-<le6su8  des  fausses  côtes,  lesquelles  se  projettent 
norizonlaicmeiit  des  deux  côtes  du  dos.  Ces  deux 


la  nuit.  Leurs  membres  antérieurs ,  conver- 
tis eu  ailes,  porlentdes  doigts alongés, armés 
de  longues  griffes,  ressemblant  à  l'ongle  cro- 
chu du  pouce  des  chauves-souris.  Ces  doigts 
formaient  une  patte  puissante  qui  servait  à 
l'animal  pour  ramper,  pour  grimper  ou  pour 
se  suspendre  aux  arbres. 

Il  est  probable  aussi  que  les  ptérodactyle 
possédaient  la  faculté  (le  nager,  faculté  si 
commune  chez  les  reptiles,  et  que  nous  re- 
trouvons également  dans  le  ptéropus  psela- 
phon,  ou  chauve-souris  vampire  de  rlle  de 
Bonin(865).  :   . 

«  Cette  créature,  comme  le  démon  de  Mil- 
ton,  propre  à  remplir  toutes  les  fonctions,  à 
vivre  dans  tous  les  éléments,  était  un  allié 
convenable  à  cette  foule  de  reptiles  qui  four- 
millaient au  sein  des  mers ,  ou  rampaient 
sur  les  plages  d'une  planète  turbulente 

Le  prince  des  enfers 
Tente  mille  moyens,  mille  chemins  divers  ; 
De  ses  mains,  de  ses  pieds,  de  sa  superbe  tête. 
11  combat,  il  franchit  Vouragan,  la  tempête, 
Les  défilés  étroits,  les  gorges,  les  vaUons, 
L'air  pesant  ou  léger,  et  la  plaine  et  les  monts, 
Les  rocs,  le  noir  limon  qu'un  flot  dormant  détrempe, 
Va  guéant  ou  nageant,  court,  gravit,  vole  ou  rami»:. 

{Paradis  perdu,  ii<  livre,  vers  947, 
traduction  de  delille.) 

«I  C'était  une  étrange  population  que  cel'o 
de  notre  globe,  à  cette  période  d'enfance  où 
Tair  était  sillonné  par  des  nuées  de  créitu- 
res  aussi  extraordinaires  que  celles  dont  nous 
venons  d'esquisser  l'histoire,  où  l'Océan 
était  parcouru  par  des  bancs  d'ichthyosaures 
et  de  plésiosaures  non  moins  monstrueux, 
où  des  crocodiles  et  des  tortues  gigantesques 
rampaient  sur  les  bords  des  lacs  et  des  riviè- 
res primitives  (866).  >•    . 

Comme  le  trait  caractérisque  le  plus  frap- 

f^ant  de  ces  reptiles  fossiles  consiste  dans 
'existence  d'organes  pour  le  voU  il  est  na- 
turel de  rechercher  ce  qui  appartient  à 
l'oiseau  et  à  la  chauve^souris  dans  la  struc- 
ture de  leurs  squelettes.  Toute  pensée  de 
If^s  placer  au  nombre  des  oiseaux  s'arrête  à 
l'instant  devant  ce  fait  que  leur  bec  est  arme 
de  dents  semblables  à  celles  des  reptiles,  et 
il  a  suffi  de  la  forme  d'un  seul  os,  1  os  carré, 
pour  que  Guvier  ait  pu  prononcer  ioimé- 
diatement  que  cette  créature  était  un  lézard, 
bien  qu'uiï  lézard  ailé  ne  fasse  partie  de  la 
création  actuelle,  et  que  les  dragons  du  bla- 
son et  de  la  fable  soient  les  seuls  êtres  de 
cette  espèce  dont  il  ait  jamais  été  lait  men- 
tion (807).  Quant  à  ce  qui  serait  de  les  rap* 
porter  à  la  fomille  des  mammifères  volants, 
il  suffit,  pour  repousser  une  pareille  idée, 
d'un  instant  de  comparaison  entre  leur  iéu 
et  celle  des  chauves-souris 

re[>lis  membraneux  .orment  une  sorte  de  paraclitiie 

3ui  soutient  Tanimal  dans  les  sauts  qu'il  exêcoie 
*arbrc  en  arbre;  mais  ils  n*ont  pas  la  faculté /'c 
battre  Pair  pour  devenir  ilnstrumenl  d'un  vol  véri- 
table ,  comme  les  bras  des  chauves-souns  ou  k*» 
ailes  des  oiseaux.  Ijes  bra^  Ou  membres  àalcrieurs 
du  drapon-voiani  ne  diffèrent  pas  de  ceui  desléi»nb 
ordinaiiY». 


I21S 


PTE 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PTE 


ïîll 


Les  Yertëbrcs  du  con  sont  très-alongées  et 
sont  sealeraent  au  nombre  de  six  ou  de 
sept,  tandis  que  chez  les  oiseaux  il  y  en  a 
de  nevi  à  vingt-trois.  Les  vertèbres  dorsales, 
chez  ces  derniers,  varient  aussi  de  sept  à 
onze  seulement,  tandis  que  chez  les  ptéro- 
dactyles il  y  en  a  près  de  vingt.  Les  côtes 
des  ptérodactyles  sont  minces  et  filiformes 
comme  celles  des  lézards  ;  les  côtes  chez  les 
oiseaux  sont  plates  et  élargies,  et  portent 
des  apophyses  récurrentes  encore  plus  élar- 
gies et  qui  ue  se  rencontrent  ({ue  dans  cette 
classe.  Dans  les  pieds  des  oiseaux,  les  os 
métatarsiens  sont  soudés  en  une  seule 
pièce,  tandis  que  ces  mêmes  os  chez  le  pté- 
rodar^tyle  demeurent  au  contraire  parfaite- 
ment distincts.  Enfin  le  bassin  diffère  consi- 
dérablement de  celui  d'un  oiseau,  et  se  rap- 
proche au  contraire  du  bassin  d'un  lézara; 
et  tous  ces  divers  faits  ne  laissent  aucun 
doute  sur  la  place  que  doit  occuper  le  ptéro- 
dactyle parmi  les  lézards,  nonobstant  les 
rapports  étroits  qGO  !a  présence  d'organes 
du  vol  semblerait  établir  entre  cet  animal, 
et  les  oiseaux  ou  les  chauves-souris  (868). 

Le  nombre  et  les  proportions  des  os  des 
doigts  aux  membres  antérieurs  et  posté- 
rieurs chez  le  ptérodactyle  exigent  de  nous 
un  examen  détaillé;  car  leur  concordance 
avec  ce  que  Ton  observe  dans  les  organes 
corre«iiondants  chez  les  lézards  nous  con- 
duira ^  d'im|>ortanles  conclusions. 

Comnits  fait  isolé,  c'est  une  chose  qui  sem- 
Idera  de  bien  peu  d'importance  que  de  sa- 
voir si  un  lézard  vivant  ou  un  ptérodactyle 
fossile  ont  leur  auatrième  doigt  composé  de 
quatre  ou  bien  de  cinq  pièces;  mais  qui- 
conque aura  la  patience  u  étudier  les  détails 
de  cette  structure  y  trouvera  une  nouvelle 
application  de  ce  principe  général  que  des 
faits  en  apparence  minimes  et  dénues  d'in- 
térêt peuvent  acquérir  une  haute  importance 

(808)  Dans  une  espèce  provcnam  du  lias  deLymc- 
Refais,  le  pCerodaclvius  niacronvx  {Céoloa  Tratûact. 
nouvelle  série  ec  V,  iij,  pi.  xxvn,  p.  220),  on  reo- 
conlre  une  disposition  peu  commune,  dans  le  bat 
de  supporter  une  tétc  lourde  à  restrcraité  d*un  long 
cou,  et  de  lui  penneUrc  des  mouvements  faciles. 
Cette  disposition  consiste  dans  des  tendons  osseux 
parallèles  aux  vertèbres  cervicales,  et  pareils  à  ceux 
qui  longent  le  dos  du  cbevrotain  pygmée  {moêchus 
fffftnttwi)  et  d*un  grand  nombre  d  oiseaux.  Aucune 
disposition  pareille  ne  se  rencontre  chez  les  lézards 
iDOdernes;  tous  ont  le  cou  fort  court,  et  aucune 
disposition  analogue  n*cst  nécessaire  pour  le  sou- 
tien de  leur  lète  :  celle  coxiipensation  apportée  par 
Texistenee  de  tendons  à  la  faiblesse  qui  résulte  de 
ralongement  du  cou  est  un  exemple  de  l>mploi  dans 
un  ordre  éteint  des  reptiles  les  plus  anciens,  d*un 
mécanisme  que  nous  retrouvons  encore  aujourd*bui 
appliqué  à  produire  les  mêmes  résultats  sur  d'autres 
points  de  la  colonne  vertébrale ,  dans  certaines  es- 
pèces de  mammifères  et  d*uiseaux. 

(869)  Ainsi  Cuvier  a  fait  voir  que  dans  le  pt.  lou" 
ftrottnt  et  dans  le  pt,  breriro$tris  le  quatrième 
doigt  se  composait  de  quatre  piialanges  alongées,  et 
que  Tabsence  de  la  cinouième,  ou  plialange  on- 
guéale,  s*explique  par  ce  fait  que  son  existence  était 
sans  utilité  Dans  le  pt,  crassirostrh,  d*après  Gold- 
fuss,  cette  phalange  onguëale  existe  au  quatrième 
doigt  qui  se  trouve  ainsi  en  avoir  cinq,  cl  c*est  le 
cinquième  doigt  qui  s'alongi?  pour  soutenir  Tailc  ; 


si  on  les  met  en  rapport  avec  d'autres  qui« 
eux-mêmes,  considérés  isolément,  semble- 
raient également  insignifiants.  Il  peut  arri- 
ver qne  des  détails  de  cette  nature,  étudiés 
dans  leurs  rapports  avec  les  organes  ou  les 
proportions  d'autres  animaux ,  jettent  une 
vive'  lumière  sur  des  points  du  plus  gracd 
intérêt  en  physiologie,  et  se  rattachent  par 
suite  aux  considérations  les  plus  élevées  de 
la  théologie  naturelle.  L'étude  du  membre 
antérieur,  chez  les  lézards  actuels,  nous  fait 
voir  gue  le  nombre  des  phalanges  s'accroît 
régulièrement  d*une ,  depuis  le  premier 
doigt  ou  ponce  qui  a  deux  phalanges ,  jus- 
qu'au troisième  qui  en  a  quatre.  Or  tel  est 
(irécisément  l'arrangement  numérique  que 
'on  observe  dans  les  trois  premiers  doigts 
de  la  main  du  ptérodactyle. 

Ces  trois  premiers  doists  du  reptile  fos- 
sile s'accordent  donc  par  leur  structure  avec 
ceux  du  membre  antérieur  des  lézards  ac* 
tuels;  mais,  comme  le  bras  du  ptérodactyle 
devait  être  converti  en  un  organe  de  vol» 
les  phalanges  du  quatrième  ou  du  cin- 
quième doigt  ont  pris  un  alongement  consi- 
dérable, dans  le  but  de  supporter  une  mem-> 
brane  alaire  (869). 

Autant  les  os  de  Tailc  du  ptérodactyle  of- 
frent d'analogies  dénombre  et  de  propor- 
tion avec  ceux  des  membres  antérieurs  du 
lézard,  autant  ils  s'éloi;^nent  complètement 

Iiar  leur  arrangement  des  os  qui  constituent 
es  doigts  extenseurs  de  l'aile  de  la  chauve- 
souris  (870). 

Le  nombre  des  doigts  dans  les  membres 
postérieurs  des  ptérodactyles  est  ordinaire- 
ment de  quatre,  le  doi^t  extérieur  ou  petit 
doigt  manquant;  et  st  nous  comparons, 
pour  le  nombre  et  les  proportions,  ces 
quatre  doigts  à  ceux  des  lézards,  noue  trou- 
vons ,  quant  au  nombre ,  un  accord  ^r^ssi 
parfait  que  celui  qui  existe  entre  les  mem- 

mals  au  milieu  de  ces  diverses  modifications  des 
membres  autérieurs  on  voit  persister  les  nombre.* 
normaux  tels  qu'ils  existent  dans  le  type  des'.é- 
zards. 

Si,  comme  parait  Tindiquer  réchantilloo  dessiné 
par  Goldfuss  du  pt.  era$$iro$tri$^  c*était  le  cin- 
auiéme  doigt  qui  prenait  un  agrandissement  insolite 
dans  le  but  de  supporter  la  membrane  alaire,  comme 
dans  les  lézards  le  nombre  normal  des  phalanges 
pour  le  dnquiéme  doigt  est  de  trots  seulement,  cous 
en  pouvons  conclure  que  ce  doigt  alifère  n'avait 
non  plus  que  trois  phalanges.  Dans  rcrhautillon 
fossile,  les  deux  premières  seules  ont  été  conser- 
vées, de  telle  sorte  qne  Taddition  qu*a  faite  cet  au- 
teur d'une  quatrième  phalange  au  cinquième  doigt 
dans  la  figure  restaurée  nous  semble  peu  d'acr:oril 
avec  Ten semble  des  analogies  que  présente  cette  es-- 
pèce,  aussi  bien  que  toutes  celles  qu*a  décrites  Cu- 
vier. 

(870)  !>ans  la  chauve-souris  le  premier  doigt  ou 
pouce  est  seul  libre,  et  peut  seul  servir  à  Pauiroai 
p::ur  se  suspendre  ou  pour  ramper.  Les  bagnctt/'s 
sur  lesquelles  l'aile  est  tendue  sont  formées  par  U*s 
quatre  autres  doigts  dont  les  os  métacarpiens  ont 
pris  un  grand  alongement  et  se  terminent  par  du 
petites  phalanges.  C'est  là  ime  application  de  la 
main  des  mammifères  à  la  fonction  du  vol,  toiit  à 
fait  pareille  à  la  modification  de  la  main  des  \^ 
/.ard>,  qui  s'observe  chez  le  ptérodactyle  de  rancieM 
monde. 


ît\h 


PTK 


DICTIONN.MRK  Oh  COSMOGOMK 


PTE 


«l( 


Lres  antérieurs.  Dans  Tun  comme  dans 
Tiiulre  genre,  il  y  a  deux  phalanges  au  pre- 
mier doigt  ou  pouce,  trois  au  second,  quatre 
«a  troisième,  et  cinq  au  quatrième.  Et, 
quant  aux  proportions,  la  pénultième  pha- 
lange est  toujours  la  plus  longue,  et  Tanté- 
pénultième  la  plus  courte;  or  c'est  précisé- 
ment là  ce  que  Ton  observe  dans  les  mem- 
bres postérieurs  des  lézards  (871).  Le  but 
apparent  de  cette  place  qu'occupent  les  pha- 
)an)^es  les  iilus  courtes  dans  le  milieu  de  la 
]on>^ueur  aes  doigts  chez  les  lézards,  est  de 
permetti-e  à  ces  doigts  une  flexion  plus  con- 
sidérable, pour  qu  ils  puissent  entourer  et 
étreindre  des  rameaux  et  des  branches  d'ar- 
bres de  dimensions  diverses,  ou  s'appliquer 
sur  leo  inégalités  du  sol  et  des  rochers  dans, 
l'acte  do  courir  ou  de  grimper  (872). 

De  pareilles  concordances  dans  le  nombre 
et  dans  les  proportions  des  parties  ne  peu- 
Tent  devoir  leur  origine  qu'a  un  plan  pré- 
paré à  l'avance ,  pour  c[ue  chacune  fût  eu 
liarmonie  avacles  fonctions  spéciales  qu'elle 
HJevait  remplir;  elles  nous  permettent  d'as- 
si^er  à  un  animai  éteint  la  place  précise 
qu'il  doit  occuper  dans  une  famille  de  rep- 
tiles actuellement  existante;  et  lorsque, 
dans  presque  chacun  des  os  qui  composent 
te  squelette  du  ptérodactyle,  nous  rencon- 
trons tant  de  particularités  caractéristiques 
de  cette  même  famille,  mais  modiQées  pré- 
cisément autant  que  l'exigeait  l'introduc- 
tion d'une  fonction  nouvelle,  la  fonction  du 
Tol,  nous  sommes  frappés  de  l'unité  de  plan 
4:{ui  domine  chaque  partie,  et  façonne  pour 
le  but  d'une  locomotion  aérienne  des  or- 
gaties  qui,  dans  tous  les  autres  genres,  sont 
modifiés  dans  le  sens  d'une  locomotion  ter-» 
restre  ou  aquatique. 

La  comparaison  des  extrémités  posté- 
rieures chez  le  ptérodactyle  et  chez  la 
chauve-souris  nous  fait  voir  que  cette  der- 
nière, de  même  que  presque  tous  les  autres 
mammifères,  a  trois  phalanges  h  chaque 
doigt,  le  pouce  excepte,  où  il  y  en  a  deux 
seulement.  Mais  les  deux  phalanges  de  ce 
pouce  sont  égales  en  longueur  aux  trois  de 
chacun  des  autres  doigts,  de  telle  sorte  que 
les  cinq  ongles  sont  rangés  sur  une  ligne 
droite,  et  forment  par  cette  disposition  un 
crochet  multiple  à  Taide  duquel  l'animal 
se  suspend  dans  des  antres,  la  tête  en  bas, 
pendant  toute  la  durée  de  ses  longues  pé- 
«*iodes  d'hibernation  :  le  résultat  de  cet  ar- 
rangement, c'est  que  le  poids  de  son  corps 
se  partage  également  entre  chacun  de  ses 
-dix  doigts.  l7inégalité  des  doigts  du  ptéro- 
dactyle a  dû  lui  rendre  impossible  de  ran- 
imer ainsi  ses  griffes  sur  une  seule  ligne;  et 
comme  d'ailleurs  il  ne  lui  eût  pas  sufli  d'ua 

(871)  Si  nous  admeuons  avec  Goldfuss  que  le 
:pL  crnisirifstrii  ail  un  doist  postérieur  de  plus  que 
Ji'eii  indique  Cuvier  pour  les  autres  espèces  de  plé- 
9*od9':lyIes,  loin  qu*il  y  ait  là  une  violation  des  ana- 
Sogies  dont  Tétude  nous  occupe  maintenant,  nous 
«le  pouvons  y  voir  qu'un  rapport  de  plus  avec  les 
Jezards  vivants;  nous  avons  vu  que  cet  animal  dif- 
^le  en  outre  des  autres  ptérodactyles  in  ce  que 
C'C^t  le  cinquième  doigt  au  lieu  du'  quatiième  qui 


ongle  seulement  p^our  supporter  pcnJaut  un 
long  temps  le  poids  du  corps  tout  entier, 
nous  en  pouvons  conclure  que  les  ptérodac- 
tyles ne  se  suspendaient  pas  h  la  manière 
des  chauves-souris.  Le  volume  et  la  foruio 
des  pieds,  de  la  jambe  et  de  la  cuisse  prou- 
vent que  ces  animaux  pouvaient  se  tenir 
debout  avec  fermeté,  les  ailes,  pliécs,  et 

} posséder  ainsi  une  progression  tout  ana- 
ogue  à  celle  des  oiseaux  ;  comme  eux  aussi, 
ils  ont  pu  se  percher  sur  des  arbres,  ca 
même  temps  qu'ils  avaient  la  faculté  da 
grimper  le  long  des  rochers  et  des  falaises 
en  s'aidant  des  pieds  et  des  mains,  comme  lu 
font  aujourd'hui  les  chauves-souris  et  les 
lézards. 

Quant  à  leur  régime,  Cavier  pense  qu'il 
se  composait  d'insectes,  et  la  grandeur  des 
yeux  le  porte  à  conclure  que  c'étaient  des 
animaux  nocturnes.  La  présence  de  grandes 
libellules  fossiles  dans  les  mêmes  carrières 
de  Solenhofen,  où  l'on  rencontre  le  ptéro- 
dactyle, et  les.élylres  de  coléoptères  oui  ac- 
compagnent les  os  do  ces  animaux  dans  U 
calcaire  oolitique  de  Stonestield  ^rès  d'Ox- 
ford, prouvent  qu'à  la  même  époque  exis- 
taient de  grands  insectes  qui  pouvaient  leur 
servir  de  pAture.  Parmi  les  lézards  actueliv^- 
ment  existants,  un  grand  nombre  des  es- 
pèces les  plus  petites  se  nourrisent  d*in- 
secles;  mais  il  en  est  aussi  qui  se  nourris- 
sent de  chair,  tandis  que  d'autres  sont  om- 
nivores :  et  comme  la  grandeur  et  la  forrb 
de  la  tête  et  des  dents  chez  les  deux  espèces 
connues  de  ptérodactyles  excèdent  de  beau- 
coup ce  qu'exigerait  un  régime  insecti- 
vore, on  peut  penser  que  les  plus  grandes 
espèces  se  nourrissaient  de  uoissons,  s.ir 
lesquels  ils  se  précipitaient  a  la  manièrû 
des  hirondelles  de  mer.  A  en  juger  mène 
par  le  volume  énorme  et  la  puissance  de  la 
tête  chez  le  pL  cramroalris^  ce  reptile 
pouvait  non-seulement  saisir  des  poissons, 
mais  encore  attaquer  et  dévorer  les  quelques 
petites  espèces  de  marsupiaux  qui  existaient 
alors  à  la  surface  du  globe. 

L'étude  que  nous  venons  de  faire  du  pté- 
rodactyle nous  a  montré  un  des  exemples 
les  plus  frappants  que  puisse  fournir  lana- 
tomie  des  animaux  anciens  de  la  constance 
des  lois  de  connexion  qui  existent  entre  les 
espèces  éteintes  appartenant  à  la  création 
fossile  et  les  êtres  organisés  qui  peuplent 
maintenant  la  surface  du  globe.  Nous  avons 
vu  les  détails  d'organes  que  leur  petitesse 
semblait  dépouiller  de  toute  valeur  tirer 
une  importance  majeure  du  eenre  d'investi- 

§ation  que  nous  leur  avons  lai t  subir.  Ces 
étails  nous  ont  montré,  non  moins  claire- 
ment que  les  membres  colossaux  des  qua* 

s*agrai  du  pour  supporter  Taile. 

fl  esl  cependant  probable  que  le  cinqnièroe  doigt 
postérieur  n*avait  que  trois  pbalanses,  par  les  mê- 
mes raisons  qui  nous  ont  détermines  à  assigner  ce 
nombre  au  cinguième  doigt  antérieur. 

(872)  Les  doigts  des  oiseaux  oiïreul  un  pareil  ar- 
I  angement  numérique  des  os,  et  dans  un  Lut  tcwi 
somblable. 


1217 


VU 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


pcr 


i2» 


dropèdes  les  p!us  gigantesques,  une  iucntité 
numériquCt  une  concordance  de  proportions 
qu'il  nous  est  impossible  de  regarder  comme 
oes  circonstances  dues  au  hasard  «  et  qui 
prrmvent  l'existence  d'un  but  unique,  un 
plan  calculé  h  TaTance,  une  cause  première 
intellisente  de  laquelle  toutes  ces  existences 
tirent  leur  origine.  Nous  avons  tu  que,  d'un 
côté,  toutes  les  règles  qui  dominent  l'orga- 
nisation dans  la  famille  actuelle  des  lézards 
S8  montrent  rigoureusement  maintenues 
dans  les  ptérodactyles,  tandis  que  d'un 
autre  côté,  à  titre  de  lézards  créés  pour  la 
locomotion  aérienne,  comme  les  oiseaux  et 
les  chauves-souns,  chacun  de  leurs  organes 
en  particulier  a  été  habilement  modifié  en 
rue  de  cette  condition  nouvelle.  Nons  nous 
sommes  arrêtés  d'autant  plus  longtemps  aux 
détails  de  leurs  mécanismes  que  notre  pen- 
sr'-e  s'est  trouvée  reportée  à  des  âges  pins 
excessivement  reculés,  et  que  nous  y  avons 
reconnu  la  main  d'un  créateur  commun,  qui 
ne  se  manifeste  pas  seulement  dans  les  mé- 
canismes de  notre  propre  corps  ou  de  celui 
des  myriades  de  créatures  inférieures  qui 
s'agitent  autour  de  nous,  mais  dont  les  soins 
s'étendent  même  à  la  structure  d'êtres  qu'au 
premier  coup  d'œil  on  pourrait  prendre  pour 
un  tissu  de  monstruosités. 

PT£ROPODES,  Voy.  Gastéropodes 

PUITS  ARTÉSIENS. — (Homo)  in  peins  ri- 
^osexcidit.  (Joo  x.xviii,  10.)  — On  a  donné 
ce  nom  à  des  fontaines  artificielles  coulant 
sans  interruption  et  que  l'on  obtient  en  forant 
un  conduit  étroit  à  travers  des  couches  dé- 
pourvues d'eau  jusqu'aux  couches  plus  basses 
qui  contiennent  des  nappes  souterraines. 
L'eau  de  ces  dernières,  soulevée  par  une  pres- 
sion hydrostatit]ue,  s'élève  dans  le  conduit  et 
fMrvient  ainsi  jusqu'à  la  surface*  Le  nom  de 
ces  puits  est  tiré  de  celui  de  la  province 
d'Artois  (Ariesium)  ou  depuis  longtemps  de 
semblables  moyens  d'obtenir  l'eau  étaient 
d'uD  usa^e  général. 

Les  puits  artésiens  sont  de  la  plus  haute 
ioiportance  et  du  plus  grand  usage  dans  cer- 
tains districts  bas  et  plats  où  l'eau  ne  peut 

(875)  Un  des  premiers  puits  artésiens  aue  Foo  ait 
crL'usés  aux  jiortcs  de  Londres,  est  celui  de  Norland- 
IlouM>,  an  nord-oncst  de  Holland-House,  creusé  en 
1794,  et  décrit  d:ins  les  Transaciiom  philoiophiques 
(I»ndres,  1797).  L*eau  de  ce  puits  provient  des 
couches  de  sable  de  la  formation  d*argile  plastique; 
mais  les  tuyaux  sont  tellement  exposés  à  &re  obs- 
trués par  lesable  qu*entratnent  les  eaux  de  celte  for- 
mation que  n:<iiiitenanl  Ton  préfère  généralement 
traTcrser  ces  couches  sableuses,  jusqu^â  la  craie 
sous-jacente.  L*ean  s*éléve  jusqu*a  la  surface  du 
sol  des  districts  bas  situés  à  Kouest  de  Londres, 
dans  le  poits  artésien  qui  se  voit  devant  le  palais 
é|H8C0Bal  à  Fulliam,  et  dans  celui  du  jardin  de  la 
société  d*borlicolture.  On  en  a  construit  à  Braiitford 
plnsieurs  semblables,  dans  lesquels  Teau  jaillit  a 
quelques  pieds  au-dessus  de  la  su i  face. 

On  a  ebservé  que  cette  hauteur  à  laquelle  les  eaux 
«Vievent  au-dessus  du  sol  diminue  à  mesure  que 
«'accroît  le  nombre  des  puUH  perpétuels,  et  qu>n  les 
■laltipliant  au  delà  d*un  certain  degré,  on  arrire  à 
déterminer  rëcoulemcnt  des  eaux  avec  une  Tîtesas 


être  obtenue  ni  de  sources  superdeielles,  ni 
de  puits  ordinaires  d'une  profondeur  mo* 
dérée.  11  existe  des  sources  de  cette  espèce^ 
que  l'on  désigne  sous  le  nom.de  blow  toe/is, 
sur  la  côte  est  du  comté  de  Lincoln,  dans  le 
district  bas  recouYerl  d*argile  compris  en^ 
tre  les  plaines  de  craie  des  euTirons  de 
Louth  et  le  bord  de  la  mer.  Ce  district  man- 
auait  absolument  de  sources  jusqu'à  ce  que 
1  on  ait  découvert  qu'en  perçant  la  couche 
d'argile  jusqu'à  la  craie  sous-jacente,  on  ob- 
tenait une  fontaine,  jaillissant  même  sans 
interruption  jusqu'à  la  hauteur  de  plusieurs 
pieds  au-dessus  du  sol 

Dans  le  puits  du  roi  creusé  à  Sheerness, 
en  1781,  à  travers  l'argile  de  Londres,  et  pé- 
nétrant jusQu'aux  couches  sahleusc^s  do  la 
formation  d  argile  plastique,  à  la  profondeur 
de  330  pieds,  ï  eau  s'élança  violemment  du 
fond,  et  jaillit  îusqu'à  huit  pieds  au-dessus 
de  la  surface.  [Voyez  les  Transactions  philo" 
sophiques  pour  l'année  1784).  Dans  les  an- 
nées 182S  e*  1829,  deux  puits  artésiens 
d'une  construction  plus  parfaite  ont  été 
creusés  à  une  profondeur  presque  é^ale 
dans  les  arsenaux  de  Portsmouth  et  de  Gos- 
port 

Ces  sortes  de  puits  sont  maintenant  deve- 
nus communs  aux  environs  de  Londres,  où 
l'on  a  obtenu  dans  plusieurs  localités  des 
fontaines  perpétuelles,  en  pénétrant  profon- 
dément, a  travers  l'argile  de  Londres,  jus- 
aue  dans  des  lits  perméables  de  la  formation 
'argile  plastique,  ou  jusqu'à  la  craie  (873). 
MM.  Héricart  de  Thury  et  Arago  en 
France,  et  Von  Bruckmanu  en  Allemagne, 
ont  publié  d'importants  traités  sur  la  ques- 
tion des  puits  artésiens  (87V).  Il  paraît  qu'il 
existe  dans  diverses  parties  de  l'Europe  des 
districts  étendus  où,  sous  certaines  condi- 
ditions  de  structure  géologique  et  à  de  cer- 
tains niveaux,  des  fontaines  artificielles  peu- 
vent jaillir  à  la  surface  des  couches  ou  il 
n'existe  pas  de  fontaines  naturelles ,  fournir 
de  l'eau  en  abondance  pour  les  usages  de 
l'agriculture  et  de  l'économie  domestiqua,  et 
même  pour  mettre  des  machines  en  mouve- 

tcllement  supérieure  â  celle  qu^elle  possède  dans  les 
interstices  de  la  craie,  que  ces  sortes  de  fontaines 
ressent  alors  de  couler,  bien  qne  les  eaux  montent 
dans  leur  intérieur,  et  se  maintiennent  presque  de 
niveau  avec  la  surface  du  sol 

Toutes  les  couches  perméables  sitoées  plus  bas 
que  cette  ligne  doivent  être  occupées  par  d<»  nappes 
souterraines  permanentes,  si  Ton  en  excepte  les 
points  où  des  failles  on  d^autres  causes  créent  des 
écoulements  locaux.  Là  où  il  n*existe  pas  de  cesécou- 
lemenU,  les  eaux  s*élévent,  par  Teflet  de  b  pressîoii 
lij«lrostaliqne,  jusqu'au  niveau  de  b  ligne  norizon- 
tale  dans  toutes  les  perforations  faites  à  travers 
Tarsilede  Londres,  et  pénétrent  soit  jusqu'aux  lits 
sabfeox  de  la  formation  d*argilc  pkasliiiue,  ou  iusru  a 

la  craie. 

(874),IléKiCARTOE  Tbuet,  Considirations  sur  U 
cûuu  dm  jaiUitaemeni  des  eau*  des  psi/s  /or/f,  1829. 
—  Araco,  ïioUi  seienlifianes^  Annuaire  pour  l'^m 
t8.>5.  —  Vo3i  BrucksaXx,  Cber  Arthesiscke  BrunnsM^ 
Ileiibronn  aro  Ncrkar,  1855. 


1210 


1»UI 


DICTIONNAIRE  DE  COSliOGONIE 


PUI 


m 


ment.  Les  quantités  (reau  que  l'on  obtient 
de  cette  manière  clans  l'Artois,  sont  souvent 
assez  puissantes  pour  faire  tourner  des 
moulins  à  ]M. 

Dans  le  bassin  tertiaire  de  Perpignan,  et 
dans  la  craie  de  Tours,  les  eaux  forment  des 
sortes  de  rivières  souterraines  qui  y  exer- 
cent de  bas  en  haut  d'énormes  pressions.  Il 
existe  un  puits  artésien  dans  te  Roussillon, 
dont  l'eau  s'élève  de  trente  à  cinquante 
pieds  au-dessus  de  la  surface.  A  Perpignan 
et  à  Tours,  d'après  M.  Arago,  la  force  ascen- 
sionnelle de  l'eau  est  telle  qu'un  boulet  de 
canon  jeté  dans  le  conduit  d'un  puits  artésien 
en  est  violemment  rejeté  par  la  force  du 
courant. 

)n  a  tiré  parti  dans  quelques  localités  delà 
température  élevée  que  possèdent  les  eaux 
provenant  de  grandes  profondeurs.  Dans  le 
Wurtemberg,  M,  Von  Bruckmann  a  employé 
l'eau  (le  puits  artésiens  à  échauffer  une  ma- 
nufacture de  papier  à  Heilbronn,  et  à  préve- 
nir pendant  1  hiver  la  formation  de  la  glace 
autour  des  roues  motrices  des  moulins.  On  a 
mis  les  mômes  moyens  en  usage  dans  l'Al- 
sace, et  à  Constadt,  près  de  Stuttgard.  On  a 
proposé  d'appliquer  la  chaleur  des  sources 
ascendantes  au  chauffage  des  serres.  Depuis 
longtemps  les  puits  artésiens  sont  en  usage 
dans  le  duché  de  Modène,  et  on'en  retire  éga- 
lement de  grands  avantages  en  Hollande,  en 
Chine  (875)  et  dans  l'Amérique  du  Nord.  Il  est 
probable  que  grâce  a  ces  sources  artificielles 
on  pourrait  trouver  de  l'eau  sur  beaucoup  de 

f)olnts  des  déserts  de  sable  de  l'Asie  et  de 
*Afriaue;  et  il  a  été  question  d'en  établir 
une  série  le  long  de  la  grande  route  qui  tra- 
verse rislhme  de  Suez. 

J'ai  cru  qu'il  importait  que  je  traitasse  la 
théorie  des  puits  artésiens,  par  cette  consi- 
dération qu  un  emploi  plus  iréquent  de  ces 
fontaines  jaillissantes  rendrait  facile  d'ob- 
tenir de  l'eau  douce  surplusisurs  points  du 

(875)  Un  moyen  économique  de  percer  les  puits 
artésiens,  et  de  sonder  pour  la  recherche  de  la 
houille  ou  pour  toute  autre  cause,  est  celui  qu*a  mis 
en  pratique  M.  Sellow,  aux  environs  de  Saarhruck. 
Au  lieu  du  procédé  lent  et  coûteux  dans  lequel  on 
emploie  une  série  de  barres  de  fer  vissées  les  unes 
a\]  bout  des  autres,  il  emploie  un  lourd  cylindre  en 
fonte,  d*environ  six  pieds  de  long,  avec  un  diamètre 
de  quatre  pouces,  armé  à  son  extrémité  inférieure 
d'un  ciseau  tranchant,  et  entouré  d*une  chamire 
creuse  destinée  à  recevoir,  au  moyen  de  valves*  les 
détritus  qui  se  forment  dans  Topération,  et  à  les  en- 
traîner au  dehors. 

L'appareil  est  suspendu  h  Textrémité  d'une  forte 
corde  qui  passe  sur  une  roue  ou  sur  une  povlie  cons- 
truite au-dessus  de  Touverture  dm  troa.  A  chaque 
mouvement  qui  élève  ou  abaisse  la  corde  en  len- 
rbulant  autour  de  la  rotiez  sa  torsion  suffit  pour  dé- 
terminer un  mouvement  de  rotation  du  cyimdre,  et 
varier  aiD»î  la  pwHîon  du  ciseau  tranchant. 

Lorsque  la  chambre  est  remplie,  Tappareil  entier 
est  ramené  à  la  surface  pour  y  être  nettoyé,  puis 
redescendu  à  Paide  de  la  même  roue.  Ce  procédé 
était  depuis  longtemps  mis  «^n  pratique  par  les  Chi- 
nois, lorsqu'on  en  a  introduit  Tuàage  en  Europe  ;  et 
Ton  assure  que  ce  peuple  a  poussé  ainsi  ses  travaux 
de  perforation  jusqu'à  une  profondeur  de  mille 
Uifits.  N.  Sellow  a  creusé  avec  ri«t  tnstru:ne::t  des 


globe,  et  en  particulier  dans  certains  dis- 
tricts bas  et  plais,  où  il  n'existe  pas  d'autrej 
moyens  de  se  procurer  cette  nécessité  pre- 
mière de  la  vie;  puis  aussi  jwir  cet  autre 
motif  que  la  théorie  de  leur  mode  d'action 
rend  compte  de  l'une  des  dispositions  les 
plus  communes  et  les  plus  importantes  dans 
l'économie  souterraine  du  globe,  de  celle 
qui  a  pour  but  la  production  des  sourcesna- 
turcUes. 

Ainsi  le  résultat  de  la  disposition  première 
des  couches  combinée  avec  les  bouleverse* 
ments  qu'elles  ont  subis  depuis  cette  époque, 
a  été  de  convertir  la  croûte  terrestre  tout 
.  entière  en  un  grand  e*  harmonieux  appa- 
reil d'hydraulique,  qui  concourt  sans  cesse 
avec  la  mer  et  avec  Tatmosphère  pour  ré- 
partir l'eau  douce  sur  toute  la  surface  habi- 
table de  notre  planète  (876). 

Parmi  les  résultats  secondaires ,  et  qui 
sont  un  bienfait  pour  l'homme,  de  la  part 
accordée  aux  failles  et  aux  dislocations  des 
couches  dans  le  système  d'arrangements  cu- 
rieux qui  constitue  l'économie  souterraine 
de  notre  planète,  nous  ne  devons  pas  omet- 
tre cette  circonstance  que  c'est  le  plus  sou- 
vent par  les  tissures  que  les  eaux  minéraks 
.ei  thermales  sont  amenées  à  la  surface,  où 
elles  apportent  un  soulagement  à  plusieurs 
des  innrmités  de  l'espèce  humaine  (8T7). 

«  Ainsi  toute  cette  merveilleuse  hydrauli- 
que dés  sources  et  des  rivières,  et  dans  le 
but  d'en  assurer  le  jeu  continu,  ce  système 
si  admirablement  coordonné  des  collines  et 
des  vallées;  cette  alimentation  tout  à  la  fois 
intermittente  par  la  pluie  d^s  cieux,  et 
continue  par  d'inépuisables  réservoirs  qui 
viennent  se  distribuer  à  la  surface  en  des 
milliers  de  fontaines  dont  le  cours  de  s'ar- 
rête jamais,  ce  sont  là  des  arrangements  qui 
doivent  nous  frapper  tout  à  la  fois,  et  par 
leur  nature  môme  et  par  leur  haute  impor- 
tance dans  l'économie  du  globe.  La  terre  et 

conduits  de  dix-huit  pouces  de  diamètre  et  de  plu- 
sieurs centaines  de  pieds  de  profondeur,  a>:int  poor 
but  la  ventilation  des  mines  de  houille  de  SàarbrtiCÀ. 
.  L*emploi  général  de  cette  méthode  substituée  à  ij 

Eremière  peut  devenir  d*une  haute  importance  pu- 
lique,  surtout  dans  les  cas  où  Ton  aura  à  allei 
chercher  Peau  à  de  grandes  profondeurs. 

(876)  Les  sources  intermittentes,  les  puits  à  On 
et  a  reflux,  et  beaucoup  d'autres  motoAes  încgpdi* 
rites  dans  les  ptienomèaes  hydranfiones  des  issoei 
naturelles  de  Tcav  à  la  surface  de  la  terre,  dépen* 
dent  d*acc'Kients  locaux  ,  tels  que  rinterposîtioo  de 
siphons,  de  cavités  et  d'autres  causes  de  trop  |»e« 
d*m)portauce  pour  que  nous  en  ayons  déjà  dû  fain 
mention  dans  les  coups  d'œil  généraux  que  nous  Te* 
nous  de  jeter  sur  les  causes  auxquelles  les  sooroet 
doivent  leur  origine. 

(877)  Le  docteur  Daubeny  a  fait  voir  qu*un  grand 
nombre  de  sources  thermales  les  plus  fréguenlÀï^ 
sortent  de  tissures  situées  sur  les  grandes  bgiies  de 
dislocation  des  couches.  —  Daubeny  ,  on  fkertaa 
springs.  {Edimb,  Phil,  Journal,  avril  1832,  p.  41^*) 

Le  professeur  Hoffmann  a  fait  voir  que  Ton  a\'ail 
des  exemples  de  ces  Ossures  situées  dains  Taie  àt 
vallées  (Vélémtion^  et  donnant  naissance  à  drs  caoi 
ferrugineuses  à  Pyrmont  et  dans  d*auln^  vallées  Je 
la  Wosrphaiie. 


IttI 


PLI 


ET  DE  TALEONTÛLOGIE. 


Pli 


liii 


la  mer  sout  dans  de^  j[roportions  si  parfaites, 
<]ue  l'évaporation  qui  se  fait  à  la  surface  de 
1  une  suflit  à  alimenter  d*eau  la  surface  de 
Tauire,  saas  que  la  première  en  soit  elle- 
même  appauvrie  ;  Tatmosphère  a  élé  inter- 
posée [  our  être  le  Yéhicule  de  cette  ma^ni- 
nque  et  incessante  circulation  ;  dans  cette 
évaporation,  les  eaux  sont  séparées  de  leur 
5ol  qui,  d*une  utilité  majeure  pour  la  con- 
server à  Tétat  de  pureté  dans  ia  mer,  les 
rendait  impropres  au  soutien  de  la  vie  dans 
les  animaux  et  les  végétaux  terrestres  :  ainsi 
puriGées,  et  versées  par  les  nuages  sur  la 
surface  de  la  terre,  elles  y  répandent  lalion- 
dance,  et  elles  j  alimentent  ces  réservoirs 
inépuisables  d  où  elles  retournent  par  les 
sources  et  le^  rivières  à  leur  océan  natal.  N'jr 
a-t-il  pas  dans  cette  ensemble  de  faits,  tant 
de  preuves  d'une  harmonie  de  moyens  avec 
leurs  Gns,  d*une  sagesse  providentielle,  de 
desseins  pleins  de  bienveillance  et  d*unc 
puissance  iufinie,  qu'il  faudrait  être  atteint 
oe  folie,  pour  n'y  pas  reconnaître  la  preuve 
des  attributs  les  plus  élevés  du  créateur  ?  » 
(BccKLAKO,  Leçon  inaugurale^  1819,  p.  là.) 

Notice  sur  le  puits  artésien  de  Grenelle. — 
Lorsqu'en  Iffîi,  M.  Péligol,  l'un  des  admi- 
nistrateurs des  hospices  do  Paris,  eut  la 
pensée  de  tirer  parti,  dans  l'iutérèt  de  son 
administration,  des  sources  minéraleS|  dès 
longtemps  abandonnées,  d*Enghien,  il  sentit 
la  nécessité  de  s  assurer,  avant  tout ,  d'eau 
potable,  il  fit  venir  de  l'Artois  un  atelier 
d*ouvriers  sondeurs  qui  forèrent,  avec  une 
peine  que  nulle  difficulté  ne  justifiai tdj^ns  un 
terrain  d'alluvion,  le  premier  puits  dit  arié^ 
sien^  des  environs  de  Paris»  celui  qui  se  voit 
dans  le  grand  jardin  des  bains  crfinghien. 
M.  Mulot,  serrurier  jusqu'alors,  et  étranger 
à  l'art  du  sondage,  habitait  à  Epinay  ;  il  mit, 
à  voir  creuser  ce  puits,  un  intérêt  extraor- 
dinaire, et  dès  lors  sa  vocation  lui  fut  révé- 
lée. Autrefois,  le  Corrège,  devaut  un  tableau 
de  Raphaël,  s'était  écrié  avec  une  noble  con- 
fiance en  lui  :  Et  moi  aussi  je  suis  peintre  ! 
M.  Mulot,  devant  l'œuvre  des  Artésiens, 
semble  s'être  dit  :  Et  moi  aussi  je  suis  <ofi- 
deur!  il  exécuta  sur-le-champ  le  second  son 
dage  de  la  contrée,  à  Eçinày  même,  pour 
niaciame  la  marquise  de  droslier,  femme  res- 
pectable, qui,  en  produisant,  comme  il  de- 
vait l'être,  cet  habile  sondeur  en  germe,  a 
acquis  tant  de  droits  à  la  reconnaissance  de 
l'industrie  artésienne.  Quant  à  M.  Mulot, 
son  début  fut  un  succès,  et  c'est  en  creusant 
le  moindre  cuits  de  France,  qu'il  préluda  à 
l'œuvre  de  Grenelle,  gigantesque  par  sa  pro- 
fondeur, merveilleuse  par  son  produit,  et 
qu'il  y  attacha  un  nom  qui,  désormais,  ne 
périra  pas  plus  que  l'œuvre. 

Ce  que  la  nature  £ait  jar  son  essence 
même,  dans  l'émission  des  eaux  souterrai- 
nes, l'art  peut  souvent  l'obtenir  aussi.  Dans 
le  sujet  que  nous  traitons,  il  peut  percer  la 
terre  jusqu'aux  couches  intérieures  entre 
les^juelles  l'eau  circule,  et  lafaire  jaillir  jus* 
qu'au  niveau  du  sol,  où  cçs  couches,  expo- 
sées au  contact  de  l'air,  ont  reçu  l'eau  du 
ciel  sous  la  forme  de  neige,  de  pluie  ou 


d'eau  courante,  qui,  originairement,  vient  au 
ciel  aussi.  En  effet,  malgré  tous  les  systèmes 
qui  ont  élé  émis  pour  expliquer  la  source 
des  fontaines  en  général  et  celle  des  puits 
forés  en  particulier,  l'eau  du  ciel  seule  est 
cette  source  cherchée  ou  rêvée  ailleurs  par 
quelque  mauvais  physiciens  ou  par  des  écri- 
vains systématiques. 

La  pluie  est  donc  la  vie  de  tout  ce  qui  res- 
pire. L'homme,  l'aniical  et  la  plante  en  ab» 
sorbent  une  partie,  réva|»oralion  une  autre, 
et  l'infiltration  absorbe  le  reste  de  ce  qui  ne 
forme  pas  les  fleuves,  les  lacs  et  les  mers. 

Pour  ne  traiter  que  de  l'absorption  des 
eaux  pluviales  par  la  terre,  el2e  s'opère  lors- 
que ces  eaux  tombent  ou  passent  sur  des 
couches  terrestres  aptes  à  les  retenir,  telles 

3ue  celles  de  rochers  à  fissures  nombreuses, 
e  craies  fendillées,  de  sables  perméaliles. 
Le  globi  est  composé  de  couches  successi- 
ves, de  substances  et  de  densités  diverses, 
et  un  espace  de  temps  quelquefois  considé- 
rable s'est  écoulé  entre  la  formation  decha.- 
cune  dVIIes.  Si  nulle  révolution  n'avait  in- 
terromi'iu  l'ordre  suivant  lequel  s'est  opéré 
ce  grand  travail  d'enfantement ,  voici  com- 
ment on  trouverait  ces  couches  rangées  par 
toute  la  terre  :  les  terrains  primitifs  ou  le 
noyau  central,  les  terrains  secondaires  et 
les  terrains  tertiaires. 

.  «  Les  terrains  primitifs ,  dit  M.  Arago 
(Annuaire  1833, 1834),  sont  peu  ou  rarement 
stratifiés^  c'est-à-dire  par  couches.  Les  fentes 
des  rochers  granitiques,  les  crevasses  qu: 
séparent  chaque  masse  de  la  masse  contiguè 
ont,  en  général,  peu  de  largeur  et  peu  de 
profondeur ,  et  communiquent  rarement 
entre  eWes.  Dans  ces  terrains,  les  eaux  d'in- 
filtrations ne  doivent  donc  avoir  que  des 
trajets  souterrains  très-bornés.  Chaque  filet 
liquide  achève  son  cours,  pour  ainsi  dire 
isolément  et  sans  se  fortifier  par  l'addition 
de  filets  voisins.  En  effet,  dans  ces  terrains, 
les  sources  sont  très-multipliées,  mais  elles 
sont  faibles  et  sourdent  toutes  à  de  petites 
distances  de  la  région  de  laquelle  l'infiltra- 
tion des  eaux  pluviales  s'est  opérée.  Ce  ne 
serait  donc  pas  là  qu'il  faudrait  aller  cher* 
cher  des  sources  jaillissantes. 
.  «  Les  terrains  secondaires  sont  composés 
de  diverses  espèces  de  rochers.  Ils  affecteni, 
en  général,  la  forme  d'immenses  bassins; 
c'est-à-dire  qu'après  avoir  été  de  niveau  dans 
une  grande  étendue,  ils  éprouvent  une  dé- 
pression au  centre  et  se  relèvent  aux  extré- 
mités, de  manière  à  circonscrire  la  nartie 
horizontale  dans  une  enceinte  de  collines 
ou  de  montagnes.  Les  roches  secondaires 
sont  disposées  par  couches,  dont  certaines 
souvent  fort  épaisses,  se  composent  de  sables 
en  partie  désagr^és  et  trés-perméables.  Ces 
couches  perméables,  en  se  relevant  vers  les 
extrémités  des  bassins,  se  présentent  à  nu 
sur  les  flancs  des  collines  et  des  montagnes. 
Les  eaux  pluviales  y  forment,  par  infiltra- 
tion, des  nappes  liquides  continues,  qui,  lors- 
que les  coucnes  ont  une  forte  déclivité,  doi- 
vent se  mouvoir  avec  vitesse  vers  les  parties 
liasses.  Parmi  les  terrains  secondaires,  il  er 


i^^ 


PUI 


DICTIONNAUIË  DE  C0SM6G0NIS 


PUI 


m; 


est  tilt,'  le  calcaire  crajcux,  qui  est  sillonné 
dans  tous  les  sens,  et  particulièrement  dans 
ta  partie  supérieure,  par  des  millions  de  fis- 
sures. Les  eaux  pluviales  peuvent  donc  le 
traverser  avec  facilité  quand  elles  Tattei- 
gnent,  et  circuler  dans  sa  masse  jusqu^aui 
-plus  grandes  profondeurs;  c'est  dans  un  ter- 
rain do  cette  nature  qu*ont  été  forés  les  puits 
•dei^buen  et  celui  de  Grenelle. 
^  «I  Les  terrains  tertiaires  sont  stratiflés, 
.c'est-à-dire  composés  d'un  nombre  plus  ou 
moins  considérable  de  couches  superposées 
et  séparées  les  unes  des  autres  par  des  joints 
nets  et  bien  tranchés.  Comme  les  terrains 
secondaires  sur  lesquels  ils  posent,  ils  ont 
la  forme  de  bassins  ,  mais  en  dimensions 
d'ordinaire  moins  étendues,  et  ils  doivent 
^ussi  cette  forme,  ou  le  plus  souvent  du 
j&oins,  au  redressement  les  couches.  C'est 
en  se  redressant  ainsi  que  les  éléments 
«constitutifs  des  terrains  tertiaires  ont  fonné 
la  i)ordure  de  coteaux  et  de  collines  qui  les 
entourent. 

fi  Dans  l'acte  du  redressement  de  la  masse 
totale  de  ces  terrains,  toutes  ces  couches,  le 
plus  ordinairement,  se  déchirent,  se  mor- 
cellent; il  en  résulte  qu'elles  sont  a  nu  et 
qu'elles  se  montrent  au  jour  sur  les  flancs 
et  lesC  sommets  des  collines.  Dans  fa  série 
de  couches  de  diverses  natures  qui,  ran- 
gées en  tout  lieu  suivant  un  ordre  cons- 
tant, composent  les  terrains  tertiaires,  se 
trouvent  à  plusieurs  étages,  des  couches 
de  sables  perméables ,  que  les  eaux  plu- 
viales parcourent,  d'abord  dans  la  partie 
très-inctinée  en  vertu  de  la  pesanteur  du  li- 
quide, ensuite  dans  les  branches  horizon- 
tales, à  raison  de  la  pression  exercée  par 
l'eau  que  les  portions  relevées  des  coucnes 
.n*ont  pas  encore  laissé  écouler.  11  faut 
donc  s'attendre»  en  chamie  localité,  h  trou- 
ver au  sein  du  massii  tertiaire  autant  de 
n^ippes  liquides  souterraines  qu'on  y  comp- 
tera d'étages  distincts  de  couches  sablon- 
neuses reposant  sur  des  couches  imperméa- 
bles. 

'  «  Les  terrains  tertiaires  sont  plus  aptes 
-que  les  autres  à  l'établissement  des  puits 
artésiens,  par  ce  qu'ils  contiennent  toujours 
h  leur  base  des  couches  de  sable  surmon- 
tées d'argiles  imperméables,  et  parce  qu'ils 
sont  moins  sujets  que  les  terrains  plus  an- 
ciens aux  phénomènes  de  dislocation  qui 
ilérangent  l'harmonie  de  l'hydrographie 
souterraine.  Les  couches  y  sont  plus  faciles 
à  observer.  Si,  du  centre  d'un  bassin  hj'- 
drographique,  on  s'élève  en  suivant  une 
marche  ihverse  à  celle  de  la  pente  des  eaux , 
on  voit  que  le  pays  s'élève  aussi,  et  l'on 
peut  compter  les  affleurements  des  couches 
successives  de  tous  les  dépdts  superposés. 
Ces  affleurements  sont  visibles  sur  une  tra- 
versée d'autant  plus  large  que  les  couches 
seront  plus  puissantes  ou  moins  inclinées. 

«  Au  sein  des  massifs  minéralogiques,  il 
y  a  tantôt  plusieurs  nappes  liquides  super- 
posées et  a  peu  près  stationnaires,  tantôt 
des  nappes  d'eau  courante,  véritables  ri- 
vières souterraines,  qui  souvent  circulent 


avec  rapidité  dans  oes  intervalles  compris 
entre  certaines  couches  imperméables,  in- 
tervalles  que  l'eau  se  fait  elle-même  en 
désagrégeant  les  sables  et  en  led  entraînant 
en  ))artie.  y 

J'ai  dit  que  l'eau  C/Ourante  a  la  surbt» 
de  la  terre  contribue  à  ^a  formation  des  ré* 
servoirs  intérieurs  et  je  le  redis,  parce 
qu'ordinairement  on  ne  le  fait  point  remaN 
quer.  En  effet,  les  rivières,  dans  le  lit  où 
elles  coulent,  rencontrent  nécessolretnent 
les  affleurements  de  qmelques  coudies  de 
sabler  ou  de  craie.  £h  bien,  elles  s'y  inGI- 
trent  nécessairement  aussi ,  et  souvent 
même  elles  y  disparaissent  sans  retour.  Les 
exemples  de  ces  faits  sont  par  centaines.  11 
y  a  donc  de  l'eau  en  abondance  dans  l'in- 
térieur des  terrains  secondai res*et  tertiaires. 
Mais  par  quelle  force  jaillit-elle  au  dessus 
du  sot  au  commandement  de  rhomtne? 
M.  Arago  va  nous  l'expliquer  avec  sa  luci- 
dité ordinaire 

<(  Si  l'on  verse  de  Peau  dans  un  iujan 
recourbé  en  forme  d'U,  dit  le  savant  |Wj- 
sicien,  elle  s'y  met  de  niveau  et  se  maintient 
dans  les  deux  branches  k  des  hauteurs  ver- 
ticalai  exactement  égales  entre  elles.  Su[v 
posons  que  sa  branche  gauche  communique 
par  le  haut  à  un  réservoir  qui  puisse  l'en- 
tretenir constamment  pleine;  que  la  bran- 
che droite  soit  coupée  par  le  bas;  qu'il  n'en 
reste  qu'une  partie  courbe,  mais  dirigée 
verticalement,  et  que  celle-ci  enfin  soit  fer- 
mée par  un  robinet  :  lorsque  ce  robinet  sera 
ouvert  l'eau  s'élancera  en  l'air  par  le  tron- 
çon de  la  branche  coupée  de  droite,  jusqu'à 
la  hauteur  où  elle  s'élevait  auand  cette  bran- 
che existait  tout  entière.  Elle  remontera  de 
la  quantité  dont  elle  était  descendue  k  partir 
du  niveau  du  réservoir  qui  alimente  sans 
r^sse  la  braache  opposée. 

«  Les  deux  hypothèses  ont  été  réalisées  en 
grand  :  la  première  dans  les  $outérai\  des 
Turcs  et  dans  la  plupart  des  conduits  ser- 
vant à  distribuer  les  eaux  d'une  soorre 
élevée  aux  différents  étages  des  maisons 
d'une  ^ille;  la  seconde,  dans  les  conduits 
souterrains  destinés  à  former  des  jets-<i'eaa 
dans  les  jardins  d'agrément. 

•c  Lorsque  les  anciens  voulaient  amener 
l'eau  d'un  coteau  sur  le  coteau  opposé,  i^s 
construisaient  à  grands  frais ,  dans  la  vallée 
intermédiaire,  des  ponts  aqueducs.  Les  Turcs 
résolvent  le  problème  d'une  manière  plus 
économique.  Ils  établissent,  le  long  do 
penchant  du  coteau  d'où  part  la  source,  un 
conduit  descendant  qui  traverse  ensuite  1^ 
vallée  et  qui  remonte  la  pente  du  second 
jusqu'à  la  hauteur,  très  a  peu  près,  d'no 
elle  est  descendue.  » 

Maintenant  arrêtons  le  conduit,  suitavao 
la  vallée,  soit  au  milieu,  soit  même  sur  le 

f penchant  du  côte  opposé,  et  n'offrons  ao 
iquide  dont  il  est  rem()li  qu'une  issue  re- 
courbée vers  le  ciel  :  il  jaillira  verticalement 
et  d'autant  plus  naut  que  la  source  alimeo^ 
taire  sera  plus  élevée.  C'est  un  souléric 
qui  partant  du  haut  du  jet  de  Grenelle,  t^ 
*K)rte  l'eau  sur  la  mon'agne  Sainte-Ce»^ 


4fî5 


PUI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


pm 


122$ 


TÎève  ;  c'est  un  soutérazif  dont  le  réservoir 
est  sur  les  hauteurs  de  ChaiUot,  qui  donne 
le  grand  jet  des  Tuileries  ;  c'est  un  dfmi- 
^ota^azt  ascendant  qui»  à  l'aide  d'une  pompe 
foulante,  élève  jusqu'à  l'aqueduc  de  Marfy, 
f  eau  prise  dans  la  Seine  pour  les  besoins 
de  Versailles. 

«  Rappelons-nous  maintenant  la  manière 
dont  la  pluie  pénètre  dans  les  couches  per- 
oméables  des  terrains  stratifiés  ;  n'oublions 
•pas  que  c'est  seulement  sur  le  penchant  des 
collines  ou  à  leur  sommet,  que  ces  couches 
:se  montrent  à  nu  par  leur  tranche;  que  là 
•est  leur  prise  d'eau  ;  que  ces  couches  aqui* 
fères,  après  être  descendues  le  lonç  du  flanc 
•des  coinnes  qui  les  brisèrent  jadis  en  les 
soulevant,  s'étendent  horizontalement,  ou  à 
peu  près,  dans  les  plaines;  qu'elles  sont 
.souvent  comme  emprisonnées  entre  deux 
couches  imperméables  de  glaises,  d'argiles 
ou  de  roches;  et  nous  concevrons  l'exis- 
tence de  nappes  liquides  souterraines,  qui 
retrouvent  naturellemeut  dans  les  condi- 
tions hydrostatiques  dont  les  tuyaux  de 
conduite  ordinaires,  dont  les  soutérazinous 
offirent  des  modèles  artificiels  ;  et  un  trou  de 
:sonde  pratiqué  dans  les  vallées,  à  travers  les 
terrains  supérieurs  jusques  et  y  compris  la 
plus  élevée  des  couches  imperméables  en- 
tre lesquelles  une  nappe  aquifère  est  ren- 
:fermée,  deviendra  la  seconde  branche  da 
tuyau  en  forme  d'D  proposé  pour  eiemple, 
eu,  si  l'on  veut,  d'un  soutérazi.  Le  liquide 
s'élèvera  dans  ce  trou  de  sonde  à  la  hauteur 
que  la  nappe  correspondante  conserve  sur 
(es  flancs  de  la  colline  où  elle  a  pris  nais- 
sance. Alors  on  concevra  comment,  dans 
«o  terrain  horizontal  donné,  les  eaux  sou- 
terraines, planées  à  divers  étages,  peuvent 
avoir  des  forces  ascensionnelles  difi'erentes  ; 
alors  chacun  s'expliquera  pourquoi  la  même 
nappe  jaiHit  ici  à  une  hauteUt,  tandis  que 

t)lus  loin  elle  ne  monte  pas  jusqu'à  la  sur- 
àce  du  sol.  De  simples  inégalités  de  niveau 
<]eviendront  les  causes  suffisantes  de  toutes 
ces  dissemblances.  » 

Il  faut  dire  cependant  que  la  f^ure  de 
1*C,  excellente  pour  démontrer  sur  le  tableau 
noir  le  mécanisme  du  simple  jet  d'eau,  ne 
suffit  pas  pour  rendre  raison  de  l'ascension  de 
l'eau  dans  le  puits  foré.  Le  grand  dispensateur 
des  eaux  du  ciel,  ^t  omaM  appendtt  in  mm- 
Mura^  quando  tfond}al  fluviiê  tegem^  ne  trace 
pas  de  simples  U  dans  la  terre.  Dieu  fait 
descendre  partout  la  rosée,  il  fait  pleuvoir 

Krtout,  et  conséquemment  sur  tous  les 
nls  relevés  d'un  bassin  géologique  :  les 
couches  perméables  de  ce  t)assin  viennent, 
«!ommé  les  autres,  affleurer  le  sol  :  elles  re- 
çoivent et  transsudent  donc  par  tous  leurs 
pores  l'eau  des  rivières,  des  lacs  et  des 
étangs  qui  se  perdent  en  tout  ou  en  partie, 
et  l'eau  fluviale  qui  tombe  sur  la  tranche 
nue  qu'elles  montrent  au  sommet  des  bords 
du  bassin. 

Par  exemple,  un  lieu  donne  étant  le 
centre  d'un  bassin  tertiaire  semblable,  ins- 
crit dans  un  espace  considérable  et  à  peu 
près  circulaire,  toutes  les  eaux  qui  tombe- 


ront, toutes  les  rivières  qui  couleront,  tous 
les  lacs  qui  reposeront  sur  la  surface  des 
terrains  sablonneux  de  ce  cercle,  arriveront 
par  infiltration  au  fond  de  en  bassin.  Ces 
eaux  s*y  amasseront  sans  pouvoir  jamais  re- 
monter au  niveau  du  sol.  Mais  qu'en  un  lieu 
quelconque  de  la  superficie  du  bassin  on 
pratique  un  sondage  jusqu'à  la  couche  per- 
méable de  sables  et  de  pierrailles,  qui  est 
imprégnée  de  liquide  à  la  manière  d'une 
éponge,  l'eau,  poussée  vers  le  centre  du 
bassin  par  sa  pesanteur  propre  et  par  le 
poids  de  l'eau  qui  s*accumule  sans  cesse 
derrière  elle  et  sur  elle,  se  soustrait  néces- 
sairement à  celte  double  pression  par  le  pas* 
sfl^e  perpendiculaire  que  la  sonde  lui  aura 
of&rt,  et  elle  remontera  dans  ce  trou,  et 
même  dépassera  son  orifice  pres()ue  à  la 
hauteur  de  celui  des  bords  du  bassin  qui  est 
le  moins  élevé. 

Afin  d'épuiser  ce  que  l'od  peut  dire  sur  le 
mécanisme  de  Tascension  de  l'eau  dans  un 
puits  foré,  donnons  ici,  tout  en  demandant 
grâce  pour  quelques  redites  inévitables,  un 
exemple  en  petit  de  ce  que  c'est  qu  un  bassin 
géologique. 

Supposons  un  de  ces  vases  qu'en  chimie 
on  nomme  capsuUê;  qu'il  soit  le  plus  grand 
et  le  plus  évasé  possible,  et  que  ses  bords 
soient  festonnés  par  des  dentelures  plus  ou 
moins  égales  et  profondes.  Mettons  au  fond 
de  ce  vase  une  légère  couche  de  sable;  po- 
sons^sur  ce  sable  une  seconde  capsule  d'une 
moindre  dimension,  et  dont  les  bords  soient 
moins  élevés  aussi  que  ceux  de  la  première; 
emplissons  de  même  avec  du  sable,  et  ius- 
qua  l'affleurement  des  deux  capsuliis,  l'in- 
tervalle qui  les  sépare,  et  nous  aurons  là 
une  couche  perméable*  entre  deux  couches 
imperméables.  Opérons  aussi  avec  une  troi- 
sième, on  aura  deux  couches  perméables 
entre  trois  imperméables,  et  ainsi  de  suite; 
et  toujours  en  diminuant  leurs  dimensions 
et  en  abaissant  leurs  bords, dentelés,  nous 
aurons  alors  un  bassin  géologique  en  relief, 
avec  ses  inégalités  de  surface  et  sa  dépres- 
sion au  centre. 

Représentons-nous  ensuite  notre  relief 
comme  placé  sous  un  réservoir  d'eau,  d'où 
le  liquide,  sortant  en  quantité  et  à  inter- 
valles inégaux,  ainsi  que  la  pluie  tombe, 
passe  au  travers  d*un  tamis,  et  se  répand 
tantôt  sur  toute  la  surface  du  bassin,  et  tan- 
tôt sur  une  partie  seulement.  Cel'e  eau  pé- 
nétrera peu  à  peu  les  couches  de  sable  : 
par  son  poids,  elle  descendra  au  fond  d  c.^ 
capsules,  et  les  pénétrera.  Retenue  entre  1  e 
capsules  qui  sont  imperméables,  elle  n*aur. 
plus  c|u'un  mouvement  passible,  celui  d'os  - 
cillation,  c'est-à-dire  d'ascension  et  d*at>aiss  e 
ment  alternatifs,  selon  qu'il  aura  ou  au'ii 
n'aura  point  plu  de  tel  ou  tel  autre  côte  d  u 
bassin  :  mais  la  nappe  liquide  sera  toujours 
au  même  niveau  dans  tout  le  pourtour  des 
couches  perméables  dont  l'U  ne  représente 
réellement  qu'une  coupe  verticale. 

Si  la  pluie  continue  au  point  que  les  cou- 
ches perméables  ne  puissent  plus  rien  absor-" 
ber,  l'eau  en  débordera,  et,  se  répandant  ^ 


DlGTlOHIf.   DE  CoSMOGeniB  ET  DK  PÀl.6o?ITOL06fS, 


39 


«227 


PUI 


DICTiONNAlKE  DK  COSMOGONIE 


PUI 


i±^ 


la  surface  du  bassin,  elle  y  circulera  en  ruis- 
seaux cl  en  rivières,  enlrc  les  dentelures  des 
capsules  ou  couches  imperméables,  dentelu- 
res qui  représentent  la$  vallées  par  lesquel- 
les toute  eau  qui  n*«  point  été  évaporée  ou  in« 
ilUrée  se  rend  à  la  mer. 

Maintenant,  dohhohs  un  coup  dé.  sdride 
en  quelque  li^u  do  la  surface, de  uotre  bas- 
sin que  ce  soit,  et  poussons  Tinstrument  jus*» 
qu'au  fond  de  celle  des  capsules  où  nous 
croirons  trouver  le  ieî  qui  nous  conviendra 
le  mieux  \^0VL^  son  élévation,  3on  abondance 
et  le  degré  de  température  de  son  eau;  et 
cette  eau,  sauf  les  anomalies  possibles,  en 
sortira  forcémjeat  L)ar  le  tuyau  que  nous  Iiii 
aurons. envoyé.  Elfe  montera,  parce  qu  elle 
est  prisonnière,  et  elle  est  captive,  parce 
qu'elle  a  à  supporter  le  poids  de  Teau  qui 
pèse  sur  elle  de  toutes  les  parties  supérieu- 
res de  la  couche  perméable  et  qui  la  con- 
traiui,  par  conséquent,  à  entrer  dans  la  voie 
que  nous  lui  avons  ouverte,  et  où  elle  n'a  à 
vaincre  que  le  poids  infiniment  moins  lourd 
de  la  colonne  atmosphérique. 

Je  n'ai  pas  pu  dire  Icconomie  générale 
d'un  bassin  géolottque,  sans  avoir  fait  con- 
naître, en  particuaçr,  la  aisposition  du  bas- 
sin dans  lequellepiiitsde  Grenelle  a  été  foré» 
et  dont  la  sonde  a  mis  au  jdur  la  composition 
que  voici  : 

1»  Un  tèrraîh  imiMre  ou  supercré- 
ucé,  formé  do  t^rre  d*aSluvion  ou 
(te  iranspôri,  de  sables,  de  lignites 
pyriteux,  de  mamss,  d*argiies 
bleues,  jaiMiei»,  etc. 

i""  Une  grande  masse  de  craie  blan- 
che ,  altcrheni  avec  tics  bancs  de 
silex  pyroinaques  très-durs. 

5*  Une  craie  gnsè  ou  tufïoaû,  sans 
silex,  très-dui-c  par  places  et  irès- 
diflicile  à  percer. 

êi*  Une  craie  blenâire  k  pvrites  fer- 
rugineuses, craie  venlàtre  argi- 
leuse. 

5*  Une  argile  wcldiennc,  un  sable 
vert  argileux,  nommé  sable  du 
gauU,  un  sable  argileux  avec  corçs 
organisés  fossiles,  tels  que  véné> 
ricardcs  ;  ammonites ,  peignes  , 
gryphées,  dents  de  Squales,  etc.        4â 

K48  mètres. 

Selon  l'usage  des  ingénieurs -sondeurs, 
M.  Mulot,  pendant  le  forage  de  l'abattoir, 
avait  consprvé,  dans  un  casle^,  un  spécimen 
de  chacune  dçs  terres  que  sa  sondé  traver- 
sait, et  dont  il  avait»  avec  soin,  constaté  là 
nature  et  noté  les  épaisseurs,  M.  Bizet,  con- 
servateur des  abattoirs,  homme  d'esprit  et 
de  goût>  eut  un  jour  l'ingénieuse  pensée  dé 
réunir  ce&  fragments,  et,  en  les  rétablissant 
les  uns  $u^  les  autres  dans  leur  ancien 
ordre  géologique,  d'eu  composer  le  plan  en 
relief  d'uû  vide,  jç  veux  dire  du  puits  de 
Grenelle.  Il  fit  souffler  pour  cela  un  tube  ou 
colonne  cylindrique,  en  verre,  de  la  circon- 
férence d  une  pièce  de  5  francs»  et  haut  de 
5^8  millimètres,  c'est-à-dire  d'auXant  de  mil- 
limètres que  le  sondage  a  de  mètres,  comme 
lè  témoigne  une  échelle  métrique  qui  règne 


4lmèires« 


09 


25 


341 


extérieurement  dans  toute  la  hauteur  du 
tube.  Quand  ce  tube  eut  été  implanté  dans 
un  socle,  il  en  couvrit  le  fond  dun  fonddô 
glace  polie  pour  figurer  la  nappe  d*eau  arté- 
sienne. Sur  i'eau  ainsi  représentée,  il  Com- 
mença, à  l'aidé  de  M.  Mulot,  à lempHf  avec 
les  matières  extraites  du  puits,  mais  dans 
Tordre  inversé  à  celui  de  leur  extraction,  et 
en  se  conformant  aveô  scrupule,  pour  l'épais- 
seur de  chaque  couche,  a  Téchelle  tracée 
sur  le  verre,  et  aux  notes  de  lll.  Mulot,  véri- 
fiées par  M.  Elîe  de  Beaumont.  Ainsi,  sur 
la  couche  aquifêrè  posent,  cotnmé  dans  ia 
nature  : 

i**  Du  sable  ou  gravier  quartzettr  de  ht 
mince  couche  âquîfère; 

^^  Des  argiles  sableuses,  etc.; 

3^  De  la  craie,  etc.,  et  ainsi  de  éidtei  en 
remontant  jusqu*au  sommet  dé  M  colonne 
transparente,  dotit  là  couché  supérieure  est 
du  sable  pris  sur  le  sol  même  de  Taliàttoir, 

De  l'idée  de  faire  connaître  par  un  relief 
la  disposition  des  terrains  d'alluVîon  entra 
eut,  à  celle  d'assurer  la  perpétuité  à  ce  fra- 
gile monument  par  la  gravure,  il  n*y  avait 
qu'un  pas;  M.  Bizet  le  fit,  et  le  relief  désor- 
mais ne  périra  pas  tout  entier.  D'ailleurs, 
l'état  du  casier  de  M.  Mulot  ayant  permis  à 
M.  Bizet  d'eii  tirer  assez  de  matériaux  pour 
une  seconde  colonne,  il  Texécutâ  avec  un 
égal  succès,  et  il  l'offrit  à  M.  le  préfet  de  la 
Seine,  dans  les  appartements  de  qui  elle 
attiré  constamment  les  regards. 

La  géologie  est  forte  aujourd'hui  (f  à^sèz 
dç  faits  pour  que  l'on  puisse  à  son  aide 
juger  à  l'avancé,  d'abord,  si  l'on  doit  ou  non 
creuser  dans  un  lieu  donné,  et  c'est  une  obli- 

Satipn  de  probité ,  pour  un  ingénieur-son - 
eur,  d'être  bon  géologue;  ensuite,  pour  dé- 
terminer à  quelle  profondeur,  à  peu  près, 
on  rencontrera  la  nappe  jaillissante;  pour 
désigner  dans  leur  ordre  et  selon  les  locali- 
tés, la  nature  et  le  nombre  des  teirains  qu'il 
faudra  traverser;  pour  prévoir,  iusqu'à  un 
certain  point,  les  obstagies  que  1  on  aura  à 
vaincre;  pour  évaluer  la  hauteur  à  laquelle 
l'eau  jaSlira  ;  pour  calculer  le  degré  de  cha- 
leur qu'aura  cette  eau  à  soh  issue;  enfin, 
pour  obtenir,  en  creusant  plus  ou  moins,  un 
j$t  plus  ou  moins  élevé  en  hauteur  et  en 
température,  et  plus  ou  moins  approprié, 
par  conséquent  h  l'usage  qu'on  veut  Caire  du 
volume,  de  l'élévation,  de  la  chute,  de  la 
température,  etc. i  dé  Teau  fournie  par 
cejel. 

Les  forages  artésiens  ne  s^enfreprennent 
donc  plus  au  hasard.  On  m  cherche  plus 
d'eau  jaillissante  dai^s  des  lieux  oà,  par  la 
nature  du  sok  il  est  certain  d*avane^  que 
l'on  ne  saurait  en  trouver.  Par  exemple ,  à 
Grenelle,  tout  avait  été  préalablemeat  étudié, 
plusieurs  circonstances  essentielles  avaient 
été  prévues,  i'ea^  était  atteaduc.  âv/fot  que 
le  premier  coup  de  sonde  eût  ète  irappé. 

En  183?,  le  conseil  municipal^  p4aétré  de 
cette  vérité  que  la  capitale  manque  d'eau« 
non -seulement  pour  son  embelussemeiilff 
mais  encore,  ce  qui  est  plus  grave,  {lour  sa 
salubrité  et  jpour  les  U3ages  aeja  vie»  dé- 


'-TTÎ  . 


î^m 


l>UI 


ET  DR  PÀLEOM'OLOGffi. 


PUl 


1230 


cida  en  principe  aue  trois  pnits  artésiens  y 
^^craient  creusés  simulunément,  et  l'exécu- 
tion fut  confiée,  poor  celui  du  Gros-Caillou, 
:\  MM.  Flachat  frères;  celui  du  carrefour  de 
lleuiliy,  à  M.  Degousée,  et  celui  de  la  Ma- 
ddeine,  à  M.  Mulot.  Mais  ce  qui  a  droit 
ifétonner,  c'est  qu'il  ne  vota  que  6,000  francs 
pour  chacun  de  ces  sondages.  Celle  inexpli- 
cable parcimonie  eut  Tettet  qu'on  devait  en 
attendre,  elle  fit  avorter  sur-le-chatnp  le 
projet. 

M.  Hntot,  dont  la  sonde  s'était  déjà  exer- 
cée inutilement  jusqu'à  170  mètres,  à  Su- 
resses, chez  M.  de  Rothschild;  à  250  mètres, 
à  Châtres;  à  390  mètres,  à  Laon,  etc.,  dé- 
montra, par  sa  propre  expérience,  que  si 
l'on  ne  se  décidait  point  à  descendre  jus- 
qu'au-dessous de  la  craie  du  terrain  secon- 
daire, on  n'obtiendrait  jamais  une  source 
Jaillissante  de  quelque  abondance,  et  il  par- 
Tinl  à  convaincre  de  celle  vérité  M.  Em- 
rnery,  alors  ingénieur  en  chef  des  eaux  de 
Paris.  Le  préfet  de  la  Seine,  M.  de  Bondy, 
saisi  de  la  question,  prit  conseil  de  ta  science. 
Ik  s'adressa  à  M.  le  vicomte  de  Thury,  à  qui 
M.  Arago,  interprète  de  la  reconnaissance 

1>ut>tique,  se  p*aft  à  rendre  justice  en  rappe- 
ant  le  rftie  actif  qnf  1  joua  dans  la  croisade 
de  )â  science  artésienne  contre  l'ignorance 
et  l'apathie.  Le  magistrat  trouva  le  savant 
d*nn  sentiment  conforme,  dans  la  théorie,  à 
celui  que  le  sondeur  avait  émis  dans  la  pra- 
tique. Il  lui  demanda  un  rapport,  que  M.  de 
Thury  lui  soumit  en  effet,  et  dont  les  con- 
clusions savamment  déduites  étaient,  qu*on 
ne  trouverait  d'eau  jaillissante  dans  le  bassin 
géologique  de  Paris  qu'entre  500  et  550  mè- 
tres; et  nous  avons  déjà  vu  qu'obéissante 
aux  prévisions  de  la  science,  elle  a  paru 
à  5w  mètres.  Mais  le  conseil  municipal 
ne  se  rendit  qu'à  demi,  et  ne  vola  en- 
core que  100,000  francs  pour  un  perce- 
ment de  ^00  mètres.  C'était  trop  pour  un 
essai;  ce  n'était  point  assez  pour  obtenir  de 
l'eau.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  cinq  aballoirs, 
lieux  de  très-grande  consommation  d'eau, 
coûtaient  alors  à  la  ville  34,000  francs  envi- 
ror  par  année  pour  leur  approvisionnement; 
il  était  donc  naturel  que  radminislration 
commençât,  pour  alléger  ce  chapitre  oné- 
reux de  dépense,  par  forer  dans  1  un  de  ces 
at>attoirs  le  puits  projeté,  et  M.  de  Rambu- 
te^u,  successeur  de  M.  de  Bondy,  se  décida 
pour  celui  de  Grenelle. 

En  conséquence,  c'est  là  que,  dans  un 
bassin  existant  au  milieu  de  la  cour,  fut 
donné  le  premier  coup  de  sonde,  le  30  no- 
vembre ioâS,  par  M.  Mulot,  qui  avait  sou- 
missionné celte  ffrande  entreprise.  C'est  là 
qu'il  a  déployé  1  activité  q[ui  le  caractérise, 
an  milieu  des  mécomptes  inouïs  et  qui  du- 
rent souvent  troubler  son  sommeil. 

Le  cahier  des  charges  lui  permettait  de 
pousser  le  percement  jusqu'à  iOO  mètres, 
après  qu'il  en  aurait  obtenu  l'autorisation 
<]a  conseil  municipal.  A  la  fin  de  1835,  il 
C'tait  descendu  à  400  mètres  ;  mais  de  cette 
^jioque  même  datent  les  plus  terribles  mal- 
lieurs  que  sondeur  puisse  éprouver.  En  18&0, 


arrivé  à  500  mètres,  il  lui  fallut  solliciter 
une  nouvelle  autorisation  et  un  supplément 
d'allocation;  et  comme  rien  ne  vetiait  au 
gré  de  son  impatience,  M.  Mulot,  animé 
d'un  patriotisme  trop  rare  de  nos  jours,  dé- 
clara qu'il  poursuivrait  le  forage  à  ses  frais, 
et  il  reprit  sa  sonde.  îl  ne  lui  avait  été  al- 
loué à  grand'peîne  que  263,000  francs.  Il 
prit  presque  M,000  francs  sur  sa  propre  for- 
tune; il  était  prêt  à  dépasser  celle  somme; 
il  allait  peut-être  consommer  sa  ruine,  lors- 
que, le  26  février  1841,  enfin  l'eaii  vint;  et 
M.  Mulot  recueillit,  par  uri  succès  qui  dé- 

{)osail  en  faveur  de  sa  conviction  profonde, 
a  récompense  d'une  générosité  sans  analo- 
gue jusou'à  lui,  et  à  laqueile  nous  sommes 
redevables  d'un  monument  grand  par  lui- 
même,  autant  quHI  est  précieux  pour  l'exem- 
ple qu'il  lègue  à  l'avenir  de  l'industrie  arté- 
sienne. Cet  exemple,  en  effet,  prouve  que, 
partout  oû  Ton  voudra  percer  la  couche 
de  craie  dans  les  gisements  où  Ton  saura 

au'elle  repose  sur  hne  succession  alternanle 
'argiles,  du  gault  et  de  sa|}Ies,  oh  trouvera 
l'eau  jaillissante.  Pourquoi  ne  reprendrait-on 
pas  alors  les  sondages  abandonnés  deTroyes, 
de  ChAlellerault,  de  Sainl-André  (Eure),  de 
Chartres,  de  TEcole-MiJi taire,  etc.?  Qui  sait 
si,  dans  certains  dé  ces  son<iages,  on  ne  s'est 
point  arrêté  lorsqu'il  n'y  avait  plus  que  quel- 
ques mètres  à  forer? 

Pendant  les  travaux,  le  public  s'occupa 
beaucoup  de  la  question  du  jaiflissemer>t. 
M.  Arago,  qui,  appuyé  sur  sa  haute  raison, 
n'a  cessé  un  instant  de  soutenir  dans  le  con- 
seil municipal  que  le  succès  du  puits  (ie 
l'abattoir  était  infaillible  si  l'on  avait  assi&z 
de  persévérance  pour  traverser  toute  la  cou- 
che de  craie  ;  M.  Arago,  à  qui  l'on  est  par 
conséguent  redevable,  non -seulement  de 
l'admirable  puits  obtenu,  mais  encore  de 
tous  ceux  que  la  cerlilude  d'obtenir  de  l'eau 
en  abondance  sous  la  craie  va  désormais 
faire  naître;  M,  Arago  avait  démontré,  par 
l'exemple  de^  forages  d'Elbeuf,  où  il  avait 
fait  élever  des  tubes  extérieurs  jusqu'à  la 
hauteur  de  25  à  27  mètrci,  que  si  l'on  ren- 
contrait à  Paris  là  même  nappe  d'eau,  elle 
arriverait  à  la  surface  dû  sol.  Il  ajoutait  : 
«  Si  d'un  puits  d'Elbeuf ,  qui  est  à  8  mèlres 
au-dessus  de  la  met",  l'eau  pouvait  s^élever 
de  ZD  à  27  mètres  au-dessus  du  sol,  ce  serait 
donc  à  33  ou  35  mètres  au-dessus  du  niveau 
de  l'Océan.  Or,  Paris  n'e$t  qu'à  31  mèlres 
au-dessus  de  ce  mênie  niveau»  En  tombant 
donc  dans  la  même  nappé,  Teau  montera 
au-dessus  de  la  surface  du  sol  paiisîeii^.  » 

Enfin,  M.  WalféWin  savant  physicien, 
qui  a  fait  avec  M.  Arago  (yimyortafilcs  ol)- 
servations  de  température  à  brenelle,  arri- 
vait à  la  même  conclusion  ]  ar  une  vôiç  dif- 
férente. En  lé39  (novembre),  il  informait 
J'Àbidémie  des  sciences  qu'il  s'était  mis  â  la 
recherche  de  l'un  des  points  dinfiltrationdes 
eau^,  c'est-à-dire  des  endroits  oîi  les  cou- 
ches argileuses  du  çaull  et  des  sables  verts 
inférieurs  à  la  craie  viennent  affleurer  la 
surface  du  sol.  Dans  la  pensv'c»  que  les  cours 
d'eau  superficiels  pouvaieni  ôlre  considérés 


1331 


PUI 


DICTIONNAIIŒ  DE  COSMOGONIE 


PCI 


mt 


lusqa'à  un  certain  point,  comme  indices  ex- 
térieurs des  cours  souterrains,  et  remontant 
la  pente  naturelle  que  suivent  les  eaux  à  la 
surface  du  sol,  et  qui  est  indiquée  par  le 
cours  des  sources  de  la  Marne,  de  la  Seine  et 
de  leurs  affluents,  il  avait  cherché  les  limites 
de  la  craie  dans  la  direction  du  S.-E.  de 
'  Paris;  et  dans  le  voisinage  de  Lusigny,  à  18 
kilomètres  au  delà  de  Troyes,  il  avait  ren- 
contré les  argiles  et  les  sables  verts  dans  les- 
quels se  forment  les  orifices  par  où  les  eaux 
commencent  à  s'infiltrer  et  a  donner  nais- 
sance à  la  nappe  d'eau  que  Ton  espérait 
trouver  à  Grenelle.  Or,  ce  point  est  d  envi- 
ron 100  mètres  plus  élevé  que  le  sol  de  l'a- 
battoir ;  et  tous  les  endroits  où  ces  sables 
verts  ont  été  observés,  tels  que  la  Charité 
(Nièvre),  Allichamps  (Haute-Marne),  Châ- 
teau -  Lavallière  (Indre-et-Loire) ,  Parigné 
(Sarthe),  etc.,  sont  dans  des  conditions  à 
peu  près  analogues.  Ainsi,  non-seule.nent 
il  y  avait  les  plus  fortes  probabilités  que  l'on 
trouverait  une  nappe  d  eau  entre  les  argiles 
inférieures  à  la  craie ,  mais  on  pouvait  pré- 
sumer aussi,  avec  toute  la  certitude  que 
comportent  les  données  physico  -  géologi- 
ques, gue  cette  eau  jaillirait  à  la  surface  du 
sol.  Disons  enfin  que  M.  Walferdin,  ayant 
rapporté  de  Lusigny  du  sable  vert,  que 
M.  Elie  de  Beaumont  y  avait  déjà  signalé, 
celui  qu'a  ramené  en  dernier  le  sondage  de 
Grenelle  lui  a  été  reconnu  absolument 
identique. 

Il  y  a  plusieurs  méthodes  de  forage.  Une 
des  plus  anciennes  est  celle  des  Chinois, 
({ui  n'ont  jamais  eu  de  puits  d'eau  douce 
jaillissante,  mais  qui  vont  chercher,  à  la 
corde,  de  l'eau  salée,  jusqu'à  500  ou  600 
mètres  de  profondeur.  Ce  procédé,  bon  dans 
un  terrain  de  roches  homogènes,  ne  con- 
vient point  à  la  conteiture  des  terrains  de 
l'Europe,  qui  sont  un  mélange  de  bancs  des 
matières  les  plus  disparates  et  les  plus  dures. 
Il  est  décrit  par  M.  l'abbé  Imbert,  mission- 
naire français ,  qui  réside  dans  la  province 
de  Kia-ting-fou.  {Ann.  de  la  propagation  de 
la  foi,  n"  16,  janvier  1829.)  Mis  en  pratique 
il  y  a  plusieurs  années  à  l'Ecole  Militaire, 
jusqu'à  200  mètres,  le  sondage  à  la  corde  a 
complètement  échoué. 
,  Toutefois,  M.  Corberon,  que  ses  succès 
en  Dauphiné  ont  rendu  justement  célèbre, 
les  obtient  par  le  sondage  à  la  corde,  modiûé 
et  perfectionné.    Les  trous    de  sonde  des 

Suits  artésiens  sont  maintenus  par  des  tubes, 
le  sont  ces  tubes  que  M.  Corberon  fait  des- 
cendre dans  le  trou,  à  mesure  qu'il  s'appro- 
fondit, et  qu'il  prend  pour  guides,  en  tenant 
l'extrémité  inférieure  du  dernier  tube  à 
quelques  centimètres  seulement  du  fona. 
Un  mouton  Ions  d'un  mètre  dépasse  à  peine 
le  tube  ou  colonne  qui  l'enrerme;  et  le 
reste  de  l'outil,  glissant  sur  cette  colonne, 
se  trouve  guidé  d'autant  mieux,  qu'il  s'y 
emboîte  presque  exactement. 

Par  une  heureuse  combinaison  du  pro- 
cédé chinois  à  la  corde  et  du  système  de 
M.  Corberon,  le  duché  de  Luxembourg  et 
la  Westnhalie  opèrent  des  sondages  profonds 


à  peu  de  frais  et  en  peu  de  temps.  Dans  cette 
méthode,  on  supprime  la  plus  grande  partie 
des  barres  en  fer ,  à  cause  de  leur  poids  et 
de  leur  rigidité,  et  on  les  remplace  par  des 
tiges  en  bois.  Au  lieu  de  fixer  invariable- 
ment le  mouton  au  reste  de  la  tige,  on  se 
contente  de  le  suspendre,  et,  adaptant  une 
sorte  de  coulisse  sur  cette  tige,  le  mouton, 
chaque  fois  qu'il  rebondit  et  par  le  coDtre- 
coup,  peut  glisser  dans  cette  coulisse,  sans 
soulever  la  tige  elle-même,  de  manière  que 
la  masse  principale  de  la  tige  reste  ï  peu 
près  immobile  à  chaque  choc. 

Le  puits  de  saline  de  Lessingen,  dans  le 
Luxembourg,  a  été  creusé  par  ce  procédé, 
il  y  a  quinze  ans,  par  M.  d'Oyenhausen, 
jusqu'à  575  mètres,  non  en  300  jours,  comme 
on  1  a  dit,  sans  doute  par  erreur,  mais  en 
900  jours.  Toutefois,  s'il  est  abandonné, 
comme  on  peut  le  conjecturer,  il  est  infini- 
ment plus  cner,  quoiqu'il  ait  coûté  peu,  que 
le  puits  de  Grenelle  qui  rapporte  beaucoup. 
Le  même  ingénieur  a  exécuté  en  Westpha- 
lie,  par  le  même  système,  et  pour  l'extrac- 
tion du  sel  aussi,  un  puits  de  6U  mètres  : 
il  n'a  coûté  que  178,800  fr.,  mais  il  n'est  pas 
tube.  Si,  de  ce  qu'a  coûté  le  puits  de  Paris, 
on  déduisait  la  dépense  occasionnée  par  le 
tubage ,  {)eut-ëtre  ne'  serait-il  pas  plus  cber 
que  le  puits  westphaiien. 

Le  forage  proprement  dit  a  été  employé 
seul  à  Grenelle,  comme  le  plus  en  usage  en 
Europe,  quoiqu'on  y  ait  fait  aussi  à  la  corde 
quelques  essais  que  la  nature  des  terrains  a 
rendus  infructueux.  Le  forage  consiste  à  ap- 
puyé r  fortement  des  outils  de  formes  diverses, 
niais  différents  du  mouton  contre  le  fond  du 
puits  et  à  les  faire  tourner  en  même  temps  sur 
eux-mêmes.  La  corde  ne  pouvant,  à  cause  de 
sa  flexibilité,  transmettre  à  l'outil  le  mou- 
vement de  rotation  et  tout  à  la  fois  le  pres- 
ser contre  le  fond,  on  l'a  remplacée  par  un 
manche  rigide  plus  long  que  le  puits  lui- 
même,  et  portant  à  son  extrémité  inférieure 
l'instrument  de  forage.  Ce  manche,  qui  fait 
saillie  hors  du  puits,  est  ce  qui  constitue  la 
sonde  artésienne,  qui  ainsi  se  compose  d'une 
série  de  tiges  de  fer  de  8  mètres  de  long,  eu* 
trant  l'une  dans  l'autre,  et  vissées  ou  bou- 
tonnées. C'est  à  l'extrémité  de  cette  tige, 
ordinairement  enfer  creux,  et  qui,  à  me- 
sure que  l'ouvrage  avance,  s'allonge  pir 
l'addition  d'autres  tiges,  qu'on  fixeVinstru- 
ment  que  l'on  veut  employer. 

Dans  les  terrains  sans  consistance,  tels 
que  l'argile,  c'est,  d'après  la  méthode  de 
M.  Mulot,  une  tarière  ou  cuiller,  cylindn' 
creux,  ouvert  par  le  bas  et  armé  d'un  ber. 
L'arçile  se  loge  dans  le  cylindre  pendant  sâ 
rotation,  et  est  ramenée  au  dehors. 

Dans  les  argiles  et  les  sables  rendus  pres- 
que liquides  par  l'eau  qui  les  délaye,  ou  a 
recours  è  une  cuiller  à  soupape,  cylindre 
semblable  au  premier,  mais  dans  l'inténeor 
duquel  se  trouVe  une  ouverture  d'un  dia- 
mètre moindre  que  celui  du  cylindre  lui- 
même  :  au-dessus  de  celte  ouverture,  ^ 
un  lourd  boulet  mobile  qui  Ja  ferme  exac- 
tement. Lorsque  la  cuiller  s'enfonce,  le  » 


1)33 


Pli 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


Ptl 


i&i 


ble,  pressé  par  le  poids  qn'elle  lui  impose, 
soulèTe  le  boulet  et  pénètre  dans  le  cylin- 
dre. UaiSy  dès  qne  la  sonde  a  cessé  de  tra- 
Tailler  et  qu'on  la  remonte,  le  boulet  retombe 
par  son  seul  poids  et  bouche  Toritice.  Alors, 
la  cuiller  monte  pleine,  et  on  la  yide.  On 
soutient  les  terres ,  pendant  le  forage,  par 
des  tubes  en  fonte,  en  tAle  et  surtout  en 
cuiTre^  emboîtés  Tun  dans  Tautre.  Mais, 
pour  Ic^r  ces  tubes,  il  fout  élargir  le  trou 
primitii  avec  l'écarrissoir,  cylindre  massif, 
garni  à  sa  surface  de  lames  de  fer  verticales, 
dont  l'effet  est  d'enlever  circulairement  les 
terres  et  d'obtenir  l'élargissement  voulu. 

Pour  enfoncer  les  tubes,  on  se  sert  d'un 
tampon,  cvlindre  muni  par  le  haut  d'uu  re- 
bord circulaire  :  le  tube  s'enchâsse  dans  le 
cylindre  jusqu'au  rebord  qui  l'arrête,  et  on 
le  descend  ainsi  dans  le  puits.  Nous  avons 
dit  que  les  tubes  allaient  en  diminuant  de 
diamètre,  depuis  le  haut  du  trou  de  sonde 
jusqu'en  bas;  si  donc  la  profondeur  dépasse 
les  prévisions  de  l'ingénieur,  le  diamètre 
des  tuyaux  inférieurs  devient  tellement  pe- 
tit, que  la  sonde  ne  peut  plus  manœuvrer  : 
alors,  il  faut  enlever  tout  le  système  de  tubes 
et  le  remplacer  par  un  autre  d'un  diamètre 
plus  fort.  L'instrument  à  retirer  les  tubes 
est  un  taraud  cylindrique  à  filet  triangu- 
laire qui  s'engage  dans  le  tube  et  permet 
de  le  retirer. 

Lorsque,  après  Avoir  traversé  le  terrain 
de  transport,  on  est  parvenu  à  la  craie  qui 
sépare  souvent  des  bancs  de  silex  pjroma- 
ç^ies  de  la  plus  grande  dureté,  la  résistance 
ne  peut  être  vaincue  que  par  le  t«*é^n.  Cet 
instrument  est  divisé,  à  son  extrémité  infé- 
rieure, en  trois  biseaux  de  longueurs  inéga- 
les :  celui  du  milieu  dépasse  les  deux  autres. 
Deux  sont  affilés  dans  le  même  sens,  et  le 
troisième  est  dans  l'autre,  de  manière  que 
dans  quelque  direction  que  le  trépan  tourne, 
ses  biseaux  agissent  sur  la  roche  et  la  ré- 
duisent en  fragments,  non  sans  qu  elle  ait 
opposé  une  râistance  qui  souvent  a  tordu 
les  tiges,  barres  de  fer  a  6  centimètres  d'é- 
paisseur, et  a  brisé  le  trépan. 

n  liiut  un  outil  spécial  presque  pour  cha- 
que nature  de  terrain.  Dans  les  calcaires 
crayeux,  on  a  recours  à  la  tarière  rubanée. 

Les  marbres,  les  ^rès  et  plusieurs  autres 
substances  réfractaires  sont  attaqués  par 
des  ciseaux  de  formes  variées,  parlabou- 
cbarde,  ou  par  la  poinle  de  diamant. 

thiand  le  trou  de  sonde  s'est  déformé  par 
les  éboulements,  on  lui  rend  sa  forme  cylin- 
I  drique  avec  l'alésoir  à  glaises  ou  l'alésoir  à 
*  roches. 

r  Lorsque  la  tarière  ordinaire  ne  peut  faire 
monter  certains  sables  ou  cailloux,  il  faut 
recourir  à  l'entonnoir  à  sables  ou  au  tire- 
honrre. 

Au  surplus,  chaque  sondeur  a  quelques 
outils  qui  lui  sont  particuliers.  On  trouve' 
dans  les  Annalei  de$  Mines,  t.  IV,  p.  315, 
une  intéressante  notice,  ornée  de  figures, 
fournie  par  M.  Degousée,  sur  des  outils  dont 
plusieurs  ont  été  inventés  par  ce  savant  in- 
^éoieur.et  qui  lui  sont  propre^;. 


Mais  aux  obstacles  naturels  viennent  sou- 
vent se  joindre  des  accidents  qu'on  ne  pou- 
vait prévoir  et  qui  arrêtent  tout  à  coup  le 
travail.  Par  exemple,  en  mai  1837,  la  sonde 
était  arrivée  à  plus  de  ^00  mètres,  lorsque 
la  cuiller,  surmontée  d'une  tige  de  320  mè- 
tres, tomba  au  fond  du  puits,  avec  une  com- 
motion et  un  bruit  si  terrible,  que,  dans  le 
voisinage,  on  crut  à  un  tremblement  de  ; 
terre.  Tout  fut  brisé  :  cependant  huit  jours  ' 
suffirent  pour  ramener  la  tige.  Mais  la  diffi-  î 
culte  de  retirer  la  cuiller  fut  prodigieuse. 
C*était  un  cylindre  du  diamètre  entier  du 
trou  de  sonde,  et  il  n'y  avait  aucun  moyen 
de  le  saisir.  Il  fallut  se  résoudre  à  élargir 
le  puits  dans  toute  sa  longueur  avec  Talé- 
soir,  et  à  sacrifier  neuf  mois  à  cette  opéra- 
tion. Enfin,  on  dégage  la  cuiller,  outil  long 
de  7  mètres  50,  des  débris  dont  l'alésoir  l'a- 
vait recouverte,  et  on  l'atteignit.  Cinq  mè- 
tres en  furent  détruits  avec  des  ciseaux  ou 
usés  à  la  lime.  Un  taraud,  inventé  par 
M.  Mulot  pour  la  conjoncture,  fit  une  vis  à 
l'extrémité  du  débris  qui  restait,  et,  quand 
ce  débris  fut  assez  solidement  vissé,  on  Tex- 
tirpa  enfin,  au  bout  de  quatorze  mois  d'en- 
sevelissement. 

En  avril  1840,  un  alésoir  à  lames  tomba  et 
s'enfonça  profondément  dans  la  craie  coow 
pacte.  Plusieurs  mois  furent  employés  à  faire 
un  vide  autour  et  à  le  retirer. 

Une  autre  fois,  ce  fut  une  cuiller  qui  sa 
détacha.  L'ingénieur,  fécond  en  ressources, 
n'en  continua  pas  moins  le  forage,  en  passant 
à  côté  de  l'obstacle  et  en  logeant  la  cuiller 
latéralement  dans  la  couche  argileuse  que 
le  sondaee  traversait  alors. 

Enfin  le  26  février  suivant,  la  sonde  tomba 
tout  à  coup  de  plusieurs  mètres.  M.  Mulot 
fils,  qui  était  présent  et  qui  pouvait  toujours 
redouter  quelque  nouveau  malheur,  s'écria  r 
La  sonde  est  cassée  encore,  ou  F  eau  va  jaillir^ 
Et,  en  effet,  on  vit  sortir  presque  aussitôt 
une  énorme  colonne  d'eau  froide  d'abord  et 
chaude  ensuite ,  oui ,  par  un  orifice  de  23* 
centimètres  au  sol,  donnait  plus  de  h  mil- 
lions de  litres  par  24  heures,  et  venait  d'une 
profondeur  de  548  mètres,  et,  par  consé- 
quent, de  517  mètres  au-dessous  de  la  mer. 

Des  accidents  aussi  multipliés,  et  que  peu- 
vent éprouver  tous  les  sondeurs,   seraient 
plus  que  suffisants  pour  justifier  celui  de 
Grenelle  du  reproche  de  lenteur  qu'on  lut 
a  quelquefois  adressé.  «  Une  fois  dans  la 
grande  masse  de  craie,  »  a-t-on  dit,  <r  l'opé- 
ration devait  marcher  toute  seule,  y»  Mais,.  | 
en  cela  même,  le  public  n'a  point  été  juste,  l 
parce  qu'en  effet  il  n'est  pas  tenu  de  savoir  ? 
que  cette  craie  est  entremêlée,  tantôt  de  • 
bancs  épais  et  nombreux  de  silex  pyroma- 
oues  dont  la  dureté  est  proverbiale,  tantôt 
de  dépôts  de  corps  organisés  fossiles,  égale- 
ment très-durs,  tantôt  enfin  de  terrains  cal- 
caires siliceux  que  les   outils  n'entament 
qu'à  grand'peine.  Dans  tous  les  cas,  il  v 
aurait  eu  équité,  de  la  part  de  ce  public,  a 
ne  pas  donner  huit  ans  h  un  travail  qui  en 
a  duré  seulement  sept,  et  ensuite,  à  tenii 
compte  surtout  à  l'ingénieur  de  quatre  an* 


•* 


1335 


PUi 


DIGTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


PUI 


m 


années,  ou  emplov^e^  en  puce  perte  pour 
ravancement  de  rœuvre,  à  la*  réparation 
d'accidents  imprévus  9  graves,  et  dont  nous 
n'avons  rappelé  qu'une  partie  :  ou  usées  à 
solliciter  et  à  attendre  les  décisions  d'une 
administration  qui»  en  masse,  ne  pouvait 
avoir  la  science  de  quelques-uns  de  ses 
membres,  et  aux  yeux  de  qui,  d'ailleurs, 
la  question  d'argent  était,  à  juste  titre,  une 
considération  du  plus  grand  poids. 

Je  yiens  de  dire  que  l'eau  du  premier 
jaillissement  de  Grenelle  avait  été  froide 
d'abord.  Cette  proposition,  qui  peut  sur* 

Prendre ,  s'explique  toujours  facilemeni, 
endant  tout  le  tebips  qu'a  duré  le  forage  , 
la  sonde  a  travaillé  dans  l'eau,  qui  provenait 
naturellement  des  infiltrations  souterraines, 
à  la  manière  dont  ces  infiltratious  forment 
les  puits  de  nos  maisons.  Celte  eau,  qui  se 
tint  constamment  à  la  distance  de  5  mètres 
de  l'orifice,  était  visible  à  l'oeil.  Quand  la 
sonde  eut  enfin  atteint  la  nappe  jaillissante, 
l'eau  ascendante,  en  s'élevant  dans  le  trou 
de  sonde ,  pousse  devant  elle  toute  l'eau 
froide  des  sources  froides,  qui  fut  ainsi  ex- 
pulsée la  première. 

Indépendamment  de  la  lenteur  qu'appor- 
tent à  la  prompte  exécution  d'un  puits  foré 
d*une  extrême  profondeur ,  la  réparation 
des  accidents  imprévus,  et  la  rencontre 
inévitable  de  certains  terrains,  "il  y  a  celle 

Îpi  e^t  inhérente  au  procédé  même  du 
orage. 

Nous  ftvons  vu  aue  la  sonde  est  une  barre 
ou  tige  de  fer,  longue  de  8  mètres,  et 
Qu'elle  peut  s'allonger  indéfiniment  par 
I  addition  dé  tiges  semblables ,  que  l'on 
visse  ou  boulonne  les  unes  aubout  des  autres. 

LorsQue  l'on  commence  un  forage,  la  tige 
à  laquelle  sont  adaptés  la  cuiller,  le  trépan 
du  le  ciseau,  a  donc  8  mètres  de  longueur 
sans  l'outil.  Elle  pend  sur  le  trou  de  sonde 
du  haut  d'une  chèvre  qui  la  descend  ;  à  l'ex- 
trémité supérieure  de  la  tige  s'adapter  une 
aamvelle;  et  le  tout  est  surpporté  par  vm  câ- 
.  e  AU  moyen  d'un  anneau  sur  lequel  tout« 
là  sonde  pès^,  de  manière  h  ce  que  la  maiàv* 
velle  lui  imprimé  une  rotation  que  le  o4bki 
ne  partage  pa^. 

Quand  la  cuiller  est  pleine  de  débris,  on 
remonte  l'appareil  assez  promptement,  paroe 
que  la  tige  est  fort  courte,  et  l'on  vide 
la  cuiller.  Lorsque ,  après  avoir  monté  et 
redescendu  cette  cuiller  assez  de  fois  pour 
que  la  tige  soit  devenue  trop  courte  par 
I  approfondissement  du  forage,  on  ajoute  à 
Tappareil  une  seconde  tige  de  8  mètres , 

![u  on  lui  a  vissée  ou  boulonnée,  et  chaque 
bis  qu'on  a  le  trépan  &  faire  agir,  la  cuilier 
à  vioer,  etc.,  on  remonte  l'appareil  qui  a 
désormais  une  longueur  de  16  mètres ,  ea 
dévissant  les  deux  tiges,  et  en  les  revissant 
ensuite  jpour  le  redescendre.  On  comprend 
que  dé^k  sa  descente  et  son  extraction  ont 
-exiçé  plus  de  temps  par  ce  vissement  et  œ 
dévissement,  que  lorsqu'il  n'avait  qu'une 
seule  tige. 

Enfin,  h,  mesure  que  la  sonde  enfonce  en 
travaillant,  ajoule-t-on  une  troisième  tige, 


une  quatrième,  npe  cinquième,  etc.  Y  C'est 
toujours  en  s'arrttant  à  visser  et  h  détisser 
une  à  une  toutes  les  barres  dont  la  sonde 
s'allonge,  et  que  la  chèvre  descend  et  monte 
successivement.  Cette  maneeuvre,  comman- 
dée par  k  sondage  et  le  curage,  l'est  aussi 
par  le  tubage  et  les  réparations,  et  alors  elle 
est  incessante.  Exercée  dans  un  fora^  de 
ikS  mètres,  comme  à  Grenelte,  et  avec  des 
difficultés  qui  croissent  à  mesure  que  Tap- 
pareil  s'allonge ,  faut-il  s'étonner  du  temps 
qu'exige  un  Sondage  profond,  M.  de  Hum- 
holdt  parle  d'un  puits  foré  en  Pensylvanie, 
qui  est  déjà  è  622  mètres,  et  qu'on  prétend 
pousser  jusqu'à  2,000.  Il  finira  donc  par  y 
avoir  là  2â0  tiges  à  visser  et  à  dévisser  u 
nombre  de  fois  incalculable.  Qu'il  arrife  k 
ce  puits  le  quai't  seulement  des  accidents 
survenus  à  Grenelle,  quel  temps  ne  faudra- 
Iril  nas  pour  y  porter  remède  et  pour  termi- 
ner Vœuvrel 

Il  faut  dire,  toutefois,  qu'à  Grenelle,  où 
M.  Mulot  s'est  servi  d'une  chèvre  très-éle- 
vée,  il  a  pu  travailler,  du  moins  jusqu  è  la 
profondeur  de  300  à  350  mètres,  en  ne  dé- 
vissant ses  barres  que  de  deux  en  deui.  Les 
ingénieurs  sondeurs  nomment  manœuvra 
l'aTléè  et  le  retour  d'une  chaîna  de  tiges. 
Chacune  des  dernières  manœuvres  de  Gre- 
nelle avait  la  dorée  de  six  à  sept  heures,  et 
quelquefois  elleétait  inutile.  En  PensjWanie, 
si  toutofois  le  puits  commencé  s'achève,  les 
dernières  manœuvres  coûteront  cbacooe 
plusieurs  jours  de  travail.  Plus  la  profon- 
deur d'un  puits  augmente,  plus  ses  tiges 
doivent  être  fortes.  Elles  ont  uni,  à  Grenene, 
par  peser  ensemble  trente  *un  milliers  de 
kilogrammes;  que  pèseront-elles  ra  P^n- 
sylvanieî 

Un  des  plus  grands  pradvits  cd^tenus  jus- 
qu'à présent  par.  la  sonde,  et  ea  même  temps 
cplui  oui  monte  de  k  plus  ^nde  profon- 
deur d  où  une  source  artifioielle  ait  jamais 
jailli,  e^est  celui  de  Grenelle,  qui,  à^ 
mètres  de  jet,  est  encore  de  60  ponces  d'eia 
à  la  minute.  Cette  abondance  même  a  bit 
naître  dans  quelques  eaprits  la  crainte  qu'elle 
n'allit  s'affaiblissant.  Toyiitnfms,  on  a  pour 
garant  du  contrab'e  les  iniits  d'Ëlbenf ,  qui 
sont  alimentés  par  )a  même  nappe,  et  qui» 
creusés  depuis  plusieurs  années,  donneal 
toi^ours  la  même  quantité  d'eau  ;  (m  a  pour 
garant  ceux  de  l'Artois,  qtii  sont  bien  autre- 
ment anciens*  M.  de  Lamartine  dte  les  trois 
Cuits  foré3  de  Salomon ,  dans  la  plaine  de 
yr»  qui  débordent  eneore  anjourd'iiai  àt 
la  même  quantité  quà  leur  origine,  el  qoi 
sont  toujours  les  principales  sources  de  l'ap- 
provisionnement d'^au  de  cette  antique  et 
célèbre  ville  ;  et  nouB  en  citerons  ailleurs  de 
plus  anciens  emcope.  La  pluie  étant,  ^^ 
nous  l'avons  vu,  l'unique  source  des  jets  l^ 
tésienf ,  on  peut  4 voir  k  certitude  qv'ils  se 
tariront  pas  t^^  ^ttt'il  pleuvra,  et  tant  que 
]^  pluie  formera  les  rivières  qoi  canlent  sur 
le  sol  sablonneux  ou  cak^aîM  oà  ses  }^ 
s'alimentent. 

Disons  cependant,  au  sujet  die  la  diff^ 
d'un  forage  artésien,  une  vérité  sur  tofiW 


1237 


PLI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


PDI 


liM 


la  Uiéone  et  la  pratique  sont  d'accord  :  c'est 
qu'un  puits  nouveau  peut  en  dlTaiblir  un 
autre,  s'il  en  est  trop  rapproché.  A  Elbeuf  le 

Euits  de  H.  H.  Quesné  a  éprouvé  une  nota- 
le  et  subite  diminution  au  moment  où  la 
sonde  a  atteint  la  couche  aquifère  dans  le 

Sercement  de  la  place  Saint-Louis.  En  1835, 
[.  Dégousée  fit,  à  l'abattoir  de  Tours,  un 
puits  qui,  pendant  quelque  temps,  ne  varia 

Îas;  mais  deux  autres  ayant  éie  forés,  fun 
saint  Eloi,  et  Tau  Ire  à  l'hôpital,  le  produit 
de  l'ancien  diminua  d'un  tiers.  A  la  brasse- 
rie dq  Tours,  le  même  sondeur  fit  un  puits 
Auprès  d'un  autre  plus  ancien  qui  perdit  tout 
i  coup  700  litres  d  eau  par  minute. 

Dans  une  autre  circonstance,  on  a  observé 
la  singulière  coïncidence  d'un  effet  de  ce 

Ïenre,  combiné  avec  un  effet  contraire, 
iusi,  à  une  lieu  de  Tours,  trois  puits  ont 
été  forés  pour  servir  de  moteurs  au  moulin 
&  farine  (te  la  Ville-aux-Dames  ;  le  deuxième 
à  aui^menté  le  produit  du  premier,  sans  que 
le  troisième  ait  a^i  sur  le  produit  du  second. 
Mais  ces  trois  puits  réunis  ont  enlevé  les 
eaux  du  quartier  de  cavalerie  ,  qui  ne  sont 
plus  que  de  30  litres  {yar  minute. 

ti  donc  on  a  coutume  de  dire  qu'à  Tours, 
Ibeuf,  etc.,  certains  puits  donnent  tou- 
jours la  même  quantité  d'eau,  il  faut  que  ce 
50it  en  convenant  (^ue  c'est  par  un  plus 

Srand  nombre  d'orifices  quand  la  quantité 
e  puits  augmente  dans  un  espace  restreint. 
Des  sondages  multipliés  à  l'infini  dans  une 
nappe  donnée  peuvent  $e  nuire  réciproque- 
ment, mais  la  nappe  restera  toujours  la 
iBiêmc.  Le  partage  qui  se  lait  entre  les  puits 
jjô  différentes  époques  ne  saurait  donc  prou- 
Ver  raOaiblisseipenl  du  réservoir  qui  les 
alimente.  EnGn  des  puits  qui  tireraient  leur 
eau  d^  nappes  faibles  ou  peu  profondes 
pourraient  diminuer  ou  tarir  dans  des  temps 
do  grande  sécheresse^  comme  ceux  qui 
é^rouveraienl  quelques  dégradations  à  rinté- 

feur  pourraient  ou  s'épuiser  ou  se  détruire 
la  longue.  Ceux  de  la  gare  de  Saint-.Quen 
ont  à  peu  près  cessé  de  jaillir,  sans  doute 
i>ar  un  vice  de  construction,  tel  qu'un  tubage 
loiparfiiit,  ou  même  Tabsence  d'un  tubage. 
Le  puits  de  la  poste  à  $aint-De»is  a  jeté 
d^'abord  un  énorme  volume  d'eau,  provenant 
Ue  la  réunion  dejs  sources  de  plusieurs  ni- 
veaux différents.  Sa  diminution  a  été  rapide, 
probablement  par  son  défaut  de  tubage , 
tandis  que  cette  opération  importante  eût 
obvié  à  l'inconvénient  de  la  communication 
des  sources. 

Si  l'affaiblissement  de  quelques  puits  peut 
^tre  attribué  à  leur  multiplicité  dans  un 
es|)ace  circonscrit,  le  Tice  du  tubage  est  une 
autre  cause  de  cet  affaiblissement.  Les  puits 
de  Tours  et  d'Elbeuf,  dont  le  produit  a  lo 
moins  varié,  sont  ceux  dont  le  tubage  est  le 
plus  complet,  el  ceux  surtout  où  il  est  exé- 
cuté, en  cuivre,  dans  toute  sa  profondeur  ; 
timt  il  est  Vrai  que  l'abondance  et  ta  durée 
d*un  puits  artéfjen  reposent  essentiellement 
sur  un  lion  tubage.  Convenons  cependant  que, 
paîgré  des  précautions  bien  prises,  la  per- 
foration des  tuyaux  par  une  oxydation  quel- 


quefois impossible  à  prévenir,  ou  par  un 
accident  difficile  à  prévoir,  peut-être  aussi 
la  cause  de  l'affaiblissement  ou  même  de  la 
destruction  d'un  puits  bien  fait  du  reste. 

A  Grenelle,  pour  arriver  à  la  couche  jail- 
lissante, on  avait  emplové  d'abord  des  tubes 
de  forte  tôle  de  diamètres  décroissants  )^ 
mesure  que  la  profondeur  augmentait,  hà 
Ibragè  s'est  ouvert  avec  2  mètres  de  tubes  de 

fm.  31  de  diamètre,  et  a  été  continué  avec 
48  fnèlres  tubes  de  0,30;  200  mètres  tui)es 
de  0,24;  187  mètres  tubes  de  0,17.-11  mè- 
tres n'étalent  point  tubes. 

Aujourd'hui  le  tubage  est  très  à  peu  près 
complet,  il  est  exécuté  en  ier  galvanisé. 

On  exprime  géi^éralement  le  regret  de  ee 
que  le  jaillissement  de  Grenelle  ne  se  voit 
pas  de  l'extérieur.  Il  faut  en  prendre  soo 

6arti,  cela  ne  sera  peut  être  jamais  possible, 
lui  n'a  vu  ce  qui  se  passe  aux  deux  lontaines 
de  la  place  Louis  XV,  lorsaue  règne  le  vea( 
d^ouest,  qui  est  presque  habituel  à  Paris,  ft 
qui  souvent  y  est  impétueux  ?  L'eau  chassé4| 
au  loin  ne  retombe  plus  dans  les  bassins,  ^ 
cependant  ces  fontaines,  comparées  au  mo- 
nument de  Grenelle,  sont  presque  à  ras  de 
$ol.  11  en  serait  de  même  et  pis  encore  à  Cîre- 
lielle;  à  la  prodigieuse  hauteur  où  son  eaii^ 
s'élève,  elle  serait  emportée  si  absolument, 
que  le  service  en  éprouverait  de  fréquentes 
et  de  totales  interruptions.  Aujourd'hui 
même,  tout  ras  d'orifice  que  soit  tenu  })âp 
calcul  le  jaillissement,  il  arrive  souvent  en- 
core que  teaiXf  saisie  dès  sa  sortie  de  ce) 
oriûce,  par  le  Teut  d'ouest,  est  emporlée. 
jusqu'au  delà  du  ^Rond-Poû^  de  l'A  vécue 
de3  Invalider 

L'importance  d^  la  tempécaioiie  d'une  eau 

artésienne  est  trop  {urande,  pour  ^ue  nous 

passions  sous  silence  les  expériences  fiûtes  k 

(irenelle  à  ce  sujet 

Le  i^obe  terrestre  a  une  cbaleuc  qui  lui  est 

f)ropre  et  qui  est  indépendante  de  ceUe  que 
.e  soleil  peut  lui  communiquer  k  l'exté- 
rieur. A  mesure  que  rc-n  piètre  dans  les 
entrailles  de  la  terre,  eu  ye  capprocbe  du 
foyer  de  cette  chaleur  internei  et  par  consé- 

Ïuent  on.  sent  la  température  s  accroltce. 
et  accroissement  est  uaiversel,  et  il  a  lieu 
suivant  une  progression  constante  dans  toutes 
Ie3  parties  du  globe  où  Ton  a  pu  en  faire 
Texpérience.  Ainsi,  dans  les  mines  métalli- 
fères de  Saxe,  de  Bobên^e,  de  Cornwailt  du 
Mexique,  de  Bretagne,  à  Poullaoen,  dans  les 
profondes  houillères  de  notre  t^siA  septen- 
trional, etc.,  les  thermon^ètres  placés  dans 
des  endroits  ovjit  l'air  n'est  pa^  cenouveléw  ont 
tipinjours  indiqua  une  température  çcoissaotie 
4  mesure  que  Ton  descendait.  Quoiqu'on 
soit  loin  d'être  d'accord  sur  la  quantité  dOQi 
cette  chaleur  croit  avec  la  profointeiKt  puis- 
qu  ou  a  trouvé  un  degré  cenligra4e  d'aocroîs- 
sement  pour  kk  mètres  de  profondeur,  dans 
certains  cas,  et  dans  d'autres  44^  mètres  seu- 
lement, on  peut  estimer,  en  moyenne,  l'aug- 
mentation de  la  température  à  un  degi?é>par 
30  mètres  d'approfondissement  en  terre. 

Le  forage  Je  Grenelle  olfrait  uae  belle  oc- 
casion pour  (aire  ûçs  expériences  à  ce  sujet« 


lâS9 


pm 


DIGTIONxNAdlË  DE  COSMOGONIE 


pur 


im 


MM.  Arago  et  Walfetdin  ta  mirent  à  profit, 
en  so  servant  des  thermomètres  à  déverse- 
ment, instruments  ingénieux,  inventés  par 
M.  Walferdin  lui-même.  Après  une  longue 
série  d*observations  faites  pendant  le  cours 
du  soudage,  ils  ont  constaté  qu*en  moyenne 
l'accroissement  de  la  température,  dans  le 
terrain  de  craie  sous  le  sol  de  Paris,  était 
d'un  degré  pour  31  mètres  environ,  et  ce  ré- 
sultat a  été  confirmé  par  la  température  de 
27,70  qu'accuse  l'eau  qui  jaillit  deS48  mètres, 
en  tenant  compte  de  la  perte,  à  peine  appré- 
ciable, qu'elle  éprouve  avant  d'ariver  a  la 
surface  du  sol. 

Dans  l'impatience  où  l'on  était  de  jouir  du 
bienfait  de  l'eau  jaillissante ,  on  s'est  plaint 
de  ce  qu'il  avait  fallu  aller  si  loin  chercher 
la  nappe  artésienne.  Maintenant,  il  est  à  re- 
gretter que  cette  profondeur  ne  soit  pas  plus 
grande,  et  de  1,000  mètres,  par  exemple; 
on  aurait  obtenu  une  eau  chaude  à  plus  de 
M  degrés.  Enfin  c'est  la  certitude  cle  cette 
loi  d'accroissement  qui  a  suggéré  la  pensée 
de  creuser  au  Jardin-des-Plantes,  un  puits 
dont  l'eau,  tirée  d'une  grande  profondeur  et 
élevée  par  des  tuyaux  dans  les  serres,  y  en- 
tretiendrait, toute  l'année,  une  atmosphère 
douce  et  constante,  et  présenterait  d'autres 
avantages  dont  nous  ferons,  plus  loin,  valoir 
les  principaux.  M.  Mulot  a  fait  de  ce  grand 
percement  l'objet  d'une  proposition  au  gou- 
vernement. 

*  Plusieurs  sources  chaudes,  trouvées  par 
la  sonde  cependant,  n'obéissent  pas  à  la  loi 
générale  que  nous  venons  de  faire  connaître. 
M.  Degousée,  excellent  observateur,  M.  De- 
gousée,  dans  les  mines  de  sel  de  Nobem, 
auprès  de  Francfort-sur-lc-Mein,  a  foré  un 
puits  de  52  mètres,  dont  la  source ,  salée, 
était  chaude  à  45  degrés  :  anomalie  qui  peut 
s'expliquer  par  le  passage  de  Teau  de  cette 
source  près  d'un  foyer  incandescent,  ou 
d'un  centre  de  décomposition  de  pyrites. 

Comme  les  puits  artésiens  varient  en  pro- 
fondeur, ils  varient  en  produits  et  ils  donnent 
de  l'eau  en  proiwrtion,  non  de  cette  profon- 
deur, mais  de  I  abondance  de  la  couche  aqui- 
fère  où  la  sonde  s'arrête  ;  mais  une  lois  en 
activité  ils  n'éprouvent  guère  de  variations. 
Bélidor  dit  que  la  fontaine  artésienne  du 
monastère  de  Saint-André,  dont  l'eau  s'éle- 
vait è  11  pieds  au-dessus  de  terre,  fournis- 
sait 100  tonnes  d'eau  par  heure.  Sans  savoir 
à  quoi  estimer  cette  quantité  en  mètres,  on 
peui  croire  qu'elle  était  considérable;  mais 
on  sait  du  moins  qu'elle  coule  encore  à  plein 
tuyau.  Le  plus  ancien  puits  artésien  connu 
en  France,  celui  de  Lillers,  remonte  à  l'an- 
née 1126,  au  temps  de  Louis  le  Gros.  L'uni- 
formité et  l'abondance  de  son  cours  parais- 
sent n'avoir  jamais  varié.  Mais  pour  expri- 
mer avec  quelque  précision  le  produit  des 
sources  artésiennes,  il  faudrait,  entre  autres 
éléments  d'appréciation,  contre  la  force  d'im- 

Fulsion  de  1  eau  ascendante,  le  diamètre  de 
orifice  qui  lui  donne  issue,  l'élévation  au- 
dessus  du  sol  où  le  jaugeage  a  été  opéré,  etc/ 
Quand  M.  Degousée  dit  qirau  puits  du  quar- 
tier de  cavalerie  à  Tours,  l'eau,  lors  de  sa 


f 


Sremière  émission ,  a  été  jaugée  à  2  mètre*  i 
u  sol,  et  qu'à  cette  hauteur  elle  était  de 
1,000  litres  cubes  par  minute  ;  quand  M.  Mu- 
lot dit  qu'à  Grenelle  l'eau,  jaugée  au  nivedu 
du  terrain,  équivalait  à  2,300  litres  :  on  a  lit 
un  commencement  d'éléments.  Mais  si,  danF 
les  auteurs  que  l'on  consulte,  on  voit  pou» 
produit,  sans  autre  détail ,  ici  telle  quantité 
d'eau  par  minute,  là  telle  autre,  etc.,  on  ne 
sait  à  peu  près  rien  :  tes  éléments  du  juge- 
ment disant  défaut  à  la  fois. 

U  en  est  de  même,  et  pis  peut-être  encore, 
pour  la  fixation  de  l'élévation  des  jets;  caril 
n*est  pas  un  seul,  de  ceux  surtout  qui  don- 
nent une  grande  masse  d'eau,  au'on  ne  puisse 
élever  plus  qu'il  ne  l'est  d'habitude  pour  k 
parti  qu'on  veut  eu  tirer.  On  ne  peut  pa$ 
plus  assigner  la  hauteur  à  laquelle  ils  mon- 
tent que  le  volume  de  leur  produit.  Certai- 
nement, lorsqu'on  décidait  qu'un  sondage 
serait  entrepris  à  Grenelle,  personne  ne  son- 
geait à  en  envoyer  le  produit  au  point  cul- 
minant de  la  montagne  Sainte-GenevièTe. 
Fournir  d'eau  l'abattoir  était  tout  ce  qu'on 
pouvait  désirer.  Mais  À  l'abondance  de  la 
source  et  à  la  force  d'ascension  du  jet,  on 
vit  bientôt  l'immense  parti  que  l'on  pouiait 
tirer  de  cette  puissante  émission,  et  Ton 
éleva  l'orifice  du  tube  jusqu'au  niveau  delà 
montagne. 

Eh  bien,  ce  qui  est  arrivé  à  Grenelle  pou^ 
fait  avoir  lieu  presque  à  tous  les  puits  abon- 
dants, si  le  besoin  le  voulait  aussi.  Le  beao 
fmits  de  M.  Galignani,  à  Soisy-sous-Etioles, 
bré  par  M.  Degousée,  arrivé  à  6  mètres  de 
jaillissement,  est  abandonné  à  lui-même, 
mais  son  volume,  à  sa  base,  étant  considé- 
rable,  il  s'élèverait  certainement  au-dessus 
de  sa  hauteur  actuelle,  si  on  le  voulait. Mais 
dire  simplement  qu'à  Bethune,  à  Lille,  à 
Saint-André,  à  Tours,  au  Roussillon,  etc>, 
Teau  jaillit  à  telle  ou  telle  hauteur,  c'est  à 
peu  près  ne  rien  dire.  Ces  jets,  servant  en 

Sénéral  de  moteurs  dans  des  usines,  noot 
û  être  élevés  que  jusqu'au  point  où  ils 
pouvaient  rendre  ce  genre  de  service.  Di- 
sons de  celui  de  Grenelle,  dont  l'eau,  si  elle 
était  prise  à  une  hauteur  convenable  et  din- 
gée  dans*une  turbine,  équivaudrait  à  une 
puissance  de  60  chevaux  ;  disons  de  celui  de 
Grenelle  qu'il  a  été  porté  à  36  mètres,  parce 
qu'on  n'avait  besoin,  que  de  cette  hauteur 
pour  atteindre  l'Estrafiade,  mais  qu'il  pour- 
rait être  beaucoup  plus  élevé  encore.  Mais 
outre  que  ce  serait  nécessairement  au  détri- 
ment de  la  quantité  d'eau,  l'exhaussement 
indéfini  du  tube  extérieur  ascendant  néces- 
siterait d*abord  un  écbafaudase,  et  ensuite 
une  colonne  d'enveloppe  quon  ne  pour- 
rait peut-être  plus,  du  moins  la  charoenle, 
protéger  contre  l'effort  du  vent  :  d'où  lou 

jeut  inférer  que  l'on  ne  saura  jamais  bien 
;  usqu'à  quel  degré  pourrait  monter  dans  lajf 

a  dernière  goutte  d'un  jet  artésien  considé- 
rable. . 
Voici  quelques  exemples  de  la  hauteur  « 
à  laquelle  M.  Mulot  a  fait  travailler^  quel- 
ques jets  artésiens  qui  pourraient  s'él^^ 
plus  haut. 


t. 


f.      r--. 


I«ll 


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ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


put 


till 


Chez  M.  Join-Lainbert,  h  Elbeuf ,  le  jet, 
mesuré  au  sol»  rend  2,100  litres  cubes  par 
minute.  U  dcTient  moteur  à  8  mètres  32 
eentimètres,  et  il  ne  donne  plus  alors  que 
1,700  litres. 

Chez  MM.  Geoflfroi  et  Cbalamel,  à  Saint- 
Denis,  au  sol,  rend  2,100  litres  cubes  par 
minute;  il  traTaille  à  3  mètres  25  centimè- 
tres et  est  réduite  700  litres. 

Chez  M.  Champcûseau,  à  Tours,  à  0  mètre 
50  centimètres  du  sol  :  le  produit  est  '  de 
4,000  litres  par  minute,  et  à  6  mètres,  hau- 
teur où  le  jet  entre  dans  le  résenroir,  il  est 
encore  de  1,800  litres. 

Chez  M.  le  comte  de  Richemont  des  Bas- 
sjns,  à  Cangé,  à  2  mètres  15  centimètres  au- 
dessus  du  pré,  le  produit  du  forage  est  de 
2,200  litres,  et  à  6  mètres  50  centimètres, 
où  il  travaitle,  il  n'est  plus  que  de  1,600  li- 
tres par  minute. 

M.  Degousée»  à  qui  les  ressources  de  son 
art  sont  familières  aussi,  a  été  quelquefois 
contraint,  par  les  localités,  à  aller  chercher 
plus  haut  encore  la  force  motrice.  A  la  bras- 
serie, à  Tours ,  il  a  fait  tra?ailîer  Teau  à 
9  mètres  du  sol,  et,  aux  moulins  de  la  Ville- 
aui-Dames,  près  de  Tours,  il  a  monté  i  10 
mètres  Tagent  du  mouvement. 

L*eau  des  puits  artésiens,  tombée  originai- 
rement du  ciel,  dans  un  état  cle  puretépar- 
Cute,  sur  les  surfaces  de  sable  ou  de  craie 
qui  Tout  absorbée ,  n*a  pu  s*y  charger 
des  parties  étrangères,  et  quelquefois  mal- 
saines, gue  les  eaux  courantes  tiennent  en 
suspension.  D*un  autre  côté  ces  eaux  cou- 
ranteSi  qui  sont  pour  beaucoup  aussi  dans 
la  formation  des  réseryoirs  artésiens,  n*ont 
pu  arriver  dans  ces  grandes  profondeurs 
sans  subir,  au  milieu  des  terrains  perméa- 
bles, un  filtrag|e  qui  les  a  épurées  à  Tégal 
des  eaux  de  pluie.  L'eau  artésienne  est  donc 
la  plus  limpide  et  la  plus  salubre  que  Ton 
poisse  désirer.  Celle  de  Grenelle  surtout  est 
aussi  précieuse  par  ses  qualités  que  par  sou 
abondance.  Analysée  par  MM.  Payen  et  Pe- 
louze,  ils  ont  constate  qu'elle  ne  contient 
pas  un  atome  de  sulfate  de  chaux,  *et  que  par 
conséquent  elle  est  éminemment  propre  à 
tous  les  usages  domestiques  et  industriels,  à 
la  dissolution  du  savon,  à  la  teinture,  à  la 
cnisson  dés  légumes,  et  surtout  à  la  boisson. 
Sous  ce  dernier  rapport  même  elle  reçoit 
un  hommage  assez  singulier,  pour  que  nous 
le  fassions  connaître.  L  ambassadeur  de  Tur- 

3 nie  envoie,  tous  les  deux  jours,  un  de  ses 
omestiques  h  Grenelle,  avec  mission  de  lui 
apporter  une  cruche  d'eau  du  puits  foré. 
•  L  absence  de  toutes  matières  étrangères,  et 
I  en  particulier  du  sulfate  de  chaux  ou  de  plâ- 
•  tre,  rend  cette  eau  précieuse  pour  l'alimen- 
tation des  chaudières  des  machines  à  vapeur, 
qui  n'étant  plus  sujettes  à  se  revêtir  in- 
térieurement, comme  les  bouilloires  de  nos 
cuisines,  de  couches  souvent  fort  épaisses 
de  sels  terreux,   vaporiseront  l'eau  plus 
promptement,  à  moins  de  frais  de  combus- 
tible ,  et  seront  moins  exposées  à  éclater. 
Seite  e?.\u  Duricée  par  le  filtre  des  matiè- 


res qu'elle  tient  en  suspension,  contient  sur 
100,000  parties  ; 

Carbonate  de  chaux,  6,80 

Carbonate  de  magnésie,  1 ,4S 

Bicarbonate  de  potasse,  3,96 

Sulfate  de  potasse,  i,90 

Chlorure  de  potassium,  1,09 

Silice,  0,57 

Substance  jaune,  O^OS 

Matières  organiques  aïoiëes,  0,24 

14,30 

Sur  100,000  parties  aussi,  l'eau  de  la  Seine 
contient  18  cinquièmes  de  matières  en  dis- 
solution, ou  30  pour  100  de  plus. 

La  sonde  du  foreur,  quoiqu'elle  ait  eu 
pour  principal  emploi  dans  l'origine  la  re- 
cherche de  l'eau,  s'applique  presque  aussi 
souvent  aujourd'hui  a  celle  de  la  marne,  de 
ia  houille,  de  Tanthracite  du  sel,  de  l'as- 

Iihalte,  du  bitume,  du  pifltre,  etc.,  que  d'ail- 
eurs  elle  rencontre  souvent  quand  elle 
cherchait  auîre  ciiose.  Mais  si  elle  aide  à 
découvrir  une  partie  des  richesses  que  recela 
la  terre,  l'eau  qu'elle  donne,  outre  sa  pro- 
priété, comme  eau  d*é(re  éminemment  po- 
table, est  douée  d'autres  propriétés  encore 
qui  ne  sont  pas  moins  précieuses.  On  ra- 
cnerche,  et  souvent  à  grands  frais,  un  jet  ar- 
tésien, tantôt  pouvant  faire  le  moteur  d'un 
appareil  mécanique,  tantôt  pour  lui  imposer 
les  fonctions  de  modérateur  de  la  tempéra- 
ture, tantôt  enfin  pour  lui  demander  des  ser- 
vices que  l'on  solliciterait  vainement  de  l'eau 
courante. 

A  Gonéhem,  près  de  Béthune,  les  eaux 
jaillissantes  de  quatre  trous  de  sonde  font 
mouvoir  les  meules  d'un  moulin. 

Cinq  autres  sondages  réunis  rendent  le 
même  service  à  Saint  -Pol. 

A  Fontes,  auprès  d'Aire,  dix  puits  forés 
mettent  en  mouvement  les  soufuets  et  les 
martaux  d'une  clouterie  considérable. 

A  Cançé,  près  de  Tours,  un  forage  arrose 
une  prairie  de  100  arpents,  et  un  second 
fidt  mouvoir  une  machine  hvdrauliaue  des- 
tinée à  élever  l'eau  du  Cher  a  60  mètres  sur 
le  plateau  qu'elle  féconde. 

A  Tours,  à  Eibeuf,  à  Rouen,  théâtres  du 
triomphe  de  l'eau  artésienne  comme  force 
motrice,  elle  donne  le  mouvement  à  une 
multitude  d'usines.  Elle  emplit  les  augets 
des  machines  à  fouler,  les  chaudières  à  tein* 
dre,  les  bassins  à  dégorger,  etc. 

Les  moulins  à  fanne  de  la  Ville-aux-Da- 
mes,  près  de  Tours,  sont  mus  par  trois  puits 
qui  élèvent  l'eau  k  dix  mètres  de  chute. 

A  Bages,  en  Roussillou,  M.  Durand,  que 
le  besoin  d'eau  pour  lui-même  a  fait  son* 
deur,  et  sondeur  habile,  a  appliqué  à  l'irri- 

Sation  de  ses  vastes  propriétés  et  au  service 
'un  moulin  à  huile  et  d'une  distillerie,  les 
sources  jaillissantes  qu'il  vient  d'obtenir. 

Ces  applications  nouvelles  de  l'eau  arté- 
sienne à  nndustrie  età  l'agriculture  sont  d'au- 
tant plus  à  propager,  que,  par  sa  température 
élevée,  cette  eau  obvie  aux  inconvénients 
du  chômage.  Avec  une  eau  tiède,  jamais  mo- 
icur  jii  machine  ne  gè\enX  pendant  l'hiver; 


i343 


PUI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOÇOME 


|>¥T 


154* 


avec  9pa  eau  dont  rémission  est  invariable 
ét'coustante,  jamais  séL-heresse  ne  condamne 
au  repos  pendant  Tété. 

Dans  le  Wurtemberg,  M.  Bruckmann,  en 
faisant  circuler,  le  long  de  tuyaux  métalli- 
ques de  l'eau  à  12  degrés  provenant  d'un 
fmits  foré,  est  parvenu  \  établir  à  8  degrés 
a  température  de  divers  ateliers,  quand  le 
thermbflftètre  extérieur  marquait  18  au-des- 
sous de  glace.  C'est  ainsi  que,  passant  un 
jour  ë'biver  à  Chaudcs-Aigues,  en  Auver- 
gne, j'ai  vu  des  chambres  sans  cheminées, 
et  des  maisons  entières,  chauffées  par  la  va- 
peur des  eaux  minérales  qui  y  circulent; 
soit  à  découvert  dans  les  rez-de-chaussée, 
soit  dans  des  tuyaux  pour  les  étages  supé- 
rieurs. 

Il  arrive  souvent,  ians  les  temps  de  grandes 
pluies,  que  le  travail  des  papeteries  $oit  in- 
terrompu à  cause  de  l'impureté  des  eaux. 
Ces  chômages  forcés  h*exi$lent  pas  dans  les 
lieux  où  I  on  se  sert  d'eau  jaillissante,  dont 
rien  ne  trouble  jamais  la  limpidité.  Les  pa- 

Seleries  des  Marais  et  de  Sainte-5f  arle,  auprès 
e  Coulommiers,  sont  de  ce  nombre.  Elles 
ont  constamment  de  beaux  produits  avec 
Teau  des  puits  qu'elles  ont  fait  creuser  par 
M  Mulot. 

La  belle  végétation  du  cresson  d^ns  les 
ruisseaux  oîi  iiçxîste  des  sources  naturelles 
dont  la  lèropéralure  est  toujours  douce  comme 
dans  les  cressonnières  artificielles  d'Errurth, 
gui,  dit-Qp,  rappportent  cent  mille  écus  par 
an,  cette  belle  végétation,  dis-je,  a  donné  en 
plusieurs  endroits  l'idée  d'amener  des  eaux 
artésiennes  dans  d'autres  cressonnières,  A 
Saint-(Jratieu,  près  d'Ënghien,  douze  puitç 
ont  été  forés  par  Af.  Mulot  uniquement  pour 
la  culture  du  cresson. 

Les  Uns  de  choix,  destinés  à  la  ftibrication 
des  p.us  belles  baptistes  des  linons,  des 
dentelles,  etc.,  sont  rouis  en  Flandre  avec 
des  précautions  particulières.  Il  existe  dans 
une  seule  commune,  entre  Valenciennes  et 
pouai,  diix  h  dou^e  routoirs  alimentés  cha- 
cun par  une  fontaine  artésienne.  On  a  cru 
femarquer  que  la  limpidité  et  la  constante 
température  des  eaux  de  ces  fontaines  étaient 
favorables  à  la  dissolution  des  gommes  rési- 
neuses dé  la  plante. 

Daas  les  étangs,'  les  ""poissons  meurent 
Vhiver  par  de  trop  grands  froids,  et  l'été  ils 
J  souèTrent  par  le  dessèchement.  En  y  ver- 
sant le  produit  de  sources  artésiennes,  on  en 
attiédit  Teau  et  l'on  en  augmente  le  volume 
selon  la  nécessité.  Autour  de  l'étang  de 
Montmorency,  qui  avait  besoin  d'ailleui^ç 
d'un  surcrott  d'eau  pour  obvier  au  chômage 
du  mouliq  dEnghien,onafait  pratiquer  par 
H.  Degousée  plusieurs  sondages,  dont  trois 
ensemble  n-ont  pas  coûté  1,600  francs. 

M  n*esi  presque  point  d'endroit  où  l'on  ue 
puisse  amener  et  retenir  en  lavoir  Teau 
d'une  source  Jaillissante,  et  ce  bel  emploi 
dp  l'eau,  M.  Qiampoiseau  en  a  le  premier 
donné  l'exemple  à  Tours.  Après  avoir  profité 
dé  l'eau  pour  sa  filature  de  soie  et  pour  l'a- 
igrémentdeson  jardin,  il  Ta  envoyée  dans  un 


2, 


quartier  populeux  de  la  tilici  former  un  la- 
voir public. 

A  combien  d'autres  usage^c^ucore  n'appli- 
querait-on pas  la  chaleur  des  ^ai^x  j«iiti^san- 
tes,  qui  égale  quelquefois  celle  de  ji  vapeur, 

Sue  dans  les  nfianufiacture^  qq  ^it  circuler 
ans  des  tuyaux  conduite  avec.  ar4  poHr  en 
chauffer  les  ateliers  1'  Ce  qu'a  i^it  M.  bruck- 
mann,  on  le  prauqun  dèj^  dans  quelques 
serres  ou  orangeries,  çt  ou  le  pratiquera*!*»" 
grand  au  Jardin-des-Flanles,  a  P^ns,  si  l'on 
y  faisait  le  sondage  projeté. 
Ne  pourrait-ou  pas  construire  des  thermes 
ui  seraient  desservis  en  hiver  comme  en 
té  par  une  eau  toujours  tiède,  se  renouve- 
lant sans  cesse,  comme  aux  bains  de  Louesch, 
en  Valais;  des  bassini$  enfin,  dont  les  di- 
mensions serafent  telles  qu*ort  pût  s'y  livrer 
en  tout  temps  h  l'exercice  de  la' natation? 

De  sages  règlements  interdisent  le  feu 
aux  bibliothèques  et  aux  musées  :  on  n'y 
peut  donc  travailler  durant  l'hiver.  De  sim- 
ples tuyaux  d'eau  artésienne  pareraient  è 
cet  incouvéuient  et  établiraient  dans  ces 
\$anGtuaires  des  seteucea  et  des  arts  une 
températuro  qui  en  permettrait  Taccèset  aui 
serait  favorable  aussi  à  la  conservation  des 
livres,  des  tableaux,  des  dessins,  etc. 

La  nécessi  té  de  rester  ia  t6te  nue  dans  les 
églises  catholiques  en  r^nd  la  fréquentation 
dangereuse  pendant  l'hiver.  L'eau  jaillis- 
sante, tirép  aune  grande  profondeur  étdis- 
j|ribuée  par  des  conduits  ^  nombreuses  ùr- 
conyolutio^Si  leur  {)rocurerait  assez  de  cha- 
leur pour  qu'on  n'y  fût  plus  incommodé 
par  le  froid  qû  par  rliumidité. 

Cette  eau  rendrait  le  mëq^e  service  aux 
l^ôpitaux,  aux  hosmces^  aux  prisons,  aux 
galles  d'asile,  auxcc^Iéges,  ^ux  cours  publics, 
é^ux  casernes  et  %  tous  les  lieux  possii)Ies  de 
féunion. 

V  Mais  il  e$t  un  point  (le  yUO  surtout  sous 
lequel  Teuu  d'une  température  élevée  doit 
être  \a  nlus  vivement  déiiréte,  et  particuliè- 
rement a  Paris  :c'e^t  sous  celui  de  ses  avan- 
tages hygié^iiques.  I^ous  l'evons  d^'à  fait 
voir  ç^mme  pouvant  chauffer  les  hospices  h 
les  hôpitaux,  il  faut  la  montrer  ^çorc  don- 
nant avec  économie  et  libéralité  desbams 
chauds  &  toutQ  heure,  non-seulement  aux 
malades  que  la  charité  publique  soiRue  dans 
cqs  lieux,  tristes  témoins  de  tp.utes  Tes  souf- 
frances physiques,  ne  Tliommà,  inais  encore 
par  les  bornes-fontaines,  ^\^\  mAUde$  des 

3uartiers  pauvres  et  populeu^^*  (>  eau  du  son- 
âge  du   Jardin-des-Plantes  fépandrait  ce 
bienfait  inappréciable,  et  sçra^t  1^  solution 
d  une  des  plus  intéressantes  questions  d'hu- 
ipanité. 
PUUIONIBRANGHES.  f ey .  G4aTfo0f0f»Es. 

PU8BY  (le  B').  interprét^Uon  d»  récit  y/* 
nésmque.  -^  Yotf.  Hucklihd. 
PYRAMIDES  n'ÉGtPTE  bâties  avec  des 

PIERDES    EXTRAtrÈS  DES  TERRAmS  TBRTlAlBES. 

—  Voy»  MacpieD;  8ub  fin, 
PYTHAGO^Ê,  son  ^stivl^  —  (f<V.  Géo- 

LOGtK. 


na 


R£P 


ET  DE  PALBMtQLOGiB. 


REP 


m6 


R 


RAIES.  Fojf.  Poissowfl. 

RASPE.  Foy.  Géologib. 

RAY.  Vay,  G^ologis. 

REFROIDISSEMENT  m  la  tbrks  a  l*ori- 
ét?iB.  Voy,  Rots  (Marquis  de). 

RÉFUTATIONS  dbs  théou»  gosvoco- 
HiQCKs  SUR  LA  Gmèêt;  ce  qoi  les  justifie.  — 
Fotr.  Debrevhe,  tiiA  /In. 

RENOUVELLEMENT  des  fadhss.     Foy. 

ESFftCBS  FOSSILBS. 

REPTILES.  —  Cette  espèce  d'ftnîmaax 
Tertébrés  offre,  à  l'état  fossile,  des  restes 
nombreux.  On  peut  citer  ce$  squelettes  com- 
plets, dont  touCes  les  parties  osseuses  sont 
en  rapport,  et  qu'on  a  rencontrés  dans  l'étage 
du  lias  à  Lyme-Regis  (Angleterre),  où,  quel- 
quefois, a?ec  les  os  en  position,  se  mon- 
traient, pour  ainsi  dire,  les  tendons  et  jus- 
qu'à cectains  points,  des  restes,  des  vestiges 
ae  fibres  tendineuses  ou  musculaires.  Quand 
on  ne  rencontre  pas  de  squelette  entier,  on 
troure  des  tètes  complètes  avec  leurs  dents 
on  des  séries  de  vertèbres  encore  placées  les 
unes  près  des  autres.  Les  os  dispersés  et 
le«  dents  de  reptiles  sont  très-répandus  dans 
les  courbes  jurassiques  crétacées  et  ter* 
ttaires. 

Les  écailtosde  quelques  espèces  sont  bien 
plus  rares.  Des  œufs  de  tortue  se  sont  mon* 
très  dans  les  calcaires  fiiluniens  de  la  Gi- 
ronde. Les  reptilte  ont  laissé  des  emprein- 
tes (Âysiologiques.  11  existe  des  empreiates 
de  pas  de  tortues  dans  Télage  oonckylien. 
Bes  empreintes  de  pas  de  Sauriens  ont  été 
également  recueilKes  dans  le  noaveau  grès 
rouge  de  Grînsiil ,  près  de  Sbrewsbury  et 
sur  beaucoup  d'autres  points;  entre  autres, 
le  ehirûîhmium^  reptile  qu'on  ne  peut  rap- 
porter nettement  à  aucune  série. 

Les  reptiles  sont  aussi  les  animaux  qui  ont 
laissé  le  f^lus  de  ooprolilea,  ou  de  restes  fos^ 
siles  de  digestions.  Bans  les  étages  jurassi- 

3ues,  crétacés  et  tertiaires  d'Angleterre  et 
e  France,  on  en  rencontre  de  remarquables 
par  leur  forme  arrondie,  souvent  contour- 
née. 

On  divise  les  reptiles  en  quatre  ordres. 

PsEntn  ommc.  Chétcnienê.  —  Nous  pen- 
sons qu'en  suivant  l'exemple  de  quelques 
auteurs,  on  peut  diviser  les  chéloniens  en 
quatre  fanilles  qui  eilrent  des  restes  fos- 
siles. 

Première  famiHe  :  ToTiu€s  ierrtsireê  et 
ftHustren.  —  On  connaît,  de  cette  division, 
on  genre  perdu,  maya/ocAefyt,  Gautley  et 
Falconer,  remarquable  par  ses  dimensions; 
quelques  fragments  conservés  au  Musée  bri- 
tannique inoiquent  un  earamace  qui  a  dA 
avoir  plus  de  six  mètres  de  longueur,  ren- 
contrés dans  l'étage  falunîen  de  l'Himalaya. 

On  doit  peut-être  rapporter  aux  tortues 
terrestres  kis  emfMreintes  physiologiques  de 


pas  trouvées,  en  particulier,  dan3  Téiaga 
concbylien  de  Corocockle-Mueir,  comté  cfe 
Dumfries  (Ecosse),  et  à  La|K)sbanga,  sur  les 
frontière$  de  la  Transylvanie. 

Des  ossements  de  tortue,  teslttdoj  ont  été 
rencontrés  à  StonesfieW,  dans  l'étage  batho- 
nien,  une  espèce  dans  l'étage  sénonien  cré- 
tacé de  l'Amérique  Septentrionale,  deux  dans 
Fétage  falunien,  et  quelques  autres  dans  l'é- 
tage subapennin  de  Montpellier,  de  Nice,  du 
Brésil. 

Deuxième  famille  :  Tortues  patusire$.  — 
Elles  ont  les  doigts  distincts,  palmés  à  leur 
base,  et  la  carapace  entièrement  solide  et 
ovalaire,  mais  ordinairement  beaucoup  plus 
déprimée  que  dans  la  famille  précédente.  On 
rapporte  à  cette  division  quelques  genres 

Serdus  :  le  g.  idiochdgs,  Meyer,  dont  on 
onnalt  deux  espèces  dans  /étage  oxfordien 
de  Kelheim. 

Le  g.  eurysternum ,  Meyer,  de  Fétage  ox- 
fordien de  dolenhofen. 

Le  g.  tretosternon^  Owen  ;  une  espèce 
de  Télage  uécomien  de  Purbecl  (Angle- 
terre). 

Le  ff.  testudinUes.  Weiss  ,  des  cavernes 
du  Brésil. 

Les  genres  encore  existants  qu*on  cite  à 
|*état  fbssile,  sont  :  lé  g.  émyM^  Duméril , 
qui  a  montré  deux  espèces  dans  Tétage  hira- 
méridgien  de  Solenre;  deux  autres  dans  l'é- 
tage néoconien  d'Obemtirchen  et  de  Maids- 
fone  (Angleterre);  trois  sont  de  l'étape  ter- 
tiaire pari3içn,  cinq  de  Tétage  falunien,  et 
quelques  autres  de  l'étage  subapennin  ou 
des  cavernes. 

Le  g.  chelydra,  Scbweiger;  on  en  cite  une 
espèce.dans  l'état  falunien  d*OEningen. 

Le  g.  phitmySf  Wagler;  une  esnèce  de 
Tétage  jurassique  himroéridgien  d  Angle- 
terre et  de  Suisse,  et  deux  eapèces  de  l'élage 
parisien,  de  Sheppy  et  de  Bruxelles. 

Le  g.  c/emmys,  Wagler  ;  deux  espèces  sont 
de  l'éta^  fiilunien. 

Troisième  ftmill^  :  Tartua  fluviaiHei.  — 
On  connaît,  de  cette  division,  un  genre  perdu, 
9spydûneciei ,  Meyer,  qui  contient  une  es- 
pèce de  Tétage  falunien  et  un  genre  encore 
vivant,  iryonix^  Geoffroy,  qui  a  montré  trois 
espèces  dans  TétaKO  concbylien  de  Dor|)at, 
une  Jans  Tétage  Tiasieo  des  terrains  ju- 
rassiques. Les  terrains  tertiaires  en  ont 
montré  une  dans  l'étage  suessonien,  une 
autre  daa$  l'étape  parisien,  trois  dans  l'étage 
falunien  et  quelques  autres  dans  l'étage  sub* 
apennin. 

Quatrième  famille  :  J[ortua  marineê.  — 
On  connaitde  cette  division  uu  genre  perdu, 
nUxj  Meyer,  dont  une  espèce  est  propre  à 
i  étage  jurassique  oxfordien  de  Kelbeim.  Le 
genre  encore  e^stant  est  le  g.  cAelonta, 
Brongniart,  qui  «  montré  des  traces  dans  Fé^ 


iiif 


REP 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


AEP 


liig 


tage  triasique  conchylien.  Les  terrains  ju- 
rassiques en  ont  offert  deux  espèces  dans 
rétame  portlandien  ;  les  terrains  crétacés  en 
renfe>*ment  plusieurs  dans  l'étage  néocomien 
de  Tilgate,  des  traces  dans  Tétage  cénoma- 
nien,  plusieurs  espèces  dans  Tetage  séno- 
nien  de  Maêstricbt;  les  terrains  tertiaires 
en  montrent  six  espèces  dans  l'étage  pari- 
sien, puis  quelques  autres  dans  les  étages 
suivants. 

Deuxiâme  ordre.  Saun>n5. —A  l'exception 
de  quelques  genres,  tels  que  les  crocodilus 
et  les  alligator^  tous  les  autres  genres  de 
sauriens  fossiles  ont  complètement  disparu 
de  la  surface  de  la  terre  ;  et  bien  que  leurs 
caractères,  comme  sauriens,  soient  tranchés 
dans  le  plus  grand  nombre,  à  peine  oserait-on 
admettre,  pour  quelques-uns  d'entre  eux, 
des  rapprocnements  avec  les  groupes  actuels. 
Les  formes  de  plusieurs  de  ces  genres  sont 
bizarres ,  extraordinaires  ;  il  en  est  dont  la 
structure  semble  sortir  des  types  généraux 
d'organisation  de  la  faune  actuelle  et  même 
des  &unes  éteintes.  Enfin ,  tandis  que  dans 
les  autres  classes,  les  genres  éteints  peu 
nombreux  étaient,  en  quelque  sorte,  subor- 
donnés aux  genres  vivants  en  nombre  beau- 
coup plus  considérable,  autour  desquels  ils 
pouvaient  aisément  se  grouper,  dans  les 
sauriens,  au  contraire,  les  genres  éteints  sont 
infiniment  plus  nombreux  que  les  genres 
vivants ,  et  plusieurs  de  ces  genres  forment 
des  groupes  tout  à  fait  distincts ,  qu'on  ne 
peut,  en  aucune  manière ,  rapprocher  des 
groupes  vivants.  Du  reste ,  les  genres  qui 
ont  encore  leurs  analogues  dans  la  nature 
actuelle  ne  se  trouvent  que  dans  les  divisions 
supérieures  des  terrains  stratifiés,  c'est-à- 
dire,  dans  les  divisions  dont  tous  les  types 
organiques  se  rapprochent  plus  ou  moins  de 
ceux  de  la  création  actuelle.  (Foy.  Croco- 
dile, Iguanodon,  Ichthtosàure,  Mégàlau- 
SÀURE,  Mosasàcjre,  PlAsiosaure,  Ptérodac- 
tyle, Sauriens,  Tortues.) 

Troisiâmb  ordre.  Ophydiens  ou  serpents. 
—  L'ordre  n'est  représenté  à  l'état  fossile 

2ue  par  un  genre  perdu,  le  genre  palœophiSf 
^wen,  dont  une  espèce  se  trouve  dans  l'étage 
parisien  de  Sheppy,  une  autre  dans  l'étage 
falunien  de  Suffofk  ;  dès  lors  toutes  deux  des 
terrains  tertiaires  d'Angleterre. 

Les  genres  encore  existants  ne  sont  pas  plus 
nombreux  ;  on  a  rapporté  au  genre  crotalus 
deux  espèces  de  l'étage  parisien  de  Belgique; 
au  çenre  coluber^  une  espèce  de  l'étape  fa- 
lunien, et  quatre  de  l'étage  subapennin  ;  au 
genre  ophis^  une  espèce  de  l'étage  subapen- 
nin. 

On  a  décrit  comme  genre  éteint  dans  la 
famille  des  salamandres ,  le  genre  andriasf 
Tschudi ,  fondé  sur  la  fameuse  salamandre 
gigantesque  des  schistes  de  l'étage  subapen- 
nin d'CKningen,  qu'un  naturaliste  allemand 
d'une  grande  réputation,  Scheuchtzer,  à 
décrit  sous  le  nom  de  homo  diluvii  testis^ 

}>eDsant  reconnaître  dans  ce  fossile  un  sque- 
elte  humain.  Depuis,  Cuvier,  le  premier, 
démontra  Terreur  dans  laauelle  était  tombé 


Scheuchtzer.  La  taille  de  cette  espèce  est 
de  1  mètre  50  centimètre  de  long. 

Les  genres  encore  existants  rencontrés 
fossiles  sont  le  genre  satamandra^  dont  on  a 
trouvé  des  ossements  dans  les  étages  falunien 
et  subapennin.  Le  genre  triton  de  létage 
falunien  de  Sansan  et  subapennin. 

Comparaison  générale.  —  l^s  mammifères 
et  les  oiseaux ,  comparés  au  tableau  de  la 
répartition  chronologique  des  reptiles  i  la 
surface  de  la  terre,  montrent  des  résultats 
bien  différents.  Ici ,  depuis  leur  première 
apparition  sur  le  globe  à  la  fin  des  terrains 
patéozoïques,  les  reptiles  occupent  presque 
tous  les  étases  géologiques ,  sans  montrer 
néanmoins  de  progression  croissante  réga- 
lière  de  formes;  car  les  genres  qui,  à  tous 
les  étages ,  restent  en  arrière  et  s'éteignent 
dans  les  Ages  passés ,  sont  trois  fois  plus 
nombreux  que  ceux  qui  arrivent  à  l'époque 
actuelle.  Ainsi,  chez  ces  derniers,  c'est  pour 
ainsi  dire,  un  remplacement  successif  de 
formes  animales  dont  î^s  unes  éphémères; 
les  autres  plus  persistantes,  durent  plus  ou 
moins,  mais  font  place  les  uues  aux  autres, 
depuis  les  époques  anciennes  jusau'à  nos 
jours.  Si ,  sans  préiuger  des  généralités  qui 
vont  suivre,  nous  cnerchons  quelle  peut  être 
la  cause  de  cette  répartition  différente,  entre 
les  mammifères,  les  oiseaux  et  les  reptiles, 
nous  croirons  la  trouver  dans  un  seul  fait 
qui  tient  à  l'organisation.  £n  effet,  comment 
vivent  aujourd  hui  tous  les  genres  de  rej)- 
tiles  fossilQs  que  nous  voyons  arriver  jusqu'à 
l'époque  actuelle?  D'après  Tobservatioa  di- 
recte, nous  savons  qu'a  l'exception  des  cft^ 
lonia^  ils  sont  tous  terrestres,  ou  des  eaux 
douces,  et  qu'ils  respirent  l'air  en  nature; 
comme  les  oiseaux  et  les  mammifères.  Si 
nous  nous  posons  la  même  question  pour  les 
genres  de  reptiles  perdus  antérieurs  auxle^ 
rains  tertiaires,  nous  verrons ,  au  contraire, 
par  les  gisements  où  ils  ont  été  trouvés,  qu'ils 
sont  tous  des  mers,  ou  du  littoral  maritime. 
Nousinsistons  sur  ce  faitqui,  nous  lecroyons, 
est  la  cause  de  la  différence  de  répartition 
générale  qui  existe  entre  les  reptiles  et  les 
vertébrés  supérieurs,  puisque  nous  la  trou- 
vons marquée  dans  toutes  les  séries  animales 
qui  contiennent  à  la  fois  des  êtres  marins 
et  des  êtres  terrestres  ou  fluviatiles. 

Comparaison  des  ordres  entre  eux.  —  Po^r 
nous  assurer  si  les  diverses  séries  des  reptiles 
sont  réparties  d'une  manière  uniforme,  nous 
allons  les  comparer  entre  elles,  en  commen- 
çant par  les  plus  anciennes. 

Les  sauriens  représentés  aujourd'hui  par 
les  crocodiles  et  par  les  lézards,  sont  les  pre- 
miers reptiles  qui  aient  paru  à  la  surface  d« 
la  terre  avec  l'étage  carboniférien  des  ter- 
rains paléozoïques  ;  ils  sont  plus  nombreux 
dans  les  terrains  triasiques;  ont  eu  leur 
maximum  de  développement  dans  les  ter- 
rains jurassiques  ;  ont  diminué  ensuite  de 
nombre  avec  les  terrains  crétacés ,  pour  ne 
plus  montrer  qu'un  seul  genre  dans  les  ter- 
rains tertiaires.  Nous  pouvons  donc  dire  qn« 
cette  série  est  dans  une  période  décroissante^ 
depuis  les  terrains  jurassiques  jusqu  a  i« 


'♦a. 


fi49 


HEP 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


REP 


i250 


poque  tclaelle  ;  car  on  ne  peut  comparer 
^  les  crocodiles,  les  i($uaoes  et  les  autres 
*  reptiles  terrestres  de  notre  époque  à  ces 
énormes  sauriens ,  qui  couTraient  le  litto- 
ral maritime  des  anciens  continents,  à  ces 
géants  aquatiques  qui,  à  J'épomie  des  terrains 
jurassiques ,  pouvaient  rivaliser ,  dans  les 
mers,  avec  nos  énormes  cétacés.  En  descen- 
dant jusqu  aux  familles  si  différentes  les 
unes  des  autres  dans  cet  ordre,  nous  trou- 
verons encore  des  résultats  plus  curieux  ; 
puisque,  sur  six  familles,  quatre  tout  en- 
tières ont  cessé  d'exister  et  ne  montrent 
plus  aujourd'hui  un  seul  représentant.  Nous 
Terrrons,  par  exemple,  les  mégalosaurides , 
animaux  riverains  de  grande  taille ,  com- 
mencer avec  les  terrains  jurassiques  et  s*é- 
teindre  avec  les  terrains  crétacés  inférieurs; 
les  labjffifUhidei^  grands  animaux  également 
riverains  intermédiaires  entre  les  sauriens 
et  les  batraciens ,  être  spéciaux  aux  terrains 
triasiques;  les  ichihyosaurides ,  autres  rep- 
tiles essentiellement  nageurs  et  conformés 
pour  vivre  dans  les  mers,  comme  les  cétacés 
avec  lesquels  ils  pourraient  rivaliser  de  tail  le, 
commencer  avec  l'étage  conchylien  et  ne  pas 
s'élever  au-dessus  des  terrains  jurassiques; 
enfin  lespiérodactylides^  plus  étranges  encore 
par  leur  conformation,  puisoue  d'un  côté  ils 
étaient  propres  au  vol;  tanclis  que  leur  gi- 
sement les  indique  pourtant  comme  des  ani- 
maux littoraux  des  mers ,  paraître  avec  les 
terrains  iurassioues,  sans  franchir  l'étage  le 
plus  inférieur  des  terrains  crétacés. 

Les  ehéloniens  ou  tortuei  semblent  avoir 
laissé  des  empreintes  physiologiques  de  pas 
aTec  l'étage  conchylien,  et  l'on  peut  dire 
que  les  genres  ont  suiri  une  progression 
croissante  en  traversant  tous  les  étages  jus- 
qu'S  l'époque  actuelle,  oik  ils  sont  au  maxi-^ 
mum  de  leur  développement  de  formes 
^nériques.  On  doit  encore  faire  remarquer 
ici  que  les  tortues  antérieures  aux  terrains 
crétacés  se  trouvent  dans  des  couches  pure- 
ment marines,  ce  qui  porterait  à  croire 
qu'elles  habitaient  le  littoral  des  mers  an- 
ciennes, bien  que  souvent  les  genres  aux- 
quels on  les  rapporte  aujourd'hui  soient 
seulement  des  eaux  douces. 

Les  ophidiens  ou  serpents  montrent  une 
distribution  tout  à  fait  distincte  des  ordres 
précédents,  et  analogue  à  la  distribution 
générale  des  animaux  purement  terrestres, 
comme  l'ensemble  des  mammifères  et  des 
oiseaux.  En  effet,  ils  se  montrent  pour  la 

}>remière  fois  avec  les  terrains  tertiaires  de 
'étase  parisien,  et  vont  en  augmentant  de 
nombre  jusqu'à  l'époque  actuelle,  où  ils 
montrent  le  maximum  de  leurs  genres.  Ils 
sont,  dès  lors,  en  voie  croissante  de  déve- 
loppement de  formes. 

Les  batraciens  ou  grenouilles  suivent  la 
même  répartition  que  les  ophidiens  :  leurs 
premiers  genres  naissent  avec  l'étage  lalu- 
uien  des  terrains  tertiaires,  augmentent  de 
nombre  jusqu'à  nos  jours,  où  ils  sont  au^ 
jourd'hm  à  leur  maximum.  Ces  animaux 
sont  donc  étalement  en  voie  croissante  de 


développement.  Tous  sont  terrestres  ou  des 
eaux  douces. 

La  comparaison  que  nous  venons  d'établir 
prouve  aue  les  sauriens  sont  dans  une 
période  aécroissante  de  d^éveloppement  de 
forme  zoologique;  tandis  que  les  chéloniens,  « 
les  ophidiens  et  les  batraciens  sont,  au  con- 
traire, dans  une  voie  croissante.  Qu*en  con- 
clure, relativement  à  la  loi  de  perfectionne- 
ment des  êtres?  C'est  qu'il  y  a  ici  une  grave 
exception;  car  les  sauriens,  que  nous  avons 
vusap|»artenir  à  ce  grandiose  de  l'animalisa- 
tion  des  terrains  triasiques  et  jurassiques, 
ne  peuvent  être  placés,  dans  Tordre  de  per- 
fection des  êtres,  après  les  trois  séries  qui 
sont  encore  en  progression  croissante.  S'il 
pouvait,  du  reste,  exister  quelques  doutes 
sur  la  non-généralité  de  cette  prétendue 

Krfection  successive  des  êtres,  en  suivant 
rdre  chronologique  de  leur  apparition  à 
la  surface  du  globe,  elle  serait  au  moins 
prouvée  par  l'étude  comparative  de  l'instant 
d'apparition  des  ordres  de  reptiles.  Le  plus 
ancien  de  tous  est  l'ordre  des  sauriens,  qui 
apparatt  avec  la  fin  des  terrains  paléozoï- 
ques.  L'ordre  des  chéloniens  se  montre, 
pour  ainsi  dire,  en  même  temps,  quand 
nous  voyons  les  premiers  ophidiens  et 
batraciens  ne  se  montrer  que  vingt  et  un 
étages  plus  tard,  dans  les  terrains  tertiaires. 
Personne  assurément  ne  pourra,  dans  l'or- 
dre de  perfection  croissante,  placer  avant  les 
sauriens  et  les  chéloniens  les  ophidiens, 
toujours  sans  membres  pour  la  locomotion, 
ou  les  batraciens,  qui  subissent  des  méta- 
morphoses dans  le  jeune  flge.  Il  résultera  de 
ce  fait  sans  réplique  gue  les  reptiles,  au  lieu  de 
marcher  vers  le  perfectionnement  en  partant 
de  leur  époque  contemporative  d'a[)parition 
sur  le  globe,  ont,  au  contraire,  marché  des 
plus  complets  aux  plus  incomplets  dans  cet 
ordre  chronologique,  et  sont,  dès  lors,  en 
opposition  complète  avec  la  loi  du  perfec- 
tionnement,    'i 

Déductions  xoologiques  générales.  —  Com- 
parés dans  leur  ensemble  numérique,  sans 
avoir  ésard  aux  ordres,  les  genres  de  rep- 
tiles mènent  à  des  conclusions  différentes. 
Nous  les  voyons,  par  exemple,  pour  la  pre- 
mière fois,  avec  l'étage  cart)oniférien  des 
terrains  paléozoïques,  où  ils  montrent  une 
forme  générique.  Ils  en  montrent  dix^huit 
dans  les  terrains  triasiques,  vingt-sept  dans 
les  .terrains  jurassiques,  seize  dans  les  ter- 
rains crétacés,  et  vingt-trois  dans  les  terrains 
tertiaires.  On  voit,  dès  lors,  que,  n'ayant 
égard  qu  aux  genres  fossiles,  le  maximum 
de  développement  serait  à  l'époque  des  ter- 
rains iurassîques  ;  mais,  si  nous  y  compa- 
rons le  nombre  assez  considérable  de  gen- 
res admis  dans  les  reptiles  encore  existants,  ' 
nous  serons  obligé,  comme  pour  les  mam- 
mifères et  les  oiseaux,  de  trouver  que  les 
reptiles,  considérés  dans  leur  ensemble  nu- 
mérique de  genre,  depuis  leur  première 
apparition  sur  le  globe  jusqu'à  nos  jours, 
ont  encore  marche  dans  une  progression 
croissante.  i 

Déductions  climatologiques  compa/r^.  — ^ 


1251 


RËP 


DICTiONNAlKE  Mù  COSMOGONIE 


ROC 


im 


f. 


Ce  que  nous  pouvons  dire  des  reptiles  est 
tout  h  fait  en  rapport  avec  ce  que  nous 
avons  observé  chez  les  mammifères.  Los 
crocodiles,  les  boas,  les  crotales,  sont  au- 
jourd'hui des  régions  tropicales  très-chau<lcs 
*  des  continents  actuels  :  on  doit  donc  croire 
jnc,  lorsque  les  crocodiles,  les  caïmans^  les 
lalciophis^  si  Voisins  des  boas,  nvAîent  dans 
es  étages  suessonien  et  parisien,  à  Puris  et 
à  Londres,  jusqu'au  80*  degré  de  latitude 
nord;  que,  lorsque  les  crotales  eiistaient 
en  Belgique  vers  la  môme  époque,  ces  ré- 

S fions,  aujourd*hui  tempérées,  devaient  avôif 
a  même  température  que  la  zone  torride. 

Déductions  géographique^,  —  Encore  ici 
quel(jues  données  qui  viennent  prouver  que 
la  distribution  géographique  actuelle  est 
s.péciale  à  noire  épotjue,  et  tout  à  fait  en 
dehors  de  la  répartition  des  Ôtres  dans  les 
étages  géologique^.  Les  crotales,  Ie3  atïiga- 
tors,  sont  aujourd'hui  spéciaux  à  rAraeri- 
que,  tandis  qu'on  en  pQnnaît  des  espèces 
fossiles  en  Angleterre  et  en  Belgique.  Nous 
pourrions  encore  citer  plusieurs  autres  faits 
semblables,  même  parmi  les  reptiles. 

Déductions  géologiques  tirées  des  genres,  — 
Les  caractère^  stratigraphiques  négatifs  sont 
on  ne  peut  plus  tranchés  pqur  les  reptiles. 
En  effet,  comme  aucun  des  67  genres  fossi- 
les n'occupe  tous  les  étages,  et  qu'ils  sont, 
au  contraire,  tous  limités  dans  une  plus  oi^ 
moins  large  série  d'étages,  ils  peuvent  être 
appliqués,  comme  caractères  négatifs,  pour 
les  terrains  él  les  étages,  soit  supérieurs, 
soit  inférieurs.,  oà  ils  ne  se  sont  pas  encore 
rencontres.  Les  67  genres  peuvent  servir  de 
caractères  négatifs  pour  les  trois  étapes  in- 
férieurs, silurien,  dévonien  et  carboniîérien, 
des  terrains  paléozoiques,  etc.,  etc. 

Les  caractères  stratigraphiques  positifs 
sont  également  marqués  par  tous  les  genres 
do  reptiles,  suivant  Vexteusion  qu'ils  oecii- 
peut  dans  les  Ages  géologiques;  ils  Je  sont 
d'autant  plus,  que,  sur  les  OT  genres,  84, 
n'arrivant  pas  à  l'époque  actuelle,  sont  per- 
dus, relativement  aux  faunes  postérieures 
et  à  la  faune  d'aujourd'hui,  et  que  Ton 
compte,  sur  le  total,  39  genres,  ou  plus  de  la 
moitié,  qui  Jusqu'à  présent  sont  circonscrits 
dans  un  seul  étage  géologique. 

La  persistance  des  caractères  pos/ftifs  est 
également  très-marquée  chez  les  reptiles, 
,  comm^  on  peut  le  voir  pour  Ie5  genres 
'  iehthyosaurusy  plesiosaurus^  chelonia^  crocO" 
ditus^  etc.,  etc.  Jl  en  est  de  hiême  des  déduc- 
tions géologiques  liréqs  des  espèces  :  c'est 
que  les  276  espèces  fossiles  connues  parais- 
sent élre  pro|)res  à  Tétage  où  elles  ont  vécu, 
et  qu'elles  peuvent,  dès  lors,  être  considérées 
oomme  autant  de  formes  caractéristiques.  — 
Voy.  SAUtiifiTfs,  Crocodiles  et  Tortues. 

(87S)  Il  nous  reste  encore  bien  des  recherches  à 
feire,  avaiit  de  fixer  la  limite  qui  sépare  les  roches 
d'ongîne  îgnee  des  roches  siklnnentaires.  La  trans- 
f<yrmafioti  incontestable  de  ces  dernières  en  roches 

3ui  ont  la  plupart  des  caractères  extérieurs  des  pro- 
uus  i«fi^,  ajoute  k  ilnoertitude.  Ou  a  cm,  long- 


RËPULSION  (FoR<»  db).  Voy.  L^n-ACB. 

RESPIRATION  cbez  les  AfviKAi3ic  «Msatt 
MAK1XS    ET   TEnRÈSThEs.   Yoy,   PMsmui^ic 

PALÉO.NtOLOil^lQVE. 

ROCHES  FQSSIU$'ÈRES,-I)«|iuis  je  com- 

mencement  du  œand^  deui  causes  distinc- 
tes n*ont  cessé  de  pfé«^der  h  la  formation  des 
divers  matériaui  qui  o^mposeot  le  sol  ter- 
restre :  le^  uns  Ofit  ^||  îormëÀ  par  voie 
ignée,  les  autres  par  yp|é  âauéuse.  Les  uii- 
teriauif:  qui  composent  le  soi  se  rësumènl  i 
peu  près  à  peuï-ci  :  les  minéraux,  les  ro- 
ches et  les  fossi4es.  11  y  j^  pette  aifitérencb 
entre  les  minéraux  et  le§  roches,  que  celles^ 
ci  sont  des  masses  minérales  ,  coiimosëes, 
soit  d'une  seule  espèce,  soit  de  pfùsîcuri 
esijèces  mjnéralogiques  féunies,  qiii  jouent 
un  rôle  dans  la  composition  des  bouches. 
Comme  les  autres  i^atériaux  du  sol ,  les 
roches  sont  divisées  en  deux  si^clions  :  les 
roches  d'origine  ignée,  les  roches  sèdimen- 
taires  (878). 

Les  rothes  d'origine  ignée  on.  phUimnim^ 
nés  ont  été  préalablement  à  Féiat  dp  fuma 
ou  de  dissolution,  dans  un  véfaicufe  quH* 
conqpe;  dissolution  favorisée  pat*  uneltis-* 
haute  température,  il  fest  inutile  4e  cher- 
cher, dans  toute  cette  grande  sériedè  roches, 
des  corps  organisés  fossiles.  La  ehaleur  in- 
tense qui  a  présidé  à  leur  mode  dé  formation 
a  dû  anéantir  toute  trace  d'organisaiion. 
G'est  même  de  la  présonee  où  de  l'abseace 
des  corps*  organisés  fossiles  daas  ces  cti^u- 
chqs,  et  d'aufres  car^clères  de  composition 
et  de  dépôt,  qu^oh  est  coaveuû  de  aeaiiire  la 
ualure  sédimentâife  ou  plutonnienne  iie  ces 
couches.  Nous  citerons  néanmoins  quel- 
ques eiceptions  apparentes  à  cette  régie  gé- 
nérale. 


On  a  souvent  parlé  déroches  Votcàiiiflues 
contenant  des  eorps  organisas,  jBivàcehiBi, 
qui  a  décriti  jivec ,  ^eaiicoùn  4'exacliiude, 
1  éruption  du  Vésuve  en  iG$U  assure  «yoir 
trouvé  des  eoqqilles  marines  qm  avaient 
été  r£tietées.  M.  Constant  Pr^vetç^ji  eu  aussi 
plusieurs  fois  occasion, de  remarquer  Jift«.€0- 
quiiles  epveio|)pj&es  dâ^isd^es  cendres,  volca- 
niques. Ces  failà  prouvent  seujçnj^ji^  que 
les  matières  volcaniques  ihcohérénîes,  qui 
étaient  lancées  à  une  très-grande*  fiiutenr, 
pouvaient  perdre  protnptement,  par  la  ré- 
sistance de  J'air,  par  la  désagrçgattopi  de 
leurs  nioléciilcs,  par  J'extrémc  fiîWéiSc  de 
leur  cohduclihililé  calorîdùe ,  ïi  chàjeur 
qu'elles  apportaient  du  fo>Tt  central;  et  les 
coquilles  lancées  au  loih  aVcc  Tes  eaut  de 
la  mer,  introduites  dans  fa  bbuche  de  vol- 
can par  quelques  Assures  haturelïes^  6ni  été 
h  peine  altérées. 

Du  reste,  qu'y  a-t-îl  d'étotioant  que  des 
matériaux,  qu'une  lave   Volcanique  rfema- 

temps ,  que  la  pi^ésehcé  de  matières  bîuimincnsrs 
azelecs,  sinon  celle  de  Corps  organisés  distinct^ 
etau  un  caractère  essenUel  de  la  dmlucilen  dés  dèoi 
groupes  de  roehes  ;  mais  ()eB  eKpérioiice9  réoeales 
oot  prouvé  combien  ce  caractère  était  iA&uiBsajii. 


1255 


ROC 


£T  0fi  PALECmTOLOGIE. 


ROC 


iS5/. 


niée  par  les  eaux  de  la  mer,  amenée  ainsi 
à  Tétat  de  sédiment,  recouvrent  les  eorps 
organisés  déposés  au  fond  des  eaui,  et  les 
consenrent  à  Tétat  fossile?  Peut-être,  si  Ton 
étudiait  bien  tes  aoelc|ue8  glsementis  extep^ 
(ionnels  de  coquilles  danft  des  roohes  ?bI<;A<!* 
liques,  trouverait<-on  que  eeltes-ci  peuvent 
'oujours  se  rapporter  à  des  tufs  ou  con- 
xloiuérats ,  roebes  esseottellement  remà'^ 
liées. 

Mais  si  Ton  a  pu  trouver,  dans  certains 
f  as  exceptionnels^  des  oorps  organisés  dans 
«s  dépAts  ignés  modernes^  il  n*en  est  pas 
"'  e  même  de  toute  la  série  dei  roches  ignées 
ociennes,  gmnitôïdefi  porphyroïdes^  ser*^ 
pcntinottses,  etc.  Une  cnaleur  sans  doute 
incomparablement  plus  forte  que  celle  qui 
I  donné  naissance  aux  produits  volcaniques 
fuodemes,  a  présidé  à  la  formation  de  cel* 
les-ci. 

On  voit,  par  ce  qui  précède,  que  les  cas 
30l  Ton  rencontre  des  corps  organisés  fos- 
siles, dans  les  roches  {liutonniennes  ou  d'o- 
rigine ignée,  sont  toot  à  fait  exceptionnels 
ti  n'ont  pas  d'importance  réelle  en  paléo&- 
ologie. 

Les  rocAas  n^SImenfair^sj  que  nous  dési- 
pi'-ns  ainsi  pour  indiquer  leur  mode  de 
ormation  au  sein  des  eaux,  ont  été  aussi 
ippelées  rocket  d'origine  aqutusej  ou  rochei 
lepiunienneê. 

Lorsqu'on  étudie  avec  soin  les  couches 

édimentaires ,  relativement  à  la  manière 

i'étre  des  fossiles  qui  j  sont  renfermés, 

m  reconnaît  que  ces  couches  se  sont  dé*- 

losées  comme  se  déposent  aujourd'hui  tous 

es  détritus  sous-marins ,  riverains  ou  la- 

ustres.  Nous  croyons  que  les  roches  sé- 

^mentaires  se  sont  formées  dans  les  eaux, 

a  F  des  molécules  terrestres  amenées  des 

ontinentSi  soit  dans  les  lacs,   soit  dans  la 

3er;  par  des  molécules  que  l'action  inces- 

a  rite  de  la  vague  a  enlevées  aut  rivages,  ou 

xjL^à  produites  la  décomposition  des  corps 

ff-^anisés.  Nous  croyons  encore  que  ces  mo- 

Seules  y  ont  été  transportées  par  suite  de 

m.  «jses  naturelles  incessantes,  telles  que  les 

livrants  terrestres  et  sous^marins,  ou  par 

E^-s  causes  fortuites  accidentelles  dues  aux 

i  ^locations  de  l'écorce  terrestre,  mais  que, 

m  Tïs  tous  les  cas,  ces  molécules  ont  formé 

[?s  couches  de  nivellement,  et  qu'elles  ont 

:^  déposées  presque  horizontalement. 

Lorsque  les  roches  sédimentaires  n'ont 
ihU  postérieorement  k  leur  dép6t,  que  des 
langements  peu  considérables,  qui  peN 
ettent  encore  de  juger  de  leur  nature  |>ri- 
itive,  on  les  nomme  roches  tédimentairei 
Uuretie$:  mais,  lorsque  tes  roches  ont  été 
iéréeSf  modifiée»,  ou,  comme  on  le  dit,  mé-^ 
fnorpho9ée$f  par  suite  d'une  action  étran- 
^re,  oa  les  nomme  roches  méiamorphique$. 
Les  rorAesm^amorpAffuei  tiennent  le  mi- 
:;u  entre  les  roches  d'origine  ignée  et  les 
^ches  édimentaires.  Avec  l'aspect  cristal- 
3  et  queiques-uns  des  caractères  miné- 
lo^qaes  des  premières,  leur  structure  en 
*and  semble  incttquer  toujours  une  ori* 
ne  analcigiia  ani  secondes;  aussi  les  géo« 


loaucs  croient-ils  en  généra)  qu'elles  ont 
été  déposées  dans  les  eaui  et  postérieure^ 
ment  modifiées.  Nous  n'aveniK  pas  à  discuter 
iei  <eette  célèbre  théorie  de  l'agent  modifi- 
caltùr  des  roches  métamorphiques,  qui  a 
oocttpé  les  plus  iiiusti*es  géologues.  Deux 
systèmes  sont  en  présence  :  l'un  adfuet  que 
ces  roches  ont  été  métamorphosées  par  le 
oenlict  d^s  roches  d'intrusion,  ou  par  des 
agettU  ignés  différents;  l'autre  eiplique  la 
transforniation  de  stnicture  intime  dans  les 
roches  sédimentaires  par  des  acn'ims  ienie» 
ékûtro-^himiques.  Ne  pourrait-on  pas  croire 
que  les  deux  agents  ont  joué  leur  rôle  dans 
le  métamorphisme?  car  si,  dans  quelques 
cas,  l'action  i^née  est  incontestaule ,  on 
pourrait  croire  aussi  que  la  chaleur  qui  au- 
rait modifié  certaines  roches,  en  amenant 
des  cristaux  de  mftcles,  des  grenats,  qni 
aurait  converti  des  calcaires  en  dolomie  su^ 
de  vastes  étendues,  y  aurait  détruit  toute 
trace  d'organisation. 

Voici,  du  reste,  l'indication  de  quelques^ 
unes  de  ces  roches  qui  contiennent  dos 
restes  de  corps  organisés. 

On  voit  frequemm^t  dans  les  tufs  de  ht 
Summa  du  Vésuve,  et  sur  des  points  été* 
vés,  comme  au  mont  Ott^ana,  des  masses 
plus  ou  moins  volumineuses  de  cah^re 
teriiaire-coquillier.  Ces  nasses  ont  été  al>- 
térées  et  amenées  k  Tétat  sublamellaii*e. 
Oti  observe,  au  contact  de  l'étage  dévoniea 
et  des  granits,  au  if artz,  des  fragments  oo>- 

auilliers  de  la  première  roche,  dans  des 
tous  granitoïdes.  On  a  plusieurs  fois  cons- 
taté l'existence  d'un  cmieaire  à  emrines,  as- 
socié avec  le  micachiste  et  le  chloritoschiste, 
près  du  village  de  Tweng,  au  pied  des  Al- 
pes Tauem.  J>e  semblables  associations  ont 
été  observées  dans  les  Alpes  occidentales. 
L'ensemble  du  dépAt  parait  appartenir  ani 
terrains  paléozoïques. 

Les  schistes  cristallins  et  mâclifères  dé 
l'étage  silurien  de  la  Bretagne  présentent» 
dans  quelques  localités»  des  empreintes  très- 
distinctes  aorthis  et  de  irilobitei.  H  exi^ 
au  mont  Sainte-Marie,  non  Imn  de  Saint- 
Uothard,  etaumoniNufenen^à  l'ouest  d'Ai- 
rolo,  des  schistes  grsnatifères  qui  renfer- 
ment des  béiemnit^.  Certaines  roches  pa- 
léozoïques  observées  dans  les  Vosges  t^on- 
tiennent  des  empreintes  végétales  au  milieu 
d'une  altération  telle,  prouuitu  par  l'effet 
de  la  chaleur  des  roches  piutonniennes  M- 
tuées  dans  le  voisinage,  qu'un  géologue 
trè»-exereé  les  a  prises  pour  des  trapps  et 
des  eurites. 

MM.  Elie  de  Beaumont  et  de  Bueh  ont 
trouvé  k  Gerolstein  des  polypiers  inclus 
dans  la  dolomie  et  convertis  eux-mêmes  en 
cette  substance.  Un  peu  plus  loin,  dans  le 
calcaire  qui  forme  le  prolongement  de  la 
masse  dolomitisée,  on  retrouve  les  polypiers 
à  Tétai  calcaire  parfaitement  conservés, 
tandis  que  là  où  la  masse  a  été  modifiée 
en  dolomie»  la  majeure  partie  de  leur  tex- 
ture intérieure  a  disparu.  M.  de  Collegno 
a  recueilli  k  Tercis,  près  de  Dax  (landes), 
des  oursins  et  des  fragments  de  wmxûhè 


ttS5 


ROC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ROC 


im 


dout  le  test  est  converti  en  dolomie,  -tout 
aussi  bien  que  la  roche  qui  les  contient.  M. 
Coquand  assure  avoir  trouvé  dans  une  cou- 
che saccharoide  des  calcaires  réputés  j^ri- 
milifs  de  Couledoux  (Pyrénées),  ûes  fossiles 
di'lerminables  et  un  polypier  radié.  Enfin 
on  sait  que  le  fameux  marbre,  dit  primitif, 
de  Carrare  contient  en  certaines  places  des 
corps  marins  fossiles,  qu'on  distingue  sur- 
tout lorsque  les  fragments  ont  été  polis,  ou 
lorsqu'on  les  observe  sur  plaques  minces, 
au  travers  de  la  lumière.  Du  reste,  ces  mar- 
bres statuaires  passent  insensiblement  à  des 
calcaires  compactes  remplis  eux-mêmes  de 
fossiles,  alors  parfaitement  distincts,  appar- 
tenant probablement  aux  terrrains  jurassi- 
ques. 

Les  roches  sédimentaires  proprement  di- 
tes, qui,  depuis  leur  formation,  ont  subi 
moins  d'altération,  peuvent  se  diviser  naturel- 
lement en  quatre  groupes  :  1*  les  roches 
qui  ont  pour  base  un  principe  alcalin  (chaux, 
strontiane,  baryte),  dont  le  meilleur  type  est 
le  calcaire  (carbonate de  chaux);  2**  les  roches 
qui  ont  pour  principe  dominant  la  silice, 
seule  ou  combinée  avec  les  terres,  telles 
que  les  argiles,  les  grès  ;  3"  les  roches  mé- 
talliques; 4-°  les  roches   combustibles. 

Les  calcaires  contiennent  ordinairement 
grand    nombre    de    fossiles.    On   a  sup- 

iîosé  que,  dans  quelaues  cas,  ils  s'étaient 
6rmés  par  précipité  chimique,  après  disso- 
lution ;  qu'ils  ont  été  réunis  en  masse,  en 
se  prenant  sous  forme  solide,  et  ont  enve- 
loppé, tout  au  plus,  les  corps  organisés 
suspendus  dans  la  masse  liquide.  Nous  som- 
mes loin  de  partager  cette  opinion.  Quand 
on  voit  dans  ces  calcaires  les  fossiles  dé- 

EDsés  comme  partout  ailleurs  par  couches 
orizontales,  quand  on  voit  souvent,  en  des- 
sus et  en  dessous,  les  couches  argileuses 
qui.  les  recouvrent  évidemment  sédimen- 
taires, on  doit  également  croire  que  les 
fossiles  qu'ils  enveloppent  ont  été  déposés 
dans  les  mêmes  circonstances  que  les  au- 
tres. Ces  calcaires,  généralement  cristallins, 
lamellaires,  plus  ou  moins  purs,  formant 
des  couches  puissantes,  peu  riches  en  fossi- 
les, sont  dautant  plus  fréquents,  qu'on 
descend  plus  bas  dans  la  série  chronolo- 

Sique  des  terrains.  Vers  les  plus  anciens, 
s  constituent  des  masses  puissantes,  et  leur 
voisinages  des  roches  cristallines  a  pu  les 
faire  regarder  comme  roches  métamorphi- 
ques. 

Les  calcaires  sédimentairesj  mieux  carac- 
térisés, sont  par  excellence  des  roches  fos- 
silifères. Les  calcaires  grossiers  des  environs 
de  Paris,  des  bords  de  la  Gironde,  les  cal- 
caires blancs  argileux  iurassiques  des  envi- 
rons de  La  Rochelle  (Charente-Inférieure), 
de  Tonnerre  (Yonne),  de Saint-Mihiel  (Meuse), 
etc.,  etc.,  en  contiennent  un  grand  nom- 
bre, de  même  que  les  calcaires  marneux  ou 
argilo-calcaires  deSémur  (Côte-d'Or),  d' A  val- 
lon (Yonne),  de  Castellane  (Basses-Alpes), 
de  Milbau  (Aveyron),  etc.,  etc.  D'autres  cal- 
caires paraissent  assez  pauvres  en  fossiles, 
€t  ce  sont  ordinairement  les  plus  compac- 


tes, comme  les  couches  bathoniennes,  cal- 
loviennes  et  oxfordiennes  de  Grasse  (Var), 
les  couches  bathoniennes  de  Chaumont 
(Haute-Marne),  les  couches  portiandiennes  > 
de  Saint-Jean-d'Angély  (Charente-Inférien- 
re),  de  Girey-le-ChAteau  (Haute-Marne),  etc. 

Le  gypse  (sulfate  de  chaux  hydraté)  joue 
à  peu  près  le  rAle  du  calcaire  sous  le  rap-  • 
port  du  mode  déformation,  c'est-à-dire qu"il  . 
a  été  déposé  sous  forme  de  sédiment.  Les 
gvpses  cristallins  sont  de  beaucoup  les  plus 
abondants  dans  la  nature.  Les  deux  variétés 
principales  qu'on  en  rencontre  dans  les 
couches  fossilifères  sont  le  gypse  fibreux  et 
le  gypse  grossier  saccharoide.  On  ne  ne  voit 
jamais  de  fossiles  dans  les  gypses  fibreux. 
Les  gypses  grossiers  contiennent  à  Mont- 
martre, près  de  Paris,  un  grand  nombre  d'os- 
sements, surtout  de  mammifères  et  des  dé- 
bris de  poissons  ,  d*oiseaux,  de  reptiles , 
mais  jamais  de  coquilles  de  mollusques  ou 
d'animaux  rayonnes. 

La  baryiine  existe  à  peine  en  roches  ;  elle 
se  trouve  plus  souvent  a  l'état  de  filon;  mais, 
jusqu'à  présent,  les  couches  n'ont  jamais 
ofifert  de  fossiles. 

Le«Waemme(chloruredesodium),  présente 
quelquefois  des  débris  fossiles,  bien  que 
ceux-ci  soient  très-rares.  Une  couche  de  sela 
offert  à  Wieliczka  des  restes  de  mollusques, 
de  poissons  et  de  polypiers  fossiles.  Le  dépôt 
de  sel  gemme  de  Gmuuen,  en  Autriche,  con- 
tient quelques  zoophytes.  Ajoutons  à  ces 
fossiles  q^uelques  fruits  végétaux,  de  nom- 
breux animalcules  microscopiques,  et  nous 
aurons  la  somme  des  corps  organisés  que 
contiennent  ces  sortes  de  roches.  Des  re- 
cherches très-minutieuses  ont  été  faites  par 
M.  Marcel  de  Serres  sur  la  nature  des  infa- 
soires  du  sel  gemme.  Leurs  formes  se  rap* 
prochent  beaucoup  de  celles  que  prennent, 
après  leur  mort,  les  monas  dunaCii  décou- 
verts pàv  M.  Joly,  dans  les  eaux  des  marais 
salants,  et  auxquels  celui-ci  attribue  leur 
coloration  en  rouge.  Les  animalcules  décou- 
verts par  M.  Joly  sont  incolores,  présentent 
diverses  nuances  de  coloration,  ou  même 
changent  ou  perdent  leur  couleur  après  leur 
mort.  De  là  l'état  incolore  ou  diversement 
coloré  des  sels  gemmes  de  Wieliczka,  du 
pays  de  Salzbourg,  du  Tyrol,  de  Hoyenvie, 
de  Cardona,  etc.  Certains  sels  sont  formés 
de  ces  animalcules  jusq'uà  peu  près  le  quart 
de  leur  volume.  On  sait  aussi  que  la  colo- 
ration en  rou^e  des  eaux  de  certains  marais 
salants  est  aujourd'hui  attribuée  à  de  petits 
crustacés  de  l'ordre  des  branchio()odes  et  du 
genre  artemia.  Ces  animaux  périssent  lors- 
que la  dissolution  atteint  la  densité  de  23% 
et  leur  corps  prend  alors  la  couleur  rouge. 

Parmi  les  roches  à  base  de  silice^  les  argua 
sont  généralement  très -fossilifères  ;  et  la 
conservation  des  débris  organiques  y  est 
souvent  parfaite.  Le^  argiles  plastiques  d'Ay 
(Marne),  que  nous  regardons  comme  un 
accident  local  des  lignites,  contiennent,  en 
dessus  et  en  dessous,  beaucoup  de  rester 
de  corps  organisés  avec  leur  test  bien  con- 
servé. Les  argiles  limoneuses  des  pampas  de 


1351 


ROI 


ET  DE  PALEOMGLOGiE. 


R0€ 


12311 


Baenos-Ajres,  qui  occapent  des  centaines 
de  myriamètres  de  superflcie»  renferment 
une  quantiié  considérable  d'ossements  de 
mammifères. 

Les  ^ckiêtes^  composés  de  molécules  trës- 
nnes,  contiennent  souvent  beaucoup  de  re^ 
tes  de  corps  organisés.  Les  ardoises  exploi* 
tées  de  1  é:age  silurien  des  environs  d'An- 
gers (Maine-et-Loire)  sont  dans  ce  cas. 

Les  phyllades  en  montrent  aussi  en  assez 
grand  nombre,  dans  Télage  silurien  des  en- 
virons de  Brest  (Finistère),  aux  lies  Ma^ 
louines,  dans  Tintérieurde  la  Bolivia,  et 
sur  une  surfiice  immense,  aux  Etats-Unis. 

Les  gri$^  formés  de  grains  de  salile  a.;ré^ 
gés,  apiiartiennent  à  tous  les  A^es  géolor 
giques  <t  toonlienneni  presque  toujours  des 
restes  d'animaux  fossiles.  Les  grès  siluriens 
de  }lày  (Calvados)  montrent  ûqs  trilobites, 
des  conulaires  :  le^  grès  dévoniens  et  car-^ 
bonilériens  de  Bolivia  renferment  des  tpirir 
fer^  des  produclu$f ,  etc.  Les  grès  de  Tétage 
sinémurien  présentent  beaucoup  d'emprein- 
tes aux  environs  de  Séinur  (Oôte-<i'0r),  de 
ValOfines  (Manche),  de  Metz  (Moselle),  ainsi 
que  les  grès  coralliens  de  Trouvillé  (Cal- 
vados), les  grès  kimméridgiens  de  la  route 
de  Niort  à  Saint-Jean-d*An^élj  (Charente* 
Inférieure)  ;  ceux  des  terrains  crétacés  des 
Ardennes,  du  Mans  (Sarthc),  de  Fourra^» 
de  llie  d'Aix  (Charente-Inférieure),  de  Poo- 
dichéry,  de  Conce{icion  (Chili],  offrent  une 
granie  variété  de  restes  organisés,  ainsi 
que  les  grès  inférieurs»  moyens  et  supé- 
rieurs des  terrains  tertiaires  (iu  bassin  jia- 
risien»  ûes  côtes  du  Chili  et  de  la  Pata- 
gonie. 

Les  iripoliê^  quand  ils  résultent  d'un  dé- 
pôt fait  par  Teau  de  silice  extrêmement  di« 
viséei  se  rapprochent  quelquefois  beaucoup 
de  la  texture  des  grès,  en  présentant  alors 
une  composition  analogue  h  cepx-ci.  D*au- 
très  fois,  au  contraire,  les  tripolis  se  trou- 
vent dans  le  voisinage  de  roches  ignées  ou 
pseudovolcaniques,  telles  que  les  houillères 
embrasées,  et  paraissent  être  le  résultat  de 
la  transformation  de  schistes  arjpleux  dé-^ 
pouillés  de  leur  alumine,  par  l'effet  de  la 
chaleur  ou  de  tout  autre  agent.  Ces  der- 
niers tripolis  contiennent  quelquefois  jus- 
qu'à 96  p.  100  de  silice.  Les  tripolis  d  ori- 
ipne  sédimentaire  sont  quelquefois  com- 
plètement formés  d'animaux  infusoires  à 
r^raiace  siliceuse;  comme  par  exemple, 
ceux  de  Bilin,  en  Bohême.  M.  Ehren- 
lierg  a  calculé  que  27  millimètres  cubes  de 
tripoli  de  ceUa  localité  pouvaient  contenir 
jusqu'à  4kl ,000  millions  de  ces  infusoires  à 
test  siliceux.  Ces  sortes  de  tripolis  ne  ren- 
ferment jamais  de  corps  organisés  autres 
que  les  infusoires  dont  ils  sont  formés.  Les 
tri f)olisfn//amor/>Aifii€< contiennent,  par  ex- 
ception, quelques  cot\)s  organisés.  Ceux  de 
Poligné  (lile-et-Vtlaine)  montrent  quelques 
empreintes  de  bivalves,  de  végétaux. 

Les  roches  de  silex  (pyromaqoe,  meulière, 
résioile,  jaspe)  offrent  aussi  des  fossiles , 
principalement  des  mollusques  et  des  ra- 
diairos  lour  Jes   pyromaques  et  les  meu- 


lières, et  des  végétaux  pour  les  autres.  On 
cite  cependant  des  résinites  à  poissons  et  à 
insectes  à  Rrepitz,  à  Nikoltschitz,  en  Galli- 
cie,  dans  des  mollasses  tertiaires.  On  a  cru 
que,  dans  ces  sortes  déroches,  la  silice, 
^u  lieu  de  se  déposer  sous  forme  de  sédi- 
ment plus  ou  moins  Qn,  comme  dans  les 
?;rès  et  les  tripolis,  a  été  à  l'état  de  disso- 
ution,  et  qu'elle  a  pris,  en  se  consolidant, 
un  éclat  compacte  vitreux  que  n'ont  fias 
]e.«  autres  roches.  On  a  supposé  encore  qu0 
la  silice  des  pyromaques,  des  meulières,  etc., 
.avait  étéè  IVtat  de  dissolution  gélatineuse; 
mais,  lorsqu'on  étudie  la  manière  d*êtr«2 
de  ces  rocnes  de  silex  et  des  fos&iies  qu*(  1- 
les  contiennent  dans  les  couches  d'eau 
douce  des  meulières  des  environs  de  Pa- 
ris, dans  les  falaises  crétacées  de  toute  In 
côte  de  la  Seine-Inférieure,  des  environs 
de  Tours  (Indre-et-Loire),  de  Saintes  (Cha- 
rente-Inférieure), dans  les  silex  de  Tétage 
corallien  de  Trouvillé  (Calvados),  dans  ceux 
du  lias  supérieur  de  Thouars  (Deux-Sè- 
vres), de  Poitiers  (Vienne),  de  Sainte-Ho- 
norine (Calvados),  etc.,  etc.,  on  acquiert 
bientôt  la  certitude. que  les  fossiles  y  ont 
été  déposés  par  couches  horizontales,  s^n 
milieu  des  sédiments.  On  voit  distinctement 
de  plus  que  la  matière  siliceuse  eu  disso- 
solution  a  pénétré  ces  couches  postérieure- 
ment à  leur  formation,  en  y  formant  ces 
rognons  isolés,  des  silex,  de  la  craie  et  du 
lias,  ces  masses  lenticulaires  plus  grandes 
des  meulières,  et  enfin,  qu'elle  a  pénétré 
seulement  par  endroits  les  masses  coral- 
liennes de  Trouvillé,  en  changeant,  sur 
quelques  points  isolés,  -la  couche  de  grès 
en  silex,  tandis  que, cettp  couche  est  restée 
intacte  à  Tétat  de  grès,  sur  toutes  les  au- 
tres parties  de  son  extension.  Nous  ne 
verrions  donc,  dans  Içs  silex,  qu'une  modi- 
fication partielle  los  couches,  due  peut-êtye 
à  des  courants  électroNdiimiques,  mais  nul-* 
lement  un  fait  général  de  dépôt. 

Du  reste,  ces  roches  siliceuses  se  trouvent 
très-rarement  en  couches  continues;  ell^s 
affectent  plutôt  la  forme  de  nodules,  de  ro- 
gnons, d'amas  plus  ou  moins  irréguliers, qui 
semblent  indiquer,  d'une  manière  définitive, 
.  l'origine  de  la  plupart.  Quant  aux  jaspes,  ils 
ne  sont  pas  toujours  d'orij^ine  sédimentaire. 
.  11  en  est  dont  l'origine  ignée  est  incontes- 
table; d'autres,  enfin,  qui  proviennent  de 
roches  transformées.  Or,  il  serait  inutile  de 
chercher  des  fossiles  dans  ces  deux  dernières 
.  roches. 

Les  êubstanres  minérales  métalliques^  quel- 
quefois  abondantes  dans  la  nature,  y  sont 
rarement  stratiformes.  On  les  rencontre  plus 
souvent  en  grandes  inasses,  en  dikes,  veines 
ou  filons,  etc.  Les  métaux  en  dikes.  ou  en 
.  filons  ont  une  origine  non  équivoque,  qui 
exclut  toute  idée  ue  dépôt  ^r  les  eaux;  ils 
ne  contiennent  pas  de  fossiles.  On  a  bien 
voulu  opposer  à  cette  loi  générale  quelques 
faits  exceptionnels  :  arnsi.  dc^  tronçons  do 
pins  furent  trouvés  jadis  dans  une  voipe.^e 
plomb  au. pays  de  balles.  Le  bois  ne  rré« 
sentait  pas  de  changement^  sauf  qu*il  Mi| 


Dicno?»!.  OB  CosvoGOsnE  rr  os  PALSo:iTai,OQiB^ 


M 


«2£9 


ROC 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


ROY 


Hm 


fortement  imprégné  de  galène.  On  ajoute 
qu'on  a  trouve,  rkns  un  autre  filon,  du  plomb 
sulfuré  accompagiié  de  barytine,  et  de 
quartz,  près  de  rrémoy  et  de  Corcelles; 
mais  ce  ne  sont  là  que  des  exceptions  qui 
n'ont  peat^tre  pas  toute  l'authenticité  dé- 
sirable. 

11  est  des  cas  où  la  forme  de  filons,  ou  de 
dikes,  n'est  absolument  au'apparente,  et 
peut  tromper  facilement  1  observateur  peu 
expérimenté.  Nous  en  avons  acquis  la  preuve 
près  de  Fontaine-Étoupe-Four  (Calvados). 
On  voit,  çn  effet,  sur  ce  point ,  et  dans  les 
communes  voisines,  des  masses  considéra- 
bles de  çrès  siluriens,  où  s'observent  des  fi- 
lons obliques  ou  plus  ou  moins  verticaux, 
remplis  d  argile  ou  de  limonite,  enveloppant 
tin  nombre  considérable  de  coquilles  bien 
conservées,  tout  à  fait  distinctes  descoquillcs 
fossiles  contenues  dans  les  grès.  Lorsqu'on 
étudie  la  géologie  des  environs,  on  reconnaît 
que  ces  fiions  ne  sont  que  des  fentes  déter- 
minées par  }a  dislocation  des  grès,  qu  ont 
remplies,  lors  de  la  mer  liasienne,  des  dé- 
tritus marins  et  des  coquilles  marines  qui 
vivaient  à  cette  époque,  probablement  sur  ces 
rochers  siluriens,  formant  alors  des  écueiis 
voisins  du  rivage. 

Les  Umonites  (fer  peroxyde  hydraté)  sont 

f>eut-étre,  de  toutes  les  roches  métalliques , 
es  seules  qui  forment  des  couches  vérita- 
bles; aussi  contiennent-elles  plus  de  fossiles 
qu  aucune  autre.  Ou  en  distingue  plusieurs 
variétés  :  les  seules  qui  aient  pour  nous  de 
l'intérêt  sont  les  variétés  compacte  ^  terreuse 
et  oolithique. 

Les  limoniteM  compactti  sont  exploitées, 
comme  minerai  de  fer,  à  la  Voiilte  (ArJèche), 
dans  les  couches  calloviennes;  à  la  Verpillère 
(Isère),  dans  les  couches  toarciennes,  où 
elles  contiennent  un  nombre  considérable  de 
coquilles  fossiles. 

•  Les  limonites  terreuses  sont  peu  communes; 
néanmoins  nous  les  trouvons  entièrement 
composées  de  coquilles  iossiles  passées  à 
l'état  de  fer  oligiste,  dans  les  couches  de 

-  Tétage  sinémunen ,  aux  mines  de  Beaure- 
gard,  non  loin  de  Sémur  (Côle-d'Or). 

Les  limonites  oolithiques^  faciles  à  distinguer 
par  les  petits  grains  ronds  dont  elles  se  com- 
j"xisent,  sont  toujours  les  plus  communes. 

'  Elles  renferment  une  grande  quantité  de 
restes  de  corps  organisés.  Des  couches  de 
limonite  oolithique,  souvent  exploitées  pour 
le  fer  qu'elles  contiennent,  se  voient  dans 
Tétage  loar.ien,  à  Lyon  (Rhône);  dans  l'é- 

•  tage  bajocien  de  Bayeux  (Calvados)  ;  dans 
reiaçe  callovien,  aux  environs  de  Chaumont, 
de  CTiftteau-Villain,  de  Langres  (Haute-Mar- 

•  ne),  de  Lifol  (Vosges),  de  Mamers  (Sarthe)  ; 
dans  l'étage  oxforJien  des  environs  de  Saint- 
Uihiel  (Meuse),  de  Launoy  (Ardenftes),  d'is- 
sur-Tille  (Côle-d'Or),  d'Etivey  ( Yoimé)  ;  dans 
Tétage  néoeoiirien  de  Bellaoeoun- la-Ferrée 
(Haute-Marne),  de  Brillon  (Meuse);  dans 
Tétirge  aptien  de  Vassy  (  Haute  -  Marne  ) , 
ete.,  etc. 

Les.covps  organisés  qu'on  rencontre  dans 
.  «eteouclies  sont  des  coquilles,  des  polypiers. 


et  rarement  des  ossements  d'animaux  ver- 
tébrés. Tantôt  ces  fossiles  sont  convertis 
eux-mêmes  en  limonite,  tantôt  ils  ont  con- 
servé leur  enveloppe  crétacée  ;  dans  Tun 
et  l'autre  cas,  ils  présentent  une  assez  bonne 
conservation. 

'  Nous  ne  connaissons  pas  de  roches  mé- 
talliques fossilifères  autres  que  les  limo- 
nites. On  cite  toutefois,  en  Bretagne  et  dans 
quelques  autres  parties  de  la  France,  no- 
tamment près  de  Fresnay  (Siirthe)»  dans  les 
couches  siluriennes,  un  feralummalé  ooli- 
thique contenant  des  fossiles,  entre  autres 
des  calymènês  et  des  asaphus.  Quelquefois 
le  fer  oligiste  remplace  le  minerai  alumi- 
naté. 

Nous  mettrons  au  nombre  des  substanns 
combitstibhs  fossilifères^  ces  sortes  de  masses 
plus  ou  moins  volumineuses,  compactes,  no- 
dulaires  ou  granuliformes,  jaunâlres,  à  cas- 
sure vitreuse  et  conchoïde,  qu'on  a  désignées 
sous  le  nom  de  succin^  résine  fossile^  ambre 
jaune^  etc.  On  rencontre  le  suc^in  dans  les 
lignites  de  l'étape  cénomanien  de  Tile  d'Aix 
(Charente-Inférieure),  de  l'étage  luronien 
de  Soulatge  (Aude),  dans  rar^Mo  plastique 
des  terrains  tertiaires  ou  dans  des  terrains 
plus  modernes.  Les  eaux  de  la  Baltique  en 
apportent  encore  de  nos  jours  sur  les  côIpf, 
où  il  accompagne  des  cailloux  roulés  et  di- 
verses substances,  surtout  du  bois  fossile. 
Souvent  le  succin  renferme  des  insectes  en- 
tiers; celui  qu'on  rencontre  sur  les  bords 
de  la  Baltique  est  rempli  de  corps  marins. 

Enfin,  après  avoir  énuméré  jusqu'ici  les 
diverses  roches  qui  renferment  des  fossiles, 
nous  ne  passerons  pas  sous  silence  un  gise- 
ment de  fossiles  bien  sinj^ulier,  mais  oui 
nerenirepas  moins  dans  la  question  des  di- 
vers milieux  au  sein  desquels  les  corps  or- 
ganisés ont  pu  être  conservés.  Nous  vou- 
lons parler  des  ossements  enfouis  dans  les 
f;laces  vers  les  deux  pôles  et  qu'on  a  recucii- 
is  sur  la  côte  nord-^ouest  de  l'Amérique 
et  sur  les  bords  de  la  mer  Glaciale,  en  Si- 
bérie. 

UOCHES  MÉTAMORPHIQUES.  Voy.  Ro- 
ches FOSSn.I^ÈRES. 

ROCHES  UTILES.  Voy.  V Introduction. 

ROYS  (M,  le  marquis  de).  —  M.  le  mar- 
quis de  Roys,  dans  le  Bulletin  de  te  SociAé 
géologique  de  France  {yo\,  XIII,  tatâ)  a  pro- 
posé une  nouvelle  manière  d'envisager  le 
mode  de  refroidissement  du  sphéroïde  ler- 

•  rostre.  Partant  de  ce  principe,  que,  dans  un 
corps  qui  change  d'état,  sa  température  «p- 
parente  ne  varie  pas,  bien  que  dégageant 
ou  absorbant  du  calorique,  en  conclut  que 
jusqu'au  moment  de  la  solidification  com- 
plète du  globe,  la  température  actuelle  «Jt* 
la  masse  liquide  et  par  conséauent  son  tc- 
lume  ne  doivent  pas  varier. 

Les  causes  du  refroidissement,  continue 
M.  de  Roys,  sont  toutes  extérieures,  et  ton- 
te9  les  roches,  celles  du  moins  qui  comp^ 

•  sent  la  surface,  étant  mauvais  coudueleufv 
ces  causes  ne  peuvent  étendre  leurinflueiire 

•  au  dedans  que  par  une  transmission  ii^^- 
sairement  très-lente;  et  comme eilcs     '     "' 


tîGi 


ROY 


LT  lit  r.VÏXOMOLOGlK. 


no\ 


net 


toujours  i  1<1  surraccN  il  en  rr*>ullc  que,  jus- 
qu'au iiiomenluù  celle  surfnie  o  alUânt  la 
iimile  de  son  refroidissenienl,  clic  |ierd 
liOfiucoup  jilus  fie  calorîi|ue  que  rinléricur 
ne  peul  lui  en  fournir*  Les  couches  exté- 
rieures devront  dune  se  roniracler  plus  vile 
que  celles  de  rinléricur,  ci  exercer  une 
pression  qui  ein|iùeliera  la  formalion  de 
▼ides  internes.  L'inverse  aura  lieu  lorsque 
le  refroidissement  de  la  surface  aura  atteint 
sa  limite;  la  croûte  extérieure  aura  alors 
une  dimension  constante,  et  il  se  formera 
des  vides  à  rintérieur,  Or^  la  température 
de  la  surface  étant  encore  abaissée  i^endant 
la|)ériode  tertiaire,  commeon  est  porté  h  le 

f>enser  d*après  certaines  considérations  |)a- 
éontologiques,  l'auteur  conclut  que  la  li- 
mite du  refroidissement  de  la  surlace  n'est 
pas  encore  atteinte,  et  qu*il  n  y  a,  par  con- 
sé<|uent  pas  à  rintérieur  de  vides  qui  aient 
pu  déterminer  des  affaissements  de  la  croûte 
solide,  et  auxquels  on  puisse  attribuer  les 
anciennes  révolutions  du  globe. 

Passant  au  mode  de  formation  des  pre- 
mières roches,  M.  de  Roys  fait  voir  qu'au 
commencement  Teau  se  trouvait  h  Trial  de 
Tableur  dans  Tatraosphère,  don^  elle  devait 
occuper  la  partie  supérieure,  étant  environ 
un  tiers  plus  légère  que  l'air.  Son  contact 
avec  les  espaces  célestes  la  privait  de  son 
ralorique,  et  elle  retomliait  sous  forme  de 
Térilables  torrents  sur  la  surface  incandes- 
cente du  globe, d'où  elle  s^élevait  bientôt  de 
nouveau  a  l'état  de  vapeur.  Ces  allern/inrcs 
lie  condensation  et  de  vaporisation  conli- 
n  lièrent  jusqu'à  ce  que  la  surface  fût  a^sez 
refroidie  |»our  permettre  le  séjour  de  l'eau 
liquide  dans  ses  dépressions.  Ces  va^iorisa- 
tions  successives  enlevaient  en  outre  une 
grande  quantité  de  calorique  à  la  surface 
incandescente,  et  devait  bâter  son  refroidis- 
sement et  par  suite  sa  solidification.  Lors- 
que les  eaux  commencèrent  à  se  maintenir 
à  la  surface,  la  température  était  ce|)ondant 
encore  assez  élevée  fH)ur  que  les  alternances 
de  vaporisation  ou  de  condensation  se  con- 
tinuassent pendant  longtemps,  quoiqu'avec 
nne  énergie  d*autant  moindre  que  la  tempé- 
rature s'abaissait  davantage;  et  ce  fut  pen- 
dant cette  période  que  se  déposèrent  les 
premières  assises  de  roches  schisteuses  non 
flrristallines,  tandis  que  les  roches  solidifiées 
plus  tard  prirent  un  caractère  de  plus  en 
plus  cristallin. 

Par  suite  de  ce  qui  a  été  dit,  les  assises 
saperficielles  doivent  tendre  à  se  contracter 

I'nsqu'à  ce  gu*elles  aient  atteint  la  limite  de 
enr  refroidissement,  et  elles  se  contracte- 
raient en  effet,  sans  la  résistance  op^ioséc 
par  îa  masse  liquide,  dont  le  volume  est 
resté  constanL  I^  pression  gui  en  résulte 
empêche  la  formation  des  vides,  et  Tenvc- 
loppe  solide  éprouve  une  tension  d*autant 
plus  grande  que  le  refroidissement  fait  plus 
de  progrès 

Le  premier  effet  de  cette  pression  dut  être 
ne  modifier  la  forme  du  globe  et  de  ia  rap- 


procher de  la  sphéricité  qui,  pour  une  môme 
surface,  offre  le  maximum  de  volume;  mais 
le  mouvement  de  rotation  continuant,  il  ne 
put  l'atteindre.  Les  eaux  qui  étaieatd*abord 
réfiandues  à  la  surface  de  la  terre  obéirent 
à  la  fnne  centrifuge,  lorsque  la  forme  du 
sphéroiile  fut  moddiée  par  la  tension  de 
1  enveloppe  solide,  et  leur  puissance  s*auj^- 
menta  ii  l'équateur,  tandis  qu*ellediminuan 
aux  |»olcs.  Les  actions  solaires  et  lunaires 
s'excjijanl  librement  sur  cet  océan  sans  Ik)i- 
nes,  produisaient  un  mouvement  de  flux  et 
de  reflux  dont  l'axe  devait  être  a  peu  |  rès 
celui  de  l'écliptique,  et  d*oii  résultaient 
aussi  de  grandes  variations  dans  la  hauteur 
des  eaux  vers  les  pôles.  La  tension  de  Ten- 
velop|)e,  augmentant  par  ces  actions  réfrigé- 
rantes, finit  iiar  rem|)orter.  H  y  eut  lupturr, 
suivant  des  li(;nes  non  iiarallcles  entre  elles^ 
mais  perpendiculaires  à  un  mêmoçrand  cer- 
cle, et  les  matières  liquides  de  rintérieur 
s'élevèrent  dans  ces  fractures.  Un  dégage- 
ment considérable  de  calorique  produisit 
en  même  temps  une  immense  vapçjrisation, 
et  par  suite  une  énorme  chute  d'e&u.  Les 
roches  injectées  solidifiées,  les  bords  des 
fractures  relevés,  des  dépressions  parallèles 

Iiroduites  parla  réaction  des  déchirures,  tels 
Urent  les  effets  qui  commencèrent  à  rendre 
très-inégale  la  surface  de  la  terre. 

L  augmentation  de  capacité  pour  le  cclo- 
rique,  donnée  à  fécort^e  solide  par  la  tension 
qu*elle  éprouvait,  a  produit  ensuite  un  froid 
relatif  très-intense  dans  les  couches  conti* 
guës  d  air  et  d*eau.  Ce  froid  s'est  opposé  à 
rexistencedes  êtres  qui  vivaient  auparavant 
et  qui  étaient  organisés  pour  une  tempéin- 
ture  plus  élevée.  Ainsi  pourrait  s'expliquer 
le  renouvelIcD^cnt  des  animaux  et  des  v(** 
gétaux  lors  des  grandes  révolutions  du  globe, 
et  rauleur  arrive  par  une  série  de  phé- 
nomènes de  ce  genre  à  la  pério<Je  des  gla- 
ciers anciens  que  Ton  supfnjse  avoir  mis 
fin  à  l'époque  tertiaire.  M.  de  Roys  expli- 
que également  le  métamorphisme  des  ro- 
ches ()ar  Télévation  de  température  qui  se 
produisait  à  la  suite  des  ruptures  de  l'écorce 
so.ide,  et  qui,  c»ccasionnant  aussi  à  la  sur- 
face une  çrande  évaporation»  donnait  lieu  h 
un  véritable  déluge,  par  la  condensation  et 
la  pré/ipitation,  et  par  suite  à  un  dépôt  ,de 
transport  diluvien,  au  commencement  des 

Sranaes  formations.  Aujourd'hui  la  suriace 
u  globe  paraissant  avoir  atteint  la  limite  di 
son  refroulissement,  le  volume  de  l'enve- 
loppe demeurera  constant,  et  il  pourra  se 
former  iles  vides  au  dedans;  mais,  dans  tou- 
tes les  périodes  antérieures,  elle  était  loin 
de  cette  limite. 

Le  principe  qui  sert  de  base  h  l'hypothèse 
de  M.  de  Roys  a  été  comrbattu  par  II.  An- 
gelot (879),  du  moins  dans  son  application 
au  reiroiaissement  du  globe  et  il  semble, 
en  effet,  que  la  permanence  de  température 
d'un  corps  qui  change  d*état  n'est  nécessaire 
que  |)Our  la  tiartie  même  «de  ce  corps  qui 
change,  va  cnanger  ou  vient  de  changer,  et 


(879)  DmiL,  vol.  XIII,  p.  ^të'  I842L 


4263 


SAL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


SAL 


fsn 


non  nour  toute  la  masse,  quelque  étendue 
qu>ne  s©il,  et  quelles  gue  soient  la  tem- 
pérature et  la  composition  de  ses  diverties 
parties.  Rappelant  ensuite cettecirconstance, 
quev  dans  les  balles  de  plomb  fondu,  il  existie 
constamment  une  'chambre  excenlrique, 
comme  Ta  constaté  M.  Leblanc  (880),  etcJan's 
le  cas  de  la  terre^  la  gravité  étant  ver^  fe 
(^entt*e  Uième  du  globe,  l'a  chambrn  doit 
tendre  à  s'y  former  dans  toutes  les  direclionf», 
tît  à  devenir,  rion/pas  excentrique  comme 
clans  les  balles,  mais  bieh  concentrique.  Si,  à 
une  certaine  époque,  la  chambre  concen- 
trique est  deveniie  complète,'  il  s'y  ser'a 
formé  une  seconde  sphère  solide, 'et  ces  cir- 
constances se  répï'oduisant  par*  le  refroidis- 
sement contitiu,  on  conçoit' que  la  teri*e 
pourrait  être  composée  d'une  série  de  sphères 
^concentriques  eml>ottées  les  unes  dans  l(*s 
autres.  M.  Angelot  ne  regarde  pas  d'ailleurs 
le  refroidiséement  comme  ïerminé,  mais 
seulement  comme  étant  plus  faible  qiie 
dans  la  période  tertiaire,  et  se  continuant 
encore.  -,  .       « 

A  cette  occasion,  M.  Drifréhoy  (881)  a  fffit 
remarquer,  d'après  des  calculs  de  M,  Elie 
de  Beâumont^'ciue' la  densité  moyenne  de  la 
tert'e,  suivant  M,  Reich;  étant  5ikk  et  celle 
des  foches  de  la  surface  2,75,  celle  des  ma- 
tières, situées  vers  le  centre  doit  être  bien 
supérieure  à  5,W.'Sii'on  suppose  le  globe 
formé  de  trois  couche^  cbnceniriquesd'éj^ale 
épaisseur,  et  dont  les**  densités  soient  en 
progression  arithmétique,  la  plus  extérieure 
sera  2,75,  la  moyenne  '  10,82,  et  celle  du 
centre  18,89.  Or;  ces  deux  dernières  sont 
presque  égales  S^ia  denMté    de    l'argent 


tlO,4.7)  et  i  celle  de  l'or  (19,2C).  En  aJmet«- 
tant  un  plus  i^rand  nombre  de  couches,  la 
densité  de  celle  du  centre  serait  encore  plus 
considérable.  Ces  densités  se  rajpopient 
d'ailleurs  aux  densités  clfeclives des  matières 
qui  composent  le  globe,  eu  é^ard  à  leur 
température  et  aux  pressions  auxquelles 
'elles  sont  soumises  ;  mais  tes  résultats  nu- 
mériques ne  nous  apprennent  rien  sur  lâ 
nature  chimique  de  ces  matières. 

En  recherchant  si,  dans  Tétat  actuel  des 
choses,  la  tempér'â'uro  moyenne  de  la  sur- 
face du  globe  décroit  |>1  us  ou  moins  rapide- 
*p;ent  que  la  température  moyenne   de  la 
masse  interne,  M.  Elie  de  Beâùmont  a  aussi 
démontré  (882)  que   le  refroidissement  ar.- 
nuel  de  la  surface  est  plus  grand  que  celui 
de  la  niasse  totale  du  globe  pendant  un  laps 
Jde  38,339  ans,  h  partlrde  l'origine   du  re- 
froidissement, et  qu'ensuite  le  refroidisse- 
'  ment  moyen  annuel  de  la  masse  surpasse 
'  celui  de  la'surface,  él  ce.a  de  plus  en  plus. 
Si, d'aprèscès  ingénieuses récherihes  du gé«- 
lo^ue  éminent  que  nous  vêlions  dé  citer,  on 
pouvait,  connaissant  là  température  nroyenne 
actuelle  de  la  surface,  en  déduire  à   quel 
moment  de  cette  grande  période  nous   nôUs 
trouvons,  et  si  Ton  savait  actuellement  qise 
I  le  refroidissement  de  la  masse  n  est  ^ïâs 
[  plus  grand  que  celm  de  la  surface,  bienquf 
nous  ne  connaissons  pas  le  calorique  spéci- 
fique n)oyen  de  la  masse,  il  semble  qu'un 
grand  |)as  serait  fait  vers  la  connaissance  de 
I  ancienneté  de  notre  planète,  ou  du  moinSf 
du  tem|)S  qui  s'est  ééoiilé  depuis  son  pre- 
mier refroidissements 


s 


SALAMANDRE,  fossile  gfgante^Ke. — 
Vvy.  Plantes  fossiles  d'OEniNGBN  et  An*  . 

DRIAS.  '     ^ 

SALIFÈRIEN  (ÉTAGE).  —  Deuxième 
/tage  des  terrains  triasiques^  le  sixième 
dïins  l'ordre  chronologique,  ainsi  nommé  à 
cause  de^  nombreuses  mines  de  sel  qu*il 
renferme.  On  le  trouve  en  France  dans  les 
départements  de  Tli^dre,  duCher,  deTAIlier^ . 
;  de  la  Nièvre,  de  Saône -et-Loire,  des  Vosges^ 
de  la  Meûrthé  ^  •  en  Allemagne,  en  Angle* 
terre,  etc.  '     • 

C*est  peot-ètre  de  tous  les  étages,  le  plus  • 
Tarie,  suivant  les  couches  et  les  localités. 
Sans  le$  Vosges,  il  se  compose  de  petites 
'    couches  argileuses  du  marneuses,  colorées 
diversement  en  rouge,  en  jaune,  en  bleu  ou 
en  vert,  etitre  lesquelles  sont  des  grès  quart-, 
/eux  à  grains  plus  ou  moins  fins,  très-ar^i- 
lenx'.  Ces  eoucnes  sont  souvent  remplies  de. 
gypse,  rarement  de  houille  sèche,  mais  très- 
souvent  de  sel  jomrae.  Cette  dernière  subs^  • 

«(^V  lbrd,f  voLXn,  p.  140;  1841. 
_ Jlj  lyid.^xoï.  XIU,p.  ^51;  tôii. 


tatice^  dans  fe  Wurtemberg  comme  &  \ic^  k 
Dieuze  (Meurthe),  est  cenainement  la  plus 
abondante,  et  devient  une  branche  considé- 
rable  d*exploitation  inuustrielle.  Ces  cou* 
ches  salifères,  souvent  de  T.jusqu*^  10  mè- 
tres de  puissance,  alternent  avec  des  couclies 
d*arj$ile,  et  Tensemble  de  cette  allernance 
atteint  quelquefois  une  puissance  de  150 
mètres.  Uans  le  Jura  ce  sont  seulement  des 
sources  salifères  qui  sortent  .de  cet  éta^  et 
sont  exploitées  avec  le  plus  grand  sHccà>. 
Dans  le  Tyrol,  au  contraire,  ce  sont  des  cal* 
caires  compactes,  rouges  ou  gris,  exploiia- 
btes  comme  marbre*  ou  des  calcaires  noirs  "et 
gris,  marneux  ;  des  marnes  grisAtres,  jaunes 
dolomitiques.  et  des  grès  rouges. 

Les  marnes  crisées,  o^  le  keuper,  attei- 
gnent, aux  environs  de  Salins,  S30  Bières 
dans  le  grand-duché. de  Ba4}^  ëuo  à  360  ui<^ 
très  de  puissance^  ce  qui  prouve  une  a^^l 
longue  durée  de  cette  période  géolo- 
gique 

(S»i)  Ump.  rend.,  voLl^lî,p.l5i7;  iSil. 


1^  6AL  .      ET  DE  PALEONTOLOGIE. 

Cararih'u  paléontologiquts.  —  Les  carac- 
l^rcs*distinclifsde  Télage  sont,  avec  Tétage 
coQchyUen,  formés  par  les  21  senres  que 
nous  ayoDs  vus  s'éteindre  dans  rétage  con-^ 
cbvlien,  sans  jusqu'à  présent  se  trouver  dans 
çefui-ci. 

Pour  distinguer  Tétage  salîférien  de  Té- 
ta:;e  ^  sinérourien,,  indépendamment  dés 
plantés,  nous  avons  18  genres  inconnus  à' 
cet  étage,  et  qui  naissent  seulement  avec 
rétage  sinémurien.  Les  genres  sont  ainsi' 
ré,  arlis  :  Parmi  les  poissons,  le  genre  pa- 
chycormus  et  un  grand  nomhre  d'autres; 
parmi  les  mollusques  céphalopodes,  les 
genres  turrilites  et  bélemnites  :'  parmi  .  lefi^ 
IDolliisques  gastéropodes,  le  asnre  hérita: 
p.-'rmi  les  mollusques  laroellibrâncries,  i, 
gonres;  parmi  les  écliinoJermes,  le  genre 
Hiadema;  parmi  les  zQoplijtes,  2  genres.  En 
réunissant  ces  18  genres  aù\  21  qui  ser-*' 
K»ill  de  limites  r^qc  réta.^é*  '  cbnchylien» 
nou.^  avons  39  genres  donhiint  des  car^ié* 
ières  négatifs  pour  distin^^uer  Tétage  saNf(^ 
rien  des  étapes  immédiatement  supérieurs 
pu  inférieurs. 


8A£ 


^^ 


Nous  prenons,  comme  caractères  positifs 
pouvant  distinguer  cet  éta^e  de  rétagç  in- 
férieur, tous  les  genres  qui,,  irlconnus  dans 
cet  étage  inférieur,  api»araissent  pour  la  pre- 
in  ère  lois  dcns  celui-ci.  Ces  genre$ ,  indé* 
pcndamment  des  plantes,  s'élèvent  à  3V. 

Les  genres  f|ui,  nés  avec  j'étage  salii'érien, 
5e  sont  éteints  avec  cetïn  époque,  sans 
passer  à  l'étage  sinéinurien,  peuvent  donner 
dos  caractères  positifs  pour  distinguer  ces 
deux  périodes.  Ces  genres  sont  au  nomhre 
de  cinq.  Parmi  lc»s  rcjitilesj  les  genres  phy- 
iosaurus,  capUosaunts  et  '  metopias  ;  |)armi 
les  zoopliyles  les  gchros  cônonhijllîa  et  con- 
ztjaêlrca.  Si  nous  y  joignons  les  15  genres 
qui,  nés.  antérieurement,  se  sont  encore 
çteints  à  cette  époque,  noiis  aurons  20 
genres  pouvant  donner  des  caractères  po* 
^il:fs  entre  les  claies  saliférien  et  siuému-) 
rien. 

Le  nomhre  f^lus  élevé  des  genres  qui  nais* 
^cîit  avec  cette  époque  nile  celui  des  genres 
c|ui  y  disparaissent,  démontVe  que  l'étage 
*ri! if  rien  .  forme  le  commencement  d'une 
nouvelle  période  de  formes  animales  gui  se 
roatin.uent  dans  les  terrains  jurassiques.^ 
Avec  les  ammonites,  les  trigonies  et  beau-/ 
coup  d*autrcs'  genres  de  mollusques  plus 
développés  dans  la  période  qui  va  suivre, 
a;>paraissent,  on  eifet,  un  assez  grand  nom- 
bre de  genres  de  zoophyles  astréidécs  et 
d'amoriihozoaires  teslacés;  qui  doivent  se,' 
développa"  encore  plus  dans  les  terrains  ju^' 
rassiqucs.  Cos*  caractères  généraux  sont 
d'autant  plus  remarquables  qu^ils  coïnci- 
d^'ut  parfaitement  avec  ce  que  M.  liron- 
miiarl  trouve  pour  la  Hore  de  cette  éjioquf,. 
foute  intermédiaire  entre  l'étage  conchylient 
et  les  premiers  étapes  jurassiques. 

Outre  les  caractères  paléontologiques  tirés 
ûes  genres  que  nous  avons  vus  être  nom* 
hreux,  nous  avons,  pour  distinguer  l'étage 
s*nfërien,  un  nombre  considérable  d'es- 
\nre%.'  Indépendamment  de   M  espèces  de 


reptiles,  de  poissons  et  de  crusta-rés,  .nou^ 
avons  le  nombre  de  737  espèces  d'animaux 
mollusques  et  rayonnes^  qui  forment,  pour 
nous,  autant  d'espèces  caractéristiques  aux^ 
quelles  nous  renvoyons  pour  prouver  l'en- 
semble des  faits. 

Chronologie  hiêtorigue,  —  l\  est  prohahfo 
(|ii'une  perturbation  géoFo^^de  a  terminé 
la  durée  de  l'époque  conchvlienne  ;  car  avec 
cfette  période  animée  nous  vpyonfe  dispa^ 
rtître  pour  toujours,  dans  les  coriclies  ter- 
restres, indépendamment  dès  plantes  qui 
composaient  la 'flore.de  cette  é|V)q>JC,  21 
genres  d'animaux  et  107  espèces  d'animaux 
mollusques  et  rayonnes.  Après  cet  instant 
d'agitation,  auquel  nous  attribuons  Tanéan-. 
lissemeiit  dé  ces' 6trfes,le  calmé  a  dû  peu  à 
peu  se  rétablir';  et  seulement  étors,  de  dé- 
serte qu'elle  était,  la  nature  se  repeuple  de 
ses  animaux  et  de  ses  plantes.  L'élude  de 
ces  êtres  noiis  montre,,  en  effet,  qu'en  même 
temps  apparaissent  34  genrcls  d  animaux, 
53  espèces  de  plantes  et  137  espèces  d'ani- 
maux mollusques  et  rayonnes,  sans  compter 
les  animaux  vertébrés  et'  annclés'.  'Ce  sont 
au  moins  les  formesr nouvelles  qui  noiis  sont 
connues  jusqu'à  préspîit  de  Tensemlile  d'ê- 
tres que  peuplaient  cette  époque,  et  dont, 
sans  doute,  il  n'est  afHvé  jusqu'à  pous  que 
i\cs  débris  édiappés  au  naufrage  général  qui 
l'a  interrompue.  Celte  époque  avait  ses  mers 
et  ses  continents.  ,      * 

Les  tners  delà  période  saliférienne  avaient 
à  |icu  près  la  même  circonscription  que  les. 
mer^  conchyiieilnes. 

Les  continents.avec  tes  animaux  terres* - 
très,  probablement  voisins  de  Ceux  de   l'é* 
(âge  condiylien,  mais  dont  auçuh'ne  s'est' 
conservé  jusqu'à  nous,  sont  couverts  d'une* 
riche  végétation,  dont  quelques    rènrésen^; 
tanls  se  "sont  conservés,  et  forment  fa  flore.* 
de  cette  époque,  pour  laquelle  M.  Brôngiiiart 
s'exprime  ainsi  :  «  En  comparant  cette  flore; 
rfvcc  celle  des  grès  bigarrés  (étage  conchy- 
lîen  des  Vosges,  et  avec  celle  du  lias  étag'^s* 
sinumérien,  liasien  et   toarcien),  on    voit 
qu  elle  n'aide  commun  avec  la  première  que 
\epalœojyri$  qui  jparaît  extrêmement  Voisin* 
de  celui  du  grès  bicarré  ;   au  contraire,  ello^ 
ressemble  à  la  flore  du  lias  ou  de    l'oolilo 
(terrains  jurassiques)  parles  fougère?,  do  ît 
plusieurs  sont  très- voisines,  par  lés  nilsonta 
et  les  pterophyUum^  qui  sont  aussi  très- voi^ 
sins  spécifiquement  de  ceux  du  lias.  «  On 
voit  que  ces  résultats  sont  conformes  à  ce^ 
que  nous  trouvons  pouf*  l'ensemble  de  la 
faune.  Il  serait  donc  tout  aussi  bien  prourj' 
parles  plantes  que  par  les   animaux' qi?t>- 
cette  époque  est  intermédiaire  dans  Ses  cn^ 
ractères  comme  dans  la  position  stratigrû-- 
phiqiie  qu'elle  occupe. 

C  est  à  cette éi)oque  que  M.  Elie  dé  Beau- 
mont  fait  arriver  son.  systèrne  du  Tliûrin^ 
gerwald,  du  BoBhmerwâld-Ge!)irge,  du  .M<  r- 
van,  dont  la  dislocation  est  dirigée  du  O.  40* 
N.  à  TE.  kOr  S.  On  rapporte  encore  à  la  fin 
de  cette  époque  la  surélévation  de  toute  >a 
partie  orientale  des  Andes  dans  rAraériqup, 
Biéridionale,  comprise  entre  les  tt*  et  *r  '^ 


12o7 


SAU 


DICTIONNAIUE  DE  COSMOGONIE 


SCA 


rîGS 


s 


rés  de  latitude  sud,  suivant  la  direction  de 

.  SO'  N.  à  TE.  50*  S. 

SAURIENS  '  FOSSILES.  —  Les  sauriens 
(  de  raûooc ,  lézard  )  appartiennent  au  second 
ordre  de  la  classe  des  reptiles.  Durant  ces 
périodes  éloignées  que  remplit  la  formation 
des  couches  de  la  série  secondaire,  les  rep- 
tiles de  Tordre  des  sauriens  jouèrent  un  rôle 
si  étendu  que  nous  devons  une  place  impor- 
tante dans  nos  recherches  à  Tétude  des  restes 
intéressants  de  créations  anciennes,  que  ces 
animaux  ont  laissés  après  eux  et  qui  nous 
^ont  parvenus  à  Télat  fossile.  C'est  là  une 
tAche  qui  pourra  sembler  désespérée  à  toute 
)»;TSonne  peu  familiarisée  avec  des  sujets 
d'éludé  d*une  antiquité  aussi  reculée.  Mais 
la  idéologie,  arrivée  au  point  où  elle  en  est 
maintenant,  et  appuyée  sui*  l'anatomic  cûin- 
jjarée,  nous  fournit  d'abondantes  lumières 
sur  l'organisation  et  les  fonctions  de  ces  fa-^ 
milles  éteintes  de  reptiles,  ei  non-seulement 
nous  pouvons  rétablir  leurs  squelettes  et  en 
conclure  leurs  formes  extérieures,  mais  nous 
pouvons  en  déduire  aussi  leur  économie  gé- 
nérale et  leurs  habitudes^  la  nature  de  leur 
régime,,  et  souvent  même  Thistoire  de  leurs 
organes  digestifs,  enfin  nous  y  pouvons  lire 
jusqu'à  leurs  rapports  avec  les  conditions  du 
monde  d'alors  et  avec  les  diverses  formes 
d'organisation  auxquelles  ils  étaient  associés. 

Les  restes  de  ces  reptiles  se  ressemblent 
).>lus  entre  eux  qu'ils  ne  ressemblent  à  ceux 
iraucun.  autre  animal  que  l'on  ait  découvert 
dans  les  dépôts  qui  ont  précédé  ou  suivi  la 
série  secondaire  (883). 

Il  y  a  tant  d'espèces  de  sauriens  fossiles» 
que  nous  ne  pouvons  qu'en  choisir  auel- 
ques-uue&  des  plus  remarquables  pour  taire 
connaître  quelles  conditions  dominaient  l'a- 
lUiUalité  à  cette  époque  où  la  classe  des  ro|>- 
tiles  domixwit  le  sommet  de  réchelleanimale„ 
atteignarU  souvent  des  dimensions  dont  rien 
n'approche  parmi  les  divers  ordres  actuels,, 
«t  qui  semblent  caractériser  ce  moyen  âge 
de  la  chronologie  géologique  qui  sépare  les 
jormations  de  transition  clés  formations  ter- 
tiaires. 

Durant  ceiigedesrepiilcsy  aunin  des  mam- 
mifères carnivores  ou  lacustres  dos  périodes 
tertiaires  n'a  commencé  d'apparaître  sur  le 
globe;  ses  li{d)ilants  les  plus  formidaliles, 
soit  sur  la  terre,  soit  dans  les  eaux,  étaient 
des  crocodiles  cl  des  lézards  de  formes  di- 
verses, souvent  d'une  stature  gigantesque, 
et  construits  pour  résister  aux  convulsions 
qui  bouleversaient  la  surface  de  notre  pla*- 
nète  encore  dans  l'enfance. 

(883)  Les  couches  plus  aDciemies  dans  lesquelles 
on  ait  trouvé  de&  reptiles  «sont  celles  qui  se  lient  avec 
la  formation  du  calcaire  inagiiésien.  L*existence  de 
reptiles  vcâsips  des  monitors  dans  le  sclitste  cui- 
vreux et  le  zechitein  de  rAUeina^ ne  a  été  constatée 
depuis  longtemps,  et  Ton  a  trouve,  en  1834,  deux  es- 
pèces voisines  des  iguanes  et  des  nionitoi-s  dans  les 
conglomérats  dolomitiqiies  de  Durdliam-Dwn,  près 
(le  Bristol. 

(884)  L*exlrémitë  postérieure  dM  scapbîtes  est 
enroulée^  k  ia  manière  des  ammoDîtes,  en  tours  de 
suire  qiû  s'enveloppent  complètement.  La  dernière 
ihamnre  ou  chambre  antérieure  est  phis  grande  que 


A  la  vue  de  cette  vaste  et  iinportanle  place 
assi;;née  aux  reptiles  parmi  les  habitants  pri- 
mitifs de  notre  globe,  nous  sentons  s'élever 
un  inlérftt  tout  a  fait  nouveau  pour  les  or- 
dres mainlcnant  existants  et  comparative- 
ment si  peu  nombreux  de  cette  classe  Sa 
plus  ancienne  des  quadrupèdes  dont  le  nom 
seul  excite  d'ordinaire  un  instinctif  senti- 
ment de  dégoût.  Mous  n'aurons  plus  pour 
eux  ce  mépris,  quand  nous  aurons  lu  dans 
les  annales  de  ia  géolcgie  qu*il  ftit  un  temps 
où  non-seulement  ils  étaient  les  habitants  les 
plus  nombreux  de  la  surface  terrestre  et  ses 
dominateurs  les  plus  puissants,  mais  où  leur 
pouvoir  s'étendait  encore  jusque  sur  les  do- 
maines des  océans,  et  qu'on  peut  reculer 
leur  histoire  jusqu'il  bien  des  milliers  d'an- 
nées au  delà  de  celle  é])oauo  de  la  création 
progressive  des  animaux,  ou  îes  premiers  pa- 
rents de  la  race  humaine  furent  appelés  à 
l'existence. 

Les  personnes  à  l'esprit  desquelïcs  ce  su- 
jet est  offert  pour  la  première  fois  enten- 
dront avec  étonnement,  peut-être  même  in- 
crédulité, des  récits  tels  ijue  ceux  que  je 
viens  de  faire.  Et  il  est  juste  d'admettre 
qu'au  premier  coup  d'œil  on  les  prendrait 
plutôt  pour  des  rêves  de  l'imagination,  pour 
des  romans,  que  pour  les  résultais  sévères 
d'une  investigation  froide  cl  raisonnée  ;  mais 
pour  quiconque  voudra  examiner  les  faits 
sur  lesquels  nous  établissons  nos  conclu- 
sions, il  n'y  aura  pas  plus  de  doute  possible 
sur  Texislence  éloignée  de  ces  étranges  et 
curieuses  créatures,  ou  sur  le  lieu  cl  répo- 
que  où  nous  affirmons  qu'elles  ont  vécu. 
Que  l'on  n'en  peut  avoir  pour  les  paroles  de 
1  antiquaire  qui»  trouvant  les  catacombes 
égyptiennes  remjdies  de  momies  d'hommes, 
de  singes  et  (!q  crocodiles,  en  tire  cette  con- 
clusion que  ce  sont  le  les  restes  de  mammi- 
fères et  de  reptiles  qui  faisaient  partie  d« 
l'unje  des  populations  anciennes  cj^ui  se  sont 
succédé  sdr  les  bords  du  Nil. 

SAUROIDES.  Voy.  Poissons^ 

SAUSSURE.  Yoy.  Géologie. 

SCAPHITES.  —  Ce  nom  désigne  ub  genre 
de  coquilles  cloisonnées»  elliptiques»  d'une 
beauté  remarquable,  et  qui  appartiennent 
presque  exclusivement  à  la  formation  de  la 
craie.  Chacune  de  leurs  extrémités  est  en- 
roulée, tandis  que  leur  portion  méùiano 
forme  "presque  un  plan  horizontal,  et  elles 
rappellent  ainsi  la  forme  des  baleaux  vUcz 
les  anciens.  C'est  cette  particularité  qui  leur 
a  fait  donner  le  nom  sous  lequel  on  les  oé- 
signe  (884). 

loiilps  les  aiUros  civsrmlilR  :  et  quelquefois  (proba- 
blement dans  Pà^o  adulle  )  elle  se  recnurlie  en  ar- 
rière, jusqu'au  point  «rullcr  toucher  la  spire  posté- 
rieure. 11  en  résulte  que  la  bouche  se  comprime  et 
devient  plus  étroite  nue  la  chambre'elle^ménie.  C'est 
ce  caractère  tiré  de  la  ch.iiiil»re  extérieure  qui  sé> 
parc  les  seaphites  des  ammonites;  car  ces  deiti 
genres  se  ressemblent  sous  tous  les  antres  rapports  : 
dans  i*un  comme  dans  Tautre ,  les  lames  transver- 
sales sont  nombreuses  jet  trayersérs  par  un  siph<« 
marginal  situé  vers  la  face  dorsale  de  la  co^nilk*» 
et  en  outre  les  bords  en  sont  lobés,  entaille»  pn^ 
fondement  cl  festonnés. 


1909 


SCO 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SED 


ItTO 


11  est  à  noter,,  comme  un  fait  digne  de  re- 
marque, que  ces  deux  mo^iificaiions  de  la 
slracture  des  ammonites,  qui  constituent  les 
genres  scapbite  et  hamite,  n'apparaissent  que 
très-rarement,  et  seulement  dans  le  lias  et 
Toolite  inférieur,  avant  la  période  des  for- 
mations crétacées,  période  pendant  laquelle 
s'éteignit  presque  complètement,  après  une 
existence  si  longtemps  prolongée,  le  type  du 
genre  ancien  des  ammonites  ^5). 

SCIENCE,  ennemis  de  la  science  combnttus 
par  Mgr  Wi$eman,  —  Voy.  Cosmographie 
DES  PÈus  sub  pn. 

SCILLA.  Voy.  Géologis. 

SCORPION.  —  Une  communication  faite 
par  le  comte  Slernherg  aux  membres  du 
musée  national  de  Bohême  (Prague,  1835), 
renferma  lit  description  d*un  scorpion  fos- 
silq  qu*il  a  découvert  dans  Tancieune  forma-» 
lion  houillère  du  village  de  Chomle ,  près  de 
jjladnitz,  au  sud-ouest  de  Pi:ague.  Ce  fossile 
important,  le  premier  de  cette  sorte  que  l'oi^ 
ait  découvert,  le  fut  en  juillet  183i,dans  une 
carrière  située  vers  la  lisière  de  ce  terrain, 
près  d*un  endroit  où  Pon  extrait  de  la  houille 
depuis  le  xvi*  siècle.  On  a  reiicontré  dans 
celte  même  carrière  quatre  troncs  d'arbres 
dressés  et  de  nombreux  débris  végétaux  de 
la  même  nature  que  ceux  qui  se  voient  dans 
la  grande  formation  houillère  de  TAngle-t 
terre. 

Plusieurs  dessins  de  ce  scor^iion  furent 
iiiis  sous  les  veux  d'une  commission,  lors  de 
l'assemblée  des  naturalistes  et  des  médecins 
de  TAUemagne  à  Stuttgard,  en  183.^.  Nous 
empruntons  au  rapport  qui  eu  fut  fait  les  di- 
verses particularités  qui  suivent  ^886). 

Toutes  les  analogies  déduites  des  espèces 
actuelles  nous  permettent  de  poser  en  fait 
que  la  présence  de  grandes  çspeces  de  scor- 
pions est  un  indice  certain  defatempéralurq 

(885)  On  trouve  diins  le  lias  du  WQrlenit>erg  les 
êcapkites  Hfmrcalni  el  Isis,  hamiUê  annutatus  oao^ 
Tooliihe  Inférieur  de  la  France. 

(886)  Le  scorpion  fossile  diffère  des  espèces  ac- 
tocUes,  Boins  par  sa  structure  générale  que  par  la 
positioii  de  ses  yeux.  Par  rapport  à  ces  derniers  or* 
ganes,  le  genre  atuÉroctonu^  est  celui  dont  il  se  rap- 
proche davaptage.  Ce  genre  a  aussi  douze  yeux, 
mais  disposés  autrement  que  dans  Tespèce  fossile. 
C^esl  \  cause  de  U  disposition  à  peu  près  circtilaire 
qu*affeetent  ces  organes  chez  ce  dernier  aiiimal  que 
1  on  en  a  fait  ul  genre  nouveau  sous  le  itum  de  q^^ 
dofhtkalwM», 

Les  oririles  oiï  étan^nt  contenus  ces  Joii/f*  yeux 
sont  dams  un  état  parfait  de  cons«^rvalion.  Uiî  des 
petits  yeux  et  le  grand  oàl  du  ci^té  gauche  ont  en- 
core conservé  leur  forme,  en  même  temps  que  leur 
cornée  qui  est  plissée.  L'intérieur  est  reœpU  d^une 
sol>stanoe  terreuse. 

Les  mandibules  sont  également  très-distinctes, 
mais  elles  sont  daus  une  position  renversée^  Cha- 
cune oflre  trois  dents  saillantes;  et  si  Ton  examine 
Tuned^eUes  sous  un  grossissement  convena'ile,  on 
y  voit  les  poils  qoà  recouvrent  la  lame  cornée  dont 
elle  est  revêtue. 

Les  anneaux  thoraciques,  qui  paraissent  être  au 
iiombre  de  huit»  et  ceux  de  la  oueue  sont  trop  dislo- 
«f<i.  s  pour  que  Ton  en  puisse  lacilement  distinguer 
]'  nombre;  mais  ils  diffèrent  de  ce  que  l'on  obs<;rve 
câus  toutes  ks  espèces  connues*  La  vue  de  la  face 


élevée  dtL climat  sous  lequel,  ils  habitent,  et 
cette  conséquence  est  parfaitement  en  har- 
monie avec  Taspect  tropical  des  végétaux 
auxquels  le  scorpion  est  associé  dans  le  ter« 
rain  houiller  de  la  Bohème. 

SCUTIBRANCHES.  Voy.  GAsriBOPODBS. 

SÉUIMENTS  ANCIENS  compaeés  aux  s6- 
DisiE!iTs  ACTUELS.  —  La  préseuce  de  restes 
nombreux  d'animaux  marins  et  de  plantes 
fossiles,  au  sein  de  tous  les  étages  géologi- 
ques est  une  preuve  incontestable  qu'il 
existait  toujours,  simultanément,  à  Tépoque 
des  plus  anciennes  couches  terrestres,  comme 
à  présent,  descontinenis  et  des  mers.  Ce  fini 
établi,  tout  porte  à  croire  qu*à  chacune  de 
ces  époques  des  causes  physiques  analo^es 
aux  causes  physiques  actuelles  pouvaient 
produire  des  résultats  semblables. 

Les  mers  anciennes  recevaient,  de  même» 
des  séJinients  terrestres,  des  sédiments  pro? 
duits  pac  rusui:e  des  eûtes  et  par  la  décom- 
position des  restes  organisés.  Les  nombreux 
morceaux  de  bois  fossiles  qu'on  trouve  dans 
les  couches  marines  du  lias  supérieur  de 
Thouars  (Deux-Sèvres),  dans  l'étage  bajocien 
de  Port-en-Bessin  (Calvados),  do  l  étage  kim* 
méridsien  de  Chàtelaillon  (Charente'» Infé- 
rieure;» de  rétage  parisien  supérieur  de 
Vaugirard,^etc.,  oemontrent  qu'à  ces  diver-v 
$es  époques,  comme  à  présent,  des  afEUients 
terrestres  apportaient  leur  tribut  à  la  mer. 
D'un  autre  côté,  le  produciu$  de  l'étage  car-, 
bonifère,  rencontré  dau$  les  couche^  con-» 
temporaines,  en  Russie,  par  MM.  de  Ver- 
neuil  et  Hurchison*  les  restes,  orgaaisés  de 
tous  genres,  et  les  fragments  de  roche  trans^ 
portés  h^  l'état  ibssilc^  de  l'état  albien  dans 
les  couches  tertiaires  de  Clansayes  (DrOme), 
ceux  de  Macbéroménil  (Ardennes),  et.  jus- 
qu'aux fragments  de  calcaire  grossier  pétris 
de  ses  fossiles  remaniés  dans  les  grès  siii- 

m 

dorsale  a  été  obtenpe  en  taillant  I»  pierre  par  la  face 
postérieure.. 

On  voit  tre^-bien  ranimai  par  sa  face  Inférieure, 
et  le  palpe  droit  terminé  par  les.  pinces  qui  «carac- 
térisent le  genre.  Cette  pince  et  Tabdcmeo  sont  sé^ 
parés  par  une  mine  fossile  carbonisée  d*uoe  es- 
pèce commune  dans  la  formation  liouiUérc.. 

L'enveloppe  cornée  de  ce  scorpion  est  dans  TéLi* 
de  conservation  le  plus  extraordinaire;  car  eih 
uesi  ni  décomposée  ni  earbonisée.  La  substance 
prepre  (chitine  ou  éiiftrine)  qui  composait  probable- 
mont  cette  enveloppe,  comme  les  éiytres  des  scara  • 
liés,  a.  résisté  à  la  décomposition  et  à  la  minéralisa- 
lioit.  Elle  se  détache  facilement  et  elle  est  élastique, 
lianslucide  et  «ornée  ;  deux  couches  la  constituent, 
dont  chacune  a  conservé  la  structure  qui  lui  est 
propre.  L'extérieure  est  rugueuse,  presque  opaque, 
lleiible  et  d^une  couleur  noir-brun  ;  la  coucUc  i»- 
lerne  au  contraire  est  plus  molle,  de  couleur  jaune, 
moins  élastique  ;  elle  est  organisée  du  reste  comme 
la  lame  externe.  On  voit,  à  Taide  du  microscope, 
que  cfaacitiie  de  ces  deux  lames  est  formée  de  cel- 
lules hexagonales  séparées  par  de  fortes  cloisons. 
D'espace  en  espace ,  elles  sont  traversées  par  des 
poivs  toujours  ouverts,  et  oui  présentent  chacun 
une  auréole  enfoncée,  ayant  a  son  centre  une  pecile 
onvei  tare  qui  sert  d'orifice  à  une  trachée.  On  voit 
rimpression  des  fibres  musculaires  dcstiriées  ^  metr 
ire  \e^  paUf^  vn  nwintnncttl; 


DlCTlONNAIRii:  DE  COSMOGONIE 


^271  SED^     . 

ceux  d*AuTers  (Seine^et70ise)9  montrent 

3ue  les  mers  enlevaient^  comme  à  présent^ 
es  siMiiiients,  par  Tùsure  des  couches  con- 
solidées de  leur  littoral.  Comme  il  existait 
&  toutes  ces  époques  des^  animaux  variés, 
ils  étaient,,  sans' aucun. doute,  'soumis  aux 
mêmes'  lois  dé  désorganisation  qu*aujour« 
d*hui,  et  donnaient  aussi  leurs  sédiments. 

Les  sédiments  anciens,  ainsi  qiie  les  sé- 
diments actuels,  étaient,  suivant  leur,  pro^ 
venance,  de  différentes  natures,  fis  se  com- 
posaient également  de  cailloux  roulés  ou  an* 
guleux,  de  gros  sable,  de  sable  Qn,  de  sabla 
vaseux,  de  vase  calcaire  ou  siliceuse;  mais 
ces  premiers,  dans  Timmensité  de  temp$ 
écoulé  depuis  leur  dépôt,  se  sont,  en  se  con- 
solidant plus  ou  moins,  modifiés  de  diver- 
ses manières,  selon  leur  composition,  les 
intiltrations  qui  les  ont  pénétrés,  la  pression 
qu'ils  ont  subie,  et  le  voisinage  des  chemi- 
nées du  ^lobe.  ' 

Les  cailloux  roulés  ou  arrondis,  entre- 
mêlés de  sable  ou  de  molécules  plus  fines, 
ont,  par  leur  consolidation,  formé  ces  roches 
que  les  minéralogistes  nomment  potid/njues, 
où  ces  mêmes  cailloux  se  distinguent  par- 
faitement, comme  à  Carry,  près  des  Marti- 
gues  (Bouches-^du-Rhône),  comme  àGévau- 
dan  (Basses-Alpés),  etc.,  etc.  Les  fragments 
anguleux*,  en  s*unissant  de  différentes  ma- 
nières, ont  constitué  les  brèches^  qui  mon- 
trent toujours  les  éléments  de  composition, 
par  la  différence  de  nature  des  fragments 
empâtés  et  de  la  matière  qui  les  uniL 

Le  gros  sablé  est  souvent  resté  à  l'état  dé 
désagrégation-,  état  dans  lequel  on  le  trouve 
au  cap  de  Hève,  près  du  Havre,  et  sur  beau- 
coup d'autres  points  ;  ou  bien  il  a  formé  des 
roches  dureâ,  des  grès  à  gros  crains  très- 
durs,  comme  ceux  de  Saint-Calais  (Sarihe), 
de  Noîrmoutiers  (Vendée),  etc. 

Lessables  quartzeux  fins,  bien  plus  com* 
muns,  sont  au*?si  souvent  restés  uans  Télat 
pulvérulent,  kVandeuvre  (Aube),  aux  envi- 
rons de  MortC'Fontaine  (Oise);  mais  ils  re- 
Srésentenl  aussi  plus  fréquemment  encore, 
ans  les  couches  rerre^tres,  ces  grès  h  paver 
de  Fontainebleau,  d  E'ampes,  aux  environs 
de  Paris,' ces  crès  blancs  du  lias,  près  de 
Sémur  (Côle-d^Or),  de  Metz  (Moselle) ,  ces 
grès  siluriens  de  May  (Calvados),  ou  ces 
quart'zUes^  de  beouoovtîp  d'autres  lieux. 

Les  nlolécules  siliceuses,  plus  tinesonti 
suivant  leur  nature  et  suivant  les  modifica- 
tions, qu'elles  ont  subies,'  servi  à  former  les 
roches  phylladieqnes, .  les  grauwackes,  les 
schistes,  les  schistes  micacés  de  l'étage  silu- 
rien d'Angers  (Maine-ét-Loire),  et'des  en- 
virons de  Rennes  (lUe^èt-Vilaine),  etc.,  etc. 

Les  séJiments,  plus  ou  moins  mélangés 

'  de  silice  et  de  chaux,. ont  donné  lieu,  eu  se. 

modifiant,  à  la  formation  des  calcaires  pro-. 

prement  dits,  des  roches  mariio-calraires, 

des  argiles  et  de  la  craie  de  tous  les  pajs. 

Si,  aux  diverses  époques  géologiques,  les 
choses  se  sont  passées  comme  à  présent,  on 
doit  trouver,  à  chacune  de  ces  époques,  la 
nature  des  roches  sédiraentaires  excessive- 
uienl  variable  suivant  les  lieux  ;  car  il  est 


9ED 


«H 


pifpbable  que  les  courants  des*  mers  à^^ 

Î lient  de  la  même  manière  sur  la  répartiti^a 
es  sédiments,  suivant  leur  nature  el  leur 
densité.  C'est,  en  effet,  ce  que  nous  voyons 
en  étudiant  les  étages.  On  pourrait  même 
dire  que  c'est  cette  variabilité  de  composi- 
tion minéralo^iqué  du  méjiie  étâ^e,  selon 
les  lieux,  qui  a  souvent  induit  en  erreur 
ceux  qui  voulaient  la  trouver  partout  iden- 
(ic[ue  de  caractères  minéralogiques  au  même 
niveau  géologique.   . 

Si,  comme  on  en  a  la  preuve,  les  sédi- 
ments marins' étaient  de  natures  variées  aux 
diverses  époques  géologiques,  ils  doivent 
avoijr  subi  le  même  mode  de  répartition  que 
dans  les  mers  actuelles,  suivant  la  pente  du. 
littoral,  suivant  sa  configui:ation  et  la  força 
des  courants.  •     . 

L'étude  des  couches  terrestres  le  démon- 
tre de  toutes  les  manières.  La  grande  uni- 
formité des  dépôts  argileux  de  quelques 
points,  et  leur  manque  presque  cr/usplet  de 
restes  organisés,  donnent  la  certitude  qu*ils 
ie  déposaient  au  fond  des  mers.  L'étage  con- 
chylien  des  environs  de  Toulon  (VarJ»  ainsi 

Sue  les  étages  oxfordien  et  callovien  de 
eaucdup  de  |>oihts  des  Hautes  et  Basses- 
Alpes,  sont  dans  ce  cas.  On  reconnaît  ailleurs 
par  les  petites  couches  bien  séparées,  comme 
dans  les  étages  sinémurien,  callovien  et  néo- 
Comien  des  environs  de  Castellane  (Bas.«e5- 
Alpos),  par  les  restes  organisés  complète- 
ment conservés, "que  ce  devaient  être  des 
dépôts  tranquilles  et  riverains.  Enfin,  par 
les  lits  obliques  des  couches  horizontales^ 
on  reçon^iaît  que  les  bancs  de  l'étage  batho* 
nien  de  Luc,  de  Banville  (Calvados),  que 
ceux  de  l'étage  narisien  d'Auvers  (Seine-et- 
Oise),  se  sont  formés  sous  la  même  in- 
fluence des  courants  que  les  bancs  de  sable 
de  notre  littoral,  et  ceux  qu*on  voit  dans  la 
lit  de  la  Loire.  •' 

On  explicjuerail difficilement,  en  géologie, 
sans  faire  intervenir  l'action  appelée per/wr- 
bations  naturelles^  la  formation  très-remar* 
quabledes  alternances  sçuvent  répéjtées,  sur 
un  seul  point,  de  couches  parallèles  d^  di* 
verses  natures,  composant  un  même  étage. 
Avec  des  courants  dans  line  direction  iden** 
tique,  avec  des  agents  charrieurs  invaria- 
bles, il  se  formerait  des  amas  considérables 
de  matière  dont  Tensemble  serait  à  peine 
stratifié  ;  et  jamais,  sur  le  même  point,  des 
couches  de  sable  ne  viendraient. recouvrir 
des  couches  de  sédiments  vaseuk,  f>as  plus 
que  des  bancs  horizontaux  ne.  pourraient 
se  trouver  au  milieu  des  lits  inclinés.  Les 
perturbations  naturelles  de  Tépoque  artuellc 
nous  expliquent  à  la  fois  toutes  ces  ap^^a- 
renies  anon^alies  qui  ont  souvent  cnil>ar- 
ra^sé  les  géologues. 

Ces  perturbations  nous  donnent,  par  suite 
des  tempêtes  annuelles  périodiques,  le  moJe 
de  formation  des  couches  alternes,  comme 
celles  de  Tétage  corallien  du  ravin  des  Tour* 
nelles,  près  de  Sauce-aux-Bois  (Ardennes), 
où  les  couches  sont  formées  ne  calcaire 
compacte  blanc,  empâtant  un  amas  de  co- 
quilles, tandis  que  les  autres  couches  inte^ 


MTS 


SED 


ET  DL  PALËOKTOLOGIE. 


SED 


1274 


médiaîrés,  sans  coquilles,  sont  plus  mar- 
neuses et  moins  dures. 

Des  perturbations  plus  rariëes  peuvent 
seules,  et  sans  le  secours  des  révolutions 
géologiques,  nous  exiiliquer  cette alternapce 
singulière  de  bancs  de  sable  lin  en  couches 
horizontales,  et  de  lits  dé  sablé  et^de  cor 
auilles,  in'clinés  tantôt  à  l'est  et  tantôt  à 
1  ouest,  qu'on  remart|ue  à  Anvers  (Seine-et- 
Oise),  dans  la  zone  supérieure  de  Tétage  pa? 
risien. 

Sans  les  phénomènes  périodiques  actuels 
des  ehanjp^euienis  de  courants  ajiportés  par 
les  coups  de  vent,  il  nous  serait  difficile 
d*explic|uer  encore  comment  l'immense  puis* 
sance  d  un  éta^  peut  être  divisée  en  p^^tites 
couches  d'une  é4:ale  épaisseur,  et  cela  d'une 
manière  si  constante  que,  dans  certains  cas, 
les  bancs  se  succèdent  régulièrement  comme 
dans  une  bâtisse.  Chaque  lit,  plus  dur,  est 
«éparéparune  très-lé^ere  ik)ucbear^leuse, 
^insi  qu'on  le  voit  dans  l'étaîi^e  siuémurien 
de  Castellane,  de  Dignes,  dans  l'étage  eallor 
▼ien  de  Cfaaudon,  dans  l'étage  néocomien  de 
Êheirôn,  de  Barrême  (Babsec»-AlpeS),  dans 
l'étage  ozfordien  de  Vermanton  (Yonne), 
etc.,  etc. 

Ces  quelques  cas  isolés,  que  nous  ayons 
prîs  au  hasard,  sufQront,  nous  le  pensons, 
pour  prouver  qu'aux  diverses  époques  pas-* 
sées,  la  nature  était  soumise  aux  mêmes 
f  et*ons  passives  et  fortuites  qui  existent  au- 
jourd'hui. - 

'  Si  la  nature  et  la  disposition  seule  des 
coochcs  sédimentaires  du  globe  nous  ont 
donné  la  preuve  que  des  causes  identiqiies 
aux  causes  actuelles  présidaient  k  leur  for* 
niation,  la  distribution  des  êtres  dans  ces 
couches,  et  toutes  les  circonstances  de  leur 
anéantissement  nous  le  prouveront  d'une 
inanière  bien  i>lus  certaine.  Passons  sucées^ 
5ivement  en  revue,  sous  ce  rapport,  les  iïU 
Terses  conditions  de  dépôts  avec  les  restes 
-organisés  contenus  dans  les  couches  ter* 
rostres. 

Nous  avons  dit  que  les  animaux  vertébrés 
entiers  flottants  ne  pouvaient- être  jetés  que 
sur  le  littoral,  et  qiie  là  ils  pouvaient  se 
conserver,  principalement  sur  les  golfes 
-tranquilles,  où  se  déposent  les  sédiments 
iins.  C'est,  en  effet,  ce  que  nous  trouvons 
IK>ur  les  animaux  terrestres  et  marins  ;  les 
inammifèrcs  et  les  oiseaux  entiers  de  Mont- 
martre, prè^  Paris,  les  poissons  d'Aix  {Bou- 
clies-<lu-Rliône)  se  sc^nl  déposés  sur  des  sé- 
diments très -tins  d*un  lac  terrestre;  les 
grands  sauriens  lie  Lyme-Regis  (Angleterre)^ 
sont  avec  des  sédiments  marins  fins.  It  en 
oat  de  même  des  nombreux  poissons  du 
Monte-Boica,  crS  Acanthoteuthes  de  l'étage 
OxforJiende  SolenhotTen  et  de  la  bélemniie 
-entièrpderélagecallovien  d'Angleterre,  où, 
avec  les  festesd/animaux  vertébrés  flonants, 
sont  toujours  des  coquilles  qui  flottaient, 
telles  que  ces  ammonites  si  remarquables 
par  la.  belle  conservation  de  toutes  leurs 

t parties..  C'est  encore  et  seulement  sur  le 
itioral  des  golfes  maritimes  tranquilles  que 
l^ourront  se  conserver,  pour  l'avenir,  les 


traces,  les^lus.fugacqs  des  animaux  eux« 
mêmes,  ou  ces  empreintes  physiologiques 
et  physiques  qu'on  trouve  répandu'^s  k  la 
surface  du  globe,  comme  les  empreintes 
physiologiques  de  pas  d'oiseaux  et  de  rep- 
tiles,, comme  les  empreintes  physiques  de 
gouttes  de  pluie,  et  les  sillons  marins  lais- 
sés par  la  mer  sur  le  sable,  sur  les  grès 
tertiaires  de  la  Patagonie,  sur  le.«  grès  pbr- 
llandiens  des  environs  de  Boulogne  (Pas-dc* 
Calais), 'et  qui  montrent,,  près  tes  uns  ûcs 
autres,  des  sillons  tracés  par  la  mer  actuelle, 
avec  ceux  qui  se  sont  formés  à  l'époque 
portlandienne  ' 

Nous  avons  djt  que  les  coquilles  flottan- 
tes devaient  nécessairement  être  déposées 
suf*  le  littoral  des  mers.  C'est  aussi  sur  le 
bord  dés  'antiques  bassins  marins  qu'on  les 
trouve  en  plus  grande  abondance.  Il  suffira 
de  suivre  le  pourtour  des  roches  granitir 
ques  des  départements  ôes  Deux-Sèvres  et 
de  la  Vendée ,  ou  des.  roches  paléozoîque^ 
des  départemeuts  de  la  Sarthe  et  du  Calva-: 
dos;  pour  rerbnnattre  que,  sur  tous  ]e% 
points,  les  différents  étalés  géologiques  qui 
s'y  adossent  sont  remplis  d'un  nomlire  con- 
sidérable decofjuitles  flottantes,  de  nautiles 
et  d'ammonites.  On  trouve  souvent  dans 
les  étapes  loarcien,  bajocien,  bathonién,  calv 
lovien  el  oxfordien  dotes  anciens. rivages, 
de  mênie  qu'à  Saint-Julien  de  Cray  (Saôner 
et-Loire),  etc. ,  des  couches  exdusivemepl 
formées  d'ammonites'èt  de  nautiles  ,  tandia 
que  les  autres  points  de  ces  mêmes  élages, 
placés  au  centre  des  anciens  bassins,  où  les 
couches  déposées  par  les  courants  SQUsr 
marins,  comme  k  Luc;  à'Langrune,  à  ^àw» 
ville  (Calvados),  ne  contiennent  point  de 
coquilles  flottantes,  ou  elles  sont  très-ra* 
tes.  .  .       ,       , 

En  parlant  des  animaux  non  flottants, 
nous  avons  dit  quMIs  pouvaient  mourir  de 
vieillesse  dans  leseonehes  sédimentaires  en 
repos,  et  rester  dans  leur  position  normale 
d'existence.  M.  d'Orbii;ny  en  a. observé  à 
cet  état  dans  les  couches  coralliennes  du 
canal  do  Niort  et  dans  les  environs  de  U 
^oehelle  •(  Charente-Inférieure),  près  de 
€yrcy.le«£hâleau  (Haute* Marne),  et  sur  une 
foule  d'autres  points* de  tous  les  Ages  géo* 
logiques.       '     ' 

-  Des  coquilles  bivalves  peuvent*  encore t 
dans  leur  position  normale ,  être  envelop- 

I'iéesde  sédiments,  fuir  suite^d'une  pertur- 
janon  naturelle,  et  montrer  alors  sur  la 
ùiême  niveau  des  coquilles  bivalves  de  tons 
les  dges,  comme  sur  les  lianes  calcaires  de 
l'étage  kimméridgien,  qui  se  découvrent  à 
mer  basse  à  la  pointe  de  Châtelaillon  (Ch»- 
rente-lnféiieure),  où  elles  sont  à  côté  de 

Ï;asiém'()fKlcs  dans  leur  |H)siton  normale^ 
a  bouche  en  bas,  ou  de  ^^upes  de  miiytuB 
et  de  pinna^  teîs  q}ï*i\s  ont  vécu  t  c'est-à- 
dire  encore  réunis  en  famille. 
'  Le  plus  souvent^  les  restas  d'animaux 
vertébrés,  ainsi  que  les  coquilles  et  les  p<H 
lypiers,  sont  dans  les  anciennes  mers,u>mm6 
dans  les  mers  actuelles,  déposés  sur  la  côte* 
ou  cliarriés  par  les  courants  sous-mariaa. 


Îfl5 


BED 


DICTIONNAinE  DE  COSMOGONIE 


SEN 


♦27f 


Lc5  côtes  se  reconnaissent  toujours  au  dé- 
sordre des  coquilles,  et  à  la  grande  quantité 
de  coquilles  flottantes  mélangées  aux  autres. 
Les  couches  de  Tétage  biojocien,  ou  de  l'oo' 
Hthe  inférieure  des  nioutiers  des  environs 
de  Bayeux  (Calvados),  de  Niort  (Deux-Sèvros), 
sont  dans  ce  cas,  ainsi  que  Tétage  oxford ien 
de  Launoy  (Ardennes) ,  le  lias  supérieur  de 
la  Verpillère  (Isère),  et  une  multitude  d'aur 
très  points  do  la  Fpance. 

Quand  les  coquilles  et  les  autres  corps 
orjzauisés  sous-marins  sont  transportés  ,  il« 
V  forment ,  sous  l'action  des  courants  vio^ 
lents,  ces  lits  inclinés  que  nous  avons  dé- 
crits si  marqués  à  Luc,,  à  I^on,  à  Ranville 
(Calvados)^  et  à  Anvers  (Seine-:et-Oise)  ;  ou 
ces  t>ancs  alternatifs  de  pouJingues,  de  gros 
grès,  de  sable  et  d'argile  de  l'étage  falunien 
de  Carry  (Bouches-du-Rh6;iej,  de  Gévaudaa 
(Basses-Alpes).  Lorsque ,  au  contraire,  les 
courants  ont  agi ,  mais  sans  violence ,  ils 
ont  formé  ees  bancs,  ces  lits  de  coquilles  si 
fréiiuents  dans  les  couches  de  tous  les  âges 
géologiques,  où  ils  sont  mélangés  avec  des 
sédiments,  comme  aux  environs  de  la  Ro- 
ohelle,  de  Sauce-aux-Bois  (Ardennes),  ou 
feuls,  comme  h  Lue,  à  Langrune  (Calvados), 
h  Saint-Mibiel  (.\Ieuse),  à  Tonnerre  (Yonne), 
A  Damery,  à  Montmirail  (Marne),  à  Chau- 
mont  (Oise),  è  (îrignon  (Seine-et-Oise),  etc. 

Cherchons-nous  encore  dans  les  mers  an-- 
ci  en  nés  des  exemples  de  ces  dépôts  sous- 
marins,  formés  dans  le  repos  déterminé,  soit 
parla  profondeur,  soit  par  la  tranquillité 
d'un  point  du  littoral  moins  profond,  mais 
situé  en  dehors  de  l'action  du  courant,  nous 
4es  trouverons  souvent  des  mieux  marqués, 
L'éta^  sénonien,  où  la  cra.ie  blanche  du 
bassin,  parisien  et  tous  les  êtres  n'ont  subi 
aucune  usure,  est  certainement  dans  ce 
/cas.  Les  counhes  à  milioles,  formées  seule- 
ment de  foraminifères  des  carrières  de 
Gentilly  et  de  Vaugirard ,  près  de  Paris ,  se 
sont  également  dé[K)sées  dans  le  repos,  ainsi 
qu*unemu1titude  de  couches. plus  anciennes. 

La  présence  des  conularia  dans  les  mers 
très- anciennes,  des  hyalea^  des  cleodora^ 
<!ans  l'étage  falunien  de  Bordeaux,  des  cari" 
-naria  et  de  quelques  ptéropodes  dans  les 
touches  des  environs  de  Turin ,  nous  prouve 
qu'aux  époques  géologiques  il.  existait, 
.comme  dans  les  mers  d'aujourd'hui,  des  ani- 
maux pélagiens.  Les  animaux  côtiers  étaient 
également  les  plus  nombreux  dans  tous  les 
c'tagesquise  sont  succédé  jusqu'à  nos  jours; 
ainsi  tout  porte  à  croire  que  leur  répartition 
devait  subir  les  influences  de  la  température, 
de  la  conflguration,  de  la  nature  des  côtes, 
et  avoir  des  niveaux  spéciaux  d'habitation  , 
surtout  dans  les  étages  tertiaires  qui  appro- 
4;hent  le  plus  des  conditions  actuelles.  La 
faune  tertiaire  de  Tétage  parisien  annonce  en 
effet  qu'elle  a  vécu  sous  une  température  plus 
élevée  que  la  température  actuelle  de  Paris 
.  L'influence  du  niveau  d'habitation ,  de  la 
•conQguration  et  de  la  nature  des. côtes,  sur 
*la  répartition  des  êtres ,  est  très-marquée 
dans  les  couches  fossilifères  de  tous  les  âges 
•géologiques.  Elle  explique  pourquoi  les  phç' 


ladomia  et  d'autres  coquilles,  ayQUt  le  mémo 
genre  de  vie,  se  trouvent  toujours  dans  le.s 
calcaires  marneux,  qui  jadis  étnieat  à  l'état 
de  vase,  tandis  qu'elles  manquent  dans  les 
grès  grossiers  du  même  étage.  Elle  explique 
]'al)ondance  de  coquilles  des  rochers    sur 
quelques  localités,  comme  les  l>ancs  d'hip- 
purites  et  de  radioiites  des''€orbières  (Aude), 
iïes  Martigues  (Bouches-du-Rhône,  duBeaus- 
set  (Var) ,    et  donne  la  clef  de  toutes  ces 
anomalies  qu'on  remarque  dans  la   distri-* 
t>iitioa  locale  des  êtres  marins,  au  sein  des 
couches  sédiinenl aires.  Cette  influence  est 
surtout  très-reraarquaJble  sur  les  baocs  de 
coraux  de  l'étage  silurien  de  Dudley  (An^ 
glcterre),  de  l'étage  dévonien  de  Bensberg, 
^l  sur  les  récife  des  mers  jurassiques,  com- 
parés aux  récifs  actuels.  En  effet,  la  faune 
propre  aux  récifs  anciens  de  l'étage  oxfor- 
dien  des  chailles  du  Jura,  aux  récifs  de 
Tétage  coralliei»  de  Saint-rMibiei  (Meuse) , 
d'Oyoooaux  (Ain),  de  Tonnerre,  de  Chateî* 
Ccusoir  (Yonne),  de  »la  Pointe  du  Ché  (Cha* 
Cl  n  te -Inférieure),  est  tout  à  fait  distincte  des 
fauneç  voisines  déposées  sur  des  côtes  dif- 
férentes de  la.même  époque  .Corpme  les  bancs 
de  coraux  des  Antilles  et  des  lies  océaaieor 
nés,  ces  bancs  de  coraux  anciens  offrent  une 
série  d'êtues  propres, dans  laquelle domincLt 
surtout  les  coquilles  parasites,,  les  térébra- 
tules  et  les  échinodermes  de  certains  genrc^s. 

Les  dépôts  terrestres  et  fluviatiles ,  ren- 
contrés dans  les  couches  fluvio-terreslres  ^ 
nous  démontrent  que  les  mêmes  circonstan- 
ces d'habitation  existaient  sur  les  contineiiu 
anciens  et  sur  les  continents  actuels.  Les 
unio  du  Wild^lay  de-  l'îJe  de  Wight  le 
prouvent  pour  l'étage  néocomien.  Les  cou- 
ches kphysaeik  he^ixfie  Rilly-la-Montague, 
du  Mont-Bernon  (Marne) ,  d'Orgoa ,  de  Vi- 
trolle  (BoucheMu-Rhône) ,  les  présentent 
dans  l'Aage  suessonien;  les  couches  i]*eau 
douce  de  Panis  les  offrent  dans  l'étage  pari^ 
sien;  on  les  voit  aux  environs  de  Montpo!* 
lier  f Hérault),  dans  le  bassin  bordelais  , 
dans  les  envii:ons  de  Mayence^aux  bor<is 
du  Rhin,  etc.,  etc. 

Ces  quelques  exenq>les  des  divers  genres 
d'influences  suffiront  pour  prouver,  qu^à 
toutes  les  époques  géologiques  ,,  des  condi- 
tions identiaues  aux  coqaitions  actuelles  in- 
fluaient sur  la  formation  des  sédiments  »  sur 
Jeur  répartition ,  sur  la  distribution  des  res- 
tes organisés ,  suivant  leur  nature  vivante, 
ou  suivant  leur  état  de  corps  bruts,  inertes, 
soumis  alors  aux  agents  charrieurs. 

SÉDIMENTS  MARINS.  Voy.  Coi;chbs  se- 
piiTENTÀiBES.  —  Leur  répartition  dans  tes 
mers.  —  Voy.  ibid.  —  Sédiments  vasetLX. 
Voy.  ibid.  —  Sédiments  fIuvio-(errestres.  Fby. 
Cot'CBEs  séoiMENTAiREs,  art.  IL 

S£L.  Voy.  V Introduction.  —  Sel  gcvwML 
Voy.  Roches  fossilifères. 
;  SENONIEN  (ÉTAGE).  —  Le  sixième  de  la 
période  crétacée  et  le  22*  de  l'échelle  totale 
des  terrains.  La  ville  de  Sens,  l'antique  S^ 
notiez,  est  située  au  milieu  de  la  partie  de 
Tétage  la  mieux  caractérisée.  C*est  aussi  Ir 
terrain  crétacé  supérieur j  lu  truiebtancke^  le 


1277 


SEN 


ET  UE  PALEONTOLOGIE. 


SEN 


1278 


terrain  inpercritacé ^  le  caïcaire  jaune  ^  et 
une  partie  de  la  craie  tufau  de  la  Toiiraine, 
létage  crayeux  (partie)  de  M.  Cordier,  etc. 
Type  français  sous-marin  à  Epernav,  Meu- 
don,  Sens,  Tours.  Saintes,  Maestrient,  etc. 

On  a  donné  le  nom  de  craie  blanche  è  cette 
immense  surface  de  craie  supérieure,  essen- 
tirllement  blanche,  du  parisien.  Cette  déno* 
Mi  nation  lui  est,  en  eflet,  très-app1i(nble,  à 
.Meudon  et  dans  la  Cham])agntv,  mais  elle 
jjcut,  ailleurs»  devenir  la  source  de  plus 
«l'une  erreur.  Certaines  parties  des  étages 
(  rnomanien  et  turonien,  a  Saint-Sauveur,  à 
Saint-Florentin,  sont,  comme  on  Ta  vu, 
très-blanches,  et  ne  diffèrent  pas,  rainera- 
lo^ir|uement,  de  la  véritable  craie  blanche, 
iniulis  qu'au  contraire,  dans  les  Pyrénf'cs, 
rélage  qui  nous  occupe  est  bleuâtre,  qu*à 
Fours  il  est  jaune,  qu'à  Saintes  et  è  Co- 
i;iiac  il  ressemble  à  ce  qu'on  a  nommé  craie 
liifau.  Il  en  résulte  que,  d'un  côté,  Ton  peut 
îppcler,  minéraloçiquement,  craie  blanche, 
Ws  élances  bien  difTércnts  par  leur  stralili- 
-alion  et  leurs  faunes  fossiles;  tandis  qu*en 
Tautres  lieux,  ce  même  horizon  ne  saurait 
ilus  être  appelé  craie  blanche,  attendu  qu'il 
isi  de  toute  autre  couleur,  ou  même  à  I  état 
Je  grès.  C'est  oour  obvier  à  ces  inconvé- 
lients  que  H.  aOrbigny  lui  a  donné  le  nom 
ïétage  sénonien. 

Voici  rhorizon  crétacé  le  plus  vulgaire, 
»ur  certains  points,  par  sa  nature  minéralo- 
^ique.  En  eil'et,  il  n*cst  pas  un  géologue  qui 
le  connaisse  eu  France  cette  vaste  exten- 
sion de  craie  blanche  qui  couvre  le  nord  et 
e  nord-est  du  bassin  anglo-parisien,  et  dont 
es  limites  sont  si  bien  représentées  dans  la 
>olle  carte  géologique  de  MM.  Dufrénoy  et 
^lie  de  Beaumont.  Nous  allons,  du  reste, 
ndiquer  les  limites  géographiques  de  ces 
étions  si  connues,  et  ajouter  beaucoup 
rautres  points  répartis  sur  les  diverses 
)arties  du  monde  où  nous  avons  reconnu 
étage  sénonien.  D'après  l'élude .  stratigra- 
diique  et  la  faune  qui  le  caractérise,  la  mer 
le  cet  étage  couvrait,  en  France,  tout  le 
entre  du  bassin  anglo-parisien ,  depuis 
'itry-le-Frauçais  jusqu'aux  côtes  de  la  Man- 
lie,  et  eu  Angleterre,  de  Tours  jusqu'au 
ap  Blanc-Nez  (Pas-de-Calais).  Bien  qu'il  soîl 
ecouverl  au  centre  par  les  terrains  lerliai- 
es,  il  n  en  montre  pas  moins,  çà  et  là,  dans 
?  fond  des  vallées,  quelques  parties  qui 
^notent  partout  son  existence.  Sur  le  lit- 
jral  de  la  mer,  sauf  quelques  légères  inter- 
ijptious,  on  le  voit  Ibrmer  la  plus  grande 
ariie  des  falaises  de  craie,  depuis  le  Havre 
iNqu*à  Etaples.  Sa  puissance  est  immense 
Etretat,  a  Criqueport,  à  Fécarop,  à  Dieppe, 
Saint- Valery-en-Caux,  h  Montreuil  et  à 
tapies;  puis,  après  une  interruption  for- 
ïée  par  les  terrains  jurassiques  du  Boulon- 
aïs,  on  le  voit  reparaître  au  cap  Blanc-Nez. 
riépeiidamment  du  littoral,  il  se  montre 
Ans  la  vallée  de  la  Seine ,  au-dessus  de 
ouen,  aux  Andelys,  à  Louviers,  à  Evreux, 
Mantes,  à  Heudon  et  à  Marly,  près  de  Pa- 
.-  ;  dans  la  vallée  de  Dieppe,  tout  autour 
u  lambeau  plus  ancien  du  pays  de  Braye, 


près  deBeauvais,de  Chauraoni,  de  Méru,  êtes 
dans  les  vallées  de  TArque,  de  la  Yères,  do 
la  Bresle,  de  Tréport,  de  la  Somme,  de 
l'Autie  et  de  la  Canche.  Maintenant,  si  nous 
continuons  autour  du  bassin  anglo-parisien, 
nous  le  verrons  former  une  large  surface 
dirigée  au  sudest.  Dans  le  Pas-de-Calais, 
elle  passe  par  Béthune;  dans  le  nord,  à 
Douai,  à  Gfambrai;  dans  la  Somme,  à  Pé- 
roune;  dans  l'Aisne,  à  Saint-Quentin,  à 
Ribemont,  à  Vervins  ;  dans  les  Ardennes,  & 
Rethel,  à  Neufclrfttel;  dans  la  Marne,  à 
Reims,  à  Chavot,  à  Ablois,  près  d'Erernay, 
è  Châlons-sur-Marne,  à  Vitry,  h  Sézanne; 
dans  TAube,  à  Arcis,  au-dessus  de  Troyes, 
à  Nogent  ;  dans  l'Yonne,  à  Sens,  h  Joigny, 
à  l'ouest  de  Saint-Fargeau.  Plus  au  sud^ 
partout  recouvert  dans  les  terrains  tertiaires, 
rétage  sénonien  se  voit,  néanmoins,  dans  le 
Loiret,  au  nord  de  Montargis,  h  Châtillon. 
Rien  qu'une  légère  ditfércnce  de  composi- 
tion minéralogique  ait  empêché  de  le  re- 
connaître ailleurs,  M.  d'Orbigny  Ta  retrouvé, 
avec  tous  ses  caractères,  dans  le  déparle- 
ment de  Loir-et-Cher,  à  Saint-Gervais,  près 
de  Blois,  à  Couture,  à  Montoire,  h  Vendôme, 
aux  Roches,  au  Songé,  etc.;  dans  Tlndre-et- 
Loire ,  à  Tours,  &  la  tranchée  de  la  sraudo 
route  de  Paris,  et  sur  une  grande  suriace  du 
cours  de  la  Loire,  en  remontani  ou  descen- 
dant. La  vallée  de  Saint-Ohrisloi. lie  lemonlro 
aussi,  et  il  la  encore  revu  «iu-dessus  du 
Chinon;  dans  la  Sarthe,  aux  touches  supé- 
rieures de  Poncé,  de  Sainte-Cérollc,  à  Sainl- 
Frimbault,  k  Saint-Germain,  près  de  la 
Flèche;  dans  l'Orne,  dans  le  Calvados,  à 
Honneur.  Un  petit  lambeau  se  voit  dans  la 
Manche,  à  Sainte-Colombe,  à  Or^landes,  h 
Golleville  et  à  Fréviile,  à  la  fosse  de  la 
Bonneville.  Par  les  lignes  que  nous  avons? 
suivies,  on  voit  que  l'étage  sénonien  formo 
un  vaste  cercle,  pour  ainsi  dire  non  inter- 
rompu, autour  du  bassin  anglo-parisien,  on 
France,  et  que  la  répartition  geographiquo 
en  est  la  même  que  celle  de  I  étage  |)récé«- 
dent;  seulement  il  se  trouve  toujours  en 
dedans  et  plus  au  centre  du  bassin. 

La  continuation  du  même  bassin  se  trouve 
en  Angleterre ,  où  nous  voyons  l'étage 
couvrir  une  vaste  surface  h  Test,  depuis  la 
Manche  jusqu'au  Yorkshire.  Par  les  fossiles, 
nous  ne  trouvons,  dans  le  vaste  lambeau  de 
la  Belgique  et  de  Maestricht,  que  l'étage  sé- 
nonien. 

Dans  le  bassin  pyrénéen,  l'étage  n'est  pas 
moins  bien  tracé  que  dans  le  bassin  anglo- 
parisien  avec  les  mêmes  fossiles. 

Dans  le  bassin  méditerranéen  on  en  a 
reconnu  beaucoup  de  lambeaux  isolés  qui 
témoijçnent  de  son  existence  sur  l'étage 
turonien. 

M.  d'Orbigny  a  reconnu,  par  les  fossiles 
identiques  et  Tensemble  de  la  faune,  que 
tous  les  terrains  crétacés  de  l'Amérique  se(>- 
tentrionale,  dont  M.  Morton  a  si  bien  décrit 
la  faune,  dépendent  de  Tétase  sénonien,  et 
non  des  grès  verts,  auxquels  on  les  avait 
rap|)ortés,  par  suite  défausses  idenlifications. 

En  résumé,  l'étage  sénonien  s'étendrait  (i% 


•   t 


SEN 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOCO^E 


,SEN 


m 


la  zone  tQpriile  au  36'de^ré  tic.  latitude  mé- 
ridionale et  au  56*  de  latitude  boréale,  en 
faisant,  en  longitude  presque  le  tpur^du 
inonde.  On  peut/ dès  lors,  eu  apprécier  touta 
i'iniportanee. 

Sur  tous  les  points  du  bassin  an^to-pari*;' 
sien,  où  Ton  a  pu  voiries  couchei  inférieur 
res,  rélftj^o  sénonièh  repose  direclerneiiti 
en  stratili 'alion  copconlante,  sur,  l'étaiÇe  tu^ 
ronien.  Ce  fait,  cionstaté  où  nord  et  d  Test 
du  bassin^  a  élé  encore  reronnudànslesntl- 
puesl  et  1  0140SI,  dans  tous, les.  di^paftements 
de  a  Touraine,  de  la  SartlVe,'  do  TOrne  et 
du  Calvados.  Les  parties  sud-ouest  di^  liassin 
pyréné<^n,  de  la  Cljare;nle  à  la  Dordognei 
sont  dans  le  o)éine  tas,  ainsi  que  l'autre 
côlé  espa.;nol  dans  .les  provinces  de  Saint; 
iVndt'f  et  de  Biscaye!  Il*  eH^est^de^nièinei 
dans  le  bassin  méditerranéen,  des  couches 
(Je  Corbières  du  gros  et  du  pt'lit  Piroou, 
près  de  Marli^jcues,  ilu  .Ca?  au  Jie^ju^set.Eç 
Angleterre  et  en  A))ema^ne,'la  même  c(»n^ 
èordanoe  existe,  et  cetio  circonstance  donne 
la  nrenve  que  l'étape  sénonien  a  bien  suc- 
cédé régulièrement,  tiaps  H^rdre^  cjjronolor 
gique,  à  Télage  luroiiien  qu'il  recouvre  suir 
|ous  les  points  où  il  n'y  a  pas  dé  lacunes. 

Tels  .sont  les  résultats  auxquels  on  esl 
arrivé  par  la  stratilhaliou.  et  l'étude  des 
lanncs;  uu'sis,  si  la  sùpiTpôsiUon'imméçiiatç 
des  deux  étapes  peut  également  Ibire  arriver 
h  cette  conclusion,  sur  le  sol  de  la  France, 
Jl  n'en  est  pas  ainsi  des,  autres  points.  Cette 
stratification. re^sle.'enlîirement  muette,  et 
même  peut  induire  en  erreur^  )orsq.u!il  man-. 
que  un  si  grand  nombre  a  étages  inler^ 
mé  liaires,  comme  au  nord  et  au  sud  de  la 
Russie, au  Chili^  d^ns  TAmérique  septen- 
trionale; dans  Tlnde,  où  l'étage  repose  sur 
l'étage, dévonien,  sur  Téla^e  oxfordien,  ou 
même  sur  les  roches  azoïques,  et  alors  la 
paléontologie  seule  «eut  arriver  à  les  classer 
dans  leur  véritable. horizon  géologique. 

L*étage  parait  atteindra  près  cjelOO  mètres 
de  puissance  h  Saint-Ander,  et  une  piiis,-? 
«ance  encore,  plus  grande  existe  au  milieu 
du  bassin  an^la-|)arisien,  par  èxemnie,  da;is 
.les  faf4ise3  de  la,côjé  marilimé  de  la  Sewe- 
. Inférieure,  , près  d,e,  Fé^'amp,  .et  mème^.  à 
Pan>,  OÙ/l^- puits  '  artésien  pourrait  faire 
croire  à  aii  mpias  300  tnètr^es  u  épaisseur.^ 

Tt)ut  le  monde  a  remarqué- les  bancs  (^ 
«ilex  qui  occujient  ,les  parties,  supérieures 
de   l'étage  sénonien  ;  mais  ces  silex,  loip 
.d'èti*e  $péciaux  h  la  craie  blanche,  se  trou- 
.  vent  à  beaucoup  d'éfages  géologiques  diffé- 
rents. Nous  I0& avons  cités  dans  l'étage  car-» 
.bqnjférien.\  et  .riQus  les ^  avions  .rencontrés 
wiccessivement,  dans' les  étapes  toarcien  de 
Saiqlp-Çonorine  de  TUouacs;  Iwijocien  de 
Poitiers;  callovien  de  Grassë)^  oxfordien  d,e 
CI)âte4-CensAir;    coralli^en    de    Tçouvilte; 
dans  les  terrains  jurassiques  f  ijaps  presqua 
.tous  les  étages- crétacés;  et  partout  nous 
•  avons  reconnu  un  seù>  et  menie  fait  dans 
leur  mode  de  Jprmatiçh.  Les  silex  ne  sont 
poI{it..de$  cailloux  roulés,  placés  dans  las 
coucbes  par  les  eaux;  ils  noua  paraissent 
.être  le  résultat  d'une  infiltration  d?  silice 


dans  les  couches,  Lden  poslériauremeni  h 
leur  dépôt.  Voici,  dû  reste ,  sur  quoi  nous 
fondons  cette  opinion..  Etudiés  avec  soin,  les 
silex  offrent,  dans  leur  cou(^xture  sili- 
ceuse ,'  absolument  les  mêmes  espèces  de 
fossiles,  ni  plus  ni  moins  nombreuses  que 
dans  la  craie  environnante.  Les  gros  our< 
sini^,  lés  f)iyalves  saillent  souvent  eu  dehors; 
|es  foraminiféres  et  les  bryozoaires  de  là 
jcraie  se  montrépt  partout  clans  jeur  pâte, 
sans  quY'videmment  formées  pçr  IVlion 
des  eaux,  comme  les  sédiments  sous-marins 
f  ctuels ,  les  couches  qui  les  renferment 
soient  en  rien  dérangées  par  leur  présence, 

f'notir  ainsi  dire  réiiartié  aujiasaru.  Les  si- 
ex  ne  (paraissent  d^s  lors,  que  deà  parties 
de  la  masse  crayeuse,  transformées  surplace! 
ÎE^n.silicjBt  comme  nous  le  voyons  pour  cer- 
taines coquilles  des  mâjues  couches.  Les 
causes  de  transformation  qui  expliquent  le 
jchangement  des  coquilles  calcaires  en  silicç 

f')OuVroi}t,  nous  le  pensons^  expliquer  au^si 
a  fopinalibn  des  silex  de  tou,les  les  couches 
géologiq?ios.  <  -  . 

Pnturbalion  finale.  —  Le  morcellement 
de  l'étage  sur  la  côte  orientale  de  l'Amifr;- 
quê  septentrionale,  le  manque.de  côtes  aui 
régions  nord  et  est  du  bai:sin  |:r:!3>cs,  An- 
noncent un   «rand   mouvement  des  eaux 
après  la  fin  du  dépôt  sénoqien  e(  .Pélagie 
danjcn.  A  Meudon,  dans  l'Oise  et  dans  la 
"Marne'^  towç  les.  çleriiiers  dépôts  sénoniens 
sont  sous-rmarihs  et  des  mers   profonies. 
Les  dépôts  daniens  qui  les  rçî^ouvrenl  sont, 
au  contraire,  faits  sur  la  côte  ou  près  de  fa 
^côle^  ca;;  i  s  contiennent  un  grand  nombre 
dûgastérôûodes,  dalâmellibîahchesel  même 
des   coquilles  Oollantes     On    voit  qu'une 
surélévation,  qui  a  uéterniiçé  un  roouve- 
meni  dans  le  niveau  des  eaux,  a  énietth 
ment  eu  lieu  sur  ces  pxunls  eritçe  la*  fin  «« 
Télagé   sénonien  et'.le  commencement  de 
Téla^^e  suivant,^  'qui  peut  encore  coïncider 
!^vec  la  perturbation  finale, 
.  "  Caractères  patéôrt  ta  logiques.  —  Les  rarac- 
.tèrcs  de  là  faune  sont  encoçe^qu^Hque  suf 
une  plus  vaste  échelle',  peu  différents  de 
ceux  de  l'étage  turonien,  peu  d'osj  èccs  ?ô 
continuent  de  réi)oque  precé^îenlc  è  celle- 
ci;  \\  en  résulte  qu  h  côté  d'une  d'sparilô 
.presque  complète  des  espèces,  les  genres  nn. 
.encore  de  Ta'  alogie.'  î^ous  y  von ons  n'iltre, 
^cependant,  81  genres  incoun^ns  aux  é;aT^p> 
'iniérieurs;  et,  parmi  ceux-ci^  les  pr»*niier^ 
.poissons  cyclo'îdes  et  cténoïdes.  Sur  ces  eH 
genres,  42  s'éteignent  dans. Tétagc,  Il  o.v» 
donc  que  39  des  nouvelles  formes  aniin«l<^^ 
.de  celle  période  qui  persistent.  Sur  ce  nom- 
bre, nous  y  voyons  naîlre  quelques  genre* 
]plus  spéciaux    aux   terrains  tertiaires  qïJj 
.commencent  à  paraître;  mais  ce  nombre  e?» 
.loin  d'être  comparable  au  nombre  clés  genres 
qui  disparaissent  h  la  fin  de  cette  pé'i^^'» 
car,  avec  les  i2  genres  déjà  cités,  nous  trou- 
..vous,  comme  s  éteignant,  encore,  W  y. 
genres  préexistants,  si  caractérisliq'u.es  d« 
.'terrain?  crétacés,  ce  guî  élève  à  122  le  noffi^ 
brcdes  genres  ^ui  finissent  leur  existen'^ 
avec  rétagc  sénonien.  Ce  caractère  proo^^* 


ISq  StLN  ET  DE  PALEOMO 

}»]u8  quo  tout  le  reste,  qu  à  la.  fin  de.  cet  Ibgt 
éta^e  les  terrains  crétacés  entrent  dans  iine  gcar 
grande  période  de  dégénérescence  de  for-  mur 
mes  zoolr^^iques,  annon(;ant  la  Gn  de  cette  tem 
granda  époque  de  ranimalisalion  du  globe.  ,es\\i 
L^éta^^e  sénonien  a  pour  caractères  né^^a-  zoni 
ti&/avec  l*étaj^e  précédant,  les  27  genres  jusq 
qae  nous  avons  vus  naître  et  oérir  dans  Yér  .d'e\ 
la^e  turonien, sans  («asserè  celui-ci,  ou qu),  men 
nés  dans  les  â^es  passés,  s*éteignent  encore  .mai; 
clans  Kétage  turonien.  qui 

Les  limites  négatives  entre  Tétage  sénq-  péra 
nien  et  I  étage  danien  ne' consistent  qu*en  £i 
2  genres,'  Tun  de  gastéropodes,  le  geni;e  coni 
fasciolariaj  et  Pautre  décriinodermes,  ecAi-  gi^éc 
nolampaê^  qui,  encore  inconnus  à  la  période  .  Eun 
dont  nous  nous  ocx^upous,'  ué  paraissent  qu'à  simi 
.  répo4(ue. suivante.      .,,....  .  dans 

Les  »|raclères.  positifs  nous  sont  donnés  tous 
par  les  genres  qui,  cnci)re  inconnus  aux  autt( 
étapes  inférieurs,  naissent,  i^our  }a  première  poui 
fois^  avec  l'éta^^e  sénonien,  et  dès  lors  peu-  ce  ai 
vent  le  distinguer  nettement  de  ces  élages  .  tuell 
inférieurs.  Ces  genres  sont  au  nomi)rtt  de  .  Ch 
81.  Cet  ensenililc  consiJéraiile  de  formes  Téta^ 
animales,  qui  natt  dans  Téta^e  sénonien,  bâtir 
bit  afipréi'ier  rim|>ortance  des  caractères  .  a  été 
palconlologiques  qu  on  peut  invoquer,  pour  '.  nosc 
le  distinguer,  et  la  sourire  de  ce  faciès  sj.écial  26  g( 
que  prennent  lès  faunes,  |iar  suite  de  chan<*  en  ai 
gements  aussi  considérables.  )>ècei 

Sar  ce  nombre,  k2  {^enn^s,  cessant  d'exis-     Lorst 
.  ter  dans  Pétage  sénonien,  formeront  autant  .  et  su 
de  caractiçes.posiufs  pour  le  distinguer  dès  ;  nieiii 
ëla^es  supérieurs  où  ils  manquent.  Si  Ton     conn 
ajoute  à  ces  ki  genres  les  80.  genres  qui,     des  « 
Désantérieuremept,,sesontégaleipentéteiqts     pèce< 
.  dans  réf âge. sénonien,  sans  laisser  ii  l'étage     qui 
^  danien,  jieus  aurions  122  genres  pouvant    mers 
'donner  des  caractères  positifs,  entre  lès        La 
'  étapes  sénonien  et  danien  ou  les  terrains     bre  d 
tertiaires.  .         '.  .  sénoi 

Sans  compter,  quelques  centaines  d^espècês  surtc 
d*animaux  vertébrés  et  annelés,  dont  nous  '^it,  < 
'  ne  produisons  pas  le  cbitfre  exact,  nous  coq-  des  r 
naissons,  en  animaux  mullus4{ues  et  rayon-  -  Le: 
nés  dé  c^t.éta^é,  le  nombre  énorme iJe  1,579  .  en  Fi 
e:spèoes.  Si,  sur  ce  nombre,  nous  Atons  Ijps  .  précî 
2  es|:è«:es  communes  avec  l'étage  4uronie|i,  .  tréci« 
et  ies  3  esf^ces  indiquées,  à  tort  f>u  à  raisopv  ,  atleri 
c-onifiie  comniun^s  avec  l'étage  danien,  le  '  vert, 
beUmnitêUa  omcronata^  le  baculiie$  Fauja^ii  juS4|L 
et  ie  faius  Septuni^  il  nous  restera  encore  .  gram 
l^hlk  espèces  caractéristiaiies ,  propres,  à  surd 
.  faire  reconnaître  (lartoui  rétagé  qui  nops  .  de  c( 
oceujie»  quelle  qu*en  soit  là  nature  minera-  .  ment 
logique.  .      ,   .      .  .  P'i  ^' 

/Toutes  les  localités  de  France  indiquées,  '  Irîcfn 
aussi  bien,  dans  le  iiassin  an^lo-par:sicn  qpe  .  depui 
dans  les  deux,  autres,  comme  des  dé,.e;i-  .  en^^r 
danc4^9;de  l'étage  sénonien,  contiennent  des  a  im 
esjpèces  qui  se  retrouvent  soit  en  Angleterre,  .  rai,  o 
soit  à  Itfaëslrichtv  soit  à  Aix-la-Chapelle^  soit  .  vrir  t 
enfln  en  Allem^^ne  et  en  Russie  ;  dans  TA-  .  sur  t 
mérigue  septentrionale,  au  Chili  ou  dans  septei 
rinde.  Qu'on  prenne  Tétage  en  France,  en  envir 
Kussie;  £\k  Espagne,  aux  Etats-Unis,  dans  croir< 
rAroériquè  méridionale  ou  à  Pondichérj,  mers 
OB  trouvera  partout,  avec  un  ensemble  ana-     lion  c 


USTi 


SEP 


niCTiONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


SIG 


\m 


giK^s,  OU  des  régions  chaudes  aux  36*  de  la- 
ttlude  nord  et  au  3^*  de  latitude  sud. 

Les  continents  ont  subi  des  changements 
op(K)sés,  puisqu'ils  se  sont  diminués  de  tous 
les  points  recouverts  par  les  eaux.  En  effet, 
8*ils  se  sont  augmentés  de  quelques  atterris- 
semcnts  au  poùrlMur  du  bassin  anglo-pari- 
sien, en  France  el  en  Angleterre  ils  perdent 
de  vastes  surfaces  dans  le  Cotentin,  en  Bel- 
gique*  en  Russie,  et  dans  TAmérique  sep- 
tentrionale, où,  depuis  le  New-Jersey  jus- 
qu'au Texas,  on  trouve  1  ancien  littoral  des 
mers  sénouiennes  servant  de  nouvelles  li- 
mites à  ces  continents  surélevés  depuis  la 
période  triasiqne. 

I^s  mers  nourrissent,  avec  les  premiers 
représentants  des  poissons  cycloïdes  et  ga- 
noules,  qui  ont  leur  maximum  de  dévelop- 
pement dans  les  mers  actuelles,  un  tres- 
grnnd  nombre  de  genres  do  poissons;  quel- 
ques mollusques  gastéropodes,  tels  que  les 
coniif,  les  murex;  quelques  brachiopodes, 
de  très-nombreux  br^'ozoaires,  des  échino- 
dermes  multipliés,  ainsi  que  dos  amorpho- 
zoaires.  C'est,  en  effet,  le  rè^ne  des  bryo- 
zoaires el  des  amorpbozoaires,  qui  y  pren- 
nent le  maximum  de  leur  développement 
générique;  mais  aussi  c*est  la  fin  du  règne 
des  céphalopodes  ;  car  avec  cette  époque 
disparaissent  pour  toujours  tous  ces  genres 

'  variés,  voisins  des  ammonites,  que  nous 
voyons,  depuis  les  terrains  triasiques,  ju- 
rassiques ou  crélflcés,  animer  les  mers  de 
tous  les  étages.  C'est  aussi  la  fin  du  rèçne 

,  des  rudistes ,  plus  spéciaux  aux  terrains 
crétacés. 
On  connaît  les  plantes  marines  suivantes: 


L(;l'es. 


Conrervilcs  woo  Iwardti,  Mant. 
Angl.  Lèvres 
Ciiondriles  furcilUtliis,  Roem.  5.1X0. 

ALGUES  DOUTEUSES. 

Fiicoidcs  Bronpiiarlii,  liant.  Ang ., 

Les  continents  nous  montrent  des  oiseaux 
du  genre  scolopax;  quelques  reptiles  des 
genres  leiodon  et  mesasaurus;  eV  probable- 
ment beaucoup  de  plantes  confonaues,  jus- 
qu'à présent,  avec  celles  des  autres  éto^TS, 
citées  à  l'étage  cénomanien. 

Nous  devons  croire,  par  la  répartition  des 
mêmes  espèces  sous  la  zone  torride  et  des 
diMix  côtés  du  monde  jusqu'aux  régions 
tempérées,  que  les  lignes  isothermes  ac- 
fucllos  étaient  encore  neutralisées  par  la 
chaleur  centrale  de  la  terre.  Les  oscillations 
du  sol  àous  paraissent  avoir  existé. 

Nous  regardons  comme  contemporaine  de 
la  fin  des  terrains  crétacés  la  première  suré- 
lévation des  Cordillères  du  Chili,  dirigée  du 
N.  5"  E.  an  S.  5*  0.,  occupant  50*  de  lon- 
^eur  ;  car  les  couches,  dis)oc[ué^s  lors  de 
ja  sortie  des  roches  porphy  ri  tiques,  parais- 
sent dépendre  de  Tétage  sétionien  ;  au  moins 
en  a-t-on  la  certitude  pour  les  dépôts  de  Vtle 
de  (Juiriqnina. 

SEPIA  FOSSILE.  —  Voy,  Calmars. 


SÉROLES.  —  Voy,  lEiLOBrrES. 
SIBÉRIE,  Mes  mamtnouths.  —  Voy,  Mu. 

UOITTHS 

SIGILLAIRES.  —  Outre  les  plantes  que 
nous  avons  citées   (  Voy,  LtriDODEHDio!i, 
Fougères  «  ÉgciséTACÉEs  ) ,  comme  apparte- 
nant à  la  formation   cariK)nilère,  et  qai 
oûrent  des.  rapports  étroits  avec  des  familles 
ou  des  genres  encore  actuellement  existants; 
cette  formation  en  renferme  encore  plusieurs 
autres. que  Ton- ne  peut  rapportera  aucun 
type  connu  du  règne  végétai.  Nous  avons  tu 
que  les  calamités  ont  leur  place  dans  la  fa- 
mille actuelle  des  équisétacées,  qu'un  grand 
nomhre  de  fougères  fossiles  se  placent  dans 
des  genres  de  cette  famille  étendue,  et  que 
les  lépidodendrons  se  rapprochent  des  lyco- 
poJiacées  et  des  conifères  actuelles.  A  ces 
plantes  se  trouvent  mêlés  d'autres  groupes 
de  plantes  inconnues  dans  notre  végétation 
moderne ,  et  dont  la  durée  paraît  avoir  eu 
pour  limites  les  limites  mêmes  de  la  période 
de  transition.  Parmi  les  plus  hautes  et  les 
plus  puissantes  de  ces  formes  végétales  in- 
connues, se  placent  les  troncs  colossaoi  de 
plusieurs  espèces  que  M.  Adolphe  Brongniarl 
a  désignées  sous  le  nom  de  sigilhires,  Oa 
les  trouve  dispersées  dans  les  grés  et  dans 
les  schistes  qui  accompagnent  la  houille ,  et 
il  arrive  même  qu'elles  se  montrent  dans  la 
houille  elle*même,  à  la  formation  de  laquelle 
leurs  débris  ont  puissamment  contribué. 
Quelguefois  ces  troncs  sont  encore  dans  une 
position  droite,  comme  on  ()eut  le  voir  lors- 
qu'il existe  dos  coupes  verticales  naturelles 
(tes  couches,  telles  que  les  falaises  des  bords 
de  la  mer,  ou  dans  les  escarpements  des  ca> 
rières,  ou  des  bords  des  rivières. 

A  Greswell-Hall ,  sur  la  côte  de  Northnm- 
berland ,  et  à  Newbiggin,  près  de  Morpelh, 
on  voit  plusieurs  tiges  dressées  de  sigillaires, 
se  tenatit  à  angle  droit,  pjetr  rapport  aux 
couches  alternatives  de  schiste  et  de  grès. 
Ces  débris  varient  de  dix  à  vingt  pieds  en 
hauteur,  et  de  un  à  trois  pieds  en  diamètre; 

*  el  d'ordinaire  ils  sont  bnsés  à  leur  partie 
supérieure.  Plusieurs  se  terminent  inférieu- 
rement  par  une  sorte  de  bulbe  élargie,  où 
commençaient  les  racines;  mais  les  racines 
elles-mêmes  ne  s'y  trouvent  jamais  atta- 
chées. M.  W-C.  Trevelyan  a  compté  vingt 
débris  semblables  dans  une  longueur  d'un 
demi-mille,  et  qui  tous,  à  l'exception  de 
quatre  ou  cinq  seulement,  étaient  dressés. 
L'écorce ,  qui  se  voyait  à  la  surface  de  ces 
arbres  fossiles,  à  l'époque  où  ils  furent  dé- 

'  couverts,  mais  qui  s'est  bientôt  détacî»ée, 
avait  environ  un  demi-pK>uce  d'épaisseur, et 
étaitentièrementconvertieen  houille.  M.  Tre- 
velyan a  observé  quatre  variétés  de  ces  tijes, 
et  il  a  figuré ,  en  1816,  une  esquisse  de  1  une 
d'elles,  qui  a  été  depuis  copiée  dans  Kouvrtgc 
du  comte  Sternberg,  tome  Vil,  fig.  5. 
M.  Buckland  a  vu ,  en  1834 ,  dans  rnne 

'  des  mines  de  houille  du  comte  Fitzwiliian* 

'  à  Elsecar,  j^rès  de  Rotherham ,  sur  les  r^roi^ 
d'une  galerie  conduisant  à  là  mine,  plusieurs 

'  grands  troncs  de  sigillaires  qui  s'élcTai^ri 
d  un  toit,  d'un  lit  de  houille  épais  d'envirt'fl 


1283 


SIG 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SÎG 


!3&S 


sii  pieds.  Ces  troncs  étaient  inclinés  dans 
tous  les  sens,  quelques-uns  étaient  h  pou 

f>rès  Terticaux..  L'intérieur  de  ceux  dont 
Inclinaison  dépassait  45  degrés,  était  rempli 
d'un  mélange  endurci  de  sable  cl  d'ar^'ilo; 
l'extrémité  inférieure  de  quelques-uns  posait 
sur  la  surface  supérieure  du  lit  de  houille: 
on  n'y  apercevait  aucune  trace  de  racines, 
et  il  ne  paratt  pas  qu'aucun  d'eux  eût  pu 
croître  dans  la  position  où  il  se  trouve  à 
Tépoque  actuelle. 

M.  Alexandre  Brongniart  a  figuré  une 
coupe  prise  à  Saint-Etienne,  où  se  voient 
plusieurs  tiges  semblables  dans  une  position 
dressée  au  sein  d'un  grès  de  la  formation 
carbonifère,  et  il  a  conclu  de  ce  fait  que  ces 
tiges  avaient  vécu  sur  le  (loint  même  où  on 
les  trouve  maintenant.  M.  Constant  Prévost 
objecte  avec  raison  à  cette  conclusion  que 
si  ces  diverses  tiges  avaient  vécu  sur  ce 
point  même  9  elles  auraient  leurs  racines 
[ians  la  même  couche,  et  n'auraient  pas  leur 
hase  dnns  des  couches  de  nature  dinércnte. 
«  Quand  j'ai  visité  ces  mêmes  carrières,  en 
f826,  dit  M.  Buckland,  j'y  ai  vu  d'autres 
troncs  inclinés  dans  des  difcrlions  diverses, 
et  plus  nombreux  que  ceux  d'entre  eux  qui 
étaient  dressés,  j» 

Il  n'existe  que  la  carrière  de  Balgray,  à 
3  milles  au  nord  de  Glasgow,  où  l'on  ren- 
contre des  troncs  dressés,  de  grands  arbres 
fixés  |>ar  leurs  racines,  dans  le  grès  de  la 
formation  houillère,  où  il  paraît  fjue  ces 
irbfcs  vécurent  fort  rapprochés,  h  Tépo  |ue 
>Li  ce  terrain  était  encore  dans  un  état  de 
nollesse. 

Pour  la  plupart  de  ces  troncs,  la  position 
erlicale  est  uniquement  due  au  hasard  de 
ueluue  cause  accidentelle.  On  les  voit  à 
ius  les  degrés  d'inclinaison  dans  l'ensemble 
es  couches  rie  la  série  carbonifère;  mais  le 
Jus  souvent  ils  sont  couchés,  et  parallèles 
n  lignes  dé  stralification;  et,  dans  cette  si* 
jation,  on  les  trouve  ordinairement  com- 
ri  mes.  LorSiju'ils  sont  droits  ou  peu  inclinés, 
s  conservent  leur  forme  naturelle  ;  et  leur 
itérieur  est  rempli  de  sable  ou  d  argile 
luvcnt  différents  des  matériaux  constitutifs 
e  la  couche  où  est  fixée  leur  partie  infé- 
iciirc .  et  mélangée  avec  de  petits  fragments 
a  diverses  autres  plantes.  Or,  comme  ces 
u'ilériaux  étrangers  ont  entièrement  rempli 
inlérieur  des  troncs,  nous  en  pouvons 
>nnlure  que  ces  derniers  formaient  un 
rlindre  creux  dans  toute  leur  lon^^ucur, 
ins$  aucune  cloison  transversale,  à  celte 
[>oque  du  moins  où  le  sable,  la  vase  et  des 
a^uicnts  d'autres  plantes  trouvèrent  accès 
ïns  leur  intérieur.  L'écorce,  qui  avait  per- 
slé,  après  s'être  convertie  en  bouille,  en- 
lurait  probablement  un  axe  formé  d'une 
it)stance  pulpeuse  molle  et  périssable, 
>ruine  la  pulpe  charnue  qui  remplit  les  tiges 

(887)  M.  Ad.  Broncniârt  a  trouvé  dans  une  mine 
^  tiofulle  deWesiphalîe,  près  d*£ssen,  la  lige  confi- 
rmée <rune  «igillaîre  couchée,  qui  avait  quAranie 
^ds  de  lo!!gnour.  Son  diamètre  était  d*cnviron 
uze  pouces  à  «a  pa*'tîe  infcricurc,  et  de  six  à  sa 


des  cactus  actuels;  et  ce  fut  probablement 
cet  axe  mou  intérieur  qui ,  en  se  décora* 
posant,  alors  que  les  tiges  flottaient  dans  les 
eaux,  laissa  après  lui  cette  cavité  où  se  sont 
introduits  le  sable  et  l'argile. 

Le  diamètre  ordinaire  de  ces  troncs  varie 
depuis  un  demi-pied  jusqu'à  3  pieds.  Arrivés 
à  leu r  accroissement  |)arfait,  plusieurs  d'entre 
eux  ont  dû  avoir  de  hauteur  50  à  60  pieds 
au  moins  (887). 

Le  comte  Sternberg  a  désigné  plusieurs 
espèces  de  sigillaires  sous  le  nom  de  êyrin- 
godendron^  h  cause  des  cannelures  en  loriuo 
de  tuyaux  parallèles  qui  les  parcourent  dans 
toute  leur  longueur;  leurs  figes  sont  dé- 
pourvues d'articulations,  et  plusieurs  attci- 
gnent  la  taille  des  arbres  de  nos  forêts.  A  la 
surface  de  ces  cannelures  se  voient  des  im- 

(dressions  ponctiformes  ou  linéaires,  do 
brmes  dilTérentes»  indiquant  les  points 
d'insertion  des  feuilles  sur  la  tige.  Ceilo 
partie  cannelée  dessigillaires,  qui  constituait 
une  enveloppe  externe  susceptible  de  so 
séparer,  à  la  manière  d'une  écorce  vérilabbs 
de  l'axe  mou  ou  du  tronc  pulpeux  qui  eu 
remplissait  la  cavité  interne,  varie  en  épais- 
seur depuis  un  pouce  jusqu'à  un  huitième 
de  pouce,  -et  se  rencontre  ordinairement 
convertie  en  une  houille  pure. 
Un  tronc  composé  d'une  pulpe  chantuc, 

2u'entourait  et  soutenait  seulement  une 
corce  mince,  n'eût  pu  porter  à  son  sommet 
des  rameaux  lourds  et  épais.  Il  est  probable, 
par  (conséquent,  qu'il  se  terminait  bruscfuc* 
ment  à  sa  partie  supérieure  comme  se  ter- 
minent maintenantplusieurs  des  plus  graiides 
espèces  de  cactus;  et  celte  liypollicsc  tire 
une  force  nouvelle  de  la  grande  quantité  de 
petites  feuilles  qui  entouraient  le  tronc  dans^ 
toute  son  étendue. 

Les  impressions  ou  cicatrices  qu*ont  lais- 
sées les  articulations  des  feuilles  sur  les 
cannelures  longitudinales  des  troncs  de  si- 
gillaires,  sont  disposées,  par  rangées  ver- 
ticales sur  le  milieu  do  chaque  cannelure  > 
dans  toute  îa  longueur  du  tronc.  Chacune 
de  ces  cicatrices  inuiquc  la  place  qu'occupait 
une  feuille,  et  Ion  y  voit  ordinairement 
deux  ouvertures  par  où  les  faisceaux  vascu- 
laires  traversaient  l'écorce  pour  mettre  les 
feuilles  en  communication  avec  l'axe  de  la 
plante.  L'on  na  pas  encore  rencontré,  jus- 
qu'ici, de  feuilles  (|ui  soient  demeurées  fixées 
au  tronc,  de  telle  sorte  que,  pour  ce  qui 
concerne  la  nature  de  ces  organes ,  nous  en 
sommes  entièrement  réduits  à  des  conjec- 
tures. L'absence  complète  de  ces  appendices 
sur  tant  de  milliers  de  troncs  qui  ont  été 
soumis  à  l'observation,  nous  porte  à  penser 

3ue  toutes  les  feuilles  quittèrent  leur  point 
'articulation,  et  que  la  plupart  se  décom- 
posèrent probablement,  de  même  que  la 
itulpe  charnue  de  l'intérieur  des  ligeSt  pen- 

aiipférienre,  où  elle  se  divisait  en  émi  hraneèes, 
dont  ebaejine  avait  quatre  pouces  de  diamètre.  La 
partie  inférieure  était  brisée.  (I«i!fDLCT  et  UuttoNi, 
FhrefùuiU^  tome  1*%  p.  {53.} 


iîS7 


ftlC 


DICTIOÎS'NATRE  DE  COSMOGDNIE 


SÎL 


m 


rtcinl  que  ces  planles  furent  charriées  du 
poînt  où  elles  s'émient  développées  jusqu'à 
celui  où  elles  ont  été  définitivement  submer- 
Kées'.       V  ■ 

M.  Ad.  Brongniart  fait  connaître  quarante- 
deux  espèces  de  sigillaires,  et  il  les  regarde 
comme  des  plantes  très-voisines  des  fougères 
arl)orescentes ,  mais  avec  de^  feuilles  très- 
petites,  propoHiohnellement  aux  dimensions 
de  leurs  tiges  et  disposées  autrement-  que 
dans  les  fougères  actuelles..  Il  croit -pouvoir 
rapporter  à  ces  tiges  plusieurs  feuilles  de 
fougères  appartenant  à  des  espèces  incon- 
nues et  ressemblant  à  des  feuilles  de  cer-^ 
taines  fougères  arborescentes  actuelles. 
MM4  Lindiey  et  H^tton  ont.  donné  ile,  fortes 
raisons  en  faveur  de  l'opinion  que  les  sigil- 
laires  étaientdes  végétaux  dicotylédones  tout 
'  h  fait  distinctes  des  fougères,  et  s'éîoîgnant 
«  éj^alementde  toutes  les  plantes  oui  fontpartie 
dïi  système  de  création  aôtuel  (888). 

Dans  ce  môme  groupe  où  MM.  Undlqy 
et  Hutton  placent  le  genre  sigillaire,  se 
trouvent  encore  compris  quatre  autres  gon- 
.  res  éteints,  dontchacuo  présente  de  môme 
iÏQS  ciratrices  disposées  en  lignés  vertitales  et 
indiquant  le  point  d'insertion  des  feuilles 
ou  des  cônes  sur  le  tronc.  Ces  quatre  genres 
ont  été  désignés  sous'les  nocns^de  favwaire« 
de  mé^aphyton,  de  bothrodt^ndron  et  d'ulo-. 
dendron  (889). 

Dans  la  flore  actuelle,  il  p^existe  qu'un 
très-petit  nombre  de  plantes  charnues  qui 
offrent  des  feuilles  ainsi  i^angées  les  unfs 
au-dessus  des  autres  surdes.lignes.  paral- 
lèles, mais  près  delà  moitié  des  quatre* 

\  (888)  f  On  ne  peut  révoquer  en  doute,  disent  ces 
'  aateDrâ'(Fos^f7  /iQra,'t.  P%  p.  455),  que  les  sigil- 
'  lairesV  V^^  \ft\m  caractères  extérieurs;* se-  rappi^o- 
chent  plus  des  euphnhiacéeft  el  des  c»Aées  que 
d'aucune  autre  plaote  maiRtenant  connue.  Ces  carac- 
tères cousisicnir  surtout  dan^. leur  texture  molle, 
dans  ics  cannelures  profondes  de  leur  tige,  et,  ce  qui 
est  un  caractère  plus  important,  dans  les  cicatrices 
qui  K>ont  disposées  par  séries  linéaires  entre  les  can- 
nelures. Oii  sait  que  chacune  de  ces  deux  tribus, 
et  la  dernière  surtout,'acquièrent,'mérae'à  Tépoque 
actuelle,  une  grande  (aille.  En  un  mot,  il  est  exti*é' 
moment  probable ,  il  est  même  à  peu  près  certain 
que  les  sigillaires  étaient  des  plantes  dicotylédones, 
puisque  ce  sont  les  seules  que  Ton  connaisse  jusqu'à 
.  présent  qi|i  possèdent  une  véritable  éco^ce  susrq)« 
tible  d'être  séparée.  Néanmoins ,  dans  rignoraHce 
conâplèle  où  nous  sommes  des  feuilles  et  des'fleUrs 
de  ces  plantes  anciennes,  nous  croyons  plus  âiYr  de 
tenir  ce  genre 'à  réc^rt*  avec  d'autl-es-espéces  déni 
les  affinités  sont  jusqu*idi  demeurées  douteuses.  * 

(889)  Les  genres  dont  se  compose  ee  groupe 
sont  décrits  4ian8  le  tome .  H  de  la  ïïlsre  foisiie. 

i?  fîcnre  ligilfaîre.  — .  Tige  cannelée,  cicatrices 
produites  par  la  chuté  des  feuilles,  petites,  arrondies, 
Lcaocoup.  plus  étroites  que  les  côles  de  la  tige. 

2"  Genre  fdnilaire.* r-  Tige  catinéléè,  cicatrices 
nrov^hant  ae  feuilles,  petites,  carrées,  de  la  même 
laitgcur  que  les  côtes. -*      - 

5®  (>enre  megaphyton.  —  Tige  non  cannelée,  ei 
reconv^rie  de  itoncloàtions.  CtcatWce^  des  feuillts, 
en  forme  de  ûer  a  cheval,*  très-grandes .  et  beaucoup 
phis  étroilps  que  les  côtes. 

4*  Genre  bothroiendrom. — .Tige  pon  cannelle, 
couverte  de  potnu.  Cicatrices  provenant  de  la  cbule 


vingts  espèces  connues  de  plantes  orioro- 
ceniu  de  la  flore  fossile  du  groupe  carboni- 
fère ont  leurs  feuilles  disposées  aiosi  par 
séries  parallèles. 

Les  autres  espèces  sont  des  lépidodendront, 
ou  des  conifères  maintenant  détruites  (890). 

SILEX,  Voy.  Vlnlroduciion,  T- RQgnm 
de  sHeTy  leur  formation»  —  yoy.  ibid.— 

SILICE,  son  rôle  dans  la  constitution  dv 
globe  terrestre. —  Voy.  Mati&res  élémentai 

RES  DD  GLOBE  TERRESTRE. 

SILURIEN.  -^  Nom  du  premier  élage  des 
terrains  pjsiléozoïques.  M.  Murchison  a  fait 
dériver  ce  nom  de  celui  d'une  aucienDe 

Î>euplade  du  paysde Galles  (les  Silures],  qui, 
ors  de  ^l'invasion  des  Romains  dans  la 
Grande-Bretagne,  se  défendit  avec  beaucoup 
de  vaillance.  (Test  le  terrain  de  transiikn 

•  inférieur  et  moyen  (cambrien)  de  MM.  Elifi 
de  Beaumont  et  Dufrénoy. 

L'éta^  silurien  forme  denx  diTisions: 
1*  silurien  inférieur,  et  2"  silurien  supé- 
rieur. 

Silurien  inférieur.  —  IJ  se  montre  en 
France,  principalement  sur  le  grand  massif 

.de  la  Brettt/ne.  fians  la  carte  géologique  de 
Franco,  oh'  en  voit  des  lambeaux  à  Hosnaj* 
à  Sainl-uilles  (Vendée),  et  une  vaste  surfaa' 

.comprime  entre  Brissac,  Angers  (Maine-el- 
Loirei,  Châtcaubriant  (Loire-Inférieure),  la 
Gacilly,  Malestroit ,    Moréac  .  (Morbitiaii), 

.  Château-Gontier  (Mayenne) ,  Rennes,  iiau' 
ron.  Bains  (llie-et-Vilaine),  et  s'étemîanl  en- 
suite dans   le  département  des  CAles-du- 

.  Nord ,  ^  Uzel ,  à,  Carhaix,  et  dans  une  partie 
du  Finistère.  On  le  trouve  encore  à  Sainl- 

des  cdnes,  ovales,  et  dirigées  obliquement. 
h"  Oenrc  utodéndron,  —  Tige  noo  camielée,  omh 
'.  verte  dVmp  vîntes  rliomboîdales  ;  cicaiiîces  la.s.^s 

par  les  ci)iics  circul-<ires«  •  . 
Dans  les  trois  premi<TS  de  ces  genres,  les  cxai^" 

ces  paraissent  devoir  leur  oriente  à  des  feuilles; 
[  dans  lés  dcu?i  deruiers,  elles  indiquent  rjuseriieu  île 
'  grands  cônes.  '    '    . 

Dans  le  genre  famlaire,  le  tronc  était  entièreiiK^i 

recouvert  u*une  masse  deuse  d*un  feuillage  iiubri' 

«lue;  ie(  traces  delà  base  des  feuilles  sont  de  M»: 
'  à  peu  prés  carrée,   et  les  séries  de  cicatrices  ^od 

seiwirées  entre  elles  par  des  sillons,  tandis  que,<)ato 
.  les  sigillaires,  les  feuilles  étaient  beaucoup  plus  es- 

pacées  et  séparées  par  .des  i intervalles  qui  variaieni 
.  suivant  les  différentes  espèces.  (Flore  (outUf 
'  pi.  Lxxni,  Lxxiv  et  lxxv.) 

La  tige  des  megaphyton  n*est  pas  cannelée;  les  mo- 
trices des  feuilles  soiif  très-grandes  et  ressemble»! 
pour  la  forme  à  des  ftîrs  à  clieval  ;  surcescicairiceit 
se  trouvent  des  impressions  plus  petites,  <l*une  tvm 
seniLlâible,  quipâraiëseiit  indiquer  la  dlspo»t»oD<^ 
système  ligneux  4laiis  le  pétiole  de  la  feuiUe.  (f^ 
fossile,  pi.  c&vi,  et  :c^viu)  : 

Enfin,  les  genres  boiurodenàron  (Flore  (osûfff 
pi.  Lxu  et  Lxxxi),  et  ulodemiron ,  {Flore  jo^^ 
pL  V  et  vi),  ont  leur  lifgd  caracléi'isée  par  dcscavik*? 
profondes,  de  foime  ovale.ou  circulaire,  qui  p^'^ 
sent  avoir  ou  p<:ur  destination  de  recevoir  la  lûseiK 
grands  cônes.  Ces  'enfoncements  coiislituont  d<^J 
rangées  verticales  sur  les .  deux  faces  qppOi»êes  w 
tronc;  il  y  a  des  espèces  où  ils  oïd  Jusquâprés» 
cinq  pouces  en  diamètre.  * 

(890)  Voy.  LijiDiXTet  Hwtou^  Flore  fossUs^i^ 
p..  95. 


i:sa 


SiL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SIL 


liM 


Victear,  près  de  Frissnajr  (Sarthe),  dans  la 
Manche,  a  Siouville.  Une  bande,  peu  déter- 
minée comme  âge,  paraît  occuper  une  lisne 
presaue  parallèle  dans  les  Basses-Pyrénées, 
les  Hautes-Pyrénées,  TAriége  et  les  Pyré- 
nées-Orientales. Un  autre  lambeau  se  mon- 
tre dans  le  département  du  Rhône,  près 
ie  Tarare,  à  reitrémité  nord  du  massif 
central. 

En  Angleterre,  Tétage  silurien  inférieur 
rétend  sur  une  large  surface  en  arc,  qui 
)ccupe  la  partie  ouest  du  pays  de  Galles,  il 
)art  de  Saint-Davids,  comprend  une  portion 
les  provinces  de  Pemhroke,  deCaermarthen, 
le  Cardigan,  de  Brecknock,  de  Radnor,  do 
ifontçommery,  de  Merioneth,  de  Caernar- 
'on,  jusqu'à  la  mer  et  à  l'Ile  d'Anglesey.  Il 
éprend  ensuite  au  nord  et  couvre  le  centre 
lu  Cumberland  et  du  Westmoreland.  En 
!lspagne,  l'étage  est  bien  développé  dans  la 
Merra-Morena,  dans  les  Asturies;  en  Por- 
ugal,  àVallongo.  Les  importantes  recher- 
lies  de  M.  Barande  en  démontrent  Texis- 
ence  sur  une  vaste  surface  des  environs  de 
'rague  et  de  Beraun,  en  Bohème;  MM.  Mur- 
hison,  de  Verneuil  et  de  Keyserling  ont 
rouvé  qu*il  occupe  Tlle  d'OEIand,  dans  la 
(altique;  forme,  en  Esthonie,  une  bande  à 
^eu  près  parallèle  à  la  côte  méridionale  du 
;olfe  de  Finlande,  passe  sous  les  villes  de 
level,  deNarva,  de  Saint-Pétersbourg;  et, 
>e  dirigeant  de  Touest-sud  -  ouest  à  rest- 
lord-est,  va  se  perdre  sous  de  vastes  dépôts 
le  détritus,  entre  les  lacs  Ladoga  et  Onega. 
Jne  autre  bande  suit  le  versant  occidental 
le  la  chaîne  de  l'Oural ,  sur  presque  toute 
on  étendue.  M.  Frappolli  l'a  signalée  dans  le 
lartz  à  Elbingerode. 

L'Amérique  septentrionale  en  offre,  d'a- 
près les  travaux  consciencieux  des  géologues 
le  ces  pays,  une  suriace  aussi  grande  que 
*Europe;  en  effet,  l'étage  silurien  s'étend 
lu  nord  au  sud  du  Canada  jusqu'à  la  pro- 
vince d'AIabama,  et,  de  l'est  à  1  ouest,  de« 
mis  le  Maryland  et  New-York,  jusqu'aux 
Vairies.  Dans ^F Amérique  méridionale,  il 
Kxune  une  étendue  non  moins  considérable. 
)n  Fa  retrouvé  sur  tout  le  versant  oriental 
it  sur  les  plateaux  des  Andes  boliviennes, 
lepuis  la  province  de  Mûnecas,  au  nord  de 
a  Paz ,  jusqu'auprès  de  Santa-Cruz  de  la 
9  Sierra,  d'un  côté,  Potosi  et  Chuquisaca  de 
'autre,  ou  sur  plus  de  200  lieues.  D'autres 
astes  lambeaux  se  voient  au  sud  de  la 
rovince  de  Chiquitos,  près  de  la  frontière 
u  Brésil.  Le  Brésil  lui-même  en  offre  aussi 
e  très-pandes  surfaces  dans  la  province  de 
[inas-Géraès.  M.  le  capitaine  James  Alexan- 
er  l'a  signalé  au  nord  de  la  colonie  du  cap 
e  Bonne-Espérance. 

Sur  beaucoup  de  points  oii  l'on  a  pu  re- 
3  D  naître  la  superposition  immédiate  de 
étage  silurien,  on  l'a  rencontré  reposant 
tir  les  roches  stratifiées  azoïques  ou  sur  les 
;>cbes  g^ranitiques.  On  peut  voir  cette  su- 
erposition  en  France,  dans  le  département 
e  fa  Vendée,  à  Rosnav,  à  la  Motte-Acbard» 
rës  de  -Saint-GiHes  ;  dans  les  départements 
e  Maîne-et-Loire,  de  la  Mayenne,  du  Mor- 


bihan ,  du  Finistère ,  des  Côles-du-Nord .  de 
la  Manche,  du  Calvados,  de  l'Orne  et  de  la 
Sarthe.  Les  travaux  de  M.  Barande  sur  la 
Bohème  montrent,  de  plus,  une  stratifica- 
tion presque  concordante  entre  les  roches 
azoïques  et  les  roches  siluriennes.  La  belle 
carte  géologique  de  la  Russie  nous  donne 
la  preuve  que  la  superposition  est  la  même 
au  en  France,  presque  partout  où  se  trouve 
1  étage  silurien,  en  Suède,  en  Russie  et  dan$ 
rOural.  Le  même  fait  exi^rte  à  Touest  de  la 
province  de  Chimiitos,  où  l'étage  silurien 
repose  sur  les  rocnes  azoïques.  L'Amérique 
septentrionale,  dans  la  carte  de  M.  Lyell,  lô 
montre  éffaleraent  depuis  l'Etat  d*AiabAma 
jusqu'au  Canada,  au  nord  et  à  l'est  de  l'étage 
silurien.  On  doit  conclure  de  cette  superpo* 
sition  générale  que  l'étage  silurien  a  suc- 
cédé régulièrement  aux  couches  azoïques 
qu'il  recouvre. 

Sur  les  points  où  Tétage  silurien,  au  lieu 
d'être  sur  les  roches  stratifiées  azoïques,  so 
trouve  immédiatement  sur  les  roches  pluto- 
niques  granitiques,  comme  dans  la  cliatno 
des  Andes  (Cordillères  orientales)  dans  rOu- 
ral ,  et  dans  plusieurs  localités  de  France» 
on  peut  voir,  au  contraire,  une  discordance 
tranchée  ;  car  on  a  lieu  de  penser  que  les 
roches  azoïques  manquent  sur  ces  |)oints, 
ce  qui  annoncerait  un  mouvement  géologi- 

S  lie  entre  les  deux  âees,  et  dès  lors  un 
lancement  d'époque,  tlne  discordance  de 
stratification  existe  positivement,  sur  beau- 
coup de  points,  entre  les  roches  azoïques  et 
les  roches  siluriennes  :  ce  qui  prouve  que  ce 
sont  bien  deux  époques  distinctes. 

Pour  séparer  r étage  silurien  supérieur, 
nous  avons  l'isolement  de  l'étage  silurien 
inférieur  en  Norwége,  sans  l'étage  supérieur 
qui  le  recouvre  ailleurs  ;  ce  qui  Terait  croire 
qu'une  perturbation  géolosique  existe  entre 
les  deux,  pour  limiter  les  deux  séries. 

Comme  l'étage  silurien,  depuis  qu'il  s'est 
déposé  tranquillement  dans  les  mers ,  a  eu 
non-seulement  à  souffrir  les  dislocations  qui 
ont  mis  un  terme  à  sa  durée,  mais  encore 

Îu'il  a  dû  être  dérangé  autant  de  fois  que  les 
islocatio.ns  postérieures  atteignaient  sa  sur- 
fice,  il  doit  être  le  plus  tourmenté;  c'est,  en 
effet,  ce  qu*on  remarouc  quand  on  étudie  ce 
premier  âge  du  monde,  qui  ne  montra  plus 
que  des  lambeaux  échappés  à  toutes  les  ré^ 
volutions  qu'a  subies  notre  fflol)e,  ou  à  Ten- 
vahissement  des  sédiments  des  autres  pério- 
des géologioues  qui  devaient  les  cachera 
nos  yeux.  L  étage  silurien  est,  sans  contre- 
dit, le  plus  disloqué  de  tous  ;  ses  couches , 
d'horizontales  ou  de  presque  horizontales 
qu^eJles  ont  dû  être  au  moment  de  leur  dé- 
pôt, sont  plus  ou  moins  relevées ,  contour* 
nées,  plissées,  et  même  souvent  verticales, 
comme  k  Angers.  Le  sens  où  ont  été  d4|io- 
sésles  trilobiteSy  parallèlement  aux  lames 
schisteuses,  font  arriver  à  cette  eondusion, 
lorsqu'on  étudie  avec  soin  les  vastes  exploi- 
tations d'ardoises  des  environs  de  cette  ville. 
M«  d'Orbigny  a  rencontré  l'étage  silurien 
avec  ses  fossiles,  à  la  hauteur  absolue  do 
ft,000  mètres  au-dessus  de  la  mer,  danr  la 


JDicnoNif.  DK  CosvoGOiin  n  db-  PALÉorn'OLOGiB. 


Il 


1SM 


SIL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


IL 


{m 


Chaîne  des  Indes  Orientales,  entre  Cocha- 
Bamba  et  le  pjays  des  Yuracarès,  oui  est 
peut-être  le  point  le  plus  élevé  où  Ton  ait 
cité  des  fossiles  marins.  II  est  évident  que 
des  dislocations  du  sol  ont  pu  seules  placer 
ces  restes  organisés  aune  telle  élévation; 
aussi  les  couches  sont-elles,  sur  ce  point , 
très-tourmentées. 

Les  lieux  où  Tétat^e  silurien  a  le  moins 
souffert,  sont  ceux  où  il  montre  de  srandes 
surfaces,  comme  dans  le  pays  de  Galles,  en 
Angleterre,  et  aux  Etats-Unis.  On  serait  tenté 
de  croire  que,  dans  Quelques  parties  de  ces 
surfaces,  surtout  aux  Etats-Unis  ou  en  Suède, 
où  les  strates  sont  presque  horizontales,  ces 
premiers  dépôts  du  monde  sont  encore,  poui^ 
ainsi  dire,  tels  qu*ils  se  sont  déposés  dans 
les  océans  de  cette  époque  ;  fait  très'-impor- 
taat  à  signaler. 

Pour  nous  assurer  si  la  composition  miné- 
ralogique  est  uniforme,  comparons  la  nature 
des  ditiérentes  couches  qui  composent  Vê- 
lage silurien  d'Angleterre  et  des  Etats-Unis, 
où  cet  étage  est  le  plus  développé ,  en  les 
plaçant  dans  leur  ordre  de  superposition»  les 
plus  inférieurs  dans  les  premiers  déposés  : 

A!fCLETERBE. 

Calcaire  de  Woolbope. 
Grès  de  Slielly.  Grès  de  Caradoc. 
Calcaire  d'HordeHey. 
Schistes  calcarifères. 
flalcaire  de  Lan<(eilo. 
Schistes  et  ptamniites, 

éTÀTS-CNIS. 

.  Schistes  araileiix  dn  groupe  dlluJson-River. 
Schistes  d'Utîca. 
Calcaire  de  Trenton. 
Calcaire  de  Black-Biver. 
Calcaire  siliceux. 
Grès  de  Polsdam 

La  comparaison  de  ces  différentes  natures 
de  poches  superposées,  qui  constituent  Té- 
tage  silurien  inférieur  d'Angleterre  et  des 
Etats-Unis,  montre  ç[u*À  cette  époque  comme 
à  présent,  des  sédiments  bien  distincts  se 
succédaieat  sur  le  même  point;  ainsi,  eu 
Angleterre,  sur  des  dépAts  de  sable  se  sont 
déposés  des  sédiments  fins  à  base  calcaire, 
des  sédiments  fins  siliceux,  des  sédiments 
fins  calcaires^  puis  des  sables,  et  ensuite  des 
sédiments  fins  calcaires,  qui  par  leur  conso- 
lidation, ont  formé  des  schistes,  des  psam- 
mites,  des  calcaires,  des  grès ,  et  enfin  des 
calcaires^  Cet  exemple,  de  même  que  celui 
des  divers,  groupes  qui  composent  Tétage 
silurien  de  rAmérique  septentrionale,  où  il 
se  trouve,  dans  le  Viscousm,  à  l'état  de  grès 
friable  como^e  dans  les  terrains  tertiaires  les 
plus  modernes,  et  la  composition  si  variée 
ue  cet  étage  en  France,  où  il  passe,  suivant 
les  lieux,  des  schistes  ardoisiers  d*Angers 
itax  grès,  prouve  que  le  caractère  minéralo- 
gique  seul  ne  peut,  en  aucune  manière,  ser- 
vir à  faire  reconnaître  Tâge  de  l'étage  silu- 
rien. 

Lorsque  Tétage  silurien  est  bien  complet, 
oo  voit  souvent  des  dépôts  considérables, 


sans  aucune  trace  de  fossiles,  et  crai,  au  com- 
mencement de  cette  époque,  ont  aft  précéder 
l'animalisation.  M.  Hall  a  signalé  ces  dépôts 
sur  une  vaste  surface  de  TEtat  de  New-York. 
M.  d'Orbign  V  les  avait  cités  quelques  années 
avant  dans  l'Amérique  méridifjnale,  et  ils 
ont  éiè  tout  récemment  reconnus  aux  enri- 
roDs  dd  Prague  (Bohême),  par  H.  Ba- 
rande.  On  a  même  observé  que,  dans  l'Amé- 
rique septentrionale  et  en  Bohême,  ces  cou- 
ches renferment  auelouefois  deis  lits  puis- 
sants de  galets  routés. 

H.  d'Orbigny  a  trouvé,  pour  l'être  silu^ 
rien  de  Bolivia,  4  àSOOmëtres  de  puissance. 
En  additionnant  les  différentes  couches  ob- 
servées par  M.  Marchison,  on  arrive  à  trou- 
ver, à  l'étage  silurien  inférieur,  dus  de 
1,159  mètres  de  puissance  en  Angleterre: 

Elus  de  1|800  mètres  en  JPensylvaoie  (EUts- 
nis) ,  et,  suivant  M.  Barande,  plus  de  4|000 
mètres  en  Bohème  ;  ce  qui  annonce  une 
grande  durée  de  la  période  silurienae 

Une  première  conclusion  très*imi)onanté 
qu'on  peut  déduire  des  sédiments,  cest  qne 
les  dépôts  de  cette  époqtie  se  sont  opérés 
pendant  un  temps  considérable  a?ant  I  eiis^ 
tence  de  l'animalisation,  temps  durant  leoufi 
néanmoins  la  présence  des  galets,  en  Bo* 
hèmo  et  aux  Etats-Unis,  annonce  (jue  les  sé- 
diments étaient  soumis  au  charriage  et  aui 
causes  naturelles  qui  agissent  naaintenant 
sous  l'influence  du  mouvement  des  eaux.  Il 
faut  donc  croire  que  ces  eaux  étaient  alors, 
par  suite  de  la  chaleur  de  la  terre,  beaucoup 
trop  chaudes  pour  que  l'animalisation  pâ( 
s'y  développer.  Ce  ne  serait,  dès  lors,  que 
lorsque  les  conditions  propires  à  la  yie  se  se* 
raient  manifestées,  que  la  première  création 
des  êtres  serait  venue  la  peupler.  La  pré* 
sence  ou  l'absence  des  corps  flottants,  soit 
animaux  vertébrés,  soit  coquilles,  nous  font 
encore  arriver  à  reconnaître  des  dépôts  lit- 
toraux faits  au  niveau  des  marées  et  les  points 
sous-marins  de  cette  époque. 

On  ne  connaît  pas  encore  de  parties  litto- 
rales de  l'étaze  silurien  en  France; malien 
Angieterfe,  le  nombre  assez  grand  dee^ 

3uilles  flottantes  appartenant  aux  céphalopo- 
es,  prouverait  qu  à  Cor  ton,  à  Presteigo,  aui 
environs  de  SlandoVery,  de  LandêiJo(Waies) 
de  Caradoc,  d'Horderley  (Shropshire),  I» 
couches  dépendent  certainement  de  points 
littoraux  de  l'ancienne  mer  silurienne  dépo- 
sés au  niveau  supérieur  des  marées. lien 
était  probablement  de  même  de  l'île  d'OE- 
land  en  Suède,  de  Revel,  de  l'île  d*OdiQ- 
holm,  de  Waivara,  de  Pulkowa,  près  de 
Saint-Pétersbourg,  en  Russie  ;  des  défais  if 
Black-River,  de  Trenton,  de  Chazv,  protioce 
de  New-York  aux  Etats-Unis,  de  llle  MinjM 
(Canada).  Il  est  à  remarquer  que  ces  point-' 
se  trouvent  généralement  au  pourtour  Jf^ 
bassins,  ou  près  des  roches  plus  anfienn^^ 
qui,  déjà  disloquées  par  des 'mouTcnienb 
géologiques,  formaient  des  points  én)erg»;j 
bornant  les  dépôts  marins  siluriens.  On  î'>  ' 
que,  procédant  du  connu  à  Tinconnu,  enip' 
[Cliquant  les  causes  actuelles,  nou5pouv'»c> 


I2&5 


SIL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE, 


SIL 


I2M 


oiicore  retrouver  Quelques  lamDeaui  des  cô- 
tes qui  bordaieilt  rocéan  silurien. 

Nous  regardons  comme  s*étant  déposées 

dans  les  parties  plus  profondes  des  mers, 

ces  surfaces  immenses  de  Tétage  silurien  où 

Ton  trouve  à  peine  quelques  traces  rares  de 

fossiles,  comme  ceux  de  t)eaucoup  de  parties 

de  la  France  et  de  la  république  de  Bulivia. 

Bu  reste,  le  très-^rand  nombre  dominant  de 

mollusques  brachiopodcs  bryozoaires  et  d'é- 

rhinodermes  crinoïdes»  qu'on  sait  ne  vivre, 

dans  les  conditions  d'existence  actuelle,  que 

dans  les  mers  profondes  ou  très-tranquilles, 

doit  fiiire  croire  que  ces  mêmes  conditions  se 

trouvaient  parfaitement   bien  développées 

dans  certaines  couches  de  Russie,  autour  de 

Saint-Pétersbourg,  à  Christiana,  et,  dans  les 

Stats-Unis,  à  Trenton,  à  Black-River,  etc. 

D*un  autre  côté,  le  grand  nombre  de  peti- 
tes lames  que  forment  les  schistes  ardoisiers 
d'Angers,  des  Pyrénées  et  de  beaucoup  d'au- 
tres lieux,  annoncent  qu^ils  étaient  soumis  à 
une  action  souvent  répétée,  action  identique 
aux  perturbations  naturelles  des  dépôts  sé- 
dimentaires  actuels.  .Ces  faits,  et  beaucoup 
d  autres  que  nous  pourrions  citer,  prouvent 
que  les  premières  mers  du  monde  étaient 
soumises  aux  mêmes  lois  de  répartition  des 
sédiments  que  les  mers  actuelles.  Pour  se 
convaincre  de  cette  vérité,  il  suflit,  du  reste, 
de  voir  la  succession  comparative  des  sédi- 
ments de  diverses  natures  oui  se  sont  suc- 
cédé en  Angleterre  et  dans  1  Amérique  sep- 
tentrionale, pendant  cette  période  des  dépôts 
siluriens;  car,  pour  nous,  ces  couches,  dis- 
tinguées en  Angleterre  et  aux  Etals-Unis,  ne 
sont  que  des  conditions  toutes  locales  de 
Tcnsemble  de  Tétage  silurien  inférieur. 

Si  les  caractères  minéralogiques  sont  très- 
▼ariables  suivant  les  lieux,  et  ne  peuvent, 
en  aucune  manière,  être  invoqués  pour  re» 
connattre  Tétage  silurien,  il  n'en  est  [}hs 
ainsi  pour  les  caractères  paléontologiques. 
En  eflet,  qu'on  prenne  les  couches  silurien- 
nes sous  la  zone  torride  en  Bolivie,  qu*on  les 
suive  dans  TAmérique  septentrionale,  de  la 
province  d*AIabama  jusqu'à  Terre-Neuve, 
ou  en  Europe,  depuis  TEspagne  jusqu'à  la 
chaîne  de  I  Oural  et  à  la  mer  Glaciale,  c'est 
partout  le  même  caractère  naléontologique, 
déterminé  par  l'ensemble  ae  la  faune.  Ces 
caractères  paléontologiques  dérivent  des  ca- 
ractères stratigraphiques  généraux  négatifs 
H  positifs  tirés  des  formes  génériques  de 
loutes  les  séries  animales  et  de  tous  les  ré- 
sultats spéciGaues.  Nous  traiterons  séparé- 
nent  de  ces  oeux  ordres  de  faits  qui  méri- 
cnt  la  plus  scrupuleuse  attention. 

£u  réunissant  ici  tous  les  faits,  on  trouve, 
>our  l'étage  silurien  inférieur,  les  caractères 
»£iîyaBts  aensemble  de  faune  qui  se  rencon- 
rent  à  la  fois  sur  toutes  les  parties  du 
nonde. 

Les  recherches  actuelles  de  la  science  don- 
lent  comme  manquant  encore  dans  la  nature, 
I  l'époque  de  1  étase  silurien  «  parmi  les 
inimaox  vertébrés,  les  mammifères,  les  oi- 
oaux,  les  reptiles;  et  parmi  les  poissmu» 
t*s  ordres  des  cténoide^^,  des  pleuroneetol- 


des,  de  cycloïJes  et  des  ganoides;.  parjni  les 
animaux  annelés,  des  insectes,  des  crustacés 
décapodes  et  autres,  excepté  les  trilobite^. 
En  spécialisant  davantage,  on  voit  que,  parmi 
les  mollusques  céphalopodes,  manquent  les 
genres  campulUes ,  et  9  autres  genres; 
parmi  les  mollusques  gastéropodes,  le  genre 
natica  et  16  autres  genres  ;  parmi  les  mol- 
lusques lamellibranches,  le  genre  cardinia 
et  15  autres  genres;  parmi  les  mollusques 
brachiopodcs,  le  genre  Urebmtula  et  10  au- 
tres genres;  parmi  les  mollusques  bryo- 
zoaires, le  genre  fenestrella  et  15  autres 
genres  ;  parmi  les  échinodcrmes ,  le  genro 
protaster  et  4.  autres  genres;  parmi  les  échi- 
nodcrmes crinoïdes ,  le  genre  cyathocrinus 
et  28  autres  genres;  parmi  les  zoophytcs,  le 
genre /ht705i7(?«  et  27  autres  genres;  parmi 
les  foraminifères,  le  genre  fmulina;  parmi 
les  aniorphozoaircs,  le  genre  sparsispongia 

aux  tous  se  rencontrent  dans  les  autres  étages 
es  terrains  paléozoïques ,  mais  manquent 
jusqu'à  présent  dans  l'étage  silurien  infé- 
rieur. Nous  pourrions  donc,  en  les  addition- 
nant, trouver  134  genres  ou  formes  animales 
spéciales,  donnant  autant  de  caractères  né- 
gatifs qu'on  peut  invoquer  pour  séparer 
Pétage  silurien  des  autres  étages  des  terrains 
paléozoïques,  et  oui,  réunis  aux  1,117  genres 
servant  de  caractères  stratigraphiques  néga- 
tifs des  terrains  paléozoïques,  donneront 
1,241  formes  génériques  susceptibles  de 
donner  des  caractères  négatifs  pour  l'étago 
silurien  inférieur. 

Les  genres  existants  dans  cet  élage  sont 
parmi  les  animaui  vertébrés,  quelques  pois- 
sons cestrationidœ;  parmi  les  animaux  an- 
nelés, des  trilobites,  etc.  Eu  résumé  parmi 
les  animaux  mollusques  et  rayonnes  de  cette 
époque,  sur  les  87  genres  qu'on  rencontre 
dans  l'étage  silurien,  16  se  trouvant  dans 
tous  les  étages  géologiques  à  la  fois,  ne  peu- 
vent servir  de  caractères  positifs;  il  reste 
donc  71  genres  qui,  par  leurs  limites,  don- 
nent des  caractères  stratigraphiques  plus  ou 
moins  larges  dans  l'ensemble  des  étages 
géologiques,  et  en  particulier  pour  l'étage 
silurien.  Parmi  ceux-ci,  il  n'y  a  que  les 
genres  suivants  qu'on  puisse  invoquer 
comme  caractères  spéciaux  à  cette  partie  in- 
férieure. 

Parmi  les  crustacés,  les  genres  jparado- 
xidttf  eonocephalus^  ellipsocephatus,  tUctnuSf 
trinucleui^  ogygia^  battus;  parmi  les  cépha- 
lopodes, les  genres  cameroceroê  et  gontoce-' 
ra$:  parmi  les  mollusques  lamellibranches, 
le  (;enre orthonota;  parmi  les  mollus(]nes  bra- 
chiopodcs, les  genres  obolm^  orthisxna  ,  po- 
ramoonileê  et  siphonotreta  ;  parmi  les  mollus- 
ques bryozoaires,  les  genres subr et epora^  enal- 
loporaet  gtellipora.yatmi  les  echinodermes, 
les  genres  ecninoenerinui^  caryocy$titt$j  hé^ 
miseomitei^  cryptocrinui^  cyclocvstitei  et  Ae/e- 
rorrtntif;  parmi  les  zoouhytes,  les  genres /b- 
nistêUa^  eolumnaria^  fonsdalia.  Parmi  [les 
amorpbozoaires  ,  le  genre  paiœoêpongia. 
Ainsi,  pour  prouver  plus  encore  la  spéciali- 
sation des  formes  génériques,  no<is  avons 
28  genres  ou  28^  formes  animales  apparte- 


«;» 


SIL 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


SIL 


m 


nanl  aux  diverses  classes  d^ètres  qui,d*après 
les  connaissances  actuelles,  seraient  nés 
avec  l'étage  silurien  inférieur,  et  se  seraient 
imraédialementéteintsaveccet  étage,  n'ayant 
fhit  que  marquer  leur  passage  éphémère  sur 
notre  globe.  Ces  genres  donneront  donc  des 
caractères  stratigraphiques  positifs  pour  faire 
distinguer  Tétage  silurien  inférieur  des  au-* 
très  étages  paléozoïques. 

En  résumé,  on  conçois  facilement  que 
l'ensemble  des  caractères  négatifs  et  positifs 
que  nous  venons  d'énumérer,  constitue, 
pour  l'étage  silurien  inférieur  ,  une  faune 
tellement  trauchée,  et  si  bien  déterminée 
par  les  formes  génériques  des  animaux, 
qu*avec  de  l'habitude  on  peut  la  retrouver 
sous  toutes  les  formes  minéralogiqucs  et 
dans  tous  les  pays  du  monde,  où  les  genres 
sont  partout  les  mômes  à  la  surface  de  la 
terre. 

Si  l'on  n'avait,  pour  reconnaître  Tétage  si- 
lurien partout  où  il  se  trouve,  que  les  carac« 
tères  généraux  que  nous  venons  de  donner, 
ceux-ci  suffiraient  certainement;  mais  les 
espèces  nous  donnent  d'autres  caractères 
jilus  certains  encore.  On  voit  que  nous 
connaissons  jusqu'à  présent  42G  espèces  fos* 
siles d'animaux  mollusques  et  rayonnes,  qui 
sont  autant  d'eêpices  caractirisliques  de  cet 
étage;  car,  si  les  uns  donnent  les  caractères 
des  dépôts  littoraux,  comme  lescépbalo[)odes. 
Tes  autres  dépendent  soitdes  régions  voisines 
(les  côtes  caractérisées  par  les  mollusques 
gastéropodes  et  lamellibranches,  soit  des  dé- 
pôts faits  dans  les  zones  plus  profondes  con- 
tenant les  mollusques  brachiopodes ,  brio- 
^(oaires,  les  crinoïdes  et  les  zoophy  tes  ;  ainsi 
comme  nous  les  concevons  toutes ,  les  es- 
pèces de  cette  faune  sont  caractéristiaues , 
puisqu'elles  peuvent  dépendre  d'un  laciès 
plus  ou  moins  particulier  de  dépôt  local  ou 
d'une  contrée  spéciale. 
^  Parmi  les  espèces  de  la  faune  caractéris- 
tique de  l'étage  silurien,  il  en  est  qui  peu- 
vent avoir  une  plus  grande  importance ,  en 
ce  qu'elles  sont  simultanément  communes 
aux  contrées  les  plus  éloignées  les  unes  des 
autres.  En  effet,  si  les  caractères  paléontolo- 
giques  généraux ,  tirés  des  genres»  sont  ve- 
nus nous  donner  la  certitude  gue,  sans  avoir 
égard  aux  régions  aujourd'hui  chaudes»  tem- 
pérées et  froides,  les  mêmes  caractères  gé- 
néraux de  composition  d«  faunes  existaient 
partout,  ces  espèces  prouvent,  de  plus ,  leur 
parfaite  c9Qtemporanéité  d'existence  ,  et 
même  leur  filiation,  leur  parenté  évidente. 

En  résumé,  nous  avons,  pour  l'ensemble 
de  la  faune  connue,  22  espèces  qui  vivaient, 
à  cette  époque,  sur  les  points  des  mers  silu- 
riennes occupés  aujourd'hui  par  une  grande 
surface  de  l'Amérique  septentrionale  et  de 
l'Europe. 

Chronoloqie  historique,  —  «  Un  laps  de 
temps  considérable  a  dû  s'écouler  entre  la 
fin  des  terrains  azoïques  et  le  commence- 
ment de  l'animalisation  sur  le  globe.  On 
voit,  en  effet,  sur  les  points  cités,  que  des 
couches  d'une  immense  épaisseur,  soumises 
à  toutes  les  lois  actuelles  desjJépôts  sédimen- 


taires  dans  les  eaux,  se  sont  .ongtemos  suc- 
cédé avec  leurs  galets  et  leurs  différentes 
natures  de  sédiments,  avantque  les  premiers 
êtres  ne  se  montrassent  sur  le  gl(^e.  Sibs 
aucun  doute  ces  premiers  sédiments  sedépo- 
saient  dans  des  eaux  beaucoup  trop  chaudes 
pour  que  l'animalisation  pût  y  exister.  Ce 
n'est  donc  que  lorsque  la  temparature  s'esl 
trouvée  peu  différente  de  ce  qu*elle  est  au- 
jourd'hui sous  la  zone  torride,  aue  les  êtres 
y  ont  été  créés. 

(K  Pendant  la  durée  de  la  période  silurienne, 
les  mers  couvraient,  probablement  sans  in- 
terruption, la  partie  occidentale  de  la  France 
et  de  l'Angleterre,  ou  pour  mieux  dire  en 
Europe,  tout  l'espace  compris  entre  l'Es- 
pagne et  l'Oural.  Elles  couvraient  encoreune 
grande  partie  de  l'Amérigue  méridionale  et 
de  l'Amérique  septentrionale.  Ces  mers, 
dont  nous  avons  encore  retrouvé  quelçiues 
limites  en  Angleterre,  en  Suède,  en  Russie  et 
dans  TÉtat  de  New-York ,  étaient  éTÎdem- 
ment  soumises  aux  mêmes  lois  physiques 
que  nos  mers  actuelles;  elles  moiUraienl» 
comme  les  nôtres,  des  dépôts  littoraux,  des 
dé(>ôts  voisins  du  littoral,  ou  plus  ou  moins 
éloignés  et  profonds.  Les  perturbations  na- 
turelles s'y  faisaient  déjà  sentir  partout 
comme  à  présent.  Ces  iners  nourrissaient, 
en  animaux  vertébrés ,  seulement  quelques 
poissons  placoïdes  appartenant  aux  cestra- 
conides;  en  animaux  articulés  ,  un  erand 
nombre  de  crustacés  trilobites  et  quelques 
annélides.  Les  animaux  mollusques  cépna- 
lopodes  les  plus  parfaits  de  l'ensembley  ont 
montré  leur  maximum  de  développement, 
tandis  que  les  mollusques  brachiopodes  y 
étaient  très-développés  ;  que  les  gastéropo* 
des,  les  lamellibranches  et  les  bryozoaires 
y  étaient  très  -  nombreux.  Les  animaai 
rayonnes  y  montraient  déjà  quelques  échi* 
nodermes  astérides,  beaucoup  de  crinoïdes, 
un  grand  nombre  de  polypiers  ou  zoopbj- 
tes,  et  quelques  amorphozoaires.  On  y  con* 
naft  encore,  parmi  la  végétation,  quelques 
plantes  marines  propres  à  l'État  de  New-York, 
décrites  et  Q^urées  par  M.  Hall,  seuls  restes 
de  la  flore  présumée  très-nombreuse  de  cetto 
crémière  époque  du  monde  animé. 

Butliotrephis  gnicllis. 

—  succulens 

—  subnodosa. 

—  flexuosa. 
Paloeophvcus  rugosus. 

—  simples. 

—  virgatus. 
Splienotliallus  angustifoiîiis. 

—  lalifoUus. 

a  11  existait  aussi,  bien  certainement, df$ 
continents,  puisqu'on  exploite  àVallong^t 
en  Portugal ,  de  la  bouille  de  cette  époque 

3ui  ne  peut  provenir  que  de  l'amoncellemeil 
es  végétaux  terrestres.  Si  nous  recherchons 
ces  continents ,  nous  en  trouverons  pnitj 
être  encore  quelques  lambeaux  échappas  i 
l'envahissement  des  26  époques  qui  ont  pi| 
couvrir  sucGcsivement  les  terrains  azolauc^ 
oïu  granitiques,  et  les  dérober  à  nos  recner- 
ches.  Peut-être  y  avait-il,  eu  effet,  deux  H^ 


It97  S1L  £T  DE  PALEONTOl 

en  France  :  Tune»  occidentale ,  formée  des  taie 

terrains  azoïques  et  granitiques  de  la  Vendée  faiu 

et  de  la  Bretagne,  dirigée  N.*N.-0.  et  S.-  cite 

S.-EL9  et  occupant  les  régions  sud  du  massif  en  | 

breton  ;  Tautre  formée  iiar  le  grand  ptateam  pén 

cenirol  de  la  Frinnce ,  et  également  compo-  mol 

sée  de  roches  azoïques  et  granitiques.  Une  aujc 

▼aste  surface   continentale  était  peut*ètre  à  M. 

formée  par  la  partie  nord  de  la  Norwége,  de  tem 

la  Suède  et  de  la  Laponie  Russe.  Due  antre,  anii 
très-étendue,  dirigée  de  Test,  38*  N.  à  l'O.        * 

38*  S.,  occupait  la  cAte  orientale  du  Brésil,  la  z< 

da  IG-  au  33*  de  latitude.  de 

f  La  présence  des  végétaux  annonce  que  on  i 

la  lumière  éclairait  ce  premier  âge  du  monde  celt* 

car,  sans  cela,  les  plantes  terrestres  ne  pour-  liseï 

raient  pas  exister.  8*il  j  avait  des  doutes  à  née* 
cet  égard,  la  conformation  des  yeux  des  tri-        « 

lobites  viendrait  les  lever.  On  sait  que  les  chai 

veuz  à  facettes  existent  aujourd'hui  chez  les  dépi 

erustacéschez  les  insectes  myriapodes,  ooléop  nou 

tères,  orthoptères,  bymenofitèrcs  et  diptères,  sont 

éminemment  sensibles  aui  rayons  lumineux,  non 

çt  presque  tous  diurnes.  Comme  on  trouve  des 

ce  même  caractère  des  yeux  à  facéties  chez  lirar 

les  trilobites  de  Tétaiçe silurien,  on  en  déduit  lés, 

la  certitude  que  cette  disposition  de  lorgne  prol 

visuel  ne  pouvait  exister  qu*avec  la  lumièro.  un  I 

«  Quelques  auteurs  ont  avancé  que  la  cha-  en  ji 

leur  de  cette  première  époque  de  raniniali-  accu 

sation  pouvait  atteindre  80  à  90  degrés,  et  puis 
que,  sous  cette  température,  les  êtres  pou-        «  1 

valent  exister.  Nous  sommes  loin  de  parta-'  des  < 

ger  cette  opinion.  Si  tous  les  êtres  de  cette  men 

première  animalisation  appartenaient  à  des  du  s 

genres  perdus,  ou  tout  diuérents  des  gen-  du  si 

res  actuels,  il  serait  permis  de  supposer,  à  la 

en  effet,  que  ces  êtres  spéciaux  à  la  pre-  Bret^ 

mière  zone  animée,  pouvaient  être  confor-  de  B 

mes  de  manière  à  vivre  dans  une  tempéra-  rigé< 
ture  spéciale  plus  élevée  que  la  température        Su 

d*aujeurd*bui  ;  mais  parmi  ces  formes  ani-  périt 

niales,  nous  voyons  16  genres  appartenant  une  ^ 

aux  animaux  mollusques  gastéropodes,  la-  été  p 

mellibrancbes,  brachio[)odes  et  bryozoaires,  racté 

J[ui  vivaient  alors  et  qui  ont  traversé  toutes  Feug 

es  époques  du  monde  jusqu'à  nous  il  est  (Sart 

évident  que,  d'après  leurs  formes  d*alors,  ils  a  Nei 

avaient  les  mêmes  organes  qu'aujourd'hui,  et  à  I 

Uevrait-oa  en  conclure  qu'ils  ne  pouvaient  grèst 

vivre ,  dans  ce  premier  Age,  à  une  tempéra-  parti 
tare  qu'ils  ne  pourraient  supporter  mainte-        Da 

fiant  r  Nous  serions  porté  &  le  croire  djaprès  pouv 

nos  observations  spéciales  à  cet  égard.  Nous  sous 

avons  remarqué,  par  exempie,  que  sur  les  près 

points  les  plus  exposés'au  soleil,  aux  envi-  lèle  l 

rons  de  Rio  de  Janeiro,  les  mollusques  c6-  Test 

tiers, parmi  lesquels  quelques-uus  exisCaient  provj 

déjà  a  l'étage  silurien,  vivaient  sous  une  distn 

température  qui  s'élevait  souvent  dans  le  au'ai 

jour  à  28*  centigrades.  Dans  les  flaques  d'eau  au  Vi 

restées  dans  les  cavités  des  rochers,  au'ni«-  trouv 

veau  supérieur  des  marées  de  syzygies,  à  San 

Teau  atteignait  quelquefois  à  trois  heures  dans 

jusqu'à  36*;  mais,  dans  ces  flaques,  il  ne  Prcs«| 

vit  plus  que  trois  genres,  les  vermcius^  les  giio, 

nenia  et  les  tUiorina^  tous  genres  qui  ircxis-  G  ron 

(891)  n*ORr.i(;>T.  t.  Il,  p.  300,  Elém  âc  pn/roN/., 


1209 


SIL 


DICTIONNAIRE  DE  C03M0G0ME 


SIL 


l'odO 


yeloppéy  surtout  aux  environs  de  Prague 
et  de  Beraun,  où  il  a  été  si  bien  étudié  par 
M.  Barande.  En  Suède,  il  comprend  toute 
l'île  de  Gothland  ;  en  Norwége,  les  environs 
de  Malmo-Galven.  En  Russie^  il  forme  Tlle 
de  Dago,  Tlle  de  d'OEsel»  et  représente  une 
bande  dans  la  chaîne  de  rOurai  (d'après  les 
>  travaux  de  MM.  Murchison ,  vemeuil  et 
Kejserling),  et  sur  la  rivière  Kakva,  etc.  Il 
existe  en  Bessarabie,  à  Chotin 

Sur  l'Amérique  septentrionale,  il  se  mon- 
tre dans  le  Canada,  à  Gaspa,  dans  l'Ile  de 
Prummond.  Aux  Etals-Unis,  il  offre  de  vas- 
tes surfaces,  surtout  de{)uis  les  Etats  de 
New-York,  de  Cincinnati,  du  Kentuchy, 
d'indiana,  du  Tennessee ,  de  l'Illinois,  de 
Jowa,  de  Visconsin,  jusqu'aux  Etats  d'Arkan- 
sas,  du  Mississi[)i  et  d'Alabama,  c'est-à-dire 
une  surface  aussi  grande  que  l'Europe.  Pans 
l'Amérique  méridionale,  il  est  sans  doute 
représenté  partout  où  il  v  a  concordance  en- 
tre l'étage  silurien  et  l'étage  devonien,  dans 
les  Andes  boliviennes,  dans  la  province  de 
Ghiquitos  et  au  Brésil.  On  en  connaît  encore 
à  la  NouvellerQollande,  au  cap  de  Borme- 
Espérance. 

Sur  les  points  de  l'ouest  de  la  France  où 
nous  avons  cité  TéXage,  il  repose  en  couches 
concordantes  sur  l'étage  silurien  inférieur  ; 
M.  Barande  l'a  signalé  en  Bohême.  La  carte 
géologique  et  les  coupes  que  M.  Murchison 
a  données  pour  l'Angleterre,  offrent  le  même 
fait  de  concordance,  soit  dans  le  pays  de 
Galles,  soit  dans  le  Lancaster  et  dans  le 
Westmoreland.  En  Suède,  la  position  de 
l'Ile  de  Gothland  par  rapport  à  l'Ile  d'CKland, 
et  des  lies  Œsel  et  Da^o ,  par  rapport  au 
continent  de  Revel ,  viendrait  prouver  le 
même  fart,  ainsi  que  dans  l'Oural. 

L'Amérique  septentrionale  montre  sa  suc- 
cession immédiate  sur  l'étage  silurien  infé- 
rieur partout  où  l'étage  existe,  depuis  le 
Canada  jusqu'à  la  province  d'Alabama  ; 
M.  d'Orbign^  Ta  aussi  constatée  dans  l'A-^ 
mériqùe  méridionale.  On  voit,  dès  lors,  que 
l'étage  silurien  supérieur  a  succédé,  sur 
tous  les  points,  d'une  manière  régulière  à 
l'étage  silurien  inférieur,  dont  il  parait,  en 
beaucoup  de  lieux,  avoir  subi  les  dislocations 
et  les  perturbations  géologiques. 

C'est  surtout  en  France,  dans  les  Pyrénées 
et  à  l'ouest,  que  les  couches  ont  subi  beau- 
coup de  dislocations  de  tous  genres.  Il  en 
est  de  même  eu  Russie,,  dans  l'Oural  et  dans 
l'Amérique  méridionale.  Les  points  où,  au 
contraire,  Tétaçe  offre  encore,  dans  ses  cou- 
ches, une  position  peu  tourmentée,  qui  se 
rapproche  déplus  au  moins  de  la  position 
normale,  sont  les  parties  de  TAn^^leter^-e  où 
nous  l'avons  signalé,  où  il  n'a  fait  que  $'in- 
cliner  un  peu  plus;  et  surtout  i'A9iérique 
septentrionale,  où  les  couches  ont  encore 
conservé,  sur  des  surfaces  immenses,  pres- 

aue  complètement  l'horizontalité  quelles 
evaient  avoir  lorsqu'elles  se  sont  déposées 
ôans  les  mers;  fait  d'autant  plus  remarqua- 
ble qu'il  ne  faut  pas  oublier  que  vingt-six 


époques  sont  venues  depuis  bouleverser  ré- 
corce  terrestre. 

^  Les  beaux  travaux  de  M.  Murchison  sur 
l'Angleterre,  et  de  MM.  James  Hall ,  £m- 
mons,  Mather,  pour  l'Etat  de  New-York, 
nous  permettent  ae  placer  en  regard,  comme 
nous  l'avons  iiiit  pour  l'étape  silurien  infé- 
rieur, les  grandes  successions  de  couches 
de  l'étage  sQurien  supérieur  de  ces  deux  par- 
ties du  monde  c^moArées  dans  leur  ordre  de 
superposition. 

AIIGLCTCRBC» 

Psammites  argileux  et  argile  schisleuse  des  rocka 

sufMérieures  de  Ludlow. 
Calcaire  Û'XymeOFj. 
Roches  inrérieiires  de  Ludlow. 
Calcaire  de  Wenloek  ei  de  Dudlcv. 
Argile  schiteuse  de  Wenloek  et  de  Dadley . 

ÉTATS-C!CIS. 

Calcaire  supérieur  à  Pentamère. 

Argile  schisteuse,  à  Deilhyris. 

Calcaire,  à  Peniamerut  gàUaiuê, 

Calcaire  hvdraiiliaHe. 

Groupe  saflfm  d  vnondaga. 

Groupe  du  Niagara  ^psammites  et  calcaire). 

Groupes  de  ClÎMton  (c^icaires}. 

Grès  de  Médina. 

Conglomérat  d*Oneida^ 

Grès  «'ris. 

«  Par  la  manière  si  disparate  aoitt  les 
hoses  se  sont  passées  dans  les  mers  d'Amé- 
rique et  d'Angleterre,  pendant  la  période  du 
silurien  supérieur,  on  peut  juger  du  peu 
d'importance  des  caractères  minéralogiqucs 

S  ris  comme  moyen  de  reconnaissance  des 
ges  des  étages  de  contrées  éloignées  les 
unes  des  autres.  Le  plus  sûr  moyen  de  se 
tromper  serait,  ea  effet,  de  s'attacher  à  ce 
caractère  ;  car^  ce  que  nous  trouvons  dans 
les  Etats-Unis  et  en  Angleterre,  est  le  fait 
Général  de  tous  les  étages  du  monde,  par- 
faitement en  rapport  avec  ce  que  nous  ayons 
4it  des  causes  actuelles  qui  les  ont  produits. 
Il  y  a  plus  :  ^u  milieu  de  cette  succe^sioa 
do  natures  diverses  de  couches  que  nous 
avons  vu  se  succéder  dans  Tétage  précédent, 
que  nous  vovons  dans  celui-ci,  dans  les 
suivants,  où  s  arrêlerait-on-pour  Ihniter  des 
âges  dans  l'erlseitible»  si  l'on  n'avait  que  les 
caractères  minéralogiqucs  et  la  superposi- 
tion sur  les  points  concordants?  11  est  cer- 
tain qu'on  ne  saurait  où  placer  les  limites  des 
étages,  et  que  Ton  arriverait  à  mettre  toute' 
ces  couches  réunies  sous  le  nom  de  '^•JJl 
de  transition  ou  tel  autre,  comme  on  Iw 
généralement  admis  avant  les  beaux trayaux 
straligraphiques  cités,  où  l'on  a  fait  entrer 
les  éléments  paléontologiques  qui  seuls  pou- 
vaient résoudre  la  question.  Lepeudi^' 
portance  des  caractères  minéralogiquc* 
ressort  epcore,  même  en  France,  où  les  cou- 
ches sont  noires,  presque  charbonneos^ 
Saint-Sauveur  (Manche) ,  et  à  l'état  de  ff^ 
rouges  à  May,  etc.  Nous  pouvons,  de  plus. 
signaler  l'exemple  des  couches  de  Gothland. 
où  la  roche  est  oolithique  comme  daas  le> 


f30I 


S1L 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SNb 


1302 


terrains  jurassiques.  Tous  ces  faits  prouve- 
ront, nous  l'espérons,  que  le  caractère  miné- 
ralogîque  ne  peut,  en  aucune  manière,  être 
invoqué  que  pour  une  localité   restreinte. 

^  De  cette  grande  variété  de  sédiments  que 
nous  "voyons  se  succéder,  en  Angleterre 
et  aux  Etats-Unis,  ressort  encore  cette  con- 
séquence, que  les  causes  déterminantes  de 
ces  alternances  de  sables  et  de  sédiments  fins 
rpii,  par  la  suite  des  temps,  ont  formé  les  grès, 
les  calcaires  et  les  argiles,  ont  été  purement 
locales,  et  qu'elles  ne  sont,  en  aucun  cas , 
(comparables  dans  les  deux  pays.  Nous  pou- 
vons dire  plus  :  il  ne  faudrait  se  préoccuper 
i^n  rien  de  la  présence  ici  supérieure,  là  in- 
férieure de  quelques  fossiles  dans  ces  cou- 
ches :  car  il  est  évident  pour  nous  que  la 
:>résence  ou  Tabsence  de  ces  fossiles  dépend 
ie  la  même  cause  locale ,  la  nature  des  sédi- 
ments et  le  niveau  de  profondeur  dans  les 
iieTs;  ce  ne  saurait  donc  être  un  foit  géné- 
ral. Nous  insistons  sur  cette  ciroonstance 
^pitale,  qui  peut  aussi  bien  tromper  que  la 
lature  minéralogiquedes  sédiments  (81^}.  » 

Puiaance  connue.  —  Les  données,  à  cet 
Sgard,  sont  encore  bien  vagues  ;  cependant 
on  peut  dire  que  ,  sur  tous  les  points,  cet 
étage  a  beaucoup  de  puisisance,  souvent 
^luelques  centaines  de  mètres;  néanmoins, 
Rn  additionnant  Tépaissimr  donnée  des  cou- 
ches (le  Ludiow  et  Wenlock,  ou  Dudley  en 
\nsleterre,  on  trouve  un  maximum  de 
1,290  mètres  environ.  M.  Barande  év^due 
nissi  à  1,200  mètres  Tépaisseur  deTétage 
silurien  supérieur  en  Bohème,  ce  qui  don*» 
lerait  encore  une  très-longue  périocfe  d'exis-. 
:ence  à  l'étage.qui  nous  occupe. 

Points  profonda  des  mers.  —  Le  nombre 
lominant  des  mollus({ues  brachiopodes,  des 
)ryozoaires  et  des  crinoïdes  nous  fait  regar- 
ter  comme  des  points  profonds  et  tranijuilles 
les  mers  de  cette  époque  les  lieux  suivants, 
emarquables  sous  ce  rapport.  En  Angie- 
erre,  les  couches  si  curieuses  de  Dudfey, 
ù  l*on  trouve  groupée  sur  la  même  plaque 
9ute  la  faune  profonde  de  cette  époque,  où 
on  voit  souvent  près  de  cent  espèces  ren- 
ies, comme  si  Ton  se  transportait  au  fond 
es  mers  de  l'étage,  en  se  reportant  à  ce  se- 
ond  âge  du  monde  animé.  Venlock,  Wal- 
all,  Benthal,  sont  à  peu  près  dans  le.  même 
as,  et  aussi  riches.  Quelques  couches  des 
nvirons  de  Prague  et  de  Beraua  en  Bohème, 
araissent  être  très  -  remarquables  par  le 
ombre  considérable  de  oracniopodes  et  de 
-ilobites  que  M.  Barande  y  a  découverts, 
fous  citerons  encore,  aux  États-Unis,  Lock 
ort,  dans  le  groupe  du  Niagara.  (New-p York). 

Ces  faits  et  ceux  qu'on  peut  déduire  de  la 
iiccession  de  sédiments  différents  en  Angle- 
3rre  et  en  Amérique,  viennent  prouver  que 
is  mers  de  cet  étage  étai^t  soumises  aux 
lêmes  conditions  d'existence^  aux  mêmes 
gents  charrieurs  qu'aujourd'hui. 

Caractères  paUontologiques.  —  Nous  pou- 
ons  répéter  ici  que  ni  la  nature,  ni  la  su* 
erposition  concordante  des  couches  ne  pou- 
ant  donner  des  limites  pour  séparer  les  éta- 

(89i)  D*OaBiGNY,  toc.  cit.,  p.  305. 


ges,  les  caractères  paléontologiques  sont  les 
seuls  moyens  de  clétimitation  qu'on  puisse 
invoquer  avec  certitude,  aussi  bien  en  Amé- 
rique qu'en  Europe.  Cherchons  à  le  prouver, 
en  comparant  ces  caractères  à  ce  que  nous 
avons  dit  à  l'étage  silurien  inférieur. 

Aux  caractères  négatifs  énumérés  à  l'étage 
silurien  inférieur  et  qui  restent  les  mêmes» 
ajoutons  seulement  les  différences  relatives 
à  celui-ci.Par  exemple,  ces  vingt-huit  genres 
que  nous  avons  vu  naître  et  disparaître  dans 
1  étage  silurien  inférieur,  sans  qu'ils  passent 
à  l'étage  silurien  supérieur  ;  tels  que,  parmi 
les  crustacés,  les  genres  paradoxides^  elUp^ 
sùcephaius  i  conoetphalus ,  illeniu ,  c^aphus , 
battus^  trinucletis  et  ogvgia;  parmi  les  mol- 
lusques jcéphalopodes,  les  genres  cameroce- 
ras  et  gonioceras;  parmi  les  mollusques  la- 
mellibranches, le  ^enre  orthonota;  parmi  les 
mollusques  brachiopodes»  les  genres  obolus^ 
orthisina^.poramhonUes  et  siphonotreta;  par- 
mi les  mollusques  bryozoaires,  les  genres 
subretepora^  enallopora  et  stellipora;  parmi 
les  échinodermes,  les  genres  echinoencrinust 
caryocistites^  hemiscomites^  cryptocrinuSy  cy^^- 
clocystites  et  heterocrinus;  parmi  Ias  zoopliyr 
tes,  les  genres  favistella,  cohrnnaria^  et.  (on^-r 
dalia:  parmi  les  amorphozpaires ,  le  genr^ 
paheospongiOf  forment  autant  de  caractères 
négatifs  qui  pourront  servir  à  distinguer 
l'étage  silurien  inférieur  de  l'étage  silurien 
supérieur»  puisqu'il  ne  se  trouvent  jusqu'à 
présent  que  dans  le  premier,. 

Nous  trouvons  encore,  pour  caractères  né- 
gatifs propres  à  dâs^iuguer  Té^ge  silurien  su- 
périeur des  autres  étages  paléozoïques  supé- 
rieurs, 88  genres  ou  formes  animales  spécia- 
les, qui,  joints  aux  28  genres  éteints  dau»  l'é-* 
tage.  silurien  inférieur,  forineot  un  total  de 
1 16genrei(,  donnantautant  de  canictëi:es  négsr 
tifs  pour  distinguer  Tétage  silurien  supérieur 
des  autres  étages  des  terrains  paléozoïques. 

Si,  aux  genres  communs  à  Vétage  silurien 
inférieur  et  silurien  supériaurf  nous  ajou- 
tons, comme  caractères  positifs,  ceux  qui, 
inconnus  à  l'étage  silurien  inférieur,  se  mon- 
trent pour  la^  première  Ipis  dans  celui-ci, 
nous  aurons  en  résumé,  en  prenant  le  chiffre 
total  de  ces  genres,  59  genres  qui,  par 
leur  répartition  actuelle,  inconnus  quii< 
sont  dans  l'étape  silurien  inférieur,  tandis 
qu'ils  n'apparaissent  que  daw  le  silurien 
supérieur,  seront  autant  de  caractères  po- 
sitifs tirés  des  genres  dont  on  pourra  se 
servir  pour  distinguer  Tua  d'avec  l'autre. 

Paomi  ces  69  genres  nés  à  l'étage  silurien 
supérieur,  il  en  est  di]^  qui  sont  incon- 
nus jusqu'à  présent  dans  les  autres  étages 
inférieurs  ou  supérieurs  du  monde,  et  peu- 
vent encore  être  considérés  comme  d'ex- 
cellents caractères  positifs  pour  l'en  distin- 
guer; ce  sont  les  genres  suivants  :  parmi  les 
crustacés^  lo  genre  bumasttis  ;  parmi  les  bryo- 
zoaires, les  omnir^tepora;  parmi  les  écbino* 
dermes,  les  protaster^  les  caryocrinus^  les 
ichthyoerinus^  les  gcocrinus^  les  eucalyptO" 
crinus^  les  catliocrxnus  ;  parmi  les  zoopnytes^ 
les  proporoi  les  blumenba^iwnf  aui  naissent 


l^foS 


SIL 


DlCTiOiNxNAlRE  DE  COSMOGONIE 


SIL 


i:»4 


ayee  l-^tago  silurien  supérieur  et  s*éteignent 
afee  luî,  n*ajant  vécu  que  pendant  cette 
f»uhe.  loignons  encore  à  ceux-ci  les  genres 
odontopleura^  calimene^  ryphaspes^  ampyXf 
lituii€$f  oncocertis^  hortolus^  orbictlla^  sufco- 
pora^  cupulocrinus  et  Untaculiien^  qui  se  sont 
également  éteints  dans  l'étage  silurien  supé- 
rieur sans  passer  au  suivant.  On  conçoit  que, 
tant  qu'on  n'aura  pas  trouvé  d'exception , 
tous  ces  genres,  formant  caractères  positife, 
seront  d  une  grande  importance  pour  faire 
reconnaître  t  étage  silurien  supérieur.  C'est 
de  l'ensemble  de  la  combinaison  des  carac- 
tères stratigrapliiques  positifs  et  négatifs  que 
naissent  les  différences  de  faciès  de  faunes 
<|ni  pourront  toujours  servir  àfairerecon- 
lia  lire  l'étage  partout  où  il  se  présente. 

Joignons  aux  caractères  paiéoutolo^iques 
tirés  des  genres  qu'on  voit  être  suffisants, 
ceux,  ézaleroent  des  plus  positifs,  qu'on  peut 
demandfer  aux  espèces.  Si,  en  effet,  on  em- 
prunte aux  formes  génériques  des  caractères 
généraux  de  faunes,  les  espèces  qui,  presque 
foules,  sont  différentes  dans  l'étage  silurien 
sufiérieurdes  espèces  de  l'étage  silurien  infé- 
rieur, nous  donneront  encore  des  caractères 
plus  positifs  et  plus  spéciaux.  Nous  connais- 
iions,en  animaux  mollusques  et  rayonnes  seu- 
Iement,lenombredeM8espèces  discutées  dans 
Jeurs  rapports  et  leurs  limites,  qui  forment 
dès  lors  autant  d'espèces  caractéristiques 
do  cet  étage  propres  à  toutes  les  zonas 
de  profondeur  des  mers  et  à  toutes  les  natu^ 
ros  de  sédiments  de  l'étage  silurien  supé- 
rieur ou  murchisonien  du  monde  géologie 
que  connu. 

Parmi  ces  fcl8  espèces  caractéristiques 
de  l'étage,  il  en  es.t  un  assez  grand  nom- 
bre auxquelles  nous  attachons  une  plus 
grande  importance,  en  ce  qu'elles  se  trou- 
vent presque  partout,  soit  qu'elles  aient 
(Mé  plus  communes,  soit  que  les  circons- 
tances leur  aient  été  plus  favorables.  Il 
suffit  de  jeter  les  yeux  sur  la  liste  de^  espè- 
ces pour  s'assurer  du  grand  nombre  d'espèces 
communes  entre  TAngleterre,  la  France,  la 
Suède,  la  Bohème  et  la  Russie,  jusque  dans 
rOuraS.  Parmi  colles-ci,  nous  pouvons  citer 
plus   particulièrement  le  cardium  interru" 

rfum  (cardiola  id.),  qui  se  rencontre  dans 
ouest  et  le  sud  de  la  France,  à  Feugrolles, 
Ji  Saint  Jean  sur-Evre ,  à  Saint'^auveur,  à 
Neffiès  ;  en  Espagne,  en  Sardaigne,  en  Bo- 
lième,  en  Angleterre»  etc.»  et  distingue  par- 
faitement cet  horizon.  D'autres,  plus  large- 
ment réparties,  passent  pardessus  toutes  les 
zones  isothermes  actuelles  et  se  trouvent, 
sans  distinction  de  régions  chaudes,  tempé- 
rées et  froides  ni  de  distances,  en  Europe,  de 
TEspagne,  de  la  Sardai[jne  à  la  Suède  ;  en 
Norwege  et  en  Russie  ^  jusqu'à  la  chaîne  de 
rOural  ;  en  Amérique»  de  l'Etat  d'Alabama 
jusqu'au  Canada  ;  ou  bien  se  rencontrent 
encore  à  la  Nonvelle-Uollaude»  embrassant 
ainsi  plus  delà  moitié  de  la  surface  du  monde. 
Ainsi  d'après  les  connaissances  actuelles, 
nous  aurions  déjà  30  espèces  qui  se  trou- 
veraient réparties  à  la  fois  sur  TEurope  et 
VAmérique,  et  prouveraient  la  parfaite  con- 


tcmporanéité  de  ces  aépôts  ;  car  ces  individus, 
communs  aux  deux  pays,  viennent  évidem- 
ment de  la  même  forme  spécifigue,  et  déno- 
tent à  la  fois  identité  de  conditions  d'eils- 
tence  et  même  des  mers  non  interrompues 
se  communiquant  à  cette  époque.  C'est,  de 
plus,  la  meilleure  [preuve  que  nous  naissions 
apporter  de  la  spécialisation  des  espèces  dans 
les  étages,  et  de  leur  importance  comme  cn- 
ractères  paléontologiques  dans  la  reconnais- 
sance,des  étages,  puisque,  sur  les  4t8 
espèces  propres  à  1  étage  silurien,  90  se 
trouvent  sur  une  aussi  grande  surface  des 
mers  anciennes  à  cette  épooue. 

Chronologie  historique,— -lio\}S  avons  laissé 
l'étage  silurien  inférieur  continuant  à  nour- 
rir sa  faune  et  à  former  des  dépôts  de  sédi- 
ments. Que  s*est-il  opéré  pour  anéantir  celte 
faune  de  l'étage  silurien  ?  Touîours  est-il 
que  cette  faune  est  restée  enserelie  dans  les 
couches  terrestres,  et  qu'après  un  laps  de 
temps  sans  doute  considérable,  une  autre 
série  d'êtres  a  été  créée  à  la  fois  sur  loute« 
les  parties  du  monde,  et  est  venue  rempla- 
cer la  première.  Comment  cette  extinction 
des  espèces  de  l'étage  silurien  inférieur  s'est* 
elle  opérée?  Gomment  cette  nou?elie  créa- 
tion de  Tétage  silurien  supérieur  est-elle  ve* 
nue?  Telles  sont  les  questions  qui  naissent 
naturellement  de  ces  deux  foits  incontesta- 
liles.  Comme  dans  ce  premier  âge  du  mo&dei 
pas  plus  que  dans  les  suivants,  on  ne  peut 
attrinuer  l'extinction  au  changement  de  tem- 
pérature ni  aux  modifications  des  conditions 
d'existeuce,  ainsi  que  nous  avons  clierclié  k 
lo  démontrer  aux  résultats  généraux •(  Voyts 
PalÎqzoXqubs).  Nous  croyons  que  cette  ei- 
tinctiou  s'explique  très-naturellement  par 
une  de  ees  dislocations  géologiques  dont 
nous  avo9S  calculé  les  effets.  (FoyeiPsaTiB* 

BATIONS  OÉpLOGIQDikS.)  NOUS  SUpOOSOnS  dODC 

qu'une  dislocation  géologique  o  une  grande 
importance  est  venue,  par  le  déplacemenl 
des  matières  solides  dans  les  eaux,  apporter 
une  perturbation  générale  à  la  sunaeedu 
^lobe  et  anéantir  la  faune  de  l'étage  silurien 
inférieur  par  suite  du  mouvement  prolonri 
des  eaux.  Après  ce  mouvement»  la  tranquil- 
lité s'est  rétablie  peu  à  peu  ;  les  kners  Mi 
redevenues  paisibles  ;  les  continents  sont 
restés  exondes,Jet  une  maia  toute-puissante 
est  venue  repeupler  la  terre  et  Iwtnersde 
ces  animaux  et  de  ces  végétaux.  C*^t  aios) 
que  nous  pouvons  concevoir  et  expliquer  a 
la  fois  les  deux  faits  sans  réplique  que  nous 
voyons  dans  les  étages  i  ranéantisseoient  de 
l'ancienne  faune  silurienne  et  ensuite  Ul*- 
parition^de  la  nouvelle.En  effet,  nous  avons 
vu  dans  ce  changement  s'opérer  les  muta- 
tions suivantes  :  28  genres  d'animaux  ail> 
culés,  mollusques  et  rayonnes,  ont  été 
anéantis  pour  toujours,  en  même  temps  oa^ 
11^26  espèces  appartenant  à  plusieurs  clas- 
ses d'êtres;  et  il  a  paru  plus  tard,  a?ecle- 
tage  silurien  supérieur,  59  genres  incon- 
nus à  l'étage  silurien  inférieur,  en  mêoe 
temps  que  418  espèces  qui  n'existaient  p>^ 
dans  l'étage  inférieur.  , 

Durant  la  |)ériode  de  Tétage  silurien  su|«* 


J 


1505 


SIL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SIN 


i506 


rieur,  les  mers  étaient  à  peu  près  les  mêmes 
i]ah    Tétage  silurien  inférieur.   Peut-être 
avaient-elles  déjà  abandonné  une  partie  de 
la  surface  centrale  de  la  Bretagne;  mais, 
bien  certainement,  elles  avaient  avancé  vers 
I*est,  soit  dans  le  pays  de  Galles,  soit  dans 
le  Curoberland  en  Angleterre,  en  laissant  à 
rouestdelargesatterrissementscontinentaux. 
£lies  s*élendaient  probablement  sans  inter- 
ruption de  TEuropo  à  TAmérique.  Elles  oc- 
cupaient une  grande  partie  de  l'Amérique 
méridionale,  de  TAmérique  septentrionale, 
et  couvraient  toute  la  portion  de  l'Europe 
qui  s'étend  depuis  l'Espagne  jusqu'au  lieu 
où  est  aujourdliui  la  chaîne  de  l'OuraU  Ces 
mers    montraient    quelques  lambeaux  de 
leurs  anciiennes  limites  cotières  :  eu  France, 
h  Saint-Sauveur  ;^n  Angleterre ,  un  peu  au 
sud-est  des  limites  de  1  étage  silurien  infé- 
rieur,  ce  qui  montrerait  que  les  terrains 
littoraux  se  seraient  exhaussés:  fait  qu'on 
trouve  également  en   Suède  et  aux  Etats- 
Unis.  Ces  mers  étaient  soumises  à  toutes 
les  influences  locales  que  subissent  les  mers 
actuelles  t  par  rapport  aux  dépôts  sédimen- 
taires  et  à  la  distrinution  des  êtres,  suivant 
le  degré  de  profondeur  des  eaux  et  la  nature 
eôtière  ou  pélagienne  des  sédiments  oui 
permettaient  à  chacun  son  existence  spéciale. 
Ces  mers  nourrissaient,  de  plus  queTétage 
silurien  inférieur,  parmi  les  animaux  ver* 
tébrés ,  quelques  genres  de  poissons  incon- 
nus dans  l'époque  antérieure;  parmi  les 
crustacés,  un  grand  nombre  de  genres  de 
trilobites  qui,  a  cette  époque,  sont  arrivés 
à  leur  maximum  de  développement  ;  parmi 
les  animaux  mollusques,  quelques  senres 
de  céphalopodes,  de  gastéropodes,  de  lamel- 
libranches ;  plusieurs  genres  de  brachiopo* 
i\es  et  de  brvo^aires;  parmi  les  animaux 
i^yonnés,  quelques  genres  d'échinodermes , 
spKicialement  des  crinoïdes  et  des  zoophytes; 
enfin  S9  genres  inconnus  à  l'étage  précédent, 
et  qui  commence  à  se  montrer ,  avee  un 
nombre  plus  ou  moins  grand  d'espèces.  A 
ces  animaux ,  pour  compléter  les  êtres  qui 
peuplaient  les  mers ,  nous  pouvons  ajouter 
quelques  plantes  marines  des  genres  sui- 
vants ,  propres  à  l'état  de  New-York ,  figu- 
rées et  décrites  sous  les  noms  suivants    par 
M.  Hall  : 

Fucoides  Harlani  (Médina  Sandstone). 

—  gracilis  (Clinton  group). 

—  bllolMi  Id. 

—  lie(eropb)|[IIus  (Médina). 
— »     aunfomiis  Id. 

Hictaolites  Beeckei,  UaU, 

Les  continents  de  cette  époque  étaient 
certainement  couverts  de  végétation ,  car  les 
traces  charbonneuses  de  Saint-Sauveur  dé- 
notent des  dépôts  littoraux  de  plantes  "^ter- 
restres. Ces  continents  sont,  à  ce  qu'il  pa- 
rait, restés  les  mêmes  pour  le  plateau  cen- 
tral de  la  France  ;  mais,  pour  le  massif  bre- 
ton, ils  se  sont  probablement  accrus  de  sup 
iaces  de  l'étage  silurien  inférieur  alors 
exondées.  En  Angleterre,  un  continent  a 
peut-être  alors  formé ,  à  l'ouest  du  pavs  de 


Galles,  unelar^e  bande  laissée  pai  l'étase 
silurien  inférieur,  et  une  seconde  dans  le 
Westmoreland.  Ce  seraient ,  en  Angleterre , 
les  premières  qui ,  en  s'augmentant  succes- 
sivement dans  1  avenir,  sont  destinées  à  faire 
partie  du  continent  que  nous  désignerons 
comme  ile  anglaise, 

Ia  répartition  uniforme  des  mêmes  êtres 
sous  les  régions  aujourd'hui  chaudes ,  tem- 

Sériées  et  très-froides  du  65*  de  latitude 
brd  prouve  qu'à  cette  époque,  comme  pour 
l'étage  silurien  inférieur,  les  zones  isother- 
mes que  nous  connaissons  n'existaient  pas 
encore ,  neutralisées  sans  doute  qu'elles 
étaient  par  la  chaleur  centrale  propre  à  la 
terre. 

Nous  avons  dit  encore  que,  pendant  la 
durée  très-prolongée  de  cette  époque,  à  on 
juger  par  l'épaisseur  des  dépôts  qui  s'y  sont 
formés,  il  a  dû  se  manifester  des  oscillations 
locales  du  sol  analogues  à  ce  que  nous 
voyous  aujourd'hui  (fans  le  nord  de  l'Eu- 
rope. 

On  voit,  en  résumé,  que  la  terre  et  les 
mers,  avec  moins  d'êtres  et  surtout  avec 
ceux-ci  très-différents  de  l'époque  actuelle, 
étaient  soumises  à  toutes  les  lois  physiques 
et  naturelles  que  nous  voyons  exister  au- 
jourd'hui. 

L'époque  silurienne  supérieure  parait 
avoir  été  interrompue  par  un  mouvement 
géologique  que  nous  retrouvons  dans  Iv^ 
discordances  de  l'étage.  Peut-être  la  dislo- 
cation du  système  du  Westmoreland  et  du 
Bundsruck  de  M.  Elie  de  Beaumont  corres- 
pond-elle à  la  fin  de  cette  époque.  Peut-être 
aussi  le  système  Itaculumien^  observé  au 
Brésil  par  M.  Pisis ,  marquerait-il  encore 
une  dislocation  de  la  fin  de  l'étage  silurien 
supérieur.  Sa  direction  est  de  l'est  à 
l'ouest ,  et  se  voit  du  26*  au  27*  de  latitude, 
et  du  46*  au  57*  de  longitude  occidentale  de 
Paris.  C'en  est  assez ,  nous  le  croyons,  pour 
expliquer  la  fin  de  l'étage  ;  il  y  aurait  donc 
ici  le  rapport  le  plus  intime  entre  les  mou- 
vements géologiques  que  nous  supposons 
avoir  arrêté  la  durée  de  cette  époque ,  et  les 
limites  des  faunes  qui  en  seraient  le  résultat 
palpable. 

SINÉMURIEN  (ÉTAGE).  —  Autrement  dit, 
lias  inférieur^  calcaire  à  griphée  arouée^  etc. 
Sinémurien  vient  du  nom  de  la  ville  de  Se- 
mur  {Sinemurium),  autour  de  laquelle  les 
couches  sinémuriennes  peuvent  offrir  le 
type  le  plus  complet  et  un  point  réellement 
étalon  pour  l'étage. 

Ce  terrain  se  trouve  dans  un  nomnre  con« 
sidérable  de  localités  en  France,  en  Angle- 
terre, en  Belgique,  etc. ,  dans  .l'Amérique 
méridionale,  etc. 

On  remarque  dans  ce  terrain  de  profon- 
des discordances  et  des  parties  très-dislo- 
quées  (Basses-Alpes). 

Quant  à  la  puissance,  les  grès  du  Luxem- 
bourg ont  jusqu'à  300  mètres.  Les  mêmes 
Kès  ont  montré,  dans  le  sud-ouest  de  l'Al- 
noagne,  65  mètres  de  puissance  ;  aux  en- 
virons d'A vallon,  de  Semur,  de  Lyon  et  dans 
les  Alpes,  nous  avons  pu  évaluer  rénaisseur 


1507 


SIN 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


SIN 


\'M 


3 


des  calcaires  à  uae  centaine  de  mètres;  ou 
a  trouvé  h  Thionville  165  mètres  d'épaisseur 
de  lias,  et  à  Lyme-Kegis  on  Tévalue  à 
200  mètres. 

La  puissance  des  couches  de  Tétage  sine- 
murien,  Textrême  variété  de  leur  composi- 
tion minéralogique  sur  un  même  point,  an- 
noncent quVlies  ont  dû  se  déposer  dans  un 
laps  de  temps  considérable. 

Caractères  paléontologiques.  —  Un  carac- 
tère très-remarquable  ressort,  au  j)remier 
aperçu,  de  l'ensemble  des  êtres  de  la  faune  de 
cet  étage.  Comme  aucun  des  genres  qui  exis- 
taient avant  cette  époque  ne  s*y  éteint,  et 
u*au  contraire  il  en  naît  un  grand  nombre 
e  nouveaux,  on  voit  que,  par  ses  fossiles  et 

f)ar  sa  super()Osition,  l'étage  sinémurien  est 
)ien  le  commencement  d'une  nouvelle  pé- 
riode d'existence.  Voici,  du  reste,  les  carac- 
tères différentiels  spéciaux  : 

Pour  séparer  l'étage  sinémurien  de  l'étage 
saliférien,  nous  avons  les  vingt  genres  qui 
naissent  et  meurent  dans  l'étage  saliférien, 
et  ceux  qui,  avant  leur  maximum  de  déve- 
loppement speciCque  dans  les  terrains  pa- 
léozoïques,  s  éteignent  encore  dans  cet  étage, 
comme  les  dernières  formes  animales  de 
cette  première  période  d'existence,  sans 
passer  à  l'étage  sinémurien. 

Pour  limites  paléontologiques,  entre  l'é- 
tage sinémurien  et  l'étage  liasien  ,  nous 
aVons  de  pluis  des  plantes,  47  genres  qui 
commencent  seulement  à  paraître  dans  ré- 
tage  liaisien,  et  sont  inconnus  dans  l'étage 
sinémurien.  Ces  47  genres,  réunis  aux  20 
genres  précédents,  donnent  67  genres  né- 
gatifs pour  l'étage  sinémurien. 

Les  genres  suivants,  inconnus  aux  étages 
inférieurs  et  apparus  pour  la  première  rois 
avec  l'étage  sinémurien,  seront  autant  de 
caractères  positifs  propres  à  le  distinguer 
des  époques  antérieures,  et  particulièrement 
du  dernier  étage  triasique.  Ces  genres  sont 
an  nombre  de  14,  auxquels,  sans  doute,  il 
faudra  joindre  quelques-uns  des  genres  do 
poissons  que  le  manque  d'indications  posi- 
tives nous  a  fait  placer  à  Tétage  suivant, 
comme  étage  moyçn  des  trois  ûges  confon- 
dus sous  le  nom  de  lias. 

Les  genres  spéciaux  à  l'étage  sinémurien, 
qui  sont  nés  et  morts  dans  cette  période,  ne 
sont  pas  nombreux;  nous  ne  comptons,  en 
effet,  que  le  genre  octocœnia  de  la  série  des 
zoophytes.  Ce  peu  de  genres  spéciaux  an- 
noncerait, comme  nous  /avons  dit,  que  l'é- 
tage sinémurien  est  le  conmiencement  d'iine 
nouvelle  grande  période  d'animalisation 
déià  formée  de  quelques  genres  dans  Télage 
saliférien. 

Les  caractères  gui  précèdent  seraient  suf- 
fisants pour  distinguer  l'étage  saliférien; 
mais  il  nous  reste  un  moyen  encore  plus 
spécial,  c'est  celui  que  peuvent  nous  don- 
ner les  espèces.  Outre  des  espèces  de  plan- 
tes, outre  des  espèces  d'animaux  vcrlé-. 
brés  et  annelés,  nous  avons  le  nombre  de 
174  espèces  d'animaux  mollusques  et  rayon- 
nés.  Ces  espèces  disculées,  quant  à  leurs 
caractères  et  à  leur  synonymie,  forment  au- 


tant dC  espèces  carac/fm/ifl^iie*,  attendu  qu'au- 
cune, jusqu'à  présent,  ne  se  trouve  m  dans 
l'étage  inférieur,  ni  dans  l'étage  supérieur. 
Chronologie  historique.  —  La  perturba- 
tion géologique  oui  a  mis  fin  à  l'époque 
saliférienne  a  fait  disparaître,  pour  toujours, 
en  même  temps  que  20  genres  différents 
d'animaux,  que  737  espèces  d'animaux  mol- 
lusques et  rayonnes,  que  55  espèces  de 
plantes,  les  derniers  eenres  caractéristiques 
de  la  première  et  de  Ja  seconde  période  du 
monde  animé.  Cette  perturbation,  dont  les 
traces  se  trouvent  dans  les  grès  à  gros  grains 
de  nivellement  inférieur  de  l'étage,  ainsi 
que  dans  les  arkoses,.  a  dû  s'effacer  peu  è 
peu,  et  lorsque  le  repos  entier  de  la  surface 
a  permis  à  la  puissance  créatrice  de  rani- 
mer, la  terre  et  la  mer  se  sont  de  nouveau 
repeuplées.  C'est  alors  qu'ont  paru,  avec  des 
plantes  nouvelles,  14  genres  d'animaui  de 
toutes  les  classes,  et  174  espèces  d'aoiipaui 
mollusques  et  rayonnes»  sans  comptée  les 
espèces  des  embranchemeats  supérieurs. 
Tels  sont  au  moins  les  débris  de  cette  épo- 

3ue  arrivés  jusqu'à  nous  et  connus  aujour- 
*liui;  car  ces  chiffres  doivent  nécessaire- 
ment être  doublés  ou  triplés  daas  l'avenir. 
Les  mers  étaient»  à  cette  époaue,  peu 
différentes  des  mers  de  l'époque  saliiériennei 
au  moins  en  France  et  en  Angleterre,  el 
elles  couvraient  les  trois  bassins  anglo-pa- 
risien, pyrénéen  et  méditerranéen.  Elias 
baignaient  le  pourtour  est  du  grand  plateau 
central,  et  en  laisaient  probablement  le  tour; 
elles  s'étendaient  dans  le  bassin  niéditerra- 
néen  ;  de  là,  à  l'est  et  au  sud-est,  jusqu'à 
l'îlot  du  Var,  et  allaient  c(»uvrir  l'emplace- 
ment des  Alpes  jusqu'en  Italie  et  en  Sicile. 
Au  nord'Gst,  elles  couvraient  le  Jura,  et 
s'étendaient  beaucoup  de  ce  côté.  Elles  bai- 
gnaient les  deux  versants  des  Vosges;  et  du 
versant  occidental,  dans  le  bassin  «Q^lo- 
parisien,  elles  formaient  une  vaste  élenauc 
dirigée  à  l'ouest,  d'un  côté,  jusqu'au  massif 
breton,  et  en  Angleterre,  oii  elles  couvraient, 
tout  le  nord,jusqu'auYorkshire,  étendue  bo> 
né3  à  l'ouest  par  File  anglaise,  mais  ouverte 
vdrs  i'est,  où  ses  limites  nous  sont  inconnues. 
Entre  lo  plateau  central  et  le  massif  breton» 
était  le  détroit  breton  qui  communiquait 
avec  la  mer  pyrénéenne. 

Les  continents  étaient  certainement  les 
mêmes,  surtout  à  en  juger  par  les  dépôts 
côtiers.  On  voit  que  le  plateau  central  s'est 
seulement  accru,  au  nord,  de  quelques  lam- 
beaux salifé  riens  émergés.  Le  massif  breton 
est  resté  le  même;  le  continent  belge-vos- 

f;ien  s*est  aa^ru,  à  l'ouest,  d'une  grande 
isière  de  l'étage  saliférien  surgi  au-dessus 
des  eaux. 
Les  mers  sînémuriennes  nourrissaient  des 

animaux  différents  de  l'époque  antérieure. 
Nous  pouvons  surtout  citer  les  reptiles  ick- 
ihi/osaunis^  dont  la  taille  rivalisait  avec  celle 
de  nos  grands  cétacés  actuels.  Des  poissons 
d'espèces  distinctes,  avec  de  nombreuses 
ammonites,  des  bélemnitcs  et  des  turrilites» 
inconnues  jusqu'alors,  animaient  les  ri-' 


va«;cs. 


J 


1309  hlH  ET  DE  PALEONTC 

lies  oontmentSy  avec  des  insectes  diptères,  d'hui 

se  coayrent  de  plantes  nombreuses,  aux-  niièr 

quelles  M.  Brongniart  assigne  les  caractères  SF 

géaértuiL  suivanU  :  «  1*  la  grande  prédomi-  S\ 

Bance  des  cycadées  déjà  bien  établie,  et  la  SO 

présence  de  genres  nombreux  dans  cette  fa-  eaux 

mille,  et  surtout  des  xamUe$  et  des  nihonia;  Voy, 

S*  Feiistenee,  parmi  les  fougères,  de  beau-  §(] 

erap  de  genres  à  nervures  réticulées,  qui  moin 

se  montraient  à  peine,  et  sous  des  formes  eomi 

peu  Tariées,  dans  les  étages  plus  anciens,  t^\^ 

mais  dont  quelques-unes,  cependant,  com-  je  m 

mençaient  déjà  a  paraître  dans  Tépoque  du  tlon 

keuper  (étage  saliierien).  Tels  sont  les  canuh-  leurs 

iopitriê  et  les  thaumatopierts.  »  qii*i|. 

Aux  discordances  supérieures,  aussi  bien  geur 

qu*aux  limites  des  faunes,  nous  voyons  les  mais 

dernières  traces  de  la  commotion  géologi  •  de  la 

que  à  laquelle  on  doit  attribuer  la  fin  de  des  c 

1  *t«ge-  la  dii 

SINGES,  animaux  de  Tordre  des  quadru-  la  Ih 

mânes.  —  Cette  division  des  mammifères  On  \ 

est  surtout  caractérisée  par  ses  membres  ou  ii 

antérieurs  et  postérieurs  que  terminent  des  n*éta 

mains,  c'est-à-dire  des  organes  destinés  à  vouh 

grimper  et  à  saisir;  aussi  le  pouce  est-il  mané 

opposable  aux  autres  doigts,  aux  deux  extré-  M.  G 

mités.  Leur  appareil  dentaire  se  compose,  tant  < 

comme  chez  rnomme,  d'incisives,  de  cani-  les  p 

nés  et  de  molaires.  On  rencontre,  à  Tétat  plus 

ibssile,  des  quadrumanes  appartenant  à  trois  de  la 

divisions  :  des  singes,  dits  de  Vancitn  ean-  a  pas 

iineni^  des  singes,  dits  du  nouveau  cofUineni  Iradu 

et  desjacehus.  une  : 

Singes  de  Fancien  continent  {catarrkinœ).  a  pei 

—  Ils  ont  à  chaque  mâchoire  quatre  dents  tant 

incisives  verticales  :  deux  canines  et  huit  ment 

molaires.   L'espèce  la  jrius  ancienne  dans  naire 

les  couches  terrestres  à  été  trouvée  en  An-  Jouai 

{(leterre,  dans  Tétage  parisien,  à  Kyson,  dans  dans 

e  Suffolk  ;   c'est   une  dent  bien  conser*»  niqui 

vée  qu'on  peut  rapporter  avec  certitude  au  les  ii 

genre  maeaeue;  Owen  lui  a  donné  le  nom  de  nous 

macaeus  eocenus.  La  plupart  des  macaques  qu'il 

actuels  habitent  les  Indes,  mais  il  en  existe  tnéor 

aussi  en  Afrique.  M.  de  Blainville  a  décrit,  M.  Gi 

sous  le  nom  depithecue  antiquuê^  une  mft-  gée  fj 

choire  entière  de  singe,  rencontrée  dans  le  tatioi 

célèbre  gisement  de  Susan  (Gers),  que  nous  la  Ge 

rapportons  avec  certitude  à  l'étage  lalunien.  tait  p 

Mm.  Falconer  et  Cautley  ont  déâ)uvert  une  au  n 

espèce  du  genre   eemnopiihecue  ^  dans  le  doute 

même  étaçe  a  Sutly  (Indes  anglaises).  livre 

Singes  au  nouveau  eoniinenif  famille  des  semb 

pUuyrrhinœ,  —  Ils  diflèrent  des  premiers  Ma 

par  douze  molaires  à  chaque  mâchoire,  au  idées 

lieu  de  huit.  M.  Lund  en  a  découvert  dans  s*eSb 

les  cavernes  de  la  province  de  Minas4ieraès  ou  fe 

au  Brésil.  Les  esyeoes  qu'il  indique  sont  les  avec 

e^us  maerognathus^  cailiihrix  primœvus  et  cl 

froiopiihecus  brasiliensis  (genre  nouveau);  mode 

il  inoiqne  aussi  le  jacekus  grandis.  Ces  es-  sachi< 

pèces  paraissent  appartenir  à  l'étage  falu-  en  c< 

nicn.  Il  est  curieux  de  trouver,  aux  demie-  énon 

res  époques  géologiques  tertiaires,  les  sin-  océan 

ges  déjà  répartis,  comme  ils  le  sont  aujour-  M.  Bi 

(995)  Expos,  du  sysf.  du  monde,  t.  l'\  p.  29»  édi-  (80J 

tion  de  Tan  IV.  diiion. 


1311 


SOI 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


SOL 


\o\l 


sentiment  de  son  ancien  collègue,  1opsqu*il 
nous  dil  :  qu'en  supposant  arec  Vauteur  de 
la  Mécanique  céleste  que  le  corps  même  du 
soleil  est  embrasé^  les  taches  pourraient  être 
des  cavités  profondes  ^  d'où  sortiraient  par 
intervalle  de  vastes  éruptions  de  feu  faible- 
ment représentées  par  les  volcans  terres- 
très  (895).  Il  est  certain,  du  reste,  pour  ce 
qui  regarde  M.  Laplaoe,  que  sa  manière 
d'envisager  la  formation  de  tous  les  corps 
célestes  et  la  nature  de  leur  lumière,  ne  lui 
permettait  pas  d*émettrc  une  autre  opinion 
sur  la  constitution  de  lastre  qui  nous 
éelaire. 

<  Cependant,  dès  Tannée  1801,  le  cé- 
lèbre Herschell  avait  publié,  sur  la  nature 
ot  la  constitution  physique  du  soleil ,  la 
théorie  à  laquelle  il  avait  été  conduit  par  les 
nombreuses  observations  qu'il  avait  faites, 
pendant  un  grand  nombre  d'années,  avec 
ses  puissants  télescopes. 

«  bans  la  théorie  de  ce  grand  astronome, 
le  soleil  est  un  globe  solide  et  opaque  envi- 
ronné d'une  double  atmosphère,  dont  l'une, 
extérieure,  est  entièrement  composée  de 
lumière,  et  l'autre,  sombre  et  épaisse, 
constamment  chargée  de  nuages,  est  incom- 
parablement plus  volumineuse  que  la 
couche  supérieure,  la  seule  que  nous  aper- 
r^evions.  Il  considère  cette  atmosphère  infé- 
rieure comme  capable  de  proléger  la  surface 
immédiate  du  soleil  contre  la  chaleur  de  la 
couche  supérieure,  seule  lumineuse,  et  de 
rendre  ainsi  ce  monde  étonnant  propre  à 
recevoir  et  à  nourrir  des  habitants,  dont  les 
organes  seraient  adaptés  aux  circonstances 

f particulières  de  ce  vaste  globe.  II  attribue 
es  taches  à  des  déchirements  temporaires 
de  la  couche  luinincusc,  ou  à  des  ouvertures 
accidentelles  qui  nous  laissent  voir,  soit  le 
corps  solide  du  soleil,  soit  les  nuages  de  son 
atmosphère  inférieure.  Herschell,  en  consé- 
quence de  ses  découvertes,  a  rejeté  tous  les 
vieux  termes  qui  servaient  à  désigner  ces 
diSérentes  taches  ;  il  a  remplacé  les  anciens 
noms  de  noyaux^  nébulosités^  lucules^  ete.^ 
par  ceux  de  pores^  ouvertures  ^  creux  ^  sûn. 
lonSf  rides^  dentelures,  facules^  etc. 

«  Cette  brillante  théorie,  qui  avait  pour 
elle  toutes  les  probabilités  les  plus  mo- 
rables  du  temps  d'Herschell,  a  acquis  depuis 
le  dernier  degré  de  certitude  f896]. 

<  Dans* une  matière  aussi  importante  et 
aussi  décisive  contre  le  système  des  eosmo«* 

Sonistes  qui  sont  partis  de  la  supposition 
e  la  préexistence  du  soleil,  dans  le  sens 
absolu  de  ce  terme  ou  en  tant  que  luminaire 
de  la  terre,  contrairement  à  ce  qui  nous  est 
révélé  dans  la  Genèse,  nous  ne  devons  pas 
négliger  un  témoignage  tout  spécial  rendu  à 
la  vérité,  par  l'illustre  académicien  que 
nous  n'avons  pas  craint  de  reprendre  en 
face,  lorsque  nous  l'avons  vu  dévier  de  la 
lime  droite.  C'est  donc  M.  Arago  que  nous 
allons  entendre  : 


«  Le  système  de  Buffon  emporte  implicite- 
ment cette  conséquence,  que  la  matière  du  lo- 
/etï,  la  matière  extérieure  du  moitM ,  est  en 
état  de  liquéfaction.  Or,  je  dois  m'emprt$$tr 
de  dire  que  les  observations  modernes  le$piut 
minutieuses  n'ont  pas  confirmé  cette  iiét. 
Les  rapides  changements  de  forme  que  la  ta- 
ches solaires  obscures  et  lumineuses  éprouvent 
incessamment,  les  espaces  immenses  que  m 
changements  ambrassent  dans  des  temps  trèh 
courts,  avaient  déjà  conduit  à  supposer,  de- 
puis quelques  années,  arec  beaucoup  de  trai- 
sembfance,  que  de  pareils  phénomènes  defxiient 
se  passer  dans  un  milieu  gâteux.  AujoiurSké 
des  expériences  d'une  toute  autre  nature,  des 
expériences  de  polarisation  lumineuse , 
faites  à  l'Observatoire  de  Paris,  établissent 
ce  résultat  d^une  manière  incontestable.  Mais 
si  la  partie  extérieure  et  incandescente  du  so- 
leil ési  un  gaz,  le  système  de  Buffon  pèekepar 
sa  base  essentielle,  il  n'est  plus  soutenabU. 

«  On  powrait,  il  est  vrai,  continiue  M.  Ara 
go,  alléguer  que  le  corps  obscur  auquel  cette 
atmosphère  lumineuse  sert  d'envelopps  et 
qu^elle  nous  permet  d'apercevoir  quand  ses 
parties  se  désunissent,  que  ce  corps  obscur^ 
dis-je,  est  liquide;  mais  ce  serait  la  une  hypo- 
thèse entièrement  gratuite,  et  qu'on  ne  saurait 
appuyer  sur  aucune  observation  exacte  (897}. 

«  Cependant,  celte  hypothèse  entièrement 

f gratuite,  ou  plutôt  Tbypothèse  de  la  liqué* 
action  totale  du  soleil  est  tout  à  la  fois  le 
fondement,  le  centre  et  le  résultat  du  sjs* 
tème  d'explication  de  M.  Laplace;  et  cette 
hypothèse  est  encore  l'hypothèse  forcée  de 
ceux  qui  eonsidèrenl  la  terre  et  toutes  les 
planètes  comme  autant  de  déjections  incan- 
descentes sorties  en  même  temps  de  diTers 
eânts  de  l'éauateur  solaire.  De  même  que 
.  Laplace,  les  auteurs  de  ce  svstème  re* 
nouvelé  de  Buffoa  ne  peuvent  faire  de  la 
terre  un  globe  originairemeat  incandescent 
et  encore  en  feu  dans  presque  toute  si 
passe,  sans  supposer  que  le  globe  solaire 
est  lui-^mème  liquide  et  incandescent,  sans 
supposer  que  Fâ  matière  du  soleil  esi  en 
état  de  fusion,  de  liquéfaction  incandescente. 
Si  l'on  objecte  à  ces  nouveaux  cosmogonisles 
que  la  matière  des  planètes  étant  de  la  même 
nature  que  celle  aa  soleil ^  les  planètes  d^ 
vraient  être  comme  le  soleil  brûlantes  et 
lumineuses,  et  non  pas  froides  et  opaqnes 
comme  elles  le  sont,  ils  répondront,  ils  se- 
ront obligés  de  répondre  avec  Buffou  :  9»< 
le  feu  ne  peut  pas  subsister  aussi  longtemps 
dans  les  petites  que  dans  les  grandes  masses^ 
et  oue  les  planètes  ont  dû  brûler  penèist 
quelque  temps,  mais  qu'elles  se  sont  éteintes 
faute  de  matières  combustibleSf  comme  U  lo- 
leil  s'éteindra  probablemeni  par  la  mime  rvi; 
son,  mais  dans  des  âges  futurs  U  oMSsi  éloi- 
gnés des  temps  auxquels  les  planètes  se  ssnt 
éteintes,  que  sa  grosseur  Vest  de  celles  dft 
planètes  /896^  Ou  bien  ils  diront  avec  Des- 


(895)  Traité  ilém,  d'astronomie  physique,  \\\.  i        cinp.aroe  demain  par  niio  aiilro.  \mtu.  nt  S*-tt.^ 
chap.  5.  '  (897)  Ann,  I85i,  p.  252  et  255. 

(896)  C*est  toui  simplement  anc  hypothèse  qui  sera         (808)  Théorie  delà  terre,  p.  217  et  21^ 


J 


ÎZîl  SOL  KT  DE  F  l 

cartes  et  Lcibnitz,  que  la  terre  et  les  autre 
planètes  sont  des  soleils  déjà  encroûtés. 

c  Pour  ne  parler  ici  que  du  système  qu 
nous  occupe»  M.  Laplace  décide  que  le  re 
froidissement  a  dA  produire  dans  les  pla 
nètes  en  vapeurs,  comme  dans  le  soleil  i 
Tétat  de  nébuleuse,  un  noyau  brillant  qu( 
la  condensation  de  son  atmosphère  translor 
mait  en  étoile  (899).  Ainsi»  dans  le  systèm< 
de  H.  Laplace  comme  dans  le  système  d< 
Buffon,  la  fluidité  primitive  des  planètes  oi 
leur  ancienne  incandescence  est  de  la  même 
nature  que  la  fluidité  encore  subsistante  di 
globe  solaire,  de  la  même  nature  que  soc 
incandescence  actuelle;  seulement,  ches 
M.  Laplaee,  eette  fluidité  ignée  n*est  pas  ori- 

Îinelle:  cette  fluidité  primitive  du  soleil  el 
es  planètes  a  succédé  à  Tétat  de  vapeurs, 
«r  liais,  voici  qu'on  enseigne  qu*en  par- 
tant de  son  état  initial  de  vapeurs,  notre 
Silaaète  a  dû  commencer  à  se  solidifier  pai 
e  centre,  et  successivement  du  centre  à  la 
circonférence,  jusqu'à  ce  qu'il  ne  soit  plus 
resté  Que  les  matières  qui  forment  aujour- 
d'hui la  mer  et  notre  atmosphère;  que  les 
molécules  de  la  terre  étaient  soumises  à 
leur  attraction  mutuelle,  et  que  de  eette 
force  il  est  résulté  une  pression  croissante 
de  la  circonférence  au  centre,  qui  a  déter- 
miné la  solidification  immédiate  des  couches 
centrales,  tandis  que  toute  la  chaleur  déve- 
loppée pendant' le  changement  d'état  de  ces 
couches  centrales,  s'échappait,  sous  forme 
rayonnante,  à  travers  les  couches  supé- 
rieures encore  à  l'état  de  vapeurs  (900).  Et 
voici  gue  des  observations  précises  et  des 
expériences  directes  établissent  d'une  ma- 
nière incontestable  que  la  matière  du  soleil 
n'est  pas  en  état  de  liquéfaction,  que  toute 
la  substance  lumineuse  nage  au-dessus  de 
son  atmosphère. 

«  Jamais  point  de  vue  plus  vaste  et  plus 
sublime  ne  s'est  déployé  devant  l'oeil  de 
l'intelligence.  La  sagesse  humaine,  d'ac- 
cord avec  la  révélation  divine,  promet  enfin 
de  répandre  la  lumière  de  la  démonstration 
sur  1  unité  d'ori^ne  du  ciel  et  de  la  terre, 
et  sur  la  mystérieuse  génération  de  tous  les 
corps  de  l'univers  (901). 

«  Les  plus  hautes  théories  scientifiques 
'admettent  unanimement,  elles  reconnaissent 
unanimement  que  la  matière  dont  ies  mondes 
sont  composée  était  d'abord  à  tétai  gazeux  ; 
qne  la  terre  et  toutes  les  planètes,  que  le 
sdieil  et  toutes  les  étoiles  étaient,  au  com- 
mencement, à  Tétat  de  vapeurs^  c'est-à-dire 
à  Fêtai  de  matière  impalpable^  invisible  ei  tn- 
eamposée.  Un  grand  séomètre,  entraîné  par 
Tesprit  de  système,  fait  naître  au  centre  de 
cette  matière  fluide,  au  centre  de  la  terre  à 
l'état  de  vapeurs,  un  noyau  brillant  et  lumi- 

(S99)  Expo$.  du  tysl.  dm  monde^  p.  410  et  415. 

(900)  Mém.  sur  les  tempérât,  du  gtobe^p.  12 el  13. 

(901)  La  sëfesse  kumuine,  qui  esl  d'accord  avec  ta 
résUaisou  dmrn^  au  moins  dans  une  douzaine  de 
aysléflMvcosoKMMkiaesiootdillëfeiits,  a  toujours 
pi«sjmniisqu*eUeD*a  tenu  jasqoici.  (Jéh.  de  S*-Cl.) 

(9in)  La  sauesse  humaine  a  poartanl  aDirmé  cela 
longtenpsel  !  aflinDeencoreprt*squ*uoivcrselleDient. 


1313 


SOL 


DKTIONNAIRS  M)  COSMOGONIE 


SOL 


m 


.  «  Dans  toutes  leurs  observa tioos ,  les  as- 
tronomes ont  constamment  remarqué  que 
Tatmosphère  lumineuse  ou  Tenveloppe  si- 
dérale est  séparée  du  globe  jsolaire  par  une 
autre  atmosphère  non  lumineuse  et  analo- 
gue à  l'atmosphère  terrestre.  Dans  leurs  ex- 
plications y  la  pénombre  qui  accompagne 
presque  toujours  les  taches  solaires  est  pro- 
duite par  les  nuages  de  cette  atmospnère 
inférieure  qui  sépare  le  noyau  de  Tatmos- 

ffaère  lumineuse,  dont  elle  reflète  la  lumière 
un  très-haut  degré. 

«  Dans  les  conclusions  d'Herschell,  la  cou- 
che lumineuse  et  toute  superficielle  est  sou- 
tenue à  une  grande  distance  de  la  surface  du 
soleil,  fort  ai^essus  de  son  noyau  solide. 
L'atmosphère  intermédiaire,  sur  laquelle 
s'appuie  cette  enveloppe  lumineuse,  porte  à 
sa  surface  supérieure,  ou  plutôt  ^  comme  le 
fait  observer  le  fils  du  grand  astronome,  dans 
son  intérieur^  à  un  niveau  considérablement 
plus  bas  (905),  des  couches  nuageuses  sem- 
blables à  celles  qui  régnent  dans  notre  at- 
mosphère ;  et  cette  atmosphère  solaire  nous 
renvoie  la  plus  grande  partie  de  la  lumière 
qu'efle  reçoit  de  son  enveloppe  incandes- 
cente. 

«  Dans  ces  mêmes  conclusions,  Herschell 
▼a  beaucoup  plus  loin.  Herschell  croyait  que 
le  soleil  est  habité.  Suivant  /ut,  si  lawofonr 
deur  de  Vatmosphère  solaire  dans  laquelle 
s'opère  la  réaction  chimique  lumineuse^  s  élève 
à  un  millier  de  lieues^  il  n'est  pas  nécessaire 
qu'en  chaque  point  V éclat  surpasse  celui  d'une 
aurore  boréale  ordinaire.  Les  arguments  sur 
lesquels  le  grand  astronome  se  fonde  pour 
prouver^  en  tout  cas^  que  lenoy<iu  solaire 
peut  ne  pas  être  três-chaud  malgré  Vincan- 
descence  de  ratmosphère,  ne  sont  ni  les  seuls, 
ni  les  meilleurs  qu'on  pourrait  invoquer.  » 
C'est  le  savant  auteur  [des  Notices  qui  se 
prononce  ainsi. 

«  11  n'est  pas  étonnant,  disait  Fontenelle, 
que  la  philosophie  bégaye,  sur  des  choses 
si  éloignées  de  la  portée  de  nos  yeux  et  si 
faiblement  aperçues;  il  l'est  seulement  qu'on 
ait  été  si  loin  et  qu'on  ait  pu,  par  exemple, 
distinguer  géométriquement  les  deux  hémi^ 
sphères  réefs  du  soleil,  y 

€  Après  avoir  cité  cette  remarque  de  Fon- 
tenelle, M.  Ara^o  continue  en  ces  termes  : 
T ajouterai  ensuite  que^  s'il  m'était  permis  de 
sortir  du  cadre  de  cette  Notice^  des  phénO' 
mènes  de  polarisation  permettraienty  en  plus 
d'un  pointy  de  substituer  des  faits  positifs, 
des  démonstrations  catégoriques  aux  raison- 
nements simplement  bégayés  dont  parlait  fin- 
génieux  secrétaire  de  l'Académie  des  scien- 
ces  (906). 

«  En  effet,  les  physiciens,  en  suivant  une 
autre  route,  se  sont  rencontrés  avec  les  as- 
tronomes: et  leurs  expériences  put  constaté, 
d'une  manière  encore  plus  directe  et  plus 
irréfragable,  que  le  fluide  lumineux  forme . 
.à  derujère  couche  de  l'atmosphère  solaire, 
ou  que  la  substance  lumineuse  du  soleil  est 

(905)  Op.  cil,  p.  245. 


tout  entière  confinée  dans  les  pms  nau(es 
régions  de  son  atmosphère. 

«  M.  Foùrier  venait  de  constater,  par  ses 
expériences  sur  la  polarisation  des  rajons 
lumineux,  que  ceux  qui  s'échappaient  d'un 
globe  de  feu  ou  d'une  sphère  métallique  ea 
ignition  étaient  manifestement  polarisés,  lan- 
dis  que  ceux  qui  émanaient  d'une  substance 
gazeuse  et  incandescente  ne  présentaient  au- 
cune trace  de  polarisation,  quand  M.  Arago, 
s'emparant  de  cette  belle  déœuverle,  en 
fil  le  premier  l'application  à  la  lumière  so- 
laire. Il  observa  que  cette  lumière  ne  jouis- 
sait pas  des  propriétés  de  la  polarisation,  et 
il  eut  ainsi  l'honneur  de  démontrer  le  pre- 
mier, d'une  manière  directe  et  incontestable, 
que  la  matière  incandescente  du  soleil  ne 
peut  être  ni  un  solide,  ni  un  liquide,  mais 
nécessairement  un  gaz. 

«r  Boueuer  avait  «ru  remarquer  que  la 
lumière  du  soleil  était  plus  vive  à  son  cen- 
tre que  vers  ses  bords  ;  et  on  s'autorisait 
des  expériences  de  cet  astronome  pour  ap- 
puyer l'hypothèse  d'une  atmosphère  répan- 
due autour  de  la  partie  brillante  du  soleil, 
atmosphère,  disait-on,  qui  affaiblissait  par 
son  opacité  les  rayons  lumineux  émanés  des 
extrémités  de  ce  globe  incandescent.  On 
avait  calculé  que  le  soleil,  dépouillé  de  son 
atmosphère,  nous  paraîtrait  douze  fois  et  un 
tiers  plus  lumineux.  Mais  M.  Araço,  ayant 
découvert  que  le  mica  a  la  propriété  non- 
seulement  ue  diviser  en  deux  les  ravons  po- 
larisés, mais  encore  de  produire  les  deux 
images  avec  des  couleurs  complémentaires 
ou  dont  le  mélange  forme  le  LHanc,  M.  Arago, 
dis-je,  mit  cette  précieuse  découverte  à  pro- 
fit, pour  prouver  que  tous  les  [K)ints  de  la 
surface  du  soleil  envoient  précisément  les 
mAraes  couleurs,  et  que  la  lumière  des  bords 
est  aussi  intense  que  celle  du  eentre.  Dans 
cette  opération,  comme  dans  celle  effectuée 
à  l'aide  d'une  lunette  munie  d'un  cristal  de 
roche  et  d'un  cristal  de  spath  d'Islande,  les 
deux  images  du  soleil,  disposées  de  manière 

Sue  le  bord  de  l'une  coïncide  avec  le  centre 
e  l'autre,  fournissent  encore,  aux  points  de 
coïncidence,  une  lumière  parfaitement  blan* 
che.  D'où  il  résulte  que  les  bords  du  soleil 
sont  précisément  aussi  lumineux  ou  ont  une 
lumière  aussi  intense  que  le  centre. 

«  Il  fut  ainsi  démontré  contre  Bouguer,  et 
par  conséquent  contre  M.  Laplace»  que  le 
soleil  n'a  point  d'atmosphère  au  delà  de  la 
matière  lumineuse,  au  delà  de  son  enveloppe 
sidérale. 

tf  Jamais  théorie  plus  hardie  n'a  étonné  ic 
monde  savant,  et  jamais  doctrine  scientifi- 
que n'a  obtenu  un  assentiment  plus  général, 
parce  que  jamais  théorie  scientifique  n'a  eu 
pour  base  des  faits  plus  positiîs,  confirmés 
par  des  expériences  plus  uirectes  et  plus  dé- 
cisives. 

«  V opinion  éC Herschell  que  la  partie  brii- 
lante  du  soleil  ne  se  composait  que  ifv*^ 
atmosphère  gazeuse  ef  incatCdtêcenttf  était  tf' 
puyée  sur  des  preuves  nombreuse*  faumitt 

'(900)  Ann.  1812.  Constitution  QbTSÎ4oe  en  îM- 


par  roh$érvaiion  des  iacheSy  et  il  ne  restait  l*exj   I 

plui  de  doute  sur  sa  réalité^  lorsque  de  nou-  rieu   ! 

rellei  expériences  que  nous  allons  rapporter  s  eu   ; 

«ôfU  tenues  fournir  uo  dernier  degré  de  cer-  /o  /c  i 

lîtode,  et  témoigner  en  oatre  que  la  lumière  sont  i 

solaire  est  de  même  intensité  dans  tous  ses  son    * 

points^  et  que^  par  conséquent^  il  n'existe  pas  roéa  : 

^atmosphère  extérieure.  —  Bouguer  suppo  -  reur 

sait  que  le  soleil  est  environné  d^une  atmO'^  proc  : 

sphère  semblable  à  la  nôtre,  qui^  par  son  opor  élevi 

ei'l/,  affaiblit  les  rayons  lummeux  ;  mais  des  nèsf 

expériences  très -délicates  de  M.  Arago  ont  trad 
prouvéf  depuis^  que  tous  les  points  du  disque         ^  1  i 

solaire  éclairaient  également^  et  que  par  con-  obte  i 

séqueni  une  pareille  hypothèse  ne  peut  subsis-  de  p*  I 

fer.  —  Il  •est  une  preuve  sans  réplique  que  man  : 

la  portion  extérieure  et  visible  du  soleil  ne  objei 

peut  être  ni  solide  ni  liquide ,  mais  seulement  est  u  i 

«ffi  corps  de  la  nature  du  gax.  M.  Arago  a  toute  i 

déduit  cette  preuve  des  phénomènes  de  coio-  appe  ! 

ration  qu  offre  la  iumière  polarisée...  L'hy-  déroi  i 

pothèse  de  Bouguer  n'est  pas  vraie^  car  la  M.  P 

polarisation  donne  encore  la  preuve  la  plus  la  so  i 

oonraincante  que  la  iumière  au  soleil  a  par-  dui$<  ; 

tout  la  même  intensité  ^  soit  qu^elle  émane  succ< 

du bord^  soit  quelle  émane  du  centre.  —  M.  plus   i 

Arago  a  prouvé  par  des  expériences  directes^  plein  \ 

et  à  Tabri  de  toute  objection^  que  la  portion  plus   | 

extérieure  du  soleil  ne  pouvait  être  ni  solide^  conn«  i 

ni  liquide j  mais  seulement  gazeuse.  Il  a  dé-  nous 

duit  cettepreuve  des  phénomènes  de  coloration  globe 

qu'offre  ia  lumière  polarisée.  Nous  donnerons  comn 

oaim  la  preuve  la  plus  convaincante  que  la  autre  ; 
iumière  du  soleil  a  partout  la  même  intensité^         «  h  < 

soit  au  bord  9  soit  au  centre  du  disque.  M.  desce 

Arago  a  également  déduit  cette  preuve  des  ni  ui 

phénomènes  de  la  polarisation,  ce  qui  détruit  est  n*  i 

f hypothèse  de  Bouguer  (907).  comp  i 

«  Or,  c'est  sur  cette  hypothèse  de  Bouguer,  ronn^ , 

ou  sur  Texistence  d'une  atmosphère  solaire  spbèr  ! 

qui  s'étendrait  au  delà  des  orbites  de  Mer-  par  u 

cure  et  de  Vénus ,  au  delà  même  de  l'orbe  Tanoi  i 

terrestre ,  que  reposaient  toutes  les  explica-  remai  i 

tiens  des  astronomes  relatives  à  la  lumière  sous  i  < 

zodiacale,  cette  pierre  d'achoppement  contre  plicat 

laquelle  tant  de  rêveries  ont  été  se  briser.  Nous 

comme  le  dit  M.  Arago,  et  contre  laquelle  riendi 

aussi  M.  Arago  lui-même  allait  se  heurter,  ble  qi: 

lorsque,  ne  faisant  plus  attention  à  l'impos-  rente 

sibilité  de  mettre  la  matière  zodiacale  dans  ^  i'^F 

la  dépendance  immédiate  et  intime  de  la  pho-  notre 
iosphère  solaire,  il  se  préoccupait  de  la  pos-        «  K' 

sibilité  de  l'accroissement  de  notre  soleil  en  Avait  <; 

éclat,  par  la  condensation  et  la  réunion  à  sa  lutioni 

surface  de  ces  parties  les  plus  volatiles  de  la  centre 

nébuleuse  primitive.  diffère 

«  Parce  qu'il  est  juste  de  rendre  à  chacun  4ue  le 

ce' qui  lui  appartient,  nous  nous  empressons  tous  li 

de  reconnaître  que  c'est  à  M.  Laplace  qu'il  planèti 

était   réservé  de  constater   l'impossitnlité  systèa: 

d*ane  semblable  réunion,  de  démontrer  Tim-  fermei; 

possibilité  de  cette  condensation  à  la  surface  ^^^^  v^ 

du  soleil,  impossibilité  non  moins  absolue  ^^  ^1^ 

ponr  cette  matière  zodiacale  que  pour  la  généra 

matière  des  planètes.  Cependant  c^st  sur  serve 

(907)  Lettres  iur  laphysiq,  !3I'  lettre.—  M.  Qcé-         (908) 

TEtBT,  direct,  de  robsenral.  de  Bruxelles,  Astron.  reux  ;  i 

éiém.^  p.  106.  —  M.  IIltel,  Traité  ttastron.  p.  Ii4.  naisâan 

—  Cotm  de  Cosmograph.,  déJié  à  M.  Poisson,  p.  73.  S«-Cl.) 


4319 


SQL 


DICTIONNAIRE  DE  COSUOeONlE 


SOL 


m 


ml  aurait  moins  de  densité  que  la  plupart 
de  ses  planètes  ;  sa  densité  ne  serait  è  peu 
près  que  le  quart  de  la  densité  de  la  terre, 
ou  à 'peine  égale  à  la  densité  de  Jupiter 
si  éloigné  du  centre  d*attraction.  Ceci  ne 
s*accorae  guère  avec  ce  que  Ton  sait  au  su- 
jet des  lois  de  la  pesanteur,  qui  tendent  à 
précipiter  vers  le  centre  de  gravité  les  par- 
ties les  plus  pesantes  de  la  matière,  et  au 
sujet  de  la  cause  qui  a  donné  aux  couches 
de  notre  globe  des  densités  croissantes  de  la 
surface  au  centre. 
«  Dans  les  différents  systèmes  qui  parla- 

{;ent  aujourd'hui  les  savants,  on  admet  que 
e  soleil  et  toutes  les  planètes  n'ont  formé, 
dans  Torigine,  qu'une  seule  et  même  masse. 
Il  est  donc  naturel  de  penser  que  les  matiè- 
res les  plus  pesantes  ont  constitué  le  corps 
central ,  le  corps  qui  occupe  le  centre  de 
gravité  de  toutes  la  masse.  L'anomalie  se- 
rait ici  d'autant  plus  extraordinaire,  que  la 
loi  si  constamment  et  si  uniformément  sui  • 
vie  dans  toute  la  nature  s'observe  dans  la 
constitution  de  toutes  les  planètes,  qui  ont 
plus  de  densité  à  mesure  qu'elles  sont  plus 
rapprochées  du  centre  de  la  pesanteur.  Une 
si  étrange  bizarrerie,  qui  viendrait  rompre 
ainsi  le  ûl  de  toutes  les  analogies,  ne  nous 
force-t-elle  pas  à  admettre  que  cet  écart  do 
la  nature  n'a  aucune  réalité,  et  que  son  ap- 

1)arence  procède  d  une  erreur  inévitable  de 
a  part  des  astronomes  (909)  ? 

«  Dans  la  détermination  du  volume  et  de 
la  masse  du  soleil,  les  astronomes  ont  com* 
);ris  et  ont  été  obligés  de  comprendre  son 
atmosphère  obscure  ou  diaphane,  et  son  at- 
mosphère lumineuse  :  c'est-a-dire  son  atmo- 
sphère, sa  véritable  atmos{>hè're,  et  son  dis- 
que lumineux.  Mais  connaissons-nous  toute 
la  profondeur  de  cette  atmosphère  ?  Savons- 
nous  si  cette  atmosphère  qui  supporte  ce 
disque  gazeux  et  incandescent  n  a  pas  un 
volume  dix  fois,  cent  fois  même  plus  consi- 
dérable que  le  noyau  solide?  Que  le  volume 
de  ce  noyau  ne  soit  que  le  dixième  dû  vo- 
lume ioialf  la  densité  du  corps  du  soleil  ou 
de  son  noyau  solide  sera  à  peu  près  égale  à 
celle  de  Mercure,  la  plus  dense  de  toutes  les 
planètes,  et  son  volume  sera  encore  envi- 
ron cent  fois  plus  considérable  que  le  vo- 
lan:e  do  Jupiter,  la  plus  grosse  de  toutes  ces 
[ilanètes. 

«  Celte  immense  atmosphère  n*a  rien  qui 
imisse  nous  surprendre.  La  lune,  satellite  de 
la  terre,  comme  la  terre  est  satellite  du  soleil, 
n'a  qu'une  atmosphère  insensible,  tout  à 
fait  imperceptible.  Aon  atmosphère  n'est  cer- 
tainement pas  la  millionième  partie  de  lat- 
mosphère  terrestre.  Faisons  notre  calcul,  et 
n  oublions  pas  de  fieiire  entrer  dans  les  élé- 
ments de  ce  calcul  la  nroiligîcuse  supériorité 

(909)  Voici  riiypoiliése  do  M.  Godefroy  fort  con- 
ir.iricc  pnr  la  diOcrence  des  densités  entre  le  soleil 
et  les  pfanéics.  La  deiisllé  de  la  terre  ëlanti,  celle 


t^S'!97.  On  voit  que  M.  Godefroy  se  Iroinjpe  en  affir- 
mant que  les  planètes  ont  pitis  de  densiie  à  mesure 


du  volume  et  de  ia  masse  du  soleil  sur  le 
volume  et  la  masise  de  la  terre,  comparés  au 
volume  et  à  la  masse  de  la  lune,  et  nous 
trouverons  que  le  volume  de  Fatmosphère 
solaire  doit  l'emporter  de  beaucoup  sur  le 
volume  du  globe  central.  Remarauons  eo 
outre  que  la  terre  a  plus  de  densité  que  son 
satellite,  ce  qui  est  entièrement  conforme 
aux  principes  que  nous  invoquons  ;  que  l« 
méthode  inductive  qui  sert  de  règle  aui 
sciences  naturelles  est  encore  ici  tout  eo 
faveur  d*une  hypothèse,  d'ailleurs  si  plausi- 
ble et  si  simple,  qu*il  est  surprenant  qu'elle 
n  ait  point  encore  été  proposée. 

«t  Au  reste,  si  la  masse  totale  et  le  volume 
total  du  soleil  sont  exactement  connus,  il 
est  positif  que  la  science  n'a  aucune  donnée 
acquise  sur  la  masse  et  la  densité  du  noyau 
central,  du  corps  même  du  soleil.  Dans  son 
Mémoire  sur  la  chaleur  solaire,  lu  à  TAcadé* 
mie  des  sciences  dans  la  séance  du  18  juin 
1838,  M.  Pouillet  avait  fait  intervenir  dans 
ses  opérations  la  masse  et  la  densité  iu 
corpi  même  du  êoleil  M.  Arago  s'est  em- 
pressé de  rappeler  à  l'Académie  que  les  ob- 
servations astronomiques  les  plus  exactesel 
les  plus  rigoureuses  ne  permettent  plus  de 
considérer  cet  astre  autrement  que  comme 
un  noyau  noir  enveloppé  d'une  atmosphère 
transparente,  puis  d'une  atmosphère  lumi- 
neuse; il  s'est  empressé  de  rappeler  que  les 
taches  obscures  que  l'on  remarque  à  sa  sur- 
face ne  i)euvent  être  autre  chose  que  des  es- 
1)èces  de  vides  dans  l'atmosphère  lumineuse, 
travers  lesquels  on  aperçoit  la  masse  noire 
située  au  centre;  mais  que,  quant  au  volu- 
me de  cette  *mas$e  et  à  sa  dentitéf  ta  scimt 
reste  à  cet  égard  dans  une  ignorance  ot- 
Bolue. 

«  Nous  n'insisterons  pas  davantage  sur 
les  données  que  nous  fournirait  encore  Tana- 
logie  pour  établir  que  le  soleil,  si  supériear 
à  la  terre  en  masse  et  en  volume,  doit  lai 
être  également  supérieur  sous  le  rapport  de 
la  densité.  La  question  de  la  densité  plus.ou 
moins  grande  du  corps  du  soleil  n'est  plus 
pour  nous  que  d'une  importance  secondaire. 
Il  nous  suffît  de  savoir  que  le  solçil  est  un 
globe  obscur  et  opaque,  et  surtout  Que 
toute  sa  lumière  est  conflnée  dans  les  plus 
hautes  régions  de  son  atmosphère  et  aux  ei- 
trèmes  limites  de  cette  atmosphère;  il  noos 
suilit  de  savoir  que  le  soleil  n  a  point  d'at- 
mosphère au  delà  de  la  matière  lumineuse, 
parce  qu'alors  nous  acquérons  la  certitude 
physique  que  la  terre  et  les  planètes  u'ool 
jias  été  formées  aux  limites  successives  d^ 
cette  atmosphère  ;  gue  le  soleil  n'A  point  (te 
rang  de  primordialité  dans  la  création;  qu^ 
la  formation  du  grand  luminaire  n'a  pss  pro- 
cédé la  formation  de  la  terre;  et  que  parcoo- 

qu*elles  sont  plus  rapprochées  du  soieil  :  UraBVS  a 
plus  de  densité  que  Jupiter  qui  est  beaucoup  f*^ 
près  du  soleil  ;  il  en  est  de  uiéme  de  la  terre  ç^ 
rapport  à  Vénus.  Il  est  bien  commode  de  Mpp<^ 
une  erreur,  il  est  moins  facile  de  la  montrer. 

On  sait  aue  les  densités  des  corps  sont  profio^ 
lionnelles  a  leurs  masses,  divisées  par  l^urs  vo* 
lûmes.  (J£n.  de  S^-Cl.) 


4^21 


SOL 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


SOL 


l'iS 


i^équcnt  la  terre  et  toutes  les  planètes  sont 
des  portions  de  la  môme  masse  moléculaire 
successivement  abandonnées  dans  le  plan 
d'un  équateur  universel,  è  mesure  que  cette 
masse  génératrice  se  resserrait  et  se  conden- 
sait au  seiu  d*une  sphère  unique  circonscrite 
\}àT  une  enveloppe  lumineuse  (910). 
«  M.  Laplace  est  allé  se  perdre  dans  les 

[rofondeurs  du  ciel  étoile  pour  chercher  une 
mse  à  sa  théorie  cosmogonique,  quand  les 
nébuleuses  planétaire»  lui  offraient  le  type 
le  plus  (larfait  de  notre  système.  Ces  objets 
astronomiques,  qui  atteignent  des  dimen- 
sions si  énormes,  étaient  bien  plus  propres 
que  toutes  ces  nébulosités  douteuses  à  nous 
représenter  Télat  primitif  du  système  planéto- 
soiaire.  Leurs  dimensions  peut-être  égales 
h  celles  delà  sphère  d'activité  du  soleil,  leur 
forme  sphérique,  leur  lumière  toute  superfi- 
cielle maintenue  à  des  milliards  de  lieues  du 
centre  de  gravité,  toutes  ces  circonstances 
si  remarquables  ne  nous  indiquent-elles  pas 
que  telle  devait  être  l'agglomération  de  la 
masse  moléculaire;  que  c'est  sous  cette 
for'ne  que  devait  apparaître  la  congloméra- 
tion  des  éléments  au  système  planéto-so- 
laire,  alors  au'il  ne  composait  encore  qu'une 
seule  et  même  masse?  En  envisageant  la 
masse  génératrice  de  tous  les  corps  de  notre 
système  sous  ce  nouveau  point  de  vue  que 
nous  offre  Tastronomie,  on  comprend  com- 
ment il  est  arrivé  que  l'existence  de  la  lu- 
mièfe  a  précédé,  dans  l'ordre  de  la  création, 
î'ciistenee  de  la  terre  et  du  soleil,  comme 
nous  l'apprend  l'historien  de  cette  création; 
et»  si  on  rapproche  cette  manifestation  de 
l'astronomie  des  données  acquises  sur  la  na- 
ture delà  constitution  physique  du  soleil, 
on  comprend  encore  aue  le  plus  savant 
cosmogoniste  du  xix*  siècle  ne  s'est  égaré, 
que  parce  qu'il  n'a  pas  consulté  un  historien 
qui  écrivait  avant  qu'il  y  eôtune  géométrie, 
*ine  physique,  une  astronomie  (911). 

«  Pour  nou5,  qui  ne  voyons  la  vérité  que 
dans  l'accord  des  faits  scientifiques  avec  les 
faits  révélés,  et  qui  demeurons  convaincu 
que  sans  cet  accord  la  science   n'est  plus 

2u'un  abtme  où  l'homme  se  perd,  nous  nous 
tayons  tout  è  la  fois  do  l'autorité  de  nos  as- 
ti onomes  et  de  nos  phvsiciens,  et  de  l'auto- 
fité  de  l'auteur  inspiré  de  la  Genèse j  pour 

}>roclamer  que  la  lumière  a  existé  avant  la 
brmation  du  soleil  et  des  planètes;  et,  au 
Jieu  de  faire  sortir  la  terre  et  les  autres  pla- 
nètes d'une  atmosphère  qui  s'étendrait  au 
delà  de  la  matière  lumineuse,  au  delà  du 
disque  solaire,  nous  nous  emparons  des  ré- 
sultats que  nous  présentent  les  phénomènes 
des  nébuleuses  planétaires  et  des  acquis 
scientifiques  sur  la  nature  du  soleil,  pour 
attribuer  la  formation  des  planètes  et  du 
foleil  lui-même  à  la  condensation  de  la  ma- 

(910)  Voili  bien  ce  que  réclame  votre  hypothèse, 
mais  aiie  vaut  votre  hypothèse  ?  nous  Tavons  vu  à 
rartide  GoDcraof ,  etc.  (Jéh.  db  S^-Cl.) 

(91  i)  Ah  I  voilà  bien  le  tort  de  Laplace,  du  grand 
géomètre  ;  il  n'a  point  con$uUé  Moïse  (|ui  lui  aurait 
dit  toutes  les  choses  si  curieuses  et  si  neuvas  qu*il 
U  dites  à  M.  Godefroy  mieux  avisé,  telles  que  la 


tière  élémentaire  au  sein  d'une  atmosphère 
immense  circonscrite  par  une  enveloppe  lu- 
mineuse 

«  Dans  cet  ordre  de  choses,  l'organisalion 
de  la  terre  et  des  autres  planètes  a  nécessai  •  ' 
rement  précédé  celle  du  soleil.  En  effet,  le 
soleil,  la  terre  et  toutes  les  planètes  passè- 
rent de  l'état  de  vapeurs  à  Fétal  solide,  ou,  si 
l'on  veut,  de  Tétat  de  vapeurs  à  l'étalpâtcux 
ou  liuuide  d'abord,  puis  à  l'état  solide  dans 
une  plus  ou  moins  grande  partie  de  la  masse, 
état  qui  fut  soumis  à  l'influence  d'une  haut» 
température  en  raison  de  la  quantité  de  ma- 
tière, ou  en  raison  de  l'étendue  de  la  surface 
liquéfiée,  puis  solidifiée.  Or,  nécessaire- 
ment, la  durée  de  cette  transformation  fut 
d'autant  plus  longue  que  la  masse  en  va- 
peurs était  plus  consicférable  ;  et,  pour  cha- 
cun de  ces  globes,  cette  époque  de  transition 
ne  peut  se  terminer  que  quand  la  déper- 
dition du  cajorique  ou  de  la  chaleur  dx)ri- 
f;ine  eut  été  assez  avancée  pour  permettre  à 
'atmosphère  de  se  resserrer  et  de  se  con- 
denser a  la  surface  du  noyau  central.  Pour 
ne  parler  ici  que  de  notre  planète,  dont  la 
masse  est  à  peine  égale  à  la  350  millième 
partie  de  la  masse  totale  du  soleil,  on  con- 
çoit que  son  organisation  définitive  dut  être 
parfaite  longtemps  avant  que  les  couches 
supérieures  de  l'atmosphère  solaire  eus- 
sent cessé  de  comprendre  dans  leurs  dimen- 
sions l'orbite  terrestre  tout  entière  (912). 

«c  Maintenant,  le  noyau  du  soleil  serait-il 
un  globe  de  feu  ?  Ce  corps  central,  auquel 
une  atmosphère  lumineuse  sert  d'envelop- 

Ec,  serait-il  en  état  de  liquéfaction?  cette 
ypothèse  entièrement  gratuite  et  qu'on  ne 
saurait  appuyer  sur  aucune  observation 
exacte  serait-elle  justifiée  ot  constatée,  que 
la  thijorie  génésiaque  n'en  recevrait  aucune 
atteinte.  Pour  que  la  vérité  révélée  demeure 
dans  toute  son  intégrité,  il  suflit  qne  l'orga- 
nisation du  grand  luminaire  n'ait  point  pré- 
cédé l'organisatien  du  globe  terrestre  ;  il  suf- 
fit surtout  Que  ce  foyer  de  toutes  les  orbite/i 
ne  soit  pas  la  substance  lumineuse  qui  nous 
éclaire  ;  il  sufiSil  que  la  lumière  qui  fait  la  ' 
distinction  du  jour  et  de  la  nuit  ne  procède 
pas  de  ce  globe  ou  noyau  central.  Or,  indé- 
pendamment du  phénomène  des  taches,  nous 
avons  vu  que  tous  les  phénomènes  de  colo- 
ration et  de  polarisation  concordent  à  démon- 
trer que  la  propriété  lumineuse  du  soleil  c^t 
toute  dans  son  atmosphère,  et  aux  dernières 
limites  de  cette  atmosphère.  Nous  pouvons 
igouter  aujourd'hui  que  des  expériences  di- 
rectes étaLlissent  que  le  corps  du  soleil, 
fût-il  un  glohe  de  feu,  un  globe  en  ignitiof, 
ce  globe  serait  encore  un  globe  obscur  et 
absolument  invisible.  Les  flammes  les  plus 
vives  disparaissent:  et  les  corps  solides  aa'  s 
Vital  dUgnition  le  plus  intense  ne  paraissent 

masse  génératrice  de  îom  les  corps  de  notre  t^S' 
tème,  etc.  (Voy.  à  Tartlcle  GoDsraoT  tout  ce  que  eut 
auteur  a  trouvé  ilansia  Genèse,)  (Jéh.  db  S<-Cl.) 

(912)  Il  y  aurait  bl«tn  ici  qu«»qucs  centaines  de 
questions  à  adresser  à  Tauteur,  mais  pourquoi  trou- 
bler ses  rêves  si  candides  sur  la  fabrication  &  mondet 
L*hypothèsea  ses  séductions.  (Jéb.  de  S*-*'  * 


PiCTXOX!!.  DE  GOSMOGOKIS  «T  VZ  pALÉ0<^T0L0ant . 


1325 


&0L 


DlCTIONMÂlIlE  6B  COSMOGONIE 


SOL 


m 


plus  que  det  tache$  noires  eur  le  ditque  du 
êoleity  quand  on  les  interpose  entre  ce  disque 
et  Vœil.  11  suit  de  cette  remarque  que  Je 
<;orpsdu  soleil,  bieuqu*il  nous  paraisse  obs- 
eu<r  quand  il  est  vu  à  travers  les  taches,  peut 
être  néanmoins  dans  un  état  d'ignition  très- 
intense  ;  mais  il  ne  s'en  suit  pas  qu'il  doive  y 
être,  s'empresse  d'ajouter  le  savant  astro- 
nome dont  nous  rapportons  ici  les  expres- 
sions. Un  pouvoir  réflecteur  absolu  dans  le 
dais  nébuleux  qui  le  recouvre  peut  le  protéger 
Contre  le  rayonnement  de  la  lumière  émanée 
ûes  hautes  régions  de  son  atmosphère:  et  on 
n'e  peut  douter  que  la  couche  nébuleuse  gui 
produit  ta  pénombre  ne  jouisse  effectivement 
à  un  haut  degré  de  la  propriété  de  réfléchir  la 
lumière^  diaprés  le  fait  de  sa  visibilité  dans 
une  semblable  situation  (913). 

«  Dans  la  pensée  du  successeur  du  grand 
Herschell,  cet  éisiX  purement  possible  digni- 
'  lion  du  corps  obscur  du  soleil  aurait  pour 
cause  le  rayonnement  de  la  chaleur  émanée 
des  hautes  régions  de  son  atmosphère.  Cet 
état  serait  donc  particulier  au  soleil,  et  ne 
prouverait  rien  pour  l'état  primitif  de  ses 
planètes.  Dira-t-on  que  cet  état  purement  pos- 
sible d'ignition  du  globe  solaire  peut  être  at- 
tribué à  une  tout  autre  cause  :  que  cet  état  a 
pu  succédera  l'état  de  vapeurs?  Alors  il  fau- 
dra dire  la  même  chose  de  toutes  les  planètes; 
et,  dans  cette  supposition  extrême,  le  globe 
solaire,  si  sa  surface  était  encore  en  feu,  ne 
serait  pas  aussi  avancé  que  le  nôtre,  et  par 
conséquent  il  sei*ait  au  moins  possible  encore 
que  la  formation  de  la  terre  eût  précédé  la 
formation  de  l'astre  destiné  à  faire  et  à  ré- 
gler les  jours  et  les  années,  les  temps  et  les 
saisons. 

«  Dans  c^ette  hypothèse  donc,  dans  l'hypo- 
thèse de  la  liquéfaction  du  corps  centrai  et  obs- 
cur du  soleil,on  comprendrait  encore,puisque 
la  propriété  lumineuse  du  soleil  est  toute 
dans  son  atmosphère  supérieure,  et  puisque, 
si  son  noyau  inc^mdescent  était  perceptible 
à  nos  yeux,  ce  ne  serait  que  pour  tacher  et 
obscurcir  la  lumière  éclatante  de  son  enve- 
loppe sidérale  (9U),on  comprendrait  encore, 
dans  cette  hypothèse,  que  la  lumière  eût 
remplacé  les  ténèbres  sur  la  face  de  l'abîme 
dès  le  premier  jour  de  la  création,  et  que  la 
terre  fût  sortie  du  sein  de  la  lumière  avant 
qu'il  y  eût  un  grand  luminaire  pour  faire  la 
distinction  du  jour  et  de  la  nuit* 

n  Mais  il  ne  suffit  plus  de  dire  que  cette 
hypothèse  est  une  hypothèse  entièrement 
gratuite  et  qu'on  ne  saurait  appuyer  sur  au- 
cune observation  exacte.  Aujourd'hui  qu'il 
est  reconnu  qu'une  atmosphère  intermé- 
diaiie  sépare  le  noyau  central  du  soleil  de 
son  auréole  lumineuse,  il  faudrait  de  toute 
nécessité  que  les  fauteurs  d'une  pareille 
opinion  se  décidassent  à  placer  cette  atmos- 
phère obscure  entre  deux  feux^  on  nous  par- 
•  donnera  cette  expression  ;  il  faudrait  qu'ils 
se  décidassent  à  placer   cette  atmosphère 

(915)  Sir  John  Hé^:rs£U£X|„  op.  cit.,  p.  UQ,  247. 

(914)  Les  expériences  pholor.étriijiies  de  Leslle 
ont  prouvé  qu'un  pouce  de  la  substance  sidémle  du 
ftoteii,  transporté  a  In  surface  de  la  terre   éclaire- 


sombre  et  obscure  au-dessous  d'une  écla- 
tante voûte  de  lumière  sidérale,  et  au-dessus 
d'une  mer  de  feu,  au-dessus  d'un  océan  de 
matière  en  fusion. 

«  Si,  comme  on  n'en  peut  douter,  cette 
atmosphère  intermédiaire  croit  en  densité 
dans  le  même  sens  que  l'atmosphère  terres- 
tre ;  si  on  ne  peut  douter  que  la  couche  in- 
férieure de  cette  atmosphère  intermédiaire, 
qui  flotte  à  un  niveau  considérablement  pîui 
bas  que  les  couches  voisines  de  l'enveloppe 
sidérale,  ne  jouisse  à  un  haut  degré  de  li 
propriété  de  réfléchir  la  lumière  émanée  de 
ces  hautes  régions,  il  n'est  pas  possible 
d'admettre  que  cettecouche  inférieure,  aussi 
prodigieusement  condensée ,  repose  elle- 
même  sur  la  plus  énorme  masse  de  feu 
qu'il  soit  possible  d'imaginer. 

«  Remarquons  encore  que  c'est  l'existence 
de  cette  atmosphère  croissant  rapidement 
en  densité  et  îouissantà  un  très-haut  degré 
de  la  propriété  de  réfléchir  la  lumière,  qui  a 
fait  penser  à  Herschell  et  à  la  plupart  des 
astronomes  que  le  globe  solaire,  maintenu 
ainsi  à  une  distance  considérable  de  la  par- 
tie incandescente,  est  habitable  et  probable- 
ment habité.  A  cette  objection  que  ses  habi- 
tants auraient  besoin  d'une  plus  grande 
énergie  musculaire  que  nous  pour  vaincre 
le  désavantage  de  leur  poids,  ils  répondent 

Su'il  n'y  aurait  pas  sous  ce  rapport  plus  de 
ifférence  entre  eux  et  nous,  qu'il  n'y  en  a 
sous  celui  de  la  force  musculaire  entre  les 
individus  avec  lesquels  ou  au  milieu  des- 
quels nous  vivons.  Car  cette  considératiou 
est  la  principale,  sinon  Tunique  objection 
que  le  savant  Young  et  ({uelques  autres  ont 
o|>posée  à  cette  idée  conjecturale  des  astro- 
nomes. 

«  EnGn,  pour  ne  laisser  aucun  espoir  à 
l'esprit  de  contradiction,  produisons  le  pro- 

gramme  promulgué  en  1846,  à  l'occasion 
'une  discussion  solennelle  sur  un  point 
théorique  qui  appellera  bientôt  toute  noire 
attention  : 

<i  D'après  F  état  actuel  des  connaissances  (»• 
tronomiquesy  le  soleil  se  compose^  1*  (fv» 
globe  central  à  peu  près  obscur  ;  2*  fune  im- 
mense couche  ae  nuages  qui  est  suspendue  d 
une  certaine  distance  de  ce  globe^  et  fente' 
loppede  toutes  parts;  3"  et  d'une  photosphère^ 
en  d'autres  termes^  iïune  sphère  resplendis- 
sante qui  enveloppe  la  couche  nuageuse^  cmiM 
celle-ci^  à  son  tour^  enveloppe  le  noyau  obs- 
cur,.. La  première  enveloppe  nuageuse  et  /« 
photosphère  dont  elle  est  recouvertty  ipto^ 
vent  quelquefois  des  déchiremetUs  nombreuj, 
et  permettent  de  voir  à  nu  le  corps  obs(^^ 
central  :  le  soleil  paraît  alors  parsemé  it 
taches  noires  (915). 

«  Lorsque  Buffon  faisait  jaillir  la  terre  et 
toutes  les  planètes  de  la  masse  liquide  et 
incandescente  du  soleil,  on  était  loin  de 
soupçonner  que  le  globe  solaire  ne  fût  f^ 
le   corps  lumineux  que  nous  voyons;  oa 

rait  autant  que  douze  mille  bougies. 

(915)  Ann.  184^3.  Notice  sur  Féelipse  du  ifi^ 
18i5. 


1525 


SOL 


ET  U£  PALEONTOLOGIE. 


SOU 


«5tG 


(*[a\{  loin  surlout  d'imaginer  que  ce  globe 
fû(  environné  d'une  atmosphère  semblable 
h  Tatmosphère  terrestre  et  que  le  lluide  lu* 
inineui  lût  tout  entier  relégué  aux  extrêmes 
limites  de  cette  atmosphère'.  Si  cette  grande 
découverte,  mise  dans  tout  sou  jour  par  les 
expériences  toutes  récentes  de  nos  physi- 
ciens, eût  été  connue  de  l'illustre  natura- 
liste, il  se  serait  bien  gardé  sans  doute  de 
fairedtt  soleil  un  globe  en  état  de  liquéfac- 
tion, et  de  faire  de  la  terre  et  des  autres 
planètes,  à  l'exemple   de  Bescartes  et  de 
Leibnitz,  des    soleils  éteints,  des   globes 
lumineux  encroûtés,  des  globes  ressemblant 
parfaitement^  dans  l'orisine,  à  notre  soleiL 
€e  que  nous  disons  ici  de  Buffon,  nous  pou- 
vons et  nous  devons  le  dire  de  llllustre 
auteur  de  la  Mécanique  céleste^  de  M.  Laplace  ; 
car  les  expériences  de  polarisation  lumi- 
neuse si  décisives  en  cette  matière,  ou  du 
moins  leur  application  à  la  lumière  solaire, 
sont  elles-mêmes  postérieures  &  la  publica- 
tion de  la  haute  théorie  que  nous  combattons 
dans  ce  qu'elle  a  de  contraire  à  la  vérité  ré- 
vélée. 

a  M.  Laplace  pose  en  fait  que  la  matière  du 
soleil  est  en  état  de  liquéfaction;  il  pose  en 
fait  qu'au-dessus  de  cette  énorme  masse  de 
feu,  qu'au-dessus  de  cet  océan  de  matière 
lumineuse,  s'élève  VatmospMre  solaire  fluide 
rare^  transparent^  compressible  et  élastique^ 
qui  ne  s'étend  pas  jusqu'à  Vorbe  de  Mercure^ 
parce  qu'il  ne  peut  s'étendre  aue  jusquau 
point  ou  la  force  centrifuge  balance  exacte- 
ment la  pesanteur.  Dans  les  principes  de  M. 
I^place,  c'est  le  noyau  central  qui  est  lumi- 
nf^ux,  c'est  le  corps  même  du  soleil  que 
nous  voyons  ;  et  dans  les  conclusions  una- 
limement  déduites  do  toutes  les  expériences 
^i  observations  de  nos  astronomes  et  de  nos 
>hysiciens,  ce  corps  du  soleil  est  un  corps 
ériébreux,  l'atmosphère  qui  l'environne  est 
Jle-roême  comprise  tout  entière  sous  une 
enveloppe  gazeuse  incandescente,  qui  seule 
3uit  de  cette  merveilleuse  propriété  de  nous 
i^tribuer  la  chaleur  et  la  lumière;  et  le 
oyau  solaire,  fût-il  liquide  et  dans  l'état 
^ignition  le  plus  intense,  serait  encore  à 
imais  invisible  pour  nous,  et  son  existence 
e  nous  serait  révélée  que  par  le  contraste 
'une  obscurité  complète  à  côté  d'une  vive 
imière.  Pour  tout  dire  en  un  mot,  d'après 
[.  Laplace,  la  terre  et  toutes  les  }»lanètes 
nt  été  formées  aux  limites  successives  de 
atmosphère  du  noyau  lumineux  et  incan- 
escent  du  soleil;  et,  d'après  tous  nos  as- 
onomes.  et  tous  nos  physiciens,  le  soleil 
a  point  d'atmosphère  au  delà  de  la  matière 
inaineuse. 

«  Cette  supposition  d'une  atmosphère  im- 
ense  qui  s  étendrait  encore  aujourd'hui  à 
usicurs  millions  de  lieues  au  delà  de  la 
atière  lumineuse,  au  delà  du  noyau  incan- 
^scent  du  soleil,  est  la  base  fondamentale 
*  ce  nouveau  système.  Cette  conjecture,  si 

f916)  Vous  avez  tenté  rimpossih&e,  et  Moïse  et  la 
ciice  repoussent  également  vos  liypotbésea.  (Jéh.) 
UI7)  M.  Arago  fait  voir  qu*tin  tiers  «eulcroeiit  de 
lu  qui  tombe  sous  forme  de  pluie  daos  le  bassin 


souverainement  iiifurmée  par  l'observation, 
est  le  pivot  sur  lequer  roulent  toutes  le^i  ^ 
explications  du  savant  cosmogonistc.  Ainsi, 
l'objection  tirée  de  l'existence  du  Quidc  lu- 
mineux dans  les  plus  hautes  régions  do 
l'atmosphère  solaire  et  aux  extrêmes  limites 
de  cette  atmosphère,  cette  objection  est  en- 
core plus  décisive  ici  que  contre  tous  les 
autres  systèmes  à  efQuxions  solaires. 

<«  Cependant  cette  théorie  du  grand  géo- 
mètre nous  offre  une  explication  si  satisfai- 
sante et  si  rationnelle  de  la  mystérieuse  simi- 
litude de  tous  les  phénomènes  du  système 
planétaire,  que  nous  avons  dû  chercher  à 
lui  donner  une  base  en  harmonie  avec  les 
hautes  manifestations  de  la  sagesse  humaine, 
et  par  conséquent  avec  les  révélations  de  la 
Sagesse  divine  (916).  » 

SOLEIL,  son  rôle  dans  la  création  primi^ 
tive.  —  Voy.  Godefroy,  Mérat. 

SOLIDIFICATION  DES  PLANETES.  Yoy* 
Planètes. 

.    SOLIPÈDES.  Yoy.  Mammifères.  ^ 

SOULÈVEMENTS  DU  FOND  DE  LA  MER, 
leur  influence  sur  la  distribution  des  ani- 
maux marins  et  des  débris  organiques.  — Yoy. 
Animaux  marins. 

SOURCES.  —  L'eau  étant  nécessaire  pour 
l'entretien  de  la  vie,  soit  chez  les  animaux, 
soit  chez  les  végétaux ,  les  arrangements  de 
l'écorce  terrestre ,  qui  ont  pour  but  la  distri- 
bution de  ce  liquide  nécessaire  dans  un  rap- 
{)ort  exact  avec  les  besoins  qu'il  doit  satib- 
àire,  ajouteront  de  nouveaux  appuis  aux 
preuves  de  l'existence  d'un  plan  eénéral , 
qui  nous  ont  été  fournies  par  l'étude  de  la 
condition  actuelle  de  notre  globe,  et  de  ses 
relations  avec  les  créatures  organisées  qui 
vivent  à  sa  surface. 

Comme  près  aes  trois  quarts  de  la  surface 
terrestre  sont  recouverts  par  la  mer,  tandis 
que  la  partie  émergée  est  dans  un  besoin 
d'eau  continue]  pour  l'entretien  des  animaux 
comme  des  végétaux ,  les  moyens  qui  ont 
été  employés  pour  mettre  la  distribution  des 
eaux  en  rapport  avec  des  besoins  aussi  éten- 
dus ne  peuvent  manquer  d'avoir  une  place 
importante  parmi  les  mécanismes  les  plus 
beaux  et  les  plus  harmonieux  de  notre  globo 
terrestre. 

Un  grand  conduit  existe  entre  la  surface 
de  la  mer  et  ceHe  de  la  terre;  c'est  l'atmos- 
phère, par  le  moj^en  de  laquelle  s'effectue 
un  transport  continuel  de  l'eau  douce  ex- 
traite d'un  océan  d'eau  salée  par  les  procédés 
de  révaporation. 

En  vertu  de  ce  procédé ,  l'eau  monte  sans 
cesse  sous  forme  de  vapeur,  et  redescend 
sous  forme  de  rosée  ou  de  pluie 

De  cette  eau ,  qui  arrose  ainsi  la  surface 
de  notre  globe,  une  petite  portion  seulement 
retourne  directement  à  \a  mer ,  aux  époques 
des  inondations ,  en  suivant  le  cours  des  ri-^ 
vières  (917), 

delà  Seine  est  reporté  à  la  mer  par  cette  rivière. 
Les  deux  autres  tiers  remonteDt  dans  ratmosphére 
par  ëvaporatiou,  ou  servent  à  rentreCien  de  ta  via 
animale  ou  végétale,  ou  le  fraient  une  route  vera  la 


I5â7 


SOU 


DICTIONNAIRE  D£  COSMOGONIE 


SOU 


VM 


Une  seconde  portion  est  absorbée  sous 
forme  de  vajpeur  par  Fatraosphère. 

Une  troisième  entre  dans  la  composition 
des  corps  organisés  animaux  et  végétaux. 

Une  quatrième  pénètre  dans  les  couches , 
et  s'accumule  dans  leurs  interstices  ^  pour  y 
former  des  réservoirs  et  des  napnes  d*eau 
souterraines  ;  et  ce  sont  ces  amas  a*eau  qui, 
en  allant  se  déverser  graduellement  è  la  sur- 
face de  la  terre  sous  la  forme  de  sources 
perpétuelles,  constituent  raUmen^a/ton  ordi- 
naire  des  rivières. 

A  peine  sortie  de  terre ,  Teau  des  sources 
reprend  son  chemin  vers  la  mer  ;  elle  s'é- 
chappe en  de  petits  filets  qui  vont  se  gros- 
sissant sans  cesse  et  formant  des  ruisseaux^ 
des  rivières  et  des  Qeuves ,  qui ,  après  un 
cours  plus  ou  moins  long ,  se  jettent  dans 
des  golfes  où  leurs  eaux  se  mêlent  à  celles 
de  rOcéan  d'où  elles  étaient  parties.  Elles  y 
demeurent ,  prenaDt  part  à  toutes  ses  fonc-» 
tions,  jusquli  ce  quelles  soient  reportées 
par  évaporatioD  dans  l'atmosphère ,  pour  y 
parcourir  de  nouveau  le  même  cercle  de  cir- 
culation perpétuelle. 

Il  n'appartient  pas  au  géologue  d*exposer 
comment  l'atmosphère  remplit  cette  fonction 
si  importante  dans  l'économie  de  notre  glo- 
be. Nous  devons  nous  en  tenir  à  considérer 
par  quels  arrangements  mécaniques  les  ma- 
tériaux solides  du  globe  concourent  avec 
l'atmosphère  pour  effectuer  la  circulation  de 
ce  Quide ,  de  tous  le  plus  important. 

Les  couches  offrent  dans  leur  disposition 
deux  circonstances  qui  ont  une  grande  in- 
fluence sur  la  réunion  des  eaux  souterraines 
en  des  masses  qui  se  déversent  ensuite  régu- 
lièrement au  dehors  sous  forme  de  sources. 
La  première  consiste  dans  ralternance  qui 
$*observe  de  lits  poreux  de  sable  et  de  grès 
avec  des  couches  argileuses  imperméables  ; 
et  la  seconde  dans  les  diilocations  qu'ont  su- 
Lies  ces  couches ,  et  qui  y  ont  produit  les 
fractures  étales  failles. 

Le  mode  le  plus  simple  suivant  lequel  les 
eaux  puissent  être  rassemblées  k  l'intérieur 
de  la  terre ,  a  lieu  dans  des  lits  superficiels 
de  gravier  reposant  sur  une  couche  d'argile. 
La  pluie  qui  tombe  sur  un  lit  de  gravier 
s'innltre  à  travers  les  interstices,  et  vase 
réunir  dans  la  partie  inférieure  en  une 
nappe  souterraine  où  l'on  conduit  facile- 
ment des  puits  qui  ne  tarissent  que  rare- 
ment ,  et  seulement  dans  les  saisons  d'une 
çrande  sécheresse.  Les  accumulations  d'eau 
de  cette  nature  se  déversent  au  dehors  par 
des  sources  situées  sur  les  limites  les  plus 
l  asses  de  chaque  lit  de  gravier. 

Le  môme  phénomène  se  passe  dans  près- 

incr  pftr  des  eonduics  souterrains.  —  Annuaire  pour 
l'année  1855. 

(918)  D'après  M.  Townsend,  dans  son  chapitre 
sur  les  sources,  il  y  en  a  six  systèmes  distincts  dans 
ia  contrée  qui  environne  Batb,  prenant  chacun  leur 
origine  dans  une  nappe  régulière  correspondante 
d*eaux  souterraines  qui  se  sont  infiltrées  a  travers 
le  sable  ou  d'autres  terrains  poreux,  et  qui  sont  re- 
tenues par  le  Ut  d'argile  sous-jacent.  Parmi  ces 
systèmes  il  en  est  un  qui  se  déverse  au  dehors  dans 
la  direction  suivant  laquelle  les  couches  sont  incli- 


que toutes  les  couches  perméables  superpo- 
sées à  un  lit  d'argile  ou  de  toute  autre  subs- 
tance imperméable.  L*eau  de  pluie  descend 
et  s'accumule  dans  les  régions  basses  de 
chaque  couche  poreuse  située  au-dessus  da 
l'argile,  et  s'écoule  au  dehors  de  la  méaie 
manière  par  des  sources  perpétuelles.  Âiosi 
ralternance  de  Ht»  poreux  avec  des  litsiio- 
perméables ,  si  commune  dans  Tensemble  de 
la  série  des  roches  stratifiées,  joue  on  r6ie 
de  la  plus  haute  impertance  dans  rhydno< 
lique  du  globe }  c'est  è  cette  disposition,  eo 
effet  t  qu'est  dû  le  système  universel  de  ré- 
servoirs naturels  que  nous  voyons  se  déTe^ 
ser  à  la  surface  du  sol  en  des  sources,  e( 
répandre  l'abondance  et  la  fertilité  dans  les 
vallées  circonvoisines. 

Les  faiiles  ou  fractures  qui  traTersent  ces 
couches  facilitent  encore  TépandiemeDl  da 
eaux  au  dehors  de  ces  réservoirs ,  et  Duiti- 

(>lient  les  points  par  oii  cet  épanchemeol  i 
ieu  (918). 

Il  existe  deux  systèmes  de  sources  qui 
doivent  leur  origine  à  l'existence  des  billes; 
l'un  est  alimenté  par  des  eaux  qui  deicoito 
des  portions  plus  élevées  des  couches  «ija- 
centes  k  la  faille,  laquelle  ne  fait  que  les 
intercepter  dans  la  route  qu'elles  suiTeot,ei 
les  reporter  ii  la  surface  sous  forme  de  sour- 
ces perpétuelles.  L'autre  système  est  ali- 
menté par  des  eaux  qui  s^éietefU  de  bas  ea 
haut  par  l'effet  d'une  pression  hydrostatique 
de  la  même  manière  que  dans  lés  puits  irté- 
siens ,  et  qui  proviennent  des  coucbes  qui 
n'ont  leur  contact  avec  la  fiiille  Wàï  m 
profondeur  souvent  très-grande.  Leaose 
trouve  conduite  à  cette  profondeur  soit  par 
filtration  à  travers  des  pores  et  des  creris- 
ses,  ou  par  de  petits  canaux  souterrains 
pratiqués  dans  ces  couches,  et  qui  partent 
de  régions  éloignées  plus  hautes  d'où  lem 
descend  jusqu'à  ce  que  la  course  soit  irri- 
tée par  la  rencontre  de  la  faille. 

Outre  les  avantages  qui  résultent,  pour 
tout  l'ensemble  de  la  création  animale»  d« 
ces  dispositions  dans  la  structure  dttgiûl)^. 
ayant  pour  but  de  multiplier  presijae jus- 
qu'à l'infini  les  conduits  aeau  qui  Tieoo»! 
en  arroser  la  surface ,  il  en  est  d'autres  qsi 
ne  sont  pas  d'une  moindre  im^rtancepour 
l'espèce  numaine,  et  qui  coosistenldiosli 
facilité  que  lui  offrent  ces  dispositions  des? 
procurer  des  puits  ariifieieh  sur  tous  ie$ 
points  de  la  surface  où  elle  trouve  àm^ 
geux  de  se  créer  une  demeure. 

Les  causes  qui  font  arriver  l'eau  dans  » 
puits  artificiels  ordinaires  sont  les  méœes 
qui  en  déterminent  la  sortieau  dehors  par -^ 
ouvertures  naturelles  où  les  sources  pttf* 

nées,  tandis  qu*UD  autre  est  produit  par  b  ^^ 
lio»  des  coucnes,  et  se  fraie  un  chemin  à  Tti^^ 
à  travers  les  fissures  qui  les  déchirent. 

Suivant  y.  Hopkins(PAt7.  iiiit9.,aoâtl83l,p^ 
les  grandes  sources  qui  sortent  du  disltift  olt^ 
du  comté  de  Derby  se  trouvent  en  rapport  ave* 
grandes  failles.  —  c  C'est  une  régie,  du  cei  »»^' 
a  laquelle  je  ne  connais  pas  une  seule  ^^j^f 
i|ue  partout  où  j*ai  observé  une  source  puiB»**^ 
j'ai  reconnu  par  d*autres  prcu^Tes  l'eiiaioc* 
quelque  grauoe  faille.  * 


ÎW 


ET  l>S  PALBONTOLOCIE. 


SUS 


i;>5» 


Dent  leur  origine.  UaIs  comme  ce  doubli» 
résultat  sera  rendu  beaucoup  plus  inteili- 
KJble  par  Tétude  des  causes  qui  déterminent 
rascension  remarquable  des  eaux  jusqu'à  la 
surface,  où  même  leur  jaillissement  a  une 
certaine  hauteur,  dans  ces  perforations  que 
Ton  désigne  sous  le  nom  deptiîu  artésiem^ 
nous  nous  instruirons  davantage  en  diri- 

S^ant  notre  attention  vers  Tbistoire  de  ces 
ernicrs.  Voy.  Purrs  AETÉsiENa 
SQUALES.  Voy,  Poissons. 
STENON.  Voy.  GftoM>aiB 
STRABON,  $a  théorie  de$  êoulivcmenis.  — 

Voy,  GÉOLOGIB. 

SUBAPENNIN  (ÉTAGE)  —  Le  quatrième 
de  répoque  tertiaire  et  le  2T  de  la  série  totale 
des  terrains.  C'est  Tépoque  de  la  première 
apparition  des  oiseaux  coureurs  et  des  in- 
fectes myriapodes;  des  genres  callithrix^ 
da$}fpui^  equua^  bos^  vuliur,  aquila^  picuSf 
galluâf  ophiêf  etc.  C'est  le  règne  des  mam- 
mifères pachydermes  et  édentes  ;  des  genres 
foxodon^  moêtodon^  au»,  rhinocéros,  tapirus, 
elephai^  hippopotamuâf  andrioê,  etc. 

Nom  dérifé  des  collines  subapennines 
(Italie). 

Ce  sont  les  terrains  tertiaires  supérieurs 
de  MM.  Dufréooy  et  Elie  de  Beaumont;  le 
dépôt  irùonien  clysmien  de  M.  Huot  ;  le  limon 
antédiluvien  de  Marcel  de  Serres;  le  terrain 

«ampéen  de  d'Orbigny;  l*aficte»  pliocène  de 
I.  Lyell. 
Type  marin  français  à  Tbuiri  aux  environs 
de  Perpignan;  type  terrestre,  presçiue  toutes 
les  caTernes  et  les  dépôts  superficiels. 

Extension  géographique.  —  A  côté  de  cette 
immense  extension  que  nous  avons  citée, 
en  France,  à  chaque  étage^  nous  ne  trouvons 
plus,  pour  celui-ci,  en  dépôts  marins,  qu'un 
seul  lambeau  dans  la  Manche,  où  MM.  Hébert 
et  Deslongchamps  Tout  signalé  *  au  Bosc* 
d*Aubigny,  entre  SainULÔ  et  Le  Perrier;  et 
itn  second  dans  les  Pyrénées-Orientales,  où, 
lorsque  des  coupés  naturelles  produites  par 
les  cours  d*eao,  permettent  d'apercevoir 
rétage  sous  les  alluvions,  on  le  voit  dans  la 
rallée  du  Tech,  au  Bouton,  à  Trouilles,  h 
Banyals-dels-Aspres;  dans  la  vallée  du  Tet, 
h  Neffiach,  à  Millas,  à  Thuir;  dans  la  vallée 
Je  TAgly,  à  Estagel;  et  peut-être  sur  quel- 
ques autres  points  situés  plus  au  nord,  mais 
>ur  lesquels  nous  n'avons  pas  de  certitude 
^ooimc  dépôts  marins.  M.  Marcel  de  Serres 
I  trouvé  les  mêmes  dépôts  aux  environs  de 
Montpellier  (Hérault).  Lacontinuité  du  même 
Missin  marin  se  voit  en  Espagne,  h  Figuières, 
rt  sur  une  grande  surface  de  la  côte,  au  sud, 
j  Bascara,  et  jusqu'à  Barcelone;  peut-être 
étage  existe-t-il  à  Séville,  à  Alabama  et  à 
taza,  dans  le  royaume  de  Grenade. 

Les  plus  vastes  dépôts  marins,  connus  de 
ette  époque,  commencent  en  Piémont,  près 
>e  Cooi  et  de  Mondovi,  et  couvrent  toute  la 
•roTince  d'Asti;  de  là  ils  s'étendent  jusqu'à 
Adriatt<}ue  et  le  Monte-Leone,  en  Calabre, 
u  sur  plus  de  225  lieues  de  longueur,  des 
eux  cotés  de  la  chaîne  des  Apennins.  Les 
rin«n|iales  localités  sont,  en  Piémont,  l'As- 
znn  ,   Casti^ione  ;  en  Toscane ,  Torrita , 


entre  Florence  et  Poggibonsi,  Savisnone, 
Sienne,  Montc-Pelegrino,  Volterre;  dans  le 
duché  de  Parme,  Plaisance,  Castel-Arcuato, 
Medsano,  Yigolano,  Boi*çone;  dans  le  royau- 
me de  Naples,  les  environs  d'Otrante,  de 
Rcraio,  le  Monte-Leone,  en  Calabre;  en 
Sicile,  Syracuse ,  Trapani ,  les  environs  de 
Palerme  et  le  cap  Safran,  près  de  Messine  ; 
dans  les  États  de  l'Eglise,  Monte-Mario,  près 
de  home,  Sinigaglia.  C'est  surtout  en  Morée, 
que  MM.  Boblaye  et  Yirlet  en  ont  reconnu 
d'immenses  surfaces  ;  il  forme,  en  effet*  une 
ceinture  autour  de  ce  pays,  indépendamment 
de  nombreux  lambeaux.  Il  constitue  ]e« 
isthmes  de  Corinthe  et  de  Mégare ,  le  golf» 
de  t'Attique,  la  presqu  île  de  Methana;  dans 
le  PiréCi  en  Messénie,  Modon,  Navarin, 
Sparte;  dans  la  Basse-Messine,  l'Ëlide  et 
l'Argolide ,  etc.  Ce  même  âge  parait  aussi 
exister  en  Algérie. 

D'après  le  nombre  considérable-d'espèces  de 
foraminifièrestrouvéesauxenvironsdeVJennf 
en  Autriche ,  et  principalement  à  Korod,  à 
Nussdorf  et  à  Baden,  et  qui  paraissent  être  tout 
à  fait  identiaues  à  celles  de  Sienne,  nous  ne^ 
devons  pas  aouter  que,  sur  l'étage  falunien, 
il  ne  se  trouve  des  dépôts  marins  subapeiH 
nins.  Il  est  probable  qu'il  en  est  de  même  i^ 
Cassel  (Hesse).  Nous  pouvons  encore  croire> 
que  le  même. fait  existe  pour  la  partie  su-, 
périeure  du  craq  de  Suffolk  ,  c^ue  M.  Lyell 
aésigne  comme  lits  à  mammifères.  Cettek 
époque  est  aussi  très-développée  en  Galicie. 
On  la  retrouve  en  Crimée,  sur  les  bords  de 
la  mer  Noire,  sur  les  bords  occidentaux  de 
la  mer  Rouge ,  entre  Suez  et  Kosseir.  Dans 
l'Amérique  septentrionale ,  une  lisière  pa- 
rallèle à  rOcéan,  parait  exister  dans  les 
Florides,  TAlabama  et  la  Louisiane.  On  en 
voit,  aussi,  suivant  M.  Hardie,  dans  Tlle  do 
Java. 

Si,  en  France,  les  dépôts  marins  des  mers 
subapennines  sont  rares,  il  n'en  est  pas  ainsi 
des  dépôts  terrestres  ou  des  alluvions,  qu'on* 
peut  rapporter  à  cette  même  époque.  La 
superposition,  autant  que  les  mammifères, 

3ue  ces  dépôts  renferment,  ne  laissent  pas 
e  doutes  a  cet  égard.  Avec  les  savants  au-^ 
teufs  de  la  carte  géologique  de  France,  nous 
y  rapportons,  en  effet,  les  sables  supérieurs, 
quelquefois  avec  des  dents  de  mastodontes , 
qui  couvrent  tous  les  dépôts  faluniens  du 
^and  bassin  pyrénéen,,  depuis  Bordeaux 
jusqu'à  Dax,  les  dépôts  de  la  Bresse^  le  rem- 
plissage des  grottes  et  des  cavernes  par  des 
limons  rouges  à  ossements,  et  notamment 
les  cavernes  d'Arcy  (Yonne),  oh  M.  de  Bon- 
nard  a  découvert  des  restes  d'hippopotames; 
les  cavernes  d'£chenoz,  de  Vanon ,  près  de 
Vesoul  (Haute-Saône)  avec  éléphants  ;  les 
cavernes  de  l'Hommaise  (Vienne).  Étudiées 
par  M.  Mauduvt,  la  caverne  dite  grotte  d'Os- 
selle,  à  une  lieue  de  Guingey  (Doubs),  où 
M.  Gevril  a  recueilli  une  si  grande  quantité 
d'ossements  d'ours  i  les  bmeuses  cavernes 
de  Lunel-Viel,  près  de  Montpellier  (HérauU)r 
celles  de  l'Isère,  de  VArdèchet  et  uù  iqtiuité 
d'autres  qu'il  serait  trop  lc]p*  «^^âmnérer 
ici.  Nous  regardons  eocorr 


i55l 


sun 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


SUB 


{'Ai 


môme  époque  les  brèclies  a  ossements  des 
environs  de  Pons  (Charenle-Inférieure);  les 
dépôts  si  remarquables  de  TAuver^e,  aux 
environs  dlssoire,  de  Cussac  et  de'Polignac 
(Haute-Loire),  étudiées  par  HM.  Croizet, 
Deleyser  et  Bravard. 

Hors  dé  France,  les  dépôts  terrestres  de 
cette  époque  sont  très-nombreux ,  et  nous 
en  citerons  quelgues-uns;  en  Angleterre,  la 
caverne  de  Kirkdale,  où  M.  Buckland  a  re- 
cueilli beaucoup  de  restes  de  grands  pachy- 
dermes; les  cavernes  de  Cbockier,  en  Bel- 
gique, de  Gailenreuth,  en  Bavière;  peut-être 
Tes  brèches  osseuses  de  Sicile ,  à  San-Ciro, 
les  brèches  terrestres  de  Cagliari ,  en  Sar- 
daigne;  les  dépôts  d'eau  douce  de  Stenheim, 
d'Uim,  de  Berg,  près  de  Stuttgart  ;  les  cu- 
rieux dépôts  lacustres  de  Stein,  à  une  lieue 
d'Olmingen  (Suisse),  où  a  été  recueillie  cette 
fameusesalamandre,  citée  pendant  longtemps 
comme  un  squelette  humain  ;  ceux  de  Saint- 
Gall,  près  d'Uznach,  de  Delemont.  Des  dépôts 
d^alluvions  limoneux  contenant  surtout  un* 
grand  nombre  de  restes  de  Velephas  primi- 
geniusf  se  trouvent  à  Vorobieff,  près  de 
Moscou^  sur  toutes  les  rivières  de  ces  con- 
trées, et  sur  une  grande  partie  de  la  Russie; 
.sur  les  bords  du  lac  Pereslavl,  sur  l'Oca, 
Tlstre,  le  Volga,  la  Moscova  ;  principalement 
en  Sibérie,  jusqu'aux  bords  de  la  mer  Gla- 
ciale, où  a  été  trouvé  le  fameux  mammouth 
Selé  avec  ses  chairs  et  sa  peau  ;  les  îles  près 
es  bouches  de  la  Lena  et  de  Lindig-Hirka. 
M.  Viquenel  les  a  rencontrés  dans  la  Tur- 

3uied'£urope,  principalement  dans  la  plaine 
e  Preslina,  en  Mésie,  et  dans  celle  de  Var- 
par,  en  Macédoine.  Dans  l'Inde,  on  les  cite 
sur  la  rive  gauche  de  Tlraouaddi ,  au  20* 
degré.  "  ' 

En  Amérique,  ces  dépôts  terrestres  sont 
également  très-dé vcjloppés  ;  on  les  a  vus  aux 
États-Unis,  è'fPQplar  (New-Jersey),  dans 
l'État  de  New-York»,  dans  le  Kentuchy,  sur 
les  bords  du  Mississipi.^Nous  avons  pu  étu- 
dier, dans  l'Amérique  méridionale,  dit 
M.  d'Orbigny,  des  dépôts  limoneux  gigan-r 
tesques,  contenant  sciilemènt  des  mammi- 
fères fossiles;  dépôts  que  nous  avons  dési- 
gnés comme  argile  pamp^èrihe.  Ils  couvrent 
depuis  la  Bajada,  province' d-Entre-Rios, 
république  Argentine,  Jusqil^  Bahia-Blanca, 
frontières  de  Palagonie,  et  depuis  les  envi- 
rons de  Maldonado  et  de  Montevideo,  dans 
la  république  de  l'Uruguay,  jusqu'au  Rio- 
Quinto,  c'est-à-dire  sur  une  surface  arrondie, 
vers  le  sud,  qui  a  38  degrés  carrés  de  super- 
ficie', ou  plus  de  23,000  lieues  carrées  d'é- 
tendue. Dans  1(1  province  de  Chiquitos  (Boli- 
via\  ces  mêmes  dépôts  offrent  de  grandes 
surfaces,  à  l'est  surtout,  et  entre  Santa-Cruz 
;de  la  Sierra  et  Moxos;  on  les  voit  sur  une 
jvaste  étendue  de  la  province  de  Moxos,'  dans 
'les  plaines  centrales  du  continent  américain, 
!où  ils  couvrent  uT\e  superficie  presque  aussi 
firandc  que  dans  les  Pampas.  Ce  dépôt  rem- 
plit encore  la  vallée  de  ïarija,  tes  plateaux 
iie  Cochabamba,  et  surtout  le  grand  plateau 
diolivien  ,  long  de  quelques  degrés  et  élevé 
de  4,000  mètres  au-dessus  de$  oféans. 


Stratificaiion.  —  Tous  les  géotozues  sont 
d'accord  sur  la  position  stratigrajuiique  de 
l'étage  subapennin';  en  effet,  on  trouve  les 
dépôts  marins ,  immédiatement  superposés 
à  1  étage  falunien ,  dans  une  partie  du  Pié- 
mont. Il  en  est  de  même  aux.  environs  de 
Montiiellier,  &  Vienne  en  Autriche,  etpem- 
être  a  Cassel.  D'un  autre  côté,  les  sables 
d'alluvions  anciennes  des  Landes,  qui  ne 
contiennent  que  des  débris  terrestres,  re- 
posent également  sur  les  couches  marines 
de  la  p(^riode  falunienne.  M.  d'OrUgny  a 
trouvé  la  même  superposition  aux  surfacps 
immenses  du  limon  terrestre  des  Pampas, 
de  Buénos-Ayres.  Nous  croyons  donc  qu'il 
ne  peut  exister  de  doutes  pour  personne  sur 
la  succession  ré^ilière  et  chronologique  de 
rétas;e  subapennin  après. .'étage  faiunien. 
.  Discordances.  —  Voyons  maintenant  les 
caractères  stratîgraphiques  différentiels  de 
cet  étage  avec  les  époques  antérieures  et 
postérieures.  A  l'étage  précédent,  nousaTons 
donné  les  limites  strattgraphiqiics  qui  exis< 
tent  entre  l'étage  falunien  et  celuiH^i,  limites 
d'une  grande  valeur.  Pour  les  limites  su|té- 
Heures  oe  l'étage  subapennin,  elles  sont 
reconnues  par  tous  les  géologues;  d'abord, 
M.  Elie  de  Beaumont  place,  entre  celle  épo- 

Îue  et  l'époque  actuelle,  la  dislocnlion  des 
Ipes,  qu  il  désigne  comme  son  iyslimt  de 
la  chaîne  principale  des  Alpes,  dont  la  direc- 
tion est  de  rO.  16'  S.  à  l'E.  16'  N.  Nous  re- 
gardons encore  comme  s'étant  opérée  à  celle 
6poque\  la  dernière  surélévation  de  la  Cor- 
dillère des  Andes,  de  50  degrés  ou  iioO 
lieues  de  longueur  dans  la  direction  N.  50' 
E.  au  S.  5**  O.  indépendamment  de  ces  grandes 
dislocations  du  globe,  nous  avons  pour  dis- 
tinter  l'étage  subapennin  de  l'époque  ac- 
tuelle ,  des  aiscordances  d'isolement  très- 
marquées,  surtout  dans  les  Pyrénées-Orien- 
tales, autour  de  Perpignan,  et  celui  de  Bosc^ 
dans  la  Manche,  où  ron  voit  les  dépôts  sub- 
apennins  marins  isolés  au-dessus  et  loin 
du  littoral  actuel  de  la  mer.  Il  en  esl  de 
même  des  vastes  surfaces  de  dépôts  sul- 
apennins  marins  de  TAstezan,  du  duché  de 
Parme  et  de  l'Autriche ,  aujourd'hui  placés 
sur  des  points  continentaux,  formant  dans 
leur  ensemble  une  ligne  dei  discordance  vi- 
sible pour  tout  le  monde,  avec  la  circons- 
crij)tion  des  mers  actuelles. 

Composition  minéralogique,  —  Les  dépôls 
marins  des  environs  de  Perpignan  se  cop- 
posent  d'alternances  de  bancs  jplus  oumoifi^ 
puissarits,  de  sables  marins  jaunâtres^  siiico- 
calcaires  et  micacés ,  avec  des  grès  et  Af^^ 
marnes  ordinairement  minces,  le  tout  rempli 
do  coquilles  marines.  Dans  l'Astezan,  eesji 
peu  près  la  même  composition,  les  sabej 
étant  encore  sans  cohésion,  comme  les  sables 
des  mers  actuelles  et  renfermant  un  noml»re 
considérable  de  coquilles  marines  iniaci«$ 
et  souvent  dans  leur  position  normale d'eiis- 
tence.  Pour  les  dépôts  terrestres,  ils  ont  uoe 
autre  apparence,  mais  néanmoins  ils  mon- 
trent souvent  de  l'analogie  entre  cuï.  w 
effet,  qu'ils  se  soient  faits  dans  les  fcnt^ 
préexistantes  de   rochers ,  sous  foryie  «  <" 


1353 


iUB 


ET  D£  PALEONTOLOGIE. 


SUB 


ld34 


brèches  osseuses  t  comme  près  de  Nancy 
(Meurtbe),   près    de  Pons  (Gharente-Infé- 
riearej,  et  partout  «illeurs;   qu'ils  aient 
reœph  plus  ou  moins  ces  autres  cavités, 
é^lement  produites  par  des  dislocations  du 
to!  et  les  eaux,  qu'on  nomme  des  cavemet  à 
oêêmenis^  comme  on  en  trouve  sur  tous  les 
points  du  globe,  aussi  bien  en  France ,  en 
Angleterre,  en  Italie,  qu'au  Brésil,  en  Amé- 
rique, ces  dépôts  sont  presque  toujours 
iilenliques.  Ce  sont  des  argiles  limoneuses 
ou  même  des  limons  jaunAtres  ou  rouges, 
mélangés  de  cailloux   et   d'ossements  de 
mammifères  en  plus  ou  moins  grand  nom- 
bre. Les  dépôts  des  pampas  de  Buénos-Ayres, 
qui  n*ont  pas  moins  de  23,000  lieues  de  su- 
perGcie,  sont  de  même  composés  de  limon 
ou  d  argile  limoneuse  également  rougeâtre 
et  ne  contenant  que  des  ossements  de  mam- 
mifères. Ceux  des  plateaux  des  Andes,  et  des 
plaines  du  centre  de  TAmériijjue  méridionale, 
sont  encore  composés  d'argile  jaune  ou  rou- 
geâtre, contenant  des  ossements  de  mam- 
mifères. 

M.  Lvell  évalue  la  plus  grande  épaisseur, 
^n  Italie,  à  environ  600  mètres. 

Perturbation  finale. —  «Nous croyons  pou- 
voir attribuer  seulement  aux  perturbations 
géologiques,  dit  H.  d'Orbigny,  l'anéantisse- 
ment complet  des  races  d'animaux  terrestres 
couvrant  tes  continents  à  la  dernière  époque 
lui  nous  a  précédés  sur  le  globe,  et  leur 
lépôt  simultané  dans  les  crandes  dépressions 
errestres,  à  toutes  les  hauteurs,  dans  les 
îssures  du  sol  et  dans  les  cavernes.  L'étude 
les  dépôts  terrestres  de  l'étage  subapennin 
i  surtout  déterminé  cette  opinion.  Jetons  un 
oup  d'œil  d'ensemble  sur  les  dépôts  k  osse- 
penls  de  cette  é|)oque,  en  commençant  par 
'Amérique  méridionale,  où  nous  avons  ob- 
ervé  que  tous  les  faits  sont  plus  largement 
rares. 

«  Le  dépôt  des  pampas  de  Buénos-Ayres, 
ont  la  surface  égale  les  trois  cinquièmes  de 
1  superficie  de  la  France,  ou  95,000  kilomè- 
"cs  carrés,  se  compose  partout  de  limon 
^ugeAtre  fortement  salé,  |)resque  sans  stra<» 
fication ,  d'une  uniformité  remarquable, 
nvcloppant  généralement  des  squelettes  en- 
ers,  au  pourtour;  des  os  séparés  partout. 
es  proportions  gigantesques  de  ce  dépôt, 
>mparaDles  seulement  aux  majestueuses 
laînes  do  montagnes  qui  s'élèvent  sur  le 
éine  eontinenti  neuvent^'elles,  comme  plu-, 
curs  géologues  1  ont  pensé,  s'expliquer  par 
s  causes  actuelles?  Nous  ne  le  croyons  nul-. 
ment.  Nous  avons  vu,  aux  causes  actuelles 
^o^.  CoScBEs  sftDniENTiiREs),  combieu  les 
ammifèrcs  doivent  être  rarement  trans- 
>rtés  par  les  fleuves  dans  les  régions  vier-. 
^s,  puisque  nous  n'en  avons  jamais  ren- 
>ntré  un  seul  sur  les  affluents  de  l'Amazone 
de  la  Plata.  D'ailleurs,  des  dépôts  à  osse- 
ents,  formés  d'un  limon  rougeAtre  identi- 
té à  celui  des  pampas,  se  retrouvent  dans 
i  plrovinces  de  Cniquitos  et  de  Moxos, 
ns  toutes  les  dépressions  des  plaines;  nous 
i  avons  retrouvés  encore  sur  les  vastes  dé- 
essions  des  montagnes  de  Cochabamba,  à 


la  hauteur  de  2,575  mètres,  et  sur  les  pla- 
teaux également  circonscrits  du  sommet 
des  Andes,  k  la  hauteur  absolue  de  4,000 
mètres.  Quelle  qu'en  soit  l'élévation  au-des- 
sus du  [niveau  ae  la  mer,  dans  les  plaines 
comme  sur  les  montagnes,  ces  dépôts  à  osse- 
ments sont  donc  toujours  composés  de  li- 
mons rougeAtres.  Nous  croyons,  dès  lors, 
que  la  même  cause  les  a  produits  partout,  et 
qu'ils  ne  sont  que  le  résultat  d'un  lavage  su- 
perficiel du  continent  par  fies  eaux  mises  en 
mouvement  par  la  perturbation  finale  do 
l'étase  subapennin.    " 

«  voyons,  du  reste,   ce  qui  s'est  passée 
dans  les  cavernes.  M.  Lund  a  découvert,  dans 
la  province  de  Minas-Geraes,  au  Brésil,  dans 
les  fentes  des  rochers  et  dans  les  cavernes, 
des  mammifères  nombreux  enveloppés  du 
même  limon  rougeAtre  que  celui  des  pampas, 
par  couches  horizontales  que  les  eaux  ont 
oéposées.  D'après  ces  données  tirées  seule- 
ment de  l'analogie  des  limons  rougeAtres,  on 
pourrait  croire  que  tous  ces  dépôts  sont  de 
môme  époque,  produits  par  la  même  cause,- 
et  transportés  è  la  fois.  Il  nous  reste  encore 
un  moyen  plus  puissant  pour  prouver  cette 
identité,  cette  contemporanéité  :  la  compa- 
raison des  mammifères  eux-mêmes;  car  on 
rencontre  dans  les  cavernes  du  Brésil,  dans 
les  pampas  et  sur  les  plateaux  des  Andes,, 
absolument  les  mêmes  formes  de  mammi- 
fères, composés  de  genres  perdus  pour  le 
continent  américain,  tels  que  megalonyx^, 
megalherium^  mastodon^  kolophorusj  euryo-^ 
don^  etc.,  etc.  Ce  qui  prouve  plus  que  tout 
le  reste  l'identité  de  formation,  c'e^t  surtout 
la  présence  des  mêmes  espèces  dans  les  ca- 
vernes et  dans  les  pampas,  telles  que  les  me- 
galonyXi  maquiniensis^  megatherium  Curten, 
equus  fieôgœusy  etc.,  etc.  On  doit  donc  croire 
que  tous  ces  animaux  de  mêmes  genres,  de 
mêmes  espèces,  qui  ont  dû  vivre  en  même 
temps,  qui  sont  enveloppés  de  limons  iden- 
tiennes  de   nature  et  de  couleur ,  ont  été 
anéantis  par  les  eaux  à  Tinslant  de  la  pe^ 
turbation  géologique  finale  de  cette  époque. 

<i  Quelques  géologues  croient,  au  con-^ 
traire,  reconnattre  dans  les  pampas  un  dépôt 
dû  aux  eaux  d'un  fleuve  dans  un  estuaire. 
Voyons  d'abord  si  le  fait  est  possible.  Le 
dépôt  b  ossements  des  pampas  présente , 
avons*>nous  dit,  une  surface  longue  de  13,000 
et  large  de  900  kilomètres.  Un  fleuve  capable^ 
de  former  un  estuaire  de  cette  largeur  aurait 
au  moins  huit  fois  la  largeur  actuelle  (3a 
Keues)  de  l'embouchure  de  la  Plata,  ce  qui 
supposerait  une  longueur  proportionnée.  La. 
Plata  actuelle  parcourt  environ  23^  do  lon^ 
ffueur;  en  multipliant  par  8,  on  aurait,  pour 
la  longueur,  iih%  ou  plus  de  la  moitié 
Je  la  circonférence  du  globe  terrestre  ;  et  ce 
fleuve,  commençAt-il  au  pôle  nord  pour 
arriver  à  ce  dépôt  à  ossements,  ne  serait  pas 
encore  assez  considécable  pour  former  une 
estuaire  de  900  kilomètres  de  larseur.  D'aij- 
leurs,  quelle  est  la  nature  des  dépôts  ordi«% 
naires  des  estuaires?  Ce  sont  des  alluvionsi 
fluviales  très-variées,  composées  de  toutes 
espèce  de  sédiment,  de  cailloux«  de  sable»  de 


4r>5S 


iUB 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


tUB 


«:;36 


vâsé  surtout,  mais  jamais  de  limons  homo- 
gènes de  couleur  et  de  composition,  analo- 
gues aux  limons  rouge&tres  des  cavernes. 
On  voit  qu*abstraction  faite  de  la  largeur  du 
déoôt  à^  ossements  des  pampas,  qui  exclut 
riuée  d*un  estuaire,  toutes  les  autres  consi- 
dérations géologiques  viennent  exclure  éga- 
lement cette  opinion.  En  résumé,  nous 
voyons,  dans  ces  dépôts  limoneux  rougeâ- 
tres  à  ossements  de  rAmérique,  un  fait  gé- 
néral et  non  un  dépôt  partiel.  Pour  nous, 
c*estle  résultat  d'une  perturbation  géologi- 
que que  nous  croyons  devoir  attribuer  au 
dernier  relief  des  Cordillères,  à  la  fin  de 
l'étage  subapennin.  Alors  on  doit  au  lavage 
des  eaux  de  la  mer  sur  les  continents  les  li- 
mons rougefltres,  laissés  avec  les  animaux 
terrestres,  dans  toutes  les  dépressions  du 
sol,  depuis  les  vallées  près  de  la  mer,  jus- 
cju'à  4,000  mètres  au-dessus  de*»  océans.  Le 
lait  paraît  d'autant  plus  prol)able  que  tous 
ces  dépôts,  quelle  aue  soit  leur  élévation, 
sont  fortement  satures  de  sel  marin,  ce  qui 
corroborerait  encore  nos  conclusions. 

«  Voyons  maintenant  les  circonstances  où 
se  trouvent  dans  l'ancien  monde  les  osse- 
ments fossiles  de  l'époque  qui  nous  a  pré- 
cédés sur  la  terre,  ou  mieux  l'horizon  géo- 
logique des  mastodontes,  des  éléphants,  etc. 
Ces  animaux,  comme  nous  Tavons  dit»  se 
sont  déposés  avec  les  alluvions  terrestres,  ou 
danslescavernes.Lesalluvionssurperficielles 
sont  très-variables  de  composition,  suivant 
les  lieux;  mais  les  dépôts  des  cavernes,  en 
Europe,  en  Afrique,  comme  en  Amérique, 
sont  évidemment  formés  par  les  eaux,  et  se 
composent  également  de  limons  rougeAtres. 
Sous  le  rapport  de  leur  provenance,  ils  pa- 
raissent donc  Atre  identiques  :  ils  renfer- 
ment non-seulement  les  mêmes  limons  rou- 
geAtres, les  mêmes  genres  perdus,  tels  que  les 
mastodontes,  ou  encore  représentés,  les  élé- 
phants, mais  encore  les  genres  identiques. 
On  trouve,  en  effet,  ]emaslodon  giganteum 
dans  les  deux  Amériques,  en  Europe*  en 
Asie  et  dans  l'Australie  ;  le  maModon  angus- 
tidenê  en  Europe,  en  Asie  et  en  Amérique  ; 
le  ma$iodûntapiroide$  en  France  et  en  Amé** 
rique  ;  VeUphas  primigeniuê  en  Europe,  en 
Amérique,  en  Asie,  et  jusque  dans  les  glaces 
de  la  Sibérie.  Nous  crqyons  donc  pouvoir 
conclure  de  l'identité  des  dépôts  limoneux, 
de  l'identité  de  la  faune  perdue,  et  de  l'iden- 
tité des  espèces,  en  Amérique,  en  Europe, 
on  Afrique,  en  Asie  et  dans  rAustralie,  que 
le  môme  mouvement  des  eaux  a  dû  anéantir 
les  grande  animaux  terrestres  sur  tous  les 
points  du  g.obe  à  la  fois,  aussi  certainement 
qu'il  a  transporté  partout  des  sédiments 
identiques»  Ce  mouvement  des  eaux  serait 
dû  à  la  dernière  surélévation  des  Andes, 
lors  de  la  sortie  des  roches  trachitiques.  Ce 
serait  aussi  à  cet  instant  que  les  masses  si 
considérables  d'alluvions  terrestres,  conte^ 
nant  des  ossements  de  mastodontes,  d'élé- 
phants et  d'autres  grands  animaux  d'espèces 
éteintes ,  auraient  été  charriées  à  \e  surface 
à^n  continents,  en  France,  pu  Italie,  dans 


les  deux  Amériques  et  sur  les  autres  parties 
du  monde,  jusqu'au  pôle  nord..i» 

Caractères  paiéoniologiqueê.  —  D'après  nos 
connaissances  actuelles,  93  genres  inconnus 
jusqu'alors  apparaissent,  pour  la  première 
fois,  dans  cet  étage,  tandis  que  des  genres 
antérieurement  existants,  21  seulement  s'y 
éteignent.  On  doit  donc  croire,  comme  pour 
l'étage  précédent,  qiie  la  période  croissante 
de  développement  dés  terrains  tertiaires  se 
continue  au  delà  de  l'étagesubapennin  jusque 
dans  notre  époque.  Parmi  ces  93  genres,  42, 
ou  près  de  la  moitié,  dépendent  des  mam- 
mifères ;  26  des  oiseaux,  7  des  reptiles  et  8 
des  poissons.  C'est-à-dire  que  81  genres  dé- 
pendent des  animaux  vertébrés  ;  tandis  qu'il 
ne  reste  plus,  pour  représenter  les  trois  au- 
tres embranchements,  que  3  genres  pour  les 
animaux  annelés,  k  genres  pour  les  animaux 
mollusques,  et  3  genres  pour  les  animaux 
rayonnes.  Voici  les  caractères  slrçitigraphi-ç 
ques  des  genres. 

Les  genres  au  nombre  de  69,  que  nous 
avons  cités  comme  s'éteignant  dans  Télagc 
falunien,  sont  autant  de  caractères  négalils 
que  nous  pouvons  citer  pour  l'étape  sub- 
apennin ,  ou  ils  ne  sont  pas  arrivés,  jusqu'à 
présent. 

Pour  distinguer  Tétage  subapennin  de 
l'époque  actuelle,  nous  avons  cette  multi- 
tude de  genres,  encore  inconnus  dans  lo 
premier,  qui  forment  la  faune  actuelle.  Il 
serait  trop  long  de  citer  ici  tous  ces  genres, 
qui  s'élèvent  à  plus  de  1,300,  et  parmi  les- 
quels nous  nommerons  le  genre  homw^ 
Oiomo]^  paru  avec  cette  dernière  faune,  et  la 
dominant  de  toute  la  perfection  de  ses  orga^ 
nest  comme  le  souverain  de  toute  la  nature 
actuelle. 

L'étage  subapennin,  dans  Tétat  actuel  de 
nos  connaissances,  se  distingue  de  l'étage 
falunien  antérieur,  par  les  93  genres  sui* 
vants,  qui,  inconnus  aans  le  nrécedent  étage, 

Paraissent  se  montrer  pour  la  première  m 
répoque  subapennine.  Ces  genres  sont 
ainsi  répartis  dans  les  étages  :  Parmi  les 
mammirères,  les  genres  :  prolopithecus^  spto-, 
ihoSf  similodonf  tcticyotifpalœcospalojCfipti-' 
lacodon^  lonchophorus,  theridomySf  glosothe- 
rmm,  glyptodon^  chlamydotherium^  hoplophc' 
ruSf  pachytheriumf  euryodon^Tenurui^megat 
iherium,  megalonyx^  mylodon^  êctlidoth- 
ritim,  platyonyXf  cœlodon^  potamohipptt*, 
elasmotherium  ,  mericotherium  ,  dremothe- 
rium ,  [ehphas  ,  hippopotamus  ,  camelus , 
camelopardalis  y  cebus^  cailithrix^  jachus^ 
centeneSf  dasyprocta^  echimys^  orycUropu$^ 
fnyrmecophaga^  dasypus^  eauus^  auehenia, 
bos  et  balœnopUra;  parmi  les  ciseaux,  les 
genres:  dinornist  catarlhes^  vuliur^  aquilot 
molaciUaf  anabcUes^  alâudaf  hirundo^  capri- 
tnulgus^  coccizusy  picus^psittacus^  phasianus, 
galluiy  numidox  cryptuirus^  rhea,  pkœnicoptt 
rus^  otu$^  ralluSf  trex,  anser^  mergus^  anas^ 
larut  et  cohymbi^:  parmi  les  reptiles,  leszen- 
res  :  tesiudinUeSf  paUeobatrachus^  palœopnnj* 
nos,  palœophilusy  andriaSf  chelydra  et  ophis^ 
parmi  les  noissons,  les  genres  esox,  acan- 
(hopsis^  rooitesj  rhodeus^  aspius^  flfo6iMi,/Jf 


1 


8UB 


ET  D£  PALEONTOLOGlIb. 


SVB 


1S5S 


r/urti5  et  iinçQ  ;  parmi  les  crustacés,  les  gen- 
res ranina^  oniscus  et  porcelKo;  parmi  les 
iDoHusquos  gastéropodes,  les  genres  clausi- 
lia  ei  cuvieria:  parmi  les  lamellibranches, 
les  genres  gnathodonetpolia;  parmi  les  fora- 
minifères,fes  genres  oroulïna^  oolina  et  pla^ 
fiorbulina. 

De  ces  genres,  eeu^i  qui  naissent  et  meu- 
rent dans  i*étage  sans  passer  à  Tépoque  ac- 
tuelle, seront  autant  de  caractères  positifs 
qu'on  pourra  invoquer  pour  la  distinguer. 
Ces  genres,  au  nombre  de  31,  sont  les  sui- 
vants :  Parmi  les  mammifères,  les  genres: 
protopUhteuêy  speoiho$,  similodotif  icticyofi^ 
palœco$palaXf  tpalacodotif  leucophoruSt  taeri" 
domyi^  glostotheriunij  glyptodon^  chlamydo^ 
thenum^  lofichophoru$f  pachytherium^  euryo-' 
don^  rrentiruâ,  megatherium  ,  mtgalonyx^  my-* 
lodon^   tœlidotheriunif  plafyonyXy  cœlodon^ 
potamohippus  f  eldsmoineirîum  ei  mericothe' 
rium  :  parmi  les  oiseaux,  le  genre  dinornU  ; 
parmi  les  reptiles,  les  fsenresiestudiniiestpa- 
Mobatrachug ,  palœophrynosj  palœophiluê  et 
andrias:  parmi  les  poissons,  le  genre  cyclurus. 
Nous  a  vous  encore,  comme  caractères  dîstinc- 
tifs,  les  genres, au  nombre  dB21,  qui,  nés  an- 
térieurement, après  avoir  vécu  plus  ou  moins 
longtemps ,  s'éteignent  encore  dans  Télage 
subapennin,  sans  arriver  à.répoque  actuelle. 
Ce  sont,  parmi  les  mammifères,  les  genres: 
chœropoiamuâ  ,  kyotherium  ,  palœotnerium , 
anoplotherium ,   ioxodon ,    metaxytherium , 
mastodouy  hoplothermm;  parmi  les  poissons^, 
les  genres:  oxyrhinatiacanlhonemus;  parmi 
les  bryozoaires,  le  genre  ceriopora  ;  parmi 
les  échinodermes,  les  genres:  pygurus^arba-^ 
cia^  hemiasler  et  ruria;  parmi  les  zoophy tes» 
les  gen  res:  clauêaslrea.ceratotrochut  et  sUpha* 
nophyllia;  parmi  les  foraminifères,  le  genre 
pyruiina.  Nous  aurions  dès  lors  52  genres 
|K)uvan(  donner  des  caractères  |f0sitils  dif- 
férentiels entre  ^étag^  subapennin  et  l'épo-» 
(]ue  actuelle. 

^  Indépendamment  d*un  très-grand  nombre 
f espèces  d'animaux  vertébrés  et  annelés; 
indépendamment  des  plantes  non  moins 
[lombreuses,  nous  avons,  seulement  en  ani- 
maux mollusques  et  rayonnes,  le  nombre 
ie  606  espèces.  Un  nombre  considérable 
fespèces  ont  été  indiquées  dans  cet  étage 
'omme  étant  des  analogues  d'espèces  ac* 
uellement  vivantes 
Si  nous  ôtons  des  60  espèces  mentionnées 
Tabord  les  28  espèces,  indiquées  à  tort  ou  à 
aisôn  comme  passant  de  l'étage  faluniea  à 
*étage  subapennin,  et  les  55  espèces  de  Té- 
a^e  subapennin  signalées  comme  analogues 
les  espèces  actuellement  vivantes,  en  France, 
n  tout  83,  il  ne  restera  plus  que  523  espè- 
es  caractéristiques ,  nomore  assez  coosiaé* 
able,  surtout  quand  il  sci  joint  à  une  grande 
[uantité  d*espèces  d'animaux  vertébrés  ou 
nnelés,  et  à  212  espères  de  plantes,  pour 
rouver  la  valeur  de  cette  dernière  époque 
ui  nous  a  précédés  suc  lo  globe. 
Chronologie  hUiorique.  —  La  perturbation 
éologique  qui  a  mis  Gn  à  l'étage  falunien 
également  éteint  69  ffenres  d'animaux,  le 
vujDçe  connu  de  2,723  espèces  d'animaux 


mollusques  et  rayonnes  et  209  espèces  de 
plantes  qui,  avec  les  espèces  multipliées 
aanimaux  vertébrés  et  annelés,  composaient' 
la  faune  Qt  la  flore  de  cette  époque.  Après 
cette  commotion  générale  &  la  surface  de 
là  terre,  ont  apparu,  avec  la  période  sub- 
apennine,  pour  repeupler  la  terre,  93  genres 
d  animaux  inconnus  aux  étages  antérieurs, 
composés  d'un  grand  nombre  d'espèces  d'a- 
nimaux vertébrés,  d'animaux  annelés  de 
578  espèces  d'animaux  mollusques  et  rayon- 
nes, et  d'environ  212  espèces  de  plantes 
toutes  nouvelles. 

A  la  Un  de  l'étage  faluuien,  les  mers  ont 
encore  complètement  changé  de  lits  en  Eu- 
rope, et  principalement  en  France.  Les  trois 
mers  qui  couvraient  les  bassins  ligérien, 
pyréjiéen  et  méditerranéen  se  sont  complè- 
tement desséchées.  De  toutes  ces  mers,  nous 
ne  trouvons  plus  en  France,  sur  les  conti-^ 
nents  de  l'époque  actuelle,  qu'une  petite  poN 
tion  occupant  le  bord  de  la  méciiterranée, 
dans  les  Pyrénées-Orientales  et  dans  l'Hé- 
rault, près  de  Montpellier.  On  voit,  dès  lors, 
?u'en  France  la  forme  des  mers,  à  cette 
poque,  différait  seulement  sur  ces  deux 
points  de  la  circonscription  des  mers  ac- 
tuelles; mais  elles  couvraient  l'Astezan  en 
Piémont,  une  partie  de  l'Italie,  les  environ^ 
de  Vienne  (Autriche)  et  une  grande  partie 
de  l'Europe  orientale. 

Les  continents  sont,  par  la  même  raison, 
complètement  différents  de  ce  qu'ils  étaient 
pendant  l'époque  falunienne.  ]>)r8de  la  sur- 
élévation de  la  chaîne  des  Alpes,  les  parties 
de  la  Suisse,  de  la  Savoie,  du  Jura,  .de  rAin» 
de  l'Isère,  des  Hautes  et  Basses-Alpes,  de  la 
Drôme,  de  Vaucluse  et  des  Bouches-dU'» 
Rhône,  restées  le  domaine  des  mers,  pen- 
dant toutes  les  grandes  périodes  jurassiques,^ 
crétacées  et  tertiaires,  surgissaient  enfin 
hors  des  eaux  et  faisaient  partie  des  conti- 
nents.  Les  mers  se  sont  en  même  temps 
retirées  du  bassin  pyrénéen ,  depuis  long- 
temps aussi  recouvert  par  les  eaux,  et  dû 
bassin  libérien  qui,  éphémère  comme  l'étagQ 
oui  l'avait  jiroduit,  ne  dure  que  pendant 
1  étage  falunien,  pour  être  remplacé  de  nou« 
veau  par  une  portion  continentale.  En  résun 
mé,  les  continents,  comme  les  mers,  ft  Tépoi 
que  subapennine,  différaient  è  peipe  eqi 
France,  pour  leur  circonscription,  dé  la  na^ 
ture  actuelle. 

Les  mers  étaient  alors  peuplées  des  mè^ 
mes  genres  d'animaux  qu'à  l'époque  pré^ 
cédcnte.  A  peine  nous  montrent-ielles,  avec 
quelques  genres  nouveaux  de  poissons,  tels 
que  gobius.  cyclurus^  etc.,  trois  formes  nou% 
telles  de  crustacés,  parmi  lesquelles  les 
oniicuSf  les  porcellio;  quelques  genres  dç 
mollusque,  {cuvteria,pr)lia)y  ae foraminifères 
(orbulina^  oolina  eiplanorbulina).  La  faune 
roarîQe  est,  pour  ainsi  dire,  sans  jDOulcur 
tranchée. 

Les  continents,  au  contraire,  étaient  ani*^ 
mes  d'une  faune  composée  d'un  grand  noa>- 
bro  d'êtres  aussi  remarquat>tes  par  leurs 
proportions  que  par  leurs  caractères.  Les 
mammifères  dominaient  surtout^  C*QSt  alors 


IS59 


SI3B 


?u*ayec  oeaucoup  de  genres  diflërcnls  des 
poqaes  antérieures  et  différentes  de  la 
faune  actuelle,  parmi  lesquels  se  remar- 
quaient les  gifpiodon^  les  megoiheriumf  les 
megatonyx  les  mylodon^  les  masiodon^  aux 
formes  massires,  venaient  déjà  se  mêler  des 

fenres  qui  ont  survécu  jusqu'à  nous,  les 
léphants  {elephaM)^  les  hippopotames,  les 
chameaux,  les  girafes,  les  rnevaux,  les  ta- 
tous, etc.  Beaucoup  d*oiseaux  animaient  la 
campaçne;  en  même  temps  que  des  reptiles 
multipliés,  au  nomhre  desquels,  comme  pour 
rivaliser  avec  ces  gigantesques  mammiières 
que  nous  avons  cités,  se  trouvait  la  fitmeuse 
salamandre  d'Œningen  {andriat) ,  encore 
plus  extraordinaire  pour  sa  taille,  comparée 
a  ce  que  nous  connaissons  aujourd'hui.  Pour 
nourrir  ces  énormes  animaux  herbivores, 
qui  couvraienr  notre  sol,  de  Vltalie  jusqu'à 
la  mer  Glaciale,  animaux  qui  ne  se  trouvent 
plus  maintenant  que  dans  les  régions  tropi- 
cales les  j)hjs  favorisées  sous  le  rapport  de 
la  végétation,  la  nature  devait  offrir  la  flore  la 
plus  variée  et  la  plus  luxueuse.  Voici,  du 
reste,  ce  que  nous  connaissons  aujourd'hui 
de  cette  flore  de  l'étage  suhapennin,  d'après 
les  savantes  recherches  de  M.  Brongniart. 
Nous  indiquons  ici  le  nombre  des  espèces  de 
chaque  genre  par  famille. 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  SUB 

Dicotytéâonet  angioipermês, 

MYBICÉES. 


IdN 


Cryptagame$  ëmphigène$. 

ALGUES. 


Confervites , 
Sphxrococcites, 


Xylonites, 
Spbaerites, 

Muscites, 

Adiantum, 
Pteris, 

€oniopler#tes, 
Taeniopterlt, 

lioeiltes, 

Equisetum 


CBAMPICH0N8. 


Cryptogamet  acrvgèneê, 

POOCfeRES. 


LTCOPODIiCÉeS. 
CQUISÉTACÉB8. 

Monocotyiédonet. 

MÀUDBS. 
CBAIIINÊKt 
CtPÉftACÉES. 
LILIACÉBS. 


PotamogcîlOD, 

Culmites, 

Cyperites, 

Smilacites, 

DtcotyUaones  yymno»permei, 

CONIFtRCS   CUPRESSINÉES. 

Callitrites, 
Widdringtoniies, 
Taxodites, 
Tbuioxyluin, 


Abiecites, 
Piniles, 
Peuee, 
Eleoxylon, 

Taxites, 

Taxoxyluin, 

Salisburh, 


CONlFfcftES  ABIÉTIKÉCS. 


COKiFÈRES  TASINCES. 


i 
I 

% 
% 

I 

i 
I 
I 
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1 

f 


1 
i 
I 
I 


i 

S 
5 

5 
9 
i 
4 

5 
I 


Comptonîa, 
Myrîca, 

Brtula, 
Alnas, 

Qaercas, 

Querciniiini, 

Fagus, 

Fegonium» 

Carpinus, 

UImns, 

Ulminium, 

CeUit 


Liquidambar, 

Populos, 
Salix, 

Dapboogènes 

Uauera, 

Nyssa, 

Cornus, 

MyrtDS, 

Calycanlbttf, 

Pyrus, 

Cratsgus, 

CotoDeaster, 

Rosa, 
Spt 


Prunos, 
Amygdahis, 

Robinia, 

Cytisua, 

Amorpha, 

Glycyrrbiza, 

Phaseolites, 

Gleditschia, 

Baubinia, 

Cassis, 

Aoacia, 

Mimosites 

Rbas, 

Jaglans, 

Karwinskla, 

Rbamnus, 

Zizipbus, 

Paliunis, 

Ceanoibus, 

Celastrus, 
Evonymus, 

Sapîndas, 

Acer, 
Accriniam, 

Tilia, 


COPOLBteCS. 


tJLMACÉSS. 


BALtAMIFLUE». 
SALKlIlÉtt. 

LAURIKÉEl. 

THTVÉLÉES. 

SAMTALACÉES. 

COEXÉBfl, 

MTRTACtfES. 

caltcahtbAis 

POMAGÉBa. 


ROSACÉES. 


AVTCDAliSS. 


LieoMiiiBiiii*. 


▲HACARDrtBS. 

ireLAioiBS. 

RHAMHÉES. 


CiLAITRINtei. 

SAPlNDACiES. 
ACÉRLNÉES* 

TltUCÉBS« 


1341 


SUD 


HT  DE  PALEONTOLOCIE. 


StB 


ISiS 


HACKOLIACÉES. 

LiriodcRJron, 

CAPPABIDÉBS 

Capparis, 

SAPOTÉES. 

Svmplocos, 

Siyrai, 

oUacées. 

Fraxinus, 

ESÉ^IACÉES. 

Diospyroe, 

ILIClNteft. 

llex, 

5 

Priiios, 

Ncittopanllics, 

ERICaCÉBS. 

Rliododeiidroiiy 

Azaica; 

AndrorncdA; 

Vaccinium/ 

3 

Ledum, 

i 

Zones  isothermes:  En  arrirant  k  l'époque 

3ui  nousa  précédés  sur  la  terre,  nous  croyons 
evoirconclurct  relativement  aux  lignes  iso- 
t!icrmos  des  fl^es  géologiques.  Nous  avons 
vu,  aux  terrains  paTéozo'iques ,  que  les  mê- 
mes Animaux,  les  mêmes  plantes,  avec  le  ca- 
ra(*tèrc  d*une  jfaune  et  d'une  flore  tropicales, 
s*élendaicnr,  j)endant  cette  période,  de  la 
zone  torride  actuelle  jusqu'aux  régions  po- 
laires. Nous  reconnaissons  la  même  distri- 
luition,  lors  des  grandes  périodes  des  ter- 
rains jurassiques  et  des  terrains  crétacés. 
\vons-nous  trouvé  des  changements  pendant 
es  étages  tertiaires?  Ce  que  nous  avons  dit 
lux  étages  suessonien,  parisien,  et  surtout 
I  J'élage  falnnien,  prouve  déjà  que,  durant 
ou  tes  les  époques  antérieures  à  Tétage  sub- 
ipennin,  les  lignes  isothermes  actuelles 
l'existaient  pas,  étant  neutralisées  par  la 
ihalcur  propre  à  la  terre  ;  voyons  maintenant 
'c  que  nous  donne  l'étage  subapennin.  Com- 
uonçonsparla  faune  marine. 

La  faune  marine  de  l'étage  subapennin 
enferme,  dans  l'Astezan  et  à  Perpignan,  un 
:rand  nombre  d'espèces  des  genres  phorus^ 
olarium^  cyprœa^  mitra^  caneeliaria^  conus^ 
trombus,  fusus^  pyrula^  Jasciolaria^  lereb'ra^ 
erna,  chanta  ^  plicatufa^  btissuSy  flabel- 
tm^  etc.,  etc.,  composant  une  faune  qui  ne 
^  rencontre  plus  aujourd'hui  que  dans  la 
>nc  torride  et  dans  les  régions  les  plus  chau- 
ds des  mers  actuelles.  Nous  aurions  done 
icore,  pour  IVtage  subapennin,  des  faits 
lalogues  &  ceux  qu'on  observe  k  toutes  les 
>oques,  depuis  le  commencement  du  monde 
limé. 

«  Lorsque  nous  voyons  tous  ces  genres, 
•opres  seulement'aux  régions  chaudes,  se 
ncontrer  dans  l'étage  parisien,  à  Paris,  k 
^ndres,  en  Belgique,  jusqu'au  52"  de  lali- 
(Je;  dans  l'étage  falunien  de  la  Touraine, 
;  Casse!,  de  Vienne;  dans  l'étage  subapen- 
n  de  Perpignan,  de  TAstezan,  avec  tous  les 
itres  êtres  qui  caractérisent  lesfiiunes  tro- 
rales,  et  qu'on  ne  retrouve  plus  que  Ik, 
jotird'hui,  nous  sommes  forcés  de  con- 
jre  que,  tandis  que  ces  faunes  existaient  k 


Paris,  k  Londres,  en  Belgique,  en  Italie  et  en 
Autriche,  ces  différents  points  jouissaient 
d'une  température  égale  a  la  température 
actuelle  de  la  zone  tropicale.  Ces  faits,  re- 
connus jusque  dans  l'étage  subapennin  qui 
nous  a  précédés  sur  la  terre,  prouvent,  on 
doit  le  croire,  que  la  chaleur  propre  k  la  terre 
s'est  maintenue  dans  les  mers  d'Europe,  jus-> 
qu'k  la  dernière  période  géologique,  et  a 
neutralisé,  jusqu'k  celte  époque,  l'influence 
de  la  température  que  les  lignes  isothermes 
actuelles  donnent  k  la  France,  k  l'Angleterre 
et  k  rilalie. 

«  Peut-on  expliquer  ce  fait  par  l'influence 
des  courants  d'eau  chaude,  qui  aurai  t  échauffé 
ces  diverses  parties  des  mers  européennes? 
Nous  ne  le  pensons  pas  :  d'abord,  parce  que 
les  courants  n'ont  qu'une  action  nartieiie, 
très-limitée,  toujours  exceptionnelle,  jamais 
générale;  ensuite,  parce  que,  malgré  les 
changements  considérables  de  forme  qui  ont 
eu  lieu  dans  les  mers  des  diverses  époques 
tertiaires,  changements  modifiant  constam- 
ment les  courants,  on  voit  toujours  se  suc- 
céder, sur  les  mêmes  régions ,  pendant  les 
étages  suessonien,  parisien,  falunien  et  sub- 
apennin, les  mêmes  faunes  tropicales,  ce  qui 
prouve  une  action  continue  et  non  une  ac- 
tion exceptionnelle.  Une  preuve  sans  répli- 
que nous  reste  encore  :  les  courants  d'eau 
chaude  ou  froide  peuvent  modifier  la  faune 
marine  côtière;  mais  ces  courants  n'ont 
qu'une  influence  très-faible  sur  la  faune  ter- 
restre contemporaine,  le  soleil  exerçant  par- 
tout son  action,  comme  nous  avons  pu  le 
reconnaître  en  Amérique.  Quelle  était  la 
faune  terrestre  contemporaine  des  étages  pa- 
risien (919),  falunien  et  subapennin  en 
France ,  en  Angleterre  et  dans  le  reste  de 
l'Europe?  Elle  offrait,  en  même  temps  que 
ces  genres  marins  des  régions  chaudes,  sur 
les  continents  de  ces  époques,  des  singes, 
des  rhinocéros ,  des  tapirs,  des  éléphants, 
des  hippopotames,  des  girafes,  propres  au- 
jourd'nui  seulement  aux  régions  tropicales, 
avec  beaucoup  d'êtres  perdus,  que  leurs  ca- 
ractères Eoologigues  placent  k  côté  de  ceux- 
ci,  également  dans  des  régions  chaudes, 
comme  les  palcBotherium,  lesanoplotherium, 
\ts  mastodon,  etc.,  etc.  On  doit  donc  croire 

?ae  cette  température  tropicale  existant  on 
rance  et  dans  le  reste  de  l'Europe,  jusqu'k 
l'époque  qui  nous  a  précédés  sur  la  terre, 
dans  les  mers  et  sur  les  continents,  était  la 
température  de  ces  régions  et  non  de  Tin- 
fluence  des  courants. 

«  En  résumé,  il  paraîtrait  prouvé  que  jus- 
qu'k cette  époque  antérieure  k  notre  créa- 
tion, la  chaleur  centrale  avait  assez  d'action 
pour  neutraliser  l'effet  de  la  latitude;  aussi 
le  cantonnement  isotherme  des  faunes  paratt- 
il  appartenir  exclusivement  k  notre  époque. 
Il  en  est  de  même  du  morcellement  actuel 
des  faunes  côtières  de  toutes  les  parties  du 
monde. 

«  L'étage  subapenniny  si  noits  en  jugeons 


910)  La  ll«>re  terresire  ëtii4iëe  far  M.  BowerUank,  dans  Pelage  parisieH  de  Pile  de  Sbeppey,  est 
Ile  des  régions  iropic^ks. 


I&I5 


SDK 


DlCTlONIf  AlftS  DE  CO&MOGOr<IB 


BUK 


mi 


par  le  nombre  des  dépouilles  de  grauJs 
mammifères  qu*il  renferme,  sartout  en  Rus- 
sie, paraît  avoir  été  remarquable  sous  ce 
rapport  ;  mais,  la  nature  ne  devant  pas  tou- 
jours se  maintenir  en  repos,  il  s'opère  un  der- 
nier mouvement  qui,  bien  plus  considéra- 
ble que  les  autres,  donne  à  la  Cordillère  des 
Andes  son  çrand  relief  d'aujourdhui.  D'im- 
menses affaissements  a^ant  eu  lieu  au  sein 
du  grand  Océan,  la  Cordillère,  par  suite  d'un 
mouvement  de  bascule,  se  disloque  sur  50 
degrés  de  longueur  dans  la  direction  du  N. 
5'  E.  au  S.  5"  O.  ;  et  prend  l'élévation  ac- 
tuelle que  nous  appelons  système  chilien. 
C'est  alors  que  son  axe,  béant  sur  quelquesi 
points,  par  suite  d'une  forte  pression  laté- 
rale, donne  issue  aux  matières  trachy.liques 
incandescentes  qui  débordent  et  envahissent 
])lusieurs  points  de  la  crête  de  cette  vaste 
chaîne.  Une  dislocation  dé  50*  ou  de  1,250 
lieues  de  longueur,  qui  a  produit  une  des 

[»lus  hautes  chaînes  du  moncle,  n'a  pu  avoir 
ieu  sans  déplacer  proportionnellement  les 
eaux  marines.  Balancées  alors  avec  force, 
eelles-ci  ont  envahi  fes  continents,  anéanti 
et  entraîné  les  grands  animaux  terrestres  de 
la  faune  subapennine,  en  les  déposant,  avec 
les  partieules  terrestres,  k  toutes  les  hau- 
teurs dans  les  bassins  terrestres,  dans  les 
cavernes  et  dans  toutes  les  cavités  où  les 
eaux  pouvaient  pénétrer.  M.  Elie  de  Beau- 
mont  regarde  comme  correspondant  à  la  fin 
de  l'étage  «ubapennin,  la  dislocation  qu'il  dé- 
signe comme  son  système  de  la  chaine  prin^ 
cipaUdes  Alpes,  dont  la  direcHon  est  de  TO. 
t6'  S.  I  TE.  10-  N.,  et  qui  a  donné  aux  Al- 
pes la  forme  oue  nous  leur  connaissons.  On 
voit  que  les  cnangements  qui  s&sont  opérés 
à  la  surface  du  globe  sont  bien  suffisants 
pour  expliquer  l'anéantissement  des  grands 
animaux  terrestres  qui  nous  ont  précédés 
sur  la  terre,  et  la  fin  de  l'époque  qui  nous 
occupe.  » 

SUCCIN.  Voy.  Palmiers. 

SUESSONIEN  (ÉTAGE).  ^  Le  premier  de 
la  cinquième  grande  époque  du  monde  ani- 
fné  ou  nériode  tertiaire,  et  le  2i*  de  l'échelle 
totale  des  terrains. 

C'est  l'époque  de  la  première  apparition 
certaine  de  la  classe  des  mammifères ,  des 
r»rdres  des  oiseaux  passereaux,  des  poissons 
pleuronectoïdes,  etc. 

^  Cet  étage  aregu  beaucoup  de  noms  divers; 
c'est  le  calcaire  nummulittque  des  auteurs  ; 
une  partie  des  terrains  eocenes  de  M.  Lyell  ; 
une  partie  {argiles  plastiques)  des  terrains 
tertiaires  inférieurs  de  MM.  Dufrenoy  et 
Elie  de  Beauraont  ;  glaucome  inférieure^  etc. 

On  trouve  un  beau  type.de  cet  étage  à 
Bpacheux  (Oise),  au  mont  Alaric  (Aude),  etc. 

Parmi  les  études  qui  ont  été  raites  de  cet 
étage,  nous  n'en  connaissons  point  qui  aient 
mieux  éclairei  les  questions  difficiles  qu'il 
présente,  que  celles  de  notre  éminent  pa- 
léontologiste, M.  Al.  d'Orbisny.  Nous  cite- 
rons tout  entière  la  savante  deseription  au'il 


en  a  publiée  dans  son  Cours  élémentaire  de 
paléontologie, 

«  Confondu,  dit-il ,  sous  le  même  nom 
d'corcnf,  avec  l'étas^  parisien,  d'autres  fois 
entièrement  séparé,  tour  à  tour  considéré 
comme  crétacé,  comme  tertiaire,  ou  inter- 
médiaire aux  deux  terrains,  suivant  les  lieux 
ou  sa  composition  minéralogique ,  l'étdj^c 

3ui  nous  occupe  a  reçu  beaucoup  de  noms 
ifférents,  et  a  motivé  les  observations  les 
plus  contradictoires,  lîn  l'abordant,  nous  ne 
nous  dissimulons  pas  les  difficultés  que  nous 
avons  à  vaincre  pour  résoudre  quelques- 
unes  des  questions  qui  s'y  rattachent  et  pour 
répondre  aux  idées  émises  à  son  égard.  Dé* 
f;as;é  de  toute  opinion  préconçue  et  de  toute 
influence,  nous  allons  entrer  franchement 
dans  la  lice.  Nous  accumulerons  les  faits» 
nous  les  discuterons,  comme  nous  l'avons 
fait  jusqu'ici,  afin  d'arriver,  par  leur  ensem- 
ble, à  une  solution  logique.  Si  nous  ne  réus- 
sissons pas  à  Jeter  quelque  lumière  sur  uii 
des  points  les  plus  controversés  de  la  science,, 
nous  aurons  au  moins  apporté  notre  tribut 
de  recherches,  et  nousaurons  tenté  l'une  des 
tâches  les  plus  difficiles  de  la  géologie  ac* 
tuelle  (920). 

Dérivé  du  nom. —  «  Ne  pouvant,  en  aucune 
manière,  .conserver  à  l'étape  soit  un  nom 
basé  sur  un  caractère  minéralogique,  tou* 
jours  locale,  ou  sur  un  caractère  de  fossiles 

3ui  peut  manquer  et  n'être  plus,  nous  avons 
onné  à  l'ensemble  le  nom  d'étage  sumo- 
m'en,  la  ville  de  Soissons  (Augusta  Suesso* 
num  ou  Suessones)  en  montrant,  aux  couches 
inférieures  de  sa  vallée,  l'un  des  types  fran- 
çais. Nous  réunissons  sous  ce  nom  Targile 
plastique,  les  lignites  et  les  sables  inférieurs,^ 

Slaucouieux  du  bassin  parisien,  placés  au- 
essous  de  la  zone  à  nummulites  lœvigata  du 
bassin  de  Paris;  le  calcaire  à  nummulites 
de  Royan,des  bords  del'Adour;  de  la  chaîne 
des  Pyrénées  et  de  Biaritz ,  dans  le  bassin 
pyrénéen;  les  calcaires  nummulitiques  do 
Cniza,  du  mont  Alaric;  les  calcaires  d*eati 
douce  des  montagnes  Noires,  d'Orgon,de 
Vitrolles;  les  terrains  nummulitiques  da 
Vit,  près  de  Castellane,  de  la  fontaine  du 
Jarrier,  près  de  Nue,  et  presque  tous  les  te^ 
rains  nummulitiques  du  monde.  Voici,  du 
reste,  la  synonymie  des  parties  que  nous  y 
réunissons  stratigranhiquement. 

Extension  géographique.  —  «  Commençons 
par  le  bassin  anglo-parisien.  Des  lambeaux 
se  remarquent  en  France,  au  nord-ouest  des 
grandes  surfaces,  comme  ceux  du  pharo 
d'Ailly,  de  Varengeville,  près  de  Dieppe,  le* 
buttes  de  Combles,  au  sud-est  d'£u,  la  colline 
sur  Authie  (Seine-Inférieure),  à  Saint-Va- 
léry-sur-Somme  (Somme),  à  Cassel  (Nord),  à 
Sauros,  à  Saint-Aubin,  à  Saint-Josse,  à  l'ouest 
de  Montreuil-sur-Mer  (Pas-de-Calais).  Une 
ceinture  se  voit  au  nord  et  à  Test  du  bassin, 
indépendamment  de  vastes  lambeaux  au  cen- 
tre.  Le  département  de  l'Oise,  si  bien  étudia 
par  M.  Graves,  en  offre  de  vastes  surfaccst 


(d20)  I  Cet  oiivra^^e  ayant  étié  fait  en  1847,  nous     scrvalions  de  M.  Marchismi,  qui  ce 
Il  avoirs  fait,  à  l*ëtage  siiessoiiien,  ([u^ajouter  les  ob-     point  les  nôtres,  i  (Aie,  d^OsBiceii. 


MArnieat  ea  loot 


i 


Kii 


SUC 


ET  DE  ^AQ!0^[TOLOGIR. 


UJ& 


îua 


à  Bonoenil»  à  Gallet,  à  Breteuil,  à  Crève- 
cœur,  à  Beauvais,  k  Braebeus,  à  AbbecourC, 
à  Noaiiles,  k  Guiscard,  à  Noyon,  à  Solente» 
à  Cuise-la-Motte ,   à  Gilocourt,  à  Pierre- 
tôndSi  etc.»  etc.  On  le  voit,  dans  ia  Somme, 
à  Roye,  à  Nesle;  dans  TAisne,  è  Soissons 
(couches  inférieures),  à  Cormicj,  à  Yillers- 
Frauqueui»  è  Saint-Quentin,  à  La  Fère ,  à 
Laoni  et  sur  beaucoup  d'autres  points  cités 
par  MM.  d'Archiac  et  MalJeville.  11  forme, 
dans  ce  département ,  une  bande  non  inter- 
rompue, <iu*on  voit  sur  la  craie  et  au-dessous 
des  calcaires  grossiers,  et  qui  se  continue 
dans  laMarnCf  a  ChAlons-sur-^VesIe,  à  Fleury- 
1a«Rivière,  à  Ciry-Salso^e ,  à  Dizy-les-Ro- 
sières,  à  Lizy,  aux  Yoisillons,  à  Hailly,  & 
BillHa-Montagne*  tout  autour  d*Epernay»  à 
Matigily,  a  Champilloùt  àQuatre-Œufs,  près 
d*Ay,  au  mont  Bernon,  près  d*Epernay,  à 
Cuis  et  à  Cbavot;  auprès  de  Vertus ,  de  Sé- 
zanne,  de  Villenoxe;  dans  Seine-et-Marne» 
h  Prorins,  à  Montereau,à  Melun.  Autourde 
Paris,  on  le  trouve  sous  rétage  parisien,  à 
Meudon,  h  Vaugirard  et  à  Gentilly.  Nul  doute 
que  la  mer  suessonienne  du  même  bassin  ne 
s*étcndlt,  sans  interruption,  en  Angleterre, 
sur  l'étage  sénonien,  dans  ie  Dorsetshire,  te 
Wiltshire;  dans  ie  Kent,  à  Upnoz;  dans  le 
Susscx,  à  Newhaven,  h  Castle-Hill ,  à  Alum- 
bay,  dans  l'ile  de  Wight  ;  dans  le  Surrey,  à 
HcaJcIey,  à  Broroley;  autour  de  Londres,  à 
Charlton,  à  Loampit-Hill,   à  Croydon,   à 
Wooiwicb,  à  Deepfort,  à  Lewesbaro,  à  Fua- 
dridge-Park;  dans  ie  Berkshire,  à  Cats^rove, 
près  de  Reading;  dans  THerefordshire ,  à 
^*i?/thaw,  à  Stubbington.  Nous  ne  doutons 
pas,  non  plus,  d*après  les  recherches  de 
M.  d'Archiac,  que  I  étage  ne  se  continue  en 
llelffique,  où  il  a  été  reconnu  à  Sainte-Tri- 
nité, près  de  Tournay,  entre  Gilly  et  Charle- 
'oy,  a  Espenon,  de  Nivelle  à  Saint-Tron, 
:>rès  de  Sodoigne,  à  lions,  k  Ciply,  jusqu*k 
FoIx-les-Caves  et  Orp-le-Grand,  a  Hautrage, 
I  Peruwels,  à  Grandglise  et  à  Saint-Gilles, 
3rès  de  Bruxelles. 

«  Dans  le  bassin  pyrénéen ,  cet  étage  pa- 
raît encore  occuper  une  plus  vaste  superfl- 
îie.  Nous  en  avons  découvert  en  ISkh  (921-22), 
i  Saint-Palais,  près  de  Royan,  k  1  embou- 
hure  de  ta  Gironde  (Charente-Inférieure},  un 
ambeau  bien  caractérisé,  que  M.  Raulin  a 
econou  s'étendre  sous  la  tour  de  Cordouan, 

la  pointe  du  Médoc,  aux  rochers  de  Saint- 
«icolas  et  d*Osseau.  Il  parait,  en  effet»  occu- 
per ,  sous  les  étages  parisien  et  falunien» 
oui  le  bassin  de  la  Gironde  et  de  TAdour. 
^n  le  voit  poindre  dans  le  département  des 
andes,  k  Baskeras;  k  Tuc-du-Saumon,  près 
e  Casoen,  au  nord  de  Montfort,  k  Brassem- 
ouy,  près  de  Hagelman,  kGibret,  i  Laulane, 
Hastcnnes,  k  Gamarde,  k  Mouguerre,  a  Don- 
irq,  au  Petit-Sarrail,  et  sur  une  partie  du 
>ur$  de  TAdour  ;  dans  les  Basses-Pyrénées» 
j  port  des  Basques,  k  Bidart,  k  Saint-Pierre, 
Peyrorade  et  au  phare  de  Biaritz.  M.  de 
erneuil  Ta  reconnu  sur  le  versant  espagnol 
L*s  Pyrénées,  k  Columbres,  sur  la  limite  des 


provinces  des  Aslurics»  et  de  bâîm  Anâer, 
ainsi  qu'k  San-Vicentcde  la  Basquera.  L*étage 
parait  former  une  vaste  bande  sur  tout  le 
versant  méridional  des  Pyrénées  en  Espagne» 
en  partant  de  Vittorla,  et  passant  par  Pam- 
pelune»  Sanguesa,  Jaca,  Ainsa,  Pobla» 
Berga,  Bipoll»  Castel-Follit  et  Figuièrcs. 
Dans  les  Pyrénées  françaises,  le  versant  se|- 
tentrional  en  offre  de  bien  caractérisé»  aux 
environs  de  Pau. 

«  Le  bassin  méditerranéen  nous  montre 
de  très-vas'.es  surfaces  de  l'étage  suessonien. 
Si  nous  continuons  le  versant  septentrional 
des  Pyrénées ,  nous  Tavons  parfaitement 
reconnu  dans  la  Haute-Garonne,  k  Sainl- 
Martorv  même,  k  Boulogne»  k  Saint-Gau- 
dens.  Il  existe  encore  dans  les  Hautes-Pyré- 
nées, k  Mauléon,  canton  de  Castelnau-Ma- 
Fnoac,  au  Mont-(iaillardy  à  Hontbrun  ;  dans 
Ariège  au  Mas,  k  la  Roque;  dans  l'Aude, 
il  forme  un  vaste  lambeau  d*un  côté  sur  Je 
versant  des  montagnes  Noires,  de  l'auti  e  k 
Coinza,  près  d*AIlet,  k  Montolieux,  k  Rou- 
bia,  au  mont  Alaric,  k  Lagrasse,  k  Conques^ 
k  Bize,  k  Albas,  k  Fonjoncouse,  k  Fontcou- 
verte,  k  Yilleneuve-les-Chaudens,  k  Viile- 

failhene,  au  nor  1  de  Carcassonne,  k  Véraza» 
Coustouge,  k  R<peraza,  aux  bords  du  Râ- 
ble, entre  Saint-LMirent  et  Coustouge.  Nous 
considérons  comme  un  dépAt  terrestre  do 
cette  époque  tout  le  calcaire  d*eau  douce  in- 
férieur qui  se  montre  d*abord  k  Orgon  ;  puis, 
interrompu  par  la  dislocation  des  Alpines  el 
des  OpieSi  il  reparaît  k  la  Fare,  k  la  Tète- 
Noire,  k  la  rivière  de  Lare  ;  forme  toutes  les 
hautes  collines  de  Vitrollcs,  et  se  continue 
k  Gardanne,  k  Fuveau,  k  Trets,  k  Auriol,  k 
Pichinier,  k  Peynier,  à  Simiane»  k  Rognac , 
aux  Baux,  k  Mimet,  k  Mons,  k  Carnet,  près 
de  Méreuil,  k  Saint-Victoret,  k  Langresse  et 
au  quartier  du  Hontaignet,  près  d'Aix,  k 
Martigues  (Bouches-du-Rhône),  dont  les 
fossiles  ont  été  décrits  par  M.  Hathéron. 
Dans  le  Var,  un  lambeau  existe  près  du 
Beausset,  k  Aups  et  k  la  Cadière.  Avec  M. 
Astier,  qui  a  rendu  de  si  grands  services  k 
la  géologie  des  Alpes,  nous  avons  reconnu 
un  petit  lambeau  au  Pilon-de-Saint-Vallier» 
route  de  Grasse  k  Castellanne;  nous  en  avons 
vu  un  second  au  Vit  et  k  la  montée  de  Tau* 
lanne,  près  de  Castellanne.  D*autrcs  ont 
été  reconnus  par  M.  Scipion  Gras,  k  six 
kilomètres  au  nord-ouest  de  Saint-André- 
de-Méouiiles,  sur  la  rive  droite  du  Veruon  ; 
k  Saint-Benoit,  près  d'Annot,  k  Lausanier,'k 
Bauvesert  (Basses-Alpes).  On  le  retrouve 
autour  de  Barcelonetle ,  de  Colmars;  M. 
Astier  l'a  reucontré  k  Saint-Sever»  k  Sainte 
Paul-du-Var»  et  il  se  continue,  dans  le  comté 
de  Nice,  k  la  Fontaine  du  Jarrier»  k  ia  mon* 
tagne  de  la  Palarea,  et  suivant  M.  de  Col- 
leguo,  au  roc  de  Cassino  et  k  la  Trinita  de 
'Casslno,  près  de  Turin. 

«  L'étage  couvre,  en  lambeaux,  une  par- 
tie de  la  buisse,  de  la  Savoie,  de  ritalie»  do 
la  chaîne  des  Alpes  et  des  Carpatbes»  si  bien 
étudiés  par  H.  Hurcbison.  On  io  voit  k 


(îh21-22)  BuiUtin  dt  la  Soiiété  gédoffipte  dt  Ftanct    U  XIV,  p.  187. 


ÎUI 


SUE 


DICttONNAlRE  DC  COSMOGONIE 


SUE 


i34S 


Thones  (Savoie)  ;  à  Beatenberg,  sur  les  bords 
du  lac  do  Lucerne,  aux  environs  d'Einsie- 
dein,  à  Claris,  dans  les  Grisons,  près  d'Ap- 
penzell,  près  de  Weissbad,  au  Vorarlberg, 
au  nord  de  Schwarzenber^j  ;  dans  les  Alpes 
méridionales  et  dans  le  Vicentin,  à  Ronca, 
au  Mont-Bolca,  près  de  Bassano,  au  val 
d'Urgana,  au  val  d'Agno,  à  CasteKSomberlo, 
à  Vérone  ;  dans  le  Tyrol  autrichien  ,  à  Un- 
tcrsberg,  à  Karst  ;  au  nord  de  Venise,  à  Bel- 
lune,  au  nord  de  la  Tfieste,  près  de  Trente, 
Krès  de  Vienne;  en  Bavière,  au  Kressem- 
erg;  dans  la  Transylvanie,  à  Klausemburg; 
dans  la  Hongrie,  à  Wollersdorf  ;  dans  Tlstrie, 
la  Daluiatie  en  Carniole;  en  Pologne,  au 
pied  du  Tatra,  à  Zokoparre  ;  dans  la  Carin- 
thie,  à  Gutharcng,  etc. 

«c  On  en  retrouve  encore  de  vastes  lam- 
beaux en  Crimée,  à  Salghir,  à  Sevastopol  ; 
dans  le  Caucase,  en  Perse,  en  Syrie,  dans  le 
Taurus;  en  Ësypte,  où  les  grandes  pyrami- 
des en  sont  bâties  ;  en  Assyrie,  à  Mardin  en 
Grèce,  en  Morée.  Un  lambeau  terrestre  existe 
dans  rinde,  à  Munnoor,  à  Chioknée,  à  Si- 
chel-Hills  ;  et  il  parait  que  tout  le  versant 
méridional  de  THimalaya  en  montre  un 
vaste  développement,  comme  nous  avons  pu 
en  juger  par  les  fossiles  qui  nous  ont  été 
communiqués  par  M.  Murcbison,  et  prove- 
nant dis  recherches  des  géologues  anglais. 
M.  Mac  Cleland  l'a  rencontré  en  partant  de 
Calcutta,  dans  TAham  supérieur,  au  delà  du 
BeTla,  du  firamaputra.  M.  Barnes  a  rencontré 
rétame  formant  une  crête  sur  la  rive  droite 
de  rindus;  il  forme  encore  la  sommité  des 
monts  Hala,  court  du  sud  au  nord,  depuis  la 
côte  do  l'ouest,  et  se  termine  au  nord-ouest 
de  Caboul  dans  le  Caucase  hindou.  11  existe  à 
l'extrémité  ouest  de  la  province  du  Cutch, 
du  côté  du  Sinde,  où  M.  Grant  a  observé 
qu'il  repose  sur  les  terrains  jurassiques. 

«  En  résumé,  l'étage,  comme  nous  le  con- 
sidérons, se  trouverait  en  France,  dans  les 
bassins  anglo-parisien,  pyrénéen  et  méditer- 
ranéen ;  et  s'étendrait,  en  Europe,  de  l'Angle- 
terre et  de  l'Espagne  jusqu'en  Crimée  et  au 
CaucasCi  et  de  là,  en  Asie,  jusqu'à  Calcutta, 
sur  le  revers  méridional  de  l'Bimalaya,  et  en 
Afrique.  On  juge,  dès  lors,  quelle  peut  être 
son  importance  géologique. 

Stralificaiion.  —  «  Prenons ,  de  tous  les 
pays,  la  partie  peut-être  la  moins  tourmen- 
tée pour  point  de  départ  et  pour  base  de  nos 
comparaisons.  Vojrons  par  exemple,  dans  le 
bassin  anglo-parisien,  où  nous  avons  déjà 
vu  se  succéder  régulièrement,  sans  lacunes, 
les  étages  triasiques,  tous  les  étages  jurassi- 
ques et  tous  les  étages  crétacées,  ou  dix- 
neufélageê  sur  vingt^sepi^  comment  se  com- 
forte  ce  premier  membre  des  terrains  ter- 
tiaires-. Lorsgue  la  série  crétacée  est  com- 
plète et  terminée  supérieurement  par  l'étape 
danien,  au  Mont-Aimé,  à  Vertus,  à  Moute- 
reau,  à  Meudon,  au  Port-Marly,  par  exem- 
ple, les  dernières  couches  de  l'étage  sues- 
sonien,  à  l'état  de  sable,  de  lignites  ou  d'ar- 
giles, reposent  immédiatement  dessus,  en 


couches  presque  concordantes.  Sur  les  points 
où  l'étage  danien  manque,  comme  dans  tout 
le  département  de  l'Oise  (Laversines  excep- 
té); dans  la  Seino-Inférieure ,  la  Somme, 
l'Aisne,  la  partie  occidentale  de  la  Marne,  et 
en  Angleterre,  l'étage  suessonien  repose 
partout  sur  ré;age  sénonien.  Tousles  géolo- 
gues sont  donc  maintenant  d'accord  pour 
croire  que  les  premières  couches  tertiaires 
du  bassin  anglo-parisien,  re}H*ésentées  par 
les  sables  glauconieux,  par  les  arnlesoules 
lignites,  ont  bien  succédé  régulièrement, 
dans  le  bassin  anglo-parisien,  à  l'étage  da- 
nien, lorsqu'il  existe,  on  aux  couches  séno- 
niennes,  lorsque  ce  dernier  a  été  dénudé. 
Il  ne  peut,  dès  lors,  rester  aucun  doule  sur 
cette  succession  chronologique  régulière.  Ce 
fait  admis,  qui  fixe  bien  la  position  relative 
de  l'étage  suessonien,  il  s'agit  de  savoir  si 
cet  étage,  le  premier  du  bassin  anglo-pari- 
sien, n*offre  pas  ailleurs  un  étage  inter- 
médiaire, à  l'étage  danien,  ou  si  la  série  se 
trouve  partout  la  même  que  dans  ce  bassin 
géologique. 

4  Dans  le  bassin  pyrénéen,  nous  avons 
vu  le  lambeau  nummulitique  de  Sainl- 
Palaîs,  près  de  Royan,  reposer  immédiate- 
ment sur  l'étage  sénonien  ;  la  même  suppo- 
sition existe  à  Biaritz,  à  fiidart,  à  Peyrorade 
et  sur  les  bords  de  l'Adour  ;  il  parait  en  être 
ainsi  en  Espagne.  Le  bassin  méditerranéen 
nous  offre  la  même  superposition  dans 
l'Aude,  dans  les  Bouches-du-Khône,  à  Mar 
tigues  ;  dans  le  Var,  au  Beausset,  au  plan 
d'Aups.  On  rencontre  une  relation  séologi- 

3ue  semblable  dans  beaucoup  de  localités 
es  Alpes,  des  Carpathes,  de  l'Italie  (923) 
reconnues  par  M.  Murchiison  ;  la  même  su- 
perposition existeà  Sevastopol,  en  Crimée,  et 
sans  doute  sur  une  infinité  d'autres  lieux 
du  globe,  où  nous  ne  connaissons  pas  en- 
core la  superposition  exacte.  Dès  lors  sur 
ces  points,  les  allures  straligrapbiques  de 
Tétage  seraient  absolument  identiques  à  ce 
qu'on  observe  aux  environs  d'Ay,  d'Eper- 
nay,  do  Reims,  de  Beauvais,  etc.,  dans  le 
bassin  anglo-parisien.  En  résumé,  partout 
où  nous  avons  pu  constater,  soit  .d'après  nos 
observations  personnelles,  soit  d'après  les 
travaux  des  géologues,  la  véritable  position 
de  l'étage  suessonien,  comme  les  faunes 
nous  le  l'ont  circonscrire,  nous  l'avons  trouvé 
lorsqu'il  n'y  avait  pas  de  lacunes,  dans  la 
même  position  slrati^raphique  que  dans  le 
bassin  parisien,  sans  jamais  rencontrer  l'é- 
tage particulier  intermédiaire.  Dès  lors,  ou 
pourrait  croire  qu  il  ne  manq[ue  aucun  men.- 
brc  géologique  dans  le  bassin  parisien  9  où 
les  premiers  étages  tertiaires  se  seraient  en- 
core déposés  sur  les  derniers  étages  crétacts, 
avec  la  même  régularité  que  tous  les  autres 
étages  crétacés,  jurassiques  et  H*iasiques;  et 
il  y  aurait  une  concordance  parfaite  de  posi- 
tion relative  avec  les  autres  bassins  du 
monde. 

a  A  cûté  des  considérations  que  nousoffro 
l'Age  relatif  de  l'étage  suessonien,  nous  al* 


(925)  Noas  avons  pa  vérif  or  les  faitt  sur  les  fossiles  recueillis  par  M.  Marchison. 


1819  SUE  ET  DE 

Ions  donner  ses  limites  straligraphiques  in-  zoï 
Cêrieures  et  supérieures.  Les  limites  infé-  Poi 
rtenres  sont  marquées  par  des  discordances  si 
positives,  par  des  discordances  de  dénodation  poi 
et  par  des  discordances  dlsolement.  Une  qu' 
discordance  réelle  se  remarque  h  Saint-Pa-  à  < 
lais,  où  nous  Tavons  positivement  reconnue  ; .  pré 
car  le  lambeau  suessonien  ne  doit  saconser-  les 
Tation,  sur  ce  point,  qu*i  un  allàissemeni  cée 
de  Tétage  sénonien  antérieur  aux  dépôts  ^ 
tertiaires.  Il  en  est  de  même  au  Pilon  de.  son 
Saint-Vallier.rVar).  ait 

«  Il  existe,  aansle  bassin  parisien,  des  dis-     sue 
cordances  de  dénudati<m  marquées  par  Fal  té-     d*é< 
ration  supérieure  de  Tétage  danien  si  visible     deu 
à  Vigny  où  les  couches  ont  été  corrodées,     lau 
ravinées,  avant  d*étre  recouvertes  par  les     m  s 
premiers  dépôts  tertiaires.  Ces  discordances     dé|ii 
sont  surtout  nombreuses  tout  autour  du     ou 
bassin  parisien.  C'est,  en  eflét,  h  des  dénu-     cooi 
dations  profondes  qui  ont  suivi  les  derniers     où  ji 
dépôts  crétacés,  et  ont  précédé  les  premiers     maii 
dépôts  tertiaires,  que  nous  attribuons,  dans     ils 
les  départements  de  TOise,  de  la  Seioe-In«     luni 
férieure ,  de  la  Somme,    de  la  Marne,  de     moi 
Seine-et-Marne,  comme  on  peut  le  voir  au»     les 
tour  de  Reims,  d'fipemaj,  etc.,  d'abord  le     époi 
manque  de  Féta^e  danien,  et  ces  couches  de     entr 
silex  roulés,  brisés,  provenant  de  Tusure  de     qui 
de  la  craie,  accompagnés  d*argiles  ou  de  li-     qui 
Rions  rou^eâires,  qu  on  trouve  eutre  Tétage     sépji 
sénonien  on  craie  blanche  et  Félage  sues-    disii 
sonien,  représenté  par  ses  {loudingues,  ses     stral 
grés  glauconieux  ou  ses  lignites.  coni 

«  Pour  les  discordances  d'isolement,  elles        « 
sont  aussi  très-nombreuses.  Elles  sont  mar-    isol  i 
quées,  d'abord,  par  le  manque,  sur  le  der-     laml 
nier  étage  crétacé  sénonien,  de  l'étage  sues-     Man 
sonien,  ce  qui  indique  un  mouvement  géo-     Sain 
logique  entre  les  deux,  comme  on  le  voit,     daui 
même  dans  une  grande  partie  du  nord-est  à     coni 
l'ouest  du  bassin  anglo-parisien.  La  même     le  m 
chose  existe  à  Maëstricnt  et  en  Bohème  ;     don , 
sur  30  degrés  de  largeur,  en  Russie  ;  sur     Hau  i 
une  aussi   grande   surbce  de  l'Amérique     encii 
septentrionale  et  au  Chili.  Les  discordances     de  JI 
d'isolement  sont  encore  marquées ,  par  le     éoc< 
tnanoue  sous  l'étage  suessonien,  des  derniers     corc 
membres  des  terrains  crétacés  ;  ce  qui  an-     de  V  i 
Donce  bien  positivement  qu'un  changement     tous 
de  niveau  géologique  a  eu  lieu  par  suite     isol  i 
d*uue  perturbation  entre  la  fin  des  terrains     une 
crélacés  et  le  premier  étage  tertiaire  :  car,     rap|  • 
sans  cela,  ces  étages  seraient  régulièrement     iaui 
superposés,  comme  nous  les  voyons  sur  les        «  I 
points  où  la  série  s'est  déposée  sans  inter-     suc. 
mption.  Les  points  où  nous  avons  oooslalé     Pal«  i 
ecs  discordances  d'isolement  sont  surtout  les     Esp.  i 
suivants  :  A  Orgon,  où  l'étage  suessonien  (fa-     Bar^ 
cîes  terrestres  analogues  h  celui  de  Rillj-la-     Mar 
Montagne)  repose  directement  sur  l'étage  cré*     Alai  i 
tacé  neocomien,  avec  une  lacune  de  six  etoges;     lors  , 
au  pilon  de  Saint-Vallier,  près  de  Grasse, où  il     des  • 
repose  sur  l'étage  jurassique  oxfordien,  avec     loqi  i 
une  lacune  de mx  éiageâ  au-dessous;  au  Vit,     enti  ! 
près  de  Castellanne,  où  il  repose  sur  l'étage     recc  i 
jurassique  sinémurien ,  avec  une  lacune  de     sans 
seize  éiageâ  ;  dans   les  montagnes  Noires     exis 
(Aude),  où  il  repose  sur  les  terrains  fialéo-     les  1  i 


1351 


SU« 


dm:tionmair&  m  cosuacmifi 


SUE 


i'iZl 


1 


isolées,  cotffmo  h  Orgon,  K  Vitrôliés,  à  Mar- 
tigues,  au  Beausset,  à  la  Cadière.  11  en  ost^ 
ainsi  du  lambeau  du  pilon  de  Saint- Valliér, 
route  de  Grasse  h  Gaslellane  ;  du  lambeau  de 
Vil  près  de  Casléllane,  et  l'autres  disséiiiinés 
dans  les  fiasses-Alpes.  Un  isolement  sembla- 
ble existe  fréquemment  dans  le  Vicentîn  et 
le  Tyrol;  il  se  volt  encore  en  Crimée,  en 
Egypte,  et  même  sur  tout  le  versant  méri- 
dional de  IHimalaja,  et  dans  la  pmvince  du 
Culch  (Indes-Orientales). 

«r  Ces  faits  d'isolement  si  nombreux  des 
étages  suessonien  et  parisien  ne  permettent 
las  de  douter  qu'il  ne  se  soit  manifesté  entre 
e^  deux  une  perturbation  géologique  qui, 
en  changeant  la  circonscription  des  mers  et 
les  niveaux  aqneux  de  ces  époques,  les  a 
isolés  run  de  raulre,  et  a  laissé  a  ohacun  en 

f»ar1iculier  des  allures  aussi  distinctes  que 
eurs  faunes  respectives.  On  voit  donc  que 
rétage  suessonien  est  aussi  nettement  séparé 
de  l'étage  parisien  que  le  sont  toutes  les  éjx)- 
ques  les  plus  tranchées  des  autres  périodes, 
et  sur  lesquelles  presque  tous  les  géologues 
sont  d'accord. 

Déductions  tirées  de  la  position  des  eon^ 
ches.  —  «  Les  souches  presque  horizontales, 
ou  légèrement  inclinées  vers  le  centre, 
qu'on  observe  tout  autour  du  bassin  mari- 
time anglo-parisien,  nt)us  porteraientà  croire 
que  les  parties  visibles  sont  restées  intactes, 
l'iour  «i*'si  dire,  comme  elles  se  sont  déjio- 
sée^  durant  l'époque  suessonuienne.  Les 
dépôts  de  Saint-Palais,  près  de  Royan,  dans 
le  bassin  pyrénéen,  en  couches  presque  ho- 
rizontales, paraissent  aussi  former  une  par- 
tie intacte  du  bord  septentrional  de  I  an- 
cienne mer,  telle  qu'elle  s'est  déposée.  A 
côté  de  ces  parties  respectées  par  les  révo- 
lutions géologiques,  que  trouvons-nous  dans 
les  Basses-Pyrénées,  en  Espagne,  et,  en  gé- 
néral, sur  les  deut  versants  de  la  chaîne  des 
Pyrénées?  Tous  les  travaux  des  géologues 
et  nos  observations  personnelles  nous  prou- 
vent que,  depuis  Biaritz  jusqu'à  la  Méditer- 
ranée, les  couches  suessonienues  ou  num- 
mulitiques  ont  subi  partout  l'effet  d'une 
forte  dislocation,  qui  a  plus  OQ  moins  incliné 
les  couches  après  leur  dépôt.  Comme  sur 
toute  la  chaîne,  les  dernières  couches  dis- 
loquées sont,  en  même  temps,  ces  couches 
nunmiulitiques,  ainsi  que  l'ont  reconnu  les 
savants  auteurs  de  la  carte  géologique  de 
France,  nous  devons  croire  que  la  pertur- 
bation qui  a  déterminé  la  séparation  de  l'é- 
tage suessonien  de  l'étape  parisien  est  ce 
même  mouvement  géologique  de  dislocation 
auquel  on  peut  attribuer,  avec  certitude,  la 
surélévation  de  la  chatné  des  pyrénées.  Non- 
seulement  nous  avons,  comme  on  le  voit, 
des  discordances  marquées  entre  lel  étages 
suessonien  et  parisien,  mais  ehcore  nous 
aurions  ^tre  les  deux,  comme  moteur  de 
ces.  discordances;  la  saillie  si  remarquable 
du  Système  des  Pyrénées  de  M.  £lie  4e  Beau- 
mont. 

«  En  réDnissani,  oomme  le  font  beaiiconp 
de  géologues,  sous  le  nom  iï*éotinè  les  étages 
«ues^qoien  et  parisien  dans  la  même  époque. 


par  ce  «eu!  raotii  qu'il  y  a  concordance  de 
stratification  dana  le  bassin  anglo-iiarisien, 
et  qu'il  y  a  mélange  ai-cidentel  d'un  bon 
nombre  d'espèces  des  deux  faunes  à  la  partie 
supérieure  de  l'étape  à  Cuise-la-Motte  seule- 
ment, on  ne  pourrait  expliquer  lo^quement 
aucun  des  faits  de  discordances  d  isolement 
que  nous  avons  signalés,  pas  plus  que  les 
allures  distinctes  de  ces  deux  étages,  que  la 
séparation  positive  des  deux  faunes  respec- 
tives ;  et,  pour  nous  servir  des  paroles  d'un 
savant  si  justement  illustre,  que  nous  aimons 
à  citer,  on  mettrait  ainsi  Félage  éoeène  à  ^ht- 
val  stHT  la  chaîne  des  Pyrénées^  ce  qui,  ^éo- 
logiquement  parlant,  nous  parait  impossible. 

«  En  séparant,  au  contraire,  l'étage  sues- 
sonien de  l'étage  parisien,  comme  nous  l'a- 
vons fait  depuis  plusieurs  années  (183^),  on 
a  l'explication  du  mouvement  géologique 
qui  a  isolé  les  deux  étages,  en  donnant  à 
chacun  en  particulier  des  allures  spéciales 
et  des  faunes  distinctes.  Les  étages  ne  seront 
plus  à  cheval  sur  les  Ppénées,  et,  au  con- 
traire, les  limites  stratigraphiqaes  entre  les 
deux  seront  marquées  par  la  surélévation 
de  la  chaîne  des  Pyrénées* 

Composition  minératoyiaue, — «  A  mesure 
qu'en  remontant  dans  les  étages  géologiques 
nous  nous  rapprochons  de  l'époque  actuelle, 
ihius  vovons  la  composition  minéralogique 
des  couches  varier  de  plus  en  plus,  et  res- 
sembler davantage  à  ce  que  nous  trouvons 
^ur  les  côtes  de  nos  mers.  Si,  en  effet,  les 
sédiments  des  couches  qui  ont  subi  de  fortes 
dislocations  sont  profondément  modifiés  et 
ont  tout  à  fait  changé  leur  nature  primitive, 
on  retrouve,  au  contraire,  dans  le  bassin 
anglo*parisien ,  le  moins  tourmenté,  des 
sables  encore  pulvérulents,  des  argiles  non 
consolidées,  et  tous  les  éléments  sédimen- 
taires  d'une  mer  récemment  abandounéa 
par  les  eaux. 

«  Parcourons  rapidement  quelques  points 
des  tassins,  pour  prouver  ce  que  nous  ve- 
nons d'avancer.  Dans  le  bassin  anglo-pari* 
sien  nous  trouvons,  par  exemple,  dans  un 
cercle  três-pestreint,  a  Cuis,  sur  Tétage  sé- 
nonien ,  des  argiles  plastiques  miuces,  des 
alternances  de  marne  grise  et  noire  avec  re- 
rithium^  melanopsis  et  cycfoa,  puis  des  sables 
grossiers  avec  tinto  et  teredina^  recouverts 
d'une  épaisse  couche  d'argile  sans  fossiles; 
à  Cbampillon,  à  Mutigny,  à  Quatre-OËufs, 
près  d'Ay;  des  couches  alternes  d'argile  plas- 
tique et  de  lignites,  recouvertes  par  des  cou- 
ches minces  de  sable,  d'argile  marneuse,  et 
enHu  par  des  marnes  sableuses  ;  au  Mont- 
Bernon,  des  argiles,  puis  un  calcaire  deau 
douce  marneux  jaune  avec  physa^  planorbà^ 
graines  do  cAara,  recouvert  de  marne  bleue, 
sans  coquilles,  de  lignites  avec  ctrithiwnai 
nerita^  de  sable  blanc,  de  sable  jaune  fin, 
de  ^os  sable  à  unia^  et  de  sable  jaune.  Aui 
environs  de  Reims,  nous  trouvons  à  MaiUf< 
A  Cran-de-Ludes,  sur  la  craie,  un  liinon 
rouge,  avec  silex  concassés,  des  argiles  sul- 
furées apvee  gypse,  du  sobte  blanc  ^^ 
marnes  -argileuses,  le  tout  sans  iosrfles. 
Autour  de  Ailly-la-Monlagne^  nous  avons 


t55S 


SUE 


ET  DE  PALEWTOLOGIE. 


SUE 


ISS» 


reconnu,  à  VoJsilIon,  des  alternances  de 
Mbie,  d'arpile  et  de  ligniles  avec  de  nora- 
breui  fossiles  {welanopsfs^  ntrita  corbuhy 
turriulla^  etc.).  A  la  carrière  de  Rilly  même, 
ce  sont  des  sables  blancs,  au-dessus  desquels 
se  trouve  le  calcaire  si  remarquable  de  Rilly, 
rempli  de  j.hysa.  d'hélix ^  de  pupa^  etc.  A 
Vaufcjirard,  sous  1  étage  parisien,  on  trouve 
deux  bancs  d*apgile  plastique,  séparés  par 
un  banc  de  sabk  fia.  M.  Charles  d'Orbigny 
a  reconnu,  à  Meudon ,  les  couches  infé- 
rieures, composées  d'un  conglomérat  avec 
débris  de  mammifères,  dé  repliles  et  de  co- 
quilles marines,  celles-ci  recouvertes  par  de 
1  argile  feuilletée,  par  des  lignites  avec 
grandes  paludines  et  anodontes,  ensuite  par 
(ios  marnes  Manches,  et  enfin  par  Targile 
plastique  exploitée.  D*dprès  M.  Graves,  on 
irouve  à  Bracheux,  d'abord  de  la  craie  blan- 
che avec  un  lit  superficiel  de  silex  brisé,  du 
sable  gris  avec  de  nombreux  galets  de  toute 
dimension,  deux  lils  de  sable  gris  chlorilé 
avec  coquilles  marines  ;  du  sable  argilo- 
quartzeux  laune-roux,  contenant  des  co- 
quilles entières  de  cardita  et  d  arra,  souvent 
ilans  leur  pnosition  normale  d'existence;  des 
lits  de  coquilles  écrasées  ou  de  calcaire  blanc 
friable:  trois  bancs  horizontaux  à'ostrea 
bellovacina  posés  à  plat,  et  enfin  des  sables 
irgileux  remaniés.  Ces  couches  sont  infé- 
rieures aux  sables  glauconieux  de  Cuise-la- 
Motte,  où  l'on  trouve  le  nerita  schemideWana 
conoidta)y  avec  des  nummuliies  nombreuses, 
omroe  dans  le  fond  de  la  vallée  do  Sues- 
sonnais.  En  résumé,  on  voit  qu'aucun  ca- 
actère  minéralogique  constant  ne  peut  être 
)ris  exclusivement  aux  autres  dans  le  bassin 
ingIo-{)arisien  ;  on  peut  dire  seulement  qfue 
es  argiles  plastiques  dominent  au  sud,  les 
ignites  et  les  marnes  à  l'est,  et  les  sables 
lans  le  Soissonnais  au  nord. 
<t  Dans  le  bassin  ])yrénéen ,  nous  voyons 
Royan,  aux  couches  inférieures,  un  cal- 
aire  blanc  rempli  de  foraminifères  et  d'échi- 
tidès  ;  une  série  de  couches  calcaires,  ren- 
srmant  des  ossements  de  tortues  et  de  peti- 
ts nummulites  ;  puis  un  grès  quartzeux 
ompacte,  et  enfin  du  sable  pulvérulent, 
vec  des  huttres.  Dans  les  Basses-Pyrénées, 
e  sont  des  calcaires  gris  sableux,  avec  num- 
lulites  ;  sur  le  versant  méridional  des  Py- 
énées,  comme  dans  le  bassin  de  TAdour, 
e  sont  des  calcaires  entièrement  pétris  de 
unimulites  ou  des  argiles  nummuii tiques  ; 
Saint-Martory,  des  calcaires  blancs,  rem- 
lis  de  crustacés  ;  à  Conzia  et  h  Montolieux, 
ne  argile  bleue  remplie  de  petites  numrau- 
les ,  aatveolina  et  de  nombreux  fossiles, 
arrai  lesquels  le  nerita  schemidelliana  (co- 
oidea)^  alternant  avec  des  grès  ;  sur  le  Ter- 
nit des  montagnes  noires,  des  calcaires 
oirs  avec  \diphyea  de  Hilly. 
«'  Dans  le  bassin  méditerranéen,  nous 
oyons  d'un  côté,  à  Orgon,  à  Vilrolles,  un 
ifrairc  d'eau  douce  blanc  compacte,  conte- 
nul  quel(jucs-unes  des  espèces  terrestres  do 
illy  ;  à  ^ail^t-Vallier,  un  calcaire  jaune  uu 
>iijpaclc,  entièrement  formé  de  petites  et 
7  grandes  nunmuliles  et  d'échinides.  Au 


Vit,  près  de  Castellane,  ce  sont  les  gypses 
diversement  colorés,  recouverts  de  grès  et 
d'argiles  noirâtres  alternant  avec  des  grès 
et  contenant  des  céritlies,  des  dentales,  etc. 
A  Ronca,  en  Italie,  c'e?t  un  ralraire  noir  pé* 
tri  des  coquilles.  Sur  le  revers  méridional 
de  l'Himalaya ,  ce  sont  des  couches  solides, 
mais  renfermant  les  mêmes  nummulites  et 
ialvéolines  qu'à  Montolieux.  Ce  qui  précède 
démontre  qu'on  ne  peut  iias  plus  assigner 
de  caractères  minéralogiques  constants  à  cet 
étage  qu'aux  autres,  et  qu'il  présente,  au 
contraire,  suivant  les  lieux  et  les  couches, 
toutes  les  alternances  et  les  ditrérenies  com- 
positions locales  qui  se  forment  sur  les  co- 
tes actuelles. 

n  Puissance  connue.  —  M.  Graves  indiquo 
seulement,  pour  les  lignites,  la  puissance  do 
112  mètres  aBettembos,  de  101  mètres  à  So- 
lente.  A  Columbres,  sur  le  versant  méridio- 
nal des  Pyrénées,  M.  de  Verneuil  évalue  l'é- 
paisseur de  l'étage  à  lOC  mètres  environ.  En 
Angleterre,  M.  d'Archiac  évalue  à  345  mè'- 
très  la  puissance  h  Alumbey.  M.  Gras  éva- 
lue à  1,000  mètres  Tépaisseur  des  couches 
marines  qui  avoisinent  Colmars  (Basses- 
Alpes);  et  M.  Eugène  Raspail  donne  aux 
couches  d'eau  douce  412  mètres  de  puis- 
sance dans  le  ravin  de  Souiras,  près  de  Gi- 
gondas  (Vaucluse). 

a  Déductions  tirées  de  la  nature  des  sédimeniê 
et  des  fossiles.  —  Nous  connaissons  dans  l'é- 
tage suessonien,  des  dépôts  purement  terres- 
tres des  dépôts  littoraux  mélangés  de  pro- 
duits terrestres  et  marins,  des  dépôts  sous- 
marins  faits  h  peu  deprofondeur,  et  des  dépôts 
pélagiens  probablement  déposés  à  de  plus 
grandes  profondeurs  dans  les  mers. 

n  Points  terrestres.  —  La  présence  sente 
de  coquilles  terrestres  ou  fluviatiles,  telles 
que  les  genres  helix^  ptipo,  ryclostoma,  lym- 
nea  et  physa^  qu'on  trouve  à  Rilly  -la-Monta- 
gne (zone  du  physa  giganiea)^  au  mont  Ber- 
non,  nous  prouve  que  ces  dépôts  se  sont 
faits  dans  de  petits  facs  d'eau  douce;  peut- 
être  doit-on  regarder  comme  analogue  la 
couche  à  paludina  et  h  anodonta^  reconnue  h 
Meudon  par  M.  Charles  d'Orbisnjr,  et  les 
couches  de  Mareuil-Lamotte  et  de  Hirecourt, 
contenant  les  coquilles  fluviatiles  seulement. 
La  même  chose  existe,  mais  sur  une  nlus 
vaste  échelle,  dans  le  département  de  Vau 
cluse,  près  de  Gigondas,  et  dans  les  Bon- 
ches-du -Rhône,  à  Orgon,  à  Vitrolles,  aux 
Beaux,  aux  Monts,  à  Peynier,  à  Canet,  pi*ès 
de  Mareuil,  à  Simiane,  près  de  Gardanne,  à 
Mimet,  k  Saint-Victoret,  aux  bords  de  l'Arc, 
h  Rognac,  à  Fuveau,  k  Duc  près  de  Velaux, 
k  Auriol,  à  Martigues^  Langresse  et  au  quar- 
tier du  Montaignet,  près  d'Aix;  dans  le  Var, 
è  Aups.  Nous  regardons  encore  comme  dé- 
pôt du  même  âge  terrestre  les  couches  à 
physa  gigantea  des  montagnes  noires,  les 
couches  à  physa  gigantea  de  Munnoor,  do 
Chioknée  et  de  Sechel-Hills,  dans  l'Inde,  où 
Ton  ne  rencontre  que  des  coquilles  terres- 
tres ou  fluviatiles. 

Points  littoraux.--^  Les  lignites  de  Qrisil- 
lon,  près  de  Rilly,  de  Quatre^JEufs,  près 


BiCTIONN*.    DE  CosyOGOMK   ET  Dh   PAL^0?IT0l.0Gn. 


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I3S5 


SUE 


DIGTIONN^IRE  DE  COSMOGONIE 


SUE 


m 


d'Ay»  des  parties  supérieures  du  mont  Ber- 
non,  de  Ciry-Salso^ne  9  de  Dizy -la -Rosière 
(Marne)  ;  d'Antheui],  de  Gilocourt,  de  Bou- 
lincourt,  de  Saint -Sauveur ,  de  Salency 
(Oise),  et  de  beaucoup  d'autres  points  du 
bassin,  qui  renferment  à  la  fois  des  co- 
quilles marines  littorales,  telles  que  des 
venus  des  corbulay  des  ostrea  et  des  co- 

auilles  que  par  analogie  nous  savons  être 
uviatiles,  comme  des  melanopsUj  dm  lema- 
fita,  etc.  ;  les  alternances  et  même  le  mé- 
lange des  fossiles  marins  de  ^eredinaavec  les 
unio  très-iluviatiles  de  Cuis,  de  Chavot 
(Marne),  sont  pour  nous  des  points  littoraux 
oii  de  petites  rivières  ou  ruisseaux  venaient 
du  continent  voisin  verser  leurs  eaux  et  mé- 
langer leurs  i)roductions  iluviatiles  aux  pro- 
ductions marines  de  la  côte  suessonienne. 
Ce  sont  des  lambeaux  de  Tancien  littoral 
formés,  sans  doute,  dans  des  golfes  pu  dans 
le  fond  de  criques,  où  ralternance  des  cou- 
ches de  sable  et  d'argile  annonce  pourtant 
4oute  influence  des  perturbations  naturelles 
de  nos  côtes  actuelles*  Il  nous  est  d'autant 
plus  facile  d'expliguer  la  formation  de  ces 
couches,  que  les  lignites  renferment  encore 
beaucoup  de  débris  végétaux  qui  ne  peu- 
vent se  déposer  que  sur  le  littoral.  Un  autre 
fait  très-iremarquable,  c'est  que  ces  couches 
se  trouvent^principalement  réparties  au  pour- 
tour du  bassin,  tandis  qu'elles  manquent 
tout  à  fait  ou  sont  rares  au  centre,  circons- 
tance en  rapport  avec  leur  composition.  Le 
dépôt  à  poissons  du  Mpnle-fiolca  et  celui  de 
Glaris,  nous  paraissent  être  littoraux,  dans 
des  golfes  tranquilles,  comme  la  mer  ac- 
tuelle nous  en  fournit  des  exemples. 
Points   sous-marins  voisins  des  côtes  ou 

f)eu  profonds.  —  «  Le  grand  nombre  de  coquil- 
es  de  gastéropodes  et  de  lamellibranches 
nous  porte  à  croire  aue  les  couches  de  Bra- 
cheux,  de  Noailles,  d  Abbécourt,  de  Retheuil, 
du  grand  Frenay  ;  les  couches  inférieures 
de  Cuise-la-Motte  (Oise),  de  boissons,  de 
Laon,  de  Cormicy,  de  Villers-Franqueux 
(Aisne);  celles  de  Roubia,  de  Coniza,  du 
mont  Alaric  (Aude),  de  Biarilz  (Basses-Py- 
rénées), de  Royan  (Charente-Inférieure),  du 
Vit,  près  de  Castellane  (Basses -Alpes),  se 
sont  déposées  non  loin  des  côtes,  ou  au 
moins  sur  des  points  peu  profonds,  au-des- 
sous du  balancement  des  marées.  Dans  tous 
ces  lieux,  l'abondance  des  nuramulites  mé- 
langées aux  autres  fossiles  des  couches  à 
nerita  schemideliana  (conoidea)  de  Cuise-la- 
Motte  (si  bien  explorées  par  MM.  Graves  et 
Levesque),  de  Soissons  et  de  Coniza,  nous 

Î>orteraient  à  croire  qu'ils  étaient  plus  pro- 
onds  que  les  autres*  Les  couches  à  ostrea 
et  à  cardita  de  Bracheux  et  de  Laon  renfer- 
ment les  coquilles  dans  leur  position  nor- 
male d'existence. 

Régions  pélagiennes,—9iLes  régions  profon- 
des sont  bien  caractérisées.  Nous  avons  dit 
ailleurs  qu'à  160  mètres  de  profondeur  dans 
la  mer  actuelle,  sur  un  point  où  des  courants 
se  font  sentir,  les  sédiments  étaient  entière- 
mytformésdeforaminifères.Si,paranalogie, 
nous  cherchons  dans  quelles  conditions  de- 


vaient se  former  ces  couches  eàlièremeot 
remplies  de  nummulites^  d'assilinay  a'olteo- 
lina  et  d'autres  foraminifères ,  que  nous 
voyons  notamment  aux  parties  inféneores 
de  Saint-Palais,  à  Barkeras  et  sur  beaacoap 
d'autres  points  du  lit  de  T Adour ,  dan^  les 
Landes,  a  Columbres,  à  San-Vicente  de  la 
Barquera  et  sur  tout  le  versant  méridional 
des   Pyrénées    espagnoles;    à  Montolieux 
(Aude),  au  pilon  de  Saint-Vallier  (Var),  à 
Bellune,  au  nord  de  Venise,  au  nord  de 
Trieste,  à  Karsl,  à  Sardana,  près  de  Trente; 
au  Monte-Berichi,  près  de  Vicence  ;  dans  le 
Cressemberg  ;  en  Crimée  ;  en  Egvpte,  et  sur 
tout  le  versant  méridional  de  l'Himalaya, 
nous  pourrions  croire  qu'elles  se  sont  dépo- 
sées sur  des  points  très-profonds  des  mers, 
agités  néanmoins  par  des  courants.  L'étude 
de  nos  océans  viendrait  donc  nous  donner 
l'explication   des  différentes   compositions 
minéralogiques  et  zoologiques  des  couches 
de  cet  étage  et  effacer  toute  apparence  d'ano- 
malie. Il  est  même  curieux  de  voir  qu'ici 
ces  recherches  sont  encore  en  rapport  avec 
les  résultats  géologiques;  car  les  couches 
nummulitiques  dos  Pyrénées  étaient  au  cen- 
tre du  bassin  avant  que  cette  chaîne  eût  pris 
son  relief  actuel. 

Oscillations  du  sol, — «  Nous  croyons  pou- 
voir regarder  comme  un  signe  certain  qun 
les  oscillations  du  sol  ont  existé  durant  la 
période  suessonienne,  le  recouvrement,  par 
des  couches  marines,  des  couches  purement 
terrestres  qu'on  observe  au  mont  Bernon, 
près  d'Epernay.  Il  est  certain  que,  pour  que 
des  coucnes  terrestres  pussent  se  conserver 
et  se  recouvrir  de  sédiments  marins,  iî  fal- 
lait, d'abord,  un  affaissement  local  du  sol 
terrestre,  qui  a  permis  à  la  mer  de  le  recou- 
vrir dé  sédiments  marins,  effet  connu  des 
oscillations.  Nous  avons  donc  ici  un  affais- 
sement. La  composition  des  couches  de 
Meudon,  où  l'on  voit  un  conglomérat  atec 

Salets,  renfermant  des  coquilles  marines  et 
es  ossements,  nous  donne  un  dépôt  cdtier 
marin.  Comme  ces  couches  sont  recouvertes 
par  des  lignites  purement  fluviatiles,  ila 
fallu  une  oscillations  en  sens  inverse,  t'esl- 
à-dire  par  relèvement,  pour  que  des  coouil- 
les  d'eau  douce  pussent  vivre  sur  le  meiBô 
point  où  s'étendaient  les  eaux  de  là  mer. 

Perturbation  finale.  —  «  Quant  aux  argiles 
rougeâtres  mélangées  ou  non  de  silex  que 
nous  voyons ,  autour  de  Reims  et  sur 
une  infinité  de  points  du  bassin  anglo-pari* 
sien,  occuper,  entre  les  dernières  couches 
suessoriiennes  et  les  terrains  crétacés,  une 
position  irrégulière  de  stratification,  elles 
seraient  le  résultat  du  mouvement  des  eaut 
qui  est  manifesté  à  la  surface  des  continenUi 
entre  la  fin  de  la  période  crétacée  et  le  com- 
mencement des  dépôts  tertiaires;  mouTe- 
ment  qui  aurait  raviné,  creusé,  corrodé  les 
couches  supérieures  de  Tétage  séuonieo. 
dénudé  et  enlevé  l'étage  danien,  que  nous 
voyons  manquer  dans  beaucoup  de  lieux. 
1^  grande  ciuantiléde  galets  qux^n  troutei 
la  partie  intérieure  de  fétage  suessonieni 
Meudon,  dans  presque  tout  le  départemeo» 


J 


1357 


SUE 


ET  D£  PALEONTOLOGIE. 


SUE 


iSBi 


de  rOise^  si  bien  étudié  par  H.  Graves, 
nous  parait  encore  le  produit  du  mouve- 
menl  des  eauc  déterminé  par  la  perturba- 
tion géologique  finale  qui  a  séparé  les  der- 
nières couches  crétacées  des  premières  cou- 
ches tertiaires  ;  ce  (lui  est  si  probable,  que 
ces  galets,  ces  poudingues,  sont  souvent  for- 
iDés  de  silei  et  d'autres  matériaux  prove- 
nant, évidemment,  de  la  dénudation  des 
étages  sénonien  et  danien. 

Mélange  supérieur.  —  «  Mous  devons  ré- 
pondre ici  à  Un  fait  que,,  tout  local  et  tout 
exceptionnel  qu'il  est,  a  néanmoins  souvent 
été  invoqué  pour  réunir  les  étages  suesso- 
nien  et  parisien  dans  une   seule    époque 
(Eociné)  :  nous  voulons  parler  du  mélange 
(les  espèces  suessoniennes  et  parisiennes 
mi'on  trouve  aux  parties  supérieures  de 
1  étage  supérieur  à  Cuise-la-Motte.  Quand 
on  voir,  même  dans  le  bassin  parisien,  les 
couches  de  Bracheux,  de  ChAlons-sur-Vesle« 
de  Noailles,  d'Abbecourt,  de  Retheuil,  de 
tous  les  environs  de  Reims,  d'Epernay,  et 
même  de  tout  le  reste  du  bassin  anglo-jiari- 
sien,  renfermer  toujours,  sans  aucun  mé- 
Ian;^e,  des  coquilles  spéciales  à  Télage  sucs- 
sonien,  on  aurait  d&  considérer  Cuise -la- 
Molte comme  une  simple  anomalie;  mais, 
r^omnoc  on  a  préféré  une  opinion   contraire, 
nous  devons  dire  un  root  de  cette  question. 
£a  parlant  des  mélanges,  nous  avons  dit, 
relativemeni  aux  corps  non  flottants,  aue, 
lorsque  deux  étages  se  sont  succédé  dans 
un  l)assin  marin,  sans  diseordaneer  et  sans 
iniermédiaireSf  on    concevra  que  des   dé- 
pouilles mortes  de  coquilles  d'un  étage  an- 
térieur pourront  se  trouver  dans  les  sédi- 
oienls,  sur  des  points  ou  vivent  ensuite   les 
espèces  de  Tétage  suivant,  et  qu'il  y  aura 
sur  ces  points  mélange  des  deux  faunes  suc- 
cessives, sans  que  ces  espèces  aient  vécu  en 
même  temps.  C  est  ici  le  fait  de  Cuise-la- 
Motte.   Nous  avons  dit  encore  que,  pour 
avoir  la  preuve  de  ces  mélanges,  on  devait 
recourir  aux  lieux  où  ces   mélanges  n'exis- 
tent pas.  Quand  on  voit«  même  dans  tout  le 
reste  du  bassin  parisien,  d'un  cAté,  les  eou- 
cbes  soessonienoes  toujours  avec  leurs  es- 
pèces propres,  et  partout  aillaors  la  faune 
lie  l'étage  parisien  parfaitement'  séparée  ou 
superposée  ;  quand  on  voit  encore  l'étage 
?uessonien  sans  mélange  dans  les  bassins 
pyrénéen  et  méditerranéen,  comme  à   Bia- 
*itz,  à  Coniza,  en  Espagne,  à  Saint- Vallier, 
lu  Vit  et  sur  les  autres  lieux  du  monde; 
f  uand  on  voit,  de  plus,  l'étage  parisien  sans 
iiélaiige  à  Blaye,  à  Faudon,  en  Belgique  et 
lux  Etats-Unis,  on  reconnaît  que  ces  deux 
*tages  sont  bien  distincts,  et  qu'il  faut  pren- 
Ire  pour  limites  les  points  où  les  étages  sont 
soles,  afin  d'expliquer  les  mélanges, au  lieu 
e    généraliser  une  exception  toute  locale. 
Caractères  paléontoloaiques.  —  «  Le  carac- 
brv  général  le  plus  saillant  de  la  faune  de 
'étage  suessonien  qui  ressort  do  l'étude  de 
efi:>enible,  c'est  que,  comparativement  aux 
56  genres  que  nous  voyons  uattre  à  cette 
f>0(|ue,  nous  ne  trouvons  que  4  genres  an- 
rieareinrnt  nés,  qui  s*y  éteignent.  Ces  ré- 


sultats, parfaitement  en  rapport  avec  i^ 
divisions  générales  adoptées  pour  les  ter- 
rains, prouveraient  que  l'étage  suessonien 
est  bien  le  commencement  d'une  nouvelle 
grande  période,  et  dépend,  dès  lors,  des  ter- 
rains tertiaires.  Ce  que  nous  avons  dit  aux 
étages  sénonien  et  danien,  les  derniers  des 
terrains  crétacés,  où,  au  contraire,  le  nom- 
bre des  genres  qui  s'éteignent  est  supérieur 
à  celui  des  genres,  qui  apparaissent,  vien- 
drait encore  corroborer  ce  résultat.  Nous 
allons  maintenant  définir  les  caractères  dif- 
férentiels de  cet  étage. 

Caractères  néaatifs  tirés  des  gtnres.  — 
«(  Pour  séparer  1  étage  suessonien  de  l'étage 
danien,  nous  avons  9  genres  qui,  nés  anté- 
rieurement, se  sont  éteints  dans  l'étage  da- 
nien sans  passer  à  celui-ci. 

«  Comme  caractères  négatifs  différentiels 
des  étaees  suessonien  et  parisien ,  nous 
avons  120  genres  qui ,  encore  in«;onnus  au 
premier,  ne  paraissent  que  dans  le  dernier. 
Ces  genres  sont  ainsi  répartis  dans  iès  clas- 
ses :  parmi  les  mammifères,  17  genres  ; 
parmi  les  oiseaux  10  genres;  parmi  les  rep- 
tiles, 2  genres  ;  parmi  les  poissons,  21  gen- 
res ;  parmi  les  crustacés,  G  genres  ;  parmi 
les  mollusques  gastéropodes  7  genres;  parmi 
les  mollusques  lamellibranches  9  genres» 
parmi  les  mollusques  bryozoaires,  3 'genres; 

Ermi  les  échinodermes,  5  genres  ;  parmi 
i  zoophy  tes,  27  genres  ;  parmi  les  foraœi- 
nifères,  13  genres. 

Caractirts positifs  tirés  des  genres  —  «Les 
fleures  suivants  au  nombre  de  156,  tous 
inconnus  jusqu'à  présent  dans  les  terrains 
crétacés,  seront  autant  de  caractères  positifs 
pour  distinguer  l'étage  suessonien,  où  ils 
paraissent  pour  la  première  fois,  de  tous  les 
étages  inférieurs.  Ces  genres  sont  ainsi  ré- 
partis dans  les  classes  :  parmi  les  mammi- 
fères les  genres  mnihraeothtrium^  lophio^ 
donj  lutroj  eaniSj  viverra  et  sciurus;  parmi 
les  oiseaux,  le  genre  protomis^  etc.,  etc.,etc. 

«Les  genres  spéciaux  à  l'étage  suessonien, 
qui  naissent  et  meurent  dans  cette  période 
sans  passer  à  l'étage  parisieni  sont  autant  de 
caractères  positifs  qu'on  peut  invoquer  pour 
les  distinguer  zoolosiquement.  Ces  genres 
sont  au  nombre  de  40.  Si  nous  joignons  à 
ces  quarante  genres  les  4  genres  suivants, 
qui,  nés  dans  les  étages  antérieurs,  s'étei- 
gnent encore  dans  l'étage  suessonien,  sans 
passer  h  l'étage  parisien  :  parmi  les  échino- 
dermes, le  genre  micraster  ;  parmi  les  zoo- 
phy tes,  les  genres  lasmophylha  et  perismilia: 
parmi  les  amorphozoaires,  le  genre  gutttar- 
dio,  nous  aurons  en  tout  44  genres  pouvant, 
aujourd'hui,  donner  des  caractères  positifs 
pour  distinguer  l'étage  suessonien  de  Tétago 
parisien. 

«  En  résumé,  ponr  séparer  l'étage  sues- 
sonien des  terrains  crétacés,  nous  avons  d'un 
côté,  en  caractères  positifs,  156  genres,  et 
en  caractères  négaiiis,  avec  les  deux  derniers 
étages  crétacés,  122  genres,  ou,  en  lout^  278 
genres  susceptibles  de  fournir  les  caractères 
oistinctifs. 
«  Qn  a. vu,  aux   considérations  strdtigrt* 


iSJb 


SUE 


D1GTK»S*NAIRE  1)E  COSMOGONIE 


SUE 


«56è 


phiquèâ,  '  que  la  superposition  concordait 
avec  le  classement  des  couches  nutnmuliti- 
ques  de  tous  les  pays  dans  les  terrains  ter- 
tiaires; nous  allons,  néanmoins,  déduire  ici 
quelques-uns  des  motifs  plus  spéjiaux  qui 
nous  ont  amené  à  ces  conclusions.  Nous 
avons  fait  remarquer,  depuis  longtemps, 
'dans  nos  travaux  sur  les  foraminifères,  que 
ics  dernières  couches  des  terrains  crétacés 
ne  contiennent,  nulle  part,  de  nummulitei 
m  d'assilina.  Tout  le  monde  peut  vérifier  ce 
fait  dans  le  bassin  anglo-parisien;  et  lors- 
qu'on y  compare  les  autres  pays,  on  arrjve 
au  même  résultat.  Toutes**  nos  recherches 
sur  les  lieux,  ainsi  que  toutes  les  collection^ 
que  nous  avons  pu  consulter,  le  prouvent  de 
la  manière  la  plus  certaine.  On  a,  il  est 
vrai,  indigné  des  nummilites  ë  Royan,  d'au- 
tres associées  aux  hippurites  ou  radiolites 
des  terrains  crétacés  des  Martigues.  Nous 
nous  sommes  assuré  aue  ces  soi-disant  num*^ 
mulites  étaient  des  orbiloides  des  mieux  ca« 
ractérisés  ou  desalveolina.  Il  suflit  de  côm- 
]»arer  leur  structure  respective  pour  recon- 
uatlre  la  différence.  Voici  pour  les  terraim 
xritacés  le  fait  négatif, 

«  OCl  se  trouvent  les  nummulites  dans  le 
Jjassin  anglo-parisien  7  Tous  les  géologues 
savent  combien  elles  abondent  dans  le 
Suessonais,  aux  environs  de  Compiègne,  de 
Ouise-la-Motie,  de  Laon  ;  et,  assurément,  au* 
cun  doute,  en  vojrant  ces  nummulites  du 
bassin  anglo-parisien  qu'elles  n*appartienf- 
tient  aux  terrains  tertiaires.  Voilà  poiir  les 
Urrains  tertiaires  le  fait  positif . 

«  Maintenant,  nous  demandons  où  l'on 
devra  classer  les  couches  à  nummulites  des 
.  autres  points  du  çlobe  que  nous  avons  vus 
être,  par  leur  position  slratigrapbique,  sur 
le  même  niveau  géologique  que  les  couches 
h  nummulites  du  bassin  parisien  ?  Serait-il 
logique  de  le  placer  dans  les  terrains  créta- 
céSf  qufon  sait  ne  contenir  aucune  uumniu- 
lile?ou  devra-t-on,  adoptant  les  résultats 
conformes  de  la  stratification  et  de  la  paléon- 
tologie, les  placer  dans  les  terrains  tertiaires? 
Il  nous  semble  que  la  question  ainsi  posée 
sera  facile  à  résoudre  ;  et  nous  ne  balançons 
pas  à  réunir  dans  les  terrains  tertiaires  les 
couchés  remplies  de  nummulites  de  Saintr 
Valier,  deConiza,  de  BiariU,  de  Saint- Palais; 
les  couches  à  nummulites  des  bords  de 
4'Adour,  des  deux  versants  des  Pyrénées,  de 
-l'Himalaya,  d'Egypte,  d'Italie,  etc.  ;  en  un 
mot,  toutes    les   couches   nummuli tiques 

connues. 

1  Nous  avons,  pour  séparer  les  étages 
suessonien  et  parisien,  d'un  côté»  en  carac- 
tères positifs,  U  genres; d'un  autre  côté,  en 
raracteres  négatifs,  120  genres,  ou  en  tout 
I6it  genres  pouvant  donner  des  caractères 
-  distinctifs.  Nous  espérons  que  ces  caractères 
tirés  des  genres,  les  caractères  slratigra- 
phiques  déjà  indiqués  à  la  sU^atiBcalion, 
réunis  aux  caractères  tirés  des  espèces,  ne 
laisseront  plus  de  doutes  sur  la  distinction 
de  ces  deux  étages.  * 

Cafactères  paléontologiques  tirés  des  es-- 
'fèces,  —  «*8ans  compter  les  nombreuses  es- 


pèces d  animaux  vertébrés,  d*animaui  an- 
nelés  et  de  plantes  s*élevant  à  quelques 
centaines,  nous  avons,  en  animaux  mollus- 
ques et  rayonnes  seulement,  le  nombre  de 
678  espèces,  dont  nous  avons  donné,  dans 
notre  Prodrome  de  Paléontologie  straigrapht- 
que  (t  II,  p.  297  et  suiv.),  les  noms  dtseuiéSt 
Ta  synonymie  et  les  principales  loealités  où 
elles  se  trouvent.  En  retranchant  de  ce  nom- 
bre les  8  espèces  suivantes  communes  entre 
les  couches  supérieures  de  l'étage  suesson  en 
et  l'étage  parisien  : 

fieloptera  belemnîtoidea, 
Chenmilziai  laclea, 
Ancitlaria  canalifera» 
Fusus  longaevus, 
Grassatella  sculellari», 
—       ponderosa, 
Carditâ  plamcoista^ 
Yeiras  oblooga, 

il  restera  encore  G70  espèces  caractérisli- 

Sies  de  cet  étage  qui  pourront  servir  à  îo 
ire  reconnaître  sur  toutes  ses  formes  mi- 
néralogiques  et  dans  tous  ses  divers  faciès. 
«  Pour  corroborer  ce  que  nous  avons  dit 
aux  genres  de  l'assimilation  des  couches 
nummuliliques  des  autres  points  du  monde 
avec  les  couches  nummulitiques  du  bassin 
anglo-parisien,  nous  avons,  outre  ces  carac- 
tères généraux,  des  espèces  identiques  qui 
viennent  nous  prouver  leur  parfaite  conicm- 
rioranéilé.  Pour  le  démontrer,  nous  donnons 
la  liste  suivante  des  espèces  les  plus  carac- 
téristiques, et  surtout  des  espèces  qui, 
comme  on  pourra  le  voir  au  Prodrome,  se 
trouvent  sur  plusieurs  points  à  la  fois  cl  les 
relient  ensemble  : 


a. 

• 

abc. 

il* 

c, 

a. 

u, 

a. 

a, 

c. 

aà.  • 

b. 

a, 

a  b, 

il, 

a, 

b. 

a. 

c. 

a  6. 

c. 

b, 

f. 
c. 
a. 
à, 
c. 
c. 


M0LLU8QCE8. 

Nautilas  Rolland!. 
Pbysa  coiumnaris. 

—  ffiganlca« 
TurriteUa  carinlfcra. 

—  ediui. 

—  Ataciana. 
Cbcmuitzia  latlea. 

—      costellaïa. 
Natica  perusta. 

—  suessoniensis. 
Natica  aeuieUa. 
Nerita  i^obulus. 

—  scbemideiliana  (conoi 

doa.  Laoi). 

—  «unaria. 
Cyprea  levesquei. 
Yolûta  ambigua. 
Rosteliaria  fissardla. 
Plearotoma  Lajonkairci. 
Fttsug  longaevus. 
GeriUiiom  combusiaoï. 

Cerltbium  bace^tuiki* 

—      vulcanicum. 
DentaUum  Casiellanense* 
Teredo  Tourualî. 
Panôpaea  inlermedia. 
Venus  Yerneuiiii. 

—  subftlransversa. 
Cydas  Gardannensis. 

^    Maihei^oiii. 
CrassaleUa  rbombokl^iu 
Pecuen  ThoreoU. 
Sp^dylus  Vifrôus, 


tHI 


SUE 


ET  DE  P&LEONTÛLOeiE. 


SUE 


f.  (3iama  Auienils 
a.  Itelrea  eversa. 

—      Bcllov;ic  na. 
*.    --     motllcoslata. 

*      --      Smierhyana. 

e,  Tcrdtratula  Muiitolcarcnsi^. 

Conoclypug  «ubcvlintiricn)'. 
à.  Schiiaûer  vicinal ifl. 
t.  Scbiuiter  sKbincurvjtliis. 
c.  Hemiauer  obesiis. 
4.       —       verticalis. 
à.  Bri»iMls  elegans. 

f.  9^%arm  polilus. 

i.      —     subsJDillis. 


c.  FhbellaBi  DtiTreDoyi. 
■'.  TrochocyathuB  tinuosus- 
'    AplocjaUtuscfcloUloides. 

FOUXniFtBES. 

c.  Orbitokles  papjracea. 
t.  '  Nummulitea  scabra. 
«  *.  "       —        Dummularia. 
c.  '  —       bdUm. 

«  t.         —        planutata. 

—       rauda. 
*  Assilina  deprcna. 
r.  Operculina  ammonea. 
'  AJTeoHua  melo. 
a.  '     —     ovoidca. 
n.  ■     —     obloi^a. 

■  D'nprès  ce  qui  prérèdp,  on  voit  que  les 
Jépôlssnessouiens  terrestres  rlu  Ihissîei  pari- 
jioii,  i:eiii  de  la  Proreiiire,  des  Monla^ies- 
loircs,  non-seuIeiDenlout  une  coioposi rion 
;('n(-nque  semblable,  mais encoredeses[)èce« 
éjinti'Jiiesriurtous 'es  poiRts.LepAufa  cofum- 
laris  d'Epernay  se  rencontre  en  Provence. 
jO  phi/ia  gigantea  de  Rilly-la-Montagiie  se 
rouve  dans  les  Honla^nes-Noires  M  dans 
■|ndi',  ce  qui  prouve  leur  [larfaite  conlem- 
inrftnrité.  Indépendamment  du  nerita  sehe- 
nidtttiana  [conoidea]  si  caractéristique,  que 
luus  voyons  à  la  fois,  près  de  Soissons,  de 
luise-là-Mctle,  b  Croutoy,    k  HoudainvilEe, 

Villeneuve-ies-Choudiiis  (Aude);  dans  le 
■■iccnlin,  h  Koncs;  dans  le  Tyrol,  à  Trente; 
urlouldaus  ilnile,  à  Vagé-hé-Pudda,  pro- 
ince  de  Ciitch  ,  ei  qui  forioe  l'horiion  géo- 
Jr^ique  marin  le  plus  marqué,  nous  avons 
ncrirt*,  puur  identifier  l'âge  contemporain 
c  l'éloge  niimninlitique  des  Itassins  anglo- 
nrisien,  pyrénéen  et  méditerranéen,  un 
pnd  nombre  d'antres  esgièce^  iden(i<iue8  ; 
insi  l'on  voit,  dans  la  liste  précédente,  les 
2  OS[itces  préL-édées  d'un  astérisque  ("J  se 
■ncunirer  en  ni6me  lumps  en  Lurope  et 
ins  rjnde.  Les  espèces  précédées  d'un  a, 
1  nombre  de  20,  se  trouvttnt,  h  la  fois, 
ins  les  bassins  anzlo-parisien  et  méditer- 
néen.  Les  11  espèces  précédées  d'un  b  se 
iicontrentdans  les  bassins  angto-narisien 

pyrénéen.  Lee  25  espèces  marquées  d'un 
^e  trouvent  dans  les  Pjrénées  et  en  Pro- 
'ncc  ;  et  enfin,  les  h  espèces  marquées  d'un 
■«p  trouvent  il  âaint-Palais  el  ii  Biarttz.  Ces 
ifl'juv's  ciplicaiions  suillront  pour  prouver 


qu'avec  la  siiperposilion  identique,  ^u'avco 
un  ensemble  de  faune  semblable,  la  conlem' 

Poranéité  des  différents  points  indiqués  h 
extension  géographique  ne  peut  plus  lais- 
ser de  doutes. 

Chronologie  historique.  —  n  Une  pertur< 
hation  géologique  dont  nous  avons  les  tracea 
a  certainement  amené  la  fin  de  la  période 
crétacée.  C'est  iilors  qu'ont  été  anéantis  un 
grand  nombre  do  genres  et  toutes  tes  es- 
pèces  de  l'étage  danien.  Lorsque  l'agitation 
«  cessé,  et  que  le  calme  s'est  rétabli  à  Jasur- 
Cicedu  glolîe,  sont  nés,  dans  l'étage  sues- 
sonienf  156  genres  inconnus  aux  étages  iii' 
férieurs;  et,  outre  un  très-grand  nombre 
d'espèces  d'animaux  vertèbres  et  annelés, 
678  espèces  d'animaux  mollusques  et  rayon 
nés,  connues  aujourd'hui,  nous  donnent  une 
idée  de  la  composition  très-curieuse  de  cetto 
nouvelle  faune  des  terrains  tertiaires,  si  dif- 
rente  des  faunes  des  derniers  étages  crétacés. 
«  Nous  voyons  encore  sur  quelques  pointj 
les  mers  conserver,  b  peu  près,  la  mémo 
circonscription,  tandis  que,  surd'autres,  ces 
mers  changent  complètement  de  forme.  Les 
mers  suessonîenues,  tout  en  laissant  du 
larges  alterrissements,  conservent,  en  eiîeti 
les  mêmes  limites  sur  tout  le  nord  et  l'est 
du  bassin  anglo-parisien,  où,  bien  en  de< 
dans  des  terrains  crétacés,  le  cercle  se  res- 
treint toujours.  Au  sud,  la  circonscription 
as  restreint  encore  plus;  car  on  ne  pataU 
pas  trouver  de  traces  de  l'étage  beaucoup 
au  deli  d'une  ligne  qui  partirait  de  Monter 
reau,  Meiuu,  Paris,  Iloudan  et  Louviers. 
Cette  mer  s' (tendait  en  Angleterre  sur  une 
ligne  irrégulière,  N.-E.  etS.-O.,  depuis  Doi- 
chester  jusqu'au  nord  de  la  Tamise,  dans  lu 
Dorretsnire,  le  Willshirc,  le  Surrey,  lu 
Bedishire  cl  le  Herefordshire,  sur  une  ligD« 
parallèle  qui  s'étendait  probablement  bien 
plus  au  nord.  Dans  le  bassin  pyrénéen,  la 
mer  paraît  avoir  eu,  au  nord,  les  mêmes  li- 
mites  que  les  terrains  crétacés,  si  l'on  en 
juge  par  le  lambeau  de  Royan,  et  tout  pour- 
rait faire  croire  qu'elle  s'étendait  de  l'ôcéai) 
Atlantique  actueljusqu '6  la  Méditerranée,  et 
occupait  toute  la  place  oii  se  trouve,  aujour- 
d'hui, la  chaîne  des  Pyrénées  et  une  partie 
de  l'Espagne.  Dans  le  bassin  méditerranéen, 
la  mer  change  tout  à  fait  de  place.  Elle  n'oc- 
cupe plus  la  Proveune,  recouverte  de  lacs 
d'eau  douce;  mais  elle  se  montre  au-dessuB 
de  tirasse  (Var)  ;  son  littoral  occidental  s'é- 
tend, ensuite,  à  TO.-N.-O.,  à  Castellane,  et 
parait  suivre  h  peu  près  la  ligne  occupée, 
aujourd'hui,  par  la  chaîne  des  Alpes,  à  An- 
necy, et  delàiusqu'â  Claris.  De  ces  limid!» 
occidentales,  la  nK'rcr)uvrdii,  à  l'est,  sans 
doute  toute  laSanlni^nc,  l'Italie,  le  Vicentiu 
et  le  Tyrol,  une  pnrtie  de  la  Suisse,  et  com- 
muniquait peut'é!n>  (ivcr  l'Ejtypte,  In  Cri- 
mée, le  Caucase. ''  II'  versant  de  la  chaîne 
de  l'Oural,  jusqur    Lms  l'Inde. 

■  Los  continciil-  •ml  i^u.^lcmcnl  rlmn^é  de 
forme;  ils  s'atçiviiulbsi'ia  (nul  nutuur  du 
bassin  parisien,  d'iuR'  va^ie  surface.  Un  lac 
d'eau  douce  exisii'  h  Killy' 
nord  du  bassin  p.wèniea,  \- 


>i 


1565 


SUE 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


STI 


1364 


interrotDDu,  se  continue  de  TOcéan  à  la  Mé- 
diterranée. Un  ^rand  lac  d'eau  douce  con- 
vrair  une  partie  de  la  Provence  comprise 
entre  Orgon , .  Martigues  et  Aix.  Le  conti- 
nent s'étendait  jusqu  à  Grasse,  près  de  Cas* 
tellane,  à  Touest  d'Annecy,  prés  de  Claris , 
et  bien  plus  au  N.-E. 

€  Les  mers  se  sont  enrichies  d'un  grand 
nombre  d'animaux  inconnus  jusqu'alors. 
Les  rivages  étaient  animés  par  une  quantité 
innombrable  de  poissons,  parmi  lesquels  les 
poissons  pleuronectoïdes,  ou  poissons  plats, 
se  montrent  pour  la  première  fois,  en  même 
temps  que  les  crustacés  stomapodes  et 
qu'une  multitude  de  mollusques  nouveaux» 
tdis  que  des  belopiera,  des  o/tm,  des  triton^ 
des  cassis^  des  terebra^  des  donaXy  des  tert'* 
dina^  ctc,  etc.  Les  échinodermcs  ne  sont  pas' 
moins  multipliés,  et  avec  des  fermes  nou- 
velles, comme  les  schiza$ter.  Il  en  est  de 
même  des  zoophyjtes,  et  surtout  des  forami- 
nifères,  qui  semblent  com))eHser  par  leur 
nombre  Tinfériorité  de  leurs  dimensions. 
C'est  alors  que  vivaient  loin  des  côtes  ces 
nummulites  qui  forment  des  montagnes  en* 
tières  dans  la  chaîne  des  Pyrénées,  et  qui . 
ont  servi  à  élever  les  anciennes  pyramides  * 
des  Egyptiens.  On  peut,  en  effet,  juger  du 
temps  qu'il  a  fallu  pour  que  des  couches 
de  centaines  de  mèlres  de  puissance  pussent 
se  former,  presque  exclusivement,  pour 
ainsi  dire,  des  dépouilles  de  quelques  peti- 
tes espèces  de  coquilles.  On  voyait,  avee 
tous  ces  animaux,  les  plantes  marines  sui- 
vantes, em|)runtées  h  M.  Brongniart  : 

Cryptogames  amphigènei, 

ALGUES. 

Confervites  tlioreaeformis,  Brong.  Bolca. 
Caulerpiles  Agardhiana,  Br.  B. 

C.  pinnaliflda ,  Br.  B. 
Zonaritea  flabellaris,  Stem.  B. 

Z.  millifidus,  Sternb.  Salcedo«  Vie, 
Giffarliniles  obtusus,  Brong.  Bolca. 
Deiesseritcg  Lamourouxii,  Stenib.  Bolca. 

D.  SpalhuLatus,  Sternb.  Bolca. 
D.  Bertrand!,  Sternb.  Bolca. 

D.  Gazol^nus,  Sternb,  Bolca.  ' 

MoMcctylédânes  (Naïades)» 

Zosterites  Mcniseformis,  Bronz.  Viceniin. 
llalocbloris  cymadocxoidcs.  Uns.  Bolca.  j 

Potamogeton  Tritonis,  Ung.  Bolca. 
P.  Naiaaum,  Ung.  Bolca. 

«  Les  continents  n'étaient  pas  moins  bien 
partagés,  car  ils  montrent,  pour  la  première 
fois,  de  nombreux  animaux  mamm^ifères 
et  des  coquilles  terrestres.  C'est  alors ,  en 
effet ,  que  se  montrent  les  genres  perdus , 
anthtacotheriumj  lophiodon.  En  même  temp.s 
que  les  genres  chiens  (cani8)f  loutres  [lutra]^ 
martres  (viverra)^  et  écuneuils  («cturuf),  que 
nous  connaissons  dans  la  nature  actuelle  : 
naissent  aussi  beaucoup  d'oiseaux  nou- 
veaux, et  toutes  les  coquilles  terrestres  et 
flnviatiles  (HehXf  pupa^  bulimuSf  cycloi- 
tomùf  physd^  planorhiê^  etc.).  Avec  tous  ces 
animaux,  la  végétation  devait  être  très -va- 


riée :  aussi  M.  Brongniart  indique-t-illaflore 
suivante  : 

Cryptogames  acrogènes. 

HEPATIQUES. 

Marchantiles  sezannensis  Brong.  Sézanoe. 

FOUGÈBES. 

Pecopteris  Pomelii,  Br.  Sézanne. 
Tsnîopleris  Bertrandi,  Br.  Vicent. 
Aspienium  Wegmanni,  Brong.  Séxanne. 
Polypodites  thelypteroides,  w-ong.  Sëiaane. 

ÉQCISÉTACÊES. 

Ëquîsettiin  sIeUare,  Pomel.  Oise. 

CHARACÉES. 

Chara  belicteres,  Brong.  Paris. 

PALMIERS. 

Flabell9ria  rhapifolla,  Sternb.  Vignacourt,  Sooom. 
F.  maxioia,  Vnf.  Oise,  Crisiilles. 
Palmacites  eckiuatus,  Brong.  Soissons» 

.    CONirfeRES. 

Piniles  macrolepts,  Brong.  Paris. 

TAXISÉES. 

Taxîles  acicularis,  Brong.  Lign.  Cassel. 
T.  diversifolius,  Br.  Ligp.  Cassel. 

DKOTTLtDOinSS  AlICKMPfiRJlES. 

Betttlinum  parisieBse^  Ung.  Paris. 

L^CII1I1!IEC8B9. 

OEnotbërées. 

Trapa  aretbus»,  Ung.  Bok». 

«  La  présence  sous  la  zone  torride,  dans 
rinde,  aes  mêmes  espèces  de  coquilles  ter- 
restres et  marines  que  nous  trouvons  en 
France ,  jusqu'au  50**  de  latitude,  prouve 
au'il  y  avait,  sur  ces  points»  si  disjarales 
aujourd'hui  pour  leurs  faunes,  identité  de 
température  terrestre  et  marine,  et  que  les 
lignes  isothermes  actuelles  n'existaient  pa» 
encore. 

«  Les  escillalions  du  sol  étaient  fréquen- 
tes, à  en  juger  par  les  faits  que  nous  arons 
exposés. 

1  La  puissance  des  dépôts  indique  que  la 
période  suessoniQuue  a  dû  avoir  une  low^t 
durée  ;  mais,  comme  toutes  les  autres,  la  vie, 
l'animation ,  y  auraient  tout  à  coup  été  in- 
terrompues par  la  dislocation  de  fa  cliaine 
des  Pyrénées,  qui  se  serait  élevée  à  la  fin 
de  cette  époque  géologique ,  et  aurait  causé 
une  perturbation  générale  à  la  surface  du 
globe.  C'est,  eu  effet,  à  la  fîn  de  cet  étage 
qu'on  doit  certainement  rapporter  la  (lisl> 
cation  de  l'0. 18"  N.,  àl'E.  18*  S.,  quiforuie 
tout  le  Système  des  Pyrénées  de  M.  Elied^ 
Beaumont,  puisque  les  couches  nurarouli- 
tiques  sont  elles-mêmes  disloquées  sur  (outo 
la  longueur  de  la  chaîne.  La  dislocation  du 
pays  de  Bray,  celle  de  Boulonnais  en  Frantf  • 
duSurrey,  du  Sussex,  en  Angleterre,  pa- 
raisent  encore  s'être  effectuées  à  la  luénie 
époque ,  ainsi  que  tous  les  chan^ementi 
donnés  par  les  discordances.  Les  (ié^ud^ 
tions  en  seraient  le  résultat  immédiat  et  vi- 
sible, ainsi  que  la  séparation  des  faunes.  > 

STIGMARIA.  —  Les  découvertes  récente^ 
de  MM.  Liudley  et  Hutton  ont  jet^ beaucoup 


j 


isa 


TEC 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


TLM 


iZBù 


de  lumière  sur  cette  famille  très-extraordi- 
naire de  plantes  fossiles  maintenant  per- 
dues {9ik). 

Le  centre  de  la  plante  est  formé  par  au 
tronc  ou  tige  en  forme  de  dôme.  d*un  dia- 
mèlre  de  trois  ou  quatre  pieds  /  et  dont  la 
substance  était  probablement  molle  et  char- 
nue. La  surface  en  est  légèrement  ridée,  et 
est  couverte  en  même  temps  de  points  cir- 
culaires peu  distincts. 

Les  bords  de  ce  dôme  donnent  naissance 
h  plusieurs  branches  horizontales  dont  le 
nombre  varie  de  neuf  à  quinze,  suivant  les 
individus.  Quelques-unes  de  ces  branches 
se  bifurquent  plus  ou  moins  près  du  dôme, 
et  on  les  trouve  toujours  brisées  à  peu  de 
distance;  aussi,  bien  que  le  plus  grand  frag- 
ment de  cette  sorte  que  Ton  ait  encore  ren- 
contré ne  fât  long  que  de  quatre  pieds  et 
demi,  il  n'en  est  pas  moins  probable  que  ces 
branches  étendues,  lorsqu'elles  étaient  arri- 
Téei  à  leur  plus  haut  point  de  développe- 
ment, n'avaient  pas  moins  de  vingt  à  trente 
{>ieds  de  long  (925).  Chacune  d'elles  a  sa  sur- 
àce  recouverte  ae  tubercules  disposés  en 
snjrale,  et  ressemblant  à  ceux  mie  Ton  voit 
chez  les  oursins  à  la  base  des  épines.  Cha- 
que tubercule  donnait  naissance  à  une  feuille 
c^lindrigue,  et  probablement  charnue,  qui 
s  étendait  jusqu*a  plusieurs  pieds  de  la  bran- 
che, dans  toutes  les  directions.  Les  feuilles, 
c{ue  l'on  trouve  ordinairement  comprimées, 
pénètrent  suivant  tous  les  sens  dans  la  subs- 
tance du  grès  ou  du  schiste  oik  elles  sont 
cDsevelies  ;  leurs  traces  ont  été  suivies  jus- 


qu'à une  longueur  de  trois  pieds,  et  l'on 
assure  môme  davanlase  (926). 
.  On  rencontre  des  iragments  de  ces  plan- 
tes en  très-grande  abondance  dans  plusieurs 
des  couches  gui  accompagnent  la  houille; 
et  on  les  a  signalées  depuis  longtemps  au 
sein  du  grès  que  l'on  désigne  sous  les  noms 
de  ganniaier  et  de  rrciD^tone,  dans  les  houil- 
lères des  comtés  d'York  et  de  Derby  ;  on  les 
avait  prises  à  tort  pour  des  fragments  de  ti- 
ges de  cactus. 

'  La  découverte  des  dômes  centraux  dont 
nous  avons  parlé ,  en  même  temps  que  la 
longueur  et  fa  conformation  des  feuilles  et 
fies  branches,  rendent  fort  probable  que  les 
stigmaria  étaient  des  plantes  aquatiques  qui 
se  traînaient  sûr  la  vase  des  marécages ,  ou 
qui  flottaient  à  la  surface  de  lacs  petits  et 
tranquilles,  comme  le  font  de  nos  jours  les 
strattoteê  et  les  isoetes.  Dans  ces  situations, 
les  stigmaria  ont  pu  être  entraînées  par  les 
mAmes  inondations  qui  ont  effectué  le  trans- 
port des  fougères  et  des  autres  végétaux  ter- 
restres qui  leur  sont  associés  dans  la  forma- 
tion houillère.  La  forme  du  tronc  et  des  ra- 
ineaux  prouve  que  ce  n'ont  pu  être  des  vé- 
gétaux qui  se  soient  soutenus  dans  l'air  ;  ils 
ont  dû,  par  conséquent,  ramper  sur  le  sol , 
ou  flotter  à  la  surface  des  eaux  (^7).  C'é- 
taient, probablement  des  végétaux  dycotylé- 
dones,  et  leur  structure  interne  établit  en- 
tre ces  plantes  et  les  euphorbiacées  quelques 
analogies. 

SYNCHRONISME  des  fobv atioms  cioLO- 
GiQUBS-  Yoy,  Mavpied. 


T 


TABLEAU  DBS  profondbuiis  auxquelles 

»B  TBOUVBTVT  DANS  LA  MER  LES  GENRES  CON* 
«US  DBS  COQUILLES  VrVAlfTES.  Yoff.  ANIMAUX 
If^ARINS. 

TAPIR.  Voy.  Mammifâres. 
TARGIONI.  Voy.  Géologie. 
TECTIBRANCHES   Voy.  Gastéropodes. 

(924)  On  a  trouvé  seize  échantillons  de  nature 
eiiiblable  sur  une  étendue  de  six  cents  verges  car- 
ées  du  schiste  qui  recouvre  le  gisement  de  bouille 
e  Bensbani,  à  la  houillère  de  Jarrow  près  de  New* 
astle,  et  ib  une  profondeur  de  douze  cents  pieds. 

(9i5)  Il  paraîtrait/ diaprés  les  coupes  qu*ont  don- 
nes Lindievel  llutton.aune  branche  de  stigmaria 
Fiore  foêsite^  pi.  clxvi),  que  rintérieur  n'était  qu*uii 
vlindre  creux  dont  les  parois  étaient  composées  ex- 
•usivemenl  de  vaisseaux  spiraux,  et  entouraient 
oe  iDoetle  épaisse  ;  ces  figures  font  voir  en  outre 
u*â  l'aide  d  une  coupe  transversale  on  y  trouvait 
lie  structure  ayant  quelque  analogie  avec  celle  des 
oniféres,  mais  dépourvue  de  cercles  concentrt- 
ues,  et  offrant  des  espaces  vides  au  lieu  du  tissu 
es  rayons  médullaires.  On  ne  connaît  aucune 
lante  vivante  qui  offre  une  semblable  structure. 
Ces  rameaux  cyhndriques  sont  ordinairement 
platis  d*un  côté,  probablement  le  côté  inférieur. 
out  près  de  cette  dépression  se  voit  un  axe  cxceii- 
iqae  libre,  ou  cœur  ligneux,  entouré  de  faisceaux 


TËLEOSAURE.   Voy.  Crocodiles. 

TEMPÉRATURE  de  la  mer.  Voy.  Ani- 
maux MARiifs.  —  Son  influence  sur  la  diUrv' 
bution  des  animaux  marins.  —  Voy.  Cou- 
ches SÉDIMBIfTAIRES. 

TEMPÊTES,  leur  action  sur  les  dépfits  de 
sédiments.  —  Voy.  Couches  sédimbntaires. 

vasculaires  qui  communiquent  avec  les  tubercules 
extérieures,  et  rappellent  Taxe  interne  des  tiges  de 
certaines  espèces  de  cactus. 

(926)  Toutes  ces  conditions  sont  celles  qu'une 
plante  flottant  habituellement  avec  ses  feuilles  éten- 
dues dans  toutes  les  directions  aurait  conservées 
après  avoir  été  entraînée  au  fond  d*un  golfe,  pour  y 
être  gradueUement  enveloppée  daus  les  sédiments 
d'une  boue,  vaseuse. 

(927)  La  forme  et  h  position  des  feuilles,  si  oa 
suppose  qu*eUes  se  sont  développées  dans  tous  les 
sens  ï  la  surface  des  branches  suspendues  horizon- 
talement dans  les  eaux,  n'ont  dû  subir  que  peu  de 
changement  pendant  leur  transport  dans  la  mer  ou 
dans  le  fleuve,  non  plus  que  lorsou'elles  sont  tom- 
bées au  fond  p«mr  y  être  ensevelies  dans  un  sédi- 
ment de  vase  ou  de  sable.  Cette  hypothèse  semble 
trouver  un  nouvel  appui  dans  Tobservation  que  Ton 
a  faite  à  Jarrow  que  les  extrémités  des  branches 
descendent  du  dôme  vers  la  surface  d«  fit  de  houlUo 
au-dessus  duquel  ou  les  rencontre. 


1367 


TER 


DICTIONNAIRL  DE  COSâlOOONlE 


TER 


ÏM 


TERRAINS  DE  TRANSITION.    Voy.  Pa- 

léOZOÏQUES. 

TERRAINS  STRATIFIÉS,  leur  mode  de 
formation  suivant  M.  Maupied.  —  Voy.  Mau- 

PIED. 

TERRAINS  ÉOCÈNES.   Voy.  Suessokien. 

TERRE.  Nous  n^avons  pas  l'intention  de 
donner  ici  une  théorie  de  la  lerrc.  Les  hypo- 
ihèses  qui  ont  été  inventées  à  ce  sujet  ont 
4^*té  discutées  dans  différents  articles  do  ce 
Dictionnaire.  {Voyez  Cosmogonie,  Laplacb, 
Feu  central,  (iodefrot,  etc.)  Les  idées  géo- 

f;éniques  de  M.  Godefroy  seront  ici  seules 
'objet  de  notre  examen. 

M.  Godefroy,  après  avoir  fait  remarquer 
la  témérité  des  évaluations  de  M.  Boubée 
relatives  au  nombre  d*années  nécessaire, 
aux  divers  âges  du  globe,  pour  le  refroidis- 
sement progressif  de  la  terre,  expose  les 
arguments  de  M.  Poisson  contre  la  théorie 
du  feu  central,  et  discute  celle  qu'il  y  subs- 
titue. M.  Godefroy  n'en  accepte  ni  l'une  ni 
•l'autre;  il  préfère  en  imaginer  une  qui  soit 
•à  lui  tout  seul. 

Voyons  d'abord  comment  il  met  aux  pri- 
ses M.  Poisson  et  les  géologues  pluto- 
niensfîfâS). 

«  L'illustre  auteur  de  la  Théorie  mathéma- 
tique de  la  c/m/eur  voulut  savoir  quelle  portée 
-avait,  dans  ces  recherches,  l'élément  invo- 
'que  par  certains  géologues,  et  pourtant 
toujours  négligé  par  ceux-là  mêmes  qui 
prétendaient  en  faire  la  base  fondamentale 
<îlc  la  géologie  moderne. 

«Ces  supputations  desp/u/onienj,  cosclc- 
ductions  cnronométriuues  les  plus  exclusi- 
ves et  les  plus  exagéiées,  M.  Poisson  vient 
les  soumettre  à  l'épreuve  d'un  calcul  rigou- 
reux; et  il  se  trouve  que,  dans  cette  sup- 
position d'une  incandescence  originelle  ou 
d'une  chaleur  centrale,  ce  serait  par  my- 
riades de  millions  de  siècles,  par  centaines 
de  myriades  de  nnllions  do  siècles  qu'il 
faudrait  compter  l'âge  do  chacun  des  terrains 
géologiques  même  les  plus  superficiels;  et 
que,  pour  exprimer  l'âge  des  premiers  ter- 
rains, il  nous  faudrait  autant  de  chiffres 
qu'il  y  a  de  grains  de  sable  sur  le  bord  do 
la  mer. 

«  Après  avoir  exposé  que  la  chaleur  cen- 
trale de  la  terre  augmenterait  la  tempéra- 
ture de  la  surface,  à  l'époque  actuelle,  de 
0",  02658  ou  d'un  quarantième  de  degré,  le 
célèbre  géomètre  établit  qu'il  devrait  s.'é- 
couler  plus  de  mille  millions  de  siècles  pour 
que  cette  valeur  fût  réduite  h  moitié  (929). 

«  Dans  le  mémoire  précédemment  cité,  il 
reproduit  les  mêmes  démonstrations,  et  il 
en  expose  le  résultat  en  ces  termes  :  Si  Vac- 
croissement  (de  température)  observé  dan$  le 
sens  de  la  profondeur^  provenait  réellement 
de  la  chaleur  d'origine  [cest-à^ire  comme 

(928)  Si  les  idées  particulières  de  M.  Godefroy 
o*ont  pas  grande  valeur  au  poinl  de  vue  de  la  ihéo- 
rk^  de  la  terre,  ceUes  qu*it  discute  sont  exposées  par 
lai  et  réfutées  d^uiK^maniéi'e  inléressaule  quoique  lu 
complète.  (Jéb.  (de  St-^l.) 

(9iS9}   Théor.  math,  de  la   chaleur;  chap.  iâ. 


Ventend  M.  Pcisson,  de  la  chaleur  eaiira/c), 
t7  s'ensuivrait  quà  Vépoque  actuelle^  em 
chaleur  initiale  augmenterait  la  tempéralurt 
de  la  surface  même  ^  d'une  petite  fraction  lU 
degré:  mais^  pour  que  cette  petite  augmemih 
tion  se  réduisit  à  moitié^  par  ejrewpUj  Hfau* 
drqit  qu'il  s^ écoulât  plus  de  mille  mUiont 
de  siècles  ;  €/,  si  ion  voulait  remonler  ii  mt 
ipoque  où  elle  pouvait  être  assez  considérehk 
pour  influer  sur  les  phénomènes  géologiifuest 
on  devrait  rétrograder  d un  nombre  de  stides 
qui  effraye  V imagination  la  plus  hanlie,  queUt 
que  soit  d'ailleurs  Vidée  que  l'on  puisse  avoir 
de  rancienneté  de  notre  planète  (i)30). 

a  De  ces  déductions  mathématiques  il  ré- 
sulte en  toute  évidence,  que  l'hypothèse  de 
la  chaleur  centrale  est  en  opposition  for- 
melle avec  tous  les  principes  fondamentaux 
de  la  géognosie  ;  que  dans  cette  hypothèse, 
aucune  règle  chronométrique  ne  peut  être 
tirée  de  l'observation  des  terrains  ni  des 
fossiles;  qu'enfin  tout  l'édifice  de  la  géogno- 
sie, cette  science  si  positive,  s'écroule  aTee 
cette  hypothèse,  puisqu'on  a  constaté  une 
différence  de  dix  degrés  entre  la  température 
du  milieu  de  l'époque  si  récente  des  terrains 
tertiaires  et  celle  de  l'époque  actuelle,  et  que 
par  conséquent  Tâge  des  terrains  que  recou- 
vre notre  ailuvium  répondrait  à  des  millions 
de  millions  desiècles^ 

«  M.  Poisson,  comme  géomètre,  ne  s'arrête 
pas  à  ces  conséquences  inévitables:  il  ac- 
corde même,  si  l'on  veut,  qu'aucune  de  ces 
conséquences  ne  soit  une  obiection  contre 
cette  opinion  des  géologues  ;  il  ne  lui  opposa 
que  des  diflTicultés  directes,  que  des  dillIcuW 
tés  intrinsèques.  Il  lui  oppose  que  latem()é- 
-)  rature  extérieure  serait  excessive  è  moins 
de  60,000  mètres  de  profondeur,  et  qu'au 
centre,  où  cette  température  surpasierail 
-deux  cent  mille  degrés,  et  dans  la  plus  grande 
partie  de  sa  masse,  les  matières  dont  la  terre 
est  formée  se  trouveraient  à  l'état  de  gaz 
incandescents,  tellement  condensés,  néan-* 
moins,  que  leur  densité  moyenne  surpaie- 
rait  cinq  fois  celle  de  l'eau.  Il  lui  o|>pose 

3ue  pour  contenir  ces  matières  à  ce  dc^ré 
e  compression  et  de  chaleur,  il  faudrait 
une  force  dont  on  ne  saurait  se  faire  aucune 
idée;  que  la  couche  solidifiée  du  globe  ne 
pourrait  résister  à  Teffort  des  couches  flui- 
des intérieures  pour  se  réduire  en  vapeurs  ; 
3 ue  CCS  couches  intérieures,  par  leur  ten- 
ance  à  se  dilater,  dont  on  connaît  toule  la 
puissance,  auraient  brisé  l'enveloppe  soiitle 
extérieure,  à  mesure  qu'elle  se  serait  for* 
mée  (931). 

*i  L'impossibilité  de  concevoir  la  formation 
d'une  enveloppe  solide  à  un  globe  conslitti»! 
comme  l'entendent  les  géologues,  avait  déjà 
frappé  le  premier  de  nos  physiciens.  Ctui 
qui  admettent  la  liquidité  du  noyau  intérieur 

Mauv.  de  la  chaleur  dans  Vînicr.  et  à  la  surf,  de  U 
lerre^  p.  408  et  suiv. 

(950)  Mémoire  sur  la  température  de  la  fQTiie  so- 
lide du  globe^  p.  15  et  46. 

(931)  Théot.  math,  delà  chai.,  t.  Và\  et  Ulm. 
sur  les  temp.  du  qtobe. 


ÎW 


TEP 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


TER 


1370 


di  la  terre,  disait  M.  Asipère»  parais$ent  ne 

{)a*  avoir  songé  à  Vaction  qu  exercerait  la 
une  sur  cette  énorme  masse  liquide^  action 
d'où  résulteraient  des  marées  analogues  à 
celles  de  nos  mers^  mais  bien  autrement  terri" 
hles^  tant  par  leur  étendue  que  par  la  densité 
du  liquide.  Il  est  difficile  ae  concevoir  corn- 
ment  Vemeloppe  de  la  terre  pourrait  résister^ 
étant  incessamment  battue  par  une  espèce  de 
levier  hydraulique  de  1,400  lieues  de  lon^ 
gueur  (932). 

«  En  renonçant  donc  h  la  chaleur  centrale 
pour  rendre  raison  de  réIé?ation  de  tempé- 
rature qu'on  observe  à  mesure  que  Ton  pé- 
nètre plus  profondément  dans  l'intérieur  de 
la  terre,  M.  Poisson  propose  une  autre  ex- 
plication de  ce  phénomène.  Cette  explication, 
il  la  fonde  sur  la  supposition  de  1  inégalité 
de  température  des  régions  de  Tespace  que 
la  terre  traverse,  en  s'y  mouvant  avec  le,so- 
leil  et  tout  le  système  planétaire,  •  et  sur  les 
variations  correspondantes  de  chaleur  qui 
en  résulteraient  pour  la  terre.  Dans  cette 
explication,  Taccroissement  de  température 
de  la  terre  à  partir  de  sa  surface  serait  sen- 
siblement Uniterme  jusqu'à  une  profondeur 
d'eaviron  7,000  mètres;  mais^  à  cette  pro- 
fondeur, cette  température  du  globe,  attei- 
fnant  son  maximum^  et  diminuant  au  delà, 
influence  de  l'inégalité  de  température  do 
l'espace  disparaîtrait  entièrement  versGOiOOO 
mètres  de  distance  à  la  surface.  Puis,  la 
température  de  la  surface  du  globe,  il  y  a 
5,000  siècles,  aurait  surpassé  celle  qui  a  lieu 
auj.ourd*hui  d'environ  200",  et  500  siècles 
avant  l'époque  où  nous  vivons,  cette  tempé- 
rature de  la  surface  n*aurait  excédé  que  d'à 
peu  près  5°  celle  de  l'époque  actuelle. 

«  Z7an«cer/f/A^orte,fait  observer  ici  M.Pois- 
son,  la  température  moyenne  de  la  superficie 
varie  avec  une  extrême  lenteur,  mais  incom^ 
parablement  moindre  que  la  partie  de  la  tem* 
pérature  qui  serait  due  à  la  cnaleur  d^ origine, 
si  elle  était  encore  sensible  à  l  époque  actuelle. 
Déplus,  cette  variation  est  alternative,  et 
peut  ainsi  concourir  à  Vexplication  des  révo- 
lutions que  la  couche  extérieure  du  globe  a 
subies  ;  au  lieu  que  la  partie  de  la  tempéra- 
ture,  qui  pourrait  être  due  à  Cautre  cause^ 
diminue  continuellement  et  sans  alterna^ 
/ III?  (933). 

^  Nous  ne  voyons  pas  en  quoi  cette  varia- 
tion alternative  pourrait  concourir  à  Texpli- 
ration  des  révolutioiis  de  la  surface  du  gloiie. 
Toutes  les  études  des  terrains  et  des  fossiles 
nous  montrent  les  températures  terrestres 
en  décroissance  avec  la  succession  des  temps. 
Il  est  hors  de  doute  qu'à  l'époque  des  ter- 

(95i)  Théorie  de  la  terre,  par  M.  AarÈnc.  Uevue 
des  Ùeux^Mandts.  —  M.  Poisson  oppose  encore  aux 
vues  des  plutoniem  que,  mènie  dans  ceUe  suppo- 
sition d*ijne  incandescence  originelle  ou  d*niie  fuii- 
dît4*  ignée,  la  »olidilicalio:i  do  dobc  aurait  encore 
c^tminenoé  par  le  centre  ;  que,  dans  celle  supposi- 
iion  inadmissible,  les  parties  extérieures  ou  les  plus 
voinines  de  la  8urraa\  en  se  rerroidissaiit  les  pre- 
piières,  auraient  dû  descendre  à  Tintcrieur,  et  <^tre 
remplacées  par  des  parties  internes  qui  seraient 
venues  se  refroidir  à  h  superiicie,  pour  redcscen- 
d  €  ensuite  à  leur  tour.  (Théor.  math,  de  la  chai., 


rains  de  transition  et  des  premiers  terrains 
secondaires,  la  température  de  la  soperflcie 
terrestre  a  été  absolument  uniforme  et  in« 
dépendante  des  latitudes  ;  et  que,  depuis 
cette  époque,  la  plus  ancienne  dont  nous 
puissions  vérifier  la  date,  la  température 
moyenne  n'a  pas  cessé  de  s'abaisser,  jus*** 
qu'au  moment  où  la  terre  fut  donnée  aux 
enfants  des  hommes.  [Ps.  c\iii}  (934).  Mais 
nous  voyons  que,  si  dans  cette  théorie  ta 
température  moyenne  de  la  superficie  varie 
avec  une  lenteur  incomparablement  moindre 
que  dans  Thypothèse  de  la  chaleur  centrale; 
ce  décroissement  de  la  température  est  en- 
core infiniment  plus  lent  que  le  décroisse- 
ment constaté  par  l'observation  des  phéno- 
mènes géologiques. 

ff  Nous  pouvons  dire,  sans  craindre  de 
nous  tromper,  qu'en  assignant  une  durée 
encore  aussi  prodigieuse  et  aussi  exhorbi- 
tante  à  l'accroissement  ou  au  décroissement 
d'une  température  acquise,  M.  Poisson  n'a 
fait  que  sacrifier  à  l'exigence  du  principe 
qu'il  invoque.  Le  mouvement  propre  du  so^- 
leil,  auquel  il  a  recours,  s'opère  avec  une 
lenteur  telle,  que,  dans  les  o(»érations  mèine 
les  plus  délicates,  et  dans  les  calculs  qui 
embrassent  les  plus  longues  périodes,  il 
n'est  pas  distingué  et  ne  saurait  être  distin- 
gué d  une  fixité  mathématique.  Un  mouv^ 
ment  qui  doit  se  soutenir  pendant  des  si^ 
clés  pour  être  appréciable,  exige  sans  doute 
des  milliers  de  siècles  pour  que  son  in- 
fluence puisse  altérer  les  températures  ter- 
restres. Il  a  donc  fallu  attribuer,  à  Taction 
de  Taccroissement  ou  du  décrotssenfient  do 
ces  températures,  une  durée  qui  fût  en  rap- 
port avec  la  longueur  de  la  mystérieuse  ré- 
volution qu'on  a  imaginée. 

«  Mais  avons-nous  besoin  de  reoourir  à 
cette  influence  plus  que  problématique, 
pour  rendre  raison  de  1  élévation  de  tempé- 
rature qu'on  observe  au-dessous  de  la  sur- 
face du  globe?  avons-nous  besoin  de  recou- 
rir à  cette  translation  de  la  terre  dans  d'an- 
tres régions  de  l'espace,  et  à  cette  inégalité 
de  chaleur  de  ces  régions  c^ue  rien  ne  justifie 
et  que  rien  ne  peut  autonser  t  Nous  esi-il 
permis  d'ignorer  que  la  formation  définitii^ 
on  la  constitution  physique  de  la  terre  a 
précédé  celle  du  soleil  7  Nous  savons  qu'im- 
médiatement après  sa  formation,  la  terre 
opérait  encore  sa  révolution  dans  les  régions 
supérieures  de  l'atmosphère  primitive  de  la 
masse  génératrice  de  tout  le  système  solaire 
ou  planétaire.  Les  mêmes  circonstances  qui 
ont  fait  que  cette  atmosphère  primitive  n'a 
pu   opposer   qu'une  résistance  Insensilile 

cliap.  12.  —  Mém.  sur  les  lemp.  du  globe,  p.  Il 
et  h.) 

(935)  Mémoires  sur  les  tempéralures  du  giote^ 
p.  f  5. 

(934)  Noos  ferons  oKserver  à  M.  Godefroy  q»*il 
sérail  plus  exact  de  dire  que  jusqg*à  Téiage  sub- 
apenniQ  qui  a  précédé  ravenement  de  rtiomme  sur 
la  terre,  il  n*y  a  pas  en  de  lignes  Isoibennes  ser 
notre  planète,  et  la  température  y  a  été  absotoRMiii 
indépendante  des  latitudes.  La  Ject^^ee  «êS  fie- 
nes  tl  dcH  flores  ne  date  mie  d^  '  '««^lle. 

(JÉn.  (w  St-Ci..) 


1371 


TER 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


TER 


I57i 


aux  corps  qui  to  traversaient,  u'ont-elles 
fias  dû  agir  sur  la  température  des  couches 
extérieures  de  notre  globe?  Les  effets  ré- 
sultant imiuédiateinent  et  nécessairement 
d*un  fait  aussi  positivement  révélé  que  celui 
de  la  formation  de  la  terre  avant  Torsanisa- 
tion  du  grand  /umtnaiVf,  sont  bjen  plus  sa- 
tisfaisants et  beaucoup  plus  compréhensi- 
bles que  ceux  qu'on  veut  attribuer  à  une 
incertaine  inégalité  de  chaleur  des  régions 
de  t'espare  parcourues  par  la  terre,  dans  un 
mouvement  tout  à  fait  insaisissable  (935). 

<  Ceux  qui  regardent  la  Genèse  comme  le 
livre  dicté  par  Tesprit  de  Dieu  comprendront 
toute  la  portée  de  cette  déduction,  si  légi- 
time d'ailleurs.  A  ceux  qui  ne  reconnaissent 
il*autre  autorité  que  Tautorité  de  la  science 
de  rbomme,  nous  proposerons  une  considé- 
ration qui  ne  sortira  pas  du  cercle  étroit 
qu'ils  se  sont  tracé. 

«  Nous  dirons  à  ces  derniers  :  La  science 
des  hommes  nous  apprend  que  la  terre  a  été 
créée  à  Tétat  de  matière  vide  et  taine^  à  l'état 
de  molécules  élémentaires,  ou,  pour  parler 
un  langage  purement  scientiflque  :  Toutes 
les  théories  modernes^  fondées  sur  les  données 
les  plus  positives  que  nous  fournissent  Vas^ 
tronomie^  la  physique  et  la  ^éologie^  admet- 
tent que  la  terre  était  primitivement  à  tétat 
fazeui^à  l'état  de  vapeur;  c*est-à-dire  dans 
état  d*un  fluide  aériforme  dont  la  densité  ne 
peut  dépasser  un  maximum  relatif  à  son  degré 
de  chaleur^  et  qui  se  liquéfie  ou  se  solidifie  dès 
que  l'on  augmente  la  pression  qu'il  éprouve 
sans  changer  sa  température.  Nous  leur  di- 
rons :  La  température  de  la  terre  dépendait 
alors  du  lieu  au' elle  occupait  dans  F  espace: 
mais,  indépendamment  des  attractions  et  ré- 
pulsions qui  n'ont  lieu  qu'entre  les  molécules 
vois'nes^  et  qui  produisent  la  force  élastique 
des  fluides  aeriformes^  égale  et  contraire  a  la 
pression  qu'ils  supportent^  les  molécules  de 
la  terre  étaient  aussi  soumises  à  leur  attrac- 
tion mutuelle^  en  raison  inverse  du  carré  des 
distances  ;  et  de  cette  force  il  est  résulté,  sur 
toutes  les  couches  de  la  masse  fluide,  une  pres^ 
sion  nulle  à  la  surface,  et  croissante  de  la 
surface  au  centre,  t'est  celte  pression  crois- 
sante, leur  dirons-nous  encore  avec  les  sa- 
vants, ei  non  pas  une  température  extérieure 
beaucoup  moindre  que  celle  du  fluide,  qui  a 
fait,  que  les  couches  les  plus  voisines  du 
centre  se  sont  d'abord  solidifiées,  à  raison 
de  '  l'excessive    pression   qu'elles    éprou- 
Taient  (936).  Mais  ici  nous  leur  ferons  ob- 
yer  que  cette  pression,  qui  allait  décroissant 
du  centre  à  la  circonférence,  oti  elle  était 
nulle,  n'a  pu  déterminer  la  solidification  en- 
tière des  dernières  couches  de  l'enveloppe 
du  globe.  Nous  leur  ferons  observer  que  les 
molécules  de  ces  dernières  couches,  sou- 
mises à  une  pression  infiniment  moins  puis- 

.  ^935)  Voici  les  idées  cosmogonlques,  particalières 
al  auteur,  qui  reparaissent.  Déjà,  à  ranicle  Go- 
WROf ,  nous  avons  vu  en  parlant  de  l'œuvre  du 
troisième  jour,  la  sinj[uliére  théorie  qu^il  imaffîne 
pour  donner  de  la  lumière  et  de  la  chaleur  aux  plan- 
tes créées  ceiour-là.  Nous  y  renvoyons  le  Jecieur. 
(Jeu.  (DE  St-Cl.j  ^ 


santé,  n'ont  pu  être  élaborées  par  cette  com- 
pression, comme  les  molécules  des  couclies 
centrales.  Pour  celles-là,  la  déperdition  ou 
l'expulsion  du  calorique  n'a  pu  se  faire  arec 
la  même  rapidité  ;  et  leur  superposition  n*a 
dû  constituer  que  des  couches  concentriques 
dans  un  état  de  mollesse  ou  d'intumescence 
analogue  à  la  quantité  de  calorique  qu'elles 
retenaient.  On  conçoit  en  effet  que,  la  près- 
*  sion,  diminuant  progressivement  d'intensité 
du  centre  à  la  circonférence,  laquelle  n'avait 
à  supporter  que  le  poids  des  molécules  de 
la  mer  et  de  1  atmosphère,  les  effets  de  cette 
énorme   compression    produite  primltive- 
ment  par  le  poids  de  la  masse  du  globe,  ont 
dû  diminuer  dans  la  même  progression  (937). 
«  Cependant  la  science  ajoute  que  les  cou- 
ches suivantes  se  sont  solidifiées  ensuite  à  unt 
température  et  sous  une  pression  moindre;  et 
ainsi  de  suite,  de  proche  en  proche,  jusquà 
la  superficie  (938).  Et,  comme  ici  nous  ne 
voulons  rien  dire  que  ce  qu'elle  dit  elle- 
même,  nous  répéterons  avec  elle  que,  en  le 
solidifiant  ainsi  du  centre  à  la  surface,  et^  ti 
Fon  veut,  en  continuant  à  se  refroidir  aprèi 
être  devenue  entièrement  solide,  la  terre  a  pu 
perdre,  depuis  longtemps,  toute  sa  chaleur 
d'or lytnf  (939).  La  terre  a  pu  perdre,  depuii 
longtemps,  toute  sa  chaleur  df originel  Mais 
qui  pourra  nous  apprendre  si  elle  a  déjà 
perdu  toute  sa  chaleur  d'origine?  Comment 
saurons-nous  si  elle  ne  continue  pas  ern-ore 
à  se  refroidir  pour  la  phemièiie  fois?  Or,  si 
personne  n'a  feçu  la  mission  scientiGque  de 
sonder  les  profonds  recoins  de  l'univers  ou 
de  la  création,  quelle  nécessité  d'aller  faire 
réchauffer  notre  globe  dans  des  régions  in- 
connues de  l'espace,  pour  le  voir  refroidir 
ensuite  ?  Pourquoi  vouloir  assigner  une  autre 
cause  de  la  différencede  températuredes  lieux 
profonds  et  de  la  surface  de  la  terre,  lorsque 
nous  connaissons  la  véritable  cause,  lorsque 
la  science  humaine  concourt  si  merveilleu- 
sement avec  la  science  divine  pour  nous 
donner  l'explication  de  ce  phénomène?  U 
ne  s'açit  plus  ici  d'une  chaleur  d'ignition, 
d'une  incandescence  originelle,  d'une  cha- 
leur centrale  ;  ainsi  nous  n'avoifs  pas  besoin 
d'accumuler  des  centaines  de  myriades  de 
millions  de  siècles  pour  supputer  les  tempî» 
qui  ont  précédé  l'époque  actuelle.  Et  puis- 
que, d'un  autre  côté,  nous  n'avons  iatna|s 
eu  l)esoin  de  recourir  à  l'influence  périodi- 
que d'une  incalculable  révolution  dans  Kini- 
mensité  de  l'espace,  et  que  rien  ne  nous 
oblige  à  donner  telle  ou  telle  durée  i  /Wion 
de  la  température  originelle  de  notre  Rloto 
nous  laisserons  aux  géologues,  seuls  juf^ 
compétents  de  la  matière,  le  soin  de  coDsia- 
ter,  par  l'observation  des  phénomènes  géo- 
logiques, l'étendue  des  progrès  du  décrois- 
sement  de  la  température  terrestre. 

(936)  Mém.  sur  ta  temp.  du  globe,  p.  41—  f*'^ 
fiMth,  de  ta  chat»,  p.  429. 


mauvaise 
de 

(938)  Théorie  mathém,  de  ta  chat.,  p.  W* 

(939)  Ibid. 


IS75 


TER 


ET  D£  PALEONTOLOGIE. 


TER 


1^74 


«  Quant  au  degré  de  température  de  cette 
couche  extérieure  du  globe,  et  à  la  limite 
de  Taccroissemcot  de  cette  température  dans 
le  sens  de  la  profondeur,  rien  ne  s'oppose  à 
re  qu*on  adopte  les  bases  proposées  par 
M.  Poisson  ;  G*est-à-dire  au'on  peut  admettre, 
avec  le  physicien  géomètre,  qu'à  une  pro- 
fondeur d'environ  7,000  mètres  la  tempéra- 
ture du  globe  atteint  son  maximum^  et  sur- 
passe d'environ  107  degrés  celle  de  la  su- 
perficie, et  qu'au  delà  de  cette  limite  elle 
diminue,  pour  disparaître  entièrement  vers 
(>0,00Ô  mètres  de  distance  à  la  surface.  On 
pourrait  même,  sans  inconvénient,  donner 
une  plus  grande  extension  aux  effets  de  cette 
cause  primordiale  ;  et  môme  on  pourrait, 
avec  M.  de  Boucheporn,  attribuer  à  cette 
cause  l'existence  d'une  couche  visqueuse  ou 
fluide  entre  le  noyau  solidifié  par  écrasemenij 
et  la  pellicule  extérieure  soIidiGée  par  le 
refroiaissemeni  (9W).  Mais  il  y  a  certaines 
limites  qu'il  n'est  pas  permis  de  dépasser. 
Il  est  démontré  que,  depuis  2,000  ans,  le 
jour  sidéral  n'a  pas  varié  de  1}100'  de  seconde, 
ou  que  la  diminution  de  la  température  de 
la  masse  totale  du  globe  a  été  moindre  de 
1/200*  de  degré  ;  c  <est-à-dire  qu'il  est  dé- 
montré ou'en  2,000  ans  la  terre  n'a  pas 
{prouvé  fa  plus  légère  diminution  dans  ses 
limensions.  Ce  résultat,  qui,  dens  l'hypo- 
hèse  d'une  fluidité  centrale,  détruit  tous 
es  fondements  de  la  chronologie  des  eéo- 
ogues,  est  une  nouvelle  couGrmatiou  ae  la 
heorie  que  nous  opposons  aux  pltUontens^ 
)uisque  dans  nos  principes  le  volume  du 
;lobe  est  à  très-peu  près  invariable,  et  indé- 
pendant du  décroissement  de  la  tempéra- 
ure  de  sa  croûte  extérijure,  de  son  écorce 
uperficielle. 
«  Evidemment,  les  deux  méthodes  que 
DUS  venons  d'exposer,  ces  deux  méthodes 
ui  s'appuient  sur  le  même  principe,  et 
u'en  réalité  nous  déduisons  également  de 
économie  de  la  narration  sacrée,  rendent 
lison  de  l'accroissement  de  température 
es  lieux  profonds  du  globe,  tout  aussi  bien 
ue  rimroersion  accidentelle  de  la  terre  dans 
Efs  régions  de  l'espace  d'une  température 
lus   élevée  que  celle  des  régions  qu'elle 
;cupe  aujourd'hui. 

•c  Dans  cet  exorde,  si  propre  à  concilier  les 
léories  de  la  terre  les  plus  opposées,  il 
est  plus  question,  pour  expliquer  certains 
lënomènes  géologiques,  dé  faire  de  la  terre 
1  noyau  de  comète,  une  déjection  incan- 
scentedu  soleil,  une  étoile  éteinte,  un  so- 
il  encroûté.  Le  phénomène  de  la  chaleur 
opre  du  globe  terrestre  est  la  conséquence 
comme  le  résultat  nécessaire  de  sa  pre- 
ssion de  la  masse  moléculaire  de  la  créa- 
»n,  que  l'esprit  de  Dieu  ou  le  principe 
lorifique  tenait  à  l'état  de  gaz  ou  de  va- 
ars  au  milieu  des  ténèbres  universelles. 

OiO)  Théorie  nouvelle  des  rételulioHS  du  globe, 
rtimunicaiion  faite  à  rAcadëmie  des  scieuees, 
nce  du  15  juillet  1844. 

Uil)  Nous  pensons  que  M.  Godefroy  se  fait  d'è- 
re K^$  illusions  et  aue  tes  idées  n*aitron(  poit:t  cette 
Ja-:':  fortune.  (/(1h.  (de  St  Cl.) 


«  On  comprend  combien  cette  théorie,  que 
nous  présentons  avec  toute  la  confiance 
que  doit  nous  inspirer  sa  conformité  entière 
avec  le  plan  de  création  traré  dans  la  Genèse^ 

[leut  répandre  de  clarté  et  de  lumière  sur 
'interminable  querelle  des  Nepluniens  et 
des  Plutoniens  (941). 

«  En  faisant  de  notre  planète  tantôt  un 
laboratoire  chimique  et  tantôt  une  machine 
hydraulique,  les  géologues  se  sont  appli- 

aués  à  tout  déduire  d'un  feu  souterrain,  ou 
s  se  sont  amusés  à  tenir  en  suspension, 
dans  une  mer  universelle,  tous  les  éléments 
des  substances  actuellement  observables  ; 
mais  leurs  conceptions  n'ont  jamais  em- 
brassé Tuniversalité  des  phénomènes,  parce 
que  ni  les  uns  ni  les  autres  n*ont  pu  remon- 
ter jusqu'à  leur  première  cause.  La  solidifi- 
cation des  gaz  et  la  volatilisation  des  solides 
est  aujourd'hui  la  base  fondamentale  de  la 
chimie  et  de  la  physique.  Ce  même  principe 
doit  incontestablement  servir  de  base  à  toute 
théorie  synthétique  sur  la  formation  de  la 
terre*  et  sur  les  changements  arrivés  à  sa 
surface.  Alors  tous  les  phénomènes  géolo- 
giques et  cosmogoniques  dériveront  d'un 
seul  et  même  fait,  du  fait  de  la  gazéité  de 
la  matière  de  la  création  ;  et  le  procédé  que 
la  nature  a  suivi  dans  la  composition  pro- 
gressive des  globes  de  l'univers  nous  sera 
entièrement  dévoilé.  Mais  c'est  aux  physi- 
ciens qu'il  appartient  de  déterminer  les  etfets 
de  cette  cause  primitive,  unique ,  générale» 
qui  a  présidé  à  l'organisation  des  corps  cé- 
lestes. 

m  Déjà  M.  Ampère,  d'accord  sur  ce  point 
avec  M.  Poisson  et  avec  MM.  Davv,  Gay- 
Lussac,  Becquerel,  etc.,  a  démontré  que  la 
fluidité  de  la  masse  inférieure  du  globe  est 
inadmissible,  et  que  tous  les  foyers  de  cha- 
leur dont  Texistence  nous  est  révélée  par  lès 
Iihénomènes  géologiques  ont  nécessairement 
eur  siège  à  une  très-faible  profondeur. 

«  Dans  l'impuissance  où  ils  se  trouvent 
de  repousser  les  objections  du  célèbre  phy- 
sicien, les  géologues  plutoniens  répondent  : 
qu'on  pourrait  admettre  qu'il  existe  au  centré, 
des  matières  qui  nous  sont  inconnues,  et  qui 
resteraient  infusibles  à  la  plus  grande  cna* 
leur  (9i2). 

«  Et  les  géologues,  aui  font  cette  réponse 
désespérée,  sont  ceux-là  mêmes  qui  ensei- 
gnent que,  au  moment  de  la  rr^ton,  te  terre 
était  un  globe  fluide  et  incandescent,  une  d^- 
jection  incandescente  et  fluide  du  soleil  (9tô)  ; 
et  CCS  mêmes  géologues,  qui  renient  ainsi 
leurs  propres  principes,  proclament  en  ce 
même  lieu  quil  n'est  aucune  pierre,  aucun 
métal,  si  réfractaire,  qui  puisse  rester  solide 
à  la  profondeur  de  20  ou  25  lieues,  et  qui  ne 
thive  y  être  dans  un  état  complet  d^ineandes- 
cence  et  de  fluidité  (M4). 

«  Plus  tard,  s'étant  aperçus  qu*à  ce  compte 

(04i)  Géologie  éUnuntttire,  par  M.  Nérée  BoobAb, 
p.  13.  I'-  édtt. 

(9i3)  Tableau  de  Vétaidu  globe  à  ses  diférentséges, 
par  M.  N.  BotiaÉe. 

(944)  Géolog.  élém.  pw  le  ménK»  p.  13»  i"  édit^ 
Les  corpt  les  plus  réfractaires  seraiM  à  l'éUl  de  |âa 


^ïSti 


TER 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE 


TER 


i576 


la  tcmpérattire  du  centre  de  h  terre  serait 
de  plus  de  200,000  degrés,  ils  ont  imaginé, 

^  pour  échapper  h  cette  conséquence  absurde, 
de  mettre  des  limites  à  cet  accroissement  de 
température  en  raison  de  la  profondeur  : 
On  conçoit,  disent-ils  aujourd'hui,  que  celte 
prGgreè'rion  ait  un  terme  ;  car  la  température 
centrale  de  la  terre  ne  peut  pas  être  plus 
grande  maintenant  que  lors  de  la  formation 
au  globe  ou  que  lors  de  la  fusion  générale  de 
toutes  les  matières  qui  le  composent  (9V5). 

'Mais  a!r)rs  les  diflicullés  que  leur  oppose 
M.  Ampère,  avec  tous  les  physiciens  et  les 
géomètres,  restent  dans  toute  leur  force  : 
aussi  jugent -ils  à  propos  aujourd*hui  de 
I)asser   sous   silence   ces   malencontreuses 

'  objections.  Puis,  il  faut  bien  le  dire,  on  ne 
conçoit  nullement  que  cette  progression  ait 
un  terme  ;  on  ne  conçoit  pas  que  cette  pro- 
gression puisse  avoir  d'autre  terme,  à  cause 
de  la  pression  toujours  croissante  de  la  cir- 
conférence au  centre,  que  la  soliditication  de 
la  masse  centrale  |)ar  reipulsion  du  calori- 
que, h  moins  qu*on  ne  veuille  recourir  à  la 
vojatilisation  de  cette  masse  centrale,  dont  la 
puissance  matérielle  sous  un  volume  égal 
est  si  supérieure  à  celle  de  son  enveloppe 
solide  (9V6).  Comme  cette  dernière  supposi- 
tion est  par  trop  insoutenable,  "et  que  aail- 
Icurs  elle  ne  répond  à  aucune  des  difficultés 
que  soulève  Thypothèse  d'une  incandescence 
origine^ie,  il  faut  de  toute  nécessité  que  les 
géologues  plutoniens  s*attar|uent  tout  à  la 
ois  aux  formules  algébriques  des  géomètres 


f, 


à  anc  profondeur  beaucoup  moindre  ;  car  il  n*est  au- 
cuu  lie  ceé  corps  qui  ne  se  volatilise  à  une  clialeur 
de  400  degrés,  et  d'après  les  géoiosucs  l^s  plus  mo- 
dérés, la  chaleur  augmenterait  d  uu  degré  par  SO 
mètres  de  profomlcur. 
Au  i-eslc,  il  raiii  bien  que  ceClc  chaleur  ne  vienne 
'  pfts  d'un  foyer  commun,  puisque  rcxpfirien're  prouve 
tous  W  jours  que  son  accroissement  peut  être  deux 
et  même  trois  fois  plus  grand  dans  une  contrée  que 
i\m6  une  autre. 

(945)  Céohg.  élém.  par  M.  Nérée  Boubée,  p.  12, 
Z'  Cilit. 

(946)  La  densité  moyenne  du  sphéroïde  terrestre 
est  de  5,4i,  celle  de  leau  étant  i.  b*ou  11  résidte  que 
ia  densité  des  couches  centrales  doit  dépasser  de 
beaucoup  ia  densité  du  platine  écroui,  qui  est  2% 
fois  plus  grande  ((ue  celle  de  Teau;  augmentation  de 

•  densiié  cfemonlrée  d'ailleurs  par  raocroissemeut  de 
la  pesanteur,  par  les  calculs  hydrostatiques  et  par 
)es  observations  astronomiques. 

(047)  Cette  iilée  du  célèbre  Davy  a  été  adoptée  par 
DOS  plus  habiles  physiciens  qui  attribuent  les  phé- 
nomènes de  la  chaleur  des  lieux  profonds  du  globe 
et  tous  les  [ihénomènes  volcaniques,  soit  à  Faction 
des  méiauY  qui  possèdent  à  un  haut  degré  la  pro- 
priété d<^  décomposer  Teau ,  tels  que  le  potassium, 
'  le  sodium ,  le  calcium,  le  silicium,  le  magnésium, 

•  etc.,  aott  aux  actions  électriques  résultant  du  coïk- 
lact  immédiat  des  différents  métaux. 

La  cause  productrice  des  volcans,  suivant  M.  Gay- 
Lussac,  est  une  affinité  très-énergique  et  non  eu- 

.  em  satisfaite  entre  les  subëtanccs  que  le  contact  a 
mises  à  même  dagir  les  unes  sur  les  autres;  d^où 
résulte  une  chaleur  suiMsanCe  pour  fondre  les  laves, 
et  pour  donner  aux  fluides  élastiques  dégagés  dans 
ce  travail  de  la  nature,  une  force  capable  de  les  éle- 

^  ver  et  de  le«  vei«er  è  la  surface  de  la  terre.  (Hé" 
fissions  sur  les  volcans.  Annales  de  cliimie,  t.  XXlî). 


et  aut  impossibilités  iBaléfiélIes  d^  physi- 
ciens. 

c  En  aUendant,  nous  ferons  obsctrer  à 
ces  derniers,  aux  physiciens  aussi  bien 
gu*aux  géomètres,  que,  si  rhy|X)lhè5e  d'une 
incandescence  originelle  ou  aune  fluidité 
centrale,  conorae  Tentendent  les  plutooiensi 
c'est-à-dire  d'une  fluidité  solaire  ou  sld- 
laire ,  va  directement  contre  le  récit  de  la 
Genèse,  la  théorie  dVne  chaleur  originello 
est  le  complément  indispensable  d'une  cos- 
mogonie qui  assigne  au  ciel  et  à  la  terre, 
ou  a  tous  les  globes  de  l'univers,  une  môme 
nalure  et  une  origine  commune,  de  même 
qu'elle  est  la  seule  qui  puisse  satisfaire  à 
toutes  les  conditions  du  problème  que  pré- 
sente la  géologie. 

«i  Dans  la  théorie  de  M.  Ampère,  si  re* 
marquable  à  certains  égards  par  sa  coïnci- 
dence avec  la  théorie  mosaïque,  tous  les 
I)hénomènes  géologiques  s'expliquent  avec 
a  plus  grande  facilité;  et,  comme  nous  nV 
vons  en  vue  dans  cet  essai  que  le  triomphe 
de  la  vérité,  nous  ne  pouvons  mieux  faire 

3 ne  de  transcrire  le  passage  suivant,  extrait 
es  Mémoires  et  des  leçons  du  grand  phjsi- 
cien. 

«  ^hypothèse  d'un  noyau  non  oxydé ^  déjà 
présentée  par  Dary  (947)  comme  la  seule  ad- 
missible, explique  trcs-hien  les  volcans^  sans 
qu'on  ait  besoin  de  supposer  que  la  terre  ail 
en  elle  une  chaleur  énorme,  qui  serait  due  à 
Vétat  de  fusion  de  toute  sa  partie  intérieure. 
En   effet  f  cette  masse  non  oxydée  est  une 

M.  Becquerel  a  émis  en  plus  d^une  oocastos  to- 
piiiion  qu'd  doit  se  produire  dans  le  sein  dé  la  icrrf. 
au  contact  de  Peau  avec  les  niasses  oiinéraks,  é^ 
phénomènes  analogues  à  ceux  qui  se  niauifest  nt 
entre  le  platine  et  le  paroxydc  de  manganèse,  placée 
aux  deux  extrémités  dn  m  d'un  galvanomèirv,  et 
plongés  Tun  et  Tautre  dans  Teau.  M.  Becquerel  pense 
donc  aue  les  masses  minérales  qui  coaiposeiit  le^ 
oorce  au .  globe,  doivent  se  charger  d'une  qttaptiie 
coRsidéraole  d'électricité,  et  déterminer,  dans  cer- 
taines circonstances,  de  puissantes  commtùons, 
comme  il  arrive  aux  deux  m&aux,  dans  le  fait  qu'il 
a  observé  le  premier. 

Déjà  ou  a  appliqué  les  effels  électra-chimiques  à 
Texplication  de  la  chaleur  qui  s'observe  daos  Te- 
corce  de  la  terre,  et  de  plusieurs  phénomènes  |éolo* 
giqties  ;  on  a  expliqué  ainsi  le  nonleverseroeut  ar- 
rivé le  8  février  1858  dans  le  vallon  de  Sassari^où 
le  terrain  fut  rehaussé  et  déchiré  en  tous  lens. 

Dans  les  /ifs/rvcttani  de  V Académie  fwrVesfééi- 
lion  scientifique  en  Scandinavie,  on  expose  <iueii) 
phénomènes  électriques  ont  pris  auiounTbui  we 
telle  importance,  ep  raison  de  leur  relation  avec  do 
grand  nombre  de  phénomènes  naturels,  qu^il  ^ 
tes  prendre  en  considération  lorsqu'on  émit  «^ 
derniers. 

Il  y  a  tout  lieu  de  croire,  portent  ces  kifitradioa^ 
qu'il  existe  des  courants  électriques  parcourant  lr« 
veinules  métalliques  conduarices  de  1  élecu'tcilé,<|tti 
établissent  la  communication  entre  la  partie  non 
oxydée  du  globe  et  les  liquides  vcnos  de  la  sarfacr 
par  des  interstices,  comme  les  d^ectteas  votcaiit- 


la  partie  oxydée  rélect:idté négative. Delà  untioa^ 
de  décompositions,  de  composiiions  nouvelles,  (((< 


KTJ  .TCR  ET  DE  PALEOM 

source  thimique  \niarU$Mt  de  chaleur,  qui  do 

se  manifestera  toutes  les  fois  quun  corps  liq 

tiendra  former  arec  elle  quelque  combinaison  ;  qui 

de  sorte  qu^un  volcan  en  activité  semblerait  ter 

n'être  antre  chose  qu'une  fissure  permanente^  se 

une  correspondance  continuelle   du  noyau  gk 

non  oxydé  aieee  les  liquides  qui  surmontaH  pei 

su  couche  oxydée  (948).  Toutes  les  fois  qu'a  toi 

lieu  cette  pénétration  des  liquides  jusqu'au  et 

noyau  non  oxydée  il  u  produit  des  élévations  t mj 

de  terrain  ;  et  c'est  un.  effet  qu'on  pouvait  pré»  lo% 

voir^  puisqu'on  sait  que  U  métal^  en  s' oxydant ^  vét 

doit  augmenter  de  votume  (949).  ^é^ 

€  La  chaleur  résultant  de  Faction  chimique  * 

itoit  avoir  son  maximum  d'intensité  au  point  ^^ 

où  se  fait  la  combinaison  y  c'esl-^-^ire  à  la  ^i 

surface  de  contact  de  la  partie  oxydée  avec  le  ^^ 

noyau  métallique:  et  de  là  elle  dott  se  propa-  ^' 

ger  non^seulement  vers  Vextérieur  du  globe,  ™J 

$nais  aussi  vers  son  intérieur.  On  voit,  aaprès  *©' 

cela,  que  la  marche  de  la  chaleur  dans  tinié^  H^ 

rieur  du  globe  est  une  marche  centripète  :  à  ^^^ 

mesure  que  C oxydation  de  la  croûte  va  plus  *^! 

avant,  la  région  des  actions  chimiques,  source  ^V^ 

de  la  chaleur,  s  approche  du  centre,  et  la  cha--  ^'^ 

teur  dégagée  se  propage,  en  s' affaiblissant,  du  ^' 

dehors  vers  le  dedans;  de  sorte  que,  si  les  ^^ 

tnétaux  étaient  moins  bons  conducteurs,  on  ^^ 

pourrait  supposer  que  ce  centre  est  tris-froid,  ^^ 

«  Ce  que  nous  venons  de  dire  parait,  au  ^^^ 

premier  abord,  être  en  opposition  avec  les  ^^^ 

faits  observés.  On  a  reconnu,  en  effet,  qu*à  V^ 

partir  de  la  surface,  et  jusqu'à  une  certaine  < 

profondeur,  la  température  va  toujours  en  éci 

augmentant:  et  on  s'est  pressé  et  en  conclure  Ba; 

que  raugmentation  continue  à  aller  jusqu'au  fot 

centre,  oii  au  moins  jusqu'au  noyau  liquide,  dé 

Les  observations  sont  bonnes,  mais  la  conclw-  ten 

èion  est  attaquable.  Remarquons  d'abord  que  pa\ 

cette  augmentation  de  température,  à  partir  ph 

de  la  surface  jusqu  à  une  certaine  profondeur,  été 

ne  fournit  pas  matière  à  une  objection  :  dans  ho\ 

notre  hypothèse  même  elle  est  nécessaire,  puis-'  Im 

que  le  masimuin  d'intensité  de  la  chaleur  sm 

(BAS)  c  On  peul  Ciirc,  avec  doc  petite  masse  de  gèi 

pocasanim»  vne  eipéricnee  qui  reiMnéseoie  ea  iiiîiiîa-  pai 

mre  les  boHleversenieiils  qui  oni  dû  avoir  lieu  sur  scr 

le  gtobe  terrestre^  ^uaud  une  substance  jusqu*alors  qu< 

sazeuse  est  tombée  a  Tétat  liquide  sur  ce  globe,  dont  en 

la  surface  était  de  nature  à  agir  chimiquement  sur  à  1 

eDe.  Pour  cela  il  suffit  de  projeter  en  1  air  de  Teau,  an' 

de  manière  à  ce  qu^elle  retombe  en  gouttes  imper-  «ei 

ceptibles  sur  ce  globe  de  polas&iun.  A  mesure  qu  elle  puj 

y  arrive,  chaque  molécule  d*eau  est  décomposée  ;  do 

•siHi  bvdrogèue,  à  cause  de  rélcvatioo  de  température  p. 

qai  se  produit,  braie  avec  une  petite  Ëamnie  sem»  ( 

-lUable  à  celle  d*un  volcan  ;  il  se  Csit  au  point  Je  oon-  tac 

lact  une  petite  cavité,  qui  est  le  cratère,  et  Toxyde  et  i 

de  potassium  se  relève  sur  les  bords  en  formant  un  qui 

monticule,  dont  le  cratère  occupe  le  centre.  t{Revnê  poi 

des  iMmX' Mondes,  i"  juillet  1853;  TkéoHe  de  la  coi 

Terre,  d'épris  Jf.  Ampère,  p.  102.)  dei 

(9i9)  I  il  reste  un  jcrand  monument  des  boule-  ran 

versements  qn*a  ptodmta  sur  le  globe  la  décomjtoai-  ma 

tioii  des  cfir|M  oxygénés  par  les  métaux  dans  Ténor*  de 

ne  quantité  d*aioie  qui  forme  la  plus  grande  partie  put 

4e  notre  atmosphéie.  U  est  peu  natorer  de  supfMser  ma 

4|ueoetaiale  naît  pas  été prirnîtivemest combiné;  cot 

probablement  il  Tétait  avec  Toxygèue  sous  la  forme  ma 

diacide  ttitreilx  ou  nitrique.  Pour  cela  il  lui  aurait  (Ib 

lalu^  ceaume  on  le  sait,  huit  à  dix  fois  plus  d^oxy-  { 


1579 


TER 


DIGT.ONNAIRE  DE  COMOGONIE 


TER 


iUO 


qu'Us  éprouvent  une  chaleur  S5  fois  plus 
grande  que  celle  du  soleil  en  été;  et  en  éte\ 
lorsque  cet  astre  les  brûle  ^  ^'^^^  périraient 
de  froid  sUls  n'étaient  échauffés  que  par  ses 
rayons  (952)?  BufTon,  daas  ses  Epoques  de  la 
mturcy  u*a  pas  été  plus  modeste  dans  son 
évaluation  :  il  estime  que  la  ?ie  de  la  nature 
sensible  s*éteiudra  dans  93,000  ans,  époque 
à  laquelle  notre  globe  sera  plus  froid  que  la 
glace.  Si  quelques-uns  de  nos  géologues 
pluloniens  n'osent  pl4is  exprimer  numéri- 

auement  leurs  pensées  sur  l'intensité  et  la 
urée  de  la  chaleur  terrestre,  ils  ne  persis- 
tent pas  moins  à  nous  menacer  d'une  congé- 
lation générale  à  une  époque  plus  ou  moins 
reculée.  L'atmosphère ^  disent-ils,  ne  cessant 
de  diminuer  par  la  condensation  des  matières 
qui  la  composent  y  finira  par  disparaître  sue^ 
cessivementy  à  mesure  que  la  chaleur  centrale 
diminuera,  que  la  croûte  terrestre  s'augmen- 
tera  par-dessus  et  par-dessous,  et  que  le  globe 
s'approchera  dune  inertie  et  d'une  extinction 
plus  complète.  Alors  il  n'y  aura  plus  de  vie 
sur  le  globe,  ou  du  moins,  n'y  ayant  plus  ni 
air  ni  chaleur,  et  les  eaux  ne  formant  qu'une 
masse  de  glace,  aucun  des  êtres  qui  vivent  au- 
fourd'hui  ne  pourra  y  exister  (953). 

«  Mflisnous  savons  aujourd'hui  de  science 
certaine  gue  l'abaissement  de  la  température 
a  tout  à  lait  cessé;  que  la  chaleur  primitive 
du  globe,  quelle  qu  elle  soit,  ne  contribue 
plus  depuis  longtemps  à  la  température  de 
sa  surface,  puisque  la  température  des  pôles 
et  celle  de  l'espace  où  la  terre  se  meut  sont 
ramenées,  ou  a  fort,  peu  près,  à  l'équilibre. 
M.  Laplace  avait  annoncé  que  la  chaleur  inté- 
rieure de  la  terre  n'ajoute  pas  maintenant 
un  cinquième  de  degré  à  fa  température 
moyenne  de  sa  surface;  mais  des  expérien- 
ces décisives f  dues  à  M.  Fourier,  nous  ont 
appris  que  l'effet  thermométrique  de  cette 
chaleur  sur  la  température  de  la  surface 
n'est  pas  même  de  la  trentième  partie  d'un 
degré.  C'est  ce  qui  a  fait  dire  à  M.  Arago,  que 
Vingénieux  roman  des  géologues  s'est  dissipé 
comme  un  fantôme  devant  la  sévérité  des  cal" 
culs  mathématiques,  et  que  V affreuse  congela'^ 
iion  du  globe,  dont  Buffon  fixait  l'époque  au 
moment  où  la  chaleur  intérieure  se  sera  tota- 
lement dissipée,  est  un  pur  rêve  (954).  » 

Un  peu  plus  loin,  M.  Godefroy  rejette,  et 
avec  raison,  l'idée  bizarre  de  H.  Boubée,  qui 
forge  à  la  terre,  avec  des  matières  métalli- 
ques, mercure,  plomb,  zinc,  etc.,  une  atmo- 
sphèce  impénétrable  aux  rayons  solaires* 
jusqu'au  quatrième  jour,  c'est-à-dire  jusqu'à 
une  époque  où,  d'après  la  Genèse,  comme 
d'après  la  géologie,  la  terre,  depuis  long- 
temps sortie  du  sein  des  eaux,  se  couvrait 
de  végétaux. 

M.  Godefroy  termine  son  chapitre  sur  la 

(052)  Neuvième  lettr,^  à  M.  de  Y  chaire  sur  Vorigine 
dei  iciences,p.  293  et  503. 

(953)  Céofog.  élém.  p.  74.  —  La  Géotog.  liée  à 
rastronom.  par  M.  de  Nigbis,  p.  50,  4843. 
^  (954Mn/i.  4834,  p.  491,492. 
'  (955)  Les  partisans  de  ce  système  renouvelé  de 
¥fhi8ton  se  divisent  tout  d*abord.  Les  nns ,  comme 
M  Marcel  tte  Serres ,  estiment  que  les  formations 


Théorie  de  la  Terre  par  la  réfutation  d'une 
opinion  de  H.  Marcel  de  Serres,  sur  l'état 
de  notre  elobe  au  troisième  jour. 

<f  Chez  les  cosmogonistes  à  création  doubh 
(9S5),  la  terre  avait,  dès  l'oriçine,  une  lu- 
mière aussi  vive  qu'étincelasUe  ae  clarté,  mais 
une  lumière  propre,  à  elle  appartenant. 
Voici  ce  qui  le  prouve  ou  comment  on  le 
prouve  : 

«r  Dans  le  principe  des  choses^  tous  k$  ma- 
tériaux qui  composent  aujourd'hui  la  motte 
solide  du  alobe  ne  formaient  qu'un  tastt  bain 
liquide,  ou  bouillonnaient  de  toutes  partt  Itt 
matières  les  pius  denses  et  les  plus  /fjcei. 
Comment  une  pareille  conflagration  aurait- 
elle  pu  avoir  lieu  sans  produire  une  lumièrt 
aussi  vive  qu'étincelante  de  clarté? 

«  On  assure  même  que  cette  lumière  de- 
vait être  des  plus  resplendissantes,  à  peu  prh 
comme  celle  que  nous  produisons  enporiafit 
à  l'état  iignition  des  fragments  de  chaux 
dans  certains  mélanges  gazeux  dont  tœil  ne 
peut  supporter  f  éclat  ni  la  vivacité  :  ei  tu- 
core  que  c'est  sur  les  données  fournies  parla 
Genèse,  que  nous  avons  eu  les  premières  idéet 
sur  l'origine  de  cette  tertre,  qui,  comme  cer- 
tains des  astres  qui  nous  éclairent ,  est  main- 
tenant un  soleù  éteint  et  tout  à  fait  en- 
croûté (9^). 

«  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  demander 
à  ces  continuateurs  de  Whiston,  quels  sont 
ces  certains  astres  qui  nous  éclairent,  €t 
comment  ils  nous  éclairent  s'ils  ne  sont  pk« 
que  des  soleils  éteints  et  tout  à  fait  encroû- 
tés, ni  quelles  sont  ces  données  fournies 
far,  la  Genèse  sur  cette  orisine  de  notre  terre 
l'état  de  soleil.  Nous  ne  leur  demanderons 
même  pas  si  la  terre  était  encore  un  Tasie 
bain  liquide  et  bouillonnant,  ou  si  elle  n'a* 
vait  aéja  plus  sa  lumière  propre,  si  elle  était 
déjà  un  soleil  éteint  à  la  troisième  éf»oque 

Senésiaque,  alors  que  sa  surface  se  couvrait 
e  végétaux.  La  réponse  à  Tune  ou  à  l'autre 
de  ces  questions  serait  par  trop  embarras- 
sante. Nous  ne  nous  arrêterons  pas  non  plusl 
faire  voir  que  l'explication  non  moins  dé- 
sespérée des  cosmoçonistes  à  effluxions  so- 
laires est  en  opposition  flagrante  avec  les 
premières  notions  de  l'hydrostatique,  de  la 
gazéostatique  et  de  la  physiologie  v^étale; 
que  les  matières  métalliques  ont  plus  de 
pesanteur  que  l'eau,  et  que  ces  substaoces 
ont  besoin  d'un  degré  de  chaleur  beaucoup 
plus  élevé  pour  se  maintenir  à  l*état  de  gsi 
ou  de  vapeur;  que  la  lumière  est  indispen- 
sable à  la  végétation,  et  que  toutes  les  plaates 
ont  besoin  d'être  sous  son  influence  pour 
croître  et  se  reproduire  (957).  n 
TERRE.  Voy,  Matièbes  êlémentaiabs  dc 

GLOBE  TERRESTRE. 

TERRE  A  FOULON.  Voy.  Bajocibx. 

géologiques  font  partie  de  la  seconde  création,  de  h 
création  actueUe.  Les  autres,  avec  le  docteur  Bui^ 
ktand ,  rejetteai  toutes  les  formations  géologiques  a« 
delà  du  premier  jour  genésiaqne,  dans  une  ou  pin* 
sieurs  créations  aRtérteures  à  la  création  décrifas 
dans  nos  livres  saints. 

(956)  M.  M.  DE  Serres,  op.  cit.,  p.  109,  227. 

(9»7)  Cosmogonie  de  la  HévélaHon ,  p.  20&-i33 


J 


l3St 


TER 


ET  DE  PALEONTOLOGIE 


TER 


ISSi 


TERTIAIRES  (TERRAINS).  —  Cinquième 
grande  époque  du  monde  animé.  C'est  Té* 
poque  de  la  première  apparition  de  la  classe 
des  insectes  myriapodes  ;  des  ordres  de  mam- 
mifères rongeurs,  pachydermes,  carnassiers, 
quadrumanes,  chéiroptères,  cétacés,  amphi- 
bies, insectivores  édentés  et  ruminants;  de 
la  plupart  des  ordres  d^oiseaux  ;  des  reptiles 
ophidiens  (serpents)  et  batraciens  (grenouil- 
les) ;  des  poissons  pleurouectoïdes,  des  crus- 
tacés stomapodes  et  amphipodes. 

Règne  des  ordres  de  mammifères  pachy- 
dermes et  édentés,  des  genres  anoplothe- 
rtum  ,  dinotherium^  toxodon  j  maslodon, 
rhinocéros  y  tapirus,  elephas^  hippopolamus^ 
etc.,  etc. 

Werner  ayant,  depuis  longtemps,  donné 
aux  parties  marines  de  cette  époque  le  nom 
de  terrains  tertiaires^  un  grand  nombre  d*au- 
teurs  Favant,  depuis,  adopté,  et  ce  nom 
étant  vulgarisé  dans  la  science,  nous  n'a- 
vons pas  voulu  le  changer,  quoi  qu'il  soit 
en  opiiosition  directe  avec  les  époques  qu'il 
représente.  Lorsque  Werner,  dans  sa  mé- 
thode, avait  des  terrains  primitifs ^  des  ler- 
rains  de  transition  (pour  les  terrains  paléo- 
zoïques)  et  des  terrains  secondaires  (pour 
nos  terrains  jurassiaues  et  crétacés),  on  con- 
çoit, en  effet,  que  le  nom  de  terrains  ter- 
tiaires ait  pu  venir  ensuite.  Aujourd'hui 
cette  grande  division  des  âges  du  monde 
n*est  plus  la  troisième  é))oque,  mais  bien  la 
«cinquième  et  dernière  de  i'animalisation, 
avant  Tarrivée  de  Thomme  sur  la  terre. 

Considérant  les  phénomènes  terrestres  des 
alluvioRS  et  des  uépAts  d'eau  douce  comme 
étant  nécessairement  contemporains  des 
phénomènes  marins,  nous  ne  pouvons,  en 
aucune  manière,  sous  le  rapport  stratigra- 
phique  rigoureux,  les  séparer  les  uns  des 
autres,  et  former  des  époques  distinctes  de 
ces  différents  modes  de  dépôts  qui  se  fai- 
saient simultanément  sur  divers  points  du 
S  lobe  :  voilà  quant  au  modo  de  formation 
es  couches  sédimentaircs.  H  nous  reste  à 
donner  les  limites  en  hauteur  de  l'ensem- 
ble ,  (lue  nous  considérons  comme  apparte* 
liant  a  la  cinquième  grande  période  du 
inonde  animé.  Nous  appelons  terrains  ter^ 
tiaires  la  succession  d'elagcs  comprise  entre 
VéX^^e  danien,  dernier  représentant  des 
terrains  crétacés,  et  l'époque  actuelle.  Nous 
y  groupons,  dès  lors,  toutes  les  couches 
depuis  et  y  compris  l'étage  suessonien  ou 
nummulitique,  jusqu*aux  dépôts  subapen- 
nîns,  qui  ont  précédé  l'époque  contempo- 
raine. Les  grands  traits  des  caractères  pa- 
léontologiques  et  stratigraphiques  offrent 
raccord  le  plus  parfait  dans  la  séparation 
nette  et  précise  de  cet  ensemble  des  époques 
inférieures  et  de  la  faune  actuelle. 

Type.  —  Nous  ne  connaissons  nulle  part 
l'ensemble  superposé  complet  ;  mais  la  plus 
grande  partie  se  montre  aans  le  bassin  an- 
^lo  -  parisien,  soit  en  marchant  de  Vertus 
(Slarne)  Jusqu  à  Paris ,  soit  en  allant  de 
l'Aisne  (France)  en  Belgique,  jusqu'à  Ton- 
tçrcs,  ou  dans  le  bassin  pyrénéen,  de  Saint- 


Palais,  près  de  Royan,  à  l'embouchure  de  la 
Gironde,  jusqu'à  l'ouest  de  Bordeaux. 

Extension  géographique. — Les  dépôts  ma* 
rins  de  cette  époque,  pris  en  général,  sans 
avoir  égard  aux  étages,  forment,  en  Fraiice 
et  en  Angleterre,  quatre  bassins  maritimes 
bien  circonscrits  : 

Le  bassin  anglo-parisien,  qui  s*étend,  en 
Belgique,  jusqu'à  Maestricht,  et  dont  les 
limites  orientales,  autour  de  Paris,  sont  : 
Vervins,  Laon,  Reims,  Epernay,  Montereau; 
puis,  en  tournant  au  sud  et  à  l'ouest.  Pro- 
vins, Fontainebleau,  Elampes,  un  peu  au 
sud  du  cours  de  la  Seine,  et  une  partie  du 
Cotentin.  Le  complément  septentrional  se 
trouve  en  Angleterre,  dans  le  Dorsetshire; 
puis,  en  suivant  une  ligne  nord-est  et  sud- 
ouest,  en  passant  par  Salisbury,  Newbury, 
Reading,  Uertford,  Norwich,  et  à  Test  de 
Wells. 

Le  bassin  pyrénéen  commence  à  l'embou- 
chure de  la. Gironde;  ses  limites  orientales 
forment  un  demi-cercle  irré^ulier  jusqu'aux 
Pvrénées,  en  passant  par  Blaye,  Libourne, 
Marmande,  Nérac,  Condom ,  Aire,  jusqu'à 
Pau;  là  il  s'élargit,  parait  occuper  presque 
toutes  les  Pvrénées,  et  communiquer  avec 
le  bassin  méditerranéen. 

Le  bassin    méditerranéen  occupait   une 

1>artie  de  la  Haute-Garonne,  de  l'Ariége,  de 
'Aude,  des  Pyrénées-Orientales,  de  l'Hé-* 
rault ,  d'où  il  couvre  une  partie  de  la  Pro- 
vence, et  s'étend  au  N.-N.-E.  par  Carpenlras, 
Moritéliniart,  Voiron*  laTour-du-Pin,  le  Fort 
de  l'Ecluse,  et  continue  par  la  Suisse,  jus- 
qu au  Danube. 

On  voit  que  ces  trois  premiers  Iwissins, 
que'  nous  avons  rus  occupes  successivement 
par  les  mers  jurassiques  et  crétacées,  l'ont 
encore  été  par  les  mers  tertiaires  ;  mais  à 
ceux-ci  vient  se  joindre  un  quatrième  bas- 
sin* inconnu  jusqu'alors  :  c'est  le  bassin  /t- 
gérien.  En  réunissant  entre  eux  les  lambeaux 
tertiaires  marins  disséminés  sur  une  partie 
de  la  Touraine  et  de  la  Bretagne ,  on  veic 
qu'il  existait  une  mer,  allongée  du  N.-N.-O, 
au  S.-S.-E.,  qui  commence  à  Pontlevov  (Loir- 
et-Cher),  passe  au  N.  de  Tours,  de  Château- 
Gontier,  au  N.-E.  de  Rennes,  et  va  rejoindre 
la  Manche,  d'où  elle  s'étendait  à  l'embou- 
chure de  la  Loire ,  dans  une  partie  de  la 
Vendée  et  des  Deux-Sèvres. 

Pris  en  général ,  les  terrains  tertiaires  se 
trouvent  sur  une  infinité  de  points  du  monde 
géologique  connu ,  comme  on  pourra  s'en 
assurer  aux  étages.  Nous  ne  chercherons  donc 
pas  à  les  mentionner  ici,  et  nous  nous  con- 
tenterons de  dire  que  les  terrains  qui  nous 
occupent  se  trouvent  sur  beaucoup  de  lieux 
sous  la  zone  torride,  et  de  chaque  o6té  du 
monde,  jusqu'aux  régions  des  contitients 
voisines  des  pôles. 

«  Beaucoup  plus  connus  que  les  terrains 
jurassicjues  et  crétacés,  les  terrains  tertiai- 
res, dit  M.  d'Orbigny,  nous  ont  pourtant 
demandé  beaucoup  de  recherches.  En  pro- 
cédant à  leur  égard  comme  pour  les  terrains 
précédents,    non*   '^^'  ^marnes   bientôt 


438S 


TER 


DiCTKK^O(^ltt£  DC  GO&MOGONIË 


Tlftl 


IW 


aperçu  que,  malgré  les  nombreux  et  im- 
portants travaux  des  g^»o1ogU6S,  les  terrains 
lertia  res«  dans  leurs  df visions»  demandaient 
cn.^ore  quelques  modifications  importantes, 
déieraiinées  par  les  faunes  fossiles.  D'un 
côté,  en  effet,  l'étage  inférieur  de  ces  ter- 
rains, les  couches  nummulitiques  du  midi 
delà  France  eldeTEurope,  étaient  consi- 
dérés comme  dépendant  des  terrains  créta- 
cés, tandis  que  les  représentants  du  même 
horizon,  dans  le  bassin  de  Paris,  avaient 
été  confondus  sous  un  même  nom  avec  Té- 
tage  parisien.  Dans  le  même  bassin  on  avait 
aussi,  souvent,  réuni  à  Tétage  parisien  une 
série  remarquable  de  couches  qu  on  retrouve 
également  en  Reigiaue  et  dans  le  bassin  py- 
rénéen, et  auxquelles  nous  conservons  le 
nom  de  tongrien. 

«  Un  savant  géologue  anglais,  dont  les 
importants  travaux  ont  puissamment  contri- 
bué à  éclairer  la  science ,  a  divisé  tous  les 
terrains  tertiaires  en  trois  âges,  correspon- 
dant aux  couches  inférieures ,  moyennes  et 
supérieures  de  quelques  auteurs.  IHesadési- 
gnr^'S  comme  éocènts^  miocènes  et  pliocines^ 
en  partant  du  principe  que  ces  étapes  con- 
tiennent des  proportions  diverses  d  espèces 
identiques  avec  les  espèces  vi  vantesactuelles. 
Bon  éocinéj  la  partie  inférieure  est  regardée 
comme  renfermant  les  plus  anciennes  des 
espèces  récentes;  son  miocène^  comme 
contenant  moins  d'espèces  récentes  ;  et  enfin 
son  pliocène^  comme  renfermant  beaucoup 
d^espèces  récentes.  Nous  avons  étudié  ce 
prtncijie  de  Tidentité  avec  une  scrupuleuse 
attention,  en  vérifiant  les  espèces  iden- 
tiques indiquées  dans  les  deux  sections  in- 
férieures; et  il  nous  a  été  impossible  do 
constater  une  seule  des  identités  signalées. 
Ne  trouvant  dans  Véocine  et  dans  le  miocène 
aucune  identité,  nous  ne  pouvions  conserver 
cette  dénomination,  qui  est  en  opposition 
directe  avec  la  realité  des  faits.  D'autres  mo- 
tifs, non  moins  çraves,  nous  ont  empêché 
de  conserver,  malgré  leur  popularité,  les  di- 
visions elles  trois  dénominations  employées 
imrM.  LyelK  En  plaçant,  comme  nous  Tavons 
ftitf  les  couches  nummulitiques  du  monde 
entier  aux  terrains  tertiaires,  et  séparant  do 
l'étage  parisien  et  des  faluns,  l'étage  ton- 

5 rien ,  si  bien  tranché  partout ,  l'ensemble 
es  terrains  tertiaires  ne  se  divise  plus  eu 
trois  ftges  superposés ,  mais  en  cinq  étages 
des  mieux  caractérisés. 

<  Ces  étapes  sont,  eu  commençant  par  les 
plus  inférieurs,  les  étapes  iueseomen  ou 
nummulilique^  parisien^  tongrien ^  falunien 
Qi  ^ubapennin.  On  pourra,  par  la  synonymie 
de  chacun  en  particulier,  juger  des  rapports 
de  ces  divisions  avec  les  coupes  admises  jus- 
qu'à présent.  Quant  àlatcrininologieadopléc, 
elle  est  toujours  basée  sur  les  noms  des 
lieux  où  ces.  étages  sont  le  mieux  caracté- 
risés, et  qui  pourront,  en  toutes  circons- 
tances, servir  de  points  types ,  ou  de  points 
étalons  pour  les  faire  reconnaître.  >» 
S/ra^i/îfa/ion.— Lesca^aclè^csst^aligraphi- 

Î|UOs  que  nons  avous  invoqués  ])our  séparer 
es  derniers  étages  crétacés,    <énonicn  et 


danien,  du  premier  étage  tertiaire  saesso- 
nien,  sont,  en  même  temps,  lei$  limit^tsqui 
séparent  nettement  les  terrains  ci'éiacés 
des  terrains  tertiaires.  Considérés  cmmiie 
ensemble,  les  terrains  tertiaires,  duns  les 
bassins  anglo-parisien ,  pyrénéen  et  médi- 
terranéen, ainsi  que  sur  tous  les  points  du 
monde  où  il  n'y  a  pas  de  lacune,  reposent 
directement  sur  les  derniers  étages  crétafé$t 
et  aucun  doute  ne  peut  être  élevé  sur  leur 
succession  régulière,  après  les  terrains  cré- 
tacés ,  dans  Tordre  chronologique. 

Autour  du  bussin  anglo-parisien ,  où  nous 
avons  va  se.  succéder  régulièrement  un  si 
grand  nombre  d'étages»  nous  trouvons  en- 
core, sur  les  dernières  couches  daniennes 
des  Vertus  et  de  Paris ,  les  iH*emiers  dépôts 
tertiaires  de  l'étage  sucssonien,  et  deux 
autres  étages  superposés,  comme  pour  té- 
moigner que  ces  parties  de  bassin  ont  reçu 
successivement,  dans  la  même  circonscrip- 
tion ,  une  série  des  étages  tertiaires.  La  Bel- 
gique et  le  bassin  pyrénéen  nous  montrent 
aussi  la  même  succession  régulière.  11  résulta 
de  ces  faits  que,  pris  en  détail^  les  terrains 
tertiaires  montrent  également,  sur  quelques 
points  •  une  succession  dans  l'ordre  chrono- 
logique de  quelques-uns  des  Ages. 

Sur  beaucoup  d'autres  grandes  surfaces,  on 
voit,  au  contraire,  des  diflérences  énormes 
de  stratification  dues ,  soit  au  manque  dos 
derniers  étages  crétacés,  soit  au  manque  des 
premiers  étages  tertiaires,  £oit  enfin  au 
manque  des  uns  et  des  autres  k  la  fois.  LiN*^ 
derniers  étages  crétacés  manquent;  et  le 
premier  éta^e  tertiaire,  2i^',  repose  sur  l'é- 
tage néocomien,  17%  avec  une  lacune  de  six 
étag^es  crétacés,  \  Orgon.  Ce  premier  éla^e 
tertiaire  repose  sur  les  Ages  paléozoiques, 
dans  l'Aude;  sur  les  terrains  jurassiques, 
dans  le  Var,  les  Basses-Alpes,  etc.»  etc.;  sur 
d'autres  points ,  c'est  un  ou  plusieurs  étapes 
tertiaires  qui  manquent,  comme  dans  toute 
la  Touraine,  en  Bretagne,  dans  le  bassin 
ligérien ,  où  le  26*  éta^e  repose  successive- 
ment sur  les  Ages  azoiques,  paléozoïques, 
jurassiques  ou  crétacés  ;  il  en  est  de  n^ème 
dans  l'Hérault,  la  Drôme  et  beaucoup  d'autres 
lieux  du  bassin  méditerranéen.  On  voit ,  par 
ces  deux  séries  de  faits  que ,  si»  d'un  côté, 
la  5u^cession  régulière  nous  donne  l'âge 
relatif  des  terrains  tertiaires,  les  discor- 
dances de  stratification  des  autres  points 
séparent  nettement  ïés  terrains  tertiaires  des 
terrains  crétacés. 

.  Groupement  des  éloges, — Plusieurs  motif» 
ont  déterminé  le  groupement  iïes  éia^es 
tertiaires  en  un  seul  ensemble  :  d'abord,  la 
succession  de  presque  tous  les  étages  super- 
{)0$és  que  nous  remarquons  dans  les  régions 
orientales  et  septentrionaes  du  bassin  au^io- 
parisien,  et  sur  les  régions  seplentrionaks 
du  bassin  pyrénéen  ;  ensuite  les  profondes 
discordances  qui  séparent  cet  ensemble ,  dos 
terrains  crétacés  inférieurs  et  des  dépôts  i|p 
l'époque  actuelle;  enfin ,  le  faciès,  rensenibte 
des  caractères  paléonlologiques  des  terrains 
tertiaires,  si  différents  de  la  faune  des  ter- 
rains crétacés. 


i^;ss 


TER 


ET  f>£  PALEONTOLOGIE. 


TER 


13S6 


Séparation  des  élageê.  —  Indépendamment 
des  faunes  qui  nous  donnent  les  limites  de 
chacun  des  étages  sur  les  points  où  ceux-ci 
sont  groupés  dans  leur  ordre  dironologique 
de  succession,  nous  avons,  comme  on  le 
▼erra  à  chacun  des  étapes  en  particulier, 
dos  caractères  do  discoruances  stratigraphi- 
ques  qui,  par  Tisoiement  des  étages^  coïn- 
cident parfaitement,  sur  ces  points  isolés, 
avec  les  limites  des  faunes  sur  les  points  en 
relations  concordantes.  Nous  trouvons  doue , 
comme  pour  les  autres  terrains,  que  chaque 
étage  représente  une  époque  comme  la 
nôtre ,  des  mieux  caractérisées. 

Puissance  des  terrains  tertiaires.  —  Nous 
allons  réunir  ici  la  plus  grande  puissance 
indiquée  à  chaque  étage,  afin  d'avoir  une 
idée  approximative  de  leur  durée  compara- 
tive. Nous  les  placerons  dans  leur  ordre  do 
.superposition  naturelle,  les  plus  anciens 
étant  les  plus  bas. 

21*  étage  :  suDapennin 600  met. 

^  (  ini.  ou  tongnen.   100 

25'  étage  :  pariftîcn 4,000 

24*  étage :sucssonien  ou nummulilique.  4,000 


ToUl. 


5,000  met. 


Tout  en  étant  essentiellement  approxima- 
tifs,  el  no  pouvant  être  groupés  ainsi  pour 
donner  un  total,  les  chiffres  que  nous  indi- 

?[uons  ont,  néanmoins,  une  valeur  pour 
aire  apprécier  la  durée  comparative  des  épo- 
ques dans  la  grande  période  tertiaire.  On  re- 
connaît, par  la  puissance  des  dépôts,  que  les 
éta^e^  lejs  plus  considérables  sont  les  deux 
iriferieurs, suessonien et  parisien;  puis  vient 
Je  dernier,  subapenain ,  tandis  que  les  deux 
4iutres  n'atteignent  pas  la  moitié  des  pre- 
miers, surtout. 

Les  déductions  eënêrales  qu'on  peut  tirer, 
dans  ces  étages,  de  la  nature  des  sédiments  et 
des  fossiles ,  c'est  que  toutes  ces  époques  suc- 
cessives des  terrains  tertiaires  montraient, 
comme  la  nature  actuelle ,  des  continents  et 
des  mers  soumis  à  toutes  les  lois  phvsiques 
et  naturelles  qui  agissent  aujourd'hui  sur 
notre  globe. 

Carmctires  paiéontologiques.  —  Le  faciès 
5»!  différent,  qui  fait  distinguer,  au  premier 
«perçu,  la  faune  des  terrains  tertiaires  de  la 
faune  des  terrains  plus  inférieurs,  crétacés 
in  jurassiques,  dépend  des  caractères  posi- 
tifs et  négatifs  de  la  faune  tertiaire. 

Les  228  genres  éteints  pendant  la  période 
crétacée,  sans  passer  aux  terrains  tertiaires, 
deviennent  ici  autant  de  caractères  négatifs 
€|u'on  peut  consulter  pour  distinguer  les 
terrains  tertiaires  des  terrains  crétacés. 

Les  caractères  négatifs  qui  distinguent  la 
faune  tertiaire  de  la  faune  aclueiiement 
vivante,  sont  tellement  nombreux  qu'il  fau- 
drait un  volume  pour  les  énumérer.  Nous 
avons  dit  ailleurs.(PnysioLOGiE  P4léo^tolo« 
«xqve)  que  ces  genres  inconnus  dans  les 


couches  fossilifères  tertiaires,  et  propres 
seulement  à  la  faune  actuelle,  s'élèvent  à 
1,324  environ.  Ce  nombre  de  genres,  répartis 
dans  toutes  les  classes  et  dans  les  ordres 
d'êtres ,  et  contemporains  de  Thomme,  aussi 
inconnus  dans  les  terrains  tertiaires ,  suffira , 
nous  le  pensons,  pour  donner  une  idée  des 
différences  zoologiques  qui  existent  entre 
les  deux^ 

Pour  distinguer  les  terrains  tertiaires  des 
terrains  crétacés,  nous  avons  les  514  genres 
inconnus  aux  terrains  crétacés  et  leur  ser- 
vanfde  caractères  négatifs,  qui  naissent  avec 
les  terrains  tertiaires  et  sont,  pour  cette 
période,  autant  de  caractères  positifs. 

Les  terrains  tertiaires  se  distinguent  de 
l'époque  actuelle  par  221  genres  qui  s'é- 
teignent dans  ces  terrains,  sans  arriver  jus- 
que la  faune  contemporaine  de  l'homme,  et 
offrentautantde  caractères  positifs  différents. 
Ces  genres  sont  ainsi  répartis  dans  les  séries 
animales  :  parmi  les  mammifères,  66  genres; 
parmi  les  oiseaux,  4  genres  ;  parmi  les  rep- 
tiles, 8  genres  ;  pa rmi  les  ijoissons ,  49  genres; 
parmi  Tes  crustacés,  le  genre  palœonisvus; 
parmi  les  céphalopodes,  3 genres;  parmi  les 
Gastéropodes,  8  genres;  parmi  les  lamelli- 
i>ranches,  5  genres;  parmi  les  liryozoaires , 
6genres  ;  parmi  les  échinodermcs,  16  genres; 
prmi  les  zoophytes,  45  genres;  parmi  les 
foraminifères ,  9  genres;  parmi  les  amor- 
phozoaires,  le  genre  fuettardia. 

En  résumé,  les  caractères  différentiels  de 
faciès  entre  la  faune  tertiaire  et  la  faune» 
crétacée  sont  déterminés  par  218  genres 
négatifs  et  514  genres  positifs  ou  74?  formes 
animales,  qui  n'existent  que  dans  l'un  des 
deux.  Les  caractères  différentiels  entre  la 
faune  tertiaire  et  la  faune  actuelle  sont 
donnés  par  221  genres  inconnus  dans  notre 
faune,  ensevelis  dans  les  couches  tertiaires, 
et  par  1,324  genres  non  encore  existants 
dans  la  Jaune  tertiaire,  nés  seulement  avec 
l'homme  dans  la  faune  contemporaine.  Prise 
en  jjénéral ,  on  peut  dire  encore  que  la  faune 
tertiaire  se  rapproche,  par  tous  ses  carac- 
tères, beaucoup  plus  des  êtres  vivant  ac- 
tuellement que  de  la  faune  des  terrains  cré- 
tacés. C'est,  en  effet,  une  génération  dont 
les  formes  sont  analogues  sans  être  iden- 
tiques, à  ce  que  nous  vovons  dans  nos  mers 
et  sur  nos  continents.  Un  autre  fait  ressort 
également  :  c'est  que  l'ensemble  de  la  faune 
est  aussi  bien  intermédiaire  aux  terrains 
crétacés  et  à  la  faune  actuelle  par  ses  carac- 
tères zoologiques  que  par  sa  positioh  strati- 
graphique. 

Les  caractères  stratigraphiques  que  don- 
nent les  espèces  sont  très-nombreux.  Indé- 
pendamment des  plantes,  s'éisvant  à  plus 
de  600,  et  des  animaux  vertébrés  elanrc)é.«, 
dont  les  espèces  fossiles  atteignent  le  chiffre 
de  près  de  1,500,  nous  avons  seulement 
dans  les  animaux  mollusques  et  rayonnes, 
le  nombre  de  6,042  espèces  discutées,  quant 
S  leur  synonymie.  Ces  espèces  sont  distri- 
buécsde  la  manière  suivante  dans  les  étages: 


D|C:T10>!«.   DC    C0S3IUu0MC   et  de   PALtoSTOLOdïE 


•  %#««  t 


TUl 


KTAOKS 


DICTIONSJAIRE  DE  COSMOGONIE 


Espèces  renconlrt'es 

dans  deux  ou  Irois  élagf  s 

À  la  fois. 


TBR 


IS» 


Î7»  clagc  siihapcnnin, 85 

t%n     '.        ri-  .„      i  fnlnnîcn,     .     .  28 

20-  .Jasc  r.lumcii      { ^„„^■,^„\    .    .  , 

2.*r'  «*la}îc  parisien R 

2t*  ôlagc  biiessoiiiow, 8 


Toiaii.x.  127 

Noniliiv  rcci  ilos  cspcccs  roiuiniiiirs  après 
la  suppression  tics  chiffres  iViK'lrs,  .     .    9! 

D'ipros  les  chiffres  qui  pro»  tvk»nlt  losfails 
ri'Ialits  aux  cspùccs,  tiont  oiï  Irouvcra  les 
ilùlails  aux  élages,  nous  pcrniellciit  rie  don- 
lier,  comme  aux  terrains  prccédenls,  les 
conclusions  suivanlcs  : 

!•  Il  cxislc,  dans  les  lerrains  lerliaircs, 
plus  de  8,000  espèces  d'animaux  entièrement 
dilTérents  des  animaux  des  périodes  anté- 
rieures et  de  répoqnc  actuelle,  et  pouvant 
caractériser  ces  lerrains; 

2"  Ce  nombre  se  divise  en  cinq  zones 
superposées  Tormant,  dans  renscm))le  des 
terrains  tertiaires,  autant  de  faunes  chro- 
nologiques ou  (répo([ued  (jui  se  sont  suc- 
cédé régulièrement  les  unes  aux  autres  ; 

3'  Chaque  zone  a  montré  encore  une  faune 
spéciale,  distincte  des  zones  inf<irieures  et 
supérieures,  qui  constitue  un  étage,  une  épo- 
que bien  caractérisée,  de  la  mcMUe  valeur 
que  Tépoque  actuelle; 

4*"  Le  nombre  des  espèces  qui  se  trouvent, 
par  accident  ou  autrement,  dans  deux  de  ces 
étages  à  la  fois,  dont  le  nombre  avait  été 
considérablement  exagéré,  par  suite  de  faus- 
ses déterminations,  est  dans  les  rapj)orts 
de  91  à  6,04.2,  et  ne  s'élève,  dès  lors,  en  réa- 
lité qu'à  un  et  demi  pour  cent.  Ce  nombre 
si  peu  élevé  ne  peut  donc,  en  aucune  ma- 
nière, infirmer  les  résultais  propres  aux 
faunos  spéciales  successives. 

Chronologie  historique.  —  La  grande  pé- 
riode des  terrains  tertiaires  a  montré,  à  tou- 
tes les  époijuos,  des  continents  et  des  mers  ; 
mais  ces  continents  et  ces  mers,  au  moins 
en  Kurope,  se  sont  modifiés  successivement 
à  clia«iue  étage.  Voici,  comme  on  en  verra  les 
ilétailsaux  étages,  les  grands  traits  de  ces 
moiliflcations  d  après  M.  Al.  d'Orbigny. 

«  Première  circonscription  des  mers  ter- 
tiaires. —  Au  commencement  de  la  grande 
périotle  tertiaire,  pendant  la  durée  de  l'élagc 
suesso.iion  ou  nummulili(]ue,  les  mers  et 
les  continents  différaient  peu  de  leurs  der- 
nières circonscriptions  pendant  ia  période 
crélaiée.  Le  bassin  anglo-jiarisien,  Irès-res- 
Ireinl  au  sud.  avait  aimndonné  la  Touraine, 
f't  ne  sY'tendait  [dus  que  du  cours  de  la 
Seine  jusqu'à  liruxeîles  en  Hclgicpie,  et  dc- 
|Miis  Keims  et  Monleroau  en  France  jusqu'à 
Salisbnry  et  à  llerlfnrd  en  Angleterre.  Cette 
mer  s'éfait  donc  diminuée  au  sud,  et  très- 
élargic  au  N.-K.  Elle  était  bornée  au  N.-O. 
par  le  continent  anglais  et  au  sud  par  le 
massif  breton,  réuni  au  plateau  central  et  aux 
Vosges  de  la  France,  (|ui  s'étend  au  N  -E. 
jtiSipi'en  Helg!((ue  cl  au  grand  duché  du  Bas- 
Hhin,  etc. 


Espèces  spécial  m 

TriTâi' 

3 

nn  seul  étsge. 

lUIAt 

.S25 

609 

«726 

2754 

428 

42S 

4508 

«576 

670 

€78 

5,915 


tm 


«  Le  bassin  pyrénéen  parait  aussi  peu 
différer  de  la  circonscription  pendant  la  der- 
nière période  crétacée  ;  la  mer  seulement 
trcs-restreinte  au  N.  et  au  N.-E.,  s'étend  dé 
l'embouchure  de  la  Gironde  aux  parties  au- 
jourd'hui occupées  par  les  Pyrénées,  qu'elle 
recouvre  partout  en  France  et  en  Espagne. 
Elle  communiquait,  par  le  S.-E.,  avec  le 
bassin  méditerranéen.  Cette  mer  est  bornée 
au  N.  et  au  N.-E.  par  le  massif  breton  et  le 
plateau  central  réunis. 

«  L^  mer  méditerranéenne  commence 
dans  la  Haute-Garonne,  TA riége  et  TAude; 
elle  parait  ensuite  avoir  couvert,  sur  Tem- 

K lacement  des  Alpes,  un^  partie  du  Var,  des 
asses-Alpes,  et  s'être  prolongée  beaucoup 
au  N.-N.-È.,  dans  les  Aipes^  les  Carpathcs, 
ritalie,  la  Dalmatie,  etc. 

(c  Deuxième  circonscription  des  mers  ter- 
tiaires.—Las  Pyrénées  ayant  surgi  au-dessus 
des  mers ,  en  même  temps  que  le  pays  de 
Bray  et  une  partie  de  Surrey,  en  AnglelerrCt 
se  sont  surélevés  à  la  fin  de  la  période  sue^- 
sonienne,  les  mers  ont  totalement  changé 
de  circonscription.  Dans  le  bassin  anglo- 
parisien,  la  surélévation  du  pays  de  Bray. 
du  Pas-de-Calais  en  France,  de  Surrey  et  du 
Sussex  en  Angleterre,  paraît  avoir  refoulé 
les  mers  vers  le  S.-O.  et  le  N.-E.,  en  France 
et  en  Angleterre.  Sur  le  continent  actueU 
la  mer  parisienne  s'étend  du  Colentin  à  la 
Seine  et  jusqu'à  Epernay;  mais,  très-res- 
treinte  au  N.-E.,  elle  ne  paraît  pas  s'étendre 
au  delà  de  Laon.  Interromjme  dans  une 
nartie  de  la  Somme,  du  PasAle-Calais  et  de 
la  Belgique,  elle  reparaît  sur  une  ligne  est 
et  ouest,  parallèle  à  Bruxelles,  et  se  trouve 
alors  séjjarée  en  deux  parties.  La  même 
chose  se  voit  en  Angleterre,  où  les  mers 
parisiennes  se  montrent  seulement  au  noni 
et  au  sud  du  Sussex  et  du  Surrey. 

«  Le  bassin  pyrénéen  païaîl  avoir  subi  da 
plus  grands  changements.  La  chaîne  des 
Pyrénées  ayant  remplacé  les  mers  suesso- 
niennes,  la  mer  parisienne  a  été  considéra- 
blement réduite.  On  n'en  trouve  des  Iracos 
qu'à  Blaye,  à  rcmboucliure  de  la  Gironde  ft 
dans  la  Vendée,  ou  elle  paraît  s^éteodre  pour 
la  première  fois. 

«  Dans  le  biissin  niéJilerranéen,  la  mer 

r)arisienne  ne  montre  plus  que  des  lam- 
»eaux  dans  les  Alpes  françaises  cl  )a  Savoir. 
«  Troisième  circonscription  des  mers  ter- 
tiaires \  à  l'époque  des  dépôts  longrion?. 
—Plus  séparées  que  jamais  en  deux  parties 
les  mers  du  bassin  anglo-parisien  s'éloi- 
gnent de  plus  en  plus,  ©n   France,  vers 


4SS9 


TKR 


ET  DE  PALEONTOLOGIE 


TER 


1S90 


le  N.-O.  dont  elles  n'occupent  pins  qu'une 
partie,  autour  de  remplacement  actuel  de 
Paris.  En  Belgique,  elles  s'éloignent  aussi 
beaucoup  vers  le  N.-E.  de  Tongres,  à  Maës- 
tricht.  Datts  le  bassin  pyrénéen,  la  mer  oc- 
cupe une  surface  E.  et  0.  comprise  entre 
Nérac,  Hergerac  et  l'Océan,  et  du  N.  au  S. 
depuis  Lesparre  jusqu'à  Dax. 

«  Quatrième  circonscription  rf«  mers  ter- 
îiaires.  —  Des  changements  de  niveau»  sans 
doute  déterminés  par  des  perturbations  géo- 
logiques, viennent  changer  encore  la  forme 
des  mers  faluniennes.  A  cette  époque,  la 
mer  se  relire  entièrement  du  bassin  pari- 
sien où  nous  avons  vu  se  succéder  les  mers 
de  vingt^eux  époques,  des  terrains  triasi- 
ques  à  l'étage  tongrien.  Toujours  en  s'avan- 
çant  vers  le  N.-E  ,  la  mer,  dans  l'ancien 
bassin  anglo-parisien,  ne  se  voit  plus  qu'au 
N.-E.  de  la  Belgique,  et  au  N.-E.  de  l'An- 
gleterre, dans  le  Suffolk  et  1«  Norfolk. 
Comme  pour  compenser  ce  manque  de  mers 
autour  de  Paris,  il  se  forme  une  nouvelle 
nier,  que  nous  désignerons  comme  bassin 
Hgérietij  qui  s'étend  de  Pontlevoy  jusqu'à 
Ih  Manche,  en  couvrant  une  partie  des  dé- 
parlements de  Loir-et-Cher ,  d'Indre-et- 
Loire,  des  DeuT-Sèvres,  de  Maine-et-Loire, 
i\e  la  Mayenne,  de  la  Loire-Inférieure,  d'IIe- 
lU- Vilaine  et  des  Côte»-du-Nord.  Dans  le 
bassin  pyrénéen,  la  mer  falunienne  se  ré- 
trécit seulement  tout  autour,  et  n'occupe 
plus  que  le  dedans  des  parties  occupées  par 
ja  mer  tongrienne.  Le  bassin  méditerra- 
néen, au  contraire,  commence  dans  l'Hé- 
rault, occupe  les  Bouches-du-Rhône ,  et 
s*étendant  au  N.-N.-E.,  par  Valence,  la  Tour- 
iiu-Pin,  le  fort  de  l'Ecluse,  en  Savoie  et  en 
Suisse,  jusqu'au  Danube,  dans  quelques 
parties  du  Var  et  dans  les  Etats  Sardes. 

«  Cinquième  circonscription  des  mers  ttr^ 
tiaires.  —  A  l'époque  de  l'étage  subapennin, 
les  mers  ont  encore  changé  de  formes.  La 
surélévation  des  Alpes  ayant  changé  les 
niveaux  et  amené  de  grandes  perturbations, 
elles  n'occupent  plus  le  bassin  ligérien,  ni 
Vc  bassin  pyrénéen  ;  et,  de  toutes  les  mers 
tertiaires  de  France,  nous  ne  voyons  plus, 
.••ur  les  continents  actuels,  mie  d'eux  points 
tnnritimes,  les  environs  de  Perpignan  et  de 
^lonlnellier  ;  mais  en  Italie,  au  contraire, 
if)Ut  l'Astesan  et  une  grande  surfiice  de  la 
fM^ninsule  étaient  50us  les  eaux.  On  s'aper- 
r^>ir,  néanmoins,  que  les  mers  tertiaires  se 
sont  rapprochées  de  leur  forme  actuelle 
durant  la  période  subapennine,  et  qu'il  reste 
peu  de  changements  pour  leur  donner  la 
forme  qu'elles  ont  aujourd'hui. 

«  Durant  la  période  tertiaire,  les  animaux 
se  sont  bien  souvent  renouvelés,  mais  le 
«-'^ractère  le  plus  tranché  de  cette  époque 
est,  sans  contredit,  l'apparition  et  le  déve- 
loppement extraordinaire  qui  a  eu  lieu 
parmi  les  animaux  vertébrés.  C'est,  en  effet, 
alors  que  les  continents  ^e  sont  peu|.lés, 
pour  la  première  fois,  de  ces  mammifères 
si  remarquables  par  leurs  pro|)orlions  ou 
leurs  caractères,  ti^ls  que  les  antarolhcrium, 
ïes  lophioJon,  les  paUfolhprium,  les  ano' 


nlotherium,  les  dinolherium,  les  toxodon, 
les  mastodon ,  les  srailodon ,  les  glyptodon, 
les  megalherium,  les  megalonix,  et  tant 
d^aulres  que  nous  nous  dispensons  de  citer. 
C'est  encore  alors  que  les  continents  étaient 
peuplés  de  ces  oiseaux  réellement  géants, 
même  à  côté  de  notre  autruche;  de  ces  sa- 
lamandres (andrias)  aussi  grandes  que  les 
crocodiles  actuels.  II  est  à  remarquer  que 
tous  ces  grands  animaux  devaient  être  en- 
tourés d'une  végétation  proportionnée.  Les 
mers  étaient  également  peuplées  d'un  nom- 
bre considérable  d'êtres  de  toutes  les  classes, 
presque  aussi  variés  que  de  nos  jiours.  » 

Pour  les  végétaux,  voici  ce  que  M.  Bron- 
gniarl  en  dit,  après  avoir  donné  le  tableau 
suivant  du  nombre  des  espèces  : 

Epoque      Epoque     Epoque 
4k)cènc.    niioeciie.  pliocène. 

Cryptogames.  53  t  iO  i  13  i 

Atnphigénes.  t  16  •  6  i  0 

Acrogénes.  •  47  i  4  •  7 
Phanérosaroes  mo- 

nocotuédones.  33  33  26  6  4  4 

Dicotylédones-  143  »  97  •  103  • 

Gymnospermes,  •  40  i  J9  i  31 

Angiospermes  •  i03  i  78  i  1G4 


ToUux,  .209  133  212 

«t  Quant  aux  caractères  tirés  des  formes 
végétales  pendant  ces  trois  époques,  les 
plus  remarquables  me  paraissent  : 

«  !•  Pour  l'époque  iocène  (nos  étages  sues- 
sonien  et  parisien),  la  présence,  mais  la 
rareté  des  palmiers,  bornés  à  un  petit  nom- 
bre d'espèces.  La  prédominance  des  «Igues 
et  des  monocotylédones  marines  qu'un  doit 
attribuer  è  la  grande  étendue  des  terrains 
marins  pendant  cette  époque.  L'existence 
d'un  grand  nombre  de  formes  extra-euro- 
péennes, résultant  surtout,  du  reste,  de  la 
présence  de  fruUs  fossiles  de  Sheppey  ; 

«2*Pour  l'époque  mioc^n^  (nos  étages  ton- 

Srien  et  falunien),  l'abondance  dés  palmiers 
ans  la  plupart  des  localités  appartenant 
sans  contestation  à  cette  époque;  l'existence 
d'un  assez  grand  nombre  de  formes  non- 
européennes,  et  particulièrement  du  genre 
steinhauera^  qui  me  paraît  une  rubiacée 
voisine  des  naur/fo,  trouvée  dans  plusieurs 
localités  de  ces  terrains; 

«3*  Pour  l'époque  pf/on'nf,  la  grande  pré-* 
dominance  et  la  variété  iles  dicotylédones , 
la  rareté  de  monocotyléJones  et  l'absence 
surtout  des  |>almiers  ;  enfin ,  l'analogie  Gé- 
nérale des  formes  de  ces  plantes  avec  celles 
des  régions  tempérées  de  l'Europe,  de  l'A- 
mérique septentrionale  et  du  Japon. 

«  IJn  caractère  remarquable  des  ftores  oo 
ces  trois  époques,  mais  qui  devient  plus 
frappant  encore  i)Our  cette  dernière,  dans 
laquelle  les  plantes  dicotylédones  sont  plus 
nombreuses,  c'est  l'absence  des  familles  les 
plus  nombreuses  et  les  plus  caractéristiques 
de  la  division  des  gamopétales.  Ainsi,  au 
milieu  des  emî»reintes  si  nombreuses  do 
Partschlug,  d'OEningen,  de  lîoprring,  delta- 
dolioj,  etc.,  rien  n'annonce  l'existence  des 
composées,  des  campanulaci>es,  des  porson^ 


1391 


TOI 


DICTIONNAIRE  DE  COSHOGONII 


T#l 


nn 


nées,  des  labiées,  des  solanécs,  des  borra* 
ginées,  etc.  Les  seules  monopétales,  citées 
en  grand  nombre,  sont  des  éricacées,  des 
îiicinées,  (quelques  sapotées  et  styracées, 
familles  qui  tiennent  presque  autant  des 
dialypétales  que  des  gamopétales.  Dans  la 
flore  miocène  seulement,  on  indique  plu- 
sieurs apocynées  et  le  genre,  des  rubiacées.  » 

En  voyant,  à  toutes  les  époques  tertiaires, 
les  genres  d'animaui  des  régions  chaudes 
actuelles  se  trouver  également  dans  les 
régions  tempérées  et  froides,  nous  devons 
croire ,  comme  nous  avons  généralisé  cette 
observation  ailleurs  ,  qu'une  température 
uniforme,  produite  par  la  chaleur  centrale 
de  la  terre,  neutralisait  les  lignes  isother- 
mes jusqu'à  l'époque  qui  nous  a  précédés 
•sur  la  terre. 

Nous  avons  aussi,  pendant  toute  cette 
longue  période,  des  preuves  sans  nombre 
que  les  oscillations  du  sol  étaient  très- 
fréquentes,  et  qu'elles  ont  amené  de  nom- 
breuses perturbations  durant  les  différentes 
époques. 

La  circonscription  straligraphique  des 
étages,  les  limites  des  faunes  et  les  change- 
ments survenus  dans  la  circonscription  des 
mers  nous  donnent  la  certitude  que,  à  cinq 
reprises  successives,  des  perturbations  géo- 
logiques plus  fortes  que  les  oscillations  ont 
interrompu  l'animation  sur  les  continents 
et  les  mers.  Après  chacune  de  ces  catastro- 
phes, le  c^lme  est  revenu  sur  la  terre,  et 
une  création  nouvelle,  composée  d'espèces 
distinctes  des  espèces  de  l'époque  anté- 
rieure ,  est  venue  repeupler  la  nature  en- 
tière 

THEORIE  ASTRONOMICO-CHIMIQUE. 
Yoy.  Cosmogonie  et  Laplacb. 

THEORIE  COSMOGONIQUE  de  Laplage, 

HE    («ODEFROT,    DE    MaRCEL    DE    SeRRES,    DE 

Maupied^  DE  Dalmas,  etc.»  etc.  Yo]i,  ces 
mots. 

THEORIE  de  la  terre.  Voy.  Terre, 
Maupied,  Hopkins,  etc. 

TOARCIEN  (ÉTAGE).  —  C'est  le  troisième 
des  terrains  jurassiques  et  le  neuvième  de 
réchelle  entière  des  formations  géologiques. 
Cet  étage,  nommé  aussi  lias  supérieur^  mar- 
nés  supérieures  du  liasy  etc.,  a  été  désigné 
Ainsi  par  M.  d'Orbigny,  qui  dérive  son  nom 
de  la  ville  de  Thouars  {Toarcium)y  dans  le 
département  des  Deux-Sèvres,  localité  où 
cet  étage  présente  un  si  beau  développe- 
ment que  ce  point  peut  être  res^ardé  comme 
point  type. 

L*étage  toarcien,quelc|uefois  isolé,  te  plus 
souvent  en  France,  sur  Pelage  liasien,  com- 
mence immédiatement  au-dessus  de  la  zone, 
à  oslrea  cymbium^  et  se  continue  quelaue- 
fois,  avec  une  grande  puissance,  jusquaux 
premières  couches  de  rétagc  bajocien,  tou- 
jours faciles  Ji  distinguer  par  leurs  fossiles. 
Dans  Test  de  la  France,  à  Lyon,  à  la  V^erpiU 
lière,  h  Saint-Quentin,  dans  TJsère,  TAin,  le 
l«ra,sur  le  versant  o;-cidentai  desVosges,  près 
de  Langres,  les  dernières  couches  de  l'étage 
toarcion  sont,  partout,  composées  d'oolilhe 
ferru^ineui^ou  même  de  for  limoneux  ou 


hydraté,  contenant  à  la  fois  un  nombre  con- 
sidérable d*ammonites  de  diverses  es|)èces, 
et  d*autrcs  fossiles  mélangés,  succédant  à dei 
couches  généralement  argileuses.  Cethorizon 
minéralogique,  très-prononcé  sur  tous  ces 
points,  limite  les  dernières  couches  toar- 
eiennes;  mais  ces  limites  sont  variables  sur 
les  autres  points. 

Le  caractère  minéralogique,  pris  généra- 
lement ou  partielleme<it,  ne  peut,  en  aucune 
manière,  servir  à  reconnaître  et  à  limiter 
Tétage  oui  nous  occupe,  puisque,  d  un  cAlé, 
les  coucnes  les  plus  supérieures  sont  forméos 
de  calcaires  blancs  comme  de  la  craie,  con- 
tenant, comme  elle,  des  silex,  tandis  que, 
de  l'autre,  ce  sont  des  roches  oolilhiquo» 
tellement  ferrugineuses ,  qu'elles  sont  ex- 
ploitées comme  minerai  de  ferv 

Sur  quelques  points  du  Cher,  de  la  Cùle- 
d'Or,  de  la  Lozère  et  de  TAveyron,  surtout 
h  Marvcjols,  on  a  trouvé  plus  de  150  mètres 
de  puissance  à  Télaee. 

L*examen  particulier  des  localités,  comme 
à  Thouars  et  à  Langres,  montre  qu'un  laps 
considérable  de  temps  a  dû  se  passer  du- 
rant la  formation  de  ces  couches.  On  v  voit 
encore  des  changements  considérables  de 
nature  de  dépôts,  déterminés  probablement 
par  des  périodes  plus  ou  moins  prolongées 
de  repos  ou  d*une  plus  ou  moins  grande  agi- 
tation des  mers  qui  déterminent  les  couches 
argileuses  ou  marneuses,  et  les  couches  do 
calcaire  grenu  ou  grésiforme.  On  y  voit  de 
plus  que  des  perturbations,  dépendant  sans 
doute  encore  des  causes  actuelles,  y  ont 
amené,  par  bancs ,  ces  myriades  d'ammoni- 
tes d'une  seule  espèce,  qui  formait  des  cou- 
ches entières  sur  une  immense  surface. 

Si  les  simples  oscillations  du  sol  suffisent 

[)Our  expliquer  la  conservation  des  points 
ittoraux,  il  est  des  circonstances  oii  nous 
retrouvons  les  signes  certains  de  la  pertur- 
bation géologique  finale  de  l'étage.  Dans  cet 
étage,  comme  pour  le  précédent;  à  Sainte- 
Honorine,  à  Moutiers  (Calvados),  à  Saint- 
Mai  xent  (Deux-Sèvres),  à  Pisot,  près  de 
Fontenay  (Vendée),  à  Chaudon  (Basses-Al- 
pes), nous  voyons,  l'un  sur  l'autre,  dans  la 
même  carrière  ou  dans  le  même  escarfje- 
ment,  un  dépôt  littoral  fait  au  niveau  supé- 
rieur des  marées,  et  un  dépôt  identique  de 
l'étage  bajocien,  caractérisés  par  leurs  nom- 
breuses coquilles  flottantes  d  ammonites.  Ce 
fait,  constaté  sur  plusieurs  points,  indique 
certainement,  qu'à  la  fin  de  rétage  toarcien, 
un  afTaisseroent  a  eu  Keu,  d«  manière  à  pla- 
cer à  un  niveau  moins  élevé  tes  dépôts côtiers 
de  cette  époque,  sur  lesquels  s'est  ensuiie 
déposée  la  nouvelle  ligne  des  marées  de  IV- 
taie  suivant.  Ce  fait  serait  pour  nous  Téqu- 
valent  d'une  discordance,  pmsqu*il  déjM*D- 
drait  d'un  fait  identique,  cest-a-dîpe  il'"'> 
changement  de  niveau  sur  la  côte^  détermin(* 
par  un  afRiissement. 

Caractères  paléontologigues,  —  Nous  fr- 
rons  remarquer  que  le  caractère  dominant  <lc 
cette  faune  est  un  caractère  d'ensemble,  d'a- 
nalogie, de  formes,  de  faciès  générique*  arec 
lï'la^'O  préoéJenl^à  côté  d'une  dispai  ité  coni- 


9in 


TOI 


ET  DE  rAlLONTOLOCrK. 


TOR 


1991^ 


plëte  dei  espèces.  Nous  uvons  ce[)eiidant  en- 
core des  genres  pouvant  nous  donner  des 
limites  géologiques. 

L*élagc  toarcien  difTère  de  l*étage  liasien 
iiar  Talisence  du  (^enrc  cardinia^  oui,  né  dans 
les  terrains  |)aIéuzoï<iues,  s'est  éteint,  pour 
toujours,  dans  TélAge  liasien,  sans  arriver 
h  celui-ci.  Nousavons^pourdistinguer  Tétage 
toarcien  de  Téla^^c  bajocien,  &â  genres  pou- 
vant donner  des  caractères  négatifs  entre 
Tétage  toarcien  et  l*étage  bajocien,  ou  kS 

Ï;énres  donnant  des  caractères  né^^atifs  avec 
es  étages  supérieurs  et  inférieurs. 

Pour  distinguer  Tétage  toarcien  de  J^étage 
antérieur,  nous  avons  tous  les  genres  qui, 
nés  avec  i*étage  qui  nous  occupe,  man- 
quent encore  dans  l^étage  précédent.  Ces 
genres  sont  au  nombre  de  15,  et  sont  au- 
tant de  caractères  positifs  pour  séparer  les 
cleui  étages. 

Les  genres  qui  uaissent  et  meurent  daiis 
Tétage  toarcien  nous  donnent  encore  des 
caractères  positifs  pour  en  distinguer  Tétage 
bajocien,  où  ces  genres  ne  passent  pas,  au 
moins  d'après  les  connaissances  actuelles. 
Ces  genres  sont  au  nombre  de  neuf. 

Rien  de  plus  certain  que  les  caractères 
tirés  des  espèces  pour  l'étage  toarcien.  En 
effet,  les  288  espèces  qui  y  existent,  pour  les 
animaux  mollusques  et  rayonnes  seulement, 
sont  toutes  caractéristiques,  une  seule  ex- 
ceptée, attendu  que,  jusqu'à  présent,  elles 
sont  spéciales  à  Tétage,  et  ne  passent  pas 
dans  rétage  suivant.  Ce  chiffre  est  indéf^en- 
dant  des  plantes,  des  espèces  d'animaux 
"vertébrés  et  annelés,  qui  n'abondent  pas 
moins  durant  cette  époque.  Il  en  est  pour- 
tant, parmi  ces  espèces,  de  plus  largement 
répandues. 

La  plupart  des  espèces  se  trouvent  dans 
toutes  les  couches,  depuis  les  plus  inférieu- 
res jusqu'aux  supérieures;  mais  Vostrea 
knorrii  se  trouve  plus  particulièrement 
dans  les  couches  supérieures,  et,  dans  beau- 
coup de  cas,  peut  servir  à  reconnaître  les 
dernières  limites  supérieures  de  Télaî^e. 

Chronologie  historique,  -r-  A  la  (in  de  l'é- 
tage précédent,  par  suite  d'une  perturbation 
géologiaue,  se  sont  éteints,  avec  les  65  espè> 
ces  de  plantes  connues,  avec  il  genres  d  a- 
iiimaux  de  toutes  les  classes,  300  espèces 
d'animaux  mollusques  et  rayonnes.  Après 
l'agitation  causée  par  cette  révolution  ter- 
restre, ont  paru  sur  la  terre,  avec  le  c^Ime 
de  la  nature,  15  genres  d'animaux  inconnus 
jusqu'alors,  et  eu  aniujaux  mollusques  et 
rayonnes  seulement  288  espèces  qui,  avec 
les  autres  séries  animales  et  les  plantes,  ont 
dû  amener  cette  neuvième  période  d'exis- 
tence. 

Les  mers  de  l'époque  toarcienne  n'ont  pas 
cliangé  en  Europe.  Les  continents  étaient 
encore  les  mêmes  qu'à  l'étage  précédent,  à 
très-[)eu  d'exceptions  près. 

Les  mers  nourrissaient  beaucoup  d'espèces 
de  reptiles,  des  miêtriosaurus^  des  macro^ 
sponaylus  aux  formes  bizarres,  qui,  probable- 
uient,  habitaient  les  rivages  maritimes.  Avec 
beaucoup  de  poissons  vivaient  un  grand 


nombre  de  molius<|ues  nageurs,  tels  que 
béleaiHÎtes,  auinioniles,  nautiles  et  beaucoup 
de  coquilles  liltorales,  au  milieu  desquelles 
nous  voyons,  pour  la  première  fois,  appa- 
raître des  pliolades  et  des  tarets  dans  les 
bois  jetés  sur  la  côte.  Parmi  les*zoophytes 
et  les  foraminifères,  plusieurs  genres  nou- 
veaux viennent  augmenter  la  faune.  Les  am- 
monites de  cette  époque  sont  souvent  carac- 
térisées |)ar  une  quille  au  pourtour,  cette 
disposition  dominant  au  milieu  des  formes 
diverses  de  ces  singulières  coquilles.  Il  exis- 
tait encore  quelques  plantes  marines. 

Les^continents  ne  nous  ont  laissé  que  pett 
de  traces  des  animaux  et  des  plantes  qui 
devaient  les  habiter.  Ces  êtres  étaient  sans 
doute  voisins  de  ceux  des  époques  antérieu- 
res ;  mais  nous  ne  connaissons  positivement 
que  les  plantes  suivantes,  données  |iar 
M.  Brongniart  à  la  flore  du  lias. 

CONIFÈRES.. 

PeuceLIndleyaea,  Willi.  Wliitby» 
P.  Huaciiiaiia,  "^Vith.  Whitby. 
?  P.  Eggensis,  Wllh.  Ilcbridcs» 
?  P.  Jurassica,  Eudl.  Pologne. 

TONGRIEN.  Yoy.  Falunien. 

TORTUES. —Au  nombre  des  animaux 
qui  peuplent  les  régions  chaudes  de  notre 
globe,  se  trouvent  les  reptiles  que  Cuvier  a 
réunis  en  un  ordre  sous  le  nom  de  chélo- 
niens  ou  tortues.  Cet  ordre  comprend  quatre 
familles  dont  l'une  habite  les  eaux  salées  »^ 
tandis  que  deux  vivent  dans  les  lacs  d'eaux 
douces  et  dans  les  rivières,  et  que  la  qua- 
trième ne  quitte  jamais  la  terre.  Un  de  leurs 
caractères  Tes  plus  importants  consiste  dans 
les  arrangements  qui  ont  été  disposés  [lour 
mettre  à  l  abri  ces  créatures  à  mouvements 
lents  et  engourdis  ;  pour  ce  but,  une  double 
cuirasse  a  été  créée  par  l'agrandissement 
dQS  vertèbres,  des  côtes  et  du  sternum  qui 
enferment  tout  le  tronc  dans  une  vaste  boiie 
osseuse. 

La  petite  tortue  d'Europe,  la  tortue  grec- 
que, et  la  tortue  comestible  ou  tortue  fran- 
cne,  sont  des  exemples  coimus  de  ce  singu- 
lier mode  d'organisation  parmi  les  espèces 
terrestres  et  parmi  les  espèces  aquatiques. 
Dans  chacun  de  ces  animaux,  la  présence 
d'un  bouclier  compense  le  défaut  de  vitesse 
et  les  protège  contre  des  ennemis  Qu'ils  ne 

r meuvent  éviter  par  la  fuite,  ni  en  cnerchant 
eur  salut  dans  des  retraites.  La  géologie 
nous  apprend  que  cet  ordre  a  commencé  à 
peu  près  à  la  même  époque  que  celui  des 
sauriens,  et  que  depuis  lors  jusqu'à  nos 
jours  ces  deux  ordres  n'ont  pas  cessé  d'exis- 
ter simultanément  pendant  toute  la  durée 
des  formations  secondaires  et  tertiaires.  Oo 
observe  aussi  que  leurs  débris  fossiles,  de 
même  que  les  espèces  modernes,  se  parta- 
gent dans  les  trois  groupes  que  nous  avons 
déjà  signalés,  et  qui  ont  été  créés  pour  ha- 
biter la  terre  ferme,  l'eau  douce  et  l'eau 
salée. 

Les  animaux  de  cet  ordre  ne  sont  rencon- 
trés {)ue  dans  des  rompes  oôstérieures  à 
celles  de  la  série  carbon**^  *^  ""'us  ancieu 
exemple  qu'en  cite  Cr  ^uda 


1305 


TOR 


DIGTIONNAIHE  I>E|  COSAiOGOME 


roR 


iZ% 


tortue  marine  trouvée  dans  le  muscheikalk 
«le  Lanéville  ;  sa  cara;>ace  avait  8  pieds  de 
lon;j;.  On  en  a  rencontré  une  antre  espèce 
iMnfine  à  Glaris,  dans  une  ardoise  que  Ton 
peut  rapporter  aux  formations  crétacées  les 
plus  anciennes.  Une  troisième  se  trouve  h 
^tacslricht,  dans  le  grès  crétacé  supérieur. 
Toutes  ces  espèces  sonl  associées  aux  déi)ris 
d*autres  amimaux  ayant  habité  les  eaux 
salées,  et,  bien  qu  elles  diffèrent  des  espèces 
actuelles  en  même  letnps  qu*cllcs  diffèrent 
entre  elles,  elles  offrent  néanmoins,  dans  les 
principes  qui  ont  dirigé  leur  construction , 
tinc  conformité  telle  avec  les  conditions 
d'organisation  qui  font  de  nos  chélonées 
modernes  des  animaux  créés  pour  habiter  la 
mer,  (pie  Cuvier  a  pu  prononcer  sans  hési- 
ter que  les  espèces  fossiles  soumises  à  son 
observation  avaient  habité  certainement  les 
eaux  salées. 

On  rencontre,  dans  les  formations  weal- 
diennes  d'eau  douce  de  la  série  secondaire  , 
des  espèces  fossiles  ap|)artenant  aux  genres 
triobyx  et  émys;  mais  elles  se  montrent  en 
plus  grande  abondance  encore  dans  les  dépôts 
lacustres  de  la  série  tertiaire;  et,  chez  toutes^ 
la  vie  et  la  mort  paraissaient  s'être  accomplies 
au  milieu  de  circonstances  tout  à  fait  ana- 
logues- à  celles  qui .  entourent  maintenant 
dans  les  rivières  et  les  lacs  des  tropiques  les 
espèces  vivantes  qui  leur  sont  voisines  en 
organisation.  On  les  n  rencontrées  aussi  dans 
des  dépôts  marins  (958),  où  leur  présence  » 
en  compagnie  de  débris  de  reptiles  crocodi- 
liens,  conduit  à  pe^nser  que,  suivant  toute 
probabilité,  elles  furent,  ainsi  que  ces  der- 
niers, entraînées  de  la  terre  ferme  dans  la 
mer  à  une  distance  du  rivage  peu  considé- 
rable. 

Les  rapports  étroits  qui  existent,  quant  k 
leurs  caractères  génériques,  entre  ces  tortues 

(958)  Cest  ainsi  que  Ton  rencontre  les  débris 
fossiles  de  deux  grandes  espèces  d'énnydes  réunies 
à  des  coquilles  marines  dans  le  calcaire  jurassique 
de  Solcure:  On  trouve  aussi  des  émydcs  en  même 
temps  que  des  crocodiles  à  Slieppy  et  à  Ilarwîch, 
dans  clos  dép<)ls  marins  d'argile  de  Londres;  à 
nruxeiîes,  ces  derniers  se  nronlreiit  associés  à  des 
débris  marins ,  et  Ton  voit  dans  le  scliiste  ooMihif^ue 
de  Sloncsdekl ,  prè»  d*Oxford ,  des  empreintes  ircs- 
parfaites  d^écatlles  cornées,  ayant  appartenu  à  des 
cfaélonicns. . 

(959)  Voyez  le  Mémoire  du  docteur  Duncan  sur 
ie»  traces  ou  empreintes  de  pieds  hissées  par  divers 
euùmaux  dans  le  grès  des  carrières  de  Corn-Cockle 
Muîr^  dans  le  comté  de  Dumfries,  (Transactions  de 
la  Société  rotjaie  d'Fsdmbourg^  1828.) 

D'après  ce  savant,  les  couches  à  la  surface  des- 
quelles se  voient  ces  impressions  sont  étendues  les 
unes  au-dessus  dos  antres,  comme  le  sont  des  livres 
Inclinés  dans  un  nii^me  sens  sur  un  rayon  de  biblio- 
Iticqne.  La  .carrière  eu  question  a  été  creusée  jus- 
qn  à  quarante-cinq  pieds,  et  Ton  a  trouvé  de  sem- 
blables traces  dans  toute  cette  profondeur;  et  ce 
n'est  pas  seii1''ineiit  dans  une  couche ,  mais  dans 
plusieurs  couches  successives;  cVst-à-dire  que  si 
l'on  enlève  un  lit  épais  dans  lequel  se  trouvent  de 
scmlitaMes  empreintes ,  un  autre  lit  reprodjiira  le 
même  phénomène  ^  la  distance  de  quelriucs  pieds 
fieal-êlre,  mais  peut-être  aussi  à  la  distance  de 
noins  d'un  pouce.  Cette  particularité  prouve  qu« 


fossiles  appartenant  a  des  époques  géologi- 
ques diverses  et  très-reculées»  et  les  espèces 
qui  vivent  nos  contemporaines,  nous  four- 
nissent un  frappaat  exemple  de  Tunilé  du 
plan  diaprés  lequel  ont  été  créés  les  ani- 
maux, à  partir  des  époques  les  plus  éloi- 
finées,  où  ces  diverses  formes  d'organisation 
urent  appelées  à  Texistenco.  De  môme  que 
les  rames  qui  terminent  les  membres  des 
chélonées  furent  disposées  à  toutes  les  éjio- 
ques  pour  une  locomotion  au  sein  des  va- 
gues de  la  mer,.de  mâmc  aussi  les  pattes  dos 
trionyx  et  des  émydes  furent  dans  tous  les 
temps  construites  pour  une  vie  plus  paisible 
au  sein  des  eaux  douces,  tandis  que  cefles 
des  tortues  de  terre  n'offrent  pas  des  carac- 
tères moins  tranchés  qjui  les  désignent 
comme  faites  pour  ramper  à  la  surface  du 
sol  et  s'y  creuser  des  terriers. 

La  rencontre  des  débris  fossiles  apparte- 
nant aux  tortues  terrestres  a  été  jusqu  iei 
beaucoup  plus  rare.  Cuvier  en  ci  te  deux  exem- 
ples, l'una  Aix,  dans  des  formations  très- 
récentes;  l'autre  à  l'Ile-de-France.  Cepen- 
dant l'Ecosse  a  offert  tout  dernièrement  la 
preuve  qu'il  existait  plus  d'une  espèce  de 
ces  reptiles  terrestres  durant  la  période  de 
formation  du  nouveau  grès  rouge  ou  ^rès 
bigarré,  et  cette  preuve  est  d'une  nature 
dont  on  trouve  bien  peu  d'exemples  dass 
l'histoire  des  débris  organiques  (9o9}. 

11  n'est  pas  rare  de  voir  à  la  surface  dn 
grès  des  empreintes  produites  [/ar  le  passage 
ae  petits  crustacés  ou  d'autres  animaux  ma- 
rins, à  répoque  où  cette  roche  était  encore 
à  l'état  de  sable  désagrégé  gisant  au  fond  des 
mers.  Souvent  aussi,  les  srès  feuilletés  sont 
disposés  par  petites  onduiatîuns  semblables 
i  celles  que  produisent  les  rides  de  la  sur- 
face d'une  mer  peu  agitée  sur  le  sable  de  ses 
rivages  (960). 

les  causes  qui  ont  produit  ces  traces  sur  ce  sable  et 
celles  qui  les  otit  recouvertes  i»ar  la  suite  ont  exeité 
alternativement  leur  action  à  plusieurs  reprises. 

Une  lettre  du  docteur  Dnncan,  du  mois  d*octobrc 
1834,  apprend  que  Fon  a  découvert  tout  réeemnieiit 
de  scmblales  empreintes  présentant  des  circonstan- 
ces à  peu  près  les  mêmes,  dans  les  carrières  de 
grés  ronce  de  Craigs,  à  environ  dix  milles  au  sud  de 
Coni-Cokle-Mufr,  et  à  deux  milles  est  de  la  ville  de 
Dumfries.  L'inclinaison  des  couches  dans  celte  !»- 
calitér  comme  celle  de  presque  toutes  les  couches  de 
grés  de  ce  district  est  d^environ  45**  S.-O.  L'une  de 
ces  traces  a  de  vingt  à  trente  pieds  en  iongiicnr.  On 
n*en  a  pas  encore  rencontré  dans  cette  localité» 
non  plus  qu'à  €oni-Gockle-Muir. 

Sir  William  iardine  a  fait  savoir  au  docteur  Dus- 
can  que  Ton  a  de  nauveau  découvert  des  traces  d'a- 
nimaux dans  d'autres  carricres.de  Coru-Cockie- 
Muir. 

(960)  En  1851,  M,  G.-P.  Scrope,  qui  avait  >isiiê 
les  carrières  de  Dumfries,  obser\a  de  seroblâMc^ 
ondulations ,  et  d*aboiidanies  empreintes  de  pietU 
de  petils  animaux  dans  les  couches  de  marlirr  ('e 
Foresl,  au  ïiord  de  Bath.  CVlaienlprobablemeNt  des 
traces  de  crustacés.  (Philosoph,  iiagax.  Mai,  Ifôf, 
p.  576). 

A  h  surface  de  eeriaines  couches  de  gravier  cal- 
caire et  du  schiste  de  Stonesfield,  près  d*  Oxford, 
ainsi  que  des  grés  de  la  formation  weaidieniie  àe^ 
comtés  de  Sussex  cl  de  Dorset,  on  ooserve  des  (^j«t> 


Id9« 


lun 


bl     UT*    l'i\l.C\/^^  I  Ul.VfUlb. 


ivw 


ia:«a 


Les  nièiues  causes  qui  ont  si  fréquem- 
ment  conservé  ces  ondulalions  ont  dû  con- 
server de  Dièine  les  empreintes  que  des 
pieds  d*animau!C  ont  pu  laisser  sur  les  lits  de 
sable;  caria  seule  condition  indispensable 
pour  qu*une  telle  conservation  ait  pu  avoir 
lieu,  c*est  que  ces  empreintes  une  fois  faites 
aient  été  recouvertes  par  le  dépôt  d'une 
matière  terreuse  avant  (jue  les  mouvements 
des  eaux  ne  les  aient  fait  disparaître. 

Malgré  labondancede  ces  empreintes  dans 
les  vastes  carrières  deCorn-Cockle-Muir,  on 
n*a  néanmoins  retrouvé  aucun  fragment  os- 
seux appartenant  aux  animaux  dontles  pieds 
se  sont  ainsi  moulés  dans  la  vase.  Cette  cir- 
constance pourrait  peut-être  s'expliquer  |)ar 
la  nature  même  du  grès  siliceux,  peu  favo- 
rable à  la  conservation  des  débris  organi- 
ques; et  le&  conditions  de  cette  destruction 
complète  des  restes  osseux  ne  sont  pas  en 
opposition  avecla  conservation  d'empreintes 
faites  par  les  pieds  et  pn»mptement  recou- 
vertes par  une  couche  de  sable  qui  s'y  serait 
moulée  de  façon  à  en  reproduire  les  formes 
avec  autant  de  fidélité  que  pourraient  le  faire 
les  substances  plastiques  employées  dans 
l'art  du  moulage. 

Mais  cette  absence  même  d'ossements  dans 
ces  roches  où  se  trouvent  de  si  nomL)rcuses 
empreintes  de  pieds  n'est  point  un  obstacle 
pour  la  science  ;  et  nous  pourrons,  sans  nous 
appuyer  ailleurs  que  sur  ces  derniers  témoi- 
gna;^es,  nous  convaincre  de  l'existence  des 
animaux  qui  les  ont  produits,  et  en  recon- 
naître même  jusqu'aux  caractères  distinclifs. 
Ces  traces  sont  trop  courtes  pour  que  ce 
soient  des  pieds  de  crocodiles  ou  de  quel- 
ques autres  sauriens  connus  qui  s'y  soient 
ainsi  moulés  ;  et  c'est  parmi  les  chéloniens 
ou  tortues,  que  nous  pouvons  rechercher 
avec  le  plus  de  chances  de  succès  les  es- 
tions pétriflëes  de  certains  vers  marins.  Ces  déjec- 
tions se  voient  à  rextréniité  des  trous  tiibutaires  que 
oes  animaux  se  creusaient  dans  le  sable  à  Tépoque 
m  ils  liabitaient  le  fond  des  mers,  et  que  Ton  re- 
trouve également  dans  b  substance  même  du  grés. 
La  conserva  lion  de  ces  tul*es  et  de  ces  déjections 
démontre  combien  le  fond  des  mers  demeura  tran- 

Îiuille,  et  par  quels  paisibles  mouvements  des  eaux 
arent  charriés   les  matériau \  gui  ont  reroiivert, 
tans  les  déranger,  ces  diverses  pièces  si  fragiles. 

Des  faits  de  celle  nature  nous  prédisposent  k  croire 
à  la  possibilité  que  des  empreintes  de  pieds  de  tor- 
tues se  soient  conservées  dans  le  grès  rouge,  et  ils 
serrent  aussi  à  démonli-cr  que  cetti*  époque,  où  les 
agents  de  destruction  dêtacliaientdes  tem;s  déjà  con- 
solidées les  matériaux  des  couches  dérivées,  fut 
panacée  en  intervalles  alternatifs  de  repos  et  de 
convulsions. 

(d61)  Ce  mode  de  conclure  diaprés  les  traces  des 
pie4fs  est  employé  par  Thomme  dans  tous  les  étais  de 
société  où  il  se  trouve.  L'identilé  d*un  malfaiteur 
rst  constatée  sur  Tenipreinte  qu'a  laissv'c  sa  chaus- 
sure sur  le  terrain  où  il  a  conunis  son  crime.  Ia*s 
traces  de  pieds  humains  que  trouva  le  capitaine  Par- 
I  y  sur  les  liords  d'un  ruisseau  dans  la  baie  de  la 
Possession  lui   paru;e.il  leliement  técenlcs,  qu*au 

1)remi«;r  abord  il  pensa  quVlltrs  avaient  dû  y  être 
aissées  depuis  peu  par  quelque  naturel  du  pays  ; 
mais  un  examen  aUenlif  lui  démontra  bientôt  que 
c'étaient  leftennpreintes  des  souliers  de  quelqu'un  de 
son  équipage  ;  r\\'*i,  ctaicnl  là  deptiis  qumze  mois,  et 


pèces auxquelles  ces  empreintes  doivent  leur 
origine  (961). 

Que  rhistoricn  et  l'antiquaire  aillent  vi- 
siter les  champs  où  se  sont  livrées  les  ba- 
tailles des  tem{)S  anciens  ou  des  temps  mo- 
dernes; qu'ils  suivent  pas  à  pas  la  marche 
de  ces  victorieux  conquérants ,  dont  les 
armées  ont  brové  les  plus  puissants  royau- 
mes ;  le  vent  et  la  tempête  ont  effacé  le  sillon 
éphémère  qu'y  avait  creusé  leur  pas^a^e,  et 
les  pieds  de  tant  de  millions  d'hommes  et 
de  bêtes  qui  ont  parcouru  le  inonde  en  tous 
sens,  pour  y  semer  la  ruine  et  la  désolation, 
n'ont  pu  peser  assez  sur  sa  surface  pour  y 
laisser  après  eux  une  seule  de  leurs  em- 
preintes. Mais  ces  reptiles,  qui  se  sont  traî- 
nés sur  la  croûte  encore  ébauchée  de  notro 
planète,  aux  âges  de  son  enfanoe,  y  ont  im- 
primé d'ineffaçables  souvenirs  de' leur  pas- 
sage. Aucune  histoire  ne  rappelle  leur  créa- 
tion, ni  comment  ils  ont  été  enveloppés  dans 
une  destruction  complète;  et  l'on  ne  retrouve 
pas  môme  leurs  os  parmi  les  débris  fossiles 
qui  nous  sont  restés  de  l'univers  ancien. 
Des  milliers  d'années  séparent  de  nous  l'é- 
poque où  ces  traces  ont  été  laissées  par  le 
pied  des  tortues  sur  les  sables  de  leur  Ecosse 
natale  ;  et,  le  jour  où,  de  nouveau  rendues 
h  la  lumière,  elles  viennent  s'offrir  à  notre 
curiosité  et  à  notre  admiration,  ,elles  nous 
apparaissent  gravées  sur  le  roc,  comme  sur 
une  neige  récente  les  pas  d'un  animal  qui 
vient  d'^  passer;  elles  sont  là  comme  une 
moquerie  jetée  aux  potentats  les  plus  puis- 
sants des  sociétés  humaines,  et  comme  une 
Toix  pour  nous  redire  combien  sont  peu  de 
chose  des  centaines  de  siècles  en  présenco 
de  l'éternité  (962). 

TORTUES ,  leur  première  apparition,  — 

Voy,  COXCHYLIEM. 

TOURBE.  Toy.  V Introduction. 

leur  conservation  était  due  à  rétatde  coRji;é1atîon  du 
sol.  Non-seuicmént  les  sauvages  de  rAmeriquejpeu- 
vent  reconnaître  un  élan  ou  un  l>ison  d'après  la 
trace  de  ses  sabots,  mais  ils  affirment  même  combien 
de  temps  s*est  écoulé  depuis  son  passade;  et  TArabe, 
en  voyant  le  sable  où  a  posé  le  pied  d*un  cliameau, 
dit  si  ranimai  était  pesamment  cbargé  où  s*il  ne 
Tétait  que  reu,  s*il  était  estropié  ou  s*il  avait  Tusage 
complet  de  tous  ses  membres. 

(962)  On  a  trouvé  récemment  de  semblables  em- 
preintes fossiles  en  Saxe,  au  village  de  Hessbers, 
près  de  Hildbui^hausen,  dans  quelques  carrières  de 
grès  gris  quarizeux  qui  alternent  avec  des  lits  de 
grès  rouge  a  peu  près  de  la  même  époque  que  le 
g:'cs  rouge  de  Dunifries. 

Nous  en  donnerons  la  description  suivante  d'après, 
les  notices  du  docteur  llobnbaum  et  du  professeur 
Kaup  :  '  On  rencontre  les  vestiges  de  pieds  tout  à 
la  fois  en  creux  et  en  relief;  les  creux  ne  se  voient 
qu*à  la  surface  supérieure  des  fables  de  grès,  tandis 
ijue  les  reliefs  s'aperçoivent  seulement  sur  les  sur- 
faces inférieures  des  tables  qui  recouvrent  les  pre- 
mières ;  et  c^esl  par  un  moulage  dans  les  creux  sous- 
jacent3  que  les  reliefs  ont  été  produits.  On  a  trouvé, 
sur  une  seule  table  de  6  pieds  sur  5,  des  traces  d^ani- 
maux  de  plusieurs  espèces  et  de  grandeurs  diUeren- 
tes;  les  plus  grands,  qui  paraissaient  avoir  été  pro- 
duits par  les  pieds  de  derrière,  ont  8  pouces  de  long 
et  5  de  large.  Il  y  en  a  un  qui  a  Iz  pouces  de  lon- 
gueur. Auprèsde  chacune  de  ces  grandes  empreintes, 
et  constamment  à  la  dislance  régulière  d*un  pouca 


1399 


TRI 


DICTIONNÂIRC  BE  COSMOGONIE 


TBI 


I4M 


TRAVERTIN.  Voy,  Vfntroduction. 

TRAVERTIN  SUPERIEUU.  ^^oy.  Falunikn . 

TRIASIQUES  (TERRAINS;.  —  Le  nom  de 
iriasique  a  élé  donné  par  M.  d*0maliu5 
d'Halioy»  &  la  deuxième  grande  période  du 
monde  animé,  celle  qui  suit  immédiatement 
les  terrains  de  transition  ou  paléozoïques. 

Les  terrains  triasiaues  se  montrent  dans 
les  Pyrénées,  autour  du  plateau  central,  dans 
le  Var,  sur  les  deux  rersants  des  Vosges  et 
en  Normanlic.En  Angleterre,  ils  s'étendent, 
du  nord  au  sud,  dans  toute  la  longueur  de  la 
Grande-Bretagne,  en  Ecosse  et  en  Irlande. 
Ils  sont  représentés  dans  toute  l'Allemagne, 
en  Belgique,  en  Suisse,  dans  les  Etats  Sar- 
des>  en  EfsjMgne,  en  Poto.^ne,  dans  te  Tjrol, 
dans  la  Boîiôine,  dans  la  Moravie,  en  Russie. 
Ils  sont  indiqués  aux  Etats-Unis,  dans  la 
république  deBolivia  (Amérique  méridio- 
nale). On  les  a  cités  encore  dans  la  Colom- 
bie^ dans'les  Grandes-Antilles  et  au  Mexi- 
que. Sous  la  ligne  au  suJ,  jusqu'au  20*  de 
tetitude,  Qi  au  nord,  jusqu'au  h9".  Ainsi  ces 
terrains  occuperaient  une  vaste  surface  du 
monde. 

«  Presque  tous  les  géologues  ont  divisé 
les  terrains  triasiques  en  trois  âges  super- 
posés :  le  grêg  bigarré^  le  musckeikatk  et  les 
marnes  irisées.  De  ces  trois  séries  de  cou- 
ches^ distin;;çuées  comme  coupes  d'égale  va- 
leur par  les  auteurs,  nous  n'en  conservons 
*|u«  deux,  qui  concordent  en  tous  points 
avec  les  caractères  de  superposition  et  les 
caractères  paléontologiques  tirés  des  ani- 
maux et  des  plantes.  Suivant  notre  manière 
d'envisager  les  étages,  ils  n'existent,  pour 
lious,  que  lorsqu'ils  représentent  une  épo- 
que comme  la  nôtre,  ayant  sa  faune  et  sa 
flore  spéciales.  Or  ces  trois  séries  de  cou- 
ches ont-elles,  chacune  en  particulier,  ces 
caractères?  Assurément  non;  et  nous  ne 
voyons,  dans  ces  trois  séries,  que  deux  épo- 
ques marquées,  ou  mieux  deux  étages.  Nous 
réunissons  ensemble  les  grès  bicarrés  et  les 
muschelkalksdans  Vêlage  conchyRen  .1"  parce 
que  ces  deux  série5  de  couches,  formées  de 
grès  bigarrés  et  de  muschelkalk  sur  les  ver- 
sants des  Vosges  et  en  Provence ,  sont  sou- 
vent remplacées  par  des  grès  sans  muschel- 
kalk, comme  dans  les  Pyrénées,  en  Angle- 
terre et  aux  Etats-Unis,  ce  qui  prouverait 
que  les  deux  séries  do  couches  ne  sont,  dans 
les  Vosges,  qu'un  accident  local,  puisqu'elles 
sont  remplacées,  sur  d'autres  points,  par 
des  grès  seulement,  alors  l'équivalent  à  la 
fois  du  grès  bigarré  et  du  muschelkalk  des 
Vosges.  2*  Parce  que  les  deux  séries  de  cou- 
ches, ou  les  grès  seulement  des  autres 
points,  reposent,  du  reste,  comme  stratifi- 
cation ,  toujours  sur  l'étage  permien  et  ont 

et  demi  en  avant,  oo  remarque  l*einpreinte  plus 
petite  de  Pan  des  pied»  antérieurs,  loneue  de  4  pou- 
ces et  large  de  5.  Les  empreintes  se  suivent  sur  une 
môme  ligne  droite,  accouplées  deux  par  deux,  et 
chaque  paire  est  séparée  de  la  suivante  par  un  inter- 
valle de  14  pouces.  Dans  les  grandes  eomme  dans 
les  petites  empreintes,  on  voit  le  grand  doigt  alter- 
nativement à  droite  et  h  gauche  ;  les  unes  et  les 
autres  présentent  cinq  doigts,  dont  le  premier  est 


le  même  caractère  géologique.  3*  Parce  qii9 
prise  séparément ,  chacune  des  deux  séries 
ne  donnerait  qu'une  partie  d'une  époqHe  : 
les  grès  bigarres ,  presque  sans  fossiles  ma- 
rins ^  ne  pourraient,  tout  au  plus,  repré- 
senter Qu'un  dépôt  terrestre  et  rireraiD  ;  te 
muschelkalk  sans  fossiles  terrestres  ne  re- 
présenterait qu'un  dépôt  marin.  En  les  sépa- 
rant, il  manquerait  donc  quelque  chose  ï 
toutes  les  deux.  4'  Enfin,  parce  que  réonis- 
sant  ces  deux  séries  de  couches  dans  une 
seule  époque,  on  la  complète,  et  l'on  en  fait, 
comme  dans  tous  les  autres  étages,  une  pé- 
riode formée  d'une  faune  et  d  une  flore  ter- 
restres. C'est  par  la  même  raison  que  nous 
réunissons,  sous  le  nom  d'étage  smUfêritn^ 
les  marnes  irisées  dépendantes  des  |iariies 
riveraines  et  terrestres  de  cette  époque,  aux 
keuper,  ou  aux  calcaires  de  Sainl-Cassian 
qui  en  sont  les  dépôts  marins.  Cette  réunion, 
en  rapport  avec  la  stratification ,  se  trouve 
pleinement  confirmée,  du  reste,  {larlescoii- 
sidérations  paléontologiques  tirées,  k  la  fois, 
des  plantes  et  des  animaux.  En  résumé, 
nous  ne  trouvons  dans  la  nature,  que  deux 
étages  de  terrains  triasiques,  dans  Tordre 
suivant  :  l'étage  conchylien  et  l'étage  sall- 
férien.  »  (Cours  de  pai<fotU., par  d'ORBiGNT, 

t.  m.) 

Caractères  p<Uéontolcgiques, — Pris  comme 
ensemble,  les  teri-ains  triasiques  se  di^tin^ 
guent  nettement  des  terrains  paléozoïques 
sous-jacents,  et  des  terrains  jurassiques  su- 
per^iosés.  Voici,  du  reste,  les  caractères  né- 
gatifs et  [M>sitii's  généraux  qu'on  peut  tirer 
des  restes  organisés  fossiles. 

Caractères  négatifs  tirés  des  genres.  —  Les 
terrains  triasiques  se  distinguent  des  ter- 
rains paléozoïques  par  l'absence  totale  tic 
323  genres  positifs  pour  cesderuiers,  et  qui 
sont  tous  restés,  jusqu'à  présent,  dans  ce 
premier  â^e  du  monde,  sans  arriver  à  la  pé- 
riode triasiçjue. 

Pour  distinguer  l'époque  triasique  de  l'é- 
poque jurassique,  nous  avons  tous  les  gen- 
res qui  n'existaient  pas  encore  dans  la  pre- 
mière, et  qui  n'ont  commencé  à  se  montrer 
que  durant  la  période  jurassique.  Ces  genres 
sont  ainsi  répartis  dans  les  séries  animale>  : 
Parmi  des  animaux  qui  ont  été  rapportés 
aux  mammifères,  2  genres;  parmi  les  rep- 
tiles, 18  genres  ;  parmi  les  poissons  ganoî- 
des  et  placoïdes,  &o  genres  ;  parmi  les  crusta- 
cés, 35  genres  appartenant  principalement 
aux  décapodes  et  aux  isopodes  ;  parmi  les 
insectes,  quelques  genres  d*hymenoptère^, 
d'hémiptères,  de  lépidoptères  et  de  diptères; 
parmi  les  mollusques  céphalopodes,  16  gen- 
res ;  parmi  les  mollusques  gastéropodes,  t4 
genres  ;  parmi  les  mollusques  lauieliibran- 

écarté  en  dehors  à  la  manière  3*Qn  ponce.  Les  pied« 
antérieurs  et  les  pnslérieurs  offrent  à  peu  près  la 
môme  forme,  mais  diffèrent  considérableniem  quant 
aux  dimensions. 

c  On  voit  sur  les  mêmes  sables  d^autres  traces  ds 
pieds  plus  petits,  et  diiléreniment  conformés,  avec 
des  deiffls  armés  d*ongles.Plusicursde  cesempreinios 
ressemolent  à  celles  du  grès  de  DumlHes,  et  ce  sont 
probabiemeDtdespas  de  tortues,  i  «-  Vojf.  fUrracs. 


1401 


TRI 


ET  DE  PALËONTOLOGliL 


TRI 


UOi 


ches,  23  genres;  parmi  les  mollusques  bra« 
chiopodeSy  3  genres;  parmi  les  mollusques 
bryozoaires»  17  genres;  parmi  les  échino- 
derines,  échinides  et  astérides,  24  genres; 
parmi  les  écbinodermes  crinoïdes,  10 genres; 
parmi  .es  zoophytes,  57  genres;  parmi  les 
foraminifères,  10  genres,  et  ^farmi  tes  amor- 
phozoaires*  9  genres.  C'est-à-dire  un  total 
de  292  genres  nés  postérieurement  aux  ter* 
rnins  triasiques,  et  pouvant  donner  des  ca- 
ractères stratigraphiques  négatifs  relative- 
ment aux  terrains  jurassiques.  Nous  pou- 
vons encore  signaler  les  caractères  généraux 
suivants  :  le  manque  des  classes  de  mammi- 
fùreSy  d'insectes  myriapodes,  et  de  43  autres 
ordres  d'animaux  vertébrés,  annelés,  mol- 
lusques et  rayonnes.  En  résumé,  pour  dis- 
tinguer les  terrains  triasiques  des  terrains 
inférieurs  ou  supérieurs,  nous  avons,  eu 
éiiumérant  les  diverses  séries  animales,  en- 
viron 1,423  genres  qui  peuvent  donner  des 
caractères  négatifs,  parce  qu'ils  manquent 
dans  cette  seconde  période  de  ranimation 
du  globe. 

Pour  distinguer  les  terrains  triasiques 
des  terrains  paléozoïques,  nous  avons  les 
7i  genres  donnés  à  ces  terrains,  comme  ca- 
ractères négatifs,  qui  deviennent  ici  des  ca- 
ractères positifs,  attendu  qu'ils  se  montrent 
dans  les  terrains  triasiques,  mais  sont  incon- 
nus, jusau'à  présent,  dans  la  première  pé- 
riode do  l'animalisation. 

Pour  distinguer  la  période  triasiqne  de  la 
période  jurassique,  nous  avons  tous  les  gen- 
res nés  et  éteints  dans  la  période  triasiqueet 
ceux  qui  sont  n^s  antérieurement  sans  pas- 
ser aux  terrains  Jurassiques.  Ces  genres  sont 
ainsi  répartis  :  parmi  les  reptiles,  14  genres; 
parmi  les  poissons,  8  genres  de  ganoïJes  et 
de  placoïdes;  parmi  les  crustacés,  1  genre; 
)»armi  les  mollusques  céphaloi>odes,  b  gen- 
res; parmi  les  mollusques  gastéropodes, 
2  genres;  parmi  les  mollusqueslamellibran- 
ches,  le  genre  myophoria  ;  parmi  les  mol- 
lusmies  brachiopodes,  4  genres;  parmi  les 
roollusnues  bryozoaires,  le  genre  coscinium; 
parmi  les  écbinodermes,  les  2  genres  aplo- 
coma  et  encrinus  ;  parmi  les  zoopliy  tes,  2  gen- 
res; parmi  les  amorphozoaires ,  le  genre 
stromaiopora  :  le  tout  forme  uu  total  de  42 
genres. 

La  combinaison  de  615  genres  pouvant 
donner  des  caractères  négatifs  entre  la  pé- 
riode triasique  et  les  périodes  immédiate-» 
ment  supérieures  ou  inférieures  aux  71 
genres  {K)sitifs  qui  séfmrent  nettement  les 
terrains  triasiques  des  Ages  qui  les  précè- 
dent ou  qui  leur  succèdent,  donne,  pour 
.chacune  de  ces  périodes  en  particulier,  des 
faunes  parfaitement  caractéristiques.  1^ 
faune  triasiuue  a  pour  faciès  particulier  d'ê- 
tre interméaiaire  entre  les  faunes  spéciales 
des  terrains  paléozoïuues  et  jurassiques.  Elle 
renferme  encore  quelques  genres,  tels  que  : 
orthoceratiieê^  me/ta,  a^nidei,  porcellia^pro'* 
ductu$f  eyrthiOf  spirtfer  et  spirigera^  qui 
avaient  leur  maximum  de  développement 
dans  les  terrains  paléozoïques,  et  ne  sont, 
dans  les  terrains  triasiquîS,.  où  elle  s'y  étei- 


gnait pour  toujours,  que  les  derniers  reflet;^ 
des  autres  formes  voisines  de  l'époque  anté- 
rieure. Elle  renferme  déjh  les  premières  es- 
pèces des  genres  plus  spéciaux  aux  terrains 
jurassi(]ue$  :  les  ammonilesj  les  irigonia^  les 
aervilliaj  les  peniacrinus^  les  moniHtaltia, 
les  hippalimus^  qui  sont  les  premières  traces 
des  nombreux  genres  voisins  particuliers  à 
la  période  jurassique,  comme  si  la  nature 
préludait  aux  créations  futures.  C'est,  eu 
effet,  dans  les  terrains  triasiques  que  nais- 
sent les  premières  traces  des  oiseaux,  des 
tortues,  des  crustacés  décapodes  et  des  cé- 
phalopodes acétabulifères,  qui  prennent  un 
si  grand  développement  dans  l'époque  sui- 
vante. Si  la  zoologie  fossile  nous  donne  ces 
résulats,  la  botanique  fossile,  étudiée  avec 
tant  de  soin  par  M.  Brongniart,  amène  pré- 
cisément aux  mômes  conclusions  :  c'est  une 
nouvelle  preuve,  nous  le  pensons,  de  l'iui- 
portance  des  caractères  stratigrapriiques  ti- 
rés des  corps  organisés  fossiles. 

Si  nous  joignons  aux  caractères  straligra- 
phiques  jénoncés  les  résultats  donnés  uar 
les  espèces,  noua  aurons,  à  chacun  des  éta- 
ges, les  nombres  d'espèces  qui  suivent  : 


Etage  conch^lien, 
Etage  saliférien. 


155  espèces. 
79Î     — 


Total,      027  espèces. 


En  résumé,  nous  avons  927  espèces  d'ani- 
maux mollusques  et  rayonnes,  et  de  plantes 
des  terrains  triasiques,  se  divisant  en  deux 
zones  superposées  :  les  étages  conchylien  et 
saliférien. 

Prise  dans  son  ensemble,  la  période  tria- 
si(|ue  avait  des  continents  et  des  mers.  Les 
mers  se  montraient  sur  une  vaste  surface  de 
la  terre,  sur  la  zone  torride  et  les  deux  cô- 
t»5s  du  monde  ;  elles  nourrissaient  sur  leur» 
bords  des  plantes  marines,  un  grand  nom- 
bre de  poissons,  quelques  crustacés,  des 
mollusques  nombreux  et  beaucoup  d'ani- 
maux rayonnes.  Cet  ensemble  d'élres  marina 
n'est  plus  ider»tique  à  la  période  paléozoï* 
que  :  il  ne  nourrit  plus  en  effet  aucun  crus- 
tacé  Irilobite  ;  les  céphalopodes  y  sont  i>eu 
nombreux,  ainsi  que  les  brachiopodes  ;  les 

foissons  ganoïdcs  et  placoïdes  n'y  sont  plus 
leur  maximum  de  développement.  Les  cri- 
noïdes,  si  développés,  ne  s'y  montrent  plus 
que  sous  deux  formes  génériques.  Enun  323 
genres  des  terrains  paléozoïques  sont  incon- 
nus  dans  la  |  ériode  triasique.  D'un  autre 
côté,  avec  la  période  triasique,  comme  com- 
pensation, naissent  do  nouvelles  esjîèces  de 
plantes  marines;  les  crustacés  décapodes 
sV  montrent  pour  la  première  fois,  avec  les 
céphalopodes  aréUbulifèreset71  genres  nou- 
veaux, parmi  lesquels  apparaissent  dos  am^ 
monites  ,  des  trigonie$,  des  plicatules,  des 
peniavrinus,  etc.,  etc.;  tandis  que  les  genres 
ceratites,  les  myophoria,  les  eiicrttiuâ  y  ont 
ou  leur  règne  exclusif,  ou  leur  maximum 
de  développement.  Aussi,  d'un  côté,  beau- 
coup de  formes  animales  sont  restées  ense- 
velies pour  toujours  dans  lea  BMrç  paléozoï- 
ques ;  et  beaucoup  de  fa  ""^  ^^^' 


f40S 


TRI 


E>ICTlO?(r(AIRE  DE  COSMOGONIE 


TU! 


iÂ9S 


1  elles  apparaissent  ayec  les  mers  triasîques. 

Les  continents  nous  montrent  les  mômes 
changements.  Les  plantes  acrogènes,  à  lour 
maximum  de  dévcloppementrlans  les  terrains 
paléozoïques,  y  sont  ici  moins  nombreuses, 
et  quelques  genres  danimaux  terrestres 
disparaissent  enlîèremenl;  mais  ces  chan;jc- 
ments  sont  lar^çement  compensés  par  les 
nouvelles  formes  qui  naissent  dans  la  pé- 
riode triasiquo.  Nous  voyons  en  elTct  appa- 
raître sur  îo  littoral  des  continents,  pour  la 
première  fois,  des  oiseaux,  des  tortues  ;  et 
lesgranls  reptiles  sauriens  y  atteignent  le 
maximum  dé  leur  développement  générique 
et  y  prennent  les  formes  les  plus  étranges, 
tandis  ijue  commence  le  rè^^ne  des  plantes 
dicotylédones  gymnospermes. 

En  résumé,  dans  cette  seconde  période 
de  l'animation  du  glohe,  aucun  mode  de  res- 
piration n'existe  de  plus.  Les  mêmes  classes, 
les  mêmes  ordres  existent,  à  ces  change- 
ments près  :  que  les  crustac^i  trUohites  y 
sont  en  moins;  nue  les  oiiseaux,  les  tortues, 
les  crustacés  décapodes,  les  céphalopodes 
acétabulifères  y  sont  en  plus.  Beaucoup  de 
genres  éteints  dans  les  terrains  paléozoïques 
ont  été  remplacés  par  d'autres  au  moins  aussi 
nombreux.  Toutes  les  espèces  y  sont  tota- 
lement différentes. 

Pendant  cette  période  ;du  monde  animé, 
moins  longue  sans  doute  que  la  période  pa- 
léozoïque,  des  perturbations  générales  sont 
venues  deux  fois  disloquer  la  croûte  terres- 
tre, sur  quelques  points  du  globe,  et  anéan- 
tir les  plantes  et  les  animaux.  Deux  fois 
aussi,  après  cet  anéantissement,  le  repos 
reparaît  sur  le  globe,  et  une  nouvelle  créa- 
tion repeuple  la  terre  de  plantes  et  d'ani- 
maux différents  des  époques  précédentes. 

TRIGONELLITES.  Yoy.  Apticus 

TRILOBITES.—  Famille  de  crustacés  fossi- 
les, dont  toutes  les  espèces  sont  éteintes.  Là 
Srande  étendue  qu'occupent  les  trilobites 
ans  les  couches  constituantes  de  l'écorce  du 
globe,  et  leur  abondance  numérique  dans 
toutes  les  localités  où  onléi  a  rencontrés, 
sont  deux  particularités  remarquables  do 
leur  histoire.  On  les  trouve  sur  les  points 

(963)  M.  d*Orbigny  a  trouvé  des  triloDites  eit 
compagnie  de  stroplioinènes  et  de  productus  danii 
la  form^iion  de  schiste  grcywacke  de  la  Cordillère 
de  Tcsl,  iv.pulilique  de  BoliVia.  On  trouve  aussi  dans 
ce  inômc  leiiain  des  coquilles  d'eau  douce,  des  nié- 
bnies,  tles  mélanopsis,  et  probablement  des  ano- 
dontes,  ce  qui  est  tout  à  fait  en  rapport  avec  la  dé- 
couverte que  Ton  a  faite,  il  y  a  peu  de  leuïps,  de 
semblables  coquilles  fjissiles  dans  les  terrains  de 
iransitiou  de  Hi lande,  de  rAllenia:;ne  et  des  Etats- 
Unis.  Ou  TcncoaUe  prcs  de  Potosi ,  des  coquilles 
d'eau  douce  fossiles  jusqu'à  une  clévalion  de  15,201) 
pieJs. 

Les  éclianUllons  qu'a  rerucillis  M.  d'Oibîgny  con- 
firment aussi  les  opinions  de  M.  Penlland  sur  les 
analogies  qui  exisicnl  entre  la  grande  formation 
calcaire  du  disirirt  en  q»iestion  et  les  calcaires  car- 
bonifères de  rAngleterre,  cts'ir  la  grande  étendue 
qu'oocupeiil,  dans  rAmérique  du  S.id,  les  deuï  fi*r- 
mations  de  la  marne  rouge  et  du  nouveau  grés 
rouge. 

(96  i)  On  trouve  en  Ecosse,  dans  le  calcaire  dVau 
douce  situé  au-dessous  du  terrain  houiller  du  Mid- 


les  plus  é1oi;^nés  des  deux  hémisphères  aus* 
tral  et  boréal  ;  et  on  en  a  constate  la  présence 
dans  toute  l'Europe  septentrionale  et  dans 
de  nombreuses  localités  de  rAmérique  du 
Nord;  dans  les  Andes  (963)  et  au  cap  do 
Bonne-Espérance. 

On  n'a  jamais  rencontré  de  ces  animaux 
singuliers  dans  les  terrains  plus  récents  que 
le  groupe  carbonifère;  et  trois  crustacés, 
faisant  partie  comme  eux  de  la  division  des 
entomostracés,  sont  les  seuls  articulés  de 
cette  classe  gui  se  montrent  dans  des  couches 
contemporaines  de  celles  où  se  trouvent  des 
débris  de  trilobites  (965^).  Ainsi,  pendant 
toutes  les  périodes  qui  se  sont  écoulées  de- 
puis le  dépôt  des  plus  anciennes  couches 
fossilifères  jusqu'aux  étages  supérieurs  dtt 
la  formation  houillère  (965),  les  trilobites 
paraissent  avoir  été  les  représentants  prin- 
ci|)aux  de  toute  une  classe  qui  se  développa 
en  un  grand  nombre  d'ordres  et  de  familles, 
après  la  disparition  de  ces  premières  forme» 
cruslacéennes. 

Les  singularités  étranges  de  configuration 
que  présentent  les  animaux  de  cette  famille 
ont  attiré  sur  eux  Taltention  depuis  fort  long- 
temps. M.  Brongniarl,  dans  son  estimable 
mémoire  publié  en  1822,  en  a  mentionné 
cinq  genres  et  dix-sept  espèces  (966);  d'au- 
tres auteurs  (Dalman,  Wahlenberg,  Dekay  et 
Green)  y  ont  ajouté  cinq  nouveaux  genres, 
et  ont  porté  le  nombre  des  espèces  à  cin- 
quante-deux. On  a  longtemps  confondu  les 
trilobites  fossiles  avec  les  insectes,  sous 
le  nom  iTentomoHthus  patadoxus  ;  et  ce 
n*est  qu'après  de  nombreuses  discussions  sur 
leur  nature  véritable  Que  l'on  est  arrivé,  dans 
ces  derniers  temps,  à  les  ranger  dans  une 
section  séparée  de  la  classe  des  crustacés  :  et, 
bien  que  la  famille  tout  entière  paraisse 
avoir  clé  anéantie  dès  une  époque  aussi  re- 
culée que  le  fut  le  terme  des  dépôts  carboni- 
fères, elle  n'en  présente  pas  moins  certaines 
anologies  de  structure  qui  la  rapprochent  de 
très-près  des  crustacés  qui  habitent  nos  mers 
actuelles  (967). 

Le  segment  antéi;ieur  des  trilobites  cons- 
titue un  grand  bouclier  semi-circulaire  ou 

Lotliicn,  deux  genres  d^entomostracës ,  les  genres 
eurvpterus  et  cypris,  le  premier  à  Kirkton,  prés  de 
Balugate,  cl  le  second  à  uurdie-House,  présd'*Edini- 
bourg.  (Tramact,  de  la  Société  royale  Jt Edimbourtu 
t.  XIiI.)  En  outre,  on  a  reconnu  tout  réccronient  le 
troisième  genre,  le  genre  limide,  dans  la  fomiaticn 
houillère,  et  nous  allons  en  donner  bientôt  la  àes- 
cription.  Ain»i  los  entomostracés  paraissent  avoir 
été  les  seuls  rcprésentaïus  de  la  classe  des  cnisu- 
ces,  iusqu'après  le  dépôt  des  couclics  carbotiifèr»s. 

(9G.5)  On  a  découvert  une  nouvelle  espèce  de  tri-, 
lobites,  dans  le  minerai,  ferrugineux ,  au  milieu  du 
terrain  houiller,àCoal-Brook-Uale  (Lond.  and  Eilim- 
bourç.  Phil.  Mag.,  t.  IV,  1834,  p.  376.) 

(9()G)  Ce  sont  les  gchrcg  cahimèm^  asapkui^  ogty 
ges ,  paradoxus  et  agnostns.  Plusieurs  de  ces  uoins 
ont  été  choisis  précisément  pour  exprimer  Pob$eu> 
rite  qui  couvrait  la  nature  des  corps  auqucls4Mi  les 
appliquAÎt  r.trahiutiiwi^ obscur;  imc^^ç^cadié^  nttfiù- 
io^rtç,  merveilieux  ;  «yvuorro?,  inconnu, 

(%7)  Voyez  }A.  \\ihov\s,  Rc€fiercke$  $vr  Us  rap- 
porU  naturels  qui  existent  entre  Us  irilobiUs  fi  lis 
animaux  urticuUa. 


1405 


TRI 


£T  DE  PALEONTOLOGIE. 


tftl 


i4oe 


en  forme  de  croiss/inl,  anqucl  fait  suite  un 
abdomen  ou  corps  composé  de  nnml)i-cuY 
serments,  qui  se  recouvrent  successivemeiil 
roume  ceux  de  la  queue  de  Técrevissot  et  en 
outre  partagé  en  général  par  doux  sillons 
ion^^itddinaux  en  trois  séries  de  lobes,  d*où 
Icuir  est  yenii  le  nom  de  trilobitcs.  Le  corps 
se  termine,  dans  plusieurs  espèces,  par  uno 
cjueue  ou  post-abdomen  triangulaire  ou  se- 
niilunaire,  offrant  des  lobes  moins  distincts 
que  le  corps.  Les  espèces  du  genre  calymènc 
ont  la  faculté  de  se  rouîer  en  boule  comme 
les  cloportes. 

Parmi  les  animaux  du  monde  actuel,  les 
crustacés  du  genre  sérole  (968)  sont  ceux, 
qui  'se  rapprochent  le  plus  de  la  famille 
des  trilobites  La  difTérence  la  plus  im})or- 
tante  qui  sépare  ces  deux  groupes  consiste 
dans  la  série  nombreuse  de  pattes  et  d'an- 
tennes crustacées  que  possède  le  premier, 
tandis  que  Ton  n'a  rencontré  jusqu'ici  aucun 
vestige  de  ces  organes  en  connexion  avec  des 
débris  ayant  appartenu  au  second.  M^  Bron- 
gniart  explique  rabsencc  de  ces  organes  par 
Ihjpothèse  que  les  trilobites  formaient,  dans 
la  série  des  crustacés,  un  groupe  à  antennes 
très-petites  ou  même  nulles,  et  dont  les 
meubles,  transformés  en  des  lames  ou  pattes 
molles  et  facilement  destructibles,  suppor- 
taient des  branchies  ou  des  organes  filamen- 
teux destinés  à  la  respiration  aquatique  et 
non  susceptibles  de  conservation. 

Les  limules  ou  crabes  des  mollusques, 
sont,  après  les  précédents,  ceux  qui  se  rap- 
)»rocheat  le  plus  des  trilobites.  Ce  sont  des 
crustacés  qui  abondent  maintenant  dans 
les  mers  des  climats  chauds,  et  surtout  dans 
les  mers  de  Tlnde,  ef  sur  les  côtes  de  TA- 
luérique.  Leur  histoire  est  importante  h 
cause  du  passage  qu'établissent  ces  animaux 
contre  les  formes  éteintes  de  la  classe  des 
crustacés  et  les  formes  actuellement  exis- 
tantes. On  en  a  rencontré  à  Tétat  fossile  dans 
le  groupe  carbonifère  des  comtés  de  Statl'ord 
et  de  Derby,  et  dans  le  calcaire  jurassique 

(068)  Le  docteur  Leacli  a  établi  le  genre  scrolis 
sur  des  échantillons  provenant  du  détroit  de  Magel- 
lan (ou  mieux  de  Magalhaens,  d*aprcs  le  capitaine 
King),  et  sur  un  autre  venu  du  Sénégal.  Les  pre^ 
mlcrs  avaient  été  pris  par  sir  Joseph  Bunks  pendant 
8on  Toyajce  avec  le  capiuiine  Cook,  et  donnes  par 

:  lui  à  la  Société  linéenne.  M.  le  docteur  Leach  te- 
nait le  second  de  M.  Dufresne.  Le  capitaine  Ring  a 

I  depuis  recueilli,  au  nioyrn  de  la  drague,  des  échan- 
tillons nouveaux  du  même  genra  sur  la  côte  est  de 
iaPalagonie,  à  quaranlc-ciiui  degrés  de  latitude  suJ, 
cl  à  trente  milles  des  côtes,  à  une  prorondour  de  qua- 
rante brasses:  il  en  a  tnuivc  aussi  au  port  Faniine, 
dans  le  détroit  de  Mupllan,  qui  avaient  clé  rejetés 

,  par  la  marée,  et  le  rivage,  dil-il,  était  liltéralemcnl 
recouvert  de  leurs  polîls  cadavres.  Cet  obser> 
valeur  s*est  assuié  en  outre  que,  pendant  leur 
^ie,  ces  crustacés  nn^enl  tous  eontrc  \d  foiul  de 
la  mer,  parmi  les  plantes  mariuL's.  Leui  s  nioitvo- 
ineuls  sont  leuls  et  graduels,  cl  ne  ressemblent  en 
lien  à  ceut  d'une  chevreitc  ;  jamais  il  ne  h  s  a  vus 
venir  à  la  surface  ;  et  leurs  membres  lui  ont  paru 
conformes  d*une  manière  spéciale  ptmr  nager  cl 

,    ramper  au  fond  des  cau%. 

(Oii9)  Dans  le  genre  limnle,  on  ne  voit  que  de  fni- 
Hcs  traies  d*antenues,  cl  le  bouclier  qui  rcrouxre  fa 


d'Aiiîîis!a:lfy  près  de  Pappenliein,  en  môm^ 
temps  que  plusieurs  autres  crustacés  mcrins 
d'un  ortire  plus  élevé  (909). 

Dans  cette  môme  classe  des  crustacés,  il 
est  un  animal  dont  les  membres  offrent  une 
disposition  tout  h  fait  analogue;  c*est  lo 
branchipe  des  étangs  (970),  si  commun  dans 
nos  eaux  douces  stagnantes.  Toutes  les 
pattes  sont  réduites  chez  cet  animal  à  Tétat 
de  lames  membraneuses,  et  ce  sont  des  or- 
ganes rempHs5ant  en  môme  temps  les  fonc- 
tions de  la  respiration  et  de  la  locomotion. 

Celte  comparaison  que  nous  venons  d'éta- 
blir entre  quatre  famlilesdifférontes  de  crus- 
tacés, dans  le  but  d*iilustrer,  parles  analo- 
gies qui  en  ressortent,  Thisloire  de  cette  fa- 
mille des  trilobites,  éteinte  depuis  un  temps 
si  long,  est  un*  excmnle  frappant  qui  nous 
fait  voir  jus(|u*à  quelle  époque  reculée  des 
temps  géologiques  remonte  cet  arrangement 
systémali(]ues  et  unifornje  dajrès  lequel  ont 
été  établis  les  rapports  étroits  qui  rattachent 
entre  elles  les  diverses  familles  du  règne  ani- 
mal. Trois  de  ces  familles  font  partie  des 
habitants  actuels  de  notre  ^lobe,  tandis  que 
la  quatrième,  éteinte  depuis  longtemps,  ne 
se  rencontre  plus  qu'à  1  état  fossile.  Lorsque 
nous  voyons  ainsi  les  trilobites  les  plus  an- 
ciens se  placer  immédiatement  à  côté  de  nos 
crustacés  actuels,  nous  ne  pouvons  nous  re* 
fuser  à  reconnaître  en  eux  un  détail  d'un 
grand  système  de  création  dont  toutes  les 
parties  sont  reliées  entre  elles  par  l'unité  de 
f)lan  la  plus  parfaite,  et  dont  les  plus  minu- 
tieux détails  se  rattachent  les  uns  aux  autres 
par  des  harmonies  d*organisation  non  inter- 
rompues. 

Les  trilobites  offrent  un  exemple  de  cet 
étal  particulier,  cl,  comme  on  l'appelle  sou- 
vent, rudimentaire  des  orp^anes  de  locomo- 
tion, dans  lequel  les  membres  remplissent 
à  la  fois  des  fonctions  locomotrices  et  respi- 
ratoires. Ceux  qui  soutiennent  la  théorie  quo 
les  espèces  plus  parfaites  dérivent  de  formes 
])lus  simples  par  une  série  non  interrompue 

pallie  antérieure  du  corps  s'cteml  de  façon  à  recou- 
vrir entièrement  une  série  de  pelils  membres  crusta- 
cés. En  dessous  de  la  seconde  poiiion,  ou  portion 
alidominale  du  test,  se  voit  une  série  de  lames  cor- 
néi^s  transversales  minces  qui  supportent  les  fibres 
branchiales  en  même  temps  au'elles  remplissent  les 
fonctions  de  rames  destinées  a  la  natation.  Ou  voit 
celte  même  disposition  de  branchies  lamcUeuses 
chez  les  seroles. 

Ainsi,  pendant  que  nous  trouvons  dans  les  seroles 
des  antennes  et  des  pattes  crustacées  en  même  lempg 
que  des  pattes  mollesqui  remplissent  les  fonctions  de 
b!  anehies,  les  limules  nous  olfrent  la  même  disposi- 
tion des  membres  et  des  app4Midices  branchiaux, 
mais  seulement  avec  de  faibles  traces  d'anlennes,  et 
les  branchiiM^snous  présentent  des  antennes  et  point 
depiedscruslaeés.  Les  trilobites,  dé|M>urvus  d'anten- 
nes, et  dont  tous  le»  membres  de  même  que  ceux  des 
branehipes,  soni  représentés  par  des  lames  membra- 
neuses, sont  dinc  les  formes  exlrêmcs  qui  vlciineiil 
après  ces  derniers,  dans  la  série  des  crustacés  enlo- 
mostracés,  de  TorJre  des  branchiopodes ,  ordre 
dans  lequel  les  pîe.ls  sont  représentés  par  des 
lames  ciliées  réunissant  les  foiicUOns  de  la  respira- 
tion et  de  la  natation. 

(070)  Cancer  stagnalis^  Lin. 


I4#7 


TRI 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIH: 


TRI 


\m 


de  changements  pourront  voir  dans  les  trilo* 
bites  la  souche  éteinte  d*où  sont  dérivées 
dans  la  suite  des  âges,  par  des  séries  de  dé- 
veloppeœents  successif,  les  diverses  formes 
crusiacéenues  les  plus  élevées  ;  mais  une  con- 
séquence de  celte  hypothèse,  c'est  que  nous 
ne  devrions  plus  retrouver  dans  le  bran- 
chipe  actuel  des  conditions  organiques  tout 
aussi  simples  que  celles  qui  nous  sont  of- 
fertes parla  famille  des  tnlobites,  c'est  que 
le  limule,  dont  l'apparition  date  des  pre- 
miers Ages,  n'eût  pas  dû  conserver  ses  ca- 
ractères intermédiaires,  n'eût  pasdû  demeu- 
rer à  un  degré  si  inférieur  dans  Téchelle  or- 
ganique, depuis  le  moment  où  il  apparut 
fiour  la  première  fois  dans  la  série  carboni- 
ëre,  jusqu'à  l'heure  actuelle,  après  avoir 
traversé  la  période  moyen-âge  des  formations 
tertiaires  (971). 

Yeuœ  des  trilohitee.  —  Outre  les  analogies 
que  nous  venons  de  mentionner  entre  les 
triiobites  et  certaines  formes  actuelles  de 
crustacés,  il  nous  en  reste  à  étudier,  dans 
la  structure  des  yeux,  de  nouvelles  et  de  plus 
importantes  encore.  Ce  qui  appellera  sur  ce 
point  de  notre  part  une  attention  toute 
spéciale ,  c'est  que  nous  y  trouvons  le  plus 
ancien,  le  seul  exemple  peut-être  qui  nous 
soit  parvenu  du  monde  fossile,  de  la  con- 
servation des  parties  aussi  délicates  que 
l'étaient  les  organes  visuels  d'animaux  qui 
ont  cessé  de  vivre  il  y  a  des  milliers  el  peut- 
être  des  millions  d'années.  Nous  les  étudie- 
rons avec  un  intérêt  plus  qu'ordinaire,  si 
nous  avons  présent  à  l'esprit  que  ce  que 
nous  soumettrons  à  noire  étude  n'est  autre 
chose  que  les  mômes  instruments  de  vision 
que  traversait  la  lumière  pour  produire  la 
sensation  de  la  vue  chez  quelques-uns  des 
plus  anciens  habitants  de  notre  planète. 

La  découverte  de  ces  instruments  si  par- 
faitement conservés,  après  avoir  été  ensevelis 
pendant  un  nombre  d'années  incalculable 
dans  les  éla^^cs  les  plus  anciens  de  la  for- 
mation de  transition,  est  un  des  résultats  les 
I)lus  curieux  des  recherches  géologiques;  et 
a  structure  de  ces  yeux  nous  fournil  un  ar- 
gument d'une  haute  importance  lorsqu'il 
s'a^^it  de  rapprocher  les  points  extrêmes  de 
la  création  animale.  Si  les  dispositions  mé- 
caniques qui  constituent  les  appareils  vi- 
suels sont  les  mêmes  qui  entrent  de  nos 
Jours  dans  la  construction  des  yeux  chez  les 

(971)  Le  fossile  très-rare  tiguré  par  llartin  dans 
son  Petrificala  Derbieiuiu,  sous  le  lunn  d'eiilonioli- 
tlius  moDocululus  (lunatut)^  parait  n*ctrc  autre  chose 
qu'un  linHile.  li  a  été  trouvé  dans  un  minerai  ferru- 
gineux de  la  formation  carbouifère  des  confins  du 
cointc  de  Derby. 

Aux  époques  secondaires,  pendant  que  se  dispo- 
sait le  calcaire  jurassi((ue,  les  limnlcs  aI)ondent  dans 
les  mers  qui  reconviaient  alors  rArcmaguc centrale; 
et  nous  retrouvons  dans  notre  limule  actuel  les 
mômes  formes  que  ce  genre  présentait  alors. 

M.  Stokcs  a  découvert  à  la  face  inférieure  d'un 
Itilobilc  fossile  du  lac  Huron  une  lame  crustacéc 
garnissant  rentrée  de  Testomac,  et  ressemblant  par 
sa  forme  et  sa  structure  h  certaines  partie  s  analo- 
gues des  crabes  modernes.  Cet  organe  est  donc  un 


insectes  et  les  crustacés,  il  y  a  là  une  coïn- 
cidence, un  accord  qu'il  nous  parait  tout  à 
fait  impossible  d'expliquer,  à  moins  d'in- 
voquer l'intervention  active  d'une  puissanc* 
créatrice  unique  et  intelligente. 

Le  professeur  Muller  et  M.  Strauss  oui 
fait  connaître  avec  habileté,  et  d'une  manière 
complète,  comment ,  chez  les  crustacés  et 
chez  les  insectes,  la  vision  distincte  estpro- 
duite  par  le  moyen  d*un  grand  nombre  de 

fietites  facettes  ou  de  lentilles  placées  à 
'extrémité  des  tubes  coniques,  ou  de  mi- 
croscopes, dont  le  nombre  s'élève  parfois^ 
comme  dans  le  papillon,  jusqu'à  35,000,  ou 
jusqu'à  14,000,  comme  dans  la  libellule  er* 
dincuro. 

Il  paraît  que  dans  des  yeux  construits  sur 
ce  principe,  l'image  est  d*autant  plus  dis- 
tincte que  les  petits  cônes  sont  plus  nom- 
breux et  plus  longs,  à  surface  égale,  et  que 
chacun  des  petits  tubes  en  particulier  ue 
saisissant  que  les  objets  qui  sont  placés  sur 
son  axe,  les  limites  du  champ  de  lavisieo 
sont  d'autant  plus  étendues  ou  plus  res- 
treintes que  la  surface  de  Tceil  e$t  elle- 
même  d'uue  forme  plus  ou  moins  hémisphi 
rique. 

Si  nous  étudions  les  yeux  des  triiobites 
sous  le  rapport  des  principes  qui  ont  présida 
à  leur  construction,  nous  trouverons  daas 
leur  forme  et  dans  l'arrangement  de  leurs 
facettes  des  particularités  propres  à  en  à* 
voriser  l'emploi  comme  instruments  d'op- 
tique. 

Dans  l'asaphus  caudatus  chacun  des  yeui 
contient  au  moins  400  lentilles  presque 
sphériques,  qui  forment  sur  la  surfacede  la 
cornée  des  compartiments  distincts  (9T2). 
L'ensemble  de  la  cornée  offre  une  forme  en 
rapport  avec  les  besoins  d'un  animal  destiné 
à  vivre  au  fond  des  eaux.  Dans  cette  condi- 
tion d'existence,  voir  en  dessous  était  aussi 
impossible  qu'inutile  ;  mais  pour  la  vision 
dans  le  sens  horizontal,  les  arrangements 
que  l'on  observe  sont  pleins  de  perfeelion 
(973).  Chaque  œil  offre  à  i:eu  près  la  forme 
d'un  tronc  de  cône,  incomplet  seulement  sur 
la  face  qui  regarde  l'œil  du  côté  opposé,  el 
là  où  des  facettes,  si  elles  eussent  existé, 
eussent  été  rendues  inutiles  par  leur  position 
même  relativement  à  la  partie  de  la  tôle  vei^ 
laquelle  elles  se  fussent  trouvées  tournées. 
La  partie  extérieure  de  chaque  œil  constitue 

nouvel  anneau  qui  réunit  les  triiobites  cl  les  crosia- 
cés  nos  conlcmpoiains.  (Jransactiom  géologiqties , 
nouvelle  série,  1. 1",  p.  208,  pi.  27.) 

(972)  Le  cristallin  des  poissons  est  sphërique.lw 
cristallins  des  triiobites  offrent  aussi  à  peu  prcsceue 
forme,  ce  qui  nous  porte  à  la  regarder  coniine  « 
rapport  avec  le  milieu  aquatique  dans  lequel  ces  or- 
ganes sont  destinés,  dans  Fun  et  dans  l'autre  cas,  > 
remplir  leurs  fonctions.  Aussi  prcsumons-mm* 
qu'une  forme  semblable  est  celle  des  crisUllios  diai 
iiîS  yeux  des  cruslaccs  marins,  et  que  celte  forme 
diffère  probablemenl  de  celle  du  mëine  organe  vUa 
les  insectes  qui  vivent  dans  Tair. 

(975)  Les  yeux  des  abeilles  sont  disposés  de  a 
manière  la  plus  favorable  pour  la  .vision  hortf»»- 
taie  et  en  bas. 


J 


UM 


TRI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


TW 


filO 


une  sorte  de  bastion  circulnire  eoiriprennnt 
environ  les  trois  quarts  du  cercle,  et  disposé 
par  rapDort  à  l'horizon,  de  telle  manière 
que  là  ou  se  termine  le  champ  visuel  de  Tun 
des  yeux,  là  aussi  colnmence  le  champ  visuel 
de  Tœil  voisin,  de  telle  sorte  que  renserablo 
des  deux  yeux  embrassait  dans  sa  portée 
horizontale  un  panorama  tout  entier 

Si  nous  com[»arons  cette  disposition  des 
yeux  avec  celle  que  Ton  observe  dans  les 
trois  genres  voisinsde  crustacés  dont  l'élude 
nous  a  servi  à  mettre  en  lumière  la  struc- 
ture générale  des  trilobiles,  nous  voyons 
que  c'est  le  même  mécanisme  chez  tous, 
modifié  de  diverses  façons,  dans  le  but  de  le 
mettre  en  rapport  avec  la  situation  et  les 
habitudes  de  chacun  de  ces  êtres.  C'est  ainsi 
que,  chez  le  branchipe  qui  s.e  meut  dans 
les  eaux  avec  rapidité  suivant  toutes  les  di- 
rections, et  qui  avait  besoin  de  voir  dans 
tous  les  sens,  chaque  œil  est  à  peu  près  hé- 
misphérique et  porté  sur  un  pédpncule  qui 
l'éloigné  assez  de  la  tête  propre  pour  qu'il 
))uisse  remplir  complètement  toutes  ses 
fonctions. 

Chez  les  séroles  la  disposition  des  yeux 
et  l'étendue  de  la  vision  sont  pareilles  à  ce 
que  Ton  voit  chez  les  trilobites;  mais  ces 
organes  ont  leur  sommet  moins  élevé,  et  le 
dos  aplati  de  l'animal  ne  s'oppose  que  fort 
peu  à  l'arrivée  d'une  portion  des  rayons  de 
lumière  qui  proviennent  des  corps  environ- 
nants. 

Chez  le  limule ,  tes  yeux  latéraux  sont 
sessiles,  et  leur  portée  n'embrasse  pas  l'es- 
pace situé  immédiatement  en  avant  de  la 
tète  ;  mais  le  front  porte  deux  autres  yeux 
simples ,  qui  suppléent  ce  qui  manque  à 
retendue  de  la  vision  par  les  yeux  compo- 
sés (974).  ^ 

^  Dans  celte  comparaison  que  nous  venons 
d'établir  entre  les  yeux  des  trilobites  et  ceux 
du  limule,  des  séroles  et  des  branchipes, 
nous  avons  étudié  les  yeux,  ces  organes  de 
tous  les  plus  délicats  et  les  plus  complexes, 
dans  des  animaux  qui  ont  vécu  à  toutes  les 
périodes  extrêmes  et  intermédiaires  de  la 
série  des  créations  progressives.  Les  trilo- 
bites des  roches  de  transition,  animaux  que 
nous  devons  compter  au  nombre  des  formes 
les  plus  anciennes  que  la  vie  ait  revêtues  , 
oSt*tni  dans  ces  organes  les  mêmes  modifi- 
cations ^  que  nous  voyons  encore  de  nos 
^ours  s'adapter  aux  mêmes  fonctions  dans 
le  genre  serole  de  la  création  actuelle;  et 
les  mêmes  formes  dans  les  mêmes  instru- 
ments se  montrent  également  pendant  la  du- 
rée de  ces  périodes  intermédiaires  de  la 
chronologie  géologique,  pendant  lesquelles 
les  couches  secondaires  se  déposèrent  au 
fond  des  mers  chaudes  qu'habitaient  les  H- 
mules,  dans  les  régions  de  l'Europe  qui 
eonstituent  maintenant  les  plaines  élevées 
de  l'Allemagne  centrale. 

Les  conséquences  auxquelles  ces  faits 
nous  conduisent  nintéressent  nas  seule- 


ment la  physiologie  animale,  elles  nous 
instruisent  aussi  sur  la  condition  des  mers 
et  de  l'atmosphère  des  temps  anciens,  et  sui* 
les  rapports  de  la  lumière  avec  l'un  et  l'au- 
tre de  ces  deux  milieux,  à  celte  époque  re- 
culée où  les  animaux  marins  les  plus  anciens 
étaient  pourvus  d'organes  de  vision,  dont 
les  arrangements  o[)tiques  les  plus  minu- 
tieux étaient  les  mêmes  qui  servent  encore 
maintenant  à  transmettre  la  sensation  de  la 
lumière  aux  crustacés  du  fond  de  nos  mers 
actuelles. 

Relativement  à  la  nature  des  eaux  où  vi- 
vaient les  trilobites  pendant  la  période  do 
transition  tout  entière,  nous  arrivons  à  cette 
conclusion  que  ce  nY'tait  pas  ce  liquide  ima- 
ginaire, trouble  et  formé  d'un  chaos  d'élé- 
ments en  désordre,  dont  les  précipitations, 
au  dire  de  certains  géolo^es,  auraient  pro- 
duit les  matériaux  constituants  de  l'écorco 
du  globe  ;  car  le  liquide  au  fond  duquel  les 
yeux  de  ces  animaux  remplissaient  leurs 
fonctions,  quel  qu'il  fût,  devait  être  assez 

fur  et  assez  transparent  pour  livrer  passage 
la  lumière,  jusqu'à  ces  organes  visucU 
2ue  nous  retrouvons  aujourd  iiui  dans  un 
tat  si  parfait  de  conservation,  et  dont  la  na- 
ture nous  est  si  bien  connue. 

Quant  à  ce  qui  concerne  l'atmosphère,  les 
mêmes  faits  nous  conduisent  de  même  > 
penser  que  si  la  condilion'd'alors  eût  différé 
essentiellement  de  la  condition  actuelle,  les 
rayons  lumineux  eussent  dû  en  être  modi- 
fiés, et  que  des  modifications  correspondant 
tes  devaient  nous  apparaître  dans  les  orga- 
nes qui  étaient  donnés  aux  crustacés  pour 
recevoir  par  leur  entremise  l'impression  da 
ces  rayons  lumineux. 

Nous  pouvons  arriver  à  des  conclusions 
analogues  relativement  à  la  lumière  elle- 
même;  car  cette  ressemblance  entre  Tor^^a- 
nisation  des  veux  aux  figes  primitifs  et  à  ré- 
poque  actuelle,  nous  est  une  preuve  que  les 
relations  mutuelles  de  ces  organes  et  des 
rayons  qui  leur  transmettaient  l'impression 
des  objets  extérieurs  étaient  au  fond  des 
mers  primitives  ce  quelles  sont  au  fond  des 
mers  actuelles. 

Ainsi,  nous  rencontrons  parmi  les  débris 
organiques  les  plus  anciens  un  appareil  op- 
tique ae  Torganisation  la  plus  curieuse, 
destiné  à  proouire  le  sens  de  la  vision  sur 
les  animaux  qui  représentaient  à  cette  épo- 
que toute  une  grande  classe  de  Tembrancne- 
ment  des  articulés.  Depuis  cette  époque,  ces 
organes  ne  sont  point  passés  par  une  série 
de  changements,  des  lormes  les  plus  sim- 
ples aux  formes  les  plus  compliquées;  ils 
furent  créés  dès  leur  première  origine,  et 
sans  tâtonnement,  dans  une  harmonie  par- 
faite ,  avec  les  usages  et  la  condition  de  la 
classe  d'animaux  qui  a  toujours  été,  comme 
elle  nous  apparaît  maintenant,  en  possession 
d'yeux  construits  sur  ce  principe. 

Si  nous  trouvions  un  microscope  ou  un 
télescope  entre  les   mains   d'une   momie 


,  (974)  Ces  yeux  sont   tdlemenl  rspprodtcs  «  ttne     tuant  un  <ril  unique,  qne  l/ninée  a  donné  ^  crt  an!* 
<^*c^t  parce  qu'ils  oiH  été  regardés  connue  cok»li-     mal  le  nom  de  mon^culnê  fohfpktmui. 


lifl 


TUR 


DlCTlONNAIflE  DE  COSMOGONIE 


TLR 


14l« 


égyptienne  ,  oh  au  scia  des  ruines  d'Horcu- 
lanuna,  il  ne  nous  viendrait  pas  à  l'esprit  de 
nier  que  Tauleur  de  cet  instrument  ail  ignoré 
les  principes  de  l'optique.  Nous  devons  arri- 
ver à  la  niôinc  conséquence,  mais  avec  une 
conviction  bien  plus  grande  encore,  quand 
nous  voyons  (pnlrc  cents  lenlilles  micro- 
scopiques ajustées  bord  à  bord  dans  Tœil 
composé  d'un  Irilobite  fossile.  Mais  la  puis- 
sance de  ce  raisonnement  est  centuplée  si 
nous  l'appliquons  à  l'infinie  variété  dos  mo- 
difications qu'ont  subies  ces  instruments 
dans  les  genres  et  les  espèces,  en  nuanti- 
lés  innombrables,  qui  se  sont  succédé  à  par- 
tir (les  périodes  de  transition  el  de  la  famille 
depuis  si  lonjçtemps  perdue  des  trilobiles, 
en  passant  par  les  crustacés  éteints  des  pé- 
riodes secondaires  et  tertiaires,  jusqu'aux 
crustacés  et  aux  innombrables  essaims  d'in- 
sectes du  monde  actuel. 

H  paraît  donc  impossible  de  se  refuser  à 
admettre  un  plan  primitif  unique,  tiranl  son 
ori|jçinc  d'un  souverain  auteur  commun  de 
toutes  choses,  attesté,  comme  il  nous  Test, 
par  tant  de  preuves  réunies  d'une  intelli- 
gence et  d'un  pouvoir  créateur  qui  surinas- 
sent les  facultés  les  plus  élevées  de  Tesprit 
humain,  à  un  degré  aussi  infini  que  les  mé- 
canismes de  la  nature,  lorsque  nous  les 
étudions  dans  leurs  minutieux  détails ,  et 
en  aidant  nos  yeux  du  secours  des  instru- 
ments les  plus  puissants,  nous  apparaissent 
au-dessus  des  œuvres  les  plus  parfaites  de 
l'art  humain. 

TRIP0L1S.  Voy,  Hoches  fossilifères  et 
V  Introduction, 

TURONIEN  (ÉTAGE).  —  Le  cinquième 
des  terrains  crétacés,  et  le  vingt-et-unième 
de  la  série  totale  des  formations  géologiques. 
Ce  nom  dérive  de  Turonia^  la  Touraine, 
parce  qu'on  trouve  un  des  ï)Ius  beaux  types 
de  cet  étage  depuis  Saumur  jusqu'à  Môntri- 
chard  (Loir-et-Cher),  h  Tours,  route  de  Poi- 
tiers, etc.,  etc.  C'est  aussi  la  cra/f ,  le  grès 
vertj  la  craie  tufau^  la  craie  chloritée^  etc. 

Aussi  nettement  tracé  que  l'étage  précé- 
dent, celui-ci  nous  offre  l'horizon  le  plus 
marqué  et  le  mieux  caractérisé  par  la  zone 
de  rudistes  ,  identiquement  la  môme  eh 
Saintonge,  en  Provence,  en  Espa:;ne,  en  Ita- 
lie, (in  Autriche  et  en  Egypte.  Il  constitue 
la  sommité  des  hauts  coteaux  de  Saumur, 
de  Doué  (Maine-et-Loire);  les  couches  ex- 
ploitées à  Poncé,  à  la  Martre,  à  Château-du- 
Loir,  à  Grand-Lucé,  àCourdemanche;  et  les 
couches  crayeuses  inférieures  de  la  Cha- 
pebe-aux-Bois,  de  Saînte-Cérolte,  de  Saint- 
Germain,  près  de  La  Flèche  (Sartlie),  de  Gacé 
(Orne)  ;  les  couches  supérieures  d'Honfleur 
(Calvados),  du  Havre;  les  couches  inférieu- 
res de  Rouen,  de  la  côte  du  Phare,  au  nord 
de  Fécamp  (Seine-Inférieure),  lui  appartien- 
nent encore.  En  faisant  ainsi  le  tour  du  bas- 
sin parisien,  on  remarque  que  les  couches, 
d'abord  minces  et  peu  distinctes  de  l'étage 
turonien,  au  nord  et  au  nord-est,  prennent 
une  grande  puissance  dans  toutes  les  régions 
sud-ouest  du  bassin,  oii  elles  constituent  à 


elles  seules  les  cinq  sixièmes  des  terrains 
crétacés  de  cqs  contrées. 

Partout  où  Ton  a  signalé  à  la  fois  sur  le 
rodme  point  les  étages  cénomanien  et  turo- 
ni<»n,  ce  dernier  repose  en  couches  con- 
corodantes  sur  l'autre,  et  suit  en  tout  les 
mômes  allures,  au  pourtour  des  bassins  an- 
glo-parisien, pyrénéen  et  méditerranéen.  Il 
ne  ])eut  donc  rester  aucun  doute  sur  la  suc- 
cession régulière  dans  l'ordio  chronoloî5i- 
que  de  cet  étage,  après  l'étage  cénomanien 
qu'il  recouvre  sur  tous  les  points  où  il  n'y  a 
jws  <le  lacune.   . 

.  L'étage  acquiert  une  assez  grande  épaisseur 
dans  la  Touraine,  la  Charente ,  la  Charente- 
Inférieure  et  dans  la  Provence;  mais  sur  au- 
cun }K)int  il  n  a  cette  puissance  de  près 
de  200  mètres  que  M.  de  Verneuil  lui  a  re- 
connue près  de  Saint-Ander  et  d'Oviedo  en 
Espagne. 

La  conservation  des  points  littoraux ,  et 
l'alternance  des  dépôts  (liôtiers  littoraux  faits 
au  niveau  des  marées  avec  les  dépôts  sans 
coqts  flottants  et  faits  au  dessous,  qu'on  re- 
marque sur  plusieurs  points  de  la  Touraine, 
donnent  la  certitude  que  des  oscillations  du 
sol  ont  été  fréquentes  durant  l'étage  turo- 
nien. 

Caractères  paléontologiques,  —  L'ensem- 
ble de  la  faune  turonienne  représente,  à 
côté  d'une  disparité  presque  complète  des 
esjièces,  une  grande  analogie  générique  avec 
la  faune  de  l'étage  cénomanien.  Néanmoins 
on  y  voyait,  pour  la  première  fois,  un  assez 
grand  nombre  de  genres,  parmi  lesquels 
déjà  quelques  formes  que  nous  voyons  pren- 
dre leur  maximum  dans  les  terrains  tertiai- 
res, comme  les  genres  pyramidella^  oro/a,  h 
côté  de  formes  encore  spéciales  aux  terrains 
créfàcés,  ccmime  les  arteonella^  les caprinula, 
les  hippuritcsy  etc.  C'est  le  règne  des  bracbio- 
podcs  cirridés,  pendant  lequel  se  dévelop- 
jient  un  grand  nombre  de  genres  qui  cons- 
tituent une  ;:one  de  rudisles.  Par  un  nombre 
plus  grand  {2k)  de  genres  existant  depuis 
plus  ou  moins  longtemps,  qui  s'éteignent  au 
commencement  de  cet  âge,  on  voit  qu'il  y  a 
déjà  une  légère  tendance  à  un  changement 
dans  les  formes  génériques  propres  aux  ter- 
rains crétacés.  Voici,  du  reste,  les  caractères 
plus  spéciaux  de  l'étage. 

Pour  distinguer  Tétage  turonien  de  l'étage 
précédent,  nous  avons  ,36  senres  qui,  nés 
avec  ou  antérieurement,  ont  également  cessé 
d'exister  à  la  fin  de  ce  même  étage  sans  se 
continuer  à  l'étage  turonien. 

Pour  limites  entre  l'étage  turonîen  el  IV- 
tagc  sénonieuy  qui  lui  est  supérieur ,  nous 
avons,  comme  caractères  négatifs,  83  gen- 
res qui  manquent  encore  dans  l'étage  turo- 
nien et  n'apparaissent  que  dans  le  suivant. 
Ces  genres  sont  distribués  ainsi  quil  suit 
dans  les  classes  :  Parmi  les  oiseaux,  1 
genre;  parmi  les  reptiles,  3  genres;  |«armi 
les  [>oissons,  26  genres;  parmi  les  crustacés, 
2  genres  ;  parmi  les  gastéropodes,  5  genres  ; 
parmi  les  brachiopodes,  3  genres  ;  parmi  les 
bryozoaires,  6  genres;  parmi  les  échinoder* 
moSf  11  genres;   parmi  les  zoopbytes,  7 


UU  TLR  ET  l>E 

genres;  parmi  Icsforaniiiiifbres,  12genn 
parmi  les  amorphozoaires,  7  genres.  En 
suroé,   nous  aurions  109  genres  ou  forn 
animales  pouvant  donner  des  caractères  i 
gatifs  pour  réta;4e  luronien. 

Les  genres  f^u»,  encore  inconnus  à  la  | 
riode  cénomah:ennc ,  naissent  dans  !a  j 
rîoJe  luronienne,  seront  aulanttle  caraclè 
positifs  pour  la  distinguer  dos  étages  in 
rieurs.  Ces  genres  sont  au  nombre  de  33. 

De  ces  genres,  ceux  qui  naissent  et  me 
rent  dans  lYtage  turonîen  sont ,  au  mo 
dans  rétat  actuel  de  nos  connaissances,  ( 
tant  de  caractères  iKjsitifs  qui  peuvent  s 
vir  à  le  distinguer  de  l'étape  sénonien, 
ils  sont  encore  inconnus.  Ces  genres  si 
au  nombre  de  11.  Nous  aurons  27  uen 
pouvant  donner  des  caractères  positifs  i 
férenls. 

Indépendamment  des  espèces  d'anima 
viTlébrés  etannclés,  nous  avons  seuIeuK 
en  animaux  mollusques  et  rayonnes  t 
espèces  dont  on  a  pu  constater  riioriz 
stratigraphique.  Sur  ce  nombre,  1  esp( 
s'étant  rencontrée  dans  Télage  turonîen, 
2  espèces,  le  capsa  discrepans  et  le  cyc 
Utei  f//ip/ira,  séfant  rencontrées  dans 
étages  turonien  et  sénonien,  il  nous  re 
encore  377  espèces  caractéristiques  prop 
à  tous  les  faciès  de  dépôts,  et  se  rencontra 
clans  toutes  les  formes  minéralogiques  ( 
couches. 

Chronologie  historique,  —  La  fin  de  1 
tage  cénomanien,  déterminée  par  une  p( 
lurbatîon  géologique,  a  été  marquée  | 
l'anéantissement  de  26  genres  et  de  8^1 
pèces  d*animaux  mollusques  et  rayonn 
composant  la  partie  qui  nous  est  connue 
la  faune  de  cet  étage.  Après  un  laps  de  ten 

F  lus  ou  moins  considérable,  sont  nés,  ai 
étage  turonien,  33  genres  inconnus  a 
époques  antérieures ,  et  379  espèces  d'ai 
maux  mollusques  et  rayonnes,  indépenda 
ment  des  animaux  vertébrés  et  annelés, 
(les  plantes  qui  animaient  les  mers  et 
continents. 

Les  mers  sont,  à  peu  de  chose  près,  resU 
les  mêmes  juqu*à  I  étage  cénomanien,  né; 
moins,  les  eaux  paraissent  s'être  retirées 
plusieurs  points,  notamment  dans  le  t  nsi 
pyrénéen,  de  la  Loire-Inférieure  à  la  Vi 
<i«>e;  dans  le  bassin  méditerranéen,  sur  t( 
les  points  connus  de  la  chaîne  des  Alp 
rie  la  Malle  (Var)  jusqu'en  Suisse.  D'un  i 
tre  côté,  les  mers  auraient  gagné  sur  ( 
points  éloignés  de  nos  bassins  français. 

Les  continents  ont  subi  des  changemei 
correspondants,  au  moins  pour  les  part 
qui  nous  sont  connues;  cnangemenls  c 
remplacent,  par  des  points  exondés,les  lie 
où  la  mer  cénomanienne  faisait  des  dép 
marins  dans  la  Vendée  et  dans  les  Alpes, 
tout  autour  du  bassin  anglo-parisien. 

(d75)  Les  lorrilites  sont  de»  coquilles  cxlr^i 
ment  minces,  ei  leur  surface  extérieure  ofTie,  coni 
celle  des  ammooites,  des  côtes  et  des  inbcrcules 
leur  sont  un  ornement,  en  même  temps  i]nVlles 
açcrois8èi;t    la  -rêsislauee.  Ellis    ressemblent, 
r«2le,  en  tout  aux  anmooites,  ii  leur  mode  d^nr 


4  ils 


\CC 


DiCTiONNAmE  DE  COSKOGOMR 


TE6 


1416 


construit  d'une  façon  semblable  <?*ns  le  but 
d'aider,  à  la  manière  d'un  floUeur,  les  mou- 
vements de  quelque  mollusque  céphalo- 
pode. Nous  avons  vu  que  les  ammonites, 
qui  commencèrent  avec  les  coucher  de  tran- 
sition, se  montrent  dans  toutes  les  forma- 
lions  qui  suivent,  jusqu'aux  limites  supé- 
rieures de  la  craie,  tandis  que  les  hamites 
et  les  scaphites  sont  extrêmement  rares  et 
que  les  turrilites  et  les  baculitcs  manquent 
complètement  jusqu'à  l'époque  où  ont  com- 


mencé les  formations  erétacées.  Ces  der- 
nièresv  a{  rès  avoir  ainsi  commencé  d*une 
manière  tout  à  fait  soudaine,  disparurent 
soudainenrcnt  aussi  à  la  même  époque  que 
les  ammonites,  cédant  la  place  qu'elles  oc- 
cupaient et  les  fonctions  qu'elles  remplis-  * 
saient  dans  l'économie  générale  de  la  nature, 
à  un  ordre  inférieur  de  mollusques  carni- 
vores qui  les  ont  suppléées  pendant  toute  la 
période  tertiaire,  et  oui  les  suppléent  encore 
dans  nos  mers  actuelles. 


u 


ULODENDRON.  Voy.  Sigillaihe. 
UNIVERS  EXPLIQUÉ  Pin   la  bévélatiox, 
ceqnil  faut  penser  de  C4i  outrage.---  Voy, 


CnAUBARD. 

UNIVERSALITÉ  du  délugk,  ce  qnon  CH 
peut  penser.  —  Yoy.  Chauoard 


V 


VALLISNERI.  Voy.  Géologie. 

VAPEUR.  Voy.  Couches  CARBONiFènss. 

VARIATIONS  DES  coQtaLLEs.  Voy.  Mol- 
lusques. 

VÉGÉTATION,  tableau  de  la  végétation  à 
Vépoque  de  la  formation  des  terrains  paléo^ 
xoiques  ou  de  transition.  —  Voy.  Flore  fos- 
sile. 

VÉGÉTAUX  FOSSILES.  —  L'histoire  des 
végétaux  fossiles  demande  à  être  considérée 
sous  un  double  jioint  de  vue.  Le  premier  se 
rapporte  à  l'influence  qu'exercent  sur  la 
condition  actuelle  de  l'espèce  humaine  les 

filantes  maintenant  converties  en  charbon 
ossile,  qui  revêtirent  la  surface  ancienne 
du  globe;  le  second  a  trait  à  l'histoire  et  à 
la  structure  des  espèces  qui  constituaient 
anciennement  le  rè^ne  végétal. 

Il  [tarait  que  vers  les  mêmes  époques  de 
l'histoire  des  stratifications  oii  se  sont  ac- 
complis les  changements  les  plus  remarqua- 
bles dans  l'ensemble  du  règne  anima),  des 
changements  correspondants  se  sont  mani- 
festés dans  les  caractères  des  vë^^étaux  fos- 
siles. 

Si  nous  comparons  les  lofs  qui  ont  dirigé  les 
divers  systèmes  qui  se  sont  succédé  sur  les 
surfaces  anciennes  de  notre  globe  avec  celles 
L*onl  l'influence  règle  et  coordonne  la  végé- 
tation actuelle,  nous  verrons  s'ouvrir  à  no- 
tre activité  tout  un  vaste  et  nouveau  champ 
de  recherches  à  faire.  S'il  résultait  de  cette 
investigation  que  les  familles  donf  se  cx)m- 
pose  notre  flore  fossile  furent  organisées 
d'après  des  principes  identiques  avec  ceui 
qui  règlent  le  développement  des  plantes 
actuelles,  ou  tellement  analogues,  que  leur 
ensemble  ne  constitue  gu'un  seul  et  même 
^rand  code  de  lois  destinées  h  la  coordina- 
iiuQ  universelle  de  la  vie  :  nous  y  trouve- 

(976)  In-i»;  Pari»,!  828. 

<977)   Voy.  Al.  Ad.  fiRO?K;!fiAtiT,  nistoi'-e  des  végé- 


verions  un  anneau  de  plus  de  celle  chaîne 
d'arguments  que  nous  fournil  l'étude  do 
l'intérieur  du  globe,  pour  démontrer  l'unité 
de  l'Architecte  intelligent  et  puissant  qui 
présida  à  la  construction  du  monde  matériel 
tout  entier. 

Nous  avons  vu  que  les  premiers  débris 
animaux  que  l'on  ait  observés  jusqu'ici  ont 
appartenu  à  des  espèces  marines;  et  comme 
I  existence  d'une  espèce  animale  quelconque 
implique  Texistence  antérieure  ou  au  raous 
contemporaine  d'es^ièces  végétales  destinées 
à  lui  fournir  un  principe  d'alimentation, 
nous  pouvions  à  priori  poser  comme  prol>a- 
ble  cette  conclusion  qu'est  venue  confirmer 
l'observation,  que  des  plantes  marines  de- 
vaient exister  dans  les  couches  où  se  ren- 
contrent ces  animaux  les  plus  anciens,  et 
se  continuer  depuis  cette  époque  dans  toutes 
les  formations  cT origine  marine.  M.  Adolphe 
Brongniart  à  fait  voir,  dans  son  adroiral^le 
Histoire  des  végétaux  fossiles  (976) ,  que  la 
végétation  sous-marine  actuelle  semble  se 
partager  en  trois  grandes  divisions,  en  ra[)- 
port  jusqu'^  un  certain  point  avec  les  (rois 
zones  glaciale  ,  tempérée  et  torride  ;  et 
qu'une  distribution  analogue  se  fait  remar- 

Îuer  dans  les  algues  submergées  fossiles , 
'après  laquelle  on  trouve  dans  les  fonntv 
lions  géologiques  les  plus  basses  et  les  phi^ 
anciennes  des  genres  voisins  de  ceux  qui 
abondent  maintenant  dans  les  climals  Us 
plus  chauds,  tandis  que  les  formes  de  la 
végétation  sous-marine  qui  se  succèdent  les 
unes  aux  autres  dans  les  [tériodes  secondaire 
et  tertiaire  semblent  se  rapprocher  davan- 
tage de  celles  de  nos  climats  actuels,  h  me- 
sure qu'elles  appartiennent  è  des  coudiez 
d'une  formation  plus  récente  (ï^n). 
Cne  revue  générale  des  débris  de  Yé^é- 

tnux  lassiles ,  1. 1",  p.  47.  —  Le  docteitr,  Rarba, 
dans  le  Joumai  de  t Académie  des  sckuces  n^imrciUt 


lin  VEG  ET  DE 

gétaox  terrestres  qui  peuplent  les  trois  çn 
des  dirisions  des  formations  géologiqi 
stratifiées  nous  fait  roir  qu*ils  se  partage 
en  des  groupes  dont  chacun  indique  que 
surface  de  la  terre  a  subi  la  même  dirain 
tien  progressive  de  température  que  la  i 
;;étalion  sous-marine  nous  annonce  s'6i 
accomplie  au  fond  des  mers.  Ainsi,  dans  I 
couches  de  la  série  de  la  transition,  no 
Tojons  s*associer  quelques-unes  des  form 
ûclueiiei  de  plantes  endogènes  f9Z8),  et  pj 
ticulièrement  des  fougères  et  aes  équisét 
fées,  arec  certaines  familles  éteinte$  tend 
gènes  et  éCexogènes^  que  quelques  botanisi 
inotlemes  ont  considérées  comme  indiqua 
un  climat  plus  chaud  que  ne  Test  de  n  ! 
jours  celui  des  tropiques. 

Dans  les  formations  secondaires,  les  e 
l'èces  de  ces  Cunilles  les  plus  ancienn  i 
sont  devenues  beaucoup  moins  nombreuse 
et  un  grand  nombre  de  genres  et  même  d  ! 
familles  ont  entièrement  disparu.  En  mèn  : 
temps  deux  familles  qui  comprennent  pli 
sieurs  des  formes  végétales  actuelleme 
eiistan  es,  et  gni  étaient  rares  dans  la  fo 
roaiion  carbonifère,  les  cycadées  et  les  con 
fères^  prennent  un  accroissemeift  considéra 
ble.  L  ensemble  de  caractères  qu*offrent  l  \ 
groupes  qui  constituent  ces  deux  séries  ii 
uique  un  climat  dont  la  température  ét«  i 
à  peu  près  la  même  que  celle  qui  règi 
maintenant  entre  les  tropiques. 

Dans  les  dépôts  tertiaires,  la  plus  çranc  ! 
partie  des  familles  de  la  première  série  di 

eraissent,  ainsi  que  plusieurs  de  celles  c  i 
seconde  ;  et  une  végétation  dicolgiédi 
ne  (979)  plus  compliqua  prend  la  place  d<  ! 
formes  plus  simples  qui  avaient  predomin  ! 
pendant  la  durée  des  deux  périodes  préc^ 
dentés.  Aux  calamités  gigantesques  ont  sw 
cédé  des  équisétacées  plus  petites  :  les  foug< 
res  sont  réduites  aux  proportions  numéri 
ques  fiiiibles  et  à  la  petite  taille  que  nous  leu  i 
voyons  sur  les  limites  méridionales  de  no  i 

de  PkitMéeiphiê,  1831,  et  M.  R..C.  Tavtor,  dans  1 
Magasin  d'histoire  naiureiie  de    Londres  ,  janvic  i 
1851,  ont  fait  connaître  de  nombreux  (!épÀsde  ft 
coides  qui  se  montrent  par   coaclies  milices  f.  c 
qnentes  dans  les  terrains  de  transition  de  rAniëri 

3ae  dn  NonI,  ci  qui  se  montrent  sur  une  longue  éten 
oe  du  flanc  esfde  la  diaine  des  AUeglianys.  L*es 
pèœ  la  plus  abondanie  est  oeUe  que  L-  docteur  Har 
lan  a  désignée  sons  le  nom  de  fucoides  aiieghamen 
sis.  M.  R.-  C.  Taylor  a  trouvé  des  dépôts  étendus  d  i 
fucus  fossiles  dans  la  gniwacke  de  la  Pcnsylvani  i 
eentrale.  On  a  trouvé  dans  une  localité  sept  couche  i 
de  végétaux  dlllérents,  dans  une  épaisseur  de  quatre 
pieds;  et  sur  un  autre  point,  on  en  a  rencontre  jus 
qtt*à  cent  dans  une  épaisseur  de  vingt  pieds  seule- 
nenl  (Journal  de  yamcson,  juillet  4835,  p.  185.1 
«  J  M  vu  aussi,  dit  Buckland,  des  fucoides  en  grande! 
abondance  dans  le  schiste  traumatique  (grawaclie- 
simu)  des  Alpes  maritimes,  sur  plusieurs  points  dii 
la  nouvelle  route  de  Niée  à  Gènes  ;  et  j*ai  rencontrai 
■ne  fois,  at  cela  dans  un  puits,  à  Cheltenham,  d(! 
petits  fucoides  «fispersés  en  grande  abondance  dami 
du  sdiisie  de  la  fonnatioB  iiassii|ue.  i  Le  fuesUdeti 

EntÊsdntns  se  voit  dans  le  U»  de  Lyme-RMîs,  et  ii 
»ll,  dans  le  Wurienberg;  et  le  fmcaides  TmrgiomH 
h  saUft  vert  supérieur  des  enviroas  de  Bignor, 
le  eomlé  de  Susses. 

Dicnoinf .  mt  GoSmouonib  kt  db  Pi 


U19. 


V£<; 


DICTIONNAiafi  DE  COSMOGONIE 


VËG 


fISO 


eucocaplu»  compleU  nous  ajouterons  ici  une 
courte  description  de  la  manière  dont  les 
débris  yégétaux  sont  disposés  dans  les  cou* 
ches carbonifères  de  deux  gisements  de  houil- 
les fort  importants»  celui  de  Newcastle  dans 
le  nord  de  i'Angleterrej  et  celui  de  Swine  en 
Bohème,  au  N.-O.  de  Prague. 
,  Le  terrain  houiiler  de  Newcastle  fournit 
en  ce  moment  de  riches  matériaux  à  la 
flore  de  la  Grande-Bretagne»  que  publient 
en  commun  M.  le  professeur  Lindiey  et 
M.  Hutton.  Les  végétaux  de  la  formation 
houillère  de  la  Bohème  forment  la  base  de 
la  Flore  du  monde  primitifs  du  comte  Stern- 
berg^  dont  la  publication  a  été  commencée 
à  Leipsiek  et  a  Prague  en  1630. 

Daprès  MM.  Lindiey  et  Hutton  {Flore 
ioêêiU^  tome  r%  page  16)  »  <c  11  y  a  des 
lits  de  schistes  et  de  schistes  argileux  où 
itbondent  plus  que  partout  ailleurs  ces  dé^ 
bris  curieux  d*un  monde  plus  ancien,  et 
dont  les  parUcules  déliées  ont  été  comme 
une  cire  sur  laquelle  se  sont  empreintes 
et  conserrécs,  dirns  toule  leur  perfection  et 
dans  toute  leur  beauté,  les  formes  les  plus 
délicates  qui  entrent  dans  la  structure  orga- 
nique des  végétaux.  S'il  arrive  que  ce  soit 
un  schiste  qui  constitue  le  toit  d'un  banc  de 
houille  propre  è  être  exploité,  ainsi  que  cela 
a  lieu  généralement,  nous  y  trouvons  à 
iaire  la  plus  abondante  moisson  de  fossiles  ; 
et  peut-être  n'est*ce  pas  tant  par  suite  de 
quelque  circonstance  particulièreà  ces  sortes 
de  lits  que  parce  que  nous  les  connaissons 
sur  une  plus  granae  étendue,  et  que  nous  les 
étudions  davantage.  Le  dépôt  principal  n*est 
pas  en  contact  immédiat  avec  la  nouille, 
mais  il  en  est  séparé  par  une  distance  de 
douze  à  vingt  pouces  ;  et  il  y  en  a  dans  cette 
position  une  quantité  si  immense  qu'il  n'est 
pas  rare  qu'elle  soit  la  cause  d'accidents  sé^ 
rieux,  efi  détruisant  l'adhésion  du  lit  dé 
schiste,  qui  se  sépare  et  tombe  apnès  que  le 
tf  aviil  du  mineur  a  enlevé  la  houille  qui  le 

on  y  recoimaitra  nne  slructure  végétale  plus  ou 
moins  apparente,  ce  qui  sufllrait  fjour  démontrer, 
de  la  majiière  la  plus  complète.  Torique  végétale  de 
la  bouille,  alors  même  qu*il  n'en  existerait  aucune 
autre  preuve. 

I  Chacune  de  ces  trois  sortes  de  houille,  outre  la 
Ane  réticulalion  que  roa  y  distingue ,  et  qui  est  due 
k  6e  que  sa  texture  est  d'origine  végétale,  offre  d'au- 
Irea  cellules  remplies  d'une  substance  légèrement 
coloiée  en  brun-jaune,,  d'une  nature  proliablement 
bi^mineuse,  assez  volatile  pour  être  entièrement 
ex^Hilsée  par  la  chaleur  avant  qu'aucun  changement 
ail  encore  eu  lieu  dans  les  autres  éléments  consti*. 
tuants  de  la  bouille*  Le  nombre  et  l'aspect  de  ces 
cellules  diffèrent  suivant  les  diverses  variétés  de  la 
houille.  Dans  la  bouille  grasse  (caking  coal)^  les  cel- 
lules en  question  sont  comparativenent  peu  nom-* 
breuaes  et  de  fiiH'me  très  allongée;  dans  les  portions 
les  plus  tues  de  ceMe  bouille,  là  oè  la  forme  rhom- 
baicu^e  des  fragments  indique  une  cristallisation 
plus  complète,  tes  cellules  sont  complètement  obli- 
térées. 

c  La  houille  schisteuse  offre  deux  sortes  de  aU 
Iules,  remplies  également  d'une  substance  bitumi- 
neuse jaune  :  les  unes  sont  de  la  nature  de  celles 
que  nous  avons  déjà  mentionnées  dans  la  houille 
grasse  {ettkin§coal);  les  autres  sont  plus  petites, 
reunies  par  groupes  eide  forme  spbéroiuale  alloutçée. 


sup^)ortaiL  Lorsqu'il  s  est  fait  une  diute  con- 
sidérable de  cette  nature,  c'est  diose  cu- 
rieuse à  voir  que  la  voûte  de  cette  ruine 
recouverte  de  ces  formes  végétales  dont 
quelques-unes  sont  d'une  beauté  et  d'une 
délicatesse  parfaites;  et  tout  observateur  est 
frappé  de  la  confusion  extraordinaire  avec 
laquelle  sont  dispersés  ces  restes  brisés,  et 
de  la  puissante  action  mécanique  dont  ils 
nous  fournissent  d*abondants  témoignages.  • 
On  reneontre  dans  les  autres  gisements 
bouillers  de  la  Grande-Bretagne  une  aboo- 
danre  pareille  de  restes  végétaux  distincte- 
ment conservés.  Mais  l'exemple'  le  plus 
remarquable  que  Ton  en  ait  encore  observé, 
c'esit  celui  des  mines  de  Bohème  que  j'ai 
déjà  citées.  Les  peintures  de  feuillages  les 
plus  exquises  qui  recouvrent  les  lambris 
des  palais  de  Tltalie  ne  peuvent  entrer  en 
comparaison  avec  la  belle  profusion  des 
formes  végétales  éteintes  oui  tapissent  les 

Saleriesde  ces  mines  de  nouille;  c'est  un 
ais  d*une  magnifique  tapisserie»  qu'enri- 
chissent des  festons  d*un  gracieux  feuillage 
jetés  sans  règles  et  avec  une  sorte  de  pro- 
fusion sauvage  sur  tous  les  pointsdesasu^ 
face.  Ce  qui«n  rehausse  encore  l*effet,  c'est 
le  contraste  de  la  couleur  noir  de  jais  de 
ces  végétaux  avec  la  teinte  pAle  du  fond,  qui 
forme  la  roche  à  laquelle  ils  sont  ûxées.  Le 
spectateur  se  sent  transporté  comme  par 
enchantement  dans  les  lordts  d^un  autre 
monde ,  ii  y  est  entouré  d'arbres  de  formes 
et  de  caractères  maintenant  inconnus  à  la 
surface  du  globe,  et  qui  s'offrent  à  son  ad- 
miration dans  toute  la  beauté  et  la  vkueur 
de  leur  vie  primitive.  Leurs  troncs  écaiïteui, 
leurs  brancnes  inclinées  avec  toutes  les  dé* 
licatesses  de  leur  feuillage,  s^étalent  devant 
]uU  à  peine  altérés  par  les  Ages  sans  dooj- 
bre  qu'ils  ont  traversés  pour  arrirer  jusqu'à 
nous  ;  ils  sont  là  comme  des  témoins  fidèles 
de  systèmes  de  végétation  qui  ont  eu  leur 
commencement  et   leur  fin  à  des  époques 

.^  f  Les  diverses  variétés  de  houille  que  Ton  dé- 
signe à  Newcastle  sous  les  noms  éecannal^  de  parrot, 
de  splent  coal^  nWrem  jamais  la  slructure  crisui- 
linesi  apparente  dans  la  bonne  houille  grasse;  rare- 
ment on  y  trouve  la  première  espèce»  de  cellules,  et 
toute  la  surface  se  compose  d*uue  série  presque  con- 
tinue de  cellules  de  la  seconde  espèce ,  reinulies  de 
matière  bitumineuse,  et  séparées  entre  elles  par 
de  minces  cloisons  fibreuses.  M.  Hutton  n^ide 
comme  fort  probable  ^ue  ces  cellules  proviennent 
de  la  texture  reticulaire  delà  plante  mère,  slruc- 
ture qui  est  devenue  plus  conuise  par  la  pre^ioo 
énorme  à  laquelle  a  été  soumise  la  matière  vegéulc» 

.  L'auteur  ajoute  que ,  bien  qu*en  général  les  n- 
riétés  de  houille  cristallines  et  non  cristallines,  ou,- 
en  d'autres  termes,  parfaitement  ou  imparfaitement 
minéralisées,  se  rencontrent  généralement  dans  des 
couches  séparées  ;  il  est  néanmoins  facile  de  tta- 
contrer  des  échantillons  où  les  deux  variétés  se 
trouvent  réunies  sur  une  étendue  d^tui  pouce  carre 
De  ce  fait,  ainsi  que  de  la  position  çonstammetit 
kl  même  où  ces  échantillons  se  trouvent  dans  It^ 
mines,  on  est  conduit  à  rapporter  le»  .diflerente»  va- 
riétés de  la  ho'dille  k  des  différences  «uns  h  s  planies 
auxquelles  ces  variétés  doivent  leiir  origine.  {Prù- 
ceedings  ofGéohqical  Society;  Lohdon  tmd  £4t«>- 
Philoêoph.  Mag.,  3*  série,  t.  H,  p.  302,  avril  i^h 


ll«i 


¥EI 


ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


VEI 


un 


dont,  sortant  de  leur  liuceul  de  pierre,  ils 
Tiennent  en  quelque  sorte  nous  raconter  la 
véridique  histoire. 

Tels  sont  les  grands  herbiers  de  la  nature 
où,  dans  des  conditions  de  notre  planète  qui 
n'existent  plus,  se  sont  conservés  les  restes 
les  plus  anciens  du  règne  végétal,  avec  une 

teriection  qui  laisse  à  peine  guelque  chose 
regretter  de  leurs  formes  vivantes. 

VËGETAUX:  rapnort$  entre  les  végétaux 
des  régions  diverses  à  chaque  époque  géolo^ 
gique,  —  Vov.  Flore  fossile.  —  Rapports 
entre  les  régetaux  d^époques  et  de  périodes 
successives,  —  Ihid. 

VEGETAUX,  leur  création,  —  Yoy.  Gode- 
FROT,  Marcel  de  Serres,  Maupied,  etc. 

VEINES  META  LUFÈRES.— Un  des  effets 
des  forces  perturbatrices  sur  Técorce  du 
globe,  a  été  d*y  produire  des  déchirements 
ou  fissures  dans  les  roches  qui  ont  été  sou* 
mises  h  leurs  actions  violentes,  et  de  les 
convertir  ainsi  en  des  réservoirs  où  se  sont 
rassemblés  les  minerais  métalliques,  à  lapor* 
tée  des  efforts  de  Thomme.  La  plus  grande 
partie  des  veines  métallifères  prend  son  ori- 
gine dans  des  fehtes  et  des  crevasses  énor- 
mes qui  descendent  irrégulièrement  et  obli- 
quement à  des  profondeurs  inconnues,  et 
Srui  ressemblent  aux  déchirements  et  aux 
entes  qui  se  produisent  de  nos  jours  par 
Tactioi;  des  tremblements  de  terre.  Les  ter- 
rains des  diverses  époques  sont  coupés  par 
des  fissures,  où  se  sont  entassées,  comme 
dans  des  magasins,  d'immenses  richesses  mi- 
nérales. Ces  fissures  sont  plus  ou  moins 
rem  plies  de  minerais  métallifères  et  terreux 
de  diverses  formes,  qui  s'y  sont  déposés  par 
couches  successives  et  se  correspondant  sou- 
vent sur  les  faces  opposées  de  la  veine. 

Des  veines  métalliques  se  montrent  très- 
fréquemment  dans  des  roches  de  la  série 
primaire  et  de  la  série  de  transition,  et 
surtout  dans  ces  portions  basses  des  roches 

(981)  M.  Dufresnoy  a  fait  voir  que  les  miuesd'bé*^ 
maille  el  de  fer  apathique  des  Pyrénées  orienlales» 
lesquelles  se  rencontrent  dans  des  calcaires  appar- 
tenant à  trois  âges  différente,  dans  le  calcaire  de 
tninsitlon»  dans  le  lias  et  dans  la  craie,  sont  toutes 
situées  sur  des  points  oàoes  calcaires  se  trouvent 
presque  en  contact  avec  le  grantle;  et  il  les  regarde 
comme  ayant  probablementélé  remi^ies  parla  suUi- 
maiion  de  la  matière  minérale  dans  rintériear  des 
caTiiés  des  calcaires*  à  Tépoque  même  oA  eut  lieu  le 
sovlèvement  du  grauile  de  ce  point  des  Pvrénées, 
ou  peu  de  temps  après.  Ce  soulèvement  s  accom- 
l^it  a  une  époque  postérieure  au  dépôt  de  la  forma- 
tion iTétaeée ,  et  antérieure  à  celui  des  couches  ter- 
tiaires. Ces  calcaires  ont  tout  pris  des  formes  cris- 
tallines Ui  où  ils  ont  été  en  contact  avec  le  granit; 
et  le  fer  y  est  »ttr  ceruina  pointe  mêlé  k  des  pyrites 
de  cuivre  et  à  une  galène  argentifère.  —  (iiémoirê 
•ur  /«  posUiom  des  mines  de  fer  delà  partie  orkntaie 
d€sPf  renies  ;i%H.) 

D*après  tes  observations  de  M.  C.  Darwin»  le  gra« 
nk  des  Cordillères  du  Chili,  près  du  col  de  Uspel* 
lata,  qui  constitue  des  pics  d  une  hauteur  qui  parait 
aller  jusau'à  li.OOO  pieds,  éuit  Auîde  à  répoqne 
des  nerlodes  tertiaires  ;  et  les  couches  tertiaires  qne 
la  cnaleur  de  cette  masse  en  fusion  a  rendues  cris- 
tallines» et  qui  sont  traversées  par  des  dykes  de  sub- 
'^~  m  gramtk|tte,  sont  maintenant  fortement  incli- 
\f  et  constituent  des  lignes  antidinales  régulières 


stratifiées  qui  se  rapprochent  le  plus  des 
roches  cristallines  non  stratifiées.  On  en 
trouve  rarement  dans  les  formations  secon-* 
daires»  et  plus  rarement  encore  dans  les 
coiiches  tertiaires  (981). 

Quelques  métaux  se  montrent»  mais  rare- 
ment, disséminés  dans  la  ubstance  mime 
des  roches.  Ainsi  Tétain  se  rencontre  par- 
fois disséminé  dans  le  granité,  et  le  cuivre 
dans  le  schiste  cuivreux  de  la  base  duHartz 
à  Mansfeld,   etc. 

La  plupart  et  les  plus  riches  des  veines 
métalliques  du  Cornouailles,  ainsi  que  celles 
d'un  grand  nombre  d'autres  districts  métal- 
lifères, se  trouvent  près  du  point  de  jonction 
du  granit  avec  les  schistes  qui  le  recou- 
vrent. Elles  varient  en  puissance  depuis 
moins  d'un  pouce  jusqu'à  trente  pieds  et 
au^elà  ;  mais  l'épaisseur  la  plus  ordinaire 
des  veines,  soit  d  étain  soit  de  cuivre,  dans 
cette  contrée,  est  comprise  entre  un  et  trois 
pieds,  et  les  couches,  d'une  épaisseur  moin- 
dre, contiennent  un  minerai  plus  dégagé 
de  toute  autre  substance,  et  par  conséquent 
d'une  exploitation  plus  avantageuse  (982). 

On  a  pruposé  diverses  hypothèses  pour 
eipliquer  comment  ces  fissures  au  sein  de 
roches  solides  ont  été  remplies  de  minerais 
métalliques  en  même  temps  que  de  substan- 
ces terreuses,  souvent  différentes  par  leur 
nature  de  la  roche  qui  les  contient.  Wer- 
ner  supposait  que  les  substances  qui  y  sont 
contenues  y  avaient  pénétré  d'en  haut  à  l'é- 
tat de  solution  aqueuse,  tandis  que  Hutton» 
au  contraire,  et  ses  partisans,  pensent  que 
ce  contenu  y  a  été  lancé  d'en  bas  par  in- 
jection, à  l'état  de  fusion  ignée.  D'après  une 
troisième  hypothèse,  les  veines  minérales 
auraient  été  remplies  par  unprocédé  demft/t-^ 
motion  qui  aurait  transporte  dans  les  ouver- 
tures et  dans  les  fissures  des  terrains  divers 
les  substat^ces  minérales  soumises  plus  bas 
à  une  chaleur  intense  (983).  Dans  une  qua« 
et  compliquées» 

Les  mèflMs  couches  sédimenlaires,  ainsi  que  lef 
laves,  sont  également  traversées  par  de  véntahlea 
veines  très-nombreuses  de  fer,  de  cuivre,  d^arsenie. 
^nrf^ni  et  d'or,  que  Ton  peut  suivre  Jusqqe  dans  H 
granit  sous-jacent.  (Land,  and  Edimi.  PInt.  Mag.^ 
uouv.  série,  t.  Vill,  p.  158.) 

(9S2)  La  disposition  que  prennentles  filons  métal- 
liques dans  les  ferrains  où  il  sont  renfermés  se 
trouve  exposée  d*une  m«inière  remarquable  dans  le 
rapport  géologique  de  M.  Thomas,  auquel  sont  jointes 
une  carte  et  des  coupes  du  distnct  métallifère 
des  environs  de  Redruth,  le  plus  intéressant  de 
tous  les  districts  métallifères  du  Gornouaille. 
On  y  voit  réunies  sur  une  pente  étendue  Im  phé- 
nomènes les  plus  Importants,  tels  due  les  nions 
métalliques,  les  tftissements  de  terrams,  les  entre- 
croisements de  aîons,  phénomènes  dont  chacun  se 
manifeste  Jttsqo^à  une  profondeur  Inconnue,  et  se* 
continue  sans  interropuon  à  travers  des  terrains 
d*àjes  diflërents. 

(985)  M.  Patterson  a  publié  dans  le  Lùnden  nnd 
Edimènrah  Blnt.  Magmzfnê  (mars  i9Ê»,  p.  471),  le 
résultat  des  expériences  à  Taide  desquelles  H  est  pari- 
venu  à  produire  un  minerai  de  plomb  ou  galène  ar- 
tificielle, dans  un  tiibede  terre  dont  la  partie  moyenno 
éuit..^ia<ériiune  haute  température.  Ayant  fait  patK 
sur  de  la  vapeur  d*eau  sur  une  certaine  quunliie  de 
galène  placée  dans  le  point  le  plus  échauffé  du  tube. 


âm 


YEI 


DICTIONNAIRE  DE  COSÂiOGOMË 


VEI 


au 


trième  théorie  on  suppose  que  les  veines 
ont  été  lentement  remplies  par  ségrégation  y 
jOU  infiltration,  soit  dans  des  crevasses  et  dans 
des  cavités  contemporaines  formées  pendant 
la  contraction  et  la  consolidation  des  sub- 
stances primitivement  liquides  des  rocRes 
elles-mêmes,  soi(,ainsi  qu'on  Tobservcle  plus 
fréquemment,  dans  des  fissurée  produites 
par  la  rupture  et  la  dislocation  des  couches 
solides.  Des  ségrégations  de  cette  nature 
pourraient  avoir  eu  pour  causes  des  action^ 
électro-chimiques  continuées  sans  interrup- 
tion pendant  un  laps  de  temps  étendu  (984). 

Tous  les  métaux  qui  existent  dans  Té- 
corce  terrestre,  si  Ton  en  excepte  le  fer, 
ne  s'y  trouvant  qu'en  quantités  compara- 
tivement petites,  en  même  temps  qu'ils 
ont  la  plus  haute  valeur  pour  l'espèce  hu- 
maine, puisque  ce  sont  les  principaux  ins- 
truments à  l'aide  desquels  elle  s'éloigne  de 
l'étage  sauvage,  il  était  de  la  plus  haute  im- 
portance qu'ils  fussent  disposés  d'une  ma- 
liière  qui  les  rendit  accessibles  à  l'indus- 
trie humaine,  et  ce  but  est  admirablement 
atteint  par  le  mécanisme  des  filons  métal- 
liques. 

Si  les  métaux  avaient  existé  en  granrle 
quantité  dans  les  terrains  de  toutes  les  for- 
mations, ils  fussent  devenus  nuisibles  à  la 
végétation;  s'ils  eussent  été  disséminés  par 
petites  quantités  dans  la  substance  même  des 
.couchesy  il  en  eût  trop  coûté  pour  les  sépa- 

11  vît  que  Teau  s'était  décomposée,  et  que  toute  la 
galène  s*était  portée  par  sublimation  de  la  partie 
lapins  échauffée  du  tulie  dans  la  partie  la  plus  froide, 
^ù  elle  s'^it  déposée  sous  forme  de  cul)cs  ressem- 
blant exactement  au  rainerai  primitif.  Il  ne  s'était  pas 
formé  de  plomb  pur.  Ce  fait  du  dépôt  de  la  galène  à 
un  état  parfait  de  cristallisation,  par  suite  du  contact 
de  sa  vapeur  avec  la  vapeur  d*eau,  nous  conduit  à 
celte  conclusiou  importante,  çiuc  la  galène  peut,  dans 
certaines  circonstances,  avoir  rempli  les  filons  mi- 
néraux par  une  sublimation  venant  d*ea  bas. 

Le  docteur  Daubeny  a  trouvé  par  une  expérience 
que,  si  Ton  fait  passer  de  la  vapeur  d'eau  à  travers  de 
lucide  borique  échauflë,  la  vapnenr  s'empare  de  Pacide 
el  en  entraîne  une  partie,  bien  que  cette  dernière 
substance  ne  soit  pas  volatile  par  elle-même*  Cette 
expérience  nous  explique  la  sublimation  de  Tacide 
borique  dans  le  cratère  des  volcans. 

(9m)  Les  observations  de  M.  Fox  sur  les  propriétés 
électro-magnétiques  des  fdons  métallifères  du  Gor- 
nouailles  (Transact.  pAt7ot.,  4830,  etc.)  paraissent 
devoir  jeter  de  nouvelles  lumières  sur  ce  sujet  obs- 
cur et  diOlcile.  D*un  autre  côté,  les  expériences  de 
M.  Becquerel,  sur  la  cristallisation  artificielle  de  com- 
posés cristallins  Jnsolubles  de  cuivre,  de  plomb  et 
de  cbaux,  et  d*autres  substances,  par  la  réaction  et 
U  transport  lent  et  partagé  des  éléments  de  compo- 
sés solubles  (Becqcerei.,  Trat(^  de  Véleclricilé.  t.  i*% 
chap.  7,  p.  547,1854),  paraissent  expliquer  plusieurs 
cbangements  chimiques  qui  se  seraient  efleetués 
sous  Tinfluenoe  de  courants  électriques  faibles  dans 
le  sein  de  la  terre,  et  surtout  dans  les  veines  métal- 
liques. 

4  Lorsque  deux  corps,  dont  Tun  est  liquide,  réa- 
'  gisseut  très-faiblement  Tun  sur  Tautre,  la  présence 
ct*uo  troisième  corps  conducteur,  ou  dans  lequel  la 
capillarité  remplace  la  conductibilité,  fournit  un  pas- 
sage k  rélectricité  résulunt  de  Taction  chimique,  et 
ut  courant voltaique  s*établit,  qui  accroît  Ténergie 
d^Taction  chimique  des  deux  corps.  Dans  le»  ac- 


rer  de  leur  gangue.  Mais  toutes  ces  diflicul- 
tés  sont  levées  dans  la  disposition  actuelle, 
où  ces  substances  sont  réunies  çè  et  là  dans 
les  réservoirs  naturels  des  veines  métal- 
lifères. 

On  voit  comment  un  plan  et  des  arran- 
gements créés  dans  des  vues  pleines  de  bien- 
veillance nous  sont  attestés  par  l'établisse- 
ment primitif  de  ces  dépôts  minéraux,  par 
la  dis^josilion  qui  leur  «  été  donnée,  par  les 
proportions  relatives  suivant  lesquelles  ils 
ont  été  répartis,  par  les  mesures  qui  ont 
été  prises  pourles  rendre  accessibles»  moyen- 
nant certaines  dépenses,  à  Tindustrie  de 
l'homme,  et  pour  les  mettre  en  même  temps 
à  Tabri  d'un  gaspillage  insensé  et  d'une  des- 
truction prenant  sa  cause  dans  les  agents 
naturels,  par  la  dispersion  plus  générale 
de  ceux  de  ces  métaux  qui  sont  Tes  plus 
importants,  et  par  la  rareté  comparative  de 
ceux  qui  le  sont  moins  ;  enfin  dans  les  soins 
qui  ont  été  pris  pour  mettre  à  notre  por- 
tée les  moyens  de  réduire  à  Tétat  métallique 
les  minerais  qui  les  renferment  (985). 

Toutefois  les  arguments  que  nous  tirons 
de  l'utilité  de  ces  dispositions  sont  com- 
plètement indépendants  du  succès  d'une  ou 
de  plusieurs  des  hypothèses  que  l'on  a  pro- 
posées pour  en  rendre  compte.  Quels  que 
soient,  en  effet,  les  procédés  qui  ont  rempli 
les  veines  minérales  de  leurs  précieuses  ri- 
chesses ;  que  ce  soit  excluiivetnent  par  se- 
llons chimiques  ordinaires,  les  combinaisons  sVflec- 
tuent  par  la  réaction  directe  des  corps  les  uns  sur 
les  autres,  réaction  par  suite  de  laquelle  tous  les  élé- 
ments constituants  concourent  à  Teffet  général,  tan- 
dis Que,  dans  le  mode  d*action  étudié  par  Becque- 
rel, les  corps  sont  pris  à  Tétat  naissant,  et  Ton  n'em- 
ploie que  des  forces  excessivement  faibles  ;  d'où  il 
suit  aue  les  molécules,  qui  ne  sont  produites  pour 
ainsi  dire  qu'une  par  une,  sont,  malgré  leur  icsolu- 
bilité,  disposées  a  prendre  des  formes  ratières, 
parce  que  leur  nombre  n'apporte  aucune  perturba- 
tion dans  leur  arrangement.  C*est  en  appliquant  ces 
principes,  et  à  Taide  de  faibles  courants  électriques, 
que  cet  auteur  a  fait  voir  que  Ton  pouvait  obtenir 
artificiellement  plusieurs  corps  cristallisés  que  jus- 
qu'ici «Ton  n'avait  encoi*e  rencontrés  que  djins  U 
nature  (Wbeatstow).  > 

(985)  c  11  est  un  argument,  dit  M.  Taylor,  qui  m*a 
toujours  fortement  frappé,  comme  prouvant,  d'après 
la  position  même  des  métaux,  Texistence  d'une  sa* 
gesse  et  d'un  plan  rempli  de  bienfaisance.  Les  më^ 
taux  sont  en  efict  disposés  de  telle  façon  qu^ils  sont 
mis  à  l'abri  du  gaspillage  de  Timprévoyance,  et  qu'ils 
exercent  en  même  temps  au  plus  haut  degré  leacnie 
de  l'homme,  d'abord  par  la  difliculté  de  les  décou- 
vrir, puis  par  la  nécessité  où  ^ il  se  trouve  d«  Taiucrc 
los  obstacles  dont  leur  recherche  est  environnée. 

<  De  là  Torigine  de  bienfaiu  qui  se  cotitinaent 
dans  toute  la  durée  des  siècles  ;  de  là,  des  aignil- 
bms  pour  Tindustrie  et  pour  Texercice  des  facttlt<N 
de  respritf  qui  sont  pour  nous  la  plus  abondante 
source  de  bonheur.  Si  les  métaux  eussent  été  pla- 
cés de  façon  à  pouvoir  être  extraits  sans  peine,  ou 
en  eût  trop  abondé  dans  certaines  circonsianoes,  on 
en  eât  manqué  dans  d*autres,  et  leur  recherche  ii'cùi 
exigé  ni  intelligence  ni  habileté. 

f  Dans  l'état  acfuel  des  choses,  ils  me  naraiss^m 
en  accord  complet  avec  les  plans-  parfaits  d*n.i 
créateur  plein  de  sagesse,  plans  dont  ta  vue  et  U 
contemplation  nous  procurent  tant  de  jooîsaattccs.i 


1423  ZAN  £T  I^  PALEOr 

grégation  ou  |)ar  sublimation  que  ces  mé-  q 
taux  y  ont  été  entassés,  ou  bien  que  ces  h 
deux  méthodes  y  aient  contribué,  soit  simul-  ^ 
tanément,  soit  consécutitement,  l'existence  u 
même  des  filons  n'eu  demeure  pas  moins  un  è 
fait  de   la  plus  haute  importance  pour  l'es-  h 
pèce  humaine  ;  et,  bien  que  les  boulererse-  d 
ments  ou  les  autres  phénomènes  auxquels  d 
ces  filons  doirent  leur  origine  se  soient  ac- 
complis è  une  époque  de  longtemps  anté-  ^ 
rieure  à  la  création  de  l'homme,  la   raison 
nous  conduit  à  conclure   ({u'il  dut  entrer 
dans  les  desseins  providentiels  du  Créateur, 
à  l'époque  où  il  déchaîna  les  forces  pfajsi-  e 


ys 


WEALDIENNE  ^Foematioiv).  Voy.  Nboco-     n 


WERNER.   Voy,  Géologif.  " 

WILUAMS.  Voy,  G6ologib 

WISEHAN,  adopte  Vhypoîhèie  antéhêxa- 


Y 


fECX  VEA  Teilobitss,  eoméquencu  qui  dé 


z 


ZAMIA.  Voy.  Cicadus.  —  Cette  plante  fossi 

(986)  Un  des  hommes  qui  ont  écrit  les  premiers  m 

H  arec  le  pins  d'originalité  snria  théologie  physique  k 

a  résumé  dans  le  peu  de  mots  qui  suivent  rirapor-  d* 

tance  des  métaux  pour  rhumanilé.  q 

(  Quant  aux  métaux,  ils  sontà  tantde  titres  utiles  m 

il  Fespéce  humaine,et  leurs  usa^  sent  si  bien  oonnns  ci 

de  tout  le  monde,  que  ce  serait  peine  superflue  que.  pi 

d'en  dire  quelque  chose.  Sans  eux,  en  elfet,  toute  d' 

culture  et    toute    civilisation    seraient    împossi*  pi 

hles  ;  jpoint  de  charrues  ni  d'anicultore,  point  de  ui 

Taux  ni  de  récoltes,  point  de  bècnes  ni  de  jardinage,  o 

point  de  serpette  ni  d'horticulture,  point  de  f^lTe  ei 

ni  de  culture  des  arbres,  point  d'ustensiles  ni  de  L 

meubles  de  ménage,  point  de  maisons  commodes  ni  le 

d'éJifices  publics,  pout  de  vaisseaux  ni  de  naviga-  H 

tion. Qudlecondition  sauvage  et  misérableeùt néoes-  ti< 


BBB 


NOTES  ADDITIONNELLES. 


NOTE  I. 

Hypothiêe  antékexamérique. 


(Eitratt  des  Estaii  iur  ta  littérature  de$  Bi^ 
breuXf  par  M.  J.-Gh.  de  Montbeon  ,  i.  I'% 

Introduction  (Paris»  1819.) 

Les  révototions  qui  soaleTérenf  la  terre  noas  sen»- 
blenl  aecidentelk»,  et  c'est  eo  Tain  que  l'on  cherehet 
ians  Tordre  même  de  la  nature,  les  causes  de  sa- 
ruine.  Si  tout  périt,  tout  se  renouvelle.  La  nature, 
qui  n  est  à  nos  yem  qu'me  pensée  du  Créateur,  per- 
sonnifiée dans  la  langue  des  nomme»^  la  nature  tend 
à  la  vie,  et  compte  des  aiiâées  sans  vieilHr. 

Après  avoir  vainement  eiploré  les  mers  en  pour- 
suivant de  fantastigues  rivages,  que  la  tradition ,  et 
la  tradition  de  Moïse,  soit  notre  ancre  ;  la  lassitude 
de  Terreur  peut  aussi  ramener  à  la  vérité.  Notre 
globe  venait  de  subir  une  révolution  avant  la  seconde 
phrase  de  la  Genèie.Qued  autres  se  jettent  en  de  pom- 

Seuses  déclamations  pour  voiler  des  subterfuges  in- 
Ignés  d*uue  si  noble  cause;  nous  aborderons  fran« 
chement  la  difficulté,  en  traduisant  à  la  lettre  les  pre- 
mières li|[pe8  du  récit  de  Moïse,  en  leur  donnant  en- 
suite une  interprétation  qui  n*ait  rien  de  forcé.—Au 
commencement,  dans  le  principe  des  choses,  Dieu 
avait  créé  les  cieux  et  la  terre  ;  mais  alors  la  terre 
^it  aubvertie...—€e  temps, a»ai/€r^4f,o^exisle  point 
dans  Thébreu,  dont  les  verbes  sont  intiniraent  plus 
simples  ;  mais  si  ce  temps  n'eiiste  pas  dans  la  langue 
des  Hébreux  à  demi  sauvages,  il  ne  s'ensuit  pas  que 
cette  nuance  n'existât  point  implicitement  dans  la 
pensée  de  l'homme.  Le  même  mot,  placé  diversement, 
et  peut-être  diversement  prononcé,  a  pu  désigner 
toutes  les  modifications  du  passé.  Si,  comme  nous 
n'en  doutons  pas.  Moïse  a  voulu  parler  dans  sa  pre-" 
raière  phrase  d'une  époque  très^ntérieure  à  celle 
dont  il  parle  dans  sa  seconde  phrase,  il  n'a  ^u  s'ex- 

E*ner  difiëremment.  Or,  de  deux  interprétations 
leraent  admissibles  selon  la  syntaxe,  nous  devons 
ipter  celle  qui  s*aeoorde  avec  la  raison. 
Quant  à  la  deuxième  phrase,  le  préfixe  hébreu  on» 
^e  nous  rendons  ordinairement  par  ei,  sert  de  con- 
lonction  et  d'adverbe  dans  la  langue  des  Juifs  :  em- 
ployé sans  cesse  et  au  commencement  de  toutes  les 
D^hrases,  il  tient  même  lieu  d'une  arande  quantité 
d'adverbes;  car  il  y  en  a  fort  peu  dans  cet  idiome. 
Il  ne  doit  pas  sembler  extraordinaire  de  voir  ce  mot 

Ï^lacé  comme  adverbe  de  temps,  puisque  toutes  les 
bis  gu'il  se  trouve  devant  un  futur,  il  le  change  en 
passé,  et  prend  alors  Tépiihète  de  convetêif. 

Les  mots  tohou  bohou^  incertains  et  mystérieux, 
expriment  parfaitement  une  subversion.  Il  est  cho- 
f  quant  d'imaginer  que  l'être  souverainement  sage  ait 
créé  d'abord  le  chaos,  qui  n'est  autre  chose  que  le 
désordre.  Comme  tout  se  renouvelle  sous  nos  yeux, 
et  qu'on  ne  peut  juger  autrement  que  par  analogie  ce 
qu'on  ne  connaît  pas,  nous  devons  présumer  que  ces 
mondes  se  renouvellent  comme  tout  le  reste.  Ces 
destructions,  que  d'autres  attribuent  à  des  causes 
fortuites,  entrent  sans  doute  dans  les  plans  de  la  su- 

Srême  sagesse.  Il  faut  donc  supposer  qu'après  une 
e  ces  effrayantes  catastrophes,  le  monde  était  re- 
tombé sous  l'empire  des  ténèbres.  La  vie  venait  de 
S*éteindre  sur  la  terre.  Le  souflle  de  Dieu,  Tair,  s'é» 
kodalt  sur  les  eaux,  qui  allaient  devenir  fécondes. 


Nous  remanpions  d  que  ce  monde  sorti  des  eauf 
n'est  pas  moins  conforme  aux  traditions  de  tous  les 
peuples  qu'aux  idée»  de  la  plus  saine  physique.  Noos 
ferons  observer  encore  que  si  Tbomine'eat  été  créé 
avant  ces  diverses  révolutions  par  lesquelles  se  for- 
mèrent les  pierres,  les  métaux  et  la  terre  végétale  qui 
nourrit  les  plantes,  et  jmu*  conséquent  les  animaux, 
Thomroe  eût  d*abord  expiré  de  misère,  en  mandisêant 
et  son  stérile  séjour,  et  le  caprice  barbare  qui  lui 
avait  donné  l'être.  Mais,  a-t-on  dit  de  nos  jours. 
Dieu  n'a  point  fait  le  monde  pièce  k  pièce,  comme  un 
artisan  qui  construit  une  machine  ;  il  a  créé  la  terre 
teHe  que  nous  la  voyons,  avec  de  vieilles  forêts,  des 
montagoea  décrépites.  Il  aurait  donc  aussi  pbi'é,  soit 
au  sommet  de  ces  montagnes,  soit  dans  les  profon- 
deura  de  cette  terre,  les  innombrables  débri&  qui 
composent  une  partie  de  sa  masse,  et  il  aurait  phcë 
çà  et  là  les  os  parfaitement  seml>lables  d'animaux 
dont  les  uns  n'existent  plus  sur  notre  terre,  et  dont 
les  autres  sont  analogues  à  ceux  que  nous  voyons  ; 
il  aurait  enfin  établi,  d'un  seul  jet,  ces  nombreuses 
couches  qui,  par  mille  faits  et  par  mille  circoustan* 
ces,  ne  peuvent  avoir  été  formées  que  successivement 
et  sous  les  eaux.  Des  hommes  étrangers  à  leur  siècle 
disent  que  tout  cela  s'est  opéré  pendant  le  déloge. 
Ignorants  nous-mêmes,  nous  répondrons  à  Tigno» 
ranc«  sans  ce  dédain  pédanieMue,  sans  cette  ironie 
superbe  des  détracteurs  de  la  Geni$e ,  qui,  parfoisi 
ne  sont  pas  non  plus  très-savants  ;  car  la  ferme  ré- 
solution de  tout  nier  dispense  de  rien  apprendre.  On 
a  dit,  on  a  prouvé  que  1  état  actuel  de  la  terre  aiies- 
taii  et  diflërentes  irruptions  des  eaux,  et  leur  long  sé- 
jour sur  nos  conlineuts.  D'ailleurs,  rinspeetion  U 
plus  superficielle  démontrera  que  la  terre  contient 
mille  fois  plus  de  dépouilles  qu'elle  ne  pouvait  nour- 
rir d'animaux  à  Tépoque  d'une  catastrophe  uaique 
et  passagère  comme  le  déluge.  Mais,  sans  nous  airè* 
ter  plus  longtemps  k  repousser  les  coups  de  ceuxquç 
BOUS  servons,*la  suite  développera  mieux  ce  que  ooua 
venons  d'avancer. 

Nous  avons  déjà  vu  qu'il  était  Impossible  d'expli- 
quer la  disposition  des  couches  de  la  terre  sapa  la 
concours  d  un  liquide  qui.  en  ait  tenu  les  matériaax 
eu  dissolmion,  et  qui  même»  s'il  en  faut  croire  qoek 
ques  physiciens,  n'était  peut-être  pas  Teaa  telle 
qu'elle  existe  aujourd'hui^  Elle  pouvait,  disent-ils, 
être  imprégnée  de  quelque  antre  fluide  qui  lui  com- 
muniquât a  la  Ibis  la  propriété  de  faire  passer  les 
corps,  organisés  à  Tétat  ou  nous  les  voyons,  et  la 
propriété  de  les  conserver.  Mais  puisque  ces  mêmes 
corps  sont  des  coquillages  à  peu  près  semblables 
aux  nôtres,  et  qui  ne  peuvent  avoir  vécu  que  dans 
Teau,  il  faut  bien  qu'elle  ait  existé  aussi  telle  a  peu 
près  que  nous  la  voyons  maintenant.  Les  dilférencts 
qui  existent,  dans  les  espèces  et  plus  rarement  dans 
le«  genres,  entre  ces  coquilles  et  (es  nôtres,  ne  sont 
pas  assez  tranchées  pour  faire  supposer  que  Télé* 
ment  où  elles  vivaient  fût  d*une  autre  nature.  La 
seule  conservation  des  grands  quadrupèdes  trouvés 
daus  les  attérissements  des  fieuves  du  nord  de  TA- 
sie  prouverait  que  c'est  Teau  qui  les  a  déposés. 
Tout  le  monde  sait  que  ces  animaux  avaient  enoore 
leur  poil,  et  que  leurs  chairs  étaient  même  assex 
fraîches  pour  que  les  chiens  les  aient 


ÎM 


NOTES  ADDITIONNELLES. 


U50 


Toute  autre  catastrophe  qu^une  inondation,  aurait 
écrasé,  dispersé  ces  eiéphanis  et  leurs  débris. 
L'opinion  de  tous  les  philosophes  indiens  est  que 


Népaul, 

Uolwel,  dans  rexplicalion  de  sa  première  planche, 
suppose  que  Braman  flotte  au  milieu  de  l*abime  sur 
une  feuille  de  bétel  ;  mais  il  est  évident  que  c*est 
une  feuille  de  lotus  ou  de  figuier  d*Inde  mal  dessinée. 
On  retrouve  les  mêmes  opinions  à  peu  près  diez 
les  peuples  de  TAmérique  méridionale. 

On  ne  peut  compter  avec  précision  combien  de 
fois  le  monde  a  été  détruit;  mais  il  est  évident  que 
ces  destructions  ont  toi^ours  été  opérées  par  les 
eaux. 

Ces  diverses  catastrophes  sont»  Je  crois,  portées 
au  nombre  de  huit  par  Cuvier. 

C'est  une  de  moins  qwi  chez  les  anciens  Perses. 
Dans  le  Cahcrman*  Namch,  Simorg  ou  Simorganka, 
oiseau  merveilleux  que  les  Arabes  appellent  le  frand 
oiseau,  qui  est  fée,  t|ui  parle  toute  les  langues,  inter- 
rogé sur  Tancienneté  du  monde,  répond  qu'il  Ta 
déjà  vu  sept  fois  peuplé  de  créatures,  et  sepl  fois 
dénué  de  toute  espèce  d'animaux,  fi  est  vrai  que 
rhistoire  de  cet  oiseau  religieux  et  philosophe  se 
trouve  dans  un  recueil  de  fables;  mais  quel  livre 
des  Orientaux  n'est  mêlé,  n'est  rempli  de  contes? 
Cet  oiseau,  type  du  phénix  des  Grecs  et  du  roc  des 
Mille  et  une  Nuits,  cet  oiseau  colossal  vivait  dans  la 
montagne  de  Caf,  imaginaire  comme  lui.  11  est  fort 
célèbre  dans  les  anciens  romans  des  Orientaux,  et 
même  dans  leurs  histoires  :  il  donne  quelaues-unes 
de  ses  plumes  au  troisième  roi  de  Perse  (Tahamu  • 
rahz)  qui  les  met  à  son  casque,  et  devient  invin- 
ciMe. 

A  juger  de  ces  révolutions  par  les  vestiges  qu'elles 
ont  laissés,  leurs  intervalles,  leurs  effets,  et  peut- 
être  aussi  leurs  causes,  diffèrent  essentiellement  (987). 

Les  quadrupèdes  terreslres  vinrent  après  les 
amphibies  ;  mais  Cuvier  pense  <  qu'il  y  a  eu  au 
moins  une,  et  très-probablem<*nt  deux  successions 
dans  U  classe  des  quadrupèdes  avant  celle  qui  peu- 
ple aujourd*bui  nos(  contrées  »  :  il  remarqué  aussi 
qu*H  n^existe  aucune  gradation  entre  les  espèces  que 
nous  voyons  et  les  anciennes,  qui  en  étaient  si  oif- 
férentes.  On  peut  tirer  de  là  cette  conclusion,  qu'il 
â  existé  entre  les  unes  ei  les  autres  une  catastrophe 
d*abord,  et,  bien  des  siècles  après,  une  création 
nouvelle.  Mais  toujours  est-il  singulier  qu'après  une 
destruction  complète,  la  puissance  créatrice,  sans  se 
répéter  exactement,  ait  produit  des  animaux  du 
même  genre,  et  qui  diflëraient  seulement  dans  leurs 
espèces.  Cela  seul  ne  supposerait-il  pas  un  V^n^  uo 
premier  dessein,  toujours  suivi  à  travers  le  torreni 
des  siècles  et  les  destructions  qu'ils  amenaient?  Est- 
Il  possible  de  soutenir  que  des  réunions  fortuites  de 
molécules  aient  pu  s'opérer  dans  un  ordre  si  adrol* 
rable,  qu'après  les  convulsions  de  la  nature  expi« 
rante  et  l'extinction  de  la  vie  sur  notre  globe,  ces 
^assemblages  aient  suivi  une  certaine  marche,  une 
certaine  succession  bien  visible  dans  la  citatne  qui 
lie  les  premiers  êtres  à  ceux  que  nous  voyons?  Le 
grand  naturaliste  déjà  cité  s*étonne  de  voir  des  es- 
pèces différentes  :  n  est-il  pas  bien  plus  surprenant 
de  revoir  les  mêmes  genres?  Cette  objection  contre 
le  matérialisme  a  déjà  été  faite  à  regard  de  la  régu« 
larité  que  nous  vovons  aujourd'hui  dans  les  espèces» 
Mais  eatn  une  plante,  un  animal,  naissent  d'nne 
plante,  d'un  animal  semblaWe.  C'est  un  prodige  bien 
plus  grand,  que  de  voir,  après  It  destruetion  en- 

(fWT)  Voyez  la  belle  iotrodociion  de  Touvrage  de 
Cuvier  sur  les  grands  anbnaex  franilefi. 

<98H)  L.  loil  lumière,  d  fuimèr^ /ni ;  car  on  sait  que 
l'hébreu  n*a  pnipt  djrlicles.  et  que  Von  ne  Uiie  pas  que 
nou<i  galons  id  le  mot  le  plus  sublime  rie  la  ïïlble  ;  ur 
nous  le  traduisons  comme  on  l'a  touj(»urs  tra<lutt,  et  TUn 


tière  d'un  monde  et  de  la  vie,  un  monde  à  peu  ^rfiSr 
pareil  sortir  des  ruines  du  précédent. 

Les  coquillages,  les  poissons,  les  quadrupèdes  dé 
la  dernière  couche  sont  tout-à-fait  ou  à  peu  près  les 
mémesqueceux  existants  aujourd'hui.  Assistonsavec 
Moïse  à  l'œuvre  merveilleuse  des  six  jours  ;  car  il 
ne  faut  plus  entendre  par  ees  jours  des  époques  qui 
eml>rassent  une  lonsue  suite  de  siècles  :  le  texte  de 
la  Genèu  est  formel  à  cet  ^rd.  Moïse  dit  qu'il  y 
eut  un  malin  et  puis  un  sotr  qui  firent  trn  jour» 
Comme  les  astres  n'étaient  point  visibles  encore^ 
on  pourrait  dire  cependant  que  ces  temps.,  si  lOngi 

Eur  l'homme,  dont  la  vie  est  si  courte,  étaient  les 
irs  de  la  Divinité  :  cette  Divinité  existant  seule  Jes 
^es,  qui  ne  sont  que  ses  instants,  pouvaient  être 
comptes  dans  cette  proportion  révélée  a  Moïse.  L'ex- 
pression même  ne  serait  pas  en  défaut,  puisque 
nous  disons  qu'il  existe  au  pôle  un  jour  de  $ix  woi$ 
avec  une  nuit  égale,  et  que,  dans  fa  Bible,  le  mut 
jour  est  souvent  pris  pour  des  années  entières  et  des 
esnaccs  de  temps  plus  longs  encore. 

Mais  nous  ne  l'entendrons  pas  ainsi;  et  c<Mtc 
question  nous  a  mis  sur  la  voie  de  difficultés  bien 
plus  grandes ,  dont  rincrédulité  s'est  servie  mille 
fois,  comme  d'armes  irrésistibles,  pour  saper  dans 
ses  fondements  l'édifice  de  Moïse.  Nous  présenterons 
l'objection  de  ces  écrivains  dans  toute  sa  force. 
Comment,  disent -ifs,  osé-t-ôn  avancer  que  la  lu- 
mière qui  nous  vient  du  soleil  existait  avant  lui,  et 
qu'avant  la  naissance  de  cet  astre  il  y  avait  des 
jours,  tandis  que  la  Genèse  elle^nème  nous  dit  plus 
bas  que  le  soleil  et  la  lune  furent  créés  pour  r^ler 
les  jours  et  les  nuits? 

Puisque  les  cieux  étaient  créés,  les  astres  l'étafenl 
aussi.  Nous  ne  croyons  pas  donner  ti^p  d'exteiision 
au  mot  qui  signifie  les  cieux,  en  disant  qu'il  désigne 
en  même  temps  les  astres,  comme  le  nom  de  prairie 
embrasse  toutes  les  ]  lantes  dont  une  prairie  se  corn** 
pose.  On  a  vu  quel  sens  nous  avons  donné  au  mol 
créer,  mais  il  n'est  pas  dit  ici  que  rStemel  ait 
créé  i988)  la  lumière.  Dieu  dH  que  In  twnlère  soit , 
et  la  lumière  fut  (989).  C'est  comme  si  rhistorien 
avait  dit  :  qu'il  fasse  jour,  et  il  fit  jour;  qu'il  flisse 
clair,  et  il  fit  chir.  La  lumière  existait  auparavant , 
comme  tous  les  autres  éléments  :  mais  dans  Tétai  de 
csonfusion  où  la  dernière  catastrophe  avait  jeté  le 
monde  ;  dans  le  désordre  du  chaos  enfin,  la  lumière 
devait  être  complètement  obscurcie  par  Tépaisseur 
et  l'opacité  d*une  atmosphère  mêlée  de  parUes  aqueu- 
ses et  terrestres.  Quelle  que  fût  en  effet  la  cause 
de  la  submersion  du  monde,  cette  crise  devait  être 
d'une  violence  infiniment  supérieure  à  toutes  les 
forces  naturelles  qui  nous  sont  connues. 

On  peut  distinguer  Tone  de  l^iutre  hi  clarté  qui 
est  un  état  de  l'air  plus  ou  moins  transparenr,  et  h 
lumière  douée  de  plusieurs  propriétés  des  corps. 
Jusques-là,  l'on  n'entendait  par  la  lumière  autre 
chose  que  la  clarté.  Mais  cette  distinctien  est  im- 
portante id.  La  clarté  seule  étant  connue  des  hom- 
mes. Moïse,  inspiré  par  le  Très-Haut  qui  sait  tout, 
mais  Moïse  devant  être  entendu  de  ces  mêmes  hom- 
mes, parle  de  la  lumière  comme  étant  la  c/ari4  (990), 
mais  non  Vêlement  que  nous  connaissons  à  peine, 
et  si  imparfiftîtement  encore.  La  lumière  était  créée 
dès  longtemps  :  aor  ou  aur  est  la  clarté.  Dieu  dll 
que  la  clarté  soit,  et  l'air  se  dégage  à  demi  des  nolre« 
vapeurs  dont  le  reste  dérobe  encore  à  la  terre  l*iia« 
pect  des  astres.  Cette  terre  n'est  alorft  au>in  limon 
impur,  et  de  même  que  ses  parties  seHnes  ne  sont 
pas  tont-l-Cait  séparées  des  eaux  in^rieures,  les 
eaux  supérieures  sont  auspend^yes  en  l'air ,  sous  la 

pression  qu'il  produit  ne  sera  sûrameat  pas  affaiblie  par 
notre  commentaire. 

(9B9)  Moiae  ne  se  sert  point  Ici  des  mots  crésr  et  (atrt 
{Bva,  Muik)  eoipley<&a  pour  loua  lea  rprps  de  la  nalwe. 

i^m)  La  dorléest  la  lumière  ouinirestée,  tandis  que^ 
dans  les  ténèbres,  elle  csi  inlercepi/.e. 


U&i 


DICTIONNAIRE  M)  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


UCi 


1 


forme  de  nuages  épais,  qui  deTaiem  s*élever  Lien 
au  delà  des  limites  de  noire  atmosphère  (991),  puis- 
se 1-eau  vaporisée  occupe  1,700  fois  la  place  de 
son  Toltime  primitif.  De  plus,  tous  les  priiuipcs  des 
corps  vivants  qui  allaient  se  former  et  s*aiiimer  à  la 
^role  du  Sei^ieur,  tous  les  gaz  enfin,  flottaient  avec 
feau  volatilisée.  Parmi  les  densités  progressives  des 
corps  solides  et  des  fluides  confondus ,  on  n^aurait 
}n  dire  où  commençait,  où  finissait  nn  élémenl.  A 
a  voix  du  Créateur,  les  atonies  les  plus  grossieis 
8*aHsemb|ent  par  les  lois  de  raflinitc,  s  abaissent  par 
les  lois  de  la  pesanteur.  On  est  loin  de  découvrir 
cncol'e  ni  Ta^ur  des  cieux,  ni  le  disque  f  datant  du 
soleil.  Cette  aurore  de  la  nature  fut  une  lueur  somr 
bi-e  et  mystérieuse.  La  lumière  sans  éclat,  répand 
ses  pftles  clartés  sur  un  monde  sans  habitants,  sans 
couleur,  sans  forme.  C*est  le  jour,  mais  livide  et  dé- 
nué de  ces  rayojis  d^or  et  de  feu  qui  vont  solenniscr 
la  renaissance  de  la  nature, et  la  première  apparition 
de  riiomrae.  Dieu  pouvait,  sans  doute,  d*un  seul 
mot  substituer  au  chaos  la  terre  telle  que  nous  la 
voyons;  mais  sa  puissance  ne  se  déploie  pas  tout 
entière  à  tout  instant;  et  &foïse  nous  raconte  ses 
différents  actes  trop  grands ,  trop  merveilleux  en- 
core pour  notre  faible  raison. 

Cette  clarté  venait  sans  doute  du  soleil ,  puisque 
roQ  dit  qull  y  eut  un  matpi  et  puis  un  êoir 


•• 


Ce  n^esl  pas  du  tout  pour  répondre  à  des  objec- 
lions  sans  londemeni,  ni  pour  éclairer  le  berceau 
des  êtres  vivauts,  que  nous  avons  supposé  la  créa- 
lion  desi  a^stres  bien  antérieure  à  celle  drg  habitants 
de  la  terre.  Non  ,  le  texte  même  et  la  vraisemblance 
nous  ont  porté  à  celte  supposition.  Il  nous  aurait 
paru  eonirabre  h  Panaiogie  que  Dieu  ,  après  avoir 
iMissé  un  jour  h  créer  les  poissons,  un  jour  k  créer 
les  plantes,  n'eq^ployftt  que  le  reste  d'une  journée 
k  la  création  de  ce  vaste  univers  dont  hi  terre  n*est 
qu'un  atome.  On  nous  dira  petit-èlre  que  ce  peu  de 
place  occupé  ^  la  terre  et  par  Tbomnie,  si  petits 
dans  rinvmeusité,  n*est  pas  confonuc  à  Timportauce 
dca  hames  destinées  de  Thomme  moral.  Quand  ce»- 
aerons*nQus  de  comparer  le  Tout-Puissant  aux  chefs 
de  nos  misérables  empiçtts,  où  les  sujets  sont  d'au- 
tant plus,  oubliés  quHls  sont  plus  nombreux  !  Mais 
songez,  ô  chrétiens  t  que  votre  Dieu  est  Inflni  dans 
#on  intelligence  comme  dans  sa  puissance!  Il  or- 
donne le  renouvellement  d'un  monde ,  el  veiHe  $^r 
/m  pefiu  de  la  colombe;  il  règle  la  course  des  astres, 
et  recueiHê  en  êw  ume  Us  larmes  de  C opprimé.  La 
grandeur  de  IHiiiivers  rehausse  doue  beaucoup  hi 
grandeur  de  son  souverain,  sans  èter  rien  ii  la  div 
suite  de  IMipmme.  Cette  dignité  ne  se  mesure  point 
a  Tespace  que  peuvent  occuper  les  habitants  ae  la 
terre,  S'U  en  était  autrement,  la  baleine,  celte  niasse 
informe  en  son  épaisse  organisation ,  serait  la  plus 
noble  de  toutes  les  créatures  ;  et  les  êtres  intellec- 
tuels, ministres  et  roessaxers  du  Très-Haut ,  restes 
immortels  des  héros  et  des  hommes  voiiueux,  se* 
raient  placés  au«<deasou8  de  rinsecle  éphémère. 

Kt  c'est  au  nom  de  nos  connaissances  Incertaines 
qtie  la  veille  a  vu  naître ,  que  le  lendemain  verra 
s*évanouir  devant  des  notions  nouvelles,  c*est  a 
propos  de  la  lumière  qui  nous  est  si  profondément 
inconnue,  que  noua  osons  protester  contre  la  plus 
auçieune,  la  plus  pure,  la  plus  vénërskble  des  reli- 
gions !  Vos  instruments  ont-ils  pu  la  saisir,  la  pe- 
ser, la  décomposer,  cette  lumière?  Vous  la  vovez 
dans  ses  elbts  comme  la  Divinité  ;  et  comme  la  Di- 
vinité, vous  ne  pouvez  guère  la  définir  que  dans  ses 
qualités  négatives. 

S*il  y  eut,  pour  la  première  fois,  un  soir  et  un 
matin,  ce  n'est  pas  que  la  terre  eût  cessé  de  |ourner 
sur  elle-même  ;c*cst,  comme  nous  Tavons  dit,  que 

(901)  Selon  les  nnii,  notre  atmosphère  s'êlendrait  à  13 
lieues  perpendiculaires,  et  selon  d'autres  Si  1^. 


jusqu'alors  les  rayons  solaires  avaient  été  totale- 
ment intercepta  par  la  quantité  de  molécules  a- 
Sueuses  ou  terrestres^  qui  se  trouvaient  accumulées 
ans  Tatmosphêre,  si  nous  pouvons  appeler  ainsi 
les  réglons  supérieures  du  chaos.  A  la  parole  de 
Dieu,  la  terre  jouit  à  peu  près  de  la  même  clarté 
qui  brille  dans  notre  zone  tempérée  lorsque  le  so- 
leil est  caché  par  les  nuages,  c*est-4-dire  pendant 
les  trois  quarts  de  l^nnée.  La  nuit  revint  ;  car,  au 
milieu  de  la  marche  des  siècles,  les  jours  avaient 
recommencé  pour  la  terre. 

Passons  maintenant  aux  versets  où  Ton  croit  voir 
la  création  des  astres.  Dieu  dit  :  c  Soient  de  briU 
iantes  clartés  dans  l'espace  des  cieux  pour  séparer 
le  jour  et  la  nuit!  i  Le  mot  méoroih^  qui  vient 
d*aMr,  lumière,  a,  pour  cette  rai^n,  été  traduit  par  le 
mot /amf  mitres,  qui  le  rendrait  assez  bien,s*ilneman- 
quaitabsohimeni  de  difj^nlté.  On  doit  à  M.  de  La  Prise 
une  interprétation  fort  mgénieuse  du  mot  hébreu, qui 
désignerait,  selon  lui,  non  pas  les  deux  astres  qui 
nous  éclairent ,  mais  leur  atmosphère  lumineuse. 
Sans  rejeter  précisément  celte  conjecture,  noua  per- 
sévérons dans  notre  avis,  et  nous  disotis  simplement 
que  Dieu  dissipa  les  vapeurs  qui  dérobaient  à  la 
terre,  pendant  le  jour,  Taspect  du  soleil  p  et,  pen- 
dant la  nuit,  Taspect  de  la  lune.  Il  ne  s*agn  ait  donc 
ici  que  de  simples  apparences,  comme  les  termes  de 
signes  et  de  clarté  peuvent  le  faire  présumer.  Ils  of- 
friraient une  désignation  trop  insuflisante  de  cea 
sphères  immenses.  La  simplicité  des  moyens  que 
nous  proposons  peut,  il  est  vrai,  répugner  par  cela 
même  à  certains  esprits  qui  ne  veulent  pas  être  per- 
suadés, mais  confondus,  brisés ,  anéantis  par  des 
faits  incompréhensibles  et  des  raisonuemenla  ob- 
scurs. Nous  croyons,  disent-ils  encore  aujoiird^uî, 
que  Mahomet  a  mis  la  lune  dans  sa  manche,  et  noua 


titude  la  plus  authentique  ne  Teût  mis  à  Tabrî  de 
tous  les  doutes.  En  résumé.  Ton  met  au  rang  des 
preuves  d^une  chose  son  impossibilité  même.  .     ^ 


Sans  nous  jeter  en  d'abstraites  définitions , 
comme  il  est  une  peinture  pour  les  yeux,  il  en  est 
«ne  aussi  pour  Poreille  et  pour  IVssprii  :  cVst  la 
poésie.  Le  langage  est  comme  la  palette  du  peintre  ; 
le  poêle  crée  des  tableaux  avec  des  intages  et  des 
sons^  Je  ne  vois  pas  qu*aucun  genre  de  poésie  d«a 
Hébreux  gifre  un  rapport  exact  avec  nos  puémes,  si 
ce  n'est  avec  Tode  ou  Ui  cantate.  Le  récit  de  Moise 
renferme  plusieurs  morceaux  poétiqi^es,  la  création, 
par  exemple,  où  le  sublbne  semble  résulter  de  la 
grandeur  des  objets  et  de  Ui  simplicité  de  Texpi-es- 
sion.  Assurément,  cçt  exorde  de  la  première  histoire 
de  la  terre  et  des  hommes»  cet  autiaue  monument 
d'une  inspiration  divine  ^  ne  ressemble  aux  poèmes 
dHiucun  peuple  :  un  examen  superficiel ,  et  surtout 
la  lecture  des  trailuctions  pourraient  faire  jnper  ce 
morceau  tout  à  fait  dépoun*u  des  formes  poétiques. 
bi  pourtant  un  choix  dVxpressîons  iicu  communes 
csLundes  caractères  essentiels  de  la  poésie,  nul 
iMivrage  n'en  paraîtra  plus  fortement  empreint. 
Moïse  veut-il  peindre  le  désordre  du  chaos»  il  se 
sert  de  mots  éminemment  pittoresçiues  (9d2),  et 
non  moins  extraordina'nre  que  le  sujet  du  tableau. 
Lorsque  tout  était  confondu  sur  la  terre»  la  neu- 
veauté,  l'indécision  même  da  quelqncs  termes,  aide 
k  représenter  des  objets  inouïs;  et  ces  lennea»  ex- 
pliqués seulement  par  leur  soinbre  harmonie,  res» 
semblent  à  ces  fantômes  que  l'obscurité  fait  i^ralu-e 
plus  grands  et  plus  terribles^  En  eflciK  les  ténèbres 
s'ctendaieut  sur  la  face  de  l'ablmc  ;  et  le  dentier 

'992)  foktm  Bchou. 


1459 


NOTES  AODITIONNELLKÎ?. 


ÏIM 


mol,  téhàm  (993),  n*e6t  pas  moins  iiidéiermiiié  nue 
iii:i}{ni(1i]ae.  Le  veni,  «lUi,  par  une  grande  ei  iiudIc 
in(*uif>iiore,  c^C  appelé  le  souffle  (le  Dieu,  le  vent 
.i.^ilail  ses  ailes  sur  la  face  des  eaux.  On  peut  en- 
tendre aussi  Que  Fesprit  de  Dieu  couvait  toute  IM- 
tendue  des  onues  ;  et  de  cette  œuvre  mystérieuse  on 
s^alteiid  à  voir  éciore  la  nature. 

Lorsqu*ensuite  Tauteur  de  Tunivers  créa  la  lu- 
niicrc  avec  deux  paroles,  la  sépara  des  ténèbres,  ef 
nomma  Tun  et  l'autre  ;  lorsqu'il  rassembla  les  eaux 
dans  le  bassin  des  mers,  montra  la  terre  au  ciel, 
et  d*un  root  de  pins  la  revêtant  de  sa  preniicrepa* 
rure,  ré|Kind  au  loin  les  prairies,  les  vergers  (994) 
et  1(^  forêts,  comme  il  avait  répandu  Téther  et  la 
lumière;  alors,  disons-nous,  Moïse  semble  avoir  as-' 
sisté  à  la  création.  Voici  la  terre  belle  d'une  jeu- 
nrrsse  immortelle,  mais  silencieuse  et  solitaire.  Le 
Tout -Puissant  veut  qu'elle  soit  habitée;  sa  parole 
peuple  les  eaux,  Tair  et  les  campagnes,  selon  la  su- 
blime paraphrase  de  Hilton  : 

Chaque  instant  donne  au  monde  une  race  naissante, 
Chaque  sol  est  fécond,  et  chaque  glèbe  enfante. 


Et  lorsque  (outes  ces  créatures  8*ag)tenl  en  essayant 


la  vie,  la  bonté  divine  leur  dit  :  Fractiiiez,  et  muliî* 
pliez  vous  !  Le  récit  de  tant  de  merveiUet  est  ac- 
compagné de  formules  t:és-simples;  aprés^chaque 
ordre  de  rEternrI,'  le  narrateur  dit  quMI  en  ftit 
ainsi;  et  dès  que  le  prodige  est  opéré,  il  ajoate  ces 
paroles  modestes  :  Dieu  vit  que  cela  était  Lien. 

Mais  ce  séjour  enchanteur  attend  un  maître  : 
Dieu  crée  Tliomme  physique  avec  la  poussière,  et 
risomme  moral  avec  son  souffle.  11  le  crée  à  so» 
imago,  bien  oblitérée  sans  doute,  lorsqu'après  quel- 
ques jours  d'innocence  Tliomme  a  passé  tant  de  siè- 
ck*s  dans  le  mal.  Quoi  de  plus  admirable  que  la 
honte  qui  naît  de  la  science  et  du  péché!  En  tout, 
on  voit  dominer  dans  le  récit  de  Moïse  cette  fleur 
d'imagination  orientale  dont  la  sagesse  In  plus  pro- 


Î;ner  un  eniniit.  Lar  si  cesi  uieu  qui  pai 
aut  pas  oublier  que  c'est  à  Thomme  qu'il  s'adresse. 
•  Ce  jardin  délicieux,  arrosé  par  des  fleuves  limpides, 
CCS  deux  arbres  dont  l'un  donne  la  science  et  t'ou- 
tre rimmortalilé,  ce  serpent  qui  tente  la  belle  Eve» 
toutes  ces  sublimes  allégories  conservent  encore 
leur  physionomie  asiatique. 


NOTE  II. 

De$  foêsilcM  et  de  leur  signification. 


On  noua  saura  gré  de  ri^prodnlre  Ici  un  travail 
sur  les  fossiles-,  publié  par  M.  l'abbé  Poullct,  chef 
d'institution  à  Senlis,  enlevé  bien  jeune  encore  aux 
sciences  et  aux  lettres  qu'il  cultivait  avec  un  remar- 
quable talent. 

<  Il  y  a  des  fossiles.  C'est-à-dire,  les  entrailles  de 
la  terre  recèlent  les  restes  d'animaux  et  de  plantes 
qui  ont  jadis  vécu  à  sa  surface  ou  dans  le  sein  des 
mers  qui  la  baignaient.  Tandis  que,  dans  le  cours  pa- 
cifique de  la  nature  actuelle,  la  couche  la  plus  super- 
ficielle de  i'écorce  du  globe,  cette  mince  pellicule  que 
nous  foulons  aux  pieils,  que  nous  cultivons,  présente 
à  peine  quelques  débris  des  innombrables  végétaux 
et  animaux  qui,  chaque  jour,  lui  abandonnent,  en 
mourant,  les  dépouilles  de  leur  organ'srAion  de- 
tri|ite  ;  les  couches  mêmes  les  plus  profondes  et  les 
plus  dures,  formées  dans  une  antiquité  indéfiniment 
leculée,  sous  Tinflueuce  des  forces  les  plus  énergi- 
ques^  ont  conservé  eu  l'empreinte,  ou  le  moule,  ou 
lo  subslance  même  des  êtres  vivants  qui  peuphient 
alors  la  terre,  les  airs  et  les  eaux. 

f  II  y  a  des  fossiles.  Oq  commença  par  ne  les 
point  voir  ou  ne  les  point  remarquer.  Ce  n'est  pas 
que  Pindustrie  humaine  ou  les  accidents  du  sol  ne 
les  aient  bien  souvent  et  de  bonne  heure  amenés 
aux  regards  de  l'homme;  mais  il  y  avait  tant  d'au- 
tres choses  plus  pressantes  à  voir,  plus  intéressantes 
à  chercher  oue  cell&-là  !  Puis,  quand  on  y  fit  atten- 
tion ,  quand  on  se  demanda  :  Qu'ett-ce  qve  cela  f 
D*où  cela  vteitlH7?il  se  trouva  des  savants  {991)  qui 
répondirent  :  Cela  n'est  rien,  rien  qu*uii  jeu  de  la 
nature,  un  accident  de  cristallisation.  D'autres  in- 
ventèrent des  explications  plus  absurdes  en- 
core (990).  Quelques-uns,  moins  éloignés  de  la  vé- 
rité et  de  la  raison,  virent  bien  que  c'étaient  des 
restes  authentiques  d^animaux  et  de  plantes  enve- 
loppés dans  k«  roches  par  une  grande  révolution 
ph>sique;  et  comme  ils  savaient,  d'après  les  livres 
sacrés,  que  la  terre  avait  été  bouleversée  par  un  ca* 
taclvsme  universel,  ils  regardèrent  naturellement 
les  fossiles  comme  des  effets  et  des  monuments  de 
cette  célèbre  cutastrophe. 

(9031  L'abhse  est  personnifié  dans  Job  et  Interrogé 
opr^s  la  mer.  Quelques  interprètes  pensent  que  c'est 
roeéan  :  les  HDbfeus  piMivaicnt  bien  prendra  TOcéan 
|ioor  un  ablBe« 

(90i)  L'expressioa  est  icnijours  simple  :  L.  ûw  arbres  i 


«  La  paléontologie  en  était  à  peu  près  lit  il  y  a  60 
ans  (car  les  idées  plus  justes  et  plus  laraes  de  Sté* 
non  et  d'Arduino  avaient  eu  pen  d'influence  sur 
leurs  contemporains).  On  sait  ce  qu'elle  est  aujour- 
d'hui. Les  débris  des  générations  éteintes,  reunis 
en  plus  grand  nombre,  examinés  avec  plus  de  soin« 
se  sont  ranimés,  pour  ainsi  dire,  au  flambeau  de  hi 
science  moderne  ;  les  lumières  de  la  botanique  et 
de  la  zoologie,  reflétées  sur  ces  antiques  dépouilles, 
ont  permis  de  discerner  leur  véritable  nature,  de  les 
nommer,  de  leur  marquer  une  place  dans  la  série 
des  êtres  organisés.  Interrompes  par  une  ardente  et 
savante  curiosité,  ces  témoins,  si  longtemps  muets, 
ont  révélé  la  merveilleuse  histoire  des  épo(]nf^s  où 
ils  vécurant.  Le  géognoste  a  trouvé  dans  les  fossiles 
riiidice  de  l'àgc  relatif  des  roches  qui  les  renfer- 
ment. Le  botaniste  et  le  zoologiste,  étonnés  de  rC'n- 
contrer  dans  ces  monuments  du  vieux  monde  des 
formes  étrangères  au  monde  actuel ,  ont  modifié 
leurs  dassiflcations  et  agrandi  le  cercle  de  la 
science,  pour  faire  une  place  h  ces  nouveaux  ve- 
nus. Le  naturaliste  philosophe  a  vu  dans  ces  for- 
mes insolites  la  transition  entre  certaines  dissein- 
blc^nces  des  organisations  présentes,  et  a  méilité  sur 
les  causes  profondes  qui  ont  pu,  dans  le  laps  des 
siècles,  altérer  les  types  des  êtres  organisés.  En  \\j\ 
mot,  la  science  des  fossiles  est  devenue  le  complu-.' 
ment  indispensable  de  toutes  les  sciences  naturelles  ; 
elle  en  a  modifié  les  principes,  agrandi  le  domaine^ 
et  a  donné  lien  aux  conjrcturcs  les  plus  hardies  sur 
les  lois  générales  de  la  nature  et  l'histoire  de  la 
création. 

c  Ne  s*est-on  pas  trop  h&té  dans  quelrtiies-tmes 
de  ces  conclusions?  N'a-toon  pas  exagéré  la  vérit«-t 
ble  iignificatioH  des  fossiles?  Cette  question  se  re- 
présentera plus  d*une  fois  dans  cette  thèse,  où  je* 
me  propose  de  résumer  et  de  discuter  les  principes 
fondamentaux  de  la  paléontologie  appliquée.  Je 
traiterai  :  4*  de  la  détermination  des  fossiles;  S* de 
leur  valcttr  ou  signification  géognùsîiqne  ;  S*  du  de^ 
gré  de  Traisembmnce  des  condttsions  géoaénitpiei 
ou  jfhysiologiqHeif  auxquelles  Us  ont  donné  lien. 

Dmit  produisant  leur  Ihilt. 
(9951  €  Gessner  et  ses  contemporains  du  xvi*  siècle,  i 
(99G)  «  On  peut  voir  qualques-unes  de  ces  optnims 

dans  la  UÛwlogk  de  d'àacn«viLLs,  p.  86  et  suit,  i  , 


U35 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


1436 


j        Aet.  I".  —  De  la  détermination  dei  /bstt'/et.    . 

I  On  conçoit  aisément  toute  rimpor(anc<;  de 
cette  question  pi'élîniiiuiii*e  :  des  fossiles  non  déter- 
minés sont  pour  le  géologue  à  peu  près  ce  que  sont 
pour  riiistorien  des  hiéroglyphes  dont  il  n*a  pas  la 
<jef,  Tobjet  d^une  vaine  et  stérile  curiosité. 

f  Examinons  donc  avec  soin  ce  premier  élément 
du  problème,  et  pour  procéder  avec  ordre,  suivons 
attentivement  le  paléontologiste  dans  les  diverses 
parties  de  son  travail. 

4  Et  d*abord,  est-il  toujours  sûr  de  ne  point  s'é- 
garer dès  le  premier  pas,  en  prenant  pour  un  fos- 
sile une  infiltration  furtuite,  une  concrétion  plus  ou 
moins  bizarro?  Toujours,  non.  Presque  toujours, 
oui  ;  et  cela  suffit.  La  vie  a  des  formes  trop  spécia- 
les, trop  vivement  tranchées,  pour  que,  dans  Tini- 
mense  majorité  des  cas,  un  œil  tant  soit  pou  exercé 
n*en  distingue  sûrement  les  productions.  Qu'import?, 
-en  effet,  que  les  personnes  étrangères  à  Tétude  de  la 
nature  aperçoivent  une  forme  humaine,  un  oiseau, 
une  plante,  dans  les  vagues  contours  d'une  pierre, 
dans  les  linéaments  confus  d*unc  inliltralion  miné- 
rale; ou  que,  par  un  excès  contraire,  les  savants 
euT;-ntômes  (les  savants  de  ces  temps-là)  aient  pris 
pour  des  accidents  purement  plnsiquos  les  restes  lei 
plus  évidents  d'êtres  organises?  invoquera-l-on, 
pour  nier  la  lumière  du  jour,  le  souvenir  des  ténè- 
bres qui  Font  précédée,  ou  Tombre  des  lieux  obscurs 
qu'elle  n'a  pu  éclairer  encore? Qu'importe  même 
que  les  naturalistes  de  nos  jours  soient  partages  sur 
la  nature  cl  l'origine  des  arbori$ations  renfermées 
dans  quelques  agates  (997),  des  tubulures  qui  tra- 
versent quclqui's  roches,  des  formes  arrondies  ou 
teslacées  (998)  que  présentent  les  particules  de  cer- 
tâiiis  calcaires  ou  autres  substances  minérales; 
qu'iU  hésitent  quelquefois,  parmi  les  innombrables 
Tatiatioiis  des  silex  de  la  craie,  à  dire  s'ils  ont  sous 
les  yeux  un  polypier  nouveau  ou  un  b  zarre  cail- 
lou?... Ce  sont  là  des  diflicultés  purement  acciden- 
telles, exceptionnelles  ;  la  bonne  foi  demande  qu'on 
les  cite,  et  qu'on  en  tienne  exempte  dans  l'occasion, 
mais  elle  se  garde  bien  de  les  exagérer  ou  de  s'en 
préval  »ir  pour  essayer  dëbranler  toute  la  science 
par  un  scepticisme  effréné.  Quelques  nuages  flocon- 
neux, errant  dans  l'immensité  de  Tair,  empèchent- 
ils  les  rayons  du  soleil  d'éclairer  et  de  vivifier  le 
glol)e? 

€  Ce  premier  pas  fait,  esU-il  aussi  facile  d'en 
laire  un  seconJ,  en  déterminant  auquel  des  deux 
règnes  organiques  appartient  chacun  des  fossiles  ? 
Oui  encore.  Car  les  doutes  qui  peuvent  s'élever  sur 
ce  point  ne  proviendraient  que  de  l'état  excessive- 
ment fragmentaire  des  débris  organiques,  ou  des 
analogies  singulières  qui  semblent  lier  l'une  à  l'au- 
tre, non  pas  les  extrémités  opposées,  mais  les  li- 
mites inférieures  des  deux  séries;  cela  revient  à  dire 
qu'il  y  a  doute  sur  la  nature  animale  ou  végétale 
d'un  fossile  dans  les  cas  seulement  où  les  êtres  vi- 
vants présenteraient  la  même  difficulté.  Jusqu'ici 
donc  nous  marchons  d'un  pas  assez  sûr  vers  la  so- 
lution de  notre  important  problème. 

i  Mais,  dans  chaque  règne,  peut-on  pousser  la 
détermination  des  fossiles  jusqu'à  la  classe,  à  la  fa- 
mille, au  genre,  à  l'espèce? 
^  c  Les  fossiles  animaux  présentent  à  cet  égard  un 
incontestable  avantage  sur  les  végétaux,  et  cette 
diilerence  tient  à  trois  causes  principales;  la  pre- 
mière est  que  les  groupes  zoologiques  sont  plus 
nettemeiit  tranchés  que  les  divisions  botaniques.  En 


(W7)  •  Vofez  Ad.  BnoKOKiAKT,  Prodrome  d*\  vég.  fo»i., 
(998)  I  Par  exemple,  le  cmUfre  tesUicé  d'ydrm.  i 


de  reconstruire  le  tout  avec  une  des  parties.  Et  en- 
fin, l'on  ne  peut  dissimuler  que  la  phytotomie  est 
encore  une  science  bien  incomplète,  surtout  si  ou 
la  compare  à  Tanatomie  animale. 

c  Voyez  en  effet  avec  quelle  facilité  les  dépouilles 
fossiles  d'animaux  se  laissent  rapporter  tout  d'abord 
à  l'une  des  quatre  ou  cinq  grandes  divisions  zoologi* 
ques.  Des  vertébrés,  il  ne  peut  guère  rester  que  des  os 
et  des  dents  :  or  les  vertébrés  sont  les  seuls  qui  aient 
des  os,  et  des  dents  de  nature  osseuse.  Des  mollas- 
ques,  les  couches  terrestres  n*auront  pu  conserver 
que  l'enveloppe  solide  (999),  et  les  mollusques  sont 
les  seuls  qui  aient  des  coqiUUeê  :  car  on  peut  à  peine 
citer  comme  exception  le  test  des  entomostracéê  mi- 
croscopiques, représentés  à  l'état  fossile  par  le  ry- 
pris  faha  ;  ou  les  tubes  d'annélides  (eerpula,  spiror^ 
6m),  semblables  aux  coquilles  tubuleuses  des  denta^ 
les  (1000)  et  des  vermete.  Les  animaux  articulés  ont 
des  formes  spéciales  qui  les  feront  toujours  recon- 
naître, quand  bien  ménie  ils  n'auraient  laissé  dans 
la  roche  que  l'empreinte  de  leur  corps  on  de  faibles 
débris  de  leurs  parties  dures.  Enfin,  les  formes  non 
symétriques,  rayonnées,  rameuses,  permettent  or- 
dinairement de  restituer  aux  radiàirèe  et  aux  zoo^ 
phijies  les  débris  qui  appartiennent  à  cette  dernière 
division  du  régne  animal. 

c  II  y  a  pourtant  toute  une  famille  de  fossiles 
aussi  remarquables  par  la  singularité  de  leurs  for- 
mes que  par  leur  présence  dans  les  terrains  les  plus 
anciens,  dont  il  est  difficile  d'assigner  avec  certitude 
le  rang  zoologique.  Qu'est-ce  que  les  trilobite*? 
Sont*ce  des  mollusques  analogues  aux  oscabrions, 
ou  bien  des  crustacés,  comme  on  l'admet  pins  gé- 
néralement aujourd'hui?  Et  dans  ce  cas,  de  quelle 
famille  de  crustacés  les  rapprochera-t-on?  L'examen 
de  leurs  nombreuses  pétrifications  n'a  rien  fourni 
d'absolument  concluant  sur  cette  question  ;  et  peut- 
être,  si  l'on  retrouvait  l'animal  vivant,  les  mêmes 
dissentiments  continueraient  sur  le  point  de  b  série 
où  il  doit  être  placé. 

c  II  est  bon;  du  reste,  de  remarquer  que  cette 
sorte  d'incertitude  sur  la  classification  d'un  genre 
ou  d'une  famille  de  fossiles,  n'a  presque  aucune  con- 
séquence pour  la  géologie,  surtout  quand  il  s'agit 
d'animaux  Invertébrés.  Ce  qui  est  vraiment  impor- 
portant  pour  le  fféologue,  c'est  d'éviter  la  conliisicn 
des  espèces  ou  des  genres,  et  de  savoir  si  les  fos- 
siles ont  ou  n'ont  pas  leurs  analogues  génériques  on 
spécifiques  dans  les  êtres  actuellement  vivants: 
cela  connu,  il  ne  reste  qu'une  discussion  purement 
zoologique ,  et  quelquefois  une  dispute  de  mots. 
Ainsi,  pour  citer  un  autre  exemple  célèbre,  la  con- 
naissance des  terrains  sectmdaires  ne  sera. guère 
plus  avancée  quand  on  saura  précisément  à  quoi 
s'en  tenir  sur  la  nature  des  innombrables  bétenini- 
les  renfermées  dans  leurs  couches.  Cetie  observa  - 
tion  a  pour  but,  non  point  de  déprécier  des  recher- 
ches si  Intéressantes  à  plusieurs  égards,  mais  de 
prévenir  les  objections  de  quelques  personnes  tou- 
jours prêtes  à  faire  valoir  sans  discernement , 
contre  la  solidité  d'une  science ,  les  contradictions 
de  ses  défenseurs. 

c  Quand  il  s'agît  au  contraire,  des  dépouilles  de 
vertébrés,  on  a  besoin  de  connaître  le  plus  exactt^ 
ment  possible  la  classe,  l'ordre,  la  famille  et  le 
genre.  Constatons  par  une  revue  rapitle  le  degré  de 
certitude  dont  chacune  de  ces  déterminations  «st 
susceptible. 

c  Les  grandes  classes  entre  lesquelles  on  distribue 
les  vertébrés  offrent  à  l'état  vivant  des  caractères 
parfaitement  tranchés;  mais  à  l'état  fossile,  avec  le 
squelette  seul,  et  le  plus  souvent  avec  des  fragments 
de  squelette,  avec  un  seul  ossement ,  pourra-i-on 

(999)  c  On  dans  quelques  cas,  les  tnU  huérieurê^  dost 
les  formes  sont  également  caractéHstiqoes.  > 

(1000)  t  On  sait  que  les  dentsk*  ont  été  l9ng«4>Btpi 

classCs  dans  les  annêlidcs.  i 


14S1 


NOTES  ADDlTIONiNELLESk 


1458 


toujoun  distinguer  si  ces  débris  oiii  appartenu  à  un 
mammifère,  à  un  oiseau,  un  reptile  ou  un  poisson  ? 
Oui,  sans  doute  ;  et  si  pendant  longtemps  on  a,  sur 
la  foi  de  Scheuchzer,  vu  et  admire  un  fossile  hu- 
main, vénérable  dépouille  de  Vhomo  dilutii  tetiit^ 
aans  le  saueictte  (Tune  salamandre  ;  si  Ton  a  très- 
wutent  prts  des  ossements  de  reptiles  pour  des  os- 
setnetits  d'oiseaux  ou  de  poissons,  ou  de  baleines, 
de  singes,  etc.,  c'est  que  pendant  longtemps  les  sa- 
vants eux-Diémes  furent  entièrement  étrangers  à  Tos- 
téologio  comparée.  Mais  depuis  que  Vicq-d'Azir  a 
ouvert  cette  nouvelle  route  de  la  science,  et  que 
Ciivier ,  MM.  Geoffroy  -  Saint  -  llilaire  ,  de  Blain- 
vitle,  etc.,  Tont  pareourue  avec  tant  de  gloire,  la 
détermination  des  ossements  fossiles  est  devenue,  je 
ne  dirai  pas  aussi  facile,  mais  aussi  sûre  que  celle 
desGoquinages.  La  forme,  le  nombre  et  les  apophyses 
des  vertèbres  ;  leur  mode  d'articulation  ;  la  forme, 
ks  proportions  relatives  et  les  condyles  des  os  des 
membres  offrent  généralement  des  caractères  dis- 
tincts d'une  classe  à  l'autre.  Que  si  l'on  a  à  déier- 
niiner  quelques  ossements  du  crftne  ou  des  niù- 
eboires,  les  différences  sont  encore  |>lus  frappantes  ; 
car  il  faut  toute  la  sagacilc  de  la  philosoDhie  anaio^ 
mïque  pour  réduire  a  une  seule  formule  le  crànc 
d'un  mammifère  et  celui  d'un  poisson,  ou  même 
d'un  oiseau  et  d'un  reptile. 

c  S'il  s'agit  des  mammifères  en  jparliculicr,le 
paléitntologlste  arrivera  d'un  pas  sûr  jusqu'à  l'ordre 
et  aux  i^roupes  inférieurs,  en  se  laissant  guider  par 
deux  principes  :  l'un,  éminemment  rationnel,  qu'on 
appelle  la  loi  du  balancement  des  organes;  Tantrc 
est  la  coexistence^  empiriquement  recotiiiiie,  de  cer- 
taines formes  ou  de  certains  organes.  A  l'aide  du  pre- 
mier principe,  U  forme  d'un  os  donnera  ccIIk  du 
membre  auquel  il  appartenait;  la  structure  et  la 
forme  d'un  membre  mdiqucront  souvent  par  le  rai- 
sonnement la  structure  et  la  forme  du  crâne,  des 
mâchoires,  de  la  colonne  vertébrale,  de  tout  l'ani- 
mal. En  vertu  du  second  principe,  ou  rap|)oriera 
sans  hésiter  aux  ruminants  un  fragment  de  crAne  oti 
Ton  aperçoit  Tindice  des  cornes,  el  un  tibia  dont 
reitrémîté  inférieure  dénote  Tinsertion  d'un  péroné 
très-court  et  trés-étrott.  Il  est  inutile  de  montrer 
plus  au  long  comment  l'étude  approfondie  des  mam- 
mifères vivants  et  la  comparaison  de  k'ur  squelette 
avec  les  ossements  fossiles  conduiront  aux  détermi- 
nations les  plus  précises  et  les  plus  sûres  :  il  sufllt 
de  rappeler  que,  panni  tant  de  formes  anciennes  re- 
constniites  par  le  ^énie  de  Cuvier,  la  criti(|ue  la 

eus  savante  a  signale  à  peine  quelques  incertitudes; 
s  denu  de  Dugong,  attribuées  par  lui  à  une  espèce 
d'hippopotame,  sont  même  le  seul  exemple  que  Je 
connaisse  d'une  erreur  positivement  constatée. 

c  Dans  la  classe  des  oiseaux  ,  Tapplication  des 
prineipes  cl  -dessus  énoncés  devient  plus  diflicile  et 
plus  douteuse.  Le  développement  de  la  fourchette  cl 
du  sternum,  la  longueur  relative  des  os  des  jambes, 
la  forme  du  liée  (s'il  a  été  conservé) ,  accuseront 
bien  quelquefois  encore  les  restes  d'un  oiseau  de 
proie  ou  d'un  échassier.  Hais  dans  le  plus  grand 
nombre  des  cas ,  la  détermination  n'est  possible 
qu'après  les  comparaisons  les  plus  minutieuses.  Le 
squelette  des  oiseaux  est  remarquable  par  l'unifor- 
mité générale  de  son  plan  ;  et  ses  différences  dans 
les  divers  ordres,  familles  et  genres,  sont  des  nuan- 
ces qui  exigent,  pour  être  discernées,  une  grande 
fittention  et  une  science  approfondie.  Beaucoup  de 
restes  fossiles  d'oiseaux  restent  encore  confondus 
sous  la  dénomination  vague  (Tomitholites, 

f  Les  différences  entre  les  groupes  des  reptiles 
sont  si  tranchées  et  si  constantes,  que  quelques-uns 
de  ces  ordres  pourraient  être  élevés  au  rang  de  ehs- 
Bes  (1001).  Quoi  de  plus  distinct,  par  exemple,  que 
le  Miueletie  d'un  chélonien  t  La  soudure  des  côtes  et 


dos  vertèbres,  l'articulation  de  la  mâichoire  inlé 
rieure,  seule  partie  mobile  des  os  de  la  léte,  feront 
le  plus  souvent  reconnaître  un  fossile  de  cet  ordre,' 
tandis  que  les  variations  de  la  carapace  et  des  os 
des  membres  indiqueront  le  genre,  et  même,  le  sous- 
genre  auquel  il  appartenait.  Chez  len  sauriens,  le 
squelette  reprend  sa  forme  normale;  mais  les  cavi- 
tés ou  l'aplatissement  des  faces  articulaires  dans  les 
vertèbres,  le  développement  et  la  forme  de  leurs 
apophyses ,  et  surtout  les  variations  notables  du 
crâne,  des  mâchoires  et  des  membres,  seront  les  in- 
dices sûrs  de  la  famille  et  du  genre  auquel  on  devra 
rapporter  les  fossiles.  Aussi  quelque  bizarres,  quel- 

Î|ue  effrayantes,  pour  ainsi  dire,  que  soient  certainea 
ormes  de  reptiles  recomposées  par  les  zoologisliis» 
nul  n*a  élevé  de  doutes  sur  la  justesse  de  ces  déter- 
minations. On  n'a  pu  se  refuser  à  donner  place. 


reptiles  qui  paraissent 
qiics  traditions. 

c  Je  ne  parlerai  que  des  urpents,  excessivement 
rares  à  1  cial  fossile.  On  connaît  aussi  très-peu  de 
batraciens.  La  grande  salamandre  d'CKningen  est  un 
cxenipte  célèbre,  mais  presque  isolé.  11  est  inutile 
dindiquer  ici  à  quels  caractères  on  a  reconnu  sa 
véritable  nature  :  le  nom  de  Cuvier  est  une  garan- 
tie siilTisante  de  cette  importante  détermination. 

c  La  dernière  classe  des  vertébrés  ,  celle  des 
poissons,  n'est  pas  la  moins  intéressante  par  le 
nombre,  Taiitiquité  et  la  singularité  de  ses  fossiloa. 
Le  géologue  ne  rencontre  guère  en  fossiles  de  cette 
Classe  que  divers  fragments  de  l'appareil  maxillaire, 
et  plus  souvent  encore  Tcmpreinte  de  leur  corps 
avifc  de  nombreuses  écailles.  Celles-ci,  étudiées  avec 
beaucoup  de  soin,  ont  fourni  aux  ichthyologistes 
modernes  des  caractères  plus  importants  qu'on  ne 
l'aurait  soupçonné  :  il  y  a  néanmoins  quelques  ca^ 
où  l'on  peut  les  confondre  avec  celle  des  crocodiles. 
Les  variations  de  Ta^pareil  dentaire  sont  la  base  de 
plusieurs  grandes  divisions  établies  par  Tillustre  A- 

Sasstz,  et  plus  sûres  peut-être  que  celles  qui  sont 
éduites  de  la  forme  générale  du  corps  et  de  la  dis- 
position des  nageoires.  Du  moins,  les  nombreuses 
erreurs  nue  ce  savant  a  signalées  dans  les  détermi- 
nations de  fiolssons  fossiles  faites  par  d'autres  na- 
turalistes, montrent  la  difficulté  du  sujet,  et  obli^ni 
ù  recevoir  avec  bcancoup.de  réserve  les  listes  d'icb- 
tltyolilhcs  publiées  iiour  certains  terrains. 

c  Les  poissons  donnent  lieu  h  une  autre  question 
d'un  grave  intérêt  |>our  la  géologie  :  peut-on  distin- 

Suer  sûrement  ceux  qui  ont  vécu  dans  d^^s  eaux 
oiiees  de  ceux  qui  ont  habité  la  mer?  On  sait  oue 
cette  différence  d'habitation  n'entraîne  aucune  dif- 
férence notable  dans  l'organisation.  Plusieurs  espè- 
ces des  genres  sahno  et  clupea  vivent  presque  iii- 
différeminent  dans  Teau  douce  ou  l'eau  salée.  On  est 
paivenu,  par  des  essais  gradués,  à  naturaliser  dans 
les  eaux  douces  quelques  poissons  marins  :  ce  que 
l'indui^lrie  humaine  a  obtenu ,  des  cirronstances 
physiques  n'ont-ellcs  pu  l'opérer  dans  le  laps  des 
siècles  ?  D'ailleurs,  les  espèces  fossiles  ne  sont  pres- 
que jamais  identiques  avec  les  espèces  vivantes  : 
or,  Tanalogie  générique  ne  fournit  sur  l'habitation 
de  chaque  espèce  que  des  conjectures  souvent  très- 
vraisemblables,  mais  non  d'une  certitude  absolue. 
M.  Agassiz  nous  apprend,  du  reste,  qu'en  descen- 
dant dans  hi  série  géognostique,  les  caractères  des 
poissons  marins  et  des  poissons  fluviatiles  devien- 
nent de  moins  en  moins  tranchés,  cireonstance  dont 
la  théorie  géogénique  rend  compte  d'une  manière 
satisfaisante. 

<  le  dirai  peu  de  chose  sur  la  détermination  des 
fossiles  invertébrés.  —  Les  mollusques  vivanu  onl 
été  distribués  en  classes...  et  genres,  d'après  l'orga- 


(1001)  I  M.  de  BlaInvUle  a  ^l'paré  les  repifles  nus  de  ceux  qui  sont  étaiUeui,  ei  eo  a  bit  la  cisae  des  ompH- 
Mpis.  »  — 


1IS9 


D1CT10NNAI1Œ  DE  COSMO(;o:KIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


U40 


nimilon  des  animaux;  mais  la  forme  du  corps 
ayant  une  relation  constante,  soit  rationnelle,  soit 
purement*  empirique,  avec  celle  de  Tenveloppe  so- 
lide, les  coquilles  sont  ordinairement  faciles  à  clas- 
ser, tiunnâ  elle»  sont  entièrement  visiblea.  Ainsi,  les 
coqudles  polythalames  seront  rapportées  à  dos  mol- 
lusques céphalopodes  ;  les  ammonites,  les  ortlincé- 
ratltes,  les  liclempitos,  ne  peuvent,  selon  les  ana- 
loj^ies  les  mieux  fon  Jces,  avoir  appartenu  c|u*à  des 
animaux  de  (Cette  classe,  quoique  notablement  diflé- 
renls  de  ceux  qui  vivent  dans  nos  mers.  On  déter- 
minera plus  aisément  encore ,  par  comparaison  avec 
les  coquillages  actuollcmcni  connus,  les  tests  uni- 
valves  et  bivalves,  si  nonilireux  à  Tétai  fossile.  Seu- 
lement, on  devra  s*abslenir  de  prononcer  quand  on 
ne  pourra  pas  observer  l'ouverture  des  coqnilh'S 
spirales  et  la  charnière  des  bivalves  ;  or,  ce  cas  est 
malheureusement  très-fréquent  dans  les  terrains  de 
irausition,  et  même  dans  plusieurs  parties  des  ter- 
rains  secondaires  (1002),  par  exemple  dans  les  chaî- 
nes a  bines. 

<  En  ce  oui  concerne  la  différence  de«(  modus- 
ques  d*eau  clouée  et  des  mollusaues  marins,  les  ob- 
servations faites  plus  haut  sur  les  poissons  s*appli- 
qnent  ici  avec  plus  de  justesse  encore.  On  sait  que 
les  paludines,  les  l^mnces,  les  mélanies,  les  cycla- 
dos,  genres  essentiellement  fluviatiles,  s^accommo- 
dent  aisément  d*eanx  saumâtres;  que  le  genre  marin 
des  myiilus  présente  pourtant  une  espèce  fluviatile 
{la  moule  du  Danube);  et,  en  Tabsence  des  animaux, 
on  doit  craindre  de  confondre  quelquefois  des  Cyrè- 
nes  et  des  cyelades  avec  des  venus  et  des  lucines; 
«les  ampuUaires  avec  des  natices,  des  {.oiamides  avec 
«les  cénthes.  Mais,  je  le  répète,  ces  doutes  ne  devront 
être  invoqués  quj  dans  (|uel(^nes  cas  exceptionnels, 
où  des  circonstance»  singulières  et  contradictoires 
provo«|uent  un  examen  plus  appi'ofondi. 

c  Les  débris  des  crustacés  seront  ordinairement 
plus  faciles  à  classer  que  los  débris  d*inscctes,  parce 

3 ne  la  forme  des  différents  organes  varie  davantage 
'un  genre  k  Tautrc;  ausbi  n*a  t-on  pu  jiisquNci  dé- 
terminer avec  certitude  (|u*un  p.'tit  nombre  d'insec- 
tes, quoique  leurs  dépouiilcs  soient  comnuines  <tans 
quelques  terniins.  Ceux  que  renferme  le  succiii 
sont  les  plus  faciles  à  classer. 

€  Enfin,  les  radiaires  et  les  zoopliyliîs  présument 
dans  leurs  divers  groupes  des  formes  liussi  distinctes 
entre  elles  qu'éloignées  de  celles' des  animaux  supé- 
rieurs. La  difficulté  qu'on  éprouve  quelquefois  à  les 
reconnaître  à  l'état  fossile  ne  provient  que  de  l:i  p> 
titesse  des  débris  épars  dans  la  roche. 

c  En  résumé,  les  restes  fossiles  des  manimiréres, 
des  reptiles,  des  mollusques,  des  crustacés  el  des 
xoopliyies,  sont  ceux  dont  on  peut  admettre  avec 
plus  de  confiance  les  déterminations  ;  celles  des  oi- 
Si'aiix,  des  poissons  et  des  insectes  offrent,  dans 
l'étal  actuel  de  la  science,  de  plus  nombreuses  et  de 
plus  graves  incertitudes,  à  côté  de  résultais  déjà 
i»ikrs  ci  importants. 

c  PtusietH'S  des  considérations  précédentes  s'ap- 


tion  entre  les  diflërences  produites  par  l'influence 
du  climat,  de  la  nourriture  ou  d'autres  circonstances 
ai'cideutelles,  et  celles  qu'on  suppose  inhérentes 
au  type  primitif  et  spécifique  de  tout  être  créé  ;  oii 
Ile  peut  s'empêcher  d'éprouver  d*abord  quelque  dé- 
fiance en  entendant  les  géologues  annoncer  que 
telles  espèces  fossiles  se  retrouvent  identiqaemenl 
dans  les  terrains  de  la  France,  de  l'Ann^leierre,  do 
l'Ainérinue,  etc.;  que  les  terrains  teitiaires  renfer* 
ment  tel  nombre  de  coquilles  spécifiquement  iden* 
tiques  avec  celles  qui  se  trouvent  dans  nos  mers  ou 
nos  rivières...,  ou  enfin  proclamer  tout  autre  ré- 
sultat qui  suppose  des  principes  sûrs  pour  recon- 
naître, même  a  l'état  fossile,  rideolité  el  U  distinc- 
tion des  espèces. 

«  Ce  doute,  qui  a  été  soulevé  plus  d*une  fois,  au- 
rait une  fâcheuse  influence  sur  la  géognosie,  el  plus 
encore  sur  les  théories  géogéniques.  Cependaut.  il 
doit  être  réduit  à  de  justes  Wrnes.  SapposoDS  que 
l'on  trouve  mêlés  dans  une  même  couche  «n  nombre 
suffisant  de  fossiles  qui  présentent  évidemment  oue 
ressemblance  générique,  et,  en  même  temps,  des  dif- 
férences sensibles,  constantes,  et  non  pas  graduées  par 
ces  transitions  insensibles  qui  dénotent  de  simple* 
variétés  ;  Taiialogie  nous  force  à  reconnaître  là  plu- 
sieui-s  espèces  bien  caractérisées.  Si  maintenant 
nous  retrouvons  une  de  ces  formes  dans  une  couche 
placée  à  une  grande  distance  horizontale  de  la  pre- 
mière, nous  continuerons  à  lad  mettre  comme  es- 
pèce dislincle,  nous  lui  conserverons  le  nom  de  son 
analogue  déjà  décrite.  Les  ammonites,  les  cérilhes, 
les  lérébratules,  et  l)eau<xnip  d'autres  geures  riches 
en  espèces,  fourniraient  des  applications  nombreu- 
ses de  ce  procédé. 

fl  Loi*s  même  que  les  formes  con(;énères.qai  sem- 
blent présenter  des  différences  spécifiques  ne  sont 
observées  qu'à  de  grandes  distances  horizontales,  il 
ne  faut  pas  trop  abuser  des  conjectures  sur  Tiu- 
llnence  possible  des  climats  ;  il  faut  considérer  si 
les  différences  sont  graves  ou  légèi-es  :  si  les  êtres 
actuellement  vivants  fournissent  quelques  exemples 
de  cette  sorte  de  modifications  par  le  seul  effet  des 
circimstances    extérienres  :  si ,  surtout ,  le    genre 
dont  il  s*agil  est  sujet  à  ces  variations.  Ces  considé- 
rations ,  et   plus  encore  une  sorte  d*insiinct  que 
donne  Thabilude  de  voir  et  de  juger  les  phéDoméoes 
naturels  permettront  liès-souvcnt  d'aflirnier  la  dis- 
tinction oes  espèces»  Mais  bouvent  aussi  le  natura- 
liste consciencieux   sus|ieiidra  son  jugement;  des 
échanlillons  incomplets,  rares,  obscnés  en  des  pays 
éloignés  Tun  de  l'autre,  ne  présenlant  d*ailleurs  que 
des  différences   légèi^is ,  quoique   sensibles,  ne  lui 
suffiront  pas  pour  créer  arbitrairement  des  espèces 
nouvelles,  ou  pour  se  prononcer  sur  la  non-Identité 
avec  les  êtres  actuels. 

f  Quant  aux  e>pùces  congénères  qui  se  trouvent 
dans  des  formaliMiis  d'âge  différent,  elles  donueni 
lieu  à  une  autre  question  d'un  srand  intérêt,  sur  hi 
altérations  que  les  révolutions  géologiques  ont  pu  pro- 


€  Plusieurs  des  considérations  précédentes  s'ap-  duire  dans  les  êtres  orgamsés  ;  mais  je  me  reserve 

pliqucnt  évidemment  à  la  détermination  des  espèces  ;  d'en  dire  quelques  mots  à  la  fin  de  cette  tlic«e,  en 

|1  est  cependant  nécessaire  d'ajouter  quelques  déve-  discutant  tes  théories  générales  basées  sur  les  fos- 

lonpemenls  sur  ce  point  narticulier  de  la  question  siles. 


ioppcmenls  sur  ce  point  particulier  de  la  question 
que  j'examine.  Quand  on  se  rappelle  que  la  disiinc- 
tion  spécifique  des  animaux  vivants  est  tirée  le  plus 
IK>uvent  ou  de  modifications  siiperficielies  du  tégu- 
ment qui  sont  eflhcées  dans  les  lossiles,  ou  des  di- 
mensions relatives  de  quelques  parties  qu^on  trouve 
rarement  réunies  dans  les  fossiles,  ou  même  de  di- 
mensions absolues  qui,  variant  avec  Tàge  et  le 
sexe,  ne  servent  de  caractère  à  Têfat  vivant  que  par 
les  limites  jnêmes  de  ces  variations,  diflicilcs  à  sui- 
vre dans  les  fossiles  ;  quand  on  songe  encore  com-, 
bien  il  est  délicat  de  tracer  une  ligne  de  démarca- 

(1002)  c  Je  suis  dans  cette  thèse  les  aiicienues  déno- 
minations géologiques,  quoique  géiu'rralcment  reconn«cs 
comme  fausses  el  insuQf santés,  jiartc  qu'aucuiie  de«  ao- 


c  11  me  reste  à  parler,  |M>ur  compléter  ce  premier 
article,  de  la  détermination  des  fossiles  végeUux. 

fl  ici  les  doutes  surgissent  plus  nombreux  ol  ulus 
graves.  J'en  ai  plus  haut  indiqué  les  causes.  Void 
les  objels  principaux  sur  lesquels  portent  oes  fâ- 
cheuses incertitudes  : 

f  i"*  Le  mauvais  état  de  conservation  des  ccban- 
tUlons  fossiles  peut  souvent  induire  en  erreur  sur'la 
distinction  des  espêœs  ;  Untôt  on  est  exposé  à  crver 
des  espèces  et  même  des  genres  pour  les  diverses 
parties  d'un  même  végéul  qu'on  n'a  point  trouvées 

menclatures  réccnlcs  ne  parait  encore  assez 
meol  adioiio.  i 


AftT.  II.  —  De  ta  iti^nfiraiion  géognoêiltfHe  de$ 

fouiies. 


t    ] 
I 


f   I 


Uil  iNOTES  ADD11 

réunies  ;  lanlôl  on  es!  obli(:c  de  laisser  sons  une 
incnie  dénomÎMaiion  des  empreintes  qui  se  ressem- 
j  lent  en  effet,  mais  peuvent  proTenir  de  végétaux 
tK*s  différents. 

c  2<^  L'établissement  des  genres  ne  peot  souvent 

se  faire  que  «raprés  des  règles  de  convention,  parce  t 
que  les  organes  de  la  fructification  sont  très-rare* 

nient,  à  Télat  fossile,  joints  aux  impressions  de  tiges  * 

et  <lc  feuilles.  < 

f  5"  I^  classification  des  genres  les  plus  remar-  i 
quabk^  et  les  plus  certains  suscite  également  les 

doutes  les  plus  sérieux.  La  place  que  doivent  occu*  i 
pcr,  dans  la  série  végétale,  les  calamités,  les  voli- 
/ia,  les  stigmarta,  les  sphenopbyllum,  etc.,  n'a  pu 
encore  être  parfaitement  établie  par  les  rccbercbes 

approfondies  de  M.  Âd.  Brongniart,  de  Stcniberg,  . 
de  Scliloilieim,  et  des  autres  savants  botanistes  qui 

ont  tenté  d  explorer  cette  mine  nouvelle.  \ 

t  Pourtant  les  investigations  de  ces  naturalistes  ^ 
ont  eu  déjà  de  beaux  et  utiles  résultats;  elles  ont 

démontre  resistence,  dans  l'ancien  mohdc,  de  for-  ^ 

mes  aohsî  étrangères  à  la  végétation  actuelle,  que  « 

W  sont  les  trilobitcs,  les  ammonites  et  les  ptérodac-  i 
Vjla  aux  créations  animales  de  notre  épo«iue.  L*a- 

liondaiice  de  certains  groupes  végétaux  dans  quel-  j 

cpies  Icn^ins,  et  surtout  rabsencc  d*un  ^nd  nom-  ■ 

lire  it*anlres,  ont  conlirmé  les  résultats  généraux  ob-  g  i 

k^niis  par  Tétude  des  aniniaui  fossiles.  |  | 
'   c  11  est  temps  de  passer  à .  la  discussion  de  ces 

résultats  eux-mêmes,  en  examinant  b  véritable  va-  f  i 

liMir  des  fossik'S.  g 

c 

a  I 
a 

c  La  géognosie  est  cette  partie  loalc  positive  île  la  l  i 
géologie,  qui  a  pour  obiel  de  décrire  les  divers  1er-  d  i 
rains  dont  se  compose  la  croule  solide  du  globe,  et  g 
de  déterminer  leur  ordre  de  superposilioa,  sans  pré-  k  i 
tendre  en  expliquer  forigine.  liais,  avee  celle  res- 
triction même ,  la  gcogiiosie  est  encore  une  îles  o 
sciences  les  plus  vastes  et  les  pins  diflicifes.  r  i 

«  Si  ce  qtt*on  appelle  Técorce  de  la  terre  était  s 
eoiuposéc,  comme  celle  d*nn  arbre,  de  coucbes  cou-  d 
centriques  et  cimtinnes,  la  liclie  dn  géociiosie  se  d 
bomcrail  à  compter,  décrire,  caractériser  les  diver- 
ses parties  accessibles  à  ses  observations,  et  à  si-  li  i 
giialer  les  points  de  cette  formation  qui  téiuoigneiit  s  I 
d*ui*  changement  notable  dans  î*élat  physique  du  c*  i 
gbibe,  comme  k  pbytolomisie  admet  deux  on  trois  g  i 
systèmes  principaux  dans  Tensemble  des  coocfaes 
qui  forment  le  tégument  d'un  arive*  Hais  telle  R^est  b 
lias  la  structure  du  giobe,  ni  telle  la  part  laissée  à  la  '  d: 
gcognosie  dans  la  vasic  science  de  la  nature.  La  si 
terre  ne  présente,  au  premier  conp  d^œil,  qu*un  n  ! 
amas  de  ruines,  que  rapparenee  du  chaos.  Soit  que,  st 
dès  Torigiiie,  la  surface  terrestre  ait  été  comme  ilé-  Il  i 
coupée  par  de  hautes  cbaliies  de  montagnes  ou  de  m 
profonds  abîmes,  en  plusieurs  bassins  ou  les  phcao-  d  i 
menés  géi>logiques  se  sont  accomplis  d^une  manière  ei 
indépendante  ;  soit  que  des  révolutions  postérieures  G  ! 
aient  dérangé  Tonlre  primitif  des  formations,  en  pîi 
S4»ulcvant  jusi|ue  dans  la  région  des  nuages  les  cou-  n  i 
«.lies  ensevelies  dans  les  profondeurs  de  la  terre,  en  tri 
balayant  de  la  surface  du  globe  des  terrains  entiers  Ici 
dont*  Uts  débris  allaient  recouvrir  des  eooclies  plus  gii 
réci^iites;  soit  eulin  que  œs  deux  causes  ensemble  lei 
aient  contribué  à  produire  les  notables  variations  gii 
i|u*on  rcmanfue  dans  leur  structure  géologique  de  rc 
chaque  contrée  :  le  géocnoste  ne   peut  découvrir,  pii 
Mns  lieauçoup  de  travail,  les  rapports  mnCuds  des  se 
terrains  qu*il  observe.  Lors  même  qu'on  adopte  le  iai 
R|ns  largement  le  principe  nouveau  des  Tépmu  fée*  dii 
t^pqmeê  et  des  /omMltoM  éfm'wilaites,  lorsqu'on  a  sci 
renoncé  à  Tidée  chimérique  d'une  série  linéaire  où 
se  placerait  successivement  chacun  des  dép6ts  con- 
nus sur  le  clobe  entier,  ponr  ne  plus  chercher  que 
let  hNt  fénenles  qui  fient  entre  ellet  toutes  les'  d' 


t 


1443 


DIGTlOiNiNAIRE  DE  COSMOGONIE  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


1411 


suffisent  pour  les  signaler  au  géologue,  sans  qu*U  y 
ait  besoin  de  s*assurer  par  de  longues  recherches 
de  Tabsence  des  fossiles  (1005).  J*en  dis  autant  des 
terrains  de  transport  :  les  fra^inenls  de  roches  di  • 
terses,  roulés,  usés,  confusément  agglutinés,  tra- 
hiront la  force  violente,  turbulente,  soudaine,  qui 
amoncela  ces  débris  ;  Taspect  des  fossiles  ne  four- 
nira qu'une  utile  conlirmalion  de  ces  frappants  in- 
dices. 

<  Les  fossiles  deviennent  au  contraire  des  carac- 
tères de  première  valeur  dans  la  distinction  dés  isé- 
diments  marins  d'avec  les  formations  fluviaiiles  ou  la- 
custres. G^est  là  mèmeun  des  résultais  les  plus  remar- 
quables des  progrès  de  la  paléontologie,  d*a voir  éta- 
bli Texistence  de  nombreux  dépdts  qui  se  sont  opé- 
rés au  milieu  des  eaux  douces ,  ou  du  moins  sous 
rinfluence  de  ces  eaux ,  et  dans  le  voisinage  des 
continents  ou  des  tles.  Il  est  vrai  que  le  p^u  de 
puissance  et  d^étendue  de  ces  dépdts ,  comparati- 
vement aux  .dépdts  marins,  ralieniaiice  fréquente 
et  quelquefois  le  mélange  dans  un  même  sirate 
des  fossiles  d'habitation  diverse,  ne  pennet  guère 
de  les  considérer  comme  des  formations  indépen- 
dantes (1004).  Si  Ton  en  excepte  peut-être  les  im- 
menses dépôts  de  houilles ,  les  autres  terrains  ap- 
pelés iTeau  douce  ne  paraissent  être  que  le  résultat 
de  phénomènes  locaux ,  des  accidents  dont  Tobser- 
vation  de  la  nature  actuelle  nous  fournit  plusieurs 
explications  satisfaisantes.  Mais,  je  le  répète,  ces 
aceidents  méritent  toute  Taltention  des  çeoloffues; 
el  comme  les  fossiles  sont  les  seuls  indices  de  ce 
genre  de  dépdts,  on  ne  saurait  apporter  trop  de  soin 
pour  en  déterminer  les  genres  et  les  csimm^cs  ,  les 
comparer  avec  les  espèces  et  les  genres  aujourd'hui 
vivants,  et  apprécier  la  valeur  des  doutes  qui  pour- 
raient résulter,  sur  le  véritable  séjour  de  ces  fos- 
aiies*  des  considérations  exposées  dans  le  précédent 
aiticle. 

.  c  Avant  de  passer  à  Texaroep  des  troisième  et 
quatrième  principes  formulés  plus  haut,  je  dois* 
faire  une  onscrvation  qui  s'applique  également  à 
Tun  et  à  l'autre.  Lorsqu'on  proclame  la  présence  ou 
l'absence  de  certaines  classes  de  fossiles,  ou  le 
degré  d'analogie  de  ces  fossiles  avec  ki  créa- 
tioii  actuelle,  comme  de  sûrs  indices  de  l'âge  re- 
latif des  terrains,  énonce-t-on  l'expression  résumée 
de  faits  observés  et  constatés  indépendamment  de 
tout  système  préconçu?  ou  bien  sont-ce  là  des  ca- 
ractères assignés  a  priort,  antérieurement  aux  ob-, 
aervati6ns,*pour  guider  le  géologue  dans  ses  obser- 
vations mêmes?  wtns  ce  dernier  cas,  on  sent  com- 
bieu  ces  prétendues  lois  auraient  pneu  de  valeur.  Gar 
Uliypothèse  de  l'apparition  successive,  et  à  de  lonffs 
intervalles ,  de  certaines  classes  d'animaux  ou  de 
plantes,  auisi  que  la  tendance  progressive  de  ces 
oréations  vers  l'ordre  de  choses  actuel,  ces  by- 
potliéses,  dis -je,  considéréi*s  en  elles-mêmes  et 
avant  les  faits,  ne  sont  qu'ingénieuses,  singulières  « 
piquantes  pour  la  curiosité  de  l'esprit,  mais  nulle-* 
ipeut  propres  à  servir  de  base  à  une  science  aussi 
positive- qtie  la  géognosie. 

c  II  faut  donc  qu'en  faisant  abstraction  des  fos- 
siles on  ait  pu  détermmer  l'âge  relatif  d'un  nombre 
sttfliisant  de  formations  observées  sur  divers  points 
du  globe  ;  et  que,  dans  ces  formations  ainsi  classées 
dironologiquement,  on  ait  reconnu  les  lois  que  nous 
discutons.  Alors  l'analoaie  permettrait  de  les  appli- 
quer à  la  classification  des  terrains  douteux,  ou  dé- 
couvert postérieurement  à  l'établissement  de  ces 
lois. 

t  Gependant  Guvier  a  dit  (et  puisqu'un  si  grand 
homme  l'a  .dit,  beaucoup  ont  dû  le  répéter  et  la 
croire  )  :  S'U  n'yMWiit  que  é»  têmlm  smk  ~ 
il  uruii  impoêiièlê  et  pwitr  mu  Cm»  Iss 


(IMUtLai 
isdetWirti 


Mkdet 


.    .,  dMlears  empâter  qiielqve- 

dTêties  organisés,  i 


n*ont  pa$  été  formée  en  même  tempt.  On  ne  pourrait 
donc,  avant  d  étudier  les  fossiles,  admettre  des  for- 
mations plus  anciennes  que  d'autres.  Hais  s'il  en 
est  ainsi ,  comment  démontrera-t-on  les  lois  sur  la 
progression  des  fossiles?  Est-ce  ^ue  la  géofliosie  ne 
serait  fondée  que  sur  une  pétition  de  pniicipe  oo 
un  cercle  vicieux  ?  Est-ce  qu'en  cherchant  à  se  ren- 
dre coaipte  des  principes  fondamentaux  de  cette 
science,  on  arriverait  à  ce  singulier  raisonnement  : 
Les  lois  sur  la  distribution  des  fossiles  se  démon- 
trent par  la  comparaison  de  ceux  que  renferment 
plusieurs  terrains  de  différentes  époques;  et  l'époqae 
relative  de  la  formation  des  terrains  se  démcmtre 
parla  comparaison  de  leurs  fossiles? 

c  Mais  ne  nous  prévalons  pas ,  pour  ébranler  b 
science ,  d'un  nom  nui  est  une  de  ses  plus  bril- 
lantes illustrations.  Quand  on  songe  à  tout  ce  que 
fut  Guvier,  on  peut  dire,  sans  porter  atteinte  à  sa 
gloire,  quMI  ne  fut  point  géologue,  quoiqu'il  ait  rendu 
a  la  géolo$;ie  deminents  services.  Préoccupé  qu'il 
était  de  l'admirable  résultat  de  ses  recherches  zoo- 
logiques, il  lui  est  bien  permis  de  ii*avoir  pas  ap- 
précié les  ressources  que  la  géognosie  sait  trouver 
dans  l'observation  du  gisement  des  terrains,  de  leur 
straritication ,  de  la  continuité  des  couches  et  de 
leur  puissance  relative,  de  la  structure  intime  des 
roches,  des  minéraux  qu'eHes  renferment,  et  de  plu- 
sieurs autres  caractères  purement  géognostiques  à 
l'aide  desauds  ont  été  établies  toutes  les  grandes 
divisions  de  la  croûte  du  globe.  Werner  avait  peu 
étudié  les  fossiles,  et  ne  se  dirigeait  pas  sans  doute 
d'après  les  principes  que  j'examine  :  en  a-t-  il  vu 
moins  clairement,  et  moins  positivement  établi  les 
rapports  des  grandes  formations  de  l'Allemagne? 
Plus  on  voudra  exagérer  la  valeur  exclusive  d<*s 
fossiles  en  géognosie ,  plus  on  la  rendra  hypothé- 
tique, puisqu'on  récusera  par  avance  le  contréie 
de  l'observation. 

•  <  Admettant  donc  qu'on  a  pu  classer  beaucoup 
de  terrains  sans  recourir  à  la  comparaison  de  leurs 
fossiles^  voyons  si  les  débris  organiques  qu'ils  ren- 
renferment  justillent  siilfisarameiit  les  lois  de  pro- 
gression ci4lessus  formulées. 

c  Selon  moi ,  la  première  est  moins  solidement 
établie  que  la  seconde;  c'est-à-dire  que  la  compa- 
raison des  fossiles  observés  de  bas  en  haot  dins  la 
série  des  formations,  nous  montre  en  effet  les  êtres 
organisés  se  rapprochant  de  plus  en  plus  de  ceux 
qui  vivent  sous  nos  yeux,  mais  ne  nous  montre  pas 
bien  clairement  l'apparition  successive  des  dasses 
les  plus  parfaites,  oepuis  le  polypier  Jusqu*à  Thom- 
me.  La  première  loi  peut  se  vérifier  wr  f  ouïes  U$ 
formations.  Si  un  forement,  une  exçloiiation  de 
mines,  ou  toute  autre  circonsianoe,  laisse  voir  Id 
la  craie  sous  le  calcaire  grossier,  là  des  cooches  ju- 
rassiques sous  la  craie,  ailleurs  la  houille  sous  un 
calcaire  secondaire,  etc. ,  toujours  les  fossiles  des 
couches  inférieures  auront  moins  d'analogues,  soit 
spécifiques,  soit  sénérlques,  dans  les  êtres  vivants  à 
la  surface  du  globe,  que  ceux  des  coudies  sopérieu- 
res.  —  En  second  lieu ,  la  loi  de  progression ,  telle 
que  je  l'entends  ici,  se  vérifie  dans  toutes  ies  doues 
de  fossiles  :  elle  est  évidente  dans  les  repUles  et  les 
mammifères  :  la  grande  majorité  des  ossements  de 
reptiles  trouvés  dans  les  couches  inférieures  à  b 
craie  appartenant  à  des  genres  éteints,  tandis  qu'à 
partir  de  la  craie  on  né  trouve  plus  que  des  croco- 
diles et  des  tortues.  Le  bassin  de  Paris  renferme 
des  paléothérium,  anoplothérium ,  lopbiodons,  et 
autres  genres  de  mammifères  aujourd'hui  ineonnus, 
qui  ne  se  montrent  plus,  ou  sooi  beaucoup  plus 
rares  daas  les  attunsM  aacîa— ss.  M.  AaMia  a 
éataHsit  w  Jes 
aer  AviaM  piw  4e  Ti 

»  # 

'  (\fM)  <  Voyez  les  recherches  de  M.  Coastaol  Préral 
s)|r  ce  point  (|f  ÀNotVei  de  Ut  S^à^  d:MHi€vrt  mmr^Oe, 
t.  It.)  I    '  • 


lus 


NOTES  ADDITIONNELLES. 


1446 


toèls ,  qu*on  ft*enfSt>nçaiC  davantage  dans  la  croûte 
solide  du  globe,  et  il  est  probable  que  les  oiseaux 
offriraient  la  même  progression,  si  leurs  débris  fos* 
ailes  étaient  plus  communs  et  plus  faciles  à  déter<* 
miner.  Quant  aux  ini^ertébrés,  il  est  vrai  que  leurs 
replantants  fossiles  présentent  beaucoup  plus  tôt 

3ue  ceux  des  vertèbres  des  analogies  de  genre  et 
^espèces  avec  les  animaux  vivants;  mais  comme  il 
ne  s*agit  ici  que  de  Taugmentation  progressive  de 
ces  analogies,  on  ne  peut  méconnaître  dans  les  |M>- 

Ïpiers  et  les  mollusques  la  disparition  successive 
i  beaucoup  de  genres  étrangers  au  mode  actuel  et 
TapparitioB  d'espèces  qui  ont  leurs  analogues  vi-* 
vants ,  à  mesure  qu*on  s*élève  vers  les  formations 

Îilus  récentes.  —  Je  ferai  remarquer,  en  troisième 
ieu ,  que  cette  loi  n'est  établie  que  sur  Ventemble 
de$  fouiies ,  sur  la  majorité  des  genres  et  des  espè- 
ces ;  on  ne  prétend  pas  fixer  précisément  à  quelle 
hauteur,  dans  la  succession  des  terrains,  commen- 
ceront à  se  montrer  des  genres  analogues ,  et  à 
quelle  distance  au'^^lessus  se  montreront  des  espèces 
identiques  avec  les  êtres  vivants.  Quand  on  avance, 
par  exemple,  que  les  terrains  secondaires  ne  ren- 
ferment aucune  espèce  fossile  qui  ait  son  analogue 
vivant,  on  a  à  discuter  les  objections  tirées  du  can- 
cer leachii  des  grès  verts  alpins  ;  du  spatangus  arcua- 
rÎNj  de  la  craie,  vivant  sur  les  côtes  de  la  Guinée, 
etc.,  etc.  En  voulant  trop  préciser  les  formules  (qui 
ii'en  deviennent  pas  du  reste  plus  commodes  dans 
Tapplication),  on  s'expose  à  les  voir  modîflces  cha- 
que jour  par  des  découvertes  imprévues. 

c  Cette  réflexion  s'applique  à  plus  forte  raison  à  la 
loi  qui  voudrait  déterminer,  même  sous  un  point 
de  vue  purement  géognostique,  l'époque  précise  de 
l'apparition  des  vertébrés  en  général,  des  reptiles, 
de«  mammifères.. .  Déjà  l'on  a  signalé  des  poissons , 
et  même  des  tortues ,  dans  les  grauwackes  et  les 
schistes  de  transition,  et  dans  le  vieux  grès  rouge  ^ 
en  compagnie  avec  les  trilobites  ;  trois  espèces  de 
marsupiaux  trouvées  dans  les  terrains  jurassiques 
de  r Angleterre,  obligent  à  reculer  la  date  longtemps 
assignée  à  l'apparition  des  mammifères.  Pour  nier 
l'existence  des  dicotylédones  dans  la  période  secon- 
daire, il  faut  placer  les  conifères  bien  au  dessous 
de  cette  classe  de  végétaux ,  à  côté  des  fougères  et 
des  cycadées,  et  tenir  encore  pour  certain  aa'on  ne 
s'est  point  trompé  en  rapportant  aux  conifères  des 
troncs  fossiles  tout-à-fait  semblables  à  ceux  des  ar- 
bres dicotylédones.  Or  l'autorité  que  peuvent  don- 
ner une  science  étendue  et  les  observations  les  plus 
minutieuses  rassure  à  peine  le  géologue  contre  la 
crainte  d'erreurs  si  faciles  en  de  telles  recherclies, 
il  n'ose  admettre  des  lois  contredites  par  des  faits 
authentiques,  assez  nombreux  déjà ,  surtout  pour 
les  végétaux,  et  que  demain  un  heureux  coup  de 
marteau  (j'appelle  heureux  tout  ce  qui  contribue 
aux  progrès  de  ki  vérité)  viendra  grossir  par  de 
nouveaux  exemples.  Ces  systèmes  prématurés  ar^ 
rélent  la  marche  de  la  science.  Sur  la  foi  d'un  fossile, 
ec  pour  l'honneur  de  leurs  thèses,  les  partisans  trop 
exclusifs  de  la  paléontologie  pourraient  se  roidir 
contre  les  indications  i^éognostiques,  et  faire  mouler 
ou  descendre  à  volonté,  dans  le  cours  des  siècles; 
de»  terrains  dont  l'Age  véritable  serait  établi  sur  les 
analogies  de  gisement  les  plus  satisfaisantes.  Ne  se- 
raient-ce  pas  ces  idées  préconçues  qui  auraient 
donné  lieu  à  tant  de  discussions  sur  le  fçut.des  fos- 
Biles  humains  f  Lesefforti»  qu'ont  faits  des  esprits  in- 
génieux pour  ôler  le  caractère  d^allutions  anciennes 
aux  couches  qai  ont  présenté  des  ossements  hu- 
mains, et  pour  substituer  des  causes  et  des  dates 
historiques  a  des  causes  et  des  dates  fféologiques  » 
n'auraient-ils  pas  été  inspirés  et  dirige  par  l'opi-' 
mon  adoptée  d*avance  que  les  alluvions  anciennes 
me  renferment  pas  de  fossiles  humains  ? 

i  Avec  la  même  bonne  foi  que  j'énonce  mes  doutes 
•ur  la  talear  de  cette  loi,  filouterai  :  11  but  tenir 


compte  pourtant  des  faits  obaenrjis.  Et  certes,  si,  en 
explorant  une  contrée  nouvelle,  je  rencoiitiais  dans 
une  roche  une  dent  de  mammifère  et  une  impres- 
sion foliacée  de  ilicotylédooe,  ou  même  un  certain 
nombre  de  coquilles  ite  Tordre  des  pee$iniirauche$, 
je  me  dirais  tout  d'abord,  voilà  un  terrain  tertiaire; 
comme,  à  la  vue  d'un  tribolite,  ma  pensée,  traver- 
sant rapidement  toutes  les  formations  secondaires, 
descendrait  jusqu'aux  premières  couches  fossilifè- 
res. Et  néanmoins,  si  Tobservatiou  d'un  grand  non^ 
bre  d'autres  fossiles,  ou  l'étude  purement  géognos- 
tique du  terrain,  contrariait  trop  ces  premières  don- 
nées, je  révoquerais  mon  jugement,  ou  je  me  résè- 
gnerais  à  douter, 

c  En  géologie ,  comme  dans  toutes  les  sctences 
physiques,  les  lois  ne  sont  que  i'eipression  géné- 
rale d  une  masse  de  faits  individuels;  mais  il  faot, 
ponr  formuler  ces  lois,  avoir  la  patience  d'attendre 
qu'un  nombre  suffisant  de  faits  ait  été  recueilli.  Or 
les  ossements  fossiles  sont  fort  rares  :  les  couclies 
qui  les  recèlent  sont  peu  nombreuses  comparative- 
ment à  la  masse  des  terrains,  et  n'en  renferment 
que  peu  ;  on  peut  dire  que  les  débris  d'êtres  ayant 
vécu  sur  la  terre  se  rencontrent  en  bien  petit  nom* 
bre,  eu  égard  à  la  quantité  prodigieuse  deà  fossiles 
ma'rins.  Il  est  donc  ditlicile  d'établir  sur  ces  raretés 
des  lois  que  le  ràdogue  adopte  avec  confiance. 

c  Pour  compléter  cette  exposition  de  doctrine  sur 
la  valeur  géognostique  des  fossiles ,  il  nie  reste  à 
parler  des  fossiles  caractéristiques.  11  est  facile  d'a- 
percevoir la  liaison  de  cette  question  avec  celles  que 
je  viens  de  discuter  :  elle  en  est  distincte  cependant, 
en  ce  qu'on  fait  ici  abstraction  de  la  place  des  fos- 
siles dans  la  série  zoologique,  et  de  leurs  rapporta 
avec  la  créatioa  actuelle,  pour  considérer  unique^ 
ment  CidemtUé  au  la  ressenAlance  des  fossiles  deê  di-- 
vers  terrains  entre  eux.  En  quel  sens  et  jusqu'à  quel 
point  estril  vrai  que  chaque  formation  se  distingue 
par  une  paléontologie  spéciale;  et  que  Videntité  des 
fossiles,  ou  du  moins  d'un  certain  namhre  de  fossile* 
caractéristiques^  fera  reconnaître  sur  tous  les  points 
du  globe  les  formations  identiques  f  telle  est  la  der- 
nière question  que  je  dois  traiter  dans  ce  second 
article. 

c  N'en  cherchons  pas  la  solution  par  des  raison- 
nements théoriques.  S'il  parait  probable  que  lea 
mêmes  générations  d'êtres  organisés  oni  dà  vivre 
dans  les  mêmes  périodes  géologiques,  cela  pourtant 
n'est  point  démontré ,  ni  susceptible  de.  l'être.  4hi 
soutiendrait  avec  autant  de  vraisemblance  que  |ea 
diverses  régions  du  globe ,  et  les  diverses  subdivi- 
sions d'une  même  r^ion  naturelle,  ont  pu  nourrir 
des  êtres  vivants  très*difl*érenls,  quand  bien  mêiti«! 
une  éaale  température  eût  régné  sur  tout  le  ghbe. 
L'étude  de  la  géographie  animale  et  végétale  nous 
montre  en  effet  que  la  distribution  des  êtres  orga- 
nisés est  soumise  à  plusieurs  lois  autres  que  celles 
du  climat  proprement  d.t.  Si  une  grande  et  subite 
révolution  produisait  aujourd'hui  à  b  surface  de 
notre  globe  desaouchcs  calcaires ,  argileuses,  etc., 
qui  envelopperaient  les  êtres  organisés  actuellement 
vivants ,  les  géologues  qui  obsci-veraient  dans  quel- 
ques siècles  cette,  formation  synchronique ,  se  lais- 
seraient égarer  bien  loin  en  suivant  trop  exclusive* 
ment  la  doctrine  des  fossiles  caractéristiques. 

I  Donc  Thypothèse  des  fossiles  caractéristiques, 
considérée  a  priori^  paraîtrait  peu  vraisemblable. 
Cependant  reipérience  la  justifie,  du  moins  dans 
oerUines  limites.  Quand  on  parcourt  les  listes  des 
débris  organiques  données  pour  chaque  fotmalioH, 
et  qu'on  suit  avec  un  esprit  indépendant  les  nom- 
breuses discussions  zoologiques  et  géologiques  aux- 
quelles l'application  de  ce  système  a  donne  lieu  de- 
puis quelques  années,  on  arrive  à  peu  près  à  celte 
conclusion,  ou  plutôt  à  cette  comparaison,  dont  le 
développement  complet  ne  serait  pas  sans  intcièt  ' 
//  est  vrai  que  chaque  formation  a  ses  fo$mte$  porlk- 


DICTIONNAIRE  DE  COSMOGONIE  Et  DE  PALEONTOLOGIE. 


1447 

culiers  et  caractériitiquti ,  dans  ie  mêtne  seiu  qu  on 
admet  pour  chaque  contrée  naturelle  une  flore  et  une 
faune  $péeialet, 

i  En  propotiant  ce  rapprochement,  je  crois  m  e- 


UIS 


A!iis  qu*indiqiier  les  principaux  ra|»portb  des  deux 
lois  que  je  ciuuparc  ici  :  pour  abréger  le  discours , 
je  désignerai  sous  le  nom  commun  de  -région»  or^ 
-ganiques  les  régioM  teolopique»  et  les  région»  bota^ 
nique»  ^  en  faisant  toutefois  observer  (et  c'est  là  un 
premier  rappittckement),  que  : 

c  1.  Ni  dans  la  nature  actuelle,  ni  dans  le  monde 
qu'étudie  la  géologie,  les  divisions  générales  ou  par- 
ticulières fcmJées  sur  Tun  des  deux  régnes  orga- 
niques n'o.  t  pas  toujours  une  exacte  corrélation 
avec  les  divisions  établies  diaprés  Tautre  règne.  Dans 
la  (i;éograpliie  organique,  il  est  plus  facile  de  tracer 
les  région»  botanique»  que  les  région»  loologique» , 
parce  que  la  vie  végétale  est  bien  plus  rig'ureuse- 
meiit  soumise  que  la  vie  animale  à  l'action  des 
causes  extcrieiires  :  en  géologie,  au  contraire,  les  fore» 
sont  moins  tranchées  que  les  faune»  :  mais  cela  peut 
tenir  à  ce  que  nous  connaissons  à  Tétat  fossile  beau- 
coup plus  d'animaux  que  de  plantes. 

fl  11.  H  y  a  des  régions  organiques  dont  les  limi-^ 
les  sont  nettement  marquées  par  une  cbahie  de 
montagnes,  une  mer,  un  désert  ;  il  y  en  a  d'autres 
entre  lesquelles  la  transition  est  insensible,  et  d<mt 
la  différence  n'est  appréciable  qu'à  de  certaines  dis- 
tamses.  il  y  a  de  méine  des  classes  de  formations, 
oa  bien  des  formations  particulières,  do^it  les  fossi- 
les marquent  clairement  les  limites;  exemple,  la 
craie  comparée  au  calcaire  grossier,  et  en  général 
les  terrains  secondaires  comparés  aux  terrains  ter- 
tiaires (1005).  Mais  dans  beaucoup  d'autres  cas  les 
fossiles  d*uiie  formation  semblent  se  lier  par  des  mé- 
langes graduels  aux  fossiles  d*une  formation  voisine» 
à  peu  près  comme  les  roches  elles-mêmes. 

c  La  même  chose  se  peut  dire  surtout  des  divers 
étages,  des  diverses  couches  d*une  même  forma- 
tion. 

f  lli.  C*est  d'après  Tensemble  des  êtres  organisés 
qu'on  étabbt  les  régions  organiques,  et  non  pas  pré- 
eiséroent  d'après  telle  espèce  ou  tel  genre.  C'est  de 
même  d'après  l'ensemble  des  fossiles  qu'on  établit  le 
tilus  sûrenientr  les  caractères  paléontologiques  des 
formations.  , 

c  IV.  Dans  l'une  et  l'autre  science,  on  entend  par 
enumble  rinipressioii  qui  résulte  des  rapports  de 
genre,  de  fatnitte,  d'ordre  ou  de  classe;  de  ta  prédo- 
minance de  quelque '-uns  de  ces  groupes,  ou  même 
de  certaines  espèces.  On  ne  peut  donc  pas  dire  d*une 
manière  absolue  si  ce  sont  les  espèces,  ou  les  gen- 
res, ou  les  familles,  qui  doivent  servir  de  point  de 
romparaisoii  pour  l  etabUssenicnt  des  flores  et  des 
faunes  d'une  contrée  ou  *d'une  formation  ;  car  l'ob- 
servation prouve  que  certains  genres  peuvent  se  re- 
présenter dans  un  grand  nombre  de  régions  ou  de 
terrains,  tandis  que  d'autres,  et  même  des  familles 
entières,  peuvent  être  propres  à  l'une  des  divisions 
géographiques  ou  géologiques. 

<  V.  Une  même  espèce  peut-être  commune  à  fAu- 
sieurs  contrées  et  à  plusieurs  formations  d'ailleurs 
distinctes  ;  cependant  les  limites  des  espèces  sont 
toujours  plus  étroites  que  celles  des  genres,  et  celles 
des  genres  plus  que  celles  des  familles. 

c  Yl.  Quoiqu'il  ne  soit  pas  théoriquement  ration- 
nel, ni  pratiquement  commode  d'assi|joerune  espèce, 
ou  même  un  genre,  comme  caraçieristisque  d'une 
région  organique  ou  d^utie  formation,  on  note  avec 
soin  en  gé<iio2ie.  comme  en  gétigrapbit,  jusqu'où 
Ton  voit  s  étenore  telle  espèce,  4ci  genre,  telle  famille  ; 


ce»  limite»  tont  indiquée»  ftrotitaUttnênt  et  iutqh^à 
ob»ervation  contraire  :  plus  elles  sont  étroites,  plus  11 
est  vraisemblable  qu'elles  seront  bientôt  reculées  par 
de  nouvelles  découvertes  ;  celles  des  genres  le  se- 
ront aussi,  plus  tôt  que  celles  des  espèces,  et  celles 
des  familles  phis  tôt  que  celles  des  genres,  surtout 
si  ce  sont  des  familles  riches  en  genres  et  des  gen- 
res riches  en  espèces*  Ainsi  le  grand  nombre  d'es- 
pèces fossiles  du  genre  Cerif/itiim  qu'offraient  les  ter- 
rains tertiaires  aurait  pu  faire  deviner  que  les  ter- 
rains secondaires  renfermeraient  aussi  des  cérithes. 

c  VU.  En  subdivisant  la  surface  de  la  terre  jus- 
qu'à ce  que  les  dernières  divisions  ne  renferment 
bIus  que  quelques  lieues  carrées ,  il  sera  vrai  que 
beaucoup  de  ces  canton»  présenteront  encore  une 
physionomie  organique  distincte,  tandis  qu'en  d'au- 
tres endroits  cinq  ou  six  cantons  oontigus  auront 
très-sensiblement  le  même  aspect.  Du  reste,  ces  pe- 
tites contrées  ne  sont  distinctes  que  rclativeinenl 
aux  contrées  les.plus  voisines  ;  elles  peuvent  se  re- 
produire ailleurs,  même  à  des  distances  assez  gran* 
des,  avec  de  très-légères  différences,  et  leur  descri- 
ption n'a  d'intérêt  véritable  <jue  dans  les  statisti- 
ques locales.  Ainsi  est-il  vrai  que  la  craie,  le  cal- 
caire grossier,  etc.,  étudiés  minutieusement  dans  un 
même  bassin,  offriront  presque  dans  chacune  de 
leurs  couches  une  distriitulion  particulière  de  fos- 
siles, et  ces  détails  seront  trèîv-utiles  à  noter  dans 
une  description  locale;  mais  le  plus  so(;;t;nt  ccô  ra- 
raclères  spéciaux  se  modifient  beaucoup,  ou  disia- 
raissent  entièrement,  quand  on  étudie  la  même  for- 
mation dans  tin  bassin  différent. 

f  Comme  je  ne  cherche  que  la  vérité,  je  ne  conti- 
nuerai point  ce  parallèle  en  comparant  les  géologues 
qui  donnent  les  fossiles  comme  caractères  presque 
exclusifs  des  formations  à  des  naturalistes  qui« 
dans  leur  admiration  pour  les  lois  de  la  géographie 
organique,  n'offriraient  auif  voyageurs  que  des  lis- 
tes locales  d'animaux  et  de  plantes,  au  lieu  de  car- 
tes et  de  boussole.  Quoique  vrai  à  plusieurs  égards, 
et  se  prêtant  à  d'ingénieux  développements,  ce  rap- 
prochement serait  évidemment  exagéré,  et  faux 
dans  son  ensemble,  le  ne  ferai  pas  même  remar- 
quer (quelles  lonc[ues  et  pénibles  recherches  im- 
poseraient aux  geoloffues  (es  systèmes  de  quelques 
paléontologistes  sur  les  fqssiles  caractéristiijues  : 
car  de  quelque  manière  et  d'après  quelque  principe 
qu*on  procède,  l'étude  de  ^écorce  solide  du  globe 
sera  toujours  longue  et  laborieuse  pour  quiconque 
en  voudra  retirer  quelque  lumière  et  quelque  fruit. 

c  J'ajouterai  seulement  deux  observations,  qui  ne 
pouvaient  trouver  place  dan^  ma  comparaison  avec 
fii&éographie  organique.  La  première  c'e^  que  Tu- 
niforniité  des  fossiles  d'un  i^ême  terrain,  observé 
sur  divers  points  du  globe,  es}  d'autant  plus  grande 
que  les  terrains  sont  plus  anciens  :  par  exemple,  les 
calcaires  de  transition  et  la  houille  présenteront  une 
grande  analogie  de  fossiles  en  France, en  Allemagne, 
et  même  hors  de  l'Europe;  il  est  reconnu  au  con- 
traire que  les  fossiles  des  dépôts  supérieurs  varient 
davantage  avec  les  distances  horixontales.  Il  semble 
que  dans  les  périodes  les  plus  anciennes,  les  zones 
climatériques  et  organiques,  aujourd'hui  si  tran- 
chées, n^auraient  pas  exislé  sur  nptre  globe,  on  du 
moins  que  leurs  différences  et  leur  action  sur  b 
distribution  des  êtres  vivants  se  seraient  dévelop- 
pées de^s  en  plus  jusqu'à  l'épcNque  actuelle. 

c  La  seconde  observation,  qui  se  déduit  aisé- 
ment de  la  précédente ,  c'est  que  la  dissemblance 
des  fossiles  indiquera  d'autant  plus  sûrement  une 
formation  différente  que  les  fossiles  se  renconire- 
ront  en  des  lieux  moins  éloignés  :  le  rapproche- 
ment de  l'espace  oblige  alors  à  chercher  dans  le 
Uîmps  la  raison  de  ces  frappantes  différences.  » 


(10051  I  Cependant  la  cnfe  de  Maestriht  et  de  Laver-     pots  récemment  étudiés,  semblent  devoir  rendre  eetl* 
shie  (près  Beau  vais),  le  4^pdt  de  Gosaiv»  et  d'autres  dé-      délimitai  ion  moins  absolue:  i    ' 


fU9 


NOTES  ADDITIONNELLES. 


mo 


Ait.  IH.  —  ikla  êi^m^eationgéoçénùiMêdeê  fas$Uê$. 

c  Malgré  la  sravité  et  le  piquant  intérêt  des  ques- 
tions qui  se  présentent  sous  ce  titre ,  elles  n*occupc- 
ront  dans  cette  thèse  qu*une  place  assez  restreinte. 
Les  considérations  précédentes  fournissent  déjà  des 
argunleots  suffisants  pour  apprécier  le  degré  de  cer^ 
tîtude  que  possèdent,  dans  Tétat  actuel  de  la  science, 
les  hypothèses  géogéniques.  11  ue  s'agit  pas  d'ailleurs 
d*exposer  et  de  discuter  une  histoire  complète  de  la 
fondation  du  globe  terrestre,  nul  savant  n'aurait 
aujourd'hui  le  courage  ou  la  présomption  d*entre- 
prendie  cette  tâche  :  on  se  contente  de  réunir  quel- 
ques matériaux  importants,  de  constater  Quelques 
ooints  intéressants  de  cette  vaste  et  longue  nistoire. 
Plus  tard,  peut-^tre^  ce  chaos  finira  par  se  débrouil- 
ler complèlement,  et  sur  une  base  solide^  formée  nar 
la  H^union  de  la  géognosie,  de  l'histoire  naturelle, 
de  la  physique  et  de  la  chimie,  s'élèvera  le  majes* 
lueux  édifice  de  la  cosmogonie. 

c  Après  avoir  écarté  »  question  «le  l'ancienne 
température  du  globe,  comme  exigeant  toute  seule 
une  thèse  appronfondie,  je  réduis  à  trois  proposi* 
lious  les  GOiijettunes  les  plus  dignes  d*attention  aux- 
quelles nous  a  conduit  l'étude  des  fossiles. 

A.  —  I  Cette  croûte  solide  où  nous  avons  pu 
I  pékiélrer  n'a  pas  été  faite  d'un  seul  jet  :  elle  est  le 
f  résultat  de  plusieurs  formations,  les  unes  univer- 
c  selles,  les  autres  locales,  tantôt  lentes  et  paisibles, 
I  tantôt  subites  et  violentes,  et  toutes  différentes, 
I  au  moins  par  leur  intensité,  des  phénomènes  que 
»  hi  nature  nous  présente  aujourd'hui.  > 

I  Cette  proposition  est  au  rang  des  axiomes  de  la 
science.  Il  est  impossible  de  voir  une  coupe  de  ter- 
rain d'une  certaine  hauteur,  d'examiner  géologique- 
ment  les  roches  de  la  petite  contrée,  sans  acquérir 
la  conviction  de  cette  venté;  mais  l'étude  et  la  cum- 

Saraison  des  fossiles  lui  donnent  une  nouvelle  évi- 
enoe.  Non,  ce  n'est  pas  le  fiât  de  hi  Puissance  crési* 
trice  qui  a  disposé  instantanément  l'une  au-dessus 
de  l'autre  toutes  ct%  couches  de  grès,  de  calcaires 
et  d'argiles,  avec  tous  leurs  débris  de  végétaux  et  de 
plantes;  non,  ce  n'est  pas  non  plus  un  seul  cata- 
clysme, violent  et  passager,  qui  a  produit  à  la  fois  et 
les  immenses  dépôts  de  houille,  et  ces  masses  in- 
calculables de  calcaires  qui  les  recouvrent;  qui  a 
d'un  seul  coup  déposé  et  soulevé  toutes  les  couches 
intermédiaires,  secondaires  et  tertiaires  des  arandes 
Chaînes  de  montagnes  ;  qui  à  enfoui  dans  les  en- 
trailles de  la  terre  tous  les  débris  organiques  dis- 
posés avec  un  ordre  si  constant.  11  y  a  là  bien  évi- 
demment Fœuvre  de  plusieurs  périodes,  les  monu- 
ments de  plusieurs  révolutions  physiques.  Quel  en 
a  été  le  nombre?  quelles  l'étendue,  la  durée,  la 
puissance?  Nul  ne  peut  le  dire,  ni  même  le  chercher 
encore.  Cependant,  si  l'on  considère,  d'une  part, 
que  la  nature  a  poMédé,  dans  ces  époques  reculées, 
une  énergie  bien  supérieure  à  ce  que  nous  voyons 
actuellement,  et  si,  d'autre  part,  l'on  suit  attentive* 
roeot  la  tendance  manifeste  de  la  géognoeie  la  plus 
progressive  à  réduire  le  nombre  des  formatiohs 
chronologiquement  distinctes,  en  admettant  beau- 
coup de  dépôts  paralièUs,  on oonœvra  que,  pour 
expuquer  fos  faits  géoloi^i^tues,  on  n'apasIiMoin 
d'accumuler  tant  de  milliers  de  siècles.  Les  vrais 
amis  de  la  géologie  s'abstiendront  le  plus  possibUt  de 
ces  hypothèses,  dont  les  gigantesques  dimensions 
inspirent  toujours  de  la  défiance,  et  quelquefois  du 
mépris,  aux  tètes  sages  et  modérées. 

c  Ce  que  j'ai  dit  sur  la  distinaion  des  terrains 
marins  et  des  terrains  d'eau  douée,  montre  que  l'on 
peut  aussi  réduire  le  nombre  des  émersions  et  im- 
mersions successives,  de  ces  invasions  et  retraites 
allcrnatives  de  l'Océan  sur  certaines  contrées,  quand 

(1006)  c  On  a  récemment  découvert  des  efustacès  vi-  Mloidet,ii(Mn  heareui  qui  rappelle  à  la  fois  et  les  fiMsIles 
vanu  qu*0D  dit  avoir  quelque  analogie  de  stmcure  avec  dont  se  rapproche  cet  animal ,  et  le  savant  qui  a  tant 
ica  irilobites  :  l*un  d'eux  a  été  nommé  ^ron^morfia  trilù-     avancé  l'histoire  des  trilobUes.  > 

DlCTIONlf.   DK  CoSMOaONIB  BT  PB  PALiOMTOLOailt  M 


ces  révolutions  rrâétées  n'ont  d'autre  indice  que 
quelques  fossiles  fluviatiles  ou  terrestres. 

B.  —  I  Dans  la  succession  des  périodes  géolo- 
c  giques,  la  manifestation  de  la  vie  organique  s'est 
c  produite  sous  des  faces  différentes  entre  elles,  et 
c  différentes  aussi  de  l'état  actuel  des  êtres  vivaits.  > 

c  Cela  résulte  de  h  seule  inspection  des  tables  de 
fossiles.  11  suffit  de  rappeler  : 

f  Parmi  les  genres  de  mammifères  éteints,  les 
masto<iontes ,  les  paléothérium  et  les  anoplolbé- 
rium,  etc.,  de  l'ordre  des  pachydermes;  les  mégalo- 
nix  et  mégathérium  du  groupe  des  édentés;  et  beau- 
coup d'espèces  de  genres  encore  existants,  mais  dif- 
férentes de  leurs  congénères  actuelles,  au  moins  par 
leur  taille  gigantesque; 

c  Dans  la  classe  des  reptiles,  tous  ces  monstrueux 
animaux  oui  semblent  former  un  ordre  particu- 
liers à  côte  des  sauriens,  et  dont  déjà  l'on  connaît 
une  centaine  d'espèces  ; 

I  Dans  Ui  classe  des  poissons,  les  formes  étranges 
reconnues  et  classées  par  MM.  Agassis  et  de  Dlain- 
ville; 

c  Parmi  les  céphalopodes^  les  innombrables  am- 
monites, les  énormes  orthocératites,  les  bélemnites, 
baculites,  etc.,  dont  l'abondance  caractérise  si  bien 
une  partie  des  terrains  secondaires; 

c  Les  trilobites,  dont  la  place  xoologique  n'est  pas 
encore  déterminée  (1006)  ; 

c  Enfin,  dans  les  dernières  divisions  du  règne  ani- 
mal, les  nombreuses  variétés  d'encrini|es  et  de  imh 
Lypiers  que  les  mers  actuelles  n*ont  pas  encore  offer- 
tes à  nos  yeux. 

c  11  suffit,  dis-je,  de  rappeler  les  types  de  ces  or- 
ganisations détruites^  et  de  placera  côté  de  ces  sin- 
Suliers  animaux  Ws  fougères  arborescentes  de  la 
ouille,  les  calamités,  les  voltzia,  les  psarolithes, 
etc.,  pour  sentir  l'énorme  diflérence  de  cette  natum 
primitive  d'avec  celle  dont  nous  voyons  les  produc- 
tions. 

I  Quelques  personnes,  pour  échapper  à  ces  éton- 
nants résultats,  se  réfugient  dans  de  vagues  con- 
jectures, et  argumentent  contre  les  faiu  connus  en 
accumulant  des  pombUiiée»  11  est  poiêibie,  disent- 
elles  que  les  êtres  extraordinaires  que  vous  croyez 
éteints  depuis  long-temps  soient  retrouvés  d'un  jour 
à  l'autre  dans  des  mers  non  explorées,  ou  dans  quel- 
que llejoiniaine.  11  est  poiêible  que  les  terrains  nofr 
encore\i8ctés  par  le  marteau  du  géoloffue  recèlent 
en  très-grand  nombre  les  dépouilles  d^nlmaux  et 
de  plantes  semblables  aux  espèces  actuelles,  et  dont 
vous  croyez  l'oricine  si  récente.  Si  nos  yeux  pou- 
vaient embrasser  a  la  fois  toute  la  création  présente 
et  tous  les  débris  des  créations  anciennes,  pnil-éire 
verrions*  nous  disparaître  ces  étonnantes  différences 
sur  lesquelles  on  se  hâte  trop  de  bètir  des  systèmes. 

t  Ces  objections,  souvent  renouvelées,  font  peu 
d'impression  sur  l'esprit  des  géologues.  Sans  appe- 
ler en  aide  les  principes  du  calcul  des  probabilités, 
qui  trouveraient  ici  une  heureuse  application,  il  sent 
comme  instinctivement  la  faiblesse  de  pareille  con- 
jectures, en  présence  de.  tant  de  faits  authentiques 
observés  sur  tous  les  points  du  globe.  U  ne  meura 
pas  arbitrairement  un  terme  aux  futures  découver- 
tes de  Phistoire  naturelle,  soit  dans  le  champ  des 
générations  présentes,  soit  dans  c^lui  des  genéra- 
lioiia  détruites;  mais  il  a  une  confiance  intime  que 
ces  découvertes  n'ébranleront  pas  les  grands  pru^ 
dpes  de  to  géologie,  tels  qu'ils  sont  constitués  au- 
jourd'hui. 11  ne  laisse  pénétrer  dans  son  esprit,  de 
ces  doutes  indéfinis,  aoe  ce  qu'il  faut  pour  se  pré- 
munir contre  des  systèmes  tropexclusifs.  On  ne  peut 
certainement  admettre  sans  restrictions  aue  Uê  /«§• 
êUtê  d^um  terrain  rênéêentent  Cétët  dei  ieux  rèptu 
argamqueê  «t»  mpinMl  on  U  s'etf  formé.  Car  il  y  a 


1151 


DICTIONNAIRE  DE  CO^OGOfOE  ET  DE  PALEONTOLOGIE. 


usa, 


rnùsanblement  un  grand  nombre  d'espèces,  de, 
genres,  et  peal-étre  même  des  familles  entières,  qai 
n*ont  pas  laissé  de  débris  fossiles,  c  On  ne  peut  exi- 
ger qoe  la  nature  nous  ait  conserré  toutes  ses  pro-. 
SuetiODS  dans  le  sein  de  la  terre,  comme  on  con- 
$erre  des  plantes  dans  on  herbier  ou  des  animaux 
dans  un  cabinet  (f  007).  >  Mille  circonsiances  tirées, 
ou  de  la  nature  des  tissus  organiques,  ou  de  celle 
dit  fluide  au  milieu  duc|uel  se  sont  déposées  les  for- 
mations, ou  du  caractère  des  rérolutîons  physiques, 
ont  nécessairement  fait  disparaître  tous  les  restes 
lie  lieaiKOup  d*étres  virants,  ie  suis  persuadé,  en  ce 
qui  concerne  spécialement  les  animaux  terrestres 
et  l:*s  plantes,  que  les  fossiles  représentent  une  très- 
faible  partie  de  ce  qui  a  dû  exister.  Les  cinquante 
nu  soixante  mille  espèces  végétales  que  nous  con- 
naissons aujourd'hui  n'ont  pas  succédé  à  une  flore 
de  deux  eentê  espèces  au  fins  observées  dans  les 
terrains  tertiaires.  J*en  dirais  autant  des  opbsdiens, 
dont  on  connaît  à  peine  quelques  représentants  à 
rétat  fossile.  Gardons-nous  donc  bien  de  confondre 
les  flores  et  les  faunes  géognostiquemeni  établies 
pour 'caractériser  les  formations,  avec  les  flores  et 
](^s  faunes  des  périodes  gér»^cniqucs  :  ce  n'est  que 
sur  les  animaux  marins  qu'on  peut  essayer  avec 
quelque  confiance  ces  généralisations  intéressanles, 
parce  que  ce  sont  les  seuls  qu'on  doive  regarder 
comme  suffisamment  représentés  par  leurs  dé- 
pouilles fossiles. 

G.  —  (  Quelques  zoologistes  philosophes,  pour 
*c  cx|>liquer  la  succession  des  êtres  vivants  dans  les 
«  périodes  géologiques,  ont  pensé  que  les  formes  or- 
c  ganiqn(^s  avaient  subi,daiis  le  cours  des  siècles,  de 
c  notables  altérations  ;  en  sorte  que  les  animaux  de 
4  la  période  actuelle  pouiraient  être  descendus  par 
c  génération  des  animaux  nue  Ton  croit  éteints,  et 
c  qui  n'auraient  été  que  modiflés  sous  Tinfluence  des 
I  grandes  révolutions  physiques,  i 

I  Je  m'empresse  de  dire  que  je  n'ai  pas  la  pré- 
tention de  traiter  ici  cette  haute  thèse  de  philoso- 
phie zoologique,  à  laquelle  se  rattachent  tant  de  con- 
sidérations de  divers  ordres.  Je  ne  veux  qu'expo- 
ser brièvement  le  témoignage  rendu  par  tes  fossiles 
eux-mimes  sur  cette  question,  ce  qui  répond  par- 
faitement au  titre  de  ma  thèse* 

c  Si  les  problèmes  difficiles  provoquent  des  solu- 
tions liaroies,  on  ne  doit  pas  s^étonner  que  des 
théories  un  peu  étranges  aient  été  mises  en  avant 
pour  expliquer  le  fait  de  la  distribution  des  fossiles. 
Les  principes  de  la  physiologie  ne  permettent  pas  de 
supposer  des  générations  $pontanéeê  :  les  révolutions 
les  plus  extraordinaires  ne  produiront  jamais  un  in- 
secte. D*autre  part,  on  a  peine  à  concevoir  ces  al- 
ternatives de  créations  et  de  destructions,  cette  for- 
mation progressive  de  nouveaux  animaux  et  de  nou- 
velles niantes;  et  pour  échapper  à  ces  inextricables 
difficultés,  on  est  tenté  quelquefois  ou  de  nier  les 
faits  eux-mêmes,  qui  bientôt  reparaihsent  avec  une 
irrésistible  évidence,  ou  de  se  réfugier  dans  la  seule 
hypothèse  qui  semble  rester,  ia  dégradation  suce»' 
sîve  des  types  organisés. 

c  Et  cependant  le  géologue,  k  qui  la  vue  des  fos- 
siles rappelle  continuellement  cet  intéressant  pro- 
blème, ne  peut  guère  se  reposer  dans  une  solution 
que  les  fossiles  eux-mêmes  semblent  contredire. 
(  c  Gar  i"*  si  nos  pachydermes  actuels  descendent 
des  paléothérium  t  nos  reptiles  des  plésiosaures, 
ichthyosaiires  ;  si  les  trilobites  sont  la  souche  com- 
mune des  mollusques  et  des  articulés,  nous  devons 
nous  attendre  à  trouver  dans  les  fossiles  tous  les  de- 
grés de  ces  singulières  transformations  ;  nous  ver- 
rions, par  exemple Mais  quel  exemple  oserait- 

>ou  citer?  Qui  voudra  marquer  à  quelles  races  ac- 

(1007^  (A.  Boci  Jir^m.  géol,  et  poteont,  > 


'tnelles  ont  donné  naissaoee  les  pCêrodacly.es  om  le» 
^paléotbérium  ?  A  quelque  choix  qu'oa  s^arréle,  cm  se 
trouvera  toujours  dans  Timpossibifilé  de  moairer 
les  transitions  msensibles  par  o6  Ton  peut  snvre 
cette  grande  opération  de  la  nature.  Les  éêépàmmu^ 
par  exemple,  et  les  mastodomUê^  deux  gesres  très- 
voisins,  présentent,  dans  h  forme  de  levrs  desis,  des 
diflérences  tranchées  :  ou  sont  les  dents  fossiles 
intermédiaires?  Et  si  Ton  admet  que  blransîtiona 
été  subite,  qu'un  ichthyosaure  a  immédiaiemenl  en- 
gendré un  crocodile,  ou  le  mastodonte  un  éiéphant, 
on  émet  une  assertion  tenement  en  dehors  des  lois 
connues  de  la  nature,  qu'on  ne  peut  plus  la  disaf- 
tur. 

f  2*  Un  grand  nombre  des  genres  adneis  ont 
existé  en  même  temps  que  les  genres  élenls  dont 
on  les  dit  descendus.  Les  alluvions  andenncs  ren- 
ferment (non  pas  toujours  dans  les  mènes  contrées) 
des  masiodondes  avec  des  élqibants,  des  hippo- 
potames et  des  rhinocéros  avec  des  naJéolhërium  et 
des  lopbiodons...  Nous  trouverons  des  associations 
semblables  dans  les  terrains  tertiaires,  qui  dé^k  ren- 
ferment des  chiens,  des  genettes,  des  écurcuiU,  etc., 
dout  on  ne  voit  pas  bien  clairement  les  types  dan^ 
les  fossiles  de  la  craie.  De  même  encore  les  croco- 
diles, les  gavials  et  les  châoniens  se  moutreixt, 
dans  les  couches  du  globe,  en  même  temps  que  les 
monstrueux  reptiles  dont  J'ai  si  souvent  répété  les 
noms.  Il  parait  donc  tout  a  fait  invraisemblable  que 
nos  animaux  actuels  aient  été  produits  par  la  dégé- 
néra tion  F uccessive  des  anciens  habitants  du  glooe, 
a  moins  de  restreindre  celte  genèse  aux  genres  fl 
aax  espèces  qui  ne  se  trouvent  pas  à  Félai  fossile, 
c'ost'^-dire  à  moins  d'accumuler  hypothèse  sur  hy- 
pothèse, et  d'échapper  ainsi  à  une  discusion  ra- 
tioiinelle. 

c  II  est  beaucoup  plus  simple  d'admettre  que  plu- 
sieurs types  organiaues  ont  été  détruits  par  les  ré- 
volutions du  |;lobe.  Nais  si  toutes  les  espèces  actuel- 
les ont  existe  dès  l'origine  et  on  survécu  seules  à 
ces  grandes  catastrophes,  pourquoi  cette  absence 

{iresqiiê  complète  de  leurs  débris  fossiles,  tandis  que 
es  autres  êtres  ont  laissé  dans  les  entrailles  de  U 
terre  les  preuves  de  leur  existence  ?  Et  si  elles  ont 
anpam  successivement,  d'où  venaient-elles  ?... 
Elles  étaient  créées  :  telle  est  la  seule  réponse  pos- 
sible ;  et  si  celte  réponse  tranche  tous  te  commemi^ 
elle  ne  fait  pas  cesser  tous  les  pourvoi.  Le  géologue 
doit  avouer  ici  son  ignorance  :  et  c'est  à  un  sembla- 
ble aveu  qu'aboutissent  toujours  les  grandes  ques- 
tions, non-seulement  en  g<Mlogie ,  mais  dans  toute 
science  humaine. 

c  J'ai  constamment  évité,  dans  le  cours  de  cette 
thèse,  de  rapprocher  les  croyances  religieuses  ei  lé 
récit  des  livres  sacrés,  des  doctrines  géologiques 
que  je  soutenais  ou  combattais.  Profondement  con- 
vaincu, par  l'étude  simultanée  que  j'ai  faite  des 
dogmes  chrétiens  et  des  sciences  naturelles,  t|iie  la 
foi  n'avait  rien  à  craindre  des  découvertes  saenll- 
fiifties ,  je  n'ai  pas  Cru  pourtant  devoir  exposer  ici 
les  motifs  de  cette  conviction.  Ce  n'était  pas  le  lieu 
d'aborder  ce  genre  de  considérations ,  et  j'ai  d'aiN 
leurs  professé,  en  plusieurs  circonstances,  la  néces- 
sité de  séi  arer  ces  deux  ordres  de  connaissances, 
qui  ont  ch  icuu  leur  domaine,  leur  but  et  leurs  dé- 
monstrations spéciales.  Dans  l'état  actuel  de  la  géo- 
logie et  de  la  foi.  Tune  et  l'autre  se  trouveront  mieux 
de  garder  une  indépendance  réciproque.  Cette  indé- 
pendance a  ses  l'unites  sans  doute  ;  mais  ces  limites 
sont  assez  larges  pour  inspirer  aux  savants  ei  aux 
croyanu,  ou  plutôt  aux  savants  croyants,  une  en- 
tière sécurité.  > 


TABLE  ALPHAB 


DIGTIOrfrflIRE  DE  COSMO 


Abaiaseiiient  du  flbod  de  b  mer;  son  killaeaee  s 
tstnbatiOQ  des  animaax  terrestres  foonles.  —  Voy. 

narim,  118. 

Acrroissement  des  coquilles.  —  Vogr.  MMuqut 
Ac>' phales.  —  Voy.  LameUébraneka. 
AfflueoU  terrestres.  —  Voy.  Cmuket  iidimaU 

Albien  (étsge). 

AUsTM».  ^Voy.  CoÊUka  Uémnâairu^  art.  n 

AHaiioDsIhnrkMerrestres.  —  Yoy.  IMd.,  592. 

Alpes,  à  quelle  épaq«e  elles  se  sost  soulevée 
VpT.  Swhapatmn,  isb. 

Alamine,  soa  vMe  dus  la  constilution  de  la  ten 
Voy.  Matièret  HémaÊtàm  dm,  ^Uàe  lerrettre^  901 


AjiFiu,  ses  idées  sur  l'origiiie  do  la  ckalev  iotér 
de  b  terre.  —  Voy.  r^rr^,  1376 

Amphibies.  —  Voy.  Maamâfèrn. 

Awmas.  --Voy.  Ffanjcs  fcuifia  d:Oimm§tm  M  Stifc 
MU,  1S30. 

'Animaoi,  oot-ils  courerttoat  le^obe  àb  foi 
VoT.  PaUoynqna  (Terrotm),  1076. 

Ànîmaqz  fossiles,  leur  req>fration.  —  Voy.  FAysfV 
puiéonUÀogkfme,  1145. 

Aoimaax  flottants.  —  Voy.  C4mckes.  iédimenù 
art.  I,  369. 

Anîmaox  marins. 

—      Lear  répartition  g<*ograph»rae  et  isothc 
—  Voy,  Couche*  iédtmeniairetf  art.  1, 375. 

Aoimaax  morts,  lear  distribation  dans  les  coachc 
itimeiitaires  marines.  —  Voy.  Omcha  iédhnenU 
art.  I,  369. 

Animaux  pébgiens,  entiers.  —  Voy.  Ccmckes  iédi 
Uûrem^  art.  1, 376. 

Anîmaox  terrestres,  leur  distribation  dans  les  coi 
florin-terrestres. — yoj.Caiicheê$édimenlairet,vi.  II 

Ajuiélides. 

An^plotherivm.. —  Voy.  Manrnnferei. 

An  thracite.  —  Voy.  VltUtoduOkm,  51. 

An  thracotberiom.  —  Voy.  Mmmmfèrn^ 

ApCien  (étage). 

Apt%rhiis. 

Ararlioides. 

Aajico,  ses  Idées  sur  b  natare  des  néboleosc 
Voy.  SébmUMia. 

Aradgnées. 

Abocïso.  —  Voy.  GMoqie.  . 

Argent.  —  Voy.  V Introduction,  61. 

Argiîc.  —  Voy.  l'Introduction,  55. 

Argile  plastique.  —  Voy.  Suenomen. 

Aiille  de  Londres.  —  Voy.  Parwen. 

Ariple  de  Dives.  —  Voy.  Callorien. 

Arîdle  dHooflear  —  Voy.  Kimmérid§ien. 

Argit?  k  plicatoles.  —  Voy.  ilplien. 

AanroTc,  «m  ^stème.  —  Voy.  GMogèe,  60k 

Astéroïdes. 

A^trogamie.  —  Voy.  Mcbat. 

Atlantidp.  qu'était-ce?  —  Voy.  Kti«. 

Atnnjsphêre  des  planètes.  —  Voy.  Matières  Hé 
Uàres  du  alobe  terrettre. 

Aitraclioo,  origine  et  natare  de  cette  forée.  —Voy 
i%Acz  et  Cotmoqome. 

ATKkTTV.  —  Voy.  GMoqie,  607. 

Axe,  celui  de  b  terre  a-t-U  été  dé|4acé  ?  —  Voy. 
^BoRmromi. 

B 

BscnlHes. 
B^jodes  (étage). 

ta)  Beaoeoap  de  bits  et  d'ofaservatiooB  soat  poi 
d«i  DieAommrt,  Les  cUlfres  arabes  indiquent  les  (*<ri< 


141» 


TABLE  DES  MATIERESi^ 


1456 


Qondiylien  (étage). 

^ndensatioD  des  comètes,  hypothèâe  r^tée."«—  Yoy. 

Cotnèlêê,  '  ,     * 

Conditions  d*exi$tence  des  snimaux  marins  —Yoy. 

Animaux  marint. 

Conifères. 

Coprolithes. 

Goqoilles  nnivalves  et  biTalves. 

CoquUles  flottantes.  -^Yoy.  Cauchn  têdknenUnrei,  37i. 

Coquilles,  leur  période  embryogénaire.  —  Yoy.  Mol- 
lusqueê,  991.  >-  Coquille  chez  les  céphalopodes.  —  Yoy. 
Céphalopodes. 

Coran,  sa  cosmogonie.  —Yoy.  Géologie,  607. 

•GosMAs,  ses  idées  en  cosmographie.  —  Yoy.  Cotmo- 
çrapMe. 

Cosmogonie., 

Cosmogonie  aux  xvi*^  et  xtu^  siècles 

Cosmogonie  orientale.  —  Yoy.  Géologie,  591 

Cosmographie  des,  Pères  de  1  Eglise. 

Côtes  (usure des).  —Yoy.  Coufiheê  kMmienlmrei. 

Couches  carbonifères. 

Couches  aédimentaires. 

Cpnches  concordantes,  discordantes,  inclinéest,  co»> 
tournées,  etc.  —  Yoy.  Perlurbalioiu  aéotoqiques,  1115. 

Courants  marins,  leur  influence  dans  la  distribution 
des  animaux  marins.  —  Yoy.  Cùucbeê  sédimenUnreê,  S77. 

Craff.  —  Yoy.  F.alunien. 

Craie  blanche.  —  Yoy.  Sénoiàfin., 

Craie  cbloritée.  —  \oj.  Cénomamen. 

Crale-tulau.  —  Yoy.  Sérumien. 

Création.  —  Yoy.  Cotmogonie. 

Création  des  e^ces  fossiles.  —  Yoy.  Etpècet  fowiet. 

Créations  et  destructions  successives  des  mondes,  tra  ■ 
ditions  des  peuples  sur  ce  point';  opinion  de  Mgr  Wiss- 
M AV.  —  Yoy.  Hmav  (db  SAmT-CLAVun),  7S6. 

Crétacés  (terrains). 

Crinoîdes. 

Crintiïdiens, 

£  isUllisation.  —Yoy.  YltiirodMC^on,  17, 18^  etc. 

Crocodiles. 

Croitacés. 

Cténoidiens.  —  Yoy.  Fotsiofis. 

Coma.  —  Yoy.  Géologie,  661 

Cycadées. 

Cycles.  —  Yoy.  Polymen. 

Qrdoîdiens.' — Yoy.  Poisfons. 


DAtMAS  (h  B.)^. 
Dauien  (étage). 

DKBaKTlIK  (P.-J.-C;>. 

Déductions  climatologiques  et  géognphigues  tirées  de 
rétude  dés  animaux  fossiles.  —  Yoy.  Physiologie  paUon- 
Âotogigue,  1140. 

Délbrmations  des  fossiles.  —  Yoy.  Perturbations  géoUh 
râNes,  1119. 

Dégénérescence  dans  Vaeeroissement  des  coquilles.  — 
Voy.  Mollusques. 

"Deluc. 

Déloge  mosaiaue,  explique4-fl  toutes  les  stratiflcatiOBs 
et  fossilisations  du  globe  ?  —  Yoy.  Chaubard  et  Dkbrbtrb.  ' 
-A-t-il  été  une  irrupUon  de  rOeéan?  —  Yoy.  itrid. 
325  et  suiT  —  A-t-il  été  universel? —  Yoy.  tMd.  — 
Quelles  sont  ses  causes?  -*  Yoy.  /M.,  et  de  plus  Rl^e, 
Dalmas,  etc. 

Déluge  de  Josui,  —  Yoy.  Dbbbetre  et  Chaubabb,  439. 

DescABTKs,  son  ojpinion  sur  les  forces  de  la  matière.  — 
%oy.  Laplacb,  817. 

Dbsdouits.  son  opinion  sur  le  récit  de  la  Genèse.  — 
Voy.  iiuAn  (db  Sawt-'Clavbk}.  —  Réfute  la  cosmogonie 
Ju  R,  P.  Dkbbetiib.  —  Yoy.*  Debbetkb. 

Dbsmabxst.  —  Yoy.  Créologie,  648. 

Destruction  et  réformation  successives  du  monde.  — 
^oy.  Géologie.  —  Opinion  de  Mgr-  Wisbmah.  —  Yoy.  H- 
lAK  (de  SAirrr-CLATiBii),  786. 

Devonlen  (étage). 

Diamant.  —  Yoy.  Vlntroductionj  41. 

Didelphes.  —  voy.  Mammifères. 

Dinotheriom. 

Diodon. 

Diorite. 

Diplodus. 

Diplopterus. 

«liprotodon. 

direction  et  inclinaison  des  couches. 

Disposition  des  couches  carbonifères;  utilité  el  avan- 


tages qui  en  résultent  pour  l'homme.  —  Yqy.  Comcr» 
earifonifires. 

Dolomiea.  —  Yuy.  Géologie.  649. 

Dunes.  —  Yoy.  Couches  sédimenlaires,  364. 


4au,  son  rôle,  mécaniape  des  soiuces.  — T07.  Sour- 
ces. 

Echinides. 

Echinodermes. 

Ecfitains  physico-théologiens.  —  Yoy.  Géologie,  €5T. 

Electricité  présentée  conmie  la  cause  des  mouvements 
des  astres.  Rénitationde  cette  théorie  — Yoy.  Dkbbbtub, 
Maitpikd,  Cbadbabd. 

Eléments  des  corps.  —  Yoy.  VlntroducHon,  15. 

Eléphants.  —  Yoy.  Mammifères. 

Emoranchement  des  articulés. 

Empreintes  organiques. 
—        physioldjgiques 

Encrinite  moniliforme. 


Endotbèques.  —  Yoy.  PqL 

génésiaqi 
Eqoisélacees. 


Epoques  génésiaques 


.  PQlmners. 
.  —  voy.  Ji 


Jours-périodes. 


Eîqpècés' fossiles,  création,  extincUoo  et  renouvelle- 
ment des  tannes. 

Espèces  caraetéristiqnes  en  géQlogie.  —  Yoy.  Espèces 
fossiles,  480. 

Etage  géologique,  qu'est-ce  par  rapport  aux  espèces 
fossiles.  —  Yoy.  Bsp&es  fossiles,  479. 

Etat  des  couches  géologiques.  —  Yoy.  SétHmeuU  as- 
eiens  comparés  aux  sedimenls  actuels. 

Eternité  {  non-éternité  du  globe  démontrée.  —  Yoy 
Y  Introduction,  15. 

Etoiles,  leur  origine.  —  Yoy.  Godbfbov,  H<bav. 

Extfaiction  et  reproduction  des  genres  et  des  espèces. 
— :  Yoy,  Géologie  et  ^pècetfosiiUs,  474^ 


Paille.  —  Yoy.  Perturbations  géologiques,  1115. 

Fallopio.  —Yoy.  Géo/ogie et  Iébah  (de  SAOfr-CLAvw). 

Fakinien  (étage). 

Favulaire.  —  voy.  Sigillaire. 

Fer.  —  Yoy.  V Introduction,  55. 

Fer  ooli tique.  —  Yoy.  Àptien. 

Fer.  Son  réle  dans  la  constitution  de  la  terre.  —  Yoy. 
Matières  élémentaires  du  o/ote  terrestre,  904» 

Fer  vivianite.  —  Yoy.  FofstlîsaCtofi. 

Feu  central. 

Flore  fossile. 

Flore  des  terrains  houillers.  —  Yoy.  Carboniférien. 

Flore  de  Tétage  subapennip.  —  Yoy.  Subapemân. 

Foraminifères. 

Force  luminique,  qu'est-ce? — Yoy.  Debbbike. 

Forces  perturbatrices. 

Forces  dans  la  matière,  leur  origine,  leur  nature  ^ 
Yoy.  Laplace,  817. 

Formation  de  la^  terre,  des  planèteS|  do  soleil,  etc.  — 
Yoy.  Ces  mots. 

FoBTis.  —  Yoy.  Géologie,  642. 

Fossiles. 

Fossiles,  controverse  relative  à  leur  nature.  —  Voy. 
Géologie.  —  Attribués  au  déluge. —  Yoy.  Géotome  ^l 
Chaubabd.  —Leur  origine  d*aprèa.lessavanta du  x^r siè- 
cle. —  Yoy.  JÉHAH  (  DE  Saint-Clavieh  ).  — Ont-ils  éto 
créés  tels  que  nous  les  trouvons  dans  les  strates,  autre- 
ment, entrUs  vécu  ?  —  Yoy.  Pacboh.  —Leur  signifîcatioa 

—  Yoy.  Note  II,  à  la  fin  du  volume. 
Fossilisation. 

Fougères. 

Fbacastobo.  —  Yoy.  Géologie,  616. 

FvscBSHEL.  —  Yoy.  Géoloote,  641. 

i\ 

Gonnikdiens.  —  Yoy.  Poissons. 
Gastéropodes. 
Gault.  —  Yoy.  Albien. 

Gelées,  leur  action  désorganisatrice.  —  Voy.   CsmcAc» 
sédimenlttires,  art.  II,  585. 
Geicebelli.  —  Yoy.  Géologie;  651 . 
Genèse,  interprétations  diverses  du  premier  cbapitte. 

—  Yoy.  Jehan  (de  SAiirK^LAviEif),  Bcckland,  Mabcvi:  ds 
Sebbbs.  Godefbot,  Debbbykb,  PAïaiOK,  M!al-vied,  I'hai- 
BABD,  Glaibe,  jours-périodes,  CDsmogonie  aux  i^t*  et  \%n* 
siècles,  etc. 


1457 


TABLE  DES  MATIERES. 


H5& 


fienèse  matcrûtlisle. 
Genres  fossiles,  dédàction^  géologiques, 
ëéologie  (Histoire  de  la). 

Géologie,  comment  elle  se  dislingue  de  U  Gpsfflog(^ 
nie.  —  Yoy.  Géologie,  S89. 


.  Subojftnnin. 
îoy. 'Homme  fo9»Ue. 
Glaibb  (M.  rabbé). 
GUnconie  grossière.  —  Voy.  Paririen. 
GUnconie  sableuse.  —  Voy.  AUnen» 
Glauoônie  crayeuse.  —  Voy.  Cénomamen 
Qlauoonie  inférieure.  —  Voy.  Suetsonkn, 
Guio  (éféoue  anglican),  InterfnrétaQon  du  récit  de  la 
création.  —  Voy.  Bocelaud,  1S9. 
Glyptodon.  —  Voy.  Mammifères. 

'    GODKFaOT. 

GopimoT,  ses  idées  sur  la  nature  çt  la  formation  des 
nébuleuses.  —  Voy.  JTébuieuteê;  Sur  la  formation  du  so- 
Tell.  —  Voy.  SMlj  —  Sur  la  formation  des  planètes.  — 
Voy.  Flankei,  —  Réponse  à  ses  attaques  contre  l'hypo- 
thèie.  antéhexamérique.  —  Voy.  iiakv  (  ds  Sautt-Cla- 
t«h). 

Granit.  —Voy.  r/nfrcdvIJQ»,  20. 

Grayiution  universelle,  sa  cau^,  suivait  M.  Hai^ipd* 
—  Voy.  Maupud,  938. 

Grenouilles,  première  apparition  —  Voy.  Subapmim, 

Grès.  —  Voy.  Rocket  (oiniifères. 

Grès  de  Fontainebleau.  —  Voy.  Falumen. 

Grès  vert.  -^  Voy.  4flrien, 
^GauTBB,  son  opinion  sur  Tattraction.  —  Vgy.  Lapi^acb, 

GoiEAun  (M.  Alexandre). 

Gypse.  —  Voy.  Roches  (osnlifhes. 

Gypse  de  Montmartre.  -7  Voy.  Pari^^, 


Hamites. 

Hebsobll,  ses.  idées  sur  la  constitution  du  soleil.  — 
VoT.  5o/et/. 

Histoire  de  la  géologie.  —  Voy.  Giologfe, 

Homme. 

Hoou,  ses  idées  sur  les  sonlèremMls.  ^  Voy.  QMo- 
oie,  6ia 

HOKIRS  (M.  W.) 

Houille.  —  Voy.  Fime  foitUe  et  végUimx  fosses,  — 
Son  utilité.  —Voy.  Cmiches  carbonifères  et  VIMroduetion. 
—  Son  origine  et  sa  formation  suivant  M.  Maopikd.— Voy. 
Maupub  et  VlnÊroducUon.  51.  Carbonàférwn^  etc. 

HotcBiHsoH.  —  Voy.  Géologie,  6S8. 

HôtTON.  —  Voy.  Géologie,  6S0. 

HoTKm  (W.)i  ses  opinions  sur  les  végétaux  fossiles.— 
Tov.  Flore  fossile. 

Hydrogène,  son  WUe  dans  la  constitution  de  la  terre. 
— .  Voy.  ItaUires  HémenÊakts  du  ^Utbe  terrestre,  895. 

I^lcosaure.  —  Voy.  Iguanodon, 

Hypothèses,  qa*en  Ikut-il  penser?  —  Voy.  Cohwm^ 
nse» 

I 

Idinites.  —Voy.  Bmpréntes  phgpolQgiques. 

Ichthyosaure. 

Iguanodon. 

Incandescence  originelle  dç  la  terre.  —  Voy.  Pertur- 
taîoftt  géologiques,  1105. 

Incrusution.  —  Voy.  FossUisaUon,  504. 

Inflnlment  petits.  —  Voy.  Infusoires 

lhfus4yires. 

JiDsectes. 

Intestins.  —  Voy.  CeproliÊhes, 

Isothermes  (lones),  existaientrelles  ii  Tôpoque  qui  a 
précédé  immédiatement lliomme?—  Voy.  Sttbt^petifnm' 

a 


JiHAH  (di  Saipt-Clavuh). 

Ibsotf,  son  déluge.  —  Voy.  OmsTus,  Ci^ausabd 

Jours-périodes. 

Juraasiqoes  (terrains). 

K 

KASwm.  —  Voy.  Géélogile,  609. 
Kunsft,  belle  prière.  —  Voy.  Bvcuand. 
Keuper.  —  Voy.  Saliférien. 
Kimméridgien  (étage). 
KiawAif.  —  Voy  Géologie,  658. 
%Uk  (Frederick). 


Lam^liinrancbes  ou  acéphales. 

Lambmiiais.  opinion  sur  la  fiirce  de  i^épulslon.  —  Voy. 
Laplacb,  834. 

Iaplack  (Marquis  de). 

Laplacx,  ses  idées  sur  la  constitution  du  soleil  réfutées 
rar  M.  GoDKPaoy.  —  Voy.  Soleil»  —  Son  h^'ppthèse  sur 
la  formation  des  planètes  et  débats  avec  M.'GoDBFaov.  — 
Vov.  Planètes. 

LicoiriuuBm  (Henri) . 

Lbbman.  —Voy.  Géologie,  637. 

Lamim.—  Voy.  GéoMiie,  619.  --Son  o^nion  sur  les 
forces  de  la  matière.  —  Voy.  Laplacb,  817. 
'LaoNARo  DB  viKci.  —  Voy.  Géolojgie. 

Lepidodendron 

Lépidoides.  —  Voy.  PotssoNS. 

LmoimB,  réfutation  de  son  article  contre  la  cosmo- 
graphie des  Pères  de  TEglise.  —  Yogr.  (^nografmie^. 

Lias  supérieur.  —  Voy.  Toarcien. 

Lias  inférieur.  —  Voy.  Sinemurien 

Liasien  (étave). 

Lignite.  —  voy.  rin/ro<fiM^tofi,  55. 

Limites  des  tannes  géologiques.  —  Voy.  Bspèc^  fossi- 
les. 

Limonites.  —  Voy.  Roches  fossilifères,  1259. 

Lfanules. — Voy.  Trilobifes. 

LniDLBT,  ses  opinions  sur  les  végétaux  fossiles.  —Voy. 
Flore  jossUe. 

LisTBs.  —  Voy.  Géologie. 

Lituites 

Lophiodon  —  Voy.  Mammifères. 

Lumière  zodiacale.  —Voy.  Planètes  et  Soleil. 

Lune,  son  rôle  dans  la  création  primitive.  —  Voy.  Mé 
RAT.  —  RéfléchUrelle  la  lumière  du  soleil?  — Voy. 
CHAUtAin,  256. 

Macrotherium.  —  Voy.  Mammifères. 

Maistre  (0)mte  nx),  cité  a  prôoos  des  mammouths  de 
Sibérie.  Voy.  ManmuiiUhs. 

Mammifères. 

Manunifères  ruminants,  etc.,  leur  prenylère  apparition, . 
—  Voy.  Falunien. 

Mammifères,  rarement  entraînés  pir  les  fleuves.  — 
Voy.  Suhapennin,  1553. 

Mammouths  de  Sibérie. 

Marbres.  —  Voy.  V  Introduction,  25. 

Marcel  nx  sbrres. 

Marcel  dr  sbrrxs,  ses  idées  sur  la  nature  des  nébuleu- 
ses. —  Voy.  Nébuleuses. 

Marées,  leur  action  sur  les  dépôts  de  sédiments.  — 
Voy.  Couches  sédhnentaires,  566. 

Marnes  supérieures.  —  Vov.  Toarden. 

Marnes  irisées.  —  Voy.  Smiférien. 

Matérialisme  cosmogonique.  —  Voy  Genèse  matéria^ 
liste. 

Matière,  sa  création  de  rien  a-t-clle  été  admise  far  les 
anciens  philosophes?  —  Voy.  Cbauhard,  244.  —  Elurnliô 
de  la  matière,  réftitation.  —  Voy.  Genèse  nuttériaUs^e.  -^ 
Quelle  est  sa  nature.  —  Voy.  Cosmogonie. 

Matières  élémentaires  du  globe  terrestre. 

Mattioli.  —  Voy.  Géolome,  612. 

Maupkd  (M.  rabbé). 

Mégalichthys.  —  Voy.  Potssom. 

Mégalonyx.  —  Voy.  Mammifères, 

Mégalosaure. 

Mégiphvton.  —  Voy.  Sii^mre. 

Mégatherium. 

Mélange  des  sédiments  et  des  animaux  marins  et  ter- 
restres. —  Voy.  Couches  sédimenuùres,  art.  ill. 

MxRAv  (Le  docte«rR.-F.). 

Merveilles  de  Torganisation  des  encrinltes.  —  Voy. 
Encrkùte. 

Méeopotamf  e  00  berceau  des  premiers  honaies,  amr- 
Jent  aux  tomatimis  crétacée  et  tertiaire.  —  Voy.  Mao- 
nBD,965. 

MéUox,  leur  fwnation.  -^  Voy.  Veines  méiaUifères.  — 
Vnes  de  la  Providence  dans  la  fonnatioD  et  ladistributiuQ 
des  méuux.  —  Voy.  tM.  —  Leur  histoire  et  minerai.— 
Voy.  Ylnlroduc^on. 

Meulières.  —  Voy.  Fatumen. 

MicflBLL.  —  Voy.  Géologie,  699 

Milieux  d'existence  des  animani  lir>ssiles  dans  lès  ^k<^ 
géologiques.  —  Voy.  Physiologie  paléoolologh|iie,  1 1 12. 

Minerais.  —  Voy.  Ylnlrodue^on. 

Minéraux.  —  \vy.  V introduction. 


im 


TABLE  DES  MATIERES 


l4tfU 


Modiflcations  de  la  coquille  dans  la  même  espèce  de 
mollusque.  —  Yov.  Animaux  marms. 

MoioNo  (H.  rabbé).  —  Yoy.  NJbuieiuei. 

HoisB,  bat  du  récU  de  U  création.  —  Yoy.  Bocklard. 
—  Son  récit  de  la  création  interprété.  —  Toy.  JfaM(.(i« 
Saixt-Clatien),  Bockland,  Dcsnomis,  Hohtbaon,  Marcbl 

DE  SekIIBS,  GODEFEOT,  MaDPIBD,  ÙUOBAE»»  DBBUTlCB«etC. 

Jours-périodes,  etc. 

Molécules.  —  Yqy.  YlntroducHùnf  18-19. 

Mollasses.  —  Yoy.  Falunien, 

Mollusques. 

Monitor,  —  Yoy.  MoiOMure. 

Monodelphe^  -r«  Yoy.  Mammifère^,, 

HoifTBRON  (  H.  de),  son  interprétation  du  I^  chapitre 
de  la  Gen^e.  — Yoy.  JéHAïf  de  Sairt  Clayiïbii  et  la  pre- 
mière noie  addHionnelle  à  la  un  dé  ce  Tolome. 

Mono.  —  Yoy.  Gédogle,  629. 

Mosasaore. 

Moule^ 

Mulot,  célèbre  aondear.  —  Toy.  PviU  arUpen». 

MylodoQ.  — T.Voy.  Uammipreê. 

N 

Nantile. 

Nautile  sipboa  et  nautile  zigzag. 
Nébvleusi». 
lYéocomien  (étage). 

Neptunistes.  Controferses  entre  les  neptunistes  et  les 
\i|lcanistes.  —  Yoy.  Géologie  ^  649,  etc. 
nucleus.  —  Yoy.  Mollifi^uei. 
Mummalites. 

O 


PétriOcation.  —  Yoy.  FoinUê 

Philosophes  et  poètes  anciens,  admettent-iM|uiie  créa- 
tion de  la  matière?  —  Yey.  Ghaubabp,  2U. 

Physiologie  paléontoloôique  générale  et  comparée 

Pierres  précteuses.  —  Yoy.  VltÊXroducAon^  41. 

Placoidiens.  —  Yoy.  Poîmori. 

Planètes. 

Plantes  Tossiles  d*OEningen. 

Plésiosaure. 

Plqie.  Ses  idées  sur  les  révolutions  naturelles.  —  Ycy. 
Géologie,  606,  le  V  alinéa. 

Pliocène  (ancien).  —  Yoy.  SvibapennaL 

Pluie. 

Pluies,  leur  action.  —Yoy.  Çonchn  sédimenUnres.  98S. 

Poisson  (M.). 
—     Ses  objections  contre  les  Plntonlens.  —  Yoy. 
Terre,  1367. 

'  Poisons. 

Police  de  la  nature  dans  le  règne  animal.  —  Yoy*  Cor- 
nirores. 

Polypes. 

Polypiers. 

Pomatomus  telescopium*  —  Yoy.  Àmnumx  marms. 

Porphyres.  —  Yoy.  V Introduction,  21. 

Portiandien  (Etage). 

Portland-stone.  —  Yoy.  Kimméfidgkn. 

Potasslum«  son  rôle  dans  la  constitution  du  globe  ter- 
restre. —  Yoy.  Matièret  Hémealairet  du  qiohe  Urrutre* 
901. 

PoiTLLR  (M.  Tabbé).  Des  fossiles  et  de  lenr  signiflc»- 
Uoo.  -~  Yoy.  Note  II,  à  la  fin  du  volume. 

Pression  au  fond  des  eauz.  —  Yov.  Ammaux  marnt» 
97etsuiY. 


Processus  de  fossfllsatlon.  —  Yoy.  FoMuation 
Projpès  de  la  géologie  dans  les  temps  mod^es.  — 
Objections  contre  la.  théorie  astronondco^Chimique.  —     Yoy.  Géo(o</te.  sud  fin. 
Yoy.  Cœmogonie  et  Laplace.  Ptérodactyle. 


Oiseaux. 

Oiseaux,  leur  premier^  apparition.  — Yoy.  ConcMien, 

Omar.  —  Yoy.  Géolog'.e,  607. 

Oolitbe  inférieure.  -^'Yoy.  (Movien  et  Bajocien. 

Ophiuroidès. 

Or.  -^  Yoy.  Vlntroduclùm,  63. 

Ordres  d*anlroaux  fossiles  aux  différepts  âges  du  monde. 
—  Yoy.  Pky^ologie  paléontolomque.  —  Leurs  périodes 
croissantes  et  décroissaiiles.  —  Voy.  ibid, 

'Origine  dçi  la  terre,  du  solejl,  desi  planètes,  des  co- 
mètes, etc.  *-  Yoy.  ces  moU. 

Onhoc  ';ratites. 

Oscillations  dn  sol;  leur  rôle  dans  la  formation  des  cou- 
ches carbonifères.* —  Yoy.  Carbiaiiiférienf  ITl. 

Ours.  —  Yov.  Mammifèret, 

Oxfordien  (Etage). 

Oxygène,  son  rôle  dans  la  constitution  de  la  terre.  — 
Yoy.  MaiièretéiémetUaires  dv  glçbe  terrestre,  893 

P 

Pacron  (M.  rabbé}. 

Pachydermes.  —  Voy.  Mammfères.  —  Lear  règne.  «- 
Yfjv.  Suifopennm. 

Palsjotheriura.  —  Yov.  Mamimfèret. 

Paléôzoîque»  (Terrains). 

Paussv.  —  Yoy.  Géoloqie,  614. 

Pallas.  —  Yoy.  Géologie,  6&3. 

Palmiers. 

Pampas,  dépôts  fossiles.  —  Yoy.  SutÊpemdn, 

Pandanées. 

Paradis  terrestre,  les  Oeaves  qni  rtrrosent  (Eophriie^ 
Tigre,  etc.)  coulent  sur  le  terrain  tertiaire.  —  voy.  JJUu- 
rit»,  sob  fin. 

Parisien  (Etage). 

Pectinibranches.  —  Yoy.  Gatlérapodei. 

PeotacriDitM. 

Pères  de  l'Eglise  primitive,  adoptent  l'hypothèse  anié- 
bexamériiiae.  —  Yoy.  Hum  (m  SAmT-CtAvuic),  sub  fin., 
756.  *~  Leurs  idées  an  cosmogtwhie  ;  eritiqnés  sans  dis- 
iremement  par  M.  Letronne;  réfutation  de  ce  dernier.  — 
Yoy.  Cosmographie,  552.  —  Recommandent  Vétade  des 
lettres  et  des  sciences.  — Yoy.  iUd,,  sub  fin.,  587. 

Perfection  de  l'eniemble  des  oiganes  dans  les  animaux 
fossiles,  examen  de  cette  question.  —  ¥fl(y.  JPhgsiologie 
paléontoiogique,  1131. 

Périodes  géologiques  végétales,  slflars  caractères. 

Permien  (Etage). 

Perturbauoiis  géologiques. 

Perturbations  dans  les  dépôts  de  sédhnenls.  —  Yoy. 
Couches  sédimenlaires. 


Ptéropodes.  —  Yoy  Gasiêropodes. 

Puits  artésiens, 

Pulmonibranches.  —  Yoy.  Gastéropodes, 

PussY  (le  D').  Interprétation  du  récit  géni 
Yoy.  BccELAivD,  135,  note. 

Pyramides  d*E^te  bfties  avec  des  pierres,  extraites 
d^  terrains  tertiaires.  —  Yoy.  Maumbs,  sub  fin. 

Pttbagobb,  son  «ystème.  —  Yoy.  Géologie,  39S. 


Raies.  -*-  Yoy.  Potisott. 

Raspb.  —  Yoy.  Géologie,  649. 

I^AY.  —  Yoy.  Géotoç^,  624. 

Refroidissement  de  la  terre  à  l'ongine.  —  Yoy.  Rovs 
(Marouis  de). 

Réfutations  des  théories  cosmogoniqoes  tor  la  jGenèm; 
ce  qbi  1^  Inslifie.  -^  Yoy.  Dbbbbyi«,  sob  fin. 

Renouvellement  des  Fanaes.  —  Yoy.  Bapècee  {oseUes, 

Reptiles. 

Répulsion  (Force  de).  —  Yoy.  Laplacb,  823. 

Respiration  chez  les  animaux  fo.<»iles  marins  et  terres 
très.  —  Yoy.  Physiologie  pêléonlologique,  1143. 

Roches  fossilifères. 

Roches  métamorphiques.  —  Yoy.  Hoches  fossUifère». 

Roches  utiles.  —  Yoy.  V Introduction,  20  et  suiv. 

Rots  (M.  le  marquis  de). 


Salamandre  —  Yoy.  Ptanlei  fossiles  iFOgmngcnei  4fK 

Saliférien  (éUge). 

Sauriens  fossiles. 

Sauroîdes.  —  Yoy.  PoÎKons. 

Saussure.  —  Yoy.  Géologie,  613. 

Scaphites. 

Science,  ennemis  de  la  science  combattus  par  Mgr  Wl< 
seman.  —  Yqy.  Cosmographie  des  Pères  sub  fin. 

SciixA.  —  Yoy.  Géologie,  616. 

Scorpion. 

Scutibranches.  —  Yoy.  Gastéropodes. 

Sédiments  anciens  comparés  aux  sédiments  actueb. 

Sédiments  marins.  ^  Yoy.  Couches  sédinietdaires.  — 
Leur  répartition  dans  les  mers.  —  Yoy.  îMtf.  —  Sédi 
ments  vaseux.  —  Yoy.  Orid.  —  Sédiments  flnvio-terrev 
très.  —  Yoy.  Couches  sédimenlmres,  art.  H^. 

Sel.  —  Yoy.  yintroducUon,9S.  —  6el  gemme.  ^  Voy. 
Roches  fos^ltfères. 

Sénonien  (étage). 

Sépia  fossile,  —  voy.  Catauns, 

Séroles.  —  Yoy.  Trilobites, 


1461 


TABLE  DES  MATIERES. 


U62 


Sibérie,  ses  mammouths.  —  Yoy.  Mammonihê. 
Sisillaires. 

Silex.  —  Voy.  VlnlrodvcHon.  —  RognonsDs  Silbx,  leor 
fonnation.  —  Toj.  ibid.  51. 
Silice,  son  rdie  dans  la  consUtuUun  da  glube  termtn. 

—  Yoy.  Matàèm  élémenittires  du  globe  terrestre,  901. 
Silarien. 

Sittémarien  (étage). 

Singes. 

SiTatherium.  —  Vor.  Uammfère». 

Swn.  —  Yoy.  Géologie,  660. 

Sol  Tierge,  sol  cultivé,  acûon  des  eaux  hién  différente 
et  résultats  divers.  —  Yoy.  Couchet  iédimenlairet,  art.  H, 
587. 

SoleU. 

Soleil,  son  rôle  dans  la  création  primitiTe.  —  Yoy.  Go- 
ssraoT.  MaAT. 

Solidification  des  planètes Yoy.  PUmèies. 

Solipèdes.  —  Yoy.  Mammifères. 

Soulèvements  du  fond  de  la  mer,  leur  influence  sur  la 
distribution  des  animaux  marins  et  des  débris  organiques. 

—  Yoy.  Animaux  marins,  115 
Sources. 

Squales.  —  Yoy.  Poissons, 

Stenon.  —  Yoy.  Géologie,  614 

STBABOif,  ta  théorie  des  soulèvements.  —  Yoy.  GéoUh 
gitf  605. 

Subapennin  (étage). 

Succin.  —  Yoy.  Palmiers,  1082. 

Suessonien  (étage). 

Stigmaria. 

Synchronisme  des  formations  géologiques.  —  Yo^. 
Uaupibd,  964. 

T 

Tableau  des  profondeurs  auxquelles  se  trouvent  dans  la 
mer  les  genres  connus  des  coquilles  vivantes.  —  Yoy. 
Animaux  marins,  102, 105,  etc. 

Tapir.  —  Yoy.  Mammifères    - 

TiRGioici.  —  Yoy.  Géologie,  657.  , 

Tectibranches.  —  Yoy.  Gastéropodes. 

Téléosaure.  —  Yoy.  Crocodiles. 

Température  de  la  mer.  —  Yoy.  Àmmaux  marins,  96. 
Son  influence  sur  la  distribution  des  animaux  marins.  — 
Yoy.  Couches  sédimentaires,  580. 

Tempêtes,  leur  action  sur  les  dépôts  de  sédiments.  -^ 
Yqv.  Couches  sédimeniaires,  568. 

Terrains  (tableau  des).  —  Yoy.  rin<rodiMltofi,subfln,79. 

Terrains  de  transition.  —  Yoy,  Paléoungues. 

Terrains  stratifiés,  leur  mode  de  formation  suivant  il. 
Maupied.  —  Yoy.  Maupi»,  952  et  suiv. 

Terrains  éocènes.  —  Yoy.  Suessonien. 

Terre. 

Terre.  —Yoy.  Matières  élémentaires  du  globe  Urrestre. 

Terre  à  foulon.  —  Yoy.  Bajoden. 

Tertiaires  (terrains). 

Théorie  astronomico-diimique.  —  Yoy.  Cosmogome  et 
Laflacb. 

Théorie  cosmogonlqne  de  Laflacb,  de  GonsFiiov,  de 
Il ABŒL  M  Sbbbis,  de  Maupied,  de  Dalmas,  etc.,  etc.  — 
Yoy.  ces  mots. 

Théorie  de  la  terre.— Yoy.  Terre,  Maufibd,  Hor- 
KiNs,  etc. 

Toarclen(étag;B). 

ToDgrieo.  —  Yoy.  Falunien. 


Toriues. 

Tortues,  leur  '  première  apparition.  —  Yoy.  Concku- 
lien.. 
Tourbe.  —  Yoy.  V  Introduction,  55. 
TraTertin.  —  Yuy.  17nlrodiic(ton.  27. 
Travertin  supérieur.  —  Yoy.  Falunien. 
Triasiques  (terrains). 
Trigonellites.  Yoy.  Apticus. 
Trilobites. 
Tripolis.  —  Yoy.  nothes  fosnlifères  et  YlntroducHon, 


40 


Turonien  (étage). 
'Turrilités. 


D 


UTodefidron.  —  Yoy.  Similaire. 

Univers  explU(ué  pat  ta  tévélation,  ce  qu*il  faut  piéti- 
ter  de  cet  ouvrage.  —  Yoy.  Cbaubard,  251. 

Universalité  du  déluge,  ce  qu'on  en  peut  penser.-^ 
Yoy.  (!baubabd,  225  à  ^ 


Yalllsneri.  —  Yoj.'Gécllo^e,  628. 

Yapeur.  —  Yoy.  Couches  carbonifères    , 

Yariations  des  coquilles.  —  Yoy.  Mollusaueà.       .     , 

Yégétation,  tableau  de  la  végétation  à  répoqûe  de  1 
Ibrmation  des  terrain^  paléèuâques  ou  de  transition.  — 
Ycjy.  Flore  fossile. 

Végétaux  fossiles. 

Yéjgétaux  ;  rapports  entre  les  végétaux  des  regTbn^  di* 
verses  à  chaque,  époque  géologique.  —  Yov.  Flors 
fosnle.  —  Rapports  entre  les  végétaux  d^époquer 
et  de  périodes  successives.  —  Yoy.  Flore  fosmle. 

Yégétaux,  leur  création.  —  Yoy.  Maupied,  Goobfbov, 
Mabcbl  de  9BaRKS,^950,  701,  882. 

Yeines  métallifères. 

Yents,  leur  action  sur  les  dépôts  de  sédimeùts.  —  Yoy. 
Couches  sédimentaires. 

Yoltaieb.  —  Yoy.  Géologie,  655. 

Yulcanistes,  controverse  entre  les  volcanisl^  et  les 
lieptunistes.  —  Yoy.  Géologie,  649. 

W 

Wealdienne  (formatibn).  —  Yoy.  Iféocomkn. 

WEama.  -*- voy.  Géologie,  6U. 

Whiston.  —  Yoy.  Géoloaie,  627. 

WHrmuRST.  —  Yoy.  Géologie,  645. 

Williams.  —  Yè.'.  Géologie,  657. 

WisBMAir,  adopte  llivpothèse  antéhexaknèriqce.— Yov. 
Kbah  (de  SAïKT  ClaviÊii).  —  S'apouio  sur  les  Pères  de 
rE(^se  pour  démontrer  la  nécessité  de  Tétude  «les  scien- 
ces. —  Y<^.  Cosmograpine,  sub  fin. 

WbODWABD.  —Yoy.  Géologie,  625. 


Teuxoes  trilobites,  oonéquen 
leur  existence.  —  Yoy.  Trilobttes. 


Zamia.  —  Yoy.  Cgcadées. 


NOTES   ADDITIONNELLES. 

Note  1  Hypothèse  antébexamérique.  Note  n.  Des  fossiles  et  de  lear  sigDiacaUor 


FIN  DE  LA  TABL£. 


3cs: 


ERRATA. 


Col.  79,  dains  le  tableau  des  lerrainsi  auiieude*  GoL  296,  ligne  Zi,âm  lieu  de  : 

y  Pjrio^  matértallsme, 

LUex:  K*  période  lÀux:  malérlaliste. 

TerUaires.  ^ol.  606,  ligne  i%  anoA  ces  moU  : 

Col.  748,  note  S67v  û»  ««I  de  ;  r,   ^«       v 

Voj.  la  note  additionnelle  .    ^  Ce  philosophe 

Osez  :  Voy.  la  première  note  «ddMon-  ^M^  •'  Wwie.  — 

neUlfi 


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Imprimerie  MIGNC,  au  Feiii-MoninNige. 


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